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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Investir pour le bien commun Premi&#232;re partie : l'investissement &#233;thique</title>
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		<dc:date>2022-06-01T12:22:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>
		<dc:subject>Actionnaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle beaucoup de l'investissement &#233;thique, et de fait il se d&#233;veloppe de plus en plus. L'id&#233;e sous-jacente est celle de la responsabilit&#233; que comporte toute propri&#233;t&#233;, appliqu&#233;e au cas particulier de l'investissement financier au sens large. Ce bon usage, int&#233;grant un souci du bien commun, peut devenir un enjeu majeur. Et notamment du fait que chaque investissement r&#233;alis&#233; avec un tel souci envoie un message aux entreprises, &#224; travers le march&#233;. D'o&#249; le lien entre cette question et ce qu'on appelle responsabilit&#233; sociale de l'entreprise ou RSE, comprise au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce premier article on &#233;voquera la question g&#233;n&#233;rale de l'investissement &#233;thique, r&#233;servant pour un deuxi&#232;me article la question des ciri&#232;res ou des objectifs recherch&#233;s (environnement, social etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Actionnaires-+.html" rel="tag"&gt;Actionnaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle beaucoup de l'investissement &#233;thique, et de fait il se d&#233;veloppe de plus en plus. L'id&#233;e sous-jacente est celle de la responsabilit&#233; que comporte toute propri&#233;t&#233;, appliqu&#233;e au cas particulier de l'investissement financier au sens large. Ce bon usage, int&#233;grant un souci du bien commun, peut devenir un enjeu majeur. Et notamment du fait que chaque investissement r&#233;alis&#233; avec un tel souci envoie un message aux entreprises, &#224; travers le march&#233;. D'o&#249; le lien entre cette question et ce qu'on appelle responsabilit&#233; sociale de l'entreprise ou RSE, comprise au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce premier article on &#233;voquera la question g&#233;n&#233;rale de l'investissement &#233;thique, r&#233;servant pour un deuxi&#232;me article la question des ciri&#232;res ou des objectifs recherch&#233;s (environnement, social etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Ajout du 2 mai 2024. Vient de para&#238;tre chez Boleine &lt;/i&gt; Pierre de Lauzun : Epargner en vue du bien commun : l'investissement &#233;thique. &lt;i&gt;Voir aussi &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Epargner-en-vue-du-bien-commun-L-investissement-ethique.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Eparg...&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment investir ? Actions et obligations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la base de cet examen se pose la question centrale pour tout d&#233;tenteur d'argent : comment l'investir et par l&#224; orienter l'&#233;conomie ? Rappelons d'abord qu'avant toute r&#233;flexion sur le choix des entreprises ou projets dans lesquels on investit, il y a la question des instruments financiers eux-m&#234;mes. Naturellement, ils vont d&#233;pendre des horizons de placement : sur un horizon court, on se place n&#233;cessairement sur des produits de taux, eux-m&#234;mes relativement courts (Sicav ou fonds de court terme ou peu sensibles, comptes bancaires). Sur un horizon plus long, et a fortiori tr&#232;s long, lequel doit &#234;tre privil&#233;gi&#233;, le choix peut se porter sur des produits de taux (Sicav obligataires ou obligations notamment), sur de l'immobilier, ou sur des actions, ce qui va en principe du moins risqu&#233; au plus risqu&#233;. Sachant que comme on sait, en principe plus l'horizon est long, plus les produits dits risqu&#233;s rapportent (ce qui est logique), et donc en un sens deviennent moins risqu&#233;s. Toutes les donn&#233;es historiques montrent que le meilleur placement sur le tr&#232;s long terme, ce sont les actions, c'est-&#224;-dire les entreprises. Ajoutons enfin qu'entre les deux cat&#233;gories de titres, cot&#233;s et non-cot&#233;s, il n'y a &#233;videmment pas a priori de pr&#233;f&#233;rence morale ; sachant que le non-cot&#233;, peu ou pas liquide par d&#233;finition, peut par-l&#224; signifier une certaine solidarit&#233;, mais aussi un risque accru ; il peut aussi &#234;tre le moyen d'agir pour des causes plus particuli&#232;res qui ne sont pas repr&#233;sent&#233;es dans les titres cot&#233;s. Naturellement aussi, la strat&#233;gie d'investissement va d&#233;pendre de la position de chacun, de ses moyens, de ses connaissances et de ses besoins. Transformer toute la population en boursiers n'aurait &#233;videmment aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;thique, il en est de m&#234;me. Sous r&#233;serve du point pr&#233;c&#233;dent, il faut reconna&#238;tre ce point essentiel mais peu familier pour beaucoup de gens, surtout en France : la priorit&#233; &#233;thique des actions sur les autres modes d'investissement, notamment sur les titres de dette. Non seulement parce qu'elles permettent d'agir plus directement sur les entreprises, puisque l'actionnaire est propri&#233;taire conjoint de cette entreprise et vote dans les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales sur ses grandes orientations et le choix de sa direction &#8211; et peut aussi avoir &#224; prendre position sur la cession de l'entreprise (OPA et autres). Mais c'est aussi parce que l'investissement en fonds propres (en actions) est dans sa logique profonde plus solidaire du sort des entreprises (s'il n'est pas d&#233;tourn&#233; comme objet de sp&#233;culation au mauvais sens du terme) : si elles prosp&#232;rent, il s'appr&#233;cie fortement ; si elle perd, il perd, voire dispara&#238;t. En outre, il faut rappeler que tous les grands drames financiers ont &#233;t&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre des crises de la dette. Sans parler des effets potentiellement destructeurs de la dette publique, qui finance pour l'essentiel des d&#233;penses courantes et s'accro&#238;t sans rel&#226;che depuis plus de 40 ans. Les risques importants li&#233;s &#224; l'endettement et l'effet de levier sont centraux dans nos syst&#232;mes financiers (comme je l'&#233;voque dans d'autres articles &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Dette-publique-que-faire.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Dette...&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-dette-la-monnaie-les-Etats.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-de...&lt;/a&gt;). La dette est utile si le risque est faible, si elle n'implique pas mise en danger de l'emprunteur, du pr&#234;teur, et de la soci&#233;t&#233; plus g&#233;n&#233;ralement. Elle peut en outre pr&#233;senter un autre risque, celui de report des d&#233;cisions sur les g&#233;n&#233;rations futures, sauf si elles financent un investissement productif permettant son remboursement. On soulignera ici la nocivit&#233; de la plupart des dettes publiques selon ce crit&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces consid&#233;rations il faut ajouter une cat&#233;gorie &#224; part d'investissements, ceux qu'on appelle solidaires, et qui recouvrent des r&#233;alit&#233;s assez variables. Pour simplifier, ce sont d'un c&#244;t&#233; des investissements r&#233;alis&#233;s dans des entreprises (ou des projets) solidaires, c'est-&#224;-dire ayant une politique, une gestion, une affectation des r&#233;sultats etc., qui comportent une dimension importante de solidarit&#233;. Et d'un autre c&#244;t&#233;, des investissements plus classiques (mais g&#233;r&#233;s de fa&#231;on &#233;thique), avec un m&#233;canisme d'affectation partielle du r&#233;sultat &#224; la solidarit&#233; : en g&#233;n&#233;ral, une partie des revenus est donn&#233;e &#224; une ou des &#339;uvres d&#233;finies &#224; l'avance. Ainsi le fonds Proclero. Les deux formules sont bonnes, mais diff&#233;rentes. Mais cela n'efface pas le besoin de pr&#233;occupation &#233;thique dans les investissements classiques, qui sont mon sujet ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Investissement et march&#233;s financiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre consid&#233;ration vise l'intervention m&#234;me sur les march&#233;s financiers. Car l'investisseur, ou celui qui g&#232;re ses fonds, doit intervenir sur les march&#233;s. Au-del&#224; de la r&#233;gulation, ce qui importe est le jugement prudentiel et moral des op&#233;rateurs et des investisseurs ; leurs choix fa&#231;onnent la r&#233;alit&#233; des march&#233;s, dont les r&#233;sultats d&#233;pendent fortement des valeurs et fonctionnements collectifs. Comme on sait, le march&#233; financier joue un r&#244;le essentiel dans le placement et l'orientation de l'&#233;pargne, et donc comme lieu o&#249; s'&#233;changent des signaux, ce qui implique une forme de responsabilit&#233;. Tout ordre pass&#233; sur un march&#233; est en m&#234;me temps un signal, un message, qui oriente l'action des agents &#233;conomiques dans un sens ou un autre. Il est donc vital d'envoyer au march&#233; financier les meilleurs messages possibles pour une orientation optimale des ressources financi&#232;res. Et ici l'investisseur est directement impliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'&#233;voquera pas ici en d&#233;tails ce qu'on pourrait appeler l'&#233;thique des march&#233;s - que j'ai aussi d&#233;velopp&#233;e par ailleurs (voir [-&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-un-bon-marche-financier-et-comment-le-realiser.html&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-un-bon-marche-financier-et-comment-le-realiser.html&lt;/a&gt; ), en soulignant le besoin &#233;vident d'une r&#233;vision profonde de leur fonctionnement y compris au niveau des acteurs (mais aussi dans la r&#233;glementation et la l&#233;gislation). Elle devrait inclure des principes comme la recherche par les participants du prix le plus juste, impliquant le refus de nourrir les bulles financi&#232;res ; ce qui implique de s'abstenir de la sp&#233;culation comprise comme un jeu sur les fluctuations irrationnelles des march&#233;s. Ce souci &#233;thique implique aussi de reconna&#238;tre la valeur d'un investissement sur la longue dur&#233;e (impliquant un actionnariat stable), notamment parce que cela comporte une vraie connaissance de l'entreprise, une participation active &#224; sa gouvernance, une solidarit&#233; sur la dur&#233;e etc., et bien s&#251;r un r&#244;le actif et responsable, engag&#233;, des actionnaires. Sachant qu'il faut admettre aussi que la sortie, la vente