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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Blocage politique momentan&#233;, ou d&#233;composition du syst&#232;me ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Blocage-politique-momentane-ou-decomposition-du-systeme.html</link>
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		<dc:date>2024-08-23T12:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Blocage politique</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>Macron et le Parlement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quoi que feront Macron et les autres dans les mois &#224; venir, l'&#233;volution de la situation politique fran&#231;aise est particuli&#232;rement pr&#233;occupante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce blocage est-il conjoncturel, ou le signe d'une d&#233;composition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait la d&#233;rive vient de loin. Un facteur majeur en est l'emprise de l'id&#233;ologie dominante, plus que jamais d&#233;l&#233;t&#232;re : capable de bloquer, de diviser ou de heurter, mais pas de construire. Le boycott du RN par exemple ne parvient pas &#224; le faire dispara&#238;tre, mais bloque le fonctionnement des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, plus largement, c'est la synth&#232;se &#224; la base de notre syst&#232;me politique qui para&#238;t se d&#233;composer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Vie-politique-francaise-.html" rel="directory"&gt;Chronique de la vie politique fran&#231;aise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-dominante-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie dominante&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Macron-et-le-Parlement-+.html" rel="tag"&gt;Macron et le Parlement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;volution de la situation politique fran&#231;aise est tr&#232;s pr&#233;occupante. Mais est-ce conjoncturel, ou le signe d'une d&#233;composition profonde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un blocage d&#233;sormais av&#233;r&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, on se trouve face &#224; trois ensembles plus LR, eux-m&#234;mes plus ou moins divis&#233;s, et se pr&#233;sentant comme incompatibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gauche disposant de deux atouts majeurs : sa capacit&#233; &#224; se rassembler &#233;lectoralement, et son h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique maintenue sur les m&#233;dias, l'&#233;ducation etc. Mais elle est travers&#233;e de divisions profondes, notamment faute d'une mission claire comme l'avaient autrefois dans leur optique radicaux ou socialistes. Ni le wokisme, ni les revendications soci&#233;tales, ni l'immigration, ni la fr&#233;n&#233;sie de d&#233;penses et d'imp&#244;ts n'y suppl&#233;ent au niveau voulu. Ne reste alors que l'opposition : le refus du &#8216;syst&#232;me', et surtout de &#8216;l'extr&#234;me droite'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un centre macroniste, h&#233;t&#233;rog&#232;ne au d&#233;part, sans &#233;quivalent dans aucun pays, r&#233;uni par certains th&#232;mes comme l'europ&#233;isme et le pilotage du syst&#232;me existant, ce qu'on appelle culture de gouvernement. Mais cela ne suffit pas et ce qui en a fait le ciment est un homme d&#233;sormais d&#233;mon&#233;tis&#233;. D'o&#249; une fragilit&#233; intrins&#232;que de la base politique, et une peur bleue de tous les mouvements populaires, la paix sociale ayant &#233;t&#233; achet&#233;e pendant sept ans &#224; coups d'endettement. Ce centre est &#224; bout de souffle mais subsiste faute de mieux au milieu du syst&#232;me. A droite, il est flanqu&#233; d'un parti r&#233;siduel LR, incapable de se d&#233;gager de sa suj&#233;tion historique aux id&#233;es dominantes et qui peine &#224; survivre de fa&#231;on autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une droite nationale particuli&#232;rement paradoxale : domin&#233;e par un parti populiste qui ne se veut pas de droite, sans base doctrinale v&#233;ritable, mal arm&#233; pour gouverner ou rassembler parce que trop monolithique, mais en