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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>R&#233;seaux sociaux : priorit&#233; &#224; la responsabilisation. Ni censure, ni anonymat, ni algorithmes opaques.</title>
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		<dc:date>2025-01-16T17:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Algorithme</dc:subject>
		<dc:subject>Censure</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Encore stup&#233;faits par la victoire de Trump et l'activisme d'Elon Musk, nos gardiens du temple politiquement correct d&#233;couvrent le ralliement de Mark Zuckerberg et Meta &#224; la m&#233;thode Musk : plus de censure sur les r&#233;seaux sociaux sauf cas tr&#232;s sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pour la libert&#233; d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle suppose qu'on assume ses responsabilit&#233;s. Du moins si on ne veut pas naviguer dans des &#233;gouts. Ou nourrir une viralit&#233; d&#233;lirante. Ou subir les manipulations opaques des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc plus de censure (hors ill&#233;galit&#233;s). Mais plus de pseudonymes. Et transparence des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Algorithme-+.html" rel="tag"&gt;Algorithme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Censure-+.html" rel="tag"&gt;Censure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Reseaux-sociaux-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;seaux sociaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Encore stup&#233;faits par la victoire de Trump et l'activisme d'Elon Musk, nos gardiens du temple politiquement correct d&#233;couvrent le ralliement de Mark Zuckerberg et Meta &#224; la m&#233;thode Musk : pas de censure sur les r&#233;seaux sociaux sauf cas tr&#232;s sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; d'expression est en soi une bonne cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la r&#233;alit&#233; des r&#233;seaux sociaux soul&#232;ve de vraies interrogations si on ne veut pas devoir naviguer dans des &#233;gouts, ou subir des d&#233;rives de viralit&#233;. Cela pose en effet deux grandes familles de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des utilisateurs, la responsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qu'on &#233;crit et publie. Du c&#244;t&#233; des r&#233;seaux, l'opacit&#233; plus ou moins manipulatrice et int&#233;ress&#233;e de leurs algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les usagers sont responsables de ce qu'ils disent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On souligne &#224; raison la prolif&#233;ration sur les r&#233;seaux sociaux d'informations fausses, de paroles haineuses, ou m&#234;me d'images truqu&#233;es, ce qui devient &#224; la port&#233;e de tout un chacun avec ChatGPT et autres. En soi, il n'y a l&#224; rien de nouveau sous le soleil. Il suffit de rappeler les gravures diffamatoires visant Marie-Antoinette juste avant la R&#233;volution. La grande nouveaut&#233;, outre la facilit&#233; de fabrication de faux, est surtout l'&#233;norme diffusion qu'il est possible d'atteindre, par l'existence m&#234;me du r&#233;seau, et ensuite si on cr&#233;e un effet de viralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par cela qu'ont &#233;t&#233; justifi&#233;es les proc&#233;dures de filtrage ou censure, souvent trait&#233;es sous l'euph&#233;misme de v&#233;rification des faits (fact-checking). Avec le r&#233;sultat d'une part d'une efficacit&#233; douteuse, et d'autre part de tomber sous l'accusation de contr&#244;le id&#233;ologique. Chacun sait que le terme de &#171; discours de haine &#187; vise en pratique prioritairement toute remise en cause un peu vive de l'immigration, de l'islam, ou de l'id&#233;ologie woke, entre autres. Mais censurer la critique de l'immigration sous pr&#233;texte de messages &#8216;haineux' ou &#8216;sulfureux' n'est pas acceptable (sauf violence). Et m&#234;me, Mark Zuckerberg a confirm&#233; qu'il avait re&#231;u des instructions pr&#233;cises de l'administration am&#233;ricaine de filtrer toutes les critiques de la politique de vaccination massive &#224; l'&#233;poque Covid, ou des donn&#233;es sur le fils Biden. Tout cela n'est pas transparent, et franchement inacceptable dans un contexte l&#233;gal o&#249; la libert&#233; d'expression est suppos&#233;e garantie. Et quand le filtrage est fait par Lib&#233;, on ne peut qu'en rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste inversement que la question existe. N'importe quel abruti peut prendre