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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Ni r&#232;gne de la loi, ni loi de la jungle : G&#233;ostrat&#233;gie et bien commun</title>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Relations internationales</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est le titre d'un livre que je viens de publier aux &#233;ditions Boleine. Comment dans le contexte actuel peut se situer une ligne politique et strat&#233;gique r&#233;aliste, sans abandonner pour autant l'id&#233;e que si on choisit une politique, c'est en vue d'un certain bien, un bien en d&#233;finitive commun ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;alisme nous conduit &#224; reconna&#238;tre qu'aujourd'hui, plus que jamais, la sc&#232;ne internationale est compos&#233;e de multiples acteurs ou puissances, au-dessus desquels il n'est pas de pouvoir r&#233;gulateur. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle-.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est le titre d'un livre que je viens de publier aux &#233;ditions Boleine. Comment dans le contexte actuel peut se situer une ligne politique et strat&#233;gique r&#233;aliste, sans abandonner pour autant l'id&#233;e que si on choisit une politique, c'est en vue d'un certain bien, un bien en d&#233;finitive commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;alisme nous conduit &#224; reconna&#238;tre qu'aujourd'hui, plus que jamais, la sc&#232;ne internationale est compos&#233;e de multiples acteurs ou puissances, au-dessus desquels il n'est pas de pouvoir r&#233;gulateur. Leurs rapports sont en g&#233;n&#233;ral relativement paisibles, mais &#224; l'occasion l'un ou l'autre recourt &#224; la force pour imposer ses vues. Face &#224; cela, il n'est en g&#233;n&#233;ral pas d'autre solution que de mettre une force en face. C'est l&#224; qu'intervient la pens&#233;e strat&#233;gique. Elle porte sur l'opposition de deux volont&#233;s, luttant pour l'emporter, &#233;ventuellement par la destruction des forces adverses. Mais le r&#233;sultat de la confrontation de ces volont&#233;s raisonnablement intelligentes, poursuivant des buts oppos&#233;s, est intrins&#232;quement impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce scandale intellectuel s'ajoute un scandale &#233;thique : comment rechercher le bien lorsque, d'une part, on ne sait r&#233;ellement pas ce qui va r&#233;sulter de notre action, et o&#249; d'autre part on n'avance qu'en occasionnant un certain mal, chez l'autre comme chez soi ? On ne r&#233;pondra pas &#224; cette question en parachutant d'en-haut et abstraitement des jugements moraux a priori. Il faut analyser la logique m&#234;me de la strat&#233;gie, examiner les conditions effectives de son exercice dans le monde r&#233;el, et regarder enfin si on peut discerner des lignes de conduite moralement satisfaisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre monde est en pleine mutation, avec des puissances en ascension et d'autres en recul, et de moins en moins r&#233;gul&#233;. Evaluer le potentiel des uns et des autres est changeant et incertain. Compter sur le droit est sympathique mais peu fiable. Se fier &#224; ses forces est souvent trompeur. Une conduite &#233;thique reste possible. Mais elle devra se fonder sur une analyse r&#233;aliste, et sur la recherche cas par cas du plus grand bien qui appara&#238;t alors possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le plan de ce livre, qui part de la logique paradoxale de la strat&#233;gie, et poursuit sur la probl&#233;matique particuli&#232;re de notre monde &#224; la fois multipolaire et aux acteurs tr&#232;s in&#233;gaux, tant militairement qu'&#233;conomiquement. Il &#233;voque ensuite les pistes de solutions trompeuses ou partielles comme le pi&#232;ge de l'id&#233;ologie, notamment occidentale, ou l'id&#233;e r&#233;ductrice des conflits de civilisations. Il pose alors la question de la recherche du bien commun dans un mode divis&#233; et en lutte, o&#249; le recours au droit et &#224; l'ONU s'av&#232;re d'efficacit&#233; bien limit&#233;e, sans parler de l'utopie d'une g&#233;n&#233;ralisation de la d&#233;mocratie &#224; l'occidentale. Il se confirme alors que le souci de ce bien commun est en d&#233;finitive de la responsabilit&#233; de chacun des acteurs, essentiellement &#233;tatiques, selon un jugement moral &#233;duqu&#233;, cas par cas, fond&#233; sur des principes, mais tenant compte de r&#233;alit&#233;s de forces aux multiples facettes, constamment changeantes. Le v&#233;ritable bien est &#224; ce prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce sujet mon interview sur TV Libert&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire une pens&#233;e strat&#233;gique avec l'irruption de Trump ! Le Zoom - Pierre de Lauzun - TVL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=jqQxpiQZ_Cw&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=jqQ...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand Sud mondial : une r&#233;alit&#233; pragmatique et mouvante</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-Grand-Sud-mondial-une-realite-pragmatique-et-mouvante.html</link>
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		<dc:date>2024-03-02T16:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ordre international</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>BRICS</dc:subject>
		<dc:subject>Grand sud</dc:subject>
