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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Saint Thomas d'Aquin et la monnaie </title>
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		<dc:date>2025-11-02T14:33:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>Saint Thomas d'Aquin</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Les myst&#232;res de l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Saint Thomas d'Aquin a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort accompli par la scolastique dans ce que nous appelons Moyen Age, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique, mais en gardant une inscription &#233;thique qui sera abandonn&#233;e par celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vise essentiellement deux grands sujets impliquant directement une r&#233;flexion sur la monnaie : la justice des &#233;changes (et du juste prix) ; et le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pure convention sociale permettant l'&#233;change, l'argent est un pur instrument. Il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large, dans le cadre d'une activit&#233; productrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ici les points principaux de mon intervention au colloque Aquinomix &#171; La pens&#233;e &#233;conomique de Thomas d'Aquin : une approche interdisciplinaire &#187; ; Paris 11-13 septembre 2025.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/cash-1169650_640.webp?1787417295' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SAINT THOMAS D'AQUIN ET LA MONNAIE
&lt;p&gt;En perspective &#233;conomique&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Intervention au colloque Aquinomix&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La pens&#233;e &#233;conomique de Thomas d'Aquin : une approche interdisciplinaire/Thoma&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous utiliserons ici les passages de saint Thomas qui visent des sujets que nous classons de nos jours comme &#233;conomiques, en nous concentrant sur la question de l'argent ou monnaie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte est ici all&#233;g&#233;, notamment des mentions pr&#233;cises de sources et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On sait que m&#234;me si cette cat&#233;gorie n'existait pas comme telle du temps de Thomas, et que l'&#233;tat d'avancement de l'&#233;conomie &#233;tait &#233;loign&#233; du n&#244;tre, il a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort alors accompli par la scolastique, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique, mais en gardant une inscription &#233;thique qui sera abandonn&#233;e dans celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre des notions g&#233;n&#233;rales ayant une dimension &#233;conomique (les biens, la propri&#233;t&#233;), cela vise essentiellement deux grands sujets impliquant directement une r&#233;flexion sur la monnaie : la justice des &#233;changes (et du juste prix) ; et le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure. Ces analyses ont un objectif fondamentalement normatif, mais elles ont le m&#233;rite d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques sous-jacents, avant de se prononcer sur le plan moral. J'ai abord&#233; par ailleurs ces points dans un article de la Revue thomiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tome CXX 2020 n&#176;4.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sur lequel je m'appuierai pour examiner le r&#244;le particulier et central que joue l'argent dans cette r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'aborderons donc pas le cadre plus g&#233;n&#233;ral dans lequel cela s'inscrit, au titre notamment de la question g&#233;n&#233;rale du d&#233;sir humain, de ce qu'on peut appeler la vie bonne, ordonn&#233;e &#224; notre bonheur et &#224; notre finalit&#233;. Je n'aborderai pas non plus la question plus g&#233;n&#233;rale du juste emploi de nos moyens mat&#233;riels, que Thomas traite en d&#233;tail et de fa&#231;on f&#233;conde &#224; propos du don et de l'aum&#244;ne ; en effet, c'est une question qui ne porte pas directement sur l'argent comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consid&#233;rations pr&#233;alables &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit trois consid&#233;rations pr&#233;alables sont n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce qu'un bien ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re porte sur ce qu'on peut appeler un bien. Comme on sait, saint Thomas distingue trois sortes de biens : le bien &#8216;honn&#234;te' (qui est aim&#233; en lui-m&#234;me et pour lui-m&#234;me), le bien &#8216;d&#233;lectable', et le bien &#8216;utile'. Ce dernier nous concerne directement ici : c'est un bien recherch&#233; en vue d'un autre bien, de fa&#231;on instrumentale. On y trouve tous les biens n&#233;cessaires &#224; notre vie mat&#233;rielle, qui rel&#232;vent de l'analyse &#233;conomique ; or la vie mat&#233;rielle n'est pas notre fin ultime. Et donc les biens utiles doivent rester instrumentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est a fortiori le cas avec l'argent, lequel est repr&#233;sentatif de tous les biens, du moins en tant qu'on peut se les procurer &#233;conomiquement. D'une certaine fa&#231;on m&#234;me, c'est un instrument au second degr&#233; : un instrument d'instruments. En effet, il peut se substituer dans notre regard aux diff&#233;rents biens utiles, en les d&#233;tachant plus encore de leur finalit&#233; r&#233;elle, qui est en dehors d'eux-m&#234;mes. Cette universalit&#233; de possibilit&#233;s qu'il offre fait comprendre la fascination qu'il exerce &#224; qui regarde les choses dans une perspective purement instrumentale, car il peut finir par &#234;tre per&#231;u comme d&#233;sirable en lui-m&#234;me, par excellence : c'est en effet le moyen absolu pour acc&#233;der &#224; tout ce qui est r&#233;ductible &#224; une dimension &#233;conomique. C'est donc en g&#233;n&#233;ral &#224; travers lui que se court le risque d'un renversement radical des finalit&#233;s, comme les Evangiles le soulignent &#224; plusieurs reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que le pouvoir sur un bien, ou propri&#233;t&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point porte sur la propri&#233;t&#233;. Une angle majeur de l'analyse de Thomas est celui de la justice, qui implique qu'on rende &#224; chacun son d&#251;. Mais pour cela, il faut qu'il y ait un d&#251;. En mati&#232;re &#233;conomique, qu'il y ait un d&#251; suppose dans bien des cas ce qu'on appelle la propri&#233;t&#233;, puisque c'est par la propri&#233;t&#233; que quelqu'un acquiert un droit particulier sur un objet. Comme on sait, pour Thomas, la distribution de la propri&#233;t&#233; ne rel&#232;ve pas directement du droit naturel, mais d'un accord entre les hommes (humanum condictum), qui rel&#232;ve du droit positif et qui est une cr&#233;ation de la raison humaine. Et elle s'inscrit dans un cadre qui est celui de l'utilit&#233; commune ; c'est ce qu'on appellera plus tard la destination universelle des biens, pilier de la Doctrine sociale de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on donc, la destination universelle des biens ne peut se r&#233;aliser que dans la propri&#233;t&#233;, qui confie &#224; chaque homme un certain nombre de biens ; mais l'usage en est subordonn&#233; au bien commun. Nous sommes donc en un sens &#224; nouveau dans le registre instrumental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des moyens majeurs d'exercice de la propri&#233;t&#233; est la possibilit&#233; de changer le propri&#233;taire, c'est-&#224;-dire soit de donner des biens, soit de les &#233;changer - et donc d'acheter et de vendre, ce qui correspond en g&#233;n&#233;ral &#224; ce qu'on appelle un march&#233; (on y reviendra). Mais cet &#233;change implique normalement l'usage de l'argent, par lequel presque exclusivement (hors le cas marginal du troc, et les dons) s'exerce la possibilit&#233; de changer la propri&#233;t&#233; d'un bien contre celle d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, classiquement la monnaie a une triple fonction : comme &#233;talon de mesure pour fixer les prix des biens &#233;changeables ; comme moyen de paiement pour cet &#233;change ; et comme r&#233;serve de valeur, pour garder de mani&#232;re disponible de quoi faire une d&#233;pense ult&#233;rieurement. Ces trois fonctions ne sont pas distingu&#233;es explicitement comme telles par saint Thomas. Mais elles apparaissent clairement dans son analyse, et notamment les deux premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques donn&#233;es sur la monnaie, qui se d&#233;duisent de son r&#244;le. Elle doit &#234;tre &#233;changeable contre tout ce qui peut &#234;tre c&#233;d&#233; ou acquis, raisonnablement stable dans le temps, et disponible de fa&#231;on commode pour &#234;tre stock&#233;e ou pour payer. Son r&#244;le est alors majeur, puisqu'il structure toute la vie &#233;conomique. Mais inversement cela veut dire aussi qu'elle a ses limites : elle ne dit rien sur les objets qu'elle permet de vendre ou d'acheter, en dehors du prix. Elle ne dit rien non plus de la relation qui peut ou pourrait exister entre les personnes qui &#233;changent ; elle se limite &#224; un chiffre. Cette neutralit&#233; est son principal avantage, puisque cela la rend en principe utilisable face &#224; n'importe quel bien. Mais c'est aussi sa limite : elle peut conduire &#224; oublier un ensemble de consid&#233;rations humaines essentielles, que par construction elle ne prend pas en compte, notamment les relations entre personnes. Sur cette base, les politiques comme les moralistes ont critiqu&#233; &#224; juste titre les limites de l'argent et de la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, ceci appara&#238;t en sous-jacent des analyses de saint Thomas que nous allons &#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;changes commerciaux et le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas examine en d&#233;tail deux cat&#233;gories d'&#233;changes volontaires : les achats et ventes d'un c&#244;t&#233;, et le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t. Ce faisant, il ne consacre pas la m&#234;me attention &#224; d'autres op&#233;rations de la vie &#233;conomique (pourtant importantes de son temps aussi), notamment parce qu'il voit moins s'y poser la question d'un jugement moral. Mais on les verra appara&#238;tre ici ou l&#224; dans les analyses qui suivent. Ainsi l'investissement en fonds propres, ou la location d'un immeuble, qui tous deux comportent une dimension mon&#233;taire &#233;vidente. De son point de vue, ils ne paraissent pas soulever de probl&#232;me &#233;thique dans leur principe. La question du contrat de travail ne para&#238;t pas non plus faire l'objet de d&#233;veloppement sp&#233;cifique chez lui, malgr&#233; la nature particuli&#232;re du travail, dont on pourrait s'interroger sur l'appr&#233;ciation &#224; porter sur le fait qu'en un sens on l'&#233;change contre de l'argent. Mais &#224; vrai dire les &#233;vangiles &#233;voquent aussi, sans les critiquer comme tels, des cas d'embauche &#224; leur contrepartie mon&#233;taire. On l'&#233;voquera aussi &#224; l'occasion ci-apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un juste prix objectif, r&#233;sultant de la confrontation des besoins, et mesur&#233; par la monnaie &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Prenons ici la Somme th&#233;ologique, qui l'examine dans un contexte moral. Saint Thomas pose en premier lieu (q 77 a. 1) la question du prix : peut-on vendre quelque chose plus que cela ne vaut ? Comme on sait sa r&#233;ponse est n&#233;gative, notamment au motif que l'Evangile nous dit de ne pas faire &#224; quelqu'un ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fasse ; or personne ne veut payer quelque chose plus que cela ne vaut. Ce qui implique qu'il est reconnu que ce que quelque chose vaut, dans le cadre d'une transaction, est son prix, au sens de la quantit&#233; de monnaie qu'il faut donner pour l'obtenir. On retrouve ici les deux premi&#232;res fonctions de la monnaie (pr&#233;ciser une valeur et permettre de payer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il y a un prix qui sert de r&#233;f&#233;rence, c'est qu'il est ext&#233;rieur aux parties. Le crit&#232;re purement subjectif n'est donc pas suffisamment pertinent pour lui, comme le montrent ses commentaires sauf cas. On notera en outre que Thomas ne pr&#233;voit pas que ce prix soit fix&#233; par la loi. Sinon la question ne se poserait normalement pas (la loi imposerait la r&#233;ponse), et d'ailleurs il mentionne la diff&#233;rence entre ce qu'il pr&#233;conise et la loi civile. Le cadre du raisonnement est implicitement que la transaction est libre : le prix est assum&#233; par les deux parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'article 2 ensuite est &#233;voqu&#233;e la question des d&#233;fauts des produits &#233;chang&#233;s. Comme on peut s'y attendre, la fraude est condamn&#233;e. On notera en particulier sa remarque selon laquelle le prix ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; la nature des choses, mais &#224; la mani&#232;re dont ces choses sont utilis&#233;es par les hommes, &#224; leurs besoins, ce que de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale acheteurs et vendeurs sont suppos&#233;s en &#233;tat de juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est symptomatique est l'analyse qu'il fait du cas d'une diff&#233;rence de prix &#224; deux endroits. C'est l'exemple d'un marchand de bl&#233; qui va vendre l&#224; o&#249; les prix sont &#233;lev&#233;s suit &#224; une disette ; or il sait que d'autres vendeurs vont venir en nombre et donc faire baisser le prix. S'il donne cette information, le prix baissera et il vendra