un pseudonyme et diffuser tout ce qui lui passe par la t&#234;te sans le moindre risque. Or dans la vraie vie, c'est diff&#233;rent. Celui qui &#233;nonce ce genre de chose dans la rue ou au caf&#233; peut avoir une r&#233;action plus ou moins vigoureuse, et peut &#234;tre reconnu. Et celui qui l'&#233;crit est connu soit du public soit au minimum de l'&#233;diteur ou du m&#233;dia. Ce qui est juste. La libert&#233; suppose la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses s'imposent donc. D'un c&#244;t&#233;, l'interdiction des pseudonymes - ou en cas d'utilisation r&#233;guli&#232;re de l'un d'entre eux, l'enregistrement de la personne sous son vrai nom, avec preuve, aupr&#232;s du r&#233;seau. D'o&#249; entre autre l'&#233;limination des robots et faux comptes. D'un autre c&#244;t&#233;, la responsabilit&#233; de celui qui publie sur ses &#233;crits, comme pour une publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment-l&#224;, le besoin de filtrage ne subsiste que pour ce qui est manifestement ill&#233;gal (p&#233;dopornographie, harc&#232;lement, produits illicites, appels au terrorisme, contenus violents etc.). Plus le contr&#244;le par la communaut&#233; des utilisateurs, car cela correspond &#224; ce qui se passe par ailleurs dans la soci&#233;t&#233;. X et Meta se r&#233;clament de cette approche : il faut v&#233;rifier la qualit&#233; de la mise en &#339;uvre, mais le principe en est a priori plus sain qu'une censure id&#233;ologique. Ou que les &#8216;signaleurs de confiance', chers &#224; la r&#232;glementation europ&#233;enne (DSA), et en fait militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les algorithmes de recommandation des r&#233;seaux sont anormalement opaques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;seaux sociaux pr&#233;sentent ensuite une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; tout autre support d'&#233;dition et de communication : les algorithmes par lesquels ils d&#233;cident, dans une opacit&#233; parfaite, de ce qui va &#234;tre pr&#233;sent&#233; au client, du d&#233;roul&#233; des posts, images ou messages, et des publicit&#233;s. Cela vise tous les r&#233;seaux sociaux (Facebook, Instagram, Tiktok et autres), mais aussi &#224; leur fa&#231;on les moteurs de recherche (type Google). En un sens, c'est une n&#233;cessit&#233; : une pr&#233;sentation purement chronologique ou al&#233;atoire ne serait en g&#233;n&#233;ral pas satisfaisante. Mais en r&#233;alit&#233;, les algorithmes de nos r&#233;seaux vont bien au-del&#224; d'un r&#244;le de recommandation qui serait purement affinitaire et bienveillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central est que nous avons affaire &#224; des soci&#233;t&#233;s commerciales, qui vivent de publicit&#233; (et de la vente de bases de donn&#233;es, point important mais allant au-del&#224; de notre sujet ici). Qui dit r&#233;mun&#233;ration de la publicit&#233; dit probabilit&#233; que quelqu'un les regardera. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t des r&#233;seaux de maximiser ce regard, ce temps de pr&#233;sence et d'attention. On va donc traiter les posts en calculant la probabilit&#233; qu'ils ont d'attirer l'attention (les crit&#232;res pouvant varier selon les r&#233;seaux : dur&#233;e de visionnage, nombre de &#8216;j'aime' ou de commentaires, inscription dans une tendance, nombre de suiveurs etc.). Outre les cas o&#249; ils sont payants (publicit&#233;s), cela vise la viralit&#233;, au motif que ce qui est beaucoup vu par certains a toutes chances de l'&#234;tre plus encore par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce syst&#232;me est parfaitement opaque. Et les utilisateurs sont en revanche totalement d&#233;munis par rapport &#224; l'algorithme. Si autrefois vous lisiez une journal marxiste, vous saviez comment ils analysaient les choses, leur grille id&#233;ologique. L&#224; ce n'est pas accessible. Certes, les utilisateurs astucieux s'adaptent et tentent d'influencer les algorithmes, en lui offrant ce qui lui parle le plus, et pour cela on adapte son discours. Ce que trie l'algorithme n'est donc pas une mati&#232;re premi&#232;re neutre : elle est organis&#233;e pour &#234;tre s&#233;lectionn&#233;e par lui. Mais de ce fait, lui doit de son c&#244;t&#233; en permanence s'adapter. Or on ne connait pas plus ces changements que le syst&#232;me de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les utilisateurs restent et subissent, car l'utilit&#233; du produit (l'usage gratuit du syst&#232;me, l'effet distractif, et surtout le fait de se sentir dans le coup) est