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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Relations transatlantiques : le tournant majeur n'est pas celui qu'on croit</title>
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		<dc:date>2026-02-21T17:00:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me international</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas : Groenland, Ukraine. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump &#8211; or il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de base est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant. Pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable. Mais l'&#233;volution g&#233;opolitique, avec la marginalisation relative de l'Europe. Pour la France, elle n'est pas la r&#233;ponse principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/wikiimages-earth-11048_1280.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas ; les questions du Groenland et dans une moindre mesure de l'Ukraine en t&#233;moignent actuellement. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance et potentiellement de la r&#233;alit&#233; de l'OTAN. Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe. Qu'en est-il r&#233;ellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;ologie et g&#233;opolitique : la grande divergence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, le plus important est la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump. Elle est &#233;videmment tr&#232;s importante pour d&#233;terminer le flux des &#233;v&#233;nements pendant les 4 ann&#233;es de son mandat ; mais ce qui est d'embl&#233;e certain est qu'il ne sera plus l&#224; dans 3 ans ; il pourrait m&#234;me &#234;tre significativement affaibli dans moins d'un an, si les mid-terms lui sont d&#233;favorables. Or son successeur, m&#234;me proche politiquement, a peu de chance d'avoir le m&#234;me temp&#233;rament et mode de comportement, et peut-&#234;tre pas le m&#234;me ascendant sur la coalition h&#233;t&#233;roclite qu'il dirige. Voyons donc plut&#244;t les &#233;l&#233;ments structurels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier fait de base, celui qui frappe le plus l'Europe officielle, est la dualit&#233; id&#233;ologique, entre lib&#233;raux ou sociaux-d&#233;mocrates d'un c&#244;t&#233;, et populistes, conservateurs ou nationalistes de l'autre. Actuellement, dans leur perception, cela co&#239;ncide pour l'essentiel avec l'opposition entre eux et l'Am&#233;rique de Trump. Mais en r&#233;alit&#233;, ces deux courants sont pr&#233;sents des deux c&#244;t&#233;s ; c'est un &#233;l&#233;ment commun sp&#233;cifique &#224; ce qu'on appellera pour simplifier le monde occidental. Toute r&#233;flexion sur l'avenir conduit d&#232;s lors &#224; se poser deux questions : quelle peut &#234;tre l'&#233;volution de cette opposition et de ces deux camps, des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique ? Qu'est-ce que cela entra&#238;ne pour l'Europe d'un c&#244;t&#233;, ses relations avec les Etats-Unis de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre &#233;l&#233;ment essentiel, d'arri&#232;re-plan, est bien s&#251;r la configuration g&#233;opolitique et son &#233;volution possible. L&#224;, la divergence entre les Am&#233;ricains et les Europ&#233;ens est beaucoup plus significative, et intrins&#232;que. Le fait de base est &#233;videmment la mont&#233;e de la Chine, et par l&#224; la priorit&#233; am&#233;ricaine de plus en plus affirm&#233;e &#224; la confrontation avec elle et plus g&#233;n&#233;ralement aux questions asiatiques et indopacifiques, dans lesquelles le r&#244;le possible des Europ&#233;ens est faible et p&#233;riph&#233;rique &#8211; m&#234;me s'ils peuvent en &#234;tre affect&#233;s. Cela vise aussi la recomposition des relations mondiales, notamment l'&#233;volution de la mondialisation, d&#233;sormais muscl&#233;e et quelque peu mercantiliste, avec le r&#244;le d&#233;sormais reconnu strat&#233;gique des mati&#232;res premi&#232;res, et celui du transport maritime. Ce &#224; quoi s'ajoute le d&#233;calage de puissance, d'avance technologique (IA et autres), et de richesse mat&#233;rielle