des titres reste possible, notamment s'il y a besoin, urgence ou impossibilit&#233; de se faire entendre de la direction, ou d&#233;couverte de comportements jug&#233;s condamnables. Mais ce peut &#234;tre le cas aussi si le prix (le cours) est irrationnel, notamment &#224; la hausse. On pourrait objecter ici que chaque investisseur est petit par rapport au march&#233;, ou face aux gros joueurs ; l'&#233;pargnant de base p&#232;se alors tr&#232;s peu. Mais outre que le souci moral n'en subsiste pas moins, agir reste possible. D'abord en combinant les efforts. Ensuite, en se rappelant que le march&#233; est tr&#232;s sensible, et qu'il n'est pas besoin d'&#234;tre un acteur dominant pour le faire bouger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question des actifs financiers non cot&#233;s, donc &#233;chappant aux march&#233;s. En soi, ils ne sont ni meilleurs ni pires ; l'influence des investisseurs sur l'orientation des entreprises correspondantes peut selon les cas &#234;tre plus grande ou plus petite. Cela dit, outre le risque proprement financier venant de l'absence de liquidit&#233;, qui fait qu'on peut rester coll&#233; comme on dit quand on a besoin de l'argent ou qu'on n'est plus d'accord, un des d&#233;fauts de ces actifs est justement de ne pas &#234;tre sur la place publique. Le risque est alors d'une baisse relative des standards, financiers mais surtout &#233;thiques, et concomitamment d'une r&#233;duction sensible de l'information disponible. Les titres non-cot&#233;s rel&#232;vent en tout cas de la m&#234;me probl&#233;matique &#233;thique que les autres, tout en demandant une vigilance accrue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Orienter les entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de l'investissement, ce sont en g&#233;n&#233;ral des entreprises. On consid&#232;re ici l'entreprise comme une communaut&#233; d'hommes, certes sp&#233;cialis&#233;e et imparfaite, mais dont les objectifs et missions d&#233;passent largement son seul r&#233;sultat financier. Il en r&#233;sulte qu'une responsabilit&#233; majeure incombe &#224; celui qui est son propri&#233;taire, l'actionnaire. On l'a dit aussi, c'est pour le chr&#233;tien le propri&#233;taire qui est justiciable de la r&#232;gle de destination universelle des biens, qui doit ordonner l'exercice de toute propri&#233;t&#233; priv&#233;e. M&#234;me si les positions &#233;thiques qui guident aujourd'hui le d&#233;bat sur la responsabilit&#233; sociale de l'entreprise ne sont pas toutes acceptables, c'est un fait que se r&#233;pand toujours plus la conviction selon laquelle comme dit Beno&#238;t XVI &#171; la gestion de l'entreprise ne peut pas tenir compte des int&#233;r&#234;ts de ses seuls propri&#233;taires, mais aussi de ceux de toutes les autres cat&#233;gories de sujets qui contribuent &#224; la vie de l'entreprise : les travailleurs, les clients, les fournisseurs des divers &#233;l&#233;ments de la production, les communaut&#233;s humaines qui en d&#233;pendent &#187;. Mais les responsables ultimes ce sont les propri&#233;taires. Y compris donc de ce souci. Certes, comme je l'ai &#233;voqu&#233; dans d'autres articles, il y a d'autres mod&#232;les de propri&#233;t&#233; des entreprises et d'autres mod&#232;les d'entreprises. Mais il y a toujours quelqu'un celui qui d&#233;cide en derni&#232;re analyse, et comme on l'a vu c'est lui le &#8216;propri&#233;taire' au sens large, celui &#224; qui incombe ce devoir. Certes, tr&#232;s souvent ils d&#233;l&#232;guent ce r&#244;le &#224; des professionnels de la gestion. Mais ces derniers travaillent sur la base des instructions qu'ils re&#231;oivent (ou du mode de gestion qu'ils ont propos&#233; dans la description de leurs produits). De m&#234;me, les entreprises ont des dirigeants, mais eux aussi sont d&#233;pendants des priorit&#233;s des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les priorit&#233;s que se d&#233;finissent les propri&#233;taires, donc les investisseurs sont donc d&#233;cisives pour l'orientation du march&#233; et par l&#224; des entreprises. Comme on sait, cette gestion collective est aujourd'hui largement court-termiste, au vu de ses &#8216;benchmarks' ou &#233;talonnages, index&#233;s sur les seuls cours de bourse. Ce qui constitue une v&#233;ritable aberration. Inversement, cela donne par contraste une importance centrale &#224; l'investissement socialement responsable, ou &#233;thique. Il en r&#233;sulte qu'il doit &#234;tre une priorit&#233; pour tout homme de bonne volont&#233; ; en fait, ce devrait logiquement &#234;tre la seule forme d'investissement. Cela vaut &#233;galement lorsque par d'autres organisation de la propri&#233;t&#233;, les prioritaires sont les salari&#233;s comme dans une coop&#233;rative, les clients comme dans le mutualisme, et dans tout type d'organisation. La responsabilit&#233; du propri&#233;taire reste dans son principe la m&#234;me. Naturellement aussi, autant qu'aux propri&#233;taires, les principes qu'on va &#233;voquer s'appliquent mutatis mutandis aux personnes qu'ils mettent &#224; la t&#234;te de l'entreprise, c'est-&#224;-dire ses dirigeants ; et &#224; toute personne exer&#231;ant une certaine responsabilit&#233; &#224; son niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons n&#233;anmoins qu'il serait erron&#233; de faire des seules entreprises le support unique de l'am&#233;lioration