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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Investir pour le bien commun Deuxi&#232;me partie : quelle &#233;thique pour les entreprises</title>
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		<dc:date>2022-06-01T12:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Entreprise et gratuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Parties prenantes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans un article pr&#233;c&#233;dent, j'ai &#233;voqu&#233; la question g&#233;n&#233;rale de l'investissement &#233;thique, r&#233;alis&#233; dans le souci du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'examinerai ici la question des ciri&#232;res ou des objectifs recherch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit trop souvent que la question est simple, et notamment qu'elle se limite au d&#233;veloppement durable, ou m&#234;me au seul probl&#232;me climatique ; ou encore qu'on peut tout mettre sous le fameux sigle ESG : environnement, social et gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est en r&#233;alit&#233; beaucoup plus large, et inclut en particulier le souci de toutes les parties prenantes de l'entreprise, clients, fournisseurs et communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Finance-privee-.html" rel="directory"&gt;Finance personnelle&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Entreprise-et-gratuite-+.html" rel="tag"&gt;Entreprise et gratuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Parties-prenantes-+.html" rel="tag"&gt;Parties prenantes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voir aussi mon livre paru depuis&lt;/i&gt; &#034;Epargner en vue du bien commun : L'investissement &#233;thique&#034; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Epargner-en-vue-du-bien-commun-L-investissement-ethique.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Eparg...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de l'investissement &#233;thique est &#224; la mode, et c'est plut&#244;t bien en soi. Mais ces mots recouvrent aujourd'hui des r&#233;alit&#233;s tr&#232;s variables. Dans l'approche &#8216;&#233;thique' dominante, par exemple dans les &#8216;Principes de l'investissement responsable' de l'ONU de 2006, ces pr&#233;occupations sont centr&#233;es sur l'environnement, le social et la gouvernance (ESG). En pratique m&#234;me, la dimension environnementale l'emporte, suivie de loin par le &#8216;social'. Ce qui est bon, mais quelque peu limit&#233;. Dans une perspective v&#233;ritablement &#233;thique, et notamment d'inspiration chr&#233;tienne (Doctrine sociale de l'Eglise), il faut que se d&#233;veloppent des grilles d'analyse plus ambitieuses que celle-l&#224;, int&#233;grant le souci de relations &#233;thiques avec l'ensemble des partenaires de l'entreprise, au bon sens du mot &#233;thique, et donc en d&#233;finitive dans la perspective du bien commun. Le vocabulaire en termes d'ESG, actuellement dominant, ne peut pas suffire pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, les crit&#232;res officiels d'appr&#233;ciation &#233;thique des entreprises sont &#224; &#233;largir car il y a aussi les responsabilit&#233;s envers les clients, les fournisseurs, les communaut&#233;s o&#249; elle intervient et la communaut&#233; d'origine (ce qu'on appelle les parties prenantes). Certains cherchent &#224; mettre ces pr&#233;occupations sont le nom d'ESG, mais cela implique d'&#233;largir au-del&#224; du raisonnable le sens de ces mots, d'une fa&#231;on qui n'est plus compr&#233;hensible et surtout conduit en pratique &#224; mettre dans l'ombre une partie des exigences correspondantes. Il faudrait au minimum parler d'ESGPP, en ajoutant les &#8216;parties prenantes'. D'autre part, la compr&#233;hension m&#234;me des crit&#232;res peut &#234;tre diff&#233;rente si on se place d'un point de vue &#233;thique &#224; la fois v&#233;ritablement exigeant et bas&#233; sur les r&#233;alit&#233;s, comme on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc que se d&#233;veloppent des analyses plus ambitieuses que les actuelles, plus larges et plus pr&#233;cises. Il s'agit finalement de r&#233;pondre &#224; la question suivante : comment l'entreprise assume-t-elle ses responsabilit&#233;s envers les personnes et diff&#233;rentes communaut&#233;s humaines avec qui elle est en relation, et plus largement avec l'environnement ? Le point central est de consid&#233;rer les institutions &#233;conomiques dans lesquelles on investit comme de v&#233;ritables communaut&#233;s humaines, finalis&#233;es &#224; leur bien commun, et