		<dc:subject>Occident</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Y a-t-il &#233;mergence d'un &#8216;Grand Sud' s'opposant au monde occidental ? Certains faits paraissent aller dans ce sens : ainsi l'&#233;largissement des BRICS. Ou les prises de positions sur la guerre en Ukraine : le refus de la quasi-totalit&#233; des pays non-occidentaux de prendre des sanctions contre la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le terme de Grand Sud reste trompeur, car ce qui caract&#233;rise l'&#233;poque dans les zones concern&#233;es est le pragmatisme et l'opportunisme, pas les grandes alliances strat&#233;giques ou id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Occident-+.html" rel="tag"&gt;Occident&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Y a-t-il &#233;mergence d'un &#8216;Grand Sud' s'opposant au monde occidental ? Certains faits paraissent aller dans ce sens : ainsi l'&#233;largissement des BRICS. Ou les prises de positions sur la guerre en Ukraine ; en particulier le refus de la quasi-totalit&#233; des pays non-occidentaux de prise de sanctions contre la Russie, malgr&#233; les fortes pressions occidentales, ce qui a comme on sait vid&#233; ces sanctions d'une bonne part de leur efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le terme de Grand Sud reste trompeur, car ce qui caract&#233;rise l'&#233;poque dans les zones concern&#233;es est le pragmatisme et l'opportunisme, pas les grandes alliances strat&#233;giques ou id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les organisations : BRICS et OCS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons d'abord les organisations significatives &#224; vis&#233;e mondiale et non occidentales, au moins les plus notables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS (Br&#233;sil Russie Inde Chine Afrique du Sud) incluent d&#233;sormais l'Arabie Saoudite, l'Egypte, les Emirats, l'Ethiopie et l'Iran ; l'Argentine a failli entrer mais s'est r&#233;cus&#233;e depuis sa derni&#232;re pr&#233;sidentielle. L'ouverture s'est donc faite surtout au Moyen Orient. Les BRICS datent de 2009 et ont tenu 15 sommets annuels. &#192; ce jour il semble que 23 autres pays de taille variable aient demand&#233; de les rejoindre. Ce sont des &#233;conomies &#224; forte croissance ; leur PIB cumul&#233;s d&#233;passent clairement ceux du G7. Mais la Chine est dans une position dissym&#233;trique, pesant &#233;conomiquement plus que tous les autres ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS ont lanc&#233; en 2015 leur &#8216;Nouvelle banque de d&#233;veloppement', dont le si&#232;ge est &#224; Shanghai. Elle peut accorder jusqu'&#224; 350 milliards de pr&#234;ts, en principe non assortis de conditions contraignantes. On voit la volont&#233; claire d'alternative aux deux institutions de Bretton Woods, FMI et Banque mondiale, dont les pays concern&#233;s font partie mais qui sont nettement sous contr&#244;le occidental. Ils en demandent d'ailleurs la r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS constituent un assemblage assez h&#233;t&#233;rog&#232;ne, r&#233;uni surtout par la volont&#233; de cr&#233;er ou trouver des alternatives au monde &#8216;occidental', notamment dans le champ &#233;conomique et financier, mais sans n&#233;cessairement le r&#233;cuser. La pr&#233;sence simultan&#233;e de pays rivaux comme Arabie Saoudite et Iran (malgr&#233; le rapprochement r&#233;cent sous &#233;gide chinoise), et plus encore de l'Inde &#224; c&#244;t&#233; de la Chine, montre les limites de la signification politique de ce groupement, au-del&#224; du domaine &#233;conomique et financier. La dimension opportuniste est importante, comme le montre &#224; nouveau l'exemple de l'Inde, qui m&#232;ne par ailleurs des relations suivies avec les Etats-Unis, y compris strat&#233;giques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre organisation plus restreinte est l'Organisation de coop&#233;ration de Shanghai (2001), groupant aussi Chine Russie, Inde et Iran, mais aussi divers pays d'Asie centrale et le Pakistan. Plus ramass&#233;e g&#233;ographiquement, son orientation s&#233;curitaire est plus affirm&#233;e : lutte contre le terrorisme et les s&#233;paratismes, paix en Asie centrale, etc. En outre c'est un cadre pour l'expression de la relation &#233;troite entre Chine et Russie. Par contraste avec les positions occidentales (d&#233;mocratie et droits de l'homme, libre-&#233;change) on y met l'accent sur les souverainet&#233;s nationales, l'ind&#233;pendance, la non-ing&#233;rence dans les affaires int&#233;rieures, l'&#233;galit&#233; entre les &#201;tats membres etc. Mais il n'y a pas d'organisation structur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, il y a d'&#233;vidence, et malgr&#233; ses limites, un p&#244;le alternatif Russie-Chine, fortement renforc&#233; depuis la guerre d'Ukraine et le pivotement spectaculaire des relations &#233;conomiques de la Russie, et il joue un r&#244;le appr&#233;ciable dans la structuration d'alternatives au monde occidental. Mais le point essentiel pour la plupart des autres pays para&#238;t &#234;tre la recherche d'alternatives &#224; des relations &#233;conomiques dissym&#233;triques et &#224; des institutions internationales per&#231;ues comme trop occidentales, d'esprit et de direction - bien plus que la constitution d'une forme ou d'une autre d'alliance globale, de fait actuellement inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments r&#233;cents sur le plan strat&#233;gique confirment cette analyse. La guerre d'Ukraine a bien s&#251;r consid&#233;rablement durci les relations de la Russie et des Occidentaux, notamment du fait des sanctions ; mais sans effet d'entra&#238;nement sur d'autres pays. Les pays suppos&#233;s du Sud global restent tout &#224; fait &#224; l'ext&#233;rieur et y voient une affaire locale qui les concerne peu, sauf par les effets induits n&#233;gatifs (hausse des prix notamment). Economiquement ils coop&#232;rent all&#233;grement avec la Russie - et &#233;videmment aussi avec les Occidentaux. Plus, le gel et la menace de confiscation des actifs (ceux de la banque de Russie comme ceux des oligarques) ont eu un effet d&#233;vastateur : pour les dirigeants du monde entier, l'argent n'est plus en s&#233;curit&#233; en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'autre extr&#233;mit&#233; du continent, le durcissement de la tension entre la Chine et un certain nombre de ses voisins se poursuit, notamment sur le plan maritime, ce qui les rapproche des Etats-Unis ; mais l&#224; aussi, il n'y a pas de r&#233;percussion ailleurs, ou