de la vie &#233;conomique et plus largement de la soci&#233;t&#233;. La fonction de l'entreprise est par nature limit&#233;e, et consiste notamment dans l'&#233;laboration, la proposition et la vente de biens et services en faisant un profit ou en tout cas sans perte. La soci&#233;t&#233; est un enjeu bien plus large, qui concerne beaucoup d'autres acteurs, associatifs, particuliers et bien &#233;videmment les d&#233;cideurs politiques. Un risque est en outre de voir des activistes se concentrer sur des points sp&#233;cifiques qui leur tiennent &#224; c&#339;ur, &#233;ventuellement ext&#233;rieurs &#224; l'entreprise, et de gauchir par l&#224; le choix de priorit&#233;s. L'enfer est pav&#233; de bonnes intentions, ou suppos&#233;es telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les moyens pour agir : comment se pose la question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'organiser ? Il y a d'embl&#233;e deux grandes voies pour l'investisseur : l'une est la gestion directe, l'autre &#224; travers un gestionnaire et notamment &#224; travers des fonds existants. Cela va d&#233;pendre &#233;videmment de l'ampleur des sommes &#224; g&#233;rer. Mais dans tous les cas, un point essentiel est &#224; noter : il y a un int&#233;r&#234;t majeur, voire une n&#233;cessit&#233;, au regroupement des forces, et donc &#224; la coop&#233;ration la plus large entre fonds ou gestionnaires inspir&#233;s par les m&#234;mes principes. Soit par rapprochement, notamment des gestionnaires, soit par action commune, soit par &#233;change de principes et de m&#233;thodes. Un deuxi&#232;me point essentiel est de susciter ou encourager des op&#233;rateurs sp&#233;cialis&#233;s &#224; orientation &#233;thique, ou au minimum un souci en ce sens d'op&#233;rateurs existants, et cela &#224; tous les niveaux : g&#233;rants, analystes, agences de notation, services aux investisseurs etc. Ce qui appara&#238;t en tout cas est la n&#233;cessit&#233; d'avoir un plan d'action. Il est tr&#232;s important de se rappeler qu'il ne s'agit pas seulement de g&#233;rer, d'acheter et de vendre, mais aussi d'orienter &#224; son niveau l'action des entreprises. Ce qui implique autant que possible un engagement direct avec elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que la logique de ces actions para&#238;t incompatible avec la forme de gestion actuellement tendanciellement dominante, qui est la gestion passive. Elle consiste comme on sait &#224; se borner &#224; dupliquer un indice, en g&#233;n&#233;ral un indice assez large de march&#233;, ou sectoriel (ETFs). Cela permet des frais plus bas que la gestion active, et donc en moyenne un r&#233;sultat meilleur. Mais outre que c'est en g&#233;n&#233;ral peu compatible avec une gestion &#233;thique, c'est une forme d'irresponsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de la logique du march&#233;, lequel n'est d&#233;termin&#233; que par la gestion active ; c'est une attitude de passager clandestin (free-rider) peu &#233;thique en elle-m&#234;me, sauf &#233;videmment besoin ou situation particuli&#232;re. Et c'est incompatible avec un r&#244;le actif de l'actionnaire, par exemple en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les actions &#224; mener&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas id&#233;al, le plan d'action d'un investisseur &#233;thique se d&#233;cline ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;gration des exigences &#233;thiques dans son analyse, ses processus de d&#233;cision, et sa mise en &#339;uvre. Ce qui veut dire y allouer du temps et des ressources ; suivre les d&#233;veloppements sur le march&#233; (les nouveaux produits) ; si le g&#233;rant est ext&#233;rieur, le surveiller et dialoguer avec lui ; et demander la prise en compte de ces consid&#233;rations &#233;thiques aux fournisseurs &#224; tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mise en &#339;uvre. Il s'agit de chercher l'information, aller au contact, soutenir les initiatives des actionnaires allant dans le bon sens ; demander l'information non disponible (ce qui est souvent le cas pour ce qui int&#233;resse l'investissement &#233;thique) ; exercer activement ses droits de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Contact avec les entreprises : c'est un point essentiel, un investisseur est un partenaire, et non pas un juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Promotion des exigences &#233;thiques. Cela comporte l'aide entre institutions &#224; souci proche ; les demandes en ce sens aux fournisseurs ; l'aide &#224; la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Communication. Il faut ici suivre la politique qu'on a arr&#234;t&#233;e dans les organes de d&#233;cision ; communiquer dessus ; communiquer avec les b&#233;n&#233;ficiaires ; et revoir r&#233;guli&#232;rement la politique suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lutte contre les actions parasites. Je range ici les campagnes men&#233;es par des groupes de pression, &#233;ventuellement id&#233;ologiques, pour faire plier les entreprises dans un sens trop partiel ou contestable. Paradoxalement le d&#233;veloppement du souci &#233;thique augmente dangereusement cette sorte de pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, la plupart des investisseurs ne sont pas en &#233;tat d'assumer ces diff&#233;rentes actions. D'o&#249; &#224; nouveau