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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Europe et d&#233;mocratie</title>
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		<dc:date>2022-04-28T16:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Europe et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'Europe se pr&#233;sente comme le temple de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le discours dominant, ce qu'on appelle &#8216;valeurs europ&#233;ennes' et &#8216;valeurs d&#233;mocratiques' sont pratiquement synonymes. On a l'air de consid&#233;rer cela comme allant de soi. En fait ce n'est ni coh&#233;rent ni prometteur. La d&#233;mocratie comme gouvernement du peuple est sacrifi&#233;e &#224; la d&#233;mocratie comme programme id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Europe se pr&#233;sente comme le temple de la d&#233;mocratie. Dans le discours dominant, ce qu'on appelle &#8216;valeurs europ&#233;ennes' et &#8216;valeurs d&#233;mocratiques' sont pratiquement synonymes. On a l'air de consid&#233;rer cela comme allant de soi. En fait ce n'est ni coh&#233;rent ni prometteur. La d&#233;mocratie comme gouvernement du peuple est sacrifi&#233;e &#224; la d&#233;mocratie comme programme id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;alit&#233; d&#233;mocratique et sa complexit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord il va de soi dans ce cadre de pens&#233;e que la d&#233;mocratie est un concept clair et largement univoque, un bloc &#224; prendre tel quel. Or en r&#233;alit&#233; c'est un ph&#233;nom&#232;ne ambigu et h&#233;t&#233;rog&#232;ne ; en outre il ne peut subsister sans un &#233;l&#233;ment qui ne d&#233;coule pas de ses principes : le fait national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet d&#233;j&#224; trois composantes au moins dans la d&#233;mocratie telle qu'on la comprend aujourd'hui, et ces trois composantes sont loin d'&#234;tre homog&#232;nes ou coh&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord l'id&#233;e de gouvernement du peuple, qu'on comprend dans la pratique comme la simple intervention du peuple dans l'&#233;lection de d&#233;cideurs qui ensuite sont libres dans leurs choix - d'o&#249; tout le d&#233;bat sur les r&#233;f&#233;rendums (qui sont, avec leurs importantes limites, la seule forme de pouvoir r&#233;ellement exerc&#233; par le peuple), ou le spectacle constant d'&#233;lus prenant des d&#233;cisions manifestement contraires aux d&#233;sirs de leurs &#233;lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a ensuite une id&#233;ologie, qu'on peut appeler id&#233;ologie d&#233;mocratique, une certaine conception de l'&#233;mancipation fondamentalement relativiste, o&#249; chacun est suppos&#233; pouvoir se construire, soi- m&#234;me et ses valeurs, sans r&#233;f&#233;rence objective ni devoir, sinon le respect de ce principe lui-m&#234;me. Mais c'est une id&#233;ologie qui &#233;volue beaucoup dans le temps, et souvent se contredit (ainsi entre f&#233;minisme et LGBT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin c'est l'id&#233;e d'&#233;tat de droit, qui implique le respect de m&#233;canismes juridiques formels, mais qui varient selon pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;tat du droit effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de ces trois &#233;l&#233;ments se pense sans difficult&#233; en dehors des deux autres, et chacun a pu exister historiquement s&#233;par&#233; des deux autres. Et chacun peut alt&#233;rer ou m&#234;me s'opposer &#224; l'un des autres : la d&#233;mocratie comme gouvernement du peuple peut vouloir s'affranchir de l'Etat de droit, ou opter pour des valeurs autres que ce que demande l'id&#233;ologie d&#233;mocratique. L'id&#233;ologie elle conditionne du dehors et de plus en plus la vie politique et le choix des citoyens ; elle donne &#224; l'Etat de droit une signification &#233;troite, centr&#233;e sur une certaine conception historiquement situ&#233;e des droits de l'homme. L'Etat de droit enfin, selon la situation o&#249; en est le droit, peut bloquer la volont&#233; populaire, comme g&#234;ner l'id&#233;ologie dans ses m&#233;andres. En bref, la r&#233;union des trois n'est pas n&#233;cessaire, ne l'a pas &#233;t&#233; historiquement et ne va pas de soi. Et elles peuvent aller dans des directions oppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, aucun de ces composantes ne nous dit ce qu'est et ce qui fonde la communaut&#233; politique &#224; laquelle elles s'appliquent. Concr&#232;tement, ce qu'on observe est que la d&#233;mocratie moderne n'existe pas sans la nation - la r&#233;ciproque &#233;tant fausse ; la nation devant en outre &#234;tre comprise pour cela comme constitu&#233;e d'un peuple bien d&#233;fini avec ses caract&#233;ristiques culturelles, faute de quoi la d&#233;mocratie ne marche pas - d'o&#249; l'&#233;clatement des blocs h&#233;t&#233;rog&#232;nes lorsque le pouvoir autoritaire dispara&#238;t, ainsi en Yougoslavie ou en URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Europe et le dilemme d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bref rappel suffit pour mettre en &#233;vidence le paradoxe de la construction europ&#233;enne actuelle. Tout d'abord, &#233;videmment, elle n'est pas fond&#233;e sur un principe national ou &#233;quivalent, m&#234;me de loin. Elle prend m&#234;me soin de ne pas l'&#234;tre, n'essayant par exemple pas de donner l'illusion en mettant en sc&#232;ne un patrimoine historique ou culturel europ&#233;en commun, comme le montrent ses billets de banque, totalement impersonnels. Ce patrimoine existe pourtant. A soi seul cela