moins cher. Mais contrairement &#224; un d&#233;faut, qui est l&#224; objectivement d&#232;s maintenant ( et qu'on a le devoir moral de r&#233;v&#233;ler, sauf si le vice est &#233;vident), dans l'exemple qu'il cite, c'est &#224; l'avenir qu'on peut s'attendre &#224; une baisse de prix, laquelle reste donc al&#233;atoire. Cela veut dire que notre vendeur peut licitement vendre au prix qu'il trouve dans l'endroit concern&#233; ; il n'est pas oblig&#233; d'&#233;voquer un changement possible de ce prix dans l'avenir. M&#234;me si naturellement il e&#251;t &#233;t&#233; plus &#8216;vertueux' de le dire, ou de baisser un peu son prix. Ce que l'on voit donc ici est que le prix en question est un prix local, d&#233;rivant des conditions locales, et qu'il est fluctuant. On retrouve clairement ce qu'on appellera plus tard un effet de l'offre et la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juste prix ne se r&#233;f&#232;re donc ni &#224; une caract&#233;ristique intrins&#232;que de la chose, ni aux particularit&#233;s de l'acheteur ou du vendeur, ni de leur relation, sauf exception. Il r&#233;sulte de la confrontation large des besoins humains d'un c&#244;t&#233; et des ressources disponibles &#224; un moment donn&#233; dans un endroit donn&#233;. Dans ce texte, il n'est ni fix&#233; par une autorit&#233;, ni donn&#233; par un expert. Ce prix trouv&#233; est donc a priori un genre de prix de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compl&#233;ment&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut pas dire que le juste prix co&#239;ncide exactement avec le prix de march&#233; au sens habituel aujourd'hui. D'une part, il ne se r&#233;sume pas &#224; un accord entre acheteur et vendeur, puisque le prix de r&#233;f&#233;rence a un caract&#232;re objectif : dans l'exemple pr&#233;c&#233;dent, il est &#233;tabli implicitement sur un &#8216;march&#233;' large, ouvert, o&#249; tous participent, et o&#249;, en outre, tous sont l&#224; pour rechercher la justice. Le prix se d&#233;gage alors de ce qu'on peut appeler un processus commun de confrontation des besoins (indigentia). Un tel prix est un fait social, et il est par nature fluctuant. D'o&#249; ce fait remarquable : une norme de justice prend ici comme &#233;talon un fait social fluctuant, qui r&#233;sulte de l'interaction des relations humaines, du moins si elles sont de bonne foi. Et l'outil pour assurer un d&#233;bouch&#233; &#224; cette interaction, c'est la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve dans les commentaires sur l'Ethique d'Aristote une r&#233;flexion compl&#233;mentaire de saint Thomas, qui &#233;claire notamment la r&#233;ponse parfois donn&#233;e par certains &#224; la question du juste prix, consistant &#224; baser le prix sur le travail incorpor&#233;. Il prend le cas d'un &#233;change concret, celui d'une maison ou de nourriture contre des chaussures ; il explique qu'il n'y aura pas d'&#233;change si le ma&#231;on ou l'agriculteur ne re&#231;oivent pas suffisamment de chaussures pour que leur travail et leurs d&#233;penses d&#233;passent ceux du cordonnier. L'exemple est exprim&#233; de fa&#231;on tr&#232;s condens&#233;e. Mais on aurait tort de voir l&#224; une th&#233;orie de la valeur travail, au sens de Ricardo ou de Marx. En r&#233;alit&#233;, il dit simplement que le ma&#231;on ou l'agriculteur doivent recevoir assez de chaussures pour que cela couvre le travail et les d&#233;penses incorpor&#233;s dans leur propre prestation. Sans quoi on n'aura pas d'&#233;change, ce qui est du bon sens ; mais cela ne dit pas comment on mesure cette comparaison. Et d'ailleurs il parle &#224; la fois du travail et des d&#233;penses, or celles-ci ne sont pas du travail. Surtout, il ajoute ensuite que ce qui mesure tout selon la v&#233;rit&#233; des choses est le besoin (indigentia) : tout &#233;change se rapporte au besoin humain ; on n'appr&#233;cie pas les choses selon la dignit&#233; de leur nature, mais selon le besoin des hommes. Ainsi une souris est situ&#233;e plus haut dans la hi&#233;rarchie des &#234;tres qu'une perle, car c'est un &#234;tre anim&#233; ; mais &#233;conomiquement elle vaut beaucoup moins. Il note enfin et surtout que la monnaie a &#233;t&#233; justement &#233;tablie selon une convention entre les hommes afin de permettre l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;veloppe ensuite ces points et indique notamment qu'une des raisons d'&#234;tre de la monnaie est de conserver la valeur, en pr&#233;vision d'un besoin &#224; venir. Nous retrouvons ici la troisi&#232;me fonction de la monnaie, qui est la conservation de la valeur en vue d'une utilisation future. Il reconna&#238;t qu'il est possible que l'argent ne maintienne pas la valeur initiale ; mais, dit-il, il doit &#234;tre institu&#233; pour mieux maintenir sa valeur que tout autre instrument. On parvient &#224; une unicit&#233; de mesure op&#233;rationnelle en prenant comme crit&#232;re le besoin (ou d&#233;sir), et on le mesure gr&#226;ce &#224; cet instrument qu'est la monnaie, &#233;tabli pour permettre cette forme de relation entre les hommes, de fa&#231;on commune. Comme on le voit, tant la monnaie elle-m&#234;me, que le march&#233; au sens large, sont des institutions humaines, conventionnelles, mais elles donnent un fondement ad&#233;quat &#224; la vertu de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons incidemment que cette conception de la monnaie comme convention sociale ne fait aucun allusion au r&#244;le de l'or ou de l'argent comme fondement de cette monnaie (contrairement aux usages de son &#233;poque). Cela rappelle de fa&#231;on surprenante la r&#233;alit&#233; de la monnaie actuelle, cr&#233;&#233;e dans une large mesure par le syst&#232;me bancaire et plac&#233;e sous le contr&#244;le discr&#233;tionnaire de la banque centrale, mais sans lien avec une base ext&#233;rieure comme autrefois l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, le point de d&#233;part est donc l'utilit&#233; et le besoin, dans un monde o&#249; la d&#233;tention des biens est personnelle (propri&#233;t&#233;). D'o&#249; l'&#233;change. Mais celui-ci suppose une mesure : l'outil en est la monnaie, et la base l'utilit&#233; et le besoin. Or ceux-ci sont &#8216;subjectifs' et variables tant dans le temps que selon les personnes. Et donc le prix aussi. Mais il n'est pas pour autant arbitraire et bilat&#233;ral : il fait habituellement l'objet d'une confrontation au sein de la soci&#233;t&#233; ; ce &#224; quoi s'ajoute le r&#244;le du marchand . Les prix r&#233;els de l'&#233;poque &#233;taient d'ailleurs loin d'&#234;tre stables. Comme on voit, saint Thomas constate des faits sociaux : la confrontation des besoins ou d&#233;sirs, qui s'op&#232;re par cet outil conventionnel qu'est la monnaie, qui n'est que cela. Et c'est sur cette r&#233;alit&#233; concr&#232;te que s'exerce le jugement moral. On constate alors le prix pratiqu&#233; en un lieu et &#224; un moment ; on ne p&#232;che pas contre la justice si on le prend comme r&#233;f&#233;rence. Mais cela n'&#233;rige pas le prix du &#8216;march&#233;' local en absolu moral. Cela ne veut pas dire non plus qu'il y a confrontation sauvage de choix arbitraires, car la recherche de la justice est toujours pr&#233;sente. Le juste prix est la version &#233;pur&#233;e et normalis&#233;e d'une confrontation qui est en fait celle du march&#233;, si celui-ci fonctionne convenablement. Il est d'ailleurs notable que dans un autre document&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De emptione et venditione ad tempus (Lettre &#224; Jacques &#233;v&#234;que de Viterbe).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Thomas parle de prix trouv&#233; sur le march&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie est donc une convention sociale permettant d'exercer la vertu de justice dans une pratique bien d&#233;termin&#233;e, celle de l'&#233;change commercial, o&#249; n'intervient aucune autre relation humaine particuli&#232;re. Il serait moralement hors de question que quelqu'un utilise le pouvoir que lui donne la monnaie qu'il d&#233;tient pour extraire un avantage maximal du jeu social. Malgr&#233; la similitude possible des m&#233;canismes, on est loin de la base anthropologique individualiste et relativiste qui sera plus tard celle de l'&#233;conomie politique. Et donc l'argent n'a pas le m&#234;me sens. C'est un outil collectif permettant une certaine justice dans des &#233;changes libres, eux-m&#234;mes bas&#233;s sur la confrontation honn&#234;te des besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure (c'est-&#224;-dire, dans ce contexte, du taux d'int&#233;r&#234;t) est plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'analyse de Thomas&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fond de la position de saint Thomas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle se trouve notamment au IIa-IIae, q. 78 de la Somme Th&#233;ologique : De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est qu'en demandant un int&#233;r&#234;t &#224; l'occasion d'un pr&#234;t, on vend ce qui n'existe pas, ou, ce qui revient au m&#234;me, on vend deux fois la m&#234;me chose. Il distingue ici les produits consomm&#233;s, comme du pain ou du vin, et les produits utilisables sans consommation, comme une maison. Dans le premier cas, l'objet et sa consommation se confondent. Il en d&#233;duit que si on vend du pain, on ne peut vendre s&#233;par&#233;ment le pain et l'usage du pain. En revanche, dans le cas de la location d'une maison, on reste propri&#233;taire, mais on conc&#232;de l'usage de la maison &#224; quelqu'un ; il est alors possible de distinguer le prix de la maison et son loyer. Ce qui est pertinent pour notre propos, est l'application qu'il fait de ce raisonnement au cas de l'argent. L'argent, dit-il, a &#233;t&#233; fait pour faciliter les transactions, et son usage r&#233;side dans sa consommation. Comme pour le pain, on ne peut donc pas facturer s&#233;par&#233;ment l'argent et l'usage de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;veloppe ces points dans l'a. 2. Il examine pour les r&#233;futer plusieurs arguments donn&#233;s pour justifier l'int&#233;r&#234;t, comme de compenser la privation que subit le pr&#234;teur, ou la comparaison avec le gain l&#233;gitime d'un commer&#231;ant, ou le fait que si un gage est donn&#233; en garantie du pr&#234;t il peut produire un surplus, ou encore la n&#233;cessit&#233; de tenir compte de fluctuations de prix qui peuvent se produire &#224; l'occasion d'un pr&#234;t. Or, alors m&#234;me qu'il examine ces objections avec soin, montrant par l&#224; une connaissance de ces r&#233;alit&#233;s, il les r&#233;fute en bloc. Certes, il accepte qu'il y ait compensation d'un dommage effectif r&#233;sultant du pr&#234;t, mais &#224; condition qu'il ne consiste pas dans le seul fait que le pr&#234;teur cesse de gagner de l'argent avec cet argent. Ce qui para&#238;t refuser &#224; l'avance ce qu'on appellera apr&#232;s lui &#8216;&lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt;', et que la scolastique consid&#233;rera en g&#233;n&#233;ral licite : le manque &#224; gagner du commer&#231;ant qui, ayant pr&#234;t&#233;, ne dispose plus de cet argent pour gagner sa vie. Pour saint Thomas, l'incertitude sur ce gain exclut qu'on le prenne en compte et le fasse payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, il distingue clairement le pr&#234;t de l'investissement en capital, qu'il consid&#232;re licite et qui, lui, peut &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;. En effet, dans le premier cas, dit-il, il y a transfert de propri&#233;t&#233; sous r&#233;serve de restitution, et consommation par l'emprunteur. Dans le second, il y a toujours propri&#233;t&#233; quoique sous une forme diverse (par exemple des parts d'une soci&#233;t&#233;) et solidarit&#233; avec l'op&#233;rateur : on reste donc propri&#233;taire de ce qu'on investit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'article 4 examine si on peut accepter de l'argent pr&#234;t&#233; avec usure. On est tent&#233; de r&#233;pondre que non, car cela participe du p&#233;ch&#233; de l'usurier. Sa r&#233;ponse est en revanche de consid&#233;rer que seul l'usurier commet un p&#233;ch&#233;. A nouveau, pour lui l'emprunteur est presque par d&#233;finition quelqu'un dans le besoin, sans possibilit&#233; alternative ; ce qui peut justifier pour lui (mais pas pour le pr&#234;teur) d'accepter l'usure. Dans le De Malo, de m&#234;me, il r&#233;fute l'argument de la libert&#233; de l'emprunteur en consid&#233;rant qu'il subit toujours une violence, tout comme celui qui doit payer un prix abusif, et m&#234;me une contrainte. Inversement, dans la lettre &#224; l'&#233;v&#234;que de Viterbe, il consid&#232;re que le marchand qui accepte de payer des int&#233;r&#234;ts en vue de son commerce p&#232;che, car dit-il il a donn&#233; une occasion de p&#233;ch&#233; &#224; l'usurier. Car en l'esp&#232;ce l'a priori de saint Thomas selon lequel l'emprunteur est sous la contrainte, ne se v&#233;rifie plus : le d&#233;sir de d&#233;velopper ses affaires n'est pas suffisant en regard du &#8216;p&#233;ch&#233;' sous-jacent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re pr&#233;cision est donn&#233;e par le Commentaire sur les Sentences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In III Sent., dist. 37, q. 1, a. 6.