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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>R&#233;seaux sociaux : priorit&#233; &#224; la responsabilisation. Ni censure, ni anonymat, ni algorithmes opaques.</title>
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		<dc:date>2025-01-16T17:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Algorithme</dc:subject>
		<dc:subject>Censure</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Encore stup&#233;faits par la victoire de Trump et l'activisme d'Elon Musk, nos gardiens du temple politiquement correct d&#233;couvrent le ralliement de Mark Zuckerberg et Meta &#224; la m&#233;thode Musk : plus de censure sur les r&#233;seaux sociaux sauf cas tr&#232;s sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pour la libert&#233; d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle suppose qu'on assume ses responsabilit&#233;s. Du moins si on ne veut pas naviguer dans des &#233;gouts. Ou nourrir une viralit&#233; d&#233;lirante. Ou subir les manipulations opaques des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc plus de censure (hors ill&#233;galit&#233;s). Mais plus de pseudonymes. Et transparence des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Algorithme-+.html" rel="tag"&gt;Algorithme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Censure-+.html" rel="tag"&gt;Censure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Reseaux-sociaux-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;seaux sociaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Encore stup&#233;faits par la victoire de Trump et l'activisme d'Elon Musk, nos gardiens du temple politiquement correct d&#233;couvrent le ralliement de Mark Zuckerberg et Meta &#224; la m&#233;thode Musk : pas de censure sur les r&#233;seaux sociaux sauf cas tr&#232;s sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; d'expression est en soi une bonne cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la r&#233;alit&#233; des r&#233;seaux sociaux soul&#232;ve de vraies interrogations si on ne veut pas devoir naviguer dans des &#233;gouts, ou subir des d&#233;rives de viralit&#233;. Cela pose en effet deux grandes familles de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des utilisateurs, la responsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qu'on &#233;crit et publie. Du c&#244;t&#233; des r&#233;seaux, l'opacit&#233; plus ou moins manipulatrice et int&#233;ress&#233;e de leurs algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les usagers sont responsables de ce qu'ils disent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On souligne &#224; raison la prolif&#233;ration sur les r&#233;seaux sociaux d'informations fausses, de paroles haineuses, ou m&#234;me d'images truqu&#233;es, ce qui devient &#224; la port&#233;e de tout un chacun avec ChatGPT et autres. En soi, il n'y a l&#224; rien de nouveau sous le soleil. Il suffit de rappeler les gravures diffamatoires visant Marie-Antoinette juste avant la R&#233;volution. La grande nouveaut&#233;, outre la facilit&#233; de fabrication de faux, est surtout l'&#233;norme diffusion qu'il est possible d'atteindre, par l'existence m&#234;me du r&#233;seau, et ensuite si on cr&#233;e un effet de viralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par cela qu'ont &#233;t&#233; justifi&#233;es les proc&#233;dures de filtrage ou censure, souvent trait&#233;es sous l'euph&#233;misme de v&#233;rification des faits (fact-checking). Avec le r&#233;sultat d'une part d'une efficacit&#233; douteuse, et d'autre part de tomber sous l'accusation de contr&#244;le id&#233;ologique. Chacun sait que le terme de &#171; discours de haine &#187; vise en pratique prioritairement toute remise en cause un peu vive de l'immigration, de l'islam, ou de l'id&#233;ologie woke, entre autres. Mais censurer la critique de l'immigration sous pr&#233;texte de messages &#8216;haineux' ou &#8216;sulfureux' n'est pas acceptable (sauf violence). Et m&#234;me, Mark Zuckerberg a confirm&#233; qu'il avait re&#231;u des instructions pr&#233;cises de l'administration am&#233;ricaine de filtrer toutes les critiques de la politique de vaccination massive &#224; l'&#233;poque Covid, ou des donn&#233;es sur le fils Biden. Tout cela n'est pas transparent, et franchement inacceptable dans un contexte l&#233;gal o&#249; la libert&#233; d'expression est suppos&#233;e garantie. Et quand le filtrage est fait par Lib&#233;, on ne peut qu'en rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste inversement que la question existe. N'importe quel abruti peut prendre un pseudonyme et diffuser tout ce qui lui passe par la t&#234;te sans le moindre risque. Or dans la vraie vie, c'est diff&#233;rent. Celui qui &#233;nonce ce genre de chose dans la rue ou au caf&#233; peut avoir une r&#233;action plus ou moins vigoureuse, et peut &#234;tre reconnu. Et celui qui l'&#233;crit est connu soit du public soit au minimum de l'&#233;diteur ou du m&#233;dia. Ce qui est juste. La libert&#233; suppose la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses s'imposent donc. D'un