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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Trump et sa Strat&#233;gie de S&#233;curit&#233; Nationale : changeons notre logiciel</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-Strategie-de-Securite-nationale-de-Trump-changeons-notre-logiciel.html</link>
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		<dc:date>2026-01-12T08:05:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Ordre international</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;curit&#233; nationale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La nouvelle Strat&#233;gie de S&#233;curit&#233; Nationale, qu'a sortie l'administration Trump en novembre dernier, a suscit&#233; une &#233;motion consid&#233;rable en Europe, et a &#233;t&#233; largement comment&#233;e. Mais il faut aller au-del&#224; de ces commentaires trop souvent convenus et plut&#244;t r&#233;v&#233;lateurs des a priori des uns ou des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; c'est dans l'emballage id&#233;ologique que r&#233;side la principale nouveaut&#233;, et cela laisse les Europ&#233;ens bien isol&#233;s, entre pr&#233;tentions moralisantes et incapacit&#233; r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-et-defense-.html" rel="directory"&gt;Guerre, conflit et crise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Securite-nationale-+.html" rel="tag"&gt;S&#233;curit&#233; nationale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/geopolitics-9502437_1280.jpg?1787417298' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle Strat&#233;gie de S&#233;curit&#233; Nationale, qu'a sortie l'administration Trump en novembre dernier, a suscit&#233; une &#233;motion consid&#233;rable en Europe, et a &#233;t&#233; largement comment&#233;e. Mais il faut aller au-del&#224; de ces commentaires trop souvent convenus et plut&#244;t r&#233;v&#233;lateurs des a priori des uns ou des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vision d'ensemble nationale mais pragmatique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau du positionnement global, le fait majeur est bien s&#251;r l'abandon de tout pr&#233;tention id&#233;ologique d'ensemble, de la grande croisade des d&#233;mocraties, et du r&#244;le des Etats-Unis &#224; sa t&#234;te. L'id&#233;e est au contraire la priorit&#233; que chaque Etat doit &#224; ses int&#233;r&#234;ts nationaux, pr&#233;sent&#233;e m&#234;me comme la meilleure solution pour tous au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains en ont d&#233;duit que cela aboutirait &#224; une hausse de la conflictualit&#233; ainsi qu'au partage du monde en sph&#232;res d'influences. Or si on peut d&#233;battre des cons&#233;quences possibles, ce n'est pas ce que dit viser le texte. D'une part, cette conception nouvelle n'est pas n&#233;cessairement bellig&#232;ne par principe puisqu'elle proclame en m&#234;me temps l'importance de la paix. On sait l'attachement de Trump &#224; se pr&#233;senter comme faiseur de paix, ce que le document rappelle &#8211; m&#234;me si dans son optique cela n'exclut pas des op&#233;rations militaires ponctuelles mais muscl&#233;es (Iran, Venezuela). D'autre part, le comportement de ce m&#234;me Trump est fondamentalement transactionnel, et domin&#233; par les consid&#233;rations &#233;conomiques &#8211; vues sous un angle brutal. D'o&#249; l'importance centrale dans tout le document de la s&#233;curit&#233; des approvisionnements (hydrocarbures notamment), et de la libert&#233; des mers. C'est en partie cet accent mis sur ces divers aspects qui explique l'absence de d&#233;signation explicite de la Russie ou de la Chine comme adversaires strat&#233;giques ou comme menace radicale, qu'on attendait naturellement dans un tel document. C'est n'est qu'en creux qu'une telle menace appara&#238;t, ainsi en mer de Chine, et trait&#233;e sous l'angle de la libert&#233; des mers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne voit pas non plus se dessiner une id&#233;e de partage du monde en v&#233;ritables zones d'influence h&#233;g&#233;moniques. Certes, en Am&#233;rique latine, le texte propose une version durcie de la doctrine Monroe et exclut toute pr&#233;sence jug&#233;e dangereuse d'une puissance autre. Mais ce n'est pas parce qu'un partage global du monde en sph&#232;res serait explicitement promu ; c'est la cons&#233;quence logique du primat national, visant &#224; assurer une d&#233;fense renforc&#233;e des int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, tant en termes d'approvisionnement, de s&#233;curit&#233; que de lutte contre des menaces diverses (drogues, migrants). On ne voit d&#232;s lors pas dans le texte que les Etats-Unis s'interdisent d'intervenir o&#249; que ce soit, m&#234;me si ce n'est plus par id&#233;ologie : aucune zone d'influence n'est reconnue &#224; qui que ce soit d'autre. D'ailleurs, quant aux autres zones, la relativisation du Moyen Orient n'est qu'apparente, et l'int&#233;r&#234;t &#233;conomique reste fort ; et l'importance de l'Asie, notamment c&#244;ti&#232;re, est maintenue. Il ne s'agit pas non plus d'assumer une h&#233;g&#233;monie globale, d'autant que cette derni&#232;re impliquerait une certaine responsabilit&#233; de l'h&#233;g&#233;mon envers ses vassaux : or ce n'est pas l'id&#233;e du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les aspects g&#233;ographiques et id&#233;ologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'Europe, le traitement tr&#232;s particulier qui lui est fait est justifi&#233; par la proximit&#233; culturelle et politique, plus que comme l'appartenance de celle-ci &#224; une zone d'influence. Il n'y a pas non plus dans le texte le d&#233;sengagement pur et simple que beaucoup y ont vu &#8211; m&#234;me si le soutien devient plus conditionnel. Ni de vassalisation au sens propre, du moins pas plus qu'auparavant m&#234;me si l&#224; aussi le rapport est plus brutal ; encore moins l'id&#233;e que l'Europe serait un ennemi. Bien entendu, on retrouve le couplet d&#233;sormais central sur le partage des frais et de l'effort de d&#233;fense ; mais il n'est pas nouveau, m&#234;me s'il est mani&#233; plus agressivement. Plus nouveau est le fait que la mention de l'affinit&#233; culturelle et politique reconnue entre elle et les Etats-Unis tende &#224; d&#233;placer la motivation g&#233;opolitique : si on suit le texte, l'Europe est toujours une cousine, mais moins un enjeu strat&#233;gique. Corr&#233;lativement, le texte insiste comme on sait avec force sur ce qui est per&#231;u comme sa d&#233;cadence sur bien des points : &#233;conomie, migrants, wokisme, patriotisme etc. Il y a l&#224; un clair m&#233;pris, mais aussi &#224; sa fa&#231;on, une demande de redressement. Cela explique d&#233;j&#224; en partie le d&#233;couplage relatif sur des dossiers comme l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;couplage le plus marqu&#233; avec l'Europe est id&#233;ologique ; il y a rupture du consensus relatif auparavant affich&#233; des deux c&#244;t&#233;s. Le message est : 1. Nous nous redressons, faites de m&#234;me. 2. Vous &#234;tes plus atteints que nous, avec votre machin bruxellois, votre go&#251;t pour les grandes phrases, et votre irresponsabilit&#233;. 