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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Tradition et communaut&#233;</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Tradition-et-communaute.html</link>
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		<dc:date>2024-12-06T17:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Tradition</dc:subject>
		<dc:subject>Tradition et communaut&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a une vision fausse tr&#232;s r&#233;pandue, qui d&#233;peint le r&#244;le de la tradition dans les soci&#233;t&#233;s anciennes, comme un diktat, un imp&#233;ratif arbitraire et &#233;touffant impos&#233; du dehors aux personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut arriver. Mais g&#233;n&#233;raliser cette description est insuffisant ou faux, tant pour d&#233;crire ces soci&#233;t&#233;s que pour comprendre ce qu'est une tradition. Car une tradition ne se comprend pas sans reconna&#238;tre son double r&#244;le, de r&#233;gulation de la soci&#233;t&#233; sur la base de l'exp&#233;rience acquise, et de constitution m&#234;me de cette soci&#233;t&#233;, par le rapprochement des personnes autour de r&#233;alit&#233;s communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple par les courses camarguaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nos soci&#233;t&#233;s prennent le chemin inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tradition-+.html" rel="tag"&gt;Tradition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tradition-et-communaute-13-+.html" rel="tag"&gt;Tradition et communaut&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a une vision fausse tr&#232;s r&#233;pandue dans les sciences humaines qui d&#233;peint le r&#244;le de la tradition dans les soci&#233;t&#233;s anciennes, comme une forme de diktat, d'imp&#233;ratif arbitraire impos&#233; du dehors aux personnes. On aurait dit et pens&#233; : c'est la tradition et donc on fait, sans se poser de question. Les m&#234;mes mettent en avant la distinction entre des soci&#233;t&#233;s autonomes (la n&#244;tre) et d'autres, h&#233;t&#233;ronomes ; dans celles-ci, la loi commune, les valeurs et r&#233;f&#233;rences fondamentales, tomberaient en quelque sorte du ciel comme des absolus indiscutable &#224; prendre tel quel sans d&#233;bat. Ceci se fait, cela ne se fait pas, sans discussion. Notamment au nom de la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle description recouvre une certaine r&#233;alit&#233;, mais la r&#233;flexion reste tr&#232;s insuffisante, tant pour d&#233;crire ces soci&#233;t&#233;s, que surtout pour comprendre ce qu'est une tradition. Sur le premier point, pour prendre un exemple, quiconque conna&#238;t un tant soit peu l'histoire m&#233;di&#233;vale sait que c'&#233;tait une soci&#233;t&#233; mobile, en &#233;volution constante, et nullement fig&#233;e, encore moins au nom d'une tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point rejoint mon propos ici, qui relie tradition et communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais prendre un exemple actuel dans un domaine totalement diff&#233;rent. Dans ma r&#233;gion, il y a la tradition des courses de taureaux camarguaises ; et partout, la population ou une partie appr&#233;ciable de celle-ci y va, toutes classes et &#226;ges confondus. C'est clairement reconnu, et v&#233;cu comme traditionnel. Mais &#233;videmment pas en ob&#233;issant &#224; un quelconque imp&#233;ratif traditionnaliste, ou &#224; la suite d'une pression sociologique. C'est surtout d'abord un fait simple : la communaut&#233; locale s'y retrouve dans quelque chose qu'elle juge int&#233;ressant et o&#249; elle a plaisir &#224; se rassembler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici un des aspects ou fonctions de la tradition, qui est la s&#233;lection au cours de l'histoire de certaines mani&#232;res de faire, jug&#233;es positives ou int&#233;ressantes. J'ai analys&#233; plus en d&#233;tail cette nature de la tradition dans mon Eloge de la tradition (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/La-tradition-ou-l-Histoire-comme.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/La-t...&lt;/a&gt;l ), ainsi que l'effet d&#233;l&#233;t&#232;re qui r&#233;sulte de l'id&#233;ologie relativiste moderne, hostile &#224; la tradition mais source d'un individualisme sans limites, destructeur du lien social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela s'appuie aussi sur le fait que c'est un instrument d'identification de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que, plus g&#233;n&#233;ralement, une norme sociale v&#233;cue ne sert pas qu'&#224; r&#233;guler les comportements comme le ferait une norme l&#233;gale ou r&#233;glementaire : elle a aussi pour r&#244;le de constituer la communaut&#233;, dans son ressenti. Dans ce contexte, on appelle tradition un usage commun qui n'est ni obligatoire &#224; proprement parler, ni principalement &#224; but moral ou r&#233;gulateur, mais communautaire, &#233;tant entendu bien s&#251;r qu'il apporte aussi un contenu, par exemple un certain spectacle dans le cas des courses camarguaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette lumi&#232;re qu'on peut regarder en sens inverse ce que J&#233;rome Fourquet nous d&#233;crit comme &#171; m&#233;tamorphoses fran&#231;aises &#187; : ces mutations majeures dans les comportements fran&#231;ais depuis environ 40 ans, qu'il pr&#233;sente encore r&#233;cemment dans son dernier livre du m&#234;me nom. Qu'il s'agisse de l'effondrement du catholicisme (ou sur un mode mineur, du communisme), de l'am&#233;ricanisation, des modes asiatiques, ou de la prolif&#233;ration anarchique des pr&#233;noms, un point commun est la rupture d'une tradition structurante, ant&#233;rieurement indiscut&#233;e, sans qu'elle soit remplac&#233;e par une autre jouant un r&#244;le analogue. Rupture qui appara&#238;t d'embl&#233;e li&#233;e &#224; une mont&#233;e de l'individualisme sous une forme radicale et &#224; une rupture relative du lien social. D'o&#249; d'ailleurs les mutations qu'on observe dans le champ politique, ou dans des manifestations de type nouveau, tr&#232;s peu structur&#233;es, comme les gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai, parall&#232;lement, que plusieurs des &#233;volutions que d&#233;crit Fourquet