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;pondant &#224; une objection fond&#233;e sur la comparaison de l'usure et du bail. Dans sa r&#233;ponse, saint Thomas s'appuie &#224; nouveau sur la distinction entre propri&#233;t&#233; et usage. Mais il ajoute une pr&#233;cision int&#233;ressante pour notre propos : c'est que, dit-il, les biens ont tous une utilit&#233; propre, sauf l'argent qui ne sert qu'&#224; mesurer l'utilit&#233; des autres choses. Il est d&#232;s lors, dit-il, inique d'utiliser une mesure diff&#233;rente selon qu'on pr&#234;te ou qu'on rend. En outre, le pr&#234;teur n'a pas &#224; profiter de l'usage que l'emprunteur fait de l'argent, puisque la propri&#233;t&#233; en a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Examen de la question &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'argumentation de Thomas se base essentiellement sur des raisonnements , et plus pr&#233;cis&#233;ment sur une analyse du r&#244;le de l'argent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A c&#244;t&#233; notamment des textes bien connus de la loi mosa&#239;que, mais qu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il a &#233;t&#233; not&#233; dans la partie pr&#233;c&#233;dente, il voit l'argent comme une convention sociale permettant l'&#233;change sur la base d'une mesure de l'utilit&#233; des choses. Il s'y ajoute ici une autre id&#233;e : que cet argent est consomm&#233; lorsqu'il est d&#233;pens&#233;. Combin&#233; avec l'affirmation selon laquelle on ne peut vendre s&#233;par&#233;ment un bien consommable et son usage, cela fonde pour lui la condamnation de l'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation de saint Thomas portait sur la nature m&#234;me de l'op&#233;ration de pr&#234;t ; elle assez rarement critiqu&#233;e directement par les commentateurs classiques. Le P. Labourdette par exemple valide la distinction de Thomas : pour lui, si on utilise de l'argent, on le d&#233;pense et donc on le consomme (comme du vin qu'on boit), contrairement &#224; une maison lou&#233;e. Or dit-il &#171; la consommation de la chose c'est sa destruction &#187;. Il ajoute que le pr&#234;t d'argent est un pr&#234;t de consommation : quand je pr&#234;te l'argent, je le c&#232;de, il y a transfert de propri&#233;t&#233;, et je ne peux pas en s&#233;parer son utilisation ; il ne sert qu'&#224; &#233;changer et ne fructifie pas. Il rappelle que le capitaliste souligne la productivit&#233; de l'argent ; mais il consid&#232;re cette assertion &#171; d&#233;bile &#187;, car l'argent, dit-il, n'a pas de productivit&#233; intrins&#232;que ; il ne sert que pour l'&#233;change et la d&#233;pense ; la productivit&#233; &#233;ventuelle r&#233;sulte des choses qu'il a permis d'acheter et du travail fait par ou sur elles. De m&#234;me le P. Spicq. Pour lui aussi, &#171; le travail est le titre lucratif essentiel &#187; ; l'argent n'est pas par lui-m&#234;me productif. S'il y a des gains, ils r&#233;sultent exclusivement de l'activit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment l'analyser ? Le raisonnement propos&#233; repose en d&#233;finitive sur trois affirmations, diff&#233;rentes de la perception actuelle. La premi&#232;re, que dans une op&#233;ration de pr&#234;t il y a transfert de propri&#233;t&#233; pur et simple, &#224; la suite de quoi l'argent est consomm&#233; comme du pain. La deuxi&#232;me, que lorsqu'un pr&#234;t porte sur un produit qui est consomm&#233;, on n'est tenu qu'&#224; rendre ce produit tel quel, m&#234;me si du temps s'est &#233;coul&#233;. Ce qui implique qu'on estime qu'un pr&#234;t n'est jamais un service rendu, qui pourrait &#234;tre factur&#233; s&#233;par&#233;ment. La troisi&#232;me, que l'argent n'a aucune dimension productive, laquelle justifierait une r&#233;mun&#233;ration si elle existait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier argument est celui de la consommation. Mais si on pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t effectivement. Si on pr&#234;te de l'argent, l'emprunteur dispose de l'argent, qui ne dispara&#238;t pas, et qu'il utilise &#224; son gr&#233; ; cet argent n'est donc pas consomm&#233;. Rappelons en outre que saint Thomas consid&#232;re souhaitable que l'argent conserve sa valeur dans le temps : ce n'est donc pas un pur signe qui dispara&#238;t dans la transaction. En outre, le pr&#234;teur perd la propri&#233;t&#233; de cet argent, mais il ne perd pas toute propri&#233;t&#233;, tant s'en faut : en effet, il obtient en &#233;change ce qu'on appelle une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur, laquelle est un actif, pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un &#233;quivalent de l'argent : il est d'ailleurs notable que notre monnaie actuelle est &#224; bien des points de vue une forme de cr&#233;dit. On peut ajouter que si l'argent &#233;tait consomm&#233; dans un pr&#234;t, il le serait aussi dans un investissement, dont pourtant saint Thomas consid&#232;re la r&#233;mun&#233;ration licite. Dans les deux cas, l'investisseur se dessaisit de son argent, que l'emprunteur utilise comme il veut, mais c'est en &#233;change d'un titre, que ce soit une action ou une cr&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, au-del&#224;, la comparaison m&#234;me qu'utilise saint Thomas (avec un pain et avec un immeuble) montre qu'&#224; la base de son analyse se trouve le sous-jacent de la transaction : le pain ou l'immeuble. Or l'argent se situe sur un autre plan, qui n'est ni l'un ni l'autre : il n'est pas &#224; proprement parler consomm&#233; comme le dit &#224; tort saint Thomas ; mais il n'est pas non plus &#171; utilis&#233; &#187;, car en lui-m&#234;me il n'est pas directement utilisable. On l'a dit, c'est un signe permanent mais existant par lui-m&#234;me dans la soci&#233;t&#233; et donc objectiv&#233;. Il y a donc un aspect justifi&#233; dans le fait de le consid&#233;rer &#224; part des autres biens : il ne sert et n'a de sens que relativement &#224; ce qu'il permet d'acqu&#233;rir. Cela peut &#233;clairer le refus de saint Thomas de le consid&#233;rer productif ; en effet il ne l'est pas en lui-m&#234;me ; il ne l'est qu'en permettant d'acqu&#233;rir des moyens de production, eux-m&#234;mes utilis&#233;s en association avec du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ensuite, sur le deuxi&#232;me point, contester l'id&#233;e que dans un pr&#234;t (mutuum) on doive rendre la chose ou son &#233;quivalent, ni plus ni moins. Cela suppose en effet en justice une &#233;quivalence totale entre la possession d'un bien aujourd'hui ou &#224; l'avenir. Mais, pr&#233;cis&#233;ment, cela ne va pas de soi : si une banque pr&#234;te &#224; un jeune couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, le jeune couple verra un bienfait entre le fait d'avoir l'appareil tout de suite et celui d'attendre d'avoir &#233;pargn&#233; 2 ou 3 ans avant de pouvoir en jouir. Dit autrement, un pr&#234;t est vraiment un service ; il apporte &#224; quelqu'un des ressources rares dont il ne dispose pas, et dont il a besoin. On ne voit pas au nom de quoi on ne pourrait pas facturer ce service, et a fortiori bien s&#251;r du fait que le pr&#234;teur se d&#233;fait d'un argent dont il pourrait avoir un autre usage profitable, par exemple en investissant (ce que d&#233;crit tr&#232;s bien la parabole des talents). L'exception qui va de soi est celle du n&#233;cessiteux, qui est celle pr&#233;vue dans les textes bibliques, et que saint Thomas avait en t&#234;te, car comme on l'a vu, il consid&#232;re que l'emprunteur est habituellement dans un besoin pressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sur le troisi&#232;me point, il est juste de dire &#224; nouveau que l'argent tout seul n'est pas productif, et que seul le travail humain (au sens large, y compris celui de l'entrepreneur et du marchand) permet de le faire fructifier. Mais il serait pour autant erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine ni outil produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. En d'autres termes, l'argent, mesure de l'&#233;change, est aussi moyen de paiement et donc aussi par-l&#224; moyen d'investir, c'est-&#224;-dire d'acqu&#233;rir des outils de production, qui contribuent &#224; la production et dont l'usage est d&#232;s lors l&#233;gitimement r&#233;mun&#233;r&#233;. D'ailleurs le pr&#234;teur aurait pu investir dans une part de soci&#233;t&#233; immobili&#232;re et en retirer un loyer (reconnu licite par Thomas), ce qui ne pr&#233;sente pas plus de risque qu'un pr&#234;t d'argent, et souvent moins. Il est notable que saint Thomas admet que la loi civile puisse autoriser le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, non seulement par tol&#233;rance, mais parce que cette autorisation peut &#234;tre source d'un certain bien : mais comment serait-ce possible, si c'&#233;tait fondamentalement injuste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que le paiement d'int&#233;r&#234;ts ne se justifie alors que dans le cas du pr&#234;t &#224; une activit&#233; productive. Mais le r&#244;le de l'&#233;pargne, c'est de permettre l'investissement. Si on distrait une partie de cette &#233;pargne pour pr&#234;ter &#224; un couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, on perd ce que l'investissement aurait produit en pr&#234;tant &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarques compl&#233;mentaires&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Saint Thomas se situe relativement au d&#233;but de l'analyse &#233;conomique des Scolastiques. De ce fait on ne trouve pas ou peu chez lui certains th&#232;mes qui prendront de l'importance par la suite. Ainsi l'id&#233;e qu'avec l'int&#233;r&#234;t on pr&#233;tend vendre du temps, m&#234;me si une de ses remarques incidentes montre une certaine sensibilit&#233; &#224; la valeur du temps. Il ne d&#233;veloppe pas non plus l'id&#233;e, populaire ensuite, que bien utiliser l'argent, c'est le faire circuler de fa&#231;on utile ou cr&#233;ative ; m&#234;me s'il souligne par ailleurs la contribution du commerce au bien commun et la l&#233;gitimit&#233; de l'investissement en capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, pour notre propos, il n'&#233;voque pas, ou pour les r&#233;futer au moins implicitement, les notions reprises du droit romain qui ont permis ensuite de l&#233;gitimer des paiements visant &#224; d&#233;dommager le pr&#234;teur de ce qu'il aurait pu gagner avec l'argent pr&#234;t&#233; (&lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt;), ou &#224; indemniser le risque pris (&lt;i&gt;periculum sortis&lt;/i&gt;). Sa condamnation est radicale. Cela dit, le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de ces notions diverses laissera intacte son argumentation centrale, et cela jusqu'au XVIIIe si&#232;cle, m&#234;me si on le temp&#233;rera par ces notions et que dans la pratique la possibilit&#233; d'un int&#233;r&#234;t ait &#233;t&#233; largement mise en &#339;uvre. La prise en compte de ces facteurs, notamment le &lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt;, a en effet conduit &#224; multiplier les cas o&#249;, au moins un commer&#231;ant pr&#234;teur subissait un manque &#224; gagner du fait qu'il soustrayait pour cela de l'argent de son activit&#233; ; ce qui a &#233;t&#233; une &#233;tape majeure dans la voie de l'acceptation d'un certain taux d'int&#233;r&#234;t. Il y aura donc ult&#233;rieurement une rupture sur ce point par rapport &#224; sa pens&#233;e. C'est a fortiori le cas dans nos &#233;conomies o&#249; il est possible &#224; tout instant d'investir dans une activit&#233; &#233;conomique cens&#233;ment productive et d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; ; par cons&#233;quent, celui qui pr&#234;te renonce par construction &#224; un tel produit. Cela dit, il y a l&#224; justement une piste pour rendre compte de la divergence : &#224; notre &#233;poque, on peut montrer, au moment de la conclusion du pr&#234;t, le gain possible par un placement alternatif. Mais le marchand m&#233;di&#233;val, lui, devait expliquer qu'il aurait pu gagner de l'argent par telle ou telle op&#233;ration hypoth&#233;tique, et a priori risqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'analyse de saint Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : l'usure, comprise notamment comme l'exploitation du besoin de personnes pauvres, repr&#233;sentait alors un risque majeur pour la soci&#233;t&#233;, un vrai fl&#233;au social ; et on pouvait percevoir que tout emprunteur agissait sous la contrainte d'un besoin pressant. Par ailleurs, compar&#233; &#224; la suite, il y avait relativement peu d'investissements productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il convient de rappeler le risque plus g&#233;n&#233;ral repr&#233;sent&#233; par l'argent, relev&#233; par les &#201;vangiles : le fait d'&#234;tre recherch&#233; activement, parce qu'il est repr&#233;sentatif de tout ce qui peut &#234;tre achet&#233;, ce qui le constitue en support par excellence de la d&#233;rive idol&#226;trique, de l'avidit&#233; appliqu&#233;e &#224; des biens qui ne devraient &#234;tre qu'instrumentaux. Remarque qui rencontre celle d'Aristote sur la chr&#233;matistique, o&#249; la volont&#233; d'accumuler ne rencontre aucune limite naturelle. Sa neutralit&#233; m&#234;me accentue paradoxalement ce risque, puisqu'il peut couper la personne de la relation aux choses qu'en un sens il repr&#233;sente, et par l&#224; de leur signification, dans la soci&#233;t&#233;, et pour les autres personnes. Il peut en outre y avoir rencontre entre ces d&#233;rives d'ordre moral avec une certaine pratique du maniement d'argent, de ce que nous appelons finance. Cela &#233;claire aussi les choix radicaux et abrupts de Thomas. Le paradoxe est en d&#233;finitive de voir ce pur outil prendre, du fait de son usage tr&#232;s large, sinon universel, une r&#244;le de synth&#233;tisation de toutes les tentations mat&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient donc de corriger son analyse en prenant en compte le fait que, parce que justement l'argent est une convention sociale permettant l'&#233;change, il ne dispara&#238;t pas dans l'op&#233;ration de pr&#234;t puis son utilisation ; il n'est pas consomm&#233; et il peut repr&#233;senter, aussi, l'acc&#232;s &#224; des biens de production. Le fait de le pr&#234;ter, c'est-&#224;-dire de l'affecter &#224; quelqu'un qui en demande l'usage, est un service v&#233;ritable rendu par le pr&#234;teur, qui en outre subit de ce fait, au moins implicitement, une perte de revenu potentiel. Une r&#233;mun&#233;ration &#233;quitable (&#224; un juste prix) peut donc &#234;tre tout &#224; fait licite moralement, en justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne fait pas dispara&#238;tre ce qui a &#233;t&#233; reconnu de la nature de l'argent : convention sociale permettant l'&#233;change, il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large (r&#244;le de l'entrepreneur compris), dans le cadre d'une activit&#233; productrice. Et de fait, cette r&#233;alit&#233; est moins imm&#233;diatement perceptible dans le cr&#233;dit r&#233;mun&#233;r&#233;, o&#249; on peut avoir particuli&#232;rement l'impression fausse que l'argent est productif par lui-m&#234;me. Il est donc essentiel &#224; la fois d'utiliser activement l'argent (la th&#233;saurisation &#233;tant, en perspective morale, le plus mauvais usage qu'on puisse en faire, comme le rappelle l'Evangile dans Luc 16, 9 : &#171; faites-vous des amis avec le Mammon d'iniquit&#233; &#187;) et en m&#234;me temps de le r&#233;ins&#233;rer dans le tissu des rapports humains et de nos responsabilit&#233;s &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin que l'une des caract&#233;ristiques de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t est d'&#234;tre exigible en justice, contrairement &#224; la r&#233;mun&#233;ration du capital investi en fonds propres ; cette derni&#232;re suppose qu'il y ait effectivement un profit (et donc une valeur ajout&#233;e), et une d&#233;cision (non obligatoire en soi) de versement de ce que nous appelons dividende. En ce sens, un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un associ&#233;. En outre, du fait qu'il est exigible selon des modalit&#233;s stipul&#233;es &#224; l'avance, en g&#233;n&#233;ral ind&#233;pendantes des circonstances, le cr&#233;dit pr&#233;sente une rigidit&#233; dont l'histoire des crises financi&#232;res montre qu'il est la source de risques majeurs. Quand donc saint Thomas accepte comme licite l'investissement en fonds propres, qui est une forme d'association, mais exprime sa r&#233;serve pour le cr&#233;dit, en dehors du cr&#233;dit amical et sans paiement d'int&#233;r&#234;ts destin&#233; &#224; quelqu'un dans le besoin, il per&#231;oit une r&#233;alit&#233; importante, que notre &#233;poque, ivre de cr&#233;dit et de dette, devrait m&#233;diter. Le cr&#233;dit est utile, mais &#224; dose mod&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La pens&#233;e &#233;conomique de Thomas d'Aquin : une approche interdisciplinaire/Thomas Aquinas' economic thought : an interdisciplinary approach &#187; ; Paris 11-13 septembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte est ici all&#233;g&#233;, notamment des mentions pr&#233;cises de sources et de certains d&#233;veloppements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tome CXX 2020 n&#176;4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De emptione et venditione ad tempus&lt;/i&gt; (Lettre &#224; Jacques &#233;v&#234;que de Viterbe).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle se trouve notamment au IIa-IIae, q. 78 de la Somme Th&#233;ologique : &lt;i&gt;De peccato usurae, quod committitur in mutuis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;In III Sent., dist.&lt;/i&gt; 37, q. 1, a. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A c&#244;t&#233; notamment des textes bien connus de la loi mosa&#239;que, mais qu'il utilise tr&#232;s peu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les cryptomonnaies, de vraies monnaies ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-cryptomonnaies-de-vraies-monnaies.html</link>
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		<dc:date>2025-07-26T09:02:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>cryptomonnaie</dc:subject>
		<dc:subject>Bitcoin</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme le nom l'indique, la pr&#233;tention principale des cryptomonnaies est d'&#234;tre des monnaies, mais &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une monnaie a une triple fonction pour une communaut&#233; : &#233;talon de mesure pour les prix des biens &#233;changeables ; moyen de paiement ; et r&#233;serve de valeur. Elle doit donc &#234;tre stable et adapt&#233;e aux besoins de l'&#233;conomie. Les monnaies officielles, malgr&#233; leur limites, assurent cette fonction, avec l'appui des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on va le voir, il para&#238;t exclu que les cryptomonnaies puissent jouer ce r&#244;le. Ce sont pour l'essentiel des supports &#224; sp&#233;culation artificielle, d&#233;connect&#233;s de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique &#8211; sauf pour effectuer des transactions opaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la blockchain, utilis&#233;e par les cryptomonnaies et qui permet un &#233;change s&#233;curis&#233; hors contr&#244;le public ou priv&#233;, est une autre question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Creation-monetaire-+.html" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation mon&#233;taire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Monnaie-+.html" rel="tag"&gt;Monnaie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-cryptomonnaie-+.html" rel="tag"&gt;cryptomonnaie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Bitcoin-+.html" rel="tag"&gt;Bitcoin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/bitcoin-6024249_640_1_.jpg?1787417294' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet article est sur les cryptomonnaies. Pas principalement sur ce qu'on appelle la blockchain. Les cryptomonnaies ont besoin de la blockchain. Mais celle-ci va au-del&#224; des cryptomonnaies : c'est pour simplifier un m&#233;canisme informatique visant &#224; permettre un &#233;change &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le public ou priv&#233;, donc anonyme, et pourtant totalement s&#233;curis&#233; ; ce faisant il peut pr&#233;senter un r&#233;el int&#233;r&#234;t pour de nombreuses questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise en revanche une cryptomonnaie, comme le nom l'indique, c'est qu'elle se pr&#233;sente comme un support de valeur financi&#232;re, comme un actif, utilisable comme monnaie. Pour porter un jugement sur ce produit et son utilisation, il faut d'abord rappeler ce qu'est une monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la monnaie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Classiquement on reconna&#238;t &#224; la monnaie une triple fonction : &#233;talon de mesure pour les prix des biens &#233;changeables ; moyen de paiement ; et r&#233;serve de valeur pour garder disponible de quoi faire une d&#233;pense ult&#233;rieurement. La monnaie doit donc &#234;tre raisonnablement stable dans le temps et disponible de fa&#231;on commode pour &#234;tre stock&#233;e ou pour payer. Son r&#244;le est majeur, puisqu'il structure toute la vie &#233;conomique. On comprend alors qu'il en faut une juste quantit&#233;, qui peut varier en proportion des besoins, mais sans alt&#233;rer de fa&#231;on significative sa relation avec les biens &#233;changeables. Si par exemple il y a trop de monnaie, elle perd sa valeur par rapport aux biens, et ne joue pas bien son r&#244;le. Et alors une part importante de la confiance qui est &#224; la base de la soci&#233;t&#233; est remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, les monnaies &#233;taient d&#233;finies par rapport &#224; un m&#233;tal pr&#233;cieux. Mais de la monnaie pouvait d&#233;j&#224; et peut &#234;tre cr&#233;&#233;e par les banques &#224; partir de la cr&#233;ation de cr&#233;dit, pour financer des transactions qu'elles jugent fiables. En effet, si je consid&#232;re une promesse de paiement comme fiable, je peux accepter de la recevoir en paiement &#224; la place de la monnaie au sens &#233;troit. Mais ces monnaies bancaires se rapportent n&#233;anmoins &#224; la monnaie officielle, qui sert de juge de paix. A l'&#233;poque actuelle, la situation est dans son principe la m&#234;me, &#224; ceci pr&#232;s que la monnaie officielle ne se relie plus &#224; quoi que ce soit : elle est r&#233;gul&#233;e par les banques centrales, qui contr&#244;lent la monnaie en circulation, notamment par leurs interventions sur les march&#233;s de l'argent, qu'on appelle la politique mon&#233;taire. Car d&#232;s que les banques cr&#233;ent trop d'argent cela peut produire de l'inflation, socialement dangereuse. Et si elles en pr&#234;tent trop peu, cela &#233;touffe l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie est-elle toujours publique ? C'est par excellence une institution sociale au sens large : elle ne fonctionne que si un groupe important de gens, qui &#233;changent entre eux, l'accepte et la reconna&#238;t comme telle. En th&#233;orie elle pourrait exister comme fait social sans qu'une autorit&#233; intervienne. En pratique cependant, dans la quasi-totalit&#233; des cas, la monnaie a &#233;t&#233; et reste d&#233;finie par l'autorit&#233; politique qui lui donne son statut. D'abord l'Etat ne peut se d&#233;sint&#233;resser de la monnaie, qui est vitale pour l'&#233;conomie du pays. Une monnaie publique a pour elle le fait que la puissance publique appuie sa reconnaissance : des textes obligent &#224; l'accepter, et les tribunaux n'accordent la protection de la loi que lorsque la cr&#233;ance est libell&#233;e dans une monnaie reconnue. De plus, l'autorit&#233; peut l'imposer pour tous les actes accomplis avec elle, &#224; commencer par le paiement des imp&#244;ts. Une monnaie publique l&#233;gitime et fonctionnant correctement dispose donc d'un avantage &#233;norme, et s'impose de droit ou de fait. Cela dit, des exemples rares existent de refus de la monnaie officielle en faveur d'une monnaie &#233;trang&#232;re (dollar ou autrefois deutschemark), lorsque la monnaie nationale a perdu sa cr&#233;dibilit&#233;. Mais c'est alors en faveur d'un autre monnaie publique, suppos&#233;e solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de l'absence de base objective des monnaies actuelles, et de la tentation de les utiliser pour des buts politiques, la situation actuelle n'est pas pleinement satisfaisante, loin de l&#224;. Mais elle fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nouveaut&#233; des cryptomonnaies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire alors des cryptomonnaies ? Prenons le bitcoin, mais ce qu'on va en dire est vrai de toutes. Sans entrer dans une analyse pr&#233;cise, pour simplifier c'est le produit d'un processus informatique utilisant la blockchain. La quantit&#233; de bitcoin existante &#224; un moment donn&#233; n'est donc pas reli&#233;e &#224; une activit&#233; &#233;conomique, encore moins g&#233;r&#233;e par une entit&#233; poursuivant un objectif &#233;conomique, social, politique ou autre. Elle r&#233;sulte de l'algorithme d'un c&#244;t&#233;, de l'activit&#233; des utilisateurs de l'autre. Mais la quantit&#233; disponible est pour les usagers un fait brut. Quant &#224; la valeur du bitcoin, qu'on l'exprime dans une des monnaies actuelles ou par rapport &#224; des biens, elle d&#233;pend exclusivement de l'offre et de la demande de bitcoins, et fluctue d&#232;s lors consid&#233;rablement. L'analogue du bitcoin est ici l'or, dont la production est d&#233;coupl&#233;e pour l'essentiel de l'activit&#233; &#233;conomique, et d&#233;pend de r&#233;alit&#233;s mini&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'usager, le bitcoin peut &#234;tre utilis&#233;, en principe avec une s&#233;curit&#233; maximale, sans aucun passage par une entit&#233; quelconque, officielle ou priv&#233;e (banque), qui enregistrerait la transaction : il suffit d'avoir les identifiants voulus et de passer un ordre pour payer. C'est &#233;videmment une grande diff&#233;rence avec les monnaies officielles, dont l'usage passe par une banque, elle-m&#234;me supervis&#233;e. Mais il est important de noter que c'est une fonction diff&#233;rente de la pr&#233;c&#233;dente ; en effet, on peut imaginer des passages par la blockchain permettant des paiements directs dans une monnaie officielle ; de tels dispositifs sont m&#234;me activement envisag&#233;s par les banques centrales ; par ailleurs certaines cryptomonnaies sont rattach&#233;es &#224; une monnaie officielle &#224; travers une institution (banque ou autre) : les stablecoins. L'analogue est cette fois les esp&#232;ces, billets et pi&#232;ces &#8211; qui sont libell&#233;es en monnaie centrale mais eux aussi anonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me dimension est la plus cit&#233;e, soit pour critiquer le bitcoin, puisqu'il permet le blanchiment et le financement des activit&#233;s criminelles (comme les esp&#232;ces, mais en plus pratique et plus fluctuant) ; soit pour en faire l'&#233;loge, puisqu'il n'est en principe pas contr&#244;lable par un &#233;tat malveillant : il peut &#234;tre utilis&#233; dans des circonstances dramatiques (guerre etc.), et il permet d'&#233;conomiser sur les frais de transaction. Mais &#224; nouveau, les m&#234;mes remarques pourraient valoir pour un usage de monnaie nationale ou &#233;trang&#232;re &#224; travers la blockchain. Ce n'est donc pas l&#224; ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; du bitcoin en tant que tel. D&#232;s lors, on peut voir avec faveur le d&#233;veloppement de syst&#232;mes de paiement par blockchain (comme d'ailleurs de transactions de tout type) sans se prononcer sur le bitcoin lui-m&#234;me (et ses concurrents). Ajoutons que le caract&#232;re anonyme du bitcoin ne permet aucune personnalisation de son usage (y compris social par exemple), contrairement &#224; une monnaie passant par les circuits ouverts, de type bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question intrins&#232;que pos&#233;e par le bitcoin est donc autre : c'est le fait de consid&#233;rer comme un actif et par l&#224; une monnaie quelque chose qui est fabriqu&#233; par un programme informatique &#233;chappant &#224; tout pilotage et sans lien avec l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cryptomonnaies sont-elles l&#233;gitimement des actifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique du bitcoin est au d&#233;part libertarienne : elle vise &#224; cr&#233;er un actif totalement ind&#233;pendant dans son volume comme dans son utilisation tant des banques centrales et des gouvernements que des banques commerciales, et donc non soumis aux al&#233;as politiques ou autres, non reli&#233; &#224; l'endettement, ni aux banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on dire pour autant que ce serait une bonne monnaie ? On l'a dit, la caract&#233;ristique de celle-ci est de permettre &#224; une communaut&#233; &#233;conomique d'effectuer ses transactions, tout en gardant une relation aussi stable que possible avec les biens et services correspondants, et donc en particulier sa valeur dans le temps. Le m&#233;canisme des monnaies actuelles est bas&#233; sur le cr&#233;dit, et se fonde donc sur une part appr&#233;ciable de l'activit&#233; &#233;conomique ; et il est r&#233;gul&#233; activement par une institution, la banque centrale. Il est donc construit en th&#233;orie pour que la relation entre la monnaie et les biens soit stable. Cela dit, l'efficacit&#233; de cette relation d&#233;pend directement de cette r&#233;gulation, qui peut d&#233;vier de deux mani&#232;res : par erreur de la banque centrale ou mauvais diagnostic (comme avec la crise de 2008) ; ou surtout par pression politique (planche &#224; billets, qu'on a vue sur grande &#233;chelle dans les deux guerres mondiales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, la production de bitcoin ne se relie pas avec la masse des biens et services produits et &#233;chang&#233;s ; c'est de ce point de vue une donn&#233;e ext&#233;rieure. On l'a dit, en cela elle ressemble &#224; l'or (ou l'argent). Il est vrai que ces derniers ont &#233;t&#233; longtemps des r&#233;f&#233;rences mon&#233;taires - m&#234;me si on ne payait pas directement en poids d'or brut, mais dans une monnaie authentifi&#233;e par le souverain, qui elle-m&#234;me se r&#233;f&#233;rait &#224; l'or. Cela dit, il y a deux diff&#233;rences majeures. L'une, que l'or existe de fa&#231;on objective et a aussi un usage non mon&#233;taire important ; utilis&#233; comme monnaie, on le met en relation avec les divers biens et services, ce qui revient &#224; comparer des biens entre eux sur un march&#233; ; alors que le bitcoin en lui-m&#234;me n'est pas un bien. L'autre, corr&#233;lativement, que la valeur du bitcoin se relie exclusivement &#224; ce qu'en pensent ses usagers : ils pourraient pour une raison quelconque s'en d&#233;tourner compl&#232;tement ; ou au contraire, comme c'est actuellement le cas, le rechercher sp&#233;culativement. Il n'y a aucun ressort de rappel dans la r&#233;alit&#233;. D&#232;s lors, la valeur du bitcoin a fluctu&#233; de fa&#231;on consid&#233;rable depuis ses origines et continue &#224; le faire ; c'est une logique de sp&#233;culation, c'est-&#224;-dire d'anticipations auto-entretenues, qui a d&#233;bouch&#233; dans l'ensemble sur une hausse de valeur &#233;norme, avec des p&#233;riodes de chute brutale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'&#233;tat, ceci le rend donc inapte &#224; la fonction de monnaie. Et si on l'utilisait de plus en plus comme moyen de paiement, son prix monterait rapidement puisque la quantit&#233; produite ne suivrait pas. Par ailleurs on voit mal la soci&#233;t&#233; dans son ensemble recourir comme monnaie de large usage et de r&#233;f&#233;rence &#224; un algorithme qui reste parfaitement opaque (et qui n'est en r&#233;alit&#233; pas immunis&#233; contre tous les risques, car aucun algorithme ne l'est). Par ailleurs, ce n'est pas non plus un vrai investissement, puisque ce n'est ni un bien de consommation ni un bien de production. Cela n'a notamment rien &#224; voir avec un titre de cr&#233;ance et encore moins avec les actions d'une entreprise, qui se relient, eux, &#224; une r&#233;alit&#233; : m&#234;me si on peut sp&#233;culer dessus, le rappel de r&#233;alit&#233; y est donc possible et se produit &#224; un moment ou un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le terme de cryptomonnaie est donc contestable. La fonction sp&#233;culative au mauvais sens du terme y est largement pr&#233;dominante. Hors militants libertariens, elle est peu compatible avec un usage comme monnaie, sauf pour des transactions qui veulent rester opaques et acceptent pour cela un risque important de fluctuation. Nous retrouvons ce fait de base pour appr&#233;cier un fait &#233;conomique : il doit se relier &#224; un bien r&#233;el et &#224; une communaut&#233; humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Monnaie impressionniste</title>
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		<dc:date>2022-01-08T13:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Syst&#232;me mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Banque centrale</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>Inflation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les joies de la cr&#233;ation mon&#233;taire, ou la politique du &#8216;pourvu que &#231;a dure'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;ation mon&#233;taire &#224; tout va, inflation, d&#233;ficits : on ach&#232;te la paix sociale, et les banques centrales ne sont pas les derni&#232;res. Et l'inflation qui se fait attendre &#8211; au moins jusqu'&#224; r&#233;cemment. Pourvu que &#231;a dure para&#238;t-on dire. Mais justement, comme cela ne durera pas, que faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans L'Incorrect N&#176;49, janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les joies de la cr&#233;ation mon&#233;taire, ou la politique du &#8216;pourvu que &#231;a dure'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Depuis plus de dix ans, la banque centrale europ&#233;enne a lanc&#233; une politique de Quantitative easing pour endiguer la crise financi&#232;re de 2008 puis celle des dettes souveraines de 2010. Pourquoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;agir &#224; une crise comme en 2008 et en 20210 est une chose, poursuivre cette politique ind&#233;finiment on l'a fait depuis en est une autre. Dans le premier cas on calme la panique sur les march&#233;s, et on s'arr&#234;te aussit&#244;t le calme r&#233;tabli. Dans le deuxi&#232;me, c'est une politique structurelle. Or, en l'esp&#232;ce, elle est sans pr&#233;c&#233;dent historique. On la justifie en disant qu'il s'agit d'&#233;viter la d&#233;flation, consid&#233;r&#233;e comme un mal sans rem&#232;de. Il y a du vrai l&#224;-dedans ; en effet avec la d&#233;flation (baisse durable des prix), la monnaie s'appr&#233;cie avec le temps : c'est une incitation &#224; tous pour th&#233;sauriser et ne pas d&#233;penser, puisque l'argent liquide s'appr&#233;cie tout seul. De plus les banques centrales sont alors impuissantes, car elles agissent en jouant sur les taux d'int&#233;r&#234;ts : or en d&#233;flation ils tombent &#224; z&#233;ro et y restent, et elles ne peuvent rien y faire sauf &#224; ponctionner les comptes des gens, ce qui est politiquement impraticable. &lt;br class='autobr' /&gt;
En outre bien s&#251;r &#224; c&#244;t&#233; de la lutte contre la d&#233;flation cette politique permet de lisser les r&#233;cessions et par l&#224; aide les gouvernements en place. Curieusement donc ces banques centrales suppos&#233;es ind&#233;pendantes se r&#233;v&#232;lent bien commodes pour les Etats. Ce qui est &#224; rapprocher avec le fait que depuis 1973 les monnaies sont purement conventionnelles, sans lien avec l'or ou quoi que ce soit. Pendant tout un temps d'abord les banques centrales ont &#233;t&#233; rigidement attach&#233;es &#224; la lutte contre l'inflation. Mais du fait des crises, elles ont maintenant pris go&#251;t &#224; des politiques beaucoup plus populaires&#8230; alors m&#234;me que nous ne sommes pas en d&#233;flation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2/ Quel peut &#234;tre l'impact d'une telle r&#233;ponse sur le long terme ? Va-t-on vers un retour de l'inflation et une d&#233;valuation du pouvoir d'achat de notre monnaie ? Quels sont les dangers d'une telle politique ? Peut-il y avoir un risque inverse de d&#233;flation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire remonter l'inflation est un but affich&#233; de la BCE : elle vise 2 % et voudrait s'en tenir l&#224; ; mais jusqu'&#224; maintenant elle a eu du mal &#224; y arriver. Cela fait en effet dix ans qu'elle injecte de la monnaie &#224; dose forte et l'inflation est rest&#233;e basse. Elle juge la remont&#233;e actuelle des prix non durable (sortie de la crise Covid). &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-on continuer longtemps cette politique ? Dans tous les exemples historiques de cr&#233;ation mon&#233;taire massive par la banque centrale, il y a eu inflation et souvent hyperinflation. Le risque est donc bien r&#233;el. Or une vraie inflation est ruineuse pour tous ceux qui ne b&#233;n&#233;ficient pas d'un rapport de force leur permettant de pr&#233;server leur pouvoir d'achat (retrait&#233;s, &#233;pargnants, salari&#233;s faibles) ; en outre elle rend tous les calculs sur l'avenir hasardeux. Le seul gagnant v&#233;ritable en cas d'inflation est celui qui a emprunt&#233; &#224; taux fixe et qui voit alors la valeur r&#233;elle de ses dettes baisser : en premier lieu, l'Etat. Sauf que dans un deuxi&#232;me temps, lui aussi est touch&#233; s'il continue &#224; emprunter, puisque les taux d'int&#233;r&#234;ts s'envolent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant nous n'avons pas eu, ou pas encore, une telle inflation : c'est que la p&#233;riode est tr&#232;s particuli&#232;re, notamment du fait de la mondialisation qui &#233;crase les prix, de la faiblesse syndicale et de l'abondance de l'&#233;pargne mondiale. La monnaie ainsi cr&#233;&#233;e a d&#232;s lors gicl&#233; ailleurs, dans une inflation des actifs (actions en bourse, immobilier) et donc dans des bulles. Ou elle a &#233;t&#233; th&#233;sauris&#233;e. Et donc BCE et gouvernements profitent d'une situation tout &#224; fait particuli&#232;re pour s'affranchir des r&#232;gles de long terme. Comme disait Laetitia Bonaparte : pourvu que &#231;a dure ! Sauf que comme on dit sur les march&#233;s les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3/ Plus que jamais, la possession de liquidit&#233;s ou d'&#233;pargne sur un compte bancaire appara&#238;t risqu&#233;e dans un environnement &#233;conomique mondial devenu incertain. Quel est l'image du bon p&#232;re de famille du XXIe si&#232;cle ? Est-ce celui qui investit dans l'&#233;conomie r&#233;elle, dans l'immobilier ? Comment se pr&#233;munir du ph&#233;nom&#232;ne des bulles sp&#233;culatives ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; bon p&#232;re de famille &#187; vise deux buts : faire fructifier ses actifs ou au moins les prot&#233;ger, et investir dans l'&#233;conomie de fa&#231;on utile &#224; la communaut&#233;. Pas facile dans un tel environnement. Comme il y a bulle, tous les actifs sont chers, donc avec un fort risque de baisse. Le pire &#233;tant les obligations et par l&#224; l'assurance vie. L'avantage des actions (bourse) est que sur le long terme, c'est le meilleur placement, le plus s&#251;r m&#234;me. En outre c'est investir dans l'avenir, et contribuer au contr&#244;le des entreprises. Mais dans l'intervalle leur valeur fluctue. Si donc on ach&#232;te un peu haut et que le march&#233; conna&#238;t ensuite une p&#233;riode prolong&#233;e de baisse, il faut pouvoir attendre ; dans le pass&#233; cela a pu durer des dizaines d'ann&#233;es, m&#234;me si c'est corrig&#233; ensuite. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'immobilier qu'on occupe soi-m&#234;me a un gros avantage ; on l'habite, et donc il nous sert m&#234;me si son prix baisse. L'immobilier locatif lui est tr&#232;s tax&#233; et pas toujours tr&#232;s rentable. Et l'immobilier commercial fluctue, un peu comme les actions. Quant aux bulles sp&#233;culatives, sauf &#224; &#234;tre tr&#232;s malin, la parade est de se tenir &#224; l'&#233;cart si on pense que les cours sont vraiment trop hauts, et sinon et surtout, investir sur la longue dur&#233;e, en achetant r&#233;guli&#232;rement et donc en moyennant. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4/ La pand&#233;mie a-t-elle acc&#233;l&#233;r&#233; le d&#233;classement &#233;conomique de l'Europe par rapport au reste du monde, notamment la Chine et l'Asie du Sud-Est ? Comment rem&#233;dier &#224; ce qui appara&#238;t comme une impossibilit&#233;, pour les pays europ&#233;ens, de conserver une avanc&#233;e technologique en termes d'innovation ? Quelles seraient les r&#233;formes structurelles &#224; op&#233;rer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recul de l'Europe par rapport &#224; l'Asie est continu depuis 40 ans, et la pand&#233;mie l'a encore mis en &#233;vidence. Les Etats-Unis sont entre les deux : ils ont notamment sur nous l'avantage de leur puissance dans les technologies avanc&#233;es et les grands r&#233;seaux type GAFAM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux types d'actions seraient n&#233;cessaires : d'un c&#244;t&#233;, mettre au point une forme intelligente d'insertion dans la mondialisation, sans na&#239;vet&#233; et id&#233;ologie libre-&#233;changiste &#224; l'europ&#233;enne : on ne peut pas et doit pas se replier, mais pas non plus &#234;tre na&#239;f. Il faut autant que possible garder le contr&#244;le de ses entreprises et de ses technologies, et sanctionner la concurrence lorsqu'elle est d&#233;loyale ou nocive pour des secteurs clefs de notre &#233;conomie. Ce qui suppose d'&#234;tre souverain. Et d'un autre c&#244;t&#233;, jouer &#224; fond la technologie. Y compris d'ailleurs pour des motifs &#233;cologiques, car on ne s'en sortira pas par la seule sobri&#233;t&#233;, m&#234;me si elle est d&#233;sirable et n&#233;cessaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
