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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Ecologie : qu'est-ce que la nature ? (troisi&#232;me de 3 articles)</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Ecologie-qu-est-ce-que-la-nature-troisieme-de-3-articles.html</link>
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		<dc:date>2022-07-19T16:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>
		<dc:subject>Nature humaine</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans les deux articles pr&#233;c&#233;dents les probl&#232;mes complexes pos&#233;s par l'&#233;cologie. Quelles sont les questions de fond qui sous-tendent ce d&#233;bat ? C'est au fond d'abord la question de ce qu'on appelle nature : la nature de l'homme, et la nature autour de l'homme. Le d&#233;bat porte en r&#233;alit&#233; sur la place de l'homme dans la nature et donc, plus profond&#233;ment, sur la nature humaine. Et comme on le verra c'est l&#224; o&#249; la doxa &#233;cologiste dominante est prise en d&#233;faut, incapable de donner sa juste place &#224; l'homme. Contrairement &#224; la conception classique, qui seule peut donc fonder une &#233;cologie v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Nature-+.html" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans les deux articles pr&#233;c&#233;dents les probl&#232;mes complexes pos&#233;s par l'&#233;cologie. Quelles sont les questions de fond qui sous-tendent ce d&#233;bat ? C'est au fond d'abord la question de ce qu'on appelle nature : la nature de l'homme, et la nature autour de l'homme. Le d&#233;bat porte en r&#233;alit&#233; sur la place de l'homme dans la nature et donc, plus profond&#233;ment, sur la nature humaine. Et comme on le verra c'est l&#224; o&#249; la doxa &#233;cologiste dominante est prise en d&#233;faut, incapable de donner sa juste place &#224; l'homme. Contrairement &#224; la conception classique, qui seule peut donc fonder une &#233;cologie v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des d&#233;rives de fonds : deep ecology et transhumanisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la conception classique, il y a plus particuli&#232;rement deux mani&#232;res extr&#234;mes de r&#233;volutionner nos perspectives : celle de l'&#233;cologie radicale, qui veut recadrer l'homme, et celle du transhumanisme, qui veut le d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tentation ambiante consiste en effet &#224; remettre en cause la sp&#233;cificit&#233; de la nature humaine, ou, ce qui revient en l'esp&#232;ce au m&#234;me, &#224; la consid&#233;rer comme une d&#233;viation anormale au sein de la nature tout court, une forme de parasitisme. Cela revient &#224; poser comme la norme les &#233;quilibres naturels, d&#233;finis comme ceux qui pr&#233;valaient lorsqu'ils n'&#233;taient pas influenc&#233;s par l'homme. Cette position reste minoritaire, mais c'est la logique sous-jacente &#224; bien des prises de positions ; elle est coh&#233;rente aussi avec un certain mat&#233;rialisme ambiant. Mais elle manque d&#233;j&#224; de logique interne ; car &#224; nouveau, c'est bien un sentiment de responsabilit&#233; morale qu'il lui faut mobiliser en nous, pour nous expliquer que nous sommes des parasites dangereux. Or le mat&#233;rialisme ne peut fonder aucune exigence morale. Ni le culte de la nature. Et dans la nature, seul l'homme a une conscience morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une telle position aboutit logiquement, dans une certaine &#8216;&#233;cologie profonde' (deep ecology), &#224; la d&#233;shumanisation : &#224; voir l'homme comme un animal un peu particulier et assez malfaisant. Peter Singer affirme par exemple l'&#233;galit&#233; de tous les &#234;tres capables de jouir ou de souffrir. D'o&#249; une &#233;galit&#233; de consid&#233;ration entre les individus ainsi d&#233;finis. A moins que la valeur d'un individu ne soit proportionnelle &#224; sa capacit&#233; de souffrir, et la conscience est alors identifi&#233;e &#224; cette capacit&#233;. Mais cela englobe alors le gros des animaux. Arne Naess d&#233;fendait lui aussi l'&#233;panouissement de la vie non humaine - d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;duction de la place de l'homme. Ce qui &#224; la limite pose la question des droits des bact&#233;ries&#8230; D'autres affirment m&#234;me une capacit&#233; des animaux &#224; avoir une conscience de soi, plus que certains &#234;tres humains. L'euthanasie de ces derniers est alors vue comme moyen de r&#233;duire la somme totale de douleur ; ce qui conduit aussi &#224; contester le respect de la vie humaine, du f&#339;tus ou m&#234;me du b&#233;b&#233;. On retire alors au mot droit tout son sens et on en arrive dans la pratique &#224; un darwinisme social, car qu'est-ce qui va d&#233;cider qui doit &#234;tre &#233;limin&#233;, sinon une forme de lutte ? Mais l&#224; aussi, on rencontre le probl&#232;me pos&#233; par le fait que, bie au contraire, l'attitude &#233;cologique bien comprise est fondamentalement une exigence &#233;thique. Or quelle exigence &#233;thique consciente a un animal ? Et si on persiste &#224; refuser ce r&#244;le tout &#224; fait sp&#233;cifique de l'homme, il ne reste qu'&#224; le voir comme une aberration, selon des philosophies plus ou moins nihilistes, voire que c'est un parasite nocif. La nature est alors d&#233;finie par opposition &#224; l'homme. Cela revient &#224; consid&#233;rer la libert&#233; qui est caract&#233;ristique de l'homme comme une forme de perversion. Mais il est contradictoire alors d'en appeler au sens moral de l'homme, et plus encore de lui proposer sa propre destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi rencontrer une perspective panth&#233;iste, o&#249; tout est suppos&#233; converger et se r&#233;concilier. De tels th&#232;mes apparaissent m&#234;me dans le langage de l'ONU, ainsi d&#232;s 1992 au sommet de la terre de Rio le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU Boutros-Ghali &#233;voquait un contrat &#233;thique et politique avec la nature ; il s'agirait de ressusciter l'&#226;me de la terre des primitifs. Al Gore fait de m&#234;me avec le culte de la d&#233;esse m&#232;re. L'id&#233;e de Ga&#239;a &#233;merge alors avec Lovelock comme une sorte de divinisation de la nature ; elle est suppos&#233;e avoir une sorte d'&#226;me ; elle pense et agit, y compris &#224; travers l'humanit&#233;. D'autres imaginent un cerveau collectif que les r&#233;seaux, Internet compris, peuvent produire : on irait vers une pens&#233;e collective unifi&#233;e. Dans la pratique, cela devient un n&#233;opaganisme, un culte quasi-religieux de la nature ou de la Terre. En bref, une mythologie, fort peu rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mani&#232;re inverse de sortir de la condition humaine, de la nature humaine, est au contraire le d&#233;passement de l'homme, ou transhumanisme. Il est en un sens l'oppos&#233;, mais aussi le sym&#233;trique de l'&#233;cologie dure que nous venons d'&#233;voquer. Le transhumanisme d&#233;signe l'utilisation future possible de technologies afin de transformer l'homme lui-m&#234;me, ou de le d&#233;passer. Ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, combin&#233;es entre elles. A c&#244;t&#233; d'un transhumanisme radical (dont l'objectif est un &#234;tre allant bien au-del&#224; de l'humain, et notamment disposant d'une forme d'immortalit&#233;), il y a un transhumanisme mod&#233;r&#233;, visant simplement &#224; &#8216;augmenter' l'homme. Cela peut se faire en renfor&#231;ant ses capacit&#233;s dans des domaines vari&#233;s, physiques, intellectuelles, cognitives etc. A un certain niveau, cela ne fait que prolonger des tendances existantes ; mais sur plus large &#233;chelle cela pourrait bouleverser la soci&#233;t&#233;, notamment en accroissant massivement les in&#233;galit&#233;s, entre ceux qui auraient acc&#232;s &#224; de telles ressources et les autres. Ces perspectives ne sont pas aussi contradictoires qu'on pourrait le penser avec l'&#233;cologie dure, bien au contraire. Car ce peut &#234;tre une tentation pour une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e : sur la base de constats pessimistes sur l'humanit&#233; et son action sur la nature, elle peut vouloir s'organiser au niveau d'une minorit&#233;, chose qui est bien plus difficile pour la masse humaine d'aujourd'hui. Et elle peut s'imaginer que cela lui permettrait d'&#233;chapper plus facilement aux cons&#233;quences de notre emprise sur la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Respect de la nature et nature humaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la question &#233;cologique, il y a donc un enjeu philosophique majeur. De quelle nature parle-t-on ? Une id&#233;e courante &#224; l'&#233;poque moderne est donc de voir la nature comme ce qui existe ou a exist&#233; en dehors de l'homme, et de la prendre comme r&#233;f&#233;rence du &#8216;naturel'. Mais en r&#233;alit&#233; la notion de nature sauvage est floue, et par d&#233;finition ne donne pas de place pr&#233;cise &#224; l'homme. Elle est m&#234;me par bien des c&#244;t&#233;s cruelle et hostile. En outre, nous n'avons pas d'id&#233;e op&#233;rationnelle de ce que veut dire la nature sans l'homme (du moins &#224; ce stade de l'histoire). Philippe Descola nous rappelle que m&#234;me la for&#234;t amazonienne, suppos&#233;e sauvage, r&#233;sulte en partie appr&#233;ciable des pratiques agricoles des peuples amazoniens. Plus important encore, l'homme ne fonctionne &#224; l'&#233;vidence pas comme le reste de la nature, puisque d'une part il est capable par son activit&#233; de changer les r&#232;gles r&#233;gissant ses rapports avec elle, et que d'autre part il est le seul &#224; avoir le sens de sa responsabilit&#233;, ainsi que la capacit&#233; intellectuelle &#224; la reconna&#238;tre et &#224; la mettre en &#339;uvre par un projet conscient. La place de l'homme ne se d&#233;finit donc pas &#224; partir du seul examen de ce qu'est la nature en dehors de lui. Sa seule pr&#233;sence fait que le mot &#8216;nature' change de sens et de port&#233;e par rapport &#224; ce qu'elle serait sans lui. Mais cela ne veut pas dire qu'il peut en faire ce qu'il veut, ne serait-ce que parce que la nature est constitu&#233;e de syst&#232;mes complexes, peupl&#233;s d'&#234;tres vivants qui interagissent et r&#233;agissent. Il faut donc &#224; la fois admettre que l'homme fait partie de la nature, et qu'il a en son sein un r&#244;le et des caract&#233;ristiques tout &#224; fait particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de ce qu'est l'homme est d&#232;s lors centrale. Et donc de la nature humaine (ici dans un autre sens du mot nature). La conception classique est sur ce point claire : la nature humaine est finalis&#233;e, elle est libre et en m&#234;me temps orient&#233;e vers un but, un accomplissement. Ce qu'il a &#224; faire, ce qui est le bien pour lui, ce qui fait qu'une action est bonne en soi, r&#233;sulte du fait qu'elle contribue &#224; lui faire atteindre la pl&#233;nitude &#224; laquelle il est appel&#233; (ainsi que les &#234;tres autour de lui). Comme dit Claude Polin, dans la perspective classique, &#171; le respect par l'homme de la nature en g&#233;n&#233;ral ne fait qu'un avec le respect par l'homme de sa propre nature. &#187; Etant une cr&#233;ature dot&#233;e de raison, de libert&#233; et de sens moral, sa nature est diff&#233;rente du reste de la nature, car caract&#233;ris&#233;e par sa libert&#233;, coupl&#233;e &#224; l'exigence morale. Cette exigence morale implique et contient le respect du reste de la nature ; mais par l&#224; m&#234;me elle le distingue radicalement des autres &#234;tres peuplant celle-ci. Dit autrement, l'homme a une finalit&#233; propre et l'exerce de fa&#231;on propre : certes toute la nature a une finalit&#233;, un sens, ce qui exprime la pl&#233;nitude du possible auquel elle est appel&#233;e ; mais chez les autres &#234;tres mat&#233;riels elle op&#232;re comme un d&#233;terminisme. Bien entendu, quand on parle ici de finalit&#233; et d'accomplissement dans le cas de l'homme, on ne parle pas d'un destin fix&#233; &#224; l'avance ; ce qu'on vise est le plein &#233;panouissement de ce qui nous est donn&#233; au d&#233;part comme potentiel ordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps bien s&#251;r cette diff&#233;rence de nature ne positionne pas l'homme en dehors de la nature, comme dans le sch&#233;ma que Philippe Descola appelle naturaliste, et qu'il voit caract&#233;ristique de la modernit&#233; ; l'homme en est aussi une partie, mais responsable. Dit autrement, l'accomplissement de sa nature propre, de sa mission, int&#232;gre aussi le soin de la nature qui l'entoure et la prise en compte des exigences de celle-ci. D&#232;s lors, l'id&#233;e obsessionnelle de certains &#233;cologistes de maintenir le plus possible une nature sauvage intacte est absurde. L'objectif ne peut &#234;tre qu'un &#233;tat dans lequel l'homme interagit avec la nature ambiante en la prenant en charge de mani&#232;re &#224; obtenir le meilleur d&#233;veloppement de l'un et de l'autre, conform&#233;ment &#224; leurs finalit&#233;s : leur plus grande pl&#233;nitude. Et comme l'homme est un &#234;tre social, c'est en soci&#233;t&#233; que ce r&#233;sultat peut &#234;tre obtenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contradiction de l'&#233;cologisme dominant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette conception, coh&#233;rente avec le souci &#233;cologique, n'est pas actuellement dominante. Une &#233;cologie qui serait comprise au sens classique, fond&#233;e sur une nature humaine porteuse de finalit&#233;s, est largement &#233;trang&#232;re &#224; l'homme moderne, qui n'entend pas se soumettre &#224; une quelconque finalit&#233;. D'o&#249; le dilemme de l'&#233;cologisme moderne. Car dans l'id&#233;ologie dominante aujourd'hui, post-moderne, o&#249; l'&#233;cologisme se situe de fait, l'homme est un &#234;tre qui se d&#233;finit et construit sa propre nature. Or cela le positionne de fa&#231;on diff&#233;rente des autres &#234;tres, et plus radicalement encore, puisque contrairement aux autres &#234;tres, il est suppos&#233; &#234;tre radicalement ind&#233;termin&#233;. L'erreur commune &#224; toutes les approches modernes et postmodernes, situ&#233;es dans cette logique, les mod&#233;r&#233;es comme les plus dures, est que les normes &#233;thiques y sont arbitraires, car seules les donn&#233;es mat&#233;rielles, scientifiques sont objectives. On retrouve ici ce qu'au niveau politique j'ai appel&#233; le paradigme de neutralit&#233;, qui structure et de plus en plus la pens&#233;e collective depuis plus de trois si&#232;cles (voir notamment mon Pour un grand retournement politique), et qui a atteint sa forme la plus radicale d&#232;s les ann&#233;es 60 et 70 sous le nom de post-modernisme. Comme je le disais &#171; sa caract&#233;ristique principale est la volont&#233; de neutralit&#233; par rapport &#224; toute reconnaissance objective d'une nature humaine et de sa finalit&#233;, ce qui conduit &#224; refuser par principe de hi&#233;rarchiser les conceptions qu'on s'en fait, et &#224; mettre tous les hommes et leurs comportements a priori au m&#234;me niveau d'&#233;galit&#233; abstraite &#187;. En bref, l'homme est une page blanche, et il en fait ce qu'il veut. D&#232;s lors on &#233;tablit une distinction entre les lois de la nature, dont on dit qu'elles s'imposent &#224; nous, et le cas de l'&#234;tre humain, qui lui ne rel&#232;verait pas de lois &#8216;naturelles'. Ce qui est &#224; l'oppos&#233; de l'approche classique, qui reconna&#238;t &#224; l'&#234;tre humain une nature, porteuse d'exigences morales d&#233;coulant de sa vocation, auxquelles il est appel&#233; librement. Sur ce plan, elle est &#224; l'oppos&#233; des positions spontan&#233;es du courant politique dit &#233;cologiste, dans sa grande majorit&#233;, qui trouve par exemple &#233;vident qu'on homme biologique puisse choisir d'&#234;tre une femme ou se sentir tel, ou que l'avortement ne pose pas de probl&#232;me. De fa&#231;on parfaitement incoh&#233;rente, l'&#233;cologisme actuel garde donc de fait l'objectif post-moderne dominant d'une perspective de libre jouissance dans la mesure du possible, en tout cas de la d&#233;termination arbitraire par chacun de ses priorit&#233;s. Mais cette id&#233;e est contradictoire avec un devoir intrins&#232;que de respect de la nature, sans lequel il n'est pas d'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, soit il y a une finalit&#233;, une norme, pour l'homme comme pour la nature, comme le pense la tradition classique ; soit on est dans l'arbitraire. De fait, l'&#233;cologie actuelle s'inscrit dans le cadre de pens&#233;e post-moderne ; elle cherche &#224; concilier ce postulat relativiste avec le respect de l'environnement, mais c'est &#233;videmment avec une grande difficult&#233;. En effet, au nom de quoi un tel &#234;tre ind&#233;termin&#233; se reconna&#238;trait-il des devoirs envers la nature ext&#233;rieure ? Si on reste coh&#233;rent, il n'y a qu'un seul argument s&#251;r pour sensibiliser &#224; l'&#233;cologie : la peur, notamment la peur de la catastrophe. Mais outre ses limites, elle risque de ne pas &#234;tre tr&#232;s efficace, si seules les g&#233;n&#233;rations ult&#233;rieures sont concern&#233;es. Un autre argument utilisable est d'insister sur les contraintes mat&#233;rielles, en rappelant que la Terre a des ressources limit&#233;es. On en d&#233;duit qu'il y a un int&#233;r&#234;t majeur, au moins &#224; terme, &#224; contr&#244;ler l'usage que l'homme fait de ces ressources naturelles (ainsi que sa propre d&#233;mographie). Mais ce faisant, on ne se situe pas v&#233;ritablement dans un cadre &#233;thique : on en reste &#224; un calcul ; m&#234;me si on pr&#244;ne le retour &#224; une certaine