bien trop grande - d'autant plus que chaque r&#233;seau social a une sorte de monopole naturel sur son cr&#233;neau. Ce choix se fait sans appr&#233;ciation suffisante de ce que contient r&#233;ellement ce qui est offert. Et surtout l'utilisateur n'a que tr&#232;s peu de moyens de le r&#233;guler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer que cela implique une certaine individualisation, fonction de ce que le syst&#232;me a pu percevoir des centres d'int&#233;r&#234;t de celui qui regarde. Mais en r&#233;alit&#233;, cela aboutit surtout &#224; faire regrouper ces utilisateurs par classe d'affinit&#233;s. Ces algorithmes replient chacun sur un mod&#232;le statistique moyen, en constituant des petits groupes relativement homog&#232;nes, plut&#244;t consensuels mais mutuellement herm&#233;tiques. Cela joue un r&#244;le ind&#233;niable dans la polarisation des opinions, mais aussi dans leur antagonisation. En m&#234;me temps, ce que le syst&#232;me retient de chacun est en fait une image tr&#232;s r&#233;duite, orient&#233;e en fonction des besoins dudit syst&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans d'autres domaines comme la mode, la recherche de l'individualit&#233; aboutit &#224; une image tr&#232;s r&#233;ductrice, opaque &#224; l'individualit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le syst&#232;me cultive le buzz permanent et donc un mouvement apparent ; d&#232;s lors celui qui passe du temps sur ces r&#233;seaux et y investit affectivement est constamment ballot&#233; en fonction du flux qui lui arrive. Ces algorithmes de r&#233;seaux sociaux r&#233;gissent une bonne partie des interactions entre les personnes dans nos soci&#233;t&#233;s, parfois pendant plusieurs heures par jour. Par l&#224; m&#234;me ils contribuent &#224; fa&#231;onner nos soci&#233;t&#233;s, mais sans aucune forme de responsabilit&#233;, ni de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les algorithmes peuvent rendre certains contenus pratiquement invisibles sans les supprimer explicitement, en les rel&#233;guant en bas de la file -ce qui n'est pas imm&#233;diatement perceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transparence et responsabilit&#233; : que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne condamne pas les r&#233;seaux sociaux dans leur principe. Mais cela conduit &#224; prendre du recul par rapport &#224; leur fonctionnement. Et &#224; rechercher les moyens d'en r&#233;duire l'opacit&#233; et d'instaurer plus de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, l'opacit&#233; totale de ces algorithmes quasi-monopolistes est anormale. Ils devraient donc publier explicitement et en d&#233;tails la m&#233;thode : ce qui fait qu'un post est privil&#233;gi&#233; dans le d&#233;roul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite il devrait &#234;tre possible pour l'utilisateur de s&#233;lectionner r&#233;ellement ce qui lui est pr&#233;sent&#233; &#8211; quitte &#224; ce que ce service ne soit pas gratuit. Avec en outre la possibilit&#233; de revisiter les posts plus anciens, comme des articles de journaux qui gardent leur int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les r&#233;seaux devraient &#234;tre responsabilis&#233;s sur les effets de buzz. Cela existe ou a exist&#233; sur les march&#233;s financiers : quand un cours de bourse ou de valeur &#233;volue trop vite de fa&#231;on d&#233;lirante, on arr&#234;te pendant un temps les transactions. De m&#234;me, un buzz suspect devrait conduire &#224; un coupe-feu d'une dur&#233;e raisonnable, r&#233;p&#233;t&#233; si n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il serait souhaitable que des r&#233;seaux alternatifs nouveaux, moins obs&#233;d&#233;s par la publicit&#233; et donc financ&#233;s autrement, offrent une vraie possibilit&#233; de rencontres et d'&#233;changes, bas&#233;s sur des affinit&#233;s reconnues et choisies par les utilisateurs, avec des algorithmes qui soient &#224; leur service et non &#224; celui du buzz et par l&#224; de la maximisation du profit publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restera bien s&#251;r toujours l'effet d'addiction et de divertissement sur l'utilisateur. Mais l&#224;, c'est &#224; chacun de se discipliner&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Intelligence artificielle : le d&#233;fi</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Intelligence-artificielle-le-defi.html</link>
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		<dc:date>2023-03-26T15:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Algorithme</dc:subject>