au-del&#224; de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin une certaine reprise du contr&#244;le am&#233;ricain n'est manifeste qu'en Europe : ailleurs, leur influence potentielle (au-del&#224; des zones vassalis&#233;es) reste li&#233;e &#224; des circonstances locales, comme le prouve l'attitude de l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique, la pouss&#233;e russe est frappante, notamment r&#233;cemment dans le Sahel ; elle s'ajoute &#224; la p&#233;n&#233;tration chinoise pour &#233;largir la gamme des alternatives disponibles pour les pouvoirs locaux, &#233;largissement qui s'&#233;tend d'ailleurs sporadiquement aux Etats-Unis ou &#224; d'autres. Mais on ne voit pas en quoi cela nourrirait un front d'ensemble anti-occidental un tant soit peu manifeste. Par ailleurs, la friction venimeuse entre la plaque europ&#233;enne et la plaque africaine, du fait des migrations, ne para&#238;t pas non plus structurante au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mutatis mutandis&lt;/i&gt; il en est de m&#234;me pour l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, il ne faut pas confondre le durcissement de l'&#238;le du monde dans son c&#339;ur russo-chinois, ainsi que ses tensions aux deux extr&#233;mit&#233;s, avec plusieurs ph&#233;nom&#232;nes dans le reste du monde, qui se confirment mais restent de nature tr&#232;s diff&#233;rente : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la recherche assez g&#233;n&#233;rale d'opportunit&#233;s plus diversifi&#233;es (&#233;conomiques ou militaires) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la volont&#233; des pays dit du Sud d'accro&#238;tre leur poids (ou plut&#244;t celui des plus puissants d'entre eux) dans les institutions et les m&#233;canismes internationaux ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et enfin la lassitude g&#233;n&#233;rale devant les pr&#234;ches id&#233;ologiques occidentaux, ressentis en outre largement comme hypocrites, voire contestables (l'id&#233;ologie LGBT ne passe pas en Afrique par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, on ne retrouve pas des sch&#233;mas connus du pass&#233;, comme la guerre froide et sa bipolarit&#233; franche, dont le Tiers-Monde d'alors cherchait &#224; s'&#233;chapper. Encore moins les probl&#233;matiques europ&#233;ennes de l'&#233;poque des Puissances, avec leurs jeux d'alliances complexes et mouvants. Quant &#224; l'&#233;lection possible de D. Trump, elle ne remettrait pas en cause ces constatations, sauf &#233;ventuellement en Europe, mais cela ne passionnera pas n&#233;cessairement le suppos&#233; Sud global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout cela ne rend pas la situation nouvelle &#233;trange ou d&#233;routante, sauf pour des id&#233;ologues attard&#233;s. Sa fluidit&#233; r&#233;sulte du fait que, comme je l'ai not&#233; par ailleurs, la course au d&#233;veloppement et &#224; l'affirmation de ceux des pays &#233;mergents qui peuvent r&#233;ussir renvoie sans doute les grandes restructurations ou man&#339;uvres strat&#233;giques &#224; un horizon plus lointain (20-30 ans ?). D'ici l&#224;, pragmatisme et opportunisme dominent. C'est ce que dans mon &lt;i&gt;Guide de survie dans une monde instable complexe et non r&#233;gul&#233;&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Guide-de-survie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/Guid...&lt;/a&gt;), j'ai appel&#233; l'&#339;il du cyclone. Mais cela comporte cependant, dans l'intervalle, et comme je l'indiquais alors, la possibilit&#233; - d&#233;sormais confirm&#233;e en Ukraine - de guerres classiques ici ou l&#224;, et plus g&#233;n&#233;ralement, de disruptions locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une tel contexte, il appara&#238;t particuli&#232;rement peu indiqu&#233; de s'enfermer dans une vision monolithique (les d&#233;mocraties contre le reste), mais au contraire adopter le pragmatisme dominant. Mais cela en restant lucide sur les menaces de d&#233;flagration locale toujours possibles. Ce qui rend d'autant plus urgente la restauration d'une capacit&#233; de d&#233;fense autrement plus muscl&#233;e, dont, dans le cas de la France &#224; l'immense domaine maritime (et situ&#233; dans ce fameux &#8216;Sud' en plein mouvement), une capacit&#233; navale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma&lt;i&gt;, le 26 f&#233;vrier 2024&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Guide-de-survie-dans-un-monde-instable-heterogene-et-non-regule.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Guide...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel avenir aux empires ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Quel-avenir-aux-empires.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Quel-avenir-aux-empires.html</guid>
		<dc:date>2023-01-10T17:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Ordre multipolaire</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous sommes tellement convaincus que la d&#233;mocratie est l'&#233;tape finale de l'histoire que nous n'envisageons pas un instant que celle-ci puisse aller dans un autre sens. Mais il y a bien d'autres configurations possibles, comme l'histoire l'a montr&#233;. Et notamment les empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; met en outre les projecteurs sur la coupure en cours entre les d&#233;mocraties occidentales et ce qu'on per&#231;oit comme une alternative russo-chinoise, vue comme autoritaire, agressive et, pr&#233;cis&#233;ment, imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir pour les empires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(paru sur le site de G&#233;opragma)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Monde-multipolaire-.html" rel="directory"&gt;Monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Monde-fragmente-+.html" rel="tag"&gt;Monde fragment&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Empire-+.html" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes tellement convaincus que la d&#233;mocratie &#224; l'occidentale est l'&#233;tape finale de l'histoire que nous n'envisageons pas un instant que celle-ci puisse aller dans un autre sens. Cela r&#233;sulte du fait que la d&#233;mocratie &#233;tant sacralis&#233;e dans nos soci&#233;t&#233;s comme le bien par excellence, on ne voit d'alternative que dans ce qui parait &#234;tre le mal absolu, et qu'on croit &#234;tre l'oppos&#233; exact de la d&#233;mocratie, le totalitarisme. Mais il y a d'autres configurations possibles, comme l'histoire l'a montr&#233;. Et notamment les empires. L'actualit&#233; met en outre les projecteurs sur la coupure en cours entre les d&#233;mocraties occidentales et ce qu'on per&#231;oit comme une alternative russo-chinoise, vue comme autoritaire, agressive et, pr&#233;cis&#233;ment, imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle donc beaucoup d'empires. Mais avec beaucoup d'impr&#233;cision. Il y en a eu des formes vari&#233;es dans l'histoire, mais le terme n'a son sens plein que pour d&#233;signer un pouvoir autoritaire, direct, sur un territoire vaste et relativement h&#233;t&#233;rog&#232;ne, d&#233;passant l'horizon d'une nation. C'est le sens qui sera retenu ici. Au sens strict il n'y a en plus vraiment aujourd'hui, tout au plus partiellement : le langage courant parle d'empire am&#233;ricain, pour ce qu'il est plus pr&#233;cis d'appeler une h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire qu'il n'y en aura plus &#224; l'avenir ? Non, et le contraire est m&#234;me probable. Nous sommes en effet dans une p&#233;riode de transition : nos syst&#232;mes donnent bien des signes de faiblesse, les brassages de peuples s'intensifient notamment dans les pays avanc&#233;s, de nouvelles puissances montent, et la guerre r&#233;appara&#238;t l&#224; o&#249; on ne l'attendait plus. L'histoire va donc se remettre en mouvement. Or dans une p&#233;riode troubl&#233;e et &#233;volutive, la formule imp&#233;riale a toutes ses chances. Ce qui ne veut pas dire que cela soit souhaitable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un empire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme d'empire d&#233;fini comme ci-dessus s'oppose &#224; celui de nation. Ce qui caract&#233;rise sauf rares exceptions une nation est son homog&#233;n&#233;it&#233; ethnoculturelle. L'empire, lui, est plurinational, m&#234;me si une ethnie ou nation y domine. La probl&#233;matique de l'empire se d&#233;finit d&#232;s lors largement par rapport &#224; la question nationale. Un des aspects de cette opposition est la question de la d&#233;mocratie. Comme je l'ai montr&#233; ailleurs (Les Nations et leur destin), le syst&#232;me d&#233;mocratique exige normalement de s'appliquer &#224; une nation, homog&#232;ne, ayant la m&#234;me langue et la m&#234;me culture. Une nation peut &#234;tre d&#233;mocratique (au sens large) ou pas, un empire normalement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un empire est en g&#233;n&#233;ral le fruit d'une conqu&#234;te militaire, et le rapport de forces en reste une dimension essentielle. Certains sont plus ou moins &#233;ph&#233;m&#232;res, et sans trace historique ult&#233;rieure. Car ils durent en g&#233;n&#233;ral moins que les nations au sens large, parce que plus complexes, et faute du support objectif que ces derni&#232;res trouvent dans le fait national. Mais on a des cas d'empires qui ont dur&#233; longtemps et jou&#233; un r&#244;le significatif, ainsi Rome, ou la Chine imp&#233;riale. Toutes deux se sont av&#233;r&#233;es capables d'offrir une possibilit&#233; r&#233;elle d'assimilation aux populations conquises et d'abord &#224; leurs dirigeants. Par-l&#224; de tels empires ont adopt&#233; certains des traits d'une nation, et notamment une certaine unit&#233; linguistique. Et ils ont dur&#233; plus longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de l'Europe est tout &#224; fait diff&#233;rente. L'histoire europ&#233;enne n'a pas fourni de cas d'unification imp&#233;riale et s'est m&#234;me caract&#233;ris&#233;e par son &#233;loignement de ce mod&#232;le, qui impr&#233;gnait pourtant les esprits encore au Moyen &#194;ge. Cette grande fragmentation politique sur une base largement nationale est sp&#233;cifique &#224; l'Europe. Quant aux empires coloniaux europ&#233;ens &#224; partir du XIXe, ils &#233;taient clairement distingu&#233;s de leurs m&#233;tropoles. Celles-ci &#233;taient des d&#233;mocraties au moins partielles, nationales, et leurs empires non.Ils ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif pour modeler la plan&#232;te telle que nous la connaissons. Mais fond&#233;s qu'ils &#233;taient sur des principes contradictoires et sur un rapport de force transitoire, sans v&#233;ritable assimilation, ils ont tr&#232;s peu dur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Empires et nations : forces et faiblesses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, l'empire est une entit&#233; vaste, complexe, r&#233;unissant des parties h&#233;t&#233;rog&#232;nes. L'Etat-nation, lui, raisonne sur un seul peuple, un seul territoire, une seule communaut&#233; politique. La nation tend &#224; homog&#233;n&#233;iser et exclure ce qui n'entre pas dans son sch&#233;ma, l'empire lui traite diff&#233;remment les diff&#233;rents peuples. Il accepte la diff&#233;rence comme telle, moyennant soumission ; l'Etat-nation cherche &#224; la d&#233;passer. Cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; possible permet &#224; un empire de gouverner, du moins un temps, des ensembles plus vastes et diversifi&#233;s, ce que la base nationale exclut. Les empire sont d'ailleurs souvent pragmatiques et flexibles, tant que leur pouvoir n'est pas remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de sous-communaut&#233;s est relativement compatible avec les syst&#232;mes autoritaires et donc les empires. Mais c'est contradictoire avec une d&#233;mocratie. Celle-ci suppose en effet que les &#233;lections se fassent sur la base d'un vote sur des options diverses, au sein d'une population suffisamment coh&#233;rente