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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>G&#233;ostrat&#233;gie et bien commun</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Geostrategie-et-bien-commun.html</link>
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		<dc:date>2026-04-24T12:52:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Relations internationales</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une interview dans l'Incorrect &#224; propos de mon livre r&#233;cent : Ni r&#232;gle de la loi, ni loi de la jungle, G&#233;ostrat&#233;gie et bien commun chez Boleine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la g&#233;ostrat&#233;gie, et quel rapport entretient-elle avec le bien commun ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Parler de g&#233;ostrat&#233;gie dans le cadre de la g&#233;opolitique, c'est mettre l'accent sur la dimension strat&#233;gique. Qui dit pens&#233;e strat&#233;gique dit opposition de deux volont&#233;s ou plus, luttant pour l'emporter - &#233;ventuellement par la destruction ou au moins (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-et-defense-.html" rel="directory"&gt;Guerre, conflit et crise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Geopolitique-+.html" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Bien commun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Relations-internationales-+.html" rel="tag"&gt;Relations internationales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle--2.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une interview dans l'Incorrect &#224; propos de mon livre r&#233;cent : Ni r&#232;gle de la loi, ni loi de la jungle, G&#233;ostrat&#233;gie et bien commun chez Boleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lincorrect.org/pierre-de-lauzun-on-ne-peut-considerer-la-guerre-en-iran-comme-une-guerre-juste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lincorrect.org/pierre-de-la...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle-Geopolitique-et-bien-commun.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Ni-re...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que la g&#233;ostrat&#233;gie, et quel rapport entretient-elle avec le bien commun ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de g&#233;ostrat&#233;gie dans le cadre de la g&#233;opolitique, c'est mettre l'accent sur la dimension strat&#233;gique. Qui dit pens&#233;e strat&#233;gique dit opposition de deux volont&#233;s ou plus, luttant pour l'emporter - &#233;ventuellement par la destruction ou au moins la neutralisation de forces adverses. Une telle opposition est la cons&#233;quence presque in&#233;vitable de la multiplicit&#233; des pouvoirs en pr&#233;sence, chacun g&#233;rant sa position par rapport aux autres sans conna&#238;tre le fonds de sa pens&#233;e, et au risque d'&#234;tre domin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une difficult&#233; majeure dans la recherche du bien commun. Alors que, dans le cas d'une autorit&#233; commune (notamment un pouvoir politique jug&#233; l&#233;gitime), on tente de r&#233;soudre la question en confiant un r&#244;le ultime de recherche du bien commun &#224; cette autorit&#233;, ici, c'est par d&#233;finition impossible, puisqu'en g&#233;n&#233;ral, elle n'existe pas ou n'a pas de force. Ce sont donc les acteurs eux-m&#234;mes qui vont devoir chercher ce bien, au moins un certain bien, tout en tenant compte de l'incertitude cr&#233;&#233;e par la volont&#233; contraire qui leur fait face et qui peut &#234;tre gravement dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous montrez que la g&#233;ostrat&#233;gie se caract&#233;rise par son aspect paradoxal et impr&#233;visible. Pourquoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la confrontation de deux volont&#233;s humaines, raisonnablement intelligentes, mais poursuivant des buts oppos&#233;s, ignorantes de la pens&#233;e intime de l'autre, est intrins&#232;quement impr&#233;visible. D'o&#249; la nature paradoxale de la strat&#233;gie. S'y ajoute par ailleurs une impr&#233;visibilit&#233; pratique due &#224; l'&#233;volution des &#233;v&#233;nements, car, dans la majorit&#233; des cas la conduite des op&#233;rations, r&#233;sultat en partie de d&#233;cisions de l'adversaire, entra&#238;ne bien au-del&#224; de ce qu'on voudrait, ou voulait au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette impr&#233;visibilit&#233; intrins&#232;que est un scandale intellectuel ; car c'est le cas principal, dans l'ensemble des relations humaines, o&#249; l'exercice de la rationalit&#233; ne conduit intrins&#232;quement pas &#224; une connaissance, et donc &#224; une pr&#233;vision possible. Cette impr&#233;visibilit&#233; atteint un degr&#233; extr&#234;me dans le cas des op&#233;rations militaires, puisque la destruction r&#233;ciproque y est l'&#233;l&#233;ment central. Mais elle se retrouve &#233;videmment dans de multiples occasions de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En quoi l'id&#233;ologie est-elle un obstacle &#224; la recherche du bien commun en mati&#232;re g&#233;ostrat&#233;gique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on appelle id&#233;ologie un syst&#232;me de pens&#233;e qui pr&#233;tend donner a priori une r&#233;ponse sur la bonne solution &#224; apporter, cela pr&#233;sente en mati&#232;re g&#233;opolitique un double inconv&#233;nient. D'une part elle suppose par d&#233;finition une simplification relative de situations complexes et court ce faisant le risque de conduire &#224; des solutions soit inefficaces, soit inadapt&#233;es. C'est particuli&#232;rement vrai en mati&#232;re de g&#233;ostrat&#233;gie puisque l'ind&#233;termination sur le r&#233;sultat possible ou souhaitable y est &#224; son comble. D'autre part, elle donne trop souvent &#224; ceux qui y adh&#232;rent un degr&#233; &#233;lev&#233; de conviction morale (ou d'hypocrisie) qui leur fait non seulement souvent n&#233;gliger la r&#233;alit&#233;, mais aussi user de violence pour imposer des solutions jug&#233;es bonnes a priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plus qu'&#224; un choc des civilisations, nous assisterions &#224; des conflits id&#233;ologiques dites-vous. Pourquoi ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs civilisations au sens large, et malgr&#233; la mondialisation et en r&#233;alit&#233; la sp&#233;cificit&#233; des diff&#233;rentes cultures s'affirme avec le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique. Mais cela ne signifie pas que les rapports entre puissances se d&#233;finissent d'abord par les civilisations auxquels elles sont cens&#233;es appartenir. A l'int&#233;rieur d'une m&#234;me &#171; civilisation &#187; (notion d'ailleurs pas si d&#233;finie que cela) il peut y avoir des antagonismes intenses, et inversement des pays de cultures diverses peuvent avoir des rapports confiants ou des alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;ologies sont en revanche un facteur important de conflit, y compris d'ailleurs une id&#233;ologie du conflit de civilisations. Mais le facteur essentiel reste la notion m&#234;me de puissance et leur rivalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le cadre d'un conflit, comment bien agir quand l'ennemi se fiche pour sa part de la paix et du bien commun mondial (pensons aux islamistes) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute situation de conflit, la r&#233;alit&#233; du conflit des strat&#233;gies rend par d&#233;finition difficile la recherche du bien commun et notamment de la paix, m&#234;me si les adversaires sont, autant qu'on peut l'&#234;tre en ce monde, un tant soit peu soucieux de la recherche du bien. A fortiori si l'ennemi exclut clairement une telle recherche et toute paix autre que de pure domination de sa part. Prenons le cas d'Hitler : le passage &#224; la lutte arm&#233;e est alors difficilement &#233;vitable. Mais cela n'emp&#234;che pas une certaine flexibilit&#233;, par exemple pour jouer l'&#233;mergence chez l'adversaire d'un pouvoir orient&#233; diff&#233;remment (coup d'&#233;tat, jeu des factions etc.). Il est notamment dangereux pour le bien commun, hors cas extr&#234;mes comme le nazisme, de viser a priori la capitulation de l'adversaire comme le seul objectif possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des islamistes est complexe car il en existe de multiples vari&#233;t&#233;s. Si Daech para&#238;t relever d'un approche r&#233;solument confrontationnelle, dans d'autres cas on peut avoir &#224; parier sur une &#233;volution des r&#233;gimes concern&#233;s : toute l'histoire de l'Islam est faite de cet amollissement de pouvoirs &#224; l'origine implacablement guerriers et violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Votre ouvrage pr&#233;c&#233;dent s'int&#233;ressait &#224; la guerre juste. Comment, &#224; travers ce prisme, analysez-vous le conflit en Iran ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les crit&#232;res de la guerre juste, il y a entre autres la l&#233;gitimit&#233; du but et l'id&#233;e raisonnable qu'on peut obtenir par la guerre un r&#233;sultat meilleur, qui ne peut &#234;tre obtenu autrement ; plus l'usage de moyens strictement proportionn&#233;s. Or en l'esp&#232;ce la recherche d'un renversement du r&#233;gime ne respecte pas ces crit&#232;res : on ne change pas un r&#233;gime politique enracin&#233; par des bombardements. L'affaiblissement de l'Iran non plus : outre que le r&#233;gime pourrait en sortir renforc&#233;, les cons&#233;quences indirectes sont disproportionn&#233;es et contreproductives (par exemple la confirmation du pouvoir de l'Iran &#224; perturber le trafic dans le d&#233;troit d'Ormuz). Le seul objectif d&#233;fendable est la neutralisation de l'effort de l'Iran pour acqu&#233;rir l'arme nucl&#233;aire. Cela pourrait justifier des frappes chirurgicales comme en juin 2025, mais pas la guerre en cours, qui &#224; ce stade ne para&#238;t pas faire avancer la question du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Suite &#224; la multiplication des interventions am&#233;ricaines, beaucoup se sont &#233;mu des violations r&#233;p&#233;t&#233;es du droit international. Que peut encore celui-ci pour le bien commun mondial ? L'ONU est-elle en &#233;tat de mort c&#233;r&#233;brale, pour paraphraser Emmanuel Macron ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup exag&#233;r&#233;, en Europe notamment, le r&#244;le du droit international ou de l'ONU depuis 1945 : il y a eu d'innombrables guerres et conflits et tr&#232;s peu ont &#233;t&#233; &#233;vit&#233;s ou canalis&#233;s par l'usage du droit. Mais il ne faut pas tomber dans le d&#233;faut inverse, comme cela para&#238;t &#234;tre le cas de Donald Trump, qui consiste &#224; consid&#233;rer que toute r&#233;f&#233;rence de ce type est sans valeur par rapport au pur jeu des int&#233;r&#234;ts. Disposer de balises comportementales communes orient&#233;es dans le sens de la paix et du bon voisinage est en soi bon ; m&#234;me si cela n'a rien &#224; voir avec la situation interne &#224; un pays, o&#249; la loi dispose en principe du monopole de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le pape L&#233;on XIV multiplie les appels &#224; la paix. Qu'en pensez-vous ? Plus largement, quel r&#244;le le Vatican peut-il jouer dans la recherche du bien commun mondial ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le pape multiplie les appels &#224; la paix est pour le moins une &#233;vidence. Cela retrouve une tradition ancienne dans l'Eglise, &#224; commencer par la Paix de Dieu au Moyen Age, pour continuer avec les appels poignants de Beno&#238;t XV face au carnage de 14-18. C'est notamment le cas avec la guerre d'Iran, dont j'ai rappel&#233; qu'on ne pouvait &#224; la consid&#233;rer comme une guerre juste. On notera cependant que le pape L&#233;on en reste &#224; une condamnation g&#233;n&#233;rale et absolue de toute guerre, sans appuyer son raisonnement sur une analyse de situation que la th&#233;orie de la guerre juste permettrai plus clairement, et notamment du probl&#232;me pos&#233; par le nucl&#233;aire iranien. Un discours plus ajust&#233; aurait permis &#224; mon sens un meilleur &#233;change sinon avec Trump, au moins avec Vance. Ce qui n'excuse pas leurs propos, notamment ceux de Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'Eglise ait son r&#244;le &#224; jouer dans la recherche de la paix et du bien commun est donc une &#233;vidence. En particulier, m&#234;me si la responsabilit&#233; des affaires de ce monde incombe aux dirigeants la&#239;cs, le rappel de principes moraux, domaine de comp&#233;tence du magist&#232;re, s'accompagne l&#233;gitimement de prises de positions sur des questions concr&#232;tes relevant du politique. Tout en &#233;vitant la tentation d'une approche dite proph&#233;tique si elle ne prend pas assez en compte les r&#233;alit&#233;s en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de l'Incorrect&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ni r&#232;gne de la loi, ni loi de la jungle : G&#233;ostrat&#233;gie et bien commun</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle-Geopolitique-et-bien-commun.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle-Geopolitique-et-bien-commun.html</guid>
		<dc:date>2026-03-21T17:08:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Relations internationales</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est le titre d'un livre que je viens de publier aux &#233;ditions Boleine. Comment dans le contexte actuel peut se situer une ligne politique et strat&#233;gique r&#233;aliste, sans abandonner pour autant l'id&#233;e que si on choisit une politique, c'est en vue d'un certain bien, un bien en d&#233;finitive commun ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;alisme nous conduit &#224; reconna&#238;tre qu'aujourd'hui, plus que jamais, la sc&#232;ne internationale est compos&#233;e de multiples acteurs ou puissances, au-dessus desquels il n'est pas de pouvoir r&#233;gulateur. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Bien commun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Relations-internationales-+.html" rel="tag"&gt;Relations internationales&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle-.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est le titre d'un livre que je viens de publier aux &#233;ditions Boleine. Comment dans le contexte actuel peut se situer une ligne politique et strat&#233;gique r&#233;aliste, sans abandonner pour autant l'id&#233;e que si on choisit une politique, c'est en vue d'un certain bien, un bien en d&#233;finitive commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;alisme nous conduit &#224; reconna&#238;tre qu'aujourd'hui, plus que jamais, la sc&#232;ne internationale est compos&#233;e de multiples acteurs ou puissances, au-dessus desquels il n'est pas de pouvoir r&#233;gulateur. Leurs rapports sont en g&#233;n&#233;ral relativement paisibles, mais &#224; l'occasion l'un ou l'autre recourt &#224; la force pour imposer ses vues. Face &#224; cela, il n'est en g&#233;n&#233;ral pas d'autre solution que de mettre une force en face. C'est l&#224; qu'intervient la pens&#233;e strat&#233;gique. Elle porte sur l'opposition de deux volont&#233;s, luttant pour l'emporter, &#233;ventuellement par la destruction des forces adverses. Mais le r&#233;sultat de la confrontation de ces volont&#233;s raisonnablement intelligentes, poursuivant des buts oppos&#233;s, est intrins&#232;quement impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce scandale intellectuel s'ajoute un scandale &#233;thique : comment rechercher le bien lorsque, d'une part, on ne sait r&#233;ellement pas ce qui va r&#233;sulter de notre action, et o&#249; d'autre part on n'avance qu'en occasionnant un certain mal, chez l'autre comme chez soi ? On ne r&#233;pondra pas &#224; cette question en parachutant d'en-haut et abstraitement des jugements moraux a priori. Il faut analyser la logique m&#234;me de la strat&#233;gie, examiner les conditions effectives de son exercice dans le monde r&#233;el, et regarder enfin si on peut discerner des lignes de conduite moralement satisfaisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre monde est en pleine mutation, avec des puissances en ascension et d'autres en recul, et de moins en moins r&#233;gul&#233;. Evaluer le potentiel des uns et des autres est changeant et incertain. Compter sur le droit est sympathique mais peu fiable. Se fier &#224; ses forces est souvent trompeur. Une conduite &#233;thique reste possible. Mais elle devra se fonder sur une analyse r&#233;aliste, et sur la recherche cas par cas du plus grand bien qui appara&#238;t alors possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le plan de ce livre, qui part de la logique paradoxale de la strat&#233;gie, et poursuit sur la probl&#233;matique particuli&#232;re de notre monde &#224; la fois multipolaire et aux acteurs tr&#232;s in&#233;gaux, tant militairement qu'&#233;conomiquement. Il &#233;voque ensuite les pistes de solutions trompeuses ou partielles comme le pi&#232;ge de l'id&#233;ologie, notamment occidentale, ou l'id&#233;e r&#233;ductrice des conflits de civilisations. Il pose alors la question de la recherche du bien commun dans un mode divis&#233; et en lutte, o&#249; le recours au droit et &#224; l'ONU s'av&#232;re d'efficacit&#233; bien limit&#233;e, sans parler de l'utopie d'une g&#233;n&#233;ralisation de la d&#233;mocratie &#224; l'occidentale. Il se confirme alors que le souci de ce bien commun est en d&#233;finitive de la responsabilit&#233; de chacun des acteurs, essentiellement &#233;tatiques, selon un jugement moral &#233;duqu&#233;, cas par cas, fond&#233; sur des principes, mais tenant compte de r&#233;alit&#233;s de forces aux multiples facettes, constamment changeantes. Le v&#233;ritable bien est &#224; ce prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce sujet mon interview sur TV Libert&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire une pens&#233;e strat&#233;gique avec l'irruption de Trump ! Le Zoom - Pierre de Lauzun - TVL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=jqQxpiQZ_Cw&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=jqQ...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Wokisme, d&#233;construction et bien commun</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Wokisme-deconstruction-et-bien-commun.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Wokisme-deconstruction-et-bien-commun.html</guid>
		<dc:date>2023-05-14T15:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;rapage collectif</dc:subject>
		<dc:subject>Wokisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;construction</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Maires et &#233;lus agress&#233;s, violences &#224; pr&#233;texte &#233;cologique, blocages de prises de parole tant par l'autorit&#233; que par des militants : l'actualit&#233; est pleine de sympt&#244;mes inqui&#233;tants pour la qualit&#233; du d&#233;bat et de la vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en accuse les r&#233;seaux sociaux, non sans raison. Mais d'autres facteurs sont &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notamment les philosophies du soup&#231;on : cette id&#233;e que ce que dit quelqu'un n'est pas &#224; consid&#233;rer comme une proposition dont la v&#233;racit&#233; doit &#234;tre examin&#233;e en elle-m&#234;me, mais en fonction de celui qui parle et de sa position, tout en suspectant que derri&#232;re sa parole il n'y a qu'un volont&#233; de domination. Ce qui rend tout d&#233;bat impossible et conduit &#224; l'usage de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le wokisme n'en est que la forme la plus r&#233;cente et la plus caricaturale. La victime principale en est en derni&#232;re analyse le bien commun, le bien de la vie en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne frappant depuis quelques ann&#233;es est la d&#233;gradation du d&#233;bat public. On en accuse les r&#233;seaux sociaux : ils aboutiraient &#224; la tyrannie de l'&#233;motion, &#224; la disparition du langage commun et des r&#233;f&#233;rences communes, &#224; la division de la population en tribus qui n'&#233;coutent que ce qu'elles veulent entendre, et &#224; une absence de confiance dans le discours commun et cons&#233;quemment au complotisme etc. Ces ph&#233;nom&#232;nes sont bien r&#233;els. Mais si les r&#233;seaux sociaux y ont leur r&#244;le, ce n'est pas seulement de leur fait. On retrouve des traits analogues dans les grands m&#233;dias. D'autres facteurs sont donc &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord l&#224; aussi et plus profond&#233;ment le fruit d'une g&#233;n&#233;alogie intellectuelle tournant autour de l'id&#233;e du soup&#231;on. Cette attitude est bas&#233;e sur l'id&#233;e que ce que dit quelqu'un n'est pas &#224; consid&#233;rer comme une proposition, dont la v&#233;racit&#233; doit &#234;tre examin&#233;e en elle-m&#234;me, mais en fonction de celui qui parle et de sa position : son insertion sociale, sa sexualit&#233;, son appartenance ethnique ou raciale, son sexe ou genre etc. G&#233;n&#233;alogie qui remonte loin : on commence par Marx, Nietzsche et Freud, puis par vagues successives, on en vient &#224; l'id&#233;ologie de la d&#233;construction et ce qu'on appelle outre-Atlantique la&lt;i&gt; French theory&lt;/i&gt; (Foucault, Derrida et autres). L'id&#233;e est d&#233;sormais non seulement que la position de celui qui parle biaise son propos, mais surtout que tout langage est en r&#233;alit&#233; un acte de pouvoir, et que c'est pour assurer ou prolonger ce pouvoir que la personne parle. D&#232;s lors, en m&#234;me temps qu'on conteste ce pouvoir on remet en question ce qui est dit ind&#233;pendamment de son contenu. On retrouve un &#233;cho de ce soup&#231;on g&#233;n&#233;ralis&#233; en sociologie, avec la critique de la culture &#8216;bourgeoise' chez un Bourdieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Production intellectuelle qui a rencontr&#233; une &#233;volution sociologique concomitante : l'effondrement d'autorit&#233;s comme l'Eglise et de pratiques comme le mariage, ainsi que l'individualisme forcen&#233; de ce que Baumann a appel&#233; la soci&#233;t&#233; liquide. Certes, dira-t-on, si les gens ne vont plus &#224; l'&#233;glise et se marient moins, cela ne para&#238;t pas d&#251; &#224; Derrida. Mais c'est tr&#232;s largement le r&#233;sultat d'&#233;volutions ant&#233;rieures de la pens&#233;e collective. Et en outre bien s&#251;r, les intellectuels, qui en sont &#224; un stade plus avanc&#233; de la d&#233;construction, confortent &#224; chaque &#233;tape l'&#233;volution en cours, et pr&#233;parent la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve bien s&#251;r dans cette &#233;volution le r&#244;le du paradigme relativiste qui a commenc&#233; &#224; structurer la pens&#233;e collective depuis le XVIIIe si&#232;cle, que j'&#233;voque par ailleurs (par exemple dans &lt;i&gt;Pour un grand retournement politique&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/POUR-UN-GRAND-RETOURNEMENT.