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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>L'&#201;vangile parle-t-il d'&#233;conomie et de finance ?</title>
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		<dc:date>2021-12-01T14:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Publi&#233; dans Al&#233;teia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Condamnation-de-l-usure-+.html" rel="tag"&gt;Condamnation de l'usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Evangile-et-argent-+.html" rel="tag"&gt;Evangile et argent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2021/11/28/levangile-parle-t-elle-deconomie-et-de-finance/?fbclid=IwAR16G1QjPcN46Q0sIpavPpva1po97COeKYIv99CiTMb5AJMKhhaOB2srFes&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2021/11/28/l...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que l'on pense souvent, l'&#201;vangile parle d'&#233;conomie et de de finances, et utilise abondamment la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et financi&#232;re. En fait, J&#233;sus est le seul &#171; fondateur de religion &#187; qui utilise abondamment le langage &#233;conomique pour expliquer et figurer des r&#233;alit&#233;s spirituelles. C'est tr&#232;s parlant dans toute soci&#233;t&#233;, o&#249; l'on exerce des activit&#233;s &#233;conomiques, car cela se r&#233;f&#232;re &#224; des r&#233;alit&#233;s de tous les jours (&#233;changes de biens et des services, pr&#233;vision budg&#233;taire, calculs de prix, probl&#232;mes de dettes, rapport &#224; l'argent, etc.). Ceci se retrouve par exemple dans la parabole des talents, qui parle de faire fructifier l'argent, et o&#249; le ma&#238;tre reproche &#224; celui qui avait re&#231;u un seul talent de ne pas l'avoir fait fructifier, pour le donner &#224; celui qui avait re&#231;u dix talents et qui les avait fait fructifier. Bien entendu, cela ne veut pas dire que le message &#233;vang&#233;lique soit purement &#233;conomique et financier, tout au contraire. Mais le Christ, seul de toutes les religions, utilise fr&#233;quemment le langage de l'&#233;conomie et de la finance pour transmettre des v&#233;rit&#233;s ; m&#234;me si celles-ci sont essentiellement d'ordre spirituel, cela nous dit quelque chose sur ces r&#233;alit&#233;s. Ce qui n'est pas &#233;tonnant dans une religion de l'Incarnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;vangile s'appuie sur des raisonnements &#233;conomiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on doit analyser les finances ou l'&#233;conomie en suivant la Parole de Dieu, il faut distinguer deux niveaux. Le premier est celui de la vie naturelle et le second celui de la vie spirituelle. Les paraboles utilisent le premier niveau et lui donnent par l&#224; une certaine validit&#233;, souvent de simple bon sens. Ainsi, quand elles expliquent qu'il faut calculer pour b&#226;tir une tour, ou mettent en sc&#232;ne celui qui ach&#232;te, pas cher, un champ, car il a l'information privil&#233;gi&#233;e qu'il contient un tr&#233;sor. Mais elles d&#233;passent vite ce niveau pour introduire un autre facteur, infini, celui de la vie &#233;ternelle. Ce qui change la conclusion du m&#234;me raisonnement &#233;conomique : le vrai tr&#233;sor est alors ce facteur infini, par-l&#224; infiniment pr&#233;f&#233;rable &#224; tout tr&#233;sor mat&#233;riel. Si donc nous introduisons ce facteur spirituel dans notre vie &#233;conomique, nous changeons notre attitude. Plus pr&#233;cis&#233;ment, les tr&#233;sors naturels sont p&#233;rissables et temporaires, tandis que les tr&#233;sors spirituels sont imp&#233;rissables et infinis (la vie &#233;ternelle qui se construit chaque jour en nous). Sur la base d'un raisonnement &#233;conomique, on nous recommande donc d'investir dans le tr&#233;sor spirituel, qui nous offre un horizon infiniment plus grand. De fa&#231;on analogue, il nous est dit : si vous donnez &#224; un riche, le riche vous le rendra, c'est-&#224;-dire que l'op&#233;ration est blanche ; mais lorsque que vous pr&#234;tez &#224; un pauvre, il ne pourra pas vous le rendre, et c'est Dieu qui vous le rendra et Il vous rendra au centuple. Et donc, en un sens, vous faites une bonne op&#233;ration en pr&#234;tant &#224; un pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une conception &#233;labor&#233;e de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base, s'est &#233;labor&#233;e une conception pouss&#233;e de l'&#233;conomie, toujours ins&#233;r&#233;e dans un souci moral et spirituel. Quand on consid&#232;re les affaires d'argent et d'&#233;conomie, il faut le faire &#224; deux niveaux : le niveau naturel (y compris le calcul financier), mais en l'ins&#233;rant sous le niveau spirituel, dont l'horizon est infiniment plus large. Ce double niveau est sous-jacent &#224; la perception de la vie &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral et de la vie financi&#232;re en particulier, dans toute l'histoire de l'&#201;glise. Il y a eu en effet dans toute ses grandes p&#233;riodes de d&#233;veloppement doctrinal une attention particuli&#232;re aux r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et financi&#232;res, comprenant &#224; la fois un effort de compr&#233;hension fine de ces r&#233;alit&#233;s, et une critique s&#233;v&#232;re de ce qui en elles s'oppose &#224; la perspective spirituelle, et notamment &#224; la charit&#233; ou &#224; la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;labor&#233; par l'&#201;glise m&#233;di&#233;vale. Les th&#233;ologiens et les moralistes de l'&#233;poque ont r&#233;fl&#233;chi &#224; la moralit&#233; de la vie &#233;conomique alors en pleine renaissance, et ont &#233;labor&#233; une perception tr&#232;s avanc&#233;e de l'&#233;conomie. C'est sur cette base qu'a pu na&#238;tre l'&#233;conomie politique &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle. Ces principes trouvent leurs racines dans les &#201;vangiles ; ils ne sont pas d&#233;velopp&#233;s de cette mani&#232;re dans d'autres religions, et notamment de fa&#231;on comparable &#224; ce qu'ont fait les m&#233;di&#233;vaux (on mettra &#224; part l'islam, qui a une approche diff&#233;rente, juridique, de la question). Ces m&#233;di&#233;vaux voyaient sous leurs yeux le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie et de la finance, naissantes &#224; leur &#233;poque. Il ne faut pas oublier que le vocabulaire de d&#233;part de la banque et de finance est fait de mots italiens, du fait que ces activit&#233;s ont trouv&#233; leur origine chez des Italiens, catholiques. Cette perspective comporte une analyse purement technique de l'&#233;conomie et de la finance, mais au service d'une orientation morale. D'un c&#244;t&#233;, ils avaient reconnu que le jugement moral suppose une analyse en profondeur de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle il s'applique. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils visaient &#224; ne pas d&#233;velopper l'&#233;conomie et la finance uniquement sous un angle technique, mais en la comprenant comme conduite par la morale. Ce sera un point d'opposition permanent entre la doctrine socio-&#233;conomique de l'&#201;glise et la doctrine &#233;conomique courante. Pour l'&#201;glise, l'homme est fondamentalement un &#234;tre moral et spirituel, et donc ce qu'on fait dans le domaine &#233;conomique doit prendre en compte toutes les dimensions de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La condamnation de l'usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a conduit nos m&#233;di&#233;vaux &#224; une remarquable analyse des r&#233;alit&#233;s de base de la vie &#233;conomique, par exemple le march&#233; et la formation des prix. Le seul point technique o&#249; leur analyse s'&#233;carte des modernes, c'est la condamnation du taux d'int&#233;r&#234;t. Ce que dans le langage m&#233;di&#233;val on appelle usure, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t, per&#231;u &#224; l'occasion d'un pr&#234;t. Investir en achetant des parts dans une soci&#233;t&#233; n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me moral en soi. En revanche, l'id&#233;e que l'argent produit quelque chose de lui-m&#234;me, l'int&#233;r&#234;t, a pos&#233; un probl&#232;me. L'id&#233;e de l'&#233;poque &#233;tait que l'argent en tant que tel ne peut rien produire et qu'il &#233;tait consomm&#233; dans l'op&#233;ration, comme lorsqu'on pr&#234;te un pain ; on en d&#233;duisait que, quand on pr&#234;te, on ne devrait pas recevoir de r&#233;mun&#233;ration. Et donc l'int&#233;r&#234;t &#233;tait en principe interdit. Cette conception &#233;tait fortement relativis&#233;e dans la pratique. Notamment, on admettait une r&#233;mun&#233;ration lorsque le pr&#234;teur perdait de ce fait un gain identifi&#233; (ce qu'on appelait lucrum cessans), ou encourait un dommage (damnum emergens), ou prenait un risque (periculum sortis), etc. Mais on n'a pas eu de changement th&#233;orique du principe, sauf &#224; partir d'une p&#233;riode relativement r&#233;cente, au XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon sens, ce raisonnement comporte une erreur technique et une v&#233;rit&#233; morale. On a fait une erreur, parce que celui qui pr&#234;te de l'argent, qu'il aurait pu utiliser ailleurs, perd de ce fait une opportunit&#233;, presque syst&#233;matiquement (et non pas dans le seul cas du n&#233;gociant qui renonce &#224; une op&#233;ration pr&#233;cise), et il est normal de compenser cette perte : il aurait pu par exemple investir dans des actions et percevoir des dividendes (ce qui a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; licite) ou acheter un bien immobilier et percevoir un loyer (de m&#234;me licite), etc. En outre, il rend ind&#233;niablement un service &#224; celui qui prend cet argent, lequel n'est pas consomm&#233; dans l'op&#233;ration mais utilis&#233; comme repr&#233;sentation d'un actif. Ce n'est que lorsque l'on pr&#234;te &#224; un pauvre dans le besoin que le taux d'int&#233;r&#234;t est contestable, pour d'autres raisons li&#233;es &#224; la destination universelle des biens (c'&#233;tait le cas vis&#233; par l'interdiction de l'int&#233;r&#234;t dans la loi de Mo&#239;se).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre responsable de son argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'investissement en actions n'a jamais &#233;t&#233; condamn&#233; par l'&#201;glise, car dans ce genre d'investissement on s'associe au risque de la soci&#233;t&#233; financ&#233;e. C'est le loyer de l'argent qui posait probl&#232;me. Mais par exemple quelqu'un qui n'a pas d'argent mais qui a un projet est content de s'associer avec celui qui a l'argent, ou de lui emprunter. Dans les deux cas, c'est un service rendu. Si un jeune couple ach&#232;te un r&#233;frig&#233;rateur &#224; cr&#233;dit, l'argent aurait pu &#234;tre utilis&#233; pour autre chose mais va &#234;tre orient&#233; vers ce r&#233;frig&#233;rateur. Il est normal que l'emprunteur paye un int&#233;r&#234;t pour cela. Remettre en question le taux d'int&#233;r&#234;t aujourd'hui est donc une erreur. Mais cela ne justifie pas n'importe quel niveau de dette, ou d'int&#233;r&#234;t. Comme on le verra, le niveau d'endettement est aujourd'hui excessif, que ce soit dans le public ou dans le priv&#233;. Et le taux d'int&#233;r&#234;t peut-&#234;tre trop bas ou trop haut. Mais, &#224; nouveau, il faut bien garder &#224; l'esprit les motivations des m&#233;di&#233;vaux : on est responsable de son argent ; cet argent ne cr&#233;e pas de b&#233;n&#233;fice par lui-m&#234;me ; les b&#233;n&#233;fices de l'argent sont l&#224; parce qu'on en fait un usage collectif ; notre responsabilit&#233; varie en fonction de la position qu'on occupe dans la soci&#233;t&#233; et aussi de sa vocation. Ces principes restent valables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on a pu faire une erreur th&#233;orique, l'intuition &#233;tait bonne, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e que l'argent par lui-m&#234;me ne produit rien. L'argent produit quand il s'associ&#233; &#224; un travail, une initiative humaine. La consid&#233;ration de l'usage de l'argent doit toujours &#234;tre ins&#233;r&#233;e dans son contexte social, et il y a toujours une responsabilit&#233; morale dans cet usage. Celui qui investit son argent ou qui le pr&#234;te le fait au sein d'une communaut&#233; ; ce sont les personnes qui la composent qui cr&#233;ent la richesse ; l'argent sans travail d'autres hommes ne produit pas de richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fonction premi&#232;re de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des finances au sens actuel, la position de l'&#201;glise (dans ce qu'on appelle la doctrine sociale de l'&#201;glise) reste relativement peu d&#233;velopp&#233;e ; il n'y a pas beaucoup de textes qui en parlent sp&#233;cifiquement, les plus &#233;labor&#233;s &#233;tant ceux de Beno&#238;t XVI et notamment l'encyclique Caritas in veritate (2009). La question de la finance devra donc faire l'objet d'&#233;tudes et d'&#233;laborations ult&#233;rieures. Cependant, on peut, sur la base de l'enseignement plus g&#233;n&#233;ral que donne l'&#201;glise, se former une appr&#233;ciation de la mani&#232;re dont la finance devrait fonctionner. Pour cela il faut revenir &#224; la fonction premi&#232;re de la finance, son utilit&#233;, qui est de collecter l'argent &#233;pargn&#233; par les uns pour financer les activit&#233;s cr&#233;atrices des autres, leurs projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re mani&#232;re pour ce faire est l'investissement direct : on apporte des fonds propres (des actions, qui sont une part de propri&#233;t&#233; dans une entreprise), on pr&#234;te de l'agent par des obligations (&#224; l'&#201;tat ou &#224; des entreprises), on ach&#232;te de l'immobilier, etc. Dans une partie importante des cas, des march&#233;s existent, permettant d'acheter des titres repr&#233;sentatifs de cet investissement (march&#233; financier, march&#233; immobilier) et &#233;ventuellement de les revendre, en cas de besoin pour l'investir ailleurs. L'int&#233;r&#234;t du march&#233; est de permettre une confrontation large des offres et des demandes, et d'assurer une liquidit&#233; (possibilit&#233; de vendre ou d'acheter). La deuxi&#232;me mani&#232;re consiste &#224; pr&#234;ter l'argent &#224; une banque, qui pr&#234;te &#224; son tour l'argent qu'elle emprunte &#224; d'autres, ces pr&#234;ts comportant un certain degr&#233; de risque. Les deux m&#233;thodes ne sont pas bonnes ou mauvaises par elles-m&#234;mes ; elles peuvent avoir des avantages et des inconv&#233;nients. La doctrine sociale de l'&#201;glise les admet toutes. &#192; partir de ces r&#233;alit&#233;s, on peut porter un jugement moral en situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les crit&#232;res d'un bon investissement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investisseur chr&#233;tien ne peut se borner au seul calcul financier et il doit prendre en compte le comportement de l'entreprise o&#249; il investit. Un premier probl&#232;me que peut poser la finance est le cas o&#249; elle se r&#233;duit &#224; la seule dimension du calcul financier. Ce dernier est bien s&#251;r n&#233;cessaire pour analyser la rentabilit&#233; et la long&#233;vit&#233; d'un projet. Mais le risque est qu'on ne regarde qu'une seule dimension de l'op&#233;ration &#233;conomique, alors qu'elle est par nature plus complexe et plus riche. Dans la pens&#233;e de l'&#201;glise, la personne qui investit a une responsabilit&#233; dans l'usage de son argent envers les communaut&#233;s int&#233;ress&#233;es et les personnes qui les composent : l'entreprise concern&#233;e, et la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Dans l'expression de ses pr&#233;f&#233;rences, elle doit inclure toutes ces dimensions humaines et morales, sans croire comme l'usurier m&#233;di&#233;val qu'elle se fait de l'argent avec son argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; financier est une confrontation d'ordres d'achat et de vente, r&#233;sultant des analyses et des priorit&#233;s de ses acteurs. D&#232;s lors, il va donner des r&#233;sultats diff&#233;rents selon les orientations et les priorit&#233;s de ces acteurs. Un march&#233; ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme purement neutre, car ici intervient la consid&#233;ration morale : d'une part dans le fonctionnement m&#234;me du march&#233; (son organisation) ; et d'autre part dans les priorit&#233;s des investisseurs, qui doivent &#234;tre socialement responsable, en prenant en compte le respect par l'entreprise de ses collaborateurs, clients et fournisseurs, de son r&#244;le dans les soci&#233;t&#233;s o&#249; elle intervient, du d&#233;veloppement durable, etc. Les investisseurs chr&#233;tiens doivent donc avoir une vue beaucoup plus large que des investisseurs qui r&#233;duisent tout &#224; un pur calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sp&#233;culation et juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;rateur chr&#233;tien face au march&#233; doit &#339;uvrer pour qu'il fonctionne au mieux et donne un prix aussi juste que possible. Un autre aspect &#224; consid&#233;rer est le bon fonctionnement des professionnels et des op&#233;rateurs, qui ach&#232;tent et vendent sur les march&#233;s et, dit-on, &#171; sp&#233;culent &#187;. Pour certains, la sp&#233;culation est condamnable en soi. Mais le terme de sp&#233;culation peut avoir plusieurs sens : bon et mauvais. Le bon sens est celui o&#249; l'op&#233;rateur investit quand le prix est &#224; son avis objectivement bas, et d&#233;sinvestit quand le prix est objectivement trop haut : il envoie donc au march&#233; un signal pour indiquer dans quelle direction le prix devrait selon lui aller s'il doit refl&#233;ter la valeur r&#233;elle du titre. Ce qui correspond au r&#244;le du march&#233; et est collectivement utile. Le mauvais sens de la sp&#233;culation vise le cas o&#249; on joue la hausse (ou baisse) du march&#233; alors qu'il n'y a pas de raison valable pour que les prix montent (ou baissent), mais parce qu'on parie sur un mouvement collectif irrationnel comme il y en a fr&#233;quemment (bulles financi&#232;res), ou pire encore qu'on op&#232;re sur des march&#233;s mal organis&#233;s, qu'on manipule, par exemple en rar&#233;fiant un produit tr&#232;s demand&#233; (ce qu'on appelait autrefois un accapareur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, il ne faut pas idol&#226;trer le march&#233;. La pens&#233;e dominante dit que les march&#233;s sont automatiquement efficients, mais ce n'est pas vrai : le bon sens et l'&#201;glise rappellent leurs limites, leur besoin d'organisation et de r&#233;gulation, et surtout qu'ils donneront un bien meilleur r&#233;sultat si les participants cherchent l'int&#233;r&#234;t de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes consid&#233;rations valent pour l'investisseur personnel, celui qui se demande que faire de bien avec son argent. Je suis responsable de l'usage de mon argent. Soit pour l'investir, comme on l'a vu. Soit pour le donner, recommandation essentielle dans la Bible. Celui qui dispose de moyens doit prendre un pourcentage de son argent pour aider la communaut&#233;. La dimension du don est importante dans le domaine moral, mais aussi dans la vie courante, parce que dans la vie tout ne peut &#234;tre calcul&#233;. Il faut &#224; un moment donn&#233; arr&#234;ter les calculs et donner. M&#234;me dans la vie d'une entreprise, sous forme de coup de main &#224; son voisin. C'est notamment le don qui cr&#233;e le tissu social. Cela dit, le fait de donner ne signifie pas qu'on doit gaspiller l'argent ; donner, c'est aussi faire un bon usage, positif, intelligent de l'argent, mais cette fois sans attendre de l'argent en retour. Ce peut &#234;tre mal utilis&#233; si l'intention qui motive cette action n'est pas bonne. Donner de l'argent pour financer quelque chose qui ne va pas dans le bon sens n'est pas bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contr&#244;ler les exc&#232;s de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point important pour l'appr&#233;ciation port&#233;e sur la finance est la question des r&#233;mun&#233;rations. En soi, lorsqu'un op&#233;rateur fait une op&#233;ration l&#233;gale, il n'est pas injuste qu'il re&#231;oive une r&#233;mun&#233;ration non n&#233;gligeable si elle est r&#233;ussie et que son entreprise ou l'investisseur gagne beaucoup d'argent. Cependant, les r&#233;mun&#233;rations de ceux qui travaillent dans le domaine financier d&#233;pendent de plusieurs &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs qui peuvent &#234;tre anormalement favorables. Le probl&#232;me le plus important se pose quand le secteur financier fait de fa&#231;on permanente des profits &#233;lev&#233;s, excessifs par rapport au service rendu. C'est le signe d'un rapport malsain entre la finance et le reste de l'&#233;conomie, qui pose des questions de concurrence et de r&#233;glementation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;rations financi&#232;res se font avec des risques, puisqu'elles portent sur l'avenir. Mais la difficult&#233; est que les cons&#233;quences de ces risques peuvent n'&#234;tre visibles que bien apr&#232;s que les profits soient enregistr&#233;s comptablement, et que les r&#233;mun&#233;rations des op&#233;rateurs aient &#233;t&#233; distribu&#233;s. On l'a vu par exemple &#224; grande &#233;chelle lors de la crise financi&#232;re de 2007-2008. Par cons&#233;quent, certaines personnes peuvent gagner de l'argent qu'ils n'auraient jamais d&#251; gagner, en mettant ensuite la soci&#233;t&#233; en crise du fait de risques qu'ils n'auraient pas d&#251; prendre. Ce qui est immoral et dangereux. Il est donc essentiel de responsabiliser les acteurs beaucoup plus efficacement qu'on ne l'a fait, y compris par rattrapage sur leurs gains pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le danger de l'endettement irresponsable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endettement joue un r&#244;le majeur dans nos soci&#233;t&#233;s. L'analyse que l'&#201;glise faisait au Moyen &#194;ge &#233;tait, on l'a vu, trop n&#233;gative &#224; l'&#233;gard du taux d'int&#233;r&#234;t ; mais l'intuition garde n&#233;anmoins sa valeur. Une dette est une cr&#233;ance et un droit juridique ; vous avez le droit de demander votre argent devant un tribunal. Quand j'ach&#232;te des actions, j'ai droit &#224; quelque chose si l'entreprise fait des profits ; s'il n'y a pas de b&#233;n&#233;fices, je n'ai droit &#224; rien ; si elle est en difficult&#233;, je perds tout. Il y a donc une forme de solidarit&#233; avec l'entreprise. Mais si la soci&#233;t&#233; en question emprunte de l'argent et que l'affaire ne marche pas, elle doit rembourser. La solidarit&#233; est alors bien plus faible. En outre, quand le pr&#234;teur a lui-m&#234;me emprunt&#233; l'argent qu'il pr&#234;te, comme c'est le cas des banques, la faillite d'un d&#233;biteur peut le g&#234;ner lui-m&#234;me dans son remboursement, et ainsi de suite. Si c'est avec une ampleur suffisante, cela cr&#233;e un effet domino dans l'&#233;conomie, ce qui est la cause imm&#233;diate des grandes crises financi&#232;res comme encore en 2007-2008. L'endettement devrait donc &#234;tre limit&#233; et contr&#244;l&#233; ; c'est la responsabilit&#233; des acteurs, mais aussi des pouvoirs publics. Mais nos soci&#233;t&#233;s font exactement le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas plus difficile de l'endettement public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d&#233;velopp&#233;e par la th&#233;orie financi&#232;re est que l'endettement public est un endettement sans risque. Ce qui est souvent faux : il y a des crises et des d&#233;faillances d'&#201;tats souverains. Mais, plus profond&#233;ment, la dette publique n'a de sens que si elle finance quelque chose qui soit en mesure de la rembourser. Si, comme la France, vous financez &#224; cr&#233;dit des d&#233;penses courantes, vous n'avez rien cr&#233;&#233; qui permette de rembourser la dette. Vous reportez le poids sur les g&#233;n&#233;rations futures &#8212; &#224; moins que vous ne cherchiez &#224; spolier les &#233;pargnants &#224; terme. Mis &#224; part des situations exceptionnelles, a &#8212; comme les guerres &#8212; ou particuli&#232;res &#8212; comme des investissements rentables &#8211;, la dette publique n'a donc pas de sens. On ne devrait jamais financer des d&#233;penses publiques courantes avec l'endettement. C'est pourtant la situation de la plupart des pays occidentaux depuis trente ans. La solution est soit de baisser les d&#233;penses, soit d'augmenter les imp&#244;ts. Pas de continuer en poussant la boule de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le de la parole chr&#233;tienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un chr&#233;tien, la finance est assur&#233;ment une activit&#233; utile, mais elle doit &#234;tre exerc&#233;e avec un grand souci de moralit&#233;, et avec la conscience de la responsabilit&#233; de celui qui op&#232;re. Elle doit &#234;tre organis&#233;e collectivement, ce qui veut dire qu'elle ne se fait pas par elle-m&#234;me, elle n'atteint pas par elle-m&#234;me son point d'&#233;quilibre. Les professions et les pouvoirs publics sont responsables de la fa&#231;on d'organiser les modalit&#233;s de cette interaction. La finance doit &#234;tre &#224; la fois bien orient&#233;e et bien r&#233;gul&#233;e. Compte tenu de ce qui pr&#233;c&#232;de et des principes d&#233;velopp&#233;s dans la doctrine sociale de l'&#201;glise, le chr&#233;tien a un r&#244;le majeur &#224; fournir dans cet effort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Saint Thomas d'Aquin et l'&#233;conomie</title>
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		<dc:date>2021-03-07T15:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Juste prix</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>Usure</dc:subject>
		<dc:subject>Saint Thomas d'Aquin</dc:subject>