frugalit&#233;, c'est par calcul. Or de tels calculs divergent selon les personnes et atteignent leur limites ; en outre ils ne contraignent pas int&#233;rieurement Il n'y a donc pas de ressort int&#233;rieur &#224; ce respect de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, se pose la question &#233;conomique de l'arbitrage entre les priorit&#233;s. Dans nos &#233;conomies, c'est le jeu du march&#233; qui le r&#233;alise. Or le march&#233; et plus g&#233;n&#233;ralement le comportement spontan&#233; ne parviennent pas &#224; r&#233;guler notre emprise sur la nature, notamment parce que l'avenir n'y est pas bien pris en compte, ni les externalit&#233;s. D&#232;s lors, la tentation est celle d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e dans un autre article du contr&#244;le &#233;tatique ou communautaire, de la coercition. D'o&#249; ensuite l'id&#233;e que certains, plus &#233;clair&#233;s que les autres, dictent &#224; ces derniers ce qu'ils ont &#224; faire et &#233;liminent les m&#233;chants, les pollueurs. D'o&#249; encore un &#233;cologisme socialiste, autoritaire, voire la tentation d'une dictature &#233;cologique. Mais il resterait m&#234;me alors que l'imp&#233;ratif en question n'aurait pas de fondement objectif, qui lui permettrait de fonder son autorit&#233; dans la conscience des personnes. Dit autrement, une dictature &#233;cologique serait non seulement monstrueuse, mais sans doute inefficace par rapport &#224; son souci affich&#233; de respect de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; est encore accrue par le fait que nous ne connaissons pas l'avenir. Les uns en d&#233;duisent que le d&#233;veloppement durable est compatible avec un monde &#233;volutif, ou m&#234;me en progr&#232;s. Mais pour d'autres, le doute, l'angoisse devant la finitude de la terre et l'obsession de la menace favorisent la voie de la stabilit&#233; absolue, et plus encore de la marche arri&#232;re. D'o&#249; cette tentation des &#233;cologistes les plus radicaux, qui est l'arr&#234;t de l'histoire ou le retour en arri&#232;re. Cette id&#233;e se combine elle aussi avec la tentation autoritaire, dans un culte de la ma&#238;trise et un refus de l'al&#233;a historique. Dit autrement, l'ordre naturel (ext&#233;rieur) appara&#238;t d&#233;sormais fragile et fini, et on d&#233;sire en quelque sorte ne plus toucher &#224; rien en interdisant tout ce qui bouge. Une telle position se veut responsable, mais est en fait r&#233;sign&#233;e &#224; une relative impuissance, tant conceptuelle que pratique. Si on y ajoute le fait que la capacit&#233; &#224; convaincre les populations des exigences &#233;cologiques n'est pas illimit&#233;e, il en r&#233;sulte &#224; nouveau que la plupart des gens se sentira autoris&#233;e &#224; en tourner les cons&#233;quences s'ils peuvent. Et donc l'efficacit&#233; du dispositif sera m&#233;diocre, fond&#233; qu'il sera sur la pure coercition, et a fortiori si on reste en-de&#231;&#224; d'une telle coercition. Il ne faut pas s'&#233;tonner dans ce contexte que comme on l'a not&#233; dans un autre article, les grands principes de d&#233;veloppement durable c&#233;l&#233;br&#233;s partout restent en pratique plut&#244;t peu suivis d'effet. Bien entendu, et fort heureusement, cette faiblesse du fondement moral des exigences &#233;cologiques n'est pas pouss&#233;e &#224; son terme logique par la plupart des gens, et donc, du fait que l'exigence morale est au fond de notre nature, ils admettent qu'il faut faire quelque chose. Mais en g&#233;n&#233;ral pas au point de remettre en cause radicalement des &#233;l&#233;ments essentiels de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux conceptions oppos&#233;es de la nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, en d&#233;finitive le fond de la question est en d&#233;finitive la conception que l'on se fait de la nature humaine. Dans la conception classique, on l'a dit, elle comprend l'id&#233;e d'une finalit&#233; : de quelque chose qui n'existe pas encore, ou &#224; l'&#233;tat inchoatif, et qu'il est bon et m&#234;me essentiel de faire advenir, en g&#233;n&#233;ral sans que le terme en soit pr&#233;cis&#233;ment d&#233;termin&#233; ou connu avec pr&#233;cision &#224; l'avance. On peut alors faire appel chez la personne &#224; la conscience ou au sens moral. Dans la conception dominante en revanche, la nature humaine n'existe pas, ou alors on parle de la nature physique, mat&#233;rielle, et elle ne comporte pas de finalit&#233;. A un niveau philosophique, on se r&#233;f&#232;re &#224; l'id&#233;e extravagante de Hume et de Moore selon laquelle on ne peut pas d&#233;duire un &#8216;doit' d'un &#8216;est' : un devoir moral ne pourrait pas &#234;tre d&#233;duit d'une observation de fait, celle-ci &#233;tant comprise &#224; un niveau purement factuel au sens scientifique du terme. M&#234;me un &#233;cologiste chr&#233;tien comme Markus Vogt se r&#233;f&#232;re &#224; cette id&#233;e ravageuse, et explique que l'&#233;cologie par elle-m&#234;me ne dit pas quelle emprise sur la nature est acceptable, et que ce doit donc &#234;tre un choix collectif de la soci&#233;t&#233;. Mais alors, c'est un choix arbitraire. C'est, dit-il, par rapport &#224; des relations et des finalit&#233;s que la moralit&#233; intervient (ce qui n'est pas faux), mais pour lui la finalit&#233; (et la morale) ne rel&#232;ve pas de l'analyse de r&#233;alit&#233;. Elle vient arbitrairement d'une autre sph&#232;re, sans fondement objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien entendu, cela suppose qu'on limite la notion de ce qu'on appelle un &#8216;fait' &#224; ce qui est mat&#233;riel ou au mieux scientifique, et qu'on refuse la notion classique de nature humaine, comportant &#224; la fois des &#233;l&#233;ments de r&#233;alit&#233; (ce qu'implique le mot nature) qui sont philosophiques et non purement scientifiques, et une finalit&#233;, donc un but et des devoirs orient&#233;s vers l'accomplissement de ce but, qui est aussi l'accomplissement de notre nature. Ce qui veut dire conjuguer autonomie de la conscience et d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la &#8216;nature', mais en comprenant celle-ci autrement. Dans cette perspective, la &#8216;nature' peut avoir un r&#244;le d'instance morale ; mais pour cela, on distingue l'homme tel qu'il est, et tel qu'il peut et doit &#234;tre ; et on sort de l'id&#233;e actuellement dominante de la nature, qui est purement mat&#233;rielle. En d'autres termes, seule l'id&#233;e classique d'une nature humaine finalis&#233;e conduit &#224; une v&#233;ritable &#233;thique, et par l&#224; &#224; une saine &#233;cologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ecologie, croissance et d&#233;croissance (deuxi&#232;me de 3 articles)</title>
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		<dc:date>2022-07-11T16:29:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et science</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;croissance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article la complexit&#233; de la question &#233;cologique dans les soci&#233;t&#233;s r&#233;elles. Si la n&#233;cessit&#233; d'un changement en profondeur du regard s'impose, cela ne nous dit pas ce que cela implique au niveau collectif. La question qui se pose ici est celle de la d&#233;croissance et de la fascination qu'elle exerce, et des d&#233;cisions plus ou moins pr&#233;cipit&#233;es que les peurs collectives entra&#238;nent. Mais comme nous le verrons, nous nous heurtons ici aux limites de notre savoir et de notre capacit&#233; &#224; planifier la vie collective. Il nous faut donc r&#233;apprendre &#224; vivre sans certitudes mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Decroissance-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;croissance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article la complexit&#233; de la question &#233;cologique dans les soci&#233;t&#233;s r&#233;elles. Si la n&#233;cessit&#233; d'un changement en profondeur du regard s'impose, cela ne nous dit pas ce que cela implique au niveau collectif. La question qui se pose ici est celle de la d&#233;croissance et de la fascination qu'elle exerce, et des d&#233;cisions plus ou moins pr&#233;cipit&#233;es que les peurs collectives entra&#238;nent. Mais comme nous le verrons, nous nous heurtons ici aux limites de notre savoir et de notre capacit&#233; &#224; planifier la vie collective. Il nous faut donc r&#233;apprendre &#224; vivre sans certitudes mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance, capitalisme et soci&#233;t&#233; moderne &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conceptions en faveur de la d&#233;croissance m&#233;ritent un examen nuanc&#233;, mais critique. Evacuons d'abord la question du rapport avec le capitalisme. Ces conceptions combinent en effet deux lignes de r&#233;flexion assez diff&#233;rentes. D'un c&#244;t&#233;, une analyse de fait, dans la ligne de l'&#233;cologie dure, consid&#233;rant que la croissance actuelle est insoutenable, et plus g&#233;n&#233;ralement toute croissance impossible &#224; terme, d'o&#249; une remise en cause radicale du syst&#232;me &#233;conomique actuel. Nous y reviendrons, mais notons qu'on va alors bien au-del&#224; de la critique du seul capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, il y a une confusion entre l'id&#233;e de capitalisme (l'argent est l&#224; pour gagner de l'argent), celle de productivisme, et des r&#233;alit&#233;s comme le march&#233; ou l'entreprise. Il est l&#233;gitime de rep&#233;rer comme cause premi&#232;re de ce que notre emprise sur la nature a de malsain cette id&#233;e que la croissance mat&#233;rielle doit &#234;tre poursuivie co&#251;te que co&#251;te, que le progr&#232;s mesur&#233; mat&#233;riellement est in&#233;luctable et bon par nature, et que la nature est l&#224; pour &#234;tre utilis&#233;e selon nos d&#233;sirs &#8211; ce qu'on peut appeler productivisme. Cela ne condamne pas la croissance en soi, mais cela conduit &#224; remettre en cause cet a priori consistant &#224; se consid&#233;rer autoris&#233; &#224; arraisonner la nature sans souci des cons&#233;quences et des effets. Mais cette attitude arrogante ne se confond pas purement et simplement avec le capitalisme, quels que soient les d&#233;fauts de ce dernier. Le capitalisme est fondamentalement cette id&#233;e que l'argent est l&#224; pour gagner de l'argent ; il fait &#233;videmment tr&#232;s bon m&#233;nage avec ce productivisme. Mais on peut avoir un productivisme tr&#232;s violent, et d&#233;vastateur pour l'environnement, sans capitalisme : on l'a vu en Union sovi&#233;tique. On peut dire ce qu'on veut, mais l'&#233;conomie n'y &#233;tait pas domin&#233;e par l'argent ; elle l'&#233;tait par le culte du pouvoir et de la croissance mat&#233;rielle. La Chine actuelle rel&#232;ve en partie de cet analyse. Le paradigme technologique est donc plus large que le capitalisme au sens propre du terme. Or si le capitalisme au sens &#233;troit du terme, qui privil&#233;gie l'accumulation, s'accommode tr&#232;s naturellement d'un syst&#232;me d'arraisonnement brutal de la nature et de croissance sauvage, inversement il n'est pas &#233;vident qu'il exige la croissance comme une n&#233;cessit&#233; fonctionnelle, en soi ; et sa capacit&#233; &#224; s'adapter est consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ce sont nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral qui se sont fond&#233;es sur ce type de croissance. Toute remise en cause de notre mode de vie collectif, et notamment du type de croissance que nous connaissons, affecterait n&#233;cessairement, et en profondeur nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral, plus encore que le capitalisme tel que nous le connaissons. Y compris la d&#233;mocratie moderne. En effet, l'individualisme et le relativisme ambiants impliquent que la seule r&#233;f&#233;rence est les pr&#233;f&#233;rences des individus, et non l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et encore moins le bien commun ; cela fait donc tr&#232;s bon m&#233;nage avec le productivisme, car plus la croissance qu'on vise est forte, plus il y a de gens satisfaits &#224; court terme. Cela s'accorde aussi avec le capitalisme ; mais cela peut parfaitement se passer de ce dernier : la d&#233;mocratie par exemple est suppos&#233;e refl&#233;ter les pr&#233;f&#233;rences des gens et peut donc &#234;tre individualiste et mat&#233;rialiste sans qu'il y ait capitalisme. Conspuer le &#8216;capitalisme' sans plus de pr&#233;cisions comme le font nombre d'&#233;cologistes est donc simpliste. Ce n'est pas enti&#232;rement injustifi&#233;, tant s'en faut, mais cela m&#233;lange les probl&#232;mes sans bien pr&#233;ciser la cible. En r&#233;alit&#233;, ce qui importe est le syst&#232;me de valeur ou l'anthropologie dominante, et sa traduction dans des institutions et un syst&#232;me social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fortiori, reconnaissons que le march&#233; est, lui, d'un tout autre ordre ; c'est un outil social, qui existe dans toutes les soci&#233;t&#233;s un tant soit peu libres, car il r&#233;sulte de l'interaction entre les agents. Certes, le capitalisme lui donne une place majeure et en offre une conception particuli&#232;re et envahissante. Mais le march&#233; existe sans ce qu'on appelle capitalisme : il est l'expression de la confrontation des choix des personnes et refl&#232;te leurs priorit&#233;s, lesquelles ne sont pas n&#233;cessairement limit&#233;es ni &#224; l'argent tout-puissant, ni &#224; des caprices personnels arbitraires. En soi, si le syst&#232;me de valeur collectif &#233;volue, le march&#233; au sens propre tendra &#224; refl&#233;ter ces nouvelles valeurs dominantes, car c'est sa fonction ; en outre, bien entendu, comme tout march&#233;, il doit &#234;tre encadr&#233; par des lois, et des institutions comme les tribunaux. Cela suppose de s'&#233;loigner du capitalisme individualiste et mat&#233;rialiste, mais pas d'une soci&#233;t&#233; &#233;conomiquement d&#233;centralis&#233;e, avec libert&#233; &#233;conomique et march&#233;. Bien au contraire, sans prise en charge par des personnes autonomes, aucune &#233;cologie n'est possible ou cr&#233;dible. Or s'il y a des personnes autonomes il y a march&#233;, m&#234;me si ce n'est pas leur seul mode d'expression &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance : position du probl&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant au niveau concret. Si le type de croissance que nous connaissons trouve sa fin, ce sera soit parce que le syst&#232;me rencontrera des limites incontournables qui le bouleverseront comme syst&#232;me, dans une grande crise. Soit parce qu'un choix de valeurs diff&#233;rentes, en outre politiquement assum&#233;, sera intervenu, comportant modification en profondeur de notre genre de vie. C'est cette deuxi&#232;me voie qu'explorent les partisans de la d&#233;croissance. Cela d&#233;bouche en g&#233;n&#233;ral sur deux s&#233;ries de propositions. D'un c&#244;t&#233;, une r&#233;duction volontariste de la production et de la consommation, bien au-del&#224; de la frugalit&#233;, d'une consommation plus r&#233;duite et plus qualitative. D'un autre c&#244;t&#233;, une reterritorialisation, s'opposant &#224; la mondialisation et privil&#233;giant les circuits courts et la production directe. Le lien entre ces deux lignes n'est pas automatique ; notamment, le refus de la croissance peut conduire d'autres &#233;cologistes durs &#224; proposer des mod&#232;les de soci&#233;t&#233;s centralis&#233;s, voire tr&#232;s autoritaires. Inversement, on peut vouloir un mode de consommation diff&#233;rent et la renaissance de communaut&#233;s locales sans &#234;tre convaincu de l'impossibilit&#233; de toute croissance et sans voir comme une n&#233;cessit&#233; la sortie d'un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur l'entreprise et le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons d'ores et d&#233;j&#224; faire quelques remarques. Il est d'abord difficile de ne pas prendre en compte les demandes de r&#233;duction de notre consommation fr&#233;n&#233;tique, ainsi que la prise en compte de limites &#233;cologiques. Il en est de m&#234;me de l'&#233;loge des communaut&#233;s locales et de la subsidiarit&#233; ; une reterritorialisation partielle en serait une cons&#233;quence naturelle. Il y a donc ici des intuitions de base et des exigences qu'on ne peut que rejoindre. Mais on va bien plus loin. Une v&#233;ritable propagande culpabilisante s'abat sur une opinion incapable de faire la part du vrai et du faux, mais qui se trouve de ce fait accul&#233;e &#224; envisager l'avenir en termes purement n&#233;gatifs. Ce qui est d'autant plus d&#233;sesp&#233;rant pour les milieux populaires que par ailleurs leurs perspectives s'assombrissent, en Occident notamment, avec la mondialisation et la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s. En outre, si on reste coh&#233;rent avec la dramatisation, cela implique une action politique brutale, impos&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233;, ce qui a rarement port&#233; de bons fruits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous conduit &#224; trois remarques. La premi&#232;re est que si la frugalit&#233; est une vertu, l'abondance mat&#233;rielle n'est pas a priori condamnable comme telle ; toute la question est celle de la juste mesure. La seconde est une interrogation : ce que nous savons vraiment, tant sur le plan concret et technique qu'en ce qui concerne la nature humaine et son r&#244;le dans l'histoire, rend-il manifestement in&#233;luctables de telles perspectives radicales ? Il y a bien des raisons d'en douter. Non pour faire l'&#233;loge du syst&#232;me actuel. Mais pour rappeler que notre absence de ma&#238;trise vaut aussi pour notre connaissance de l'avenir. L'impasse ou la