phase avec une part appr&#233;ciable et croissante de la population. Il est surtout plac&#233; dans une position d'exclusion sans &#233;quivalent dans l'histoire de la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologiquement, ceci refl&#232;te un pays balkanis&#233;, en archipel comme dit J&#233;r&#244;me Fourquet, et cela avant m&#234;me prise en compte d'une immigration qui s'acc&#233;l&#232;re. Il y a bien s&#251;r l&#224; derri&#232;re l'opposition ch&#232;re &#224; Christophe Guilluy entre centre et p&#233;riph&#233;rie, deux mondes qui s'ignorent et ne se font pas confiance ; mais si cela correspond &#224; une r&#233;alit&#233;, cela ne suffit pas comme grille d'analyse, car cela n&#233;glige le niveau id&#233;ologique et la m&#233;diation du politique. Sinon il y aurait deux blocs et non plusieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays s'av&#232;re d&#232;s lors difficile &#224; gouverner ; et il peine &#224; susciter des hommes d'envergure pour faire face &#224; cette situation. Et la dette file, donc la crise &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le clef de la marginalisation du RN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la marginalisation du RN joue un r&#244;le essentiel. La martingale macronienne &#233;tait simple : jouer sur la faiblesse politique de la gauche (malgr&#233; son h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique) pour camper une opposition entre un camp de la raison et du bien (eux), et un extr&#233;misme dangereux et immoral (le RN). Mais avec la dissolution la gauche a montr&#233; une r&#233;silience qu'il n'attendait pas. Le sch&#233;ma a &#233;t&#233; d&#232;s lors r&#233;activ&#233; en juillet mais sous une forme modifi&#233;e, par une alliance &#233;lectorale de fait avec la gauche. Cela a march&#233; face au RN, mais pour un r&#233;sultat illisible et difficilement utilisable. Concr&#232;tement, il est absurde d'&#233;chafauder des hypoth&#232;ses de gouvernements compatibles avec l'Assembl&#233;e actuelle sans aborder la question du comportement du RN, qui peut notamment voter ou non les motions de censure visant des gouvernements par d&#233;finition minoritaires ou tr&#232;s fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des cons&#233;quences de cet anath&#232;me est en effet de d&#233;traquer la logique m&#234;me du syst&#232;me repr&#233;sentatif. C'est ce qu'a bien analys&#233; Pierre Manent (Figaro du 18 juillet 2024). &#171; Ne sont plus en pr&#233;sence deux partis repr&#233;sentant deux parties du corps politique, mais s'opposent les membres l&#233;gitimes du corps civique et ceux qui en sont exclus. Ce n'est plus un d&#233;bat dont l'enjeu est la d&#233;finition de la chose commune, c'est la mise en &#233;vidence d'une s&#233;paration ontologique ou religieuse entre les &#233;lus et les r&#233;prouv&#233;s. &#187; Or &#171; quand la r&#233;publique repr&#233;sentative remplissait sa finalit&#233;, elle a accommod&#233; &#8230;des oppositions bien plus vives, puissantes et mena&#231;antes que celle occasionn&#233;e par le Rassemblement national. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constat indiscutable. Mais pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;rive qui vient de loin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre, il faut prendre un angle large. J'avais soulign&#233; dans &lt;i&gt;L'Avenir de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, que, loin d'entre un ensemble coh&#233;rent, celle-ci &#233;tait bas&#233;e sur trois fondements h&#233;t&#233;rog&#232;nes : l'&#233;tat de droit ; le syst&#232;me repr&#233;sentatif (d&#233;mocratie au sens propre) ; et l'id&#233;ologie d&#233;mocratique, relativiste mais promettant l'&#233;mancipation. Ces trois &#233;l&#233;ments ont assez d'affinit&#233; pour se combiner, mais ils sont distincts et ont une &#233;volution propre, qui peut les faire entrer en collision. La r&#233;union des trois, ou syst&#232;me d&#233;mocratique, est en outre incapable de fonctionner sans deux &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs, qui se sont d&#233;velopp&#233;s en m&#234;me temps : la nation et le capitalisme, l'un fondant la