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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Ecologie : qu'est-ce que la nature ? (troisi&#232;me de 3 articles)</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Ecologie-qu-est-ce-que-la-nature-troisieme-de-3-articles.html</link>
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		<dc:date>2022-07-19T16:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>
		<dc:subject>Nature humaine</dc:subject>
		<dc:subject>Nature</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans les deux articles pr&#233;c&#233;dents les probl&#232;mes complexes pos&#233;s par l'&#233;cologie. Quelles sont les questions de fond qui sous-tendent ce d&#233;bat ? C'est au fond d'abord la question de ce qu'on appelle nature : la nature de l'homme, et la nature autour de l'homme. Le d&#233;bat porte en r&#233;alit&#233; sur la place de l'homme dans la nature et donc, plus profond&#233;ment, sur la nature humaine. Et comme on le verra c'est l&#224; o&#249; la doxa &#233;cologiste dominante est prise en d&#233;faut, incapable de donner sa juste place &#224; l'homme. Contrairement &#224; la conception classique, qui seule peut donc fonder une &#233;cologie v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Ecologie-.html" rel="directory"&gt;Ecologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Nature-humaine-+.html" rel="tag"&gt;Nature humaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Nature-+.html" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans les deux articles pr&#233;c&#233;dents les probl&#232;mes complexes pos&#233;s par l'&#233;cologie. Quelles sont les questions de fond qui sous-tendent ce d&#233;bat ? C'est au fond d'abord la question de ce qu'on appelle nature : la nature de l'homme, et la nature autour de l'homme. Le d&#233;bat porte en r&#233;alit&#233; sur la place de l'homme dans la nature et donc, plus profond&#233;ment, sur la nature humaine. Et comme on le verra c'est l&#224; o&#249; la doxa &#233;cologiste dominante est prise en d&#233;faut, incapable de donner sa juste place &#224; l'homme. Contrairement &#224; la conception classique, qui seule peut donc fonder une &#233;cologie v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des d&#233;rives de fonds : deep ecology et transhumanisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la conception classique, il y a plus particuli&#232;rement deux mani&#232;res extr&#234;mes de r&#233;volutionner nos perspectives : celle de l'&#233;cologie radicale, qui veut recadrer l'homme, et celle du transhumanisme, qui veut le d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tentation ambiante consiste en effet &#224; remettre en cause la sp&#233;cificit&#233; de la nature humaine, ou, ce qui revient en l'esp&#232;ce au m&#234;me, &#224; la consid&#233;rer comme une d&#233;viation anormale au sein de la nature tout court, une forme de parasitisme. Cela revient &#224; poser comme la norme les &#233;quilibres naturels, d&#233;finis comme ceux qui pr&#233;valaient lorsqu'ils n'&#233;taient pas influenc&#233;s par l'homme. Cette position reste minoritaire, mais c'est la logique sous-jacente &#224; bien des prises de positions ; elle est coh&#233;rente aussi avec un certain mat&#233;rialisme ambiant. Mais elle manque d&#233;j&#224; de logique interne ; car &#224; nouveau, c'est bien un sentiment de responsabilit&#233; morale qu'il lui faut mobiliser en nous, pour nous expliquer que nous sommes des parasites dangereux. Or le mat&#233;rialisme ne peut fonder aucune exigence morale. Ni le culte de la nature. Et dans la nature, seul l'homme a une conscience morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une telle position aboutit logiquement, dans une certaine &#8216;&#233;cologie profonde' (deep ecology), &#224; la d&#233;shumanisation : &#224; voir l'homme comme un animal un peu particulier et assez malfaisant. Peter Singer affirme par exemple l'&#233;galit&#233; de tous les &#234;tres capables de jouir ou de souffrir. D'o&#249; une &#233;galit&#233; de consid&#233;ration entre les individus ainsi d&#233;finis. A moins que la valeur d'un individu ne