catastrophe ne sont pas des certitudes, encore moins lorsqu'on les d&#233;crit comme imminentes, dans ce qui rel&#232;ve d'un a priori apocalyptique plus que d'un constatation incontestable. Et nous en avons encore moins sur la troisi&#232;me question que soul&#232;vent ces id&#233;es, qui est leur faisabilit&#233; politique, a priori tr&#232;s faible, comme on l'a &#233;voqu&#233; dans le premier article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc examiner de pr&#232;s les donn&#233;es r&#233;elles du d&#233;bat, et notamment la base scientifique et &#233;conomique de ces perspectives pessimistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La science et ses limites, la d&#233;cision politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du coronavirus a mis &#224; nouveau la science sur la sellette. On a vu des scientifiques a priori comp&#233;tents et respectables &#233;mettre des opinions parfaitement contradictoires ; des d&#233;cisions publiques majeures prises sur la base de publications qui se sont av&#233;r&#233;es pas si s&#233;rieuses mais issues de revues renomm&#233;es ; des d&#233;clarations successives de comit&#233;s scientifiques se contredire apr&#232;s quelques semaines, par exemple sur l'utilit&#233; des masques. Pour le citoyen c'est tr&#232;s troublant. D'autant plus que ce domaine de la sant&#233; est particuli&#232;rement sensible, car des vies sont en jeu. Or la motivation du confinement, purement sanitaire, se fondait sur les arguments de ces scientifiques que sont les m&#233;decins. Le pauvre citoyen, assomm&#233; par ces nouvelles, s'est donc trouv&#233; bon gr&#233; mal gr&#233; devoir suivre le troupeau, sans &#234;tre toujours convaincu du bien-fond&#233; de ce qui se passait. Suspicion d'autant plus l&#233;gitime que les r&#233;sultats obtenus par les diverses politiques suivies varient beaucoup selon les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, que ce soit pour la crise sanitaire ou pour l'&#233;cologie, la solution passe elle aussi par la science et la technique. Nous avons besoin de la science, mais nous d&#233;couvrons avec consternation qu'elle n'envoie souvent pas un message clair et s'av&#232;re m&#234;me bien souvent ambigu&#235;. Parall&#232;lement, pour la plupart d'entre nous, nous ne nous sentons pas en &#233;tat d'en juger par nous-m&#234;mes. Moralit&#233;, nous devons nous habituer &#224; vivre dans cette situation, qui se reproduira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, quelques distinctions pratiques peuvent nous &#233;clairer. En premier lieu, il y a science et science. Il y a des domaines o&#249; des lois peuvent &#234;tre &#233;nonc&#233;es et v&#233;rifi&#233;es exp&#233;rimentalement sur grande &#233;chelle. Ainsi d'une tr&#232;s grande partie des sciences physiques. Dans ces cas, ce que dit la science est raisonnablement fiable &#8211; m&#234;me si cela ne nous dispense pas de notre responsabilit&#233; dans l'usage qui en est fait. Mais ce n'est qu'une partie de ce qu'on appelle science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite des domaines o&#249; la science n'est pas en &#233;tat de formuler ce genre de lois v&#233;rifiables et v&#233;rifi&#233;es. Dans ce cas, sur la base des donn&#233;es qu'il a, le scientifique fait des hypoth&#232;ses, monte des mod&#232;les, et tente de v&#233;rifier les cons&#233;quences qu'il en tire. Son avis reste pr&#233;cieux et indispensable, parce qu'il a un r&#233;el savoir, a priori bien plus &#233;toff&#233; que celui du profane. Mais il peut aussi se tromper, les avis peuvent diverger, et les jeux d'int&#233;r&#234;ts ou de pouvoirs sont importants. Une partie appr&#233;ciable de ces avis est bas&#233;e sur ces mod&#232;les, dont la fiabilit&#233; n'est pas &#233;vidente surtout si les donn&#233;es manquent. C'&#233;tait le cas avec la Covid 19 : ce virus ressemble certes &#224; d'autres virus connus, et ce n'est pas la premi&#232;re &#233;pid&#233;mie qui survient ; on ne partait donc pas de rien. Mais il a aussi des sp&#233;cificit&#233;s fortes, et elles &#233;taient mal connues. Cela veut dire une chose simple : dans une telle situation, on ne peut pas d&#233;cider purement et simplement sur la base d'avis scientifiques, comme l'ont sottement proclam&#233; les gouvernements &#224; l'&#233;poque. Il faut &#233;videmment les &#233;couter avec soin, mais le r&#244;le du d&#233;cideur subsiste, apr&#232;s d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a maintenant un troisi&#232;me domaine, qui recouvre toutes les affaires humaines, objet de ce qu'on appelle les sciences humaines, dans lequel la certitude est beaucoup plus faible encore. Sociologie, science politique, &#233;conomie m&#234;me (malgr&#233; ses chiffres) rel&#232;vent de cette cat&#233;gorie. En fait c'est le mot m&#234;me de science qui est alors &#233;quivoque. Cet emploi est justifi&#233; s'il souligne qu'on peut dans ces domaines aussi mener une vraie exploration, &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, en s'inspirant des sciences dures ou autrement, et par l&#224; parvenir &#224; des &#233;l&#233;ments qu'on peut appeler des savoirs. Mais il est abusif si, en employant le m&#234;me mot que pour les sciences dures, on se pare ind&#251;ment de la certitude relative mais objective que ces derni&#232;res peuvent donner, qui est hors de port&#233;e dans les &#8216;sciences' humaines. Car si dans ces domaines on ne parvient pas aux m&#234;me certitudes, c'est pour des raisons fondamentales et durables. Non seulement parce que l'objet de l'&#233;tude est tr&#232;s compliqu&#233;, r&#233;sultant de l'action de millions de volont&#233;s distinctes et relativement autonomes ; que les &#233;motions et appr&#233;ciations subjectives y jouent un r&#244;le majeur ; ou que le savant n'est pas neutre par rapport &#224; la mati&#232;re qu'il &#233;tudie. Mais aussi pour une raison essentielle, rarement soulign&#233;e, qui est le caract&#232;re r&#233;flexif de ces sciences, &#224; savoir le fait que dans ces mati&#232;res proclamer une loi ou une v&#233;rit&#233;, ou agir sur leur objet, change par l&#224; m&#234;me cet objet. Cela peut selon les cas invalider la loi, m&#234;me si elle &#233;tait vraie avant, ou au contraire l'auto-v&#233;rifier, m&#234;me si elle &#233;tait contestable. On voit cela d&#233;j&#224; avec les pr&#233;visions de trafic. Ou avec les &#233;pid&#233;mies, car si le comportement du virus ne d&#233;pend pas de nous, en revanche l'annonce d'une conclusion dite scientifique, ou la prise de mesures sanitaires change le comportement des gens. D&#232;s lors, dans tous ces domaines le r&#244;le du d&#233;cideur ou du dirigeant est essentiel, mais c'est un r&#244;le politique, car il s'agit d'influencer au mieux le comportement de millions de gens dans le bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion pratique : ce qui se pr&#233;sente comme science pose des questions analogues &#224; ce qu'on rencontre dans l'information. On disserte beaucoup aujourd'hui sur les m&#233;faits de l'information bidon sur les r&#233;seaux sociaux ou les m&#233;dias, les fameuses fake news. Sauf cas extr&#234;mes, la solution n'est pas de les interdire syst&#233;matiquement, mais de pr&#233;venir le public que cela existe, et l'encourager &#224; exercer un esprit critique sur l'origine de ces informations, leur vraisemblance etc. Il faut manifestement op&#233;rer de la m&#234;me mani&#232;re avec ce qui se pare du nom de science. Et cela vaut encore plus pour les d&#233;cideurs, qui ne peuvent pas se dissimuler derri&#232;re une suppos&#233;e science transform&#233;e en oracle, m&#234;me s'ils doivent &#233;videmment &#233;couter les vrais savants &#8211; malgr&#233; leurs limites. Le m&#233;tier de ces d&#233;cideurs, c'est la communaut&#233; et leur responsabilit&#233; envers elle. Ce que fera cette communaut&#233; sera en partie le r&#233;sultat de leur action, mais rarement un effet calculable &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limites de la connaissance scientifique en &#233;conomie et &#233;cologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites de la connaissance scientifique, d&#232;s qu'on parle de faits humains, sont particuli&#232;rement &#233;videntes pour l'&#233;conomie et l'&#233;cologie. Il existe ce qu'on peut appeler une &#8216;science' &#233;conomique, et elle fournit une information pr&#233;cieuse et absolument indispensable pour l'action ; mais malgr&#233; l'arsenal math&#233;matique qui y est souvent d&#233;ploy&#233;, c'est une science humaine, et par l&#224; inapte &#224; appr&#233;hender toute la r&#233;alit&#233; dans des &#233;quations capables de pr&#233;dictions v&#233;rifi&#233;es. Sans parler de son r&#244;le id&#233;ologique &#233;ventuel. J'ai &#233;voqu&#233; ce dernier point en mati&#232;re financi&#232;re dans divers ouvrages. En mati&#232;re humaine, il faut donc int&#233;grer dans la d&#233;marche collective une dose majeure d'humilit&#233; &#233;pist&#233;mique, syst&#233;matique, et qui doit subsister quelle que soit la qualit&#233; du travail d'analyse et de pr&#233;vision r&#233;alis&#233;. La ma&#238;trise, intellectuelle ou mat&#233;rielle, n'existe pas, mais cela vaut aussi pour les acteurs les mieux intentionn&#233;s. Les plus dangereux sont souvent ceux qui avancent r&#233;solument avec de bonnes intentions, car pr&#233;cis&#233;ment ils iront plus loin dans des directions qui peuvent s'av&#233;rer fausses, et ils transmettront de fa&#231;on contagieuse leur confiance mal plac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valable pour l'&#233;conomie, la remarque vaut &#233;videmment aussi pour l'&#233;cologie, pour les pr&#233;visions optimistes comme pour les pessimistes. Comme on l'a dit dans un article pr&#233;c&#233;dent, autant on peut &#234;tre assez assur&#233; des constatations en mati&#232;re de pollution ou de disparition des esp&#232;ces, autant la question du r&#233;chauffement, ou plus exactement du r&#244;le qu'y joue l'homme, d&#233;pend dans son appr&#233;ciation de mod&#232;les, notamment climatiques, qui ne donnent pas une certitude scientifique, contrairement &#224; ce qui est r&#233;guli&#232;rement r&#233;p&#233;t&#233; - mais qui sont dot&#233;s d'une forte probabilit&#233;. On ne peut donc ignorer leurs avertissements, mais on ne doit pas les f&#233;tichiser. De la m&#234;me fa&#231;on, on s'emballe sur l'id&#233;e d'&#233;nergies renouvelables (solaire et &#233;olien) sans voir les limites du concept (intermittence et besoin de minerais rares). Cela ne justifie en aucun cas l'inaction. Mais la vertu consiste aussi &#224; savoir avancer en gardant constamment en t&#234;te les limites de notre savoir. A nouveau, notre responsabilit&#233; morale, et la vertu, s'exercent et s'exerceront toujours en environnement non ma&#238;tris&#233;. Cela vaut aussi bien pour les &#233;cologistes que pour les acteurs du syst&#232;me. Et cela vaut a fortiori pour l'id&#233;e m&#234;me de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limites de l'id&#233;e de d&#233;croissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la d&#233;croissance, concr&#232;tement, il n'est pas d&#233;montr&#233; que nous devions n&#233;cessairement avoir comme horizon certain une limitation mat&#233;rielle de nos ressources, nous conduisant &#224; une reterritorialisation totale, chacun s'effor&#231;ant localement de vivoter sur la base des seules ressources manifestement renouvelables qu'il a &#224; sa port&#233;e imm&#233;diate. Les postulats malthusiens sont trop souvent pris comme des absolus indiscutables. Vus de leur temps, les postulats de Malthus (progression g&#233;om&#233;trique de la population, arithm&#233;tique de la production - nous dirions lin&#233;aire et exponentielle) &#233;taient intelligents et pouvaient appara&#238;tre tr&#232;s solides ; or ils se sont heurt&#233;s de plein fouet &#224; l'impr&#233;visibilit&#233; du progr&#232;s technique. Et, de m&#234;me que les pr&#233;visions catastrophistes du Club de Rome dans les ann&#233;es 70 se sont av&#233;r&#233;es souvent pessimistes, m&#234;me s'il y avait une intuition juste, il n'est pas &#233;vident que l'humanit&#233; ne trouvera pas &#224; chaque &#233;tape une nouvelle s&#233;rie de ressources qui lui permettront de franchir un autre stade, notamment en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique (solaire, hydrog&#232;ne, fission nucl&#233;aire, ou autre). Comme elle peut arriver sur des impasses. Il est donc urgent et essentiel d'y travailler, en abordant les questions avec sang-froid et raison, sans certitude d'aboutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;p&#232;te en outre comme une &#233;vidence qu'on ne peut pas avoir de croissance infinie dans un monde fini. C'est plausible si la croissance est surtout quantitative et si elle toujours plus consommatrice de ressources mat&#233;rielles relativement rares ; pas n&#233;cessairement, si elle est plus qualitative, recycl&#233;e, et sans cesse &#224; la recherche de ressources renouvelables ; et pas non plus si on trouve de nouvelles ressources, d'autant que certaines sont abondantes, y compris sur le plan &#233;nerg&#233;tique contrairement &#224; ce que certains expliquent. La notion quantitative de ressource physique, et l'id&#233;e m&#234;me de limite, sont en effet d&#233;pendantes de l'&#233;tat des technologies : demain l'hydrog&#232;ne par exemple, qui est potentiellement tr&#232;s abondant et d&#233;j&#224; utilis&#233; dans des moteurs, peut devenir une ressource &#233;nerg&#233;tique d'usage courant, relativement bon march&#233; et propre, ce qu'il n'est pas aujourd'hui. Et la croissance signifie en soi plus de possibilit&#233;s d'action, parce que bas&#233;es sur des ressources plus larges, y compris pour agir en faveur de l'environnement. Encore une fois, cela ne d&#233;montre pas qu'une croissance de ce type est possible ou se r&#233;alisera ; cela montre seulement que l'exclure a priori est arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, en supposant m&#234;me que les ressources non renouvelables, notamment mini&#232;res, se r&#233;v&#233;laient un jour d&#233;cid&#233;ment limit&#233;es, sans relais visible, sans doute mieux valait les utiliser pendant tout un temps, plut&#244;t que de les laisser dormir inutilement. A quoi servent des r&#233;serves de p&#233;trole si personne ne les utilise ? En outre, si le progr&#232;s technique comme l'organisation collective peuvent tous deux conduire &#224; des effets nocifs, voire &#224; des d&#233;sastres, il n'est pas d&#233;montr&#233; que ce soit une fatalit&#233;. En fait m&#234;me, au point o&#249; nous en sommes, ils sont seuls &#224; m&#234;me de nous permettre d'envisager (sans certitude) de rattraper nos erreurs. En d&#233;finitive, si nous voyons bien que la croissance mat&#233;rielle peut se heurter &#224; des limites physiques, du moins &#224; technologie donn&#233;e, est-ce une raison pour renoncer &#224; l'usage de ces biens ? Non : mais c'en est une pour essayer, dans la limite de nos moyens, pour &#234;tre responsables et utiliser &#224; chaque &#233;tape nos ressources et notre savoir transitoires pour tenter d'aller vers une autre &#233;tape, plus durable, et faire du bien dans l'intervalle. Le risque sinon est le d&#233;veloppement d'une telle obsession malthusienne qu'elle finisse par st&#233;riliser les solutions elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;marche &#224; mener, on l'a dit, il n'y a pas de certitude, ni dans un sens ni dans un autre. Transformer le mode de vie d'une soci&#233;t&#233; et de la multitude humaine qui la constitue, prise dans des syst&#232;mes complexes que personne ne ma&#238;trise, sur la base de donn&#233;es scientifiques et techniques mouvantes, est n&#233;cessairement une op&#233;ration longue et non planifiable. On le voit avec le r&#233;chauffement : r&#233;duire l'empreinte carbone touche tout notre mode de vie, des transports &#224; l'habitat ou &#224; la production industrielle. Or dans tous ce domaines nous n'avons actuellement pas de solution d&#233;finitive (durable) et nous en sommes m&#234;me tr&#232;s loin. Et m&#234;me les solutions interm&#233;diaires restent &#233;volutives. Les &#233;cologistes les plus responsables ont d&#251; avaler la n&#233;cessit&#233; du nucl&#233;aire, qu'ils conspuaient autrefois. La voiture &#233;lectrique se heurte &#224; des difficult&#233;s consid&#233;rables, li&#233;es notamment aux batteries. Celles-ci comme plus g&#233;n&#233;ralement le solaire et l'&#233;olien supposent des mat&#233;riaux rares et non renouvelables. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel effort collectif suppose donc &#224; chaque &#233;tape que les d&#233;cisions prises aillent le plus loin possible dans ce qui est socialement tol&#233;rable, mais sans faire de pari destructeur ; et surtout de pr&#233;parer l'avenir, notamment par la recherche scientifique et technique. Il est tout &#224; fait concevable que cela ne suffise pas pour &#233;viter des &#233;v&#232;nements d&#233;sastreux ou catastrophiques. Mais la pr&#233;cipitation sous l'emprise de la peur peut y conduire aussi. Gardons notre sang-froid&#8230;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;cologie : un probl&#232;me pas si simple (premier de 3 articles)</title>