		<dc:subject>Intelligence artificielle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On est fascin&#233; par ce qu'on a appel&#233; une peu vite Intelligence artificielle (IA) et plus encore avec la capacit&#233; de ChatGPT &#224; produire des textes en langage courant en r&#233;ponse &#224; une question quelconque, et d'engager un dialogue que rien ne distingue en apparence de la r&#233;ponse d'une personne. Mais le m&#234;me ChatGPT s'est aussi signal&#233; par sa capacit&#233; &#224; dire n'importe quoi quand il n'avait pas les r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ph&#233;nom&#232;ne consid&#233;rable, l'IA a aussi ses limites, et ce n'est pas vraiment une intelligence. Mais cela ne l'emp&#234;chera pas de secouer notre monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qu'on appelle Intelligence artificielle ou IA est une ensemble vari&#233; de techniques informatiques effectuant des op&#233;rations complexes d'analyse et de traitement de donn&#233;es, pr&#233;sent&#233;es un peu vite comme analogues &#224; l'intelligence humaine ou capables de la simuler. C'est donc une formidable machine de traitement de donn&#233;es, renforc&#233;e par une capacit&#233; d'apprentissage automatique et donc d'auto-perfectionnement. Et le progr&#232;s technique va multiplier ces possibilit&#233;s, notamment avec les ordinateurs quantiques lorsqu'ils seront pleinement fiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que la fiabilit&#233; et l'efficacit&#233; de l'IA d&#233;pendent directement de deux s&#233;ries de facteurs : la richesse et la pertinence des bases de donn&#233;es d'une part, la qualit&#233; des algorithmes de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des r&#233;sultats de l'IA sont particuli&#232;rement visibles et spectaculaires. Ainsi le fait de pouvoir battre les plus grands champions aux &#233;checs puis au go ou m&#234;me au poker. Ou plus r&#233;cemment la capacit&#233; de ChatGPT &#224; produire des textes en langage courant en r&#233;ponse &#224; une question quelconque, et d'engager un dialogue que rien ne distingue en apparence de la r&#233;ponse d'une personne : des &#233;l&#232;ves ont pu ainsi faire r&#233;diger leur devoir par le syst&#232;me, de fa&#231;on superficiellement m&#233;connaissable (sauf l'absence de fautes d'orthographe&#8230;). Parall&#232;lement l'IA est utilis&#233;e massivement dans de multiples applications plus sp&#233;cialis&#233;es tr&#232;s efficaces, dont on se sert tous les jours : moteurs de recherche, itin&#233;raire, traduction, reconnaissance faciale, pilotage automatique, diagnostic m&#233;dical etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, les interrogations pratiqu&#233;es ici ou l&#224; de ce m&#234;me ChatGPT en ont montr&#233; les limites : des erreurs mat&#233;rielles - quand il ne sait pas bien, il extrapole all&#233;grement et invente. Et des incoh&#233;rences logiques : le syst&#232;me ne raisonne pas, mais combine des donn&#233;es de fa&#231;on probabiliste ; bien s&#251;r elles-m&#234;mes contiennent des raisonnements, mais ChatGPT ne fait que les regrouper. Personnellement je l'ai interrog&#233; sur mon propre cas, et j'ai &#233;t&#233; stup&#233;fait de voir le syst&#232;me me donner avec un total aplomb et de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e des informations factuelles parfaitement fausses, et ne ressemblant que de loin &#224; la r&#233;alit&#233; (date de naissance, profil de carri&#232;re, appartenance &#224; des organisations etc.). On nous promet moins d'erreurs avec GPT-4 (nouvelle version qui sort) ; mais il reste qu'on ne peut confondre un outil probabiliste avec une recherche directe de faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en r&#233;sum&#233; un ensemble d'outils tr&#232;s puissants dans des domaines sp&#233;cialis&#233;s, o&#249; la probabilit&#233; obtenue peut &#234;tre tr&#232;s forte, m&#234;me s'ils ont besoin de surveillance humaine compte tenu des rat&#233;s - et beaucoup moins convaincants lorsque le champ s'&#233;largit au-del&#224; de ses zones de validit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les zones de succ&#232;s sont suffisamment larges pour qu'on puisse pr&#233;voir que le d&#233;veloppement de son r&#244;le &#224; l'avenir sera massif. Si vous tapez Intelligence artificielle sur Google vous tombez en majorit&#233; sur des publicit&#233;s de services expliquant aux entreprises comme s'assurer de ses bienfaits. Ce qui pose d'ailleurs pour ces utilisateurs de nombreuses et importantes interrogations : d'ordre technique car ces bases de