soit proportionnelle &#224; sa capacit&#233; de souffrir, et la conscience est alors identifi&#233;e &#224; cette capacit&#233;. Mais cela englobe alors le gros des animaux. Arne Naess d&#233;fendait lui aussi l'&#233;panouissement de la vie non humaine - d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;duction de la place de l'homme. Ce qui &#224; la limite pose la question des droits des bact&#233;ries&#8230; D'autres affirment m&#234;me une capacit&#233; des animaux &#224; avoir une conscience de soi, plus que certains &#234;tres humains. L'euthanasie de ces derniers est alors vue comme moyen de r&#233;duire la somme totale de douleur ; ce qui conduit aussi &#224; contester le respect de la vie humaine, du f&#339;tus ou m&#234;me du b&#233;b&#233;. On retire alors au mot droit tout son sens et on en arrive dans la pratique &#224; un darwinisme social, car qu'est-ce qui va d&#233;cider qui doit &#234;tre &#233;limin&#233;, sinon une forme de lutte ? Mais l&#224; aussi, on rencontre le probl&#232;me pos&#233; par le fait que, bie au contraire, l'attitude &#233;cologique bien comprise est fondamentalement une exigence &#233;thique. Or quelle exigence &#233;thique consciente a un animal ? Et si on persiste &#224; refuser ce r&#244;le tout &#224; fait sp&#233;cifique de l'homme, il ne reste qu'&#224; le voir comme une aberration, selon des philosophies plus ou moins nihilistes, voire que c'est un parasite nocif. La nature est alors d&#233;finie par opposition &#224; l'homme. Cela revient &#224; consid&#233;rer la libert&#233; qui est caract&#233;ristique de l'homme comme une forme de perversion. Mais il est contradictoire alors d'en appeler au sens moral de l'homme, et plus encore de lui proposer sa propre destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi rencontrer une perspective panth&#233;iste, o&#249; tout est suppos&#233; converger et se r&#233;concilier. De tels th&#232;mes apparaissent m&#234;me dans le langage de l'ONU, ainsi d&#232;s 1992 au sommet de la terre de Rio le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU Boutros-Ghali &#233;voquait un contrat &#233;thique et politique avec la nature ; il s'agirait de ressusciter l'&#226;me de la terre des primitifs. Al Gore fait de m&#234;me avec le culte de la d&#233;esse m&#232;re. L'id&#233;e de Ga&#239;a &#233;merge alors avec Lovelock comme une sorte de divinisation de la nature ; elle est suppos&#233;e avoir une sorte d'&#226;me ; elle pense et agit, y compris &#224; travers l'humanit&#233;. D'autres imaginent un cerveau collectif que les r&#233;seaux, Internet compris, peuvent produire : on irait vers une pens&#233;e collective unifi&#233;e. Dans la pratique, cela devient un n&#233;opaganisme, un culte quasi-religieux de la nature ou de la Terre. En bref, une mythologie, fort peu rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mani&#232;re inverse de sortir de la condition humaine, de la nature humaine, est au contraire le d&#233;passement de l'homme, ou transhumanisme. Il est en un sens l'oppos&#233;, mais aussi le sym&#233;trique de l'&#233;cologie dure que nous venons d'&#233;voquer. Le transhumanisme d&#233;signe l'utilisation future possible de technologies afin de transformer l'homme lui-m&#234;me, ou de le d&#233;passer. Ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, combin&#233;es entre elles. A c&#244;t&#233; d'un transhumanisme radical (dont l'objectif est un &#234;tre allant bien au-del&#224; de l'humain, et notamment disposant d'une forme d'immortalit&#233;), il y a un transhumanisme mod&#233;r&#233;, visant simplement &#224; &#8216;augmenter' l'homme. Cela peut se faire en renfor&#231;ant ses capacit&#233;s dans des domaines vari&#233;s, physiques, intellectuelles, cognitives etc. A un certain niveau, cela ne fait que prolonger des tendances existantes ; mais sur plus large &#233;chelle cela pourrait bouleverser la soci&#233;t&#233;, notamment en accroissant massivement les in&#233;galit&#233;s, entre ceux qui auraient acc&#232;s &#224; de telles ressources et les autres. Ces perspectives ne sont pas aussi contradictoires qu'on pourrait le penser avec l'&#233;cologie dure, bien