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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Redresser des m&#339;urs, un travail de Sisyphe ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Redresser-des-moeurs-un-travail-de-Sisyphe.html</link>
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		<dc:date>2026-09-26T09:11:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;natalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;r&#232;glement social</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir de la soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'ampleur de la mutation socioculturelle en cours n'est plus &#224; d&#233;montrer : culture, natalit&#233;, famille, niveau &#233;ducatif etc. Bien entendu les innovations techniques majeures de la p&#233;riode r&#233;cente ont leur r&#244;le, ainsi les r&#233;seaux sociaux, les smartphones ou l'IA. Mais l'explication reste insuffisante : apr&#232;s tout, les personnes restent libres de ce qu'elles font de ces jouets nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expliquer cela par des oppositions sociologiques ne suffit pas non plus ; il y a des facteurs plus profonds, et ils tiennent &#224; la conception m&#234;me de la vie et de la soci&#233;t&#233;. Comment les faire &#233;voluer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience, par exemple celle des politiques natalistes, montre que c'est en r&#233;alit&#233; difficile, m&#234;me si on met le paquet. Si on va contre une tendance lourde, m&#234;me des moyens puissants &#233;chouent &#224; donner le r&#233;sultat voulu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut pas tirer de cela une conclusion trop pessimiste. Bien au contraire. Car l'avantage paradoxal d'avoir pris conscience de cette r&#233;alit&#233;, c'est qu'on se d&#233;courage moins : au-del&#224; du manque de chance, ou des erreurs qu'on a commises, on sait qu'on va contre des forces lourdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc s'y faire et y aller quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Avenir-de-la-societe-+.html" rel="tag"&gt;Avenir de la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau stade de mutation socioculturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la mutation socioculturelle en cours n'est plus &#224; d&#233;montrer. Se greffant sur 60 ans de changements en profondeur, affectant les m&#339;urs au sens large, la famille, la relation &#224; toute forme d'autorit&#233;, la transmission du savoir, le contenu m&#234;me de ce qu'on appelle culture etc., elle vient les accentuer voire radicaliser. Sans &#234;tre exhaustif, on citera ainsi le nouvel effondrement du niveau scolaire, encore mis en lumi&#232;re par les classements PISA, celui encore aggrav&#233; de la natalit&#233; (et du d&#233;sir d'enfants), la rar&#233;faction relative des couples et la mont&#233;e de la solitude, le recul de la lecture, l'emprise sur l'universit&#233; et les m&#233;dias d'une culture de gauche essentiellement orient&#233;e vers la d&#233;construction (wokisme et autres), etc. Ou encore la pr&#233;f&#233;rence spectaculaire des jeunes de moins de 25 ans pour le vote M&#233;lenchon, alors qu'il repr&#233;sente la version depuis longtemps la plus outranci&#232;re, et aussi la plus inconsistante, de l'offre politique d'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que ceci vaut &#224; des degr&#233;s divers pour l'ensemble des pays d&#233;velopp&#233;s, au moins d'Europe et d'Am&#233;rique, m&#234;me si la France para&#238;t un des plus touch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu les innovations techniques majeures de la p&#233;riode r&#233;cente ont leur r&#244;le, ainsi les r&#233;seaux sociaux, les smartphones ou l'IA. Certains ont par exemple &#233;tabli une corr&#233;lation entre l'arriv&#233;e du smartphone et la r&#233;duction de la vie en couple. Cela a certainement jou&#233; une r&#244;le appr&#233;ciable. Mais l'explication reste insuffisante &#224; soi seul : apr&#232;s tout, les personnes restent libres de ce qu'elles font de ces jouets nouveaux. Si par exemple les gens donnent une priorit&#233; bien moindre au fait de fonder une famille et de faire des enfants, ce n'est pas d'abord la faute des smartphones. Il faut donc reconna&#238;tre une autre r&#233;alit&#233; plus profonde, celle d'une nouvelle mutation socioculturelle, voire anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des coupures qui ne se recouvrent pas &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, la situation n'est pas simple et ne se r&#233;duit pas &#224; une opposition binaire, car les oppositions qui ont &#233;merg&#233; sont loin de se recouvrir enti&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle par exemple beaucoup et &#224; raison de la coupure entre &#8216;somewhere' et &#8216;anywhere', entre des gens branch&#233;s sur une vie internationale ou pensant l'&#234;tre, et des gens relativement moins mobiles. Les analyses de Guilluy confirment leur pertinence dans le cas de la France. Mais on pourra &#233;voquer aussi l'&#233;mergence de plus en plus nette d'une forme de guerre des cultures &#224; l'am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait citer aussi une coupure nettement moins soulign&#233;e, mais tout aussi pertinente, celle qui oppose les tenants d'un conception classique de la culture, &#224; la fois &#224; une culture de masse largement am&#233;ricanis&#233;e, et &#224; une pseudo-&#233;lite attach&#233;e &#224; ce qu'on appelle Art contemporain et plus largement &#224; une &#8216;culture' de d&#233;construction. Mais aussi &#224; une culture idol&#226;trique de la technologie et du d&#233;passement de l'homme (transhumanisme etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ces oppositions ne se recouvrent pas. Pour prendre un exemple am&#233;ricains, un conservateur classique va voter Trump, alors m&#234;me que ce dernier est de fa&#231;on particuli&#232;rement spectaculaire l'antith&#232;se de la culture et de l'&#233;ducation classiques, comme le sont sous une autre angle les tenants d'un d&#233;passement de l'homme par la technologie, eux aussi soutiens du m&#234;me Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des facteurs plus profonds, et ils tiennent &#224; la conception m&#234;me de la vie et de la soci&#233;t&#233;. Comment les faire &#233;voluer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on faire &#233;voluer des m&#339;urs ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est manifeste que de telles &#233;volutions, si elles se prolongent sur la dur&#233;e, auront des effets catastrophiques sur la communaut&#233;. Que peut-on faire pour changer ? Comment sortir de l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de fond est la difficult&#233; &#224; faire &#233;voluer des m&#339;urs quand la direction qu'on souhaite n'est pas dans la logique du mouvement de la soci&#233;t&#233;. Prenons une question, la natalit&#233;, et un exemple extr&#234;me : le r&#233;gime communiste chinois. Dans un premier temps, apr&#232;s Mao, il s'est engag&#233; dans la voie de l'enfant unique - avec une violence inou&#239;e. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233; en d&#233;finitive impressionnant ; pas tant dans les villes, qui allaient d&#233;j&#224; spontan&#233;ment dans ce sens, mais surtout dans les campagnes. Depuis, le r&#233;gime s'est aper&#231;u des effets d&#233;sastreux de cette natalit&#233; effondr&#233;e et met au contraire tout son poids pour une remont&#233;e. Or cette fois cela ne marche pas. Pourquoi ? Parce que cela va contre une tendance lourde &#224; l'effondrement de la natalit&#233;, particuli&#232;rement marqu&#233;e dans toute l'Asie orientale. Plus g&#233;n&#233;ralement, dans ce domaine l'exp&#233;rience des pays les plus vari&#233;s est la m&#234;me : les campagnes natalistes, notamment &#224; coup de d&#233;penses d'aide, n'ont qu'un effet limit&#233;, pas nul mais insuffisant. Cela ne les invalide pas, tout au contraire, car de telles aides sont justifi&#233;es et n&#233;cessaires. Mais cela confirme l'analyse : si on va contre une tendance lourde, m&#234;me des moyens puissants &#233;chouent &#224; donner le r&#233;sultat voulu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai de la natalit&#233; l'est &#233;videmment de bien d'autres questions. Entre autres, de la formation de couples, de l'utilisation des r&#233;seaux sociaux, ou encore de l'attention des parents pour le travail scolaire de leurs enfants, dont l'enqu&#234;te PISA montre qu'elle baisse de fa&#231;on assez g&#233;n&#233;rale, y compris dans les milieux favoris&#233;s. Sans parler de l'avenir de la culture (la vraie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la question est tr&#232;s diff&#233;rente et bien plus complexe que celle qui se pose &#224; qui veut modifier le comportement de consommateurs, ou encore sensibiliser &#224; l'&#233;cologie. Car dans ces derniers cas on aborde des domaines plus concrets, o&#249; l'utilisation d'incitations mat&#233;rielles (subventions, taxation, etc.) est relativement appropri&#233;e et souvent efficace. Dans les questions de m&#339;urs et de culture en revanche, cela ne suffit pas, et en outre l'usage de moyens coercitifs suscite des r&#233;actions indign&#233;es. Car on choque les gens dans des convictions profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mutation trop profonde pour &#234;tre command&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de