		<dc:subject>Saint Thomas d'Aquin et l'&#233;conomie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je viens de publier dans la Revue thomiste un article fourni sur Saint Thomas et l'&#233;conomie (T. CXX n&#176; IV octobre-d&#233;cembre 2020). Je reprends ici les principaux points sous forme abr&#233;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de cet article est de faire le point sur les passages de saint Thomas qui visent des questions que nous voyons de nos jours comme &#233;conomiques, et d'examiner quelles le&#231;ons peuvent en &#234;tre tir&#233;es. Il va de soi que cette cat&#233;gorie n'existait pas comme telle du temps de Thomas. En revanche, comme on le verra, il a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort alors accompli par la scolastique, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique. Mais en menant cette analyse dans une perspective &#233;thique, celle de la recherche du bien&#8230;. Ce qui s'av&#232;re tout &#224; fait pertinent dans l'&#233;conomie d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je viens de publier dans la Revue thomiste un article fourni sur saint Thomas d'Aquin et l'&#233;conomie (T. CXX n&#176; IV octobre-d&#233;cembre 2020). Je reprends ici les principaux points sous forme abr&#233;g&#233;e, sans une partie des d&#233;veloppements et sans r&#233;f&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de cet article est de faire le point sur les passages de saint Thomas qui visent des questions que nous voyons de nos jours comme &#233;conomiques, et d'examiner quelles le&#231;ons peuvent en &#234;tre tir&#233;es. Il va de soi que cette cat&#233;gorie n'existait pas comme telle du temps de Thomas. En outre, l'&#233;tat d'avancement de l'&#233;conomie &#233;tait bien s&#251;r &#233;loign&#233; de ce que nous connaissons depuis, ce qui limitait la contribution qu'il lui &#233;tait possible d'apporter. En revanche, comme on le verra, il a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort alors accompli par la scolastique, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point pr&#233;alable. L'&#233;conomie a pour objet ce qu'on appelle des biens, vus sous l'angle des moyens &#224; d&#233;ployer pour les produire ou les obtenir, ce qui suppose qu'on les d&#233;sire d'une fa&#231;on ou d'une autre, en les int&#233;grant &#224; un ordre de fins. Or saint Thomas distingue trois sortes de biens, en relation avec l'homme : le bien honn&#234;te (aim&#233; en lui-m&#234;me et pour lui-m&#234;me, la v&#233;rit&#233; par exemple), le bien d&#233;lectable, et le bien utile. Ce dernier est recherch&#233; en vue d'un autre bien, de fa&#231;on instrumentale ; parmi eux, on trouve notamment les biens n&#233;cessaires &#224; notre vie mat&#233;rielle. Ces biens ne sont que des auxiliaires dans la mesure o&#249; l'abondance mat&#233;rielle ne peut &#234;tre la fin ultime de l'homme. Les biens mat&#233;riels rel&#232;vent de l'analyse &#233;conomique. Si pour chercher Dieu je vais faire une retraite dans un monast&#232;re, donc en vue du bien par excellence, je vais d&#233;ployer des moyens &#233;conomiques : train, frais de s&#233;jour, achat de livres etc. Ce n'est pas le bien vis&#233; qui entre dans le champ de l'&#233;conomie : ce sont les biens utiles qui sont l&#233;gitimement recherch&#233;s pour l'obtenir. Ceci &#233;claire la tentation que l'&#233;conomie peut exercer : la consid&#233;ration exclusive de ces biens utiles, voire surtout la consid&#233;ration de tous les biens comme si c'&#233;taient des biens utiles. On rappellera ici le r&#244;le central de l'utilitarisme dans le champ de l'&#233;conomie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois familles de th&#232;mes &#233;conomiques font l'objet d'analyses de saint Thomas : 1) des notions g&#233;n&#233;rales ayant une dimension &#233;conomique (la propri&#233;t&#233;, la justice, le travail), 2) la question de la justice des &#233;changes, 3) la question du taux d'int&#233;r&#234;t ou usure. Ces analyses ont un objectif fondamentalement normatif, mais elles ont le m&#233;rite d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques sous-jacents, avant de se prononcer sur le plan moral. La notion de justice est au centre de cette r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1)	La justice commutative et les biens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La justice consiste &#224; rendre &#224; quelqu'un ce qui lui est d&#251;. Thomas reprend la distinction classique entre justice commutative et justice distributive ; mais il d&#233;veloppe moins les aspects &#233;conomiques de la seconde qui est d'ordre plut&#244;t politique. S'agissant de la premi&#232;re, on parle dit-il de justice commutative dans le cas d'une vente, d'un pr&#234;t ou d'un d&#233;p&#244;t &#8211; mais pas d'un don car cela ne rel&#232;ve pas de la justice. Le principe pos&#233; alors est celui de l'&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire que quelque chose est rendu de fa&#231;on commensurable, notamment au moyen de la monnaie&#8230;. L'&#233;galit&#233; est au fondement de la justice commutative, alors que la distributive est mesur&#233;e par la proportionnalit&#233;. L'explication para&#238;t en &#234;tre que la premi&#232;re met face &#224; face deux personnes, qui sont &#233;gales en tant que sujets ; alors que la distributive confronte la personne &#224; la soci&#233;t&#233; dans leur rapport de la partie au tout, du bien de chacun au bien commun de la soci&#233;t&#233;... Dans le premier cas, toute op&#233;ration faite sur des biens mat&#233;riels visera &#224; pr&#233;server l'&#233;galit&#233; des choses dans les mains de chaque propri&#233;taire. On y reviendra avec le juste prix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2)	La propri&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique, le d&#251; pr&#233;suppose ce qu'on appelle la propri&#233;t&#233;, puisque c'est par la propri&#233;t&#233; que quelqu'un acquiert un droit particulier sur un objet. Il faut donc que la propri&#233;t&#233; soit fond&#233;e. Notamment contre ceux qui soutiennent que, Dieu &#233;tant l'origine de toutes choses, Il est le seul propri&#233;taire. Pour ce faire, Thomas distingue entre le pouvoir sur la nature des choses qui d&#233;coule de la cr&#233;ation et n'appartient donc qu'&#224; Dieu, et le pouvoir sur l'usage des choses cr&#233;&#233;es. Par sa raison et sa volont&#233; l'homme peut utiliser les choses ext&#233;rieures pour son utilit&#233;, consid&#233;rant qu'elles sont comme faites pour lui, car les r&#233;alit&#233;s moins parfaites sont faites pour celles qui le sont davantage. Sachant qu'il doit reconna&#238;tre qu'elles ne sont pas &#224; lui comme s'il ne les avait pas re&#231;ues de Dieu. Ce faisant Thomas ne donne pas purement et simplement raison aux tenants d'un droit de propri&#233;t&#233; absolu. Car on peut objecter qu'en droit naturel les choses sont communes &#224; tous, et que ce qui est offert &#224; tous ne peut &#234;tre appropri&#233; par quelqu'un. Saint Thomas r&#233;pond en distinguant le pouvoir de g&#233;rer et de r&#233;partir les choses, de l'usage (ultime) de ces choses. Le premier est, dit-il, l&#233;gitimement allou&#233; sp&#233;cifiquement &#224; quelqu'un (c'est la propri&#233;t&#233;) pour trois raisons : d'abord parce que chacun se soucie plus de ce qui lui revient que de ce qui est commun, car alors on pr&#233;f&#232;re laisser le travail correspondant &#224; d'autres. Ensuite parce que cela nous dit de fa&#231;on plus claire et plus ordonn&#233;e &#224; qui le souci doit en incomber, contrairement au cas o&#249; la confusion r&#232;gne &#224; ce sujet. Enfin parce que la paix r&#232;gne si chacun se contente de ce qu'il a en propre. On le voit a contrario, dit-il, par les disputes qui se soul&#232;vent lorsque les choses sont poss&#233;d&#233;es en commun&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa mise en &#339;uvre en revanche, la propri&#233;t&#233; ne rel&#232;ve pas du droit naturel mais d'un accord entre les hommes, qui rel&#232;ve du droit positif et qui est une cr&#233;ation de la raison humaine. La norme positive doit en r&#233;guler l'usage mais l'homme ne doit pas poss&#233;der ces choses comme propres mais comme communes, afin de subvenir aux besoins des autres. C'est ce qu'on appellera plus tard le principe de destination universelle des biens, devenue un pilier de la Doctrine sociale de l'Eglise&#8230; A contrario, le vol va contre la justice qui attribue &#224; chacun ce qui lui revient. Mais cela ne s'applique ni &#224; celui qui trouve une chose qui n'appartenait &#224; personne, ni &#224; celui qui s'approprie quelque chose sous l'empire de la n&#233;cessit&#233;. Car en cas de besoin, on en revient au droit naturel, tout est commun pour subvenir aux besoins de tous. Ceux qui ont des biens en surabondance doivent subvenir volontairement aux besoins des pauvres. Toutefois, si le besoin des pauvres est pressant (menace imm&#233;diate pour leur vie) ils peuvent agir prendre ce qui leur est n&#233;cessaire, ce qui n'est pas moralement du vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve apparemment le principe de propri&#233;t&#233; &#224; la base de l'&#233;conomie dite capitaliste ou lib&#233;rale. Avec deux diff&#233;rences majeures : l'une est l'exception qu'on a &#233;voqu&#233;e de l'appropriation en cas de besoin vital ; l'autre, bien plus significative et lourde de cons&#233;quences, est la destination de ces biens. La propri&#233;t&#233; est, pas moins que la destination universelle, de droit naturel. Il faut donc qu'il y ait un ordre entre les deux, que l'on pourrait &#233;noncer ainsi : la destination universelle ne peut se r&#233;aliser que dans la propri&#233;t&#233; ; mais la propri&#233;t&#233; d'un bien mat&#233;riel est finalis&#233;e par l'usage, et l'usage est subordonn&#233; au bien commun. Le propri&#233;taire, et lui seul, d&#233;cide ce qu'il fait de ses biens, y compris les acheter et les vendre. Mais il supporte ce que Jean-Paul II appellera bien plus tard une hypoth&#232;que : la destination universelle des biens. Une grande partie de ce qui sera la Doctrine sociale est en germe dans ces quelques paragraphes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3)	Le travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On le voit principalement &#233;voqu&#233;, de fa&#231;on un peu surprenante pour nous dans la Somme de th&#233;ologie, IIa-IIae q. 187, a. 3, sur ce que peuvent et doivent faire les religieux, mais en des termes pertinents aussi pour les la&#239;cs. Au centre est l'affirmation du pr&#233;cepte du travail qui a, dit-il, quatre finalit&#233;s : gagner son pain (m&#234;me si cela n'oblige que celui qui a effectivement besoin de travailler pour vivre) ; &#233;viter l'oisivet&#233; qui est m&#232;re des vices ; pratiquer une forme d'asc&#232;se ; et faire des aum&#244;nes (et plus g&#233;n&#233;ralement faire le bien). Saint Thomas pr&#233;cise que l'expression &#171; travailler de ses mains &#187; recouvre tout travail, m&#234;me intellectuel. Par ailleurs, &#8230;il admet la diversit&#233; des fonctions, d'o&#249; une l&#233;gitime division des t&#226;ches, ainsi que la possibilit&#233; de passer sa vie dans la pr&#233;dication ou d'autres activit&#233;s religieuses, sans travail au sens &#233;troit. Reconnu comme partie essentielle de notre pr&#233;sence dans ce monde, n&#233;cessaire au bien commun, le travail a donc une place bien sup&#233;rieure &#224; celle que lui reconnaissait l'Antiquit&#233;. On reste cependant en de&#231;&#224; des consid&#233;rations ult&#233;rieures que d&#233;veloppera la DSE, notamment en termes de vocation ou de r&#233;alisation de la personne (comme chez Jean-Paul II). Comme dans le cas de la propri&#233;t&#233;, la perspective de ces textes est strictement morale, mettant au centre la pr&#233;occupation d'ordonner efficacement la vie commune ainsi que le progr&#232;s personnel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4)	Le juste prix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)	Un juste prix objectif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Elle porte sur quatre questions bien distingu&#233;es. En premier lieu se pose la question du prix : peut-on vendre quelque chose plus que cela ne vaut ? Certains invoquaient en ce sens les lois civiles, d'autres la convenance de l'acheteur (s'il est en grand besoin) ou du vendeur (s'il veut faire plaisir). L'argument en sens contraire est que l'Evangile nous dit de ne pas faire &#224; quelqu'un ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fasse ; or personne ne veut payer quelque chose plus que cela ne vaut. On doit en tirer les cons&#233;quences morales : il faut acheter et vendre ce que cela vaut, au juste prix. Les lois civiles offrent souvent plus de souplesse car elles doivent &#234;tre tol&#233;rantes, mais elles ne peuvent elles-m&#234;mes admettre d'exc&#232;s manifeste. Il reste que la loi divine est plus stricte, n'admettant que la marge d'impr&#233;cision dans l'&#233;valuation du juste prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'achat et la vente servent l'utilit&#233; commune des parties (l'un a besoin d'une chose qu'a l'autre et inversement) ce qui suppose de ne pas peser sur l'un plus que sur l'autre. En outre la monnaie a &#233;t&#233; invent&#233;e pour mesurer les quantit&#233;s en cause ; si donc on en demande trop ou n'en donne pas assez, il y a rupture de l'&#233;galit&#233; demand&#233;e par la justice. Cela dit, il admet le cas o&#249; le vendeur a grand besoin de la chose. Dans ce cas on peut nuancer, car le juste prix est &#233;tabli en tenant compte non seulement de la chose, mais aussi du dommage que souffre le vendeur. En revanche, dans la situation inverse o&#249; c'est l'acheteur qui est tr&#232;s d&#233;sireux, mais le vendeur sans besoin particulier, ce dernier n'a pas le droit de vendre plus cher. Autrement dit, le crit&#232;re subjectif n'est pas suffisant : le raisonnement suppose qu'il y a un prix objectif (&#224; pr&#233;ciser) et pose que les deux contractants ne doivent pas s'en &#233;carter, sauf s'il s'agit de compenser un vrai dommage (c&#244;t&#233; vendeur) ; mais pas pour jouer sur l'intensit&#233; du d&#233;sir de l'acheteur. Car cette intensit&#233; du d&#233;sir de l'autre n'est pas quelque chose que le vendeur produit ; il n'a donc pas &#224; la facturer&#8230; On notera en outre que Thomas ne pr&#233;voit pas que ce prix objectif soit fix&#233; par la loi, sinon d'une part la question ne se poserait normalement pas et d'autre part sa remarque sur la loi civile n'aurait pas de sens. Le prix existe donc objectivement &#8211; on y reviendra &#8211; ; il est une donn&#233;e pour les parties, mais seule la morale exige de le respecter. Les transactions, elles, sont libres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)	Les d&#233;fauts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'article 2 est &#233;voqu&#233;e la question des d&#233;fauts et vices des produits &#233;chang&#233;s. La r&#233;ponse est claire s'il y a fraude car on ne doit ni mentir, ni nuire &#224; autrui, ni s'enrichir par ruse. La m&#234;me vaut d'ailleurs pour un acheteur face &#224; un vendeur dans l'erreur&#8230; Faut-il pour autant que le vendeur indique les d&#233;fauts de la chose vendue, m&#234;me si l'acheteur ne para&#238;t pas les voir ? Sa r&#233;ponse est n&#233;gative, car le vendeur est libre et doit prendre ses pr&#233;cautions, et en parlant des d&#233;fauts du produit il pourrait remettre en danger la vente envisag&#233;e. Reste qu'on ne doit pas mettre en danger autrui, ni lui nuire sauf si le vice est manifestement visible, ou le prix manifestement bas. L'acheteur ne peut en outre pas exercer son jugement notamment s'il lui manque une information, comme c'est le cas avec un vice cach&#233;. Le vendeur n'a pas &#224; proclamer ces d&#233;fauts partout et toujours (et encore moins s'ils sont &#233;vidents), mais s'ils ne sont pas manifestes il doit les expliquer &#224; son acheteur pour lui donner tous les &#233;l&#233;ments permettant un choix &#233;clair&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait diff&#233;rent, et directement pertinent pour notre sujet, est le cas d'une diff&#233;rence de prix &#224; deux endroits : par exemple, un marchand de bl&#233; sait que d'autres vendeurs vont venir en nombre l&#224; o&#249; il y a disette et o&#249; il compte vendre. S'il donne publiquement cette information, le prix baissera et il vendra moins cher. Certains arguent que ce probl&#232;me est le m&#234;me que lorsqu'on cache des d&#233;fauts mat&#233;riels de la marchandise. Mais saint Thomas fait ici une distinction majeure : les d&#233;fauts mat&#233;riels en question sont l&#224; d&#232;s maintenant, et donc il faut les expliciter (sauf on l'a vu si ces vices sont &#233;vidents). Alors que dans le cas du diff&#233;rentiel de prix, c'est &#224; l'avenir qu'on s'attend &#224; une baisse de prix, laquelle reste donc al&#233;atoire. Le vendeur qui vend au prix &#171; qu'il trouve &#187; dans l'endroit concern&#233; n'agit donc pas contre la justice s'il ne dit rien concernant cet avenir possible. Et donc il ne p&#232;che pas. M&#234;me si naturellement il e&#251;t &#233;t&#233; plus &#8216;vertueux' de le dire, ou de baisser son prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est capital. Le prix en question appara&#238;t comme un prix d&#233;rivant de conditions locales et fluctuant, notamment en termes modernes selon l'offre et la demande (puisqu'il est suppos&#233; baisser si un arrivage de marchandise se produit, et qu'il d&#233;pend des besoins). C'est donc un prix de march&#233;, celui du march&#233; local. Pour autant, les remarques pr&#233;c&#233;dentes viennent temp&#233;rer la conception que nous avons aujourd'hui du march&#233; puisque le processus d'&#233;tablissement du prix ne doit pas &#234;tre soumis &#224; des pressions, manipulations, sp&#233;culations etc. ; il ne doit pas non plus r&#233;sulter d'un exc&#232;s de besoin chez les acheteurs (cas de famine). C'est un prix qui se d&#233;gage d'un processus commun de confrontation des besoins (indigentia) et des quantit&#233;s, celui du march&#233; s'il fonctionne honn&#234;tement, ce qui en fait une v&#233;ritable estimation commune... Et s'il est bon d'int&#233;grer dans ce prix des faits futurs al&#233;atoires, m&#234;me probables, ce n'est pas une obligation de justice... Il est &#224; noter que la norme de justice prend comme &#233;talon un fait social fluctuant. Ce point est important sur le plan th&#233;orique. Ce fait social est tout simplement celui des relations humaines, si elles sont de bonne foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le juste prix selon la Somme ne s'&#233;tablit ni &#224; partir d'une caract&#233;ristique intrins&#232;que de la chose, ni de la situation personnelle de l'acheteur ou du vendeur, ni de leur relation ; mais des circonstances locales et de la confrontation des besoins humains d'un c&#244;t&#233;, des r&#233;alit&#233;s de fait de l'autre (quantit&#233;s disponibles, priorit&#233;s). C'est le prix tel qu'il s'&#233;tablit dans une r&#233;gion donn&#233;e, en fonction des caract&#233;ristiques locales du march&#233;, qui d&#233;pend de l'offre et de la demande, comme on le voit dans l'exemple du bl&#233;. A condition que la confrontation en question se fasse honn&#234;tement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c)	Le cas du commer&#231;ant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; commerciale vient ensuite. Tout en reconnaissant le risque propre r&#233;sultant du fait que cette activit&#233; utilise de l'argent pour gagner de l'argent, saint Thomas soutient que ce m&#233;tier de marchand peut &#234;tre tout &#224; fait honorable, allant contre Aristote et contre nombre de P&#232;res de l'Eglise (mais en s'autorisant de saint Augustin)&#8230; Il estime que la recherche du gain n'est certes pas en soi noble, mais il la juge en fonction de la finalit&#233; de ce gain. S'il reste mod&#233;r&#233;, rien n'emp&#234;che de le finaliser &#224; quelque n&#233;cessit&#233; ou activit&#233; vertueuse : subvenir &#224; sa famille par exemple, aider les indigents, ou procurer des ressources &#224; son pays (notion int&#233;ressante qui implique la reconnaissance du r&#244;le du commerce au service du bien commun). Rapport&#233; &#224; un autre but que lui-m&#234;me, le gain devient un moyen, et vient r&#233;mun&#233;rer un effort. On notera que de ce fait appara&#238;t une grande diff&#233;rence entre cette conception et le lib&#233;ralisme moderne, diff&#233;rence qui se situe dans la conscience morale du marchand : celui-ci doit viser un but moral, c'est-&#224;-dire un bien r&#233;el apport&#233; &#224; quelqu'un d'autre, ou &#224; la communaut&#233;. Ce qui suppose que l'apport &#224; la communaut&#233; soit v&#233;rifi&#233;&#8230; Par ailleurs, pour vendre plus haut que ce qu'on a achet&#233;, il faut qu'il y ait un mouvement conduisant &#224; un changement de prix. Plusieurs causes de ce changement sont l&#233;gitimes : le fait que le marchand ait attendu, qu'il ait am&#233;lior&#233; la chose, qu'il ait pris des risques et encouru des frais en le transportant etc. Et, directement pertinent pour notre propos, le prix a pu changer parce que le lieu a chang&#233; ou que du temps s'est &#233;coul&#233; (on retrouve le point pr&#233;c&#233;dent)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d)	Compl&#233;ment&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve ces d&#233;veloppements dans les commentaires sur l'Ethique d'Aristote&#8230;Cela le conduit &#224; une r&#233;flexion sur le fondement ultime des prix... Une premi&#232;re solution consiste &#224; baser le prix sur le travail. Si dit-il on &#233;change une maison ou de la nourriture contre des chaussures, il n'y aura pas d'&#233;change si le ma&#231;on ou l'agriculteur ne re&#231;oivent pas de quoi couvrir en quoi leur travail et leurs d&#233;penses d&#233;passent ceux du cordonnier. L'exemple choisi peut para&#238;tre un peu &#233;trange et il est exprim&#233; de fa&#231;on tr&#232;s ramass&#233;e ; il rappelle les conditions de tout &#233;change, qui est une compensation jug&#233;e suffisante entre les deux termes, et il donne une r&#233;f&#233;rence : le travail engag&#233; et les d&#233;penses subies. Mais on aurait tort de voir l&#224; une th&#233;orie de la valeur travail. Tout d'abord il parle &#224; la fois du travail et des d&#233;penses : comment alors mesurer celles-ci, qui ne sont pas du travail ? Ensuite et surtout, le reste de la le&#231;on propose justement un autre crit&#232;re, celui du besoin. En r&#233;alit&#233; ce paragraphe dit simplement que le ma&#231;on ou l'agriculteur doivent recevoir une valeur suffisante en chaussures pour que cela couvre le travail et les d&#233;penses incorpor&#233;s dans leur propre prestation. Sans quoi on n'aura pas d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas ajoute aussit&#244;t qu'il faut une raison commune &#224; ces mesures, et cela se fait par la monnaie. La monnaie n'est pas un fait de nature mais une convention sociale r&#233;sultant des besoins de l'&#233;change. Ce qui mesure tout selon la v&#233;rit&#233; des choses est dit-il le besoin (indigentia) : tout &#233;change se rapporte au besoin humain ; on n'appr&#233;cie pas les choses selon la dignit&#233; de leur nature, mais selon le besoin des hommes et l'usage qu'ils en font (une souris est situ&#233;e plus haut dans la hi&#233;rarchie des &#234;tres qu'une perle car c'est un &#234;tre anim&#233;, mais &#233;conomiquement elle vaut beaucoup moins)... Thomas indique par ailleurs qu'une des raisons d'&#234;tre de la monnaie est de conserver la valeur, en pr&#233;vision d'un besoin &#224; venir dont il faudra assurer la contrepartie. Il est possible qu'on ne trouve pas toujours l'exacte contrepartie, et que l'argent ne maintienne pas la valeur initiale ; mais il doit &#234;tre institu&#233; pour le faire mieux que tout autre instrument. Il confirme que l'on ne pourrait pas &#233;changer les choses si on les mesurait selon leur v&#233;rit&#233; propre ; mais qu'on parvient &#224; une unicit&#233; de mesure en prenant comme crit&#232;re le besoin (ou d&#233;sir), exprim&#233; par cette convention qu'est la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e) La justice dans l'&#233;change : analyse d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les biens mat&#233;riels &#233;tant des biens utiles, ils ont vocation non seulement &#224; &#234;tre &#233;chang&#233;s pour le bien commun, mais aussi &#224; &#234;tre mesur&#233;s par l'utilit&#233; et le besoin. Si donc l'utilit&#233; et le besoin sont la base des &#233;changes et donc des prix, ils sont en ce sens &#8216;subjectifs', et la valeur le sera aussi. Le prix sera mouvant et variable comme les besoins. Certains y voient une difficult&#233;, car on prend comme crit&#232;re du juste quelque chose qui ne r&#233;sulte pas d'un choix clair et lucide, mais d'une confrontation variable de besoins : le relativisme des prix contraste avec l'ordre du monde pris&#233; par ailleurs par les m&#233;di&#233;vaux. Cette objection ne rend toutefois pas compte du niveau auquel se situe s. Thomas. D'abord, il constate des faits sociaux : la soci&#233;t&#233; et son fonctionnement r&#233;el. Il y a un processus de d&#233;termination collectif du prix, d&#233;pendant de la confrontation des besoins, et r&#233;gi par les lois civiles. C'est un fait. Or c'est sur cette r&#233;alit&#233; concr&#232;te que s'exerce le jugement moral. Il prend en r&#233;f&#233;rence le prix pratiqu&#233; en un lieu et &#224; un moment ; par rapport &#224; ce prix, dans la soci&#233;t&#233;, j'ai &#224; me d&#233;terminer ; je ne p&#232;che pas contre la justice si je prends ce prix comme base. Mais cela ne me dispense pas de rechercher la justice par un acte conscient. Et cela n'&#233;rige pas non plus le prix du march&#233; local ainsi obtenu en absolu moral. Tout cela fait justice des id&#233;es h&#233;las r&#233;pandues selon lesquelles la conception thomiste du juste prix n'aurait rien &#224; voir avec un march&#233;, en particulier celles selon lesquelles ce sont les prix d&#233;termin&#233;s par des autorit&#233;s ou des experts qui font le juste prix. La d&#233;termination des prix se fait manifestement sur la base d'une situation locale o&#249; on confronte des besoins, id&#233;alement avec un souci de justice et o&#249; il n'y a de transaction que si chacun s'y retrouve. Cela ne veut pas dire qu'il y a confrontation sauvage de choix arbitraires, car la recherche de la justice est toujours pr&#233;sente en arri&#232;re-plan. Ecartons donc l'id&#233;e fausse d'un juste prix parachut&#233; d'on ne sait quel empyr&#233;e, ou encore celle de la valeur travail prise isol&#233;ment, comme facteur central. Le juste prix r&#233;sulte d'une confrontation qui est en fait celle du march&#233;, si celui-ci fonctionne convenablement. Il est d'ailleurs notable que dans un autre document Thomas parle de &#171; prix trouv&#233; sur le march&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on constate donc chez saint Thomas est une prise de conscience lucide et raisonn&#233;e de ces r&#233;alit&#233;s que nous appelons &#233;conomiques, vues de fa&#231;on fondamentalement positive, et sur bien des points en rupture avec les conceptions antiques, notamment dans l'appr&#233;ciation morale. Loin d'&#234;tre neutres moralement, ces r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques constituent une r&#233;f&#233;rence objective, sur la base de laquelle le jugement moral d'esp&#232;ce (au niveau de la simple justice) peut s'op&#233;rer. La justice est encastr&#233;e dans le jeu social, qui inclut une forme de march&#233;, laissant ouverte la possibilit&#233; d'aller au-del&#224; de la justice tout en r&#233;ordonnant la recherche du gain vers la v&#233;ritable finalit&#233; des &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure est plus d&#233;licate et les conclusions de saint Thomas plus &#233;loign&#233;es de notre compr&#233;hension de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)	L'usure comme p&#233;ch&#233; dans la Somme th&#233;ologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe ici sur l'analyse des Ecritures (loi mosa&#239;que, ou le c&#233;l&#232;bre texte de Luc VI &#8216;pr&#234;tez sans rien attendre en retour'). On remarquera cependant qu'y manque &#233;trangement toute &#233;vocation des textes pouvant justifier la perception d'int&#233;r&#234;ts, principalement la parabole des talents (ne serait-ce que pour tenter de montrer qu'elle n'est pas pertinente), &#233;vocation qu'on aurait naturellement attendue ici... Cela dit, aucune de ces r&#233;f&#233;rences n'est en soi d&#233;cisive. Le fond de la position thomasienne tourne autour de l'id&#233;e qu'avec l'int&#233;r&#234;t, on vend ce qui n'existe pas (ou on vend deux fois la m&#234;me chose). &#8216;Utiliser' du pain ou du vin et le consommer sont une seule et m&#234;me chose : si on en vend, on ne peut vendre s&#233;par&#233;ment le pain et l'usage du pain. Le cas d'une maison est diff&#233;rent : on peut rester propri&#233;taire et conc&#233;der l'usage de la maison &#224; quelqu'un ; d'o&#249; la possibilit&#233; de distinguer le prix de la maison et son loyer. Mais l'argent, lui, a &#233;t&#233; fait pour faciliter les transactions, et son usage r&#233;side dans sa consommation. Comme pour le pain, on ne peut donc pas facturer s&#233;par&#233;ment l'argent et l'usage de l'argent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Thomas d&#233;veloppe ces points comme suit. Il y a plusieurs mani&#232;res de consid&#233;rer l'int&#233;r&#234;t, qui semblent en justifier la pratique : une compensation pour la privation que subit le pr&#234;teur ou pour le remercier en esp&#232;ces ; la comparaison avec le gain l&#233;gitime d'un commer&#231;ant, ou avec le produit que peut procurer un gage donn&#233; en garantie du pr&#234;t, ou encore la n&#233;cessit&#233; de tenir compte des fluctuations de prix qui peuvent se produire &#224; l'occasion d'un pr&#234;t. Honn&#234;tement avanc&#233;es, ces diff&#233;rentes objections sont int&#233;ressantes en ce qu'elles soulignent l'acuit&#233; du regard &#233;conomique de saint Thomas : elles r&#233;sultent manifestement d'observations r&#233;elles sur des transactions, ce qui rend par contraste sa r&#233;ponse d'autant plus frappante : un non absolu, qui balaye toutes ces remarques et repose sur l'interdit de l'usure pos&#233; de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. Bien s&#251;r dit-il toute expression de gratitude est admissible, mais du moment que d'une mani&#232;re ou d'une autre un gain p&#233;cuniaire est stipul&#233; dans l'accord de pr&#234;t, il y a usure. On notera en particulier que s. Thomas accepte explicitement qu'il y ait compensation d'un dommage effectif r&#233;sultant du pr&#234;t, mais &#224; condition que ce dommage ne consiste pas dans le seul fait de ne pas gagner de l'argent avec son argent : ceci para&#238;t refuser &#224; l'avance ce qu'on