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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>L'&#201;vangile parle-t-il d'&#233;conomie et de finance ?</title>
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		<dc:date>2021-12-01T14:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Publi&#233; dans Al&#233;teia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Condamnation-de-l-usure-+.html" rel="tag"&gt;Condamnation de l'usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Evangile-et-argent-+.html" rel="tag"&gt;Evangile et argent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2021/11/28/levangile-parle-t-elle-deconomie-et-de-finance/?fbclid=IwAR16G1QjPcN46Q0sIpavPpva1po97COeKYIv99CiTMb5AJMKhhaOB2srFes&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2021/11/28/l...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que l'on pense souvent, l'&#201;vangile parle d'&#233;conomie et de de finances, et utilise abondamment la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et financi&#232;re. En fait, J&#233;sus est le seul &#171; fondateur de religion &#187; qui utilise abondamment le langage &#233;conomique pour expliquer et figurer des r&#233;alit&#233;s spirituelles. C'est tr&#232;s parlant dans toute soci&#233;t&#233;, o&#249; l'on exerce des activit&#233;s &#233;conomiques, car cela se r&#233;f&#232;re &#224; des r&#233;alit&#233;s de tous les jours (&#233;changes de biens et des services, pr&#233;vision budg&#233;taire, calculs de prix, probl&#232;mes de dettes, rapport &#224; l'argent, etc.). Ceci se retrouve par exemple dans la parabole des talents, qui parle de faire fructifier l'argent, et o&#249; le ma&#238;tre reproche &#224; celui qui avait re&#231;u un seul talent de ne pas l'avoir fait fructifier, pour le donner &#224; celui qui avait re&#231;u dix talents et qui les avait fait fructifier. Bien entendu, cela ne veut pas dire que le message &#233;vang&#233;lique soit purement &#233;conomique et financier, tout au contraire. Mais le Christ, seul de toutes les religions, utilise fr&#233;quemment le langage de l'&#233;conomie et de la finance pour transmettre des v&#233;rit&#233;s ; m&#234;me si celles-ci sont essentiellement d'ordre spirituel, cela nous dit quelque chose sur ces r&#233;alit&#233;s. Ce qui n'est pas &#233;tonnant dans une religion de l'Incarnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;vangile s'appuie sur des raisonnements &#233;conomiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on doit analyser les finances ou l'&#233;conomie en suivant la Parole de Dieu, il faut distinguer deux niveaux. Le premier est celui de la vie naturelle et le second celui de la vie spirituelle. Les paraboles utilisent le premier niveau et lui donnent par l&#224; une certaine validit&#233;, souvent de simple bon sens. Ainsi, quand elles expliquent qu'il faut calculer pour b&#226;tir une tour, ou mettent en sc&#232;ne celui qui ach&#232;te, pas cher, un champ, car il a l'information privil&#233;gi&#233;e qu'il contient un tr&#233;sor. Mais elles d&#233;passent vite ce niveau pour introduire un autre facteur, infini, celui de la vie &#233;ternelle. Ce qui change la conclusion du m&#234;me raisonnement &#233;conomique : le vrai tr&#233;sor est alors ce facteur infini, par-l&#224; infiniment pr&#233;f&#233;rable &#224; tout tr&#233;sor mat&#233;riel. Si donc nous introduisons ce facteur spirituel dans notre vie &#233;conomique, nous changeons notre attitude. Plus pr&#233;cis&#233;ment, les tr&#233;sors naturels sont p&#233;rissables et temporaires, tandis que les tr&#233;sors spirituels sont imp&#233;rissables et infinis (la vie &#233;ternelle qui se construit chaque jour en nous). Sur la base d'un raisonnement &#233;conomique, on nous recommande donc d'investir dans le tr&#233;sor spirituel, qui nous offre un horizon infiniment plus grand. De fa&#231;on analogue, il nous est dit : si vous donnez &#224; un riche, le riche vous le rendra, c'est-&#224;-dire que l'op&#233;ration est blanche ; mais lorsque que vous pr&#234;tez &#224; un pauvre, il ne pourra pas vous le rendre, et c'est Dieu qui vous le rendra et Il vous rendra au centuple. Et donc, en un sens, vous faites une bonne op&#233;ration en pr&#234;tant &#224; un pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une conception &#233;labor&#233;e de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base, s'est &#233;labor&#233;e une conception pouss&#233;e de l'&#233;conomie, toujours ins&#233;r&#233;e dans un souci moral et spirituel. Quand on consid&#232;re les affaires d'argent et d'&#233;conomie, il faut le faire &#224; deux niveaux : le niveau naturel (y compris le calcul financier), mais en l'ins&#233;rant sous le niveau spirituel, dont l'horizon est infiniment plus large. Ce double niveau est sous-jacent &#224; la perception de la vie &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral et de la vie financi&#232;re en particulier, dans toute l'histoire de l'&#201;glise. Il y a eu en effet dans toute ses grandes p&#233;riodes de d&#233;veloppement doctrinal une attention particuli&#232;re aux r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et financi&#232;res, comprenant &#224; la fois un effort de compr&#233;hension fine de ces r&#233;alit&#233;s, et une critique s&#233;v&#232;re de ce qui en elles s'oppose &#224; la perspective spirituelle, et notamment &#224; la charit&#233; ou &#224; la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;labor&#233; par l'&#201;glise m&#233;di&#233;vale. Les th&#233;ologiens et les moralistes de l'&#233;poque ont r&#233;fl&#233;chi &#224; la moralit&#233; de la vie &#233;conomique alors en pleine renaissance, et ont &#233;labor&#233; une perception tr&#232;s avanc&#233;e de l'&#233;conomie. C'est sur cette base qu'a pu na&#238;tre l'&#233;conomie politique &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle. Ces principes trouvent leurs racines dans les &#201;vangiles ; ils ne sont pas d&#233;velopp&#233;s de cette mani&#232;re dans d'autres religions, et notamment de fa&#231;on comparable &#224; ce qu'ont fait les m&#233;di&#233;vaux (on mettra &#224; part l'islam, qui a une approche diff&#233;rente, juridique, de la question). Ces m&#233;di&#233;vaux voyaient sous leurs yeux le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie et de la finance, naissantes &#224; leur &#233;poque. Il ne faut pas oublier que le vocabulaire de d&#233;part de la banque et de finance est fait de mots italiens, du fait que ces activit&#233;s ont trouv&#233; leur origine chez des Italiens, catholiques. Cette perspective comporte une analyse purement technique de l'&#233;conomie et de la finance, mais au service d'une orientation morale. D'un c&#244;t&#233;, ils avaient reconnu que le jugement moral suppose une analyse en profondeur de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle il s'applique. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils visaient &#224; ne pas d&#233;velopper l'&#233;conomie et la finance uniquement sous un angle technique, mais en la comprenant comme conduite par la morale. Ce sera un point d'opposition permanent entre la doctrine socio-&#233;conomique de l'&#201;glise et la doctrine &#233;conomique courante. Pour l'&#201;glise, l'homme est fondamentalement un &#234;tre moral et spirituel, et donc ce qu'on fait dans le domaine &#233;conomique doit prendre en compte toutes les dimensions de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La condamnation de l'usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a conduit nos m&#233;di&#233;vaux &#224; une remarquable analyse des r&#233;alit&#233;s de base de la vie &#233;conomique, par exemple le march&#233; et la formation des prix. Le seul point technique o&#249; leur analyse s'&#233;carte des modernes, c'est la condamnation du taux d'int&#233;r&#234;t. Ce que dans le langage m&#233;di&#233;val on appelle usure, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t, per&#231;u &#224; l'occasion d'un pr&#234;t. Investir en achetant des parts dans une soci&#233;t&#233; n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me moral en soi. En revanche, l'id&#233;e que l'argent produit quelque chose de lui-m&#234;me, l'int&#233;r&#234;t, a pos&#233; un probl&#232;me. L'id&#233;e de l'&#233;poque &#233;tait que l'argent en tant que tel ne peut rien produire et qu'il &#233;tait consomm&#233; dans l'op&#233;ration, comme lorsqu'on pr&#234;te un pain ; on en d&#233;duisait que, quand on pr&#234;te, on ne devrait pas recevoir de r&#233;mun&#233;ration. Et donc l'int&#233;r&#234;t &#233;tait en principe interdit. Cette conception &#233;tait fortement relativis&#233;e dans la pratique. Notamment, on admettait une r&#233;mun&#233;ration lorsque le pr&#234;teur perdait de ce fait un gain identifi&#233; (ce qu'on appelait lucrum cessans), ou encourait un dommage (damnum emergens), ou prenait un risque (periculum sortis), etc. Mais on n'a pas eu de changement th&#233;orique du principe, sauf &#224; partir d'une p&#233;riode relativement r&#233;cente, au XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon sens, ce raisonnement comporte une erreur technique et une v&#233;rit&#233; morale. On a fait une erreur, parce que celui qui pr&#234;te de l'argent, qu'il aurait pu utiliser ailleurs, perd de ce fait une opportunit&#233;, presque syst&#233;matiquement (et non pas dans le seul cas du n&#233;gociant qui renonce &#224; une op&#233;ration pr&#233;cise), et il est normal de compenser cette perte : il aurait pu par exemple investir dans des actions et percevoir des dividendes (ce qui a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; licite) ou acheter un bien immobilier et percevoir un loyer (de m&#234;me licite), etc. En outre, il rend ind&#233;niablement un service &#224; celui qui prend cet argent, lequel n'est pas consomm&#233; dans l'op&#233;ration mais utilis&#233; comme repr&#233;sentation d'un actif. Ce n'est que lorsque l'on pr&#234;te &#224; un pauvre dans le besoin que le taux d'int&#233;r&#234;t est contestable, pour d'autres raisons li&#233;es &#224; la destination universelle des biens (c'&#233;tait le cas vis&#233; par l'interdiction de l'int&#233;r&#234;t dans la loi de Mo&#239;se).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre responsable de son argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'investissement en actions n'a jamais &#233;t&#233; condamn&#233; par l'&#201;glise, car dans ce genre d'investissement on s'associe au risque de la soci&#233;t&#233; financ&#233;e. C'est le loyer de l'argent qui posait probl&#232;me. Mais par exemple quelqu'un qui n'a pas d'argent mais qui a un projet est content de s'associer avec celui qui a l'argent, ou de lui emprunter. Dans les deux cas, c'est un service rendu. Si un jeune couple ach&#232;te un r&#233;frig&#233;rateur &#224; cr&#233;dit, l'argent aurait pu &#234;tre utilis&#233; pour autre chose mais va &#234;tre orient&#233; vers ce r&#233;frig&#233;rateur. Il est normal que l'emprunteur paye un int&#233;r&#234;t pour cela. Remettre en question le taux d'int&#233;r&#234;t aujourd'hui est donc une erreur. Mais cela ne justifie pas n'importe quel niveau de dette, ou d'int&#233;r&#234;t. Comme on le verra, le niveau d'endettement est aujourd'hui excessif, que ce soit dans le public ou dans le priv&#233;. Et le taux d'int&#233;r&#234;t peut-&#234;tre trop bas ou trop haut. Mais, &#224; nouveau, il faut bien garder &#224; l'esprit les motivations des m&#233;di&#233;vaux : on est responsable de son argent ; cet argent ne cr&#233;e pas de b&#233;n&#233;fice par lui-m&#234;me ; les b&#233;n&#233;fices de l'argent sont l&#224; parce qu'on en fait un usage collectif ; notre responsabilit&#233; varie en fonction de la position qu'on occupe dans la soci&#233;t&#233; et aussi de sa vocation. Ces principes restent valables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on a pu faire une erreur th&#233;orique, l'intuition &#233;tait bonne, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e que l'argent par lui-m&#234;me ne produit rien. L'argent produit quand il s'associ&#233; &#224; un travail, une initiative humaine. La consid&#233;ration de l'usage de l'argent doit toujours &#234;tre ins&#233;r&#233;e dans son contexte social, et il y a toujours une responsabilit&#233; morale dans cet usage. Celui qui investit son argent ou qui le pr&#234;te le fait au sein d'une communaut&#233; ; ce sont les personnes qui la composent qui cr&#233;ent la richesse ; l'argent sans travail d'autres hommes ne produit pas de richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fonction premi&#232;re de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des finances au sens actuel, la position de l'&#201;glise (dans ce qu'on appelle la doctrine sociale de l'&#201;glise) reste relativement peu d&#233;velopp&#233;e ; il n'y a pas beaucoup de textes qui en parlent sp&#233;cifiquement, les plus &#233;labor&#233;s &#233;tant ceux de Beno&#238;t XVI et notamment l'encyclique Caritas in veritate (2009). La question de la finance devra donc faire l'objet d'&#233;tudes et d'&#233;laborations ult&#233;rieures. Cependant, on peut, sur la base de l'enseignement plus g&#233;n&#233;ral que donne l'&#201;glise, se former une appr&#233;ciation de la mani&#232;re dont la finance devrait fonctionner. Pour cela il faut revenir &#224; la fonction premi&#232;re de la finance, son utilit&#233;, qui est de collecter l'argent &#233;pargn&#233; par les uns pour financer les activit&#233;s cr&#233;atrices des autres, leurs projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re mani&#232;re pour ce faire est l'investissement direct : on apporte des fonds propres (des actions, qui sont une part de propri&#233;t&#233; dans une entreprise), on pr&#234;te de l'agent par des obligations (&#224; l'&#201;tat ou &#224; des entreprises), on ach&#232;te de