recette simple. A vrai dire, cela ne devrait pas surprendre. Car une &#233;volution extr&#234;mement profonde comme celle en cours, bouleversant les m&#339;urs et la culture, a n&#233;cessairement elle-m&#234;me des causes profondes et structurelles, trouvant ses racines dans trois si&#232;cles de bouleversements et de remises en cause. J'ai analys&#233; ce ph&#233;nom&#232;ne dans plusieurs ouvrages en recourant &#224; la notion de paradigme, que Thomas Kuhn a popularis&#233; dans le cas de l'histoire des sciences : un paradigme est ce qui structure la production m&#234;me des id&#233;es et de la pens&#233;e dans une soci&#233;t&#233; ou un groupe donn&#233;. M&#234;me dans un domaine comme la science, tant qu'un paradigme reste dominant, on ne parvient pas &#224; accr&#233;diter des id&#233;es ou des hypoth&#232;ses qui sortent de sa logique. Il n'est d&#233;pass&#233; que lorsqu'il &#233;choue manifestement &#224; permettre de r&#233;soudre des questions importantes, clairement per&#231;ues, mais qu'&#224; ce moment un nouveau paradigme &#233;merge, qui lui y r&#233;pond. Le paradigme moderne qui commence &#224; &#233;merger au XVIIe sicle et a abouti au relativisme actuel et &#224; la d&#233;construction, sous couvert d'&#233;mancipation mais en r&#233;alit&#233; de scepticisme et de mat&#233;rialisme, est dans ce cas ; et il continue en fait &#224; r&#233;guler notre pens&#233;e collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera d&#233;pass&#233; bien s&#251;r. Mais d'ici l&#224; toute pens&#233;e alternative se trouve devant la t&#226;che de Sisyphe remontant son rocher, ou, si on est plus positif, du voilier navigant avec des vents contraires. Ce dernier exemple montre qu'il est possible d'agir ; mais ce n'est pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut cependant pas tirer de tout cela une conclusion trop pessimiste. Bien au contraire. Car l'avantage paradoxal d'avoir pris conscience de cette r&#233;alit&#233;, c'est qu'on se d&#233;courage moins : au-del&#224; du manque de chance, ou des erreurs qu'on a commises, on sait qu'on va contre des forces lourdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc s'y faire et y aller quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre sur &lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Natalit&#233; : quand une soci&#233;t&#233; ne croit plus en son avenir</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Natalite-quand-une-societe-ne-croit-plus-en-son-avenir.html</link>
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		<dc:date>2024-02-22T16:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;natalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Natalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir de la soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'effondrement de la natalit&#233; fran&#231;aise est un &#233;v&#233;nement majeur et nous sommes d&#233;sormais loin du seuil de remplacement de 2,05. En cela on rejoint l'&#233;volution des autres pays d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or de tels niveaux de natalit&#233; ne peuvent pas &#234;tre un &#233;tat permanent de l'humanit&#233;, car ils signifient &#224; terme long la disparition de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des facteurs &#233;conomiques, cela traduit une forme de d&#233;pression collective, d'implosion sourde. Comme si le ressort avait disparu ou s'&#233;tait d&#233;tendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Demographie-.html" rel="directory"&gt;Natalit&#233;, r&#244;le des sexes &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Denatalite-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;natalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Natalite-+.html" rel="tag"&gt;Natalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Avenir-de-la-societe-+.html" rel="tag"&gt;Avenir de la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'effondrement de la natalit&#233; fran&#231;aise est un &#233;v&#233;nement majeur ; avec 1,68 enfants par femme, migrants compris, nous sommes d&#233;sormais loin du seuil de remplacement de 2,05. Certes cela rejoint l'&#233;volution des autres pays d&#233;velopp&#233;s ; mais ce qu'on pouvait voir comme une exception et une r&#233;ussite est d&#233;sormais &#224; peine diff&#233;rent de ce qui se passe ailleurs. M&#234;me s'il y a bien pire, comme en Cor&#233;e du Sud (0.8 enfants par femme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le constat d&#233;mographique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai montr&#233; dans &lt;i&gt;Les dilemmes de la natalit&#233;&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Les-dilemmes-de-la-natalite.html)&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Les-d...