appellera apr&#232;s lui &#8216;lucrum cessans', le manque &#224; gagner du commer&#231;ant qui parce qu'il a pr&#234;t&#233; ne dispose plus de son argent pour gagner sa vie, qu'il faut alors compenser. On a consid&#233;r&#233; apr&#232;s Thomas qu'il &#233;tait licite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, et le point est tr&#232;s important, il distingue clairement le pr&#234;t (o&#249; il y a transfert de propri&#233;t&#233;) de l'investissement en capital, qu'il consid&#232;re tout &#224; fait licite et qui peut donc &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, car il y a dit-il apport de la propri&#233;t&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; : on reste propri&#233;taire de la part correspondant &#224; ce qu'on investit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le&lt;i&gt; De Malo&lt;/i&gt; Thomas &#233;voque &#224; nouveau la question et en revient &#224; l'absolu de la condamnation &#8230;, avec quelques remarques suppl&#233;mentaires. Par exemple, il admet que le droit civil puisse tol&#233;rer l'usure si son interdiction serait source de plus de mal pour la communaut&#233;, de m&#234;me que Dieu admet certains maux en vue d'un bien plus grand. En revanche, il r&#233;fute l'argument de la libert&#233; de l'emprunteur en consid&#233;rant qu'il subit toujours une violence (comme celui qui doit payer un prix abusif), et m&#234;me une contrainte. L'obligation qu'il a contract&#233;e de payer un int&#233;r&#234;t &#233;tant naturellement injuste ne le lie pas. S. Thomas balaye &#233;galement l'argument du d&#233;triment &#233;ventuel subi par le pr&#234;teur en expliquant que m&#234;me si c'est le cas, et sauf retard dans le remboursement, ce n'est pas &#224; l'emprunteur &#224; compenser le pr&#234;teur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)	Analyse &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons rapidement sur les donn&#233;es scripturaires, qui sont les m&#234;mes chez Thomas que chez ses contemporains : les textes mosa&#239;ques, avec le probl&#232;me de l'usure autoris&#233;e avec les non-juifs ; et le texte de saint Luc, avec la question de savoir s'il s'agit d'un pr&#233;cepte ou d'un conseil. Mais, outre que pour notre propos on sort alors de l'analyse &#233;conomique, ces bases sont plut&#244;t faibles. Les textes mosa&#239;ques opposent le pr&#234;t &#224; un fr&#232;re isra&#233;lite dans le besoin, qui doit &#234;tre gratuit, au pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t &#224; un &#233;tranger, licite au moins pour le Deut&#233;ronome, ce qui semble autoriser au moins une certaine tol&#233;rance des pratiques usuraires par les lois positives, et une certaine souplesse dans l'appr&#233;ciation de la gravit&#233; du p&#233;ch&#233; d'usure. Et le texte de Luc remis dans son contexte appara&#238;t non comme un pr&#233;cepte r&#233;gissant la vie &#233;conomique, mais comme une recommandation d'attitude g&#233;n&#233;rale. Le P. Spicq souligne m&#234;me que ce passage de Luc implique en la mati&#232;re qu'on doit accepter m&#234;me de ne pas recevoir la somme pr&#234;t&#233;e ; il tire ensuite la conclusion g&#233;n&#233;rale que dans le raisonnement on ne peut pas se baser sur les seules &#201;critures, d'autant qu'elles ne regardent que le pr&#234;t &#224; la consommation et se situent dans le contexte d'une &#233;conomie primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation de Thomas se base donc essentiellement sur le raisonnement. Ces arguments sont d'ordre moral, mais se font sur la base d'une analyse qui se veut factuelle, en l'esp&#232;ce juridique et &#233;conomique. Notons d'ores et d&#233;j&#224; que sur certains points Thomas n'anticipe pas ou peu les analyses ult&#233;rieures. Par exemple, il utilise peu les arguments li&#233;s au temps, l'id&#233;e qu'avec l'int&#233;r&#234;t on pr&#233;tend vendre du temps, alors m&#234;me que certaines de ses remarques incidentes pourraient montrer une certaine sensibilit&#233; &#224; la valeur du temps. Il ne d&#233;veloppe pas non plus l'id&#233;e populaire &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale que bien utiliser l'argent c'est le faire circuler de fa&#231;on utile ou cr&#233;ative, notamment dans de vrais investissements... De fa&#231;on analogue, on ne trouve chez lui que de fa&#231;on embryonnaire, ou pas du tout, les notions de droit romain reprises ensuite qui ont permis de conceptualiser la l&#233;gitimit&#233; de paiements visant &#224; d&#233;dommager de ce qui aurait pu &#234;tre gagn&#233; ailleurs avec l'argent qui a &#233;t&#233; pr&#234;t&#233; (lucrum cessans, qu'il para&#238;t m&#234;me exclure), ou &#224; donner une indemnit&#233; pour le risque pris (periculum sortis) &#8211; en revanche il mentionne comme motif licite ce qui est perdu par le pr&#234;teur dans le processus (damnum emergens). En d'autres termes sa condamnation comporte peu d'&#233;chappatoires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aborder le c&#339;ur de son argumentation, rappelons les le&#231;ons que l'on peut tirer de l'&#233;volution ult&#233;rieure. La prise en compte de facteurs comme ceux qu'on vient de citer, et notamment le lucrum cessans, a conduit &#224; multiplier les cas o&#249;, pour un commer&#231;ant pr&#234;teur, on a consid&#233;r&#233; que le fait de soustraire de l'argent de son activit&#233; impliquait un manque &#224; gagner qu'il convenait de compenser. Le point est particuli&#232;rement important du fait que l'Eglise, sans modifier au moins explicitement sa position de principe, a progressivement admis la possibilit&#233; d'un int&#233;r&#234;t raisonnable. Ce que la plupart des commentateurs modernes ont interpr&#233;t&#233; comme une sorte de g&#233;n&#233;ralisation du lucrum cessans : dans notre &#233;conomie, il est possible &#224; tout instant et ais&#233;ment d'investir dans une activit&#233; &#233;conomique et d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, et donc celui qui pr&#234;te sans r&#233;mun&#233;ration choisit par construction de renoncer &#224; un tel produit&#8230; De telles consid&#233;rations, qui sont dans la ligne de l'&#233;volution de la pens&#233;e scolastique apr&#232;s saint Thomas, ne paraissent pas imm&#233;diatement coh&#233;rentes avec ses textes &#224; lui, puisqu'il se montre r&#233;ticent envers le lucrum cessans. On pourrait toutefois consid&#233;rer que le reproche qu'il lui faisait (l'incertitude sur le gain que l'argent aurait permis de faire) ne s'applique pas &#224; la situation actuelle, puisqu'on peut montrer et de fa&#231;on certaine, au moment de la conclusion du pr&#234;t, le gain possible par un placement alternatif. Situation qui n'a rien &#224; voir avec celle du marchand m&#233;di&#233;val qui expliquait qu'il aurait pu gagner de l'argent par telle ou telle op&#233;ration hypoth&#233;tique, et a priori risqu&#233;e. Cet argument ne manque pas de poids, et pourrait conduire &#224; faire l'hypoth&#232;se que s. Thomas aurait accept&#233; une forme de lucrum cessans dans un environnement comme le n&#244;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le fond, on a vu que le c&#339;ur de l'argumentation de saint Thomas portait sur la nature m&#234;me de l'op&#233;ration de pr&#234;t. Ce raisonnement est valid&#233; par plusieurs commentateurs importants, mais rarement critiqu&#233;, y compris par ceux, pr&#233;dominants aujourd'hui, qui justifient un int&#233;r&#234;t mod&#233;r&#233; par les caract&#233;ristiques de l'&#233;conomie moderne et notamment le lucrum cessans. La question a un int&#233;r&#234;t th&#233;orique consid&#233;rable. Le raisonnement propos&#233; repose au fond sur trois affirmations. La premi&#232;re : dans une op&#233;ration de pr&#234;t il y a transfert de propri&#233;t&#233;, &#224; la suite de quoi l'argent est consomm&#233;, comme du pain. La deuxi&#232;me : lorsqu'un pr&#234;t porte sur un produit ainsi consomm&#233;, on n'est tenu qu'&#224; rendre ce produit tel quel, m&#234;me si du temps s'est &#233;coul&#233;. Corr&#233;lativement, on affirme qu'un pr&#234;t ne comporte pas de dimension de service rendu, qui pourrait &#234;tre factur&#233; s&#233;par&#233;ment. La troisi&#232;me : l'argent ne poss&#232;de aucune forme de dimension productive, justifiant une r&#233;mun&#233;ration. Ces points heurtent directement les perceptions actuelles, ind&#233;pendamment du relativisme de l'&#233;conomie moderne. Voyons-les successivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier argument affirme que l'argent utilis&#233; (d&#233;pens&#233;) est consomm&#233; comme le pain ou le vin. Mais si je pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t. Si je pr&#234;te de l'argent, l'emprunteur a l'argent ; et il peut ensuite le th&#233;sauriser, l'investir, ou encore acheter quelque chose, qui peut &#224; son tour &#234;tre consomm&#233; ou &#234;tre conserv&#233; ou utilis&#233; avec profit. L'argent n'est donc pas v&#233;ritablement consomm&#233;. Mesure de toute marchandise ou bien &#233;conomique, il subsiste dans l'op&#233;ration et peut continuer &#224; jouer son r&#244;le. Certes le pr&#234;teur perd la propri&#233;t&#233; de cet argent, mais il ne perd pas toute propri&#233;t&#233; : il obtient en &#233;change une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur, cr&#233;ance qui est un actif et d'ailleurs bien souvent consid&#233;r&#233; comme un quasi-&#233;quivalent de l'argent (notre monnaie actuelle est une forme de cr&#233;dit). Par ailleurs si l'argent &#233;tait consomm&#233; dans un pr&#234;t, il le serait aussi dans un investissement, dont saint Thomas et ses successeurs consid&#232;rent la r&#233;mun&#233;ration licite. Dans un investissement comme dans un pr&#234;t, je me dessaisis de l'argent, que l'entreprise ou l'entrepreneur utilise comme il veut, dont il est ensuite pleinement propri&#233;taire, et j'&#233;change cet argent contre un titre, celui d'associ&#233; ou d'actionnaire, ou celui de cr&#233;ancier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, on peut contester l'id&#233;e m&#234;me que dans un pr&#234;t on doive rendre la chose ou plut&#244;t son &#233;quivalent, ni plus ni moins. Cela suppose une &#233;quivalence totale entre la possession d'un bien ou d'un capital aujourd'hui ou par exemple dans un an. Mais cela ne va pas de soi : si une banque pr&#234;te &#224; un jeune couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, le jeune couple verra &#233;videmment une diff&#233;rence entre le fait d'avoir l'appareil tout de suite et celui d'attendre d'avoir &#233;pargn&#233; 2 ou 3 ans avant de pouvoir en jouir. Un pr&#234;t est vraiment un service puisqu'il apporte &#224; quelqu'un des ressources rares dont il ne dispose pas et dont il a besoin. On ne voit pas au nom de quoi on ne pourrait pas facturer ce service (en dehors &#233;videmment du cas du n&#233;cessiteux), a fortiori bien s&#251;r dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le pr&#234;teur se d&#233;fait d'un argent dont il pourrait avoir un autre usage, au minimum d'investir. Certes dans une perspective de charit&#233; il serait mieux de ne pas le faire ; mais le raisonnement que faisait saint Thomas avec le juste prix para&#238;t pouvoir s'appliquer : ce qui serait plus vertueux n'est pas d&#251; en stricte justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, s'il est exact que l'argent &#224; lui seul n'est pas productif, et que seul le travail humain au sens large permet de le faire fructifier, il serait pour autant erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. C'est ce que la notion de lucrum cessans prendra en compte : l'argent investi permet une production, une cr&#233;ation de richesse, dont la r&#233;mun&#233;ration est licite. On dit que dans un tel cas cela se fait avec risque. Mais il n'est pas n&#233;cessaire que ce soit un risque d'entreprise, ce peut &#234;tre un risque assez mineur (et en un sens tout cr&#233;ancier prend un risque). Le pr&#234;teur aurait pu aussi utiliser l'argent pour investir dans une part de soci&#233;t&#233; immobili&#232;re et en retirer un loyer (reconnu licite par Thomas), ce qui ne pr&#233;sente pas plus de risque qu'un pr&#234;t d'argent... Il est notable que s. Thomas admet que la loi civile puisse autoriser le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, non seulement au nom des limites intrins&#232;ques de cette loi civile, mais parce que cette autorisation peut &#234;tre source d'un certain bien : mais comment est-ce possible si c'est en soi injuste ?... On pourrait objecter que ceci ne justifie que le pr&#234;t avec int&#233;r&#234;t &#224; une activit&#233; productive. Mais rappelons que le r&#244;le normal de l'&#233;pargne, c'est l'investissement. Si donc je distrais une partie de cette &#233;pargne pour pr&#234;ter &#224; mon jeune couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, je perds ce que l'investissement aurait produit. Nous retrouvons le lucrum cessans, sans parler des arguments pr&#233;c&#233;dents sur le service r&#233;el rendu et le r&#244;le du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c)	Le&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle conclusion tirer de ceci ? L'analyse de s. Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : un risque majeur repr&#233;sent&#233; par l'usure, alors un vrai fl&#233;au social, un petit nombre d'investissements productifs, le sentiment que tout emprunteur agit sous la contrainte, etc. Davantage et plus pr&#233;cis&#233;ment le risque repr&#233;sent&#233; par l'argent, qui est justement relev&#233; par les &#201;vangiles : l'argent idol&#226;tr&#233;, de fa&#231;on insatiable. Cette insatiabilit&#233; peut &#234;tre encourag&#233;e par la pratique de la finance puisqu'il n'y a plus de limite naturelle &#224; son d&#233;veloppement. Il est donc compr&#233;hensible que saint Thomas ait tranch&#233; rigoureusement en la mati&#232;re, parfois au-del&#224; de ses successeurs scolastiques, ce qui fait contraste avec la subtilit&#233; et la richesse de son approche &#233;conomique. Corriger les limites de cette analyse ne doit donc pas conduire &#224; oublier cette le&#231;on essentielle : la st&#233;rilit&#233; de l'argent hors travail humain, et plus largement hors association ou solidarit&#233;, et en dehors de tout lien, m&#234;me indirect, avec une activit&#233; productrice. Il est vrai qu'un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un actionnaire ou un associ&#233;, puisqu'il peut exiger de lui la somme, y compris devant les tribunaux. Il se borne donc &#224; transf&#233;rer momentan&#233;ment une propri&#233;t&#233;, celle d'une somme d'argent, contre la propri&#233;t&#233; d'un titre ex&#233;cutoire. &#192; chaque crise financi&#232;re, cette rigidit&#233; du cr&#233;dit pr&#233;sente des risques majeurs. Il est donc l&#233;gitime de donner au cr&#233;dit une dignit&#233; &#233;thique moindre qu'&#224; l'investissement direct en capital.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-on consid&#233;rer que saint Thomas a eu l'intuition de ce champ que nous appelons &#233;conomie ? Il a certainement vu avec un degr&#233; de pr&#233;cision appr&#233;ciable bien des questions de base concernant les marchands. Son analyse des prix est f&#233;conde et toujours pertinente. Mais ce qui est remarquable est l'id&#233;e que la justice se d&#233;termine en fonction d'un &#233;valuation &#233;thique des rapports sociaux r&#233;els, et non d'a priori. C'est le jeu r&#233;el de la soci&#233;t&#233; qu'il faut appr&#233;cier, et qu'il a essay&#233; d'analyser. C'est ce qui explique que m&#234;me si on peut remettre en question certains aspects de cette analyse, comme dans le cas de l'usure, l'essentiel de ses le&#231;ons conservent leur valeur et sont toujours d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Eglise et le monde de la finance : Entretien avec la revue Carmel</title>
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		<dc:date>2019-10-02T15:44:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement responsable et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>Usure</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le chr&#233;tien, l'argent et la finance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans la Revue Carmel N&#176; 172 septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Evangile-et-argent-+.html" rel="tag"&gt;Evangile et argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Usure-et-taux-d-interet-+.html" rel="tag"&gt;Usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-la-richesse-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et la richesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue Carmel N&#176; 172 septembre 2019. pp. 73 sqq.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editionsducarmel.fr/librairie-chretienne,gerer-l-argent-n-172,carmel,revues,1240.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.editionsducarmel.fr/libr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi sur ce sujet Pierre de Lauzun &lt;i&gt;L'argent ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt; , qui vient de para&#238;tre chez Mame : &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/L-Argent-Maitre-ou-Serviteur.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/L-Arg...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Texte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En th&#233;ologie, le terme &#171; &#233;conomie &#187; est utilis&#233; pour parler du dessein de salut, des &#339;uvres de Dieu ad extra. Au sens commun, il d&#233;signe, g&#233;n&#233;ralement, la gestion de l'argent. Comment articuler ces deux sens ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez commencer par l'&#233;tymologie d'&#233;conomie qui signifie : &#171; loi de la maison &#187;. L'&#233;conomie, c'&#233;tait ce qui r&#233;glait la mani&#232;re dont fonctionnait la famille. Dans la notion de famille, vous retrouvez &#224; la fois la notion mat&#233;rielle qui a donn&#233; le sens moderne d'&#233;conomie et la notion de &#171; comment je r&#233;gule une communaut&#233; pour la faire parvenir &#224; sa perfection &#187;. Cependant la diff&#233;rence radicale, c'est que dans la famille, le traitement des biens mat&#233;riels est fond&#233; sur la gratuit&#233;. &#192; partir du moment o&#249; l'on entre dans ce qu'on appelle aujourd'hui &#233;conomie, on sort de la gratuit&#233; et on entre dans un domaine d'&#233;changes et de calculs. Et la question devient : &#171; comment cette &#233;conomie, au sens moderne, peut-elle s'inscrire dans un plan providentiel ? &#187; Ce qui pose d'autres questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, &#171; comment se fait-il que c'est dans le monde culturellement chr&#233;tien que s'est faite la d&#233;couverte de ce que nous appelons l'&#233;conomie ? &#187; Je pense que les qualit&#233;s et la vision du monde que le christianisme, &#233;ventuellement s&#233;cularis&#233;, apporte, donne une r&#233;ponse. C'est-&#224;-dire l'id&#233;e qu'il y a une histoire, l'id&#233;e que demain peut &#234;tre meilleur qu'hier, l'id&#233;e que le travail, y compris manuel, est en soi une bonne chose, l'id&#233;e que la rationalit&#233; n'est pas incompatible avec la foi. Toutes ces id&#233;es-l&#224; ont dot&#233; les pays occidentaux de ce qui a permis le d&#233;collage de l'&#233;conomie. &#201;tant entendu qu'il s'est fait en &#233;tant accompagn&#233; par la s&#233;cularisation, c'est-&#224;-dire, la perte progressive du lien avec cette matrice originelle. Donc d'un point de vue providentiel, il se passe quelque chose de tout &#224; fait &#233;trange, c'est-&#224;-dire, un don de Dieu, prodigieux, mais qui s'est accompagn&#233; d'un recul progressif du lien et de la gratitude envers Dieu. Ce que j'illustre par le fameux cantique de Mo&#239;se dans le Deut&#233;ronome o&#249; Dieu se plaint de son peuple. Nous avons re&#231;u des dons tout &#224; fait prodigieux, que nous d&#233;veloppons comme les isra&#233;lites qui travaillaient leur terre &#224; l'&#233;poque, mais avec plus de lien et de gratitude envers Dieu que nous&#8230; m&#234;me lorsqu'ils se tournaient vers les autres dieux. Nous jouons un jeu dangereux. Nous croyons pouvoir nous attribuer nos succ&#232;s &#233;conomiques et nous croyons pouvoir les r&#233;guler tout seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il est manifeste que l'&#233;conomie a besoin d'une base &#233;thique pour fonctionner. Si celle-ci se corrode, c'est dangereux d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, mais c'est dangereux pour l'&#233;conomie elle-m&#234;me. Une &#233;conomie o&#249; la confiance mutuelle se r&#233;duit fonctionne moins bien, par d&#233;finition. Une &#233;conomie qui a des crises est une &#233;conomie qui, &#224; un moment donn&#233;, dissout le lien social et finit par se d&#233;truire l'&#233;conomie. Nous vivons dangereusement comme les Isra&#233;lites, dans la Bible, vivaient dangereusement en allant sur les montagnes adorer on ne sait qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles seraient les pistes pour que le monde &#233;conomique s&#233;cularis&#233; retrouve la source chr&#233;tienne qui l'a rendu possible ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est la r&#233;ponse biblique, c'est-&#224;-dire : &#171; revenez &#224; moi &#187;. C'est la r&#233;ponse la plus naturelle. Elle doit s'accompagner aussi d'une &#233;vang&#233;lisation par intervention dans le domaine &#233;conomique et financier. Ce n'est pas &#224; un hasard si la p&#233;riode que nous vivons est celle du d&#233;veloppement de la Doctrine sociale de l'&#201;glise, depuis 1891. Elle n'est pas radicalement nouvelle dans l'histoire de l'Eglise mais elle est nouvelle dans cette expression particuli&#232;re, en s'appelant ainsi et en se pr&#233;sentant comme une doctrine sp&#233;cifique dont le statut est interm&#233;diaire. Jean-Paul II l'a pr&#233;sent&#233;e comme une branche de la th&#233;ologie morale, ce qui veut dire qu'elle est porteuse d'un message &#233;vang&#233;lique. Simultan&#233;ment elle traite de sujets largement mondains en faisant implicitement ou explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la loi naturelle. D'ailleurs le message est pr&#233;sent&#233; comme ne s'adressant pas sp&#233;cifiquement aux catholiques, mais &#224; tous les hommes de bonne volont&#233;. La Doctrine sociale, donc, clairement est &#224; cheval sur les deux registres. &#192; la fois, elle dit des choses qui peuvent conduire les gens qui les entendent au Christ, et des choses qu'ils peuvent comprendre sans avoir la foi. Avec un &#233;l&#233;ment de base qui est l'importance de l'&#233;thique et de la morale. Ce qu'elle dit, c'est qu'on ne peut pas penser l'&#233;conomie sans la morale. Ce qui est le contraire de ce que disent les manuels d'&#233;conomie qui disent plut&#244;t : &#171; vous avez vos pr&#233;f&#233;rences, je m'en fiche. Mon travail comme &#233;conomiste, c'est de voir ce que signifie le jeu de ces pr&#233;f&#233;rences dans l'activit&#233; &#233;conomique de production et d'&#233;changes. Je consid&#232;re ces pr&#233;f&#233;rences comme des donn&#233;es. &#187; Or dans l'activit&#233; humaine, il n'y a pas cette s&#233;paration. Les pr&#233;f&#233;rences comportent un jugement de valeur, de bien ou de mal. Dans le comportement du producteur, dans la vie collective d'une entreprise, il y a une dimension &#233;thique. Quand la r&#233;flexion &#233;conomique a commenc&#233; &#224; na&#238;tre, c'est-&#224;-dire au Moyen-&#226;ge, les scolastiques l'ins&#233;raient dans la morale. Dans la Somme de th&#233;ologie de saint Thomas, il en est question dans l'&#233;tude des vertus morales, et cela a continu&#233; ainsi jusqu'au XVIIIe si&#232;cle. Adam Smith, consid&#233;r&#233; comme le fondateur de l'&#233;conomie politique moderne, est interm&#233;diaire. Il a encore un souci moral, mais il donne des instruments intellectuels qui conduisent &#224; son d&#233;passement. Dans son fameux apologue, le boulanger fait du bon pain non pour faire du bien mais pour faire de l'argent. Il peut &#234;tre amoral mais en m&#234;me temps rendre service. Mais dans l'id&#233;e de Smith, il y a encore l'id&#233;e d'une Providence qui tire un bien d'un mal. Apr&#232;s lui, on en est venu &#224; se dire : &#171; m&#233;thodologiquement, je me fiche des consid&#233;rations morales ou &#233;thiques du boulanger, je regarde pourquoi il fabrique et comment il vend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Puisque Dieu tire un bien d'un mal, comme le dit Saint Augustin, n'en est-on pas venu, en &#233;vacuant Dieu du champ de l'&#233;conomie, &#224; l&#233;gitimer le mal par le bien qui pourrait en sortir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est l&#224; o&#249; Smith a franchi un pas en consid&#233;rant comme normal qu'il y ait un mal si ce mal est canalis&#233;. Dans sa pens&#233;e, il y avait la Providence. Mais dans la mani&#232;re dont il l'a pens&#233;e, elle s'est transform&#233;e en un simple m&#233;canisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le discours du monde de la finance, la notion de Providence ne demeure-t-elle pas pr&#233;sente, comme si le march&#233; se r&#233;gulait lui-m&#234;me d'une mani&#232;re magique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, cette id&#233;e du &#8216;march&#233; efficient' a pr&#233;domin&#233; en finance et dans la science &#233;conomique, avant la crise de 2008. Elle a moins de force maintenant. Mais lorsque vous travaillez sur un march&#233;, vous savez que cela ne tient pas debout, puisque les prix fluctuent en permanence. Le prix sur le march&#233; ne peut pas &#234;tre la somme aussi pr&#233;cise qu'on le dit de l'ensemble des informations disponibles. C'est manifestement faux. Donc celui qui y croit fait un acte de foi, mais dans un m&#233;canisme, et non dans un &#234;tre m&#233;taphysiquement diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet &#233;trange acte de foi n'explique-t-il pas l'alternative que J&#233;sus propose entre le service de Dieu et de l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par certain c&#244;t&#233;, il y a un ph&#233;nom&#232;ne de miroir d&#233;form&#233; entre Dieu et l'argent. Contrairement &#224; toute autre marchandise ou bien mat&#233;riel, l'argent est neutre, il est omnivalent (on peut l'&#233;changer contre tout), il a une esp&#232;ce d'universalit&#233; qui lui permet de jouer un r&#244;le de r&#233;gulation g&#233;n&#233;rale unique. Et il le fait en &#233;tant extr&#234;mement abstrait, parce que n'importe quel autre bien, m&#234;me l'or, peut avoir une utilisation ; il peut avoir un attrait, on peut aimer sa couleur, son apparence, etc. L'argent monnaie n'est lui rien. Il est une abstraction absolue. Il est compatible avec absolument tout. Du coup, il est en un sens comparable avec Dieu, mais en &#233;tant un n&#233;ant, se pr&#233;tendant jouer un r&#244;le analogue &#224; Dieu - puisque par lui-m&#234;me il n'est rien, c'est une convention sociale totale qui joue de fait, dans l'esprit des gens, un r&#244;le d&#233;miurgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Devant cette puissance fascinante de l'argent, ne peut-on pas penser que les exhortations de la Doctrine sociale de l'&#201;glise rel&#232;vent de l'utopie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Doctrine sociale remet les choses &#224; leur place. J&#233;sus ne d&#233;nonce pas l'argent comme &#224; &#233;liminer puisqu'il dit : &#171; Faites-vous des amis avec le mammon d'iniquit&#233;. &#187; Il dit donc &#171; utilisez-le &#187;. Il dit m&#234;me : Vous &#234;tes beaucoup moins malins que les m&#233;chants dans l'utilisation de l'argent, donc prenez-en de la graine, soyez intelligents comme eux mais dans le bon sens. Sans &#234;tre, &#233;videmment, les serviteurs de ce moyen mais en faisant de ce moyen un serviteur. D'o&#249; la fameuse phrase : vous ne pouvez pas servir deux ma&#238;tres. J&#233;sus pense &#224; l'argent dans son r&#244;le propre, mais aussi dans son r&#244;le indirect, car comme il est l'acc&#232;s &#224; tout, il r&#233;unit l'ensemble des tentations, en tous cas une grande partie des tentations possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute que dans une &#233;poque relativiste, l'argent joue un r&#244;le beaucoup plus important. Quand vous avez des personnes qui interagissent et qui n'ont pas de valeurs communes, de r&#233;f&#233;rences communes ou qui n'arrivent pas &#224; en trouver, et qui ne cherchent pas &#224; y arriver parce qu'ils ne pensent pas qu'il y a la possibilit&#233; d'arriver &#224; un accord sur le bien, le moyen commode de se mettre d'accord, c'est la transaction. Si vous faites un accord au moyen de l'argent, vous n'&#234;tes pas oblig&#233;s d'avoir d'accord sur le fond. Il suffit que vous ayez quelque chose &#224; faire ensemble en y mettant un prix. Et donc l'argent devient un r&#233;gulateur beaucoup plus universel. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel conseil donner &#224; un chr&#233;tien pour g&#233;rer l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est fondamental, c'est de r&#233;fl&#233;chir &#224; son r&#244;le et de voir comment l'utiliser. Le meilleur exercice qui est recommand&#233; par les &#201;vangiles, c'est le don. Un d&#233;veloppement r&#233;cent de la Doctrine sociale, dans Caritas in veritate de Beno&#238;t XVI, insiste sur le r&#244;le du don non pas simplement dans une sph&#232;re propre et sp&#233;cifique qu'on appelle dans le vocabulaire courant la charit&#233;, mais aussi dans le tiers secteur (social, associatif, etc.) et m&#234;me dans l'&#233;conomie marchande. Ce qui, quand on y r&#233;fl&#233;chit, est &#233;vident. Une entreprise, par exemple, fonctionne parce que des gens travaillent ensemble. Ils ne sont pas l&#224; en permanence &#224; calculer. Ils s'aident. Si on calcule en permanence, on devient fou. Quand quelqu'un invite un client potentiel au restaurant, il lui donne quelque chose. C'est &#224; un niveau m&#233;diocre et calculateur, mais il y a quand m&#234;me un don. L'autre prend un repas, mais il ne s'engage &#224; rien. Le don existe donc &#224; un niveau tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire mais il peut exister &#224; un niveau plus noble. On peut faire des dons gratuits, non seulement dans le domaine fondamental o&#249; le don r&#233;git toute la vie collective qui est la famille, mais aussi autour de soi, et mat&#233;riellement en donnant de l'argent. Je rappelle le chiffre biblique de la d&#238;me. Un sp&#233;cialiste du droit canonique m'a dit que ce n'&#233;tait nulle part &#233;crit dans le code de droit canonique, ce qui est parfaitement vrai. Mais je ne le prends pas comme une prescription canonique, mais comme l'id&#233;e f&#233;conde de reprendre ce chiffre et de se dire : &#171; il faut quand m&#234;me que je fasse &#231;a. Au minimum. Si je peux faire plus, c'est tant mieux. &#187; Aujourd'hui la question de la fiscalit&#233; complique la r&#233;flexion, mais au moins, que ce qu'on donne soit &#224; 10% de son revenu net au minimum. C'est, je pense, une r&#233;f&#233;rence utile. Un groupe de dirigeants &#233;conomiques qui s'appelle : &#171; Changer par le don &#187; recommande d'ailleurs hautement ces 10%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il faut aller au-del&#224; et r&#233;fl&#233;chir sur l'argent dont on dispose et sur ce qu'on doit en faire. Il y a des chapitres tr&#232;s int&#233;ressants de saint Thomas d'Aquin, l&#224;-dessus, notamment sur l'aum&#244;ne. Pour regarder ce qu'on doit donner, il faut regarder, en sens inverse, ce que l'on doit d&#233;penser et pour quoi. Saint Thomas dit ici, en quelque sorte : &#171; cela d&#233;pend de votre &#233;tat de vie, de votre condition sociale, mais une fois que vous avez fait ce que vous avez &#224; faire (famille, r&#244;le social, etc.) et que vous avez donn&#233; la d&#238;me en question, demandez-vous ce que vous allez faire de l'argent qui vous est confi&#233; par Dieu. &#187; &#201;videmment, la question a plus d'urgence chez quelqu'un qui a plus d'argent : il est plus exig&#233; de lui. Dans le cas de la fameuse veuve qui mettait une obole, cela n'&#233;tait pas exig&#233;. D'ailleurs le Christ l'admirait pour ce geste. En revanche, pour le riche d'&#224; c&#244;t&#233;, il lui est demand&#233; plus strictement : &#171; Qu'as-tu fait de ton argent ? &#187; D'o&#249; l'&#233;pisode du riche avec Lazare, le pauvre qui &#233;tait son voisin. Mais au-del&#224; d'aider le pauvre qui est &#224; c&#244;t&#233;, le riche peut se demander &#224; quoi il est appel&#233;. C'est une forme de vocation, au sens le plus noble du terme : &#224; quoi Dieu l'appelle. L'un va &#234;tre appel&#233; &#224; donner sa fortune. Par exemple, le jeune homme riche. &#192; un autre, cela ne serait pas demand&#233; parce qu'il s'appelle Joseph d'Arimathie et qu'on a besoin de sa condition sociale pour qu'il puisse r&#233;cup&#233;rer le corps du Christ aupr&#232;s de Pilate. S'il lui avait &#233;t&#233; tout demand&#233;, il n'aurait pas pu faire cela. Donc il &#233;tait appel&#233; &#224; autre chose qu'&#224; abandonner sa position. Un troisi&#232;me sera appel&#233; &#224; la vertu de magnificence. Pour saint Thomas et &#224; sa suite Pie XI, rel&#232;ve de la vertu de magnificence, non seulement celui qui est tr&#232;s g&#233;n&#233;reux, mais aussi celui qui investit courageusement dans de grandes entreprises industrielles ou commerciales en cr&#233;ant beaucoup d'emplois et en produisant des choses utiles pour la communaut&#233;. Quelqu'un peut &#234;tre appel&#233; &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc plusieurs utilisations possibles de la fortune ou de l'argent, sur lesquelles on doit r&#233;fl&#233;chir. C'est une question pour chacun, y compris dans sa pri&#232;re : &#171; &#224; quoi suis-je appel&#233;, moi ? &#187;. Il y a des gens qui le savent tr&#232;s vite dans leur vie et des gens qui ne le savent que tard, pas n&#233;cessairement de fa&#231;on coupable, mais parce que le cours de leur vie a &#233;t&#233; inattendu. Elle a pris son sens d'une mani&#232;re qu'ils n'avaient pas n&#233;cessairement vue au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y a-t-il des mod&#232;les de saintet&#233; &#233;conomique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le du travailleur c'est saint Joseph. Mais si on cherche quelqu'un qui a &#233;t&#233; proactif dans ce domaine sp&#233;cifique de l'&#233;conomie, on d&#233;couvre que le premier la&#239;c canonis&#233; qui n'est ni un martyr, ni un prince, est un marchand et financier, &#224; Cr&#233;mone, au moment o&#249; l'Italie inventait l'&#233;conomie moderne et la finance. Ce personnage qui s'appelait Uomobono (homme bon, tout un programme !) &#233;tait un marchand qui r&#233;ussissait bien, qui savait gagner de l'argent. Mais en m&#234;me temps, c'&#233;tait un homme tr&#232;s g&#233;n&#233;reux (ce qui &#233;nervait sa femme !), et il donnait beaucoup. Il avait une image d'honn&#234;tet&#233; et de correction dans son milieu professionnel. Il est mort pauvre parce qu'il avait donn&#233; le gros de ses biens, et le peuple de Cr&#233;mone a demand&#233; au pape, le grand pape Innocent III, de le canoniser tout de suite. Ce qui &#224; l'&#233;poque n'&#233;tait pas fr&#233;quent. Et Innocent III, le m&#234;me pape qui a su accueillir saint Fran&#231;ois d'Assise et donc la pauvret&#233;, a canonis&#233; le premier marchand, le premier la&#239;c non-prince, non-martyr. Je n'ai pas trouv&#233; d'&#233;quivalent qui soit aussi clairement engag&#233; dans la vie &#233;conomique et dont on voit bien que la saintet&#233; a un lien avec cette vie &#233;conomique. D'autres pouvaient &#234;tre actifs dans la vie &#233;conomique, mais leur vertu n'&#233;tait pas l&#224; sp&#233;cifiquement. Il serait int&#233;ressant de voir s'il y a quelqu'un d'autre. On m'a cit&#233; le nom d'un Argentin dont la cause est examin&#233;e &#224; Rome. C'est une probl&#233;matique importante. Si l'on admet que cet &#233;tat de vie, engag&#233; dans l'&#233;conomie, est licite et collectivement utile, il doit &#234;tre possible de s'y sanctifier. Il doit y avoir non seulement des gens qui le font de fait, mais aussi des gens qui soient propos&#233;s comme mod&#232;le et qui passent le stade de la canonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment expliquez-vous le passage de la condamnation de l'usure par l'&#201;glise, &#224; son acceptation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot latin m&#233;di&#233;val d'usure d&#233;signait le taux d'int&#233;r&#234;t, quel que soit le niveau. Aujourd'hui l'usure, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s excessif. Tout le monde est d'accord, et a toujours &#233;t&#233; d'accord, pour dire que le taux d'int&#233;r&#234;t excessif au sens de l'usure moderne est condamnable. La question, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t tout court, m&#234;me quand il est faible ; or il a &#233;t&#233; effectivement condamn&#233;, et de fa&#231;on beaucoup plus &#233;nergique &#224; partir du XIIe si&#232;cle. On consid&#233;rait qu'on ne pouvait pas percevoir un int&#233;r&#234;t d'un pr&#234;t. En revanche on acceptait parfaitement qu'on re&#231;oive ce que nous appelons aujourd'hui des dividendes, mettre de l'argent dans une op&#233;ration en fonds propres, donc en prenant un risque avec un entrepreneur pour parler en langage moderne ; c'&#233;tait totalement licite et cela n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me. C'est tout &#224; fait clair d&#232;s les origines et notamment chez saint Thomas. Quand on condamnait l'usure, c'est-&#224;-dire l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t, c'est parce qu'on pensait que cela impliquait l'id&#233;e fausse que l'argent &#233;tait f&#233;cond par lui-m&#234;me. En outre, on consid&#233;rait que l'argent &#233;tait consomm&#233; dans l'acte de pr&#234;t. D&#232;s lors, il n'y avait pas de raison de le r&#233;tribuer, l'&#233;quit&#233; voulant qu'on rende ce que l'on avait pr&#234;t&#233; mais pas plus. Il y avait des fondements bibliques &#224; cette position, mais faibles ; ainsi dans la loi mosa&#239;que, qui d'ailleurs ne l'interdisait qu'entre juifs mais pas avec les gentils, et visait le cas de pr&#234;ts &#224; des mis&#233;reux : ce n'&#233;tait pas un acte intrins&#232;quement immoral en dehors de ce contexte. Ajoutons que la loi mosa&#239;que n'est pas retenue comme normative pour nous, du moins telle quelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, c'est plut&#244;t par des raisonnements qu'on condamnait l'int&#233;r&#234;t sur pr&#234;t, et ce sont des raisonnements contestables sur le plan &#233;conomique. Tr&#232;s vite d'ailleurs on s'est aper&#231;u qu'il y avait un probl&#232;me. Et donc on a mis des accommodations en faisant intervenir d'autres consid&#233;rations. La plus importante, pour notre propos, c'est ce qu'on appelle le lucrum cessans, c'est-&#224;-dire le gain qui s'arr&#234;te. On consid&#233;rait qu'un marchand qui soustrait de son capital, n&#233;cessaire &#224; son activit&#233; professionnelle, une certaine somme pour la pr&#234;ter, du coup perd une part du gain que son activit&#233; lui permet d'obtenir. Notons que dans cet exemple ce n'est pas l'argent tout seul qui produit, puisque c'est de l'argent associ&#233; &#224; du travail, et du travail entrepreneurial. Mais ind&#233;niablement s'il avait moins de capital, le marchand ou artisan produisait moins. Il ne pouvait avoir le m&#234;me volume d'activit&#233; que si son capital restait intact. Donc il subissait une perte, et il y avait une justice &#224; le compenser. Mais du coup, sans vouloir le reconna&#238;tre, on acceptait qu'il y ait une certaine f&#233;condit&#233; de l'argent, non pas tout seul, ce qu'on reprochait au pr&#234;t avec int&#233;r&#234;t, mais associ&#233; &#224; du travail humain. D&#232;s lors, on a accept&#233; cette compensation et donc de fait un certain int&#233;r&#234;t dans le cas de quelqu'un qui a une activit&#233; commerciale, bien que certains consid&#233;raient qu'il fallait pour cela que l'on ait prouv&#233; que cet argent fonctionnait d&#233;j&#224; avant. Il y avait aussi le damnum emergens c'est-&#224;-dire un tort qui apparaissait du fait que l'on avait souffert du manque de cet argent, d'o&#249; une compensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on voit, des compensations &#233;taient pr&#233;vues pour le pr&#234;teur commercial, mais cela ne d&#233;bouchait pas sur la prise de conscience du fait que l'argent pouvait &#234;tre repr&#233;sentatif d'un facteur de production qui, associ&#233; au travail, et notamment au travail de l'entrepreneur, avait r&#233;ellement une contribution positive. L'entrepreneur qui a moins d'argent &#224; sa disposition produira moins, avec le m&#234;me talent et la m&#234;me vertu, que s'il a de l'argent, y compris de l'argent pr&#234;t&#233; et pas simplement de l'argent mis en capital. Et donc, il y avait une insuffisance du raisonnement &#233;conomique. Mais je pense qu'il y avait aussi une intuition profond&#233;ment juste dans l'id&#233;e que ce n'est pas l'argent par lui-m&#234;me, tout seul, qui produit, mais que c'est le travail humain, y compris celui de l'entrepreneur, qui est cr&#233;atif, &#233;tant entendu que l'argent y contribue n&#233;anmoins, d'une mani&#232;re qui peut justifier une r&#233;mun&#233;ration, si &#233;videmment elle reste raisonnable. Le dernier texte du magist&#232;re qui a maintenu la doctrine classique avec tous les correctifs qu'on a vus, est une encyclique de 1748, de Beno&#238;t XIV. Dans la pratique, cela ne g&#234;nait pas beaucoup le commerce. Cela avait m&#234;me le gros avantage de r&#233;duire de mani&#232;re non n&#233;gligeable l'usure au sens moderne, c'est-&#224;-dire l'exploitation du besoin des pauvres&#8230; drame que d'autres civilisations ont connu d'une mani&#232;re beaucoup plus grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise a commenc&#233; ensuite &#224; affiner sa doctrine avec des textes du XIXe si&#232;cle, des r&#233;ponses du Saint Office, qui sont moins visibles mais ont autorit&#233;, puis avec les deux codes de droit canonique, qui recommandent aux congr&#233;gations de faire fructifier leurs biens, et acceptent un certain int&#233;r&#234;t l&#233;gal, au moins implicitement. Cela dit, l'&#201;glise n'a pas fait de retour pour expliquer comment elle met en coh&#233;rence la pratique et l'enseignement actuels avec les raisonnements du pass&#233; pour discerner, dans ces derniers, entre ce qui &#233;tait vrai parce que situ&#233; fondamentalement dans le domaine &#233;thique et ce qui &#233;tait conjoncturel, c'est-&#224;-dire reposait sur une analyse &#233;conomique, qui d&#233;pendait de la science &#233;conomique du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le lecteur de la revue Carmel peut donc placer son argent en bourse sans &#234;tre faute ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne l'a jamais &#233;t&#233;, car s'il est en bourse et qu'il ach&#232;te des actions, des parts, cela a toujours &#233;t&#233; licite. En revanche il peut &#234;tre illicite d'agioter, c'est-&#224;-dire de sp&#233;culer d'une mani&#232;re parasitaire. Et la r&#233;flexion m&#233;di&#233;vale sur le juste prix, &#224; mon avis insuffisamment reprise aujourd'hui, garde sa valeur. Dans cette conception, le juste prix est d&#233;sirable en soi, car si le prix est juste je ne vole pas l'autre et il ne me vole pas. Mais quel est ce juste prix ? Quand on regarde les textes, c'est un prix qui se d&#233;duit de l'interaction sociale, donc un prix de march&#233;. Mais cela ne veut pas dire que n'importe quel prix de march&#233; est un juste prix. Il y a des march&#233;s qui fonctionnent mal, des march&#233;s opaques, des march&#233;s manipul&#233;s. Dans les conditions o&#249; il fonctionne de mani&#232;re claire, transparente et ouverte, il d&#233;gage un juste prix. Ce qui veut dire qu'il y a une r&#233;flexion morale &#224; avoir sur le bon fonctionnement du march&#233;. &#192; la lumi&#232;re des r&#233;flexions m&#233;di&#233;vales, c'est un march&#233; o&#249; d'une part des r&#232;gles permettent cette transparence, cette confrontation, cette absence de domination par l'un ou par l'autre, et o&#249; d'autre part, id&#233;alement, les acteurs y participent non pas pour faire le maximum d'argent possible par leurs op&#233;rations, mais pour d&#233;gager socialement le meilleur prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prends un exemple concret. Quand vous &#234;tes un op&#233;rateur sur un march&#233; financier et que vous pensez qu'il y a une bulle, c'est-&#224;-dire que les prix montent trop haut par rapport au prix qui vous para&#238;t correct, si vous allez vite, vous pouvez avoir de fait int&#233;r&#234;t &#224; acheter la valeur en question et &#224; revendre ensuite &#224; un prix plus &#233;lev&#233;. Mais quand vous faites cela, vous envoyez un signal d'achat, et donc vous contribuez &#224; faire encore monter le prix, et donc d'une certaine fa&#231;on votre pr&#233;vision est auto-r&#233;alis&#233;e. Mais du point de vue de l'analyse du juste prix m&#233;di&#233;val, ce que vous faites n'est pas bien. Vous pouvez gagner de l'argent si vous &#234;tes malin et que vous sortez assez vite avant que la bulle n'&#233;clate et que les prix ne baissent, mais vous avez vol&#233; les autres et vous avez envoy&#233; un mauvais signal au march&#233;. En revanche si vous consid&#233;rez que le prix est trop bas et que vous achetez, l&#224; vous contribuez &#224; faire &#233;voluer le prix vers un prix plus juste en envoyant un signal d'achat qui aide &#224; faire monter le prix vers un niveau &#224; votre avis plus juste, ce qui veut dire que ceux qui vendront &#224; ce prix obtiendront une contrepartie &#224; leur bien qui est plus &#233;quitable par rapport &#224; sa valeur r&#233;elle. C'est une consid&#233;ration qui ne domine pas actuellement sur les march&#233;s, mais qui doit exister chez un op&#233;rateur qui se veut chr&#233;tien. Il peut faire ses petites op&#233;rations, mais il doit se dire aussi qu'il contribue &#224; un processus collectif d'&#233;valuation qui a un sens et qu'il y a sa part de responsabilit&#233;. On peut et doit d'ailleurs &#233;tendre cette notion du juste prix au-del&#224; du march&#233; financier, par exemple avec le commerce &#233;quitable : il s'agit de donner sa juste r&#233;mun&#233;ration &#224; un producteur, par exemple de caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sans entrer dans une utopie, un perfectionnement de la conduite financi&#232;re est-il envisageable pour l'avenir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envisageable, oui, et en principe tout &#224; fait n&#233;cessaire. Le christianisme n'enseigne pas une utopie mais demande d'agir dans le sens du bien, c'est-&#224;-dire, de construire le Royaume, non pas au sens o&#249; il se r&#233;alisera sur terre, mais en cela qu'il se cr&#233;e myst&#233;rieusement et progressivement et qu'&#224; sa fa&#231;on il est d&#233;j&#224; l&#224; du fait m&#234;me du Bien qui irrigue notre monde. Lorsque je fais du bien l&#224; o&#249; je suis, par exemple si je suis industriel et que je fais des produits meilleurs, moins chers, tout en traitant bien mes collaborateurs, je fais &#224; mon niveau advenir le Royaume ; mais je ne suis pas dans une utopie parce que je sais que mon industrie restera imparfaite, et le monde &#233;conomique de m&#234;me. Je contribue alors &#224; cr&#233;er quelque chose qui rel&#232;ve d'une r&#233;alit&#233; d'un tout ordre que l'&#233;conomie, mais qui ne sera r&#233;ellement explicite et exclusif qu'&#224; la fin des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qu'enseigne la Doctrine sociale est-il suffisamment attractif pour qu'&#224; l'inverse d'Adam Smith les gens puissent avoir int&#233;r&#234;t &#224; la mettre en pratique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; maintenant nous avons eu deux handicaps. Le premier, c'est que la Doctrine sociale est comme on dit le secret le mieux gard&#233; de l'&#201;glise. Elle est peu r&#233;pandue ! Jamais un cur&#233; n'en parle en chaire. Il y a l&#224; une d&#233;faillance, mais qui peut &#233;voluer, comme on le voit par exemple avec les Entrepreneurs et dirigeants chr&#233;tiens (EDC). Il y a cinq ou six ans, ils ne s'en pr&#233;occupaient pas. Maintenant, elle est au centre du mouvement. Le deuxi&#232;me d&#233;faut, c'est qu'elle est un acte du magist&#232;re, c'est-&#224;-dire de pr&#233;lats qui ne sont pas &#233;conomistes ou financiers, et qui restent n&#233;cessairement &#224; un niveau de r&#233;flexion relativement abstrait. Donc, elle a besoin d'un compl&#233;ment de pratique et de doctrine, qui soit le fait de la&#239;cs. Elle en a besoin th&#233;oriquement en amont, mais aussi en aval. Car s'il n'y a pas cette &#233;laboration, forc&#233;ment, elle restera dans son langage un peu &#233;tranger &#224; ce monde-l&#224; et pas imm&#233;diatement compr&#233;hensible ni ais&#233;ment utilisable. Il faut un travail interm&#233;diaire pour traduire les principes et les id&#233;es d'une fa&#231;on qui soit en rapport avec ce que les gens vivent dans leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel mod&#232;le, qui existe aujourd'hui, proposeriez-vous comme application f&#233;conde de la doctrine sociale ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des formes d'entreprises qui cherchent &#224; int&#233;grer ces valeurs, dans le tiers secteur, comme les Focolari, les coop&#233;ratives Mondragon, et d'autres gens qui visent &#224; s'inspirer de ce genre de choses. Cela peut &#234;tre vrai de patrons. Prenez les patrons chr&#233;tiens qu'on appelait paternalistes au XIXe si&#232;cle : ils ont apport&#233; beaucoup de bien, l&#224; o&#249; les populations ouvri&#232;res &#233;taient horriblement maltrait&#233;es &#224; l'&#233;poque. En Ard&#232;che, il y une cit&#233; ouvri&#232;re cr&#233;&#233;e par Lafarge au XIXe si&#232;cle, avec une &#233;cole, une &#233;glise au centre du village, et les ouvriers pouvaient y vivre de fa&#231;on d&#233;cente. C'est une action de patrons qui consid&#233;raient qu'ils avaient &#224; prendre en charge plus que la fabrication du ciment. Ils fabriquaient du ciment mais ils se souciaient aussi des gens qui fabriquaient le ciment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;es, vous avez aujourd'hui, les fonds de partage et les fonds qui visent &#224; &#234;tre g&#233;r&#233;s de fa&#231;on &#233;thique. C'est une question majeure car l'argent investi oriente l'&#233;conomie dans un sens ou un autre. D&#233;j&#224;, le simple souci de l'environnement est b&#233;n&#233;fique dans son principe. Mais si vous regardez la Doctrine sociale, vous allez plus loin parce que, en plus de la dimension environnementale, il y a aussi les dimensions sociales, soci&#233;tales, et en outre la qualit&#233; des produits, le juste prix, le souci des fournisseurs, des clients, des communaut&#233;s, etc. La question s'adresse &#224; la fois aux entreprises, et aux investisseurs qui doivent regarder dans quoi ils investissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un travail important est actuellement fait dans le nouveau dicast&#232;re pour le service du le d&#233;veloppement humain int&#233;gral, qui est l'ancien Conseil justice et paix &#233;largi, notamment sur la question financi&#232;re. Il y a eu un texte l'ann&#233;e derni&#232;re &#338;conomicae et pecuniari&#230; qu&#230;stiones, premier texte sur la finance qui d&#233;passe deux pages ; il y en a un, en gestation, sur l'investissement &#233;thique dans la perspective catholique ; et un autre sur l'&#233;thique de l'investisseur. Il y a donc tout un travail qui est fait. Autrement dit, l'&#201;glise qui, sur la finance, avait dit peu de choses sp&#233;cifiques, depuis tr&#232;s peu de temps produit des textes int&#233;ressants et &#233;labor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voyez-vous un lien entre la communion des saints et le march&#233; financier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons un ph&#233;nom&#232;ne extraordinaire : les &#201;vangiles parlent abondamment de la vie &#233;conomique et financi&#232;re, en utilisant un raisonnement financier ou &#233;conomique pour parler de choses qui d&#233;passent ce niveau, mais afin de les exposer. Aucune autre religion ne le fait, aucun texte religieux, ni l'Ancien Testament, ni les autres textes du Nouveau Testament. Seuls les &#201;vangiles partent de raisonnements &#233;conomiques. C'est extraordinaire. La parabole du tr&#233;sor cach&#233;, c'est un arbitrage financier, puisque le prix du champ n'y incorpore pas l'information sur sa valeur r&#233;elle, information que le march&#233; n'a pas puisque le prix ne serait pas du tout le m&#234;me. Un arbitrage consiste en effet &#224; acheter quelque chose de pas cher parce qu'on pense que cela vaut beaucoup plus cher. Ce qui est int&#233;ressant, c'est que m&#234;me si la parabole est dite par le Christ pour parler de la vie &#233;ternelle, il utilise un tel raisonnement financier pour se faire comprendre, parce que c'est une &#233;vidence pour les gens qui &#233;coutent. En un sens, il valide le raisonnement puisqu'il l'utilise comme base, mais il le d&#233;passe en le g&#233;n&#233;ralisant. Au fond, il nous dit en effet : &#171; vous avez int&#233;r&#234;t &#224; investir, oui, mais investissez en regardant bien la valeur des choses. Or il y a une valeur infinie qui est la vie &#233;ternelle ; donc forc&#233;ment, c'est elle qui l'emporte sur toutes les r&#233;alit&#233;s terrestres. &#187; L'utilisation du vocabulaire de l'investissement est constante, mais pas pour en rester l&#224; : c'est pour nous dire que quand on a tout bien calcul&#233;, on int&#232;gre la valeur infinie de la vie &#233;ternelle, et alors on laisse tomber le calcul, et on donne sans calculer. Non pas en rejetant le calcul, mais parce que dans le calcul, un facteur infini est entr&#233; en ligne de compte. C'est un excellent calcul, mais ce ne doit plus &#234;tre un calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On gagnerait donc en vie spirituelle &#224; mieux comprendre la vie &#233;conomique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce mod&#232;le a servi au Christ pour expliquer des choses qui d&#233;passait infiniment ce niveau. Il n'a pas beaucoup utilis&#233; l'imagerie agricole et tr&#232;s peu l'imagerie politique. En revanche l'&#233;conomique oui. C'est un des facteurs qui a fait que l'&#233;conomie s'est d&#233;velopp&#233;e dans le monde chr&#233;tien. Il y avait cette tension entre des pr&#233;dicateurs tonnant contre l'argent ou l'usure&#8230; et ceux qui savaient que cela fait partie de la vie normale de l'homme et que les &#201;vangiles en parlent constamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N'aurait-on pas int&#233;r&#234;t &#224; davantage orienter l'intercession de l'&#201;glise dans ces domaines-l&#224; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais il faut bien savoir quoi demander dans nos pri&#232;res ; et pour &#234;tre pr&#233;cis, il faut entrer davantage dans la doctrine. Mieux conna&#238;tre la doctrine permet de davantage participer &#224; son d&#233;veloppement par la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce serait une contribution que la pri&#232;re du Carmel pourrait apporter ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et peut-&#234;tre notamment des carm&#233;lites ! J'ai eu une exp&#233;rience amusante dans les monast&#232;res. La r&#233;action des femmes est souvent plus pointue. Les moines ne se sentent pas autant concern&#233;s qu'elles. Il y a une sensibilit&#233; f&#233;minine particuli&#232;re &#224; ces sujets. Dans les comit&#233;s et commissions de la F&#233;d&#233;ration bancaire fran&#231;aise, les plus f&#233;minis&#233;es sont les commissions comptables. C'est int&#233;ressant. Les femmes ont, de fa&#231;on assez r&#233;pandue, le sens de ces r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et notamment comptables, pour voir o&#249; est la vraie r&#233;alit&#233;. C'est le sens f&#233;minin du r&#233;el. Dans beaucoup de m&#233;nages, c'est la femme qui tient les comptes. Ce n'est pas vrai partout, on ne peut pas g&#233;n&#233;raliser, mais il y a une propension, un talent plus particuli&#232;rement r&#233;pandu. Par ailleurs, le champ de la pri&#232;re est beaucoup plus vaste que celui de l'application pratique et directe. Un industriel pense d'abord aux implications pour son entreprise. Celui qui prie a le souci de tout. En pensant aux questions &#233;conomiques et sociales dans leur pri&#232;re, les religieux, m&#234;me contemplatifs, contribuent beaucoup &#224; am&#233;liorer la soci&#233;t&#233;, m&#234;me d'un point de vue temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;conomie est donc bien inscrite dans le dessein de Dieu !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Le fait de base, dans l'&#233;conomie, c'est de faire le contraire de l'id&#233;e dominante actuelle, c'est-&#224;-dire non pas de l'isoler comme un champ autonome, en consid&#233;rant le reste comme donn&#233; sans s'en pr&#233;occuper, et notamment les priorit&#233;s morales ; mais au contraire en consid&#233;rant qu'elle est intrins&#232;quement incompl&#232;te, c'est-&#224;-dire qu'elle n'a de sens qu'ins&#233;r&#233;e dans un ensemble beaucoup plus vaste, qui est moral, social, politique et au-del&#224; encore, religieux. C'est une id&#233;e qui n'est pas famili&#232;re &#224; notre &#233;poque mais qui est en soi &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui encore une g&#234;ne &#224; parler de l'argent chez les catholiques, mais il faut en parler. Il faut l'int&#233;grer dans notre r&#233;flexion morale. Si J&#233;sus nous dit qu'il faut nous faire des amis avec de l'argent malhonn&#234;te, c'est qu'il faut agir en ce sens. Il faut donc sortir de la pure culpabilisation envers l'argent. Au lieu de prendre un whisky pour oublier qu'on a de l'argent, il vaut mieux se demander ce que l'on va en faire de bon ! Dans la culpabilisation, il y un ressort qui est bon, puisque l'on per&#231;oit le devoir de se servir de cet argent pour le bien, mais ce ressort est alors retourn&#233; contre la personne elle-m&#234;me, ce qui ne sert &#224; rien. Il faut d&#233;passer ce stade : il y a l&#224; un champ gigantesque &#224; &#233;vang&#233;liser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Argent Ma&#238;tre ou Serviteur</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-Argent-Maitre-ou-Serviteur.html</link>