c&#244;t&#233;, l'interdiction des pseudonymes - ou en cas d'utilisation r&#233;guli&#232;re de l'un d'entre eux, l'enregistrement de la personne sous son vrai nom, avec preuve, aupr&#232;s du r&#233;seau. D'o&#249; entre autre l'&#233;limination des robots et faux comptes. D'un autre c&#244;t&#233;, la responsabilit&#233; de celui qui publie sur ses &#233;crits, comme pour une publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment-l&#224;, le besoin de filtrage ne subsiste que pour ce qui est manifestement ill&#233;gal (p&#233;dopornographie, harc&#232;lement, produits illicites, appels au terrorisme, contenus violents etc.). Plus le contr&#244;le par la communaut&#233; des utilisateurs, car cela correspond &#224; ce qui se passe par ailleurs dans la soci&#233;t&#233;. X et Meta se r&#233;clament de cette approche : il faut v&#233;rifier la qualit&#233; de la mise en &#339;uvre, mais le principe en est a priori plus sain qu'une censure id&#233;ologique. Ou que les &#8216;signaleurs de confiance', chers &#224; la r&#232;glementation europ&#233;enne (DSA), et en fait militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les algorithmes de recommandation des r&#233;seaux sont anormalement opaques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;seaux sociaux pr&#233;sentent ensuite une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; tout autre support d'&#233;dition et de communication : les algorithmes par lesquels ils d&#233;cident, dans une opacit&#233; parfaite, de ce qui va &#234;tre pr&#233;sent&#233; au client, du d&#233;roul&#233; des posts, images ou messages, et des publicit&#233;s. Cela vise tous les r&#233;seaux sociaux (Facebook, Instagram, Tiktok et autres), mais aussi &#224; leur fa&#231;on les moteurs de recherche (type Google). En un sens, c'est une n&#233;cessit&#233; : une pr&#233;sentation purement chronologique ou al&#233;atoire ne serait en g&#233;n&#233;ral pas satisfaisante. Mais en r&#233;alit&#233;, les algorithmes de nos r&#233;seaux vont bien au-del&#224; d'un r&#244;le de recommandation qui serait purement affinitaire et bienveillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central est que nous avons affaire &#224; des soci&#233;t&#233;s commerciales, qui vivent de publicit&#233; (et de la vente de bases de donn&#233;es, point important mais allant au-del&#224; de notre sujet ici). Qui dit r&#233;mun&#233;ration de la publicit&#233; dit probabilit&#233; que quelqu'un les regardera. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t des r&#233;seaux de maximiser ce regard, ce temps de pr&#233;sence et d'attention. On va donc traiter les posts en calculant la probabilit&#233; qu'ils ont d'attirer l'attention (les crit&#232;res pouvant varier selon les r&#233;seaux : dur&#233;e de visionnage, nombre de &#8216;j'aime' ou de commentaires, inscription dans une tendance, nombre de suiveurs etc.). Outre les cas o&#249; ils sont payants (publicit&#233;s), cela vise la viralit&#233;, au motif que ce qui est beaucoup vu par certains a toutes chances de l'&#234;tre plus encore par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce syst&#232;me est parfaitement opaque. Et les utilisateurs sont en revanche totalement d&#233;munis par rapport &#224; l'algorithme. Si autrefois vous lisiez une journal marxiste, vous saviez comment ils analysaient les choses, leur grille id&#233;ologique. L&#224; ce n'est pas accessible. Certes, les utilisateurs astucieux s'adaptent et tentent d'influencer les algorithmes, en lui offrant ce qui lui parle le plus, et pour cela on adapte son discours. Ce que trie l'algorithme n'est donc pas une mati&#232;re premi&#232;re neutre : elle est organis&#233;e pour &#234;tre s&#233;lectionn&#233;e par lui. Mais de ce fait, lui doit de son c&#244;t&#233; en permanence s'adapter. Or on ne connait pas plus ces changements que le syst&#232;me de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les utilisateurs restent et subissent, car l'utilit&#233; du produit (l'usage gratuit du syst&#232;me, l'effet distractif, et surtout le fait de se sentir dans le coup) est bien trop grande - d'autant plus que chaque r&#233;seau social a une sorte de monopole naturel sur son cr&#233;neau. Ce choix se fait sans appr&#233;ciation suffisante de ce que contient r&#233;ellement ce qui est offert. Et surtout l'utilisateur n'a que tr&#232;s peu de moyens de le r&#233;guler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer que cela implique une certaine individualisation, fonction de ce que le syst&#232;me a pu percevoir des centres d'int&#233;r&#234;t de celui qui regarde. Mais en r&#233;alit&#233;, cela aboutit surtout &#224; faire regrouper ces utilisateurs par classe d'affinit&#233;s. Ces algorithmes replient chacun sur un mod&#232;le statistique moyen, en constituant des petits groupes relativement homog&#232;nes, plut&#244;t consensuels mais mutuellement herm&#233;tiques. Cela joue un r&#244;le ind&#233;niable dans la polarisation des opinions, mais aussi dans leur antagonisation. En m&#234;me temps, ce que le syst&#232;me retient de chacun est en fait une image tr&#232;s