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		<dc:date>2022-07-08T16:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous sommes d&#233;sormais tous acquis, ou presque, &#224; l'id&#233;e que le souci de l'environnement, l'&#233;cologie, sont des exigences majeures et incontournables. L&#224; o&#249; cela se complique, c'est dans l'analyse du mal, et surtout dans la port&#233;e et la nature des mesures &#224; prendre. Et dans leur traduction au niveau de la soci&#233;t&#233;, politiquement et dans le comportement des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu de recul appara&#238;t ici bien utile, face &#224; l'excitation ambiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Ecologie-.html" rel="directory"&gt;Ecologie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ecologie-168-+.html" rel="tag"&gt;Ecologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes d&#233;sormais tous acquis, ou presque, &#224; l'id&#233;e que le souci de l'environnement, l'&#233;cologie, sont des exigences majeures et incontournables. L&#224; o&#249; cela se complique, c'est dans l'analyse du mal, et surtout dans la port&#233;e et la nature des mesures &#224; prendre. D&#233;j&#224;, toute analyse des questions &#233;cologiques comporte par nature une dimension scientifique importante, afin de mesurer o&#249; sont les probl&#232;mes, les enjeux r&#233;els et les solutions possibles - qu'il s'agisse du r&#233;chauffement, de la pollution sous toutes ses formes, de la disparition des esp&#232;ces ou de l'&#233;puisement des ressources. Mais en l'esp&#232;ce comme ailleurs les consensus scientifiques n'existent pas toujours, et quand ils existent, ils peuvent s'av&#233;rer contestables sur la dur&#233;e. Bien entendu, il faut quand m&#234;me prendre position, et vu la nature de ces probl&#232;mes cela peut conduire de fa&#231;on l&#233;gitime &#224; des remises en cause importantes de notre vie personnelle ou collective. Mais il est &#233;galement l&#233;gitime qu'il y ait plusieurs positions possibles. Comme telle, cette analyse scientifique d&#233;passe le cadre de cet article, tout autant que l'examen des solutions techniques &#224; apporter aux probl&#232;mes soulev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, une partie appr&#233;ciable de ces constatations n'est r&#233;ellement contest&#233;e par personne, et demande d&#233;j&#224; une r&#233;action &#233;nergique et de grande ampleur. Il y a une pollution massive et elle est nuisible pour nous et pour la plan&#232;te ; il y a une r&#233;duction dangereuse de la diversit&#233; des esp&#232;ces ; et il y a au moins &#224; terme une perspective d'&#233;puisement ou de rar&#233;faction de ressources non-renouvelables essentielles (minerais, &#233;nergies fossiles etc.), ce qui impose de ne pas les surconsommer et de rechercher des ressources alternatives. La question plus controvers&#233;e, au moins par une minorit&#233; r&#233;duite mais active, est celle du r&#244;le de l'homme dans le r&#233;chauffement climatique. Mais d'une part il y a un r&#233;chauffement peu contestable, et l'humanit&#233; devrait au minimum contribuer &#224; ne pas l'aggraver ; et d'autre part la grande majorit&#233; des sp&#233;cialistes conclut &#224; l'origine humaine (&#8216;anthropique') de ce r&#233;chauffement. Par ailleurs, les mesures permettant de lutter contre le r&#233;chauffement, notamment les &#233;conomies d'&#233;nergies ou le recours &#224; des &#233;nergies plus durables, seraient justifi&#233;es m&#234;me s'il n'y avait pas ce r&#233;chauffement ou s'il &#233;tait naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le d&#233;bat subsiste sur l'urgence, l'ampleur et la nature de ces actions. C'est qu'il n'y a pas un pur d&#233;bat scientifique ou technique, puis des mesures qui s'en d&#233;duisent de fa&#231;on indiscutable. En r&#233;alit&#233;, la question concerne la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, sur les plans politiques, &#233;conomiques et sociaux. Elle porte en effet sur l'ampleur et les modalit&#233;s des &#233;volutions possibles dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, qui la feraient vivre autrement, dans un sens conduisant &#224; des rapports meilleurs, tant &#224; l'int&#233;rieur, entre ses membres, qu'avec son environnement naturel. Or une soci&#233;t&#233; r&#233;elle est compos&#233;e de millions de personnes autonomes, ayant leurs vues et leurs priorit&#233;s, entretenant des rapports mutuels socialement encadr&#233;s mais complexes et multiples. On ne peut pas planifier &#224; l'avance ce que doit faire une telle soci&#233;t&#233; et o&#249; elle doit aller. On peut agir en diffusant des id&#233;es ou des r&#233;f&#233;rences nouvelles, en proposant des mod&#232;les alternatifs d'action pour ses membres, ou en agissant sur les lois et r&#232;glements, sur les politiques publiques ; mais il n'y a pas de m&#233;thode s&#251;re pour obtenir un r&#233;sultat pos&#233; &#224; l'avance. Il s'agit de processus &#224; initier et &#224; accompagner, n&#233;cessairement multiples et diffus, et dont les effets seront en partie impr&#233;visibles et incontr&#244;lables. Or trop souvent la r&#233;flexion &#233;cologique raisonne de fa&#231;on univoque, supposant qu'une fois ses conclusions adopt&#233;es, la soci&#233;t&#233; doit &#234;tre align&#233;e purement et simplement sur le plan d'action qu'elle a d&#233;fini. Non seulement ce n'est pas d&#233;sirable, mais c'est inefficace et contre-productif. Et ce l'est d'autant plus que les exigences pos&#233;es par les &#8216;&#233;cologistes' sont loin d'&#234;tre exemptes de pr&#233;jug&#233;s divers, notamment politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que dans le champ &#233;cologique des hypoth&#232;ses alarmistes sont avanc&#233;es, qu'on ne peut se dispenser d'aborder ; car si elles se v&#233;rifiaient, les cons&#233;quences seraient d&#233;mesur&#233;es. Il faut donc les examiner, sans absolutiser des affirmations qui au niveau scientifique peuvent n'&#234;tre que des hypoth&#232;ses, d'autant qu'on ne peut pr&#233;tendre que la science nous donne toujours des certitudes, ni qu'elle soit immuable ou infaillible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, on est donc pris entre un risque qui peut &#234;tre tr&#232;s &#233;lev&#233;, donc effrayant, et la r&#233;alit&#233; des soci&#233;t&#233;s humaines, qui ne se pilotent pas comme un v&#233;hicule. Et donc, si l'&#233;cologie pose des questions &#224; la fois pratiques et philosophiques consid&#233;rables, et si l'action est n&#233;cessaire, ses modalit&#233;s et son ampleur sont moins &#233;videntes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; quelques principes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question centrale sp&#233;cifique &#224; l'&#233;cologie, plus que le seul environnement, est celle de notre rapport &#224; la nature et de sa durabilit&#233;. Quels devraient &#234;tre les objectifs de l'humanit&#233; en la mati&#232;re ? On rappellera la d&#233;finition du &#8216;d&#233;veloppement durable' dans le rapport Brundtland de 1987 : &#171; assurer les besoins des g&#233;n&#233;rations pr&#233;sentes sans compromettre la capacit&#233; des g&#233;n&#233;rations futures &#224; r&#233;pondre aux leurs &#187;. Mais ce n'est pas la seule pr&#233;occupation : il faut y ajouter par exemple le souci de la biodiversit&#233;, ou celui du respect de la nature, ou m&#234;me de la beaut&#233; du r&#233;sultat obtenu. Sur quoi se fondent ces soucis ? A l'&#233;vidence, pas uniquement sur des consid&#233;rations &#233;conomiques. Bien s&#251;r, on peut donner de solides arguments &#233;conomiques en faveur d'un tel &#8216;d&#233;veloppement durable'. Mais une protection de la nature qui serait bas&#233;e sur le seul int&#233;r&#234;t &#233;conomique serait bancale. C'est l'approche qu'on appelle utilitariste, qui ne se r&#233;duit pas au courant du m&#234;me nom. Mais elle ne dit pas quels devraient &#234;tre les objectifs des personnes et des soci&#233;t&#233;s ; elle pose au d&#233;part l'id&#233;e qu'ils les d&#233;finissent librement, et que le seul objet de l'&#233;conomie, et plus g&#233;n&#233;ralement de l'action commune, est d'agencer ces volont&#233;s individuelles au mieux. Dans cette perspective, une r&#233;flexion &#233;cologique, une id&#233;e de d&#233;veloppement durable se r&#233;duisent &#224; une question technique. Mais du coup, on fait l'impasse sur la r&#233;flexion commune concernant les crit&#232;res qui doivent nous mouvoir, sur la d&#233;finition de ce qu'il est bien de faire, et sur les motivations. D'ailleurs pourquoi se soucier des g&#233;n&#233;rations futures, qui, rappelons-le, ne sont par d&#233;finition pas pr&#233;sentes, ou en enfance, et ne participent pas &#224; l'interaction actuelle des personnes ? Pour l'utilitariste, cela n'a pas d'int&#233;r&#234;t. La question centrale est donc au contraire la consid&#233;ration &#233;thique : la recherche de ce qu'il est bien et bon de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question de nos devoirs moraux envers les g&#233;n&#233;rations futures est elle aussi complexe. En termes simplifi&#233;s, selon la perspective que j'appelle classique et que je retiens, il s'agit de reconna&#238;tre qu'il y a une valeur intrins&#232;que aux choses, qui s'oppose &#224; la pure valeur instrumentale, et qu'il y a pour nous un devoir &#224; ce que les &#234;tres se perp&#233;tuent au mieux &#224; l'avenir afin d'atteindre leur pl&#233;nitude, autant que cela sera possible. Car tous les &#234;tres ont une forme ou une autre de finalit&#233;, qu'il faut respecter, et qu'on appelle leur bien. En outre, les &#234;tres pensants (les hommes en l'esp&#232;ce) ont une finalit&#233; propre, donc une valeur et une dignit&#233; sp&#233;cifique et sup&#233;rieure, mais aussi les responsabilit&#233;s correspondantes. Cela veut dire que le souci &#233;cologique n'atteint sa pleine signification et son plein d&#233;veloppement que dans le cadre d'une conception &#233;thique, en derni&#232;re analyse fond&#233;e sur l'id&#233;e d'un bien objectif, pas toujours connu &#224; l'avance ni m&#234;me facile &#224; d&#233;terminer, mais pos&#233; comme objectif commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, y a-t-il un droit &#233;gal pour tous de vivre et de s'&#233;panouir ? S&#251;rement pas entre hommes et animaux, ou a fortiori entre eux et les autres &#234;tres : la hi&#233;rarchie des &#234;tres existe et doit &#234;tre respect&#233;e. Et l'&#233;cologie d&#233;crit pr&#233;cis&#233;ment un monde d'interactions qui forme syst&#232;me, o&#249; chacun a sa place, et o&#249; ces places ne sont pas d&#233;finies arbitrairement, mais s'inscrivent dans la logique d'ensemble, selon le r&#244;le et la finalit&#233; de chacun. Mais cela ne donne pas tous les droits &#224; l'homme, bien au contraire. Ses droits sont subordonn&#233;s &#224; sa mission. Mission qui est centrale, car il est le seul &#224; penser le syst&#232;me, et &#224; se d&#233;finir ou plut&#244;t se reconna&#238;tre un r&#244;le consciemment. En m&#234;me temps, le respect d&#251; aux individus de toute nature atteint sa limite dans le fait qu'ils ont tous &#224; dispara&#238;tre un jour. Il y a donc un devoir de maintien des esp&#232;ces et des &#233;quilibres naturels, mais pas un droit de chaque &#234;tre individuel &#224; &#234;tre pr&#233;serv&#233; : le respect qu'on lui doit est un respect relatif, puisqu'il est de toute fa&#231;on appel&#233; &#224; mourir. De ce point de vue, la non-violence absolue de certains courants actuels est non seulement irr&#233;aliste, mais &#233;thiquement non fond&#233;e, car une exigence morale doit partir de la r&#233;alit&#233; des choses ; il ne s'agit pas de plaquer un syst&#232;me moral abstrait sur les &#234;tres r&#233;els, mais d'agir au mieux dans le sens de leur bien objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des dilemmes nombreux et complexes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi r&#233;sum&#233;s rapidement, ces principes d&#233;bouchent sur des dilemmes redoutables. Derri&#232;re son apparence simple, le concept m&#234;me de d&#233;veloppement durable ou m&#234;me de durabilit&#233; est complexe, et susceptible de lectures multiples. Et cela m&#234;me si on se limite &#224; des consid&#233;rations concr&#232;tes et factuelles. Que veut dire d&#233;veloppement ? Que veut dire durable ? Quelles hypoth&#232;ses pouvons-nous faire sur le futur ? Le consensus ambiant sur l'id&#233;e de durabilit&#233; s'accompagne en fait d'une faible conscience de sa complexit&#233; interne, et de ses conflits avec d'autres objectifs. La durabilit&#233; implique par exemple le souci des g&#233;n&#233;rations futures. Mais que signifie une telle solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle ? Rendre &#224; chacun son d&#251; ? Mais sauf en termes g&#233;n&#233;raux, comment d&#233;finir et g&#233;rer pr&#233;cis&#233;ment un d&#251; envers des gens qui n'existent pas encore ? Le nombre m&#234;me de personnes concern&#233;es par un tel pr&#233;cepte est aujourd'hui inconnu : comment donc analyser ce que nous leur devons ? S'agit-il de donner les m&#234;mes chances que nous aux g&#233;n&#233;rations futures ? Mais quelle en est la port&#233;e dans le temps ? Jusqu'&#224; la fin des temps ? Est-ce praticable ? Rawls parle de deux g&#233;n&#233;rations ; mais pourquoi deux ? S'y ajoute surtout notre ignorance des besoins du futur et des priorit&#233;s qui seront celles des g&#233;n&#233;rations futures, et des capacit&#233;s dont ils disposeront, notamment techniques. En fait, nous n'avons aucune id&#233;e pr&#233;cise de ce que sera leur monde &#8211; en dehors des donn&#233;es permanentes sur l'homme et la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moyen d'essayer de s'en tirer est d'&#234;tre maximaliste. On vise alors &#224; laisser aux g&#233;n&#233;rations &#224; venir la terre comme on l'a trouv&#233;e - ce qu'on appelle la &#8216;durabilit&#233; forte'. On peut la r&#233;sumer comme suit : on ne tire pas de la nature plus de ressources qu'elle n'en r&#233;g&#233;n&#232;re ; on ne rejette pas plus que la nature ne peut absorber ; si on utilise des ressources non renouvelables, on cr&#233;e des substituts pour les g&#233;n&#233;rations suivantes ; le rythme de l'emprise humaine doit s'adapter aux rythmes de la nature ; la production d'&#233;nergie et de produits doit s'effectuer &#224; un niveau sans risques. Dit ainsi, c'est s&#233;duisant. Mais m&#234;me en mettant de c&#244;t&#233; l'acceptabilit&#233; politique de ce programme, qui est tr&#232;s faible, il d&#233;bouche sur une &#233;conomie dont la viabilit&#233; n'est pas &#233;vidente, et techniquement stagnante ou r&#233;gressive. Or l'histoire avance, et le progr&#232;s scientifique et technique change les conditions du d&#233;bat en permanence. L'application de ce principe en 1800 par exemple, avec le savoir de l'&#233;poque, aurait donn&#233; des r&#233;sultats qui pour la plupart des gens, avec nos yeux d'aujourd'hui, auraient &#233;t&#233; aberrants et malthusiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me complexit&#233; appara&#238;t lorsqu'on &#233;voque l'application de ce m&#234;me concept de d&#233;veloppement durable en temps r&#233;el, entre les diff&#233;rentes parties de l'humanit&#233;. La solidarit&#233; globale par exemple, qu'on met en avant non sans motif, veut-elle dire un droit identique pour chacun aux ressources globales disponibles ? Mais cela se heurte aux in&#233;galit&#233;s naturelles de ressources selon les pays, qui sont un fait. Et dans la pratique, on se trouve face &#224; une liste complexe de questions qui se posent de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente selon les pays : &#233;missions de gaz, droits de p&#234;che, maintien des sols, for&#234;ts, disponibilit&#233; en eau etc. S'y ajoutent les questions de solidarit&#233; li&#233;es au changement climatique. Doit-on donner des droits plus &#233;lev&#233;s aux plus pauvres ou aux plus faibles, comme certains le recommandent ? On nous dit qu'il existe un consensus moral fort sur le principe du maximin de Rawls (prendre comme crit&#232;re la position des plus d&#233;favoris&#233;s, pour la maximiser, c'est-&#224;-dire la rendre la meilleure possible) ; cela permettrait de lutter dit-on contre la dimension &#8216;sacrificielle' de l'utilitarisme (lequel accepte qu'il y ait des perdants sacrifi&#233;s si la grande majorit&#233; s'en trouve bien). Mais ce consensus reste enti&#232;rement &#224; d&#233;montrer, en pratique comme en principe. Il est en outre peu rationnel de juger de la moralit&#233; d'ensemble d'une situation en ne prenant comme crit&#232;re que la situation particuli&#232;re d'un petit nombre, m&#234;me m&#233;ritant une attention prioritaire. Croit-on en outre s&#233;rieusement pouvoir mettre les ressources p&#233;troli&#232;res de la p&#233;ninsule arabique au profit des masses africaines ? Certes, ce serait en th&#233;orie plus &#8216;juste', mais c'est irr&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, la question met en lumi&#232;re l'insuffisance du vocabulaire qui s'exprime en termes de &#8216;droits'. Parler des droits de la nature ou des droits des g&#233;n&#233;rations futures n'a pas de sens pratique. En r&#233;alit&#233;, ici comme ailleurs, le seul vocabulaire qui a vraiment un sens est celui des devoirs : nos devoirs envers la nature, envers les g&#233;n&#233;rations futures etc. S'agissant des plus d&#233;munis, face &#224; une menace commune &#224; tous, il y a effectivement un devoir &#224; se pr&#233;occuper plus particuli&#232;rement de ceux qui sont plus expos&#233;s &#224; ce danger, et qui ont moins de moyens pour lutter contre. Le principe ne para&#238;t pas faire de difficult&#233; sous cette forme. Mais dans la pratique, qui a quel devoir concret, envers qui, comment, pour quel r&#233;sultat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous constatons donc ici un fait majeur : en mati&#232;re &#233;cologique comme dans les autres r&#233;alit&#233;s humaines, au niveau collectif, m&#234;me quand l'exigence morale est claire et peu discutable dans son principe, sa mise en &#339;uvre et sa port&#233;e le sont beaucoup moins. Cela suppose des choix difficiles, personnels mais surtout collectifs, largement politiques. M&#234;me si on supposait l'analyse scientifique unanime dans chaque cas, ce qui est loin d'&#234;tre le cas. Il n'est