au contraire. Car ce peut &#234;tre une tentation pour une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e : sur la base de constats pessimistes sur l'humanit&#233; et son action sur la nature, elle peut vouloir s'organiser au niveau d'une minorit&#233;, chose qui est bien plus difficile pour la masse humaine d'aujourd'hui. Et elle peut s'imaginer que cela lui permettrait d'&#233;chapper plus facilement aux cons&#233;quences de notre emprise sur la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Respect de la nature et nature humaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la question &#233;cologique, il y a donc un enjeu philosophique majeur. De quelle nature parle-t-on ? Une id&#233;e courante &#224; l'&#233;poque moderne est donc de voir la nature comme ce qui existe ou a exist&#233; en dehors de l'homme, et de la prendre comme r&#233;f&#233;rence du &#8216;naturel'. Mais en r&#233;alit&#233; la notion de nature sauvage est floue, et par d&#233;finition ne donne pas de place pr&#233;cise &#224; l'homme. Elle est m&#234;me par bien des c&#244;t&#233;s cruelle et hostile. En outre, nous n'avons pas d'id&#233;e op&#233;rationnelle de ce que veut dire la nature sans l'homme (du moins &#224; ce stade de l'histoire). Philippe Descola nous rappelle que m&#234;me la for&#234;t amazonienne, suppos&#233;e sauvage, r&#233;sulte en partie appr&#233;ciable des pratiques agricoles des peuples amazoniens. Plus important encore, l'homme ne fonctionne &#224; l'&#233;vidence pas comme le reste de la nature, puisque d'une part il est capable par son activit&#233; de changer les r&#232;gles r&#233;gissant ses rapports avec elle, et que d'autre part il est le seul &#224; avoir le sens de sa responsabilit&#233;, ainsi que la capacit&#233; intellectuelle &#224; la reconna&#238;tre et &#224; la mettre en &#339;uvre par un projet conscient. La place de l'homme ne se d&#233;finit donc pas &#224; partir du seul examen de ce qu'est la nature en dehors de lui. Sa seule pr&#233;sence fait que le mot &#8216;nature' change de sens et de port&#233;e par rapport &#224; ce qu'elle serait sans lui. Mais cela ne veut pas dire qu'il peut en faire ce qu'il veut, ne serait-ce que parce que la nature est constitu&#233;e de syst&#232;mes complexes, peupl&#233;s d'&#234;tres vivants qui interagissent et r&#233;agissent. Il faut donc &#224; la fois admettre que l'homme fait partie de la nature, et qu'il a en son sein un r&#244;le et des caract&#233;ristiques tout &#224; fait particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de ce qu'est l'homme est d&#232;s lors centrale. Et donc de la nature humaine (ici dans un autre sens du mot nature). La conception classique est sur ce point claire : la nature humaine est finalis&#233;e, elle est libre et en m&#234;me temps orient&#233;e vers un but, un accomplissement. Ce qu'il a &#224; faire, ce qui est le bien pour lui, ce qui fait qu'une action est bonne en soi, r&#233;sulte du fait qu'elle contribue &#224; lui faire atteindre la pl&#233;nitude &#224; laquelle il est appel&#233; (ainsi que les &#234;tres autour de lui). Comme dit Claude Polin, dans la perspective classique, &#171; le respect par l'homme de la nature en g&#233;n&#233;ral ne fait qu'un avec le respect par l'homme de sa propre nature. &#187; Etant une cr&#233;ature dot&#233;e de raison, de libert&#233; et de sens moral, sa nature est diff&#233;rente du reste de la nature, car caract&#233;ris&#233;e par sa libert&#233;, coupl&#233;e &#224; l'exigence morale. Cette exigence morale implique et contient le respect du reste de la nature ; mais par l&#224; m&#234;me elle le distingue radicalement des autres &#234;tres peuplant celle-ci. Dit autrement, l'homme a une finalit&#233; propre et l'exerce de fa&#231;on propre : certes toute la nature a une finalit&#233;, un sens, ce qui exprime la pl&#233;nitude du possible auquel elle est appel&#233;e ; mais chez les autres &#234;tres mat&#233;riels elle op&#232;re comme un d&#233;terminisme. Bien entendu, quand on parle ici de finalit&#233; et d'accomplissement dans le cas de l'homme, on ne parle pas d'un destin fix&#233; &#224; l'avance ; ce qu'on vise