r&#233;duite, orient&#233;e en fonction des besoins dudit syst&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans d'autres domaines comme la mode, la recherche de l'individualit&#233; aboutit &#224; une image tr&#232;s r&#233;ductrice, opaque &#224; l'individualit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le syst&#232;me cultive le buzz permanent et donc un mouvement apparent ; d&#232;s lors celui qui passe du temps sur ces r&#233;seaux et y investit affectivement est constamment ballot&#233; en fonction du flux qui lui arrive. Ces algorithmes de r&#233;seaux sociaux r&#233;gissent une bonne partie des interactions entre les personnes dans nos soci&#233;t&#233;s, parfois pendant plusieurs heures par jour. Par l&#224; m&#234;me ils contribuent &#224; fa&#231;onner nos soci&#233;t&#233;s, mais sans aucune forme de responsabilit&#233;, ni de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les algorithmes peuvent rendre certains contenus pratiquement invisibles sans les supprimer explicitement, en les rel&#233;guant en bas de la file -ce qui n'est pas imm&#233;diatement perceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transparence et responsabilit&#233; : que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne condamne pas les r&#233;seaux sociaux dans leur principe. Mais cela conduit &#224; prendre du recul par rapport &#224; leur fonctionnement. Et &#224; rechercher les moyens d'en r&#233;duire l'opacit&#233; et d'instaurer plus de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, l'opacit&#233; totale de ces algorithmes quasi-monopolistes est anormale. Ils devraient donc publier explicitement et en d&#233;tails la m&#233;thode : ce qui fait qu'un post est privil&#233;gi&#233; dans le d&#233;roul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite il devrait &#234;tre possible pour l'utilisateur de s&#233;lectionner r&#233;ellement ce qui lui est pr&#233;sent&#233; &#8211; quitte &#224; ce que ce service ne soit pas gratuit. Avec en outre la possibilit&#233; de revisiter les posts plus anciens, comme des articles de journaux qui gardent leur int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les r&#233;seaux devraient &#234;tre responsabilis&#233;s sur les effets de buzz. Cela existe ou a exist&#233; sur les march&#233;s financiers : quand un cours de bourse ou de valeur &#233;volue trop vite de fa&#231;on d&#233;lirante, on arr&#234;te pendant un temps les transactions. De m&#234;me, un buzz suspect devrait conduire &#224; un coupe-feu d'une dur&#233;e raisonnable, r&#233;p&#233;t&#233; si n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il serait souhaitable que des r&#233;seaux alternatifs nouveaux, moins obs&#233;d&#233;s par la publicit&#233; et donc financ&#233;s autrement, offrent une vraie possibilit&#233; de rencontres et d'&#233;changes, bas&#233;s sur des affinit&#233;s reconnues et choisies par les utilisateurs, avec des algorithmes qui soient &#224; leur service et non &#224; celui du buzz et par l&#224; de la maximisation du profit publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restera bien s&#251;r toujours l'effet d'addiction et de divertissement sur l'utilisateur. Mais l&#224;, c'est &#224; chacun de se discipliner&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Algorithmes et personnalit&#233; humaine</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Algorithmes-et-personnalite-humaine.html</link>
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		<dc:date>2024-09-03T16:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Algorithmes</dc:subject>
		<dc:subject>Algorithmes et personnalit&#233; humaine</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notre monde est de plus en plus domin&#233; par le num&#233;rique, et cela en inqui&#232;te beaucoup. Mais ce qui importe d'abord est le fonctionnement des algorithmes, et notamment de l'IA (Intelligence artificielle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;sirent ou craignent l'&#233;mergence d'une intelligence qui serait sup&#233;rieure &#224; l'intelligence humaine. Ce qui repose sur une perspective fausse car le mot intelligence recouvre dans les deux cas des r&#233;alit&#233;s compl&#233;tement diff&#233;rentes. L'intelligence ne se confond pas avec la capacit&#233; &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes, ce en quoi les machines peuvent d&#233;passer l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais inversement un des dangers de l'IA est l&#224; : la r&#233;duction de l'intelligence humaine ou, pire, son conditionnement. Un bon exemple en sont les algorithmes de recommandation utilis&#233;s par les g&#233;ants du web, r&#233;seaux sociaux ou outils de recherche &#8211; particuli&#232;rement opaques, orient&#233;s vers le seul profit, et culturellement r&#233;ducteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Reseaux-sociaux-et-algorithmes-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;seaux sociaux &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notre monde est de plus en plus domin&#233; par le num&#233;rique, et cela en inqui&#232;te beaucoup. Mais