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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Pertinence maintenue de l'opposition droite-gauche</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Pertinence-maintenue-de-l-opposition-droite-gauche.html</link>
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		<dc:date>2022-03-12T17:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Droite</dc:subject>
		<dc:subject>Droite et gauche</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'opposition droite-gauche structure la vie politique de nos d&#233;mocraties depuis le XIXe si&#232;cle au moins. Le contenu de ces deux termes a beaucoup vari&#233;, mais pas le r&#244;le structurant de cette opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains veulent pourtant y substituer d'autres clivages. Notamment entre peuple et &#233;lites, souverainistes et mondialistes, ou nomades et enracin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme nous allons le voir, cela ne remet en r&#233;alit&#233; pas en question l'opposition droite-gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Populisme-+.html" rel="tag"&gt;Populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a une diff&#233;rence essentielle de position dans ce qu'on appelle traditionnellement la droite et la gauche. La gauche est ce qui a un moment donn&#233; incarne le mouvement d'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, conform&#233;ment &#224; l'id&#233;ologie dominante. La droite est dans une large mesure d&#233;finie en contraste, de fa&#231;on n&#233;gative - et par la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche et l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche revendique une certaine moralit&#233;, m&#234;me si ce n'est pas la morale au sens traditionnel, car c'est une morale de l'&#233;mancipation, qui se veut neutre sur le fond et exalte l'autod&#233;termination. Son crit&#232;re principal et permanent est la recherche d'une &#233;mancipation de l'homme, compris comme lib&#233;ration &#224; l'&#233;gard de contraintes et de pr&#233;jug&#233;s, dans une perspective constructiviste o&#249; l'homme se fait lui-m&#234;me, car il n'y a pas v&#233;ritablement de nature humaine et donc de vrai ou de bien objectif. S'y ajoute l'id&#233;e que cette &#233;mancipation une fois amorc&#233;e progresse dans le temps. L'id&#233;e principale est de permettre cette auto-construction cumulative, de fa&#231;on progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise la gauche est donc dans une large mesure l'acceptation rapide et syst&#233;matique des effets de ce que je d&#233;finis dans &lt;i&gt;Pour un grand retournement politique&lt;/i&gt; comme le paradigme dominant la pens&#233;e et l'action collective depuis trois si&#232;cles : &#171; l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, d'o&#249; le droit de chacun &#224; se d&#233;terminer comme il l'entend. Et qu'il est bon d'&#233;manciper les individus ou les soci&#233;t&#233;s, ce qui est compris comme la remise en cause des valeurs collectives, des r&#233;f&#233;rences au vrai et au bien jusque-l&#224; reconnues, et des autorit&#233;s correspondantes [&#8230;] jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, qu'on appelle maintenant post-moderne, pour qui la seule notion du bien est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences dans tous les domaines, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais naturellement le contenu de la gauche ainsi comprise varie selon les &#233;poques, et selon les clivages dominants du moment. Bien entendu selon les cas les priorit&#233;s peuvent varier, ce qui explique qu'il y ait plusieurs gauches. On pourra par exemple &#234;tre pour ou contre l'Europe selon qu'on la voit comme instrument d'&#233;mancipation ou comme menace. Mais aujourd'hui les clivages dominants d&#233;finissant la gauche au sens actuel portent sur l'&#233;cologie, l'id&#233;ologie woke plus ou moins li&#233;e aux courants LGBT ou f&#233;ministes, et les migrants. En revanche le clivage de classe ou de revenu a perdu de sa force pour elle. Les gens dits de gauche sont clairement et unanimement en faveur de chacun des trois termes pr&#233;c&#233;dents (&#233;cologie, wokes et migrants), mais ce qu'on appelait nagu&#232;re la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; largement