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		<dc:date>2019-09-20T15:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Saintet&#233; et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et don</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de l'&#233;diteur : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nul ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et Mammon, car in&#233;vitablement il aimera l'un et pas l'autre, il m&#233;prisera l'un et pas l'autre.&#034; Cette sentence de J&#233;sus semble &#234;tre d&#233;finitive. Avec quelques autres, elle para&#238;t condamner l'argent et la richesse de fa&#231;on absolue. Pierre de Lauzun allie sa connaissance pointue des r&#233;alit&#233;s financi&#232;res avec celle des textes bibliques et du magist&#232;re de l'Eglise pour d&#233;montrer brillamment que la position du Christ est plus complexe qu'il n'y appara&#238;t : sans nier le r&#233;el danger que l'argent peu constituer pour celui qui veut se rapprocher du royaume de Dieu, il existe une mani&#232;re authentiquement &#233;vang&#233;lique d'user des biens mat&#233;riels. Cet ouvrage aussi clair qu'inform&#233; ne constitue donc pas seulement une r&#233;flexion th&#233;orique sur l'argent : il pourra aider tout un chacun &#224; ajuster son rapport avec lui et &#224; l'utiliser d'une mani&#232;re authentiquement chr&#233;tienne, en vue du tr&#233;sor de la vie &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/argent_maitre_ou_serviteur.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='112' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mameeditions.com/9782728926572-l-argent-maitre-ou-serviteur-group.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.mameeditions.com/978272...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4e de couverture :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Parce que nous vivons dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'emprise de l'&#233;conomie n'a jamais &#233;t&#233; aussi forte, tout chr&#233;tien est amen&#233; &#224; se questionner sur la place que l'argent tient dans sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; une analyse &#224; la fois claire et subtile s'appuyant sur l'&#201;vangile et le magist&#232;re de l'&#201;glise, tr&#232;s &#233;loign&#233;e des manich&#233;ismes faciles, Pierre de Lauzun nous aide &#224; comprendre la nature paradoxale de l'argent et les raisons de l'attrait qu'il peut exercer sur nous, tout en nous aidant &#224; ajuster notre rapport &#224; lui, &#224; la lumi&#232;re du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du choix de notre activit&#233; professionnelle &#224; la meilleure fa&#231;on d'investir, en passant par les montants qu'il est souhaitable de r&#233;server pour les dons, cet ouvrage propose de nombreuses r&#233;flexions qui sont autant de balises concr&#232;tes sur le chemin du royaume de Dieu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est plus facile &#224; un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'&#224; un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si tu veux &#234;tre parfait, vends tes biens et suis-moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seigneur, tu m'as confi&#233; cinq talents ; voil&#224;, j'en ai gagn&#233; cinq autres. &#187; &#171; Faites-vous des amis avec l'argent malhonn&#234;te, afin que, le jour o&#249; il ne sera plus l&#224;, ces amis vous accueillent dans les demeures &#233;ternelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent est tr&#232;s pr&#233;sent dans les &#201;vangiles, mais les textes n'envoient pas un message simple et unilat&#233;ral &#224; son &#233;gard. Sa puissance de fascination est constamment d&#233;nonc&#233;e. Et pourtant, ce m&#234;me &#201;vangile nous dit qu'il faut l'utiliser, lucidement et activement. Il y a donc d&#232;s les origines une tension entre la foi chr&#233;tienne et cette chose &#233;trange qu'est l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;nigme qui reprend un sens tout particulier &#224; notre &#233;poque, o&#249; l'emprise de l'&#233;conomie est sans pr&#233;c&#233;dent historique. Une &#233;conomie dans laquelle l'argent joue un r&#244;le central, indispensable mais inqui&#233;tant. O&#249; on n'a pas de probl&#232;me &#224; affamer les pensionnaires d'une maison de retraite pour am&#233;liorer la rentabilit&#233;. Ou de payer une femme pour porter un b&#233;b&#233; qu'on a achet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre toute la mesure de ces exigences, dans la vie r&#233;elle qui est la n&#244;tre, sans culpabilisation st&#233;rile, mais sans occulter l'appel que nous avons re&#231;u, est donc pour nous une t&#226;che majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre veut contribuer &#224; cette r&#233;flexion, &#224; laquelle aucun chr&#233;tien ne peut &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;INTRODUCTION &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA FOI CHRETIENNE, LA RICHESSE ET L'ARGENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;LES EVANGILES ET L'ARGENT&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ECONOMIE, PARTOUT DANS LES EVANGILES/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA FOI, LA VIE ETERNELLE, ET LE SENS DE NOTRE VIE EN CE MONDE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT AU TEMPS DE LA CHRETIENTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ARGENT ET LA RICHESSE : L'ENSEIGNEMENT DE L'EGLISE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PAUVRETE ET RICHESSE SELON L'ENSEIGNEMENT DE L'EGLISE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; BIENS TRANSITOIRES ET BIEN ETERNEL : LA LE&#199;ON DES SPIRITUELS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ARGENT, LA RICHESSE ET NOUS&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT ET SES PARADOXES/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT DANS LA SOCIETE, L'USAGE DE L'ARGENT/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT, LA RICHESSE ET LA PAUVRETE EN ESPRIT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ARGENT, CONCRETEMENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ARGENT DANS L'ECONOMIE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ECONOMIE, PROPRIETE ET MARCHE DANS LA DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE/ L'ARGENT COMME MESURE, LE JUSTE PRIX/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA FINANCE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA DETENTION DE GRANDS BIENS, LA FORTUNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;QUE FAIRE AVEC NOTRE ARGENT ? NOTRE VOCATION, NOS BESOINS, NOS DEPENSES	&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; NOTRE VOCATION/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; NOS DEPENSES ET NOTRE CONSOMMATION/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; MAITRISER ET ORIENTER NOTRE CONSOMMATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;QUE FAIRE AVEC NOTRE ARGENT ? L'INVESTISSEMENT ET LE DON&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'INVESTISSEMENT RESPONSABLE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; QUELLE ORIENTATION POUR UN INVESTISSEMENT ETHIQUE ?/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LE DON ET LA GENEROSITE : POURQUOI ?/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LE DON ET LA SOLIDARITE, DANS LA PRATIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SYNTHESE PRATIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Limites du magist&#232;re catholique : l'exemple de l'&#233;conomie</title>
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		<dc:date>2019-04-20T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans la foi catholique. Mais quelle est la vraie port&#233;e et quelles sont les limites du magist&#232;re ? C'est une question essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En principe le champ du magist&#232;re est la &#8216;foi' et les &#8216;m&#339;urs' (c'est-&#224;-dire la morale). Et les questions scientifiques et techniques en sont exclues. Mais o&#249; passe la limite entre les deux ? C'est ce que j'examine ici dans le cas de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans la revue 'Sedes Sapientiae' N&#176; 147 mars 2019, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question des limites du magist&#232;re : exemples tir&#233;s du champ &#233;conomique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans la foi catholique. Comme on sait, il est demand&#233; au fid&#232;le soit une adh&#233;sion pleine (magist&#232;re extraordinaire ou ordinaire universel), soit une soumission du c&#339;ur et de l'esprit (magist&#232;re authentique), ce qui est une exigence tr&#232;s forte m&#234;me dans le deuxi&#232;me cas. Ce qui fait de la question de la port&#233;e et des limites du magist&#232;re une question essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes, et notamment le Code de droit canonique pr&#233;cisent tous que le champ du magist&#232;re est la &#8216;foi et les m&#339;urs' (la morale). En revanche les questions scientifiques et techniques en sont en principe exclues. L'application de ce dernier crit&#232;re peut soulever des probl&#232;mes dont les enjeux sont importants et doivent &#234;tre abord&#233;s. C'est ce que je vais &#233;voquer ici, en prenant pour exemple non pas le domaine des sciences dites dures, mais celui des &#8216;sciences humaines' car la d&#233;limitation entre la dimension factuelle ou scientifique, et la dimension normative ou &#233;thique y est particuli&#232;rement d&#233;licate. Je me concentrerai en outre sur l'&#233;conomie, relativement plus technique et plus facile &#224; cerner que le politique par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de clarifier cette question appara&#238;t d'autant plus en la mati&#232;re que tout jugement moral comporte entre autres une appr&#233;ciation de la situation examin&#233;e ; or dans le champ des affaires humaines, cet examen inclut de fa&#231;on parfois essentielle une dimension technique ou scientifique. Il est donc non seulement possible mais presque in&#233;vitable que toute expression du magist&#232;re dans ces domaines comporte, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension &#233;thique, pour laquelle il est comp&#233;tent, une dimension d'analyse factuelle pour laquelle il n'est a priori pas comp&#233;tent, du moins par nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la question examin&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bref rappel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas inutile de commencer cet examen par un bref rappel de textes concernant le magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que les questions ici &#233;voqu&#233;es rel&#232;vent de la Doctrine sociale de l'Eglise (DSE). Or le Compendium de la DSE rappelait au N&#176; 80 que &#171; en tant que partie int&#233;grante de l'enseignement moral de l'&#201;glise, la doctrine sociale rev&#234;t la m&#234;me dignit&#233; et poss&#232;de la m&#234;me autorit&#233; que cet enseignement. Elle est un Magist&#232;re authentique, qui exige l'acceptation et l'adh&#233;sion des fid&#232;les. Le poids doctrinal des diff&#233;rents enseignements et l'assentiment qu'ils requi&#232;rent doivent &#234;tre &#233;valu&#233;s en fonction de leur nature, de leur degr&#233; d'ind&#233;pendance par rapport &#224; des &#233;l&#233;ments contingents et variables et de la fr&#233;quence avec laquelle ils sont rappel&#233;s. &#187; Notons le terme &#171; &#233;l&#233;ments contingents et variables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que le magist&#232;re &#8216;authentique' ici vis&#233;, distinct du magist&#232;re extraordinaire comme du magist&#232;re ordinaire universel, qui demandent un assentiment de foi parce que ce qu'ils enseignent est consid&#233;r&#233; &#8216;d&#233;finitif', fait n&#233;anmoins l'objet d'exigences fortes &#224; l'&#233;gard des fid&#232;les. Comme le pr&#233;cise le Code de Droit Canonique (Can. 752) &#171; ce n'est pas vraiment un assentiment de foi, mais n&#233;anmoins une soumission religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; qu'il faut accorder &#224; une doctrine que le Pontife Supr&#234;me ou le Coll&#232;ge des &#201;v&#234;ques &#233;nonce en mati&#232;re de foi ou de m&#339;urs, m&#234;me s'ils n'ont pas l'intention de la proclamer par un acte d&#233;cisif ; les fid&#232;les veilleront donc &#224; &#233;viter ce qui ne concorde pas avec cette doctrine. &#187; Une note doctrinale de la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la Foi du 29 juin 1998 pr&#233;cisait au N&#176; 10 que &#171; &#224; cet alin&#233;a appartiennent tous ces enseignements &#8211; en mati&#232;re de foi ou de morale &#8211; pr&#233;sent&#233;s comme vrais ou au moins comme s&#251;rs, m&#234;me s'ils n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;finis dans un jugement solennel ou propos&#233;s comme d&#233;finitifs par le Magist&#232;re ordinaire et universel. Ces enseignements sont en tout cas expression authentique du Magist&#232;re ordinaire du Pontife romain ou du Coll&#232;ge &#233;piscopal et requi&#232;rent donc la soumission religieuse de la volont&#233; et de l'intelligence. Ils sont propos&#233;s pour nous conduire &#224; une intelligence plus profonde de la r&#233;v&#233;lation, ou bien pour rappeler la conformit&#233; d'un enseignement avec les v&#233;rit&#233;s de la foi, ou enfin pour mettre en garde contre les conceptions incompatibles avec ces v&#233;rit&#233;s ou contre des opinions dangereuses susceptibles d'induire en erreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, une telle doctrine n'&#233;tant pas d&#233;finitive peut en principe &#233;voluer. Mais en m&#234;me temps si une soumission du c&#339;ur et de l'esprit est demand&#233;e, cela implique qu'un tel changement &#233;ventuel respectera une raisonnable coh&#233;rence dans le temps ; sinon il serait difficile de parler de magist&#232;re et d'exiger des soumissions successives &#224; des demandes qui seraient contradictoires, du moins dans leur logique morale. Mais si la continuit&#233; de la doctrine morale est vitale, en revanche son encastrement dans un contexte humain mouvant, comportant des notions ne relevant pas de la morale mais de l'analyse factuelle, scientifique ou technique, comporte une part de contingence, qui ne rel&#232;ve semble-t-il pas du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Exemples historiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique je propose quatre exemples de cas o&#249; on peut soutenir qu'une &#233;volution de la perception d'un probl&#232;me a pu conduire &#224; ce qui a pu &#234;tre per&#231;u comme une &#233;volution doctrinale ou une relativisation de l'attitude ant&#233;rieure. Reste cependant &#224; distinguer alors la continuit&#233; dans le jugement moral. Le premier exemple, le plus ancien, et de loin le plus important est l'usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La condamnation du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la condamnation de toute forme de pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t , totale dans son principe &#224; partir du XIIIe si&#232;cle, s'est prolong&#233;e pour l'essentiel jusqu'en 1745 avec la bulle Vix pervenit de Beno&#238;t XIV, qui cl&#244;t la s&#233;rie. Ce dernier texte contient un vrai d&#233;veloppement th&#233;orique et une vraie analyse ; on ne peut donc consid&#233;rer que ce soit une mention en passant. C'&#233;tait l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t qui &#233;tait vis&#233; et condamn&#233; sous le nom d'usure (et non pas la seule usure au sens actuel du terme). Certes de multiples exceptions &#233;taient pr&#233;vues, rendant en pratique le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t possible, notamment dans l'activit&#233; commerciale, mais la condamnation de principe subsistait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'Eglise a ensuite assoupli sa position, jusqu'&#224; aboutir dans les Codes de Droit canonique de 1917 et plus encore de 1983 &#224; une acceptation de fait de l'int&#233;r&#234;t, sans parler de sa propre pratique, ni des nombreux textes de la Doctrine sociale qui depuis &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt; en 1891 ne la condamnent pas non plus. Cela dit, aucun texte magist&#233;riel formel sur le sujet n'a &#233;t&#233; publi&#233; sur le sujet depuis 1745, ce qui est d'ailleurs &#233;tonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se pose alors la question sur le plan doctrinal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation ancienne utilisait assez peu la base r&#233;v&#233;l&#233;e, car elle est mince. Il y a d'abord &#233;videmment les passages des Ecritures (Exode et L&#233;vitique), interdisant de pr&#234;ter avec int&#233;r&#234;t. Mais outre que pour le chr&#233;tien la loi mosa&#239;que est abrog&#233;e dans sa lettre sur de nombreux points, ces passages visent principalement un cas pr&#233;cis : celui d'un pauvre qui a besoin de cet argent pour survivre. Il est &#233;videmment contraire &#224; la morale de demander des int&#233;r&#234;ts &#224; quelqu'un qui meurt de faim. Mais cela ne dit rien de certain sur l'int&#233;r&#234;t en g&#233;n&#233;ral. L'Evangile, lui, est muet sur ce point normatif pr&#233;cis. Une seule phrase a &#233;t&#233; all&#233;gu&#233;e r&#233;guli&#232;rement ; c'est Luc 6, 34-35 : &#171; date mutuum, nihil inde sperantes &#187; (pr&#234;tez sans rien en attendre). Certains &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale ont voulu la lire comme une prescription juridique pr&#233;cise, interdisant la perception d'int&#233;r&#234;ts. Mais cette lecture est isol&#233;e du contexte et contestable. Le passage d'o&#249; il vient nous encourage &#224; ne rien attendre en &#8216;&#233;change' de nos bienfaits, et &#224; aimer nos ennemis. En outre et surtout l'Evangile parle ailleurs explicitement d'int&#233;r&#234;ts en banque et, pris litt&#233;ralement, on pourrait comprendre qu'il les recommande, ainsi dans la c&#233;l&#232;bre parabole des talents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; la condamnation de l'int&#233;r&#234;t comme tel se basait &#224; l'&#233;poque principalement sur des raisonnements. Ces derniers m&#234;laient deux types de consid&#233;rations. D'un c&#244;t&#233;, une position de principe, condamnant un usage absolu de l'argent, s'il est recherch&#233; pour lui-m&#234;me sans responsabilit&#233; ni lien social ; plus pr&#233;cis&#233;ment on rejetait l'id&#233;e que l'argent est jug&#233; cr&#233;atif en lui-m&#234;me, sans association avec du travail. Cette condamnation est d'ordre principalement moral et me para&#238;t garder toujours sa valeur. L'argent par lui-m&#234;me est effectivement st&#233;rile, on ne peut en tirer un usage cr&#233;atif qu'en l'utilisant socialement, en liaison avec du travail (y compris celui de l'entrepreneur), et moyennant d&#232;s lors responsabilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, on a une analyse plus proprement &#233;conomique. Elle reposait notamment sur l'id&#233;e que dans un pr&#234;t d'argent ce qu'on pr&#234;te &#233;tant fongible est consomm&#233;. On en d&#233;duisait qu'on ne pouvait pas l&#233;gitimement en facturer l'usage, car disait-on l'usage de l'argent se confond avec sa consommation - contrairement &#224; la location d'une maison par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'analyse &#233;conomique ces id&#233;es me paraissent fausses ; en effet l'argent est repr&#233;sentatif d'un acc&#232;s &#224; des biens, notamment des biens de production (du capital) ; et ces biens, ces outils potentiels, combin&#233;s avec une activit&#233; humaine, produisent effectivement un surplus de richesse. On n'avait donc pas vu qu'il peut y avoir contribution productive de l'argent, lorsqu'il est le moyen de fournir &#224; un entrepreneur ou un travailleur des instruments qui lui permettent de cr&#233;er consid&#233;rablement plus qu'il ne le ferait sans cela. Dans la logique &#233;conomique, cette contribution justifie une r&#233;tribution, le paiement d'un prix, comme tout service ; c'est le r&#244;le de l'int&#233;r&#234;t. Il est en outre contestable de soutenir que l'utilisation de l'argent s'assimile &#224; une consommation, car si un pain pr&#234;t&#233; &#224; un pauvre est bien consomm&#233; et donc dispara&#238;t, l'argent lui subsiste, il change simplement de mains et son r&#244;le reste intact, qui est le pouvoir d'acqu&#233;rir n'importe quel bien marchand, y compris un facteur de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, historiquement la condamnation de l'int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; sans doute utile pour limiter la tentation des soci&#233;t&#233;s anciennes &#224; pratiquer des taux d'int&#233;r&#234;ts aberrants, que nous appelons maintenant usure. Mais sa base th&#233;orique &#233;tait contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aller un peu plus loin : l'&#233;volution des perceptions en mati&#232;re &#233;conomique n'a pas simplement multipli&#233; les exceptions &#224; la r&#232;gle ancienne au point de la vider de son sens dans la quasi-totalit&#233; des cas ; elle a mis en &#233;vidence une insuffisance de l'analyse technique ancienne. Cela dit, comme on le voit, l'erreur n'&#233;tait pas dans les principes moraux, mais dans l'analyse &#233;conomique, qui ne rel&#232;ve pas de la morale ni de la r&#233;v&#233;lation. La v&#233;rit&#233; morale, naturelle ou r&#233;v&#233;l&#233;e, y &#233;tait donc m&#234;l&#233;e avec des conclusions contingentes, non r&#233;v&#233;l&#233;es. Or on l'a dit il n'est pas choquant qu'un fait relevant du domaine technique ne soit clarifi&#233; qu'au cours du temps &#8211; si ce faisant le principe moral subsiste. Car seul ce dernier fait l'objet d'un enseignement chr&#233;tien. Il reste cependant curieux que le point n'ait pas &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; et &#233;lucid&#233; de fa&#231;on explicite dans l'enseignement magist&#233;riel r&#233;cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corporatisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corporatisme est un deuxi&#232;me exemple. On sait que pendant toute une p&#233;riode la DSE a propos&#233; comme &#233;l&#233;ments de solution &#224; la question sociale ce qu'on appelait le corporatisme, et notamment la grande encyclique Quadragesimo anno (1931). Pie XI y relevait avec force les limites de la libre concurrence (au n&#176; 52) selon un th&#232;me constant de la DSE : &#171; De m&#234;me qu'on ne saurait fonder l'unit&#233; du corps social sur l'opposition des classes, ainsi on ne peut attendre du libre jeu de la concurrence l'av&#232;nement d'un r&#233;gime &#233;conomique bien ordonn&#233;. [&#8230;] C'est donc &#224; des principes sup&#233;rieurs et plus nobles qu'il faut demander de gouverner avec une s&#233;v&#232;re int&#233;grit&#233; ces puissances &#233;conomiques, c'est-&#224;-dire &#224; la justice et &#224; la charit&#233; sociales. &#187;. Cette analyse est une des constantes de la DSE. Puis il ajoutait : &#171; r&#233;cemment [&#8230;] a &#233;t&#233; inaugur&#233;e une organisation syndicale et coop&#233;rative d'un genre particulier [&#8230;] Les corporations sont constitu&#233;es par les repr&#233;sentants des syndicats ouvriers et patronaux d'une m&#234;me profession [&#8230;] qui, ainsi que de vrais et propres organes ou institutions d'&#201;tat, dirigent et coordonnent l'activit&#233; des syndicats dans toutes les mati&#232;res d'int&#233;r&#234;t commun [&#8230;] si les parties ne peuvent se mettre d'accord, c'est l'autorit&#233; qui intervient. Point n'est besoin de beaucoup de r&#233;flexion pour d&#233;couvrir les avantages de l'institution [&#8230;] : collaboration pacifique des classes, &#233;viction de l'action et des organisations socialistes, influence mod&#233;ratrice d'une magistrature sp&#233;ciale. &#187; Toutefois cette appr&#233;ciation positive n'excluait pas une certaine r&#233;serve : &#171; il ne manque pas de personnes qui redoutent que l'&#201;tat ne se substitue &#224; l'initiative priv&#233;e, au lieu de se limiter &#224; une aide ou &#224; une assistance n&#233;cessaire et suffisante. On craint que la nouvelle organisation syndicale et corporative ne rev&#234;te un caract&#232;re exag&#233;r&#233;ment bureaucratique et politique. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait des organisations professionnelles r&#233;gulatrices est bienvenu dans une &#233;conomie de march&#233; bien comprise : c'est ce qu'on appelle en anglais les &lt;i&gt;self-regulating authorities&lt;/i&gt;. Bien des secteurs fonctionnent plus ou moins sur un mod&#232;le de ce type. Du moins tant qu'on en reste aux questions d'int&#233;r&#234;t commun de la profession, comme la d&#233;finition de normes, ou la gestion de questions sociales ; c'est plus contestable si on tente de limiter la concurrence, de fixer les prix ou de restreindre l'offre. Car alors on passe vite &#224; la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts &#233;tablis, ou &#224; des blocages. C'est ce deuxi&#232;me sens qui a donn&#233; une connotation p&#233;jorative au mot corporatisme. Il y a donc une place possible et recommandable pour lla r&#233;gulation professionnelle. Mais cela reste en de&#231;&#224; du corporatisme tel que d&#233;fini ci-dessus. En fait on n'a pas d'exemple de corporatisme moderne convainquant : celui que connaissait l'Italie fasciste &#233;tait de fait &#233;tatis&#233;. Et donc, dans l'&#233;tat de nos connaissances, rien ne prouve que ce soit une solution viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recommandation que faisait l'Eglise &#224; l'&#233;poque du r&#233;gime corporatiste au sens &#233;tendu du terme ne peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un imp&#233;ratif du magist&#232;re, dans son domaine de comp&#233;tence. Le rappel doctrinal du besoin que l'Etat prenne en charge le bien commun, ou celui des bienfaits de la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;, notamment au sein des professions, sont des exigences morales, comme telles permanentes. En revanche, le choix pr&#233;cis du corporatisme &#233;tait un choix concret, relevant semble-t-il du prudentiel et de l'appr&#233;ciation politique ou technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; et les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue vaut pour des textes plus r&#233;cents, comme le passage de &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; (Paul VI) visant les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res. Le N&#176; 61 commen&#231;ait par rappel des principes g&#233;n&#233;raux d'ordre &#233;thique : &#171; Ce qui vaut en &#233;conomie nationale, ce qu'on admet entre pays d&#233;velopp&#233;s, vaut aussi dans les relations commerciales entre pays riches et pays pauvres. Sans abolir le march&#233; de concurrence, il faut le maintenir dans des limites qui le rendent juste et moral, et donc humain &#187;. Puis il proc&#232;de &#224; une analyse : &#171; Dans le commerce entre &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es et sous-d&#233;velopp&#233;es, les situations sont trop disparates et les libert&#233;s r&#233;elles trop in&#233;gales. &#187; Il en d&#233;duisait que &#171; la justice sociale exige que le commerce international, pour &#234;tre humain et moral, r&#233;tablisse entre partenaires au moins une certaine &#233;galit&#233; de chances. Cette derni&#232;re est un but &#224; long terme. Mais pour y parvenir il faut d&#232;s maintenant cr&#233;er une r&#233;elle &#233;galit&#233; dans les discussions et n&#233;gociations. &#187; Il proposait alors : &#171; ici encore des conventions internationales &#224; rayon suffisamment vaste seraient utiles : elles poseraient des normes g&#233;n&#233;rales en vue de r&#233;gulariser certains prix, de garantir certaines productions, de soutenir certaines industries naissantes. Qui ne voit qu'un tel effort commun vers plus de justice dans les relations commerciales entre les peuples apporterait aux pays en voie de d&#233;veloppement une aide positive, dont les effets ne seraient pas seulement imm&#233;diats, mais durables ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe moral &#233;tait donc clair : il est d&#233;sirable que soit encadr&#233; le march&#233; pour le rendre plus juste, moral et humain. Une appr&#233;ciation de la situation conduisait ensuite &#224; recommander un certain type de d&#233;marche dont on estimait que le r&#233;sultat serait positif : un dispositif international, avec r&#233;gularisation de prix et garantie pour certaines productions. L'id&#233;e est bien s&#251;r d&#233;fendable, mais ne s'est pas r&#233;alis&#233;e. On peut d'ailleurs s&#233;rieusement douter qu'elle doit praticable au niveau international, si tant est qu'elle le soit m&#234;me dans une &#233;conomie nationale contr&#244;l&#233;e. Garantir des productions conduit en effet souvent &#224; de la surproduction plus ou moins co&#251;teuse ; et r&#233;gulariser les prix suppose souvent des moyens consid&#233;rables, sans &#234;tre efficace si les mouvements de march&#233; sont trop forts. L&#224; encore le principe moral est peu contestable, en revanche il ne para&#238;t pas que la &#8216;soumission du c&#339;ur et de l'esprit' qu'il requiert s'applique ensuite &#224; l'analyse de fait et aux recommandations subs&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laudato Si et le march&#233; des droits &#224; polluer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple sera donn&#233; par Laudato Si, qui r&#233;cuse avec v&#233;h&#233;mence certaines solutions bas&#233;es sur le march&#233;. On est donc dans l'exemple inverse : il ne s'agit plus de recommander une solution, mais de la r&#233;cuser. Le N&#176; 171 &#233;voque pour le rejeter ce qu'on appelle march&#233; du carbone, qui est la n&#233;gociation sur un march&#233; de droits &#224; &#233;mission de CO2, octroy&#233;s et d&#233;finis par les pouvoir publics. Le ton du texte est vif ; il estime que cela &#171; peut donner lieu &#224; une nouvelle forme de sp&#233;culation, et cela ne servirait pas &#224; r&#233;duire l'&#233;mission globale des gaz polluants. Ce syst&#232;me semble &#234;tre une solution rapide et facile [&#8230;] mais [&#8230;] n'implique, en aucune mani&#232;re, de changement radical &#224; la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un exp&#233;dient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs. &#187; Il para&#238;t toutefois que ce texte manifeste une certaine incompr&#233;hension de ce m&#233;canisme et de ce qu'est un march&#233; en g&#233;n&#233;ral. On peut en effet soutenir que si un tel syst&#232;me est bien construit, il permet de fixer avec plus de pr&#233;cision le niveau d'&#233;mission globalement acceptable, qu'on divise ensuite en quotas et donc en droits, qui sont alors vendus par la puissance publique, tout en laissant au march&#233; le soin d'allouer les quotas ainsi d&#233;finis et leur prix. La principale m&#233;thode alternative, qui est la taxation, fixe a priori un prix ; elle court donc le risque d'&#234;tre trop haute ou trop basse. De m&#234;me une r&#233;glementation. Naturellement on peut aussi soutenir que cette technique est difficile &#224; mettre en &#339;uvre. Mais il est clair que l&#224; aussi si la pr&#233;occupation morale est fond&#233;e, &#224; savoir limiter les &#233;missions &#224; une niveau acceptable sans surconsommation, le jugement n&#233;gatif port&#233; sur cette technique ne para&#238;t pas devoir faire partie du champ du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents exemples me paraissent montrer qu'il y a une limite claire au magist&#232;re, et donc &#224; la soumission exig&#233;e du fid&#232;le, qui est lorsqu'on n'est plus dans le champ de l'exigence morale, mais de la constatation de situation d'abord, de l'analyse technique ensuite, et du choix de solution qui s'en d&#233;duit enfin, on ne peut exiger du fid&#232;le la soumission de la volont&#233; et de l'intelligence qu'implique le magist&#232;re m&#234;me simplement authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait d&#232;s lors utile d'examiner comment cette distinction, relativement plus facile en &#233;conomie, peut s'appliquer au champ politique. Y compris sur des sujets aussi d&#233;licats que la question de la d&#233;mocratie, ou des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article paru dans la revue&lt;/i&gt; 'Sedes Sapientiae' &lt;i&gt;N&#176; 147 mars 2019&lt;/i&gt;, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Que penser de la finance ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Que-penser-de-la-finance.html</link>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la Doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contribution &#224; Aleteia/ Questions de fond.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;conomie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la Doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contribution &#224; Aleteia/ Questions de fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://questions.aleteia.org/articles/140/que-penser-de-la-finance/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://questions.aleteia.org/articl...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entreprises, march&#233; et finance dans 'Laudato si' : une appr&#233;ciation bien n&#233;gative</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Entreprises-marche-et-finance-dans-Laudato-si-une-appreciation-bien-negative.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Laudato Si</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise et entreprise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'encyclique Laudato si du pape Fran&#231;ois est un texte remarquable, porteur de messages essentiels. Notamment le rappel de la responsabilit&#233; majeure que nous avons par rapport &#224; la vie qui nous entoure et aux &#233;quilibres menac&#233;s de notre plan&#232;te, et donc la n&#233;cessaire conversion personnelle et collective. L'urgence de la situation des pauvres. Le besoin d'une vision unifi&#233;e de l'homme et de sa place. En bref l'id&#233;e de maison commune. Les critiques que certains ont pu lui faire sur ce plan et l'id&#233;e qu'il y aurait l&#224; une rupture doctrinale au sein de l'Eglise se trompent donc de cible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant dans ces r&#233;actions un aspect indiscutable, qui est l'appr&#233;ciation que fait l'encyclique de tout ce qui est entreprise, finance et march&#233;. Nous avons relev&#233; les passages de Laudato si qui &#233;voquent ces sujets : ses appr&#233;ciations sont toutes n&#233;gatives et souvent abruptes. Les maux qui sont d&#233;nonc&#233;s sont bien s&#251;r r&#233;els ; mais le texte n'ouvre pas de perspective positive pour ces r&#233;alit&#233;s pourtant essentielles. Voyons cela de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voir aussi :&lt;/i&gt; Intervention au colloque du 17 octobre 2015 de l'Association des &#233;conomistes catholiques sur l'encyclique Laudato si et l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=3w_n29A4_iE&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=3w_...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Laudato-Si-310-+.html" rel="tag"&gt;Laudato Si&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Eglise-et-entreprise-+.html" rel="tag"&gt;Eglise et entreprise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entreprises, march&#233; et finance dans &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt; : une appr&#233;ciation bien n&#233;gative&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'encyclique &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt; du pape Fran&#231;ois est un texte remarquable, porteur de messages essentiels. Notamment le rappel de la responsabilit&#233; majeure que nous avons par rapport &#224; la vie qui nous entoure et aux &#233;quilibres menac&#233;s de notre plan&#232;te, et donc la n&#233;cessaire conversion personnelle et collective. L'urgence de la situation des pauvres. Le besoin d'une vision unifi&#233;e de l'homme et de sa place. En bref l'id&#233;e de maison commune. Les critiques que certains ont pu lui faire sur ces plans, notamment aux Etats-Unis, ainsi que l'id&#233;e qu'il y aurait l&#224; une rupture doctrinale au sein de l'Eglise se trompent donc de cible et devraient plut&#244;t entendre l'appel &#224; ce qui est un v&#233;ritable examen de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant dans ces r&#233;actions un aspect indiscutable, qui est l'appr&#233;ciation n&#233;gative que fait l'encyclique de tout ce qui est entreprise, finance et march&#233;. Le pape Fran&#231;ois ne semble pas beaucoup appr&#233;cier ces r&#233;alit&#233;s, qu'il n'&#233;voque que n&#233;gativement. Nous nous sommes livr&#233;s &#224; un relev&#233; exhaustif des passages de &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt; qui &#233;voquent les entreprises, la finance, le march&#233; ou toute forme de calcul financier : comme on le verra, les appr&#233;ciations qu'elle porte sur leur r&#244;le sont toutes n&#233;gatives et souvent abruptes. Les maux qui sont d&#233;nonc&#233;s &#224; leur sujet sont bien s&#251;r r&#233;els ; mais le texte n'ouvre pas de perspective d'utilisation positive possible de ces r&#233;alit&#233;s pourtant essentielles. Voyons cela de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'intervention toujours malfaisante des entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons d&#233;j&#224; l'intervention &#224; un titre quelconque des entreprises (et surtout des grandes). Au 38 : sur &#171; ces poumons de la plan&#232;te pleins de biodiversit&#233; que sont l'Amazonie et le bassin du fleuve Congo &#187;, il est dit qu'&#171; on ne peut pas non plus ignorer les &#233;normes int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques internationaux qui, sous pr&#233;texte de les sauvegarder, peuvent porter atteinte aux souverainet&#233;s nationales. De fait, il existe &#8216;des propositions d'internationalisation de l'Amazonie, qui servent uniquement des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des corporations transnationales'&#034;. De m&#234;me au 54 &#171; la soumission de la politique &#224; la technologie et aux finances se r&#233;v&#232;le dans l'&#233;chec des Sommets mondiaux sur l'environnement. Il y a trop d'int&#233;r&#234;ts particuliers, et tr&#232;s facilement l'int&#233;r&#234;t &#233;conomique arrive &#224; pr&#233;valoir sur le bien commun et &#224; manipuler l'information pour ne pas voir affect&#233;s ses projets. En ce sens, le Document d'Aparecida r&#233;clame que &#8216;dans les interventions sur les ressources naturelles ne pr&#233;dominent pas les int&#233;r&#234;ts des groupes &#233;conomiques qui ravagent d&#233;raisonnablement les sources de la vie' &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Document d'Aparecida (29 juin 2007).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me encore sur le probl&#232;me de l'eau au 30 : &#171; tandis que la qualit&#233; de l'eau disponible se d&#233;t&#233;riore constamment, il y a une tendance croissante, &#224; certains endroits, &#224; privatiser cette ressource limit&#233;e, transform&#233;e en marchandise sujette aux lois du march&#233;. En r&#233;alit&#233;, l'acc&#232;s &#224; l'eau potable et s&#251;re est un droit humain primordial, fondamental et universel etc. &#187;. Et au 31 : &#171; il est pr&#233;visible que le contr&#244;le de l'eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l'une des principales sources de conflits de ce si&#232;cle &#187;. Et le seul moyen d'action &#233;voqu&#233; sur les entreprises est la pression - comme dit le 206 dont nous reparlerons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur action &#233;crase les petits producteurs : au 129, &#171; les &#233;conomies d'&#233;chelle, sp&#233;cialement dans le secteur agricole, finissent par forcer les petits agriculteurs &#224; vendre leurs terres ou &#224; abandonner leurs cultures traditionnelles. Les tentatives de certains pour d&#233;velopper d'autres formes de production plus diversifi&#233;es finissent par &#234;tre vaines en raison des difficult&#233;s pour entrer sur les march&#233;s r&#233;gionaux et globaux, ou parce que l'infrastructure de vente et de transport est au service des grandes entreprises. &#187; Et cela peut m&#234;me devenir mafieux. Ainsi au 197 &#171; si l'&#201;tat ne joue pas son r&#244;le dans une r&#233;gion, certains groupes &#233;conomiques peuvent appara&#238;tre comme des bienfaiteurs et s'approprier le pouvoir r&#233;el, se sentant autoris&#233;s &#224; ne pas respecter certaines normes, jusqu'&#224; donner lieu &#224; diverses formes de criminalit&#233; organis&#233;e, de traite de personnes, de narcotrafic, et de violence, tr&#232;s difficiles &#224; &#233;radiquer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question ne peut que fuser : tout cela existe bien s&#251;r, et comment ! Mais l'entreprise se r&#233;duit-elle vraiment &#224; cela ? Si elle existe c'est qu'elle a d'abord une fonction positive, &#224; laquelle il faut absolument faire appel pour corriger ces d&#233;viations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'emprise pernicieuse de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de la finance. D&#232;s que le mot appara&#238;t c'est pour d&#233;noncer son influence nocive. Au 34, portant sur les efforts des scientifiques et des techniciens, &#171; louables et parfois admirables &#187; on note que &#171; ce niveau d'intervention humaine, fr&#233;quemment au service des finances et du consum&#233;risme, fait que la terre o&#249; nous vivons devient en r&#233;alit&#233; moins riche et moins belle etc. &#187; Ou au 57 : &#171; une plus grande attention est requise de la part de la politique pour pr&#233;venir et pour s'attaquer aux causes qui peuvent provoquer de nouveaux conflits. Mais c'est le pouvoir li&#233; aux secteurs financiers qui r&#233;siste le plus &#224; cet effort. &#187; Et d'ailleurs (au 109) &#171; les finances &#233;touffent l'&#233;conomie r&#233;elle. Les le&#231;ons de la crise financi&#232;re mondiale n'ont pas &#233;t&#233; retenues, et on prend en compte les le&#231;ons de la d&#233;t&#233;rioration de l'environnement avec beaucoup de lenteur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, au 189 une analyse &#224; l'emporte-pi&#232;ce en blanc et noir : &#171; sauver les banques &#224; tout prix, en en faisant payer le prix &#224; la population, sans la ferme d&#233;cision de revoir et de r&#233;former le syst&#232;me dans son ensemble, r&#233;affirme une emprise absolue des finances qui n'a pas d'avenir et qui pourra seulement g&#233;n&#233;rer de nouvelles crises apr&#232;s une longue, co&#251;teuse et apparente gu&#233;rison. La crise financi&#232;re de 2007-2008 &#233;tait une occasion pour le d&#233;veloppement d'une nouvelle &#233;conomie plus attentive aux principes &#233;thiques, et pour une nouvelle r&#233;gulation de l'activit&#233; financi&#232;re sp&#233;culative et de la richesse fictive. Mais il n'y a pas eu de r&#233;action qui aurait conduit &#224; repenser les crit&#232;res obsol&#232;tes qui continuent &#224; r&#233;gir le monde. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte poursuit, d'une fa&#231;on elliptique qui aurait m&#233;rit&#233; un peu plus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'analyse de la crise est pour le moins simplifi&#233;e. Oui pour l'&#233;thique, mais peut-on dire qu'il n'y a pas eu de nouvelle r&#233;gulation ? Et peut-on tout ramener &#224; une entit&#233; unique, la finance, sans plus de proc&#232;s ? Y a-t-il une bonne finance ? Laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Haro sur le march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci a une influence majeure sur le d&#233;bat collectif. Cela vise d'abord le march&#233;. Le pape d&#233;nonce &#224; raison l'exaltation du march&#233;, mais il tend &#224; le concevoir comme une entit&#233; en soi, sans en analyser la nature. Au 56 : &#171; pendant ce temps, les pouvoirs &#233;conomiques continuent de justifier le syst&#232;me mondial actuel, o&#249; priment une sp&#233;culation et une recherche du revenu financier qui tendent &#224; ignorer tout contexte, de m&#234;me que les effets sur la dignit&#233; humaine et sur l'environnement. &#8230; Voil&#224; pourquoi aujourd'hui &#8216;tout ce qui est fragile, comme l'environnement, reste sans d&#233;fense par rapport aux int&#233;r&#234;ts du march&#233; divinis&#233;, transform&#233;s en r&#232;gle absolue' &#187; [Evangelii gaudium]. Sachant que, au 203, &#171; &#233;tant donn&#233; que le march&#233; tend &#224; cr&#233;er un m&#233;canisme consum&#233;riste compulsif pour placer ses produits, les personnes finissent par &#234;tre submerg&#233;es, dans une spirale d'achats et de d&#233;penses inutiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les solutions bas&#233;es sur le march&#233; sont d&#232;s lors r&#233;cus&#233;es radicalement et sans vraie explication ; au 171 le pape juge que &#171; la strat&#233;gie d'achat et de vente de &#8220;cr&#233;dits de carbone&#8221; peut donner lieu &#224; une nouvelle forme de sp&#233;culation, et cela ne servirait pas &#224; r&#233;duire l'&#233;mission globale des gaz polluants. Ce syst&#232;me semble &#234;tre une solution rapide et facile, sous l'apparence d'un certain engagement pour l'environnement, mais qui n'implique, en aucune mani&#232;re, de changement radical &#224; la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un exp&#233;dient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs. &#187; C'est pourtant un dispositif recommand&#233; par bien des artisans r&#233;solus d'une action sur le climat. Il aurait donc m&#233;rit&#233; un peu plus d'attention. Et pourquoi favoriserait-il la surconsommation ? Cela d&#233;pend &#233;videmment du r&#233;glage, or il est &#224; la main des Etats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; commence par la mani&#232;re m&#234;me dont l'encyclique voit implicitement l'&#233;conomie fonctionner, et notamment le r&#244;le r&#233;el du march&#233;. Un passage est int&#233;ressant &#224; ce point de vue, le 206 (je mets en italiques les mots caract&#233;ristiques) : &#171; un changement dans les styles de vie pourrait r&#233;ussir &#224; exercer une &lt;i&gt;pression&lt;/i&gt; saine sur ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir politique, &#233;conomique et social. C'est ce qui arrive quand les mouvements de consommateurs obtiennent qu'on n'ach&#232;te plus certains produits, et deviennent ainsi efficaces pour modifier le comportement des entreprises, en les &lt;i&gt;for&#231;ant&lt;/i&gt; &#224; consid&#233;rer l'impact environnemental et les mod&#232;les de production. C'est un fait, quand les habitudes de la soci&#233;t&#233; affectent le gain des entreprises, celles-ci se trouvent &lt;i&gt;contraintes&lt;/i&gt; &#224; produire autrement. &#187; On fait pression, on force, on contraint. La r&#233;alit&#233; est qu'un changement de ce genre a simplement fait jouer le march&#233;, dont c'est pr&#233;cis&#233;ment le r&#244;le de transmettre les &#233;volutions des pr&#233;f&#233;rences des consommateurs, sans qu'il faille n&#233;cessairement voir cela comme une violence exerc&#233;e sur des entreprises naturellement mal orient&#233;es moralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et sur le calcul financier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, c'est le calcul financier qui est mis en cause. Au 190 le texte rappelle qu' &#171; il faut toujours se rappeler que &#8216;la protection de l'environnement ne peut pas &#234;tre assur&#233;e uniquement en fonction du calcul financier des co&#251;ts et des b&#233;n&#233;fices. &#187; Puis il affirme que &#171; l'environnement fait partie de ces biens que les m&#233;canismes du march&#233; ne sont pas en mesure de d&#233;fendre ou de promouvoir de fa&#231;on ad&#233;quate' &#187;. A eux seuls certes, mais peuvent-ils concourir ? Non, dit l'encyclique parce que &#171; une fois de plus, il faut &#233;viter une conception magique du march&#233; qui fait penser que les probl&#232;mes se r&#233;soudront tous seuls par l'accroissement des b&#233;n&#233;fices des entreprises ou des individus. Est-il r&#233;aliste d'esp&#233;rer que celui qui a l'obsession du b&#233;n&#233;fice maximum s'attarde &#224; penser aux effets environnementaux qu'il laissera aux prochaines g&#233;n&#233;rations ? Dans le sch&#233;ma du gain il n'y a pas de place pour penser aux rythmes de la nature, &#224; ses p&#233;riodes de d&#233;gradation et de r&#233;g&#233;n&#233;ration, ni &#224; la complexit&#233; des &#233;cosyst&#232;mes qui peuvent &#234;tre gravement alt&#233;r&#233;s par l'intervention humaine. &#187;. Pas de place : la chose est entendue, en une phrase. Il est impossible au march&#233; et au calcul financier d'int&#233;grer quoi que ce soit sur ces donn&#233;es. On remarquera notamment l'identification totale faite ainsi entre le calcul financier en soi et la recherche du profit imm&#233;diat maximal. Et pourtant dit le 191, &#171; si nous ne souffrons pas d'&#233;troitesse de vue, nous pouvons d&#233;couvrir que la diversification d'une production plus innovante, et ce avec un moindre impact sur l'environnement, peut &#234;tre tr&#232;s rentable. &#187; Mais si c'est rentable cela doit pouvoir &#234;tre int&#233;gr&#233; dans le calcul. Fort heureusement, car on con&#231;oit mal un syst&#232;me &#233;conomique sans calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant, dit le 194, que &#171; dans ce cadre, le discours de la croissance durable devient souvent un moyen de distraction et de justification qui enferme les valeurs du discours &#233;cologique dans la logique des finances et de la technocratie ; la responsabilit&#233; sociale et environnementale des entreprises se r&#233;duit d'ordinaire &#224; une s&#233;rie d'actions de marketing et d'image. &#187; &#8216;Se r&#233;duit' : cela laisserait penser qu'il pourrait en &#234;tre autrement. Non nous dit le texte car, &#224; nouveau, au 195, &#171; le principe de la maximalisation du gain, qui tend &#224; s'isoler de toute autre consid&#233;ration, est une distorsion conceptuelle de l'&#233;conomie : si la production augmente, il importe peu que cela se fasse au prix des ressources futures ou de la sant&#233; de l'environnement ; si l'exploitation d'une for&#234;t fait augmenter la production, personne ne mesure dans ce calcul la perte qu'impliquent la d&#233;sertification du territoire, le dommage caus&#233; &#224; la biodiversit&#233; ou l'augmentation de la pollution. Cela veut dire que les entreprises obtiennent des profits en calculant et en payant une part infime des co&#251;ts. Seul pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;thique un comportement dans lequel &#8216;les co&#251;ts &#233;conomiques et sociaux d&#233;rivant de l'usage des ressources naturelles communes soient &#233;tablis de fa&#231;on transparente et soient enti&#232;rement support&#233;s par ceux qui en jouissent et non par les autres populations ou par les g&#233;n&#233;rations futures' &#187; [&lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;]. C'est donc que ce calcul est possible. Ce n'est donc pas le calcul (financier) qui est ici en cause, mais ses modalit&#233;s. Ce qui d&#233;pend largement des r&#232;gles en vigueur, et des priorit&#233;s des agents concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les perspectives ouvertes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur notre sujet, la seule phrase positive du texte m&#234;me se trouve au 109. Elle est tr&#232;s g&#233;n&#233;rale : &#171; l'activit&#233; d'entreprise, qui est une vocation noble orient&#233;e &#224; produire de la richesse et &#224; am&#233;liorer le monde pour tous, peut &#234;tre une mani&#232;re tr&#232;s f&#233;conde de promouvoir la r&#233;gion o&#249; elle installe ses projets ; surtout si on comprend que la cr&#233;ation de postes de travail est une partie incontournable de son service du bien commun. &#187; Mais en fait elle vise surtout les petits producteurs, comme le montre la phrase qui pr&#233;c&#232;de : &#171; Pour qu'il y ait une libert&#233; &#233;conomique dont tous puissent effectivement b&#233;n&#233;ficier, il peut parfois &#234;tre n&#233;cessaire de mettre des limites &#224; ceux qui ont plus de moyens et de pouvoir financier. Une libert&#233; &#233;conomique seulement d&#233;clam&#233;e, tandis que les conditions r&#233;elles emp&#234;chent beaucoup de pouvoir y acc&#233;der concr&#232;tement et que l'acc&#232;s au travail se d&#233;t&#233;riore, devient un discours contradictoire qui d&#233;shonore la politique. L'activit&#233; d'entreprise etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fait, in extremis, dans la pri&#232;re, que se trouve le seul &#233;l&#233;ment constructif pour notre propos, sous la forme d'un appel. Au 244, dans la Pri&#232;re chr&#233;tienne avec la cr&#233;ation, le pape nous invite &#224; demander au Seigneur qu'Il &#171; illumine les d&#233;tenteurs du pouvoir et de l'argent pour qu'ils se gardent du p&#233;ch&#233; de l'indiff&#233;rence, aiment le bien commun, promeuvent les faibles, et prennent soin de ce monde que nous habitons. &#187; Ce qui est tr&#232;s important. Cela suppose que ces d&#233;tenteurs pourraient faire du bien&#8230; mais ce n'est pas dit dans le texte, ni comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit mieux le probl&#232;me en examinant ce que propose concr&#232;tement l'encyclique. Elle &#233;voque bien entendu des actions &#233;cologiques multiples (r&#233;duction des &#233;missions, politique de l'eau, protection des esp&#232;ces, lutte contre la pollution, recyclage etc.), sans entrer d'ailleurs dans le d&#233;tail ce qui est logique. Au niveau des moyens, elle insiste justement sur la recherche et surtout sur l'analyse minutieuse de chaque projet comme des questions d'ensemble, de fa&#231;on interdisciplinaire, avec consultation extensive des populations et communaut&#233;s concern&#233;es. Mais on l'a vu il est r&#233;guli&#232;rement r&#233;p&#233;t&#233; que l'analyse financi&#232;re ou technique classique est insuffisante et par l&#224; trompeuse car ses crit&#232;res sont trop &#233;troits et biais&#233;s puisque des dimensions essentielles ne sont pas prises en compte. Et si cette insuffisance vaut aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les entreprises ou le march&#233;, sauf que dans le deuxi&#232;me cas elle est jug&#233;e incorrigible &#8211; si ce n'est par pression ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De grands espoirs sont en revanche mis par le pape dans une &#233;volution culturelle en profondeur affectant l'ensemble des comportements, et se traduisant d'abord et surtout au niveau des bases, des individus et surtout des petites communaut&#233;s, notamment marginales. Il y a dans l'encyclique une confiance ardente dans l'action de ces communaut&#233;s et initiatives, notamment venant des marges. Le tout doit &#234;tre au service d'une conception radicalement renouvel&#233;e, aboutissant au fond &#224; &#8216;red&#233;finir le progr&#232;s' &#8211; ce qui est pr&#233;sent&#233; comme allant au-del&#224; du d&#233;veloppement durable. Ce qui est bien s&#251;r juste en soi et constitue l'appel le plus important de l'encyclique. Comme tel il nous touche tous. Cela doit se traduire ensuite, dit notre texte, au