ma question ne sera pas ici la num&#233;risation comme telle. En effet, transformer un message quelconque en une suite de nombres (un des sens de num&#233;riser) ne change en soi pas les choses et leur signification : tout po&#232;me peut &#234;tre num&#233;ris&#233; puis restitu&#233; dans le texte d'origine. De m&#234;me un tableau ou la Bible. Ce qui importe est leur traitement ; c'est-&#224;-dire le fonctionnement des algorithmes, et notamment de l'IA (Intelligence artificielle). Dans quelle mesure leur fonctionnement change-t-il le traitement m&#234;me de la personne (ou des groupes humains) du fait qu'elle est appr&#233;hend&#233;e au moyen de chiffres puis saisie par des proc&#233;d&#233;s divers mais essentiellement probabilistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;sirent ou craignent l'&#233;mergence d'une intelligence qui serait sup&#233;rieure &#224; l'intelligence humaine. Ce qui repose comme on le verra sur une perspective fausse, car le mot intelligence recouvre dans les deux cas des r&#233;alit&#233;s compl&#233;tement diff&#233;rentes. Mais justement un des dangers est l&#224; : la r&#233;duction de l'intelligence humaine ou son conditionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mettra ici plus particuli&#232;rement l'accent sur un cas sp&#233;cifique de num&#233;risation et d'IA, celui des algorithmes utilis&#233;s par les g&#233;ants du web : r&#233;seaux sociaux comme Facebook, mais aussi Google, Instagram et Amazon, ou encore Netflix (films), Spotify (musique) ou YouTube (vid&#233;os). Dans ces cas, il s'agit en un sens d'utiliser la statistique pour g&#233;rer l'individualit&#233;, mais pour un but pr&#233;cis, qui est d'ordre marchand. Ce faisant on ne g&#232;re pas l'individualit&#233; de fa&#231;on neutre. Il y a in&#233;vitablement une philosophie sous-jacente, et pas seulement commerciale. D'ailleurs le commercial est d&#233;j&#224; une forme de philosophie, qui fa&#231;onne la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;volution a suppos&#233; d'une part la tendance historique (depuis deux si&#232;cles) au r&#244;le croissant de la statistique. Et d'autre part, les outils et la puissance de calcul de l'IA. Nous commencerons par rappeler le point de d&#233;part, qui est la statistique elle-m&#234;me, pour &#233;voquer ensuite la question g&#233;n&#233;rale de l'IA, et en venir enfin au cas sp&#233;cifique des r&#233;seaux sociaux et du web.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'expansion de la statistique et sa corr&#233;lation avec l'individualisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Olivier Rey montre les d&#233;veloppements de la statistique au cours du XIXe si&#232;cle, au d&#233;but au sein de ce qu'on appellera ensuite les sciences sociales, commen&#231;ant par un pur exercice de d&#233;nombrement. Puis s'est d&#233;velopp&#233;e petit &#224; petit sa th&#233;orisation math&#233;matique. Plus significatif est son d&#233;veloppement prodigieux vers un r&#244;le scientifique, notamment en physique avec les analyses sur les gaz de Boltzmann, puis sa fonction centrale dans la physique quantique et la m&#233;canique ondulatoire. Parall&#232;lement bien s&#251;r, le r&#244;le de la statistique dans la connaissance de l'homme et de la soci&#233;t&#233; a pris lui-m&#234;me une extension gigantesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rey fait un lien direct entre ceci et l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, &#224; partir de la R&#233;volution fran&#231;aise. Car le principe d'&#233;galit&#233; et l'ouverture de toutes les voies &#224; tous implique aussi &#224; la fois une comp&#233;tition maximale, et une difficult&#233; &#224; se distinguer et m&#234;me &#224; se d&#233;finir. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, poursuit-il, l'id&#233;e, d'origine chr&#233;tienne, que la personne humaine est unique, et donc la recherche de la singularit&#233;, se maintiennent dans une soci&#233;t&#233; incapable de le satisfaire. &#171; C'est l'incommensurabilit&#233; radicale des singularit&#233;s qui conduit au calcul ; c'est le principe selon lequel personne n'est l&#224; pour faire nombre qui finit par appeler le r&#232;gne du nombre &#187;. Et il ajoute : &#171; N&#233;anmoins la subjectivit&#233; ren&#226;cle, se plaint. Elle reproche &#224; la statistique d'ignorer les nuances du r&#233;el, de se montrer inattentive au d&#233;tail des situations, d'&#234;tre &#8216;impersonnelle'. D'un c&#244;t&#233; on lui demande de rendre compte des faits de fa&#231;on objective et impartiale, de l'autre on lui fait grief de son insensibilit&#233;, de s'en tenir &#224; ce qui se mesure et, ce faisant, de laisser &#233;chapper l'essentiel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces remarques &#233;clairent singuli&#232;rement cet usage particuli&#232;rement innovant et puissant des nombres qu'on appelle Intelligence Artificielle ou IA.