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/POUR-UN-GRAN...&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne reste alors qu'un grand scepticisme relativiste, conduisant de fait les gens &#224; se raccrocher comme ils peuvent et chacun de son c&#244;t&#233; &#224; ce qu'ils tiennent comme des v&#233;rit&#233;s, &#8216;leur' v&#233;rit&#233; selon l'absurde expression actuelle, &#224; former une tribu autour de ces rep&#232;res communs, quitte &#224; expliquer les id&#233;es des autres par du complotisme. Ce qui d&#233;bouche sur une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment divis&#233;e, incapable de tout d&#233;bat v&#233;ritable, violente verbalement - et de plus en plus physiquement. Car si le d&#233;bat est impossible, il ne reste que la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conjonction entre les &#233;volutions sociologiques et les d&#233;veloppements de plus en plus d&#233;lirants de la sph&#232;re intellectuelle culmine actuellement dans les d&#233;rapages du wokisme et de la th&#233;orie du genre ; elle repr&#233;sente une &#233;tape particuli&#232;rement inqui&#233;tante dans ce processus de la d&#233;construction. La victime principale est en derni&#232;re analyse ce qu'on appelle le bien commun : le bien que nous avons en commun, et le bien de la communaut&#233;. C'est donc en fait une offensive nihiliste directement destructrice du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, et contrairement &#224; ce que beaucoup croient ou esp&#232;rent, une certain universalisme r&#233;publicain n'est pas la r&#233;ponse. Certes, il a l'avantage de reconna&#238;tre en th&#233;orie la possibilit&#233; de v&#233;rit&#233;s universelles, ce qui permet le d&#233;bat. Mais il ne va pas plus loin et reste finalement fond&#233; sur des r&#232;gles du jeu plus que sur une affirmation positive. Lui aussi reste donc marqu&#233; par le paradigme relativiste. Prenons la la&#239;cit&#233; par exemple, au sens r&#233;publicain actuel : elle consiste dans le fait que l'Etat, donc la plus grande autorit&#233;, celle exprimant la communaut&#233; tout enti&#232;re et la vie commune, proclame que la question de la religion n'est pas son affaire. Ce qui contrairement &#224; ce qu'elle affirme ne peut pas &#234;tre neutre et va bien au-del&#224; de la juste tol&#233;rance de la diversit&#233; : cela d&#233;value la religion comme telle, sans mettre autre chose &#224; la place, sauf un culte des r&#232;gles du jeu qui ne peut suffire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant donc l'existence de r&#232;gles de vie commune et de tol&#233;rance mutuelle est un bien, autant on ne peut en rester l&#224; : sans la reconnaissance du fait que la recherche du vrai et du bien et notamment du Bien commun est un imp&#233;ratif pour tous, la vie commune se d&#233;grade et se d&#233;compose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le pape Fran&#231;ois et le bien commun, de Laudato si' &#224; Fratelli tutti</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-le-bien-commun-de-Laudato-si-a-Fratelli-tutti.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-le-bien-commun-de-Laudato-si-a-Fratelli-tutti.html</guid>
		<dc:date>2020-11-24T15:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Fraternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois vient de signer avec &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; sa deuxi&#232;me encyclique propre, apr&#232;s &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;. Elle a suscit&#233; de nombreuses interrogations, qu'on peut mieux comprendre en les examinant sous l'angle du Bien commun, th&#232;me central dans l'une et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc vous cherchez &#224; mieux comprendre, allez-y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Sur la base d'une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales le 19 novembre 2020).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La notion de bien commun est abondamment pr&#233;sente dans les deux encycliques ; nous suivrons ces occurrences (sans les citer toutes) pour tenter ensuite de situer la conception qu'en d&#233;veloppe le pape Fran&#231;ois, et comment il l'ins&#232;re dans ses autres pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale dans tout ce texte les italiques sont de moi, y compris dans les citations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Laudato si'&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien commun : de quoi parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt; qu'on trouve un d&#233;veloppement qui lui est explicitement d&#233;di&#233;. On y trouve sous le titre IV &#8216;Le principe du bien commun', plusieurs paragraphes de d&#233;finition, classiques. Au &#167; 156 c'est la citation de &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt; (n. 26) &#171; &#8216;l'ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'&#224; chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une fa&#231;on plus totale et plus ais&#233;e' &#187;. Et le pape poursuit, au 157, en rappelant des principes comme le respect de la personne humaine et ses &#171; droits fondamentaux et inali&#233;nables ordonn&#233;s &#224; son d&#233;veloppement int&#233;gral &#187; etc. Il ajoute que &#171; le bien commun requiert la paix sociale, [&#8230;] qui ne se r&#233;alise pas sans une attention particuli&#232;re &#224; la justice distributive, dont la violation g&#233;n&#232;re toujours la violence. Toute la soci&#233;t&#233; &#8211; et en elle, d'une mani&#232;re sp&#233;ciale l'&#201;tat, &#8211; a l'obligation de d&#233;fendre et de promouvoir le bien commun. &#187; Il pr&#233;cise ensuite, de fa&#231;on plus centr&#233;e sur ses propres pr&#233;occupations, au 158 : &#171; dans les conditions actuelles de la soci&#233;t&#233; mondiale, o&#249; il y a tant d'in&#233;galit&#233;s et o&#249; sont toujours plus nombreuses les personnes marginalis&#233;es, [&#8230;] le principe du bien commun devient imm&#233;diatement comme cons&#233;quence logique et in&#233;luctable, u&lt;i&gt;n appel &#224; la solidarit&#233; et &#224; une option pr&#233;f&#233;rentielle pour les plus pauvres&lt;/i&gt;. Cette option implique de tirer les cons&#233;quences de la destination commune des biens de la terre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les menaces contre le bien commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bien commun est aujourd'hui menac&#233;, et le pape cible les obstacles. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &lt;i&gt;l'&#233;conomie&lt;/i&gt; n'y a pas le beau r&#244;le. Dans toute l'encyclique (ainsi que dans Fratelli tutti) tout ce qui rel&#232;ve de l'&#233;conomie, des march&#233;s et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de la finance, voire des entreprises, est pr&#233;sent&#233; n&#233;gativement. Je n'insisterai pas ici sur cet aspect. Ne fait exception que la &#171; noble vocation de l'entrepreneur &#187;, cit&#233;e dans les deux textes : au 129, &#171; l'activit&#233; d'entreprise, qui est une vocation noble orient&#233;e &#224; produire de la richesse et &#224; am&#233;liorer le monde pour tous, peut &#234;tre une mani&#232;re tr&#232;s f&#233;conde de promouvoir la r&#233;gion o&#249; elle installe ses projets ; surtout si on comprend que la cr&#233;ation de postes de &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; est une partie incontournable de son service du bien commun. &#187; Mais rien n'indique par ailleurs que l'&#233;conomie comme telle participe du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la question du bien commun est pos&#233;e, le pape insiste essentiellement sur son oubli, notamment par le politique, qui capitule devant des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s (&#233;conomiques &#224; nouveau), car comme dit le 196 &#171; il est vrai qu'aujourd'hui &lt;i&gt;certains secteurs &#233;conomiques exercent davantage de pouvoir que les &#201;tats&lt;/i&gt; eux-m&#234;mes. &#187; Et au 54 : &#171; &lt;i&gt;la soumission de la politique &#224; la technologie et aux finances&lt;/i&gt; se r&#233;v&#232;le dans l'&#233;chec des Sommets mondiaux sur l'environnement. Il y a trop d'int&#233;r&#234;ts particuliers, et tr&#232;s facilement l'int&#233;r&#234;t &#233;conomique arrive &#224; pr&#233;valoir sur le bien commun &#187;. La m&#234;me critique vaut pour les &#171; &#233;go&#239;smes &#187; nationaux, ainsi au 169 : &#171; Les n&#233;gociations internationales ne peuvent pas avancer de mani&#232;re significative en raison de la position des pays qui mettent leurs &lt;i&gt;int&#233;r&#234;ts nationaux&lt;/i&gt; au-dessus du bien commun g&#233;n&#233;ral. &#187; Or (189) &#171; la politique ne doit pas se soumettre &#224; l'&#233;conomie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d'efficacit&#233; de la technocratie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224;, le principal enjeu est l'orientation du regard, &#224; tous les niveaux. L'encyclique contient une critique articul&#233;e du &lt;i&gt;&#8216;paradigme technocratique'&lt;/i&gt;, qui conditionne aux yeux du pape tout notre mode de raisonnement et d'action, et les canalise dans une direction ais&#233;ment instrumentalis&#233;e par des int&#233;r&#234;ts particuliers et &#233;troits. Le tout est renforc&#233; par le fonctionnement &#224; courte vue du syst&#232;me politique, lui-m&#234;me domin&#233; par les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des dirigeants. Ainsi au 178. C'est qu'en effet (198) : &#171; la politique et l'&#233;conomie ont tendance &#224; s'accuser mutuellement en ce qui concerne la pauvret&#233; et la d&#233;gradation de l'environnement. Mais il faut esp&#233;rer qu'elles reconna&#238;tront leurs propres erreurs et trouveront des formes d'interaction orient&#233;es vers le bien commun. Pendant que les uns sont obnubil&#233;s uniquement par le profit &#233;conomique et que d'autres ont pour seule obsession la conservation ou l'accroissement de leur pouvoir, ce que nous avons ce sont des guerres, ou bien des accords fallacieux o&#249; pr&#233;server l'environnement et prot&#233;ger les plus faibles est ce qui int&#233;resse le moins les deux parties. L&#224; aussi vaut le principe : &#8216;l'unit&#233; est sup&#233;rieure au conflit'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conversion n&#233;cessaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, on ne souligne pas assez l'importance centrale pour le pape de la &lt;i&gt;conversion&lt;/i&gt;, personnelle et