sont d'un autre ordre, principalement &#233;conomique : la d&#233;sindustrialisation, ou le tertiaire commercial dominant la vie commune, et maintenant la livraison &#224; domicile. Mais en r&#233;alit&#233; ces &#233;volutions renforcent l'effet pr&#233;c&#233;dent, puisque l&#224; aussi un &#233;l&#233;ment rassembleur ou commun se trouve remplac&#233; par un autre qui n'a plus cet effet : le supermarch&#233; est purement fonctionnel, et plus encore la livraison &#224; domicile, contrairement au commerce traditionnel qui est un support de sociabilit&#233;. De m&#234;me le tourisme de masse rapporte, mais il ne cr&#233;e aucun lien social ; il d&#233;value m&#234;me la sp&#233;cificit&#233; locale en en faisant un objet commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens, on trouvera un &#233;l&#233;ment comme les migrations de masse, qui dans ce contexte de d&#233;composition relative du collectif, &#224; la fois rencontrent moins d'obstacle, et surtout ne d&#233;bouchent pas naturellement sur une forme d'int&#233;gration par assimilation, puisqu'il y a de moins en moins de soci&#233;t&#233;, car de moins en moins de r&#233;f&#233;rences communes. Moins de traditions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quand le grand retournement, le retour &#224; une autre conception et pratique de la vie commune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/POUR-UN-GRAND-RETOURNEMENT.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/POUR...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une perspective diff&#233;rente : Scruton et l'&#233;cologie conservatrice</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Une-perspective-differente-Scruton-et-l-ecologie-conservatrice.html</link>
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		<dc:date>2018-04-21T14:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Tradition</dc:subject>
		<dc:subject>Tradition et communaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Roger Scruton est le penseur le plus en vue de la pens&#233;e conservatrice dans le monde anglo-saxon. Il propose une analyse stimulante de la question &#233;cologique dans une optique conservatrice (au sens anglais du terme). Il est tr&#232;s int&#233;ressant d'&#233;couter cet autre son de cloche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'illusion &#233;tatique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Scruton s'oppose r&#233;solument &#224; l'&#233;cologie politique dominante inspir&#233;e par une rh&#233;torique revendicatrice, qui met pour l'essentiel la destruction de l'environnement sur le compte de l'entreprise, du profit et de l'avidit&#233;. Mais il ne justifie pas pour autant la culture de consommation ou nier le r&#233;chauffement global. Pour lui cet affrontement est st&#233;rile. Ce qu'il conteste dans la premi&#232;re attitude est le go&#251;t pour une politique radicale, dirig&#233;e du haut, a priori alarmiste, traitant toute question comme un combat spirituel du bien contre le mal, justifiant par-l&#224; les mesures les plus autoritaires et excluant tout compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or dit-il de telles solutions d&#233;cid&#233;es par en-haut sont en pratique tr&#232;s souvent contre-productives. D&#233;cid&#233;es par l'Etat, elles cr&#233;ent des incitations artificielles et des rentes ou pr&#233;bendes, &#224; coups d'interdictions et de subventions. D'o&#249; &#233;videmment un int&#233;r&#234;t personnel pour beaucoup de ceux qui participent &#224; cette action collective. Mais comme le montrent les r&#233;sultats d&#233;sastreux des pays communistes dans le champ &#233;cologique, rien ne prouve qu'un syst&#232;me &#233;tatique soit bien plac&#233; pour g&#233;rer de telles pr&#233;occupations. Ceci vise notamment une des sources principales de d&#233;g&#226;t &#233;cologique, l'externalisation des co&#251;ts, car il est encore plus facile &#224; un organisme public d'externaliser ses co&#251;ts qu'&#224; des organes priv&#233;s. Cela ne veut pas dire que le march&#233; r&#233;sout tout, mais son int&#233;r&#234;t est de comporter une forme de message en retour (feedback), qui en un sens ressemble &#224; un syst&#232;me vivant. En revanche les subventions et r&#233;gulations d&#233;truisent souvent ces effets en retour. Notamment, les formulations du principe de pr&#233;caution sont vagues et permettent n'importe quelle action bureaucratique : d'un c&#244;t&#233; des r&#233;glementations pointilleuses encadrent une multitude d'activit&#233;s, de l'autre des r&#233;alit&#233;s nocives sont autoris&#233;es (comme les emballages non-d&#233;gradables). Ce principe est un obstacle &#224; l'innovation et l'exp&#233;rience, l&#224; m&#234;me o&#249; elles sont absolument n&#233;cessaires. Il conduit en outre &#224; d&#233;sagr&#233;ger les risques en les traitant s&#233;par&#233;ment : on cherche &#224; les diminuer un par un mais r&#233;duire un risque en cr&#233;e souvent un autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La responsabilisation des acteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r des biens publics qui ne peuvent &#234;tre fournis que par l'Etat, comme la loi. Cela peut aider &#224; r&#233;soudre des questions comme celle du passager clandestin (free rider) ou plus largement la &#171; trag&#233;die des biens communs &#187;, qui ne sont pas propri&#233;t&#233; de quelqu'un en particulier, mais accessibles &#224; tous, avec le risque que chacun se d&#233;p&#234;che pour prendre ce qu'il peut avant l'&#233;puisement de la ressource par les autres. Ainsi avec les oc&#233;ans aujourd'hui. Mais la r&#233;ponse faite spontan&#233;ment aujourd'hui &#224; ces probl&#232;mes, le contr&#244;le public, n'est pas toujours la bonne ; car si quelqu'un veut surexploiter ces biens communs, il faudrait plut&#244;t lui opposer les droits des autres ; il faudrait donc plus de droits de propri&#233;t&#233;. Le probl&#232;me principal des communs est dit-il l'absence de march&#233;. Il y avait autrefois des droits transf&#233;rables sur les p&#226;tures communes, ou des droits de p&#234;che - que la politique europ&#233;enne a d&#233;truits. Quant au dilemme du prisonnier de la th&#233;orie des jeux, souvent &#233;voqu&#233; pour justifier une intervention publique, il r&#233;sulte en fait d'un manque d'information. On conna&#238;t cet exemple de base de la th&#233;orie des jeux : si des prisonniers ne peuvent communiquer entre eux et ont une strat&#233;gie purement individuelle, ils font rationnellement des choix individuels qui en interagissant conduisent &#224; un r&#233;sultat qui n'est pas le meilleur possible pour chacun d'eux. Mais comme le montre aussi cette m&#234;me th&#233;orie des jeux, si ensuite on r&#233;it&#232;re le jeu, les acteurs d&#233;veloppent des strat&#233;gies de coop&#233;ration (et de repr&#233;sailles si n&#233;cessaire) avec un r&#233;sultat global finalement optimal. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, dit-il, la m&#233;thode la plus efficace face &#224; de tels probl&#232;mes est la gestion par une communaut&#233; locale avec prise de d&#233;cision commune (mais en cas de besoin possibilit&#233; de sanction par des autorit&#233;s sup&#233;rieures), sur la base de droits clairs &#224; participer ou non, et avec des sanctions pour les contrevenants : on l'a vu notamment en Suisse. Il propose en outre de supprimer les lois technocratiques sur l'agriculture, que seuls les gros op&#233;rateurs peuvent respecter, et de les renvoyer &#224; la d&#233;cision locale o&#249; la pression sociale r&#233;duit les co&#251;ts environnementaux, tout en faisant payer plus cher les routes ainsi que le planning urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compter sur la protection de l'Etat rend irresponsable, mais dit-il cela n'absout pas les grandes entreprises. Car elles ont-elles aussi une capacit&#233; anormale &#224; se prot&#233;ger contre le c&#244;t&#233; n&#233;gatif de leur activit&#233;, avec trois grandes d&#233;rives : on externalise les co&#251;ts ; on tire aide, protection ou subsides de l'Etat ; et on se prot&#232;ge du risque. Notamment, le principe m&#234;me de la soci&#233;t&#233; anonyme cr&#233;e un hasard moral car actionnaires et direction sont prot&#233;g&#233;s par la loi contre les poursuites li&#233;es &#224; l'action de la compagnie, et prennent d&#232;s lors des risques qu'ils ne prendraient pas sinon. Mais dit-il la solution n'est pas d'introduire l'Etat dans le jeu : elle est de responsabiliser ces agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, le fait est que les march&#233;s ne sont pas bons pour traiter les rejets, qui sont pour les producteurs un co&#251;t qu'ils cherchent &#224; transf&#233;rer. Ces &#233;gouts collectifs de fait sont d&#232;s lors surcharg&#233;s. Dans ce cas pr&#233;cis il faut des r&#233;gulations, dont le r&#244;le est de faire supporter le co&#251;t &#233;ventuel des op&#233;rations par ceux qui les r&#233;alisent. La solution est notamment dans cette notion juridique ancienne qui est la responsabilit&#233; g&#233;n&#233;rale (law of torts) ; elle oblige &#224; internaliser les co&#251;ts. Son danger potentiel est d'inhiber la prise de risque ; mais dit-il cela permet de prot&#233;ger l'environnement plus efficacement qu'une s&#233;rie de r&#233;glementations ad hoc. Cela dit, cela suppose qu'une partie l&#233;s&#233;e soit identifiable, et un bon fonctionnement de l'appareil judiciaire (et donc pas des jurys &#224; l'am&#233;ricaine eux-m&#234;mes irresponsables). &lt;br class='autobr' /&gt;
Les questions techniques : l'exemple de l'&#233;nergie &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra objecter qu'il est des cas o&#249; une action internationale para&#238;t s'imposer au vu du caract&#232;re mondial des probl&#232;mes en cause, et on cite les gaz &#224; effet de serre. Mais dit-il, sauf cas particulier comme l'interdiction des gaz nuisant &#224; la couche d'ozone, o&#249; l'int&#233;r&#234;t collectif &#233;tait clair et ne heurtait pas de plein fouet des int&#233;r&#234;ts particuliers, de tels trait&#233;s sont assez peu efficaces et on a peu progress&#233; par cette m&#233;thode. En effet, plus la faute est lourde, plus on a d'incitation &#224; ne pas respecter les r&#232;gles. Dans le cas des bouteilles en plastique, le co&#251;t en serait tr&#232;s &#233;lev&#233;, et donc rien ne d&#233;bouche. On respecte rarement les trait&#233;s quand ils vont contre votre int&#233;r&#234;t imm&#233;diat ; et il n'y a aucun pr&#233;c&#233;dent o&#249; des sanctions ont &#233;t&#233; mises en place &#224; un tel niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;anmoins tout &#224; fait justifi&#233; d'agir dans ce domaine de l'&#233;nergie fossile. On peut commencer nous dit Scruton par d&#233;centraliser la production de l'&#233;nergie, et introduire une taxe proportionnelle sur les &#233;missions (sans quota) ce qui a l'avantage de frapper les consommateurs, qui sont les vrais responsables. Mais ajoute-t-il, la seule vraie solution au r&#233;chauffement et au besoin d'&#233;nergie est qu'on d&#233;couvre une &#233;nergie non polluante et bon march&#233;. Une question centrale est alors la recherche scientifique, qui doit &#234;tre intensifi&#233;e. Mais en la mati&#232;re, &#224; nouveau, en l'absence d'incitation suffisante du march&#233; pour la r&#233;aliser, puisque le b&#233;n&#233;fice n'en est que pour les g&#233;n&#233;rations futures, cela suppose des financements publics. Voil&#224; donc un domaine o&#249; l'action publique directe a pleinement son sens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Modifier les priorit&#233;s et motivations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ajoute qu'une dimension essentielle du probl&#232;me est d'ordre politique et culturel. D'un point de vue conservateur dit-il, la poursuite effr&#233;n&#233;e de la gratification individuelle remet en cause l'ordre social tout autant que la plan&#232;te. Le point commun entre conservateurs et environnementalistes est de se demander o&#249; nous sommes, quel endroit nous est propre, et que nous voulons l&#233;guer &#224; nos descendants. C'est l'amour partag&#233; de la maison, du foyer (home). Une politique sage consiste &#224; prot&#233;ger et maintenir les coutumes et institutions qui mettent un frein &#224; nos app&#233;tits, renouvellent les sources de satisfaction sociale, et nous emp&#234;chent de passer le co&#251;t de ce que nous faisons &#224; d'autres qui n'y sont pour rien. Comment favoriser des motivations non &#233;go&#239;stes chez des personnes ordinaires ? Si on ne trouve pas une motivation pour les gens, la cause de l'environnement est perdue. On a