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel de donn&#233;es de base sur l'IA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quoi parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, le terme intelligence est compris de multiples fa&#231;ons. Dans les milieux traitant de l'IA, et de fa&#231;on coh&#233;rente avec le mat&#233;rialisme diffus de nos soci&#233;t&#233;s, on la comprend comme une capacit&#233; &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes ou au minimum &#224; agir par rapport &#224; des situations. D'o&#249; ce terme d' &#8216;intelligence artificielle'. Comprise, ainsi l'intelligence humaine peut &#234;tre d&#233;pass&#233;e. On parle m&#234;me de la possibilit&#233; pour l'IA d'atteindre un jour un niveau de &#8216;superintelligence', comportant une intelligence g&#233;n&#233;rale tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; celle de l'homme, et notamment la capacit&#233; de construire elle-m&#234;me des machines encore sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me situe pas dans cette ligne. Tant du point de vue de la philosophie classique que de la foi chr&#233;tienne, on ne peut r&#233;duire l'esprit et notamment l'intelligence &#224; la solution technique de probl&#232;mes. Dans cette perspective, on peut m&#234;me envisager que des machines aient une capacit&#233; de traitement tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; celle de l'homme, sans conclure que ce dernier est inf&#233;rieur. C'est que l'esprit humain poss&#232;de une sup&#233;riorit&#233; ontologique radicale de par sa capacit&#233; &#224; penser consciemment, ainsi que par sa libert&#233; et sa cr&#233;ativit&#233; ; c'est en outre un &#234;tre relationnel. En bref, c'est une personne. Et une telle personne, cr&#233;&#233;e &#224; l'image de Dieu, est seule ouverte &#224; l'infini de la transcendance divine. Quant &#224; l'intelligence, c'est une capacit&#233; &#224; voir le vrai, le beau et le bien, dont un &#233;l&#233;ment clef est la contemplation, qui sert bien s&#251;r aussi &#224; trouver des solutions au besoin, c'est-&#224;-dire &#224; agencer le r&#233;el, mais ce n'est qu'une de ses applications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, l'IA est une machine qui soit explore syst&#233;matiquement des solutions pr&#233;enregistr&#233;es, soit traite des masses de donn&#233;es &#224; l'aide d'algorithmes bas&#233;s sur des calculs de probabilit&#233;, enrichis de techniques d'apprentissage. Cela lui permet de battre des &#234;tres humains aux &#233;checs ou au go, souvent par des moyens non pr&#233;vus &#224; l'avance par les concepteurs. Mais si l'exploration syst&#233;matique ou la combinaison probabiliste de donn&#233;es permettent de d&#233;finir une strat&#233;gie gagnante au jeu, c'est par une puissance extraordinaire d'exploration de la combinatoire de donn&#233;es d&#233;termin&#233;es, par une capacit&#233; de calcul : il n'y a pas l&#224; de pens&#233;e. Encore moins une capacit&#233; &#224; d&#233;celer le sens possible des choses et leur signification morale, en termes de bien et de mal. Et encore moins d'agir librement en engageant sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien entendu cette extraordinaire puissance peut bouleverser nos existences, m&#234;me sans aller jusqu'&#224; la &#8216;superintelligence' en supposant que cela ait un sens. Les services que l'IA rend sont d&#233;j&#224; consid&#233;rables (moteur de recherche, traduction, diagnostics de tout type etc., sans parler de l'IA g&#233;n&#233;rative de type ChatGPT) et ils le seront plus encore &#224; l'avenir. Mais inversement, on peut craindre le d&#233;veloppement d'une capacit&#233; consid&#233;rablement sup&#233;rieure de contr&#244;le social, comme en Chine. Ou le risque de pertes d'emplois massives. Ou le d&#233;veloppement d'armements terrifiants. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, plus profond&#233;ment, une r&#233;duction de l'humain lui-m&#234;me, compris &#224; travers l'IA et par l&#224; selon une id&#233;e fausse de l'intelligence humaine et de la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les questions pos&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re essentiellement statistique de toute IA implique un triple questionnement. Sur les donn&#233;es utilis&#233;es d'abord, qui peuvent &#234;tre insuffisamment fiables ou contenir des biais implicites, et relever de la vie priv&#233;e des personnes concern&#233;es. De toute fa&#231;on, par nature m&#234;me, des donn&#233;es num&#233;ris&#233;es ne refl&#232;tent qu'une partie du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un questionnement sur les algorithmes ensuite, dont comme on l'a dit on en conna&#238;t pas exactement le cheminement et qui peuvent conduire &#224; des r&#233;sultats surprenants ou inattendus. La litt&#233;rature &#233;voque ici les cas de discrimination, par exemple raciale, soit pr&#233;sente dans les donn&#233;es, soit induite par l'algorithme par corr&#233;lation (avec la d&#233;linquance, la pauvret&#233;, ou la r&#233;sidence g&#233;ographique par exemple). Mais l'IA ne le verra pas, car elle ne pense pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux questionnements posent &#224; leur tour des questions centrales de