niveau des politiques publiques, car elles ont malgr&#233; leurs limites et d&#233;faillances un r&#244;le indispensable, notamment en termes de coordination d'ensemble, de r&#233;glementation et d'interdiction, et surtout pour toute l'action internationale, jug&#233;e essentielle tant en termes de solidarit&#233; que de r&#232;gles communes. Ce qui est peu douteux. S'agissant en revanche des entreprises et du march&#233;, la pression doit s'exercer comme on l'a vu - mais sur la base d'un pur rapport de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe donc comme si tout &#233;tait attendu exclusivement de la transformation de la vision et de l'action au niveau de l'homme ordinaire, notamment des plus pauvres, se traduisant d'abord par des initiatives directes, et ensuite au niveau politique. Mais les m&#233;canismes de l'&#233;conomie eux sont consid&#233;r&#233;s dangereux, parcellaires, mal orient&#233;s et &#233;chappant &#224; toute utilisation alternative. Pourtant rien ne prouve que les pauvres, ou plus g&#233;n&#233;ralement l'homme ordinaire, soient toujours bien orient&#233;s par rapport aux exigences &#233;cologiques, tant s'en faut, encore moins que le salut ne viendra que d'eux. Inversement rien ne prouve que les entreprises, le march&#233; et la finance, et leurs responsables soient &#224; ce point irr&#233;cup&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donner une place &#224; l'entreprise et au march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici la pri&#232;re que nous avons cit&#233;e qui donne une clef essentielle : comme elle le dit, beaucoup d&#233;pend effectivement des &#171; d&#233;tenteurs du pouvoir et de l'argent &#187; (ce qui d'ailleurs ne se limite &#224; mon sens pas aux puissants de ce monde, mais nous concerne presque tous, au moins dans les pays avanc&#233;s) ; les valeurs et priorit&#233;s qui les animent sont donc un enjeu essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet nous sommes dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e, pour l'essentiel anim&#233;e par des entreprises, elles-m&#234;mes op&#233;rant dans un cadre r&#233;gul&#233;. En soi rappelons-le c'est un bien essentiel. Cela r&#233;sulte directement de l'autonomie de la personne humaine et de sa capacit&#233; cr&#233;atrice. Cela a d'ailleurs permis une am&#233;lioration sensible de la vie au moins mat&#233;rielle de la majorit&#233; de l'humanit&#233;. Que de fait, soit sous l'influence d'id&#233;ologies erron&#233;es, soit par app&#226;t du gain ou volont&#233; de puissance, soit pas mauvaise r&#233;gulation, cela d&#233;bouche tr&#232;s souvent et de ce fait massivement sur les maux d&#233;nonc&#233;s par le pape est incontestable. Mais l'entreprise, le march&#233; ou la finance, fruits de l'initiative cr&#233;ative des personnes puis de leur confrontation active, ne se r&#233;duisent pas &#224; ces maux, et certainement pas par nature. En outre, si on ne rend pas compte de la contribution d&#233;j&#224; existante, qui est r&#233;elle et consid&#233;rable, et surtout de la contribution possible de ces r&#233;alit&#233;s essentielles et incontournables, et si on le leur donne pas un horizon d'am&#233;lioration et de transformation, on ne peut esp&#233;rer une v&#233;ritable am&#233;lioration de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me pour la finance ou le calcul : s'il fallait r&#233;cuser toute possibilit&#233; pour les entreprises et pour la finance d'int&#233;grer d'autres &#233;l&#233;ments que le calcul brutal de l'int&#233;r&#234;t mon&#233;taire maximal recherch&#233; par tous les moyens et &#224; tr&#232;s court terme, ce serait au fond d&#233;sesp&#233;rant. Car cela voudrait dire que l'essentiel de ce qui sur la plan&#232;te compte &#233;conomiquement est &lt;i&gt;intrins&#232;quement&lt;/i&gt; mal orient&#233;. Comment alors les remplacer, et par quoi ? Des communaut&#233;s de voisinage autog&#233;r&#233;es et pratiquant le troc ? Mais en fait cela repose sur un postulat exag&#233;r&#233;ment pessimiste : il n'est pas &#233;voqu&#233; l'id&#233;e que ces r&#233;alit&#233;s ne se limitent pas &#224; l'app&#226;t imm&#233;diat du gain, encore moins qu'elles puissent avoir des objectifs renouvel&#233;s et plus &#233;labor&#233;s. Ni qu'un march&#233; soit la confrontation d'&#234;tres humains, ayant leurs priorit&#233;s, selon des r&#232;gles l'organisant, et que son r&#233;sultat variera selon ces priorit&#233;s et ces r&#232;gles, comme le notait justement &lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;. Or les dirigeants de ces entreprises et leurs propri&#233;taires (notamment sur le march&#233; financier, c'est-&#224;-dire en derni&#232;re analyse, &#224; travers la gestion collective, la plupart des gens) sont des &#234;tres humains et ne sont pas par nature ferm&#233;s &#224; toute consid&#233;ration autre que de pur gain imm&#233;diat. La conversion demand&#233;e &#224; tous n'est certes pas facile, mais elle vaut pour eux aussi, et cela nous vise tous en tant qu'&#233;pargnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, tant par modification des priorit&#233;s personnelles et soci&#233;tales que par une organisation et une r&#233;glementation collective diff&#233;rentes, les entreprises et les march&#233;s peuvent int&#233;grer d'autres perspectives et d'autres donn&#233;es, d'o&#249; peut et doit d&#233;couler une utilisation diff&#233;rente de m&#233;canismes &#233;conomiques essentiels et incontournables comme la libert&#233; d'entreprendre, la formation des prix, l'expression des pr&#233;f&#233;rences sur le march&#233;, le calcul m&#234;me&#8230; Voire les modalit&#233;s de recherche d'un juste profit, qui apr&#232;s tout ne fait que traduire le fait qu'on a consomm&#233; moins qu'on n'a produit : il faut int&#233;grer dans cette consid&#233;ration le long terme et les ressources rares, oui bien s&#251;r, mais sans renoncer &#224; des outils aussi utiles, et &#224; des r&#233;alit&#233;s sociales aussi fondamentales. C'est ce qu'il nous incombe de d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voir aussi :&lt;/i&gt; Intervention au colloque du 17 octobre 2015 de l'Association des &#233;conomistes catholiques sur l'encyclique Laudato si et l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=3w_n29A4_iE&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=3w_...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Document d'Aparecida (29 juin 2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte poursuit, d'une fa&#231;on elliptique qui aurait m&#233;rit&#233; un peu plus de pr&#233;cisions pour &#234;tre vraiment clair : &#171; La production n'est pas toujours rationnelle, et souvent elle est li&#233;e &#224; des variables &#233;conomiques qui fixent pour les produits une valeur qui ne correspond pas &#224; leur valeur r&#233;elle. Cela conduit souvent &#224; la surproduction de certaines marchandises, avec un impact inutile sur l'environnement qui, en m&#234;me temps, porte pr&#233;judice &#224; de nombreuses &#233;conomies r&#233;gionales [citation d'un texte de l'&#233;piscopat mexicain]. La bulle financi&#232;re est aussi, en g&#233;n&#233;ral, une bulle productive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le pape Fran&#231;ois et la finance : la r&#233;volution ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-la-finance-la-revolution.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-la-finance-la-revolution.html</guid>
		<dc:date>2014-04-07T08:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Evangelii Gaudium</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les d&#233;clarations &#233;nergiques du pape Fran&#231;ois n'ont pas &#233;pargn&#233; l'&#233;conomie mondialis&#233;e, la finance et le r&#232;gne de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r il retrouve l&#224;, avec encore plus de vigueur, un th&#232;me constant de la Doctrine sociale, qui, &#224; la suite des Evangiles, a toujours d&#233;nonc&#233; le pouvoir de fascination de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme dans d'autres domaines, certains lui trouvent des accents nouveaux, une forme de tournant &#8216;proph&#233;tique'. Qu'en est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'idol&#226;trie de l'argent, fait explicatif premier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans Evangelii Gaudium, le pape d&#233;nonce comme on sait une &#171; &#233;conomie de l'exclusion et de la disparit&#233; sociale &#187;, qui rel&#232;gue la personne en dehors, comme un d&#233;chet : &#171; 53. Aujourd'hui, tout entre dans le jeu de la comp&#233;titivit&#233; et de la loi du plus fort, o&#249; le puissant mange le plus faible. [&#8230;] On consid&#232;re l'&#234;tre humain en lui-m&#234;me comme un bien de consommation, qu'on peut utiliser et ensuite jeter. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; cette situation les b&#233;n&#233;ficiaires du syst&#232;me (nous tous en un sens) cultivent dit-il deux attitudes. L'une est id&#233;ologique : l'id&#233;e qu'un m&#233;canisme automatique fasse b&#233;n&#233;ficier les pauvres de la croissance &#233;conomique sans effort ni mesure particuliers. Le pape conteste frontalement l'affirmation : &#171; 54. Certains d&#233;fendent encore les th&#233;ories de la &#8216;retomb&#233;e favorable', qui supposent que chaque croissance &#233;conomique, favoris&#233;e par le libre march&#233;, r&#233;ussit &#224; produire en soi une plus grande &#233;quit&#233; et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n'a jamais &#233;t&#233; confirm&#233;e par les faits, exprime une confiance grossi&#232;re et na&#239;ve dans la bont&#233; de ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir &#233;conomique et dans les m&#233;canismes sacralis&#233;s du syst&#232;me &#233;conomique dominant. En m&#234;me temps, les exclus continuent &#224; attendre. &#187; cela a permis de se blinder int&#233;rieurement contre toute compassion : &#171; pour pouvoir soutenir un style de vie qui exclut les autres, ou pour pouvoir s'enthousiasmer avec cet id&#233;al &#233;go&#239;ste, on a d&#233;velopp&#233; une mondialisation de l'indiff&#233;rence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Une &#171; nouvelle idol&#226;trie de l'argent &#187; est directement mise en cause. &#171; 55. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons &#233;tablie avec l'argent, puisque nous acceptons paisiblement sa pr&#233;dominance sur nous et sur nos soci&#233;t&#233;s. [&#8230;] La crise mondiale qui investit la finance et l'&#233;conomie manifeste ses propres d&#233;s&#233;quilibres et, par-dessus tout, l'absence grave d'une orientation anthropologique qui r&#233;duit l'&#234;tre humain &#224; un seul de ses besoins : la consommation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une id&#233;ologie de l'autonomie absolue du march&#233;, refusant tout contr&#244;le, et source d'une in&#233;galit&#233; galopante : &#171; 56. Alors que les gains d'un petit nombre s'accroissent exponentiellement, ceux de la majorit&#233; se situent d'une fa&#231;on toujours plus &#233;loign&#233;e du bien-&#234;tre de cette heureuse minorit&#233;. Ce d&#233;s&#233;quilibre proc&#232;de d'id&#233;ologies qui d&#233;fendent l'autonomie absolue des march&#233;s et la sp&#233;culation financi&#232;re. Par cons&#233;quent, ils nient le droit de contr&#244;le des &#201;tats charg&#233;s de veiller &#224; la pr&#233;servation du bien commun. [&#8230;] S'ajoutent &#224; tout cela une corruption ramifi&#233;e et une &#233;vasion fiscale &#233;go&#239;ste qui ont atteint des dimensions mondiales. L'app&#233;tit du pouvoir et de l'avoir ne conna&#238;t pas de limites. Dans ce syst&#232;me, qui tend &#224; tout phagocyter dans le but d'accro&#238;tre les b&#233;n&#233;fices, tout ce qui est fragile, comme l'environnement, reste sans d&#233;fense par rapport aux int&#233;r&#234;ts du march&#233; divinis&#233;, transform&#233;s en r&#232;gle absolue. &#187; Corr&#233;lativement on r&#233;cuse toute r&#233;f&#233;rence &#233;thique : &#171; 57. Derri&#232;re ce comportement se cachent le refus de l'&#233;thique et le refus de Dieu. Habituellement, on regarde l'&#233;thique avec un certain m&#233;pris narquois. On la consid&#232;re contre-productive, trop humaine, parce qu'elle relativise l'argent et le pouvoir. On la per&#231;oit comme une menace, puisqu'elle condamne la manipulation et la d&#233;gradation de la personne. &#187; Le pape en appelle d&#232;s lors &#224; la fois aux gouvernants et aux responsables &#233;conomiques, pour une r&#233;forme &#233;thique : &#171; 58. Une r&#233;forme financi&#232;re qui n'ignore pas l'&#233;thique demanderait un changement vigoureux d'attitude de la part des dirigeants politiques, que j'exhorte &#224; affronter ce d&#233;fi avec d&#233;termination et avec clairvoyance, sans ignorer, naturellement, la sp&#233;cificit&#233; de chaque contexte. L'argent doit servir et non pas gouverner ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous retrouvons ces th&#232;mes dans les nombreuses occasions dans lesquelles le pape a pris la parole pendant sa premi&#232;re ann&#233;e de pontificat. Outre que &#171; l'avidit&#233; de l'argent est de fait la racine de tous les maux &#187; il peut dit-il faire perdre la foi. Il fait notamment un lien direct entre l'argent, l'orgueil et l'idol&#226;trie car dit-il c'est d'abord d'un p&#233;ch&#233; d'idol&#226;trie qu'il s'agit, plus encore que d'avidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape consid&#232;re donc que le d&#233;placement idol&#226;trique a pris une proposition syst&#233;mique et constitue une sorte de culture commune, une structure de p&#233;ch&#233;. Mais un &#233;l&#233;ment nouveau est sans doute ici la d&#233;nonciation directe du r&#244;le d'une certaine id&#233;ologie de l'autonomie absolue du march&#233; et de ses effets automatiquement b&#233;n&#233;fiques. Ceci dit il ne souhaite pas d&#233;velopper dans ce texte la dimension &#233;conomique du ph&#233;nom&#232;ne : &#171; 184. Ceci n'est pas un document social, et pour r&#233;fl&#233;chir sur ces th&#233;matiques diff&#233;rentes nous disposons d'un instrument tr&#232;s adapt&#233; dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'&#201;glise, dont je recommande vivement l'utilisation et l'&#233;tude. En outre, ni le Pape, ni l'&#201;glise ne poss&#232;dent le monopole de l'interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233; sociale ou de la proposition de solutions aux probl&#232;mes contemporains. &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'int&#233;gration sociale des pauvres et le besoin d'une autre politique &lt;br class='autobr' /&gt;
Une des cons&#233;quences de ce qui pr&#233;c&#232;de vise la conversion personnelle. Ceci s'enracine bien entendu dans la Doctrine sociale, qui souligne le r&#244;le des propri&#233;taires. &#171; 189. La solidarit&#233; est une r&#233;action spontan&#233;e de celui qui reconna&#238;t la fonction sociale de la propri&#233;t&#233; et la destination universelle des biens comme r&#233;alit&#233;s ant&#233;rieures &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. La possession priv&#233;e des biens se justifie pour les garder et les accro&#238;tre de mani&#232;re &#224; ce qu'ils servent mieux le bien commun, c'est pourquoi la solidarit&#233; doit &#234;tre v&#233;cue comme la d&#233;cision de rendre au pauvre ce qui lui revient. &#187; Plus encore &#171; un changement des structures qui ne g&#233;n&#232;re pas de nouvelles convictions et attitudes fera que ces m&#234;mes structures t&#244;t ou tard deviendront corrompues, pesantes et inefficaces. &#187; Cela concerne donc chacun de nous : &#171; 201. Personne ne devrait dire qu'il se maintient loin des pauvres parce que ses choix de vie lui font porter davantage d'attention &#224; d'autres t&#226;ches [&#8230;] personne ne peut se sentir exempt&#233; de la pr&#233;occupation pour les pauvres et pour la justice sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention : il ne s'agit pas d'une simple assistance, de &#8216;charit&#233;' personnelle ; et le pape en appelle assez vite &#224; &#224; la dimension collective, pour lui essentielle. &#171; 188 Le mot &#8216;solidarit&#233;' est un peu us&#233; et, parfois, on l'interpr&#232;te mal, mais il d&#233;signe beaucoup plus que quelques actes sporadiques de g&#233;n&#233;rosit&#233;. Il demande de cr&#233;er une nouvelle mentalit&#233; qui pense en termes de communaut&#233;, de priorit&#233; de la vie de tous sur l'appropriation des biens par quelques-uns. &#187; D&#232;s lors&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 202. [&#8230;] Les plans d'assistance qui font face &#224; certaines urgences devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s seulement comme des r&#233;ponses provisoires. Tant que ne seront pas r&#233;solus radicalement les probl&#232;mes des pauvres, en renon&#231;ant &#224; l'autonomie absolue des march&#233;s et de la sp&#233;culation financi&#232;re, et en attaquant les causes structurelles de la disparit&#233; sociale, les probl&#232;mes du monde ne seront pas r&#233;solus, ni en d&#233;finitive aucun probl&#232;me. &#187; Le niveau collectif est donc clef. On va voir plus pr&#233;cis&#233;ment comment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une autre politique, visant la paix et le dialogue social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en d&#233;finitive de revoir toute la logique de la politique &#233;conomique &#171; 203. La dignit&#233; de chaque personne humaine et le bien commun sont des questions qui devraient structurer toute la politique &#233;conomique. &#187; C'est un changement profond d'orientation qu'il faut op&#233;rer : &#171; Beaucoup de paroles d&#233;rangent dans ce syst&#232;me ! C'est g&#234;nant de parler d'&#233;thique, c'est g&#234;nant de parler de solidarit&#233; mondiale, c'est g&#234;nant de parler de distribution des biens, c'est g&#234;nant de parler de d&#233;fendre les emplois, c'est g&#234;nant de parler de la dignit&#233; des faibles, c'est g&#234;nant de parler d'un Dieu qui exige un engagement pour la justice. &#187; Ceci vaut aussi au niveau des entrepreneurs (dont c'est la seule mention dans le texte) : &#171; la vocation d'entrepreneur est un noble travail, il doit se laisser toujours interroger par un sens plus large de la vie ; ceci lui permet de servir vraiment le bien commun, par ses efforts de multiplier et rendre plus accessibles &#224; tous les biens de ce monde. &#187; Mais le fait central est que &#171; 204 nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du march&#233;. La croissance dans l'&#233;quit&#233; exige quelque chose de plus que la croissance &#233;conomique, bien qu'elle la suppose ; elle demande des d&#233;cisions, des programmes, des m&#233;canismes et des processus sp&#233;cifiquement orient&#233;s vers une meilleure distribution des revenus, la cr&#233;ation d'opportunit&#233;s d'emplois, une promotion int&#233;grale des pauvres qui d&#233;passe le simple assistanat. Loin de moi la proposition d'un populisme irresponsable, mais l'&#233;conomie ne peut plus recourir &#224; des rem&#232;des qui sont un nouveau venin, comme lorsqu'on pr&#233;tend augmenter la rentabilit&#233; en r&#233;duisant le march&#233; du travail, mais en cr&#233;ant de cette fa&#231;on de nouveaux exclus. &#187; Cela s'&#233;tend, au-del&#224; des besoins de base, &#224; l'acc&#232;s au travail - et au salaire qu'il permet de recevoir : &#171; 192. Nous ne parlons pas seulement d'assurer &#224; tous la nourriture, ou une &#8216;subsistance d&#233;cente', mais que tous connaissent &#8216;la prosp&#233;rit&#233; dans ses multiples aspects'. Ceci implique &#233;ducation, acc&#232;s &#224; l'assistance sanitaire, et surtout au travail, parce que dans le travail libre, cr&#233;atif, participatif et solidaire, l'&#234;tre humain exprime et accro&#238;t la dignit&#233; de sa vie. Le salaire juste permet l'acc&#232;s ad&#233;quat aux autres biens qui sont destin&#233;s &#224; l'usage commun. &#187; Les m&#234;mes th&#232;mes affleurent dans ses interventions diverses pendant l'ann&#233;e. Il y affirme notamment que &#171; pendant que les revenus d'une minorit&#233; croit de fa&#231;on exponentielle, celui de la majorit&#233; baisse. Ce d&#233;s&#233;quilibre r&#233;sulte d'id&#233;ologies qui promeuvent l'autonomie absolue des march&#233;s et la sp&#233;culation financi&#232;re, niant ainsi le droit de contr&#244;le des Etats en charge de promouvoir le bien commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; son appel vibrant au politique : &#171; 205 La politique tant d&#233;nigr&#233;e, est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun. Nous devons nous convaincre que la charit&#233; &#8216;est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais &#233;galement des macro-relations : rapports sociaux, &#233;conomiques, politiques'. [&#8230;] Il est indispensable que les gouvernants et le pouvoir financier l&#232;vent les yeux et &#233;largissent leurs perspectives, qu'ils fassent en sorte que tous les citoyens aient un travail digne, une instruction et une assistance sanitaire. &#187; Car en d&#233;finitive &#171; 240 il revient &#224; l'&#201;tat de prendre soin et de promouvoir le bien commun de la soci&#233;t&#233;. Sur la base des principes de subsidiarit&#233; et de solidarit&#233;, et dans un grand effort de dialogue politique et de cr&#233;ation de consensus, il joue un r&#244;le fondamental, qui ne peut &#234;tre d&#233;l&#233;gu&#233;, dans la recherche du d&#233;veloppement int&#233;gral de tous. &#187; Cet appel au politique retrouve d'ailleurs un th&#232;me tr&#232;s cher au pape, mais peu visible dans ce texte : celui de la nation, sur laquelle il a des accents tr&#232;s forts dans d'autres documents d'avant son &#233;lection, qui ne sont pas sans rappeler Jean-Paul II - notamment ses recueils d'hom&#233;lies parues en Argentine sur ce th&#232;me. L'opposition entre patriotisme et argent apatride est comme on sait un th&#232;me classique et ancien. Le pape le traite sans aucune x&#233;nophobie ; mais pour lui la nation est &#224; l'&#233;vidence le lieu majeur de l'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;El&#233;ments d'analyse : conversion ou social-d&#233;mocratie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'on peut croire, il n'est pas facile de situer la pens&#233;e du pape Fran&#231;ois, et ce texte par ailleurs clair n'y &#233;chappe pas. Le contexte nous aide : il s'agit de la joie de l'Evangile, c'est une exhortation destin&#233;e aux chr&#233;tiens, et &#224; leur conversion, leur transformation int&#233;rieure, se traduisant par des gestes concrets et significatifs, au niveau personnel et collectif, notamment autour du th&#232;me de la pauvret&#233;. Le ton et la profondeur morale et spirituelle de ce document sont remarquables, et ne peuvent laisser ni indiff&#233;rents ni inactifs. Mais comme le pape le pr&#233;cise, ce n'est pas un texte de Doctrine sociale. En fait le nom m&#234;me d'exhortation nous en donne le sens : malgr&#233; les apparences, ce n'est pas une encyclique, texte doctrinal, mais une forme de sermon du &#171; cur&#233; du monde &#187; comme certains l'ont appel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit plusieurs questions &#233;conomiques et sociales sont abord&#233;es avec force et ne sont pas des mentions en passant. Si le style &#233;nergique du pape sur ces sujets (qui rappelle un saint Jean Chrysostome) peut para&#238;tre trancher avec ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le fond est pour l'essentiel commun. L'opposition camp&#233;e avec force entre d'un c&#244;t&#233; l'idol&#226;trie de l'argent et de la consommation, et de l'autre la morale et la charit&#233; comme guides de notre action, est traditionnelle. Tout comme le refus d'un march&#233; ou d'une &#233;conomie sans r&#232;gles, la n&#233;cessit&#233; d'un encadrement &#233;thique et juridique, notamment dans un but de solidarit&#233; avec les pauvres, qui doivent &#234;tre int&#233;gr&#233;s dans la communaut&#233; - non seulement eu &#233;gard &#224; leurs besoins mais comme participants &#224; part enti&#232;re, par leur travail. Sur ce plan l'irritation de certains &#233;conomistes am&#233;ricains peut surprendre. Ces critiques ont m&#234;me conduit le pape &#224; pr&#233;ciser cette &#233;vidence qu'il n'&#233;tait pas marxiste&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit on peut noter dans notre texte des accents que certains, notamment dans les medias, voient comme des inflexions. C'est d'abord la radicalit&#233; du ton, marque de fabrique du pape Fran&#231;ois, qui peut surprendre les uns et choquer les autres, sans que ce soit n&#233;cessairement son intention : c'est surtout un moyen pour secouer les bonnes consciences, ou les sourds volontaires. Mais une telle lecture est surtout la r&#233;sultante d'une tendance du pape &#224; ne pas &#233;quilibrer un propos allant avec force dans un sens par un correctif qui l'&#233;quilibre et &#233;vite une mauvaise interpr&#233;tation. Dans tous ces textes, ce qui frappe est l'insistance (fond&#233;e) sur les limites du culte de l'argent, nourrissant une certaine id&#233;ologie dominante et l'apologie d'un march&#233; incontr&#244;l&#233;. Mais en contre-point on ne trouve que peu ou pas des notions traditionnelles dans l'enseignement de l'Eglise comme la subsidiarit&#233;, la libert&#233;, la r&#233;alisation de la personne dans le travail, et plus g&#233;n&#233;ralement les bienfaits de l'&#233;conomie d'initiative, d'entreprise et donc de march&#233;, si elle est bien comprise et surtout responsable. Or ces bienfaits sont r&#233;els m&#234;me s'ils sont en partie g&#226;ch&#233;s par une id&#233;ologie et des pratiques mal orient&#233;es, et ils ont d&#232;s lors &#233;t&#233; soulign&#233;s avec clart&#233; tant par les papes pr&#233;c&#233;dents que par le Compendium - que recommande le pape Fran&#231;ois. Corr&#233;lativement le r&#244;le essentiel de l'Etat est rappel&#233; &#224; juste titre par le pape, mais pas ses limites pourtant &#233;galement manifestes, voire ses graves d&#233;viances. Il est d&#232;s lors peu douteux que du seul c&#244;t&#233; des mesures &#224; prendre on classerait spontan&#233;ment le texte dans la mouvance social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en r&#233;alit&#233;, &#224; nouveau, ce texte ne vise pas &#224; faire une analyse &#233;conomique. La principale affirmation d'ordre proprement &#233;conomique est la n&#233;gation abrupte par le pape de la th&#233;orie des retomb&#233;es automatiques : elle est en un sens unilat&#233;rale parce qu'elle ne reconna&#238;t pas l'existence des retomb&#233;es de l'activit&#233; &#233;conomique concurrentielle ; elle ne voit que l'hypocrisie (bien r&#233;elle elle aussi) de ceux qui s'en drapent pour justifier la loi de la jungle. C'est pourtant un fait que ces retomb&#233;es existent : une grande partie de l'humanit&#233; a r&#233;ellement progress&#233; du moins mat&#233;riellement - mais le pape ne le mentionne pas. De la m&#234;me fa&#231;on, si l'in&#233;galit&#233; cro&#238;t selon certains crit&#232;res, en revanche affirmer que seule une minorit&#233; s'enrichit et que la majorit&#233; s'appauvrit ne correspond pas aux faits pour une grande partie de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas sous cet angle qu'il faut principalement aborder ce texte et les autres interventions du pape. Il s'y concentre sur un message de conversion, sans chercher &#224; donner une vue exhaustive du paysage. C'est la vision d'une soci&#233;t&#233; renouvel&#233;e par le changement en profondeur du regard mutuel de ses membres, et l'action solidaire qui en r&#233;sulte : elle a beaucoup de force, tout en restant g&#233;n&#233;rale. C'est que, &#224; nouveau, ce ne sont pas des textes principalement doctrinaux. Bien entendu le pontificat ne fait que commencer, et les textes ult&#233;rieurs du pape lui permettront de clarifier sa pens&#233;e. Dans l'intervalle, mieux vaut ne pas projeter ses propres d&#233;sirs sur la pens&#233;e du pontife. Et tant mieux si sa fabuleuse &#233;nergie peut toucher le c&#339;ur des puissants&#8230; et des autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;christianisation et &#233;conomie</title>