dans lesquelles le d&#233;veloppement humain de ceux qui y participent, et la contribution &#224; la soci&#233;t&#233; au sens large, sont des priorit&#233;s essentielles, dans le cadre d'une &#233;thique objectivement fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le verra, les cat&#233;gories que nous utilisons ne sont pas des absolus et se recouvrent en partie. Mais un avertissement, d'ores et d&#233;j&#224; : ne nous laissons pas impressionner par l'ampleur du sujet, qui est consid&#233;rable. Il y a beaucoup &#224; faire, mais ce qui importe d'abord, c'est d'avancer, m&#234;me de fa&#231;on partielle. Ce qui suit ne peut donc &#234;tre qu'une esquisse de la r&#233;flexion &#224; d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons enfin que nous &#233;voquons ici ce qui peut incomber aux entreprises et &#224; leurs responsables. Mais une partie appr&#233;ciable de l'action d&#233;pend aussi des pouvoirs publics, ainsi en mati&#232;re sociale et environnementale. Et notamment la concurrence peut impliquer leur intervention pour &#233;viter que soient p&#233;nalis&#233;es les entreprises au comportement &#233;thique par rapport &#224; leurs concurrents moins scrupuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers l'environnement &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'environnement est avec le social de loin le plus important des crit&#232;res actuellement pris en compte dans ce qu'on appelle finance &#233;thique ou ESG. Il fait partie des crit&#232;res ESG officiels et ne pose pas de probl&#232;me dans son principe. En revanche la pratique est complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci concerne &#233;videmment le d&#233;veloppement durable au sens &#233;troit, le r&#233;chauffement y compris la transition vers le non-carbone et la sortie des carburants fossiles, les ressources naturelles notamment en eau et air, la lutte contre la pollution au sens le plus large (contamination de zones comprise), la pr&#233;servation de la biodiversit&#233;, le respect de zones comme les for&#234;ts pluviales, la non-surexploitation des ressources, la pr&#233;servation de la couche d'ozone, la gestion des d&#233;chets etc. Dans une acception plus large du terme environnement, on peut inclure aussi le refus des exp&#233;rimentations animales ou de l'&#233;levage intensif, voire celui des manipulations g&#233;n&#233;tiques. Ce souci peut m&#234;me &#234;tre &#233;tendu &#224; l'&#233;cologie humaine dans son ensemble, &#224; commencer par les droits de l'embryon. La perspective est alors plus vaste que dans l'approche dominante. En revanche on ne mettra pas sous cette rubrique des questions l&#233;gitimes comme la s&#233;curit&#233; alimentaire, la limitation de l'acc&#232;s des personnes &#224; l'eau, l'air ou la terre, aux m&#233;dicaments ou &#224; la nourriture etc. En effet, cela rel&#232;ve &#224; mon sens plus logiquement de la responsabilit&#233; envers les communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient, &#233;voqu&#233;e ci-apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ce domaine d&#233;fini, la pratique est complexe et tr&#232;s technique, et souvent le choix entre les alternatives n'est pas simple. Si on voulait &#234;tre complet, il faudrait une philosophie d'ensemble sur ce qui est jug&#233; bon, neutre ou mauvais dans le processus de production actuel pris dans son ensemble, au vu de son impact actuel et futur sur l'environnement. Or la question de ce qu'on appelle d&#233;veloppement durable, qui est apparemment simple, est en r&#233;alit&#233; assez complexe selon l'horizon choisi, les hypoth&#232;ses d'impact faites, l'&#233;volution attendue du progr&#232;s technique, l'appr&#233;ciation de la renouvelabilit&#233; des ressources etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergie et les mati&#232;res premi&#232;res, l'activit&#233; mini&#232;re en sont des exemples &#233;vidents. Que faire par exemple avec le nucl&#233;aire ? La r&#233;ponse ne va pas de soi. Le nucl&#233;aire est proscrit par la plupart des fonds anglo&#8208;saxons, alors que les g&#233;rants fran&#231;ais tendent &#224; le retenir favorablement puisque, contrairement aux &#233;nergies fossiles, il ne rejette pas de gaz &#224; effet de serre (&#224; mon sens , c'est avec raison). Mais comme on sait, les risques et co&#251;ts sur le long terme sont difficiles &#224; appr&#233;cier (notamment le stockage final des d&#233;chets). De m&#234;me pour les OGM. Le besoin de se faire une doctrine environnementale est donc majeur, et la r&#233;ponse n'est pas simple. Le manque de donn&#233;es scientifiques, souvent