responsabilisation face &#224; ces effets ind&#233;sirables. Or une telle responsabilit&#233; ne peut &#233;choir qu'&#224; des &#234;tres humains, qui ne peuvent se cacher derri&#232;re la machine. Cette responsabilit&#233; doit donc &#234;tre clairement identifi&#233;e, l&#224; o&#249; elle se situe, au niveau humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc essentiel de r&#233;fl&#233;chir, en g&#233;n&#233;ral et cas par cas, sur l'encadrement possible de l'IA, tant au niveau de l'&#233;thique de ceux qui sont en charge de la cr&#233;er et de l'utiliser, et &#233;ventuellement, &#224; celui de la r&#233;glementation. Mais en l'occurrence cela implique surtout en l'esp&#232;ce une d&#233;marche originale, allant au-del&#224; des intentions des acteurs, et qui vise le contr&#244;le de son fonctionnement et de ses effets, c'est-&#224;-dire ce que produisent effectivement les algorithmes, au-del&#224; du dessin initial du syst&#232;me et de ses concepteurs. Cela suppose de fa&#231;on vitale des tests r&#233;guliers et des &#233;tudes d'impact. Trop souvent en effet l'IA appara&#238;t comme une &#8216;bo&#238;te noire'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois a bien vu ces questions, dans plusieurs interventions depuis 9 mois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Algorithmes et Internet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Venons-en maintenant aux algorithmes utilis&#233;s par les nouveaux g&#233;ants qui dominent Internet, souvent de fa&#231;on monopoliste ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les effets de tromperie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier &#233;l&#233;ment nouveau est les capacit&#233;s nouvelles de circulation d'informations tendancieuses ou manipul&#233;es. Ou la possibilit&#233; technique de cr&#233;er des messages (des images) trompeuses de v&#233;rit&#233;, mais artificiellement : on fera une photo compromettante de quelqu'un (ou un film) criants de v&#233;rit&#233;, mais faux. Certes, cela retrouve une possibilit&#233; ancienne : voir les gravures diffamatoires visant Marie-Antoinette juste avant la R&#233;volution. Mais la tromperie est massivement surmultipli&#233;e tant dans sa facilit&#233; de production, sa cr&#233;dibilit&#233; apparente, que dans sa diffusion instantan&#233;e. Et notamment dans la cr&#233;ation de mouvements de foule immenses et apparemment incontr&#244;l&#233;s (viralit&#233;). Ces probl&#232;mes sont bien connus et ont conduit les op&#233;rateurs concern&#233;s &#224; mettre en place des formes de filtrage ou de censure, utilisant eux aussi des algorithmes. Ce qui n'est pas sans poser &#224; son tour des probl&#232;mes consid&#233;rables : les uns critiquent l'efficacit&#233; m&#233;diocre de ce genre de filtrage ; les autres au contraire critiquent la censure, assez arbitraire, ou s'inspirant d'une id&#233;ologie latente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les algorithmes de recommandation des r&#233;seaux sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est plus intrins&#232;que au fonctionnement de ces syst&#232;mes est la mani&#232;re dont ils con&#231;oivent le produit pr&#233;sent&#233; au client. Comme on sait, les r&#233;seaux sociaux (Facebook, Instagram, TikTok et autres) ou &#224; leur fa&#231;on les moteurs de recherche (type Google), mais aussi les soci&#233;t&#233;s commerciales de type Amazon ont pour cela une fonction vitale &#224; assurer : le classement des informations &#224; fournir. Prenons les r&#233;seaux sociaux : cela vise le d&#233;roul&#233; de ce qui va &#234;tre pr&#233;sent&#233; &#224; celui qui les regarde. En un sens, c'est une n&#233;cessit&#233; : une pr&#233;sentation purement chronologique serait neutre, mais peu satisfaisante ; une p&#234;che al&#233;atoire dans l'oc&#233;an des possibles et notamment en l'esp&#232;ce des producteurs de posts serait frustrante et peu productive ; la limitation aux vrais amis un peu &#233;troite. D'une certaine fa&#231;on, un algorithme de recommandation a donc son sens. Mais les algorithmes de nos r&#233;seaux vont bien au-del&#224; d'un r&#244;le de recommandation purement affinitaire et bienveillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en effet de soci&#233;t&#233;s commerciales, vivant de publicit&#233;. Facebook et les autres utilisent des probabilit&#233;s de regard pour gagner de l'argent avec de la publicit&#233;. De m&#234;me Google d'ailleurs, selon des modalit&#233;s un peu diff&#233;rentes. Il est donc vital pour eux de maximiser le temps de pr&#233;sence et d'attention. Cela conduit notamment &#224; favoriser la viralit&#233;, car ce qui est beaucoup vu a toutes chances de l'&#234;tre plus encore. On va donc le plus possible marquer les posts, puis les classer selon un calcul de la probabilit&#233; qu'ils ont d'attirer l'attention. Cela comporte donc une certaine individualisation, fonction de ce que le syst&#232;me a pu percevoir des centres d'int&#233;r&#234;t de celui qui regarde ; mais elle est int&#233;ress&#233;e et orient&#233;e. M&#234;me dans le cas de Google, qui est un outil de recherche, le