et homog&#232;ne pour que la minorit&#233; accepte la loi de la majorit&#233; comme repr&#233;sentative d'un peuple auquel tous s'identifient. Si ce n'est pas le cas, la d&#233;mocratie sera remise en cause et, au-del&#224; d'elle, la vie commune et la solidarit&#233; qu'elle comporte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une cons&#233;quence importante : l'empire (ou un autre syst&#232;me autoritaire) peut donner une r&#233;ponse &#224; la d&#233;sagr&#233;gation de syst&#232;mes politiques, notamment d&#233;mocratiques, si leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; notamment culturelle ou ethnique devient ing&#233;rable. Ce qui nous conduit &#224; une interrogation importante pour notre &#233;poque. Au vu de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; et des fragilit&#233;s croissantes de nos constructions politiques, l'id&#233;e vient &#224; l'esprit que les chances des empires &#224; l'avenir sont loin d'&#234;tre nulles, malgr&#233; leur limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des exemples d'empires d&#232;s aujourd'hui ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; en est-on aujourd'hui ? Si nous n'avons actuellement plus d'empire au sens retenu ici, certaines situations m&#233;ritent attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord actuellement plusieurs exemples interm&#233;diaires, de pays en soi pluriethniques ou plurinationaux, mais o&#249; l'une de ces nations ou ethnies est nettement majoritaire et structure l'Etat. Des exemples &#233;vidents en sont l'Iran, la Turquie, certains pays d'Am&#233;rique latine Ces minorit&#233;s fortes subsistent, mais elles sont en position d'inf&#233;riorit&#233; nette ; et donc cela peut durer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas russe est &#224; mettre &#224; part. Il y a toujours eu dans l'empire russe comme en URSS une majorit&#233; russe, mais les minorit&#233;s y &#233;taient importantes. A l'&#233;poque, le pouvoir avait su se maintenir par une m&#233;lange d'autoritarisme et d'int&#233;gration habile d'&#233;lites locales, qui trouvaient une place dans le syst&#232;me imp&#233;rial. Cet empire s'est d&#233;sagr&#233;g&#233;. Reste aujourd'hui une situation confuse. Il y a en Russie m&#234;me des minorit&#233;s appr&#233;ciables, notamment musulmanes. En cela, elle se rangerait plut&#244;t dans la s&#233;rie pr&#233;c&#233;dente. Mais le cas russe en diff&#232;re &#224; deux titres, le premier &#233;tant la pr&#233;sence de minorit&#233;s russes &#224; l'ext&#233;rieur, question sensible et reli&#233;e au pass&#233; imp&#233;rial. Le deuxi&#232;me est que la Russie ne consid&#232;re pas ce qui relevait de l'empire russe ou de l'URSS comme compl&#232;tement ext&#233;rieur. D'une certaine fa&#231;on, sa conception de soi et ses fronti&#232;res ne sont pas clarifi&#233;es. D'o&#249; la question d'une permanence imp&#233;riale dans la probl&#233;matique russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine pr&#233;sente des traits analogues, avec ses minorit&#233;s tib&#233;taines, ou&#239;goures etc., mais en moins marqu&#233; : la pr&#233;pond&#233;rance de l'ethnie chinoise y est massive ; en outre son territoire correspond tr&#232;s largement &#224; celui de l'ancien empire et elle a peu de revendications historiques &#224; faire valoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A terme, la r&#233;&#233;mergence d'empires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un empire &#224; l'ancienne suppose la conqu&#234;te militaire par un pays de ses voisins. A premi&#232;re vue, il para&#238;t ne pas y avoir de base pour cela dans le monde que nous connaissons aujourd'hui. En outre le maintien de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine dans des zones majeures de la plan&#232;te rend l'exercice difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une exception possible, on l'a vu : la Russie. Mais en regardant de pr&#232;s, la r&#233;ponse ne para&#238;t pas non plus assur&#233;e. On note d'abord dans ce pays une h&#233;sitation entre le mod&#232;le imp&#233;rial et un mod&#232;le national russe : l'invasion de l'Ukraine est-elle motiv&#233;e par la remise en cause de sa r&#233;alit&#233; comme Etat, au profit d'une vision imp&#233;riale ; ou n'assiste-t-on pas, de fa&#231;on pas n&#233;cessairement consciente c&#244;t&#233; russe, &#224; une affirmation ethnico-nationale proprement russe ? En tout cas l'agression a eu pour effet de souder un sentiment national ukrainien jusqu'ici flou, appel&#233; &#224; durer au moins dans la partie centre et ouest. De ce point de vue, l'invasion aura probablement ce r&#233;sultat a priori paradoxal d'y faire basculer la probl&#233;matique dans un sens national homog&#232;ne, comme l'ont fait les nettoyages ethniques post-yougoslaves. S'agissant des autres minorit&#233;s russes ou russophones de la p&#233;riph&#233;rie imm&#233;diate, on pourrait imaginer une agression russe dans les pays baltes (mais la Russie se heurterait ici directement &#224; l'Otan), ou au Kazakhstan. Mais l&#224; encore cela ne d&#233;boucherait pas sur un empire, et par certains c&#244;t&#233;s au contraire : on s'&#233;loignerait de ce mod&#232;le pour se rapprocher d'une logique purement nationale (agressive en l'occurrence). Tout autre est la question des &#233;ventuelles ambitions russes au-del&#224; de ce p&#233;rim&#232;tre russophone, notamment dans sa zone de domination anciennement sovi&#233;tique (Caucase, Asie centrale, etc.). Mais en supposant que la Russie en ait l'intention, elle ne para&#238;t en &#233;tat d'aller bien loin, au vu des limites de l'arm&#233;e russe apparues en Ukraine, sans parler de celles de l'&#233;conomie et de la d&#233;mographie ; et elle se heurterait assez vite &#224; d'autres puissances (Otan, et m&#234;me Chine). Et ce serait a fortiori le cas au-del&#224; de ces zones. D&#232;s lors, la perspective v&#233;ritablement imp&#233;riale appara&#238;t dans les ann&#233;es qui viennent plut&#244;t limit&#233;e pour ce