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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Une d&#233;rive progressiste : sacraliser l'autod&#233;termination de l'individu</title>
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		<dc:date>2025-06-22T16:22:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Culture de mort</dc:subject>
		<dc:subject>Euthanasie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'exemple du d&#233;bat sur l'euthanasie est a priori surprenant. Ses adversaires ont d&#233;velopp&#233;s des tr&#233;sors d'arguments raisonnables pour montrer l'immoralit&#233; de ce d&#233;veloppement, et sa contradiction avec des convictions par ailleurs admises par tous et mises dans les lois. Or ils n'ont en rien emport&#233; le d&#233;bat. C'est que les partisans de l'euthanasie ont une conception diff&#233;rente de la morale et par l&#224; du sacr&#233;. Ce qu'ils sacralisent, c'est l'autod&#233;termination de l'individu.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/mouth-guard-4955470_640.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une intensit&#233; &#233;motive qui paralyse l'argumentation rationnelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une erreur que nous commettons tous spontan&#233;ment est d'aborder les convictions des autres selon leur contenu intellectuel ou rationnel. Or la dimension &#233;motionnelle est essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On connait d&#233;j&#224; le cas de scientifiques attach&#233;s &#224; leur th&#233;orie et pouvant la d&#233;fendre passionnellement, mais cela ne donne pas toute la mesure du ph&#233;nom&#232;ne. Car dans le domaine politique et moral, la valorisation &#233;motionnelle d'une conviction ne r&#233;v&#232;le pas seulement un degr&#233; d'attachement ; elle signale souvent un ressort puissant : une forme de sacralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de loi sur l'euthanasie : on a d&#233;velopp&#233; des tr&#233;sors d'arguments tr&#232;s raisonnables, souvent remarquablement, pour montrer l'immoralit&#233; de ce d&#233;veloppement, et sa contradiction avec des convictions par ailleurs admises par tous et mises dans les lois : la protection des plus faibles ; l'aide &#224; apporter &#224; quelqu'un qui veut se suicider pour l'en emp&#234;cher. Bien s&#251;r, il y a de ce c&#244;t&#233; aussi une dimension &#233;motionnelle, l'horreur &#224; l'&#233;gard de ce qui est une forme de meurtre ; et une dimension explicitement religieuse chez beaucoup. Mais elles ne sont pas n&#233;cessaires. Les arguments rationnels &#233;voqu&#233;s sont forts par eux-m&#234;mes. Or il est &#233;vident qu'ils n'ont en rien emport&#233; le d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est significatif ici est en effet ce qui se passe de l'autre c&#244;t&#233;. L'intensit&#233; de l'effort en faveur de l'euthanasie ne s'explique pas par le seul positionnement politique. Il y a l&#224; aussi un &#233;l&#233;ment de conviction intense, et se voulant &#224; sa fa&#231;on moral. D'o&#249; provient-il ? Sans doute de l'id&#233;e du droit absolu de l'individu de choisir son destin comme il l'entend, et m&#234;me sa nature. C'est donc cette nouvelle &#8216;morale' qu'il faut interroger, d'autant qu'on la retrouve dans bien des causes soci&#233;tales actuelles, le mariage pour tous &#233;tant l'&#233;tape la plus caract&#233;ristique, ou les &#8216;causes' LGBT. La mobilisation &#233;motionnelle y va bien au-del&#224; de l'enjeu, ainsi la passion dans certains milieux pour la cause des &#8216;trans'. On touche manifestement l&#224; &#224; une dimension qui pour les convaincus est sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle sacralit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici un autre ph&#233;nom&#232;ne remarquable : le glissement observ&#233; depuis 60 ans du culte du h&#233;ros au culte de la victime, qui tend pr&#233;cis&#233;ment &#224; &#234;tre sacralis&#233;e, comme le montre l'excellente analyse de Fran&#231;ois Azouvi Du h&#233;ros &#224; la victime : la m&#233;tamorphose contemporaine du sacr&#233;. Ce qui est d'ailleurs en consonance avec une certaine mentalit&#233; d&#233;mocratique : par d&#233;finition, le h&#233;ros, ce n'est pas tout un chacun ; tandis que la victime, c'est potentiellement tout le monde. La victime n'a aucun m&#233;rite dans son sort (contrairement au h&#233;ros) ; elle demande certes soin et sollicitude, mais pas une sacralisation. Pourquoi alors celle-ci ? Sans doute parce que ce qui est en cause est le fait que s'il y a victime, c'est qu'on a touch&#233; &#224; la personne et &#224; ses droits, suppos&#233;s sacr&#233;s ind&#233;pendamment de ce que cette personne est ou fait (sauf dans le cas de ceux qui contreviennent &#224; cette nouvelle morale, qu'on appellera les fascistes). C'est cette sacralisation qui conduit &#224; des vagues d'indignation intense (comme dans le cas de George Floyd), qui vont bien au-del&#224; du cas concern&#233;. C'est l&#224; en un sens une nouvelle religion de l'individu ; en comprenant bien s&#251;r le mot religion au sens figur&#233;, car il y a l&#224; nulle transcendance. Mais cela comporte une dimension &#233;vidente de &#8216;sacr&#233;' : les Droits sont sacr&#233;s, l'immunit&#233; personnelle est sacr&#233;e (toujours hors &#8216;fascistes'). Cette absolutisation de l'auto-d&#233;termination conduit m&#234;me, dans le cas de l'euthanasie, &#224; glorifier un suppos&#233; droit &#224; dispara&#238;tre. Vous n'&#234;tes pas victime parce que vous allez mourir, car vous le choisissez ; vous &#234;tes victime parce que vous souffrez, et que l'affreuse soci&#233;t&#233; ne vous aide pas &#224; mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se relie &#224; un autre ph&#233;nom&#232;ne : le glissement d'une compr&#233;hension de la d&#233;mocratie comme gouvernement du peuple &#224; une d&#233;mocratie identifi&#233;e &#224; des principes, et notamment aux Droits, tels qu'interpr&#233;t&#233;s par les juges et les Cours supr&#234;mes. On n'h&#233;site plus &#224; casser ou brider l'expression populaire si elle est contraire aux Principes sacr&#233;s. Certes, le progressisme a toujours &#233;t&#233; au fond &#233;litiste et autoritaire, la fraction avanc&#233;e conduisant le peuple car, une fois &#233;clair&#233;, il comprendra que c'&#233;tait pour son bien. Mais justement, autrefois le progressiste avait confiance dans l'id&#233;e que le peuple comprendrait. Ici on a l'impression qu'il n'en est plus si s&#251;r, car la tentation populiste menace et l'inqui&#232;te beaucoup, et qu'il faut donc canaliser ce peuple. La sc&#232;ne europ&#233;enne actuelle en montre bien des exemples. Mais parmi les causes de cette &#233;volution, il faut compter, comme not&#233; ci-dessus, le glissement &#233;motionnel et parareligieux qui s'est produit. Pour simplifier, dans la mesure o&#249; il y avait une mystique chez les r&#233;publicains &#224; l'ancienne, elle portait sur le peuple ; maintenant elle s'en d&#233;tache, et ne vise plus que l'individu et ses &#8216;Droits'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme du chr&#233;tien progressiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a incidemment des cons&#233;quences curieuses dans le petit monde des chr&#233;tiens progressistes. Ils sont habitu&#233;s &#224; refuser de voir les d&#233;rives de notre soci&#233;t&#233; comme telles, et au contraire &#224; interpr&#233;ter ce qui se passe comme un mouvement historique en soi sain, qu'il faut simplement bien comprendre et canaliser. M&#234;me si c'est quand m&#234;me assez &#233;loign&#233; de ce qu'un chr&#233;tien viserait spontan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le progressiste se trouve en porte-&#224;-faux lorsque cette &#233;volution heurte frontalement une conviction chr&#233;tienne profonde, comme dans le cas de l'euthanasie. Alors que dans le cas du mariage pour tous, il a pu se sentir peu concern&#233;, voire choqu&#233; par la mobilisation de ses coreligionnaires conservateurs, ici il se regimbe. Sauf cas particulier, la grande majorit&#233; d'entre eux s'est oppos&#233;e au projet de loi. Ces progressistes plus sinc&#232;res font alors l'exp&#233;rience douloureuse de ce que vit le &#8216;conservateur', qui voit depuis longtemps ses convictions profondes bless&#233;es par l'&#233;volution sociale. Mais ici le conflit est entre deux convictions &#233;motionnellement intenses : leur foi d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre leur attachement irrationnel &#224; ce si&#232;cle, nourri d'une lecture na&#239;ve de Vatican II. Gageons qu'ils finiront en majorit&#233; par surmonter cette p&#233;rip&#233;tie d&#233;sagr&#233;able. Mais peut-&#234;tre certains finiront par comprendre qu'il y a l&#224; un vrai probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a derri&#232;re ces controverses &#233;motionnellement intenses (une morale r&#233;ellement v&#233;cue est &#233;motionnellement toujours intense), un d&#233;bat de fond, qui oppose en d&#233;finitive deux morales diff&#233;rentes. Plus pr&#233;cis&#233;ment, on a d'un c&#244;t&#233; une vraie morale au sens classique du terme, n&#233;cessairement &#8216;h&#233;t&#233;ronome' pour parler comme Marcel Gauchet. Car une morale, c'est la reconnaissance qu'une chose est bonne ou mauvaise objectivement ; le bien et le mal ne peuvent &#234;tre le fait de choix personnels, lesquels sont des pr&#233;f&#233;rences, et non des exigences morales. Et d'un autre c&#244;t&#233;, une pr&#233;tendue &#8216;morale' de l' &#8216;autonomie', qui est en quelque sorte une &#8216;morale' des r&#232;gles du jeu : chacun d&#233;finit sa morale personnelle comme il le souhaite ; et le sacr&#233; se d&#233;place sur le respect absolu cens&#233; devoir &#234;tre apport&#233; &#224; ce &#8216;libre' choix. En ce sens, et contrairement &#224; ce qu'on lit ici ou l&#224;, les wokes attach&#233;s au sort des &#8216;communaut&#233;s' cens&#233;ment opprim&#233;es (noirs, femmes, LGBT etc.) sont dans la droite ligne des suppos&#233;es Lumi&#232;res et de leur programme dit d'&#233;mancipation, fond&#233; sur le refus de l'h&#233;t&#233;ronomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le sacr&#233; s'applique &#224; des r&#233;alit&#233;s profond&#233;ment antinomiques, l'opposition est radicale et le dialogue rationnel tr&#232;s difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/france/une-derive-progressiste-sacraliser-lautodetermination-de-lindividu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/france...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Relativisme et d&#233;tournements d'identit&#233;s</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Relativisme-et-detournements-d-identites.html</link>
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		<dc:date>2022-08-10T13:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sens des mots</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On constate une tendance nouvelle et &#233;trange de l'individualisme de nos jours. Elle consiste non pas &#224; refuser les identit&#233;s collectives pour affirmer sa personnalit&#233;, mais &#224; pr&#233;tendre toujours relever de ces identit&#233;s, &#224; s'en r&#233;clamer m&#234;me, tout en les comprenant ou red&#233;finissant de fa&#231;on contradictoire avec ce qu'elles signifient. Ainsi ces suppos&#233;s catholiques qui ne croient pas ce que croit l'Eglise, ces m&#226;les qui pr&#233;tendent &#234;tre reconnus comme des femmes normales etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ruine tout dialogue collectif, toute pens&#233;e claire, les mots se vidant de leur sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On constate une tendance nouvelle et &#233;trange de l'individualisme de nos jours, consistant non pas &#224; refuser les identit&#233;s collectives pour affirmer sa personnalit&#233;, mais &#224; pr&#233;tendre toujours relever de ces identit&#233;s, &#224; s'en r&#233;clamer m&#234;me, tout en les comprenant ou red&#233;finissant de fa&#231;on contradictoire avec ce qu'elles signifient. Prenons le champ religieux, et notamment les catholiques. Autrefois celui qui n'&#233;tait pas d'accord avec ce qui est consid&#233;r&#233; un point central par l'Eglise en d&#233;duisait que si elle se trompait avec autorit&#233; sur un point essentiel, elle ne pouvait &#234;tre ce qu'elle pr&#233;tendait &#234;tre, l'Eglise fond&#233;e par le Christ et, entre autres, gardienne de son enseignement. D&#232;s lors, ils en sortaient, soit pour rejoindre un autre groupe religieux, soit pour cesser de pratiquer, soit pour affirmer leur propre voie. Or maintenant vous voyez des personnages nombreux et loquaces, tr&#232;s actifs sur les m&#233;dias et r&#233;seaux sociaux, qui critiquent vertement ce que l'Eglise affirme, souvent depuis toujours et sur des points essentiels, mais ne s'en d&#233;clarent pas moins catholiques, continuent &#224; fr&#233;quenter leur &#233;glise, voire communient all&#233;grement etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de bien des progressistes durs au sein du catholicisme est ici significatif : leur foi chr&#233;tienne peut &#234;tre vive, mais leurs id&#233;es sont souvent objectivement en contradiction avec ce que l'Eglise enseigne comme point essentiel de la foi. Aux &#233;poques ant&#233;rieures, prenant conscience de ce d&#233;calage, et en supposant qu'ils maintenaient leur point de vue, ils auraient trouv&#233; &#233;vident de refuser l'expression de &#8216;catholique' pour se d&#233;crire eux-m&#234;mes. L&#224; c'est le contraire : ils s'offusquent quand on leur fait remarquer la contradiction. Ils tiennent &#224; &#234;tre qualifi&#233;s de catholiques, mais en donnant &#224; ce terme un autre sens. Le cas est bien plus rare avec les conservateurs &#8211; qui peuvent poser d'autres probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude est tr&#232;s &#233;trange. On est tent&#233; de la rapprocher d'un ph&#233;nom&#232;ne apparemment diff&#233;rent, celui des transgenres. Voil&#224; des gens qui sont biologiquement des hommes ou des femmes, qui savent que c'est un fait mat&#233;riel qu'ils ne peuvent modifier, mais parce qu'ils se sentent en eux-m&#234;mes du sexe oppos&#233;, non seulement ils veulent vivre selon les usages de ce sexe auquel ils s'identifient, mais veulent imposer &#224; la soci&#233;t&#233;, et dans le droit, l'id&#233;e qu'ils sont effectivement et pleinement de ce sexe, y compris lorsqu'ils n'ont subi aucune transformation physique. Etrangement cet homme exige donc d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme une femme &#8216;normale' ; il revendique une normalit&#233; contredite par le sens des mots. Comme ils ont r&#233;ussi &#224; imposer ce point de vue l&#233;galement, il en r&#233;sulte des situations aberrantes : des hommes suppos&#233;s devenus femmes qui f&#233;condent une femme suppos&#233;e devenue homme, laquelle accouche ensuite. Ou des sportifs en fait homme qui gagnent des comp&#233;titions f&#233;minines. Ce qui est diff&#233;rent de la situation o&#249; un homme peut se sentir femme au fond de lui-m&#234;me, mais sait et reconna&#238;t que biologiquement il est un homme : il reste coh&#233;rent dans l'usage des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, l'&#233;tranget&#233; est non pas dans le fait qu'on affirme &#234;tre autre chose que ce que les autres pensent, mais qu'on pr&#233;tende s'arroger une d&#233;nomination collective manifestement pas faite pour d&#233;crire ce qu'on pense &#234;tre. La nouveaut&#233; est cette appropriation ou arraisonnement &#233;trange d'un mot de la communaut&#233; qui ne d&#233;signe pas ce &#224; quoi on veut l'utiliser. Cela peut s'expliquer parfois par des raisons tierces (profiter de l'appareil de l'Eglise par exemple, plut&#244;t que de s'isoler ; ou r&#233;cup&#233;rer une appellation jug&#233;e porteuse politiquement) mais cela ne peut pas rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux comprendre l'enjeu, prenons un autre exemple : un m&#233;diocre joueur de piano qui revendiquerait d'&#234;tre consid&#233;r&#233; un virtuose, alors qu'il ne l'est pas. Il peut &#233;ventuellement sinc&#232;rement sentir en lui un virtuose. Personnellement je chante faux mais je sens r&#233;ellement en moi le chant tel qu'il devrait &#234;tre &#8211; sauf que ce n'est pas ce qui sort. Mais objectivement si les mots gardent leur sens, les autres lui refuseront cette appellation. Virtuose est un mot qui perd son sens si quelqu'un peut le revendiquer sans en &#234;tre un. Alors pourquoi pas &#8216;femme' ou &#8216;catholique' ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas en un sens le point extr&#234;me du relativisme ambiant : l'abandon de ce minimum qui nous reste en commun avec nos semblables : des mots qui ont au moins en gros le m&#234;me sens ? Car si catholique peut d&#233;signer quelqu'un qui affirme les choses les plus vari&#233;es en mati&#232;re religieuse, ou femme un individu qui biologiquement ne l'est pas, ou virtuose n'importe quel individu qui touche un piano, ces mots deviennent tellement &#233;lastiques qu'ils perdent leur fonction, ce ne sont plus des outils de langage et par l&#224; de communication ; ils deviennent de pures &#233;tiquettes subjectives. D'o&#249; ce qu'un auteur avis&#233; avait appel&#233; &#8216;dissoci&#233;t&#233;' : le contraire d'une soci&#233;t&#233;, puisqu'on ne peut plus v&#233;ritablement se parler, les mots n'ayant pas le m&#234;me sens, ou &#233;tant vid&#233;s de sens. Tactique &#233;galement utilis&#233;e dans un autre contexte par des pouvoirs totalitaires (voir Orwell). Inversement, on dit de Confucius qu'il aurait r&#233;pondu &#224; qui lui demandait ce qu'il ferait en premier s'il &#233;tait empereur, qu'il corrigerait le sens des d&#233;nominations, c'est-&#224;-dire redonnerait aux mots leur sens. Du fait des pr&#233;tentions irrationnelles de ces groupes, nous n'avons potentiellement plus de langue commune. C'est bien un de nos probl&#232;mes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Indig&#233;nisme, pens&#233;e d&#233;coloniale, intersectionnalit&#233; : les nouveaux dilemmes du progressisme</title>