cherch&#233; &#224; traduire les pr&#233;occupations d'environnement en termes &#233;conomiques, mais en r&#233;alit&#233; ils sont d'abord un probl&#232;me moral. Notamment rappelle-t-il on ne peut faire entrer dans un calcul la question des g&#233;n&#233;rations futures. La bizarrerie du raisonnement &#233;conomique, effectu&#233; sur la base de pr&#233;f&#233;rences individuelles, est que c'est incapable de donner un sens au cas du soldat qui donne sa vie, ou de la m&#232;re qui sacrifie sa carri&#232;re pour une enfant handicap&#233; ; alors que leur r&#244;le est essentiel. Dans les deux cas c'est une id&#233;e d'eux-m&#234;mes qui les motive. La moralit&#233; suppose la responsabilit&#233; de nos actes envers les autres. Transformer cela en un calcul de pr&#233;f&#233;rences ou de prix &#224; payer est caricatural. L'homo economicus n'a pas id&#233;e des buts de la vie, de la ma&#238;trise des d&#233;sirs, etc. Dans un raisonnement moral on n'&#233;change pas des pr&#233;f&#233;rences, on sauvegarde des choses qui ne peuvent faire l'objet de transactions : des personnes, une communaut&#233;, le sexe, la justice, l'honneur. Le motif moral n'est pas une pr&#233;f&#233;rence mais un jugement. Il faut notamment dit-il voir la nature comme source de valeurs intrins&#232;ques et non pas instrumentales, y compris la nature sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Subsidiarit&#233; et communaut&#233;s proches&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour lui donc, le vrai &#233;cologisme suppose de d&#233;finir quelque chose qu'on appelle &#8216;chez soi' (oikos, la maison) et dont on s'occupe. L'oikos passe avant l'&#233;conomie. La vraie question pour l'environnement est d'inciter les gens &#224; chercher &#224; r&#233;soudre pour eux-m&#234;mes les probl&#232;mes &#233;cologiques, en responsabilisant ceux qui ne souffrent pas des cons&#233;quences de ce qu'ils font, tout en accroissant la r&#233;silience d'ensemble du syst&#232;me. L'Etat doit cr&#233;er un cadre propice pour cela. En mati&#232;re d'environnement, les conflits locaux sont mieux r&#233;solus par la discussion et des compromis, qui sont inacceptables pour les activistes. Et d'ailleurs les groupes de volontaires prolif&#232;rent l&#224; o&#249; l'Etat ne prend pas en charge. Il faut exploiter et non chasser ce facteur essentiel qu'est l'esprit public, dont l'origine est le patriotisme, l'esprit d'appartenance : tel probl&#232;me est notre probl&#232;me en tant que membres de tel groupe. Les meilleurs citoyens du monde seront les communaut&#233;s qui se sentent responsables de leur habitat comme un foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le souci du pass&#233; et du futur est cr&#233;&#233; par l'attachement, la responsabilit&#233; envers des proches, et elle se r&#233;duit avec la distance. Et ce n'est que dans certaines circonstances qu'on op&#232;re par choix rationnel. Beaucoup d'obligations sont fond&#233;es sur la pi&#233;t&#233;, ou sur une justification morale ou religieuse, comme la gratitude. La soci&#233;t&#233; n'est pas fond&#233;e sur un contrat ; pour qu'il y ait contrat il faut une forme de confiance et la loi. Le type de personne en qui la confiance est possible est produite par la famille, qui n'est pas un contrat ; la loi suppose l'Etat, qui ne l'est pas plus. Consid&#233;rer la responsabilit&#233; abstraitement la d&#233;tache de ce qui lui donne un sens pratique, qui est la sympathie de personne &#224; personne, et qu'il faut si on peut &#233;tendre et non r&#233;duire. L'attachement au foyer (home) est important ; on en peut donner des explications psychologiques ou &#233;volutionnistes, comme &#224; toute la moralit&#233;, mais cela n&#233;glige la dimension de responsabilit&#233; interpersonnelle. C'est dans cette exp&#233;rience que se forment les enfants, et ceux qui sont priv&#233;s de foyer sont durablement perturb&#233;s. En outre, la d&#233;fense de l'environnement suppose des volontaires, et c'est dans des petits groupes que la tradition se forme. Or les traditions sociales sont des formes de connaissance, par adaptation progressive et transmission d'information. Elles permettent &#224; une soci&#233;t&#233; de se reproduire. Avec le culte des petites communaut&#233;s, le respect des morts et de la tradition, le souci des g&#233;n&#233;rations futures est au centre de la pens&#233;e conservatrice. Car si le futur est inconnu, le pass&#233; lui est connu, et le souci du pass&#233; d&#233;veloppe la perspective transg&#233;n&#233;rationnelle. On le voit dans la vie familiale : c'est une cha&#238;ne o&#249; on donne et re&#231;oit, et surtout qu'on transmet ; et cela ne comporte aucun calcul utilitaire pour nous-m&#234;mes. S'y ajoute le r&#244;le tr&#232;s important des institutions collectives et des associations, et plus encore des fondations (trusts). Ces derni&#232;res sont une cr&#233;ation remarquable, car elles imposent une responsabilit&#233; ind&#233;finie &#224; ceux qui la g&#232;rent : ils ont les devoirs de la propri&#233;t&#233; mais pas les droits. Dans une bureaucratie en revanche la responsabilit&#233; dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque de ne voir la libert&#233; et la personne humaine qu'en termes plus ou moins scientifiques et notamment biologiques conduit &#224; voir l'autre comme un automate, et finalement &#224; supprimer la responsabilit&#233; et la culpabilit&#233; et &#224; r&#233;duire nos engagements. Cela explique notre attitude irresponsable envers l'environnement. Il faut au contraire donner aux choses une valeur intrins&#232;que et non pas instrumentale. Et cela vaut notamment pour le foyer, la maison, la patrie. L'amour du foyer pousse &#224; l'histoire et &#224; la conservation du pass&#233;, compris comme h&#233;ritage vivant ; il change l'appr&#233;hension du temps, en fondant la dur&#233;e qui relie au pass&#233; et au futur. C'est sur cette base qu'on peut esp&#233;rer assurer le respect de l'environnement, pas par des oukases : non pas un foyer nostalgique, mais un endroit o&#249; on continue &#224; vivre. C'est un besoin fondamental de se demander o&#249; on appartient, et si on ne l'a pas on le cherche. C'est ce qui nourrit aussi le patriotisme et l'esprit de sacrifice correspondant, autour d'une id&#233;e de &#8216;nous', qui fonde un ordre politique, et qui comporte cette notion, et donc de territoire commun. Il faut favoriser l'appartenance, pas l'enr&#233;gimentement au profit d'une cause.