de plus en plus marqu&#233; entre Am&#233;ricains et Europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que m&#234;me une Am&#233;rique qui serait id&#233;ologiquement proche des Europ&#233;ens ne pourrait pas ne pas &#234;tre fondamentalement concentr&#233;e d'abord sur ces questions vitales, ne voyant alors potentiellement dans l'Europe, malgr&#233; les souvenirs ou l'origine commune, et ce qui y reste de richesse et de puissance, qu'un suppl&#233;tif utile mais faible, strat&#233;giquement limit&#233; &#224; un r&#244;le finalement local sur un bout de l'Eurasie. On dira que c'est caricatur&#233;, et il est vrai que ce stade n'est pas encore atteint ; mais c'est vers cela que l'on va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sc&#233;narios possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de la confrontation de ces deux s&#233;ries de donn&#233;es que le retour pur et simple aux relations transatlantiques du pass&#233; est improbable. La divergence est latente depuis plusieurs ann&#233;es, comme le &#171; pivot &#187; d'Obama vers l'Asie en t&#233;moigne. Mais cette r&#233;alit&#233; &#233;tait encore d&#233;guis&#233;e sous Biden : la brutalit&#233; de Trump a d&#233;chir&#233; le voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette divergence ira de soi si on prend un sc&#233;nario, cr&#233;dible, o&#249; Trump subsiste trois ans, mais surtout est remplac&#233; par un proche, J. D. Vance ou un autre, et que c&#244;t&#233; europ&#233;en les dominantes actuelles se maintiennent. Ce dont on r&#234;ve c&#244;t&#233; Europe est une acc&#233;l&#233;ration de la construction europ&#233;enne dans un sens f&#233;d&#233;ral, avec priorit&#233; &#224; la d&#233;fense. Mais en r&#233;alit&#233;, il est improbable que cela d&#233;bouche sur quoi que ce soit de concret dans un horizon pr&#233;visible. Sans m&#234;me rappeler qu'il n'y a pas de peuple europ&#233;en ou de nation europ&#233;enne, sans quoi on ne voit pas comment une arm&#233;e europ&#233;enne v&#233;ritable serait possible, il n'est pas faisable dans un d&#233;lai de 10 &#224; 20 ans de construire une arm&#233;e europ&#233;enne cr&#233;dible capable, sans appui am&#233;ricain, de se mesurer &#224; la Russie. Or d'ici l&#224;, les besoins sont l&#224; ; et la menace russe est en outre d&#233;crite par le syst&#232;me comme terrifiante et imminente. Il en r&#233;sulte que pour nombre de pays europ&#233;ens, &#224; commencer &#233;videmment par les Baltes et les Polonais, la protection vient d'abord et essentiellement des Etats-Unis. D'o&#249; aussi les achats massifs de F-35 des uns et des autres. Mais bien entendu, cette priorit&#233; &#224; la survie imm&#233;diate rend encore plus difficile la construction d'une d&#233;fense europ&#233;enne autonome et cr&#233;dible. L'irritation caus&#233;e par les agissements de Trump (Groenland, droits de douane) ne saurait renverser ces faits de base, d'autant qu'il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela resterait encore plus vrai dans un sc&#233;nario o&#249; on suppose en revanche qu'aux Etats-Unis les d&#233;mocrates reviennent aux affaires en 2028. Comme on peut le penser, cela rendrait le besoin d'autonomisation des Europ&#233;ens moins pressant, et la tentation sera forte de chercher &#224; faire revivre la fraternit&#233; id&#233;ologique transatlantique, dont l'Europe officielle garde la nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre sc&#233;nario encore, actuellement peu plausible mais concevable, la minorit&#233; qu'on appellera pour simplifier populiste ou de droite dure devient majoritaire en Europe. Mais il n'est pas s&#251;r que cela changerait massivement ces conclusions. En bonne logique, il serait en effet surprenant de voir les politiques de ces tendances se battre pour une int&#233;gration f&#233;d&#233;raliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fortiori, si l'Europe &#233;tait divis&#233;e, et sans majorit&#233; politique, on voit mal une grande ambition se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas donc, la probabilit&#233; n'est pas &#224; l'&#233;dification d'un d&#233;fense europ&#233;enne cr&#233;dible, mais &#224; un compromis