pays, au-del&#224; d'une forme d'h&#233;g&#233;monie sur une partie de l'ancienne URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective imp&#233;riale est en revanche bien plus plausible &#224; terme plus ou moins &#233;loign&#233; dans le monde arabo-musulman, surtout avec le recul de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine. Ainsi dans le monde arabe o&#249; les Etats restent assez artificiels, et souvent sans base nationale propre suffisante. Par ailleurs, Turquie et Iran, en partie h&#233;t&#233;rog&#232;nes, ont &#233;t&#233; de vrais empires et s'en souviennent. La Turquie notamment, avec sa nostalgie ottomane soigneusement entretenue par R. Erdogan et la constitution progressive d'un r&#244;le international qui pourrait assez vite tourner &#224; l'empire. Mais un Iran d&#233;passant l'impasse actuelle pourrait aussi entrer dans ce sch&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la possibilit&#233; d'empires est tout &#224; fait concevable &#224; terme en Asie, notamment avec l'impressionnante &#233;mergence de puissances comme la Chine ou l'Inde. Certes, cela ne para&#238;t pas &#234;tre leur priorit&#233; dans l'imm&#233;diat, car elles sont pour l'essentiel ax&#233;es sur leur mont&#233;e en puissance, m&#234;me si elles ne d&#233;daignent pas d'exercer une forme d'h&#233;g&#233;monie. Mais la situation pourrait &#233;voluer &#224; terme plus long. Et leur surpuissance par rapport aux pays voisins sera alors consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une forme nouvelle d'empire : l'Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant d'&#233;largir le d&#233;bat au-del&#224; des empires classiques, construits sur une base guerri&#232;re. A notre &#233;poque on peut en effet envisager des processus diff&#233;rents d'&#233;volution vers des formes politiques de type imp&#233;rial. A terme plus ou moins long, dans un contexte instable o&#249; la confiance deviendrait tr&#232;s difficile, des formules robustes comme celle-l&#224; peuvent alors avoir leurs chances. La remarque vaut bien s&#251;r d'abord pour les empires &#233;ventuels qu'on vient d'&#233;voquer, des h&#233;g&#233;monies pouvant devenir tellement pr&#233;gnantes qu'elles ressemblent &#224; des empires ; on pense alors naturellement d'abord &#224; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e dans le cas de l'Europe. En fait, &#233;l&#233;ment militaire mis &#224; part, l'Union europ&#233;enne ressemble quelque peu &#224; un empire : ce n'est pas une nation mais elle est compos&#233;e de nations vari&#233;es ; elle constitue un pouvoir supranational en surplomb, qui se fonde certes en principe sur les d&#233;mocraties nationales, mais tend &#224; consid&#233;rer le niveau national comme subalterne, historiquement d&#233;pass&#233;, &#224; r&#233;guler par en-haut. Ce pouvoir n'est pas &#233;lu directement comme un pouvoir politique national ; le &#8216;parlement' est &#233;lu sur la base d'&#233;lections qui se font en fait sur des listes nationales ; l'ex&#233;cutif n'est pas &#233;lu. Le pouvoir politique europ&#233;en n'est donc pas v&#233;ritablement responsable devant des &#233;lecteurs. Ce pouvoir reste toutefois limit&#233; &#224; certains domaines, m&#234;me s'ils sont de plus en plus vastes ; on reste donc dans une situation interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-il &#233;voluer ? Il ne peut pas se construire politiquement comme une d&#233;mocratie nationale : il n'y a pas de peuple europ&#233;en, ni de vie politique europ&#233;enne. Il pourrait &#233;videmment se reb&#226;tir sur un projet diff&#233;rent, fond&#233; sur ses nations, mais il ne prend pas ce chemin. Il peut bien s&#251;r continuer de stagner dans un entre-deux b&#226;tard sous h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine : c'est le plus probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, hors une dislocation possible, on peut imaginer un autre sc&#233;nario, surtout en cas de crise grave. Dans un contexte de fragilisation des syst&#232;mes politiques et &#233;conomiques nationaux, dont les bases d'identification nationale ont &#233;t&#233; &#233;rod&#233;es, ce &#224; quoi s'ajoute l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; croissante des populations vivant en Europe, avec une immigration massive qui peut encore s'acc&#233;l&#233;rer, on peut imaginer, lors d'une crise tr&#232;s grave, un transfert de pouvoir massif, plus ou moins consensuel des &#233;tats membres &#224; Bruxelles, qui deviendrait t&#234;te d'un sorte d'empire. Cela dit, cet empire resterait un peu bizarre, du fait que militairement il est a priori peu probable &#224; ce stade qu'il se d&#233;tache de l'Otan et donc de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine. C'est donc un sc&#233;nario, mais pas la plus forte probabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/quel-avenir-aux-empires/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/quel-avenir-au...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Apr&#232;s la guerre d'Ukraine, un monde fragment&#233;. L'aspect mon&#233;taire et financier. </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Apres-la-guerre-d-Ukraine-un-monde-fragmente-L-aspect-monetaire-et-financier.html</link>