donc pas &#233;tonnant que ce qu'on constate dans la pratique est que le d&#233;veloppement durable si souvent &#233;voqu&#233; n'a pas encore, &#224; ce stade, de r&#244;le v&#233;ritablement central dans notre vie r&#233;elle, ni au niveau intellectuel, ni dans l'action &#8211; m&#234;me si la prise de conscience est ind&#233;niablement rapidement croissante et produit des effets ici ou l&#224;, pas toujours heureux d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension politique, essentielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces interrogations s'ajoute le fait qu'il y a une difficult&#233; majeure &#224; appr&#233;hender collectivement les probl&#232;mes environnementaux. D&#233;j&#224; parce que nous avons besoin de la science pour d&#233;terminer certains effets de nos actions ; or en g&#233;n&#233;ral, nous ne ma&#238;trisons pas par nous-m&#234;mes ces donn&#233;es scientifiques complexes, en supposant m&#234;me qu'elles soient suffisantes et fiables. Mais plus radicalement, une difficult&#233; plus sp&#233;cifiquement politique provient de la nouveaut&#233; du d&#233;fi et de sa nature m&#234;me : la menace est peu visible, souvent &#224; long terme et globale ; elle a une assez grande inertie, et elle est plut&#244;t impr&#233;visible dans ses modalit&#233;s pr&#233;cises. M&#234;me d&#251;ment sensibilis&#233;s, il nous est par exemple souvent impossible de pr&#233;voir l'effet futur d'une mol&#233;cule ou d'un produit nouveaux, ou d'une pratique, avant leur diss&#233;mination. Or ils peuvent cr&#233;er des effets irr&#233;versibles. L'adage : &#8216;gouverner c'est pr&#233;voir' est donc sur ce plan pris en d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; est encore accrue si on se situe dans un cadre d&#233;mocratique : d'un c&#244;t&#233; donc la population n'est pas en position de vraiment pond&#233;rer les probl&#232;mes ; et de l'autre on lui demande un effort extr&#234;mement important, car a priori il y a contradiction entre ses modes de vie actuels et ce qu'il faudrait faire. Le risque est alors la monopolisation du discours par certains et l'exclusion des autres ; mais sans que cela emp&#234;che ces derniers de refuser les injonctions et de garder leurs modes de vie. Or le d&#233;veloppement durable, plus exactement la conception particuli&#232;re que certains s'en font, peut lui aussi devenir un tel discours en surplomb, et motiver un comportement brutalement autoritaire. Beaucoup voient d'ailleurs avec William Ophuls une contradiction entre d&#233;mocratie lib&#233;rale et raret&#233; &#233;cologique. Selon lui, une soci&#233;t&#233; &#233;cologiquement complexe et stationnaire a besoin de &#8216;mandarins' &#233;cologiques ; m&#234;me une d&#233;mocratie &#233;cologique saine a besoin d'une forme d'aristocratie, pour concevoir la politique &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;cologie. Sortir de cette contradiction implique, dit-il, le besoin d'une religion civile &#8211; elle aussi avec ses grands pr&#234;tres. Mais outre qu'on voit mal ce genre de pouvoir s'instaurer, sauf grande catastrophe, et que ce n'est pas tr&#232;s all&#233;chant, ce n'est a priori pas le moyen le plus s&#251;r d'instaurer de vrais comportements respectueux de la nature dans les populations. Il y a donc ici un dilemme majeur. D'autres au contraire esp&#232;rent, avec bien des &#233;cologistes politiques, qu'on peut se baser sur une d&#233;mocratie de base, gr&#226;ce &#224; un d&#233;bat large et d&#233;centralis&#233;. Mais, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'efficacit&#233; d'un tel d&#233;bat reste &#224; d&#233;montrer, surtout dans un contexte relativiste comme le n&#244;tre - sans anthropologie commune, et avec une forte tendance de l'opinion &#224; se fragmenter en tribus antagonistes (effet accentu&#233; par les r&#233;seaux sociaux). En outre et surtout, en l'esp&#232;ce les r&#233;sultats peuvent &#234;tre tout &#224; fait anti&#233;cologiques. Notamment du fait que les g&#233;n&#233;rations futures, les plus concern&#233;es, ne participent par d&#233;finition pas &#224; ce d&#233;bat et ne votent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dilemmes et questions de principes sont donc tr&#232;s nombreux et nullement r&#233;solus. Remarquons cependant que rien de tout cela ne fait dispara&#238;tre l'exigence de responsabilit&#233; envers ces questions o&#249; l'avenir de l'humanit&#233; peut se jouer, ainsi que de solidarit&#233;. Mais cela implique que la mise en &#339;uvre en soit tout sauf &#233;vidente, surtout si on prend la question au niveau global. En fait, seule l'exigence morale g&#233;n&#233;rale est dans son principe claire et indiscutable. Sa mise en &#339;uvre suppose une analyse de situation, variable cas par cas, et dont les conclusions ne vont souvent pas de soi. Les grands anath&#232;mes appr&#233;ci&#233;s par certains et les concerts de cris catastrophistes n'y changent rien. A nouveau, une mutation d'ensemble de la soci&#233;t&#233; ne se d&#233;cide pas purement d'en haut, selon un plan pr&#233;voyant &#224; l'avance les modalit&#233;s pratiques d'action. Et si des mesures d'autorit&#233; sont &#233;videmment n&#233;cessaires, la voie la plus efficace, dans une grande majorit&#233; de cas, sera au niveau local, chacun y prenant ses responsabilit&#233;s, personnellement ou en communaut&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Economie et &#233;cologie</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Economie-et-ecologie.html</link>
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		<dc:date>2021-11-14T09:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et &#233;cologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a &#224; l'&#233;vidence un lien &#233;troit entre &#233;cologie et &#233;conomie, notamment parce que le r&#244;le premier de l'&#233;cologie actuellement est de contester l'&#233;conomie, consid&#233;r&#233;e comme insuffisante ou dangereuse, notamment en ce qui concerne la croissance. A cela s'ajoute le fait que tous deux, au fond, se basent sur une notion de raret&#233;, de limite : l'&#233;conomie, pour fonder le syst&#232;me des prix ; l'&#233;cologie, pour exiger une prise en compte de limites r&#233;sultant d'&#233;quilibres naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, comme on le verra, en r&#233;alit&#233; toutes deux souffrent d'insuffisances graves, li&#233;es &#224; la nature m&#234;me de leurs points de d&#233;part et pr&#233;suppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Ecologie-.html" rel="directory"&gt;Ecologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ecologie-168-+.html" rel="tag"&gt;Ecologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-et-ecologie-247-+.html" rel="tag"&gt;Economie et &#233;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a &#224; l'&#233;vidence un lien &#233;troit entre &#233;cologie et &#233;conomie, notamment parce que le r&#244;le premier de l'&#233;cologie actuellement est de contester l'&#233;conomie, consid&#233;r&#233;e comme insuffisante ou dangereuse, notamment en ce qui concerne la croissance. A cela s'ajoute le fait que tous deux, au fond, se basent sur une notion de raret&#233;, de limite : l'&#233;conomie, pour fonder le syst&#232;me des prix ; l'&#233;cologie, pour exiger une prise en compte de limites r&#233;sultant d'&#233;quilibres naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, comme on le verra, en r&#233;alit&#233; toutes deux souffrent d'insuffisances graves, li&#233;es &#224; la nature m&#234;me de leurs points de d&#233;part et pr&#233;suppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Economie et &#233;cologie : la question d'ensemble&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limites de l'&#233;cologie comme de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites de l'&#233;conomie au sens actuellement dominant du terme sont bien connues : elle ne regarde que la dimension mon&#233;taire des choses, telle qu'elle se traduit sur un march&#233;, ou dans des m&#233;canismes publics (imp&#244;ts, prestations de tout type). Ce qui laisse d&#233;j&#224; en dehors au moins deux grandes domaines : d'un c&#244;t&#233; tout ce qui rel&#232;ve de la gratuit&#233; (et notamment l'action ou le travail des m&#233;nages, communaut&#233;s et associations). Et d'un autre c&#244;t&#233; les externalit&#233;s et plus g&#233;n&#233;ralement la prise en compte de l'avenir, car les uns et les autres ne sont incorpor&#233;s dans le calcul &#233;conomique qu'&#224; travers leur traduction actuelle dans les anticipations. Corr&#233;lativement, dans l'&#233;conomie au sens usuel du terme, il y a peu de notion de stocks, en d'autres termes de patrimoine, en dehors de la comptabilit&#233; des entreprises. Enfin et peut-&#234;tre surtout, il n'y a pas de prise en compte de la soci&#233;t&#233; dans ses dimensions politiques, morales, culturelles et autres. L'&#233;conomie fait en dominante ses raisonnements sur la base d'une vision appauvrie de l'homme. Plus g&#233;n&#233;ralement, elle proclame comme scientifique ce qui rel&#232;ve en partie d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e et de ses modes de fonctionnement, sans obtenir de certitude comme le montrent les r&#233;sultats pas toujours fiables de la pr&#233;vision. Mais cela ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre activement prescriptive, en faveur en g&#233;n&#233;ral d'une soci&#233;t&#233; de type lib&#233;ral et individualiste, d&#233;r&#233;gul&#233;e ; mais aussi parfois au contraire d'une intervention &#233;tatique r&#233;solue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait donc en un sens dire que la critique &#233;cologique de l'&#233;cologie est pertinente, m&#234;me si c'est de fa&#231;on partielle. Mais l'&#233;cologie est elle-m&#234;me limit&#233;e, et sujette &#224; une critique analogue. Un premier probl&#232;me est d'abord l&#224; aussi l'absence de certitude scientifique sur beaucoup de dimensions de ce qu'elle affiche, ce que l'&#233;cologie dominante complique par sa tendance &#224; privil&#233;gier syst&#233;matiquement la perspective malthusienne. Ensuite, on retrouve comme en &#233;conomie la n&#233;gligence du facteur politique, et des autres dimensions humaines et culturelles de la soci&#233;t&#233;. Mais cela ne l'emp&#234;che pas aussi d'&#234;tre elle aussi tr&#232;s affirmative dans ses prescriptions, sauf qu'ici c'est selon la tentation d'une politique autoritaire et &#233;tatique ; en cela elle s'oppose &#224; l'individualisme lib&#233;ral de la pr&#233;c&#233;dente. Alors que l'&#233;conomie dominante &#233;vite fondamentalement de se poser la question de l'avenir du syst&#232;me, confiante qu'elle est dans le fait qu'on trouvera les solutions gr&#226;ce au jeu des initiatives, r&#233;gul&#233;es par le march&#233;, l'&#233;cologie dominante tend &#224; faire le contraire : elle tire de ces consid&#233;rations le besoin d'une intervention publique massive. D'o&#249; un autre trait important dans la pratique, sa confluence avec les id&#233;ologies de gauche du moment. Voyons cela de plus pr&#232;s, dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question &#233;cologique : pr&#233;cisions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus pr&#233;cise, tout le monde ou presque admet que le souci de l'environnement, l'&#233;cologie comprise dans son principe, sont des exigences incontournables. L&#224; o&#249; cela se complique, c'est dans l'ampleur du mal, et dans la port&#233;e et la nature des mesures &#224; prendre. D&#233;j&#224;, toute analyse des questions &#233;cologiques comporte une dimension scientifique importante, afin de mesurer o&#249; sont les probl&#232;mes, les enjeux r&#233;els et les solutions possibles. Or en l'esp&#232;ce les consensus scientifiques n'existent souvent pas, et ils peuvent s'av&#233;rer contestables sur la dur&#233;e. Il en est de m&#234;me de la notion de d&#233;veloppement durable : la question de nos devoirs envers les g&#233;n&#233;rations futures est complexe et ne d&#233;bouche pas sur des conclusions pr&#233;cises, utilisables par l'&#233;conomiste. Derri&#232;re son apparence simple, ce concept est en effet susceptible de lectures multiples. Comment d'ailleurs d&#233;finir et g&#233;rer pr&#233;cis&#233;ment un d&#251; envers des gens qui n'existent pas encore ? S'y ajoute notre ignorance des besoins du futur et des priorit&#233;s qui seront celles des g&#233;n&#233;rations &#224; venir, et des capacit&#233;s dont ils disposeront, notamment techniques. En fait, nous n'avons aucune id&#233;e pr&#233;cise de ce que sera leur monde &#8211; en dehors des donn&#233;es permanentes sur l'homme et la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous constatons donc ici un fait majeur : en mati&#232;re &#233;cologique comme dans les autres r&#233;alit&#233;s humaines au niveau collectif, m&#234;me si l'exigence morale est claire et peu discutable dans son principe, sa mise en &#339;uvre et sa port&#233;e le sont beaucoup moins. Cela suppose des choix difficiles, personnels et collectifs, et largement politiques (ou de la soci&#233;t&#233;). M&#234;me si on supposait l'analyse scientifique unanime dans chaque cas, ce qui est loin d'&#234;tre le cas. A ces interrogations s'ajoute le fait qu'il y a une difficult&#233; majeure &#224; appr&#233;hender collectivement (politiquement) les probl&#232;mes environnementaux. D&#233;j&#224; parce que nous avons besoin de la science pour cela ; or en g&#233;n&#233;ral, nous ne ma&#238;trisons pas par nous-m&#234;mes ces donn&#233;es scientifiques complexes, en supposant m&#234;me qu'elles soient fiables. Mais plus radicalement, une difficult&#233; d'ordre politique provient de la nouveaut&#233; du d&#233;fi et de sa nature m&#234;me : la menace est peu visible, souvent &#224; long terme et globale ; elle a une assez grande inertie, et elle est plut&#244;t impr&#233;visible dans ses modalit&#233;s pr&#233;cises. La difficult&#233; est encore accrue si on se situe dans un cadre d&#233;mocratique repr&#233;sentatif, car on demande &#224; une population qui n'est pas en position de vraiment pond&#233;rer les probl&#232;mes un effort &#224; faire qui peut &#234;tre extr&#234;mement important, car il y a contradiction entre ses modes de vie actuels et ce qu'on pense qu'il faudrait faire. Le d&#233;veloppement durable, ou plus exactement cette conception particuli&#232;re que certains s'en font, peut lui aussi devenir un discours en surplomb, et motiver un comportement autoritaire. Les &#233;conomistes peuvent alors souligner que les march&#233;s, eux, sont beaucoup plus d&#233;centralis&#233;s et donc bien plus en phase avec la libert&#233; des personnes - m&#234;me s'ils ont aussi leurs d&#233;terminismes et s'ils p&#232;chent par l'&#233;troitesse des crit&#232;res mis en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les apories de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;conomie au sens actuellement dominante pose elle-m&#234;me des probl&#232;mes redoutables, que la critique &#233;cologique souligne. L'analyse &#233;conomique y a ses pr&#233;suppos&#233;s de d&#233;part comme l'&lt;i&gt;homo oeconomicus&lt;/i&gt;, concentr&#233; sur l'optimalisation de ses choix mat&#233;riels sous contrainte, en dehors de tout jugement de valeur. Le mod&#232;le qui domine la pens&#233;e &#233;conomique (la th&#233;orie des choix rationnels) dit ne pas &#234;tre prescriptif, mais en fait il l'est. Il suppose en effet donn&#233; un jeu de pr&#233;f&#233;rences entre lesquelles on arbitre pour maximaliser notre satisfaction. Mais, outre que ce n'est pas notre comportement spontan&#233;, ce n'est pas coh&#233;rent avec la recherche d'une vie bonne, visant &#224; notre accomplissement personnel et collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son encyclique &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt; (24 mai 2015), le pape Fran&#231;ois &#233;voque lui aussi ce probl&#232;me de la pens&#233;e collective, des crit&#232;res intellectuels communs. Son point central est la d&#233;nonciation de traits structurels de l'&#233;conomie moderne et de nos comportements collectifs, ainsi que de la logique de pouvoir sous-jacente. Ceci vise d'abord ce qu'il appelle &#8216;paradigme' technocratique (n&#176; 106), paradigme homog&#232;ne et unidimensionnel. (107) &#171; Les effets de l'application de ce moule &#224; toute la r&#233;alit&#233;, humaine et sociale, se constatent dans la d&#233;gradation de l'environnement, mais cela est seulement un signe du r&#233;ductionnisme qui affecte la vie humaine et la soci&#233;t&#233; dans toutes leurs dimensions. &#187; La raison technique est mise au-dessus de la r&#233;alit&#233;. Le paradigme intellectuel est en effet aussi syst&#232;me de pouvoir conditionnant la vie sociale. Il pr&#233;tend (109) r&#233;soudre tous les probl&#232;mes par le jeu du march&#233; et de la croissance (106) : &#171; de l&#224;, on en vient facilement &#224; l'id&#233;e d'une croissance infinie ou illimit&#233;e, qui a enthousiasm&#233; beaucoup d'&#233;conomistes, de financiers et de technologues. Cela suppose le mensonge de la disponibilit&#233; infinie des biens de la plan&#232;te, qui conduit &#224; la &#8216;presser' jusqu'aux limites et m&#234;me au-del&#224; des limites. &#187; Cette pens&#233;e ravageuse est dit-il un relativisme, refusant le r&#244;le de la morale en &#233;conomie. Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le pape l'attaque vigoureusement (123). Il s'ensuit que la r&#233;ponse suppose une transformation culturelle profonde (111). &lt;i&gt;Laudato S&lt;/i&gt;i montre aussi que (190) &#171; la protection de l'environnement ne peut pas &#234;tre assur&#233;e uniquement en fonction du calcul financier des co&#251;ts et des b&#233;n&#233;fices. L'environnement fait partie de ces biens que les m&#233;canismes du march&#233; ne sont pas en mesure de d&#233;fendre ou de promouvoir de fa&#231;on ad&#233;quate. &#187; Car (195) &#171; le principe de la maximalisation du gain, qui tend &#224; s'isoler de toute autre consid&#233;ration, est une distorsion conceptuelle de l'&#233;conomie : si la production augmente, il importe peu que cela se fasse au prix des ressources futures ou de la sant&#233; de l'environnement [&#8230;]. Cela veut dire que les entreprises obtiennent des profits en calculant et en payant une part infime des co&#251;ts. Seul pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;thique un comportement dans lequel &#8216;les co&#251;ts &#233;conomiques et sociaux d&#233;rivant de l'usage des ressources naturelles communes soient &#233;tablis de fa&#231;on transparente et soient enti&#232;rement support&#233;s par ceux qui en jouissent et non par les autres populations ou par les g&#233;n&#233;rations futures' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que par un paradoxe apparent la critique que fait Fran&#231;ois de la mentalit&#233; technocratique peut &#234;tre &#233;tendue &#224; un certain &#233;cologisme, s&#251;r de ses analyses et de ses pr&#233;tentions, lesquelles supposent une certain &#233;tat de la science qui n'est pas aussi certain qu'on le pr&#233;tend, et nullement acquis. L'autoritarisme simplificateur &#224; la base de toute id&#233;ologie r&#233;ductrice est plus r&#233;pandu qu'on ne le dit dans toute notre culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle conception de l'&#233;conomie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; voir ce que l'on peut envisager concr&#232;tement. Bien des auteurs proposent une remise en cause plus ou moins radicale de la pens&#233;e &#233;conomique dominante, proposant des mod&#232;les alternatifs dans lesquels le souci &#233;cologique a la part belle. Kate Raworth est un tr&#232;s bon exemple d'une telle r&#233;flexion dans son livre &#224; succ&#232;s l'&lt;i&gt;Economie du doughnut&lt;/i&gt; , qui contient une critique s&#233;v&#232;re de l'&#233;conomie politique des manuels, jug&#233;e &#233;triqu&#233;e, r&#233;ductrice et id&#233;ologique. Outre sa conception de l'homo oeconomicus, celle-ci reste dit-elle domin&#233;e par la centralit&#233; des march&#233;s compris sur la base d'une offre et due demande simplifi&#233;s conduisant &#224; un &#233;quilibre d'ensemble, le tout coupl&#233; au culte de la croissance comprise comme r&#233;ponse &#224; toute pr&#233;occupation &#233;conomique, &#233;cologique, ou autre. Elle propose en alternative une vue &#233;largie, qu'elle r&#233;sume en sept imp&#233;ratifs : changer le but (avec l'image du &lt;i&gt;doughnut&lt;/i&gt;) ; regarder l'image d'ensemble, en ins&#233;rant l'&#233;conomie dans la soci&#233;t&#233; et dans la nature ; enrichir la vue de la nature humaine au-del&#224; de l'homo oeconomicus ; comprendre les syst&#232;mes ; organiser pour distribuer ; cr&#233;er pour r&#233;g&#233;n&#233;rer ; et &#234;tre agnostique sur la croissance. Le but, c'est ce que symbolise ce beignet am&#233;ricain en forme de tore qu'est le doughnut, qui donne une figure de cercles concentriques. Il s'agit de se situer entre un cercle int&#233;rieur de besoins humains fondamentaux encore non satisfaits (nourriture, abri, instruction etc.), et un cercle ext&#233;rieur de d&#233;g&#226;ts pour l'environnement, pour se situer dans cette zone interm&#233;diaire id&#233;ale o&#249; ces besoins sont satisfaits mais sans d&#233;grader l'environnement. D'autres imp&#233;ratifs (cinq et six) visent la construction d'une &#233;conomie participative o&#249; d'embl&#233;e chacun retrouve une part &#233;quitable, sans passer n&#233;cessairement par la distribution fiscale, avec un fonctionnement autant que possible circulaire. Cela implique notamment une culture collective qui ne soit pas orient&#233;e vers le pure gain mat&#233;riel et les incitations financi&#232;res, dont elle souligne par ailleurs les limites. Par ailleurs une &#233;conomie circulaire est dit-elle une urgence, m&#234;me si elle admet qu'il y a in&#233;vitablement une perte en ligne r&#233;siduelle. En outre il faut remplacer la recherche du gain par la recherche du maintien de la valeur, &#233;ventuellement volontaire (par exemple dans la reforestation). Elle recommande enfin, septi&#232;me imp&#233;ratif, l'agnosticisme sur la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on en penser ? Il faut semble-t-il distinguer les id&#233;es de fond des propositions concr&#232;tes. Sur le premier point, la pr&#233;sentation que fait Kate Raworth de l'&#233;conomie politique dominante est un peu simpliste. Les r&#233;sultats de celle-ci, avec tous leurs d&#233;fauts, constituent un apport essentiel qu'on ne peut r&#233;cuser, notamment en vue des besoins de la population. On ne peut fonder un fonctionnement complexe comme celui de l'&#233;conomie sur la seule bonne volont&#233; ; un m&#233;canisme de confrontation de type march&#233; parait difficilement contournable, &#224; c&#244;t&#233; de l'Etat, m&#234;me s'il doit &#234;tre r&#233;gul&#233;. En revanche la remise en cause de ses limites est bienvenue, et notamment le besoin d'un regard &#224; la fois &#233;largi, plus complexe, en un sens en d&#233;finitive plus pragmatique. De m&#234;me pour la prise en compte de ces deux facteurs que symbolise le doughnut : l'imp&#233;ratif pour l'&#233;conomie de satisfaire les besoins humains de tous, et la conscience des limites, devenue aigu&#235; avec l'irruption de l'&#233;cologie. M&#234;me si la capacit&#233; du syst&#232;me politique &#224; les prendre bien en compte est loin d'&#234;tre &#233;vidente, comme on l'a vu. Notons toutefois que cette image, tr&#232;s parlante, tend aussi implicitement &#224; nous orienter vers la consid&#233;ration exclusive de ces besoins &#224; assurer et de ces limites, ce qui pousse plus ou moins consciemment &#224; une approche globalisante, que l'on tend alors naturellement &#224; voir assum&#233;e par l'Etat. Or si cette globalit&#233; est une r&#233;alit&#233;, la capacit&#233; du politique &#224; l'assumer est, elle, beaucoup plus discutable : la soci&#233;t&#233; est compos&#233;e de personnes, en principe libres et autonomes, ins&#233;r&#233;es dans des communaut&#233;s, association et entreprises agissant de fa&#231;on autonome ; et l'Etat ni personne n'est pas &#224; m&#234;me d'en assumer le guidage d&#233;taill&#233;. Certes dans la conception classique il a bien la responsabilit&#233; ultime du Bien commun, mais c'est &#224; son niveau, dans le respect des r&#233;alit&#233;s humaines fondamentales et donc des personnes et communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;bat concret : la question de la croissance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant quel peut &#234;tre le d&#233;bat concret, en nous centrant sur la question clef, celle de la croissance. Un premi&#232;re question est celle de la croissance. Ce th&#232;me tend en effet &#224; polariser le d&#233;bat entre &#233;conomistes et &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La croissance : de quoi parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question est loin d'&#234;tre claire. Tout d'abord, il y a dans les courants &#233;cologistes une assez large confusion entre l'id&#233;e de capitalisme (l'argent est l&#224; pour gagner de l'argent), celle de productivisme, et des r&#233;alit&#233;s comme le march&#233; ou l'entreprise. Il est l&#233;gitime de rep&#233;rer comme cause premi&#232;re de notre emprise malsaine sur la nature cette id&#233;e que la croissance mat&#233;rielle doit &#234;tre poursuivie co&#251;te que co&#251;te, que le progr&#232;s mesur&#233; mat&#233;riellement est in&#233;luctable et bon par nature, et que la nature est l&#224; pour &#234;tre utilis&#233;e selon nos d&#233;sirs. Cela ne condamne pas la croissance en soi, mais conduit &#224; remettre en cause cet a priori consistant &#224; se consid&#233;rer autoris&#233; &#224; arraisonner la nature sans souci des cons&#233;quences et des effets. Mais cela ne se confond pas avec le capitalisme, quels que soient les d&#233;fauts de ce dernier. On peut avoir un productivisme tr&#232;s violent, d&#233;vastateur pour l'environnement, sans capitalisme : on l'a vu en Union sovi&#233;tique. L'&#233;conomie n'y &#233;tait pas domin&#233;e par l'argent ; elle l'&#233;tait par le culte du pouvoir et de la croissance mat&#233;rielle. La Chine actuelle rel&#232;ve en partie de cet analyse. Par ailleurs, le capitalisme au sens &#233;troit du terme, qui privil&#233;gie l'accumulation, s'accommode bien s&#251;r naturellement d'un syst&#232;me d'arraisonnement brutal de la nature et de croissance sauvage. Mais inversement, il n'est pas &#233;vident qu'il exige la croissance comme une n&#233;cessit&#233; fonctionnelle, en soi ; et sa capacit&#233; &#224; s'adapter est consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ce sont nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral qui se sont fond&#233;es sur ce type de croissance, ainsi compris et orient&#233;. Toute remise en cause de notre mode de vie collectif, et notamment du type de croissance que nous connaissons, affecterait n&#233;cessairement, et en profondeur, non seulement le capitalisme tel que nous le connaissons, mais nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral. Notamment la d&#233;mocratie. En effet, l'individualisme et le relativisme ambiants impliquent que la seule r&#233;f&#233;rence est les pr&#233;f&#233;rences des individus, et non le bien commun ; cela fait tr&#232;s bon m&#233;nage avec le productivisme, car plus la croissance qu'on vise est forte, plus il y a de gens satisfaits &#224; court terme. Cela s'accorde aussi avec le capitalisme ; mais cela peut parfaitement se passer de ce dernier : la d&#233;mocratie par exemple est suppos&#233;e refl&#233;ter les pr&#233;f&#233;rences des gens et peut donc &#234;tre individualiste et mat&#233;rialiste sans qu'il y ait un quelconque capitalisme. En r&#233;alit&#233;, ce qui importe est le syst&#232;me de valeur ou l'anthropologie dominante, et sa traduction dans des institutions et un syst&#232;me social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La croissance est-elle possible, est-elle d&#233;sirable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, si le type de croissance que nous connaissons trouve sa fin, ce sera pour deux types de raisons. Soit parce que le syst&#232;me rencontrera des limites incontournables qui le bouleverseront comme syst&#232;me, dans une grande crise. Soit parce qu'un choix de valeurs diff&#233;rentes, politiquement assum&#233;, sera intervenu, comportant modification en profondeur de notre genre de vie. C'est cette deuxi&#232;me voie qu'explorent les auteurs de la mouvance &#233;cologique. Cela d&#233;bouche sur deux s&#233;ries de propositions. D'un c&#244;t&#233;, une r&#233;duction volontariste de la production et de la consommation, qui va bien au-del&#224; de la frugalit&#233;, d'une consommation plus r&#233;duite et plus qualitative. D'un autre c&#244;t&#233;, une id&#233;e de r&#233;appropriation locale de l'&#233;conomie, de reterritorialisation, s'opposant &#224; la mondialisation et privil&#233;giant les circuits courts et la production directe. Mais le refus de la croissance peut encore conduire d'autres &#233;cologistes &#224; proposer en sens contraire des mod&#232;les de soci&#233;t&#233;s centralis&#233;es, voire autoritaires. Inversement, on peut vouloir un mode de consommation diff&#233;rent et la renaissance de communaut&#233;s locales, sans &#234;tre convaincu de l'impossibilit&#233; de toute croissance, et m&#234;me sans envisager comme une n&#233;cessit&#233; la sortie d'un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur l'entreprise et le march&#233;, ainsi Roger Scruton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de ne pas prendre en compte les demandes de r&#233;duction de notre consommation fr&#233;n&#233;tique, ainsi que la prise en compte de la perspective de limites &#233;cologiques. Il en est de m&#234;me de l'&#233;loge des communaut&#233;s locales et de la subsidiarit&#233; ; une reterritorialisation partielle en serait une cons&#233;quence naturelle. Il y a donc chez nos auteurs des intuitions de base et des exigences qu'on ne peut que rejoindre. Mais ils vont sensiblement plus loin. Et un des probl&#232;mes si on suit &#224; la lettre les id&#233;es le plus dures est qu'on risque logiquement de d&#233;boucher sur une consid&#233;rable implosion de l'activit&#233; &#233;conomique, qui se trouverait ramen&#233;e &#224; un horizon en un sens plus local et frugal qu'au XVIIIe si&#232;cle, ne serait-ce que du fait de la d&#233;mographie. Ce qui nous conduit &#224; trois remarques. La premi&#232;re est que si la frugalit&#233; est une vertu, l'abondance mat&#233;rielle n'est pas a priori condamnable comme telle ; toute la question est celle de la juste mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est une interrogation : ce que nous savons vraiment, tant sur le plan concret et technique qu'en ce qui concerne la nature humaine et son r&#244;le dans l'histoire, rend-il manifestement in&#233;luctables des perspectives radicales ? Il y a bien des raisons d'en douter. Non pour faire l'&#233;loge du syst&#232;me actuel. Mais pour rappeler que notre absence de ma&#238;trise vaut aussi pour notre connaissance de l'avenir. Il n'est pas d&#233;montr&#233; que nous devions n&#233;cessairement avoir comme horizon certain une limitation mat&#233;rielle de nos ressources nous conduisant &#224; une reterritorialisation totale, chacun s'effor&#231;ant localement de vivoter sur la base des seules ressources renouvelables qu'il a &#224; sa port&#233;e imm&#233;diate. Les postulats malthusiens sont trop souvent pris comme des absolus indiscutables. Il n'est pas &#233;vident que l'humanit&#233; ne trouvera pas &#224; chaque &#233;tape une nouvelle s&#233;rie de ressources qui lui permettront de franchir un autre stade, notamment en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique. Il est donc urgent et essentiel d'y travailler, &#224; condition bien s&#251;r de ne pas abuser de ces bienfaits. Et en abordant les questions avec sang-froid et raison, sans certitude d'aboutir. Et nous en avons encore moins sur la troisi&#232;me question que soul&#232;vent ces id&#233;es, qui est leur faisabilit&#233; politique, a priori tr&#232;s faible (on y reviendra).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;p&#232;te comme une &#233;vidence qu'on ne peut pas avoir de croissance infinie dans un monde fini. C'est plausible si la croissance est surtout quantitative et si elle toujours plus consommatrice de ressources mat&#233;rielles relativement rares ; pas n&#233;cessairement, si elle devient plus qualitative, recycl&#233;e, et sans cesse &#224; la recherche de ressources renouvelables ; et pas non plus si on trouve de nouvelles ressources, d'autant que certaines sont abondantes, y compris sur le plan &#233;nerg&#233;tique. La notion quantitative de ressource physique, et l'id&#233;e m&#234;me de limite, sont en effet d&#233;pendantes de l'&#233;tat des technologies. Et la croissance signifie en soi plus de possibilit&#233;s d'action, parce que bas&#233;es sur des ressources plus larges, y compris pour agir en faveur de l'environnement. Encore une fois, cela ne d&#233;montre pas qu'une croissance de ce type est possible ou se r&#233;alisera ; cela montre seulement que l'exclure a priori est arbitraire. En d&#233;finitive, si nous voyons bien que la croissance mat&#233;rielle peut se heurter &#224; des limites physiques, du moins &#224; technologie donn&#233;e, est-ce une raison pour renoncer &#224; l'usage de ces biens ? Non : mais c'en est une pour essayer, dans la limite de nos moyens, pour &#234;tre responsables. En fait il n'y a qu'un type de voie praticable : tenter de faire &#233;voluer notre mode de vie et nos technologies pour faire vivre les populations actuelles et pr&#233;visibles de fa&#231;on aussi satisfaisante que possible au vu de nos contraintes, &#233;cologiques et politiques. Ce qui d'ailleurs suppose non pas moins de technologie, mais plus, et autrement. Et bien s&#251;r une intensification des efforts, autant qu'on le pourra ; mais ce ne sera pas un big bang. Donc pour utiliser nos ressources transitoires pour tenter d'aller vers une autre &#233;tape, plus durable, et faire du bien dans l'intervalle. Le risque sinon est le d&#233;veloppement d'une telle obsession malthusienne qu'elle finisse par st&#233;riliser les solutions elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, on l'a dit, les limites de la connaissance scientifique, d&#232;s qu'on parle de faits humains, sont particuli&#232;rement &#233;videntes pour l'&#233;conomie et l'&#233;cologie. Il existe certes ce qu'on peut appeler science &#233;conomique, et elle fournit une information pr&#233;cieuse et absolument indispensable pour l'action ; mais malgr&#233; l'arsenal math&#233;matique qui y est souvent d&#233;ploy&#233;, c'est une science humaine, et par l&#224; inapte &#224; appr&#233;hender toute la r&#233;alit&#233; dans des &#233;quations capables de pr&#233;dictions v&#233;rifi&#233;es. Sans parler de son r&#244;le id&#233;ologique &#233;ventuel. La ma&#238;trise, intellectuelle ou mat&#233;rielle, n'existe pas, mais cela vaut aussi pour les acteurs les mieux intentionn&#233;s. Les plus dangereux sont souvent ceux qui avancent r&#233;solument avec de bonnes intentions, car pr&#233;cis&#233;ment ils iront plus loin dans des directions qui peuvent s'av&#233;rer fausses, et ils transmettront de fa&#231;on contagieuse leur confiance mal plac&#233;e. Valable pour l'&#233;conomie, la remarque vaut &#233;videmment aussi pour l'&#233;cologie, comme on l'a vu. Cela ne justifie en aucun cas l'inaction. Mais la vertu consiste aussi &#224; savoir avancer en gardant