d&#233;laiss&#233;. Ce qui fait que les ouvriers r&#233;els votent Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que tout cela n'est pas totalement surprenant. Car ce qui caract&#233;rise la gauche n'est pas par nature le souci des masses populaires, notamment ouvri&#232;res comme on pouvait le penser vers 1960, mais l'id&#233;e d'&#233;mancipation. Elle a pu se relier au socialisme mais elle peut le d&#233;laisser. D'ailleurs un regard historique nous rappelle que le positionnement &#224; gauche du socialisme n'&#233;tait pas une n&#233;cessit&#233;. Actuellement c'est le populisme de droite qui r&#233;cup&#232;re le peuple. Ajoutons qu'il pourrait dans une certaine mesure en &#234;tre de m&#234;me de l'&#233;cologie, qui n'a a pas de raison en soi d'&#234;tre accapar&#233;e par le parti de gauche du m&#234;me nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un t&#233;moignage provenant d'un auteur de gauche relativement traditionnel dans son positionnement, Thomas Piketty, peut nous le confirmer. Comme il le montre dans&lt;i&gt; Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt; (2019), la gauche est pass&#233;e graduellement de parti des travailleurs (ce qu'elle &#233;tait en gros en 1946) &#224; celui de parti des &#233;lites intellectuelles, en tout cas des dipl&#244;m&#233;s. A l'&#233;poque l'&#233;lecteur votant &#224; droite &#233;tait plus &#233;duqu&#233; que celui votant &#224; gauche ; c'est l'inverse d&#233;sormais. Ce qui fait d'ailleurs qu'une partie de la gauche, celle qui donne l'inspiration, fait objectivement partie des privil&#233;gi&#233;s &#8211; gr&#226;ce au syst&#232;me &#233;ducatif. Bien entendu cela ne r&#233;sume pas &#224; ses yeux le clivage droite gauche, car inversement dit-il il y a une corr&#233;lation entre niveau de patrimoine et vote &#224; droite. Ainsi pour lui il y a aux Etats-Unis deux blocs &#233;litaires, l'&#233;lite dipl&#244;m&#233;e qui est plut&#244;t d&#233;mocrate, et l'&#233;lite du patrimoine plut&#244;t r&#233;publicaine. Selon Piketty toujours, les exemples de l'Inde et du Br&#233;sil montrent que le clivage classiste ne l'emporte que quand on a d&#233;pass&#233; le clivage identitaire. Or note-t-il, il y a une mont&#233;e du clivage identitaire et ethnoreligieux, et il est ant&#233;rieur au probl&#232;me des migrants. Cela r&#233;sulte notamment de l'abandon des classes populaires par les sociaux-d&#233;mocrates, ainsi que de la chute de URSS (qui a rendu la redistribution par l'Etat moins utile).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La droite h&#233;t&#233;rog&#232;ne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, ce qu'on appelle droite comporte deux types assez diff&#233;rents de positions. En effet elle se relie soit &#224; l'affirmation d'une conception diff&#233;rente (classique ou conservatrice), soit au fait que quelqu'un ou un groupe se met en d&#233;calage sur un point ou un autre avec la pens&#233;e dominante d'o&#249; il vient, mais sans sortir de sa logique. D'o&#249; l'exemple bien connu des anciennes gauches refoul&#233;es sur la droite (bonapartisme, orl&#233;anisme). L'orl&#233;anisme ancien se retrouve maintenant avec ses origines, en rejoignant le macronisme, ou pas loin (LR). Le bonapartisme est devenu populisme de droite. Mais &#224; proprement parler la seule vraie droite, en cela qu'elle n'a jamais &#233;t&#233; de gauche, est la droite l&#233;gitimiste ou conservatrice (au sens doctrinal du terme) &#8211; qui n'a pas actuellement d'expression politique propre significative. Allant contre le paradigme dominant, elle rencontre le plus d'obstacle dans le syst&#232;me ambiant. Mais inversement, &#233;tant une pens&#233;e du r&#233;el, du sens commun, en un sens c'est la pens&#233;e naturelle, la tendance spontan&#233;e. L'emprise du paradigme relativiste et progressiste renverse cette tendance, mais elle tend &#224; resurgir en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Permanence de l'opposition &#224; travers de nouveaux clivages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t en tout cas clair que cette opposition droite-gauche, avec ses mutations historiques, reste un facteur majeur en politique, tant au niveau des id&#233;es qu'&#224; celui de la vie politique. Pourtant certains veulent pourtant y substituer d'autres