est le plein &#233;panouissement de ce qui nous est donn&#233; au d&#233;part comme potentiel ordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps bien s&#251;r cette diff&#233;rence de nature ne positionne pas l'homme en dehors de la nature, comme dans le sch&#233;ma que Philippe Descola appelle naturaliste, et qu'il voit caract&#233;ristique de la modernit&#233; ; l'homme en est aussi une partie, mais responsable. Dit autrement, l'accomplissement de sa nature propre, de sa mission, int&#232;gre aussi le soin de la nature qui l'entoure et la prise en compte des exigences de celle-ci. D&#232;s lors, l'id&#233;e obsessionnelle de certains &#233;cologistes de maintenir le plus possible une nature sauvage intacte est absurde. L'objectif ne peut &#234;tre qu'un &#233;tat dans lequel l'homme interagit avec la nature ambiante en la prenant en charge de mani&#232;re &#224; obtenir le meilleur d&#233;veloppement de l'un et de l'autre, conform&#233;ment &#224; leurs finalit&#233;s : leur plus grande pl&#233;nitude. Et comme l'homme est un &#234;tre social, c'est en soci&#233;t&#233; que ce r&#233;sultat peut &#234;tre obtenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contradiction de l'&#233;cologisme dominant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette conception, coh&#233;rente avec le souci &#233;cologique, n'est pas actuellement dominante. Une &#233;cologie qui serait comprise au sens classique, fond&#233;e sur une nature humaine porteuse de finalit&#233;s, est largement &#233;trang&#232;re &#224; l'homme moderne, qui n'entend pas se soumettre &#224; une quelconque finalit&#233;. D'o&#249; le dilemme de l'&#233;cologisme moderne. Car dans l'id&#233;ologie dominante aujourd'hui, post-moderne, o&#249; l'&#233;cologisme se situe de fait, l'homme est un &#234;tre qui se d&#233;finit et construit sa propre nature. Or cela le positionne de fa&#231;on diff&#233;rente des autres &#234;tres, et plus radicalement encore, puisque contrairement aux autres &#234;tres, il est suppos&#233; &#234;tre radicalement ind&#233;termin&#233;. L'erreur commune &#224; toutes les approches modernes et postmodernes, situ&#233;es dans cette logique, les mod&#233;r&#233;es comme les plus dures, est que les normes &#233;thiques y sont arbitraires, car seules les donn&#233;es mat&#233;rielles, scientifiques sont objectives. On retrouve ici ce qu'au niveau politique j'ai appel&#233; le paradigme de neutralit&#233;, qui structure et de plus en plus la pens&#233;e collective depuis plus de trois si&#232;cles (voir notamment mon Pour un grand retournement politique), et qui a atteint sa forme la plus radicale d&#232;s les ann&#233;es 60 et 70 sous le nom de post-modernisme. Comme je le disais &#171; sa caract&#233;ristique principale est la volont&#233; de neutralit&#233; par rapport &#224; toute reconnaissance objective d'une nature humaine et de sa finalit&#233;, ce qui conduit &#224; refuser par principe de hi&#233;rarchiser les conceptions qu'on s'en fait, et &#224; mettre tous les hommes et leurs comportements a priori au m&#234;me niveau d'&#233;galit&#233; abstraite &#187;. En bref, l'homme est une page blanche, et il en fait ce qu'il veut. D&#232;s lors on &#233;tablit une distinction entre les lois de la nature, dont on dit qu'elles s'imposent &#224; nous, et le cas de l'&#234;tre humain, qui lui ne rel&#232;verait pas de lois &#8216;naturelles'. Ce qui est &#224; l'oppos&#233; de l'approche classique, qui reconna&#238;t &#224; l'&#234;tre humain une nature, porteuse d'exigences morales d&#233;coulant de sa vocation, auxquelles il est appel&#233; librement. Sur ce plan, elle est &#224; l'oppos&#233; des positions spontan&#233;es du courant politique dit &#233;cologiste, dans sa grande majorit&#233;, qui trouve par exemple &#233;vident qu'on homme biologique puisse choisir d'&#234;tre une femme ou se sentir tel, ou que l'avortement ne pose pas de probl&#232;me. De fa&#231;on parfaitement incoh&#233;rente, l'&#233;cologisme actuel garde donc de fait l'objectif post-moderne dominant d'une perspective de libre jouissance dans la mesure du possible, en tout cas de la d&#233;termination arbitraire