plus ou moins boiteux entre des vell&#233;it&#233;s au mieux partielles, et le maintien d'une importante d&#233;pendance de l'Europe par rapport aux Etats-Unis, qui eux, au contraire, auront de plus en plus l'&#339;il tourn&#233; ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire alors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les impr&#233;cations cens&#233;ment moralisantes de go&#251;t europ&#233;en ne servent pas &#224; grand-chose. Et le risque majeur pour un pays comme la France est de voir les moyens subsistants de son autonomie inutilement g&#226;ch&#233;s dans une tentative de f&#233;d&#233;ralisme militaire sans espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant, mais ce n'est pas celui qu'y voit l'Europe officielle. Au-del&#224; m&#234;me de l'idiosyncrasie de M. Trump, le fait de base n'est pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable, car depuis maintenant un certain temps, et de plus en plus, l'id&#233;ologie occidentale de ces derni&#232;res ann&#233;es n'est pas la r&#233;ponse aux questions du jour, notamment g&#233;opolitiques ; et elle passe mal dans le reste du monde. C'est l'&#233;volution g&#233;opolitique, et le fait que face &#224; ces questions nouvelles, l'Europe elle-m&#234;me, comme construction, n'est pas une r&#233;ponse &#8211; m&#234;me si en soi la coop&#233;ration europ&#233;enne est une bonne chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule puissance nucl&#233;aire en Europe, seule puissance ayant gard&#233; une certaine cr&#233;dibilit&#233; et une certaine exp&#233;rience malgr&#233; son format militaire miniaturis&#233;, poss&#233;dant un domaine maritime immense, c'est la France elle-m&#234;me qui est la r&#233;ponse essentielle &#224; la question de sa d&#233;fense.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Guerre des cultures &#187; aux Etats-Unis : l'aspect politique</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Guerre-des-cultures-aux-Etats-Unis-l-aspect-politique.html</link>
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		<dc:date>2022-11-21T17:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre des cultures</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour celui qui persiste &#224; se fier aux m&#233;dias fran&#231;ais, ce qu'on appelle aux Etats-Unis guerre des cultures est quelque peu occult&#233; par le ph&#233;nom&#232;ne Trump. Or cette guerre des cultures et la radicalisation du combat politique qui l'accompagne est bien ant&#233;rieure &#224; l'&#233;mergence politique de Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un facteur d&#233;sormais structurant pour beaucoup d'institutions am&#233;ricaines et pour tout le d&#233;bat politique. On l'a vu encore aux &#8216;midterms'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour celui qui persiste &#224; se fier aux m&#233;dias fran&#231;ais, ce qu'on appelle aux Etats-Unis guerre des cultures est quelque peu occult&#233; par le ph&#233;nom&#232;ne Trump. Or cette guerre des cultures et la radicalisation du combat politique qui l'accompagne est bien ant&#233;rieure &#224; l'&#233;mergence politique de Trump. C'est un facteur d&#233;sormais structurant pour beaucoup d'institutions am&#233;ricaines et pour tout le d&#233;bat politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une radicalisation des oppositions, &#224; fondement culturel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai constat&#233;e personnellement au niveau du Congr&#232;s, ayant eu l'occasion de contacts annuels sur place depuis un vingtaine d'ann&#233;es et jusqu'&#224; tr&#232;s r&#233;cemment. A ce niveau politique, on est pass&#233; de la culture du compromis, d&#233;crite pendant longtemps comme typique des Am&#233;ricains, &#224; un affrontement de plus en plus radical, sans piti&#233;, et cela sur n'importe quel sujet. L'anciennet&#233; relative du ph&#233;nom&#232;ne le fait donc remonter bien avant Trump. Mais le r&#244;le de ce dernier est n&#233;anmoins important, car il a radicalis&#233; en son temps la forme que cela prend politiquement au plus haut niveau, en lui donnant en outre un style populiste pour le moins tr&#232;s particulier, et