&lt;/a&gt; la natalit&#233; peut pendant un temps &#234;tre en dessous du seuil de renouvellement : la population baisse, cela cr&#233;e de graves probl&#232;mes pour les retraites et pour la cr&#233;ativit&#233; collective, mais c'est concevable. En revanche sur la longue dur&#233;e cela d&#233;bouche sur la disparation de la population concern&#233;e. Ce qui veut dire que nos niveaux de natalit&#233; ne peuvent pas &#234;tre un &#233;tat permanent de l'humanit&#233;. On r&#233;p&#232;te en &#233;cologie que l'humanit&#233; ne pourrait pas vivre selon l'actuel mode de vie am&#233;ricain, car la plan&#232;te n'y suffirait pas. La m&#234;me phrase peut &#234;tre prise en sens inverse : l'humanit&#233; ne peut pas vivre ind&#233;finiment avec la natalit&#233; actuelle des pays avanc&#233;s, car elle dispara&#238;trait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or tous les pays, d&#232;s qu'ils atteignent un certain niveau de d&#233;veloppement (au moins social et culturel, sinon &#233;conomique, au moins de mentalit&#233;), ont des seuils de remplacement inf&#233;rieurs &#224; 1,7 enfants par femme et souvent beaucoup moins, la principale exception &#233;tant en Afrique noire. Et il est &#233;vident que cet effondrement ne r&#233;sulte en rien d'un choix individuel ou collectif pour une r&#233;duction temporaire, afin d'atteindre un niveau de population plus faible, jug&#233; plus d&#233;sirable. Ce qui se passe est d'une autre nature et m&#233;rite un examen particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incidemment, la question de l'Afrique se pose et elle est majeure. L'inertie d&#233;mographique est telle que m&#234;me si la natalit&#233; africaine (moyenne de plus de 4 enfants par femme) venait &#224; baisser fortement et rapidement, la croissance de la population y restera tr&#232;s &#233;lev&#233;e jusqu'au si&#232;cle prochain (9% de la population mondiale en 1900, 25% en 2050, 40 % en 2100). Ce qui veut dire que se profile un autre probl&#232;me majeur : le d&#233;s&#233;quilibre entre l'Afrique noire et le reste du monde, et en particulier l'Europe voisine. Mais c'est une autre question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel diagnostic ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi a-t-on des enfants ? Il y avait autrefois deux dimensions majeures d&#233;sormais caduques : une sexuelle et biologique ; et une &#233;conomique, le souci de ses vieux jours, qui pour la majorit&#233; des gens &#233;tait assur&#233; par les enfants. Or ces deux facteurs ont disparu de nos soci&#233;t&#233;s : le lien entre sexualit&#233; et reproduction peut d&#233;sormais &#234;tre suspendu ; et les vieux jours sont assur&#233;s par des dispositifs sociaux. De m&#234;me, la satisfaction de transmettre &#224; ses enfants un outil de travail ou une propri&#233;t&#233; peut subsister mais pas pour la majorit&#233; des gens. Restent donc les seules motivations personnelles, morales, spirituelles, ou affectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traditionnellement, le d&#233;sir d'enfant a deux composantes : l'un est l'amour, cette g&#233;n&#233;rosit&#233; naturelle qui fait que faire des enfants et les &#233;lever est une des joies les plus grandes et les plus nobles ; l'autre est le prolongement de soi-m&#234;me que les enfants repr&#233;sentent, et, plus largement, le renouvellement de la soci&#233;t&#233;, la continuation de la vie. Il semble que ces deux motivations subsistent comme d&#233;sirs profonds, mais que d'autres consid&#233;rations sont plus fortes et expliquent la baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tend souvent &#224; en chercher la cause dans la dimension &#233;conomique ; par exemple le recul de la politique familiale en France (effectivement lamentable notamment depuis Hollande). Ou dans certains pays les exigences sociales ressenties, qui font des enfants un fardeau lourd : jeunes tra&#238;nant chez leurs parents jusqu'&#224; plus de 30 ans en Italie ; ou poids de la scolarit&#233; au sens large en Asie de l'Est. On met aussi en avant l'angoisse &#233;cologique et un souhait de diminution de la population, r&#233;pandu dans les jeunes g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces facteurs sont r&#233;els mais jouent de fa&#231;on variable selon les pays, alors que l'effondrement de la natalit&#233; est g&#233;n&#233;ral. Et si une politique familiale g&#233;n&#233;reuse est n&#233;cessaire, elle n'est pas suffisante, comme le montrent les pays nordiques (Finlande en particulier) et d'autres. D'ailleurs, on a autrefois assum&#233; sans faiblir des niveaux de natalit&#233; bien plus &#233;lev&#233;s avec des niveaux de vie autrement plus