donn&#233;es sont co&#251;teuses et tr&#232;s sensibles aux perturbations (y compris malveillantes) et que la d&#233;marche IA n'a de sens que sur une &#233;chelle et dans des conditions suffisantes ; et d'ordre &#233;thique, notamment sur la qualit&#233; des donn&#233;es utilis&#233;es et sur celle des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus largement, l'IA suscite deux s&#233;ries de questions : impacts sur la soci&#233;t&#233;, et questions philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions portant sur ses impacts sur la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact sur l'emploi d'abord, et notamment par disparition emplois jusqu'ici valorisants : juristes, comptables, soignants, gestionnaires de tout type, contr&#244;leurs, enseignants, programmateurs etc. voient et surtout verront une partie appr&#233;ciable de leur travail effectu&#233; plus rapidement et beaucoup moins cher par des machines. Si d'un c&#244;t&#233; cela permettra un enrichissement des t&#226;ches de certains, et permettra de nouveaux services, d'un autre c&#244;t&#233; cela menacera directement bien des emplois, l'effet final alg&#233;brique &#233;tant inconnu. D'ailleurs Internet a plus cr&#233;&#233; d'emplois de livreurs que d'informaticiens, et d&#233;truit bien des emplois de libraires et autres commer&#231;ants. Au minimum en tout cas, ce devrait &#234;tre un facteur de bouleversement appr&#233;ciable. Un risque &#233;tant notamment une division toujours croissante entre des t&#226;ches encore plus nobles mais peu nombreuses, et des emplois plus banalis&#233;s, l&#224; o&#249; la machine ne peut pas aller (travail physique), ou &#224; son service (ainsi pour la collecte de donn&#233;es, dans ce qu'on appelle micro-travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact en termes de responsabilit&#233; : la relative autonomie des machines, dont les processus peuvent &#234;tre opaques m&#234;me &#224; leurs auteurs, la facilit&#233; d'utilisation, et l'autorit&#233; de ces outils puissants et suppos&#233;s neutres, peuvent entra&#238;ner une formidable d&#233;responsabilisation. Or jusqu'&#224; plus ample inform&#233;, seul l'homme est capable de responsabilit&#233; morale, et donc la v&#233;ritable d&#233;cision devrait id&#233;alement rester humaine, tant au niveau du concepteur que de l'utilisateur qui d&#233;cide, ou pas, de s'en remettre &#224; la machine. Mais la facilit&#233; ira en sens inverse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact sur la question de l'information sociale et du d&#233;bat public. Le pape Fran&#231;ois avait alert&#233; sur l'utilisation de l'IA pour &#171; faire circuler des opinions tendancieuses et de fausses donn&#233;es, empoisonner les d&#233;bats publics et m&#234;me manipuler les opinions de millions de personnes &#187;, &#171; au point de mettre en danger les institutions &#224; m&#234;me de garantir une coexistence civile pacifique &#187;. De fait ChatGPT par exemple, outre sa propension &#224; inventer l&#224; o&#249; il n'a pas de r&#233;ponse, et l'absence compl&#232;te d'indication de ses sources, est manifestement programm&#233; pour &#234;tre politiquement correct. Et on peut encore raffiner. La recherche de fiabilit&#233; peut m&#234;me par un paradoxe apparent renforcer cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact sur le contr&#244;le social, comme nous le rappelle l'exemple chinois (cr&#233;dit social, contr&#244;le g&#233;n&#233;ralis&#233; etc.). En l'&#233;tat il peut appara&#238;tre r&#233;pulsif, mais on peut trouver des mani&#232;res de justifier de telles pratiques qui soient plus coh&#233;rentes avec les pr&#233;occupations de nos soci&#233;t&#233;s, notamment en termes de de s&#233;curit&#233;. Ou de politiquement correct&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact enfin sur la comp&#233;tition &#233;conomique entre pays. Une avance marqu&#233;e en termes d'IA donnera au pays concern&#233; un avantage consid&#233;rable sur ses concurrents, et cela dans bien des domaines (&#233;conomique, militaire, m&#233;dical etc.). Or cela repose &#224; la fois sur la qualit&#233; des algorithmes et sur la taille et la qualit&#233; des bases de donn&#233;es. De ce point de vue, un grand pays, surtout sans inhibition sur la collecte de donn&#233;es, peut avoir un avantage consid&#233;rable. De m&#234;me pour ceux capables de d&#233;velopper sur large &#233;chelle la recherche algorithmique. Plus g&#233;n&#233;ralement, il para&#238;t que l'IA donne une prime &#224; la taille et &#224; la puissance. Au stade actuel, les Etats-Unis d'abord, la