par chacun de ses priorit&#233;s. Mais cette id&#233;e est contradictoire avec un devoir intrins&#232;que de respect de la nature, sans lequel il n'est pas d'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, soit il y a une finalit&#233;, une norme, pour l'homme comme pour la nature, comme le pense la tradition classique ; soit on est dans l'arbitraire. De fait, l'&#233;cologie actuelle s'inscrit dans le cadre de pens&#233;e post-moderne ; elle cherche &#224; concilier ce postulat relativiste avec le respect de l'environnement, mais c'est &#233;videmment avec une grande difficult&#233;. En effet, au nom de quoi un tel &#234;tre ind&#233;termin&#233; se reconna&#238;trait-il des devoirs envers la nature ext&#233;rieure ? Si on reste coh&#233;rent, il n'y a qu'un seul argument s&#251;r pour sensibiliser &#224; l'&#233;cologie : la peur, notamment la peur de la catastrophe. Mais outre ses limites, elle risque de ne pas &#234;tre tr&#232;s efficace, si seules les g&#233;n&#233;rations ult&#233;rieures sont concern&#233;es. Un autre argument utilisable est d'insister sur les contraintes mat&#233;rielles, en rappelant que la Terre a des ressources limit&#233;es. On en d&#233;duit qu'il y a un int&#233;r&#234;t majeur, au moins &#224; terme, &#224; contr&#244;ler l'usage que l'homme fait de ces ressources naturelles (ainsi que sa propre d&#233;mographie). Mais ce faisant, on ne se situe pas v&#233;ritablement dans un cadre &#233;thique : on en reste &#224; un calcul ; m&#234;me si on pr&#244;ne le retour &#224; une certaine frugalit&#233;, c'est par calcul. Or de tels calculs divergent selon les personnes et atteignent leur limites ; en outre ils ne contraignent pas int&#233;rieurement Il n'y a donc pas de ressort int&#233;rieur &#224; ce respect de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, se pose la question &#233;conomique de l'arbitrage entre les priorit&#233;s. Dans nos &#233;conomies, c'est le jeu du march&#233; qui le r&#233;alise. Or le march&#233; et plus g&#233;n&#233;ralement le comportement spontan&#233; ne parviennent pas &#224; r&#233;guler notre emprise sur la nature, notamment parce que l'avenir n'y est pas bien pris en compte, ni les externalit&#233;s. D&#232;s lors, la tentation est celle d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e dans un autre article du contr&#244;le &#233;tatique ou communautaire, de la coercition. D'o&#249; ensuite l'id&#233;e que certains, plus &#233;clair&#233;s que les autres, dictent &#224; ces derniers ce qu'ils ont &#224; faire et &#233;liminent les m&#233;chants, les pollueurs. D'o&#249; encore un &#233;cologisme socialiste, autoritaire, voire la tentation d'une dictature &#233;cologique. Mais il resterait m&#234;me alors que l'imp&#233;ratif en question n'aurait pas de fondement objectif, qui lui permettrait de fonder son autorit&#233; dans la conscience des personnes. Dit autrement, une dictature &#233;cologique serait non seulement monstrueuse, mais sans doute inefficace par rapport &#224; son souci affich&#233; de respect de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; est encore accrue par le fait que nous ne connaissons pas l'avenir. Les uns en d&#233;duisent que le d&#233;veloppement durable est compatible avec un monde &#233;volutif, ou m&#234;me en progr&#232;s. Mais pour d'autres, le doute, l'angoisse devant la finitude de la terre et l'obsession de la menace favorisent la voie de la stabilit&#233; absolue, et plus encore de la marche arri&#232;re. D'o&#249; cette tentation des &#233;cologistes les plus radicaux, qui est l'arr&#234;t de l'histoire ou le retour en arri&#232;re. Cette id&#233;e se combine elle aussi avec la tentation autoritaire, dans un culte de la ma&#238;trise et un refus de l'al&#233;a historique. Dit autrement, l'ordre naturel (ext&#233;rieur) appara&#238;t d&#233;sormais fragile et fini, et on d&#233;sire en quelque sorte ne plus toucher &#224; rien en interdisant tout ce qui bouge. Une telle position se veut responsable, mais est en fait r&#233;sign&#233;e &#224; une relative impuissance, tant conceptuelle que pratique. Si on y ajoute le fait que la capacit&#233; &#224; convaincre