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		<dc:date>2021-04-05T09:11:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Intersectionnalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;colonisation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un fait trouble beaucoup le d&#233;bat public : l'&#233;mergence r&#233;cente de ce qu'on appelle indig&#233;nisme, d&#233;colonialisme, Black Lives Matter, sans parler des diverses th&#233;ories du genre ou d'un certain f&#233;minisme, et des &#233;lucubrations de ce qu'on appelle intersectionnalit&#233;. C'est l'id&#233;e d'abord que des populations cens&#233;ment opprim&#233;es peuvent seules parler de ce qui est cens&#233; les opprimer ; et ensuite que l'ensemble de la culture et civilisation occidentale est coupable de ces oppressions, ce qui implique critique et &#233;puration. Et on censure les auteurs, on abat les statues, on colonise m&#233;dias et universit&#233;s pour imposer le discours unique etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le d&#233;sarroi de l'opinion progressiste face &#224; cette nouvelle gauche, par rapport &#224; la vision universaliste (ou plut&#244;t se voulant telle) qu'elle avait du progr&#232;s et de la soci&#233;t&#233;. Apparemment l'opposition est frontale. Mais en r&#233;alit&#233; tous deux sont issus d'une source commune, ou plut&#244;t d'un paradigme fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un fait trouble beaucoup le d&#233;bat : l'&#233;mergence r&#233;cente dans l'espace public de ce qu'on appelle indig&#233;nisme, d&#233;colonialisme, Black Lives Matter, sans parler des diverses th&#233;ories du genre ou d'un certain f&#233;minisme, et des &#233;lucubrations de ce qu'on appelle intersectionnalit&#233;. C'est l'id&#233;e d'abord que des populations cens&#233;ment opprim&#233;es peuvent seules parler de ce qui est cens&#233; les opprimer ; et ensuite que l'ensemble de la culture et civilisation occidentale est coupable de ces oppressions, ce qui implique critique et &#233;puration. Et on censure les auteurs, on abat les statues, on colonise m&#233;dias et universit&#233;s pour imposer le discours unique etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le d&#233;sarroi de l'opinion progressiste face &#224; cette nouvelle gauche, par rapport &#224; la vision universaliste (ou plut&#244;t se voulant telle) qu'elle avait du progr&#232;s et de la soci&#233;t&#233;. Apparemment l'opposition est frontale. Mais en r&#233;alit&#233; tous deux sont issus d'une source commune, ou plut&#244;t d'un paradigme fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le montre dans un livre paru r&#233;cemment, Pour un grand retournement politique &#187; (Editions du Bien commun), ce paradigme domine notre culture depuis trois si&#232;cles. Un paradigme est ce qui structure la pens&#233;e ou son expression publique. C'est ici l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, et que chacun se d&#233;termine comme il l'entend, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin &#8211; ce qu'on trouve dans la D&#233;claration des Droits de l'homme de 1789. Emerg&#233; au XVIIe si&#232;cle, il a fait progressivement sentir ses effets jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, pour qui la seule notion du bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit absolu de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. D'o&#249; une lente d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s, qui ronge petit &#224; petit ces biens communs essentiels qu'&#224; des degr&#233;s divers l'humanit&#233; avait rep&#233;r&#233;s ou construits au cours du temps. A chaque phase de l'histoire des pays d'Europe, les cons&#233;quences tir&#233;es de ce cadre de pens&#233;e ont &#233;volu&#233; dans le sens d'une radicalit&#233; croissante, selon un programme qui se veut d'&#233;mancipation. Le politiquement correct d'aujourd'hui e&#251;t &#233;t&#233; impensable il y a cinquante ans ; mais une fois-l&#224;, il s'impose : tol&#233;rant au d&#233;part, il conduit ensuite &#224; la condamnation de tout ce qui le contredit. Avec une constante : la remise en cause successive des &#233;l&#233;ments communs de la cit&#233;, des valeurs de bien ou de vrai, de toute id&#233;e de tradition ou de devoir objectif, ou m&#234;me de la communaut&#233; elle-m&#234;me. D'o&#249; la pratique forcen&#233;e de la d&#233;construction, et le relativisme postmoderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, on manque de rep&#232;res communs, et de plus en plus. Seul subsiste ce droit absolu &#224; d&#233;finir ses valeurs, ou &#224; se d&#233;finir soi-m&#234;me, ce qu'on organise dans un syst&#232;me de r&#232;gles du jeu, notamment autour de l'id&#233;e de d&#233;mocratie et de droits de l'homme. Et comme cela ne suffit &#233;videmment pas pour vivre ensemble, on compte d'une part sur des &#233;l&#233;ments plus traditionnels - mais que la d&#233;construction ronge toujours plus (comme on l'a vu pour la famille). Et d'autre part on recourt aux seuls &#233;l&#233;ments mat&#233;riels, car ils sont jug&#233;s indiscutables. D'o&#249; un mat&#233;rialisme foncier, un essai d'enr&#244;lement de la science, et l'obsession de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point important ici que si un paradigme structure la pens&#233;e, il n'en d&#233;termine pas le contenu ; il ne conduit pas &#224; une s&#233;rie de th&#233;or&#232;mes. Notamment en fonction des sujets et des approches de chacun : le paradigme les oriente et les conditionne, mais le contenu peut varier consid&#233;rablement. C'est encore plus vrai du paradigme actuel, fond&#233; sur l'id&#233;e que chacun se fabrique &#224; volont&#233; ses normes morales et sa v&#233;rit&#233; : in&#233;vitablement on va donc diverger selon les choix de chacun. Mais dans tous les cas on garde la matrice commune, et notamment le relativisme et la pratique de la d&#233;construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait qu'&#224; partir de cette m&#234;me matrice on ait pu avoir, &#224; gauche, successivement d'un c&#244;t&#233; des &#8216;r&#233;publicains' (ou &#8216;socialistes') attach&#233;s &#224; une loi abstraite appliqu&#233;e &#224; tous, &#224; un patriotisme constitutionnel, aux droits de l'homme etc. Et de l'autre ces revendications communautaristes ou particularistes, intersectionnelles, d&#233;coloniales et autres. Les secondes n'exaltent en rien les communaut&#233;s naturelles, l'enracinement, encore moins la loi morale objective, &#224; la fa&#231;on des classiques ou des conservateurs. Elles se situent bien dans le cadre dominant. Mais elles reprochent aux premiers d'ignorer ce qu'implique la situation de chacun, s'il est affect&#233; d'une sp&#233;cificit&#233; qui nous dit-on d&#233;bouche sur une oppression sociale, comme la couleur de peau, des m&#339;urs diff&#233;rentes, une religion mal vue, s'il est une femme etc. Au fond c'est la m&#234;me critique que faisaient les marxistes aux lib&#233;raux : superposer un homme abstrait et des droits th&#233;oriques &#224; la situation r&#233;elle du prol&#233;tariat. Mais ces nouvelles revendications s'inscrivent encore mieux dans le cadre du paradigme, puisqu'elles font appel au ressenti et &#224; la subjectivit&#233; de chacun. Dans un contexte relativiste, il n'est pas &#233;tonnant en outre qu'on en vienne &#224; refuser tout langage commun. Les &#8216;r&#233;publicains' s'en offusquent, mais na&#239;vement : ils ont raison d'&#234;tre r&#233;volt&#233;s par cette disparition de tout &#233;l&#233;ment de vie commune ; mais ils ont tort de ne pas voir la matrice qui est commune &#224; leurs principes et &#224; ces d&#233;veloppements nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sortira pas de ces dilemmes sans remettre en question cette matrice commune, qui est notre paradigme. Non, il n'y a pas de droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ce qui est vrai et ce qui est bien. Il y a une libre recherche en commun dans la soci&#233;t&#233;, dont les r&#233;sultats sont transmis aux g&#233;n&#233;rations suivantes. La culture h&#233;rit&#233;e peut donc &#234;tre enrichie et &#233;ventuellement relativis&#233;e au fil du temps, mais pas remise en cause comme telle, et au contraire transmise avec soin. Et le souci de la communaut&#233;, de sa vie commune aussi harmonieuse que possible, tourn&#233;e vers le bien commun, est un imp&#233;ratif essentiel. Tout ceci est compatible avec une pluralit&#233; d'options et de traditions, mais si elles s'inscrivent dans ce cadre commun, qui ne se limite en rien &#224; des r&#232;gles du jeu ou des principes abstraits. Dans un tel cadre on peut int&#233;grer le respect de la famille v&#233;ritable et une conception saine des droits de l'homme ; on peut se pencher sur la l&#233;gitimit&#233; des communaut&#233;s et cultures particuli&#232;res, int&#233;gr&#233;es dans la culture commune ; et on peut examiner les accusations de comportement oppressif, pour les redresser en faisant appel &#224; une morale commune. Bref, on peut aider chacun &#224; s'&#233;panouir et &#224; trouver sa place, dans une vraie maison elle aussi commune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Loi naturelle, Valeurs universelles et diversit&#233; des cultures</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Loi-naturelle-Valeurs-universelles-et-diversite-des-cultures.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Loi-naturelle-Valeurs-universelles-et-diversite-des-cultures.html</guid>
		<dc:date>2020-09-27T09:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Valeurs universelles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Droits de l'homme, d&#233;mocratie : des valeurs universelles, vraiment ? Le constat est en r&#233;alit&#233; bien plus ambigu. Malgr&#233; les proclamations plan&#233;taires, ONU &#224; l'appui. D'une part ces r&#233;f&#233;rences sont remises en cause par bien des pays ou cultures, notamment en Asie ou dans le monde islamique. D'autre part, dans le monde occidental m&#234;me elles subissent sans cesse des mutations profondes, alors m&#234;me qu'elles sont suppos&#233;es permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc de fa&#231;on renouvel&#233;e la question de la nature et du fondement de toute pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233; de valeurs morales communes. La seule r&#233;ponse rationnelle est la loi naturelle ; elle affirme l'existence de valeurs morales universelles, objectives, qui devraient s'imposer &#224; tous par leur v&#233;rit&#233; m&#234;me, et cela &#233;ventuellement en dehors de toute foi religieuse (m&#234;me si l'Eglise catholique la d&#233;fend). Mais c'est ce que le syst&#232;me dominant r&#233;cuse. Ce qui le conduit &#224; une forme de manich&#233;isme. La loi naturelle au contraire est recherche d'universalit&#233; v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons ce que tout cela peut impliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Constat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des valeurs universelles, vraiment ? Le constat est bien ambigu. D'un c&#244;t&#233; on proclame universelles de telles valeurs, comme les d&#233;clarations de Droits de l'homme ou la d&#233;mocratie. Mais de l'autre, pour qui regarde autour de soi, on voit que ce sol glisse de plus en plus sous nos pieds. D'une part cette r&#233;f&#233;rence est remise en cause par bien des pays ou cultures, notamment en Asie ou dans le monde islamique, au nom d'une interpr&#233;tation locale diff&#233;rente ou m&#234;me par refus pur et simple (les &#171; valeurs asiatiques &#187;). D'autre part, dans leur lieu d'origine m&#234;me, dans le monde occidental ces r&#233;f&#233;rences m&#234;mes subissent des mutations profondes, alors m&#234;me qu'elles sont suppos&#233;es permanentes. La notion de Droits de l'homme par exemple recouvre aujourd'hui, sur des points comme la famille, des concepts totalement &#233;trangers &#224; la D&#233;claration universelle de 1948, dont on continue pourtant &#224; se r&#233;clamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme de son c&#244;t&#233;, qui se reconna&#238;t dans une partie appr&#233;ciable de la d&#233;claration de 1948, diverge maintenant fortement de l'interpr&#233;tation dominante, reprise par l'ONU, sur des points importants comme l'avortement ou l'euthanasie. De ce fait, m&#234;me un texte applaudi m&#233;diatiquement comme Laudato Si, avec sa notion d'&#233;cologie int&#233;grale comprenant aussi le refus de l'avortement, contradictoire avec la pens&#233;e dominante sur ce point et sur d'autres, et on n'en accepte en r&#233;alit&#233; que la partie &#233;cologique au sens &#233;troit. Car il r&#233;affirme l'id&#233;e de nature humaine ; or si nos &#233;cologistes d&#233;fendent le respect moral de la nature, ils consid&#232;rent de fa&#231;on incoh&#233;rente que d&#232;s qu'il s'agit de l'homme, il peut se d&#233;finir comme il l'entend, car il n'y aurait pas de nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc admettre qu'il y a aujourd'hui une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; appr&#233;ciable et croissante des valeurs, et qu'elle tend &#224; s'accro&#238;tre. D'un c&#244;t&#233;, l'affirmation &#233;conomique et politique des civilisations non occidentales facilite leur expression. De l'autre, l'instabilit&#233; du syst&#232;me occidental s'accentue, car il s'adonne &#224; un relativisme de plus en plus d&#233;brid&#233;. Sa pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233; sera donc de plus en plus battue en br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc de fa&#231;on renouvel&#233;e la question de la nature et du fondement de toute pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233;. En fait la seule r&#233;ponse coh&#233;rente est la loi naturelle ; elle affirme l'existence de valeurs morales universelles, objectives, qui devraient s'imposer &#224; tous par leur v&#233;rit&#233; m&#234;me, et cela &#233;ventuellement en dehors de toute foi religieuse. C'est celle traditionnellement donn&#233;e par l'Eglise catholique. Mais c'est ce que le syst&#232;me dominant r&#233;cuse. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fondement possible : la loi naturelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui dit Droits de l'homme, et qui leur donne valeur universelle, affirme par-l&#224; la possibilit&#233; d'aboutir &#224; un consensus sur un ensemble de conclusions : d'une part sur ce qu'est l'homme, et d'autre part sur son bien, et par l&#224; sur ce qui est au fond un agir moral, qui peut et doit inspirer la loi. Car que veut dire un droit ? Cela consiste par exemple &#224; revendiquer la libert&#233; d'accomplir tel ou tel acte, plus la possibilit&#233; d'exiger des autres humains qu'ils respectent cette libert&#233;, et m&#234;me d'exiger ce respect devant les tribunaux. Cela n'a pas de sens s'il n'y a pas &#224; la base l'id&#233;e que c'est un bien, et donc qu'il y a l&#224; un devoir moral qui s'impose &#224; tous. Si on proclame la libert&#233; d'expression, c'est qu'on pense qu'il est bon que tout homme puisse s'exprimer sans contrainte injustifi&#233;e, et que le devoir de respecter ce bien s'impose moralement aux autres. Consid&#233;rer ces droits comme universels revient donc &#224; affirmer qu'il est possible de discerner au moins un noyau de base de telles exigences, qui sont morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce que fait la doctrine de la loi naturelle (o&#249; la nature est comprise au sens large, pas au sens mat&#233;rialiste qui domine aujourd'hui : c'est la nature des choses, ce qu'elles sont ou devraient &#234;tre). Elle estime en effet possible de discerner une telle morale universelle par la r&#233;flexion rationnelle et le d&#233;bat, sur la base d'une conception de la nature humaine. Si on accepte cette id&#233;e de loi naturelle, il est alors possible et logique de fonder les Droits de l'homme sur sa base, comme le fait la Doctrine sociale de l'Eglise. Mais inversement, si on r&#233;cuse toute notion de loi naturelle, les d&#233;clarations de droits courent grand risque d'&#234;tre pos&#233;es dans le vide, car on ne voit pas au nom de quoi on exige leur respect de la part des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;clairage chr&#233;tien : la Doctrine sociale (DSE) et la loi naturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les papes, notamment Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI, ont beaucoup insist&#233; sur la r&#233;f&#233;rence &#224; la loi naturelle ; ils la voient comme non seulement vraie en soi, mais comme pont possible entre croyants et incroyants, car elle ne suppose pas n&#233;cessairement la foi. Cette loi morale se pr&#233;sente comme universelle ; mais cela n'exclut pas une &#233;volution dans le temps, de fa&#231;on coh&#233;rente, par approfondissement. En outre, on admet qu'elle puisse avoir une d&#233;clinaison variable dans la loi positive, selon les diversit&#233; des situations. Cette universalit&#233; de fond est donc compatible avec la diversit&#233; des cultures. Rappelons enfin que dans la tradition classique, l'objectivit&#233; de la loi morale ne fait pas disparaitre la sp&#233;cificit&#233; du jugement moral sur chaque situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces points sont rappel&#233;s dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, publi&#233;e en 2004. Le point central est qu'il y a, selon ce texte, un lien essentiel entre la libert&#233;, la v&#233;rit&#233; et la loi naturelle. Car (n&#176; 138) &#171; dans l'exercice de la libert&#233;, l'homme accomplit des actes moralement bons, constructifs de sa personne et de la soci&#233;t&#233;, quand il ob&#233;it &#224; la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire quand il ne pr&#233;tend pas &#234;tre le cr&#233;ateur et le ma&#238;tre absolu de cette derni&#232;re, ainsi que des normes &#233;thiques. En effet, la libert&#233; n'a pas sa source absolue et inconditionn&#233;e en elle-m&#234;me, mais dans l'existence dans laquelle elle se situe et qui, pour elle, constitue &#224; la fois des limites et des possibilit&#233;s. &#187; D&#232;s lors (140) &#171; l'exercice de la libert&#233; implique la r&#233;f&#233;rence &#224; une loi morale naturelle, &#224; caract&#232;re universel, qui pr&#233;c&#232;de et unit tous les droits et les devoirs. &#187; &#171; Cette loi est appel&#233;e naturelle parce que la raison qui la promulgue appartient en propre &#224; la nature humaine. Elle est universelle, s'&#233;tend &#224; tous les hommes dans la mesure o&#249; elle est &#233;tablie par la raison &#187;. Elle est donc fond&#233;e sur la raison, qui reconna&#238;t par l&#224; qu'il y a une v&#233;rit&#233; objective sur le bien et le mal. Son respect est en outre indispensable &#224; la construction de la soci&#233;t&#233;, car (142) &#171; si l'on voile la perception de l'universalit&#233; de la loi morale naturelle, il est impossible d'&#233;difier une communion r&#233;elle et durable avec l'autre car quand une convergence vers la v&#233;rit&#233; et le bien fait d&#233;faut, de mani&#232;re responsable ou non, nos actes blessent la communion des personnes, au pr&#233;judice de tous. [&#8230;] Celui qui s'autoproclame mesure unique des choses et de la v&#233;rit&#233; ne peut pas vivre pacifiquement avec ses semblables et collaborer avec eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exemple non-europ&#233;en : le confucianisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette conception n'est-elle pas trop occidentale ? Dans cette forme d'&#233;laboration conceptuelle, oui sans doute ; mais ses id&#233;es de base sont plus universelles qu'il n'y para&#238;t au premier abord. J'en veux pour exemple le confucianisme, mais ce n'est pas le seul. Certes on ne peut pas dire qu'il d&#233;veloppe explicitement une conception de la loi naturelle ; mais son positionnement et les id&#233;es qu'il d&#233;veloppe vont tr&#232;s naturellement dans ce sens. Ce n'est donc pas par hasard que Matteo Ricci et ses compagnons le consid&#233;raient comme pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique, justement parce qu'ils le voyaient comme une morale naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses caract&#233;ristiques principales sont l'insistance sur le d&#233;veloppement personnel, par la voie de la sagesse, d'un homme con&#231;u comme &#234;tre de relations et qui donc ne peut pleinement se d&#233;velopper qu'en contact avec les autres. Il n'y a pas d'au-del&#224; transcendant explicite, mais la reconnaissance d'une spiritualit&#233;, li&#233;e &#224; un &#8216;Ciel' compris commue r&#233;gulateur du flux d'ordre, d'harmonie et de cr&#233;ativit&#233; qui fait le monde et l'homme, lequel y est totalement immerg&#233;. On note en outre l'importance chez Confucius de la notion de ren, sens de l'humain ; le moi est vu comme point de convergence de rapports interpersonnels ; le lien moral est constitutif de tout &#234;tre humain. C'est un ordre intrins&#232;que des choses dans lequel il faut se replacer. Affirmer et &#233;lever plus haut sa propre humanit&#233; prime en outre par rapport &#224; tout autre devoir. Le concept central, celui de Voie du Ciel, vise au fond le comportement demand&#233; de chacun, par et pour l'ordre des choses ; c'est en quelque sorte la vocation de chacun, la recherche de la meilleure conduite &#224; adopter et &#224; laquelle on est sp&#233;cifiquement appel&#233;. C'est donc &#224; la fois sp&#233;cifique &#224; chacun (contrairement &#224; une morale de type kantien), ordonnateur de la vie enti&#232;re, et exigeant en ce qui concerne les attitudes possibles. C'est donc bien une morale objective dans son principe, et fond&#233;e sur la r&#233;alit&#233; des choses ; fondamentalement donc tr&#232;s proche de l'id&#233;e de loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'analyse intellectuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, m&#234;me largement pr&#233;sente dans les diverses cultures, la question subsiste du fondement philosophique et rationnel de la loi naturelle. On l'a dit, la Doctrine sociale la consid&#232;re accessible &#224; tout homme de bonne volont&#233; ; mais c'est sans le d&#233;montrer. Les analyses d'Alasdair MacIntyre montrent en revanche la possibilit&#233; &#224; notre &#233;poque aussi de retrouver par le raisonnement et l'exp&#233;rience les principes de la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez cet auteur, dont l'influence et l'autorit&#233; dans le monde anglosaxon sont consid&#233;rables, on trouve, tant dans sa propre d&#233;marche personnelle que dans ses propositions, un soubassement intellectuel puissant &#224; l'id&#233;e que la raison peut retrouver les principes de la loi naturelle. Partant du marxisme, il a dans son premier ouvrage majeur, After Virtue, red&#233;couvert des &#233;l&#233;ments significatifs de la pens&#233;e aristot&#233;licienne, mais en les ins&#233;rant dans un contexte communautariste et une pluralit&#233; de traditions morales. Il a progressivement approfondi cette pens&#233;e pour pr&#233;cis&#233;ment retrouver le r&#244;le central d'une r&#233;f&#233;rence universelle, la loi naturelle, dans le cadre de la pens&#233;e thomiste. On le voit notamment dans un livre r&#233;cent sur ce sujet (Lawrence S. Cunningham (dir.), Intractable Disputes about the Natural Law, Notre Dame Indiana, University of Notre Dame Press, 2009), sous forme d'un d&#233;bat entre lui et d'autres. Certes, MacIntyre y rappelle lucidement que la logique de la loi naturelle devrait conduire &#224; un large accord, mais que c'est le contraire qu'on constate, surtout aujourd'hui ; ce qui, dit-il, est un &#233;chec incontestable de la raison pratique. MacIntyre donne plusieurs exemples de ces d&#233;saccords : l'avortement ; la morale sexuelle hors procr&#233;ation ; la question de l'existence d'un juste prix ou d'un juste salaire etc. Mais en m&#234;me temps, note-t-il, un point de vue peut &#234;tre rationnellement sup&#233;rieur sans que pour autant cela garantisse l'assentiment, m&#234;me de gens intelligents et attentifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MacIntyre propose plusieurs d&#233;monstrations de la l&#233;gitimit&#233; de la loi naturelle. Dans la premi&#232;re, il se base sur le principe m&#234;me de l'enqu&#234;te en commun. Elle implique qu'il y a un bien &#224; reconna&#238;tre comme tel, la v&#233;rit&#233;, comprise comme ad&#233;quation de la pens&#233;e et de la r&#233;alit&#233; - sinon aucune enqu&#234;te commune n'est possible. Mettant ce bien au-dessus des autres, on recherche une coh&#233;rence entre les exigences de v&#233;rit&#233; et les autres biens que nous poursuivons. On note alors que cela implique une forme d'asc&#233;tisme intellectuel et moral, et des r&#232;gles r&#233;gissant nos rapports mutuels. D'abord, qu'on n'ait pas &#224; craindre de celui avec qui on parle. Donc qu'on ne remette pas en cause la vie, la libert&#233; ou les biens les uns des autres. Ensuite que chacun dise la v&#233;rit&#233;, ne mente pas, que les engagements soient respect&#233;s, et qu'une autorit&#233; nous prot&#232;ge des menaces ext&#233;rieures. Mais, dit-il, nous retrouvons alors les principes de la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre m&#233;thode qu'il propose est comparative : on regarde si l'approche d'une des traditions en pr&#233;sence donne une solution meilleure aux probl&#232;mes que rencontre une autre ; alors sa sup&#233;riorit&#233; relative sera claire, et c'est-dit-il le cas de la loi naturelle. Il rappelle plus g&#233;n&#233;ralement que la recherche du bien commun exige un d&#233;bat. Une id&#233;e qui diverge de la loi naturelle classique peut &#234;tre examin&#233;e rationnellement et on doit pouvoir donner une r&#233;ponse universellement valable au cas examin&#233;. Ce qu'il estime pouvoir d&#233;montrer dans le cas de l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites de cette r&#233;f&#233;rence &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, dans les faits, cette conception de la loi naturelle est aujourd'hui principalement d&#233;fendue par l'Eglise catholique. D'o&#249; une confusion dans les esprits, car elle est de ce fait per&#231;ue comme confessionnelle, malgr&#233; des contributions comme celle de MacIntyre. Cela peut r&#233;sulter de l'insuffisance de l'argumentation propos&#233;e. Mais cela provient surtout de la pr&#233;dominance dans nos soci&#233;t&#233;s de ce que j'appelle le paradigme de neutralit&#233;, relativiste, qui structure notre pens&#233;e collective, et conduit &#224; n'admettre comme r&#232;gle commune que des r&#232;gles du jeu et un principe d'&#233;mancipation individualiste. Un tel cadre de pens&#233;e exclut a priori toute d&#233;marche du type de la loi naturelle. Elle y voit m&#234;me une attitude arrogante aboutissant &#224; imposer des vues aux autres &#8211; sans voir d'ailleurs que c'est en r&#233;alit&#233; ce qu'elle fait elle-m&#234;me avec son propre syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'analysais dans un ouvrage r&#233;cent &#8216;Pour un grand retournement politique, Editions du Bien commun, Paris, 2019) &#171; un paradigme, au sens de Kuhn, est ce qui structure la repr&#233;sentation des choses au niveau collectif, conduisant &#224; s&#233;lectionner certains modes de pens&#233;e et d'expression au d&#233;triment d'autres pourtant aussi l&#233;gitimes a priori. &#187; En l'esp&#232;ce, &#171; c'est l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, d'o&#249; le droit de chacun &#224; se d&#233;terminer comme il l'entend. Et qu'il est bon d'&#233;manciper les individus ou les soci&#233;t&#233;s, ce qui est compris comme la remise en cause des valeurs collectives, des r&#233;f&#233;rences au vrai et au bien jusque-l&#224; reconnues, et des autorit&#233;s correspondantes. Cet objectif de neutralit&#233; &#233;merg&#233; au XVIIe si&#232;cle, a fait progressivement sentir ses effets jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, qu'on appelle maintenant post-moderne, pour qui la seule notion du bien est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences dans tous les domaines, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. &#187; Or &#171; une telle attitude est sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire. Tous les syst&#232;mes de valeurs ant&#233;rieurs affichaient une conception ou une autre du bien, fond&#233;e en d&#233;finitive sur une id&#233;e de la nature humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne comprend pas cette id&#233;e de neutralit&#233;, et le mat&#233;rialisme qui lui est sous-jacent, si on ne le compl&#232;te pas par la promesse d'&#233;mancipation qu'il contient. Car il ne s'agit pas seulement de proclamer n&#233;gativement l'absence de r&#233;f&#233;rence objective au bien ou &#224; la communaut&#233; ; il s'agit de proclamer le droit des individus ou des peuples &#224; s'affranchir de ces r&#232;gles et r&#233;f&#233;rences communes pour construire &#224; volont&#233; leur cadre et leur avenir, droit qui est de fait proclam&#233;, paradoxalement, comme une forme de bien ou plut&#244;t comme le seul &#8216;bien' collectivement reconnu. &#187; &#171; La l&#233;gitimit&#233; reposera alors &#224; la fois sur ce corpus id&#233;ologique et sur les proc&#233;dures qui d&#233;finissent les r&#232;gles du jeu. Les unes et les autres &#233;tant changeantes, la l&#233;gitimit&#233; est d&#233;sormais glissante au gr&#233; de ce qu'on per&#231;oit comme le sens de l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais il se r&#233;v&#232;le aussi plus que jamais une impasse, car la pluralit&#233; de fait des morales, valeurs et cultures etc., que cela g&#233;n&#232;re s'av&#232;re tr&#232;s difficile &#224; g&#233;rer, comme le montrent les turpitudes et limites du syst&#232;me, son incapacit&#233; croissante &#224; donner des r&#232;gles claires pour la vie commune, notamment dans la d&#233;limitation des droits r&#233;ciproques des uns et des autres - par exemple entre la lutte contre la p&#233;dophilie ou les autres abus sexuels, et la d&#233;ferlante pornographique. Et son nihilisme latent est au fond d&#233;sesp&#233;rant. D'o&#249; son recours sans cesse croissant &#224; des r&#233;glementations, dans tous les domaines, et donc &#224; une forme d'&#233;tatisation ; mais aussi l'impuissance croissante du politique &#187;. Le niveau extr&#234;me est ce relativisme des universit&#233;s am&#233;ricaines, cette exaltation de la diversit&#233; aboutissant &#224; disqualifier un discours tenu par quelqu'un parce qu'il est blanc ou masculin. Mais il est important de rappeler que son origine n'est pas dans une contestation ext&#233;rieure de la postmodernit&#233;, mais dans son exacerbation. Ce que ressent l'individu devient un absolu. Et toute id&#233;e d'universalit&#233; dispara&#238;t. Ou plus exactement il ne reste qu'en affirmation &#224; pr&#233;tention universelle, qui est au fond proc&#233;durale : l'affirmation de r&#232;gles du jeu social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La remise en cause de la conception dominante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De ce fait la conception dominante, occidentale, celle qui est doctrine officielle &#224; l'ONU, ne se fonde pas sur une r&#233;f&#233;rence commune objective, encore moins stable, par exemple des droits de l'homme ; mais sur des r&#232;gles du jeu. Mais alors il n'y a pas de limite intellectuelle &#224; la divergence des interpr&#233;tations, comme &#224; l'&#233;volution dans le temps. La probabilit&#233; est donc de divergences croissantes. Le recul de l'universalit&#233; ne provient donc pas seulement de l'arrogance occidentale, mais du fond m&#234;me de sa conception. Mais ce risque de divergence pousse aussi le monde occidental &#224; une tentation moralisante paradoxale, avec en pratique l'imposition id&#233;ologique (au moins dans les pays occidentaux) d'un r&#233;f&#233;rent politiquement correct. Inversement, la critique de cette conception occidentale ne r&#233;sulte pas seulement du fait qu'on affirme des valeurs alternatives, mais aussi, voire surtout, de la critique des limites de ce cadre de pens&#233;e dominant. Parmi celles-ci, on notera en particulier son absence du sens de la communaut&#233;, son refus de reconna&#238;tre l'homme comme &#234;tre de relations ins&#233;r&#233; dans des communaut&#233;s, ainsi que sa n&#233;gation des valeurs morales objectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;rapage du politiquement correct et les r&#233;actions qu'il suscite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses de Chantal Delsol (Le cr&#233;puscule de l'universel, Cerf, 2020) mettent en &#233;vidence les effets d&#233;l&#233;t&#232;res de l'&#233;volution r&#233;cente de cette conception. Ces droits, comme les notions de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, sont pos&#233;s comme principes permettant seuls la vie commune de personnes appel&#233;es &#224; s'&#233;manciper mais ayant des conceptions diff&#233;rentes. Mais en m&#234;me temps, ils sont pos&#233;s, et de plus en plus, comme un id&#233;al &#8216;moral', de plus en plus envahissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constatant la multiplicit&#233; des Chartes alternatives des Droits, Chantal Delsol oppose alors deux conceptions : d'un c&#244;t&#233;, l'individu abstrait ainsi d&#233;fini par sa libert&#233; individuelle ; et de l'autre la &#171; personne inscrite dans groupes d'appartenance, sujet inclus et assujetti des soci&#233;t&#233;s holistes &#187;. Cette analyse tend &#224; faire un bloc de tous ceux qui critiquent la conception dominante, en regroupant sous le nom de holisme l'id&#233;e d'une forme d'ordre impliquant des liens et une solidarit&#233; s'imposant &#224; tous dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'individu doit se fondre. Elle voit d&#233;j&#224; dans le nazisme une &#171; premi&#232;re tentative politique &#187; &#171; pour abolir l'esprit moderne et revenir aux sources de la soci&#233;t&#233; holiste &#187;, r&#233;cusant l'individualisme et l'universalisme, l'&#233;galit&#233;, les Droits de l'homme. Mais elle englobe aussi sous cette &#233;tiquette tout un ensemble de conceptions (pourtant radicalement diff&#233;rentes du nazisme), comme les r&#233;f&#233;rences asiatiques d'inspiration confuc&#233;enne, l'Islam ou la Russie actuelle ; elle note m&#234;me des affinit&#233;s entre ce holisme et le capitalisme rh&#233;nan et l'ordo-lib&#233;ralisme allemand (ce qui en bonne logique finirait implicitement par viser aussi la Doctrine sociale de l'Eglise). On constate m&#234;me, dit-elle, un glissement ou une convergence, puisque dit-elle des rangs entiers de la droite conservatrice ou des catholiques occidentaux admirent Poutine. Outre la r&#233;f&#233;rence holiste, elle voit aussi dans tout cela l'effet d'une tendance g&#233;n&#233;rale r&#233;cemment &#233;merg&#233;e &#224; &#171; suivre sa propre voie &#187;. On d&#233;construit par principe l'universalisme, et on &#233;tablit des ponts vers Vico, Herder et le romantisme allemand. Ce n'est alors pas un simple relativisme, mais une conception plurielle des civilisations. Ainsi en Asie, de Xi Jinping &#224; Lee Kuan Yew. D'o&#249; les &#8216;valeurs asiatiques'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors dit-elle aujourd'hui &#171; le conflit des paradigmes oppose un centre europ&#233;en de plus en plus mondialiste et individualiste, et des p&#233;riph&#233;ries souffrant de d&#233;sappartenance, aspirant &#224; des enracinements plus spiritualistes &#187;. L'Occident ne s'en attriste pas, dit-elle : il voit m&#234;me cela comme un progr&#232;s ; de toute fa&#231;on chez lui il y a &#171; d&#233;valorisation assum&#233;e de l'h&#233;ro&#239;sme et de la grandeur &#187;. Les gens n'y savent plus pour quoi ils accepteraient de mourir ; on y r&#233;cuse les grands r&#233;cits et efface les causes sacrificielles. L'Occident a en outre la sp&#233;cificit&#233; de la repentance, qu'on ne voit pas chez les autres : ni chez Erdogan, ni chez Poutine qui r&#233;habilite Staline, ni chez Xi Jinping qui excuse Mao (comme n'ayant fait que de simples erreurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diversit&#233; des alternatives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position doit &#224; mon sens &#234;tre nuanc&#233;e. Il convient notamment d'&#233;viter de mettre dans le m&#234;me panier toutes les oppositions &#224; la conception occidentale actuelle, messianique et sans cesse plus intol&#233;rante. Car si leur opposition les r&#233;unit, ces id&#233;es alternatives sont en r&#233;alit&#233; assez profond&#233;ment diff&#233;rentes entre elles ; les r&#233;unir sous l'&#233;tiquette commune du &#8216;holisme' est contestable. Nous avons vu l'exemple de la th&#233;orie de la loi naturelle, d&#233;fendue par l'Eglise catholique et th&#232;me majeur de la tradition de pens&#233;e occidentale ant&#233;rieurement aux Lumi&#232;res ; elle se distingue clairement de la conception occidentale actuellement dominante ; mais elle n'a &#233;videmment rien &#224; voir avec des conceptions comme celle de Xi Jinping aujourd'hui, ou a fortiori avec le nazisme, et elle diff&#232;re tr&#232;s sensiblement des id&#233;es islamistes. Il n'y a donc pas deux p&#244;les possibles, la postmodernit&#233; d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre le reste, suppos&#233; holiste et non universel. Ce &#8216;reste' recouvre en r&#233;alit&#233; une grande diversit&#233; d'approches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre cet exemple, la pens&#233;e classique, centr&#233;e autour de la loi naturelle, me para&#238;t &#234;tre par excellence le p&#244;le alternatif &#224; la modernit&#233; ou postmodernit&#233;, au sein de la tradition occidentale. Elle se veut non seulement aussi universaliste que la pens&#233;e dominante, mais elle m&#233;rite ce terme bien plus que celle-ci, qui n'a d'universaliste que sa pr&#233;tention, et organise en r&#233;alit&#233; une cacophonie des valeurs, dissolvant la notion m&#234;me de valeur en la r&#233;duisant &#224; des r&#232;gles du jeu. Mais si on part de cette polarit&#233; entre modernit&#233; et pens&#233;e classique, on va classer de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente les id&#233;es en pr&#233;sence. Le nazisme par exemple se r&#233;v&#232;le alors &#234;tre un avatar monstrueux de la modernit&#233;, exaltant &#224; la fois un pr&#233;tendu soubassement scientifique, et la volont&#233; de puissance d'un groupe humain particulier : c'est en fait une des formes que peut prendre l'exacerbation de l'affirmation du moi, qui est sous-jacente &#224; la modernit&#233;. Et par ailleurs l'id&#233;e de &#171; suivre sa propre voie &#187; sans qualification est tout &#224; fait &#233;trang&#232;re &#224; la pens&#233;e classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me dans la diversit&#233; des voies actuellement explor&#233;es ou mises en avant. Il est important de rappeler la vari&#233;t&#233; des cultures sous-jacentes en pr&#233;sence de nos jours, que le d&#233;veloppement va conduire &#224; voir s'affirmer de plus en plus. Par exemple, l'Asie (le monde sinis&#233;) hors Chine a eu une r&#233;action au coronavirus bien diff&#233;rente des Occidentaux ; la discipline, le sens de la soci&#233;t&#233; et de la communaut&#233; y sont bien plus forts ; et on accepte un degr&#233; plus &#233;lev&#233; d'intrusion. Mais cela ne veut pas dire que la Cor&#233;e ou le Japon soient purement et simplement holistes, ni n'implique de leur part une renonciation &#224; l'universalit&#233;. On l'a vu, la tradition confuc&#233;enne peut &#234;tre ici interrog&#233;e sur le plan doctrinal : la personne humaine n'y dispara&#238;t pas dans le tout, m&#234;me si on comprend d'abord l'homme comme &#234;tre de relations et non de fa&#231;on individualiste. En revanche, dans la &#8216;pens&#233;e Xi Jinping', officielle dans la Chine actuelle, la r&#233;f&#233;rence au confucianisme appara&#238;t largement rh&#233;torique, appel&#233;e au service d'un syst&#232;me hybride combinant en r&#233;alit&#233; un mat&#233;rialisme &#224; la fois marxiste et capitaliste (et donc occidental d'origine), et une tradition autoritaire chinoise violente, qui doit bien plus &#224; ceux qu'on appelait dans la Chine ancienne les L&#233;gistes qu'&#224; Confucius. En outre, si Xi Jinping insiste sur la sp&#233;cificit&#233; des &#8216;couleurs' chinoises de son socialisme, m&#234;me dans son cas cela n'implique pas en soi renoncement &#224; toute universalit&#233;, tant s'en faut : le pays se veut en effet exemplaire au niveau mondial. Il est donc plus totalitaire que holiste, et pas si local que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, cette Asie chinoise n'est pas la seule : outre le bouddhisme, pr&#233;sent dans la m&#234;me culture chinoise, les mondes indien et islamique sont tous deux porteurs de r&#233;f&#233;rences propres, qu'on ne peut pas r&#233;duire &#224; un qualificatif global comme &#8216;holisme'. Ces mondes savent qu'ils ont &#233;t&#233; de grandes civilisations ; ils ont perdu historiquement beaucoup de terrain par rapport &#224; l'Occident, mais ils sont en pleine remont&#233;e sur les plans &#233;conomique et politique (m&#234;me si le monde musulman est ici moins convaincant). D'o&#249; des &#233;volutions vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle en cours en Inde tourne autour d'une hindutva centr&#233;e sur l'hindouisme : elle est donc ind&#233;niablement tr&#232;s particulariste et communautaire. Mais par un paradoxe apparent cet exemple, qui correspond le mieux au sch&#233;ma particulariste et holiste de Chantal Delsol, est aussi celui du seul grand pays dans cette zone &#224; garder vivante une d&#233;mocratie &#224; l'occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Islam est un autre exemple caract&#233;ristique de cette diversit&#233;. Il n'est pas &#233;vident que le terme de &#8216;holisme' s'applique &#224; lui et que l'individu s'y dissolve dans la communaut&#233; : il y a en Islam un sens fort de la communaut&#233; islamique (Umma) mais la r&#233;f&#233;rence n'est pas dans la communaut&#233;, c'est dans le Coran, r&#233;f&#233;rence commune. Et surtout il se veut universel et non pas local ; il a m&#234;me &#233;tabli une d&#233;claration des droits alternative. On tend en Occident &#224; passer cela sous silence, de fa&#231;on g&#234;n&#233;e, consid&#233;rant qu'une d&#233;claration de droits qui se r&#233;f&#232;re &#224; une tradition qu'on juge particuli&#232;re ne peut pr&#233;tendre &#234;tre universelle, et ne se situe donc pas au m&#234;me niveau que les textes occidentaux. Mais cela pose un probl&#232;me conceptuel majeur : il est en soi logique que si on introduit dans la r&#233;flexion un &#233;l&#233;ment non partag&#233; comme le Coran, le r&#233;sulte diverge. En r&#233;alit&#233;, le Coran aussi est &#224; pr&#233;tention universelle ; les musulmans acceptent donc le principe d'une d&#233;claration de droits, mais pour eux elle n'a de sens que compl&#233;t&#233;e et corrig&#233;e par la charia. Il y a donc conflit et contradiction entre les deux conceptions, occidentales et islamiques ; d&#232;s lors l'une des deux au moins est fausse. Mais ce n'est pas par manque d'universalit&#233; ; cela veut dire qu'on n'&#233;chappera pas &#224; un choix sur le fond, &#224; la question de la v&#233;rit&#233; de l'un ou de l'autre, et notamment pas en tentant de recourir &#224; une &#233;thique proc&#233;durale &#224; l'occidentale, qui ne donne pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;sir de s'affirmer et de ne plus &#234;tre &#224; la remorque de l'Occident, s'ajoute en outre dans tous ces cas, comme on l'a dit, une sinc&#232;re hostilit&#233; envers les formes de plus en plus caricaturales que prend la pens&#233;e postmoderne occidentale, laquelle risque d'emporter dans le refus la partie pourtant justifi&#233;e et universelle de la modernit&#233; occidentale. Evidemment, toutes ces affirmations apparaissent particularistes si on les lit &#224; travers le prisme de lecture occidental actuel, et on tend &#224; les r&#233;cuser en bloc &#224; ce titre. On risque alors de tomber dans le pi&#232;ge d'une dichotomie entre les pays dits vraiment &#8216;d&#233;mocratiques' et les autres. Mais ce n'est pas la seule coupure possible : on l'a dit, l'Islam par exemple est pour ses tenants une proposition universelle, conduisant &#224; une polarit&#233; diff&#233;rente, mais tout aussi dichotomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel manich&#233;isme, caract&#233;risant les uns et les autres, est fondamentalement diff&#233;rent de la d&#233;marche de la pens&#233;e classique, celle qui est &#224; l'origine de l'id&#233;e de loi naturelle, qu'on voit mal structurant le monde en deux camps oppos&#233;s, puisqu'elle vise au contraire &#224; d&#233;gager une id&#233;e morale commune. Un pr&#233;alable &#224; tout progr&#232;s est donc de sortir de ces oppositions binaires et au fond simplistes, mais sans pour autant cesser d'affirmer ce qui appara&#238;t comme de valeur universelle, et la possibilit&#233; de telles valeurs universelles. On pourra ne pas &#234;tre d'accord (ainsi sur l'avortement), mais sans enfermer l'autre dans un sch&#233;ma (sauf s'il le fait lui-m&#234;me). Ni relativisme, ni manich&#233;isme, l'enjeu est la mise en &#233;vidence, chaque fois que possible, par un travail commun, de ce qui a r&#233;ellement et objectivement, valeur universelle, parce que relevant du vrai, du beau et du bien. Et pour le reste, de traiter au mieux, dans la respect de principes civilis&#233;s et moraux, des &#234;tres qui sont diff&#233;rents de nous et qui ne partagent pas nos vues, ou pas toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'apr&#232;s mon intervention au Colloque 2020 de l'AIESC (Th&#232;me g&#233;n&#233;ral :&lt;/i&gt; Valeurs universelles et valeurs locales/ particuli&#232;res : compl&#233;mentarit&#233;s et confrontations)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Transhumanisme : &#224; quoi joue-t-on ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Transhumanisme-a-quoi-joue-t-on.html</link>