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		<dc:date>2012-10-28T10:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;christianisation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; et notre &#233;conomie font face &#224; des tournants majeurs. La bonne vieille &#233;poque des Trente Glorieuses garde ses nostalgiques, mais nous sommes entr&#233;s dans une nouveau monde. Or au m&#234;me moment o&#249; on sortait de l'&#233;conomie prot&#233;g&#233;e, on a pris le risque immense de la d&#233;christianisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma conviction est que seules les immenses ressources de foi, de charit&#233;, de solidarit&#233; et de morale personnelle et donc de responsabilit&#233; que porte la foi chr&#233;tienne nous offrent les ressources nous permettant sur la dur&#233;e de r&#233;tablir une &#233;conomie saine et humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(D'apr&#232;s mon intervention &#224; l'Universit&#233; de Luxembourg le 25 octobre 2012)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Dechristianisation-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;christianisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;christianisation et &#233;conomie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les cons&#233;quences de la d&#233;christianisation pour la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie europ&#233;ennes &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cadre g&#233;n&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons connu historiquement un changement majeur dans les ann&#233;es 60, particuli&#232;rement important du point de vue de la religion. On sait que la pratique religieuse s'est effondr&#233;e &#224; ce moment, concomitamment avec une &#233;volution tr&#232;s profonde des m&#339;urs. D'un point de vue spirituel c'est un fait majeur &#8211; mais ce n'est pas notre sujet ici. Les cons&#233;quences en mati&#232;re &#233;conomie, politique et sociale en sont &#233;galement tr&#232;s importantes. En mati&#232;re politique par exemple, le r&#244;le de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne pouvait para&#238;tre dans les ann&#233;es 50 une r&#233;ussite brillante, un point haut des rapports de l'Eglise avec le monde : des partis explicitement chr&#233;tiens jouaient un r&#244;le majeur et reconnu dans des d&#233;mocraties, le r&#233;gime politique de la modernit&#233;. Or comme on sait l'&#233;volution est all&#233;e vers leur relativisation, ou m&#234;me disparition, en tout cas s&#233;cularisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exemple le plus &#233;vident du divorce nouveau est celui des m&#339;urs sexuelles, de la reproduction et du mariage. Il est manifeste que cela va dans le sens contraire de l'enseignement chr&#233;tien : avortement, contraception, libert&#233; totale des m&#339;urs sont &#233;videmment incompatibles avec la conception chr&#233;tienne de la bonne conduite, et cela d'une fa&#231;on qui n'est pas seulement valable pour le chr&#233;tien, mais pour l'homme en g&#233;n&#233;ral, vue sous l'angle de la loi naturelle. Cette notion de morale naturelle qui aurait paru &#233;vidente nagu&#232;re n'est dans la pratique maintenant d&#233;fendue activement que par les chr&#233;tiens, avec l'appui d'autres religions, en dehors d'individualit&#233;s dispers&#233;es sur tout le champ de la pens&#233;e. On le voit avec le d&#233;bat sur le mariage homosexuel aujourd'hui en France : d'un c&#244;t&#233; les arguments &#233;chang&#233;s sont de l'ordre de la morale naturelle, et c'est normal ; mais d'un autre c&#244;t&#233; ce sont les croyants qui animent pour l'essentiel le d&#233;bat. Pourtant la question devrait toucher tout le monde : un &#234;tre normalement constitu&#233; devrait trembler &#224; l'id&#233;e de voir les mots p&#232;re et m&#232;re dispara&#238;tre du vocabulaire l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la m&#234;me p&#233;riode, ces &#233;volutions se sont accompagn&#233;es de bouleversements dans le monde politique et &#233;conomique. En &#233;conomie par exemple on a connu de consid&#233;rables &#233;volutions : on est pass&#233; de l'Etat keyn&#233;sien et r&#233;gul&#233;, autarcique, des ann&#233;es 50 et 60 &#224; l'ouverture mondialis&#233;e, &#224; une comp&#233;tition plan&#233;taire dans laquelle les pays &#233;mergents jouent un r&#244;le d&#233;sormais d&#233;cisif. On souligne souvent le seul r&#244;le de l'id&#233;ologie lib&#233;rale et de la financiarisation. Ce r&#244;le est r&#233;el certes. Mais le fait de base est la mondialisation. Du fait de celle-ci les contraintes et possibilit&#233;s des d&#233;cideurs se sont radicalement modifi&#233;es, comme l'horizon de vie des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan social il en est de m&#234;me. Mais ici on constate un paradoxe. Le maximum des ambitions int&#233;gratrices de cette nouvelle construction qu'&#233;tait alors la s&#233;curit&#233; sociale se situe dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre : syst&#232;me Beveridge au Royaume-Uni ou S&#233;curit&#233; sociale fran&#231;aise par exemple. Mais dans les faits ces syst&#232;mes n'ont pris une grande ampleur qu'apr&#232;s, du fait notamment de la hausse spectaculaire des d&#233;penses. Plus qu'un renouvellement d'ambition, cela r&#233;sulte d'une incapacit&#233; &#224; contr&#244;ler les d&#233;penses, d'o&#249; une plus grande difficult&#233; &#224; les financer, alors qu'en m&#234;me temps une part croissante de la population &#233;tait laiss&#233;e de c&#244;t&#233; par l'&#233;conomie, attendant d'autant plus de l'Etat providence. Il en r&#233;sulte une inefficacit&#233; criante de ces syst&#232;mes, y compris et surtout en termes de solidarit&#233; r&#233;elle. Il en est de m&#234;me au niveau des budgets publics, qui se sont gonfl&#233;s en finan&#231;ant toujours plus de d&#233;penses courantes &#224; cr&#233;dit. Le tout s'est traduit comme on sait par un d&#233;r&#232;glement grave, devenu manifeste en fin de p&#233;riode, avec la crise de l'endettement des Etats, et une incertitude g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier facteur de nouveaut&#233; est &#224; citer enfin, c'est &#233;videmment la prise de conscience &#233;cologique. Elle cr&#233;e un doute profond et bouleversant envers la science et le progr&#232;s. Et en m&#234;me temps elle nous demande un nouveau paradigme, o&#249; la finitude joue un r&#244;le plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une rencontre, en partie fortuite, entre l'&#233;loignement rapide des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes &#224; l'&#233;gard des r&#233;f&#233;rences chr&#233;tiennes encore pr&#233;gnantes auparavant dans la culture collective, et le bouleversement du cadre de cette vie collective. Le monde d'aujourd'hui fait face &#224; des d&#233;fis nouveaux mais avec un cadre de pens&#233;e radicalement diff&#233;rent, dans lequel la d&#233;christianisation est un &#233;v&#232;nement majeur. Que peut faire le christianisme ? Est-il indispensable sur cette sci&#232;ne nouvelle ? Ma r&#233;ponse est positive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle probl&#233;matique pour le christianisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En quoi la d&#233;christianisation affecte-t-elle, ou affectera-t-elle dans le futur, notre capacit&#233; &#224; traiter les d&#233;fis auxquels nous faisons face ? Prenons tour &#224; tour les diff&#233;rentes t&#234;tes de chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#339;urs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;volutions en cours ou intervenues changent tout simplement la mani&#232;re dont les &#234;tre humains sont faits et &#233;lev&#233;s. Elles ont donc une signification anthropologique majeure. Nous savons certes que l'&#234;tre humain est plastique ; mais le risque qui a &#233;t&#233; pris par nos soci&#233;t&#233;s depuis un peu plus de quarante ans est tr&#232;s &#233;lev&#233;. Il n'y a en effet rien de plus structurant que la famille, ne serait-ce que pour l'&#233;ducation des enfants, et donc le fa&#231;onnage de l'humanit&#233; de demain. Or la famille a &#233;clat&#233; de toute part, et m&#234;me si les liens affectifs peuvent subsister, le fait de base est l'&#233;clatement des liens quotidiens entre parents ou entre parents et enfants. Parall&#232;lement l'id&#233;ologie ambiante d&#233;bouche sur des pratiques &#233;ducatives inefficaces, parce que sans exigences. Outre sa signification propre, cette &#233;volution ne peut pas ne pas avoir des cons&#233;quences &#233;conomiques importantes. Pour n'en citer que deux, l'une est quantitative : la sous-natalit&#233; (avec son impact par nature massif sur les retraites ou sur la croissance), l'autre qualitative, la sous-&#233;ducation ou la mauvaise &#233;ducation, qui conduit &#224; &#8216;produire' les hommes de demain de fa&#231;on de plus en plus inadapt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des m&#339;urs saines supposent des valeurs collectives. Le christianisme les donnait, mais m&#234;me l&#224; o&#249; la pratique religieuse subsiste, son influence sur les comportements r&#233;els diminue. La sous-natalit&#233; n'a par exemple plus de corr&#233;lation avec la pratique religieuse. Mais qui d'autre que lui peut donner de telles r&#233;f&#233;rences au niveau requis par nos besoins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Economie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; les faits pr&#233;c&#233;dents impactent l'&#233;conomie de fa&#231;on consid&#233;rable. Mais plus largement, le fait de base est que l'&#233;conomie est faite d'hommes. Et donc ce qui les fait vivre, ce qui donne du sens &#224; leur vie et &#224; leur action est essentiel pour l'&#233;conomie aussi. En termes concrets, on ne peut esp&#233;rer avoir durablement une vie &#233;conomique saine sans valeurs collectives et anthropologie saine. Cela vaut notamment &#224; un triple niveau (que j'ai &#233;labor&#233; dans mon livre sur l'Economie et le Christianisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en premier lieu les syst&#232;mes de valeurs personnels, la morale. C'est &#233;vident &#224; un niveau &#233;l&#233;mentaire : le respect des contrats, les r&#232;gles de base de la vie en commun, sans lesquelles l'action commune est difficile et al&#233;atoire, donc co&#251;teuse. Mais c'est vrai en outre, de fa&#231;on moins souvent rappel&#233;e (mais ce l'est par Beno&#238;t XVI dans Caritas in veritate), au niveau des march&#233;s. Les march&#233;s financiers notamment refl&#232;tent les priorit&#233;s des acteurs ; selon ces priorit&#233;s (et au moins tout simplement, les instructions de gestion donn&#233;es par les b&#233;n&#233;ficiaires des fonds de pension &#224; ceux qui les g&#232;rent), leur r&#233;sultat sera diff&#233;rent. Et donc la marche de la soci&#233;t&#233; sera diff&#233;rente. Si la perspective est celle du gain maximal &#224; court terme, c'est comme cela que l'&#233;conomie vivra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu l'&#233;conomie suppose des entreprises, donc des entrepreneurs, et qu'ils animent des communaut&#233;s qu'on appelle les entreprises. Et donc une capacit&#233; &#224; prendre des risques, car la s&#233;curit&#233; totale n'existe pas. Donc une forme de courage et disons-le de foi. Les enqu&#234;tes comme l'examen historique montrent une corr&#233;lation entre la foi en l'avenir et la foi religieuse, du moins chr&#233;tienne. Une soci&#233;t&#233; qui ne vise que la maximalisation du profit imm&#233;diat ne prend pas de risques sur la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu le fait est qu'une &#233;conomie qui op&#232;rerait sur la base du seul &#233;go&#239;sme ne fonctionnerait pas, contrairement &#224; ce qu'on peut comprendre en lisant nos manuels d'&#233;conomie politique. C'est d&#233;j&#224; vrai pour travailler ensemble dans une entreprise : si je n'y coop&#232;re avec mon voisin que sur la base d'un profit imm&#233;diat, plus rien ne fonctionne. C'est &#224; fortiori vrai pour vivre ensemble en soci&#233;t&#233; en utilisant pleinement les ressources de tous ; enfin et plus encore pour assurer les fonctions qui ne peuvent &#234;tre assur&#233;es sur une base &#233;go&#239;ste, &#224; commencer par la famille. Ce qui suppose des valeurs d'amour et de don et tout au moins de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en d&#233;duis qu'une &#233;conomie n'est pas tenable &#224; terme sans foi religieuse, ou son &#233;quivalent s'il peut exister ; mais je doute qu'on puisse se passer en Europe de la foi chr&#233;tienne qui a donn&#233; les cadres conceptuels et valeurs de r&#233;f&#233;rence qui ont permis le d&#233;collage &#233;conomique de l'Occident &#224; partir du Moyen &#194;ge (voir mon livre Christianisme et croissance &#233;conomique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos syst&#232;mes sociaux sont en crise, on l'a dit. Il y a trop de d&#233;penses et de gaspillage, et trop de dette. Et en m&#234;me temps une insuffisance de solidarit&#233;, et une trop faible efficacit&#233;. Il n'y a donc pas ou plus d'image cible, r&#233;gulatrice du bon niveau et des bons moyens de cette solidarit&#233;. La demande toujours croissante de transferts et d'action collective se heurte &#224; la mondialisation qui d'un c&#244;t&#233; diminue les ressources et de l'autre distend la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre voire surtout les prestations financi&#232;res ne suffisent pas ; elles ne font pas le tissu social. Il y faut aussi et surtout la pr&#233;sence directe de personnes, ce qui ne peut se faire que dans un cadre associatif, m&#251; par un esprit qui de pr&#232;s ou de loin rel&#232;ve de la charit&#233;. En d'autres termes, quel que soit le niveau des prestations &#233;gales, il faut &#224; la soci&#233;t&#233; un double don : don financier et don des personnes, par leur temps et leur pr&#233;sence. L&#224; encore, m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; relativiste on peut &#233;videmment voir des personnes ou des associations &#224; m&#234;me de contribuer &#224; ces efforts collectifs. Mais c'est de fa&#231;on sporadique et al&#233;atoire, et pas au niveau d'ensemble. La conception chr&#233;tienne elle favorise deux facteurs en m&#234;me temps : l'autonomie de la personne (et donc sa responsabilit&#233;), et la solidarit&#233;, notamment envers les pauvres. Elle para&#238;t donc fournir &#224; la foi les orientations et les motivations permettant de r&#233;duire l'ampleur des transferts, de les r&#233;orienter, et de faire appel &#224; la solidarit&#233; priv&#233;e et associative. On voit mal ce qui pourra la remplacer dans ces r&#244;les, surtout dans les secousses de la crise &lt;br class='autobr' /&gt;
actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons enfin l'&#233;cologie, qui nous pose des probl&#232;mes multiples, qui nous conduisent au fond &#224; la question de la place de l'homme dans la nature ; ce qui interpelle directement le chr&#233;tien. En bref, l'&#233;cologie est un exemple remarquable du besoin d'une anthropologie donnant sa place &#224; l'homme, un sens &#224; sa pr&#233;sence. Quoi que dise l'&#233;cologie extr&#233;miste, seul l'homme peut prendre en charge la nature. Mais quoi que dise le syst&#232;me &#233;conomique dominant, il ne le fait pas sans exigence morale profonde, bas&#233;e sur une claire conscience de sa position de responsabilit&#233; dans la nature. Mais je ne vois pas dans quel autre cadre que le christianisme on peut d&#233;finir une position de l'homme qui soit respectueuse &#224; la fois de sa place unique, et de ses devoirs envers son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on voit donc, sur une multitude de points, questions, et occasions, le r&#244;le du christianisme en Europe para&#238;t irrempla&#231;able. Les alternatives sont insuffisantes, chaotiques et incoh&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#244;le du christianisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a en d&#233;finitive un contraste impressionnant entre ce qu'on peut l&#233;gitimement attendre du christianisme en Europe, et sa marginalisation actuelle, pratiquement unique parmi les 5 continents. Que faire alors ? Rappelons alors qu'il y a deux familles de moyens permettant d'agir sur la soci&#233;t&#233; : le niveau de l'action collective, notamment politique, et l'action directe, au moins par l'exemple. Il y a donc un double besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est d'&#233;laboration intellectuelle. Sauf conversion large, actuellement improbable, on ne peut parler &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; qu'au niveau de la loi naturelle &#8211; m&#234;me si elle aussi est largement contest&#233;e, c'est-&#224;-dire par une argumentation ou une action rationnelle. Mais l&#224; aussi c'est le christianisme qui est le mieux plac&#233; pour l'&#233;laborer et en t&#233;moigner - d'o&#249; la valeur essentielle de l'exemple, notamment aux niveaux &#233;conomique, politique et social. Les le&#231;ons de l'histoire nous confirment son r&#244;le irrempla&#231;able et d&#233;cisif, tant en &#233;conomie qu'en politique. Ceci vise notamment le r&#244;le des la&#239;cs croyants Mon jugement est que sur ce plan-l&#224; ils ne font pas assez leur travail. On ne peut pas attendre (en contexte catholique) tout de l'enseignement pontifical ou du clerg&#233;, ne serait-ce que parce que la responsabilit&#233; premi&#232;re du monde politique et &#233;conomique, c'est les la&#239;cs qui l'ont. Qu'ils y travaillent donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me niveau est l'action concr&#232;te. Elle touche bien s&#251;r une multitude de domaines, &#224; commencer par la charit&#233; et le don. Il faut donner, beaucoup plus que nous ne le faisons, et collectivement, dans des organismes puissants, influant sur la soci&#233;t&#233;. Mais au moins &#224; titre d'exemple je voudrais citer un autre domaine, moins familier, l'&#233;conomie, et en son sein un plus surprenant encore, les march&#233;s financiers. Je veux parler ici de l'investissement socialement responsable ou ISR. Dans nos &#233;conomies de march&#233;, les entreprises sont d&#233;tenues par des propri&#233;taires qu'on appelle les actionnaires ; ce sont eux qui orientent son action, au moins en derni&#232;re analyse. Les priorit&#233;s de ces actionnaires sont donc d&#233;cisives pour l'orientation de notre vie collective. Or ce sont ceux qui d&#233;tiennent ces instruments trait&#233;s sur un march&#233; financier que sont les actions. Nous avons d&#232;s lors le devoir d'investir dans des entreprises et d'acheter des actions ; et nous avons plus encore le devoir de les s&#233;lectionner et de les orienter. Tel est le r&#244;le de l'ISR. Mais l'ISR actuellement dominant reste trop mod&#233;r&#233; et &#233;triqu&#233; dans ses ambitions, comme d'ailleurs tout ce qu'on appelle &#233;thique, et tr&#232;s en de&#231;&#224; des ambitions de chr&#233;tiens responsables et engag&#233;s. Parmi bien d'autres initiatives possibles et m&#234;me n&#233;cessaires, j'en appelle donc &#224; un ISR ambitieux d'inspiration chr&#233;tienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(D'apr&#232;s mon intervention &#224; l'Universit&#233; de Luxembourg le 25 octobre 2012)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les march&#233;s financiers sous le regard chr&#233;tien</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-marches-financiers-sous-le-regard-chretien.html</link>
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		<dc:date>2011-12-17T10:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>March&#233; financier</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e au Colloque de L&#233;rins 22 et 23 octobre 2011, organis&#233; par l'Observatoire socio-politique du dioc&#232;se de Fr&#233;jus et l'Association des &#233;conomistes catholiques. Vous trouverez ci-apr&#232;s un r&#233;sum&#233; rapide des id&#233;es principales. Le texte oral de la conf&#233;rence prononc&#233;e est disponible sur le lien ci-joint.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Finance-un-regard-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Finance un regard chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Marche-financier-+.html" rel="tag"&gt;March&#233; financier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Activit&#233; bancaire et financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233;e sur la confiance, la finance joue un r&#244;le clef dans le fonctionnement de l'&#233;conomie et plus g&#233;n&#233;ralement de la soci&#233;t&#233;. C'est donc une activit&#233; exigeant un degr&#233; &#233;lev&#233; de responsabilisation et des r&#232;gles strictes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2008 la communaut&#233; internationale a donn&#233; une forte priorit&#233; aux r&#232;gles prudentielles et notamment aux fonds propres. Cette exigence en soi justifi&#233;e peut avoir des effets n&#233;gatifs non n&#233;gligeables. Mais surtout ce ne peut &#234;tre la seule r&#233;ponse, car il est essentiel que l'activit&#233; financi&#232;re justifie la confiance mise en elle par la soci&#233;t&#233;. Et donc que son activit&#233; soit en phase avec elle, dans les deux grands domaines des march&#233;s financiers et du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;March&#233;s financiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le social et la seule justification de la finance sont d'&#234;tre au service de l'&#233;conomie, pour en assurer le financement dans les meilleures conditions possibles en rapprochant investisseurs et entrepreneurs sur une base claire et transparente. Cela permet aux seconds d'apporter leurs fonds aux premiers avec la meilleure ad&#233;quation possible entre ressources et emplois, tout en assurant le suivi de ces investissements en termes de liquidit&#233; et de valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'outil principal pour ce faire est le march&#233;. De vrais march&#233;s financiers sont des lieux de confrontation transparente entre investisseurs et entrepreneurs, ni plus ni moins. Mais force est de constater que les march&#233;s s'en sont en grande partie &#233;loign&#233;s. Trop souvent opaques et fragment&#233;s, peu lisibles, et domin&#233;s par des intervenants puissants, ils n'ont souvent pas su donner de r&#233;f&#233;rence de prix fiable, ni &#233;liminer les innovations toxiques ou dangereuses, ni orient&#233; les priorit&#233;s au-del&#224; du profit imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; ne s'organise pas tout seul. L'exp&#233;rience a montr&#233; que le march&#233; a besoin de r&#232;gles du jeu strictes pour fonctionner au mieux et dans l'int&#233;r&#234;t bien compris de ses participants. Elle a montr&#233; aussi que les r&#233;sultats du march&#233; d&#233;pendent directement des motivations de ces participants et notamment des investisseurs, dont la responsabilit&#233; ne s'arr&#234;te pas au profit qu'ils en attendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la crise de 2008, le G 20 s'est utilement pr&#233;occup&#233; d'apporter des r&#233;formes &#224; l'organisation des march&#233;s. Cet effort doit &#234;tre poursuivi. Il est toutefois rest&#233; en de&#231;&#224; ce que qu'il faudrait, en particulier pour assurer aux march&#233;s le degr&#233; d'int&#233;grit&#233;, de transparence et d'ad&#233;quation aux besoins de l'&#233;conomie qu'on peut l&#233;gitimement en attendre. Il est donc imp&#233;ratif que le G 20 et les organismes internationaux qui en d&#233;pendent reprennent l'initiative pour mettre en &#339;uvre une r&#233;forme plus profonde, incluant notamment les points suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Instauration d'une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale de transparence des transactions, des ordres et des prix et d'&#233;gal acc&#232;s des tous les investisseurs ; r&#233;organisation des march&#233;s en coh&#233;rence avec ce principe ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Primat donn&#233; &#224; la recherche d'un prix aussi juste que possible au vu des donn&#233;es disponibles (et &#233;limination des strat&#233;gies &#233;lectroniques, trading haute fr&#233;quence, etc.) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Autorisation pr&#233;alable des innovations financi&#232;res significatives afin d'en analyser les cons&#233;quences et les risques (examen commen&#231;ant par les CDS, ETF et autres produits &#224; fonction largement sp&#233;culative) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Examen des profits du secteur financier apparaissant anormaux au vu du service r&#233;ellement assur&#233; et notamment s'ils restent &#233;lev&#233;s sur la dur&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Avantage &#224; donner &#224; la d&#233;tention longue des titres (droits de vote, statut fiscal etc.), &#224; l'investissement responsable, et aux investissements en fonds propres par rapport &#224; l'endettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes principes doivent s'appliquer aux march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res, (d&#233;riv&#233;s mais surtout march&#233;s physiques), encore plus &#233;loign&#233;s de ces exigences de transparence, de clart&#233; et de non-manipulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Endettement et cr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re de 2008 et la crise souveraine de 2011 ont un point majeur en commun : elles concernent tous deux des dettes, qui sont plus largement &#224; l'origine de la plupart des crises financi&#232;res. Tout endettement pr&#233;sente des risques collectifs importants, car il est fond&#233; sur le principe du remboursement obligatoire et peut donc mettre dans de grandes difficult&#233;s tant l'emprunteur (s'il doit faire face &#224; des difficult&#233;s), et le pr&#234;teur (si sa confiance a &#233;t&#233; mal plac&#233;e), avec des effets en cha&#238;ne difficilement contr&#244;lables. L'endettement doit donc &#234;tre contr&#244;l&#233; et limit&#233; aux cas o&#249; le remboursement appara&#238;t s&#251;r et compatible avec l'activit&#233; financ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endettement public est dans cette optique le plus contestable. Il consiste pour une g&#233;n&#233;ration &#224; vivre &#224; cr&#233;dit aux d&#233;pens de la g&#233;n&#233;ration qui la suit. C'est ce que l'on observe dans le monde d&#233;velopp&#233; depuis 1980. Mais vient un moment o&#249; le niveau est jug&#233; excessif par les march&#233;s, non sans motif ; alors la solution de facilit&#233; se transforme en lourd fardeau tra&#238;n&#233; sur la longue dur&#233;e. En dehors des projets capables d'assurer le remboursement de la dette, et hors circonstances exceptionnelles comme les guerres, cet endettement devrait donc &#234;tre banni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cr&#233;dit aux particuliers doit lui-m&#234;me &#234;tre soumis &#224; des r&#232;gles assurant une certitude raisonnable de remboursement, notamment la consid&#233;ration des revenus disponibles sur la dur&#233;e et pas seulement la valeur des biens financ&#233;s par le cr&#233;dit en question. Des m&#233;canismes de sortie du surendettement doivent &#234;tre pr&#233;vus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;canismes d'investissement en fonds propres et le cr&#233;dit ne peuvent suffire &#224; assurer les besoins financiers de la soci&#233;t&#233;. Le don, et plus g&#233;n&#233;ralement la fourniture de moyens sans contrepartie &#233;quivalente, appara&#238;t alors comme un rouage indispensable et non pas comme un luxe. Dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e, fond&#233;e sur les personnes, leur responsabilit&#233; et leur initiative, cela ne peut &#234;tre assur&#233; principalement ou exclusivement par l'Etat ou la sph&#232;re publique (dans ce qu'on appelle redistribution). Il est donc essentiel que l'initiative priv&#233;e soit encourag&#233;e activement en la mati&#232;re. Soit sous la forme du don pur. Soit par participation &#224; des activit&#233;s &#233;conomiques mixtes, ou m&#234;me commerciales, prenant en compte d'autres consid&#233;rations que le pur &#233;change et le retour stipul&#233; &#224; l'avance. Il en va de la reconstruction du tissu social dans une soci&#233;t&#233; dont la solidarit&#233; ne soit pas que bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Note&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je pr&#233;vois de publier au printemps prochain un livre plus d&#233;taill&#233; sur ce sujet, enrichi d'une perspective historique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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