3. Nous aiderons ceux chez vous qui vont dans le bon sens, les vrais patriotes (ce qu'on comprend comme d&#233;bouchant sur un soutien aux populistes ou &#224; &#171; l'extr&#234;me-droite &#187; - m&#234;me si les modalit&#233;s n'en sont pas claires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons cependant encore qu'en r&#233;alit&#233;, cette opposition id&#233;ologique traverse les Etats-Unis autant que l'Europe. Apr&#232;s tout, le wokisme et l'id&#233;ologie DEI ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es l&#224;-bas (quelles qu'en soient les sources intellectuelles europ&#233;ennes) avant d'&#234;tre r&#233;export&#233;s en Europe. De ce point de vue, la rupture id&#233;ologique entre les partenaires ne serait confirm&#233;e par la suite que si chacun d'eux persistait dans sa voie actuelle sur la dur&#233;e, ce qui ne va de soi ni d'un c&#244;t&#233; ni de l'autre. Mais ceci &#233;tant not&#233;, la divergence en cours ne peut &#234;tre sous-estim&#233;e, car elle n'a pas de pr&#233;c&#233;dent. Et les r&#233;actions europ&#233;ennes, plut&#244;t r&#233;serv&#233;es c&#244;t&#233; officiel, effarouch&#233;es c&#244;t&#233; commentateurs, sont symptomatiques de la sid&#233;ration qu'elles r&#233;v&#232;lent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, ce discours nouveau, quelque peu agressif, met &#224; sa fa&#231;on en &#233;vidence les pr&#233;suppos&#233;s progressistes en Europe, politiquement corrects et pr&#233;tendument unanimes. Pourtant l'&#233;vidence &#233;lectorale de la mont&#233;e de ce qu'on y appelle populisme montre que cette unanimit&#233; vaut surtout pour l'Europe officielle. Inversement la sc&#232;ne am&#233;ricaine est de son c&#244;t&#233; loin d'&#234;tre acquise au trumpisme, et peut donc encore changer d'orientation. Mais dans ce cas, il est peu probable que l'avenir d&#233;bouchera sur un retour aux relations euro-am&#233;ricaines ant&#233;rieures : l'id&#233;e que l'Europe est d&#233;sormais hors du coup est r&#233;pandue l&#224;-bas, non sans motifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques remarques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'insistera pas ici sur les d&#233;fauts du trumpisme, que ce texte met aussi en &#233;vidence : la brutalit&#233; et le ton peu diplomatique voire cynique, peu propre &#224; pr&#233;parer un monde apais&#233; ; l'obsession de la transaction et du commerce ; l'assurance pr&#233;matur&#233;e qu'on entrerait dans une nouvelle phase d'Am&#233;rique &#171; great again &#187; ; et peut-&#234;tre surtout l'absence de strat&#233;gie structurelle (de politique industrielle notamment, mais aussi de suivi dans les op&#233;rations) etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points sont en revanche &#224; souligner plus particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est la question d&#233;sormais centrale des nouveaux principes sur lesquels se construira l'&#233;quilibre international de demain. L'insistance trumpienne sur l'int&#233;r&#234;t national, m&#234;me temp&#233;r&#233;e par le souci affich&#233; de la paix, exprime au fond une r&#233;alit&#233; permanente qui n'avait jamais disparu. Ce qui est plus nouveau est de le mettre en avant de fa&#231;on aussi nue et froide ; m&#234;me si c'est entre autres pour &#233;liminer l'emballage id&#233;ologique ou juridique qui &#233;tait de mise auparavant. Or un tel changement n'est pas neutre, s'il devient permanent. D'un c&#244;t&#233;, comme beaucoup l'ont not&#233;, il peut justifier chez d'autres puissances un degr&#233; plus &#233;lev&#233; d'agressivit&#233; et de cynisme &#8211; m&#234;me si en r&#233;alit&#233; agressivit&#233; et cynisme sont d&#233;j&#224; bien r&#233;pandus : la Russie n'a pas attendu cela pour intervenir sur sa p&#233;riph&#233;rie, sans parler des comportements am&#233;ricains. D'autre part, il s'accompagne en l'esp&#232;ce d'un usage excessif du pur rapport de forces pour obtenir des avantages dissym&#233;triques et pour certains manifestement iniques, ainsi en mati&#232;re douani&#232;re entre Am&#233;rique et Europe. M&#234;me l'accent mis sur le commerce est vu sur le mode agressif et confrontationnel. De ce point de vue, autant le fait de balayer la vision ant&#233;rieure, pseudo-bienveillante et en r&#233;alit&#233; agressive voire hypocrite, de la d&#233;mocratie et des droits de l'homme, est en soi plut&#244;t bienvenu, autant on ne peut que d&#233;plorer que ce n'est pas remplac&#233; par une perspective satisfaisante, offrant une vraie perspective de paix : en un mot, le r&#233;alisme n'implique pas de renoncer &#224; toute id&#233;e de bien commun. Je publierai d'ailleurs dans les mois qui viennent un petit livre sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point vise justement l'id&#233;ologie, et ici la balle est dans le camp europ&#233;en : va-t-il se raidir dans son attachement &#224; la suppos&#233;e grande croisade du bien contre le mal &#8211; dont il n'a d'ailleurs les moyens ni militaires, ni technologiques, ni industriels ? Ce qui va dans ce sens est le discours r&#233;pandu en Europe selon lequel l'Am&#233;rique de Trump rejoindrait le camp des m&#233;chants, autoritaires et agressifs, avec en leur centre la Russie et la Chine. D'o&#249; la tentation, face &#224; cette &#171; coalition &#187; mena&#231;ante, de la mutation de l'Europe en un &#233;trange &#171; Camp des Saints &#187;. Mais en r&#233;alit&#233;, les id&#233;ologues sont les Europ&#233;ens. Russes et Chinois peuvent &#234;tre de r&#233;elles menaces, &#233;videmment, surtout les seconds - notamment en &#233;conomie ; mais c'est par une politique de puissance &#224; l'ancienne, pas &#224; la fa&#231;on id&#233;ologique de l'URSS. De ce point de vue, le trumpisme est plus r&#233;aliste, m&#234;me si on peut douter de son succ&#232;s &#224; terme, qui demanderait un tout autre effort sur la dur&#233;e, notamment en &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;duit de ces deux points que la t&#226;che d'un pays comme la France est de se red&#233;finir, sur la base d'une mutation mentale majeure, en sortant du cadre de pens&#233;e actuel, lequel n'a jamais &#233;t&#233; v&#233;ritablement justifi&#233;, mais qui est d&#233;sormais compl&#233;tement d&#233;cal&#233; de la r&#233;alit&#233;. C'est la voie d'un patriotisme renouvel&#233;, lucide et exigeant, qui s'attache &#224; retrouver une place digne sur la sc&#232;ne actuelle, sans que cela sacrifie aucun id&#233;al v&#233;ritable - car l'id&#233;al n'a de sens que fond&#233; sur le r&#233;el. Et le r&#233;el commence par la capacit&#233; &#224; agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma : &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/trump-et-sa-strategie-de-securite-nationale-changeons-notre-logiciel/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/trump-et-sa-st...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La guerre sainte des d&#233;mocraties, face au choc des r&#233;alit&#233;s</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-sainte-des-democraties-face-au-choc-des-realites.html</link>