A cela s'ajoute la remise en ordre des d&#233;penses publiques : il faut de telles d&#233;penses, et parfois il les faudrait m&#234;me plus &#233;lev&#233;es qu'aujourd'hui (dans le r&#233;galien : arm&#233;e, police, justice). Mais globalement il faut sortir des d&#233;ficits qui accumulent une dette intenable &#224; long terme et source de d&#233;pendance. Un bon exemple de ces red&#233;ploiements est l'&#233;ducation, o&#249; on peut et doit faire mieux avec moins. Et il faudrait concentrer la solidarit&#233; sur les besoins urgents, en l'orientant vers la r&#233;insertion des personnes. Mais tout cela vaut dire qu'il y aura bien des m&#233;contents par rapport &#224; la situation actuelle. Et donc cela ne prend son sens que dans le cadre d'un grand mouvement patriotique. Ou d'une vraie crise - et sans doute des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans&lt;i&gt; L'Incorrect&lt;/i&gt; N&#176; 49, janvier 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> La crise, la dette et la monnaie</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-crise-la-dette-et-la-monnaie.html</link>
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		<dc:date>2020-05-07T15:18:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Crise dette</dc:subject>
		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Interview dans l'Incorrect mai 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1/ Les mesures actuellement prises vont creuser le d&#233;ficit et donc la dette qui &#233;tait d&#233;j&#224; abyssale avant le confinement. Comment s'en sortir pour financer les d&#233;penses &#224; venir ? Faut-il privil&#233;gier l'imp&#244;t, la dette ou l'emprunt ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Le quantitative easing cr&#233;e de la monnaie en rachetant des titres de dette publique. Croyez-vous &#224; cette solution sur le long terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ On dit que la banque centrale europ&#233;enne, qui a rachet&#233; 400 milliards d'euros de titre de dette fran&#231;aise, pourrait tr&#232;s bien d&#233;cider de les d&#233;truire, mani&#232;re pour les Europ&#233;ens d'annuler cette dette vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes. Que pensez-vous de cette solution ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponses ci-apr&#232;s&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Monnaie-+.html" rel="tag"&gt;Monnaie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Les mesures actuellement prises par le gouvernement vont creuser le d&#233;ficit et donc la dette qui &#233;tait d&#233;j&#224; abyssale avant le confinement. Comment s'en sortir pour financer les d&#233;penses &#224; venir qui vont &#234;tre colossales ? Faut-il privil&#233;gier l'imp&#244;t, la dette ou l'emprunt ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord que s'il y a d&#233;ficit, c'est parce qu'on a fait certains choix. En l'esp&#232;ce on n'a pas pu ou pas voulu adopter la strat&#233;gie des pays d'Asie orientale libres, &#224; savoir la d&#233;tection g&#233;n&#233;ralis&#233;e par tests, le port pr&#233;coce du masque, et le pistage syst&#233;matique des contamin&#233;s. Ni investi auparavant en ce sens. Cela dit, &#224; partir du moment o&#249; on est accul&#233; au confinement, il est in&#233;vitable que l'Etat intervienne massivement car l'effet &#233;conomique est d&#233;sastreux. Et &#224; court terme, comme l'imp&#244;t aurait assomm&#233; le malade, la seule voie pour financer cela est l'emprunt, donc la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que ce faisant on va accro&#238;tre massivement une dette d&#233;j&#224; colossale. Or la cause de l'endettement, c'est le d&#233;ficit, et il est permanent depuis 45 ans. Et hors crise ces d&#233;ficits sont injustifi&#233;s, car ils financent des d&#233;penses courantes, report&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations futures. Les d&#233;penses courantes doivent &#234;tre financ&#233;es par des revenus courants, donc des imp&#244;ts ; sinon on les r&#233;duit. On a donc des d&#233;ficits parce qu'on ne sait pas choisir : soit d&#233;penser moins, soit augmenter les imp&#244;ts. C'est facilit&#233; il est vrai par le march&#233;, qui met &#224; la disposition des d&#233;pensiers des sommes consid&#233;rables, avec tr&#232;s peu de conditions &#8211; jusqu'&#224; ce que le d&#233;faut arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la crise pass&#233;e, il sera donc urgent de revenir &#224; un exc&#233;dent. Et dans un pays qui a le record de pression fiscale du monde d&#233;velopp&#233;, ce ne peut &#234;tre que par la r&#233;orientation des d&#233;penses. Le secteur public fran&#231;ais d&#233;pense mal, la crise l'a confirm&#233; : nos d&#233;penses de sant&#233; sur PNB sont presque le double de celles de la Cor&#233;e, qui a bien mieux prot&#233;g&#233; ses citoyens. L'Allemagne d&#233;pense autant que nous, mais son bilan est lui aussi bien meilleur. Avec un syst&#232;me bien moins &#233;tatis&#233; dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2/ &#192; c&#244;t&#233; de ces trois mesures, existe aussi le quantitative easing, mani&#232;re indirecte de cr&#233;er de la monnaie en rachetant des titres de dette publique. Croyez-vous &#224; cette solution sur le long terme ? On dit qu'elle pourrait g&#233;n&#233;rer de l'inflation mais depuis 2015, date o&#249; elle est mise en &#339;uvre au sein de la zone euro, on n'a pas vraiment vu de choc inflationniste...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quantitative easing est mis en &#339;uvre par la banque centrale, BCE, depuis 2015. Comme tel il ne fait pas dispara&#238;tre l'endettement, qui s'accumule toujours. Mais il le facilite, puisqu'il y a un acheteur de dernier ressort ; en outre il maintient les taux tr&#232;s bas. On l'a adopt&#233; parce que la BCE, jugeait l'activit&#233; et l'inflation insuffisantes ; elle aurait voulu faire monter celle-ci jusqu'&#224; 2 %, mais n'y est pas parvenu &#8211; ce qui t&#233;moigne de la puissance des forces d&#233;flationnistes dans nos &#233;conomies (avant crise sanitaire). On pourrait alors &#234;tre tent&#233; de dire qu'on peut continuer, et d'ailleurs c'est ce que fera la BCE dans l'imm&#233;diat, &#224; raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne fait toutefois pas dispara&#238;tre les objections de fond, qui reprennent force d&#232;s qu'on envisage le r&#233;gime de croisi&#232;re ensuite. D&#233;j&#224; une politique de taux artificiellement bas facilite un endettement g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'&#233;conomie, propice aux bulles sp&#233;culatives. Or l'endettement, et les bulles sur le prix des actifs sont la recette des grandes crises financi&#232;res ; ce fut une des causes majeures de celle de 2008. On ne sait pas quand elles se produisent, mais on sait qu'on en aura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite se pose la question de l'inflation. Une telle politique suppose une cr&#233;ation mon&#233;taire tr&#232;s forte, sauf &#224; ass&#233;cher le reste de l'&#233;conomie. Et tant l'exp&#233;rience (notamment celle des deux guerres) que le bon sens montrent l&#224; aussi que, m&#234;me si on ne sait pas quand, &#224; un moment une cr&#233;ation mon&#233;taire volontariste engendre une inflation rapidement incontr&#244;lable &#8211; sauf grand coup de frein et crise. Et l'exp&#233;rience montre que ce n'est pas inoffensif sur le plan social et politique, pour rester dans l'euph&#233;misme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que le monde d'apr&#232;s coronavirus pourra &#234;tre sensiblement diff&#233;rent du pr&#233;c&#233;dent, notamment le commerce international. C'est lui, et notamment les usines chinoises, qui a jou&#233; un r&#244;le majeur dans la mod&#233;ration des prix dont le consommateur occidental a b&#233;n&#233;fici&#233; - tout en tuant bien des emplois. Si ce commerce est plus restreint, si on rapatrie des activit&#233;s qu'on juge importantes ou au moins strat&#233;giques, les prix monteront. Certes, si on le fait intelligemment, c'est indispensable et pour bien des raisons ; mais il faut en mesurer les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3/ L'&#233;conomiste Ga&#235;l Giraud a r&#233;cemment affirm&#233; dans Le Figaro que la banque centrale europ&#233;enne, qui a rachet&#233; 400 milliards d'euros de titre de dette fran&#231;aise depuis 2015 par le quantitative easing, pourrait tr&#232;s bien d&#233;cider de les d&#233;truire, mani&#232;re pour les Europ&#233;ens d'annuler cette dette vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes. Que pensez-vous de cette solution ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que le stock de dette accumul&#233; pose un probl&#232;me majeur, et plus encore apr&#232;s cette crise. Or contrairement &#224; ce que beaucoup croient, cette dette est bien r&#233;elle, et juridiquement exigible. La r&#233;pudier serait un d&#233;sastre financier et ruinerait beaucoup de gens. Les cr&#233;ances sur l'Etat ne sont en effet pas principalement d&#233;tenues par les banques, comme on le croit souvent, mais par des institutions d'&#233;pargne, SICAV et assurance-vie, caisses de retraite etc., outre les &#233;trangers. Il est donc exact que le seul moyen de r&#233;duire massivement les dettes sans cr&#233;er automatiquement un chaos est la voie mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les quelques 400 milliards que d&#233;tient semble-t-il la BCE (en fait le syst&#232;me europ&#233;en de banques centrales, notamment la Banque de France) sur l'Etat fran&#231;ais repr&#233;sentaient en gros 20% de la dette de ce dernier, avant la crise actuelle. On peut esp&#233;rer que leur annulation, ainsi que celle des cr&#233;ances achet&#233;es depuis, ne cr&#233;erait pas d'effet massif sur les march&#233;s ou les prix, puisque ces cr&#233;ances sont d&#233;j&#224; achet&#233;es. Mais on toucherait un tabou majeur, envoyant une signal tr&#232;s inqui&#233;tant, et cela pour juste 20% de la dette. Le niveau de dette serait &#233;videmment plus bas ensuite, mais il resterait historiquement &#233;lev&#233;. Pour vraiment ramener les dettes &#224; des proportions plus maniables, il faudrait donc une op&#233;ration beaucoup plus vaste, des achats massifs sur le march&#233;. Et l&#224; le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, voire de fuite devant la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on devait agir en ce sens, comment faudrait-il faire ? Annuler les dettes n'est a priori pas la bonne voie, car cela mettrait la banque centrale en perte, d&#233;truirait ses fonds propres et inqui&#233;terait fortement les op&#233;rateurs. Il serait plus simple de les transformer en cr&#233;ances perp&#233;tuelles, &#233;ventuellement &#224; taux 0 - mais peu importe le taux, car les profits des banques centrales se traduisent en dividendes pour les Etats actionnaires. Ou au minimum de les renouveler syst&#233;matiquement &#224; &#233;ch&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A hauteur des 400 milliards et quelques, cela para&#238;t techniquement faisable. En revanche cela pose de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques. Juridiquement le financement des Etats par les banques centrales est exclu par les trait&#233;s europ&#233;ens ; on peut les tourner jusqu'&#224; un certain point, mais l&#224; ce serait caricatural et ne passerait pas les tribunaux, notamment allemands. Politiquement, surtout, il est tr&#232;s improbable que les durs de l'Europe du Nord, Pays Bas et Allemagne en t&#234;te, y consentent, d'autant que leur endettement est bien plus faible. Il faudrait donc vraiment qu'on soit aux abois pour que l'Europe y aille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre et surtout, il faut se rappeler qu'en r&#233;gime de croisi&#232;re, on n'&#233;chappera pas &#224; l'assainissement des d&#233;ficits publics. Et donc la d&#233;marche essentielle, une fois la crise pass&#233;e, c'est d'&#233;viter le d&#233;ficit. Pensons-y donc d&#232;s maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le num&#233;ro de mai 2020 de L'&lt;i&gt;Incorrect&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La dette, la monnaie, les Etats</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-dette-la-monnaie-les-Etats.html</link>
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		<dc:date>2020-04-13T15:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dette publique</dc:subject>