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		<dc:date>2018-01-07T14:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Temps et &#233;ternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immortalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle de transhumanisme pour d&#233;signer l'utilisation &#224; l'avenir de technologies en plein d&#233;veloppement afin de transformer l'homme lui-m&#234;me. Ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, en g&#233;n&#233;ral comprises comme combin&#233;es entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but du transhumanisme lui va d'un simple &#8216;homme augment&#233;', mais devenu alors massivement sup&#233;rieur aux autres hommes, &#224; un homme &#8216;immortel' ou en tout cas &#8216;post-humain', &#233;chappant &#224; la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des projets titanesques qui m&#233;ritent quelque r&#233;flexion&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle de transhumanisme pour d&#233;signer l'utilisation future de technologies r&#233;centes et en plein d&#233;veloppement afin de transformer l'homme lui-m&#234;me ; ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, en g&#233;n&#233;ral comprises comme combin&#233;es entre elles. Quant au but du transhumanisme, il faut distinguer plusieurs niveaux de signification et de port&#233;e assez diff&#233;rente. La principale distinction est entre ce qu'on peut appeler &#8216;homme augment&#233;', et l'homme &#8216;immortel' ou le &#8216;post-humain'.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'homme augment&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet d'abord un transhumanisme mod&#233;r&#233;, visant &#224; &#8216;augmenter' l'homme. Cela peut se faire en renfor&#231;ant ses capacit&#233;s dans des domaines vari&#233;s, physiques, intellectuelles, cognitives etc. Un individu ainsi dot&#233; pourrait par exemple par effet biologique ou par une forme de proth&#232;se technique voir bien mieux et la nuit, courir beaucoup plus vie, calculer et traiter l'information comme un ordinateur, brancher son cerveau sur Internet etc. au point que la diff&#233;rence entre l'individu et son &#8216;augmentation' finirait par ne plus appara&#238;tre, en tout cas ext&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait expliquer ici que si on en reste l&#224;, le changement apport&#233; par un tel transhumanisme reste limit&#233;. Car tout homme utilisant un outil, un v&#233;hicule, un instrument etc., est en un sens un homme augment&#233;, &#224; commencer par des lunettes ou une bicyclette. On pourrait alors dire que ces transformations ne remettent donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. Et m&#234;me qu'un tel progr&#232;s technique est caract&#233;ristique de l'homme. En effet d&#232;s ses origines l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation. Cela r&#233;sulte du fait qu'il est aussi un esprit, et que donc dans son op&#233;ration il &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re, est capable de comprendre assez de celle-ci pour imaginer des moyens d'accro&#238;tre sa capacit&#233; &#224; agir sur elle. Nous avons d&#233;j&#224; des gens qui sont plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Cela ne ferait qu'accro&#238;tre ce ph&#233;nom&#232;ne. Sauf que cela pose plusieurs probl&#232;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est que d&#233;sormais on pourra et devra acheter cette augmentation ; elle ne sera pas d'embl&#233;e disponible &#224; tous. Et ceux qui y auront acc&#232;s auront un avantage comp&#233;titif, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la comp&#233;tition est encore plus importante que dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;c&#233;dentes. Ils auront donc tendance &#224; gagner de plus en plus syst&#233;matiquement. Leur succ&#232;s sera donc cumulatif. Les plus riches seront les plus dot&#233;s techniquement, et ils auront sans cesse plus de succ&#232;s. D'un c&#244;t&#233; l'&#233;galit&#233; dans la comp&#233;tition subsistera, au moins en apparence, mais d'un autre c&#244;t&#233; il sera de plus en plus manifeste que seuls certains en profitent. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s, mais on n'a donc encore rien vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera d'autant plus net que la manipulation g&#233;n&#233;tique permettra de s&#233;lectionner les individus les plus aptes, et surtout d'enrichir leur potentiel g&#233;n&#233;tique. De tels individus seront alors par excellence, et pourra-t-on pr&#233;tendre avec justice, les ma&#238;tres de la soci&#233;t&#233;. Ils organiseront m&#234;me le jeu de l'&#233;volution &#224; leur profit et surtout de leur descendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajouterait le fait que ces syst&#232;mes nouveaux, au-del&#224; de l'augmentation directe de certains hommes, ont toutes chances d'&#233;liminer les humains ordinaires d'un grand nombre de fonctions que des robots assureront beaucoup mieux. En outre on peut imaginer que des syst&#232;mes experts, des algorithmes beaucoup plus perfectionn&#233;s, sauront non seulement effectuer bien plus efficacement des fonctions que les humains accomplissent aujourd'hui, mais pourront prendre en charge le guidage g&#233;n&#233;ralis&#233; de la soci&#233;t&#233; et des personnes. A commencer par la conduite de v&#233;hicule, le diagnostic m&#233;dical et les soins, une bonne partie de l'enseignement, etc. M&#234;me si on met de c&#244;t&#233; le phantasme d'une prise de pouvoir par les robots, le risque est r&#233;el d'une soci&#233;t&#233; o&#249; une grande partie des humains reste largement oisifs et inutiles, entretenus par des machines 'intelligentes' et donc surveill&#233;s par elles. Voire manipul&#233;s dans leurs d&#233;sirs m&#234;mes. Tandis qu'une minorit&#233; assez faible restera en &#233;tat de contr&#244;ler le m&#233;canisme ; m&#234;me si bien s&#251;r elle sera plus que jamais &#224; sous la menace de forces hostiles, &#224; commencer par des hackers venant joyeusement perturber le beau programme de ces surhommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;passement de l'homme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant au-del&#224; une deuxi&#232;me conception du transhumanisme, qui va beaucoup plus loin dans sa logique. Son objectif en fin de compte est un &#234;tre allant bien au-del&#224; de l'humain tel qu'il existe, et notamment disposant d'une forme d'immortalit&#233;. Cela suppose l'&#233;mergence d'un &#234;tre en un sens post-humain, et non plus humain augment&#233;, et qui ne serait plus d&#233;pendant des limites de notre corps biologique actuel. Mais pour qu'on puisse encore parler de post-humain, il faut imaginer qu'il y ait une forme de continuit&#233; entre un individu humain et un tel &#234;tre, mais que ce qui fait la personnalit&#233; y compris la conscience de cet individu (et sa m&#233;moire) &#233;chappe &#224; son support biologique (ou &#224; ses limites). L'id&#233;e est donc que ce qu'on appelle ailleurs l'&#226;me d'une personne puisse &#234;tre saisi par une forme de technologie en l'abstrayant de ce support biologique tel qu'il est. Mais cela suppose &#233;videmment que cette &#226;me, ou esprit, puisse &#234;tre appr&#233;hend&#233;e comme un programme informatique au sens large. Ce qui permet ensuite de la restituer sur une base mat&#233;rielle diff&#233;rente, qu'elle soit physique ou biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment cela accro&#238;t massivement les effets d'in&#233;galit&#233; qu'on a relev&#233;s. Mais en m&#234;me temps cela conduit d'un point de vue philosophique &#224; un saut qualitatif majeur. Car pour que cela marche, il faut qu'on puisse traiter par des moyens mat&#233;riels ce qu'on appelle esprit, &#226;me, personnalit&#233;, etc. Ce qui veut dire qu'un tel transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste : il suppose vraie la conception mat&#233;rialiste du monde &#8211; ce qui n'&#233;tait pas n&#233;cessairement le cas pour l'homme augment&#233;. En regard, toutes les conceptions spiritualistes, au sens large du terme, pensent que l'&#226;me humaine n'est pas r&#233;ductible &#224; une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, qu'elle soit physico-chimique, biologique ou autre. Et beaucoup d'entre elles en d&#233;duisent l'immortalit&#233; de l'&#226;me, y compris quand ils pensent que l'&#226;me et le corps sont li&#233;s dans une seule notion de la personne humaine. Pour un philosophe d'inspiration thomiste par exemple, l'&#226;me est ce qu'il appelle la forme du corps et lui est li&#233;e d'une fa&#231;on irr&#233;ductible : c'est elle qui fait de ce corps un corps humain et seul l'ensemble des deux est pleinement un &#234;tre humain. Mais il n'en pense pas moins que l'&#226;me est en soi une r&#233;alit&#233; non mat&#233;rielle, &#233;ventuellement s&#233;parable du corps (c'est pour le catholique ce qui se passe pour l'&#226;me des morts ainsi avant le jugement dernier). Dans tous ces cas, il est exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel puisse s'emparer de cette r&#233;alit&#233;, qui n'est pas de l'ordre mat&#233;riel m&#234;me si elle a besoin de la mati&#232;re comme support.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire une chose simple : si les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve que le mat&#233;rialisme avait raison, et que les conceptions spirituelles sont fausses. Ce serait donc un cas, rare, o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on semble-t-il d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur. Mais du coup la dignit&#233; humaine volerait en &#233;clat. Le devenir essentiel d'un &#234;tre humain ne serait plus une question de dignit&#233; intrins&#232;que, mais de purs moyens. Aurait droit &#224; une forme d'immortalit&#233; celui qui pourrait se le permettre ; les autres &#233;tant renvoy&#233;s au n&#233;ant, &#224; un nouveau Sch&#233;ol. Entre autres victimes collat&#233;rales, la d&#233;mocratie serait alors une farce sans signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup aussi, m&#234;me pour les gagnants le r&#233;sultat resterait m&#233;taphysiquement assez d&#233;risoire. Car ce qu'on appelle transcender l'humain dans une telle conception resterait quelque chose de modeste. Au fond cela &#233;quivaudrait &#224; passer &#224; la version 2.0 d'un &#171; appareil &#187; qui est rest&#233; 1.0 pendant des mill&#233;naires, mais qui resterait un simple dispositif technique. En r&#233;alit&#233; donc m&#234;me si &#231;a marchait on ne transcenderait rien. Et il y a pire : car si dans le meilleur des cas, on pourrait esp&#233;rer &#234;tre &#8216;immortel', ce ne serait qu'en ce sens qu'on ne serait pas certain de mourir. Mais ce ne serait pas par nature, car la vuln&#233;rabilit&#233; de la mati&#232;re subsisterait. Et donc la vuln&#233;rabilit&#233; des int&#233;ress&#233;s : apr&#232;s tout, un programme informatique &#231;a s'efface, une machine, &#231;a se casse. D'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires : ils pourraient peut-&#234;tre survivre, mais ils pourraient aussi &#234;tre liquid&#233;s. Notamment par les sous-hommes. Ou les hackers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe donc est au fond la grande m&#233;diocrit&#233; m&#233;taphysique de telles aspirations. Comparons avec la foi chr&#233;tienne par exemple, qui vous dit que vous &#234;tes &#8216;&lt;i&gt;capax Dei&lt;/i&gt;', capable de recevoir Dieu (qui Se donne &#224; nous, si nous L'acceptons). Un r&#233;el infini, &#233;ternel de surcro&#238;t. Un tout autre programme !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps, la finance et l'&#233;ternit&#233;</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-temps-la-finance-et-l-eternite.html</link>
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		<dc:date>2015-06-10T13:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>March&#233; financier</dc:subject>
		<dc:subject>Temps et &#233;ternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'&#233;nigme de l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Ce qui l'inscrit dans le temps et son &#233;nigme. Le futur est pour nous inconnu, en fait n'existe pas encore, et c'est cependant en fonction de lui que nous d&#233;cidons aujourd'hui. Nous avons donc un besoin vital d'une r&#233;flexion philosophique, et m&#234;me spirituelle, sur le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;clairage vaut aussi pour la d&#233;cision financi&#232;re &#8211; c'en est m&#234;me un point d'application privil&#233;gi&#233;. Ce n'est bien s&#251;r pas pour suivre la th&#233;orie financi&#232;re dominante, convaincue de l'efficience absolue des march&#233;s, dans son illusion &#233;trange de maitriser le futur et d'incarner la rationalit&#233;. Mais c'est bien plut&#244;t par l'inscription de tout instant de notre vie, de toute d&#233;cision, y compris financi&#232;re, dans la perspective de cette construction &#224; valeur &#233;ternelle qu'est notre destin&#233;e, et notre histoire au fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps, la finance et l'&#233;ternit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'&#233;nigme de l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Parler de d&#233;cision implique l'avenir, qui n'existe pas encore, et nous inscrit donc imm&#233;diatement dans le temps. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;clairage donn&#233; par une r&#233;flexion philosophique et m&#234;me spirituelle sur le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arri&#232;re-plan philosophique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose pour moi de fa&#231;on abrupte : le temps ne prend son sens que par rapport &#224; l'&#233;ternit&#233;. Le philosophe anglais McTaggart avait pos&#233; comme suit le dilemme qui s'offre &#224; la pens&#233;e rationnelle, entre deux conceptions irr&#233;ductibles du temps : le temps v&#233;cu du moment, seul r&#233;el pour nous, mais isol&#233; entre un pass&#233; r&#233;volu et un avenir non pr&#233;sent ; et le temps lin&#233;aire de la datation, objectif mais impersonnel. A un extr&#234;me, on a le temps subjectif, l'imm&#233;diatet&#233; du pr&#233;sent, ind&#233;niablement seule r&#233;alit&#233; v&#233;cue directement par nous, donc en un sens la seule r&#233;elle - mais fuyant &#224; chaque instant, entre un pass&#233; d&#233;sormais insaisissable et un futur encore irr&#233;el (&#8216;temps A'). A l'autre bout, on a le temps objectif : une &#233;chelle de mesure, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont sur un m&#234;me plan : la seule scientifique, mais dont les donn&#233;es de base, pass&#233; et futur, n'existent pas aujourd'hui (&#8216;temps B'). Les penseurs anglo-saxons d&#233;battent de savoir laquelle est la bonne, celle qui d&#233;crit vraiment la r&#233;alit&#233;. Or ces deux conceptions sont incompatibles et irr&#233;conciliables si on les prend telles quelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon sens ce dilemme ne peut &#234;tre lev&#233; qu'en acceptant un autre regard, hors du temps, celui de l'&#233;ternit&#233; : Dieu. Dans la conception classique, thomiste, l'&#233;ternit&#233; est hors du temps en cela qu'elle ne lui est pas soumise : elle le transcende et l'englobe tout entier. Hors du temps, elle voit et saisit l'ensemble du temps : donc toute l'&#233;chelle du temps B, ordonn&#233;e selon sa place dans la succession, pass&#233; et futur compris. Mais elle le voit et saisit avec la r&#233;alit&#233; de notre pr&#233;sent, du temps A. Et donc les deux dimensions sont saisies ensemble et int&#233;gr&#233;es dans une vision globale. Pour qui reconna&#238;t l'existence de Dieu, la question du temps est donc tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'elle est pour qui la refuse. Il dispose d'un regard, m&#234;me lointain et imparfait, sur cet arri&#232;re-plan immense qui donne sa profondeur au temps. Un tel parti choque bien des esprits modernes, qui refusent a priori l'id&#233;e d'&#233;ternit&#233;, et celle de Dieu. Mais pour celui qui, de fa&#231;on rationnelle, reconna&#238;t l'&#233;ternit&#233; de Dieu, il en est diff&#233;remment. Sa r&#233;flexion int&#232;gre ce qu'il sait &#234;tre une r&#233;alit&#233; essentielle : l'existence, &#224; la source de notre monde, d'un Esprit infini, &#233;chappant