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		<dc:date>2023-03-16T16:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A propos de la guerre d'Ukraine, la question d'un grand affrontement entre d&#233;mocraties et r&#233;gimes autoritaires a &#233;t&#233; soulev&#233;e. Beaucoup en sont convaincus dans ce qu'on appelle un peu rapidement l'Occident. La r&#233;alit&#233; est autrement plus nuanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec d'une politique internationale domin&#233;e par les consid&#233;rations id&#233;ologiques est patent. Cela ne doit pas conduire &#224; nier les menaces, mais &#224; les appr&#233;cier en termes plus r&#233;alistes de relations internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A propos de la guerre d'Ukraine, la question d'un grand affrontement entre d&#233;mocraties et r&#233;gimes autoritaires a &#233;t&#233; soulev&#233;e. Beaucoup en sont convaincus dans ce qu'on appelle un peu rapidement l'Occident. La r&#233;alit&#233; est autrement plus nuanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit d&#233;j&#224; au niveau plan&#233;taire : si une majorit&#233; nette de pays a condamn&#233; l'invasion russe de l'Ukraine, seuls les Occidentaux ont d&#233;cid&#233; des sanctions. Entre les deux lectures possibles &#8216;occidentales' du conflit ukrainien (agression contre un Etat, ou lutte du bien et du mal), la premi&#232;re se r&#233;v&#232;le bien plus f&#233;conde internationalement. La grande majorit&#233; des pays hors &#8216;Occident', d&#233;mocraties comprises, ne se sent pas impliqu&#233;e par une id&#233;e de grande croisade contre des forces antid&#233;mocratiques. D'autant qu'ils ne se sentent pas menac&#233;s par la Russie. La situation est sur ce point nettement diff&#233;rente de celle de l'URSS, qui avait un programme id&#233;ologique et pouvait s'appuyer sur des forces locales plus ou moins class&#233;es comme r&#233;volutionnaires, de sorte qu'&#224; c&#244;t&#233; de la menace militaire &#233;ventuelle, limit&#233;e &#224; certaines zones, on craignait une menace id&#233;ologique bien plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire concr&#232;tement que la pr&#233;tention des Occidentaux &#224; repr&#233;senter un camp qui serait celui de la d&#233;mocratie est de fait contest&#233;e. Bien des pays consid&#232;rent d'ailleurs &#224; tort ou &#224; raison que la menace d'une intervention occidentale, notamment am&#233;ricaine, id&#233;ologique ou &#224; pr&#233;texte id&#233;ologique, est pour eux plus s&#233;rieuse que la menace des autres, et en tout cas plus &#233;tay&#233;e par l'exp&#233;rience. On peut ajouter que la d&#233;finition m&#234;me du camp des d&#233;mocraties n'est pas vraiment &#233;vidente. Comme chacun sait, dans le camp dit occidental de nombreux r&#233;gimes non-d&#233;mocratiques ont trouv&#233; et trouvent tranquillement place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des Etats class&#233;s autoritaires (Chine, Russie, Iran et autres) la situation est loin d'&#234;tre simple ou uniforme. Partout il y a une ligne officielle, plus ou moins id&#233;ologique, et &#224; forte composante nationaliste. Mais c'est &#224; usage interne, et de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;renci&#233;e. Si la Chine pr&#233;sente &#224; l'&#233;vidence une situation sp&#233;cifique, en cela que l'id&#233;ologie marxiste y est suppos&#233;e rester une r&#233;f&#233;rence interne majeure, et qu'un parti communiste y est parti unique, ce n'est pas un produit d'exportation, au moins actuellement et &#224; vue humaine. De m&#234;me a fortiori pour la Cor&#233;e du Nord. Quant &#224; la Russie actuelle, le r&#233;gime, de fait de plus en plus autoritaire, ne met pas en avant de mod&#232;le politique original pouvant servir d'exemple, en dehors du simple fait de ce caract&#232;re autoritaire. Corr&#233;lativement, ce pays ne se signale pas par une grande originalit&#233; id&#233;ologique. Certes il se pr&#233;sente comme divergeant du monde occidental sur plusieurs sujets, comme les questions de soci&#233;t&#233; et de m&#339;urs, mais cela ne constitue pas une alternative politique. On ne se rapproche d'une forme d'id&#233;ologie pros&#233;lyte qu'avec l'Iran, mais ce n'est qu'un cas parmi d'autres dans le monde musulman ; et la dimension iranienne d'un c&#244;t&#233;, chiite de l'autre, appara&#238;t tr&#232;s largement pr&#233;pond&#233;rante dans son action ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc en d&#233;finitive que du point de vue des id&#233;es et du r&#233;gime le rapprochement entre Russie, Chine et Iran est passablement circonstanciel, et largement d&#251; &#224; l'existence d'un adversaire commun, occidental. On ne saurait discerner de v&#233;ritable imp&#233;rialisme id&#233;ologique de leur c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne les classe &#233;videmment pas comme des petits saints. Il y a chez les uns ou les autres une propension &#233;vidente au d&#233;bordement de puissance, de sorte que dans leur opposition commune aux Occidentaux (en fait, aux Am&#233;ricains) le discernement entre cause et effet soit sujet &#224; d&#233;bat. Mais ne n'est pas l'effet d'un antagonisme id&#233;ologique irr&#233;ductible, du moins vu de leur c&#244;t&#233; et de celui des tiers. La volont&#233; de puissance est une chose, l'id&#233;ologie une autre. Inversement bien s&#251;r, de trop grands succ&#232;s de leur c&#244;t&#233; favoriseraient sans doute un mod&#232;le autoritaire de r&#233;gime ici ou l&#224;, mais cela pourrait prendre des formes tr&#232;s variables, faute de mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est par ailleurs patent que la propension occidentale, ou plut&#244;t am&#233;ricaine, &#224; la recherche r&#233;guli&#232;re de l'instauration de la d&#233;mocratie par la force, est &#224; la fois remarquable par son inefficacit&#233; et, &#224; nouveau, une cause majeure de la crainte que cette manie instille non moins r&#233;guli&#232;rement un peu partout. Le monde arabe a &#233;t&#233; comme chacun sait le lieu le plus caricatural de la d&#233;monstration, le cas du malheureux Iraq &#233;tant ici embl&#233;matique. Cette d&#233;mocratisation avait pourtant eu l'air d'op&#233;rer apr&#232;s 1945 en Allemagne et au Japon, mais c'&#233;tait apr&#232;s une guerre &#224; mort radicale, et dans