le double besoin de f&#233;d&#233;rer les forces et de susciter des op&#233;rateurs sp&#233;cialis&#233;s. Ce besoin est particuli&#232;rement important sur une question clef &#233;voqu&#233;e &#224; plusieurs reprises : l'information. Il faut insister sur ce point. L'information actuellement disponible est en effet d'abord et essentiellement financi&#232;re ; elle est comme telle indispensable. Mais la logique de l'investissement &#233;thique implique la prise en compte de plusieurs autres crit&#232;res majeurs, ce qui implique de savoir ce qui se passe. Or les donn&#233;es correspondantes ne sont souvent non seulement pas disponibles publiquement, mais pas m&#234;mes &#233;labor&#233;es par l'entreprise elle-m&#234;me &#8211; m&#234;me si la loi exige de fournir certaines donn&#233;es dans des domaines comme l'environnement, ou le social au sens &#233;troit, et que la conscience de ce besoin est croissante. Sachant que le dialogue direct avec les entreprises peut donner des r&#233;ponses. C'est peut-&#234;tre un des domaines o&#249; l'effort qu'il faudra collectivement fournir est le plus important. Notamment dans la perspective &#233;thique, dont la logique est ambitieuse en la mati&#232;re, et donc a des besoins sp&#233;cifiques. Le besoin de coop&#233;ration doit d&#232;s lors y &#234;tre particuli&#232;rement important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point &#224; souligner est la modification sensible du r&#244;le qu'on attendra des gestionnaires professionnels. Actuellement le r&#244;le d'actionnaire actif est relativement secondaire dans leurs priorit&#233;s ; alors que l'analyse men&#233;e ici montre que ce devrait au contraire &#234;tre essentiel. Ce qui suppose entre autres une r&#233;allocation de moyens importante. Et soit l'&#233;limination des autres, soit leur p&#233;nalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;thodes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque investisseur, ou chaque gestionnaire, doit d&#233;velopper ses propres m&#233;thodes. Parmi les m&#233;thodes classiques de gestion &#233;thique au sens large, on &#233;voquera rapidement les suivantes. L'exclusion d'abord est une m&#233;thode de s&#233;lection tr&#232;s populaire dans le monde anglosaxon, et historiquement la plus ancienne : on &#233;tablit une liste d'entreprises, d'activit&#233;s ou de fonds qu'on exclut du champ des possibles parce qu'ils ne respectent pas tel ou tel crit&#232;re - parfois avec une zone grise. Par exemple une activit&#233; polluante, ou le travail des enfants chez des sous-traitants. Ce n'est pas toujours simple de la mettre en pratique, notamment dans le cas de grandes entreprises multi-activit&#233;s. Ou si l'activit&#233; consid&#233;r&#233;e est un m&#233;lange de bon et de mauvais. D'o&#249; alors l'importance de d&#233;finir des seuils de pertinence. Cela peut et doit aussi s'accompagner d'un dialogue avec les entreprises qui se situent &#224; la limite, pour tenter d'orienter leur action. Ethiquement cela correspond bien &#224; certaines exigences mieux qu'&#224; d'autres : lorsqu'on a clairement identifi&#233; comme mauvaise ou bonne une activit&#233;, ou des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection des meilleurs de la classe ou &#8220;best in class&#8221; ensuite consiste &#224; s&#233;lectionner dans chaque sous-ensemble de valeurs mobili&#232;res qu'on a d&#233;termin&#233; celle qui est la meilleure selon les crit&#232;res retenus, par exemple sous l'angle &#233;cologique, et/ou on &#233;limine les moins bonnes. L'avantage est de se baser de fa&#231;on pratique sur la r&#233;alit&#233; du march&#233;, et d'exercer une certaine pression &#8211; &#224; condition de la communiquer. L'inconv&#233;nient est double : d'un c&#244;t&#233;, on accepte par-l&#224; de financer des activit&#233;s ou des m&#233;thodes contestables, parce qu'on n'a pas trouv&#233; mieux. D'un autre c&#244;t&#233;, on risque de ne pas faire &#233;voluer des pratiques si elles sont adopt&#233;es par toute une branche d'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste enfin le choix proactif de certaines activit&#233;s ou entreprises : dans ce cas, on choisit d&#233;lib&#233;r&#233;ment telle ou telle pr&#233;occupation, tel ou tel secteur ou groupe de secteur, et on investit dans les entreprises correspondant le mieux aux objectifs qu'on s'est donn&#233;s. L'avantage est de viser positivement ce qu'on veut favoriser. L'inconv&#233;nient est de restreindre l'univers des choix possibles. Cela rend aussi moins pertinente la r&#233;f&#233;rence &#224; des &#233;talonnages de march&#233;s (&#8216;benchmarks' ou indices). Cela suppose en outre une m&#233;thodologie robuste et transparente, avec une intention claire, et une mesure d'impact de performance sociale ou environnementale. Cela peut cependant aller d'une m&#233;thode suivie pour orienter des investissements classiques (de type boursier) &#224; une action plus directe, dans la ligne de ce qu'on appelle l'investissement &#224; impact, &#8220;impact investing strategies&#8221;, qui se porte d'ailleurs souvent sur du non-cot&#233;. Cela vise notamment des secteurs jug&#233;s urgents : l'agriculture durable, les &#233;nergies renouvelables, la conservation de la nature, la microfinance, ou la fourniture de besoins de base accessibles (logement, sant&#233;, &#233;ducation). Pas plus