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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Apr&#232;s la guerre d'Ukraine, un monde fragment&#233;. L'aspect mon&#233;taire et financier. </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Apres-la-guerre-d-Ukraine-un-monde-fragmente-L-aspect-monetaire-et-financier.html</link>
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		<dc:date>2022-06-15T12:17:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faire la guerre, ou soutenir un effort de guerre est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir un Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose bien des questions, car elle remet en question l'architecture m&#234;me du monde que ces m&#234;mes Occidentaux et notamment les Am&#233;ricains pr&#233;tendent construire, c'est-&#224;-dire une architecture commune &#224; la plan&#232;te. Nous allons le voir sous l'angle mon&#233;taire, car les d&#233;cisions prises conduisent &#224; un monde fragment&#233; et sur ce plan sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; sur le site de G&#233;opragma)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Monde-multipolaire-.html" rel="directory"&gt;Monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Systeme-monetaire-+.html" rel="tag"&gt;Syst&#232;me mon&#233;taire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Monde-fragmente-+.html" rel="tag"&gt;Monde fragment&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faire la guerre, ou &#224; un degr&#233; plus limit&#233;, soutenir l'effort de guerre de quelqu'un, est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir un Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose bien des questions, car elle remet sur certains points en question l'architecture m&#234;me du monde que ces m&#234;mes Occidentaux et notamment les Am&#233;ricains pr&#233;tendent construire. Nous allons le voir sous l'angle mon&#233;taire et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;rive id&#233;ologique occidentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; ce sujet par ailleurs (Aide &#224; l'Ukraine : quels sont nos buts de guerre ? &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Aide-a-l-Ukraine-quels-sont-nos-buts-de-guerre.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Aide-...&lt;/a&gt;). Je distingue trois grands types de buts de guerre : id&#233;ologiques, imp&#233;rialistes et patriotiques. Je note que les deux premiers types favorisent les options guerri&#232;res, la premi&#232;re notamment, car une id&#233;ologie n'admet pas de compromis et tend &#224; classer le monde entre bons et m&#233;chants. Ce faisant, on favorise l'ascension aux extr&#234;mes que le processus de la guerre tend par ailleurs &#224; produire. La guerre en Ukraine est sur ce plan particuli&#232;rement symptomatique. C&#244;t&#233; occidental, surtout am&#233;ricain, la dimension id&#233;ologique a pris de plus en plus le dessus, dans un grand r&#233;cit de lutte des d&#233;mocraties contre les r&#233;gimes autoritaires. Cette attitude est dangereuse, notamment au vu de ce que cela signifie pour le monde de demain. Concr&#232;tement, sauf issue militaire improbable, la Russie fera partie du paysage international de demain. On peut &#233;videmment d&#233;sirer que l'issue de la guerre sera le moins favorable possible pour elle, et agir en ce sens. Mais sans de ce fait prendre de risque excessif, sans nourrir l'ascension aux extr&#234;mes, et sans d&#233;truire des liens utiles ou des actifs. D&#233;j&#224; il &#233;tait irrationnel de d&#233;manteler toutes les positions des entreprises occidentales en Russie, ou de boycotter sportifs et artistes russes. A fortiori de mettre en place des embargos dont les Europ&#233;ens souffrent au moins autant que les Russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde nouveau fragment&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au-del&#224; de ces faits imm&#233;diats, ce qui frappe le plus est l'absence de vraie vision &#224; terme, hors improbable r&#233;alisation du sc&#233;nario dans lequel les d&#233;mocraties, aidant les Ukrainiens &#224; bouter les Russes hors de leur