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		<dc:date>2022-06-15T12:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faire la guerre, ou soutenir un effort de guerre est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir un Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose bien des questions, car elle remet en question l'architecture m&#234;me du monde que ces m&#234;mes Occidentaux et notamment les Am&#233;ricains pr&#233;tendent construire, c'est-&#224;-dire une architecture commune &#224; la plan&#232;te. Nous allons le voir sous l'angle mon&#233;taire, car les d&#233;cisions prises conduisent &#224; un monde fragment&#233; et sur ce plan sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; sur le site de G&#233;opragma)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Monde-multipolaire-.html" rel="directory"&gt;Monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Systeme-monetaire-+.html" rel="tag"&gt;Syst&#232;me mon&#233;taire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Monde-fragmente-+.html" rel="tag"&gt;Monde fragment&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faire la guerre, ou &#224; un degr&#233; plus limit&#233;, soutenir l'effort de guerre de quelqu'un, est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir un Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose bien des questions, car elle remet sur certains points en question l'architecture m&#234;me du monde que ces m&#234;mes Occidentaux et notamment les Am&#233;ricains pr&#233;tendent construire. Nous allons le voir sous l'angle mon&#233;taire et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;rive id&#233;ologique occidentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; ce sujet par ailleurs (Aide &#224; l'Ukraine : quels sont nos buts de guerre ? &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Aide-a-l-Ukraine-quels-sont-nos-buts-de-guerre.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Aide-...&lt;/a&gt;). Je distingue trois grands types de buts de guerre : id&#233;ologiques, imp&#233;rialistes et patriotiques. Je note que les deux premiers types favorisent les options guerri&#232;res, la premi&#232;re notamment, car une id&#233;ologie n'admet pas de compromis et tend &#224; classer le monde entre bons et m&#233;chants. Ce faisant, on favorise l'ascension aux extr&#234;mes que le processus de la guerre tend par ailleurs &#224; produire. La guerre en Ukraine est sur ce plan particuli&#232;rement symptomatique. C&#244;t&#233; occidental, surtout am&#233;ricain, la dimension id&#233;ologique a pris de plus en plus le dessus, dans un grand r&#233;cit de lutte des d&#233;mocraties contre les r&#233;gimes autoritaires. Cette attitude est dangereuse, notamment au vu de ce que cela signifie pour le monde de demain. Concr&#232;tement, sauf issue militaire improbable, la Russie fera partie du paysage international de demain. On peut &#233;videmment d&#233;sirer que l'issue de la guerre sera le moins favorable possible pour elle, et agir en ce sens. Mais sans de ce fait prendre de risque excessif, sans nourrir l'ascension aux extr&#234;mes, et sans d&#233;truire des liens utiles ou des actifs. D&#233;j&#224; il &#233;tait irrationnel de d&#233;manteler toutes les positions des entreprises occidentales en Russie, ou de boycotter sportifs et artistes russes. A fortiori de mettre en place des embargos dont les Europ&#233;ens souffrent au moins autant que les Russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde nouveau fragment&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au-del&#224; de ces faits imm&#233;diats, ce qui frappe le plus est l'absence de vraie vision &#224; terme, hors improbable r&#233;alisation du sc&#233;nario dans lequel les d&#233;mocraties, aidant les Ukrainiens &#224; bouter les Russes hors de leur territoire, provoqueraient un changement de r&#233;gime &#224; Moscou, montrant par l&#224; au reste de la plan&#232;te qu'il n'y a qu'une voie gagnante pour l'avenir. Nous ne savons pas comment se terminera cette aventure (ind&#233;niablement absurde et condamnable dans le cas russe) ; mais nous pouvons voir que, d'ores et d&#233;j&#224;, les moyens d&#233;ploy&#233;s par les Occidentaux, y compris &#224; travers les sanctions, fa&#231;onnent en partie appr&#233;ciable ce monde de demain. Et c'est vrai aussi en mati&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait d&#233;j&#224; avant cette guerre une forte pouss&#233;e de remise en cause de la conception ant&#233;rieure, qu'on peut appeler de mondialisme ouvert, notamment du fait de la Covid. Avec la mise en &#233;vidence des risques appr&#233;ciables qu'on pouvait courir, au niveau de la s&#233;curit&#233; des approvisionnements, du fait de tels &#233;v&#233;nements naturels, et cela tant au niveau national qu'&#224; celui des entreprises. Mais avec les sanctions contre la Russie, un pas nouveau majeur a &#233;t&#233; accompli, car cette fois l'interruption r&#233;sulte d'une volont&#233; politique. et elle bouleverse la logique ant&#233;rieure tant des &#233;changes que des investissements. Du jour au lendemain, l'approvisionnement p&#233;trolier et gazier d'origine russe s'est trouv&#233; anath&#232;me ; de m&#234;me la pr&#233;sence de la Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale ou de Renault en Russie. Pour les entreprises, cela veut dire que pour l'avenir, quand vous investissez &#224; quelque part, ou que vous vous y approvisionnez, si vous &#234;tes occidental vous devrez inclure un facteur majeur de risque politique, non plus seulement par changement politique local comme par le pass&#233;, mais du fait de d&#233;cisions des autorit&#233;s de votre pays d'origine (ou de ses alli&#233;s). Bien s&#251;r on en avait eu un petit avant-go&#251;t avec l'Iran. Mais les enjeux restaient alors limit&#233;s : d&#232;s lors, on pouvait consid&#233;rer que ce n'&#233;tait qu'un cas particulier et que le reste de l'activit&#233; ob&#233;issait toujours aux r&#232;gles ant&#233;rieures. Ce n'est d&#233;sormais plus le cas, car l'exemple russe est trop massif, trop porteur de pr&#233;c&#233;dents. Dit autrement, si le pays avec qui vous travaillez peut d'une fa&#231;on ou d'une autre d&#233;plaire gravement &#224; Washington, vous courez un risque &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ciproquement, du point de vue des dits pays, la possibilit&#233; de telles ruptures est d&#233;sormais av&#233;r&#233;e. D&#233;j&#224; significatif pour le pays moyen, le virage prend un sens tout particulier dans le cas de la Chine, en outre proche de la Russie. En bonne logique, la jurisprudence russe pourra s'appliquer demain &#224; elle, et elle le sait. Elle ne peut qu'en tenir compte pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme mon&#233;taire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en