au temps dont Il est le cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre cet Esprit &#233;ternel a un dessein sur nous ; sa premi&#232;re expression est notre existence m&#234;me et son d&#233;roulement dans le temps, dont il voit et le d&#233;but et la fin et l'instant pr&#233;sent. Ce qui est pour moi l'imm&#233;diat du pr&#233;sent l'est aussi pour Lui. Mais mon futur (et mon pass&#233;) est tout aussi imm&#233;diat pour lui. Il sait donc ce que je vais devenir, les cons&#233;quences de mes actes ; mieux : Il les voit. Sur cette base s'&#233;claire l'&#233;nigme de notre destin&#233;e, de notre histoire. Certes elle est impr&#233;visible pour nous, qui vivons dans notre pr&#233;sent fugitif, munis de notre libert&#233;, d'autant que la libert&#233; des autres la rend encore plus radicalement impr&#233;visible. Ce qui d'ailleurs invalide toute pr&#233;tention de toute forme de sciences humaines &#224; la pr&#233;vision (certaine). Mais cette destin&#233;e est connue de Dieu dans sa totalit&#233; ; en outre, Il l'ordonne &#224; un but : l'offre qu'Il nous fait d'un Bien supr&#234;me, qui lui donne son sens, et qui se construit dans le temps par nos actes. Notre temporalit&#233; est donc (pour nous) l'espace de d&#233;ploiement de notre personnalit&#233; en devenir, o&#249; en un sens nous ignorons qui nous sommes, car nous ignorons qui nous serons demain &#8211; mais o&#249; en m&#234;me temps nous sommes plac&#233;s sous le regard aimant de l'&#233;ternit&#233; divine, qui seule nous conna&#238;t dans notre visage &#233;ternel, nous accompagne, nous oriente, et nous redonne sans cesse nos chances jusqu'au terme de notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de la d&#233;cision financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision d'ensemble (que j'ai d&#233;velopp&#233;e dans Temps Histoire Eternit&#233;) peut nous donner un &#233;clairage concret, y compris dans des champs apparemment tr&#232;s &#233;loign&#233;es des perspectives philosophiques ou religieuses : les questions d'argent, la finance. Voyons comment. Quand des biens ou des services sont dans le champ de d&#233;cision de quelqu'un, qu'il n'utilise pas lui-m&#234;me, il les propose &#224; des personnes ou entit&#233;s qu'il ne contr&#244;le pas. Soit sans attente d'un retour stipul&#233; &#224; l'avance : c'est le don ; soit dans l'attente d'un retour pr&#233;cis : c'est ce qu'on appelle une transaction. Dans ce dernier cas, notre agent cherchera les opportunit&#233;s &#224; sa port&#233;e, pour d&#233;cider cas par cas avec chaque contrepartie qu'est-ce qui est &#233;chang&#233; contre quoi. Economiquement, il aura int&#233;r&#234;t &#224; &#233;largir le plus possible le champ consid&#233;r&#233;, et &#224; &#234;tre libre des modalit&#233;s de la transaction. On reconna&#238;t l&#224; ce qu'on appelle le march&#233;, qui fonctionnera d'autant mieux que la confrontation sera large et transparente. D'o&#249; la notion de march&#233; organis&#233; (qu'on appelle Bourse) ; sachant que dans de nombreux cas le march&#233; reste imparfait. Une institution, la monnaie, permet en outre de disposer d'un instrument universel d'&#233;change et de calcul, puisqu'on peut ainsi comparer toutes les opportunit&#233;s possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci vaut aussi pour les biens de production, et en particulier pour le capital ; dans ce cas, le calcul porte sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent qu'on n'utilise pas soi-m&#234;me. Ce qu'on appelle finance affecte alors cet argent &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, des investissements, ou une consommation anticip&#233;e. Du point de vue de l'investisseur, elle arbitre donc entre les investissements possibles, les diff&#233;rents projets en lice. Elle choisit de financer ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. Il n'est en effet pas question de n'assumer aucun risque, car le retour de l'argent (remboursement avec int&#233;r&#234;ts, profits, revente etc.) se situe dans l'avenir et la capacit&#233; de la contrepartie ou du projet &#224; tenir son engagement ou ses promesses n'est pas garantie. Les projets les plus profitables sont d'ailleurs normalement plus risqu&#233;s ; sinon ils auraient &#233;t&#233; arbitr&#233;s : l'afflux d'argent aurait fait monter le prix d'entr&#233;e et d&#232;s lors r&#233;duit leur rentabilit&#233;. Mais refuser l'id&#233;e du risque, c'est on l'a dit la certitude de l'immobilisme et donc en d&#233;finitive un risque plus important encore, puisqu'on cesse alors de pr&#233;parer l'avenir. Il ne s'agit pas non plus de jouer &#224; la roulette : l'investissement responsable est d'abord un inversement soigneusement &#233;tudi&#233; et soupes&#233;. La finance a donc essentiellement &#224; voir avec l'avenir, et avec un avenir &#224; risque. Mais la d&#233;cision se prend au pr&#233;sent. Le march&#233; financier est un outil aidant ou souvent permettant seul ce choix, par la possibilit&#233; qu'il offre de confrontation syst&#233;matique des projets en concurrence. M&#234;me si ce n'est ni un passage oblig&#233;, ni bien s&#251;r une panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'&#233;tendrai pas ici sur les limites bien connues ou non de ce syst&#232;me ou de ces m&#233;canismes, mais sur leur signification pour notre propos. Ce qui caract&#233;rise cette pratique collective en regard de la question du temps, c'est d'abord le chiffrage ; on ne saisit les biens &#233;chang&#233;s que sous un angle, qui est leur chiffrage mon&#233;taire. En outre, dans le cas de la finance, comme il s'agit de biens de production (actions) ou de cr&#233;ances sur l'avenir (dette) il s'agit toujours d'&#233;v&#233;nements futurs, au moins en partie al&#233;atoires. Le prix d'une action est au fond un essai d'&#233;valuation chiffr&#233;e synth&#233;tique de la valeur pour nous maintenant d'un flux futur al&#233;atoire d'argent futur. En outre ce prix est d&#233;fini par comp&#233;tition entre les &#233;valuations en pr&#233;sence ; si la demande des autres est forte (s'ils sont optimistes sur la valeur actuelle de ce flux futur) ils payeront plus cher le titre et donc cela me contraindra moi dans mes d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons donc ici de fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matis&#233;e, et r&#233;duite &#224; une seule dimension du fait de la limitation &#224; la perspective mon&#233;taire, les deux temps A et B de McTaggart. D'un c&#244;t&#233;, mon &#233;valuation prend comme r&#233;f&#233;rence le temps B lin&#233;aire : elle tente d'&#233;valuer un flux futur de ressources &#233;tal&#233;e selon cette &#233;chelle de temps (un temps qui n'existe pas encore). Mais d'un autre c&#244;t&#233; elle le ram&#232;ne au pr&#233;sent (temps A) en synth&#233;tisant cet ensemble futur dans un chiffre qui seul sera imm&#233;diatement op&#233;rationnel : c'est le prix que j'aurai &#224; payer (si je suis acheteur) ou que je recevrai (si je suis vendeur). Et cette synth&#232;se se fait par confrontation de toutes les opinions disponibles (et pr&#233;f&#233;rences) &#224; l'&#233;gard de ce futur. En m&#234;me temps cela comporte ce qu'on appelle un coefficient d'actualisation, c'est-&#224;-dire une &#233;valuation de la valeur actuelle d'un argent futur par le seul fait qu'il est futur ; comme on suppose chez les acteurs une pr&#233;f&#233;rence pour le pr&#233;sent, cet argent futur vaut en g&#233;n&#233;ral moins aujourd'hui qu'il ne vaudra alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tentation du d&#233;miurge : Mammon dieu de l'argent&lt;br class='autobr' /&gt;
Que peut-on attendre d'un tel march&#233; ? On peut rester pragmatiste et n'y voir que la confrontation &#224; un moment donn&#233; d'un ensemble d'ordres d'achats et de ventes, offrant le plus large choix aux uns et aux autres. C'est l'attitude la plus raisonnable. Mais la th&#233;orie financi&#232;re a &#233;t&#233; beaucoup plus ambitieuse, &#224; travers sa th&#233;orie des march&#233;s efficients. Selon cette conception, dominante en finance jusqu'&#224; la crise et encore largement depuis, le march&#233; confronte de la fa&#231;on la plus efficace l'ensemble des informations disponibles &#224; un moment donn&#233; et donne donc de fa&#231;on synth&#233;tique la meilleure image possible de l'avenir. D&#232;s lors ce r&#233;sultat peut et doit avoir valeur de guidage pour l'action et toute d&#233;cision en mati&#232;re &#233;conomique doit en bonne logique prendre comme &#233;talon ces valorisations. Toute la comptabilit&#233; en r&#233;sulte alors, tout le calcul financier et toute prise de d&#233;cision. Et en particulier il n'est plus besoin de r&#233;fl&#233;chir en termes de responsabilit&#233;, encore moins de long terme : tout est synth&#233;tis&#233; dans le prix. Lequel fait en revanche l'impasse sur les valeurs et priorit&#233;s non mon&#233;taires, suppos&#233;es relever du seul choix priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, le march&#233; ainsi con&#231;u, bien au-del&#224; de son r&#244;le pratique, prend alors une fonction d&#233;miurgique : non seulement c'est un crit&#232;re universel, mais c'est un crit&#232;re chiffr&#233;, op&#233;rationnel pour int&#233;grer l'avenir dans notre pr&#233;sent. Nous soup&#231;onnons alors que la fonction d'int&#233;gration des deux facettes A et B du temps, qui n'est en soi possible que dans l'Eternit&#233; de Dieu, est dans une certaine mesure revendiqu&#233;e ainsi par une autre r&#233;alit&#233; : l'argent. Rappelons ici les tr&#232;s dures paroles de l'Evangile sur le fait qu'on ne peut pas servir deux ma&#238;tres : Dieu et l'argent : cela implique de poser ces deux termes en alternative. De fait, rappelons-le, et comme son grand th&#233;oricien Georg Simmel l'a bien montr&#233;, l'argent est le moyen synth&#233;tique d'&#233;valuer et de se procurer, de fa&#231;on humainement suppos&#233;e neutre, l'ensemble des biens mat&#233;riels possibles (ou des services trait&#233;s comme des biens mat&#233;riels). Dans la conception &#233;conomique ambiante, l'utilisation de l'argent d&#233;pend des seules pr&#233;f&#233;rences de chacun, dont on n'examine pas le bien-fond&#233; ou la moralit&#233;. L'argent est donc le signe synth&#233;tique, pratiquement utilisable, de tout ce que nous pouvons nous procurer sur le march&#233; sans faire appel &#224; quoi que ce soit d'autre, valeur morale, amiti&#233;, liens humains etc. On le voit alors : en un sens, le march&#233; ainsi &#233;lev&#233; au r&#244;le de d&#233;miurge &#233;tend le r&#244;le synth&#233;tique de l'argent &#224; la synth&#232;se du temps, et en fait le miroir inverse de l'Eternit&#233;. On comprend alors la v&#233;h&#233;mence de ceux qui d&#233;noncent la financiarisation de la soci&#233;t&#233; : cela revient &#224; d&#233;noncer une r&#233;duction dramatique de l'humain au nom d'un parti d&#233;miurgique prom&#233;th&#233;en, qui ne vise rien de moins que la ma&#238;trise du temps. Ambition d&#233;mentielle s'il en est, mais logique dans la perspective de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en m&#234;me temps manifeste de ce qui pr&#233;c&#232;de que ce n'est pas la finance comme telle qui p&#232;che : on ne reproche pas &#224; un outil ce qu'en fait un artisan mal intentionn&#233;. Le march&#233; financier, ramen&#233; &#224; de justes proportions, a un r&#244;le pratique : il permet &#224; l'argent &#233;pargn&#233; de s'investir ou de se red&#233;ployer, et d'op&#233;rer une confrontation indispensable. L&#224; n'est pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous int&#233;resse est d'&#233;clairer le positionnement r&#233;el de la prise de d&#233;cision, si, contrairement &#224; la vision d&#233;miurgique et r&#233;ductrice que nous avons &#233;voqu&#233;e, on cherche &#224; situer le processus de d&#233;cision &#233;conomique et financier dans le contexte de la r&#233;alit&#233;, avec toutes ces dimensions. On rappellera d'abord le fait que le seul temps r&#233;el pour nous est le pr&#233;sent, mais qu'il va dispara&#238;tre l'instant d'apr&#232;s. Ensuite que nous projetons notre d&#233;cision sur un futur qui n'existe pas &#224; ce stade, mais qui existera, envers lequel notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, mais que nous ne pouvons conna&#238;tre d'un vrai savoir, car nous faisons seulement des hypoth&#232;ses. Enfin que ces d&#233;cisions que nous prenons au fond sans bien savoir, malgr&#233; le soin que nous y mettons, sont tout sauf anecdotiques ou fugitives. D'abord parce que leur cumul constitue notre avenir collectif : &#224; soi seul cela justifierait que nous y mettions le plus grand soin. Y compris si nous ne sommes pas croyants. Ensuite, pour celui qui reconna&#238;t l'existence de Dieu, et de l'Eternit&#233;, pour une raison plus profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si l'ensemble de ce qui a &#233;t&#233;, est et sera, comme de ce qui est v&#233;cu &#224; chaque instant, prend son sens dans l'Eternit&#233; de Dieu, chacune de ces d&#233;cisions est en un sens &#233;ternellement pr&#233;sente. Elle a donc sa valeur en elle-m&#234;me, absolue &#224; sa fa&#231;on, comme acte pos&#233; un jour par un &#234;tre humain, mais vu &#233;ternellement par Dieu. Et donc elle s'inscrit dans une tapisserie que nous verrons un jour, mais que Dieu voit &#8216;d&#233;j&#224;' si on peut dire, et &#224; laquelle Lui-m&#234;me travaille activement par ce qu'on appelle la Providence. Appara&#238;t alors ce qui fait la valeur essentielle de tout acte, de toute d&#233;cision quelle qu'elle soit : ins&#233;r&#233;e certes dans le temps du pr&#233;sent et orient&#233;e vers l'avenir, elle n'a vraiment tout son sens que sous l'angle de l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons alors &#224; notre d&#233;cision financi&#232;re. Elle prend dans ce contexte un relief tout &#224; fait diff&#233;rent. Je serai pour toujours cette personne qui ayant aujourd'hui de l'argent &#224; placer, pos&#233;e dans son pr&#233;sent et apportant sa pierre &#224; une histoire qu'elle devine en construction, se pose des questions sur l'utilisation optimale de cet argent. Mais d&#232;s lors ma d&#233;cision se prendra autrement que ne le serait la d&#233;cision de l'incroyant. Non seulement je ne m'illusionnerai pas sur le pouvoir pr&#233;dictif des march&#233;s, ou sur ma connaissance de l'avenir, mais je prendrai ma d&#233;cision en tentant d'ins&#233;rer mon acte dans la perspective de ce que Dieu attend de moi dans sa Providence ; cela commence par le souci de la soci&#233;t&#233; humaine, de ce qu'elle est aujourd'hui et de ce qu'elle sera demain - y compris en termes &#233;cologiques ou de g&#233;n&#233;rations futures. Non que j'ai &#224; les prendre tout seul en charge, &#233;videmment, puisque je ne suis qu'un point mouvant du temps parmi des millions d'autres. Mais l&#224; o&#249; je suis, je poserai mes actes, y compris financiers, &#224; cette lumi&#232;re et j'int&#233;grerai ces actes dans l'ensemble de mes responsabilit&#233;s envers Dieu et envers les hommes, avec vocation &#224; l'&#233;ternit&#233;. Ce qui leur donne une toute autre signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base d'une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Ecole des Mines le 2 juin 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Eloge de la tradition</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Eloge-de-la-tradition.html</link>
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		<dc:date>2012-12-23T14:14:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Tradition</dc:subject>