collective. Elle est &#224; mon sens peut &#234;tre &lt;i&gt;le message central&lt;/i&gt; des deux encycliques. Au 204, il montre combien le bien commun d&#233;pend des attitudes de chacun : &#171; la situation actuelle du monde &#8216;engendre un sentiment de pr&#233;carit&#233; et d'ins&#233;curit&#233; qui, &#224; son tour, nourrit des formes d'&#233;go&#239;sme collectif'. Quand les personnes deviennent &lt;i&gt;autor&#233;f&#233;rentielles&lt;/i&gt; et s'isolent dans leur propre conscience, elles accroissent leur voracit&#233;. En effet, plus le c&#339;ur de la personne est vide, plus elle a besoin d'objets &#224; acheter, &#224; poss&#233;der et &#224; consommer. Dans ce contexte, il ne semble pas possible qu'une personne accepte que la r&#233;alit&#233; lui fixe des limites. &#192; cet horizon, &lt;i&gt;un vrai bien commun n'existe pas non plus&lt;/i&gt;. &#187; Inversement, l&lt;i&gt;a recherche du bien commun transforme la personne&lt;/i&gt; ; car (225) &#171; &lt;i&gt; La paix int&#233;rieure des personnes&lt;/i&gt; tient, dans une large mesure, de la pr&#233;servation de l'&#233;cologie et du bien commun, parce que, authentiquement v&#233;cue, elle se r&#233;v&#232;le dans &lt;i&gt;un style de vie &#233;quilibr&#233;&lt;/i&gt; joint &#224; une capacit&#233; d'admiration qui m&#232;ne &#224; la profondeur de la vie. &#187; D'o&#249; un th&#232;me (d&#233;velopp&#233; dans Fratelli tutti), au 231 : &#171; l'amour, fait de petits gestes d'attention mutuelle, est aussi civil et politique, et il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. L'&lt;i&gt;amour de la soci&#233;t&#233; et l'engagement pour le bien commun&lt;/i&gt; sont une forme excellente de charit&#233; qui, non seulement concerne les relations entre les individus mais aussi les &#8216;macro-relations : rapports sociaux, &#233;conomiques, politiques'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fratelli tutti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me encyclique majeure ne contient pas de d&#233;veloppement sp&#233;cifique sur le bien commun, mais le terme est tr&#232;s fr&#233;quemment cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facteurs de division&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y retrouvons d'abord les points n&#233;gatifs d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;s. Ainsi l'&#233;conomie, royaume des int&#233;r&#234;ts particuliers qui divisent. D'o&#249; sa &lt;i&gt;critique appuy&#233;e et d&#233;velopp&#233;e du &#8216;n&#233;o-lib&#233;ralisme',&lt;/i&gt; que je ne d&#233;taillerai pas ici. Le paragraphe 12 relie cette critique avec &#171; le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le bien commun &#187; : &#171; &#8216;S'ouvrir au monde' est une expression qui, de nos jours, est adopt&#233;e par l'&#233;conomie et les finances. Elle se rapporte exclusivement &#224; l'ouverture aux int&#233;r&#234;ts &#233;trangers ou &#224; la libert&#233; des pouvoirs &#233;conomiques d'investir sans entraves ni complications dans tous les pays. Les conflits locaux et le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le bien commun sont instrumentalis&#233;s par l'&#233;conomie mondiale pour imposer un mod&#232;le culturel unique. &lt;i&gt;Cette culture f&#233;d&#232;re le monde mais divise les personnes et les nations&lt;/i&gt;, car &#8216;la soci&#233;t&#233; toujours plus mondialis&#233;e nous rapproche, mais elle ne nous rend pas fr&#232;res'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se relie &#224; la critique que le pape fait de &lt;i&gt;l'individualisme&lt;/i&gt;, &#233;galement tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e, car l'individualisme ne m&#232;ne pas au bien commun. Au 105 : &#171; l'individualisme ne nous rend pas plus libres, plus &#233;gaux, plus fr&#232;res. La simple somme des int&#233;r&#234;ts individuels n'est pas capable de cr&#233;er un monde meilleur pour toute l'humanit&#233;. [&#8230;] L'individualisme radical est le virus le plus difficile &#224; vaincre. Il nous trompe. Il nous fait croire que tout consiste &#224; donner libre cours aux ambitions personnelles, &lt;i&gt;comme si en accumulant les ambitions et les s&#233;curit&#233;s individuelles nous pouvions construire le bien commun&lt;/i&gt;. &#187; Et il pr&#233;cise au 108 le sens de ce souci n&#233;cessaire, tout en en appelant non seulement &#224; la conversion de tous, mais aussi aux &lt;i&gt;institutions&lt;/i&gt;. Certaines soci&#233;t&#233;s &#171; acceptent qu'il existe des possibilit&#233;s pour tout le monde, mais en d&#233;duisent que tout d&#233;pend de chacun. Dans cette perspective partielle, il serait absurde de &#8216;s'investir afin que ceux qui restent en arri&#232;re, les faibles ou les moins pourvus, puissent se faire un chemin dans la vie'. Investir en faveur des personnes fragiles peut ne pas &#234;tre rentable, cela peut impliquer moins d'efficacit&#233;. &lt;i&gt;Cela requiert un &#201;tat pr&#233;sent et actif&lt;/i&gt; ainsi que des institutions de la soci&#233;t&#233; civile qui, du fait qu'elles sont vraiment ordonn&#233;es d'abord aux personnes et au bien commun, aillent au-del&#224; de la libert&#233; des m&#233;canismes, ax&#233;s sur l'efficacit&#233;, de certains syst&#232;mes &#233;conomiques, politiques ou id&#233;ologiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la conversion de chacun est un &#233;l&#233;ment essentiel, &lt;i&gt;la revendication de droits peut elle-m&#234;me &#234;tre d&#233;tourn&#233;e&lt;/i&gt; dans le mauvais sens, si elle est centr&#233;e sur le seul individu. Car (111) &#171; la personne humaine, dot&#233;e de droits inali&#233;nables, est de par sa nature m&#234;me ouverte aux liens. L'appel &#224; se transcender dans la rencontre avec les autres se trouve &#224; la racine m&#234;me de son &#234;tre. C'est pourquoi &#8216;il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des &#233;quivoques qui peuvent na&#238;tre d'un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd'hui la tendance &#224; une revendication toujours plus grande des &lt;i&gt;droits individuels&lt;/i&gt; &#8211; je suis tent&#233; de dire individualistes &#8211;, qui cache une conception de la personne humaine d&#233;tach&#233;e de tout contexte social et anthropologique, presque comme une &#8216;monade' (&lt;i&gt;mon&#225;s&lt;/i&gt;), toujours plus insensible. [&#8230;] Si le droit de chacun n'est pas harmonieusement ordonn&#233; au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par cons&#233;quent, devenir source de conflits et de violences' &#187;. D&#232;s lors, (202) &#171; le &lt;i&gt;manque de dialogue&lt;/i&gt; implique que personne, dans les diff&#233;rents secteurs, ne se soucie de promouvoir le bien commun ; mais chacun veut obtenir des avantages que donne le pouvoir, ou, dans le meilleur des cas, imposer une fa&#231;on de penser. Les dialogues deviennent ainsi de simples n&#233;gociations pour que chacun puisse conqu&#233;rir la totalit&#233; du pouvoir et le plus de profit possible, en dehors d'une qu&#234;te commune g&#233;n&#233;rant le bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me accusation de division est port&#233;e au niveau &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. L'encyclique contient ainsi une critique acerbe du populisme, dans ses variantes nationalistes ou identitaires, que je ne d&#233;taillerai pas non plus. L&#224; aussi la principale accusation porte sur &lt;i&gt;la division et la marginalisation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;nuisibles au bien commun&lt;/i&gt;. Ainsi au 15 : &#171; Aujourd'hui, dans de nombreux pays, &lt;i&gt;on se sert du syst&#232;me politique pour exasp&#233;rer, exacerber et pour polariser&lt;/i&gt;. Par divers proc&#233;d&#233;s, le droit d'exister et de penser est ni&#233; aux autres, et pour cela, on recourt &#224; la strat&#233;gie de les ridiculiser, de les soup&#231;onner et de les encercler. Leur part de v&#233;rit&#233;, leurs valeurs ne sont pas prises en compte, et ainsi la soci&#233;t&#233; est appauvrie et r&#233;duite &#224; s'identifier avec l'arrogance du plus fort. De ce fait, la politique n'est plus une discussion saine sur des projets &#224; long terme pour le d&#233;veloppement de tous et du bien commun, mais uniquement des recettes de &lt;i&gt;marketing&lt;/i&gt; visant des r&#233;sultats imm&#233;diats qui trouvent dans la destruction de l'autre le moyen le plus efficace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique du &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;, au c&#339;ur des id&#233;es du pape Fran&#231;ois, est un th&#232;me majeur de l'encyclique. Ce n'est pas toujours bien compris, car le pape insiste simultan&#233;ment sur la d&#233;fense de la culture sp&#233;cifique du peuple en question, et sur ce qu'il estime &#234;tre sa n&#233;cessaire ouverture. D'un c&#244;t&#233;, dit-il, il faut s'enraciner dans cette culture et ce sentiment collectif, qu'il qualifie explicitement de &#8216;mythe', en donnant au terme un sens positif (d&#233;velopp&#233; au 158), et dont il faut pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi au 143 : &#171; la solution ne r&#233;side pas dans une ouverture qui renonce &#224; son tr&#233;sor propre. Tout comme il n'est pas de dialogue avec l'autre sans une identit&#233; personnelle, de m&#234;me &lt;i&gt;il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'&#224; partir de l'amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels&lt;/i&gt; &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il voit ce peuple comme une entit&#233; ouverte, accueillante aux &#233;volutions et aux nouveaux venus (102). D&#232;s lors, au 160 : &#171; les groupes populistes ferm&#233;s d&#233;figurent le terme &#8216;peuple', puisqu'en r&#233;alit&#233; ce dont il parle &lt;i&gt;n'est pas le vrai peuple&lt;/i&gt;. En effet, l&lt;i&gt;a cat&#233;gorie de &#8216;peuple' est ouverte.&lt;/i&gt; Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est &lt;i&gt;ouvert de fa&#231;on permanente &#224; de nouvelles synth&#232;ses int&#233;grant celui qui est diff&#233;rent&lt;/i&gt;. Il ne le fait pas en se reniant lui-m&#234;me, mais en &#233;tant dispos&#233; au changement, &#224; la remise en question, au d&#233;veloppement, &#224; l'enrichissement par d'autres ; et ainsi, il peut &#233;voluer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique un des points les plus controvers&#233;s de l'encyclique, celui des &lt;i&gt;migrants&lt;/i&gt; (41). Pour le pape, le droit des migrants &#224; rechercher une vie meilleure est un &lt;i&gt;droit fondamental,&lt;/i&gt; et aucun motif ne permet de s'y opposer, sinon les droits des citoyens existants. Au 106 &#171; Si tous les hommes et femmes ont la m&#234;me valeur, il faut dire clairement et fermement que &#8216;&lt;i&gt;le seul fait d'&#234;tre n&#233; en un lieu avec moins de ressources ou moins de d&#233;veloppement ne justifie pas que des personnes vivent dans une moindre dignit&#233;'&lt;/i&gt;. &#187; D&#232;s lors (121) &#171; personne ne peut donc &#234;tre exclu, peu importe o&#249; il est n&#233;, et encore moins en raison des privil&#232;ges dont jouissent les autres parce qu'ils sont n&#233;s quelque part o&#249; existent plus de possibilit&#233;s.