territoire, provoqueraient un changement de r&#233;gime &#224; Moscou, montrant par l&#224; au reste de la plan&#232;te qu'il n'y a qu'une voie gagnante pour l'avenir. Nous ne savons pas comment se terminera cette aventure (ind&#233;niablement absurde et condamnable dans le cas russe) ; mais nous pouvons voir que, d'ores et d&#233;j&#224;, les moyens d&#233;ploy&#233;s par les Occidentaux, y compris &#224; travers les sanctions, fa&#231;onnent en partie appr&#233;ciable ce monde de demain. Et c'est vrai aussi en mati&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait d&#233;j&#224; avant cette guerre une forte pouss&#233;e de remise en cause de la conception ant&#233;rieure, qu'on peut appeler de mondialisme ouvert, notamment du fait de la Covid. Avec la mise en &#233;vidence des risques appr&#233;ciables qu'on pouvait courir, au niveau de la s&#233;curit&#233; des approvisionnements, du fait de tels &#233;v&#233;nements naturels, et cela tant au niveau national qu'&#224; celui des entreprises. Mais avec les sanctions contre la Russie, un pas nouveau majeur a &#233;t&#233; accompli, car cette fois l'interruption r&#233;sulte d'une volont&#233; politique. et elle bouleverse la logique ant&#233;rieure tant des &#233;changes que des investissements. Du jour au lendemain, l'approvisionnement p&#233;trolier et gazier d'origine russe s'est trouv&#233; anath&#232;me ; de m&#234;me la pr&#233;sence de la Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale ou de Renault en Russie. Pour les entreprises, cela veut dire que pour l'avenir, quand vous investissez &#224; quelque part, ou que vous vous y approvisionnez, si vous &#234;tes occidental vous devrez inclure un facteur majeur de risque politique, non plus seulement par changement politique local comme par le pass&#233;, mais du fait de d&#233;cisions des autorit&#233;s de votre pays d'origine (ou de ses alli&#233;s). Bien s&#251;r on en avait eu un petit avant-go&#251;t avec l'Iran. Mais les enjeux restaient alors limit&#233;s : d&#232;s lors, on pouvait consid&#233;rer que ce n'&#233;tait qu'un cas particulier et que le reste de l'activit&#233; ob&#233;issait toujours aux r&#232;gles ant&#233;rieures. Ce n'est d&#233;sormais plus le cas, car l'exemple russe est trop massif, trop porteur de pr&#233;c&#233;dents. Dit autrement, si le pays avec qui vous travaillez peut d'une fa&#231;on ou d'une autre d&#233;plaire gravement &#224; Washington, vous courez un risque &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ciproquement, du point de vue des dits pays, la possibilit&#233; de telles ruptures est d&#233;sormais av&#233;r&#233;e. D&#233;j&#224; significatif pour le pays moyen, le virage prend un sens tout particulier dans le cas de la Chine, en outre proche de la Russie. En bonne logique, la jurisprudence russe pourra s'appliquer demain &#224; elle, et elle le sait. Elle ne peut qu'en tenir compte pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme mon&#233;taire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en outre un domaine o&#249; ces consid&#233;rations remettent tout particuli&#232;rement en cause les id&#233;es et les usages, qui est le domaine mon&#233;taire. On parle depuis longtemps et non sans motif du privil&#232;ge exorbitant du dollar. Mais il reposait sur une id&#233;e implicite : que tout le monde pouvait investir et payer en dollar, et que le dollar &#233;tait s&#251;r, du moins politiquement. Or voici que non seulement les banques russes ont &#233;t&#233; exclues du syst&#232;me (et notamment des paiements par Swift, sauf exception), ou que les actifs d'une liste de personnages sont bloqu&#233;s, mais surtout, les r&#233;serves m&#234;mes de la Banque de Russie (en dollars et en euros, situ&#233;es dans les pays occidentaux) ont &#233;t&#233; bloqu&#233;es. Si on admet un ordre de grandeur de plus de 630 milliards (dont 40% au moins &#233;taient dans les pays occidentaux en 2021), on voit l'importance de l'enjeu (le Financial Times parle de 300 milliards bloqu&#233;s). Il est vrai que la Russie avait en partie pr&#233;venu le coup en transf&#233;rant ses ressources hors d'Occident (o&#249; elles &#233;taient &#224; plus de 80 % en 2014) et en augmentant