inqui&#233;tant pour bien des &#233;lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie politique ant&#233;rieure, elle, pouvait opposer des lignes tr&#232;s diff&#233;rentes comme par exemple dans les ann&#233;es 30, mais ne se pr&#233;sentait pas comme guerre inexpiable entre conceptions radicalement diff&#233;rentes de la vie et de la soci&#233;t&#233; sur des points essentiels, c'est-&#224;-dire comme guerre des cultures. En fait il n'y a pas de pr&#233;c&#233;dent avant la guerre de S&#233;cession, le cas de cette derni&#232;re &#233;tant assez diff&#233;rent : l'opposition des deux camps, cristallis&#233;e sur la question de l'esclavage, prenait une forme g&#233;ographique et m&#234;me linguistique (accent encore visible aujourd'hui) entre Nord et Sud, s&#233;par&#233;s en outre par des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques. Rien de tel aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radicalit&#233; de cette opposition au niveau politique n'est pas non plus corr&#233;l&#233;e &#224; une intensification du d&#233;bat de fond sur des sujets classiques comme les in&#233;galit&#233;s et les questions sociales, ou la politique &#233;trang&#232;re ou militaire &#8211; m&#234;me si ce d&#233;bat peut &#234;tre intense. Ce qui para&#238;t caract&#233;riser cette opposition est d'&#234;tre structur&#233;e par la &#8216;guerre des cultures', qui porte comme on sait sur des questions soci&#233;tales comme la coupure raciale, l'avortement, le f&#233;minisme, les questions LGBT ou de genre, etc., le tout &#233;tant f&#233;d&#233;r&#233; aujourd'hui par le wokisme. Ce qui remonte &#224; plusieurs dizaines d'ann&#233;es, mais s'est r&#233;guli&#232;rement intensifi&#233;. Comme le dit J. D. Hunter dans le Figaro en septembre 2022, &#171; nous sommes &#224; un stade o&#249; les gens ne peuvent plus se parler parce qu'ils ne reconnaissent m&#234;me pas le langage moral de l'autre &#187; ; d'o&#249; une peur les uns des autres qui devient dominante. Dans les universit&#233;s (mais aussi par ricochet dans une certaine mesure, les entreprises) on assiste en outre &#224; une v&#233;ritable r&#233;volution culturelle, avec remise en cause radicale et souvent violente de la culture commune, telle qu'elle &#233;tait comprise auparavant : des universitaires sp&#233;cialistes de latin et grec d&#233;noncent l'enseignement de ces langues comme typiques de l'oppression blanche occidentale&#8230;. Des g&#233;n&#233;rations nouvelles sont d&#233;sormais &#233;duqu&#233;es dans cette vision nouvelle et destructrice ; bien des grandes entreprises organisent des stages de r&#233;&#233;ducation de leurs cadres sur ces sujets. Ce ph&#233;nom&#232;ne tend &#224; &#234;tre imit&#233; en Europe, mais pas dans les m&#234;mes proportions. En sens contraire la r&#233;action contre cette situation est forte et r&#233;pandue, consid&#233;rablement plus qu'en Europe. Le cas de l'avortement le d&#233;montre : peu remis en cause de ce c&#244;t&#233; de l'Atlantique, il fait actuellement l'objet de mesures de restrictions parfois consid&#233;rables dans de nombreux Etats am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons incidemment que cette lutte &#226;pre entre deux conceptions n'existe pas politiquement au m&#234;me degr&#233; dans les autres pays anglosaxons, de tradition britannique, m&#234;me si elle se retrouve dans le champ culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre diff&#233;rence de grande importance entre les deux rives de l'Oc&#233;an est la question de l'immigration. Elle fait bien s&#251;r l'objet d'un d&#233;bat des deux c&#244;t&#233;s, comme choix politique. Mais leur signification en termes de guerre de cultures est tr&#232;s diff&#233;rente : rappelons qu'aux Etats-Unis l'immigration est tr&#232;s largement latinoam&#233;ricaine, donc d'une culture pas radicalement diff&#233;rente. Si les espoirs de ceux qui pensaient que ces immigr&#233;s seraient plus facteurs de conservatisme ont &#233;t&#233; jusqu'ici plut&#244;t d&#233;&#231;us (ils votent d&#233;mocrate aux 2/3), il reste que la question de l'immigration n'a pas de lien manifeste avec la guerre des cultures. Situation donc tr&#232;s