but n'est donc pas la v&#233;rit&#233;, mais une forme de performativit&#233; : faire en sorte que le classement optimise le flux de regards, et par l&#224; le flux publicitaire. Cela suppose bien s&#251;r de donner un certain r&#244;le &#224; la r&#233;alit&#233; des sources, mais le plus important n'est pas leur justesse intrins&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le conditionnement pouvait exister autrefois. Mais il passait la plupart du temps par des interactions avec des personnes, et non pas par la rationalisation int&#233;ress&#233;e d'un syst&#232;me, fond&#233;e sur des corr&#233;lations &#224; base num&#233;rique. Lequel, point essentiel ici, poss&#232;de en outre une opacit&#233; presque intrins&#232;que. Si vous aviez &#224; faire &#224; de la propagande marxiste, vous pouviez &#233;tudier le marxisme et la litt&#233;rature correspondante. L&#224; ce n'est pas accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute le comportement des utilisateurs eux-m&#234;mes, et notamment de ceux qui veulent faire passer leur message et pour cela tentent d'influencer les algorithmes. Comme les syst&#232;mes trient ce qui leur appara&#238;t pertinent selon leur jeu de crit&#232;res, la question pour les porteurs de message est alors d'offrir &#224; l'algorithme ce qui lui parle le plus. Non seulement donc l'algorithme n'est pas neutre, mais il suscite une transformation de la mati&#232;re premi&#232;re qu'il utilise : ce que trie Google n'est pas une mati&#232;re premi&#232;re neutre : elle est dans une certaine mesure organis&#233;e pour &#234;tre s&#233;lectionn&#233;e par lui. Mais cela ne correspond pas n&#233;cessairement &#224; ses propres objectifs, et il doit donc en permanence s'adapter, et il r&#233;arrange constamment son algorithme. Or on ne connait pas plus ces changements que le syst&#232;me de d&#233;part &#8211; d'autant que cela permettrait aux utilisateurs de s'adapter eux aussi. D'o&#249; d'ailleurs un argument suppl&#233;mentaire de ces entreprises pour justifier leur opacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela finit par influencer m&#234;me la production artistique, m&#234;me en musique, peinture ou photo, car pour percer, il faut vite &#234;tre per&#231;u par le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la capacit&#233; des utilisateurs (clients) d'&#233;chapper &#224; ce conditionnement est pour l'essentiel illusoire : d'abord, personne ne lit les conditions d'utilisation ; ensuite et surtout, l'utilit&#233; du produit (l'&#233;change de donn&#233;es sur soi contre un usage gratuit du syst&#232;me) est bien trop grande. Et donc on est soumis &#224; une forme hyperbolique de ce que fait d&#233;j&#224; le marketing. Le lib&#233;ral pur a peu d'objection &#224; faire &#224; cela ; il regarde le seul consentement de l'individu, suppos&#233; sans interf&#233;rence. Mais il est clair que ce choix se fait sans v&#233;ritable appr&#233;ciation de ce que contient r&#233;ellement ce qui est offert. Et la r&#233;gulation du contenu est difficile &#224; d&#233;finir, surtout si les gens d&#233;sirent vraiment quelque chose. L'action du consommateur ne suffit donc pas : il faut des r&#233;gulations. Il faudrait donc un regard ext&#233;rieur capable d'analyser les biais r&#233;els du syst&#232;me. D'abord de transparence. Puis de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effet sur l'individualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'effet sur la personne est consid&#233;rable et met directement en jeu la question de l'individualit&#233;. Le r&#244;le culturel des r&#233;seaux sociaux est d&#233;sormais majeur, mais il est difficile de le consid&#233;rer comme globalement positif, notamment sur les jeunes g&#233;n&#233;rations (Tiktok, Instagram etc.). En particulier, les algorithmes tendent en pratique &#224; replier chacun sur un mod&#232;le statistique moyen et par l&#224; uniformisant. Cela peut se faire au niveau g&#233;n&#233;ral du public, mais plus fr&#233;quemment niche par niche, aboutissant &#224; ce que les utilisateurs se parquent dans de petits mondes homog&#232;nes, consensuels et mutuellement herm&#233;tiques, voire hostiles. En tout cas, cela joue un r&#244;le ind&#233;niable dans la polarisation des opinions, et leur antagonisation. En outre, les choix faits par l'algorithme peuvent susciter &#224; la longue un sentiment d'insignifiance, puisqu'on n'a plus la stimulation de la recherche ; c'est finalement l'impression que tout se vaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'utilisateur, l'effet principal est une personnalisation relative apparente, mais en r&#233;alit&#233; compatible avec la massification : ce que le syst&#232;me retient de moi est une image tr&#232;s r&#233;duite et orient&#233;e en fonction de ses besoins &#224; lui. En outre, on ne teste pas en permanence nos pr&#233;f&#233;rences pour les corriger : une fois int&#233;gr&#233;es dans le syst&#232;me, elles sont difficiles &#224; modifier par la suite. D'o&#249; le paradoxe que la recherche de l'individualit&#233; aboutit non seulement &#224; une image tr&#232;s