pointues, est en outre ici particuli&#232;rement criant ; et l'investisseur a besoin d'un travail d'&#233;laboration externe significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un champ o&#249; le besoin de donn&#233;es et d'analyses est particuli&#232;rement fort ; mais en m&#234;me temps, il est relativement plus quantifiable qu'un autre ; en outre, il y a de plus en plus des demandes r&#233;glementaires en ce sens, ce qui permet d'avoir acc&#232;s &#224; une information non n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers le personnel et les collaborateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le social est ensuite parmi les autres crit&#232;res actuels (ESG) le plus important et le plus d&#233;velopp&#233;. La dimension sociale renvoie d'abord &#224; la gestion des ressources humaines : respect du droit du travail, modalit&#233;s de recrutement, formation et gestion des carri&#232;res, reconversion et adaptabilit&#233;, qualit&#233; des conditions de travail, respect de la vie priv&#233;e, dialogue social, participation des salari&#233;s, prise en compte de situation sp&#233;cifiques comme les handicap&#233;s, question de la diversit&#233; du recrutement etc. Dans le cadre des crit&#232;res re&#231;us au niveau international, et notamment dans le cas des multinationales, les entreprises sont invit&#233;es en outre &#224; &#171; respecter la libert&#233; d'association et &#224; reconna&#238;tre le droit de n&#233;gociation collective ; contribuer &#224; l'&#233;limination de toutes les formes de travail forc&#233; ou obligatoire ; contribuer &#224; l'abolition effective du travail des enfants ; contribuer &#224; l'&#233;limination de toute discrimination en mati&#232;re d'emploi et de profession &#187;. Cela inclut le respect des droits de l'homme bien compris ; et peut conduire aussi &#224; agir pour le d&#233;veloppement du droit du travail local. Il faut en effet rappeler que dans le cas de ces entreprises multinationales, ce souci s'applique &#224; des environnements tr&#232;s vari&#233;s et o&#249; le droit du travail est notablement diff&#233;rent de celui des pays avanc&#233;s. En termes de principes, on refusera en outre ce qu'on appelle aujourd'hui discrimination (sexe, race, couleur, religion, langue, condition sociale), m&#234;me si la question est dans la pratique moins simple que ce qui est souvent dit ; il faut notamment &#233;viter la dictature des groupes de pressions id&#233;ologiques de type woke, particuli&#232;rement obsessionnelle et nocive aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une optique &#233;thique, les exigences de l'approche ESG officielle paraissent pouvoir &#234;tre reprises dans leur principe, avec une s&#233;rieuse nuance pour la question de la diversit&#233; des m&#339;urs, tr&#232;s &#224; la mode dans les grandes entreprises, notamment am&#233;ricaines, en partie parce que cela leur permet d'&#233;viter des campagnes hostiles agressives, tout en impliquant assez peu de contraintes pour la vie r&#233;elle des affaires. Au contraire, on respectera les personnes, mais on ne mettra a priori pas sur le m&#234;me plan la famille v&#233;ritable et ces formes diverses de vie priv&#233;e qui au fond ne concernent pas l'entreprise. En outre, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la demande de prise en compte des exigences de la vie familiale doit &#234;tre bien plus marqu&#233;e qu'elle ne l'est habituellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre et surtout, comme on l'a dit, l'entreprise doit &#234;tre comprise comme communaut&#233; d'hommes, au service de la communaut&#233; humaine plus large, avec l'id&#233;e que la personne doit pouvoir se r&#233;aliser dans son travail. Et la r&#233;mun&#233;ration doit permettre de vivre et de faire vivre dignement sa famille. En fait, c'est toute l'entreprise qui doit &#234;tre centr&#233;e sous cet angle sur l'homme, celui qui y travaille, sa famille, et tous les partenaires de l'entreprise. D'o&#249; une approche globale, pouvant m&#234;me inclure une contribution au d&#233;veloppement de la vie priv&#233;e du travailleur &#8211; si celui-ci la souhaite. Car si le collaborateur d&#233;pend de l'entreprise, la r&#233;ciproque est vraie, et plus encore de nos jours avec l'&#233;conomie du savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, le besoin de donn&#233;es est important, m&#234;me si les lois les imposent dans certains cas ; mais certaines seront sp&#233;cifiques aux exigences &#233;voqu&#233;es ci-dessus et donc difficiles &#224; trouver, hors dialogue direct avec l'entreprise et