clivages dans la vie politique. Notamment entre peuple et &#233;lites, entre souverainistes et mondialistes, ou entre nomades et enracin&#233;s (ou plusieurs de ceux-ci &#224; la fois). Notamment une th&#232;se r&#233;pandue voit cette opposition dans le clivage entre le macronisme et le populisme de droite (FN devenu RN). Qu'en est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le macronisme est n&#233; dans une culture de gauche, au sens d&#233;fini ci-dessus, mais dans une variante qui est all&#233;e au bout de la sociald&#233;mocratie dans son acceptation du capitalisme. Au minimum c'est une forme att&#233;nu&#233;e de la gauche (actuelle), un peu comme le parti radical sous la IIIe R&#233;publique, devenu un centre sous influence de gauche. Peut s'y ajouter un usage instrumental de quelques r&#233;f&#233;rences de droite &#224; l'occasion, mais de fa&#231;on non essentielle. Cela dit, il peut &#234;tre per&#231;u comme de droite par ceux qui gardent l'impression r&#233;tinienne de la gauche comme ouvri&#232;re et anticapitaliste par essence (ce que le macronisme n'est &#233;videmment pas), ou par ceux qui confondent ce parti de gouvernement avec le parti de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au populisme, il se fonde sur un d&#233;calage entre peuple et &#233;lites. Il peut donc &#234;tre des deux c&#244;t&#233;s, gauche ou droite. Mais dans le contexte actuel, et notamment au vu des choix de la gauche, il tend &#224; &#234;tre principalement situ&#233; &#224; droite car il prend la forme d'un refus du mondialisme, des migrations et des id&#233;ologies progressistes que la gauche met en avant. Seuls les Insoumis y &#233;chappent en partie et pr&#233;sentent parfois un certain populisme de gauche, mais bien limit&#233;. Le populisme est donc pour l'essentiel d&#233;sormais l'apanage de la droite, et il est identifi&#233; dans le syst&#232;me dominant comme situ&#233; &#224; l'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit donc, si le clivage entre peuple et &#233;lites, ou entre souverainistes et mondialistes, ou entre nomades et enracin&#233;s, existe dans une mesure importante, il ne remet pas en question l'opposition droite gauche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Droite, gauche : la grande confusion</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Droite-gauche-la-grande-confusion.html</link>
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		<dc:date>2021-07-03T09:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Droite</dc:subject>
		<dc:subject>Droite et gauche</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans un pr&#233;c&#233;dent article l'information selon laquelle il y aurait une droitisation de l'opinion. En fait seuls les populistes progressent ou plut&#244;t progressaient, sur la base d'un corps d'id&#233;es passablement flou. La gauche elle garde son h&#233;g&#233;monie intellectuelle et m&#233;diatique. Mais comme force de gouvernement elle se d&#233;compose, notamment le socialisme, et perd sa base populaire ; l'&#233;cologisme n'est que partiellement une solution de rechange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la confusion politique actuelle. Toutes les formules essay&#233;es, le macronisme en t&#234;te, ne sont que provisoires - sans parler des derni&#232;res &#233;lections. Il faudra s'y faire&#8230; pendant un temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans un pr&#233;c&#233;dent article l'information selon laquelle il y aurait une droitisation de l'opinion, ce qui laisse entendre qu'on aurait une id&#233;e claire de ce qu'est la droite. Or sur la base de la traditionnelle division tripartite de la droite dans ce qu'on appellera pour simplifier les conservateurs, les lib&#233;raux et les populistes, un examen plus d&#233;taill&#233; montre que seuls ces derniers ont vu leur r&#244;le et influence s'accro&#238;tre au moins pendant un temps, sur la base d'ailleurs d'un corps d'id&#233;es passablement flou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour compl&#233;ter l'analyse il faut voir ce qui se passe &#224; gauche. On sait que la gauche est intellectuellement h&#233;g&#233;monique : elle domine la production intellectuelle et l'expression publique des id&#233;es et informations, de fa&#231;on croissante avec le temps. Dominer ne vaut pas dire