une mesure importante dans les deux pays on renouait avec des situations ant&#233;rieures &#224; leur d&#233;rive agressive. Et en tout cas cet interventionnisme ne fonctionne pas ailleurs. D'autant moins que, comme on l'a dit, dans la perception g&#233;n&#233;rale hors Occident la volont&#233; de puissance du suppos&#233; lib&#233;rateur l'emporte sur les motivations d&#233;mocratisantes affich&#233;es. En bref, l'affichage d&#233;mocratique est ruin&#233; par son identification de fait avec ce qui est per&#231;u &#224; tort ou &#224; raison comme un imp&#233;rialisme. C'est manifeste notamment en Afrique ou au Moyen Orient, ou sous une forme plus mod&#233;r&#233;e en Am&#233;rique latine. Et m&#234;me l&#224; o&#249; la dimension strat&#233;gique peut favoriser l'identification au camp occidental, voire &#224; la d&#233;mocratie, celle-ci n'est pas v&#233;cue comme une copie impliquant la solidarit&#233; &#8211; ainsi en Asie du Sud et du Sud-Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire qu'il n'y ait pas en la mati&#232;re de &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt; ? Ou que les th&#232;mes id&#233;ologiques soit sans effet ? Evidemment non. Il est &#233;vident que le th&#232;me de la d&#233;mocratie ou plus encore celui de la libert&#233; ont une audience et une r&#233;sonance, &#233;ventuellement fortes. Mais sur ce plan le facteur essentiel reste les &#233;volutions politiques internes, qui peuvent bien s&#251;r &#234;tre facilit&#233;es par une action de rayonnement si elle est appropri&#233;e. A condition de ne pas insister sur des facteurs r&#233;pulsifs comme l'id&#233;ologie &lt;i&gt;woke&lt;/i&gt;, et cette manie de vouloir imposer une vision des m&#339;urs qui r&#233;pugne &#224; la plupart des cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut noter par ailleurs qu'en mati&#232;re &#233;conomique, notamment de commerce international, une attitude apparemment inverse a pr&#233;valu c&#244;t&#233; occidental. Mais elle &#233;tait en r&#233;alit&#233; tout aussi id&#233;ologique, et non moins contestable. Toujours par id&#233;ologie, on a en effet pouss&#233; activement &#224; une ouverture maximale des fronti&#232;res douani&#232;res et autres, et &#224; l'entr&#233;e de la Chine puis de la Russie &#224; l'Organisation mondiale du commerce (OMC), sans aucune r&#233;flexion sur la dimension pourtant &#233;videmment strat&#233;gique d'un tel commerce, et sur le besoin de se prot&#233;ger de ces partenaires qu'on vilipendait par ailleurs. Car on croyait avec une na&#239;vet&#233; confondante que le &#171; doux commerce &#187; allait d&#233;boucher sur la paix, et surtout, dans les pays concern&#233;s, sur la d&#233;mocratie. Le r&#233;sultat de cette illusion a &#233;t&#233; de donner &#224; la Chine le moyen d'un formidable bond en avant qui en a fait l'usine de la plan&#232;te et un comp&#233;titeur strat&#233;gique de premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mythologie de la suppos&#233;e croisade des d&#233;mocraties contre les forces du mal, et le m&#233;lange des genres entre relations de puissance et id&#233;ologie, sont donc en r&#233;sum&#233; contre-productives de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, et cela du point de vue m&#234;me de ses promoteurs. Certes, au niveau international, la dimension id&#233;ologique n'a pas disparu, mais &#224; l'&#233;poque actuelle ce qui domine est le polycentrisme des puissances, le d&#233;veloppement de chacun dans sa logique propre. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, on ne peut qu'&#234;tre frapp&#233; par le contraste avec le r&#244;le subsistant de l'id&#233;ologie dans la vie politique dans ce qu'on appelle Occident. Y compris d'ailleurs au niveau interne, que ce soit par son utilisation croissante par la construction europ&#233;enne au d&#233;triment des r&#233;alit&#233;s nationales, ou par son r&#244;le ravageur dans le d&#233;chirement interne am&#233;ricain. Mais en tout cas, sous sa forme conqu&#233;rante et agressive ce n'est pas un tr&#232;s bon article d'exportation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, dans le cas de la guerre d'Ukraine le d&#233;terminant principal pour l'attitude &#224; tenir n'est pas la nature des r&#233;gimes (ce qui n'emp&#234;che pas d'avoir une opinion critique sur eux et sur leurs comportement, et de l'exprimer), mais la dimension internationale, qu'il s'agisse de consid&#233;rations de droit, d'&#233;valuation des rapports de forces r&#233;els ou esp&#233;r&#233;s, ou de la paix possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-guerre-sainte-des-democraties-face-au-choc-des-realites/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-guerre-sain...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Monde multipolaire et conflits id&#233;ologiques : o&#249; la Russie brouille quelque peu les cartes</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Monde-multipolaire-et-conflits-ideologiques-ou-la-Russie-brouille-quelque-peu.html</link>
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		<dc:date>2022-10-30T17:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>
		<dc:subject>Ordre multipolaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le fait que nous vivons dans un monde multipolaire est de plus en plus reconnu comme une r&#233;alit&#233;. En outre, il est revendiqu&#233; dans son principe par la Chine, l'Inde, la Russie et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en pose pas moins de nombreuses questions, une des principales &#233;tant son articulation avec la dimension id&#233;ologique, source d'oppositions qui peuvent assez naturellement devenir au contraire bipolaires. On le voit avec la guerre d'Ukraine. O&#249; l'action de la Russie brouille quelque peu les cartes de la multipolarit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fait que nous vivons dans un monde multipolaire est de plus en plus reconnu comme une r&#233;alit&#233;. En outre, il est revendiqu&#233; dans son principe par la Chine, l'Inde, la Russie et bien d'autres. Mais il n'en pose pas moins de nombreuses questions, une des principales &#233;tant son articulation avec la dimension id&#233;ologique, source d'oppositions qui peuvent assez naturellement devenir au contraire bipolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre Russie et Ukraine est sur ce plan caract&#233;ristique : le qualifier de grand conflit id&#233;ologique tend &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une &#233;vidence par les Occidentaux. La r&#233;action du reste du monde est beaucoup plus nuanc&#233;e. Ils n'approuvent en g&#233;n&#233;ral pas la Russie, et tendent &#224; d&#233;sapprouver l'agression russe et les annexions ; certains restent r&#233;serv&#233;s, &#233;ventuellement en faisant percevoir un certain malaise publiquement comme r&#233;cemment l'Inde et la Chine. Mais ils n'en d&#233;duisent