communaut&#233;, l'autre lui donnant un horizon de progr&#232;s mat&#233;riel inesp&#233;r&#233; ; sachant qu'eux peuvent se passer de la d&#233;mocratie (voir la Chine). La d&#233;mocratie moderne, loin d'&#234;tre la fin de l'histoire, est donc un r&#233;gime fragile et rapidement &#233;volutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce qui caract&#233;rise la phase actuelle, en France et au niveau europ&#233;en, est que d&#233;sormais l'id&#233;ologie ronge les deux autres composantes. C'est ainsi que l'&#233;tat de droit est gangr&#233;n&#233; par le militantisme des juges, et cela remet en question la l&#233;gitimit&#233; m&#234;me du politique, outre son efficacit&#233;. Parall&#232;lement, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative est bloqu&#233;e par l'ostracisme id&#233;ologique portant sur plus d'un tiers des &#233;lecteurs ; or si cela a un effet &#233;lectoral r&#233;el, cela ne donne pas de solution de gouvernement stable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'h&#233;g&#233;monie, au sens de Gramsci, de l'id&#233;ologie d&#233;mocratique est plus que jamais envahissante. D&#233;j&#224;, les conceptions alternatives sont bien plus faibles qu'auparavant. Ensuite, cette id&#233;ologie a pris une forme nouvelle : elle est d&#233;sormais multiforme, &#233;clat&#233;e, et descend au niveau personnel voire intime (m&#339;urs). Enfin, un autre &#233;l&#233;ment essentiel de la synth&#232;se r&#233;publicaine est affaibli : l'attachement &#224; une communaut&#233; nationale dot&#233;e d'une histoire et d'un patrimoine communs. On cherche &#224; y substituer une conception purement id&#233;ologique, mais loin de r&#233;unir, elle divise, et ne fonde pas une vie commune. On a vu cela &#224; l'ouverture des Jeux Olympiques : l'agitation LGBT et pansexuelle n'est &#233;videmment pas un projet politique pour un pays. Ne reste alors d'un tel spectacle que l'id&#233;e de m&#233;tissage et une juxtaposition relativiste de styles de vie ou de communautarismes, qui trouve par ailleurs son expression concr&#232;te dans une immigration d&#233;brid&#233;e. Mais cela remet par nature en cause le patriotisme : qu'est-ce qu'une communaut&#233; s'il n'y a rien de commun hors ce programme de confusion ? Le tout est aggrav&#233; comme on sait par l'autonomisation du capitalisme mondialis&#233;, qui ronge les solidarit&#233;s. La synth&#232;se &#224; la base de notre syst&#232;me politique depuis un si&#232;cle et demi para&#238;t donc se d&#233;composer, et par l&#224;, la base de vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte pr&#233;occupant, on ne peut que souligner la faiblesse des alternatives &#224; cette h&#233;g&#233;monie destructrice : l'influence de la pens&#233;e classique, ou conservatrice au bon sens du terme, reste marginale ; ce qui domine dans l'opposition id&#233;ologique est un populisme au fond un peu simpliste, malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t qu'il pr&#233;sente comme r&#233;action instinctive &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons cependant que le monde en dehors de l'Europe, qui compte de plus en plus, suit de tout autres voies, bonnes ou mauvaises. Le patriotisme y est fort. Et m&#234;me le paysage am&#233;ricain est diff&#233;rent : plus heurt&#233;, mais moins bloqu&#233;. En outre, des blocages ne durent pas ind&#233;finiment, notamment en cas de crise. Cela conforte dans l'espoir qu'il y a une marge d'&#233;volution, m&#234;me si le chemin sera rude et al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine n&#176; 239.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Macron, le Parlement et la Constitution</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Macron-le-Parlement-et-la-Constitution.html</link>
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		<dc:date>2023-09-24T15:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Censure</dc:subject>
		<dc:subject>Macron et le Parlement</dc:subject>