bas, ainsi en Europe au XIXe si&#232;cle (le surplus partant aux Am&#233;riques) ; le contre-exemple fran&#231;ais, dont la natalit&#233; &#233;tait alors relativement effondr&#233;e, montrant qu'un choix diff&#233;rent &#233;tait techniquement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une implosion int&#233;rieure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc manifestement une autre dimension, qui touche aux pr&#233;f&#233;rences collectives et au syst&#232;me de valeurs. C'est bien s&#251;r d'abord l'h&#233;donisme ambiant et la pr&#233;f&#233;rence pour des alternatives autrement moins engageantes que des enfants, et que beaucoup trouvent plus gratifiantes. Et la fragilisation de la famille, qui est un autre sympt&#244;me du m&#234;me mal. Nos soci&#233;t&#233;s n'ont pas int&#233;gr&#233; ce que je soulignait dans un article pr&#233;c&#233;dent (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Famille-et-vie-professionnelle-changer-de-paradigme.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Famil...&lt;/a&gt; ), que toute personne a deux responsabilit&#233;s majeures &#224; assurer dans la soci&#233;t&#233; : son r&#244;le professionnel, et sa vie familiale, et qu'entre 25 et 35 ans la famille devrait avoir une priorit&#233;, notamment pour les jeunes femmes, sans nuire &#224; leur perspective professionnelle. Ce que nos soci&#233;t&#233;s refusent absolument de voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela nous met sur la piste d'un autre facteur, d'ordre spirituel au sens large du terme, comme le soulignent r&#233;cemment plusieurs auteurs peu suspects de nostalgie. Ainsi dans un livre r&#233;cent le sociologue allemand H. Rosa, apr&#232;s avoir not&#233; que notre soci&#233;t&#233; est fond&#233;e sur une croissance constante, mais se heurte &#224; l'impression actuelle de d&#233;gradation, notamment &#233;cologique, rappelle que pour donner un sens &#224; nos vies (ou reconna&#238;tre ce sens) nous avons besoin d'&#234;tre interpell&#233;s par une r&#233;alit&#233; sup&#233;rieure (Dieu ou analogue) qui offre &#224; la fois une perspective au-del&#224; des donn&#233;es imm&#233;diates de ce monde, une motivation forte pour croire en un avenir malgr&#233; les peurs, et en d&#233;finitive une forme de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On objectera que si la corr&#233;lation entre natalit&#233; et foi chr&#233;tienne a &#233;t&#233; longtemps forte, ce n'est plus vrai : on a par exemple &#224; la fois une pratique religieuse encore forte mais une faible natalit&#233; en Italie, Pologne etc. Mais en r&#233;alit&#233;, si les consid&#233;rations ambiantes l'emportent, c'est &#233;videmment parce que la foi y est en r&#233;alit&#233; faible et impacte peu la vie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on convergente, E. Todd dans son dernier livre rapproche l'effondrement de toute r&#233;alit&#233; religieuse, m&#234;me r&#233;siduelle, dans les pays avanc&#233;s (et notamment du protestantisme anglosaxon) avec la d&#233;sagr&#233;gation de la famille et l'effondrement de la natalit&#233;. D'o&#249; un nihilisme latent, qui se traduit aussi dans le recul massif du patriotisme et plus g&#233;n&#233;ralement du sens de la soci&#233;t&#233;, ou dans la pr&#233;f&#233;rence pour la consommation par rapport &#224; la production. D'o&#249; aussi la tendance &#224; la baisse du niveau culturel et &#233;ducatif (et m&#234;me du QI). J'y ajouterai une p&#233;dagogie aberrante fruit du relativisme, qui n'est plus tourn&#233;e vers l'&#233;ducation et la transmission d'un savoir et d'une culture. Et qui donc de fait n'est plus tourn&#233;e vers l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pointe vers une forme de d&#233;pression collective, d'implosion sourde, int&#233;rioris&#233;e mais collectivement entretenue, et tout &#224; fait compatible, au moins pendant un temps, avec des m&#339;urs dans l'ensemble plut&#244;t douces, sans signal imm&#233;diat et manifeste de narcose, alors que celle-ci progresse sourdement. Comme si le ressort avait disparu ou s'&#233;tait d&#233;tendu. C'est grave, docteur. Sans retournement majeur, c'est m&#234;me &#224; terme mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine &lt;i&gt; n&#176; 233&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi mon article : &lt;i&gt;La politique familiale est n&#233;cessaire, mais elle ne suffit pas pour redresser la d&#233;mographie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-politique-familiale-est-necessaire-mais-elle-ne-suffit-pas-pour-redresser-la.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-po...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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