&lt;i&gt; Les limites et les fronti&#232;res des &#201;tats ne peuvent pas s'opposer &#224; ce que cela s'accomplisse&lt;/i&gt;. &#187; Car (124) &#171; la conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer aujourd'hui &#233;galement aux pays, &#224; leurs territoires et &#224; leurs ressources. En consid&#233;rant tout cela non seulement du point de vue de la l&#233;gitimit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des droits des citoyens d'une nation d&#233;termin&#233;e, mais aussi &#224; partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que &lt;i&gt;chaque pays est &#233;galement celui de l'&#233;tranger,&lt;/i&gt; &#233;tant donn&#233; que &lt;i&gt;les ressources d'un territoire ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es &#224; une personne dans le besoin provenant d'ailleurs&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc apparemment pas de place dans ce contexte pour une action des autorit&#233;s publiques, en charge de la nation au sens politique du terme, pour restreindre activement l'immigration ; certes, c'est sous r&#233;serve du respect des droits de ses citoyens, mais ils ne p&#232;sent apparemment pas plus que ceux des migrants. Notons que cela se relie &#224; la conception du peuple comme une r&#233;alit&#233; &#233;volutive, ce qui colore l&lt;i&gt;a notion de bien commun : ce dernier ne repose donc pas sur une id&#233;e de communaut&#233; pour l'essentiel stable, d&#233;limit&#233;e, mais sur une r&#233;alit&#233; en flux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233;, ou charit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape fait un &lt;i&gt;lien &#233;troit entre souci de l'autre, respect de ses droits, et bien commun&lt;/i&gt;. Ainsi au 22 : le respect de ces droits humains est &#171; une condition pr&#233;alable au d&#233;veloppement m&#234;me du pays, qu'il soit social ou &#233;conomique. Quand la dignit&#233; de l'homme est respect&#233;e et que ses droits sont reconnus et garantis, fleurissent aussi la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'initiative, et la personnalit&#233; humaine peut d&#233;ployer ses multiples initiatives en faveur du bien commun'. &#187; C'est une des le&#231;ons qu'il tire de la parabole du bon Samaritain, qu'il commente longuement. Ainsi au 66 : &#171; regardons le mod&#232;le du bon Samaritain. C'est un texte qui nous invite &#224; raviver notre vocation de &lt;i&gt;citoyens de nos pays respectifs et du monde entier,&lt;/i&gt; b&#226;tisseurs d'un nouveau lien social. C'est un appel toujours nouveau, m&#234;me s'il se pr&#233;sente comme la loi fondamentale de notre &#234;tre : &lt;i&gt;que la soci&#233;t&#233; poursuive la promotion du bien commun et, &#224; partir de cet objectif, reconstruise inlassablement son ordonnancement politique et social&lt;/i&gt;, son r&#233;seau de relations, son projet humain. &#187; &lt;i&gt;A nouveau, bien commun et attitude personnelle sont deux facettes d'un m&#234;me r&#233;alit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les d&#233;veloppements sur la &lt;i&gt;fraternit&#233;&lt;/i&gt;, th&#232;me central de l'encyclique, de ce que le pape appelle &lt;i&gt;charit&#233; politique, qui joue un r&#244;le essentiel dans la poursuite du bien commun&lt;/i&gt;. Ainsi au 180 : &#171; reconna&#238;tre chaque &#234;tre humain comme un fr&#232;re ou une s&#339;ur et chercher une amiti&#233; sociale qui int&#232;gre tout le monde ne sont pas de simples utopies. [&#8230;] Tout engagement dans ce sens devient un exercice supr&#234;me de la charit&#233;. [&#8230;] Il s'agit de progresser vers u&lt;i&gt;n ordre social et politique dont l'&#226;me sera la charit&#233; sociale&lt;/i&gt;. Une fois de plus, j'appelle &#224; r&#233;habiliter la politique qui &#8216;est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de &lt;i&gt;la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun'&lt;/i&gt;. &#187; Et &#224; nouveau, au 182 : &#171; cette charit&#233; politique s&lt;i&gt;uppose qu'on ait d&#233;velopp&#233; un sentiment social qui d&#233;passe toute mentalit&#233; individualiste&lt;/i&gt; : &#8216;la charit&#233; sociale &lt;i&gt;nous fait aimer le bien commun&lt;/i&gt; et conduit &#224; chercher effectivement le bien de toutes les personnes, consid&#233;r&#233;es non seulement individuellement, mais aussi dans &lt;i&gt;la dimension sociale qui les unit&lt;/i&gt;'. Chacun n'est pleinement une personne qu'en appartenant &#224; un peuple, et en m&#234;me temps, il n'y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela doit se traduire aussi au niveau des dirigeants, en charge de la diversit&#233; et de l'&#233;coute. Au 190 : &#171; la charit&#233; politique s'exprime aussi par &lt;i&gt;l'ouverture &#224; tous les hommes&lt;/i&gt;. Principalement, celui qui a la charge de gouverner est appel&#233; &#224; des renoncements permettant la rencontre ; et il recherche la &lt;i&gt;convergence&lt;/i&gt;, au moins sur certaines questions. Il sait &#233;couter le point de vue de l'autre, faisant en sorte que tout le monde ait de l'espace. Par des renoncements et de la patience, un gouvernant peut aider &#224; cr&#233;er ce magnifique &lt;i&gt;poly&#232;dre&lt;/i&gt; o&#249; tout le monde trouve une place. En cela, les n&#233;gociations de nature &#233;conomique ne fonctionnent pas. C'est quelque chose de plus ; il s'agit d'un&lt;i&gt; &#233;change de dons en faveur du bien commun&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, une fois de plus, cela demande l'effort de tous, chacun reconnaissant l'autre. Ainsi au 221 &#171; ce pacte implique aussi qu'on a&lt;i&gt;ccepte la possibilit&#233; de c&#233;der quelque chose pour le bien commun&lt;/i&gt;. Personne ne pourra d&#233;tenir toute la v&#233;rit&#233; ni satisfaire la totalit&#233; de ses d&#233;sirs, parce que cette pr&#233;tention conduirait &#224; vouloir d&#233;truire l'autre en niant ses droits. &#187; C'est que (228) &#171; ce cheminement vers la paix &lt;i&gt;n'implique pas l'homog&#233;n&#233;isation de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; ; il nous permet par contre de &lt;i&gt;travailler ensemble&lt;/i&gt;. Il peut unir un grand nombre de personnes en vue de recherches communes o&#249; tous sont gagnants. [&#8230;] Le chemin vers une meilleure cohabitation implique toujours que soit reconnue la possibilit&#233; que l'autre fasse d&#233;couvrir une perspective l&#233;gitime, au moins en partie, quelque chose qui peut &#234;tre pris en compte, m&#234;me quand il s'est tromp&#233; ou a mal agi. &#187; Tout cela suppose &lt;i&gt;l'inclusion de chacun dans une vraie communaut&#233;, &#224; l'image de la famille&lt;/i&gt;. Comme dit le 230 : &#171; &#8216;notre soci&#233;t&#233; gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment &#224; la maison. Dans une famille, [&#8230;] personne n'est exclu. [&#8230;], tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. Ils se querellent, mais il y a quelque chose qui ne change pas : ce lien familial. [&#8230;] Si nous pouvions r&#233;ussir &#224; voir l'adversaire politique ou le voisin de maison du m&#234;me &#339;il que nos enfants, nos &#233;pouses, &#233;poux, nos p&#232;res ou nos m&#232;res, que ce serait bien !' &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que la famille est une communaut&#233; bien d&#233;finie, alors que, comme on l'a vu, le pape voit le peuple comme une cat&#233;gorie mouvante, qui ne doit pas exclure celui qui vient du dehors. Or justement pour lui l'id&#233;e de fermeture est &#224; rejeter par principe. Mais il ne r&#233;pond pas &#224; la question qui vient naturellement : n'y a-t-il pas un rapport entre la nature des liens qui unissent la famille, et le fait qu'elle soit restreinte &#224; certaines personnes ? En r&#233;alit&#233;, pour lui, ce qui importe est la rencontre : au 232 : &#171; &lt;i&gt;il n'y a pas de point final &#224; la construction de la paix&lt;/i&gt; sociale d'un pays. [&#8230;] Travail qui nous demande de ne pas rel&#226;cher l'effort de construire l'unit&#233; de la nation et, malgr&#233; les obstacles, les diff&#233;rences et les diverses approches sur la mani&#232;re de parvenir &#224; la cohabitation pacifique, de &lt;i&gt;pers&#233;v&#233;rer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre&lt;/i&gt; qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et &#233;conomique, la personne humaine, sa tr&#232;s haute dignit&#233; et le respect du bien commun'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les croyants ont dans cette t&#226;che un r&#244;le particulier. D&#232;s lors, au 282 : ils &#171; &#8216;ont besoin de trouver des espaces o&#249; discuter et &lt;i&gt;agir ensemble pour le bien commun&lt;/i&gt; et la promotion des plus pauvres. [&#8230;] En tant que croyants, nous nous trouvons face au d&#233;fi de retourner &#224; nos sources pour nous concentrer sur l'essentiel : l'adoration de Dieu et l'amour du prochain, de mani&#232;re &#224; ce que certains aspects de nos doctrines, hors de leur contexte, ne finissent pas par alimenter des formes de m&#233;pris, de haine, de x&#233;nophobie, de n&#233;gation de l'autre. La v&#233;rit&#233;, c'est que l&lt;i&gt;a violence ne trouve pas de fondement dans les convictions religieuses fondamentales, mais dans leurs d&#233;formations.&lt;/i&gt; &#187; Notons qu'aucune distinction n'est faite ici entre les diff&#233;rentes religions, selon un th&#232;me fr&#233;quent du pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bien commun mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la pr&#233;c&#233;dente, cette encyclique d&#233;veloppe consid&#233;rablement la dimension internationale, dans l'optique d'un bien commun universel. L&#224; aussi on rencontre l'obstacle de l'&#233;go&#239;sme, ici national. &lt;i&gt;Ce niveau national est jug&#233; de moins en moins pertinent&lt;/i&gt;. Car (178) &#171; face &#224; tant de formes mesquines de politique et &#224; courte vue, je rappelle que &#8216;la grandeur politique se r&#233;v&#232;le quand, dans les moments difficiles, on &#339;uvre [&#8230;] en pensant au bien commun &#224; long terme. &lt;i&gt;Il est tr&#232;s difficile pour le pouvoir politique d'assumer ce devoir dans un projet de nation&lt;/i&gt; et encore davantage dans un projet commun pour l'humanit&#233; pr&#233;sente et future. &#187; En effet (affirmation consid&#233;rable) &#171; &lt;i&gt;aujourd'hui aucun &#201;tat national isol&#233; n'est en mesure d'assurer le bien commun de sa population&lt;/i&gt;. &#187; D&#232;s lors (154) &#171; une meilleure politique, mise au service du&lt;i&gt; vrai bien commun&lt;/i&gt;, est n&#233;cessaire pour permettre le d&#233;veloppement d'une &lt;i&gt;communaut&#233; mondiale&lt;/i&gt;, capable de r&#233;aliser la fraternit&#233; &#224; partir des peuples et des nations qui vivent l'amiti&#233; sociale. &#187; C'est que (172) &#171; le XXIe si&#232;cle &#8216;est le th&#233;&#226;tre d'un &lt;i&gt;affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux&lt;/i&gt;, surtout parce que la dimension &lt;i&gt;&#233;conomique et financi&#232;re&lt;/i&gt;, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la &lt;i&gt;maturation d'institutions internationales&lt;/i&gt; devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner'. [&#8230;] On devrait au moins inclure &lt;i&gt;la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial,&lt;/i&gt; l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela d&#233;bouche sur la remise en cause de l'id&#233;e de guerre juste, au vu du bien commun universel (257). Au 260 &#171; &#8216;il devient impossible de penser que la guerre soit le moyen ad&#233;quat pour obtenir justice d'une violation de droits'. [&#8230;] Les raisons pour la paix sont plus fortes que tout calcul li&#233; &#224; des int&#233;r&#234;ts particuliers et toute confiance dans l'usage des armes. &#187; Les m&#234;mes motifs conduisent &#224; &#233;carter ce que le pape appelle l'illusion de la s&#233;curit&#233; par la discussion nucl&#233;aire (262).