		<dc:subject>Constitution</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le blocage actuel de la vie politique fran&#231;aise aboutit &#224; une cons&#233;quence grave dans un syst&#232;me d&#233;mocratique : l'effacement du parlement et par l&#224; de la repr&#233;sentation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation sans &#233;quivalent dans aucun autre pays tient aux sp&#233;cificit&#233;s du syst&#232;me Macron, mais aussi aux limites de la Constitution, surtout apr&#232;s la d&#233;sastreuse mise en place du quinquennat. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M&#234;me le Fran&#231;ais le moins passionn&#233; par la vie politique n'a pas pu ne pas noter le style de gouvernement extr&#234;mement personnel qui caract&#233;rise Emmanuel Macron, d'o&#249; d&#233;coule la r&#233;duction du r&#244;le du Parlement, encore accentu&#233;e avec l'absence de majorit&#233; parlementaire et l'usage immod&#233;r&#233; du 49-3. Et ce qui en r&#233;sulte : l'effacement total de la r&#233;f&#233;rence populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation s'explique par la convergence de trois s&#233;ries de facteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le style Macron : un pouvoir centralis&#233; comme jamais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est le style personnel de Macron : l'extr&#234;me centralisation du pouvoir, qui touche en r&#233;alit&#233; la totalit&#233; de l'appareil d'Etat, et qui s'est affirm&#233; d&#232;s apr&#232;s sa premi&#232;re &#233;lection en 2017. Elle intervient d&#232;s le niveau de l'ex&#233;cutif. Un indice : le r&#233;seau des cabinets minist&#233;riels, qui sont au moins autant les relais de l'Elys&#233;e que des outils pour leur ministre, sans qu'il y ait un pr&#233;c&#233;dent &#224; cette pratique &#233;trange. Corollaire : le r&#244;le politique extr&#234;mement effac&#233; de la plupart des ministres, qu'ils soient (comme c'est le cas de la plupart) des personnalit&#233;s sans visibilit&#233; ni exp&#233;rience politique v&#233;ritable ; ou qu'ils aient connu une certaine activit&#233; politique mais ont &#233;t&#233; confin&#233;s dans un r&#244;le effac&#233; : Le Drian en son temps, Le Maire, et d'autres. Cela s'&#233;tend aux premiers ministres ; seul Edouard Philippe peut &#234;tre consid&#233;r&#233; ayant &#233;t&#233; comme politiquement visible, et il n'est pas s&#251;r que cela ait &#233;t&#233; voulu, car Philippe &#233;tait au d&#233;part un politicien assez p&#233;riph&#233;rique, et cela peut expliquer ce choix. Or il suffit de se rappeler les ministres et premiers ministres des pr&#233;sidents pr&#233;c&#233;dents pour noter le contraste : il y avait bien plus de personnalit&#233;s politiques, et elles jouaient un r&#233;el r&#244;le politique au gouvernement. Ce facteur est donc sp&#233;cifique &#224; Macron. Il est encore aggrav&#233; par la centralisation massive des d&#233;cisions sur l'Elys&#233;e et non sur Matignon, et par la manie du pr&#233;sident de parler de tous les sujets en premi&#232;re ligne et en d&#233;tail, comme on le voit encore aujourd'hui sur l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'absence de parti pr&#233;sidentiel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me facteur est la nature m&#234;me du mouvement politique cens&#233; soutenir ledit pr&#233;sident. A un degr&#233; jusque-l&#224; inconnu, ce mouvement n'a pas de consistance &#224; la base et ne s'est constitu&#233; que pour soutenir et vendre le programme du leader. L'origine en est l'&#233;mergence de Macron comme candidat cr&#233;dible en d&#233;but 2017, appuy&#233; sur une ligne du &#8216;en m&#234;me temps' qui a permis de r&#233;unir une bonne partie des deux partis de gouvernement jusque-l&#224; rivaux (PS et LR), mais &#233;videmment pas sur des options pr&#233;cises et articul&#233;es, sans parler d'une quelconque &#8216;doctrine'. Dans un premier temps, en 2017, la dynamique &#233;lectorale traditionnelle a permis au nouveau pr&#233;sident d'avoir une forte majorit&#233; parlementaire, permettant de r&#233;duire le r&#244;le du Parlement &#224; celui de chambre d'enregistrement, mais sans accroc majeur, malgr&#233; la fonte relativement marqu&#233;e de cette majorit&#233; au fil du temps. Ce n'est qu'au second quinquennat que la machine s'est gripp&#233;e. D&#233;j&#224;, en soi, l'effet de confirmation de la