rend l'id&#233;e d'une d&#233;mocratie europ&#233;enne implausible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait en outre, son fonctionnement le confirme : comme il n'y a pas de peuple europ&#233;en, ni donc de vie politique europ&#233;enne au niveau des populations, les &#233;lections quand elles existent &#224; ce niveau (parlement) restent la juxtaposition d'&#233;lections en fait nationales : on vote pour des partis nationaux. Le parlement n'est donc pas dans la r&#233;alit&#233; responsable devant ses &#233;lecteurs comme un parlement national. Le pouvoir r&#233;el (commission et conseil) n'est lui-m&#234;me soit pas &#233;lu, soit pas pour cette t&#226;che mais sur base nationale. Il n'y a en outre aucune forme de d&#233;mocratie directe, et lorsqu'on la met en &#339;uvre au niveau national, on la bafoue aussit&#244;t (referendum de 2005 etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme en m&#234;me temps l'Europe ne s'admet pas comme ce qu'elle est, c'est-&#224;-dire comme une association d'Etats, le seul moyen pour s'affirmer comme r&#233;alit&#233; politique &#8216;d&#233;mocratique' est de jouer sur les autres termes : l'Etat de droit et l'id&#233;ologie, celle-ci tendant &#224; h&#233;g&#233;moniser l'autre. D'o&#249; le r&#244;le d&#233;mesur&#233; et croissant des cours de justice europ&#233;ennes (celle de l'UE et celle des Droits de l'homme), s&#233;lectionn&#233;es d'une fa&#231;on qui &#233;chappe totalement &#224; l'examen collectif, m&#234;me m&#233;diatique, et enti&#232;rement d&#233;connect&#233;es de toute vie communautaire nationale et de tout d&#233;bat politique. D'o&#249; aussi, sans fondement sur un d&#233;bat d&#233;mocratique v&#233;ritable, l'id&#233;e de supr&#233;matie totale du droit europ&#233;en sur le droit national (qui est pourtant juridiquement &#224; la base des trait&#233;s puisque ce sont des actes inter&#233;tatiques). D'o&#249; encore le terrorisme intellectuel, et la chasse aux d&#233;viants, polonais et hongrois actuellement. D'o&#249; enfin, lorsqu'un consensus appara&#238;t comme avec la guerre en Ukraine, la mise en avant de l'id&#233;ologie par rapport aux consid&#233;rations g&#233;opolitiques. Plus que sur la motivation forte et justifi&#233;e qu'est l'agression sauvage d'un &#233;tat souverain proche de nous, on insiste sur l'id&#233;e qu'il faut se battre pour la d&#233;mocratie, sur la m&#234;me ligne que les n&#233;oconservateurs am&#233;ricains. Mais il est fou et dangereux de se donner comme objectif de fonder les relations internationales sur une croisade id&#233;ologique &#8211; avec les b&#233;vues que cela implique, voir l'Iraq, et au risque de l'embrasement. Cette guerre renforce donc de fait la nature hors sol du syst&#232;me europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, en s'appuyant massivement sur l'id&#233;ologie, qu'on met en &#339;uvre par un verrouillage juridique extr&#234;mement serr&#233;, on pr&#233;tend servir des &#8216;valeurs d&#233;mocratiques' au moment m&#234;me o&#249; on marginalise la d&#233;mocratie dans son sens &#233;tymologique. D'o&#249; des tensions, qui devraient logiquement s'accro&#238;tre au fur et &#224; mesure o&#249; on d&#233;veloppe la construction europ&#233;enne ainsi con&#231;ue. A cela s'ajoutent d'autres sources de tensions, comme le r&#244;le de verrouillage des trait&#233;s en mati&#232;re &#233;conomique (id&#233;ologie de la concurrence, approche proc&#233;durale etc.). Ou le fait que la dimension d&#233;fense et politique militaire est totalement pr&#233;empt&#233;e par l'Otan, elle-m&#234;me sous direction am&#233;ricaine et donc externe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet final n'est donc en rien la mise en place d'une Europe puissance, comme le r&#234;vent les politiques fran&#231;ais, mais celle d'un m&#233;canisme de pouvoir totalement sui generis et qui ne met en avant l'id&#233;e de d&#233;mocratie que pour la r&#233;duire &#224; sa dimension la plus contestable, une id&#233;ologie, en outre relativiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes une autre Europe est possible et d&#233;sirable, comprise comme l'association et la solidarit&#233; des Etats et nations qui la composent, sans faire l'impasse sur notre patrimoine commun : ni id&#233;ologique, ni relativiste, mais fond&#233;e sur les coop&#233;rations n&#233;cessaires. Mais paradoxalement on tend &#224; s&#8216;en &#233;carter chaque jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut alors devenir l'animal &#233;trange qui se d&#233;veloppe &#224; Bruxelles ? Il peut &#233;videmment en rester un temps dans l'&#233;tat de blocage relatif qu'il a connu dans les derniers temps. Mais on peut imaginer une autre hypoth&#232;se : que l'accroissement des tensions, notamment avec la Russie, conduise &#224; une acc&#233;l&#233;ration f&#233;d&#233;rale. Elle ressemblera alors de plus en plus non pas &#224; la d&#233;mocratie dont elle se r&#233;clame, mais &#224; ce qu'on pourrait appeler une forme d'empire : un pouvoir hors sol, fortement id&#233;ologique. Certains disent que cela rappelle l'URSS : assez peu en fait, car d'une part et fort heureusement elle n'est pas (ou pas encore) vraiment totalitaire, et d'autre part elle n'a pas de composante militaire &#8211; ni m&#234;me polici&#232;re. Ce ne peut donc &#234;tre qu'une construction fragile, et non durable &#224; terme, sauf &#224; devenir un jour un empire v&#233;ritable. Mais qui peut dans l'intervalle bloquer toute alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/europe-et-democratie/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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