diff&#233;rente de celle de l'Europe, o&#249; la culture traditionnelle est mise en cause sur deux fronts, par la gauche culturelle d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre par l'immigration d'une population culturellement diff&#233;rente et qui veut le rester, les deux s'alliant &#224; l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effets politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la radicalisation des affrontements, la guerre des cultures a un effet appr&#233;ciable sur la recomposition des partis politiques. C'est notamment vrai du camp r&#233;publicain, o&#249; elle se combine avec l'effet Trump. Le parti est d&#233;sormais consid&#233;rablement plus raidi sur les aspects soci&#233;taux, mais &#233;volue aussi sur le plan &#233;conomique, o&#249; il passe de parti de l'ouverture des fronti&#232;res &#224; une position beaucoup plus complexe, avec remise en cause de l'id&#233;e de mondialisation syst&#233;matique. M&#234;me glissement sur le plan des id&#233;es : en concurrence avec le courant libertarien anti&#233;tatique, toujours pr&#233;sent (voir le Tea Party), on observe une remont&#233;e appr&#233;ciable de la pens&#233;e conservatrice am&#233;ricaine v&#233;ritable, plus dans la ligne de Russell Kirk, avec m&#234;me une tendance &#224; assumer plus clairement une position franchement alternative aux id&#233;es dominantes : voir ainsi les contributions de qualit&#233; et &#224; succ&#232;s d'un Patrick Deneen (Why Liberalism Failed) ou plus de vulgarisation mais bien vue d'un Sohrab Ahmari (The Unbroken Tread : Discovering the Wisdom of Tradition in an Age of Chaos), qui ont m&#234;me eu les honneurs d'un article du Monde &#8211; et m&#233;ritent la lecture. Le mot conservateur, qui tendait &#224; se fondre dans une forme de lib&#233;ralisme (au sens europ&#233;en du terme), ou m&#234;me dans une position d'id&#233;ologie d&#233;mocratique conqu&#233;rante &#224; l'international, avec les si mal nomm&#233;s n&#233;oconservateurs, tend &#224; reprendre son sens originel. De fait, c'est le seul moyen d'aborder la guerre des cultures, en d&#233;passant les question particuli&#232;res pour remonter aux positions fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique pur, voire &#233;lectoral, l'effet est plus ambigu. Il y a eu ind&#233;niablement un glissement &#224; droite d'une partie de l'&#233;lectorat ; mais inversement les &#233;lecteurs situ&#233;s entre deux, dits ind&#233;pendants, peuvent &#234;tre effray&#233;s par certaines attitudes, ainsi sur l'avortement, ou par les prises de position de Trump, per&#231;ues comme extr&#234;mes et d&#233;stabilisatrices (notamment sa mise en cause de la l&#233;gitimit&#233; des &#233;lections, assez mal per&#231;ue dans ce public). Ou parlant peu aux jeunes (m&#234;me s'ils ne votent que tr&#232;s peu, c'est essentiellement d&#233;mocrate). Ainsi aux derni&#232;res midterms, qui ont &#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;cevantes pour les R&#233;publicains &#8211; m&#234;me si les D&#233;mocrates n'ont fait que limiter la casse, et cela apr&#232;s avoir mis sur la table des d&#233;penses d&#233;mentielles, par centaines de milliards de dollars. A ces midterms, la gauche m&#233;diatique a attaqu&#233; les r&#233;publicains en renversant l'accusation : ce seraient eux qui brandiraient la hache de guerre des cultures (avortement, transition de genre, LGBT etc.), cr&#233;ant de l'instabilit&#233; et restreignant les libert&#233;s. Non sans que cette attaque marque des points, car dans la vision lib&#233;rale (au sens europ&#233;en) que partagent bien des R&#233;publicains et surtout les ind&#233;pendants, spontan&#233;ment on voit mal pourquoi remettre en cause la diversit&#233; sexuelle, les changements de genre, l'avortement (avec la nouvelle position de la Cour supr&#234;me, qui laisse pourtant le choix aux politiques) etc. - sans percevoir la r&#233;alit&#233; normative et rigide de la nouvelle doxa, son terrorisme intellectuel et ses effets destructeurs. Ajout&#233; aux effets d'inqui&#233;tude qu'inspire le style Trump sur beaucoup de gens, ces attaques ont jou&#233; dans le r&#233;sultat de ces &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre limite &#224; la qualit&#233; du d&#233;bat est sociog&#233;ographique : la carte montre que sauf exceptions, le camp d&#233;mocrate est celui des grandes m&#233;tropoles de la c&#244;te Ouest et du Nord Est, plus une partie du Midwest, le reste, le plus visible sur la carte, &#233;tant surtout r&#233;publicain. Comme si une forme de sociologie l'emportait sur le combat des id&#233;es. Le parti d&#233;mocrate n'est plus par nature un parti de classes populaires ; celles-ci sont dans une mesure croissante r&#233;publicaines, au mois chez les blancs. La domination id&#233;ologique du politiquement correct &#224; tendance woke tend &#224; se recouvrir avec la domination sociale des classes gagnantes de la mondialisation, en alliance avec certaines couches populaires (noirs, partie des latinos). Tout ceci veut dire aussi que la situation n'est pas stabilis&#233;e, avec un risque accru de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pour nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle peut en &#234;tre la signification pour nous ? On l'a compris, la situation n'est pas exactement la m&#234;me qu'en Europe. Nul doute que l'id&#233;ologie woke qui se d&#233;verse sur nos milieux universitaires et m&#233;diatiques y a un degr&#233; de radicalisation, d'intol&#233;rance et de violence, qu'elle n'aurait pas sans le raidissement qu'elle a acquis aux Etats-Unis. En m&#234;me temps, cela limite sa capacit&#233; &#224; colorer tout le champ politique ici. Il en r&#233;sulte ce conformisme politiquement correct qui est le n&#244;tre, moins agressif, mais r&#233;gnant beaucoup plus exclusivement que l&#224;-bas, et offrant, en France du moins, une capacit&#233; de stigmatisation, notamment de la m&#233;chante extr&#234;me-droite, qui a encore r&#233;cemment montr&#233; son efficacit&#233; avec l'affaire Fournas. En d'autres termes, une r&#233;alit&#233; qui a sa logique chez eux, conditionne dans les pays culturellement domin&#233;s comme le n&#244;tre une situation assez diff&#233;rente, mais vuln&#233;rable, et y maintient une domination culturelle &#8216;progressiste,', entre la gauche pure et dure et les macronistes, qui est plus difficilement contest&#233;e que l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela d'autant plus que chez eux comme ici, l'id&#233;ologie dominante est ancr&#233;e dans les structures de base de la pens&#233;e collective, ce paradigme de neutralit&#233; qui caract&#233;rise le d&#233;bat public en Occident et donne un avantage au d&#233;part &#224; tout ce qui para&#238;t aller dans le sens de l'&#233;mancipation de l'individu. En d'autres termes, qui gauchit d'embl&#233;e la guerre des cultures dans ce sens. Ainsi chez les &#233;lecteurs mobiles la question de l'avortement tend &#224; jouer &#233;lectoralement en faveur des progressistes, car leur position para&#238;t laisser un choix. A nouveau, on l'a vu aux midterms, sachant que ce n'&#233;tait qu'un des facteurs en jeu (&#224; c&#244;t&#233; d'autres comme Trump, l'inflation ou la s&#233;curit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, dans un tel contexte, autant il est justifi&#233; en soi et m&#234;me n&#233;cessaire de pousser un argument soci&#233;tal autant qu'on peut, autant il faut &#234;tre conscient des limites que cela rencontre en fonction du degr&#233; de maturation des &#233;lectorats &#8211; et des autres facteurs en pr&#233;sence. A certains moments, trop c'est trop. Sur le fond, mais aussi beaucoup sur la mani&#232;re : la m&#233;thode DeSantis (en Floride), clairement hostile aux wokes et menant la guerre des cultures plus habilement, a bien mieux r&#233;ussi que l'attitude agressive et pas toujours cr&#233;dible de Trump. Mais bien s&#251;r cela ne justifie pas l'inertie : le combat doit &#234;tre men&#233;, mais comme dans tout combat il faut savoir o&#249; est le rapport de forces ; et il change constamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Politique magazine&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/la-guerre-des-cultures-aux-etats-unis/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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