		<dc:subject>Tradition et communaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition. Car la tradition vivante n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable, c'est la transmission d'une exp&#233;rience v&#233;cue du vrai et du bien. Mais ce progr&#232;s n'est en rien garanti et les d&#233;rapages toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233;, elle, a syst&#233;matis&#233; ces d&#233;rapages. Son id&#233;al latent est que chacun d&#233;finisse le bien comme il l'entend, sans admettre de r&#233;f&#233;rence objective du bien, et sans tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais croire par exemple qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses exp&#233;riences &#233;motionnelles, donc sans v&#233;ritable consid&#233;ration des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tradition-+.html" rel="tag"&gt;Tradition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tradition-et-communaute-13-+.html" rel="tag"&gt;Tradition et communaut&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pluralisme-et-verite-+.html" rel="tag"&gt;Pluralisme et v&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tradition vivante (la seule qui m&#233;rite attention) n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable tel quel, ni la r&#233;p&#233;tition d'un &#233;v&#233;nement fondateur &#224; r&#233;activer en permanence dans un &#233;ternel pr&#233;sent. C'est la transmission d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences observ&#233;es et v&#233;cues, d'un rapport possible au monde, fond&#233; en v&#233;rit&#233; et fondateur de r&#233;f&#233;rences communes &#233;motionnellement puissantes parce que bas&#233;es sur la r&#233;alit&#233; de notre nature. Comprise ainsi, il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition. Mais ce progr&#232;s n'est en rien garanti et les d&#233;rapages toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; a fait mieux, elle a syst&#233;matis&#233; ces d&#233;rapages, en mettant au centre de sa conception du monde un paradigme central, selon lequel la seule bonne chose est que chacun d&#233;finisse le bien comme il l'entend, sans admettre de r&#233;f&#233;rence objective (ce qu'on appelle la loi naturelle), et sans tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience des si&#232;cles. On fait donc en mati&#232;re de valeurs essentielles, et de m&#339;urs, ce qu'on ne fait pas nulle part ailleurs. Mais croire par exemple qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses propres exp&#233;riences &#233;motionnelles, a priori immatures, sans consid&#233;ration de principe des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Point de d&#233;part : la signification de l'histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel est le sens l&#233;gitime de l'id&#233;e de &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt; ? On l'oppose bien souvent &#224; la libert&#233; ou &#224; la cr&#233;ativit&#233;. Mais rien n'est plus simpliste. Bien s&#251;r une vie raisonnable et vertueuse suppose la libert&#233;, et son fruit la cr&#233;ativit&#233;, car seule la libert&#233; permet d'agir en tant que personne responsable, conform&#233;ment &#224; ce qu'on reconna&#238;t comme bien. Ce qui par construction implique que l'histoire soit ouverte et le jeu de la soci&#233;t&#233; impr&#233;visible Mais l'id&#233;e r&#233;pandue &#224; notre &#233;poque est tr&#232;s diff&#233;rente. Elle va bien au-del&#224; de l'id&#233;e de l'agir libre et responsable : c'est que l'homme et la soci&#233;t&#233; sont de pures constructions sociales, et que la &#8216;libert&#233;' de l'homme doit &#234;tre maximale, sans contrainte ni limite autre que ce qu'il d&#233;cide. Le devenir humain excluant toute norme fond&#233;e ou reconnue &#224; l'avance, chacun fait ses choix et l'histoire enregistre. Il y a bien s&#251;r ici un saut logique : car que la libert&#233; soit un bien indispensable n'implique en rien qu'il n'y ait pas de r&#233;alit&#233; naturelle, de r&#233;f&#233;rence objective rendant seule possible la construction de la personne et de la soci&#233;t&#233;. Le contraire est m&#234;me &#233;vident, comme le montrent des faits de base comme l'existence d'un bien et d'un mal objectif (tuer est mal, la famille est en soi une bonne chose). Cela implique encore moins que tout soit possible, surtout au niveau collectif, qui est le plus al&#233;atoire de tous, car le choix d&#233;sordonn&#233; de chacun peut d&#233;boucher &#224; ce niveau sur des &#233;volutions dramatiques. Et d&#232;s lors la v&#233;ritable libert&#233; ne saurait &#234;tre dans l'exp&#233;rimentation capricieuse et anarchique, mais dans la connaissance v&#233;cue de ce qui est vrai et bon, car cela seul nous permet d'avancer vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette modernit&#233; se voit fond&#233;e sur une r&#233;volution permanente, impliquant une d&#233;valorisation syst&#233;matique du pass&#233;. Mais ce faisant on confond deux niveaux. L'un est le sens m&#234;me de l'histoire, la perception d'une diff&#233;rence cumulative intrins&#232;que entre le pass&#233; et le futur : indiscutable, elle existait d&#232;s le Moyen Age chr&#233;tien et caract&#233;rise en un sens l'Occident. L'autre est la survalorisation du pr&#233;sent ou de l'avenir et le m&#233;pris du pass&#233; ; eux sont purement modernes et se relient au refus de toute r&#233;f&#233;rence objective, notamment h&#233;rit&#233;e. On a d&#232;s lors &#233;limin&#233; la tradition comme source de r&#233;f&#233;rence, et c'est l&#224; qu'est la v&#233;ritable nouveaut&#233; sociale. Et du coup on se permet d'exp&#233;rimenter sans frein ni responsabilit&#233;, comme de nos jours avec l'euthanasie, le &#8216;mariage' homosexuel, ou les tripotages g&#233;n&#233;tiques. Tout ceci est coh&#233;rent avec le refus de toute norme sup&#233;rieure, de toute r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien, reconnus comme d&#233;sirables et normatifs par eux-m&#234;mes, comme de toute r&#233;alit&#233; morale naturelle objectivement constatable. Car &#233;videmment si on admet de telles r&#233;f&#233;rences, ce qui para&#238;t difficile &#224; &#233;viter si on croit un tant soit peu &#224; un progr&#232;s possible qui soit un vrai progr&#232;s, on comprend qu'on ne peut tout r&#233;inventer &#224; chaque instant et que de telles r&#233;f&#233;rences doivent &#234;tre l'objectif d'une recherche commune &#233;tal&#233;e au cours des si&#232;cles et s'approfondissant &#224; chaque g&#233;n&#233;ration. Pr&#233;cis&#233;ment ce qu'on appelle tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cite pour expliquer les motifs de cette attitude, le progr&#232;s &#233;conomique ou technique ; ou bien, en politique, ce qu'on pense &#234;tre la clef d&#233;finitive du progr&#232;s : la d&#233;mocratie, les droits de l'homme etc. Mais justement pour qu'il y ait eu un certain progr&#232;s dans ces domaines il a fallu que soit &#224; l'&#339;uvre un crit&#232;re de choix, de s&#233;lection, donc une r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien. En outre, s'il y a encore aujourd'hui un progressisme convaincu de l'automaticit&#233; du progr&#232;s sans r&#233;f&#233;rence objective, par son simple jeu, il est moins dominant. Bien des &#233;cologistes sont m&#234;me convaincus &#224; leur fa&#231;on que le pass&#233; lointain &#233;tait meilleur que notre avenir. Il y a donc, &#224; c&#244;t&#233; de la foi na&#239;ve en la sup&#233;riorit&#233; des m&#233;canismes relativistes et d'un libre-arbitre sans contr&#244;le, un doute profond, qui peut permettre d'esp&#233;rer une ouverture &#224; des options alternatives. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de la reconstruction d'une appr&#233;ciation saine du &lt;i&gt;sens positif de la tradition, ins&#233;r&#233; dans une vision orient&#233;e vers l'avenir, parce que fond&#233;e sur des r&#233;f&#233;rences &#224; valeur permanente, objective, mais en approfondissement constant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas de tradition l&#233;gitime sans r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;laboration de la juste compr&#233;hension du vrai et du bien est en effet &#224; comprendre comme un travail collectif &#233;tendu sur plusieurs g&#233;n&#233;rations. La tradition ainsi comprise n'est pas un mod&#232;le immuable, alors m&#234;me que les principes auxquels elle se r&#233;f&#232;re sont reconnus permanents. C'est le fruit collectif de la soci&#233;t&#233;, y compris des plus humbles, car, comme le rel&#232;ve Chesterton, rien dans la d&#233;mocratie ne s'oppose &#224; la tradition (sauf bien s&#251;r dans la mythologie de notre &#233;poque). Quand on critique la tradition, en fait on en appelle &#224; une minorit&#233; qui se dit &#233;clair&#233;e, et on la dresse contre une foule, la foule obscure de nos anc&#234;tres. Attitude qui n'a rien de d&#233;mocratique. Mais bien s&#251;r, par ailleurs, une tradition qui ne serait que r&#233;p&#233;tition aveugle ne saurait survivre. La &lt;i&gt;tradition vivante&lt;/i&gt; (la seule qui m&#233;rite attention et int&#233;r&#234;t) n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable, ni la r&#233;p&#233;tition d'un &#233;v&#233;nement fondateur &#224; r&#233;activer en permanence dans un &#233;ternel pr&#233;sent. &lt;i&gt;C'est la transmission d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences observ&#233;es et v&#233;cues, propos&#233;es comme visions d'un rapport possible au monde, fond&#233; en v&#233;rit&#233; et fondateur de r&#233;f&#233;rences communes, &#233;motionnellement puissantes autant qu'elles sont bas&#233;es sur l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;. Le v&#233;cu est ici essentiel, et donc cette dimension centrale de toute tradition qui est la transmission de personne &#224; personne. Une tradition est la transmission d'une connaissance dont on s'est p&#233;n&#233;tr&#233;, c'est-&#224;-dire finalement d'une chose v&#233;cue. Ce n'est donc pas simplement un concept ou un syst&#232;me explicatif, mais c'est toujours une exp&#233;rience &#224; vivre ; ou au minimum, ce qui nous &#233;claire sur ce que nous vivons, c'est-&#224;-dire nous le fait vivre de fa&#231;on plus pleine et plus consciente. &lt;i&gt;La tradition est dans cette optique fondamentalement orient&#233;e vers le futur&lt;/i&gt; : si elle rend hommage au pass&#233; en en tirant les enseignements, c'est que cela doit &#234;tre transmis aux g&#233;n&#233;rations futures. Comprise ainsi, doit-elle &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme vertueuse ? Evidemment ; car elle est un &#233;l&#233;ment essentiel de la vie de l'homme, qui non seulement a des exp&#233;riences personnelles, mais les a avec d'autres et par d'autres ; il re&#231;oit d'autres l'essentiel de ce qui le constitue, et notamment de ses pr&#233;d&#233;cesseurs sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition peut-elle &#234;tre l&#233;gitimement remise en question ? Le cas o&#249; la question se pose est celui o&#249; le flux de nouvelles informations, exp&#233;riences nouvelles, ou d&#233;couvertes dans le savoir para&#238;t remettre en question une tradition ant&#233;rieurement existante. Mais &#224; vrai dire, si la tradition en question portait sur un &#233;l&#233;ment d'exp&#233;rience r&#233;elle, v&#233;cue positivement, logiquement la solution optimale ne devrait pas consister dans son abolition. Tout au plus dans son int&#233;gration dans un contexte nouveau plus large. Du fait m&#234;me que la tradition transmet un v&#233;cu s&#233;lectionn&#233; pour son sens, sa v&#233;rit&#233; et sa signification, par nature elle ne devrait pas &#234;tre remise en cause en tant que telle, dans ses limites. Naturellement dans la pratique il peut en &#234;tre diff&#233;remment, car il y a des traditions erron&#233;es : fond&#233;es au d&#233;part sur un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233;, mais enkyst&#233;es dans l'erreur ou alli&#233;es avec elle. Ceci dit, m&#234;me en cas d'erreur av&#233;r&#233;e, il faudrait sauver ce que la vision ant&#233;rieure contenait d'humainement significatif. Ce qui montre l'erreur profonde des suppos&#233;es Lumi&#232;res du XVIIIe si&#232;cle : elles ont tent&#233; d'abolir le flux d'exp&#233;riences ant&#233;rieures au nom de principes suppos&#233;s complets et d&#233;finitifs, alors qu'il aurait fallu tenter d'en garder le v&#233;cu et l'exp&#233;rience positives. A nouveau, il faut voir le processus de transmission d'id&#233;es par la tradition, coupl&#233; avec leur renouvellement/enrichissement, comme la combinaison du souci de la permanence du concept vrai, avec la recherche constante de la cr&#233;ation-innovation &#8211; car l'histoire est transmission et jaillissement. La tradition vivante de la civilisation est le lieu dans lequel ce qui a &#233;t&#233; vu reconnu comme vrai en soi est transmis et enrichi par un processus irr&#233;versible d'immersion - cr&#233;ation dans le temps. Comprise ainsi une tradition est donc fondamentalement un d&#233;veloppement. On peut m&#234;me dire &lt;i&gt;qu'il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition&lt;/i&gt;, puisque le progr&#232;s suppose une accumulation qualitative et quantitative, ce qui implique de transmettre ce qui a &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233; et reconnu bon. Loin d'exclure l'innovation, elle en constitue le support, puisqu'une innovation ne vaut que si elle peut devenir tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception du travail collectif de la soci&#233;t&#233; est &#233;videmment incompatible avec la notion de R&#233;volution avec un grand R, prise dans son sens fort de volont&#233; utopique de changement radical de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, &#224; partir d'un jeu a priori de concepts. Le d&#233;fi de la transmission est une des d&#233;fis majeurs que nous avons &#224; affronter et aujourd'hui plus que jamais. En revanche bien s&#251;r c'est compatible avec une r&#233;volution (avec un petit r), comprise comme simple changement de r&#233;gime, notamment politique. Si en effet ces derni&#232;res peuvent (parfois) &#234;tre n&#233;cessaires, les premi&#232;res se sont r&#233;v&#233;l&#233;es constamment st&#233;riles et dangereuses. Tous les mythes r&#233;volutionnaires se ressemblent dans leur sottise essentielle, car ils supposent tous qu'on puisse r&#233;sumer dans un jeu de concepts l'ensemble du fonctionnement d'une soci&#233;t&#233;, avec ses multiples communaut&#233;s chacune dot&#233;e de son h&#233;ritage propre ; et qu'on puisse utiliser tel ou tel pouvoir pour mettre en &#339;uvre les th&#233;ories qu'on b&#226;tit l&#224;-dessus, le tout sans dommage pour les personnes, les communaut&#233;s ou les r&#233;f&#233;rences collectives qui les sous-tendent - alors m&#234;me que, ce faisant, ce pouvoir se d&#233;cha&#238;ne dans la violence et se d&#233;barrasse des contre-pouvoirs qui le limitaient.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tradition et progr&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que le temps &#233;tablit une diff&#233;rence de nature entre ce qui est avant et ce qui est apr&#232;s, au b&#233;n&#233;fice du second car il profite a priori de l'exp&#233;rience du premier. Mais cela ne justifie pas la pr&#233;tention de l'&#233;poque moderne qui se juge intrins&#232;quement sup&#233;rieure &#224; toutes celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e. Car cette sup&#233;riorit&#233; pour &#234;tre r&#233;elle supposerait deux choses. D'une part que l'exp&#233;rience des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes ait &#233;t&#233; r&#233;ellement int&#233;gr&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'on ait &#233;cout&#233; et assimil&#233; ce qu'ont pu nous dire nos pr&#233;d&#233;cesseurs. Il faut au minimum pour cela une vertu de m&#233;moire et une &#233;coute attentive des t&#233;moignages ant&#233;rieurs ; et donc un sens intense de l'histoire et de la tradition bien comprise. Ce qui comme on sait ne caract&#233;rise pas notre &#233;poque. &lt;i&gt;Paradoxalement toute pr&#233;tention &#224; la sup&#233;riorit&#233; suppose de valoriser pleinement les &#233;poques ant&#233;rieures, afin de s'appuyer sur elles.