massivement son stock d'or, &#233;valu&#233; &#224; quelque 140 milliards de dollars, ce qui laisse au r&#233;gime une marge de man&#339;uvre, d'autant que le prix de l'or augmente. Mais d&#233;sormais toute la plan&#232;te sait que la s&#233;curit&#233; des r&#233;serves d'un pays d&#233;tenues dans un pays occidental n'est pas garantie. Certes on en reste &#224; ce stade au blocage. Mais les fonds ne sont d&#232;s lors plus utilisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disruption serait bien entendu a fortiori encore plus grave si, comme certains le proposent (Josep Borrell par exemple), les Occidentaux dans leur escalade d&#233;cidaient non plus simplement de bloquer, mais de confisquer ces actifs. Or si la chose est compliqu&#233;e pour les oligarques (soci&#233;t&#233;s &#233;cran, questions judiciaires de responsabilit&#233; etc.), c'est &#224; premi&#232;re vue plus facile pour les avoirs de la Banque centrale : ce sont des avoirs du pays, et ce pays en a agress&#233; un autre, en lui infligeant des destructions massives. Quoi de plus simple politiquement que de financer en bonne partie la reconstruction de l'Ukraine (ce pour quoi les Ukrainiens par exemple &#233;voquent jusqu'&#224; 5 ou 600 milliards voire plus) avec l'argent de la Banque de Russie ? En clair, on fa&#231;onne donc un monde dans lequel avoir des r&#233;serves dans une devise occidentale n'est plus une question purement mon&#233;taire ; ces r&#233;serves sont politiquement &#224; risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour les transactions en dollars elles-m&#234;mes. Les Etats-Unis ont d&#233;cid&#233; de bloquer les paiements par les Russes des &#233;ch&#233;ances de leur dette ext&#233;rieure (modeste il est vrai, qui s'&#233;l&#232;ve &#224; environ 50 milliards de dollars) - du moins si le cr&#233;ancier (ou sa banque) est am&#233;ricain. Certes, on savait d&#233;j&#224; qu'il n'&#233;tait pas innocent de faire de simples transactions en dollar : BNPP par exemple avait r&#233;cemment d&#251; payer une amende &#233;norme pour des financements impliquant le Soudan, qui &#233;tait alors sous embargo am&#233;ricain mais non europ&#233;en. Pourtant aucune des parties n'&#233;tait am&#233;ricaine ; mais la monnaie &#233;tait le dollar (donc avec en bout de cha&#238;ne une compensation &#224; New York). L&#224; encore on pouvait esp&#233;rer que cela resterait limit&#233;. Nous n'en sommes plus l&#224;. Maintenant quelqu'un qui a emprunt&#233; en dollars peut &#234;tre d&#233;clar&#233; en d&#233;faut de paiement (avec tout ce que cela entra&#238;ne) non pas parce qu'il n'a pas l'argent ou ne veut pas payer, mais parce que les Etats-Unis lui interdisent de payer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est le sens m&#234;me de ce qu'est une monnaie internationale qui change de sens. Ces monnaies (dollar et peut-&#234;tre euro) ne sont plus neutres m&#234;me dans leur usage par celui qui les d&#233;tient. Elles sont en fait dans les mains du pouvoir politique du pays dont elles sont la monnaie, et il peut vous priver de vos actifs si vous lui d&#233;plaisez. En un sens, ce ne sont donc plus pleinement des monnaies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas d&#233;battre ici du bienfond&#233; de ces d&#233;marches, ni de leur efficacit&#233;. Je voudrais noter qu'on est l&#224; dans la construction d'un monde pour demain qui, hors le sc&#233;nario improbable de la victoire totale, sera un monde plus fragment&#233; et politiquement polaris&#233;, soit le contraire exact du monde d&#233;fendu par ailleurs par les Occidentaux, Am&#233;ricains en t&#234;te. On risque alors de r&#233;p&#233;ter la situation de 1945 : les d&#233;marches s'inscrivant pendant la guerre dans une logique de victoire ont alors d&#233;bouch&#233; sur un rideau de fer - que les Alli&#233;s ne voulaient pas. De m&#234;me ici : Russes et Chinois, et &#224; leur suite bien d'autres, vont comprendre qu'ils ne pouvaient se fier aux outils communs que les Occidentaux pr&#233;sentaient comme mondiaux. Ils ont d&#232;s lors un int&#233;r&#234;t majeur &#224; d&#233;velopper les leurs, le plus d&#233;coupl&#233;s possible du reste. Quitte &#224; continuer &#224; jouer par ailleurs avec ces derniers lorsque le risque est jug&#233; acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tention universaliste de l'id&#233;ologie d&#233;bouche donc sur l'effet contraire, celui d'un monde fragment&#233;, qui en mati&#232;re mon&#233;taire est sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma : &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/apres-la-guerre-dukraine-un-monde-fragmente-laspect-monetaire-et-financier/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/apres-la-guerr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Monnaie impressionniste</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Monnaie-impressionniste.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Monnaie-impressionniste.html</guid>
		<dc:date>2022-01-08T13:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Syst&#232;me mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Banque centrale</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>Inflation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les joies de la cr&#233;ation mon&#233;taire, ou la politique du &#8216;pourvu que &#231;a dure'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;ation mon&#233;taire &#224; tout va, inflation, d&#233;ficits : on ach&#232;te la paix sociale, et les banques centrales ne sont pas les derni&#232;res. Et l'inflation qui se fait attendre &#8211; au moins jusqu'&#224; r&#233;cemment. Pourvu que &#231;a dure para&#238;t-on dire. Mais justement, comme cela ne durera pas, que faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans L'Incorrect N&#176;49, janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inflation-+.html" rel="tag"&gt;Inflation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les joies de la cr&#233;ation mon&#233;taire, ou la politique du &#8216;pourvu que &#231;a dure'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Depuis plus de dix ans, la banque centrale europ&#233;enne a lanc&#233; une politique de Quantitative easing pour endiguer la crise financi&#232;re de 2008 puis celle des dettes souveraines de 2010. Pourquoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;agir &#224; une crise comme en 2008 et en 20210 est une chose, poursuivre cette politique ind&#233;finiment on l'a fait depuis en est une autre. Dans le premier cas on calme la panique sur les march&#233;s, et on s'arr&#234;te aussit&#244;t le calme r&#233;tabli. Dans le deuxi&#232;me, c'est une politique structurelle. Or, en l'esp&#232;ce, elle est sans pr&#233;c&#233;dent historique. On la justifie en disant qu'il s'agit d'&#233;viter la d&#233;flation, consid&#233;r&#233;e comme un mal sans rem&#232;de. Il y a du vrai l&#224;-dedans ; en effet avec la d&#233;flation (baisse durable des prix), la monnaie s'appr&#233;cie avec le temps : c'est une incitation &#224; tous pour th&#233;sauriser et ne pas d&#233;penser, puisque l'argent liquide s'appr&#233;cie tout seul. De plus les banques centrales sont alors impuissantes, car elles agissent en jouant sur les taux d'int&#233;r&#234;ts : or en d&#233;flation ils tombent &#224; z&#233;ro et y restent, et elles ne peuvent rien y faire sauf &#224; ponctionner les comptes des gens, ce qui est politiquement impraticable. &lt;br class='autobr' /&gt;
En outre bien s&#251;r &#224; c&#244;t&#233; de la lutte contre la d&#233;flation cette politique permet de lisser les r&#233;cessions et par l&#224; aide les gouvernements en place. Curieusement donc ces banques centrales suppos&#233;es ind&#233;pendantes se r&#233;v&#232;lent bien commodes pour les Etats. Ce qui est &#224; rapprocher avec le fait que depuis 1973 les monnaies sont purement conventionnelles, sans lien avec l'or ou quoi que ce soit. Pendant tout un temps d'abord les banques centrales ont &#233;t&#233; rigidement attach&#233;es &#224; la lutte contre l'inflation. Mais du fait des crises, elles ont maintenant pris go&#251;t &#224; des politiques beaucoup plus populaires&#8230; alors m&#234;me que nous ne sommes pas en d&#233;flation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2/ Quel peut &#234;tre l'impact d'une telle r&#233;ponse sur le long terme ? Va-t-on vers