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle id&#233;e du bien commun ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Ent&#233;e dans la tradition, le magist&#232;re et le Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur une compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelle, notamment sur ce qu'implique aujourd'hui le souci du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les intuitions fondamentales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-en plusieurs caract&#233;ristiques, notamment &#224; travers ses quatre aphorismes favoris (le temps est sup&#233;rieur &#224; l'espace, l'union pr&#233;vaut sur le conflit, le tout est sup&#233;rieur &#224; la partie, la r&#233;alit&#233; est sup&#233;rieure &#224; l'id&#233;e), plus le th&#232;me r&#233;current &#8216;tout est li&#233;'. J'en rel&#232;verai cinq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est &lt;i&gt;le refus profond et radical de tout ce qui cr&#233;e une division ou une opposition&lt;/i&gt;. Et d'abord les id&#233;es et a fortiori les id&#233;ologies. &lt;i&gt;La m&#233;fiance spontan&#233;e du pape &#224; l'&#233;gard de tout ce qui est construction intellectuelle&lt;/i&gt; (&#171; l'id&#233;e &#187;), de tout ce qui est doctrinal avec des d&#233;finitions pr&#233;cises, de toute diff&#233;renciation et objection intellectuelle, se base sur cette perception : de telles distinctions sont trop vite pour lui des &#8216;pierres' lanc&#233;es aux gens, des outils de pharisiens, qui &lt;i&gt;brisent le rapport humain fondamental, la fraternit&#233;, et interrompent les processus b&#233;n&#233;fiques.&lt;/i&gt; Corr&#233;lativement, tout ce que le pape d&#233;nonce est d&#233;fini comme &#233;triqu&#233;, mutilant, parcellaire, diviseur, bloquant : le populisme, le n&#233;o-lib&#233;ralisme, l'approche technocratique, les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques etc. Mal qui se situe alors soit au niveau des id&#233;ologies ou des structures, soit des puissants qui les utilisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est l'id&#233;e que &lt;i&gt;l'&#233;conomie est par excellence le domaine de cette mutilation&lt;/i&gt;, favorisant &#224; la fois l'individualisme des uns, perdus dans leur qu&#234;te de consommation, et le d&#233;ploiement des int&#233;r&#234;ts des autres, ces puissants qui manipulent les premiers. Le march&#233; est essentiellement vu comme le lieu d'un rapport de force, qui induit en outre en erreur par sa pr&#233;tention &#224; tout r&#233;guler. Le tout est source &#233;ventuelle de violence, en tout cas d'instrumentalisation, de domination et de rejet (d'o&#249; la culture du d&#233;chet). Inversement le principe traditionnel de subordination de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; la destination universelle des biens trouve ici une application plus radicale, la propri&#233;t&#233; devenant &#171; secondaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me point, le niveau politique a un statut plus noble, mais il est vu comme trop souvent lui aussi &lt;i&gt;mutilant&lt;/i&gt;, qu'il serve les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des puissants, ou la soif de pouvoir. En tout cas, &lt;i&gt;le lieu de la nation n'est pas le lieu le plus pertinent pour d&#233;finir le bien commun&lt;/i&gt;, puisque le bien commun sur lequel il est insist&#233; se situe au niveau de l'humanit&#233;, que le peuple qui sert de support &#224; la nation est un concept mouvant, et que le pouvoir &#233;chappe &#224; cet &#233;chelon. L'Etat a ses devoirs et son r&#244;le, mais il n'est pas le lieu naturel du progr&#232;s, comme il l'est dans le sch&#233;ma social-d&#233;mocrate ou progressiste. Ce bien doit &#234;tre cherch&#233; &#224; un niveau &lt;i&gt;plus proche des bases&lt;/i&gt; : les personnes et leurs communaut&#233;s (avec leurs cultures), ces derni&#232;res pas tellement comme corps constitu&#233;s, mais comme unions de personnes reli&#233;es entre elles par la fraternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, le niveau de la &lt;i&gt;loi naturelle&lt;/i&gt; ne joue aucun r&#244;le dans cette pens&#233;e, en tant qu'outil d'&#233;laboration intellectuelle ou de dialogue avec les non -chr&#233;tiens. Bien s&#251;r en un sens la fraternit&#233; par exemple peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme en relevant. Mais pas dans l'analyse et l'expos&#233; ; il n'y a pas de niveau de l&#233;gitimit&#233; interm&#233;diaire. La fraternit&#233;, apr&#232;s &#234;tre affirm&#233;e comme telle, est rapport&#233;e en fin de texte &#224; la paternit&#233; divine &#224; travers les diverses religions, mais sans m&#233;diation dans une loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un quatri&#232;me point concerne les &lt;i&gt;p&#233;riph&#233;ries&lt;/i&gt;. La notion de dignit&#233; de la personne humaine, centrale, implique l'int&#233;gration de tous. Mais un r&#244;le particulier est reconnu aux p&#233;riph&#233;ries au sens large : pauvres, migrants etc. ; pas seulement comme priorit&#233; pour notre souci, mais comme source de progr&#232;s collectif, o&#249; ils deviennent nos enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cinqui&#232;me point, essentiel, le message central est celui de la &lt;i&gt;conversion&lt;/i&gt;, &#224; la fois personnelle et au niveau des communaut&#233;s de base ; le pape est d'abord un pr&#233;dicateur, qui vise &#224; nous &lt;i&gt;convertir &#224; la charit&#233; mutuelle&lt;/i&gt;. Cette conversion doit &#234;tre globale, visant &#224; la fois nos relations avec nos fr&#232;res, la nature, les pauvres, les non-chr&#233;tiens etc. Inversement le rejet de la nature et le rejet du pauvre sont les sympt&#244;mes du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne, de la m&#234;me attitude fautive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le bien commun ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le comprendre, le bien commun est d&#232;s lors compris &#224; la fois dans la ligne de l'enseignement ant&#233;rieur, et de fa&#231;on originale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La ligne ant&#233;rieure&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparons rapidement avec ce que disait l'enseignement ant&#233;rieur sous sa forme synth&#233;tique la plus r&#233;cente. Selon le &lt;i&gt;Compendium&lt;/i&gt; de la Doctrine sociale, (n&#176; 164), tout d'abord &#171; Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. &#201;tant &#224; tous et &#224; chacun, il est et demeure &lt;i&gt;commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre,&lt;/i&gt; de l'accro&#238;tre et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. &#187; En outre (167) &#171; Le bien commun engage tous les membres de la soci&#233;t&#233; : &lt;i&gt;aucun n'est exempt&#233; de collaborer&lt;/i&gt;, selon ses propres capacit&#233;s, &#224; la r&#233;alisation et au d&#233;veloppement de ce bien &#187; &#187; Nous sommes ici tr&#232;s en phase avec &lt;i&gt;Fratelli tutti.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, s'agissant des &#8216;devoirs de la communaut&#233; politique' on ajoutait alors (168) &#171; le bien commun est la raison d'&#234;tre de l'autorit&#233; politique. &#192; la soci&#233;t&#233; civile dont il est l'expression, l'&#201;tat doit, en effet, garantir la coh&#233;sion, l'unit&#233; et l'organisation de sorte que le bien commun puisse &#234;tre poursuivi avec la contribution de tous les citoyens. &lt;i&gt;L'individu, la famille, les corps interm&#233;diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m&#234;mes &#224; leur d&#233;veloppement pl&#233;nier ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'institutions politiques dont la finalit&#233; est de rendre accessibles aux personnes les biens n&#233;cessaires&lt;/i&gt; [&#8230;] pour conduire une vie vraiment humaine. &#187;. L'insistance sur ce niveau &#233;tait donc bien plus nette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, on ajoutait (170) de fa&#231;on christocentrique &#171; le bien commun de la soci&#233;t&#233; n'est pas une fin en soi ; il n'a de valeur qu'en r&#233;f&#233;rence &#224; la poursuite des fins derni&#232;res de la personne et au bien commun universel de la cr&#233;ation tout enti&#232;re. Dieu est la fin derni&#232;re de ses cr&#233;atures et &lt;i&gt;en aucun cas on ne peut priver le bien commun de sa dimension transcendante&lt;/i&gt;, qui d&#233;passe mais aussi ach&#232;ve la dimension historique. &lt;i&gt;Cette perspective atteint sa pl&#233;nitude en vertu de la foi dans la P&#226;que de J&#233;sus&lt;/i&gt;, qui &#233;claire pleinement la r&#233;alisation du vrai bien commun de l'humanit&#233;. Notre histoire - l'effort personnel et collectif pour &#233;lever la condition humaine - commence et culmine en J&#233;sus : gr&#226;ce &#224; lui, par lui et pour lui, toute r&#233;alit&#233;, y compris la soci&#233;t&#233; humaine, peut &#234;tre conduite au Bien supr&#234;me, &#224; son ach&#232;vement. &lt;i&gt;Une vision purement historique et mat&#233;rialiste finirait par transformer le bien commun en simple bien-&#234;tre socio-&#233;conomique, priv&#233; de toute finalisation transcendante, c'est-&#224;-dire de sa raison d'&#234;tre la plus profonde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une analyse possible&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelle est d&#232;s lors ma perception de la sp&#233;cificit&#233; de ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bien commun n'y est d'abord pas explicitement ou sp&#233;cifiquement ins&#233;r&#233; dans le contexte de la foi chr&#233;tienne comme foi (une r&#233;f&#233;rence comme celle au Bon samaritain ne la suppose pas n&#233;cessairement pour &#234;tre comprise ou admise). La seule r&#233;f&#233;rence proprement religieuse se situe &#224; la fin de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; ; elle rappelle qui si nous sommes fr&#232;res, il faut un P&#232;re, et que ce P&#232;re c'est Dieu. Mais ce passage ne donne aucune place sp&#233;cifique au christianisme : &lt;i&gt;toutes les religions y sont cens&#233;es reconna&#238;tre Dieu comme P&#232;re&lt;/i&gt; (id&#233;e &#224; mon sens contestable). Le r&#244;le de l'au-del&#224;, du salut &#233;ternel, apport&#233; par le Christ n'est pas &#233;voqu&#233;. Nous ne sommes donc plus sur ce plan dans la conception traditionnelle du bien commun, qui comportait l'ordonnancement &#224; notre finalit&#233;, et donc pour le chr&#233;tien &#224; nos fins derni&#232;res - en tout cas pas explicitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite &lt;i&gt;il est fait assez peu confiance aux institutions suppos&#233;es en charge du bien commun, et notamment &#224; l'Etat national&lt;/i&gt; (m&#234;me s'il admet les devoirs de ce dernier &#224; cet &#233;gard). Le pape insiste plus sur le peuple que sur la nation, et ce peuple est une entit&#233; mouvante, de composition sans cesse renouvel&#233;e. En fait &lt;i&gt;la seule r&#233;alit&#233; vraiment porteuse est les personnes, et leurs communaut&#233;s &#224; la base. C'est l&#224;-dessus que pour le pape se fonde vraiment la recherche du bien commun&lt;/i&gt;, son succ&#232;s ou son &#233;chec. Les corps interm&#233;diaires importent ensuite comme expression de ces communaut&#233;s de base. Le niveau politique au-dessus, les institutions, ne peuvent aller contre cette r&#233;alit&#233; fondamentale. En ce sens l&lt;i&gt;'Etat ne para&#238;t plus vraiment en charge du bien commun&lt;/i&gt; en ce sens qu'il en aurait la responsabilit&#233; ultime, comme c'&#233;tait le cas traditionnellement - m&#234;me si le point n'est pas explicit&#233; aussi radicalement. Sans parler des entit&#233;s &#233;conomiques, qui sont encore plus mal orient&#233;es. Ce qui est essentiel pour le pape est une conversion int&#233;rieure qui met en cause l'ensemble de nos relations. &lt;i&gt;Le vrai bien commun est au fond alors le fruit de la multiplication de ces conversions permanentes, personnelles et communautaires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puissant appel &#224; nos responsabilit&#233;s, et par l&#224; &#224; &#233;couter et m&#233;diter, ce message me para&#238;t d&#232;s lors plus contestable lorsqu'il tend &#224; sous-estimer le r&#244;le des m&#233;diations, notamment politiques. Le bien commun n'est &#224; mon sens pas seulement l'effet d'un flux de processus bien intentionn&#233;s parce que les personnes seront tourn&#233;es dans le bon sens. Il suppose une analyse des r&#233;alit&#233;s de la vie en commun, de ce qui structure nos communaut&#233;s en les &lt;i&gt;d&#233;limitant&lt;/i&gt;, et en distinguant et reconnaissant les lieux o&#249; il y a un fait commun agissant, une communaut&#233; bien pr&#233;cise, r&#233;ellement v&#233;cue, reconnue et organis&#233;e en termes d'autorit&#233; et de pouvoir. Parmi elles, je situe la &lt;i&gt;nation&lt;/i&gt; dont le r&#244;le me para&#238;t rester essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du bien commun suppose ensuite de reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; de faire face &#224; des oppositions ou des contradictions, dont la solution implique d'agir, car on ne se situe pas dans un monde id&#233;al, et le dialogue ne le permet pas toujours, d'o&#249; l'in&#233;vitable &lt;i&gt;conflit&lt;/i&gt;, qu'il faut assumer. Une notion pleine du bien commun supposerait aussi de reconna&#238;tre le r&#244;le essentiel de l'&#233;conomie et de le d&#233;velopper plus positivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, plus que de voir dans ces textes, le second surtout, une description doctrinale de la soci&#233;t&#233; politique selon l'enseignement de l'Eglise, car ils sont trop personnels pour cela (et l'introduction du pape le reconna&#238;t - voir Note 1), il me para&#238;t plus f&#233;cond d'insister sur le message vibrant qu'ils contiennent, leur appel &#233;mouvant &#224; &lt;i&gt;notre responsabilit&#233; dans le bien commun, &#224; travers la charit&#233; ou fraternit&#233;, et &#224; la conversion que cela implique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Sur la base d'une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales le 19 novembre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note 1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au n&#176; 6. &#171; Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution &#224; la r&#233;flexion pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. Bien que je l'aie &#233;crite &#224; partir de mes convictions chr&#233;tiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j'ai essay&#233; de le faire de telle sorte que la r&#233;flexion s'ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, on peut se reporter &#224; mon article &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-...&lt;/a&gt; qui examine notamment sa port&#233;e en termes magist&#233;riels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#171; syst&#232;me &#187; est en crise, mais de quel syst&#232;me parlons-nous ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-systeme-est-en-crise-mais-de-quel-systeme-parlons-nous.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Crise sanitaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec la crise du coronavirus, la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie subissent un choc violent. Beaucoup esp&#232;rent que ce sera l'occasion d'un choc salutaire ; et effectivement ce serait indispensable. Encore faudrait-il ne pas succomber aux facilit&#233;s du manich&#233;isme, et en profiter pour fourguer ses chers petits sch&#233;mas binaires qui pr&#233;tendent expliquer tout. Il y a mieux &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le Figaro Vox&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Vie-politique-francaise-.html" rel="directory"&gt;Chronique de la vie politique fran&#231;aise&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Bien commun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-sanitaire-+.html" rel="tag"&gt;Crise sanitaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Manich&#233;isme et sortie de crise : o&#249; sont nos vrais probl&#232;mes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise du coronavirus, la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie subissent un choc violent. Beaucoup esp&#232;rent que ce sera l'occasion d'un choc salutaire ; et effectivement ce serait indispensable. Encore faudrait-il ne pas succomber aux sir&#232;nes du manich&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; des tenants du &#171; syst&#232;me &#187; tel qu'il fonctionne actuellement, et qui esp&#232;rent au plus vite que tout revienne au plus t&#244;t comme avant, il y a en effet les amateurs de solutions simples. Un des sch&#233;mas favoris de nos dialecticiens en herbe, c'est l'opposition entre un bloc liant le mondialisme, la finance, la sp&#233;culation, le capitalisme, la d&#233;sindustrialisation, les march&#233;s et la surconsommation, qui s'opposerait &#224; un bloc vertueux m&#234;lant l'Etat, le service public , la protection sociale et la solidarit&#233;. Il y a beaucoup de vrai l&#224;-dedans, mais aussi beaucoup de na&#239;vet&#233;, de simplisme, et m&#234;me de franches erreurs. Rappelons quelques faits simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la crise actuelle n'a rien &#224; voir directement ni avec la finance ni avec la sp&#233;culation. Ce n'est pas 2008. Elle n'est m&#234;me pas d'origine &#233;conomique. Bien s&#251;r, elle a mis en &#233;vidence les terribles m&#233;faits de la mondialisation commerciale et industrielle avec son culte des flux tendus et des d&#233;localisations et ses concentrations de production en Chine, qui nous laissent terriblement d&#233;munis. Mais si la finance y a contribu&#233;, cela se serait fait tout autant sans elle. Parce que les entreprises int&#233;ress&#233;es et les consommateurs y ont beaucoup gagn&#233; ; parce que l'id&#233;ologie mondialiste &#233;tait partout, &#224; commencer par les trait&#233;s europ&#233;ens ; parce que l'on a remis&#233; l'ind&#233;pendance nationale aux oubliettes. On dira que la finance a &#224; voir avec la terrible fragilit&#233; de notre syst&#232;me, du fait de son endettement d&#233;mentiel. Et on aura raison. Sauf que, pour s'endetter, il faut le vouloir. Ce ne sont pas les march&#233;s financiers qui obligent les Etats &#224; s'endetter, c'est leur incapacit&#233; &#224; contr&#244;ler leurs d&#233;ficits, donc &#224; choisir politiquement. Sans compter que le surendettement mondial r&#233;sulte largement de la politique mon&#233;taire et budg&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite on dit que si nous sommes sous-&#233;quip&#233;s sur le plan m&#233;dical, notamment dans nos h&#244;pitaux, c'est la faute de l'aust&#233;rit&#233;, des march&#233;s, ou de Bruxelles. L&#224; encore, ce n'est pas s&#233;rieux de la part d'un pays dont les pouvoirs publics canalisent 56 % du PNB. Il est donc &#233;vident que ce n'est pas la d&#233;pense qui manque chez nous ; mais qu'elle est mal utilis&#233;e, voire tr&#232;s mal. On parle de d&#233;mant&#232;lement du service public, ce qui veut dire qu'on pense qu'avant, cela allait mieux. Mais justement, avant, la d&#233;pense publique &#233;tait plus faible qu'aujourd'hui. Comment faisait-on ? Comment fait la Cor&#233;e qui se tire mieux que nous de la crise alors que ses d&#233;penses de sant&#233; rapport&#233;es au PNB repr&#233;sentent la moiti&#233; des n&#244;tres ? Comment se fait-il qu'on n'ait pas investi massivement en masques et tests, qui ne co&#251;tent pas cher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point central commun : nous sommes mal g&#233;r&#233;s. Pas par ce seul gouvernement, mais depuis longtemps. Parce que la d&#233;cision est bureaucratique et corporatiste, qu'elle g&#232;re la contrainte budg&#233;taire selon la r&#233;sistance aux &#233;conomies et non selon les vraies priorit&#233;s, parce qu'elle est incapable d'investir sur l'avenir, parce que pour elle la pr&#233;caution c'est de bloquer ce qui est nouveau, et non pas prendre ses pr&#233;cautions pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le changement est n&#233;cessaire. Mais il suppose de d&#233;monter les dichotomies simplistes et de regarder les points qui font mal. Oui, il y a un r&#244;le majeur pour l'Etat, un r&#244;le accru, mais pas pour un Etat plus gras, au contraire : pour un Etat plus concentr&#233; mais avec des priorit&#233;s claires, notamment de r&#233;gulation et de protection ultime, avec de vrais d&#233;cideurs &#224; sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne faut pas oublier que la soci&#233;t&#233; ne se r&#233;duit pas &#224; l'Etat. Que la soci&#233;t&#233; civile ne se r&#233;duit pas &#224; l'&#233;conomie ou au capitalisme. Que l'&#233;conomie d'entreprise et de march&#233; se r&#233;duit pas au court-termisme ou &#224; la sp&#233;culation. Encadrer les march&#233;s, et par exemple supprimer les droits de vote des sp&#233;culateurs, oui, bien s&#251;r : qui investit dans une entreprise doit lui &#234;tre fid&#232;le. Mais cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en fait un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant ses actions prioritaires, sur le long terme (et donc en &#233;cologie aussi) mais sans faire marcher la planche &#224; billet ; prot&#233;geant ses secteurs clefs et remisant l'id&#233;ologie mondialiste, mais sans fermeture ni repli ; contr&#244;lant et r&#233;gulant &#233;nergiquement ses march&#233;s et sa finance, sans les tuer ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel. On voit les pays de l'Asie libre, Cor&#233;e, Taiwan, Singapour, Hongkong, voire Japon plut&#244;t mieux r&#233;agir que nous, avec moins de contraintes. Esp&#233;rons que cela se poursuivra. Mais d'ores et d&#233;j&#224; une le&#231;on est claire : ces pays ont une culture impr&#233;gn&#233;e de la chose publique, du bien de la soci&#233;t&#233;, non par action de l'Etat, mais dans l'esprit des citoyens. C'est peut-&#234;tre du confucianisme, reste que c'est non seulement vertueux, mais bien utile. La deuxi&#232;me erreur &#224; r&#233;pudier, apr&#232;s notre culte de la bureaucratie et nos capitalistes avides, c'est donc notre individualisme pathologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le Figaro Vox 31 mars 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/vox/politique/pierre-de-lauzun-le-systeme-est-en-crise-mais-de-quel-systeme-parlons-nous-20200401&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/vox/politiq...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mettre les march&#233;s financiers au service du Bien commun </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Mettre-les-marches-financiers-au-service-du-Bien-commun.html</link>
