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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>La guerre d'Ukraine : quelques le&#231;ons</title>
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		<dc:date>2022-03-03T17:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Sanctions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je n'ai pas une forte expertise militaire ni du monde russe. Et beaucoup d&#233;pendra des &#233;v&#233;nements, notamment sur le terrain. Mais cela n'emp&#234;che pas de proposer un raisonnement d'un point de vue de citoyen fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette agression caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si elle s'inscrit dans un contexte plus complexe qu'on ne le dit, le point central est de se rappeler que nous sommes un pays souverain dans un monde dur, o&#249; chacun doit prendre ses responsabilit&#233;s et s'organiser en cons&#233;quence, y compris pour &#339;uvrer en faveur de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-Ukraine-26-.html" rel="directory"&gt;Guerre Ukraine &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-juste-+.html" rel="tag"&gt;Guerre juste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Sanctions-+.html" rel="tag"&gt;Sanctions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je n'ai pas une forte expertise militaire ni du monde russe. Et beaucoup d&#233;pendra des &#233;v&#233;nements, notamment sur le terrain. Mais cela n'emp&#234;che pas de proposer un raisonnement d'un point de vue de citoyen. Je chercherai &#224; en rester &#224; ce niveau ; car si la vague d'&#233;motion qui submerge le d&#233;bat se comprend au vu des horreurs de la guerre, elle peut fausser le jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.	Rappel de quelques principes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons le principe de base en mati&#232;re internationale : chaque pays est autonome et responsable de son action. Cela ne veut pas dire qu'il ne consid&#232;re que ses seuls int&#233;r&#234;ts. Membre d'une communaut&#233; internationale, il prend &#233;videmment aussi en compte ses relations avec les autres pays, tant pour coop&#233;rer que pour la recherche de la paix. Mais qu'on soit dirigeant ou qu'on s'exprime comme simple citoyen, on parle et agit d'abord pour soi-m&#234;me (du point de vue de son peuple) car c'est ce dont on est directement responsable, y compris quand on agit pour la paix, ou en coop&#233;ration avec d'autres. De m&#234;me, quand il s'agit de prendre la parole ou de porter des jugements, ce qu'on a d'abord &#224; regarder est ce qu'on dit et fait soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que ceci vise d'abord et essentiellement le niveau national. Le niveau europ&#233;en existe mais il est d&#233;riv&#233; et partiel ; c'est une lieu de coop&#233;ration, pas de responsabilit&#233; politique directe, ni envers un peuple, ni m&#234;me devant l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette action, outre les int&#233;r&#234;ts de son pays, on a &#224; c&#339;ur la recherche de la paix, et d'une paix juste, donc la recherche d'un certain bien. mais on sait que la recherche du bien suppose la prise en compte des r&#233;alit&#233;s : c'est sur cette r&#233;alit&#233; qu'on veut agir au mieux. Le choix sera donc variable selon les circonstances et la situation. Ce qui est donc &#224; bannir en priorit&#233;, c'est la poursuite d'une id&#233;ologie (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Interventionnisme-et-ideologie.htmlr&#233;f&#233;rence&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Intervention...&lt;/a&gt;). Car une id&#233;ologie, c'est le placage a priori d'imp&#233;ratifs (en g&#233;n&#233;ral suppos&#233;s moraux) sur une r&#233;alit&#233;, quitte &#224; la mutiler. Ce qui est particuli&#232;rement nocif en mati&#232;re internationale, car il n'y a pas d'autorit&#233; mondiale en charge du bien commun de l'humanit&#233;, comme l'Etat est cens&#233; l'&#234;tre en dernier ressort au niveau national. Et chaque acteur, pr&#233;cis&#233;ment, incarne un point de vue particulier. D&#232;s lors, un Etat qui s'identifie &#224; une id&#233;ologie appara&#238;t aussit&#244;t comme mena&#231;ant pour tous ceux qui y contreviennent. Il peut mettre en avant une moralit&#233;, mais ce qu'il fait n'est pas le vrai bien moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action au niveau international suppose en outre d'&#234;tre cr&#233;dible. Non seulement en terme de pouvoir, mais aussi de d&#233;termination, dans un contexte o&#249; il n'y pas de juge de paix. Donc un esprit de combat et une pr&#233;paration &#224; la lutte (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/La-force-de-combattre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/La-force-de-...&lt;/a&gt;). Car la crise est toujours possible et derri&#232;re elle le conflit. A nouveau, sans perdre de vie le bien supr&#234;me qu'est la paix, et donc la recherche de relations le plus juste possible avec les autres acteurs. Et donc en particulier en gardant &#224; l'esprit les principes de la guerre juste, toujours valables (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Geopolitique-morale-et-guerre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Geopolitique...