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Beaut&#233;, pi&#233;t&#233; et d&#233;sacralisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En bref l'amour de l'environnement (&#233;cophilie) nous appelle &#224; la responsabilit&#233; et non au calcul, &#224; aimer et non &#224; utiliser, &#224; respecter et non &#224; exploiter. Il faut regarder les choses autour de nous comme des fins en elles-m&#234;mes. S'y ajoutent deux grandes motivations : l'amour de la beaut&#233; et le respect du sacr&#233;, qui &#233;taient autrefois li&#233;s. On admet volontiers que ce qui est beau a une valeur intrins&#232;que. Ce n'est pas inutile, mais comme l'amiti&#233; cela ne vaut et en d&#233;finitive n'est utile qu'en &#233;tant recherch&#233; pour soi-m&#234;me. Dans le syst&#232;me dominant, on voit l'environnement comme quelque chose &#224; instrumentaliser ; d'o&#249;, par r&#233;action, des concepts abstraits et irrationnels comme celui de Gaia. Mais pour montrer les limites de l'instrumentalisation et de l'approche r&#233;ductrice, l'exemple de l'amiti&#233; est bien meilleur : l'utilit&#233; qu'elle peut avoir n'en est qu'un sous-produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi le cas de la beaut&#233;. Deux erreurs dominent ici : croire que la beaut&#233; est purement subjective, ce qui rend le consensus impossible ; ou consid&#233;rer qu'elle ne compte pas, qu'elle n'a pas de valeur &#233;conomique - d'o&#249; les saccages esth&#233;tiques de paysages par la modernit&#233;. L'instrumentalisation omnipr&#233;sente, notamment par la publicit&#233;, nous colonise, et fait de tout un objet de consommation. L'attitude esth&#233;tique est un refuge contre le consum&#233;risme. En cela elle n'est pas subjective ; on le voit dans les anciennes et belles villes d'Europe, qui r&#233;sultent du fait que le jugement esth&#233;tique y &#233;tait consid&#233;r&#233; comme l'expression d'une communaut&#233;. L'esth&#233;tique n'est pas un moyen de s'affirmer, mais de s'ins&#233;rer. Loin de servir &#224; s'exprimer soi-m&#234;me, la beaut&#233; fait partie de la construction d'une maison commune - comme les rituels de la table, et les objets correspondants. C'est une construction commune, fond&#233;e sur la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse tr&#232;s riche, qui n'est certainement pas le dernier mot sur la question. Mais elle peut aider &#224; r&#233;&#233;quilibrer ce que les approches &#233;cologistes habituelles ont d'inutilement radical, et surtout de revenir aux motivations profondes qui peuvent nourrir une approche efficace et responsable de l'environnement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Eloge de la tradition</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Tradition</dc:subject>
		<dc:subject>Tradition et communaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition. Car la tradition vivante n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable, c'est la transmission d'une exp&#233;rience v&#233;cue du vrai et du bien. Mais ce progr&#232;s n'est en rien garanti et les d&#233;rapages toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233;, elle, a syst&#233;matis&#233; ces d&#233;rapages. Son id&#233;al latent est que chacun d&#233;finisse le bien comme il l'entend, sans admettre de r&#233;f&#233;rence objective du bien, et sans tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais croire par exemple qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses exp&#233;riences &#233;motionnelles, donc sans v&#233;ritable consid&#233;ration des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pluralisme-et-verite-+.html" rel="tag"&gt;Pluralisme et v&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tradition vivante (la seule qui m&#233;rite attention) n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable tel quel, ni la r&#233;p&#233;tition d'un &#233;v&#233;nement fondateur &#224; r&#233;activer en permanence dans un &#233;ternel pr&#233;sent. C'est la transmission d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences observ&#233;es et v&#233;cues, d'un rapport possible au monde, fond&#233; en v&#233;rit&#233; et fondateur de r&#233;f&#233;rences communes &#233;motionnellement puissantes parce que bas&#233;es sur la r&#233;alit&#233; de notre nature. Comprise ainsi, il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition. Mais ce progr&#232;s n'est en rien garanti et les d&#233;rapages toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; a fait mieux, elle a syst&#233;matis&#233; ces d&#233;rapages, en mettant au centre de sa conception du monde un paradigme central, selon lequel la seule bonne chose est que chacun d&#233;finisse le bien comme il l'entend, sans admettre de r&#233;f&#233;rence objective (ce qu'on appelle la loi naturelle), et sans tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience des si&#232;cles. On fait donc en mati&#232;re de valeurs essentielles, et de m&#339;urs, ce qu'on ne fait pas nulle part ailleurs. Mais croire par exemple qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses propres exp&#233;riences &#233;motionnelles, a priori immatures, sans consid&#233;ration de principe des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Point de d&#233;part : la signification de l'histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel est le sens l&#233;gitime de l'id&#233;e de &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt; ? On l'oppose bien souvent &#224; la libert&#233; ou &#224; la cr&#233;ativit&#233;. Mais rien n'est plus simpliste. Bien s&#251;r une vie raisonnable et vertueuse suppose la libert&#233;, et son fruit la cr&#233;ativit&#233;, car seule la libert&#233; permet d'agir en tant que personne responsable, conform&#233;ment &#224; ce qu'on reconna&#238;t comme bien. Ce qui par construction implique que l'histoire soit ouverte et le jeu de la soci&#233;t&#233; impr&#233;visible Mais l'id&#233;e r&#233;pandue &#224; notre &#233;poque est tr&#232;s diff&#233;rente. Elle va bien au-del&#224; de l'id&#233;e de l'agir libre et responsable : c'est que l'homme et la soci&#233;t&#233; sont de pures constructions sociales, et que la &#8216;libert&#233;' de l'homme doit &#234;tre maximale, sans