constamment en t&#234;te les limites de notre savoir. A nouveau, notre responsabilit&#233; morale, la vertu, s'exerce et s'exercera toujours en environnement non ma&#238;tris&#233;. Cela vaut aussi bien pour les &#233;cologistes que pour les acteurs du syst&#232;me. Et cela vaut pour l'id&#233;e m&#234;me de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bonheur, consommation et croissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;voqu&#233; les limites &#233;cologiques que peut rencontrer la croissance &#233;conomique. Mais en dehors m&#234;me de ces limites, la question se pose en soi : au vu de ses fruits pour l'homme, la croissance comprise comme elle l'est dans notre monde est-elle un bien, notamment en termes de bonheur ou de satisfaction ? Il y a quelques ann&#233;es, la question paraissait avoir d'embl&#233;e une r&#233;ponse positive. Depuis, le doute s'est instaur&#233;, en dehors m&#234;me de toute consid&#233;ration &#233;cologique. D&#233;j&#224;, on le sait, le PNB est une mesure tr&#232;s imparfaite. D'abord parce qu'il n&#233;glige l'activit&#233; domestique, qui est consid&#233;rable et vitale, notamment pour la reproduction sociale, avec l'&#233;ducation des enfants. Mais en outre, quand les &#233;conomistes veulent mesurer le bonheur, ils tombent sur des d&#233;convenues. Il n'y a pas de croissance mesurable du bonheur sur 35 ans, ni de corr&#233;lation de ce qu'on en retire avec le PNB. Nous ne pouvons &#233;videmment pas traiter en profondeur ce sujet ici. Mais cela nous conduit &#224; la question essentielle de la juste orientation de nos d&#233;penses et de notre consommation. On peut discuter les d&#233;tails des critiques, mais l'id&#233;e de base est juste : il faut revoir nos crit&#232;res de choix, notre syst&#232;me de valeurs collectif et personnel. Et notamment notre consommation, et plus g&#233;n&#233;ralement notre conception et usage de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la croissance ne se r&#233;duit inversement pas &#224; la dimension quantitative : elle comporte aussi une t&#226;che historique, qui est d'ordre qualitatif. T&#226;che qui va au-del&#224; de la recherche du &#8216;bonheur', car le &#8216;progr&#232;s' ne se mesure pas au seul &#8216;bonheur'. M&#234;me si on pr&#233;tend que les chasseurs pal&#233;olithiques &#233;taient plus &#8216;heureux' que leurs descendants s&#233;dentaires, il n'en reste pas moins que l'humanit&#233; se trouve &#8216;mieux' apr&#232;s le Parth&#233;non, Virgile, Chartres, ou le cin&#233;ma, en ce sens que nous devions les r&#233;aliser pour nous accomplir comme hommes, au sens noble du terme, et que nous en sommes en un sens et de ce fait meilleurs, en tout cas plus en accord avec notre vocation, car spirituellement et culturellement pourvus de biens incomparables. Certes, il n'y a pas dans ce monde de perspective claire, pr&#233;visible, donc de sens de l'Histoire ; mais il y a pour nous un devoir d'exploration et de cr&#233;ation. Mais ce qui compte alors est cette exploration, ou plus exactement son but et ses r&#233;alisations qualitatives, pas l'accumulation en soi. Ni la croissance mat&#233;rielle comme n&#233;cessit&#233; absolue. L'id&#233;e qui s'en d&#233;duit est que la croissance, m&#234;me quantitative, est appr&#233;ciable par ce qu'elle permet, mais qu'il faut en subordonner l'appr&#233;ciation &#224; des objectifs qualitatifs : de charit&#233; et de solidarit&#233;, de cr&#233;ation scientifique ou esth&#233;tique, de r&#233;alisation d'ordre spirituel ou philosophique, et bien s&#251;r de respect de la nature - qui ne sont pas en g&#233;n&#233;ral pas au premier rang des pr&#233;occupations de nos soci&#233;t&#233;s. Cela suppose donc une nouvelle culture int&#233;grant les techniques actuelles, mais les orientant dans une nouvelle mani&#232;re de vivre porteuse de sens. C'est un point essentiel &#8211; mais &#224; nouveau, une telle transformation culturelle est lente et ne se commande pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en d&#233;duire sur le plan &#233;conomique ? La question premi&#232;re est bien celle des priorit&#233;s ou valeurs que la soci&#233;t&#233; et ses membres se donnent ou se reconnaissent. En soi, cela d&#233;passe l'&#233;conomie. Nous retrouvons ici cette id&#233;e essentielle, que nous avons d&#233;velopp&#233;e dans divers livres : l'&#233;conomie ne peut tenir ses promesses que si elle est encadr&#233;e par une perspective qui la d&#233;passe. Mais si cette consid&#233;ration est &#224; la limite de l'&#233;conomie, elle est en m&#234;me temps fondamentale pour elle : l'&#233;conomie est &#224; la limite, car le jeu des pr&#233;f&#233;rences est consid&#233;r&#233; par elle comme un donn&#233;, donc ext&#233;rieur ; mais elle est fondamentale, car c'est ce qui va donner aux march&#233;s et &#224; toute l'activit&#233; &#233;conomique leur orientation. En r&#233;sum&#233;, &#224; nouveau, un nouvel &#233;quilibre suppose un syst&#232;me de valeurs notablement renouvel&#233;, ne serait-ce qu'un nom de la satisfaction r&#233;elle (objective) des gens, et cela m&#234;me si les contraintes &#233;cologiques ne jouaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre propos, ces consid&#233;rations sont importantes pour souligner qu'il y a d'autres &#233;quilibres possibles que ceux d&#233;termin&#233;s par la culture dominante, m&#233;lange de toujours plus, de mat&#233;rialisme et de relativisme. Mais cela ne peut &#233;videmment pas conduire &#224; nier la dimension mat&#233;rielle essentielle du progr&#232;s consid&#233;rable qui a &#233;t&#233; accompli dans l'am&#233;lioration du niveau de vie r&#233;el de la plupart des gens, de la base mat&#233;rielle de leur bonheur ou &#233;panouissement, m&#234;me si cette base ne les garantit pas. Plus concr&#232;tement, l'adoption d'un mode de vie plus sage, plus centr&#233; sur notre &#233;panouissement, n'implique pas non plus de fa&#231;on n&#233;cessaire la d&#233;croissance au sens propre. Car si certains besoins suppos&#233;s peuvent s'av&#233;rer contestables, d'autres subsistent, qui sont l&#233;gitimes, notamment en dehors des pays d&#233;velopp&#233;s, mais pas seulement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les dilemmes du politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance : la dimension politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, un probl&#232;me majeur pos&#233; par l'id&#233;e de d&#233;croissance, tr&#232;s concret mais d&#233;cisif dans la pratique, est d'ordre politique. Dans le cas de la d&#233;croissance pure et dure, un tel repli supposerait l'acceptation par les gens d'un v&#233;ritable effondrement de leur niveau de vie, et cela au vu d'un pur raisonnement, ce qui est politiquement hautement improbable. Les &#233;cologistes convaincus par l'id&#233;e de catastrophe tendent souvent &#224; se d&#233;soler de la faible r&#233;sonance op&#233;rationnelle qu'elle a dans l'esprit public (au-del&#224; de l'effet de sympathie, qui est consid&#233;rable) ou plus exactement de l'impact insuffisant &#224; leurs yeux dans les politiques suivies ou la pratique r&#233;elle : ils accusent alors le syst&#232;me dominant, le capitalisme ou les institutions. Mais le fait de base est que la pr&#233;sentation des faits en tout ou rien, sur la base d'une catastrophe annonc&#233;e, sans image claire de la soci&#233;t&#233; cible sauf d'une fa&#231;on qui pour la plupart des gens signifierait un effondrement de leur niveau de vie, est n&#233;cessairement peu attractive. Pour convaincre les gens de faire un tel saut, il faudrait une catastrophe palpable, d&#233;j&#224; l&#224; ou imminente ; mais on n'en est pas l&#224; : elle est peut-&#234;tre in&#233;luctable, mais certainement pas visible &#224; ce point aujourd'hui. In&#233;vitablement, on continue donc comme avant, en se bornant &#224; corriger les choses de fa&#231;on mod&#233;r&#233;e, et en prenant des mesures particuli&#232;res ponctuelles. Par ailleurs, le fait est qu'on voit mal comment faire vivre la population actuelle de la plan&#232;te avec des technologies massivement simplifi&#233;es et un repli local syst&#233;matique. Cons&#233;quence pratique : m&#234;me si on se convainquait des raisonnements les plus pessimistes en faveur de la d&#233;croissance, dans la pratique aller dans ce sens n'aurait pour la plupart des gens pas d'avantage massif &#233;vident par rapport &#224; une attitude passive, o&#249; on accepterait le risque sans changer en profondeur le genre de vie actuel. Car dans les deux cas il y aurait de toute fa&#231;on au terme du processus r&#233;duction forte de la population mondiale et de son niveau de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces plans, &#224; nouveau, il serait risqu&#233; de supposer le probl&#232;me ais&#233; &#224; r&#233;soudre et la transformation acquise, encore moins r&#233;alisable par d&#233;cret. Il ne faut pas se bercer de l'illusion que l'homme va sortir radicalement transform&#233; de la crise du coronavirus, pas plus que des crises financi&#232;res, encore moins qu'une recette magique sera disponible ou que les contraintes dispara&#238;tront, que ce soit par le mirage d'une &#233;conomie verte qui nous sortirait de la r&#233;cession, ou par celui d'un effort public massif dont on a vu les illusions. Paradoxalement, la crise sanitaire a mis aussi en &#233;vidence la difficult&#233; de tout effort collectif de grande ampleur, d&#233;cid&#233; et pilot&#233; par en-haut. Car cette emprise moindre sur l'environnement a &#233;t&#233; pay&#233;e extr&#234;mement cher, et &#224; coups de d&#233;ficits publics d&#233;mentiels. On h&#233;sitera &#224; recommencer. Enfin, si m&#234;me on concluait &#224; la n&#233;cessit&#233; d'un tournant majeur, il n'en resterait pas moins que ce serait sans doute beaucoup plus r&#233;alisable si une forme de croissance se maintenait que si elle disparaissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;forme cependant imp&#233;rative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il a &#233;t&#233; dit, rien de ce qui pr&#233;c&#232;de ne justifie l'inaction en mati&#232;re &#233;cologique, bien au contraire : il faut manifestement intensifier nos efforts en la mati&#232;re. Il faut d'abord un effort r&#233;solu de recherche scientifique, massive et donc n&#233;cessairement en grande partie public, notamment en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique, nucl&#233;aire compris ; ensuite de mise en place de processus de production diff&#233;rents (&#233;conomie circulaire quand elle est possible, &#233;conomies d'&#233;nergie etc.), ce qui implique un effort progressif de traduction dans les co&#251;ts (et donc dans les prix) de la ponction que nous faisons sur les ressources rares (mini&#232;res, &#233;nerg&#233;tiques, ou capacit&#233; d'absorption de la terre et de l'atmosph&#232;re), ce qui se traduira en g&#233;n&#233;ral soit par de la fiscalit&#233; (mais cela peut alors aussi permettre de r&#233;duire d'autres imp&#244;ts) soit par des quotas ou droits, &#233;ventuellement n&#233;gociables sur un march&#233;. Cela suppose aussi des r&#232;gles et des pratiques strictes sur tout ce qui est pollution (&#224; commencer par les rejets de plastique) et tout ce qui p&#232;se sur les &#233;quilibres naturels, et plus g&#233;n&#233;ralement un effort pour faire payer ce qu'en &#233;conomie on appelle les externalit&#233;s - ou les faire dispara&#238;tre. Y compris dans les d&#233;veloppements nouveaux, apparemment vertueux, comme le num&#233;rique, gros consommateur d'&#233;nergie et de mati&#232;res premi&#232;res. En outre, ce doit &#234;tre le plus possible au niveau local plus que global, non seulement parce que c'est plus efficace et plus mobilisateur, mais aussi parce que la question de l'environnement se pose largement en fonction de l'&#233;cosyst&#232;me local, qui varie beaucoup selon les endroits. Et plus profond&#233;ment, parce que tout vrai changement suppose un changement des comportements, personnel et collectif, admis et int&#233;gr&#233; comme allant de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci peut r&#233;duire la croissance voire l'arr&#234;ter, mais ce n'est pas s&#251;r ; en tout cas tel n'est pas l'objectif en soi. Cela devrait surtout en changer la logique. Le but est la r&#233;duction de notre emprise sur la nature dans ce qu'elle a de non-soutenable, ainsi qu'une meilleure orientation de nos objectifs dans un sens qualitatif ; non la r&#233;duction de la croissance en soi (m&#234;me si ce peut en &#234;tre la cons&#233;quence). Sachant enfin qu'une catastrophe est toujours possible, voire un effondrement g&#233;n&#233;ral. Mais comme on voit, la culture collective est un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif, le syst&#232;me de valeur qui anime la population. Et sur ce plan, une soci&#233;t&#233; relativiste comme la n&#244;tre est tr&#232;s mal arm&#233;e pour bien canaliser les d&#233;viances de l'&#233;conomie. On ne change pas une soci&#233;t&#233; par en-haut, mais en renouvelant les r&#233;f&#233;rences fondamentales des personnes, afin de leur permettre de choisir autant que possible le bien, le vrai, et le beau, et cela sur la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons enfin que les questions &#233;cologiques touchent tous les niveaux : depuis l'avenir de la plan&#232;te jusqu'&#224; l'environnement imm&#233;diat. On ne fait pas l'&#233;conomie d'un effort intense de r&#233;flexion et d'action communes au niveau de l'humanit&#233;, notamment bien s&#251;r pour les causes humaines du r&#233;chauffement. Mais l&#224; aussi il faut &#234;tre lucide : si chaque communaut&#233; ne prend pas d'abord en charge la question &#224; son niveau on n'ira pas tr&#232;s loin. L'action internationale est n&#233;cessaire, mais elle a aussi amplement prouv&#233; ses limites. Dans la notion d'environnement, comme l'a montr&#233; Roger Scruton, et comme le dit le pape Fran&#231;ois, la proximit&#233; joue un r&#244;le essentiel. Sans restauration du sens de la communaut&#233; concr&#232;te, personnelle, et de la v&#233;ritable hi&#233;rarchie des valeurs, ainsi que du sens de l'environnement imm&#233;diat qui vous parle &#233;motionnellement et vous conduit &#224; traduire vos pr&#233;occupations dans la r&#233;alit&#233; que vous avez sous les yeux, on a peu de chance de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, au niveau collectif, seule l'exigence morale g&#233;n&#233;rale est dans son principe claire et indiscutable. Sa mise en &#339;uvre suppose une analyse de situation, variable cas par cas, et dont les conclusions ne vont pas de soi. Et la voie la plus efficace, dans une grande majorit&#233; de cas, sera au niveau local, chacun y prenant ses responsabilit&#233;s, personnellement ou en communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte pour le colloque&lt;/i&gt; L'Europe et le probl&#232;me de l'environnement &lt;i&gt;de l'Institut International d'&#201;tudes Europ&#233;ennes Antonio Rosmini (Bolzano).&lt;/i&gt; Paru sous le titre &#034;L&#034;Europa e l'ambiente&#034; a cura di Giovanni Cordini Edizioni scientifiche italiane.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une perspective diff&#233;rente : Scruton et l'&#233;cologie conservatrice</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Une-perspective-differente-Scruton-et-l-ecologie-conservatrice.html</link>
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		<dc:date>2018-04-21T14:26:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Tradition</dc:subject>