pr&#233;sidentielle aux l&#233;gislatives apr&#232;s une r&#233;&#233;lection est a priori bien plus faible que pour une premi&#232;re &#233;lection, et plus encore si la pr&#233;sidentielle a &#233;t&#233; gagn&#233;e n&#233;gativement, par opposition &#224; Marine Le Pen. Mais en outre le pr&#233;sident d&#233;miurge a montr&#233; une singuli&#232;re inertie pendant la campagne l&#233;gislative : panne d'inspiration ? lassitude ? confiance excessive ? Il y a &#233;videmment aussi ce m&#233;pris du peuple qui transpara&#238;t r&#233;guli&#232;rement dans son comportement. Mais il est fortement aggrav&#233; par ce que j'appelle la maladie de l'Elys&#233;e, qui a affect&#233; chacun &#224; sa fa&#231;on tous les locataires de ce lieu auguste apr&#232;s quelque temps de pr&#233;sence : le d&#233;tachement des r&#233;alit&#233;s de base, l'exacerbation des manies et tics personnels, et l'absorption dans un r&#244;le international suppos&#233; prioritaire (en l'esp&#232;ce men&#233; avec un amateurisme d&#233;sastreux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat &#224; ce jour est cette situation sans pr&#233;c&#233;dent : une vraie absence de majorit&#233; parlementaire. Les cohabitations, elles, r&#233;sultaient d'une majorit&#233; autre que celle du pr&#233;sident, mais qui &#233;tait r&#233;elle et permettait de gouverner ; et en 1988 on &#233;tait &#224; la limite. Une telle situation d'absence de majorit&#233; impliquerait dans un syst&#232;me parlementaire normal une forme ou une autre de gouvernement de coalition. Mais cette voie est bouch&#233;e du fait des caract&#233;ristiques m&#234;me du syst&#232;me macronien : le m&#233;lange de gauche et de droite de la base du parti majoritaire rend difficile tout alliance &#224; gauche comme &#224; droite sauf &#224; remettre en cause un &#233;quilibre d&#233;licat &#8211; on le voit notamment sur l'immigration. Et le style de gouvernement du pr&#233;sident l'exclut : on voit mal Macron nommer une personnalit&#233; politique forte pour constituer un tel gouvernement de coalition, en prendre la t&#234;te, et ensuite gouverner r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le Parlement refl&#232;te, en partie r&#233;ellement par sa diversit&#233;, en tout cas l&#233;galement, la volont&#233; populaire, et cela tout autant que l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Quant aux majorit&#233;s cas par cas, elles sont dans un tel contexte compromettantes pour l'opposition et ne peuvent donc pas fonctionner de fa&#231;on fiable &#8211; d'autant que ces oppositions sont elles-m&#234;mes domin&#233;es par des partis jug&#233;s extr&#234;mes et ostracis&#233;s, selon une strat&#233;gie et une pratique essentielles &#224; la survie du r&#233;gime. Reste donc le 49-3, r&#233;guli&#232;rement d&#233;gain&#233; mais qui ne peut tout faire, et qui passe de plus en plus mal dans l'opinion. En d'autres termes, un tel Parlement ne peut pas fonctionner, en tout cas pas avec un tel pr&#233;sident. Et donc on vit d'exp&#233;dients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les sp&#233;cificit&#233;s de la constitution apr&#232;s l'erreur du quinquennat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux facteurs majeurs sont pour l'essentiel propres &#224; Emmanuel Macron. Mais il s'y ajoute un troisi&#232;me facteur majeur, qui a rendu possibles les pr&#233;c&#233;dents : les sp&#233;cificit&#233;s de la constitution de 1958, surtout apr&#232;s la mutilation du quinquennat. Il est ind&#233;niable que cette constitution a bien mieux fonctionn&#233; que les pr&#233;c&#233;dentes si on raisonne en termes de stabilit&#233; gouvernementale (c'est moins convaincant si regarde les r&#233;sultats) ; il n'en est pas moins manifeste qu'une constitution n'est pas une panac&#233;e, mais tout au plus un outil utile, quoique partiel. D'une part, le r&#233;gime de 1958, avec sa panoplie assez large de dispositifs, peut fonctionner de fa&#231;on tr&#232;s variable. On l'a vu avec les cohabitations, non pr&#233;vues au d&#233;part et qui ont beaucoup agac&#233; ceux qui ont d&#251; les animer. Mais la constitution les permettait, car si elle favorise le pouvoir pr&#233;sidentiel, elle