l'immobilier, etc. Dans une partie importante des cas, des march&#233;s existent, permettant d'acheter des titres repr&#233;sentatifs de cet investissement (march&#233; financier, march&#233; immobilier) et &#233;ventuellement de les revendre, en cas de besoin pour l'investir ailleurs. L'int&#233;r&#234;t du march&#233; est de permettre une confrontation large des offres et des demandes, et d'assurer une liquidit&#233; (possibilit&#233; de vendre ou d'acheter). La deuxi&#232;me mani&#232;re consiste &#224; pr&#234;ter l'argent &#224; une banque, qui pr&#234;te &#224; son tour l'argent qu'elle emprunte &#224; d'autres, ces pr&#234;ts comportant un certain degr&#233; de risque. Les deux m&#233;thodes ne sont pas bonnes ou mauvaises par elles-m&#234;mes ; elles peuvent avoir des avantages et des inconv&#233;nients. La doctrine sociale de l'&#201;glise les admet toutes. &#192; partir de ces r&#233;alit&#233;s, on peut porter un jugement moral en situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les crit&#232;res d'un bon investissement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investisseur chr&#233;tien ne peut se borner au seul calcul financier et il doit prendre en compte le comportement de l'entreprise o&#249; il investit. Un premier probl&#232;me que peut poser la finance est le cas o&#249; elle se r&#233;duit &#224; la seule dimension du calcul financier. Ce dernier est bien s&#251;r n&#233;cessaire pour analyser la rentabilit&#233; et la long&#233;vit&#233; d'un projet. Mais le risque est qu'on ne regarde qu'une seule dimension de l'op&#233;ration &#233;conomique, alors qu'elle est par nature plus complexe et plus riche. Dans la pens&#233;e de l'&#201;glise, la personne qui investit a une responsabilit&#233; dans l'usage de son argent envers les communaut&#233;s int&#233;ress&#233;es et les personnes qui les composent : l'entreprise concern&#233;e, et la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Dans l'expression de ses pr&#233;f&#233;rences, elle doit inclure toutes ces dimensions humaines et morales, sans croire comme l'usurier m&#233;di&#233;val qu'elle se fait de l'argent avec son argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; financier est une confrontation d'ordres d'achat et de vente, r&#233;sultant des analyses et des priorit&#233;s de ses acteurs. D&#232;s lors, il va donner des r&#233;sultats diff&#233;rents selon les orientations et les priorit&#233;s de ces acteurs. Un march&#233; ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme purement neutre, car ici intervient la consid&#233;ration morale : d'une part dans le fonctionnement m&#234;me du march&#233; (son organisation) ; et d'autre part dans les priorit&#233;s des investisseurs, qui doivent &#234;tre socialement responsable, en prenant en compte le respect par l'entreprise de ses collaborateurs, clients et fournisseurs, de son r&#244;le dans les soci&#233;t&#233;s o&#249; elle intervient, du d&#233;veloppement durable, etc. Les investisseurs chr&#233;tiens doivent donc avoir une vue beaucoup plus large que des investisseurs qui r&#233;duisent tout &#224; un pur calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sp&#233;culation et juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;rateur chr&#233;tien face au march&#233; doit &#339;uvrer pour qu'il fonctionne au mieux et donne un prix aussi juste que possible. Un autre aspect &#224; consid&#233;rer est le bon fonctionnement des professionnels et des op&#233;rateurs, qui ach&#232;tent et vendent sur les march&#233;s et, dit-on, &#171; sp&#233;culent &#187;. Pour certains, la sp&#233;culation est condamnable en soi. Mais le terme de sp&#233;culation peut avoir plusieurs sens : bon et mauvais. Le bon sens est celui o&#249; l'op&#233;rateur investit quand le prix est &#224; son avis objectivement bas, et d&#233;sinvestit quand le prix est objectivement trop haut : il envoie donc au march&#233; un signal pour indiquer dans quelle direction le prix devrait selon lui aller s'il doit refl&#233;ter la valeur r&#233;elle du titre. Ce qui correspond au r&#244;le du march&#233; et est collectivement utile. Le mauvais sens de la sp&#233;culation vise le cas o&#249; on joue la hausse (ou baisse) du march&#233; alors qu'il n'y a pas de raison valable pour que les prix montent (ou baissent), mais parce qu'on parie sur un mouvement collectif irrationnel comme il y en a fr&#233;quemment (bulles financi&#232;res), ou pire encore qu'on op&#232;re sur des march&#233;s mal organis&#233;s, qu'on manipule, par exemple en rar&#233;fiant un produit tr&#232;s demand&#233; (ce qu'on appelait autrefois un accapareur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, il ne faut pas idol&#226;trer le march&#233;. La pens&#233;e dominante dit que les march&#233;s sont automatiquement efficients, mais ce n'est pas vrai : le bon sens et l'&#201;glise rappellent leurs limites, leur besoin d'organisation et de r&#233;gulation, et surtout qu'ils donneront un bien meilleur r&#233;sultat si les participants cherchent l'int&#233;r&#234;t de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes consid&#233;rations valent pour l'investisseur personnel, celui qui se demande que faire de bien avec son argent. Je suis responsable de l'usage de mon argent. Soit pour l'investir, comme on l'a vu. Soit pour le donner, recommandation essentielle dans la Bible. Celui qui dispose de moyens doit prendre un pourcentage de son argent pour aider la communaut&#233;. La dimension du don est importante dans le domaine moral, mais aussi dans la vie courante, parce que dans la vie tout ne peut &#234;tre calcul&#233;. Il faut &#224; un moment donn&#233; arr&#234;ter les calculs et donner. M&#234;me dans la vie d'une entreprise, sous forme de coup de main &#224; son voisin. C'est notamment le don qui cr&#233;e le tissu social. Cela dit, le fait de donner ne signifie pas qu'on doit gaspiller l'argent ; donner, c'est aussi faire un bon usage, positif, intelligent de l'argent, mais cette fois sans attendre de l'argent en retour. Ce peut &#234;tre mal utilis&#233; si l'intention qui motive cette action n'est pas bonne. Donner de l'argent pour financer quelque chose qui ne va pas dans le bon sens n'est pas bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contr&#244;ler les exc&#232;s de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point important pour l'appr&#233;ciation port&#233;e sur la finance est la question des r&#233;mun&#233;rations. En soi, lorsqu'un op&#233;rateur fait une op&#233;ration l&#233;gale, il n'est pas injuste qu'il re&#231;oive une r&#233;mun&#233;ration non n&#233;gligeable si elle est r&#233;ussie et que son entreprise ou l'investisseur gagne beaucoup d'argent. Cependant, les r&#233;mun&#233;rations de ceux qui travaillent dans le domaine financier d&#233;pendent de plusieurs &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs qui peuvent &#234;tre anormalement favorables. Le