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		<dc:date>2013-06-16T13:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>March&#233; financier</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Question urgente &#233;videmment. Comment mettre les march&#233;s financiers plus au service du Bien commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai abord&#233; ce sujet sous forme de questions dans une intervention au colloque organis&#233; par le Conseil pontifical Justice et Paix le 13 mai 2013 sur Banque, Finance et Bien commun. Dans la perspective de la Doctrine sociale de l'Eglise, qui se r&#233;v&#232;le une fois de plus bien &#233;clairante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte de l'intervention&#8230; (Attention il est en anglais).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Marche-financier-+.html" rel="tag"&gt;March&#233; financier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FINANCIAL MARKETS SERVING THE COMMON GOOD&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A Christian perspective&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In an economy built around the human person, decisions should be made responsibly by those persons, with in view the common good. The economic interaction of persons is what is called a market. The market is therefore a form of expression of society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this respect Pope Benedict XVI made a very important statement for our purpose. We find in Caritas in veritate N&#176; 36 : &#171; The Church has always held that economic action is not to be regarded as something opposed to society. In and of itself, the market is not, and must not become, the place where the strong subdue the weak. Society does not have to protect itself from the market, as if the development of the latter were ipso facto to entail the death of authentically human relations. Admittedly, the market can be a negative force, not because it is so by nature, but because a certain ideology can make it so. It must be remembered that the market does not exist in the pure state. It is shaped by the cultural configurations which define it and give it direction. Economy and finance, as instruments, can be used badly when those at the helm are motivated by purely selfish ends. Instruments that are good in themselves can thereby be transformed into harmful ones. But it is man's darkened reason that produces these consequences, not the instrument per se. Therefore it is not the instrument that must be called to account, but individuals, their moral conscience and their personal and social responsibility &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In particular, the role of financial markets is to confront bids and offers for capital investments, lending instruments and hedging of risks. As any human institution, in the light of the Social Teaching of the Church (STC) financial markets are to serve the Common good. Subsidiarity implies the autonomy of participants to the market, taking into account their duty towards the Common good ; and society is responsible for helping to insure the Common good by devising the appropriate framework.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In addition to giving the possibility of buying and selling in the framework of a global confrontation of bids and offers, a market gives a common reference to society, which is called a price. Reflecting the priorities and expectations of all participants to society, an open and fair market produce a just price, provided the organisation of the market is satisfactory and the priorities of participants are reasonably well-oriented. Our predecessors the medieval Schoolmen, following the lead of saint Thomas Aquinas, had already contributed actively to the questions we raise here, starting with the just price.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Our aim here is not to define precise measures when there is no specific moral or ethical dimension to them, but to try and give orientations towards a better integration of financial markets in a social environment aiming at the Common Good. What has been said implies that two areas are to be considered : the organisation of markets and the priorities of participants. In this respect, the following questions should be raised (and others if useful).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Organisation and rules&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Do we endorse the view that markets being the expression of society should be as transparent, equal and open to all investors as is possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Do we think this implies giving a strong preference to organised markets (or to OTC markets delivering an equivalent result in this respect) ? If so, what should be the status of other OTC markets (limited role, higher prudential requirements) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	How can High Frequency Trading be coherent with this vision of the market ? Dark pools and other forms of hidden and non-participative markets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Shouldn't opaque and oligopolistic markets (like CDS markets) be deeply reformed ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	According to the preceding view (and the STC), markets would have to be regulated and organised.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Markets must be regulated and subject to appropriate surveillance. Who should have the responsibility to organise and monitor these markets ? Isn't subsidiarity going in favour of self-regulation by the industry, notably by codes and other rules, subject to official scrutiny and/or approval ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	The market being international, doesn't this imply some form of international authority at least on common references and major international markets (including of course commodities) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	What kind of infrastructure (exchanges, clearing and settlement platforms) do the markets need ? Who should own them ? Wouldn't subsidiarity be best respected by cooperative arrangements between participants under public scrutiny ? Aren't those platforms instruments of common good and shouldn't they centralise transactions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	In some cases, new financial products may have to be considered as detrimental to the integrity of the markets (and/or of investors) and, as we saw in 2007 the markets cannot immediately make an appropriate and timely valuation of these risks. Then :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Shouldn't there be an authorisation process for those products, if significant collectively &#8211; as is the case now for the issuance of stocks or bonds ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Shouldn't there be limits (or prohibition) to the use of hedging instruments where there is no asset to hedge (except in case of regulated market-making) ? Shouldn't it be in priority the case of CDSs and commodities derivatives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Financial transaction tax&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Can such a tax work if not worldwide (an unlikely event) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Being a blunt and rough instrument, is taxation adapted to regulate markets ? Is not direct regulation a much more refined and adapted tool ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	If the financial sector must contribute more to financing public expenditure, aren't other fiscal bases much more simple and more adapted (e.g. taxes on profits, on risk-weighted assets etc.) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Priorities&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	The market being the interaction of people, its end result depends on the priorities of its participants. And so :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	What should be the priorities of investors, from a Common good perspective ? Does not that imply a variety of criteria, not limited or short term profit ? Shouldn't all investments be responsible or ethical investment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Is &#8216;ethical' in this respect limited to the criteria currently used to assess companies where to invest (environment, labour, governance) ? Shouldn't it be enriched (quality and utility of products, relationship to clients and investors, responsibility to the communities where a company is active etc.) ? Shouldn't Catholics be active proponents of instruments to achieve this aim (ratings, financial research etc.) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Governance of investment instruments is a vital priority.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Shouldn't for example pension funds be managed more explicitly in a long term perspective, taking into account some consideration of the Common good ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Shouldn't they therefore avoid benchmarks based on market indices (which are short term by nature) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Shouldn't Christians have specific initiatives here again ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. For all participants, buying and selling mean sending signals to the market, and so express a statement of value for which one is responsible. And then :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Aren't financial intermediaries (banks, brokers, insurance fund management etc.) at least morally responsible for their action on the markets (as they are or should be for their products) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	How to elaborate new sets of priorities by these actors in order to influence the broad market or at least to behave morally ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Shouldn't Christians have specific initiatives here again ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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