Chine ensuite, ont une nette avance, qu'ils ont des chances de garder, et ils ne sont suivis que d'assez loin par l'Europe et le Japon. Un s&#233;rieux effort serait ici indispensable dans nos pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions philosophiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelle mesure cette recherche, cens&#233;ment d'une forme d'intelligence, peut-elle d&#233;boucher sur l'acquisition d'attributs actuellement vus comme le propre de la personne humaine ? La puissance de calcul est une chose ; la rationalit&#233;, l'imagination, la recherche du sens, la responsabilit&#233;, la capacit&#233; de relation avec d'autres personnes et plus largement la conscience et la libert&#233;, en sont d'autres, jug&#233;s caract&#233;ristiques de la personne humaine. Rien ne dit &#224; ce stade que la machine puisse en &#234;tre dot&#233;e un jour : plus que penser, elle fonctionne, d&#233;roulant ses algorithmes programm&#233;s, qui, m&#234;me s'ils ne sont plus toujours analysables du dehors, restent strictement d&#233;terministes. Relier statistiquement des concepts est tout autre chose que r&#233;fl&#233;chir dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les tenants de la technologie conqu&#233;rante pensent que ce stade sera d&#233;pass&#233;, et qu'au bout du processus &#233;mergera une v&#233;ritable conscience avec tous ses attributs, en tout cas largement l'&#233;quivalent de ceux de la personne humaine, et bien plus performants. Nous ne connaissons pas l'avenir. Mais en fin de compte, la question est fondamentalement philosophique, et recouvre l'opposition entre mat&#233;rialistes et non-mat&#233;rialistes. Si vous consid&#233;rez que la pens&#233;e et la conscience ne sont que le r&#233;sultat de processus mat&#233;riels, vous devez conclure qu'il y a toutes chances qu'un processus puisse les dupliquer un jour, et l'IA est alors un candidat prometteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas contraire, le fait que l'IA puisse &#234;tre &#224; m&#234;me de battre dans de tr&#232;s nombreux domaines ce qu'on attribuait &#224; l'intelligence humaine ne change pas la diff&#233;rence de nature entre celle-ci et une suppos&#233;e intelligence artificielle qui ne fait que la mimer mais ne comporte pas de pens&#233;e, encore moins consciente. Cela ressemble aux r&#233;flexions sur le transhumanisme, avec son r&#234;ve d'une immortalit&#233; obtenue en transposant sur une machine le logiciel qu'est suppos&#233; &#234;tre l'esprit d'une personne : ici aussi, l'enjeu de l'innovation technologique porte sur une question philosophique majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il ne sera sans doute pas ais&#233; de distinguer entre un syst&#232;me tr&#232;s perfectionn&#233; et dress&#233; pour mimer un comportement humain et un vrai &#234;tre humain. En d'autres termes, le test de Turing (la possibilit&#233; de distinguer un ordinateur et une personne par les r&#233;ponses qu'ils donnent) pourrait ne pas ne fournir de r&#233;ponse. Comment savoir en effet s'il y a conscience, ou simple simulation de conscience ? En termes pratiques, il sera probablement difficile dans quelques ann&#233;es de distinguer le comportement de notre cher Emmanuel Macron, pour prendre un exemple qui s'y pr&#234;te, d'un bon programme d'IA. Si en revanche vous croyez en la r&#233;alit&#233; de l'esprit, et plus encore en Dieu, l'IA ne devrait pas trop vous inqui&#233;ter, en tout cas sur rien de fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, &#224; c&#244;t&#233; du renforcement des in&#233;galit&#233;s, au sein des soci&#233;t&#233;s et entre Etats, mais aussi d'une offre enrichie de services, la cons&#233;quence la plus claire de l'IA sera sans doute une accentuation du brouillage des rep&#232;res qui caract&#233;rise nos soci&#233;t&#233;s pour la grande majorit&#233; des gens. Soit dans leurs valeurs fondamentales, toute forme de religion ayant disparu de leur vie. Soit plus concr&#232;tement dans leur travail, leur autonomie, leur capacit&#233; critique face &#224; l'information ou au contr&#244;le etc. - ne leur laissant dans le pire des cas que la dissidence int&#233;rieure ou la jacquerie anarchique. Sauf &#224; utiliser astucieusement les limites du syst&#232;me&#8230; Mais on s'&#233;loignera plus encore de l'utopie d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/civilisation/intelligence-artificielle-le-defi/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/civili...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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