probl&#232;me le plus important se pose quand le secteur financier fait de fa&#231;on permanente des profits &#233;lev&#233;s, excessifs par rapport au service rendu. C'est le signe d'un rapport malsain entre la finance et le reste de l'&#233;conomie, qui pose des questions de concurrence et de r&#233;glementation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;rations financi&#232;res se font avec des risques, puisqu'elles portent sur l'avenir. Mais la difficult&#233; est que les cons&#233;quences de ces risques peuvent n'&#234;tre visibles que bien apr&#232;s que les profits soient enregistr&#233;s comptablement, et que les r&#233;mun&#233;rations des op&#233;rateurs aient &#233;t&#233; distribu&#233;s. On l'a vu par exemple &#224; grande &#233;chelle lors de la crise financi&#232;re de 2007-2008. Par cons&#233;quent, certaines personnes peuvent gagner de l'argent qu'ils n'auraient jamais d&#251; gagner, en mettant ensuite la soci&#233;t&#233; en crise du fait de risques qu'ils n'auraient pas d&#251; prendre. Ce qui est immoral et dangereux. Il est donc essentiel de responsabiliser les acteurs beaucoup plus efficacement qu'on ne l'a fait, y compris par rattrapage sur leurs gains pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le danger de l'endettement irresponsable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endettement joue un r&#244;le majeur dans nos soci&#233;t&#233;s. L'analyse que l'&#201;glise faisait au Moyen &#194;ge &#233;tait, on l'a vu, trop n&#233;gative &#224; l'&#233;gard du taux d'int&#233;r&#234;t ; mais l'intuition garde n&#233;anmoins sa valeur. Une dette est une cr&#233;ance et un droit juridique ; vous avez le droit de demander votre argent devant un tribunal. Quand j'ach&#232;te des actions, j'ai droit &#224; quelque chose si l'entreprise fait des profits ; s'il n'y a pas de b&#233;n&#233;fices, je n'ai droit &#224; rien ; si elle est en difficult&#233;, je perds tout. Il y a donc une forme de solidarit&#233; avec l'entreprise. Mais si la soci&#233;t&#233; en question emprunte de l'argent et que l'affaire ne marche pas, elle doit rembourser. La solidarit&#233; est alors bien plus faible. En outre, quand le pr&#234;teur a lui-m&#234;me emprunt&#233; l'argent qu'il pr&#234;te, comme c'est le cas des banques, la faillite d'un d&#233;biteur peut le g&#234;ner lui-m&#234;me dans son remboursement, et ainsi de suite. Si c'est avec une ampleur suffisante, cela cr&#233;e un effet domino dans l'&#233;conomie, ce qui est la cause imm&#233;diate des grandes crises financi&#232;res comme encore en 2007-2008. L'endettement devrait donc &#234;tre limit&#233; et contr&#244;l&#233; ; c'est la responsabilit&#233; des acteurs, mais aussi des pouvoirs publics. Mais nos soci&#233;t&#233;s font exactement le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas plus difficile de l'endettement public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d&#233;velopp&#233;e par la th&#233;orie financi&#232;re est que l'endettement public est un endettement sans risque. Ce qui est souvent faux : il y a des crises et des d&#233;faillances d'&#201;tats souverains. Mais, plus profond&#233;ment, la dette publique n'a de sens que si elle finance quelque chose qui soit en mesure de la rembourser. Si, comme la France, vous financez &#224; cr&#233;dit des d&#233;penses courantes, vous n'avez rien cr&#233;&#233; qui permette de rembourser la dette. Vous reportez le poids sur les g&#233;n&#233;rations futures &#8212; &#224; moins que vous ne cherchiez &#224; spolier les &#233;pargnants &#224; terme. Mis &#224; part des situations exceptionnelles, a &#8212; comme les guerres &#8212; ou particuli&#232;res &#8212; comme des investissements rentables &#8211;, la dette publique n'a donc pas de sens. On ne devrait jamais financer des d&#233;penses publiques courantes avec l'endettement. C'est pourtant la situation de la plupart des pays occidentaux depuis trente ans. La solution est soit de baisser les d&#233;penses, soit d'augmenter les imp&#244;ts. Pas de continuer en poussant la boule de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le de la parole chr&#233;tienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un chr&#233;tien, la finance est assur&#233;ment une activit&#233; utile, mais elle doit &#234;tre exerc&#233;e avec un grand souci de moralit&#233;, et avec la conscience de la responsabilit&#233; de celui qui op&#232;re. Elle doit &#234;tre organis&#233;e collectivement, ce qui veut dire qu'elle ne se fait pas par elle-m&#234;me, elle n'atteint pas par elle-m&#234;me son point d'&#233;quilibre. Les professions et les pouvoirs publics sont responsables de la fa&#231;on d'organiser les modalit&#233;s de cette interaction. La finance doit &#234;tre &#224; la fois bien orient&#233;e et bien r&#233;gul&#233;e. Compte tenu de ce qui pr&#233;c&#232;de et des principes d&#233;velopp&#233;s dans la doctrine sociale de l'&#201;glise, le chr&#233;tien a un r&#244;le majeur &#224; fournir dans cet effort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Eglise et le monde de la finance : Entretien avec la revue Carmel</title>
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		<dc:date>2019-10-02T15:44:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement responsable et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>Usure</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le chr&#233;tien, l'argent et la finance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans la Revue Carmel N&#176; 172 septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Evangile-et-argent-+.html" rel="tag"&gt;Evangile et argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Usure-et-taux-d-interet-+.html" rel="tag"&gt;Usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-la-richesse-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et la richesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue Carmel N&#176; 172 septembre 2019. pp. 73 sqq.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editionsducarmel.fr/librairie-chretienne,gerer-l-argent-n-172,carmel,revues,1240.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.editionsducarmel.fr/libr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi sur ce sujet Pierre de Lauzun &lt;i&gt;L'argent ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt; , qui vient de para&#238;tre chez Mame : &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/L-Argent-Maitre-ou-Serviteur.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/L-Arg...