son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233; dans la gouvernance, rapports avec les actionnaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gouvernance est le troisi&#232;me crit&#232;re officiel ESG, qui, outre la qualit&#233; du fonctionnement des organes dirigeants de l'entreprise, direction g&#233;n&#233;rale, conseil, AG, s'&#233;largit &#224; l'ensemble des relations avec les actionnaires, &#224; commencer par le respect de leurs droits. Cela comporte en outre la promotion de l'ind&#233;pendance et de la comp&#233;tence des administrateurs, la transparence et le niveau de la r&#233;mun&#233;ration (au sens large) des dirigeants etc. On peut aussi ranger ici l'attitude globale de l'entreprise envers les pr&#233;occupations ESGPP et plus g&#233;n&#233;ralement l'int&#233;gration dans l'ensemble de ses processus de crit&#232;res plus larges que la rentabilit&#233;, ainsi que le respect des engagements pris &#224; cet &#233;gard, par exemple dans les statuts, les d&#233;clarations publiques, ou la &#8216;raison d'&#234;tre'. Certains incluent en outre ici les questions de la corruption, ou des pratiques commerciales choquantes ; mais elles me paraissent plut&#244;t relever elles aussi de la relation avec les communaut&#233;s locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'approche ESG dominante peut &#234;tre l&#224; aussi reprise dans ses traits principaux, notamment la transparence, l'organisation du conseil d'administration etc., une politique pleinement &#233;thique sera logiquement plus exigeante sur la philosophie qu'affiche l'entreprise, notamment en regard des demandes financi&#232;res de ses propri&#233;taires, les actionnaires. Le principe doit &#234;tre pos&#233; que l'entreprise ne peut &#234;tre ordonn&#233;e au seul profit des actionnaires ; en outre, ces derniers ont plus de devoirs que dans la perspective dominante. La r&#233;mun&#233;ration des dirigeants notamment doit &#234;tre alors plus encadr&#233;e en fonction de consid&#233;rations de justice (commutative et distributive). Dans cette logique, il s'agit donc d'aller plus loin, et de veiller &#224; ce que les actionnaires exercent leur r&#244;le de fa&#231;on active et responsable, et puissent le faire sur la base de crit&#232;res plus larges que la rentabilit&#233; (c'est l'ensemble des autres crit&#232;res ici examin&#233;s), et int&#233;gr&#233;s dans sa gouvernance. M&#234;me si un comportement &#233;thique est payant sur la dur&#233;e longue (voir mon ouvrage La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ?) Notons cependant que de telles consid&#233;rations se font jour ici ou l&#224; dans les cercles professionnels et dans beaucoup d'entreprises, m&#234;me si la pratique est tr&#232;s variable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers les clients, y compris sur les produits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective &#233;thique, la responsabilit&#233; envers les clients, comprise au sens large, est un souci majeur, et c'est l&#224; &#224; mon sens une assez nette diff&#233;rence avec l'approche ESG dominante, qui n'y insiste pas assez. Il est &#233;vident que l'entreprise d&#233;pend de fa&#231;on vitale de ses clients ; mais cela ne veut pas dire que ceux-ci fassent l'objet d'un traitement pleinement satisfaisant sur le plan &#233;thique. Cela vise au minimum la qualit&#233;, la pertinence et la s&#233;curit&#233; des produits et l'information donn&#233;e aux consommateurs. Mais cela s'&#233;tend aussi &#224; la nature des produits fabriqu&#233;s, en fonction de leur r&#244;le au service du v&#233;ritable &#233;panouissement de l'homme, au moins par la d&#233;marche dite d'exclusion : cela vise alors au minimum, les drogues, les jeux d'argent, et la pornographie (un march&#233; colossal de nos jours), les produits abortifs etc. Ces soucis s'entendent naturellement au processus de production, conduisant &#224; &#233;carter par exemple les recherches m&#233;dicales avec utilisation d'embryons ou les exp&#233;rimentations animales abusives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore le d&#233;bat peut exister, ainsi pour les armements : d'un c&#244;t&#233;, ils sont source de mort et contribuent &#224; une course aux armements tr&#232;s dispendieuse. D'un autre c&#244;t&#233;, laisser les industries d'armements &#224; certains pays moins scrupuleux peut &#234;tre bien pire, et l'ind&#233;pendance suppose une capacit&#233; d'armement. Au minimum, le souci &#233;thique comporte en priorit&#233; la lutte contre certaines armes : bact&#233;riologiques et chimiques, mines anti-personnelles et bombes &#224; fragmentation par exemple. De