un retour de l'inflation et une d&#233;valuation du pouvoir d'achat de notre monnaie ? Quels sont les dangers d'une telle politique ? Peut-il y avoir un risque inverse de d&#233;flation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire remonter l'inflation est un but affich&#233; de la BCE : elle vise 2 % et voudrait s'en tenir l&#224; ; mais jusqu'&#224; maintenant elle a eu du mal &#224; y arriver. Cela fait en effet dix ans qu'elle injecte de la monnaie &#224; dose forte et l'inflation est rest&#233;e basse. Elle juge la remont&#233;e actuelle des prix non durable (sortie de la crise Covid). &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-on continuer longtemps cette politique ? Dans tous les exemples historiques de cr&#233;ation mon&#233;taire massive par la banque centrale, il y a eu inflation et souvent hyperinflation. Le risque est donc bien r&#233;el. Or une vraie inflation est ruineuse pour tous ceux qui ne b&#233;n&#233;ficient pas d'un rapport de force leur permettant de pr&#233;server leur pouvoir d'achat (retrait&#233;s, &#233;pargnants, salari&#233;s faibles) ; en outre elle rend tous les calculs sur l'avenir hasardeux. Le seul gagnant v&#233;ritable en cas d'inflation est celui qui a emprunt&#233; &#224; taux fixe et qui voit alors la valeur r&#233;elle de ses dettes baisser : en premier lieu, l'Etat. Sauf que dans un deuxi&#232;me temps, lui aussi est touch&#233; s'il continue &#224; emprunter, puisque les taux d'int&#233;r&#234;ts s'envolent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant nous n'avons pas eu, ou pas encore, une telle inflation : c'est que la p&#233;riode est tr&#232;s particuli&#232;re, notamment du fait de la mondialisation qui &#233;crase les prix, de la faiblesse syndicale et de l'abondance de l'&#233;pargne mondiale. La monnaie ainsi cr&#233;&#233;e a d&#232;s lors gicl&#233; ailleurs, dans une inflation des actifs (actions en bourse, immobilier) et donc dans des bulles. Ou elle a &#233;t&#233; th&#233;sauris&#233;e. Et donc BCE et gouvernements profitent d'une situation tout &#224; fait particuli&#232;re pour s'affranchir des r&#232;gles de long terme. Comme disait Laetitia Bonaparte : pourvu que &#231;a dure ! Sauf que comme on dit sur les march&#233;s les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3/ Plus que jamais, la possession de liquidit&#233;s ou d'&#233;pargne sur un compte bancaire appara&#238;t risqu&#233;e dans un environnement &#233;conomique mondial devenu incertain. Quel est l'image du bon p&#232;re de famille du XXIe si&#232;cle ? Est-ce celui qui investit dans l'&#233;conomie r&#233;elle, dans l'immobilier ? Comment se pr&#233;munir du ph&#233;nom&#232;ne des bulles sp&#233;culatives ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; bon p&#232;re de famille &#187; vise deux buts : faire fructifier ses actifs ou au moins les prot&#233;ger, et investir dans l'&#233;conomie de fa&#231;on utile &#224; la communaut&#233;. Pas facile dans un tel environnement. Comme il y a bulle, tous les actifs sont chers, donc avec un fort risque de baisse. Le pire &#233;tant les obligations et par l&#224; l'assurance vie. L'avantage des actions (bourse) est que sur le long terme, c'est le meilleur placement, le plus s&#251;r m&#234;me. En outre c'est investir dans l'avenir, et contribuer au contr&#244;le des entreprises. Mais dans l'intervalle leur valeur fluctue. Si donc on ach&#232;te un peu haut et que le march&#233; conna&#238;t ensuite une p&#233;riode prolong&#233;e de baisse, il faut pouvoir attendre ; dans le pass&#233; cela a pu durer des dizaines d'ann&#233;es, m&#234;me si c'est corrig&#233; ensuite. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'immobilier qu'on occupe soi-m&#234;me a un gros avantage ; on l'habite, et donc il nous sert m&#234;me si son prix baisse. L'immobilier locatif lui est tr&#232;s tax&#233; et pas toujours tr&#232;s rentable. Et l'immobilier commercial fluctue, un peu comme les actions. Quant aux bulles sp&#233;culatives, sauf &#224; &#234;tre tr&#232;s malin, la parade est de se tenir &#224; l'&#233;cart si on pense que les cours sont vraiment trop hauts, et sinon et surtout, investir sur la longue dur&#233;e, en achetant r&#233;guli&#232;rement et donc en moyennant. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4/ La pand&#233;mie a-t-elle acc&#233;l&#233;r&#233; le d&#233;classement &#233;conomique de l'Europe par rapport au reste du monde, notamment la Chine et l'Asie du Sud-Est ? Comment rem&#233;dier &#224; ce qui appara&#238;t comme une impossibilit&#233;, pour les pays europ&#233;ens, de conserver une avanc&#233;e technologique en termes d'innovation ? Quelles seraient les r&#233;formes structurelles &#224; op&#233;rer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recul de l'Europe par rapport &#224; l'Asie est continu depuis 40 ans, et la pand&#233;mie l'a encore mis en &#233;vidence. Les Etats-Unis sont entre les deux : ils ont notamment sur nous l'avantage de leur puissance dans les technologies avanc&#233;es et les grands r&#233;seaux type GAFAM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux types d'actions seraient n&#233;cessaires : d'un c&#244;t&#233;, mettre au point une forme intelligente d'insertion dans la mondialisation, sans na&#239;vet&#233; et id&#233;ologie libre-&#233;changiste &#224; l'europ&#233;enne : on ne peut pas et doit pas se replier, mais pas non plus &#234;tre na&#239;f. Il faut autant que possible garder le contr&#244;le de ses entreprises et de ses technologies, et sanctionner la concurrence lorsqu'elle est d&#233;loyale ou nocive pour des secteurs clefs de notre &#233;conomie. Ce qui suppose d'&#234;tre souverain. Et d'un autre c&#244;t&#233;, jouer &#224; fond la technologie. Y compris d'ailleurs pour des motifs &#233;cologiques, car on ne s'en sortira pas par la seule sobri&#233;t&#233;, m&#234;me si elle est d&#233;sirable et n&#233;cessaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
A cela s'ajoute la remise en ordre des d&#233;penses publiques : il faut de telles d&#233;penses, et parfois il les faudrait m&#234;me plus &#233;lev&#233;es qu'aujourd'hui (dans le r&#233;galien : arm&#233;e, police, justice). Mais globalement il faut sortir des d&#233;ficits qui accumulent une dette intenable &#224; long terme et source de d&#233;pendance. Un bon exemple de ces red&#233;ploiements est l'&#233;ducation, o&#249; on peut et doit faire mieux avec moins. Et il faudrait concentrer la solidarit&#233; sur les besoins urgents, en l'orientant vers la r&#233;insertion des personnes. Mais tout cela vaut dire qu'il y aura bien des m&#233;contents par rapport &#224; la situation actuelle. Et donc cela ne prend son sens que dans le cadre d'un grand mouvement patriotique. Ou d'une vraie crise - et sans doute des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans&lt;i&gt; L'Incorrect&lt;/i&gt; N&#176; 49, janvier 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dette publique et planche &#224; billet</title>
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		<dc:date>2019-03-04T16:26:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise dette</dc:subject>
		<dc:subject>Dette publique</dc:subject>
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		<dc:subject>Syst&#232;me mon&#233;taire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une id&#233;e farfelue r&#233;appara&#238;t r&#233;guli&#232;rement sur Internet, selon laquelle avant 1973 l'Etat pouvait &#234;tre en d&#233;ficit tant qu'il voulait, la Banque de France le finan&#231;ait &#224; volont&#233; par des avances gratuites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire qu'&#224; l'avenir on pourrait r&#233;pudier la dette actuelle et laisser filer les d&#233;ficits comme on veut. C'est ce qu'on appelle un r&#234;ve &#233;veill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Euro-+.html" rel="tag"&gt;Euro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Systeme-monetaire-+.html" rel="tag"&gt;Syst&#232;me mon&#233;taire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est comme le chiendent : vous pouvez l'arracher tant que vous voulez, cela repousse par-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parle de cette id&#233;e farfelue qui r&#233;appara&#238;t r&#233;guli&#232;rement sur Internet, selon laquelle avant 1973 l'Etat pouvait &#234;tre en d&#233;ficit tant qu'il voulait, la