pas qu'ils aient &#224; s'enr&#244;ler dans la grande croisade occidentale et notamment en mettant en place des sanctions. Ce qui &#233;videmment r&#233;duit beaucoup l'efficacit&#233; de ces derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait a frapp&#233; les observateurs et effectivement il signale une baisse d'influence appr&#233;ciable de l'Occident sous l'angle id&#233;ologique et politique. Soit par refus de ses exc&#232;s divers (m&#339;urs, agitation woke etc.) ; soit surtout du fait de sa combinaison avec un interventionnisme &#233;ventuellement militaire, notamment de la part des Am&#233;ricains ; soit par une critique du double langage occidental, condamnant certains cas et en tol&#233;rant d'autres. Mais outre que subsiste une ind&#233;niable attrait pour le style de vie occidental, au niveau politique cela ne signifie pas qu'il y ait passage &#224; une alternative id&#233;ologique. De fait, la revendication multipolaire tend au contraire &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e d'un monde o&#249; chacun est ma&#238;tre chez soi et o&#249; chacun a sa vision de la soci&#233;t&#233; et ses valeurs fondamentales. C'est ce qu'affiche notamment la Chine (rappelons que Taiwan n'est pas pour elle une exception, car en droit la quasi-totalit&#233; de la plan&#232;te admet qu'elle est chinoise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le discours de V. Poutine prononc&#233; &#224; l'occasion des annexions marque une positionnement quelque peu diff&#233;rent, qui peut &#234;tre source d'ambigu&#239;t&#233; pour les tiers : si la d&#233;nonciation de &#171; l'imp&#233;rialisme &#187; occidental, de son &#171; agressivit&#233; &#187; ou de son &#171; colonialisme &#187; peut rencontrer un &#233;cho appr&#233;ciable dans le monde hors Occident, c'est moins le cas du paysage qu'il dessine en m&#234;me temps de l'affrontement entre deux id&#233;ologies, l'occidentale et celle cens&#233;ment plus conservatrice qu'il dit d&#233;fendre (ce sur quoi il y aurait d'ailleurs beaucoup &#224; dire, ne serait-ce que du fait de l'h&#233;ritage sovi&#233;tique bien pr&#233;sent chez lui). D'une certaine fa&#231;on, il tend ici &#224; mimer ce qu'il reproche aux Occidentaux. En outre, le lien qu'il fait entre ces th&#232;mes et la guerre en Ukraine est pour le moins t&#233;nu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, autant l'id&#233;e d'une menace occidentale sur son pays peut avoir une certaine consistance, autant le discours russe souffre d'une faiblesse id&#233;ologique, qui porte sur sa vision normative des relations internationales et sur la place de la Russie. D'o&#249; le flou sur ses buts de guerre. Remet-il en cause les fronti&#232;res en g&#233;n&#233;ral ? Celles seules issues de la d&#233;composition de l'URSS ? Celles de la seule Ukraine, jug&#233;e Etat inconsistant (et pourquoi ?) Est-il nationaliste russe, visant au rassemblement de toutes les zones o&#249; se trouvent des Russes ? Ou vise-t-il la constitution d'une zone suppos&#233;e l&#233;gitime d'influence, au titre de l'histoire, de son statut de puissance, ou de sa s&#233;curit&#233; ? Quelle est la bonne m&#233;thode pour changer un statu quoi ? La guerre ? les r&#233;f&#233;rendums ? Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, cette ind&#233;termination relative n'exclut pas qu'il y ait des succ&#232;s russes dans d'autres zones ici ou l&#224;, notamment l&#224; o&#249; la question id&#233;ologique ne peut pas se poser en ces termes (et o&#249; la situation est diff&#233;rente et complexe : Moyen Orient), soit peut &#234;tre r&#233;duite par certains &#224; un sch&#233;ma anticolonialiste (Sahel et Afrique noire en g&#233;n&#233;ral). Mais au niveau global ce flou relatif contraste avec la coh&#233;rence de la vision chinoise affich&#233;e, mettant en avant un monde de cohabitation harmonieuse autour de l'influence bienfaisante de la Chine, selon le sch&#233;ma originellement confuc&#233;en du &#171; monde sous le ciel &#187; - quelle que soit bien s&#251;r la r&#233;alit&#233; des vis&#233;es chinoises &#224; terme et le pragmatisme de son action r&#233;elle. Vision chinoise qui ne peut que mettre mal &#224; l'aise ce pays devant les coups de boutoirs russes, et notamment au vu de leur impr&#233;cision &#8211; et des r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une impression qui peut &#234;tre partag&#233;e par la plupart des pays. En effet, et comme je l'ai d&#233;velopp&#233; depuis quelques ann&#233;es et notamment dans mon livre &lt;i&gt;Guide de survie dans un monde instable, h&#233;t&#233;rog&#232;ne et non r&#233;gul&#233;&lt;/i&gt;, ces pays, y compris voire surtout les nouvelles puissances comme la Chine et l'Inde, sont dans une phase de rattrapage et d'accumulation, notamment sur le plan &#233;conomique. Dans cette phase, les aventures guerri&#232;res, les incertitudes, les entraves au d&#233;veloppement, sont mal venues et ind&#233;sirables. La multipolarit&#233; qu'ils d&#233;sirent est donc une cohabitation, qui doit de ce point de vue s'&#233;tendre au moins sur une ou plusieurs g&#233;n&#233;rations &#8211; ce qui ne pr&#233;juge pas de leur attitude sur le vrai long terme, qui pourra devenir beaucoup plus ambitieuse et par l&#224; mena&#231;ante. L'imp&#233;rialisme id&#233;ologique occidental, cette manie de vouloir dire &#224; la plan&#232;te ce qui est le bien et le mal, souvent avec arrogance et incoh&#233;rence, les heurte donc, outre la menace que cela pourrait repr&#233;senter pour leurs &#233;quilibres internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il reste que pour eux, le nouveau visage de la Russie qui &#233;merge depuis 2022 n'est pas id&#233;al. Bien s&#251;r, la Chine par exemple n'en maintient pas moins son soutien relatif pour de nombreuses raisons, mais avec prudence et une certaine r&#233;serve. Et les autres ne vont ni sanctionner la Russie ni l'approuver &#8211; du moins &#224; ce stade, d'autant qu'elle ne les menace pas &#224; horizon visible (contrairement aux Am&#233;ricains, au moins potentiellement et dans leur vision). Mais la situation peut &#233;voluer si l'escalade se poursuit, notamment avec usage du nucl&#233;aire, et en cas de r&#233;action am&#233;ricaine plus muscl&#233;e. Cela dit, m&#234;me dans un tel cas ils tendront tr&#232;s certainement &#224; vouloir &#233;viter l'enr&#244;lement dans une grande croisade et r&#233;agiront cas par cas avec autant de retenue que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour compl&#233;ter ce bref descriptif enfin, est-il besoin d'ajouter que dans ce paysage l'Europe, France comprise, est inexistante, et r&#233;duite &#224; l'image de vassaux des Am&#233;ricains ? Malgr&#233; la multipolarit&#233; croissante, elle tend m&#234;me &#224; s'effacer plus encore. Et on ne voit pas &#224; ce stade les forces ou les facteurs qui en son sein pourraient vraiment la faire &#233;voluer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Politique Magazine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/monde-multipolaire-et-conflits-ideologiques-russie-et-occident-ou-en-est-on/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Interventionnisme militaire et id&#233;ologie</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Interventionnisme-militaire-et-ideologie.html</link>