m&#234;me pour les produits addictifs : si tout ce qui conduit &#224; l'addiction est nocif, en revanche un certain usage mod&#233;r&#233; ne pose pas de probl&#232;me. Les anglo-saxons tol&#232;rent mal par exemple la pr&#233;sence de qu'ils appellent alcools (y compris le vin et la bi&#232;re !), alors que ce sont des dimensions anciennes et estimables de notre culture ou de notre alimentation, &#224; dose mod&#233;r&#233;e bien s&#251;r. Dans le cas de la pornographie en revanche, la condamnation est simple et totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la consid&#233;ration des clients et des produits doit aller bien au-del&#224;, en fonction de la fonction sociale du produit propos&#233; : l'entreprise doit proposer des produits utiles et s&#251;rs, durables, et &#224; un juste prix. Cette derni&#232;re question est bien plus importante qu'on ne l'estime habituellement ; et nos contemporains aussi d&#233;testent &#234;tre &#8216;grug&#233;s'. Or autant, voire plus que le jeu du march&#233;, c'est d&#233;sormais la d&#233;cision du vendeur qui fait le prix, et certains d'entre eux sont r&#233;solument iniques (dans les produits de luxe par exemple, ou dans bien des services, ainsi les commissions d'intervention dans la banque de d&#233;tail) ; le march&#233; n'exerce pas la pression qu'il faudrait, notamment quand le mythe de la marque alt&#232;re le jugement des acheteurs. Le style de publicit&#233; adopt&#233; doit lui-m&#234;me faire l'objet d'une r&#233;flexion particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, ce domaine est un de ceux o&#249; dans la perspective de l'&#233;thique classique, les exigences vont bien au-del&#224; de l'approche ESG, m&#234;me comprise largement (sauf &#224; inclure toute la morale dans le &#8216;social'). Du coup aussi, l'information peut &#234;tre encore plus difficile d'acc&#232;s (par exemple dans le cas d'une grande entreprise ayant de multiples activit&#233;s, ou pour analyser la politique des prix). Mais non moins d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers les fournisseurs et distributeurs, et m&#234;me le march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, la responsabilit&#233; envers les fournisseurs et distributeurs sera &#233;galement un crit&#232;re important, bien plus que dans l'ESG officielle. Un rapport de confiance et sur la dur&#233;e avec eux est lui aussi tr&#232;s important pour la vie de l'entreprise sur la longue dur&#233;e. On cite ici souvent la pr&#233;vention des conflits d'int&#233;r&#234;ts et des pratiques anti-concurrentielles (cartels de droit ou plus souvent de fait, li&#233;es aux pratiques commerciales) ou plus largement in&#233;quitables. Ou la diffusion des bonnes pratiques dans la cha&#238;ne de valeur en amont et en aval de la production. Tout cela est bien s&#251;r tout &#224; fait fond&#233;. Mais l'approche &#233;thique est logiquement plus exigeante, notamment &#224; nouveau en termes de juste prix, ainsi que du besoin de relations de partenariat sur la dur&#233;e, voire de solidarit&#233; envers les fournisseurs, surtout lorsqu'ils sont plus faibles que l'entreprise concern&#233;e. Il y a l&#224; aussi beaucoup &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en outre &#233;tendre ceci &#224; la responsabilit&#233; envers le march&#233; au sens large, concurrents compris. Notamment lorsqu'il y a un processus collectif de formation des prix, par exemple sur les march&#233;s financiers, la bonne d&#233;termination du prix &#233;tant alors un &#233;l&#233;ment du bien commun (voir mon article &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-un-bon-marche-financier-et-comment-le-realiser.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-es...&lt;/a&gt;). Les pratiques de sp&#233;culation sauvage de certains organismes sont ici manifestement &#224; sanctionner. De m&#234;me le manque de transparence, les manipulations comptables etc. L&#224; encore, selon les cas, rep&#233;rer de telles pratiques pourra ne pas &#234;tre facile ; a fortiori si les exigences qu'on pose vont au-del&#224; de celles commun&#233;ment reconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s &#224; l'&#233;gard des communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; envers les communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient n'est pas toujours &#233;voqu&#233;e ; elle est pourtant elle aussi tr&#232;s importante. Certains l'incluent sous le &#8216;social' de l'ESG. Ou sous la gouvernance. Mais c'est une pr&#233;occupation en soi, logiquement distincte de celles-ci. Elle porte d'abord bien s&#251;r sur des cas