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Texte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En th&#233;ologie, le terme &#171; &#233;conomie &#187; est utilis&#233; pour parler du dessein de salut, des &#339;uvres de Dieu ad extra. Au sens commun, il d&#233;signe, g&#233;n&#233;ralement, la gestion de l'argent. Comment articuler ces deux sens ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez commencer par l'&#233;tymologie d'&#233;conomie qui signifie : &#171; loi de la maison &#187;. L'&#233;conomie, c'&#233;tait ce qui r&#233;glait la mani&#232;re dont fonctionnait la famille. Dans la notion de famille, vous retrouvez &#224; la fois la notion mat&#233;rielle qui a donn&#233; le sens moderne d'&#233;conomie et la notion de &#171; comment je r&#233;gule une communaut&#233; pour la faire parvenir &#224; sa perfection &#187;. Cependant la diff&#233;rence radicale, c'est que dans la famille, le traitement des biens mat&#233;riels est fond&#233; sur la gratuit&#233;. &#192; partir du moment o&#249; l'on entre dans ce qu'on appelle aujourd'hui &#233;conomie, on sort de la gratuit&#233; et on entre dans un domaine d'&#233;changes et de calculs. Et la question devient : &#171; comment cette &#233;conomie, au sens moderne, peut-elle s'inscrire dans un plan providentiel ? &#187; Ce qui pose d'autres questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, &#171; comment se fait-il que c'est dans le monde culturellement chr&#233;tien que s'est faite la d&#233;couverte de ce que nous appelons l'&#233;conomie ? &#187; Je pense que les qualit&#233;s et la vision du monde que le christianisme, &#233;ventuellement s&#233;cularis&#233;, apporte, donne une r&#233;ponse. C'est-&#224;-dire l'id&#233;e qu'il y a une histoire, l'id&#233;e que demain peut &#234;tre meilleur qu'hier, l'id&#233;e que le travail, y compris manuel, est en soi une bonne chose, l'id&#233;e que la rationalit&#233; n'est pas incompatible avec la foi. Toutes ces id&#233;es-l&#224; ont dot&#233; les pays occidentaux de ce qui a permis le d&#233;collage de l'&#233;conomie. &#201;tant entendu qu'il s'est fait en &#233;tant accompagn&#233; par la s&#233;cularisation, c'est-&#224;-dire, la perte progressive du lien avec cette matrice originelle. Donc d'un point de vue providentiel, il se passe quelque chose de tout &#224; fait &#233;trange, c'est-&#224;-dire, un don de Dieu, prodigieux, mais qui s'est accompagn&#233; d'un recul progressif du lien et de la gratitude envers Dieu. Ce que j'illustre par le fameux cantique de Mo&#239;se dans le Deut&#233;ronome o&#249; Dieu se plaint de son peuple. Nous avons re&#231;u des dons tout &#224; fait prodigieux, que nous d&#233;veloppons comme les isra&#233;lites qui travaillaient leur terre &#224; l'&#233;poque, mais avec plus de lien et de gratitude envers Dieu que nous&#8230; m&#234;me lorsqu'ils se tournaient vers les autres dieux. Nous jouons un jeu dangereux. Nous croyons pouvoir nous attribuer nos succ&#232;s &#233;conomiques et nous croyons pouvoir les r&#233;guler tout seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il est manifeste que l'&#233;conomie a besoin d'une base &#233;thique pour fonctionner. Si celle-ci se corrode, c'est dangereux d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, mais c'est dangereux pour l'&#233;conomie elle-m&#234;me. Une &#233;conomie o&#249; la confiance mutuelle se r&#233;duit fonctionne moins bien, par d&#233;finition. Une &#233;conomie qui a des crises est une &#233;conomie qui, &#224; un moment donn&#233;, dissout le lien social et finit par se d&#233;truire l'&#233;conomie. Nous vivons dangereusement comme les Isra&#233;lites, dans la Bible, vivaient dangereusement en allant sur les montagnes adorer on ne sait qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles seraient les pistes pour que le monde &#233;conomique s&#233;cularis&#233; retrouve la source chr&#233;tienne qui l'a rendu possible ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est la r&#233;ponse biblique, c'est-&#224;-dire : &#171; revenez &#224; moi &#187;. C'est la r&#233;ponse la plus naturelle. Elle doit s'accompagner aussi d'une &#233;vang&#233;lisation par intervention dans le domaine &#233;conomique et financier. Ce n'est pas &#224; un hasard si la p&#233;riode que nous vivons est celle du d&#233;veloppement de la Doctrine sociale de l'&#201;glise, depuis 1891. Elle n'est pas radicalement nouvelle dans l'histoire de l'Eglise mais elle est nouvelle dans cette expression particuli&#232;re, en s'appelant ainsi et en se pr&#233;sentant comme une doctrine sp&#233;cifique dont le statut est interm&#233;diaire. Jean-Paul II l'a pr&#233;sent&#233;e comme une branche de la th&#233;ologie morale, ce qui veut dire qu'elle est porteuse d'un message &#233;vang&#233;lique. Simultan&#233;ment elle traite de sujets largement mondains en faisant implicitement ou explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la loi naturelle. D'ailleurs le message est pr&#233;sent&#233; comme ne s'adressant pas sp&#233;cifiquement aux catholiques, mais &#224; tous les hommes de bonne volont&#233;. La Doctrine sociale, donc, clairement est &#224; cheval sur les deux registres. &#192; la fois, elle dit des choses qui peuvent conduire les gens qui les entendent au Christ, et des choses qu'ils peuvent comprendre sans avoir la foi. Avec un &#233;l&#233;ment de base qui est l'importance de l'&#233;thique et de la morale. Ce qu'elle dit, c'est qu'on ne peut pas penser l'&#233;conomie sans la morale. Ce qui est le contraire de ce que disent les manuels d'&#233;conomie qui disent plut&#244;t : &#171; vous avez vos pr&#233;f&#233;rences, je m'en fiche. Mon travail comme &#233;conomiste, c'est de voir ce que signifie le jeu de ces pr&#233;f&#233;rences dans l'activit&#233; &#233;conomique de production et d'&#233;changes. Je consid&#232;re ces pr&#233;f&#233;rences comme des donn&#233;es. &#187; Or dans l'activit&#233; humaine, il n'y a pas cette s&#233;paration. Les pr&#233;f&#233;rences comportent un jugement de valeur, de bien ou de mal. Dans le comportement du producteur, dans la vie collective d'une entreprise, il y a une dimension &#233;thique. Quand la r&#233;flexion &#233;conomique a commenc&#233; &#224; na&#238;tre, c'est-&#224;-dire au Moyen-&#226;ge, les scolastiques l'ins&#233;raient dans la morale. Dans la Somme de th&#233;ologie de saint Thomas, il en est question dans l'&#233;tude des vertus morales, et cela a continu&#233; ainsi jusqu'au XVIIIe si&#232;cle. Adam Smith, consid&#233;r&#233; comme le fondateur de l'&#233;conomie politique moderne, est interm&#233;diaire. Il a encore un souci moral, mais il donne des instruments intellectuels qui conduisent &#224; son d&#233;passement. Dans son fameux apologue, le boulanger fait du bon pain non pour faire du bien mais pour faire de l'argent. Il peut &#234;tre amoral mais en m&#234;me temps rendre service. Mais dans l'id&#233;e de Smith, il y a encore l'id&#233;e d'une Providence qui tire un bien d'un mal. Apr&#232;s lui, on en est venu &#224; se dire : &#171; m&#233;thodologiquement, je me fiche des consid&#233;rations morales ou &#233;thiques du boulanger, je regarde pourquoi il fabrique et comment il vend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Puisque Dieu tire un bien d'un mal, comme le dit Saint Augustin, n'en est-on pas venu, en &#233;vacuant Dieu du champ de l'&#233;conomie, &#224; l&#233;gitimer le mal par le bien qui pourrait en sortir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est l&#224; o&#249; Smith a franchi un pas en consid&#233;rant comme normal qu'il y ait un mal si ce mal est canalis&#233;. Dans sa pens&#233;e, il y avait la Providence. Mais dans la mani&#232;re dont il l'a pens&#233;e, elle s'est transform&#233;e en un simple m&#233;canisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le discours du monde de la finance, la notion de Providence ne demeure-t-elle pas pr&#233;sente, comme si le march&#233; se r&#233;gulait lui-m&#234;me d'une mani&#232;re magique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, cette id&#233;e du &#8216;march&#233; efficient' a pr&#233;domin&#233; en finance et dans la science &#233;conomique, avant la crise de 2008. Elle a moins de force maintenant. Mais lorsque vous travaillez sur un march&#233;, vous savez que cela ne tient pas debout, puisque les prix fluctuent en permanence. Le prix sur le march&#233; ne peut pas &#234;tre la somme aussi pr&#233;cise qu'on le dit de l'ensemble des informations disponibles. C'est manifestement faux. Donc celui qui y croit fait un acte de foi, mais dans un m&#233;canisme, et non dans un &#234;tre m&#233;taphysiquement diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet &#233;trange acte de foi n'explique-t-il pas l'alternative que J&#233;sus propose entre le service de Dieu et de l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par certain c&#244;t&#233;, il y a un ph&#233;nom&#232;ne de miroir d&#233;form&#233; entre Dieu et l'argent. Contrairement &#224; toute autre marchandise ou bien mat&#233;riel, l'argent est neutre, il est omnivalent (on peut l'&#233;changer contre tout), il a une esp&#232;ce d'universalit&#233; qui lui permet de jouer un r&#244;le de r&#233;gulation g&#233;n&#233;rale unique. Et il le fait en &#233;tant extr&#234;mement abstrait, parce que n'importe quel autre bien, m&#234;me l'or, peut avoir une utilisation ; il peut avoir un attrait, on peut aimer sa couleur, son apparence, etc. L'argent monnaie n'est lui rien. Il est une abstraction absolue. Il est compatible avec absolument tout. Du coup, il est en un sens comparable avec Dieu, mais en &#233;tant un n&#233;ant, se pr&#233;tendant jouer un r&#244;le analogue &#224; Dieu - puisque par lui-m&#234;me il n'est rien, c'est une convention sociale totale qui joue de fait, dans l'esprit des gens, un r&#244;le d&#233;miurgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Devant cette puissance fascinante de l'argent, ne peut-on pas penser que les exhortations de la Doctrine sociale de l'&#201;glise rel&#232;vent de l'utopie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Doctrine sociale remet les choses &#224; leur place. J&#233;sus ne d&#233;nonce pas l'argent comme &#224; &#233;liminer puisqu'il dit : &#171; Faites-vous des amis avec le mammon d'iniquit&#233;. &#187; Il dit donc &#171; utilisez-le &#187;. Il dit m&#234;me : Vous &#234;tes beaucoup moins malins que les m&#233;chants dans l'utilisation de l'argent, donc prenez-en de la graine, soyez intelligents comme eux mais dans le bon sens. Sans &#234;tre, &#233;videmment, les serviteurs de ce moyen mais en faisant de ce moyen un serviteur. D'o&#249; la fameuse phrase : vous ne pouvez pas servir deux ma&#238;tres. J&#233;sus pense &#224; l'argent dans son r&#244;le propre, mais aussi dans son r&#244;le indirect, car comme il est l'acc&#232;s &#224; tout, il r&#233;unit l'ensemble des tentations, en tous cas une grande partie des tentations possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute que dans une &#233;poque relativiste, l'argent joue un r&#244;le beaucoup plus important. Quand vous avez des personnes qui interagissent et qui n'ont pas de valeurs communes, de r&#233;f&#233;rences communes ou qui n'arrivent pas &#224; en trouver, et qui ne cherchent pas &#224; y arriver parce qu'ils ne pensent pas qu'il y a la possibilit&#233; d'arriver &#224; un accord sur le bien, le moyen commode de se mettre d'accord, c'est la transaction. Si vous faites un accord au moyen de l'argent, vous n'&#234;tes pas oblig&#233;s d'avoir d'accord sur le fond. Il suffit que vous ayez quelque chose &#224; faire ensemble en y mettant un prix. Et donc l'argent devient un r&#233;gulateur beaucoup plus universel. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel conseil donner &#224; un chr&#233;tien pour g&#233;rer l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est fondamental, c'est de r&#233;fl&#233;chir &#224; son r&#244;le et de voir comment l'utiliser. Le meilleur exercice qui est recommand&#233; par les &#201;vangiles, c'est le don. Un d&#233;veloppement r&#233;cent de la Doctrine sociale, dans Caritas in veritate de Beno&#238;t XVI, insiste sur le r&#244;le du don non pas simplement dans une sph&#232;re propre et sp&#233;cifique qu'on appelle dans le vocabulaire courant la charit&#233;, mais aussi dans le tiers secteur (social, associatif, etc.) et m&#234;me dans l'&#233;conomie marchande. Ce qui, quand on y r&#233;fl&#233;chit, est &#233;vident. Une entreprise, par exemple, fonctionne parce que des gens travaillent ensemble. Ils ne sont pas l&#224; en permanence &#224; calculer. Ils s'aident. Si on calcule en permanence, on devient fou. Quand quelqu'un invite un client potentiel au restaurant, il lui donne quelque chose. C'est &#224; un niveau m&#233;diocre et calculateur, mais il y a quand m&#234;me un don. L'autre prend un repas, mais il ne s'engage &#224; rien. Le don existe donc &#224; un niveau tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire mais il peut exister &#224; un niveau plus noble. On peut faire des dons gratuits, non seulement dans le domaine fondamental o&#249; le don r&#233;git toute la vie collective qui est la famille, mais aussi autour de soi, et mat&#233;riellement en donnant de l'argent. Je rappelle le chiffre biblique de la d&#238;me. Un sp&#233;cialiste du droit canonique m'a dit que ce n'&#233;tait nulle part &#233;crit dans le code de droit canonique, ce qui est parfaitement vrai. Mais je ne le prends pas comme une prescription canonique, mais comme l'id&#233;e f&#233;conde de reprendre ce chiffre et de se dire : &#171; il faut quand m&#234;me que je fasse &#231;a. Au minimum. Si je peux faire plus, c'est tant mieux. &#187; Aujourd'hui la question de la fiscalit&#233; complique la r&#233;flexion, mais au moins, que ce qu'on donne soit &#224; 10% de son revenu net au minimum. C'est, je pense, une r&#233;f&#233;rence utile. Un groupe de dirigeants &#233;conomiques qui s'appelle : &#171; Changer par le don &#187; recommande d'ailleurs hautement ces 10%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il faut aller au-del&#224; et r&#233;fl&#233;chir sur l'argent dont on dispose et sur ce qu'on doit en faire. Il y a des chapitres tr&#232;s int&#233;ressants de