&lt;/a&gt;), et plus encore au vu des horreurs de la guerre moderne, que subit aujourd'hui la malheureuse Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	Le paysage international ambiant et son bouleversement suite &#224; l'attaque russe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde o&#249; nous sommes, qui reste largement celui d'une communaut&#233; d'Etats souverains qu'on appelle westphalienne, un principe essentiel pour la recherche de la paix est le respect de cette souverainet&#233; et donc des fronti&#232;res. On sait que ce principe n'est pas absolue ni totalement inviolable, et il y a des pr&#233;c&#233;dents f&#226;cheux comme la guerre d'Iraq (Etat il est vrai assez peu paisible alors, ce qui ne justifie pas l'agression), mais il reste un rep&#232;re majeur. De ce point de vue, l'attaque russe sur l'Ukraine, agression g&#233;n&#233;ralis&#233;e d'un Etat souverain par un autre, sans provocation ou menace du premier, ne peut faire l'objet que d'une condamnation nette. Notons incidemment que sur ce plan elle contredit la doctrine affich&#233;e par le grand alli&#233; de la Russie, la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par son ampleur et sa nouveaut&#233;, une telle agression repr&#233;sente ind&#233;niablement un tournant majeur dans les relations internationales. Certes, comme certains le soulignent non sans motifs, elle fait suite &#224; une s&#233;rie d'humiliations contreproductives inflig&#233;es &#224; la Russie, qui n'a jamais &#233;t&#233; accueillie dans le concert des pays avanc&#233;s quand elle pouvait l'&#234;tre, avec notamment l'extension continue de l'Otan (dont elle &#233;tait le seul ennemi possible et d&#233;sign&#233;) ; sans parler de l'&#233;ventuelle entr&#233;e de l'Ukraine qui &#233;tait une v&#233;ritable provocation, ou du mauvais traitement de la forte minorit&#233; russophone apr&#232;s la r&#233;volution de Maidan qui a quelque peu d&#233;s&#233;quilibr&#233; ce pays. La responsabilit&#233; am&#233;ricaine est ici claire, &#224; c&#244;t&#233; d'autres, et aussi dans une certaine mesure celle des dirigeants Ukrainiens (ce qui n'emp&#234;che pas de saluer aujourd'hui leur courage). Quand on conna&#238;t un violent avec qui on ne veut pas de conflit direct, on ne le provoque pas. Mais si tout cela constitue des facteurs en partie explicatifs, cela ne justifie en rien la r&#233;action totalement disproportionn&#233;e qu'est l'invasion de l'Ukraine et le d&#233;clenchement d'une guerre cruelle, qui ne respecte aucun des crit&#232;res de la guerre juste. D'autres mettent en avant la brutalit&#233; connue du r&#233;gime et de Poutine, dont t&#233;moignait entre autres la r&#233;pression violente en Tch&#233;tch&#233;nie. Il n'en reste pas moins qu'il y a un saut logique entre ces diff&#233;rents pr&#233;c&#233;dents et la pr&#233;sente agression. Le joueur d'&#233;chec que paraissait &#234;tre Poutine a en fait renvers&#233; la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, une appr&#233;ciation compl&#232;te d&#233;pend de ses buts ultimes, qui peuvent comporter deux composantes : d'une part une volont&#233; de puissance et de revanche (plus d'ailleurs qu'un nationalisme proprement dit), et d'autre part la reconstitution d'une grande Russie ou d'une forme r&#233;duite d'URSS. L'attaque montre en tout cas qu'on n'a pas affaire &#224; un patriotisme pur et simple, d&#233;fensif ; comme en t&#233;moignait d'ailleurs d&#233;j&#224; l'intervention en Syrie, acte de puissance et non de d&#233;fense de la patrie russe. Cela dit, m&#234;me dans cette perspective, la rationalit&#233; de l'acte n'est pas &#233;vidente. Elle a eu pour effet concret la recr&#233;dibilisation de l'Otan, et peut-&#234;tre un certain r&#233;armement europ&#233;en, mais s&#251;rement un co&#251;t &#233;conomique &#233;lev&#233; sur la dur&#233;e pour la Russie, et une plus grande d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la Chine. En fait, elle n'a sans doute un tant soit peu de sens c&#244;t&#233; russe qu'en allant bien au-del&#224; des buts affich&#233;s (neutralit&#233; de l'Ukraine, ind&#233;pendance du Donbass, &#233;volution du r&#233;gime). En particulier, au point o&#249; la Russie en est, des annexions appr&#233;ciables de sa part sur le sud et l'est de l'Ukraine (d&#233;guis&#233;es ou non) paraissent en &#234;tre une cons&#233;quence assez plausible, compl&#233;t&#233;e par la vassalisation du reste. Mais il est alors clair que cela rendrait l'op&#233;ration encore plus contestable pour les autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute enfin au niveau international le risque d'un retour d'une forme de guerre froide, &#224; nouveau fortement id&#233;ologis&#233;e, ce qu'il fallait autant que possible &#233;viter. Un bilan qui appara&#238;t donc tr&#232;s n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.	