laisse un r&#244;le majeur au Parlement, encore une fois tout aussi repr&#233;sentatif de la volont&#233; populaire que la pr&#233;sidentielle, voire plus &#224; partir du moment o&#249; la pr&#233;sidentielle est domin&#233;e par les consid&#233;rations de personnes. Il y a donc deux l&#233;gitimit&#233;s populaires face &#224; face, situation tr&#232;s rare dans les d&#233;mocraties. La seul exception est aux Etats-Unis, mais c'est dans une logique de contrepoids qui laisse &#224; chaque partie la pl&#233;nitude de son r&#244;le, et ne les fait pas se rencontrer dans la formation du gouvernement, lequel ne d&#233;pend l&#224;-bas que du pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quinquennat, lui, a rompu un point majeur d'&#233;quilibre du syst&#232;me ant&#233;rieur, transformant le pr&#233;sident en vrai chef du gouvernement, mais sans qu'un lien organique existe entre lui et une majorit&#233; parlementaire. Il ne peut plus se pr&#233;senter comme avant comme un arbitre ext&#233;rieur, ou le gardien d'&#233;quilibres fondamentaux, mais son pouvoir n'est pas non plus construit pour qu'il soit le chef du gouvernement, car il n'a pas de lien naturel avec le pouvoir l&#233;gislatif dont il a pourtant besoin pour gouverner. En un mot, la dualit&#233; des l&#233;gitimit&#233;s, qui est sp&#233;cifique &#224; cette constitution, n'a plus son fondement dans la diff&#233;renciation des horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat aujourd'hui est en un sens bien pire qu'une cohabitation. En outre, cette situation peut s'&#233;tendre sur 5 ans : avec un septennat, Macron n'aurait eu encore que deux ann&#233;es &#224; tirer, avant une nouvelle &#233;lection qui aurait rendu possible une clarification. Bien s&#251;r, on l'a dit, m&#234;me en quinquennat une solution de coalition e&#251;t &#233;t&#233; possible en principe, du moins avec un autre pr&#233;sident, et donc la constitution n'est pas sans ressources. Cela dit, la cohabitation d'un gouvernement de coalition avec le pr&#233;sident n'est pas dans la logique du fonctionnement de fait de la constitution, m&#234;me sans Macron, car tout le d&#233;bat politique y est polaris&#233; par la pr&#233;sidentielle. Quoi qu'il en soit, l'absurdit&#233; actuelle de 5 ans sans majorit&#233; parlementaire est certainement l'une des pires hypoth&#232;ses possibles ; et la constitution le permet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques le&#231;ons d&#233;sabus&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons en tirer plusieurs le&#231;ons. Je passe sur celles d&#233;j&#224; &#233;labor&#233;es ci-dessus qui soulignent l'extr&#234;me bizarrerie du syst&#232;me macronien. Mais la v&#233;ritable question est au fond la suivante : comment ce ph&#233;nom&#232;ne a-t-il pu se produire ? Et on en vient de nouveau &#224; la Constitution. On l'a dit, nulle part ailleurs on n'a le r&#233;gime bancal actuel, d&#233;mocratie pr&#233;sidentielle mais en partie appr&#233;ciable parlementaire, mais o&#249; le parlement peut &#234;tre neutralis&#233; &#8211; hors le bouton nucl&#233;aire de la motion de censure. Il faudrait donc sans doute au minimum revenir sur le quinquennat, entre autres r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en tout cas, cela nous confirme qu'une constitution n'est pas une panac&#233;e : elle ne peut pr&#233;voir tous les cas ; elle offre une bo&#238;te &#224; outil ou des r&#232;gles du jeu, mais les outils servent &#224; tout, et les sportifs savent que des r&#232;gles du jeu m&#234;me bien faites peuvent conduire &#224; des situations impr&#233;visibles. Mettre sa confiance dans une constitution est donc une grande na&#239;vet&#233;, m&#234;me si bien s&#251;r elle peut contribuer au bien commun. La force r&#233;elle d'un r&#233;gime politique est ailleurs. Et celui-ci n'en a plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine &lt;i&gt;n&#176; 228&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/france/macron-le-parlement-et-la-constitution/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/france...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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