Banque de France le finan&#231;ait &#224; volont&#233; par des avances gratuites. C'est ce qu'on appelle un r&#234;ve &#233;veill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident pour quiconque a ouvert un livre d'histoire qu'il n'y a jamais eu d'&#233;poque magique o&#249; l'Etat pouvait d&#233;penser ce qu'il voulait, la banque centrale cr&#233;ant obligeamment et sans inconv&#233;nient de la monnaie pour couvrir le d&#233;ficit en r&#233;sultant. Autrefois il y avait une monnaie objective, m&#233;tallique, et les Etats monarchiques empruntaient aupr&#232;s des banques pour financer leurs guerres. Ils trichaient &#224; l'occasion sur le contenu or de la monnaie mais marginalement, et les th&#233;ologiens comme Nicolas Oresme tonnaient avec raison, soulignant que c'&#233;tait du vol. Au XIXe avec le franc-or, quand l'Etat &#233;tait en d&#233;ficit il empruntait aupr&#232;s du public et cela s'appelait la rente. Elle &#233;tait tr&#232;s confortable pour les souscripteurs (taux r&#233;el de 4 &#224; 5 %, bien plus qu'aujourd'hui). Puis il y a eu le d&#233;rapage des deux guerres et la planche &#224; billet. R&#233;sultat : une inflation d&#233;mentielle. Encore dans les ann&#233;es 60 et 70 la Banque de France faisait en effet des avances de tr&#233;sorerie &#224; l'Etat, mais limit&#233;es, le reste &#233;tait financ&#233; par emprunt public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau syst&#232;me mis en place depuis 1983 &#224; l'imitation des Etats-Unis a &#233;t&#233; salu&#233; avec joie par les politiques, car il permet au gouvernement d'&#233;mettre au fil de l'eau aupr&#232;s des march&#233;s. Ce faisant il &#233;vite le pathos humiliant des grands emprunts type Pinay, et surtout il r&#233;duit fortement les taux pratiqu&#233;s. Le march&#233; financier est en effet bien moins cher que l'emprunt public. Aujourd'hui quels individus sens&#233;s pr&#234;teraient &#224; l'Etat fran&#231;ais &#224; 1 % sur 30 ans ? Or le march&#233; le fait. Et donc le d&#233;faut du syst&#232;me actuel est exactement l'inverse de ce qu'on dit sur Internet : il donne aux irresponsables qui gouvernent depuis 40 ans la facult&#233; de d&#233;penser bien au-del&#224; du raisonnable. Encore plus avec l'euro, monnaie forte dont les taux d'int&#233;r&#234;t sont bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de base est que sauf drame comme les guerres (et donc besoin massif d'un coup) la dette publique est intrins&#232;quement mauvaise, car les d&#233;ficits qui en sont &#224; l'origine ne financent en g&#233;n&#233;ral pas des investissements, qui g&#233;n&#232;rent un produit et permettent donc &#224; terme leur remboursement, mais des d&#233;penses courantes, qui sont simplement report&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et croire qu'on &#233;conomise en empruntant &#224; la banque centrale, c'est absurde : si elle ne facture pas d'int&#233;r&#234;t &#224; l'Etat, son b&#233;n&#233;fice est r&#233;duit d'autant et donc son dividende annuel &#224; l'Etat, qui est son seul actionnaire. En revanche si un d&#233;ficit public est financ&#233; par de la cr&#233;ation mon&#233;taire, c'est-&#224;-dire la planche &#224; billet sans contrepartie dans l'&#233;conomie r&#233;elle, l'inflation elle est garantie. Et donc la ruine des plus pauvres (les riches eux savent se prot&#233;ger, car ils d&#233;tiennent des actifs r&#233;els qui s'appr&#233;cient).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ceux qui croient qu'apr&#232;s &#234;tre sortis de l'euro on peut r&#233;pudier notre gigantesque dette publique, d&#233;sormais &#233;gale &#224; quasiment 100% de production (PNB),nils r&#234;vent encore plus. Phantasmer sur les &#233;volutions depuis 1973 n'emp&#234;chera pas la dette existante d'&#234;tre bien r&#233;elle, et juridiquement exigible selon tous les crit&#232;res disponibles. Si vous ne la payez pas vous &#234;tes en d&#233;faut. Demandez aux Grecs ce qu'ils en pensent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article paru dans France Catholique n&#176; 3622 du 1er mars 2019.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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