		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En pleine crise sanitaire, l'Etat intervient r&#233;solument et &#224; juste titre pour soutenir l'&#233;conomie et conforter la solidarit&#233;. Ce faisant il risque de s'endetter encore plus, et massivement. On peut discuter les modalit&#233;s, l'urgence est l&#224;. Mais ce n'est pas mon propos ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est utile en effet de r&#233;fl&#233;chir parall&#232;lement aux questions de fond, sur la dur&#233;e, et notamment &#224; la question de la dette, qui est &#233;crasante et va s'accro&#238;tre encore massivement. Pourquoi l'endettement &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;norme avant, dans la plupart des pays dont la France ? Comment ensuite pourra-t-on sortir de cet engrenage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par Politique magazine et revu&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Dette-publique-budget-fiscalite-.html" rel="directory"&gt;Dette publique et crises&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Monnaie-+.html" rel="tag"&gt;Monnaie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En pleine crise sanitaire, l'Etat intervient r&#233;solument et &#224; juste titre pour soutenir l'&#233;conomie et conforter la solidarit&#233;. Ce faisant il risque de s'endetter encore plus, et massivement. On peut discuter les modalit&#233;s, l'urgence est l&#224;. Mais ce n'est pas mon propos ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est utile en effet de r&#233;fl&#233;chir parall&#232;lement aux questions de fond, sur la dur&#233;e, et notamment &#224; la question de la dette, qui est &#233;crasante et va s'accro&#238;tre encore massivement. Pourquoi l'endettement &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;norme avant, dans la plupart des pays dont la France ? Comment ensuite pourra-t-on sortir de cet engrenage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord les faits. On entend tellement parler de la pression des march&#233;s financiers sur les Etats qu'on finit par imaginer que ces pauvres Etats sont tomb&#233;s dans un grand pi&#232;ge orchestr&#233; il y a presque 50 ans par de m&#233;chantes banques et qu'ils s'y d&#233;battent depuis, prisonniers d'une id&#233;ologie mortif&#232;re. Et on se berce alors de grands plans de liquidation g&#233;n&#233;rale des dettes, au moins publiques. La r&#233;alit&#233; n'est pas plus gaie, mais assez diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le joug de la finance, vraiment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord cette id&#233;e farfelue selon laquelle avant 1973 l'Etat pouvait &#234;tre en d&#233;ficit tant qu'il voulait, la Banque de France le finan&#231;ant par des avances gratuites. Il suffit pourtant d'ouvrir un livre d'histoire pour voir qu'il n'y a jamais eu d'&#233;poque magique o&#249; l'Etat pouvait d&#233;penser ce qu'il voulait, la banque centrale cr&#233;ant sans inconv&#233;nient de la monnaie pour couvrir le d&#233;ficit. Sans parler de l'&#233;poque des monnaies m&#233;talliques, qui excluaient par nature un tel m&#233;canisme, rappelons-nous au XIXe la rente, tr&#232;s co&#251;teuse (taux r&#233;el de 3 &#224; 5 %, bien plus qu'aujourd'hui). Rappelons-nous en sens inverse le d&#233;rapage des deux guerres avec la planche &#224; billets, qui a d&#233;bouch&#233; sur des inflations d&#233;mentielles. En dehors de cela, la Banque de France pouvait faire des avances de tr&#233;sorerie &#224; l'Etat, mais limit&#233;es, et le d&#233;ficit &#233;ventuel &#233;tait financ&#233; par emprunt public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a chang&#233; de monde en 1983 lorsqu'on a instaur&#233; en France le syst&#232;me de financement continu de l'Etat sur les march&#233;s, imit&#233; des Etats-Unis. Pour les politiques, cela a &#233;t&#233; une aubaine fabuleuse, car cela permet de se financer discr&#232;tement, sans passer par le th&#233;&#226;tre humiliant des grands emprunts type Pinay. En outre, cela r&#233;duit fortement les taux, car le march&#233; financier est bien moins cher que l'emprunt public. Et donc le d&#233;faut du syst&#232;me actuel est exactement l'inverse de ce qu'en disent ses d&#233;tracteurs : il donne aux irresponsables qui gouvernent depuis 40 ans la facult&#233; de d&#233;penser bien au-del&#224; du raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira : oui mais du coup on se met sous la coupe du march&#233; financier, et on ne peut plus mener la politique qu'on veut. Mais en temps &#8216;normal' le march&#233; est au contraire bonne fille ; la France a des d&#233;ficits d&#233;passant les 3% depuis des ann&#233;es, contrairement &#224; ses engagements les plus clairs, et elle paye des clopinettes en int&#233;r&#234;ts. La pression vient &#224; tout prendre plut&#244;t de Bruxelles, et encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, si le jeu d&#233;rape tout change. On l'a vu avec la Gr&#232;ce : du jour au lendemain le march&#233; devient m&#233;chant : le pays ne peut plus ni financer ses d&#233;ficits, ni refinancer la dette arrivant &#224; &#233;ch&#233;ance, ou &#224; des taux prohibitifs ; il tombe sous la coupe du FMI et subit une aust&#233;rit&#233; violente. Issue catastrophique donc. Moralit&#233; : si on continue &#224; accumuler chaque ann&#233;e des d&#233;ficits, la dette fait boule de neige, et un jour un bruit court sur le march&#233;, qui change d'avis, et pr&#233;cipite la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;ficit et dette, la recette du suicide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coupable, c'est l'endettement, et la cause de l'endettement, c'est le d&#233;ficit. Si on ne veut pas d&#233;pendre de cr&#233;anciers, on n'accumule pas les d&#233;ficits comme nous le faisons depuis 45 ans. Or sauf drame comme les guerres ou les grandes crises (comme celle que nous vivons ces jours-ci), nos d&#233;ficits sont injustifi&#233;s, car ils ne financent en g&#233;n&#233;ral pas des investissements, qui g&#233;n&#232;rent un produit &#224; terme permettant leur remboursement, mais des d&#233;penses courantes, report&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations futures. Les d&#233;penses courantes doivent &#234;tre financ&#233;es par des revenus courants, imp&#244;ts et cotisations pour l'essentiel. Et si on a des d&#233;ficits, c'est parce qu'on ne sait pas choisir : d&#233;penser moins, ou augmenter les imp&#244;ts. La France tout particuli&#232;rement. Ce qui est un indice s&#251;r du dysfonctionnement politique de nos d&#233;mocraties : pas de consensus, pas de courage politique, donc fuite en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on refuse cette r&#233;alit&#233;, on se lance dans le r&#234;ve. Ainsi le financement par la banque centrale. Mais si on emprunte &#224; la banque centrale, et qu'elle ne facture pas d'int&#233;r&#234;t, son b&#233;n&#233;fice est r&#233;duit d'autant et donc son dividende annuel &#224; l'Etat, qui est son seul actionnaire. En outre, &#224; masse mon&#233;taire inchang&#233;e, on r&#233;duit d'autant la capacit&#233; d'emprunt de l'&#233;conomie productive. Il ne reste alors qu'une solution : la cr&#233;ation mon&#233;taire suppl&#233;mentaire, c'est-&#224;-dire la planche &#224; billets ; mais alors l'inflation, elle, est garantie, au moins &#224; terme, une vraie inflation incontr&#244;l&#233;e. Et donc la ruine, notamment des plus vuln&#233;rables. Sachant que la planche &#224; billets nous est en principe ferm&#233;e puisque nous ne contr&#244;lons plus directement notre monnaie depuis l'euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortir du pi&#232;ge actuel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que nous sommes bien dans un pi&#232;ge. L'endettement mondial est massivement plus &#233;lev&#233; qu'avant la crise de 2008. Or les grands drames financiers ont tous &#233;t&#233; des crises de la dette, car s'il y a crise, une dette massive cr&#233;e un effet domino, les faillites s'encha&#238;nant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? Fantasmer sur les &#233;volutions pass&#233;es n'emp&#234;chera pas la dette existante d'&#234;tre bien r&#233;elle, et juridiquement exigible. Si vous ne la payez pas, vous &#234;tes en d&#233;faut. Certes on peut l'&#233;taler dans le temps, mais cela ne change pas grand-chose, et on doit surtout fournir un effort lourd, sous le contr&#244;le &#233;troit des cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite la r&#233;pudiation. Mais croire qu'on peut r&#233;pudier sans risque notre gigantesque dette publique, d&#233;sormais &#233;gale &#224; plus de 100% du PNB, on r&#234;ve. D'autant que les cr&#233;ances sur l'Etat ne sont pas principalement d&#233;tenues par les banques, comme les gens le croient en lisant mal les statistiques, mais (outre les &#233;trangers) par des institutions d'&#233;pargne, SICAV et compagnies d'assurance-vie, caisses de retraite etc. Veut-on vraiment les spolier ? Bien s&#251;r, si on est accul&#233;, on ne peut pas faire autrement, mais c'est une op&#233;ration violente, et &#224; court terme tr&#232;s dure. Et qui dans le cas de la France d&#233;clencherait une crise financi&#232;re majeure, compte tenu de la masse concern&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul moyen de r&#233;duire massivement les dettes sans cr&#233;er un chaos entre d&#233;biteurs et cr&#233;anciers est &#224; nouveau de les mon&#233;tiser. C'est un peu ce que font les banques centrales avec ce qu'on appelle le &lt;i&gt;Quantitative easing&lt;/i&gt;, qu'elles pratiquent depuis 10 ans, qui est au fond, entre autres, un financement d&#233;tourn&#233; des Etats. Strat&#233;gie justifi&#233;e en cas de crise, mais pas en temps normal. Cela dit, reconnaissons que cela n'a pas d&#233;clench&#233; d'inflation pour le moment, contrairement &#224; l'objectif qu'elles recherchaient (inflation faible, &#224; 2%). On peut donc imaginer, en croisant les doigts, qu'il est possible de continuer &#224; dose mod&#233;r&#233;e ; cela all&#233;gera un peu les d&#233;biteurs. Mais pour vraiment &#233;liminer les dettes, il faudrait des doses bien plus fortes : la banque centrale ach&#232;terait par exemple en masse les obligations d'Etat (et &#233;ventuellement d'autres), et les transformerait ensuite en cr&#233;ances perp&#233;tuelles, de droit ou de fait, &#224; taux 0 ou tr&#232;s faible comme il l'est d'ailleurs souvent d&#232;s aujourd'hui. Elle pourrait ensuite les annuler &#224; un moment propice, ou non. Notons que tout cela est &#224; ce stade tr&#232;s improbable avec la Banque centrale europ&#233;enne, que la France ne contr&#244;le pas, d'autant que si certains pays europ&#233;ens sont tr&#232;s endett&#233;s, d'autres peu (notamment l'Allemagne) - sans compter le probl&#232;me juridique au vu des r&#232;gles actuelles de la BCE (mais qui pourraient changer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si cela se produisait, le risque est bien connu : que la cr&#233;ation mon&#233;taire massive, n&#233;cessaire pour racheter les cr&#233;ances avant de les geler, finisse par d&#233;clencher une hyper inflation et la fuite devant la monnaie. La m&#234;me strat&#233;gie pendant les deux guerres a induit une inflation ravageuse. Peut-&#234;tre y sera-t-on accul&#233; un jour. Mais peut-&#234;tre commence-t-on aussi &#224; y aller avec les mesures actuellement prises .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de toute fa&#231;on, ensuite, en r&#233;gime de croisi&#232;re, on n'&#233;chappera pas &#224; l'assainissement des d&#233;ficits publics. Et donc la d&#233;marche essentielle pour s'affranchir de la finance, c'est pas de d&#233;ficit. Hors crise grave, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par Politique magazine N&#176; 190 -Avril 2020 ; revu et adapt&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Pour conjurer la d&#233;flation en Europe, la planche &#224; billet de la BCE ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Pour-conjurer-la-deflation-en-Europe-la-planche-a-billet-de-la-BCE.html</link>
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		<dc:date>2014-12-24T13:50:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;flation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le th&#232;me de la d&#233;flation domine de plus en plus la sc&#232;ne europ&#233;enne. On en parle comme d'une menace sourde et rampante, difficile &#224; contrer. Son influence nous recouvrirait petit &#224; petit comme une mort progressive, une forme de l&#233;thargie. Paradoxalement, en face, l'inflation longtemps honnie se pare alors de toutes les vertus, comme un lubrifiant au fond salubre malgr&#233; ses bavures et dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en d&#233;duit alors que tous les moyens sont bons pour juguler cette menace : planche &#224; billet, d&#233;ficits sans contr&#244;les, &#233;mission incontr&#244;l&#233;es de titres etc. Le salut par une forme de drogue ? Beaucoup sont tent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui conduit &#224; se demander si le probl&#232;me est bien pos&#233;. S'agit-il de doser des dopages, ou de construire un avenir ? Ni la d&#233;flation ni l'inflation ne sont des solutions. Le malthusianisme de l'une tue. Mais les paradis artificiels de l'autre aussi. Il est in&#233;vitable que nous traversions une p&#233;riode d'ajustement, de remise en ordre apr&#232;s les ann&#233;es d'exc&#232;s que la crise a mis en &#233;vidence. Ce qui importe au-del&#224; c'est de pr&#233;parer l'avenir collectif, sur des bases saines, avec des rep&#232;res clairs. Une monnaie fiable est de ceux-l&#224;, m&#234;me si ce n'est qu'un &#233;l&#233;ment parmi bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Deflation-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;flation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour conjurer la menace de d&#233;flation en Europe, la planche &#224; billet de la BCE ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la d&#233;flation domine de plus en plus la sc&#232;ne europ&#233;enne. On en parle comme d'une menace sourde et rampante, difficile &#224; contrer. Son influence nous recouvrirait petit &#224; petit comme une mort progressive, une forme de l&#233;thargie. Paradoxalement, en face, l'inflation longtemps honnie se pare alors de toutes les vertus, comme un lubrifiant au fond salubre malgr&#233; ses bavures et dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en d&#233;duit alors que tous les moyens sont bons pour juguler cette menace : planche &#224; billet, d&#233;ficits sans contr&#244;les, &#233;mission incontr&#244;l&#233;es de titres etc. Le salut par une forme de drogue ? Beaucoup sont tent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui conduit &#224; se