&lt;/i&gt; Qui affirme la possibilit&#233; de recommencer &#224; z&#233;ro reconna&#238;t par l&#224; le m&#234;me droit &#224; ses successeurs et exclut qu'une quelconque sup&#233;riorit&#233; puisse lui &#234;tre reconnue, ainsi qu'&#224; son temps. D'autre part, il faut que cette exp&#233;rience puisse &#234;tre int&#233;gr&#233;e r&#233;ellement, c'est-&#224;-dire qu'on ne se borne pas &#224; enregistrer le t&#233;moignage et &#224; le juger, mais qu'on soit autant que possible &#224; m&#234;me de saisir le sens humain de l'exp&#233;rience particuli&#232;re qu'ont v&#233;cue nos anc&#234;tres, comme exp&#233;rience particuli&#232;re d'&#233;poque, et en m&#234;me temps exp&#233;rience universelle. Ce qui pr&#233;suppose l'universalit&#233; de l'humain et la communicabilit&#233; des exp&#233;riences. En revanche l'historicisme qui d&#233;value les &#233;poques ant&#233;rieures en les consid&#233;rant incapables de communiquer avec la n&#244;tre d&#233;value par le m&#234;me fait sa propre pr&#233;tention &#224; la sup&#233;riorit&#233;, et se contredit donc. Dans le pass&#233;, des hommes ont v&#233;cu r&#233;ellement les exp&#233;riences qu'ils ont v&#233;cues. Il est impossible de les revivre telles quelles. Mais parce que l'humain est universel, il est possible d'assumer ce qu'ils nous ont transmis de t&#233;moignage vrai et pens&#233; de ce v&#233;cu, notamment &#224; travers la culture. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de la tradition. En r&#233;sum&#233; la tradition bien comprise est le mariage de deux &#233;l&#233;ments. D'un c&#244;t&#233;, la transmission d'une notion de ce qui est essentiel et donc par nature hors du temps, ou plus exactement de ce que nos pr&#233;d&#233;cesseurs en ont per&#231;u, m&#234;me si c'est in&#233;vitablement avec leurs limites. Et de l'autre, l'enrichissement progressif, cumulatif parce que r&#233;v&#233;rencieux et d&#233;vou&#233;, des progr&#232;s successifs que l'histoire nous permet d'enregistrer, sous l'&#233;clairage de ces r&#233;f&#233;rences objectives. Le tout transmis de fa&#231;on vivante, dans le cadre d'une &#233;ducation de la personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, il y a donc en principe la possibilit&#233; d'un progr&#232;s historique r&#233;sultant de la fl&#232;che du temps et de l'accumulation des exp&#233;riences et savoirs qui en r&#233;sultent. Il peut &#233;venuellement permettre d'affiner les exigences morales. On doit cependant ajouter que le seul progr&#232;s r&#233;sultant de l'accumulation d'exp&#233;riences dans le temps (sauf catastrophe), est quantitatif ou notionnel. Je veux dire par l&#224; &lt;i&gt;qu'il n'y a pas de progr&#232;s perceptible dans la sagesse&lt;/i&gt; (l'harmonie globale, personnelle ou collective), ni en termes de qualit&#233; ni d'intensit&#233;. Car cela, chaque g&#233;n&#233;ration doit le conqu&#233;rir pour elle-m&#234;me, parce que ce ne peut &#234;tre transmis tel quel par les mots et les id&#233;es ; cela doit &#234;tre v&#233;cu. On retrouve ici la limite de tout langage : on peut transmettre une id&#233;e mais pas faire percevoir &#224; l'autre la pl&#233;nitude de la chose ; on peut tout au plus la montrer. Et la fid&#233;lit&#233; est alors le meilleur garant de cette transmission, si l'on veut que cet h&#233;ritage soit bien v&#233;cu, car cela suppose le respect de principes justes et un cadre humainement &#233;ducatif et formateur ; donc qui guide la personne vers ce qu'elle ne conna&#238;t pas au d&#233;part (et qui ne peut donc r&#233;sulter de son choix). C'est l&#224; l'apport le plus important d'une tradition vivante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le risque de d&#233;rapage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais ce processus de progr&#232;s relatif peut &#234;tre remis en cause par de multiples facteurs. D'abord l'humanit&#233; est libre, y compris de faire de mauvais choix, et donc il est concevable voire in&#233;vitable qu'elle se lance &#224; l'occasion dans une impasse. Ensuite il est possible qu'un progr&#232;s relatif dans un certain sens conduise &#224; une erreur massive sous un autre angle, ou &#224; l'occultation de choses tr&#232;s importantes, ant&#233;rieurement acquises. Le cas &#233;vident de d&#233;viation est justement ce paradigme central de la modernit&#233;, qui met en seule priorit&#233; la pluralit&#233; libre des voies, consid&#233;r&#233;e comme seul bien en soi, et la suppos&#233;e d&#233;finition libre par chacun des valeurs qui comptent pour lui. Bien s&#251;r il y a un bien relatif dans la tol&#233;rance, et un autre dans la libert&#233; ou l'autonomie. Mais &lt;i&gt;afficher un tel primat absolu de neutralit&#233; exclut la recherche s&#233;lective qui est &#224; la base de toute tradition vivante, et par l&#224; de tout progr&#232;s&lt;/i&gt;. Le paradigme moderne qui ne voit de progr&#232;s que dans l'&#233;largissement de la marge de jeu imm&#233;diate de jeu de chacun est contradictoire avec le v&#233;ritable progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;poque moins qu'&#224; tout autre le progr&#232;s n'est donc pas garanti. L'innovation, en soi positive parce qu'apportant une exp&#233;rience nouvelle, peut avoir un effet globalement pervers si ce qui est ainsi explor&#233; d&#233;s&#233;quilibre notre horizon de vie et de valeurs et aboutit &#224; l&#233;guer &#224; la g&#233;n&#233;ration qui suit un bilan qui sera peut-&#234;tre quantitativement plus complexe (du moins pendant un certain temps) mais qualitativement appauvri et d&#233;s&#233;quilibr&#233;. On le voit dans le cas de la famille : laisser chaque individu bricoler le mod&#232;le familial qui lui convient n'a de sens que si l'on consid&#232;re tout mod&#232;le familial comme arbitraire, ce qui est contraire &#224; l'exp&#233;rience des civilisations (et au bon sens comme &#224; toute r&#233;flexion sur la loi naturelle). Croire qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses propres exp&#233;riences &#233;motionnelles, a priori immatures, sans consid&#233;ration des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Texte reprenant et adaptant des passages de mon &lt;i&gt;Temps Histoire Eternit&#233;&lt;/i&gt; Parole et Silence 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(modifi&#233; le 2 janvier 2013)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le tueur norv&#233;gien et la morale </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-tueur-norvegien-et-la-morale.html</link>
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		<dc:date>2011-07-27T17:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Morale et politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bien interpr&#233;ter le sympt&#244;me &lt;br class='autobr' /&gt;
L'effrayante affaire du tueur norv&#233;gien nous conduit &#224; poser plusieurs questions importantes. Le discours dominant tend &#224; conclure directement que c'est parce qu'il y a des discours de haines ou d'hostilit&#233; &#224; certaines communaut&#233;s (musulmans en l'esp&#232;ce) que de tels &#233;v&#232;nements se produisent. Mais le passage de ce genre d'id&#233;ologie &#224; la tuerie suppose deux &#233;tapes suppl&#233;mentaires qui demandent explication. D'abord, le tueur a conclu de l'id&#233;e suppos&#233;e qu'il y a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Relativisme-+.html" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Morale-et-politique-+.html" rel="tag"&gt;Morale et politique&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien interpr&#233;ter le sympt&#244;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effrayante affaire du tueur norv&#233;gien nous conduit &#224; poser plusieurs questions importantes. Le discours dominant tend &#224; conclure directement que c'est parce qu'il y a des discours de haines ou d'hostilit&#233; &#224; certaines communaut&#233;s (musulmans en l'esp&#232;ce) que de tels &#233;v&#232;nements se produisent. Mais le passage de ce genre d'id&#233;ologie &#224; la tuerie suppose deux &#233;tapes suppl&#233;mentaires qui demandent explication. D'abord, le tueur a conclu de l'id&#233;e suppos&#233;e qu'il y a menace musulmane &#224; celle que le seul moyen de lutter contre est la violence, en bref que nous sommes en guerre. Ce qui implique d'abord qu'il voit la situation politique, la voie l&#233;gale, comme sans espoir. Mais plus profond&#233;ment cela suppose un rejet en bloc de cette soci&#233;t&#233; au point de vouloir la d&#233;truire, une rage int&#233;rieure allant bien au-del&#224; du politique, dont les racines sont dans la psychologie et l'histoire personnelle. La deuxi&#232;me &#233;tape ensuite consiste &#224; passer de cette obsession de la guerre &#224; la prise pour cible non des suppos&#233;s ennemis, dirigeants, forces publiques, ou les migrants eux-m&#234;mes, mais de citoyens banals de son propre pays et notamment de jeunes. Ce qui pour le coup n'a plus de sens politique et confirme l'id&#233;e d'un rejet visc&#233;ral allant bien au-del&#224; de tout raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut pas dire que les discours de haine hostiles &#224; telle ou telle communaut&#233; soient sans r&#244;le ou sans effet. Mais pendant tout le XXe si&#232;cle des discours autrement plus violents que ceux qu'on entend dans notre soci&#233;t&#233; ont &#233;t&#233; prof&#233;r&#233;s &#224; droite ou &#224; gauche sans d&#233;boucher sur ce genre de tueries individuelles. On a eu des horreurs certes, chacun le sait, mais diff&#233;rentes, collectives et organis&#233;es, avec des cibles d'ailleurs plus coh&#233;rentes avec l'id&#233;ologie affich&#233;e. Donc il y a quelque chose de sp&#233;cifique dans notre soci&#233;t&#233; qui conduit &#224; ce genre de cons&#233;quence. Ce qui est en revanche commun avec les massacres du XXe si&#232;cle est l'effondrement des inhibitions morales. Il parait visiblement &#233;vident &#224; ce tueur que du moment qu'il se sent en guerre il est normal qu'il massacre des civils, en outre des jeunes sans pouvoir r&#233;el &#8211; ce qui est monstrueux quel que soit le motif. Mais de fait, les guerres depuis 80 ans sont des op&#233;rations barbares o&#249; on tue les civils en masse, et ou, plus grave, on l'assume collectivement et sans remords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait nouveau ici est qu'il n'h&#233;site pas &#224; se faire son jugement seul (ou presque). Ici c'est la phase ultra-individualiste qui est en cause, caract&#233;ristique de la modernit&#233; actuelle. On ne se sent plus int&#233;gr&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; ni li&#233; &#224; elle et on n'h&#233;site pas &#224; rompre radicalement non seulement avec toutes ses r&#232;gles mais aussi avec les principes de morale et d'humanit&#233; les plus &#233;l&#233;mentaires. Ce qui &#224; son tour met l'accent sur le probl&#232;me de notre soci&#233;t&#233;, qui veut organiser la cohabitation paisible de citoyens tout en affirmant qu'il n'y a pas d'autres principes ou valeurs communes que le respect du droit &#233;quivalent du voisin. En bref on refuse la notion de morale objective, et le besoin corr&#233;latif d'une &#233;ducation en ce sens, pour n'avoir qu'une morale de r&#232;gles du jeu, rebaptis&#233;e respect. Mais quelqu'un qui se r&#233;volte contre la soci&#233;t&#233; ne voit aucune raison d'&#234;tre li&#233; par ses r&#232;gles du jeu. Contrairement &#224; des r&#232;gles morales, &#224; une croyance, qui obligent chacun pour des raisons profondes et objectives, int&#233;rioris&#233;es, de telles r&#232;gles du jeu collectives rel&#232;vent plus de la pression sociologique ou politique que de quoi que ce soit d'essentiel. Et les d&#233;viants passent outre. On le voit avec tous ces faits divers de tortures gratuites pratiqu&#233;es par des gens sans aucun remords ensuite. De fa&#231;on isol&#233;e - ou, peut-&#234;tre un jour, collective. Ce qui peut devenir r&#233;ellement effrayant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Ciel et la For&#234;t I</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Pluralite-des-verites-pluralite-des-morales.html</link>
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		<dc:date>2009-12-02T14:23:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;ductionnisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#8220;Le Ciel et la For&#234;t&#8221; 1 et 2 sont deux ouvrages que j'avais group&#233;s sous un m&#234;me nom parce qu'ils me paraissaient li&#233;s, mais leur sujets &#233;taient suffisamment diff&#233;rents pour permettre de les &#233;diter s&#233;par&#233;ment. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'un s'attaque &#224; la pluralit&#233; des conceptions, l'autre &#224; celle des religions (voir . Dans les deux cas il s'agit de travailler &#224; ce qui me para&#238;t une t&#226;che urgente : d&#233;velopper une r&#233;flexion &#224; la hauteur des enjeux contemporains, et enracin&#233;e dans notre tradition (la philosophia (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/c_et_f_1.jpg?1787417297' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.laprocure.com/product/130429/lauzun-pierre-de-le-ciel-et-la-foret-vol-1-au-dela-du-pluralisme?srsltid=AfmBOoq4N4FB_7oe7HNJCqmlFORZNOnncPU47Z_OGsXoX7k08zEG12Zb&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.laprocure.com/product/1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.amazon.fr/Ciel-for&#234;t-num&#233;ro-del&#224;-pluralisme/dp/2856522556/ref=sr_1_21?__mk_fr_FR=&#197;M&#197;&#381;&#213;&#209;&amp;dib=eyJ2IjoiMSJ9.OrnoCDpanmyZcBiIRPGCIEOUhYCBh2Rv7gVRuq3iTi0-gNEeKkyg64IzDz5k6ExsDj-NHPeGDULjx8byQmOl9hwbYkBgJ8fetci3KFnlD1NUT3mLUI8TLgVH-WMlN6epoxdk5nM0rwOeonHNZyBsX_EcXaWY6lfKUXAutQ5QGSNV0lVpASCMgXT2bbf0YYt1MP19NH2_INJoN2i4FVPd-2wttg-b_IytSSekJiy0B9WExfidSp0WXuFn8u6x6SQOXqDj6OkmxCTZBLtU-_gKCzbiK-g0SfZwFaWKYgBQa9s.Polm-6CUd5jvW1BOc0F9ubHCDSA2_IES6Dz2m0x3PcI&amp;dib_tag=se&amp;keywords=Pierre+de+Lauzun&amp;qid=1748268872&amp;sr=8-21&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.amazon.fr/Ciel-for&#234;t-n...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Le Ciel et la For&#234;t&#8221; 1 et 2 sont deux ouvrages que j'avais group&#233;s sous un m&#234;me nom parce qu'ils me paraissaient li&#233;s, mais leur sujets &#233;taient suffisamment diff&#233;rents pour permettre de les &#233;diter s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un s'attaque &#224; la pluralit&#233; des conceptions, l'autre &#224; celle des religions (voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Diversite-des-religions-le-christianisme-clef-de-l-experience-religieuse-de-l.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Diver...&lt;/a&gt; . Dans les deux cas il s'agit de travailler &#224; ce qui me para&#238;t une t&#226;che urgente : d&#233;velopper une r&#233;flexion &#224; la hauteur des enjeux contemporains, et enracin&#233;e dans notre tradition (la&lt;i&gt; philosophia perennis&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier livre, ici pr&#233;sent&#233;, est une r&#233;flexion philosophique sur la recherche de la v&#233;rit&#233;, dans le contexte actuel domin&#233; par l'id&#233;e de pluralisme. Elle part de ce fait premier qu'est la pluralit&#233; (&#233;voqu&#233;e dans le livre sous le nom de pluralisme ; mais le terme de pluralisme pouvant pr&#234;ter &#224; confusion, il aurait mieux valu parler de pluralit&#233;). Il explore et critique les voies prises par la pens&#233;e contemporaine, relativiste, sceptique ou scientiste ; et montre qu'elles conduisent &#224; des impasses. Ce qui conduit &#224; souligner la n&#233;cessit&#233; de se recentrer sur la notion de v&#233;rit&#233; objective, et ceci m&#234;me si une pluralit&#233; de philosophies est possible ; en montrant que sans cette notion et ses cons&#233;quences, aucune pens&#233;e, aucun discours, aucun sens n'est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On montre ensuite que toute notion de v&#233;rit&#233; tant dans le champ de la connaissance qu'en morale ou esth&#233;tique, ne peut se fonder en derni&#232;re analyse que dans la foi en Dieu, qui est &#224; la fois seule rationnelle, et seule fondatrice de la raison. Le thomisme sert notamment de r&#233;f&#233;rence dans cette analyse, non comme conception unique, mais comme philosophie repr&#233;sentative par excellence de la juste approche. Cette d&#233;marche se situe totalement dans la lign&#233;e et l'esprit de l'encyclique &lt;i&gt;Fides et Ratio&lt;/i&gt;, bien que le texte ait &#233;t&#233; mis au point pour l'essentiel avant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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