Quelle ligne strat&#233;gique pour un pays comme la France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t &#233;vident que dans un paysage comme celui-ci le patriotisme est plus que jamais &#224; l'ordre du jour, tant en termes d'esprit public que de taille des budgets militaires. Rester dans ses alliances, bien s&#251;r, et jouer l'action commune quand elle est f&#233;conde, mais garder son autonomie de jeu. Concr&#232;tement cela aurait suppos&#233; ne pas entrer dans l'organisation int&#233;gr&#233;e de l'Otan (et d'en sortir au moment opportun, tout en restant dans l'Alliance), de s'opposer &#224; l'entr&#233;e de l'Ukraine dans l'Otan, et de coop&#233;rer en mati&#232;re militaire avec les Europ&#233;ens mais sans se lier au mythe d'une d&#233;fense europ&#233;enne, qui dans l'&#233;tat actuel des choses ne serait qu'une variante de l'Otan. En d'autres termes, jouer sa partie, sans s'illusionner sur son poids r&#233;el mais r&#233;solument, car il n'est pas nul. Cela aurait sans doute renforc&#233; la cr&#233;dibilit&#233; d'E. Macron dans ses tentatives d'interm&#233;diation ou d'influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.	Que pouvait-on et que peut-on faire dans l'imm&#233;diat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu de la situation, la r&#233;action des pays occidentaux n'appara&#238;t pas d'embl&#233;e inad&#233;quate. Ce qu'on n'a pas fait, et avec raison, est &#233;videmment une entr&#233;e en guerre ; de ce point de vue la comparaison faite par certains avec Munich et l'avant-guerre ne tient notamment pas compte d'une diff&#233;rence majeure : le risque nucl&#233;aire. Restent les sanctions, l'aide militaire, les boycotts. Il &#233;tait difficile de ne pas r&#233;agir en signifiant &#224; la Russie la profondeur de la condamnation et du d&#233;saccord, et ces diff&#233;rents moyens d'action sont en soi concevables et coh&#233;rents avec les principes d&#233;velopp&#233;s ci-dessus. Naturellement cela rel&#232;ve d'un jugement prudentiel, qu'on peut contester (si on a la comp&#233;tence pour le faire). A titre personnel mais sans avoir toute la perspective, les sanctions &#233;conomiques me paraissent avoir leur sens ; la fourniture d'armes est plus risqu&#233;e (notamment pour la population ukrainienne, car cela aide &#224; prolonger la guerre) mais peut &#234;tre utile pour pr&#233;parer la n&#233;gociation. Je n'en dirai pas autant des provocations inutiles et contre-productives (boycott de musiciens et sportifs, hyst&#233;rie antirusse, rupture de toute pr&#233;sence &#233;conomique et culturelle en Russie etc.) qui en outre ne reconnaissent pas la distinction entre la Russie pays et son r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A terme court, que peut-on viser ? En tant que France on doit admettre qu'on n'est pas d&#233;terminant ; mais on peut tenter de contribuer. En dehors d'un changement radical &#224; Moscou, l'&#233;tat des lieux sur le plan militaire conduit &#224; envisager in&#233;luctable un statut de neutralit&#233; pour l'Ukraine ; le maintien le meilleur possible de son int&#233;grit&#233; serait &#233;videmment tr&#232;s souhaitable mais pas &#233;vident. Et si on doit viser la n&#233;gociation et l'arr&#234;t de guerre, en sauvant ce qui peut l'&#234;tre, cela suppose le maintien de pressions fortes. Mais le prolongement d'une situation de bellig&#233;rance au moins latente sur place est un risque &#233;lev&#233;, et donc de tensions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.	Que peut-on viser &#224; terme long ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la France ne peut tout faire, loin de l&#224;, et pas plus l'Europe en g&#233;n&#233;ral. L'id&#233;al serait sans doute une n&#233;gociation d'ensemble, assurant durablement les conditions de la paix en Europe. Cela aurait &#233;t&#233; sans doute une tr&#232;s bonne id&#233;e dans les ann&#233;es 90 ; c'est plus difficile aujourd'hui. Et cela implique &#233;videmment au pr&#233;alable que ce conflit se stabilise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me alors, cela suppose des conditions difficiles &#224; r&#233;unir. C&#244;t&#233; russe, car le choix qu'a fait Poutine risque de se r&#233;v&#233;ler &#234;tre de sa part un pari existentiel, rendant une vrai normalisation impraticable. Et c&#244;t&#233; am&#233;ricain, non seulement cela suppose une r&#233;vision de leur attitude dominante envers la Russie depuis 30 ans, outre que plus g&#233;n&#233;ralement leur fiabilit&#233; en mati&#232;re de trait&#233;s internationaux reste &#224; d&#233;montrer. C&#244;t&#233; europ&#233;en, un risque pourrait &#234;tre la vassalisation d&#233;finitive du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc cette voie de la n&#233;gociation d'ensemble ne doit pas &#234;tre &#233;cart&#233;e, ce n'est pas la panac&#233;e. Reste la navigation &#224; vue, avec la meilleure volont&#233; du monde, mais beaucoup de d&#233;termination, et la claire conscience du fait que notre sort est d'abord entre nos mains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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