que les autres strat&#233;gies, cela n'exclut pas qu'il y ait un objectif de rendement ; mais il peut &#234;tre en dessous du march&#233;, ou ajust&#233; au risque (par comparaison avec des produits existants classiques, venture capital, private equity etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons qu'une certaine combinaison de ces diverses m&#233;thodes est non seulement concevable, mais dans une certaine mesure n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, &#224; nouveau, sur le plan des principes l'investissement socialement responsable est le seul investissement justifiable, s'il est compris dans son sens &#233;thique plein, qui l'oriente au bien commun. Bien entendu, un tel &#233;largissement des perspectives donne le vertige. Au minimum, il implique des outils consid&#233;rables, d'analyse, de collecte d'information, et d'action collective ; puis la cr&#233;ation d'instruments de gestion collective s'en inspirant. Beaucoup de progr&#232;s sont encore &#224; r&#233;aliser, et nous n'en sommes qu'au tout d&#233;but. En outre, on ne peut tout faire, et il faut tenir compte des r&#233;alit&#233;s, notamment de la vie de l'entreprise. Un travail consid&#233;rable s'impose donc ; et ce travail est n&#233;cessairement collectif. Mais justement, il n'y a lieu ni de s'en effrayer, ni de culpabiliser. Un tel travail se d&#233;roulera sur la base de l'action capillaire de personnes nombreuses, chacune agissant l&#224; o&#249; elle peut, comme elle peut. C'est m&#234;me la caract&#233;ristique d'un soci&#233;t&#233; libre et d&#233;centralis&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Investir dans les actions : priorit&#233; collective, devoir moral </title>
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		<dc:date>2013-11-20T13:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>
		<dc:subject>Actionnaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais se d&#233;tournent des actions, toutes les enqu&#234;tes le montrent. Pire, nous n'avons plus en France d'acheteur naturel d'actions. R&#233;sultat : nos entreprises sont de plus en plus contr&#244;l&#233;es par les investisseurs &#233;trangers. Quant aux moins grandes, elles ont du mal &#224; trouver des fonds propres sur le march&#233;. Cette situation est grave pour notre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant investir en actions, est &#224; la fois le meilleur 'investissement et le plus moral, celui qui pr&#233;sente le moins de risque collectif sur la dur&#233;e, et celui qui vise seul le vrai long terme. Si c'est fait sainement bien s&#251;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre le seul moyen pour r&#233;aliser ce placement sur large &#233;chelle c'est un march&#233; financier, une vraie Bourse. Si elle est bien organis&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'excuse donc pas certaines turpitudes et d&#233;rives de la finance actuelle. Mais cela situe la question : organiser un placement collectif en actions dans des conditions saines est une priorit&#233; collective majeure. Urgent en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Investir dans les actions : une priorit&#233; collective, un devoir moral&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;saffection des Fran&#231;ais pour les actions &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux enqu&#234;tes publi&#233;es r&#233;cemment jettent une lumi&#232;re crue sur une r&#233;alit&#233; qui fait peser une v&#233;ritable &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s sur notre avenir : la d&#233;saffection des investisseurs et des &#233;pargnants fran&#231;ais pour la Bourse. Selon la premi&#232;re, r&#233;alis&#233;e pour les Echos, les fonds fran&#231;ais ne repr&#233;sentent plus aujourd'hui qu'un quart des fonds investis dans le CAC40, soit huit points de moins en deux ans, alors que les fonds nord-am&#233;ricains en d&#233;tiennent d&#233;sormais un tiers. La seconde, dans le cadre du salon Actionnaria met en &#233;vidence que l'investissement en actions suscite la m&#233;fiance de 73 % des &#233;pargnants fran&#231;ais. Les Fran&#231;ais boudent la Bourse et cela ne date pas d'hier. Et avec les nouveaux ratios il ne faut pas compter sur les banques et de moins en moins sur les compagnies d'assurance pour acheter des actions ; quant aux fonds de pension nous n'en avons pas, sans parler des hedge funds. Nous n'avons donc plus d'acheteur naturel d'actions. Les &#233;tudes de la Banque de France confirment les effets de cette d&#233;saffection. Fin 2012, c'est 46,3 % du CAC40 qui est d&#233;tenu par des non-r&#233;sidents, et 41,5 % de l'ensemble des soci&#233;t&#233;s cot&#233;es. Faut-il s'en contenter ? Evidemment non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, cela fragilise les strat&#233;gies de long terme de nos entreprises. L'exp&#233;rience est formelle : en cas de crise, les investisseurs se recentrent vers leur base g&#233;ographique d'origine, avec les effets d&#233;stabilisateurs que cela peut avoir pour les &#233;metteurs qui s'appuient trop fortement sur une &#233;pargne internationale. 