les populations des exigences &#233;cologiques n'est pas illimit&#233;e, il en r&#233;sulte &#224; nouveau que la plupart des gens se sentira autoris&#233;e &#224; en tourner les cons&#233;quences s'ils peuvent. Et donc l'efficacit&#233; du dispositif sera m&#233;diocre, fond&#233; qu'il sera sur la pure coercition, et a fortiori si on reste en-de&#231;&#224; d'une telle coercition. Il ne faut pas s'&#233;tonner dans ce contexte que comme on l'a not&#233; dans un autre article, les grands principes de d&#233;veloppement durable c&#233;l&#233;br&#233;s partout restent en pratique plut&#244;t peu suivis d'effet. Bien entendu, et fort heureusement, cette faiblesse du fondement moral des exigences &#233;cologiques n'est pas pouss&#233;e &#224; son terme logique par la plupart des gens, et donc, du fait que l'exigence morale est au fond de notre nature, ils admettent qu'il faut faire quelque chose. Mais en g&#233;n&#233;ral pas au point de remettre en cause radicalement des &#233;l&#233;ments essentiels de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux conceptions oppos&#233;es de la nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, en d&#233;finitive le fond de la question est en d&#233;finitive la conception que l'on se fait de la nature humaine. Dans la conception classique, on l'a dit, elle comprend l'id&#233;e d'une finalit&#233; : de quelque chose qui n'existe pas encore, ou &#224; l'&#233;tat inchoatif, et qu'il est bon et m&#234;me essentiel de faire advenir, en g&#233;n&#233;ral sans que le terme en soit pr&#233;cis&#233;ment d&#233;termin&#233; ou connu avec pr&#233;cision &#224; l'avance. On peut alors faire appel chez la personne &#224; la conscience ou au sens moral. Dans la conception dominante en revanche, la nature humaine n'existe pas, ou alors on parle de la nature physique, mat&#233;rielle, et elle ne comporte pas de finalit&#233;. A un niveau philosophique, on se r&#233;f&#232;re &#224; l'id&#233;e extravagante de Hume et de Moore selon laquelle on ne peut pas d&#233;duire un &#8216;doit' d'un &#8216;est' : un devoir moral ne pourrait pas &#234;tre d&#233;duit d'une observation de fait, celle-ci &#233;tant comprise &#224; un niveau purement factuel au sens scientifique du terme. M&#234;me un &#233;cologiste chr&#233;tien comme Markus Vogt se r&#233;f&#232;re &#224; cette id&#233;e ravageuse, et explique que l'&#233;cologie par elle-m&#234;me ne dit pas quelle emprise sur la nature est acceptable, et que ce doit donc &#234;tre un choix collectif de la soci&#233;t&#233;. Mais alors, c'est un choix arbitraire. C'est, dit-il, par rapport &#224; des relations et des finalit&#233;s que la moralit&#233; intervient (ce qui n'est pas faux), mais pour lui la finalit&#233; (et la morale) ne rel&#232;ve pas de l'analyse de r&#233;alit&#233;. Elle vient arbitrairement d'une autre sph&#232;re, sans fondement objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien entendu, cela suppose qu'on limite la notion de ce qu'on appelle un &#8216;fait' &#224; ce qui est mat&#233;riel ou au mieux scientifique, et qu'on refuse la notion classique de nature humaine, comportant &#224; la fois des &#233;l&#233;ments de r&#233;alit&#233; (ce qu'implique le mot nature) qui sont philosophiques et non purement scientifiques, et une finalit&#233;, donc un but et des devoirs orient&#233;s vers l'accomplissement de ce but, qui est aussi l'accomplissement de notre nature. Ce qui veut dire conjuguer autonomie de la conscience et d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la &#8216;nature', mais en comprenant celle-ci autrement. Dans cette perspective, la &#8216;nature' peut avoir un r&#244;le d'instance morale ; mais pour cela, on distingue l'homme tel qu'il est, et tel qu'il peut et doit &#234;tre ; et on sort de l'id&#233;e actuellement dominante de la nature, qui est purement mat&#233;rielle. En d'autres termes, seule l'id&#233;e classique d'une nature humaine finalis&#233;e conduit &#224; une v&#233;ritable &#233;thique, et par l&#224; &#224; une saine &#233;cologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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