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		<dc:date>2021-10-18T08:51:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>
		<dc:subject>Interventionnisme</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La d&#233;route occidentale et am&#233;ricaine en Afghanistan aura des cons&#233;quences consid&#233;rables pour les &#233;quilibres de puissances. J'&#233;voquerai ici l'aspect id&#233;ologique. La d&#233;faite des amateurs d'intervention dite humanitaire et de &#8216;nation-building' et du suppos&#233; &#8216;camp du bien' ne va pas le faire disparaitre, tant nos soci&#233;t&#233;s en sont impr&#233;gn&#233;es, au moins dans le discours affich&#233;. Raison de plus pour prendre du recul &#224; l'&#233;gard de ce qu'on appelle le &#8216;bien' dans le monde des relations internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il va de soi que l'id&#233;ologie est rarement le seul moteur d'une action sur le plan international et notamment d'un action militaire, et qu'elle joue souvent un r&#244;le de pr&#233;texte ; mais ce serait une erreur d'en d&#233;duire qu'elle ne joue qu'une r&#244;le secondaire, ou de simple emballage. C'est notamment le cas dans des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques o&#249; plus encore que dans d'autres il n'est pas possible de mener de telles actions sans leur donner une motivation de ce type. Mais ce peut d'ailleurs &#234;tre vrai aussi de r&#233;gimes non d&#233;mocratiques, comme feu l'URSS nous le rappelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la motivation en question doit avoir un lien avec l'action envisag&#233;e et ses modalit&#233;s ; on ne peut pas mettre en avant n'importe quel motif pour n'importe quelle action. Et s'il y a un lien, l'influence va dans les deux sens : d'un c&#244;t&#233;, &#233;videmment, l'action men&#233;e limite le choix des motifs id&#233;ologiques, mais d'un autre c&#244;t&#233; les motifs id&#233;ologiques influencent le choix des buts et des moyens. L'URSS par exemple est intervenue pour soutenir Cuba apr&#232;s sa r&#233;volution, certes dans le cadre de son opposition globale aux Etats-Unis et pour tenter de les menacer pr&#232;s de leurs c&#244;tes ; mais sans la dimension id&#233;ologique et la logique que cela imposait, l'int&#233;r&#234;t d'agir sur cette &#238;le tr&#232;s loin de ses bases n'aurait pas n&#233;cessairement eu beaucoup de sens, sans parler du co&#251;t exorbitant de ce soutien pour elle. De m&#234;me la France poussait pour une intervention en Syrie pour des motifs essentiellement id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs la sph&#232;re id&#233;ologique a sa logique de d&#233;veloppement propre. Ainsi les mal nomm&#233;s &#8216;n&#233;oconservateurs' am&#233;ricains ont th&#233;oris&#233; t&#244;t un interventionnisme muscl&#233; cens&#233;ment pour d&#233;fendre et r&#233;pandre la d&#233;mocratie et les droits de l'homme, bien avant que cela soit invoqu&#233; pour justifier des exp&#233;riences comme la guerre d'Iraq en 2003. S'y est ajout&#233;, &#224; un niveau international bien plus large, la th&#233;orisation croissante d'un suppos&#233; droit d'intervention, battant en br&#232;che les r&#233;f&#233;rences westphaliennes jusque-l&#224; suppos&#233;es dominantes. C'est dans ce cadre g&#233;n&#233;ral que des concepts et des pratiques nouvelles ont &#233;t&#233; ensuite mises en pratique comme le trop c&#233;l&#232;bre &#8216;nation-building'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des commentateurs l'ont not&#233;, ce dernier a &#233;videmment du plomb dans l'aile maintenant que l'&#233;chec de l'Afghanistan s'ajoute &#224; celui de l'Iraq. Il est maintenant manifeste m&#234;me pour ceux qui ne voulaient pas le voir qu'on ne modifie pas la situation culturelle ou politique d'un peuple &#224; volont&#233;, et que l'action militaire y a ses limites. M&#234;me l'interventionnisme &#8216;chirurgical', limit&#233; &#224; un renversement de r&#233;gime pour laisser ensuite les locaux se d&#233;brouiller, a montr&#233; ses inconv&#233;nients, le d&#233;sastre lybien en &#233;tant l'exemple le plus consternant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que l'interventionnisme en tout ou partie id&#233;ologique est d&#233;sormais discr&#233;dit&#233; ? Ce serait aller bien vite en besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord le maintien a priori certain d'une intense activit&#233; id&#233;ologique occidentale au niveau international, au service de principes allant de la d&#233;mocratie et des droits de l'homme &#224; la &#8216;sant&#233; reproductive' ou aux droits des personnes LGBT etc. Il n'y a pas de raison que cela ne continue pas all&#233;grement. Il ne s'agit pas seulement de purs discours, mais par exemple aussi de conditionnalit&#233; id&#233;ologique &#224; des financements. Sans parler du formidable relais des ONG et plus encore des tr&#232;s puissantes fondations d&#233;sormais richissimes, issues des GAFAs et nord-am&#233;ricaines pour l'essentiel, qui sont align&#233;es sur le m&#234;me programme. Ce &#8216;soft power' est donc plus que jamais d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode ant&#233;rieure, c'est de ce genre d'obsession id&#233;ologique que beaucoup de gens ont d&#233;duit le droit d'ing&#233;rence, qui tendait en outre &#224; se transformer en devoir d'ing&#233;rence. Bien entendu, une id&#233;ologie de ce genre, typique de nos pays, ne d&#233;bouche pas automatiquement sur une ing&#233;rence, d'autant que l'id&#233;e est plut&#244;t r&#233;cente sous cette forme. Tout r&#233;cemment pour de multiples raisons Hongkong a &#233;t&#233; mis au pas sans r&#233;action des Occidentaux. On s'accommode bien &#224; l'occasion et depuis longtemps de r&#233;gimes violents et de leurs pratiques, comme le montre depuis 90 ans le cas de l'Arabie saoudite. On n'a donc pas une doctrine d'emploi homog&#232;ne, et m&#234;me &#224; l'&#233;poque o&#249; l'id&#233;e d'ing&#233;rence battait son plein, on intervenait &#224; l'occasion mais pas syst&#233;matiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'enl&#232;ve rien &#224; l'existence des id&#233;es en question et de leur logique. On restera donc toujours tent&#233; d'intervenir &#224; l'occasion sur ces motifs, quoique sans doute avec des pr&#233;tentions et un discours plus modestes. Par ailleurs, inversement, les rapports de pouvoir subsistent et peuvent conduire &#224; des actions militaires ; et il est assez peu probable que la