saint Thomas d'Aquin, l&#224;-dessus, notamment sur l'aum&#244;ne. Pour regarder ce qu'on doit donner, il faut regarder, en sens inverse, ce que l'on doit d&#233;penser et pour quoi. Saint Thomas dit ici, en quelque sorte : &#171; cela d&#233;pend de votre &#233;tat de vie, de votre condition sociale, mais une fois que vous avez fait ce que vous avez &#224; faire (famille, r&#244;le social, etc.) et que vous avez donn&#233; la d&#238;me en question, demandez-vous ce que vous allez faire de l'argent qui vous est confi&#233; par Dieu. &#187; &#201;videmment, la question a plus d'urgence chez quelqu'un qui a plus d'argent : il est plus exig&#233; de lui. Dans le cas de la fameuse veuve qui mettait une obole, cela n'&#233;tait pas exig&#233;. D'ailleurs le Christ l'admirait pour ce geste. En revanche, pour le riche d'&#224; c&#244;t&#233;, il lui est demand&#233; plus strictement : &#171; Qu'as-tu fait de ton argent ? &#187; D'o&#249; l'&#233;pisode du riche avec Lazare, le pauvre qui &#233;tait son voisin. Mais au-del&#224; d'aider le pauvre qui est &#224; c&#244;t&#233;, le riche peut se demander &#224; quoi il est appel&#233;. C'est une forme de vocation, au sens le plus noble du terme : &#224; quoi Dieu l'appelle. L'un va &#234;tre appel&#233; &#224; donner sa fortune. Par exemple, le jeune homme riche. &#192; un autre, cela ne serait pas demand&#233; parce qu'il s'appelle Joseph d'Arimathie et qu'on a besoin de sa condition sociale pour qu'il puisse r&#233;cup&#233;rer le corps du Christ aupr&#232;s de Pilate. S'il lui avait &#233;t&#233; tout demand&#233;, il n'aurait pas pu faire cela. Donc il &#233;tait appel&#233; &#224; autre chose qu'&#224; abandonner sa position. Un troisi&#232;me sera appel&#233; &#224; la vertu de magnificence. Pour saint Thomas et &#224; sa suite Pie XI, rel&#232;ve de la vertu de magnificence, non seulement celui qui est tr&#232;s g&#233;n&#233;reux, mais aussi celui qui investit courageusement dans de grandes entreprises industrielles ou commerciales en cr&#233;ant beaucoup d'emplois et en produisant des choses utiles pour la communaut&#233;. Quelqu'un peut &#234;tre appel&#233; &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc plusieurs utilisations possibles de la fortune ou de l'argent, sur lesquelles on doit r&#233;fl&#233;chir. C'est une question pour chacun, y compris dans sa pri&#232;re : &#171; &#224; quoi suis-je appel&#233;, moi ? &#187;. Il y a des gens qui le savent tr&#232;s vite dans leur vie et des gens qui ne le savent que tard, pas n&#233;cessairement de fa&#231;on coupable, mais parce que le cours de leur vie a &#233;t&#233; inattendu. Elle a pris son sens d'une mani&#232;re qu'ils n'avaient pas n&#233;cessairement vue au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y a-t-il des mod&#232;les de saintet&#233; &#233;conomique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le du travailleur c'est saint Joseph. Mais si on cherche quelqu'un qui a &#233;t&#233; proactif dans ce domaine sp&#233;cifique de l'&#233;conomie, on d&#233;couvre que le premier la&#239;c canonis&#233; qui n'est ni un martyr, ni un prince, est un marchand et financier, &#224; Cr&#233;mone, au moment o&#249; l'Italie inventait l'&#233;conomie moderne et la finance. Ce personnage qui s'appelait Uomobono (homme bon, tout un programme !) &#233;tait un marchand qui r&#233;ussissait bien, qui savait gagner de l'argent. Mais en m&#234;me temps, c'&#233;tait un homme tr&#232;s g&#233;n&#233;reux (ce qui &#233;nervait sa femme !), et il donnait beaucoup. Il avait une image d'honn&#234;tet&#233; et de correction dans son milieu professionnel. Il est mort pauvre parce qu'il avait donn&#233; le gros de ses biens, et le peuple de Cr&#233;mone a demand&#233; au pape, le grand pape Innocent III, de le canoniser tout de suite. Ce qui &#224; l'&#233;poque n'&#233;tait pas fr&#233;quent. Et Innocent III, le m&#234;me pape qui a su accueillir saint Fran&#231;ois d'Assise et donc la pauvret&#233;, a canonis&#233; le premier marchand, le premier la&#239;c non-prince, non-martyr. Je n'ai pas trouv&#233; d'&#233;quivalent qui soit aussi clairement engag&#233; dans la vie &#233;conomique et dont on voit bien que la saintet&#233; a un lien avec cette vie &#233;conomique. D'autres pouvaient &#234;tre actifs dans la vie &#233;conomique, mais leur vertu n'&#233;tait pas l&#224; sp&#233;cifiquement. Il serait int&#233;ressant de voir s'il y a quelqu'un d'autre. On m'a cit&#233; le nom d'un Argentin dont la cause est examin&#233;e &#224; Rome. C'est une probl&#233;matique importante. Si l'on admet que cet &#233;tat de vie, engag&#233; dans l'&#233;conomie, est licite et collectivement utile, il doit &#234;tre possible de s'y sanctifier. Il doit y avoir non seulement des gens qui le font de fait, mais aussi des gens qui soient propos&#233;s comme mod&#232;le et qui passent le stade de la canonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment expliquez-vous le passage de la condamnation de l'usure par l'&#201;glise, &#224; son acceptation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot latin m&#233;di&#233;val d'usure d&#233;signait le taux d'int&#233;r&#234;t, quel que soit le niveau. Aujourd'hui l'usure, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s excessif. Tout le monde est d'accord, et a toujours &#233;t&#233; d'accord, pour dire que le taux d'int&#233;r&#234;t excessif au sens de l'usure moderne est condamnable. La question, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t tout court, m&#234;me quand il est faible ; or il a &#233;t&#233; effectivement condamn&#233;, et de fa&#231;on beaucoup plus &#233;nergique &#224; partir du XIIe si&#232;cle. On consid&#233;rait qu'on ne pouvait pas percevoir un int&#233;r&#234;t d'un pr&#234;t. En revanche on acceptait parfaitement qu'on re&#231;oive ce que nous appelons aujourd'hui des dividendes, mettre de l'argent dans une op&#233;ration en fonds propres, donc en prenant un risque avec un entrepreneur pour parler en langage moderne ; c'&#233;tait totalement licite et cela n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me. C'est tout &#224; fait clair d&#232;s les origines et notamment chez saint Thomas. Quand on condamnait l'usure, c'est-&#224;-dire l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t, c'est parce qu'on pensait que cela impliquait l'id&#233;e fausse que l'argent &#233;tait f&#233;cond par lui-m&#234;me. En outre, on consid&#233;rait que l'argent &#233;tait consomm&#233; dans l'acte de pr&#234;t. D&#232;s lors, il n'y avait pas de raison de le r&#233;tribuer, l'&#233;quit&#233; voulant qu'on rende ce que l'on avait pr&#234;t&#233; mais pas plus. Il y avait des fondements bibliques &#224; cette position, mais faibles ; ainsi dans la loi mosa&#239;que, qui d'ailleurs ne l'interdisait qu'entre juifs mais pas avec les gentils, et visait le cas de pr&#234;ts &#224; des mis&#233;reux : ce n'&#233;tait pas un acte