2007 a ainsi vu la participation des non-r&#233;sidents dans le capital du CAC 40 baisser brutalement de 5,5 points par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Notre pays a su cr&#233;er de tr&#232;s grandes entreprises, internationales, dont la qualit&#233; et le dynamisme attirent les investisseurs &#233;trangers, et il faut s'en f&#233;liciter. Mais nous serions fous d'en abandonner la ma&#238;trise &#224; d'autres. Et si les grandes entreprises courent des risques en raison de leur d&#233;pendance toujours plus grande aux financements &#233;trangers, du moins y ont-elles acc&#232;s. Ce qui n'est pas le cas de la plupart de nos PME et ETI, qui elles, souffrent cruellement d'une p&#233;nurie de financement car elles n'ont dans la majorit&#233; des cas pas les moyens d'acc&#233;der &#224; ces capitaux internationaux. Or l'offre de cr&#233;dit est contrainte, et le besoin de fonds propres est litt&#233;ralement vital. Mais l'&#233;pargne nationale disponible en actions est de plus en plus insuffisante, vu la r&#233;ticence des Fran&#231;ais pour ce genre d'investissement. Les perspectives pour les PME et ETI sont donc peu r&#233;jouissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pourtant pas de fatalit&#233; &#224; une telle situation. L'aversion au risque et &#224; l'&#233;pargne longue n'est pas inscrite dans nos g&#232;nes. C'est l'&#233;pargne de nos compatriotes qui, au XIX&#232;me si&#232;cle et XX&#232;me si&#232;cle, a permis &#224; la France de devenir une grande puissance industrielle en fournissant les capitaux n&#233;cessaires au d&#233;veloppement de ses entreprises. Certes, quelques petits signaux positifs sont apparus r&#233;cemment (all&#233;gement du r&#233;gime des plus-values, cr&#233;ation du PEA PME, &#8230;). Pour autant, ils ne forment pas un ensemble &#224; la hauteur de l'enjeu national que constitue la mobilisation de notre &#233;pargne au service de nos entreprises. Il faudrait pour cela beaucoup plus de coh&#233;rence et de stabilit&#233; - notamment dans les politiques fiscales, actuellement presque syst&#233;matiquement biais&#233;es contre les actions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Moralit&#233; du placement en actions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Indispensable au pays, un tel investissement est en outre moral. L'investissement en actions est bien plus sain que l'endettement maladif qui caract&#233;rise nos &#233;conomies. Les grands drames financiers ont tous &#233;t&#233; des crises de la dette. Les actions sont de nature radicalement diff&#233;rente et ne pr&#233;sentent pas le m&#234;me probl&#232;me - sauf bien s&#251;r si elles sont financ&#233;es &#224; cr&#233;dit, comme en 1929. Si en effet une soci&#233;t&#233; finance des actifs par des fonds propres (des actions), et que son investissement tourne mal, elle perd de l'argent et &#233;ventuellement son capital. Mais l&#224; s'arr&#234;te l'effet direct : en soi cela ne cr&#233;e pas d'effet domino, donc pas de crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e. C'est le contraire avec l'endettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du d&#233;biteur aussi la dette pr&#233;sente des risques importants : comme il est tenu juridiquement de la rembourser, cela peut le conduire &#224; la faillite. Alors que le capital (financement en fonds propres) n'a jamais &#224; &#234;tre rembours&#233; et que sa r&#233;mun&#233;ration (dividendes) n'&#233;tant pas obligatoire peut &#234;tre diff&#233;r&#233;e en cas de difficult&#233;s. Pour une entreprise c'est donc le financement le plus adapt&#233; toutes choses &#233;gales par ailleurs ; l'endettement ne devrait intervenir qu'en compl&#233;ment. Le seul financement possible de l'al&#233;a est en fonds propres : un argent que l'entreprise poss&#232;de, dont la perte peut &#234;tre envisag&#233;e. L'oublier est d&#233;vastateur. Naturellement, le risque pour l'investisseur est plus &#233;lev&#233; s'il est en fonds propres, mais sa r&#233;mun&#233;ration plus &#233;lev&#233;e en moyenne. Le financement sain du risque, c'est d'abord les fonds propres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les investisseurs en actions ont plus que les autres une pr&#233;f&#233;rence pour l'avenir, car la rentabilit&#233; de leur placement n'est certaine que sur longue p&#233;riode, et risqu&#233;e sinon. En outre, qui raisonne &#224; dix ou vingt ans : le budget de l'Etat, ou Renault, ou Total, ou BNP Paribas ? L'annualisation du budget limite l'horizon de l'Etat, d'o&#249; le report incessant des d&#233;penses actuelles sur les g&#233;n&#233;rations futures. Ce qui b&#226;tit l'avenir, la cr&#233;ation durable de richesse, ce sont d'abord les entreprises. Ou un Etat amaigri et non endett&#233;. Or seule une base actionnariale forte leur donne les moyens d'investir &#224; long terme. C'est ce qui justifie le r&#244;le des actionnaires dans la marche de l'entreprise, m&#234;me si d'autres parties prenantes doivent aussi avoir leur mot &#224; dire. En r&#233;sum&#233; l'investissement en actions est le seul qui &#233;tablit une solidarit&#233; financi&#232;re entre l'investisseur et l'entreprise financ&#233;e. En ce sens c'est le plus moral de tous. Sous r&#233;serve bien s&#251;r que l'actionnaire utilise ses droits dans le bon sens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Eglise va dans le m&#234;me sens. La condamnation m&#233;di&#233;vale ne visait que le pr&#234;t pur, pas le profit d'entreprise, ni la participation &#224; un projet avec les risques correspondants : parts de navire se livrant au grand commerce, ou de ce que nous appellerions