dimension id&#233;ologique en soit alors absente. Si par exemple les Etats-Unis aidaient Taiwan face &#224; une &#233;ventuelle attaque chinoise, on mobiliserait &#233;videmment les ressources du discours d&#233;mocratique ; ce qui serait plus difficile si Taiwan &#233;tait une dictature, &#224; situation strat&#233;gique identique. Pour tous ces motifs, l'interventionniste id&#233;ologique, m&#234;me du genre dit &#8216;n&#233;oconservateur' devrait subsister (en r&#233;duisant sensiblement ses ambitions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc pas comprendre ce qui se passe sans prendre en compte cette dimension, encore moins abandonner le champ id&#233;ologique en laissant un certain discours s'imposer et plus encore d'arroger le monopole de la morale, parce qu'il pr&#233;tend &#234;tre le camp du bien. Cette pr&#233;tention doit donc &#234;tre combattue sur son terrain m&#234;me. La morale, et le bien qu'elle recommande, ne sont en effet pas d&#233;termin&#233;s en parachutant des principes abstraits et &#224; pr&#233;tention universelle sur une situation quelconque, mais en discernant ce qu'il est bon de faire dans cette situation, parce que ce que l'on fait conduit &#224; une situation meilleure. Non seulement donc un comportement authentiquement &#233;thique ne s'oppose pas au pragmatisme et au r&#233;alisme, mais ces derniers en sont la condition n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau international, cela conduit &#224; ne pas consid&#233;rer automatiquement comme un ennemi celui dont vous consid&#233;rez la culture ou le syst&#232;me politique comme divergent du v&#244;tre, car la question centrale est le rapport entre pays et la v&#233;ritable paix : il faut donc moins d'id&#233;ologie, mais plus de vraie recherche du bien pertinent en l'esp&#232;ce ; ce qui conduirait par exemple &#224; une attitude moins syst&#233;matiquement hostile envers la Russie. De fa&#231;on analogue, cela am&#232;ne &#224; ne pas confondre la question de la r&#233;gulation de la violence au niveau national, &#224; travers des institutions ayant en principe le monopole de cette violence pour assurer le bien commun, avec cette r&#233;gulation au niveau international, o&#249; elle est en g&#233;n&#233;ral hors de port&#233;e ou contre-productive, sauf cas particuliers. Car dans ce dernier cas tout ce que vous ferez, m&#234;me subjectivement fond&#233; sur des purs principes (selon votre id&#233;ologie), prendra la plupart du temps la forme d'une agression, et sera per&#231;u par les autres comme tel. Et donc vous ferez en g&#233;n&#233;ral plus de mal que de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma le 18 octobre 2021.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/interventionnisme-et-ideologie/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/interventionni...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Se d&#233;barrasser de la mythologie r&#233;volutionnaire : Ukraine, printemps arabe</title>
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		<dc:date>2014-05-15T13:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La triste d&#233;rive ukrainienne nous prend &#224; nouveau en porte-&#224;-faux. Pourtant l'unanimit&#233; m&#233;diatique est formelle : le m&#233;chant Poutine agresse sauvagement et sournoisement la d&#233;mocratie ukrainienne en fomentant artificiellement une agitation s&#233;paratiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'Ukraine, sa population et son histoire, sont des r&#233;alit&#233;s complexes, souvent douloureuses. Une approche en blanc et noir, opposant le camp du bien et le camp du mal est &#224; la fois fausse et gravement contre-productive. On recommence l'erreur d'analyse des printemps arabes, dont on a vu les r&#233;sultats d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la racine de ces erreurs, le mythe r&#233;volutionnaire, combin&#233; avec l'imp&#233;rialisme id&#233;ologique. Profond&#233;ment ancr&#233; dans l'inconscient occidental est l'id&#233;e que les r&#233;volutions sont des &#233;v&#233;nements positifs et des facteurs de progr&#232;s. L'histoire enseigne exactement le contraire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-occidentale-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie occidentale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La triste d&#233;rive ukrainienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La triste d&#233;rive ukrainienne nous prend &#224; nouveau en porte-&#224;-faux. Pourtant l'unanimit&#233; m&#233;diatique est formelle : le m&#233;chant Poutine agresse sauvagement et sournoisement la gentille d&#233;mocratie ukrainienne en fomentant artificiellement une agitation s&#233;paratiste dans les parties russophones d'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit pourtant de consulter n'importe quelle source comp&#233;tente pour savoir que l'Ukraine, sa population et son histoire, sont des r&#233;alit&#233;s complexes, souvent douloureuses, et qu'une approche &#224; l'am&#233;ricaine en blanc et noir, opposant le camp du bien et le camp du mal est &#224; la fois fausse et gravement contre-productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons simplement que l'Ukraine historique, sous les tsars, n'&#233;tait pas l'actuelle, que l'Est et le Sud ont d'importantes populations russophones, que son &#233;conomie est diff&#233;rente de l'Ouest et bien plus int&#233;gr&#233;e dans l'&#233;conomie russe, que la derni&#232;re guerre a &#233;t&#233; v&#233;cue de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente, avec des souvenirs tr&#232;s douloureux etc. A l'inverse l'extr&#234;me ouest est culturellement bien plus proche de l'Europe centrale que de la Russie qu'il n'a que peu connue. Et le centre du pays est entre les deux : partie ancienne de l'Etat russe mais constituant un peuple diff&#233;rent, en outre martyris&#233; sous Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, l'Ukraine est venue &#224; l'ind&#233;pendance avec la dissolution de l'Urss, qui dans le contexte de l'&#233;poque, remettant en question un &#233;tat de fait pr&#233;valant depuis plus de 70 ans, n'a pas proc&#233;d&#233; &#224; une r&#233;vision des fronti&#232;res mais a constitu&#233; de nouvelles nations sur la base de fronti&#232;res jusques lors internes &#224; l'Urss. C'est ce qui explique les m&#233;langes de populations et l'artificialit&#233; de ces fronti&#232;res. La diaspora russe qui en r&#233;sulte, avec plusieurs dizaines de millions de personnes n'a son &#233;quivalent nulle part ailleurs. Elle a d'ailleurs son pendant en &#233;conomie, le syst&#232;me sovi&#233;tique int&#233;gr&#233; laissant en h&#233;ritage un degr&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233; d'interd&#233;pendance notamment industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela ne justifierait un imp&#233;rialisme russe, que cela soit le