		<dc:subject>Tradition et communaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Roger Scruton est le penseur le plus en vue de la pens&#233;e conservatrice dans le monde anglo-saxon. Il propose une analyse stimulante de la question &#233;cologique dans une optique conservatrice (au sens anglais du terme). Il est tr&#232;s int&#233;ressant d'&#233;couter cet autre son de cloche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tradition-et-communaute-13-+.html" rel="tag"&gt;Tradition et communaut&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ecologie-168-+.html" rel="tag"&gt;Ecologie&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'illusion &#233;tatique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Scruton s'oppose r&#233;solument &#224; l'&#233;cologie politique dominante inspir&#233;e par une rh&#233;torique revendicatrice, qui met pour l'essentiel la destruction de l'environnement sur le compte de l'entreprise, du profit et de l'avidit&#233;. Mais il ne justifie pas pour autant la culture de consommation ou nier le r&#233;chauffement global. Pour lui cet affrontement est st&#233;rile. Ce qu'il conteste dans la premi&#232;re attitude est le go&#251;t pour une politique radicale, dirig&#233;e du haut, a priori alarmiste, traitant toute question comme un combat spirituel du bien contre le mal, justifiant par-l&#224; les mesures les plus autoritaires et excluant tout compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or dit-il de telles solutions d&#233;cid&#233;es par en-haut sont en pratique tr&#232;s souvent contre-productives. D&#233;cid&#233;es par l'Etat, elles cr&#233;ent des incitations artificielles et des rentes ou pr&#233;bendes, &#224; coups d'interdictions et de subventions. D'o&#249; &#233;videmment un int&#233;r&#234;t personnel pour beaucoup de ceux qui participent &#224; cette action collective. Mais comme le montrent les r&#233;sultats d&#233;sastreux des pays communistes dans le champ &#233;cologique, rien ne prouve qu'un syst&#232;me &#233;tatique soit bien plac&#233; pour g&#233;rer de telles pr&#233;occupations. Ceci vise notamment une des sources principales de d&#233;g&#226;t &#233;cologique, l'externalisation des co&#251;ts, car il est encore plus facile &#224; un organisme public d'externaliser ses co&#251;ts qu'&#224; des organes priv&#233;s. Cela ne veut pas dire que le march&#233; r&#233;sout tout, mais son int&#233;r&#234;t est de comporter une forme de message en retour (feedback), qui en un sens ressemble &#224; un syst&#232;me vivant. En revanche les subventions et r&#233;gulations d&#233;truisent souvent ces effets en retour. Notamment, les formulations du principe de pr&#233;caution sont vagues et permettent n'importe quelle action bureaucratique : d'un c&#244;t&#233; des r&#233;glementations pointilleuses encadrent une multitude d'activit&#233;s, de l'autre des r&#233;alit&#233;s nocives sont autoris&#233;es (comme les emballages non-d&#233;gradables). Ce principe est un obstacle &#224; l'innovation et l'exp&#233;rience, l&#224; m&#234;me o&#249; elles sont absolument n&#233;cessaires. Il conduit en outre &#224; d&#233;sagr&#233;ger les risques en les traitant s&#233;par&#233;ment : on cherche &#224; les diminuer un par un mais r&#233;duire un risque en cr&#233;e souvent un autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La responsabilisation des acteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r des biens publics qui ne peuvent &#234;tre fournis que par l'Etat, comme la loi. Cela peut aider &#224; r&#233;soudre des questions comme celle du passager clandestin (free rider) ou plus largement la &#171; trag&#233;die des biens communs &#187;, qui ne sont pas propri&#233;t&#233; de quelqu'un en particulier, mais accessibles &#224; tous, avec le risque que chacun se d&#233;p&#234;che pour prendre ce qu'il peut avant l'&#233;puisement de la ressource par les autres. Ainsi avec les oc&#233;ans aujourd'hui. Mais la r&#233;ponse faite spontan&#233;ment aujourd'hui &#224; ces probl&#232;mes, le contr&#244;le public, n'est pas toujours la bonne ; car si quelqu'un veut surexploiter ces biens communs, il faudrait plut&#244;t lui opposer les droits des autres ; il faudrait donc plus de droits de propri&#233;t&#233;. Le probl&#232;me principal des communs est dit-il l'absence de march&#233;. Il y avait autrefois des droits transf&#233;rables sur les p&#226;tures communes, ou des droits de p&#234;che - que la politique europ&#233;enne a d&#233;truits. Quant au dilemme du prisonnier de la th&#233;orie des jeux, souvent &#233;voqu&#233; pour justifier une intervention publique, il r&#233;sulte en fait d'un manque d'information. On conna&#238;t cet exemple de base de la th&#233;orie des jeux : si des prisonniers ne peuvent communiquer entre eux et ont une strat&#233;gie purement individuelle, ils font rationnellement des choix individuels qui en interagissant conduisent &#224; un r&#233;sultat qui n'est pas le meilleur possible pour chacun d'eux. Mais comme le montre aussi cette m&#234;me th&#233;orie des jeux, si ensuite on r&#233;it&#232;re le jeu, les acteurs d&#233;veloppent des strat&#233;gies de coop&#233;ration (et de repr&#233;sailles si n&#233;cessaire) avec un r&#233;sultat global finalement optimal. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, dit-il, la m&#233;thode la plus efficace face &#224; de tels probl&#232;mes est la gestion par une communaut&#233; locale avec prise de d&#233;cision commune (mais en cas de besoin possibilit&#233; de sanction par des autorit&#233;s sup&#233;rieures), sur la base de droits clairs &#224; participer ou non, et avec des sanctions pour les contrevenants : on l'a vu notamment en Suisse. Il propose en outre de supprimer les lois technocratiques sur l'agriculture, que seuls les gros op&#233;rateurs peuvent respecter, et de les renvoyer &#224; la d&#233;cision locale o&#249; la pression sociale r&#233;duit les co&#251;ts environnementaux, tout en faisant payer plus cher les routes ainsi que le planning urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compter sur la protection de l'Etat rend irresponsable, mais dit-il cela n'absout pas les grandes entreprises. Car elles ont-elles aussi une capacit&#233; anormale &#224; se prot&#233;ger contre le c&#244;t&#233; n&#233;gatif de leur activit&#233;, avec trois grandes d&#233;rives : on externalise les co&#251;ts ; on tire aide, protection ou subsides de l'Etat ; et on se prot&#232;ge du risque. Notamment, le principe m&#234;me de la soci&#233;t&#233; anonyme cr&#233;e un hasard moral car actionnaires et direction sont prot&#233;g&#233;s par la loi contre les poursuites li&#233;es &#224; l'action de la compagnie, et prennent d&#232;s lors des risques qu'ils ne prendraient pas sinon. Mais dit-il la solution n'est pas d'introduire l'Etat dans le jeu : elle est de responsabiliser ces agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, le fait est que les march&#233;s ne sont pas bons pour traiter les rejets, qui sont pour les producteurs un co&#251;t qu'ils cherchent &#224; transf&#233;rer. Ces &#233;gouts collectifs de fait sont d&#232;s lors surcharg&#233;s. Dans ce cas pr&#233;cis il faut des r&#233;gulations, dont le r&#244;le est de faire supporter le co&#251;t &#233;ventuel des op&#233;rations par ceux qui les r&#233;alisent. La solution est notamment dans cette notion juridique ancienne qui est la responsabilit&#233; g&#233;n&#233;rale (law of torts) ; elle oblige &#224; internaliser les co&#251;ts. Son danger potentiel est d'inhiber la prise de risque ; mais dit-il cela permet de prot&#233;ger l'environnement plus efficacement qu'une s&#233;rie de r&#233;glementations ad hoc. Cela dit, cela suppose qu'une partie l&#233;s&#233;e soit identifiable, et un bon fonctionnement de l'appareil judiciaire (et donc pas des jurys &#224; l'am&#233;ricaine eux-m&#234;mes irresponsables). &lt;br class='autobr' /&gt;
Les questions techniques : l'exemple de l'&#233;nergie &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra objecter qu'il est des cas o&#249; une action internationale para&#238;t s'imposer au vu du caract&#232;re mondial des probl&#232;mes en cause, et on cite les gaz &#224; effet de serre. Mais dit-il, sauf cas particulier comme l'interdiction des gaz nuisant &#224; la couche d'ozone, o&#249; l'int&#233;r&#234;t collectif &#233;tait clair et ne heurtait pas de plein fouet des int&#233;r&#234;ts particuliers, de tels trait&#233;s sont assez peu efficaces et on a peu progress&#233; par cette m&#233;thode. En effet, plus la faute est lourde, plus on a d'incitation &#224; ne pas respecter les r&#232;gles. Dans le cas des bouteilles en plastique, le co&#251;t en serait tr&#232;s &#233;lev&#233;, et donc rien ne d&#233;bouche. On respecte rarement les trait&#233;s quand ils vont contre votre int&#233;r&#234;t imm&#233;diat ; et il n'y a aucun pr&#233;c&#233;dent o&#249; des sanctions ont &#233;t&#233; mises en place &#224; un tel niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;anmoins tout &#224; fait justifi&#233; d'agir dans ce domaine de l'&#233;nergie fossile. On peut commencer nous dit Scruton par d&#233;centraliser la production de l'&#233;nergie, et introduire une taxe proportionnelle sur les &#233;missions (sans quota) ce qui a l'avantage de frapper les consommateurs, qui sont les vrais responsables. Mais ajoute-t-il, la seule vraie solution au r&#233;chauffement et au besoin d'&#233;nergie est qu'on d&#233;couvre une &#233;nergie non polluante et bon march&#233;. Une question centrale est alors la recherche scientifique, qui doit &#234;tre intensifi&#233;e. Mais en la mati&#232;re, &#224; nouveau, en l'absence d'incitation suffisante du march&#233; pour la r&#233;aliser, puisque le b&#233;n&#233;fice n'en est que pour les g&#233;n&#233;rations futures, cela suppose des financements publics. Voil&#224; donc un domaine o&#249; l'action publique directe a pleinement son sens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Modifier les priorit&#233;s et motivations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ajoute qu'une dimension essentielle du probl&#232;me est d'ordre politique et culturel. D'un point de vue conservateur dit-il, la poursuite effr&#233;n&#233;e de la gratification individuelle remet en cause l'ordre social tout autant que la plan&#232;te. Le point commun entre conservateurs et environnementalistes est de se demander o&#249; nous sommes, quel endroit nous est propre, et que nous voulons l&#233;guer &#224; nos descendants. C'est l'amour partag&#233; de la maison, du foyer (home). Une politique sage consiste &#224; prot&#233;ger et maintenir les coutumes et institutions qui mettent un frein &#224; nos app&#233;tits, renouvellent les sources de satisfaction sociale, et nous emp&#234;chent de passer le co&#251;t de ce que nous faisons &#224; d'autres qui n'y sont pour rien. Comment favoriser des motivations non &#233;go&#239;stes chez des personnes ordinaires ? Si on ne trouve pas une motivation pour les gens, la cause de l'environnement est perdue. On a cherch&#233; &#224; traduire les pr&#233;occupations d'environnement en termes &#233;conomiques, mais en r&#233;alit&#233; ils sont d'abord un probl&#232;me moral. Notamment rappelle-t-il on ne peut faire entrer dans un calcul la question des g&#233;n&#233;rations futures. La bizarrerie du raisonnement &#233;conomique, effectu&#233; sur la base de pr&#233;f&#233;rences individuelles, est que c'est incapable de donner un sens au cas du soldat qui donne sa vie, ou de la m&#232;re qui sacrifie sa carri&#232;re pour une enfant handicap&#233; ; alors que leur r&#244;le est essentiel. Dans les deux cas c'est une id&#233;e d'eux-m&#234;mes qui les motive. La moralit&#233; suppose la responsabilit&#233; de nos actes envers les autres. Transformer cela en un calcul de pr&#233;f&#233;rences ou de prix &#224; payer est caricatural. L'homo economicus n'a pas id&#233;e des buts de la vie, de la ma&#238;trise des d&#233;sirs, etc. Dans un raisonnement moral on n'&#233;change pas des pr&#233;f&#233;rences, on sauvegarde des choses qui ne peuvent faire l'objet de transactions : des personnes, une communaut&#233;, le sexe, la justice, l'honneur. Le motif moral n'est pas une pr&#233;f&#233;rence mais un jugement. Il faut notamment dit-il voir la nature comme source de valeurs intrins&#232;ques et non pas instrumentales, y compris la nature sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Subsidiarit&#233; et communaut&#233;s proches&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour lui donc, le vrai &#233;cologisme suppose de d&#233;finir quelque chose qu'on appelle &#8216;chez soi' (oikos, la maison) et dont on s'occupe. L'oikos passe avant l'&#233;conomie. La vraie question pour l'environnement est d'inciter les gens &#224; chercher &#224; r&#233;soudre pour eux-m&#234;mes les probl&#232;mes &#233;cologiques, en responsabilisant ceux qui ne souffrent pas des cons&#233;quences de ce qu'ils font, tout en accroissant la r&#233;silience d'ensemble du syst&#232;me. L'Etat doit cr&#233;er un cadre propice pour cela. En mati&#232;re d'environnement, les conflits locaux sont mieux r&#233;solus par la discussion et des compromis, qui sont inacceptables pour les activistes. Et d'ailleurs les groupes de volontaires prolif&#232;rent l&#224; o&#249; l'Etat ne prend pas en charge. Il faut exploiter et non chasser ce facteur essentiel qu'est l'esprit public, dont l'origine est le patriotisme, l'esprit d'appartenance : tel probl&#232;me est notre probl&#232;me en tant que membres de tel groupe. Les meilleurs citoyens du monde seront les communaut&#233;s qui se sentent responsables de leur habitat comme un foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le souci du pass&#233; et du futur est cr&#233;&#233; par l'attachement, la responsabilit&#233; envers des proches, et elle se r&#233;duit avec la distance. Et ce n'est que dans certaines circonstances qu'on op&#232;re par choix rationnel. Beaucoup d'obligations sont fond&#233;es sur la pi&#233;t&#233;, ou sur une justification morale ou religieuse, comme la gratitude. La soci&#233;t&#233; n'est pas fond&#233;e sur un contrat ; pour qu'il y ait contrat il faut une forme de confiance et la loi. Le type de personne en qui la confiance est possible est produite par la famille, qui n'est pas un contrat ; la loi suppose l'Etat, qui ne l'est pas plus. Consid&#233;rer la responsabilit&#233; abstraitement la d&#233;tache de ce qui lui donne un sens pratique, qui est la sympathie de personne &#224; personne, et qu'il faut si on peut &#233;tendre et non r&#233;duire. L'attachement au foyer (home) est important ; on en peut donner des explications psychologiques ou &#233;volutionnistes, comme &#224; toute la moralit&#233;, mais cela n&#233;glige la dimension de responsabilit&#233; interpersonnelle. C'est dans cette exp&#233;rience que se forment les enfants, et ceux qui sont priv&#233;s de foyer sont durablement perturb&#233;s. En outre, la d&#233;fense de l'environnement suppose des volontaires, et c'est dans des petits groupes que la tradition se forme. Or les traditions sociales sont des formes de connaissance, par adaptation progressive et transmission d'information. Elles permettent &#224; une soci&#233;t&#233; de se reproduire. Avec le culte des petites communaut&#233;s, le respect des morts et de la tradition, le souci des g&#233;n&#233;rations futures est au centre de la pens&#233;e conservatrice. Car si le futur est inconnu, le pass&#233; lui est connu, et le souci du pass&#233; d&#233;veloppe la perspective transg&#233;n&#233;rationnelle. On le voit dans la vie familiale : c'est une cha&#238;ne o&#249; on donne et re&#231;oit, et surtout qu'on transmet ; et cela ne comporte aucun calcul utilitaire pour nous-m&#234;mes. S'y ajoute le r&#244;le tr&#232;s important des institutions collectives et des associations, et plus encore des fondations (trusts). Ces derni&#232;res sont une cr&#233;ation remarquable, car elles imposent une responsabilit&#233; ind&#233;finie &#224; ceux qui la g&#232;rent : ils ont les devoirs de la propri&#233;t&#233; mais pas les droits. Dans une bureaucratie en revanche la responsabilit&#233; dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque de ne voir la libert&#233; et la personne humaine qu'en termes plus ou moins scientifiques et notamment biologiques conduit &#224; voir l'autre comme un automate, et finalement &#224; supprimer la responsabilit&#233; et la culpabilit&#233; et &#224; r&#233;duire nos engagements. Cela explique notre attitude irresponsable envers l'environnement. Il faut au contraire donner aux choses une valeur intrins&#232;que et non pas instrumentale. Et cela vaut notamment pour le foyer, la maison, la patrie. L'amour du foyer pousse &#224; l'histoire et &#224; la conservation du pass&#233;, compris comme h&#233;ritage vivant ; il change l'appr&#233;hension du temps, en fondant la dur&#233;e qui relie au pass&#233; et au futur. C'est sur cette base qu'on peut esp&#233;rer assurer le respect de l'environnement, pas par des oukases : non pas un foyer nostalgique, mais un endroit o&#249; on continue &#224; vivre. C'est un besoin fondamental de se demander o&#249; on appartient, et si on ne l'a pas on le cherche. C'est ce qui nourrit aussi le patriotisme et l'esprit de sacrifice correspondant, autour d'une id&#233;e de &#8216;nous', qui fonde un ordre politique, et qui comporte cette notion, et donc de territoire commun. Il faut favoriser l'appartenance, pas l'enr&#233;gimentement au profit d'une cause.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Beaut&#233;, pi&#233;t&#233; et d&#233;sacralisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En bref l'amour de l'environnement (&#233;cophilie) nous appelle &#224; la responsabilit&#233; et non au calcul, &#224; aimer et non &#224; utiliser, &#224; respecter et non &#224; exploiter. Il faut regarder les choses autour de nous comme des fins en elles-m&#234;mes. S'y ajoutent deux grandes motivations : l'amour de la beaut&#233; et le respect du sacr&#233;, qui &#233;taient autrefois li&#233;s. On admet volontiers que ce qui est beau a une valeur intrins&#232;que. Ce n'est pas inutile, mais comme l'amiti&#233; cela ne vaut et en d&#233;finitive n'est utile qu'en &#233;tant recherch&#233; pour soi-m&#234;me. Dans le syst&#232;me dominant, on voit l'environnement comme quelque chose &#224; instrumentaliser ; d'o&#249;, par r&#233;action, des concepts abstraits et irrationnels comme celui de Gaia. Mais pour montrer les limites de l'instrumentalisation et de l'approche r&#233;ductrice, l'exemple de l'amiti&#233; est bien meilleur : l'utilit&#233; qu'elle peut avoir n'en est qu'un sous-produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi le cas de la beaut&#233;. Deux erreurs dominent ici : croire que la beaut&#233; est purement subjective, ce qui rend le consensus impossible ; ou consid&#233;rer qu'elle ne compte pas, qu'elle n'a pas de valeur &#233;conomique - d'o&#249; les saccages esth&#233;tiques de paysages par la modernit&#233;. L'instrumentalisation omnipr&#233;sente, notamment par la publicit&#233;, nous colonise, et fait de tout un objet de consommation. L'attitude esth&#233;tique est un refuge contre le consum&#233;risme. En cela elle n'est pas subjective ; on le voit dans les anciennes et belles villes d'Europe, qui r&#233;sultent du fait que le jugement esth&#233;tique y &#233;tait consid&#233;r&#233; comme l'expression d'une communaut&#233;. L'esth&#233;tique n'est pas un moyen de s'affirmer, mais de s'ins&#233;rer. Loin de servir &#224; s'exprimer soi-m&#234;me, la beaut&#233; fait partie de la construction d'une maison commune - comme les rituels de la table, et les objets correspondants. C'est une construction commune, fond&#233;e sur la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse tr&#232;s riche, qui n'est certainement pas le dernier mot sur la question. Mais elle peut aider &#224; r&#233;&#233;quilibrer ce que les approches &#233;cologistes habituelles ont d'inutilement radical, et surtout de revenir aux motivations profondes qui peuvent nourrir une approche efficace et responsable de l'environnement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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