qu'elle est sup&#233;rieure, encore moins qu'elle a raison ; mais elle contr&#244;le la production et la diss&#233;mination des id&#233;es. Sur la sc&#232;ne politique, cela s'est traduit non pas par la domination de ce qu'a un moment donn&#233; on appelle politiquement la gauche, ou pas automatiquement, mais par le glissement de l'arc politique : l'axe droite/gauche garde son r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans la d&#233;finition de la polarit&#233; politique, mais les id&#233;es de gauche anciennes d&#233;pass&#233;es par de nouvelles id&#233;es de gauche glissent sur la droite de l'arc politique. Apr&#232;s tout, m&#234;me les bonapartistes (anc&#234;tres des populistes) et les orl&#233;anistes (lib&#233;raux) viennent en partie appr&#233;ciable de la gauche, ou en tirent une partie de leurs id&#233;es ; ils ne sont pas compr&#233;hensibles sans le rappel de cette origine - le glissement ayant &#233;t&#233; suivi d'une mutation, avec hybridation et fixation sur la droite. Et inversement les seuls &#224; toujours avoir &#233;t&#233; class&#233;s &#224; droite, les anciens l&#233;gitimistes, ou encore les h&#233;ritiers de la pens&#233;e classique, sont refoul&#233;s plus sur la droite, et s'hybrident dans ce qu'on appelle les conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les dilemmes croissants de la gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passe-t-il donc &#224; gauche ? Face &#224; la division tripartite de la droite, on constate un ph&#233;nom&#232;ne diff&#233;rent, car la gauche, elle, est enti&#232;rement un lieu d'origine. On pouvait jusqu'&#224; r&#233;cemment y discerner trois grands courants, quoique de poids tr&#232;s diff&#233;rents. Il y a d'abord un courant lib&#233;ral de gauche/r&#233;publicain/radical, tourn&#233; vers la mise en place de la d&#233;mocratie lib&#233;rale comme r&#233;gime politique, attach&#233; &#224; l'&#233;mancipation, tr&#232;s hostile &#224; la religion, avec des nuances internes entre lib&#233;raux et r&#233;publicains. Dominant sous la IIIe R&#233;publique, il a beaucoup perdu de sa pertinence politique et tend &#224; se faire refouler &#224; son tour sur la droite (o&#249; il contribue au syncr&#233;tisme : ce fut le cas du parti radical int&#233;gr&#233; dans l'UDF). Mais il reste important sur le plan des id&#233;es, en tant que tradition lib&#233;rale de gauche, &#233;mancipatrice ; on le voit actuellement en mati&#232;re de m&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me courant est le socialisme au sens large, de plus en plus pr&#233;pond&#233;rant depuis le si&#232;cle dernier, avec trois variantes nettement diff&#233;renci&#233;es, sociald&#233;mocrate, communiste et gauchiste. Mais comme on sait &#224; son tour il est touch&#233; par l'obsolescence. On peut m&#234;me parler d'un effondrement historique du socialisme, successivement sous ses deux formes pertinentes au niveau gouvernemental : la communiste &#233;videmment ; et plus r&#233;cemment la sociald&#233;mocrate, pour des raisons combin&#233;es : &#233;puisement du ressort budg&#233;taire, r&#233;duction de la classe ouvri&#232;re, et adh&#233;sion &#224; la mondialisation, li&#233;e au refus du patriotisme ; or la nation est d&#233;sormais est la seule base de protection des travailleurs locaux. Le gauchisme subsiste mais reste p&#233;riph&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me courant est l'anarchisme, g&#233;n&#233;ralement n&#233;gligeable politiquement mais distinct des pr&#233;c&#233;dents, sauf hybridation &#233;ventuelle avec le gauchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoute bien s&#251;r l'&#233;mergence plus r&#233;cente d'un nouveau courant, l'&#233;cologisme. Mais &#224; regarder de pr&#232;s, son positionnement &#224; gauche ne devrait pas aller de soi, sur la base de ce seul souci &#233;cologique. Certes cela remet en question l'&#233;conomie dominante, et donc conduit &#224; prendre un positionnement contestataire, ce qui s'apparente &#224; la gauche. Mais surtout il y a eu dans l'&#233;cologisme politique une greffe massive d'id&#233;es de gauche nullement li&#233;es en soi &#224; l'&#233;cologie, et notamment lib&#233;rales/libertaires (questions de m&#339;urs). Cela dit, au total, dans aucun pays le courant &#233;cologique ne para&#238;t en passe de jouer le r&#244;le