contrainte ni limite autre que ce qu'il d&#233;cide. Le devenir humain excluant toute norme fond&#233;e ou reconnue &#224; l'avance, chacun fait ses choix et l'histoire enregistre. Il y a bien s&#251;r ici un saut logique : car que la libert&#233; soit un bien indispensable n'implique en rien qu'il n'y ait pas de r&#233;alit&#233; naturelle, de r&#233;f&#233;rence objective rendant seule possible la construction de la personne et de la soci&#233;t&#233;. Le contraire est m&#234;me &#233;vident, comme le montrent des faits de base comme l'existence d'un bien et d'un mal objectif (tuer est mal, la famille est en soi une bonne chose). Cela implique encore moins que tout soit possible, surtout au niveau collectif, qui est le plus al&#233;atoire de tous, car le choix d&#233;sordonn&#233; de chacun peut d&#233;boucher &#224; ce niveau sur des &#233;volutions dramatiques. Et d&#232;s lors la v&#233;ritable libert&#233; ne saurait &#234;tre dans l'exp&#233;rimentation capricieuse et anarchique, mais dans la connaissance v&#233;cue de ce qui est vrai et bon, car cela seul nous permet d'avancer vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette modernit&#233; se voit fond&#233;e sur une r&#233;volution permanente, impliquant une d&#233;valorisation syst&#233;matique du pass&#233;. Mais ce faisant on confond deux niveaux. L'un est le sens m&#234;me de l'histoire, la perception d'une diff&#233;rence cumulative intrins&#232;que entre le pass&#233; et le futur : indiscutable, elle existait d&#232;s le Moyen Age chr&#233;tien et caract&#233;rise en un sens l'Occident. L'autre est la survalorisation du pr&#233;sent ou de l'avenir et le m&#233;pris du pass&#233; ; eux sont purement modernes et se relient au refus de toute r&#233;f&#233;rence objective, notamment h&#233;rit&#233;e. On a d&#232;s lors &#233;limin&#233; la tradition comme source de r&#233;f&#233;rence, et c'est l&#224; qu'est la v&#233;ritable nouveaut&#233; sociale. Et du coup on se permet d'exp&#233;rimenter sans frein ni responsabilit&#233;, comme de nos jours avec l'euthanasie, le &#8216;mariage' homosexuel, ou les tripotages g&#233;n&#233;tiques. Tout ceci est coh&#233;rent avec le refus de toute norme sup&#233;rieure, de toute r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien, reconnus comme d&#233;sirables et normatifs par eux-m&#234;mes, comme de toute r&#233;alit&#233; morale naturelle objectivement constatable. Car &#233;videmment si on admet de telles r&#233;f&#233;rences, ce qui para&#238;t difficile &#224; &#233;viter si on croit un tant soit peu &#224; un progr&#232;s possible qui soit un vrai progr&#232;s, on comprend qu'on ne peut tout r&#233;inventer &#224; chaque instant et que de telles r&#233;f&#233;rences doivent &#234;tre l'objectif d'une recherche commune &#233;tal&#233;e au cours des si&#232;cles et s'approfondissant &#224; chaque g&#233;n&#233;ration. Pr&#233;cis&#233;ment ce qu'on appelle tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cite pour expliquer les motifs de cette attitude, le progr&#232;s &#233;conomique ou technique ; ou bien, en politique, ce qu'on pense &#234;tre la clef d&#233;finitive du progr&#232;s : la d&#233;mocratie, les droits de l'homme etc. Mais justement pour qu'il y ait eu un certain progr&#232;s dans ces domaines il a fallu que soit &#224; l'&#339;uvre un crit&#232;re de choix, de s&#233;lection, donc une r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien. En outre, s'il y a encore aujourd'hui un progressisme convaincu de l'automaticit&#233; du progr&#232;s sans r&#233;f&#233;rence objective, par son simple jeu, il est moins dominant. Bien des &#233;cologistes sont m&#234;me convaincus &#224; leur fa&#231;on que le pass&#233; lointain &#233;tait meilleur que notre avenir. Il y a donc, &#224; c&#244;t&#233; de la foi na&#239;ve en la sup&#233;riorit&#233; des m&#233;canismes relativistes et d'un libre-arbitre sans contr&#244;le, un doute profond, qui peut permettre d'esp&#233;rer une ouverture &#224; des options alternatives. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de la reconstruction d'une appr&#233;ciation saine du &lt;i&gt;sens positif de la tradition, ins&#233;r&#233; dans une vision orient&#233;e vers l'avenir, parce que fond&#233;e sur des r&#233;f&#233;rences &#224; valeur permanente, objective, mais en approfondissement constant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas de tradition l&#233;gitime sans r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;laboration de la juste compr&#233;hension du vrai et du bien est en effet &#224; comprendre comme un travail collectif &#233;tendu sur plusieurs g&#233;n&#233;rations. La tradition ainsi comprise n'est pas un mod&#232;le immuable, alors m&#234;me que les principes auxquels elle se r&#233;f&#232;re sont reconnus permanents. C'est le fruit collectif de la soci&#233;t&#233;, y compris des plus humbles, car, comme le rel&#232;ve Chesterton, rien dans la d&#233;mocratie ne s'oppose &#224; la tradition (sauf bien s&#251;r dans la mythologie de notre &#233;poque). Quand on critique la tradition, en fait on en appelle &#224; une minorit&#233; qui se dit &#233;clair&#233;e, et on la dresse contre une foule, la foule obscure de nos anc&#234;tres. Attitude qui n'a rien de d&#233;mocratique. Mais bien s&#251;r, par ailleurs, une tradition qui ne serait que r&#233;p&#233;tition aveugle ne saurait survivre. La &lt;i&gt;tradition vivante&lt;/i&gt; (la seule qui m&#233;rite attention et int&#233;r&#234;t) n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable, ni la r&#233;p&#233;tition d'un &#233;v&#233;nement fondateur &#224; r&#233;activer en permanence dans un &#233;ternel pr&#233;sent. &lt;i&gt;C'est la transmission d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences observ&#233;es et v&#233;cues, propos&#233;es comme visions d'un rapport possible au monde, fond&#233; en v&#233;rit&#233; et fondateur de r&#233;f&#233;rences communes, &#233;motionnellement puissantes autant qu'elles sont bas&#233;es sur l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;. Le v&#233;cu est ici essentiel, et donc cette dimension centrale de toute tradition qui est la transmission de personne &#224; personne. Une tradition est la transmission d'une connaissance dont on s'est p&#233;n&#233;tr&#233;, c'est-&#224;-dire finalement d'une chose v&#233;cue. Ce n'est donc pas