outre un domaine o&#249; ces consid&#233;rations remettent tout particuli&#232;rement en cause les id&#233;es et les usages, qui est le domaine mon&#233;taire. On parle depuis longtemps et non sans motif du privil&#232;ge exorbitant du dollar. Mais il reposait sur une id&#233;e implicite : que tout le monde pouvait investir et payer en dollar, et que le dollar &#233;tait s&#251;r, du moins politiquement. Or voici que non seulement les banques russes ont &#233;t&#233; exclues du syst&#232;me (et notamment des paiements par Swift, sauf exception), ou que les actifs d'une liste de personnages sont bloqu&#233;s, mais surtout, les r&#233;serves m&#234;mes de la Banque de Russie (en dollars et en euros, situ&#233;es dans les pays occidentaux) ont &#233;t&#233; bloqu&#233;es. Si on admet un ordre de grandeur de plus de 630 milliards (dont 40% au moins &#233;taient dans les pays occidentaux en 2021), on voit l'importance de l'enjeu (le Financial Times parle de 300 milliards bloqu&#233;s). Il est vrai que la Russie avait en partie pr&#233;venu le coup en transf&#233;rant ses ressources hors d'Occident (o&#249; elles &#233;taient &#224; plus de 80 % en 2014) et en augmentant massivement son stock d'or, &#233;valu&#233; &#224; quelque 140 milliards de dollars, ce qui laisse au r&#233;gime une marge de man&#339;uvre, d'autant que le prix de l'or augmente. Mais d&#233;sormais toute la plan&#232;te sait que la s&#233;curit&#233; des r&#233;serves d'un pays d&#233;tenues dans un pays occidental n'est pas garantie. Certes on en reste &#224; ce stade au blocage. Mais les fonds ne sont d&#232;s lors plus utilisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disruption serait bien entendu a fortiori encore plus grave si, comme certains le proposent (Josep Borrell par exemple), les Occidentaux dans leur escalade d&#233;cidaient non plus simplement de bloquer, mais de confisquer ces actifs. Or si la chose est compliqu&#233;e pour les oligarques (soci&#233;t&#233;s &#233;cran, questions judiciaires de responsabilit&#233; etc.), c'est &#224; premi&#232;re vue plus facile pour les avoirs de la Banque centrale : ce sont des avoirs du pays, et ce pays en a agress&#233; un autre, en lui infligeant des destructions massives. Quoi de plus simple politiquement que de financer en bonne partie la reconstruction de l'Ukraine (ce pour quoi les Ukrainiens par exemple &#233;voquent jusqu'&#224; 5 ou 600 milliards voire plus) avec l'argent de la Banque de Russie ? En clair, on fa&#231;onne donc un monde dans lequel avoir des r&#233;serves dans une devise occidentale n'est plus une question purement mon&#233;taire ; ces r&#233;serves sont politiquement &#224; risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour les transactions en dollars elles-m&#234;mes. Les Etats-Unis ont d&#233;cid&#233; de bloquer les paiements par les Russes des &#233;ch&#233;ances de leur dette ext&#233;rieure (modeste il est vrai, qui s'&#233;l&#232;ve &#224; environ 50 milliards de dollars) - du moins si le cr&#233;ancier (ou sa banque) est am&#233;ricain. Certes, on savait d&#233;j&#224; qu'il n'&#233;tait pas innocent de faire de simples transactions en dollar : BNPP par exemple avait r&#233;cemment d&#251; payer une amende &#233;norme pour des financements impliquant le Soudan, qui &#233;tait alors sous embargo am&#233;ricain mais non europ&#233;en. Pourtant aucune des parties n'&#233;tait am&#233;ricaine ; mais la monnaie &#233;tait le dollar (donc avec en bout de cha&#238;ne une compensation &#224; New York). L&#224; encore on pouvait esp&#233;rer que cela resterait limit&#233;. Nous n'en sommes plus l&#224;. Maintenant quelqu'un qui a emprunt&#233; en dollars peut &#234;tre d&#233;clar&#233; en d&#233;faut de paiement (avec tout ce que cela entra&#238;ne) non pas parce qu'il n'a pas l'argent ou ne veut pas payer, mais parce que les Etats-Unis lui interdisent de payer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est le sens m&#234;me de ce qu'est une monnaie internationale qui change de sens. Ces monnaies (dollar et peut-&#234;tre euro) ne sont plus neutres m&#234;me dans leur usage par celui qui les d&#233;tient. Elles sont en fait dans les mains du pouvoir politique du pays dont elles sont la monnaie, et il peut vous priver de vos actifs si vous lui d&#233;plaisez. En un sens, ce ne sont donc plus pleinement des monnaies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas d&#233;battre ici du bienfond&#233; de ces d&#233;marches, ni de leur efficacit&#233;. Je voudrais noter qu'on est l&#224; dans la construction d'un monde pour demain qui, hors le sc&#233;nario improbable de la victoire totale, sera un monde plus fragment&#233; et politiquement polaris&#233;, soit le contraire exact du monde d&#233;fendu par ailleurs par les Occidentaux, Am&#233;ricains en t&#234;te. On risque alors de r&#233;p&#233;ter la situation de 1945 : les d&#233;marches s'inscrivant pendant la guerre dans une logique de victoire ont alors d&#233;bouch&#233; sur un rideau de fer - que les Alli&#233;s ne voulaient pas. De m&#234;me ici : Russes et Chinois, et &#224; leur suite bien d'autres, vont comprendre qu'ils ne pouvaient se fier aux outils communs que les Occidentaux pr&#233;sentaient comme mondiaux. Ils ont d&#232;s lors un int&#233;r&#234;t majeur &#224; d&#233;velopper les leurs, le plus d&#233;coupl&#233;s possible du reste. Quitte &#224; continuer &#224; jouer par ailleurs avec ces derniers lorsque le risque est jug&#233; acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tention universaliste de l'id&#233;ologie d&#233;bouche donc sur l'effet contraire, celui d'un monde fragment&#233;, qui en mati&#232;re mon&#233;taire est sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma : &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/apres-la-guerre-dukraine-un-monde-fragmente-laspect-monetaire-et-financier/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/apres-la-guerr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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