demander si le probl&#232;me est bien pos&#233;. S'agit-il de doser des dopages, ou de construire un avenir ? Ni la d&#233;flation ni l'inflation ne sont des solutions. Le malthusianisme de l'une tue. Mais les paradis artificiels de l'autre aussi. Il est in&#233;vitable que nous traversions une p&#233;riode d'ajustement, de remise en ordre apr&#232;s les ann&#233;es d'exc&#232;s que la crise a mis en &#233;vidence. Ce qui importe au-del&#224; c'est de pr&#233;parer l'avenir collectif, sur des bases saines, avec des rep&#232;res clairs. Une monnaie fiable est de ceux-l&#224;, m&#234;me si ce n'est qu'un &#233;l&#233;ment parmi bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quoi parle-t-on ? Le cas &#233;trange du Japon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord sommes-nous en d&#233;flation en Europe, en baisse des prix ? Ce n'est pas encore av&#233;r&#233; &#224; ce stade mais c'est ind&#233;niablement la tendance. La baisse de l'inflation est r&#233;guli&#232;re depuis des ann&#233;es et on passe au moins sur certains mois en territoire n&#233;gatif. D'o&#249; la th&#232;se r&#233;pandue du glissement de l'Europe, au moins de l'Eurozone, vers une situation &#224; la japonaise. L&#224;-bas les prix baissent tendanciellement depuis 15 ans. Sans faire de la pr&#233;vision &#233;conomique, exercice risqu&#233; s'il en est, cela montre au moins que la d&#233;flation est une possibilit&#233; r&#233;elle. On parle ici bien s&#251;r d'une d&#233;flation structurelle, durable, &#224; distinguer d'une simple correction, effet de la baisse temporaire du prix des mati&#232;res premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;flation ainsi comprise ne serait pas en soi un fait radicalement nouveau. Dans le pass&#233; on a eu de telles p&#233;riodes de baisse des prix, au XIXe ou avant 1940 ; cela pouvait durer assez longtemps, quoique pas ind&#233;finiment. Ceci dit on n'a aucun pr&#233;c&#233;dent de d&#233;flation &#224; la japonaise : une tendance &#224; la baisse sur une dur&#233;e longue, coupl&#233;e avec une baisse de population. Cet exemple montre le glissement possible vers des anticipations d&#233;flationnistes durables : l'attente par tous les acteurs d'une baisse r&#233;guli&#232;re des prix, inversion de l'anticipation inflationniste. De nombreux facteurs ont jou&#233; dans le cas japonais : les suites de l'&#233;clatement de l'invraisemblable bulle des actifs de ce pays &#224; la fin des ann&#233;es 80, l'effondrement des prix des produits import&#233;s &#8211; notamment chinois, le positionnement haut de gamme des exportations qui a assur&#233; une balance commerciale positive presque jusqu'&#224; aujourd'hui, une discipline collective permettant le contr&#244;le des r&#233;mun&#233;rations, la faible d&#233;pendance de l'&#233;tranger etc. Avec un arri&#232;re-plan essentiel, l'effondrement d&#233;mographique, qui est fondamentalement un refus de l'avenir. Le tout compose un paysage d'ensemble qui pr&#233;sente des avantages et des inconv&#233;nients - s'il n'y avait pas son malthusianisme sous-jacent. Le m&#234;me exemple montre aussi la grande difficult&#233; &#224; en sortir. Les difficult&#233;s de l'Abenomics en t&#233;moignent : rompant avec la sagesse classique, cette approche r&#233;solument iconoclaste du gouvernement en place, fond&#233;e sur le d&#233;ficit et la planche &#224; billet, n'a au moins pour l'instant pas r&#233;ussi &#224; faire red&#233;marrer la machine. L'oxyg&#232;ne diffus&#233; &#224; haute dose dans l'atmosph&#232;re ne cr&#233;e pas &#224; soi seul l'euphorie des p&#233;riodes conqu&#233;rantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira qu'il y a de nombreuses diff&#233;rences avec l'Europe : c'est &#233;vident si on prend le point de d&#233;part, car il n'y a pas eu ici de telles bulles monstrueuses sur la valeur des actifs (boursiers et immobiliers). Mais la ressemblance devient plus suggestive si on consid&#232;re le Japon depuis 1998. Car ce qui est curieux dans son cas n'est pas la correction de la bulle, qui a occup&#233; la d&#233;cennie 90, mais l'entr&#233;e en d&#233;flation qui a suivi. La correction de la bulle n'a &#233;t&#233; au fond qu'une des causes de la d&#233;flation ; la baisse des prix des importations (avec la mont&#233;e en r&#233;gime de la Chine) a &#233;t&#233; au moins aussi importante. L'hypoth&#232;se que nous sugg&#232;re cette exp&#233;rience est que ces d&#233;flations r&#233;sultent de la combinaison d'un ajustement d'apr&#232;s-crise en contexte malthusien, avec l'effet du nouvel environnement mondialis&#233;. Face &#224; ces ph&#233;nom&#232;nes l'appareil de production est arriv&#233; &#224; se maintenir sur le haut de gamme, mais sans permettre &#224; l'ensemble de la machine de repartir sur sa croissance ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe est encore en partie dans la phase de correction apr&#232;s crise, du fait de la n&#233;cessit&#233; d&#233;sormais imp&#233;rative de s'ajuster face aux d&#233;s&#233;quilibres ant&#233;rieurs, d&#233;sormais intenables, notamment l'endettement et les d&#233;ficits publics. Il est int&#233;ressant de noter que la conjonction des facteurs d&#233;flationnistes l'emporte chez elle malgr&#233; la pr&#233;sence de facteurs inflationnistes subsistants non n&#233;gligeables : indexations multiples dont les salaires, planche &#224; billet publique, etc. A vrai dire, il y a d'autres diff&#233;rences entre l'Europe et le Japon : ce sont notamment la grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, sociale, politique, culturelle de l'Europe etc. ; sa monnaie tendanciellement forte ; ses d&#233;ficits publics financ&#233;s largement par l'&#233;tranger et donc plus mena&#231;ants. Tous ces effets sont eux aussi globalement &#224; dominante d&#233;flationniste ; s'y ajoute le cadre institutionnel europ&#233;en et l'influence pr&#233;pond&#233;rante de l'Allemagne, qui y trouve son compte. Plus le contexte d&#233;mographique n&#233;gatif, m&#234;me s'il est moins marqu&#233; qu'au Japon. Si en outre on tient compte de la baisse relative des mati&#232;res premi&#232;res au sens large, la pression &#224; la baisse sur les prix devient forte, et on la voit dans les chiffres. M&#234;me si la hausse des prix de ces mati&#232;res premi&#232;res est in&#233;vitable &#224; terme long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effets &#233;conomiques et financiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas bien si cette d&#233;flation va durer ; mais l'hypoth&#232;se est assez cr&#233;dible pour qu'on r&#233;fl&#233;chisse sur ce qu'elle veut dire. La d&#233;flation, si elle dure, change bien des habitudes. Comme l'inflation nourrissait une anticipation de hausse des prix, cette fois c'est la baisse qu'on anticipe. Tout ce qu'on d&#233;pensera demain sera mieux d&#233;pens&#233;, avec un pouvoir d'achat accru, puisque les prix seront plus bas. D'o&#249; une tendance au report des consommations et des investissements. Du c&#244;t&#233; des entreprises, au moins les plus grandes, la difficult&#233; &#224; baisser les salaires nuit alors &#224; la rentabilit&#233; et donc au tonus. Mais cela n'emp&#234;che apparemment pas un secteur tr&#232;s comp&#233;titif de se maintenir &#224; flot &#8211; notamment parce que les effets sont report&#233;s sur d'autres. Au total en tout cas l'ambiance est &#224; la r&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles en sont les cons&#233;quences sur le comportement des investisseurs ? D'abord bien s&#251;r une pr&#233;f&#233;rence pour les esp&#232;ces - sauf si le syst&#232;me financier instaure des pr&#233;l&#232;vements punitifs sur les liquidit&#233;s, comme on commence &#224; le voir en Allemagne - mais ce ne peut &#234;tre que limit&#233;. D'o&#249; des taux d'int&#233;r&#234;ts tr&#232;s bas voire quasi nuls&#8230;mais avec la d&#233;flation, m&#234;me avec des taux bas on gagne encore de l'argent. Garder des liquidit&#233;s est m&#234;me alors une bonne strat&#233;gie (si on a confiance dans les banques et dans le papier d'Etat). On comprend alors un peu mieux les tr&#232;s bas niveaux de taux d'int&#233;r&#234;ts que paye actuellement le papier d'Etat, m&#234;me fran&#231;ais, qui seraient paradoxaux dans le contexte ant&#233;rieur. Car c'est tout &#224; fait logique si une d&#233;flation durable est anticip&#233;e, consciemment ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prise de risque n'a alors de sens que si les rendements sont vraiment &#233;lev&#233;s. Ce n'est pas d&#233;sastreux pour les actions - mais pas euphorisant non plus car rares sont alors les secteurs vraiment convaincants. Au Japon la Bourse est m&#233;diocre depuis longtemps, bien apr&#232;s la bulle. En revanche comme on le voit au Japon encore l'immobilier voit alors son r&#244;le historique boulevers&#233;, hors emplacements exceptionnels, car il cesse d'&#234;tre une garantie de maintien de la valeur ; les vulgaires esp&#232;ces sont, sur ce plan, plus performantes. Il n'est pas jusqu'&#224; la fiscalit&#233; pour &#234;tre perturb&#233;e, dans un contexte o&#249; les plus-values r&#233;elles, provenant d&#233;sormais de la d&#233;flation, ne sont plus exprim&#233;es en monnaie, et donc non tax&#233;es. Le syst&#232;me public ne s'en trouve alors pas bien non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons donc devant un r&#233;gime profond&#233;ment nouveau par rapport &#224; nos habitudes. Peu excitant, poussant sans cesse &#224; la restriction, il a bien des c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs. Mais en m&#234;me temps la baisse des prix a ses charmes, notamment pour les consommateurs ; les n&#244;tres y ont pris go&#251;t depuis longtemps, remercions la Chine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alternatives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la perspective de sortie n'est pas non plus r&#233;jouissante. Prenons l'hypoth&#232;se d'une remont&#233;e des taux d'int&#233;r&#234;t, et son effet sur les march&#233;s. Elle peut provenir notamment de la contagion am&#233;ricaine, pays dont la logique est tr&#232;s diff&#233;rente de la n&#244;tre. Si c'est sans reprise de l'inflation, elle serait tr&#232;s co&#251;teuse, notamment pour le syst&#232;me public. A cela s'ajouterait le probl&#232;me de la liquidit&#233; du march&#233; obligataire, massivement r&#233;duite par les r&#233;glementations nouvelles, alors m&#234;me que le march&#233; lui ne cessait de croitre. D'o&#249; un risque de secousses violentes induites. Car sur ce plan nous sommes en Europe tr&#232;s d&#233;pendants du march&#233; mondial, ce que le Japon a ignor&#233; jusqu'ici. L'alternative &#224; la d&#233;flation peut donc &#234;tre assez rugueuse. A nouveau on incriminera les march&#233;s. Mais en r&#233;alit&#233; ce ne sont pas des facteurs explicatifs par eux-m&#234;mes, ce sont des thermom&#232;tres imparfaits ; sachant que quand ils r&#233;v&#232;lent nos limites et nos impasses, c'est souvent violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dira-ton alors que l'inflation n'&#233;tait pas si mauvaise qu'on le disait, et qu'il faut donc la favoriser par tous les moyens ? Mais faut-il vraiment que les prix bougent sans cesse ? La monnaie est un &#233;talon, &#224; la fois du calcul &#233;conomique et de la conservation de la valeur. Il n'est pas bon qu'un &#233;talon soit en permanence fondant et peu fiable, d'autant que l'inflation &#233;chappe vite au contr&#244;le. Quand on voit maintenant les banques centrales, temples suppos&#233;s de la vertu, se donner une inflation de 2 % comme objectif minimal, on reste r&#234;veur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;vidence la solution n'est ni dans la d&#233;flation ni dans l'inflation : elle est ailleurs. Il n'est d'ailleurs en rien d&#233;montr&#233; que par elle-m&#234;me l'inflation r&#233;solve la question de la stagnation. En termes de croissance, le bilan pass&#233; des p&#233;riodes d'inflation est tr&#232;s m&#233;diocre. Les facteurs euphorisants qu'on constate aujourd'hui aux Etats-Unis, malgr&#233; leurs limites, vont bien au-del&#224; de la politique mon&#233;taire de la Fed : ils sont dus d'abord &#224; la capacit&#233; de r&#233;action de l'&#233;conomie am&#233;ricaine r&#233;elle malgr&#233; ses d&#233;fauts, qu'il s'agisse de la d&#233;mographie, de la cr&#233;ation d'entreprise ou de l'innovation, sans parler du gaz de schiste. On a connu cela en Europe autrefois, dans les ann&#233;es 50 ou 60, avec la reconstruction et le rattrapage. Mais ces facteurs ne sont plus pr&#233;sents dans nos pays, ou plut&#244;t ne sont plus au centre de la vie collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait la le&#231;on finale est que la vitalit&#233; est une autre question que la manipulation des outils &#233;conomiques. Elle ne s'ach&#232;te pas par de la drogue. la cr&#233;ation de monnaie, le &lt;i&gt;Quantitative Easing&lt;/i&gt; peut aider parfois, si le moment choisi est bon, il ne r&#233;sout rien au fond. Il s'agit bien plus fondamentalement de d&#233;mographie, d'innovation, et de cr&#233;ation. Et m&#234;me plus largement du positionnement dans l'histoire, de la volont&#233; collective. Les pays d'Europe sont obs&#233;d&#233;s par des utopies st&#233;riles, l'une des plus trompeuses &#233;tant l'illusion de l'accumulation maniaque d'acquis suppos&#233;s irr&#233;versibles, qu'ils soient sociaux ou europ&#233;istes. Et la n&#233;gligence des facteurs de vitalit&#233;, de la cr&#233;ation au sens large, qu'il s'agisse de la d&#233;mographie ou de l'innovation. Ils ne donnent donc pas la bonne r&#233;ponse &#8211; pas plus que le Japon. Le sevrage des errances d'avant 2008 est une chose. Le red&#233;marrage une autre, qu'on n'ach&#232;tera pas par des drogues artificielles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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