politico-id&#233;ologique central que jouait &#224; gauche le socialisme. Il reste donc une tendance &#224; globale &#224; l'affaiblissement relatif de la gauche politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation se complique encore de fa&#231;on d&#233;terminante par l'&#233;mergence d'une autre probl&#233;matique, qui touche cette fois &#224; la composition de la population elle-m&#234;me. Probl&#233;matique qui est double : celle des migrants, et celle de la critique woke/intersectionnelle. La probl&#233;matique des migrants n'est pas facile pour les courants de gauche &#233;tablis, et notamment les socialistes. Le migrant a une origine, des vues et des int&#233;r&#234;ts qui divergent sensiblement de ceux des milieux populaires traditionnels, notamment ouvriers. Mais le r&#233;flexe dominant de la gauche politique, son mode de pens&#233;e spontan&#233;, &#233;mancipateur et cherchant sa base dans ce qu'il pense &#234;tre les victimes, le conduit &#224; voir les migrants comme on voyait le prol&#233;tariat. Outre que cela accro&#238;t le divorce entre la gauche et sa base populaire d'origine, cela ne lui donne pas une base de rechange, car cela se fait en bonne partie sans les migrants eux-m&#234;mes (m&#234;me s'ils votent &#224; gauche quand ils votent) ; et il n'y a rien ici d'&#233;quivalent &#224; ce qu'&#233;taient les syndicats. En outre la fascination des &#233;mancipateurs pour les &#233;volutions soci&#233;tales est diam&#233;tralement contradictoire avec les pr&#233;f&#233;rences spontan&#233;es des migrants, musulmans notamment. Une nouvelle synth&#232;se est rendue d&#232;s lors difficile et la probl&#233;matique des migrations acc&#233;l&#232;re l'&#233;volution des socialismes et leur d&#233;sagr&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoute, plus r&#233;cemment en France, la probl&#233;matique de l'intersectionnalit&#233; et de l'id&#233;ologie &#8216;woke'. Elle aussi s&#233;duit la gauche car elle se pr&#233;sente comme une nouvelle vague d'&#233;mancipation, combinant les pr&#233;occupations sur les m&#339;urs et le souci des &#8216;minorit&#233;s' raciales, ethnique, sexuelles ou autres. Mais de ce fait non seulement la gauche abandonne le terrain de l'universalisme qu'elle revendiquait ; elle s'enferme surtout dans des revendications contradictoires, ainsi entre le f&#233;minisme et la fascination &#233;trange que l'islam, per&#231;u comme religion des domin&#233;s, exerce sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de toute ceci une tr&#232;s grande confusion &#224; gauche au niveau politique, m&#234;me si son h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique reste intacte, voire est plus ambitieuse dans sa radicalit&#233; et son intol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cons&#233;quences pour la sc&#232;ne politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend dans un tel contexte les vell&#233;it&#233;s de remise en cause du clivage droite-gauche ; mais il subsiste comme facteur majeur de polarisation de la vie politique. D'autant qu'il recouvre et exprime les nouvelles polarit&#233;s, ainsi sur les questions de m&#339;urs et de soci&#233;t&#233;, sur l'immigration et les th&#232;mes &#8216;woke'. En revanche on a vu de plus en plus en plus et logiquement le glissement du vote populaire &#224; droite, essentiellement vers le populisme, au moins pendant un temps. Les derni&#232;res &#233;lections ne remettent pas en cause cette constatation : outre que la faible participation rend leur pertinence contestable, elles marquent surtout la stabilit&#233; de la politique locale et en aucun cas un renouveau des id&#233;es dites de droite. D'ailleurs la persistance de l'h&#233;g&#233;monie des id&#233;es de gauche ne permet pas une affirmation d'id&#233;es plus v&#233;ritablement de droite dans l'opinion. Le glissement s'est donc fait sans contenu nouveau, en tout cas sans &#233;laboration de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les immigr&#233;s et leurs descendants ne jouent pas encore comme tels de r&#244;le majeur. S'ils votent &#224; gauche, de fa&#231;on pr&#233;visible vu l'&#233;tat de l'arc politique, leur identification r&#233;elle aux traditions de gauche n'est en rien acquise, notamment en contexte musulman. On sait que Houellebecq a imagin&#233; une situation