cas du r&#233;gime russe actuel ou non. Mais cela montre &#224; nouveau que la situation est complexe et d&#233;licate. Si on revient &#224; l'Ukraine il s'agissait alors de b&#226;tir un nouvel &#233;quilibre national entre des populations h&#233;t&#233;rog&#232;nes ayant de forts motifs, historiques et autres, de se m&#233;fier les uns des autres. Ce n'est pas impossible mais il faut d'une part du doigt&#233;, et d'autre part un degr&#233; &#233;lev&#233; d'autonomie locale. C'est pourquoi l'id&#233;e f&#233;d&#233;rale &#233;tait et reste une bonne id&#233;e : que les Russes la proposent ne lui enl&#232;ve pas son sens. Mais surtout il fallait respecter la situation du pays, interm&#233;diaire entre l'Europe occidentale et la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invraisemblable comportement occidental &#224; propos des &#233;v&#233;nements de Maidan est sur ce plan totalement irresponsable. Qu'une r&#233;volte s'oppose au r&#233;gime alors en place, et avec de bonnes raisons objectives est une chose. Mais on aurait d&#251; alors imm&#233;diatement identifier le risque de rupture interne que cela pouvait entra&#238;ner. L'objectif aurait donc d&#251; &#234;tre d'accompagner intelligemment la recherche d'une solution acceptable pour tous les Ukrainiens, donc de compromis. En acceptant l'id&#233;e que l'Ukraine ne peut par nature &#234;tre ancr&#233;e uniquement &#224; l'Ouest (pas plus qu'&#224; l'Est d'ailleurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela on s'est embarqu&#233; dans l'exaltation romantique et irrationnelle de la r&#233;volution, oubliant les groupes d'extr&#234;me-droite qui ont &#233;t&#233; d&#233;cisifs &#224; Maidan et qu'on conspue partout ailleurs, allant m&#234;me jusqu'&#224; remettre en question l'accord pass&#233; entre les insurg&#233;s, le r&#233;gime, l'EU et la Russie. Il y a eu des morts certes : raison de plus pour ne pas laisser le pouvoir &#224; une partie au d&#233;triment des autres. Car pour l'Ukraine de l'Est ces &#233;v&#233;nements de Kiev sont fondamentalement une menace. En outre la le&#231;on a &#233;t&#233; donn&#233;e : l'&#233;meute est un moyen d'action l&#233;gitime. R&#233;sultat les gens de l'Est ont embray&#233; dans la m&#234;me direction (qu'il y ait &#233;ventuellement eu des agents russes n'enl&#232;ve rien au soutien populaire &#233;vident). Il n'y a aucune diff&#233;rence de l&#233;gitimit&#233; entre les &#233;meutiers du Donbass et ceux de Kiev. Si les uns peuvent former des gouvernements les autres aussi. Et les morts de ces zones valent bien ceux des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans parler de la situation financi&#232;re catastrophique, qui risque de nous conduire &#224; y engloutir des dizaines de milliards d'euros, sans doute en pure perte puisqu'aucune r&#233;forme n'est possible dans une telle situation et que le pays coup&#233; de la Russie est peu viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il encore temps d'arr&#234;ter le processus ? Que d&#233;j&#224; les apprentis sorciers cessent de nuire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mythe r&#233;volutionnaire et l'emprise de l'id&#233;ologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la racine de ces erreurs, le mythe r&#233;volutionnaire, combin&#233; avec l'imp&#233;rialisme id&#233;ologique. Profond&#233;ment ancr&#233; dans l'inconscient occidental est l'id&#233;e que les r&#233;volutions dans la rue sont des &#233;v&#233;nements positifs et des facteurs de progr&#232;s. L'histoire enseigne exactement le contraire : ce sont des facteurs majeurs non seulement de violence, mais de d&#233;chirement durable, d&#233;bouchant pendant longtemps soit sur l'anarchie soit sur des r&#233;gimes politiques plus autoritaires et plus grossiers. Et cela ind&#233;pendamment des id&#233;es mises en avant. On peut faire des r&#233;volutions stupides, dangereuses et contre-productives au nom d'id&#233;es respectables. Pourquoi ? Parce qu'une r&#233;volution est un acte de violence d'une partie de la population (en g&#233;n&#233;ral une minorit&#233; d'ailleurs) remettant en cause non seulement le pouvoir en place, mais surtout la paix civile et les &#233;quilibres sociaux et de pouvoirs ant&#233;rieurs. Cela ne peut pas ne pas &#234;tre ressenti comme une menace par toute une partie de la population, a fortiori si le pays conna&#238;t des fractures importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des suppos&#233;s printemps arabes est ici &#233;loquent. Un v&#233;ritable raz-de-mar&#233;e d'enthousiasme politico-m&#233;diatique a recouvert l'Occident, totalement oublieux des r&#233;alit&#233;s locales. Le r&#233;sultat, lui, est parfaitement d&#233;sastreux : anarchie libyenne, pouvoir militaire encore plus muscl&#233; en Egypte, et l'effroyable guerre civile syrienne. Ce n'est qu'en Tunisie que subsiste un espoir, et il est fragile. Ce n'est pas que les r&#233;gimes ant&#233;rieurs &#233;taient satisfaisants : le contraire est &#233;vident. Mais c'est que la r&#233;volution est un moyen tr&#232;s dangereux et tr&#232;s inefficace pour remplacer un r&#233;gime politique par un meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout aggrav&#233; bien s&#251;r par la dimension internationale, et notamment les ambitions jamais satisfaites d'agrandir encore la zone sous influence occidentale (en fait am&#233;ricaine). Ce qui l&#224; encore peut se comprendre : les rapports de puissances sont une r&#233;alit&#233; internationale. Encore faut-il garder un minimum de retenue et de bon sens. Et ne pas jouer avec le feu d'une propagande inconsid&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui implique plus profond&#233;ment de revenir sur la nature tr&#232;s id&#233;ologique de nos soci&#233;t&#233;s et r&#233;gimes politiques occidentaux. Notre appareil politique et m&#233;diatique est tellement convaincu de la sup&#233;riorit&#233; absolue et exclusive de notre agenda id&#233;ologique (m&#234;me lorsqu'il est tr&#232;s r&#233;cent et que seule une minorit&#233; s'y reconna&#238;t) qu'il est pr&#234;t &#224; voir imm&#233;diatement dans toute manifestation locale qui envoie les signaux appropri&#233;s le signe de la conversion de ces peuples au credo universel d&#233;fini par notre syst&#232;me. Et &#224; lire dans tout ce qui s'y oppose le fait de forces d&#233;moniaques. Mais si l'id&#233;ologie est utile pour les manipulateurs elle est tr&#232;s mauvaise conseill&#232;re ; elle occulte aux yeux des id&#233;ologues m&#234;mes la multiplicit&#233; et la complexit&#233; de la r&#233;alit&#233;. Sans parler de la faiblesse des moyens pour v&#233;ritablement influencer ce qui se passe sur place, hors d&#233;ferlement m&#233;diatique &#224; peu pr&#232;s aussi d&#233;pourvu de discernement qu'un tapis de bombes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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