dramatiques, comme le risque de compromission avec des r&#233;gimes politiques inacceptables (peut-on financer la Birmanie en &#233;poque de dictature ? Ou un barrage comportant des d&#233;placements brutaux de populations ?) Mais le souci vise aussi des mati&#232;res beaucoup plus famili&#232;res, certains principes de conduite dans les affaires comme la corruption sous toutes ses formes, y compris l'extorsion de fonds et les pots-de-vin, la complicit&#233; dans le blanchiment d'argent sale, et bien s&#251;r l'&#233;norme question de l'&#233;vasion fiscale. D'une certaine mani&#232;re, &#224; sa fa&#231;on le non-respect d'autres standards, sociaux, &#233;cologiques ou autres, peut aussi rentrer en partie dans cette cat&#233;gorie, si l'enjeu est significatif pour la communaut&#233; humaine impact&#233;e. Ainsi par exemple une hausse inconsid&#233;r&#233;e du prix de produits alimentaires peut remettre en cause la s&#233;curit&#233; alimentaire de communaut&#233;s enti&#232;res. Le sujet peut en outre inclure comme on l'a vu le souci plus g&#233;n&#233;ral de &#171; promouvoir et respecter la protection du droit international relatif aux droits de l'homme &#187; et &#171; ne pas se rendre complices de violations des droits de l'homme &#187;, au-del&#224; du personnel de l'entreprise. Ainsi en cas de non-respect av&#233;r&#233; des peuples indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi les pr&#233;occupations ambiantes seront approfondies et &#233;largies. Le fait de ne pas se livrer &#224; des pratiques r&#233;pr&#233;hensibles ou de ne pas en &#234;tre complice est une premi&#232;re &#233;tape. Mais il faut aller au-del&#224; : l'entreprise doit prendre en compte sa participation &#224; la communaut&#233;, comprise comme contribution positive au d&#233;veloppement de celle-ci, et responsabilit&#233; envers elle. En m&#234;me temps, comme on le voit l&#224; aussi, la disponibilit&#233; des donn&#233;es n'est pas acquise ; en outre et surtout, plus que dans tout autre domaine, les choix &#224; faire peuvent l&#233;gitimement faire l'objet d'appr&#233;ciations variables. On peut par exemple se demander si comme le demandent certains une entreprise doit consid&#233;rer la pr&#233;sence de la peine de mort dans un pays comme un facteur n&#233;gatif &#224; prendre en compte. A ce compte il faudrait boycotter les Etats-Unis, la Chine et le Japon... De fa&#231;on analogue, la responsabilit&#233; envers la communaut&#233; nationale d'origine de l'entreprise consid&#233;r&#233;e n'est pratiquement pas &#233;voqu&#233;e dans la litt&#233;rature ESG. Sauf sans doute la question des paradis fiscaux, moyen de soustraire des revenus fiscaux l&#233;gitimes &#224; un pays, en g&#233;n&#233;ral celui d'origine. Mais le souci est plus vaste : c'est celui des devoirs d'une entreprise devenue internationale envers son pays d'origine, qui lui a fourni de quoi se d&#233;velopper, et ses capitaux. C'est notamment la question de la localisation de sa capacit&#233; d'investissement et de ses d&#233;veloppements futurs, et celle, tr&#232;s sensible, de la fermeture de certains sites. Inutile de souligner que, dans ce domaine tout particuli&#232;rement, l'obtention d'informations pertinentes n'est pas chose ais&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reprends ici les points de ma conclusion du premier article : en d&#233;finitive, sur le plan des principes l'investissement socialement responsable est le seul investissement justifiable, s'il est compris dans son sens &#233;thique plein, qui l'oriente au bien commun. Bien entendu, un tel &#233;largissement des perspectives donne le vertige. Au minimum, il implique des outils consid&#233;rables, d'analyse, de collecte d'information, et d'action collective, et nous n'en sommes qu'au tout d&#233;but. En outre, on ne peut tout faire, et il faut tenir compte des r&#233;alit&#233;s, notamment de la vie de l'entreprise. Un travail consid&#233;rable s'impose donc ; et ce travail est n&#233;cessairement collectif. Mais justement, il n'y a lieu ni de s'en effrayer, ni de culpabiliser. Un tel travail se d&#233;roulera sur la base de l'action capillaire de personnes nombreuses, chacune agissant l&#224; o&#249; elle peut, comme elle peut. C'est m&#234;me la caract&#233;ristique d'un soci&#233;t&#233; libre et d&#233;centralis&#233;e. Cela valait pour l'action sur les march&#233;s, &#233;voqu&#233;e dans cet autre article ; cela vaut aussi pour la recherche d'une exigence &#233;thique plus riche et plus responsable, &#233;voqu&#233;e ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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