r&#233;ductrice, mais qu'elle est opaque &#224; l'individualit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin, que la vie personnelle de celui qui passe du temps sur ces r&#233;seaux et y investit affectivement est de ce fait constamment ballot&#233;e en fonction du flux de ce qui lui arrive ainsi que des r&#233;actions qu'il obtient &#224; ses propres productions, le tout conditionn&#233; et orient&#233; par les algorithmes. Au lieu de personnes en chair et en os, et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de relations stables au sein de communaut&#233;s humaines v&#233;ritables, o&#249; un minimum d'engagement r&#233;ciproque est attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons un point central d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; &#224; propos du risque qu'il y a &#224; voir l'intelligence humaine comme purement instrumentale, sur le mod&#232;le de l'IA. Trop se mettre dans les mains de ce genre d'outils, c'est risquer une forme de mutilation, de r&#233;duction de l'humain en g&#233;n&#233;ral et de la vraie intelligence humaine en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons ici une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; un autre usage possible d'Internet : un tel fonctionnement est tr&#232;s diff&#233;rent de celui qu'exp&#233;rimente par exemple quelqu'un qui cherche un livre rare, m&#234;me &#224; travers Google ou Amazon. Car dans ce cas, m&#234;me si le m&#233;canisme de recherche peut utiliser des jeux de probabilit&#233;, le ciblage est individualis&#233; et donc tr&#232;s diff&#233;rent. L'effet d'Internet n'est plus uniformisant. Mais cela suppose que j'ai des id&#233;es claires sur ce que je cherche et de ne pas me laisser porter par le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le voyons, l'usage des algorithmes sur Internet pousse encore plus loin l'effet simplificateur qu'implique l'usage de la num&#233;risation pour repr&#233;senter le r&#233;el, et constitue une nouveaut&#233; consid&#233;rable pour deux raisons majeures. D'une part, parce que l'outil qui y pr&#233;side est opaque et entend bien le rester. D'autre part, parce que ces outils r&#233;gissent une part appr&#233;ciable de l'interaction entre les &#234;tres humains dans nos soci&#233;t&#233;s, parfois pendant plusieurs heures par jours, comme les adolescents sur Tiktok. Par l&#224; m&#234;me ils contribuent &#224; fa&#231;onner une des dimensions culturelles (au sens large du terme) de nos soci&#233;t&#233;s, mais sans aucune forme ni d'examen externe, ni de responsabilit&#233;, ni &#233;videmment de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier ils distillent une conception tr&#232;s particuli&#232;re de l'individualit&#233; : d'un c&#244;t&#233;, ils paraissent l'exalter dans sa sp&#233;cificit&#233;, et de fait tendent &#224; en exacerber certaines dimensions. Et d'un autre c&#244;t&#233;, ils la r&#233;duisent et surtout l'agglom&#232;rent dans une approche statistique qui conduisent &#224; constituer des grumeaux plus ou moins homog&#232;nes ou tribalis&#233;s. Certes, cela prolonge des r&#233;alit&#233;s d&#233;j&#224; pr&#233;sentes, dans le marketing par exemple, qui donne le sentiment d'un choix personnel et original &#224; ce qui est en r&#233;alit&#233; une mode largement partag&#233;e (&#224; l'exemple du jeans depuis les ann&#233;es 60). Mais le processus est ici bien plus syst&#233;matique, et donc englobant pour la personne, et en outre opaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne condamne pas le principe m&#234;me de ces r&#233;seaux sociaux. Mais cela implique deux lignes de conduite. L'une, personnelle, va dans le sens d'une juste distance par rapport &#224; ces outils qui peuvent &#234;tre utiles mais sont bien ambigus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre est plus collective. Elle vise d'abord &#224; contr&#244;ler et expertiser les effets r&#233;els de ces algorithmes. Elle conduit ensuite &#224; encadrer r&#233;glementairement leur action, tant pour en r&#233;duire l'effet de monopole que pour en r&#233;duire l'opacit&#233;, et pour instaurer plus de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans l'id&#233;al, des r&#233;seaux nouveaux alternatifs moins obs&#233;d&#233;s par la publicit&#233; offriraient d&#232;s lors une vraie possibilit&#233; de rencontres et d'&#233;changes bas&#233;s sur des affinit&#233;s authentifi&#233;es par les utilisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; encore, l'effet positif de ce genre de d&#233;veloppement est par contraste d'avancer dans la prise de conscience de la sp&#233;cificit&#233; v&#233;ritable de l'humain &#224; travers cet attribut essentiel qu'est l'intelligence, question de philosophie fondamentale qui devient vite une question de spiritualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte bas&#233; sur une intervention au colloque annuel de l'AIESC -Association Internationale pour l'Enseignement Social Chr&#233;tien (31 ao&#251;t 2024)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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