simplement un concept ou un syst&#232;me explicatif, mais c'est toujours une exp&#233;rience &#224; vivre ; ou au minimum, ce qui nous &#233;claire sur ce que nous vivons, c'est-&#224;-dire nous le fait vivre de fa&#231;on plus pleine et plus consciente. &lt;i&gt;La tradition est dans cette optique fondamentalement orient&#233;e vers le futur&lt;/i&gt; : si elle rend hommage au pass&#233; en en tirant les enseignements, c'est que cela doit &#234;tre transmis aux g&#233;n&#233;rations futures. Comprise ainsi, doit-elle &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme vertueuse ? Evidemment ; car elle est un &#233;l&#233;ment essentiel de la vie de l'homme, qui non seulement a des exp&#233;riences personnelles, mais les a avec d'autres et par d'autres ; il re&#231;oit d'autres l'essentiel de ce qui le constitue, et notamment de ses pr&#233;d&#233;cesseurs sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition peut-elle &#234;tre l&#233;gitimement remise en question ? Le cas o&#249; la question se pose est celui o&#249; le flux de nouvelles informations, exp&#233;riences nouvelles, ou d&#233;couvertes dans le savoir para&#238;t remettre en question une tradition ant&#233;rieurement existante. Mais &#224; vrai dire, si la tradition en question portait sur un &#233;l&#233;ment d'exp&#233;rience r&#233;elle, v&#233;cue positivement, logiquement la solution optimale ne devrait pas consister dans son abolition. Tout au plus dans son int&#233;gration dans un contexte nouveau plus large. Du fait m&#234;me que la tradition transmet un v&#233;cu s&#233;lectionn&#233; pour son sens, sa v&#233;rit&#233; et sa signification, par nature elle ne devrait pas &#234;tre remise en cause en tant que telle, dans ses limites. Naturellement dans la pratique il peut en &#234;tre diff&#233;remment, car il y a des traditions erron&#233;es : fond&#233;es au d&#233;part sur un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233;, mais enkyst&#233;es dans l'erreur ou alli&#233;es avec elle. Ceci dit, m&#234;me en cas d'erreur av&#233;r&#233;e, il faudrait sauver ce que la vision ant&#233;rieure contenait d'humainement significatif. Ce qui montre l'erreur profonde des suppos&#233;es Lumi&#232;res du XVIIIe si&#232;cle : elles ont tent&#233; d'abolir le flux d'exp&#233;riences ant&#233;rieures au nom de principes suppos&#233;s complets et d&#233;finitifs, alors qu'il aurait fallu tenter d'en garder le v&#233;cu et l'exp&#233;rience positives. A nouveau, il faut voir le processus de transmission d'id&#233;es par la tradition, coupl&#233; avec leur renouvellement/enrichissement, comme la combinaison du souci de la permanence du concept vrai, avec la recherche constante de la cr&#233;ation-innovation &#8211; car l'histoire est transmission et jaillissement. La tradition vivante de la civilisation est le lieu dans lequel ce qui a &#233;t&#233; vu reconnu comme vrai en soi est transmis et enrichi par un processus irr&#233;versible d'immersion - cr&#233;ation dans le temps. Comprise ainsi une tradition est donc fondamentalement un d&#233;veloppement. On peut m&#234;me dire &lt;i&gt;qu'il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition&lt;/i&gt;, puisque le progr&#232;s suppose une accumulation qualitative et quantitative, ce qui implique de transmettre ce qui a &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233; et reconnu bon. Loin d'exclure l'innovation, elle en constitue le support, puisqu'une innovation ne vaut que si elle peut devenir tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception du travail collectif de la soci&#233;t&#233; est &#233;videmment incompatible avec la notion de R&#233;volution avec un grand R, prise dans son sens fort de volont&#233; utopique de changement radical de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, &#224; partir d'un jeu a priori de concepts. Le d&#233;fi de la transmission est une des d&#233;fis majeurs que nous avons &#224; affronter et aujourd'hui plus que jamais. En revanche bien s&#251;r c'est compatible avec une r&#233;volution (avec un petit r), comprise comme simple changement de r&#233;gime, notamment politique. Si en effet ces derni&#232;res peuvent (parfois) &#234;tre n&#233;cessaires, les premi&#232;res se sont r&#233;v&#233;l&#233;es constamment st&#233;riles et dangereuses. Tous les mythes r&#233;volutionnaires se ressemblent dans leur sottise essentielle, car ils supposent tous qu'on puisse r&#233;sumer dans un jeu de concepts l'ensemble du fonctionnement d'une soci&#233;t&#233;, avec ses multiples communaut&#233;s chacune dot&#233;e de son h&#233;ritage propre ; et qu'on puisse utiliser tel ou tel pouvoir pour mettre en &#339;uvre les th&#233;ories qu'on b&#226;tit l&#224;-dessus, le tout sans dommage pour les personnes, les communaut&#233;s ou les r&#233;f&#233;rences collectives qui les sous-tendent - alors m&#234;me que, ce faisant, ce pouvoir se d&#233;cha&#238;ne dans la violence et se d&#233;barrasse des contre-pouvoirs qui le limitaient.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tradition et progr&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que le temps &#233;tablit une diff&#233;rence de nature entre ce qui est avant et ce qui est apr&#232;s, au b&#233;n&#233;fice du second car il profite a priori de l'exp&#233;rience du premier. Mais cela ne justifie pas la pr&#233;tention de l'&#233;poque moderne qui se juge intrins&#232;quement sup&#233;rieure &#224; toutes celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e. Car cette sup&#233;riorit&#233; pour &#234;tre r&#233;elle supposerait deux choses. D'une part que l'exp&#233;rience des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes ait &#233;t&#233; r&#233;ellement int&#233;gr&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'on ait &#233;cout&#233; et assimil&#233; ce qu'ont pu nous dire nos pr&#233;d&#233;cesseurs. Il faut au minimum pour cela une vertu de m&#233;moire et une &#233;coute attentive des t&#233;moignages ant&#233;rieurs ; et donc un sens intense de l'histoire et de la tradition bien comprise. Ce qui comme on sait ne caract&#233;rise pas notre &#233;poque. &lt;i&gt;Paradoxalement toute pr&#233;tention &#224; la sup&#233;riorit&#233; suppose de valoriser pleinement les &#233;poques ant&#233;rieures, afin de s'appuyer sur elles.