o&#249; ils prendraient position sur la droite, dans un cadre politique qui leur serait propre. C'est concevable intellectuellement, mais loin de la r&#233;alit&#233; actuelle. En dominante ils restent donc des suppl&#233;tifs passifs de la gauche. Et si on peut penser qu'&#224; terme ils devraient avoir leurs propres partis, ce serait sans doute au d&#233;but plut&#244;t &#224; gauche, accroissant par-l&#224; la confusion de ce c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; donc, si la sc&#232;ne id&#233;ologique, m&#233;diatique ou &#233;ducative reste domin&#233;e par la gauche, cela ne donne pas &#224; celle-ci les moyens de se reconstituer une base politique solide, tout au contraire. Mais &#224; droite la situation n'est pas meilleure : elle reste intellectuellement divis&#233;e, domin&#233;e, et le courant qui montait, populiste, est le plus faible sur ce plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant une telle situation, la sc&#232;ne politique est n&#233;cessairement confuse. Aucune formule ne permet de reconstituer un bloc dominant analogue &#224; ce qu'ont &#233;tabli, en leur temps, les radicaux ou les gaullistes en France, ou les sociaux-d&#233;mocrates scandinaves. Ou la tranquille alternance conservateurs/sociaux-d&#233;mocrates des Allemands ou des Britanniques. Mais inversement cela permet des combinatoires multiples, dont le point commun est la pr&#233;carit&#233; relative de chaque formule. Ainsi le macronisme, au profit du centre : exploitant &#224; fond la faiblesse des gauches et droites historiques, et jouant sur l'anath&#233;misation du populisme, il agr&#232;ge lib&#233;raux de gauche et lib&#233;raux de droite avec des fragments d'autres courants pour obtenir une majorit&#233; relative, le tout saupoudr&#233; d'europ&#233;isme, ce qui permet un temps de garder le pouvoir par d&#233;faut - avec l'aide des m&#233;canismes &#233;lectoraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de faits analogues, la combinatoire peut &#234;tre diff&#233;rente dans d'autres pays. Le maintien du cadre formel bipartisan permet, en pays anglosaxon, que subsiste une alternance, m&#234;me si de fa&#231;on sous-jacente les deux camps sont d&#233;sormais tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes, notamment aux Etats-Unis, o&#249; paradoxalement cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; se combine avec une radicalisation et une polarisation bien plus grandes qu'autrefois. Le sch&#233;ma Biden a quelques affinit&#233;s avec le macronisme (la comparaison avec Roosevelt est tr&#232;s exag&#233;r&#233;e), m&#234;me si la m&#233;canique bipartisane le d&#233;porte quelque peu sur la gauche . Inversement au Royaume Uni B. Johnson a r&#233;uni les droites sur un th&#232;me national (Brexit) avec des emprunts &#224; gauche (questions de m&#339;urs). Dans les deux cas, rien ne garantit que cela dure. Sans parler de l'Italie, o&#249; les technocrates ont provisoirement repris la main sur un arri&#232;re-plan politique et id&#233;ologique particuli&#232;rement confus et instable. Instabilit&#233; qu'on retrouve de fa&#231;on att&#233;nu&#233;e en Espagne, et m&#234;me en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vraie clarification peut donc demander du temps, en attendant que des dominantes &#233;mergent. Dans une large mesure, la question n'est pas uniquement de savoir si la gauche, le centre ou la droite politiques l'emporte, mais laquelle. Dans l'&#233;tat actuel des choses, les partisans d'une option claire ne peuvent &#234;tre que d&#233;&#231;us. Je plaide comme on sait, pour la pens&#233;e politique classique et conservatrice (ainsi dans mon dernier livre&lt;i&gt; Le grand retournement&lt;/i&gt;). Mais le vent ne lui est pas favorable. Dans l'intervalle, il s'agit alors de faire au mieux, malgr&#233; le contexte. Ce sera une affaire de conjoncture, et de personnes ; c'est important car c'est l'affaire de tous, mais cela ne sera sans doute que des palliatifs. Sur le fond, il faut en revanche recourir &#224; la vieille sagesse chinoise : dans les temps d&#233;favorables, il s'agit de survivre et de pr&#233;server ce qui importe, et donc de transmettre l'essentiel. Sans s'affoler : la roue de l'histoire tourne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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