soci&#233;t&#233; industrielle ou commerciale ; en bref tout investissement en fonds propres. Comme disait saint Thomas d'Aquin : &#171; Celui qui confie une somme &#224; un marchand ou &#224; un artisan par mode d'association, ne leur c&#232;de pas la propri&#233;t&#233; de son argent qui demeure bien &#224; lui, de sorte qu'il participe &#224; ses risques et p&#233;rils au commerce du marchand et au travail de l'artisan ; voil&#224; pourquoi il sera en droit de r&#233;clamer, comme une chose lui appartenant, une part du b&#233;n&#233;fice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Moralit&#233; de l'utilisation de la Bourse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s bien : il faut investir en actions. Mais pourquoi le march&#233; financier, la Bourse ? Il n'est d'abord pas cr&#233;dible de vouloir financer des &#233;conomies comme les n&#244;tres sans large appel &#224; un march&#233; financier. Car s'il n'y a pas de march&#233; l'investisseur garde l'op&#233;ration jusqu'&#224; son terme (cr&#233;dit) ou ind&#233;finiment (actions). On dit que la relation peut alors &#234;tre plus directe et personnelle. Mais elle rencontre tr&#232;s vite ses limites. L'absence de cotation implique d'abord qu'il n'y ait pas d'indication ext&#233;rieure de prix, ni de confrontation &#224; l'opinion de tierces personnes sur l'op&#233;ration consid&#233;r&#233;e. Sauf partenaires loyaux et comp&#233;tents, l'arbitraire r&#232;gne. C'est ensuite l'absence de liquidit&#233;. Dans le cas d'une participation au capital, on ne sait pas comment sortir de l'op&#233;ration et on peut rester ind&#233;finiment &#8216;coll&#233;', au bon vouloir du propri&#233;taire de l'entreprise. Sauf motif particulier personne ne s'engage sur de tels risques sur grande &#233;chelle : d&#232;s lors, la grande majorit&#233; des investisseurs, surtout petits et moyens, n'a ni le d&#233;sir ni les moyens de se lier ainsi &#224; une entreprise particuli&#232;re. C'est pourquoi la fourniture de fonds propres sur une &#233;chelle un tant soit peu significative suppose un march&#233; financier, au moins depuis le XIXe si&#232;cle. Rappelons enfin que les objets principaux de la finance de march&#233; sont les actions, qui sont un argent confi&#233; quasiment &#224; perp&#233;tuit&#233;, et les obligations qui sont des pr&#234;ts sur une dur&#233;e relativement longue. Derri&#232;re les fluctuations &#224; court terme, d&#233;coulant du fait qu'on peut les acheter ou les vendre, il y a l&#224; un argent confi&#233; sur la longue ou tr&#232;s longue dur&#233;e. Aucun autre dispositif n'en fait autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes une relation de longue dur&#233;e, cultivant la confiance r&#233;ciproque, est une excellente chose, en finance aussi ; et il est souhaitable d'orienter activement le syst&#232;me en ce sens. Mais ne m&#233;langeons pas les niveaux : ni les entreprises ni les relations commerciales n'ont forc&#233;ment vocation &#224; la p&#233;rennit&#233; ; ce ne sont ni des familles, ni des patries. Et les rapports d'argent ne sont pas des rapports idylliques o&#249; on s'engage forc&#233;ment sur la longue dur&#233;e, ni m&#234;me o&#249; cette fid&#233;lit&#233; s'impose toujours moralement. En outre la transaction n'exclut pas la relation. Le retour souhaitable &#224; des relations plus fid&#232;les et plus responsables ne doit pas se fonder sur la disparition du march&#233;, mais sur un usage diff&#233;rent de ce march&#233;. Ce n'est pas en emp&#234;chant les gens de vendre qu'on cr&#233;e des relations loyales et mutuellement b&#233;n&#233;fiques, bas&#233;es sur une perspective plus large que le pur calcul de rendement, mais en cultivant l'id&#233;e du bienfait de ces relations longues quand elles sont possibles, et c'est fr&#233;quemment le cas. M&#234;me si bien s&#251;r des mesures r&#233;glementaires peuvent et doivent aider, notamment des avantages fiscaux octroy&#233;s aux relations et investissements fid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit rien de tout cela ne r&#233;duit la responsabilit&#233; de l'investisseur en actions, qui est le propri&#233;taire collectif de l'entreprise. Il est responsable moralement de son investissement et des indications qu'il envoie &#224; l'entreprise, directement ou par le jeu du march&#233;. Au-del&#224; de tous les exc&#232;s justement d&#233;nonc&#233;s d'une finance parfois irresponsable ou d&#233;brid&#233;e, qu'il faut encadrer, il ne sert &#224; rien d'incriminer le march&#233; pour des questions de soci&#233;t&#233; essentielles, mais qui se posent &#224; un niveau bien plus fondamental. Un march&#233; demande toujours &#224; &#234;tre enserr&#233; dans des r&#232;gles, c'est un point indiscutable et la crise du subprime nous l'a rappel&#233; violemment. Mais il est d'abord et surtout d&#233;termin&#233; par le syst&#232;me de valeur des acteurs : ce qui fait le march&#233;, c'est la hi&#233;rarchie de priorit&#233;s de ces acteurs. Et l&#224; on retrouve les valeurs fondamentales de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e. C'est donc l&#224;-dessus qu'il nous incombe moralement d'agir en derni&#232;re analyse. Et cela va bien au-del&#224; de ce qu'on appelle habituellement investissement socialement responsable&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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