&lt;/i&gt; Qui affirme la possibilit&#233; de recommencer &#224; z&#233;ro reconna&#238;t par l&#224; le m&#234;me droit &#224; ses successeurs et exclut qu'une quelconque sup&#233;riorit&#233; puisse lui &#234;tre reconnue, ainsi qu'&#224; son temps. D'autre part, il faut que cette exp&#233;rience puisse &#234;tre int&#233;gr&#233;e r&#233;ellement, c'est-&#224;-dire qu'on ne se borne pas &#224; enregistrer le t&#233;moignage et &#224; le juger, mais qu'on soit autant que possible &#224; m&#234;me de saisir le sens humain de l'exp&#233;rience particuli&#232;re qu'ont v&#233;cue nos anc&#234;tres, comme exp&#233;rience particuli&#232;re d'&#233;poque, et en m&#234;me temps exp&#233;rience universelle. Ce qui pr&#233;suppose l'universalit&#233; de l'humain et la communicabilit&#233; des exp&#233;riences. En revanche l'historicisme qui d&#233;value les &#233;poques ant&#233;rieures en les consid&#233;rant incapables de communiquer avec la n&#244;tre d&#233;value par le m&#234;me fait sa propre pr&#233;tention &#224; la sup&#233;riorit&#233;, et se contredit donc. Dans le pass&#233;, des hommes ont v&#233;cu r&#233;ellement les exp&#233;riences qu'ils ont v&#233;cues. Il est impossible de les revivre telles quelles. Mais parce que l'humain est universel, il est possible d'assumer ce qu'ils nous ont transmis de t&#233;moignage vrai et pens&#233; de ce v&#233;cu, notamment &#224; travers la culture. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de la tradition. En r&#233;sum&#233; la tradition bien comprise est le mariage de deux &#233;l&#233;ments. D'un c&#244;t&#233;, la transmission d'une notion de ce qui est essentiel et donc par nature hors du temps, ou plus exactement de ce que nos pr&#233;d&#233;cesseurs en ont per&#231;u, m&#234;me si c'est in&#233;vitablement avec leurs limites. Et de l'autre, l'enrichissement progressif, cumulatif parce que r&#233;v&#233;rencieux et d&#233;vou&#233;, des progr&#232;s successifs que l'histoire nous permet d'enregistrer, sous l'&#233;clairage de ces r&#233;f&#233;rences objectives. Le tout transmis de fa&#231;on vivante, dans le cadre d'une &#233;ducation de la personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, il y a donc en principe la possibilit&#233; d'un progr&#232;s historique r&#233;sultant de la fl&#232;che du temps et de l'accumulation des exp&#233;riences et savoirs qui en r&#233;sultent. Il peut &#233;venuellement permettre d'affiner les exigences morales. On doit cependant ajouter que le seul progr&#232;s r&#233;sultant de l'accumulation d'exp&#233;riences dans le temps (sauf catastrophe), est quantitatif ou notionnel. Je veux dire par l&#224; &lt;i&gt;qu'il n'y a pas de progr&#232;s perceptible dans la sagesse&lt;/i&gt; (l'harmonie globale, personnelle ou collective), ni en termes de qualit&#233; ni d'intensit&#233;. Car cela, chaque g&#233;n&#233;ration doit le conqu&#233;rir pour elle-m&#234;me, parce que ce ne peut &#234;tre transmis tel quel par les mots et les id&#233;es ; cela doit &#234;tre v&#233;cu. On retrouve ici la limite de tout langage : on peut transmettre une id&#233;e mais pas faire percevoir &#224; l'autre la pl&#233;nitude de la chose ; on peut tout au plus la montrer. Et la fid&#233;lit&#233; est alors le meilleur garant de cette transmission, si l'on veut que cet h&#233;ritage soit bien v&#233;cu, car cela suppose le respect de principes justes et un cadre humainement &#233;ducatif et formateur ; donc qui guide la personne vers ce qu'elle ne conna&#238;t pas au d&#233;part (et qui ne peut donc r&#233;sulter de son choix). C'est l&#224; l'apport le plus important d'une tradition vivante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le risque de d&#233;rapage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais ce processus de progr&#232;s relatif peut &#234;tre remis en cause par de multiples facteurs. D'abord l'humanit&#233; est libre, y compris de faire de mauvais choix, et donc il est concevable voire in&#233;vitable qu'elle se lance &#224; l'occasion dans une impasse. Ensuite il est possible qu'un progr&#232;s relatif dans un certain sens conduise &#224; une erreur massive sous un autre angle, ou &#224; l'occultation de choses tr&#232;s importantes, ant&#233;rieurement acquises. Le cas &#233;vident de d&#233;viation est justement ce paradigme central de la modernit&#233;, qui met en seule priorit&#233; la pluralit&#233; libre des voies, consid&#233;r&#233;e comme seul bien en soi, et la suppos&#233;e d&#233;finition libre par chacun des valeurs qui comptent pour lui. Bien s&#251;r il y a un bien relatif dans la tol&#233;rance, et un autre dans la libert&#233; ou l'autonomie. Mais &lt;i&gt;afficher un tel primat absolu de neutralit&#233; exclut la recherche s&#233;lective qui est &#224; la base de toute tradition vivante, et par l&#224; de tout progr&#232;s&lt;/i&gt;. Le paradigme moderne qui ne voit de progr&#232;s que dans l'&#233;largissement de la marge de jeu imm&#233;diate de jeu de chacun est contradictoire avec le v&#233;ritable progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;poque moins qu'&#224; tout autre le progr&#232;s n'est donc pas garanti. L'innovation, en soi positive parce qu'apportant une exp&#233;rience nouvelle, peut avoir un effet globalement pervers si ce qui est ainsi explor&#233; d&#233;s&#233;quilibre notre horizon de vie et de valeurs et aboutit &#224; l&#233;guer &#224; la g&#233;n&#233;ration qui suit un bilan qui sera peut-&#234;tre quantitativement plus complexe (du moins pendant un certain temps) mais qualitativement appauvri et d&#233;s&#233;quilibr&#233;. On le voit dans le cas de la famille : laisser chaque individu bricoler le mod&#232;le familial qui lui convient n'a de sens que si l'on consid&#232;re tout mod&#232;le familial comme arbitraire, ce qui est contraire &#224; l'exp&#233;rience des civilisations (et au bon sens comme &#224; toute r&#233;flexion sur la loi naturelle). Croire qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses propres exp&#233;riences &#233;motionnelles, a priori immatures, sans consid&#233;ration des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Texte reprenant et adaptant des passages de mon &lt;i&gt;Temps Histoire Eternit&#233;&lt;/i&gt; Parole et Silence 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(modifi&#233; le 2 janvier 2013)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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