intrins&#232;quement immoral en dehors de ce contexte. Ajoutons que la loi mosa&#239;que n'est pas retenue comme normative pour nous, du moins telle quelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, c'est plut&#244;t par des raisonnements qu'on condamnait l'int&#233;r&#234;t sur pr&#234;t, et ce sont des raisonnements contestables sur le plan &#233;conomique. Tr&#232;s vite d'ailleurs on s'est aper&#231;u qu'il y avait un probl&#232;me. Et donc on a mis des accommodations en faisant intervenir d'autres consid&#233;rations. La plus importante, pour notre propos, c'est ce qu'on appelle le lucrum cessans, c'est-&#224;-dire le gain qui s'arr&#234;te. On consid&#233;rait qu'un marchand qui soustrait de son capital, n&#233;cessaire &#224; son activit&#233; professionnelle, une certaine somme pour la pr&#234;ter, du coup perd une part du gain que son activit&#233; lui permet d'obtenir. Notons que dans cet exemple ce n'est pas l'argent tout seul qui produit, puisque c'est de l'argent associ&#233; &#224; du travail, et du travail entrepreneurial. Mais ind&#233;niablement s'il avait moins de capital, le marchand ou artisan produisait moins. Il ne pouvait avoir le m&#234;me volume d'activit&#233; que si son capital restait intact. Donc il subissait une perte, et il y avait une justice &#224; le compenser. Mais du coup, sans vouloir le reconna&#238;tre, on acceptait qu'il y ait une certaine f&#233;condit&#233; de l'argent, non pas tout seul, ce qu'on reprochait au pr&#234;t avec int&#233;r&#234;t, mais associ&#233; &#224; du travail humain. D&#232;s lors, on a accept&#233; cette compensation et donc de fait un certain int&#233;r&#234;t dans le cas de quelqu'un qui a une activit&#233; commerciale, bien que certains consid&#233;raient qu'il fallait pour cela que l'on ait prouv&#233; que cet argent fonctionnait d&#233;j&#224; avant. Il y avait aussi le damnum emergens c'est-&#224;-dire un tort qui apparaissait du fait que l'on avait souffert du manque de cet argent, d'o&#249; une compensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on voit, des compensations &#233;taient pr&#233;vues pour le pr&#234;teur commercial, mais cela ne d&#233;bouchait pas sur la prise de conscience du fait que l'argent pouvait &#234;tre repr&#233;sentatif d'un facteur de production qui, associ&#233; au travail, et notamment au travail de l'entrepreneur, avait r&#233;ellement une contribution positive. L'entrepreneur qui a moins d'argent &#224; sa disposition produira moins, avec le m&#234;me talent et la m&#234;me vertu, que s'il a de l'argent, y compris de l'argent pr&#234;t&#233; et pas simplement de l'argent mis en capital. Et donc, il y avait une insuffisance du raisonnement &#233;conomique. Mais je pense qu'il y avait aussi une intuition profond&#233;ment juste dans l'id&#233;e que ce n'est pas l'argent par lui-m&#234;me, tout seul, qui produit, mais que c'est le travail humain, y compris celui de l'entrepreneur, qui est cr&#233;atif, &#233;tant entendu que l'argent y contribue n&#233;anmoins, d'une mani&#232;re qui peut justifier une r&#233;mun&#233;ration, si &#233;videmment elle reste raisonnable. Le dernier texte du magist&#232;re qui a maintenu la doctrine classique avec tous les correctifs qu'on a vus, est une encyclique de 1748, de Beno&#238;t XIV. Dans la pratique, cela ne g&#234;nait pas beaucoup le commerce. Cela avait m&#234;me le gros avantage de r&#233;duire de mani&#232;re non n&#233;gligeable l'usure au sens moderne, c'est-&#224;-dire l'exploitation du besoin des pauvres&#8230; drame que d'autres civilisations ont connu d'une mani&#232;re beaucoup plus grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise a commenc&#233; ensuite &#224; affiner sa doctrine avec des textes du XIXe si&#232;cle, des r&#233;ponses du Saint Office, qui sont moins visibles mais ont autorit&#233;, puis avec les deux codes de droit canonique, qui recommandent aux congr&#233;gations de faire fructifier leurs biens, et acceptent un certain int&#233;r&#234;t l&#233;gal, au moins implicitement. Cela dit, l'&#201;glise n'a pas fait de retour pour expliquer comment elle met en coh&#233;rence la pratique et l'enseignement actuels avec les raisonnements du pass&#233; pour discerner, dans ces derniers, entre ce qui &#233;tait vrai parce que situ&#233; fondamentalement dans le domaine &#233;thique et ce qui &#233;tait conjoncturel, c'est-&#224;-dire reposait sur une analyse &#233;conomique, qui d&#233;pendait de la science &#233;conomique du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le lecteur de la revue Carmel peut donc placer son argent en bourse sans &#234;tre faute ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne l'a jamais &#233;t&#233;, car s'il est en bourse et qu'il ach&#232;te des actions, des parts, cela a toujours &#233;t&#233; licite. En revanche il peut &#234;tre illicite d'agioter, c'est-&#224;-dire de sp&#233;culer d'une mani&#232;re parasitaire. Et la r&#233;flexion m&#233;di&#233;vale sur le juste prix, &#224; mon avis insuffisamment reprise aujourd'hui, garde sa valeur. Dans cette conception, le juste prix est d&#233;sirable en soi, car si le prix est juste je ne vole pas l'autre et il ne me vole pas. Mais quel est ce juste prix ? Quand on regarde les textes, c'est un prix qui se d&#233;duit de l'interaction sociale, donc un prix de march&#233;. Mais cela ne veut pas dire que n'importe quel prix de march&#233; est un juste prix. Il y a des march&#233;s qui fonctionnent mal, des march&#233;s opaques, des march&#233;s manipul&#233;s. Dans les conditions o&#249; il fonctionne de mani&#232;re claire, transparente et ouverte, il d&#233;gage un juste prix. Ce qui veut dire qu'il y a une r&#233;flexion morale &#224; avoir sur le bon fonctionnement du march&#233;. &#192; la lumi&#232;re des r&#233;flexions m&#233;di&#233;vales, c'est un march&#233; o&#249; d'une part des r&#232;gles permettent cette transparence, cette confrontation, cette absence de domination par l'un ou par l'autre, et o&#249; d'autre part, id&#233;alement, les acteurs y participent non pas pour faire le maximum d'argent possible par leurs op&#233;rations, mais pour d&#233;gager socialement le meilleur prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prends un exemple concret. Quand vous &#234;tes un op&#233;rateur sur un march&#233; financier et que vous pensez qu'il y a une bulle, c'est-&#224;-dire que les prix montent trop haut par rapport au prix qui vous para&#238;t correct, si vous allez vite, vous pouvez avoir de fait int&#233;r&#234;t &#224; acheter la valeur en question et &#224; revendre ensuite &#224; un prix plus &#233;lev&#233;. Mais quand vous faites cela, vous envoyez un signal d'achat, et donc vous contribuez &#224; faire encore monter le prix, et donc d'une certaine fa&#231;on votre pr&#233;vision est auto-r&#233;alis&#233;e. Mais du point de vue de l'analyse du juste prix m&#233;di&#233;val, ce que vous faites n'est pas bien. Vous pouvez gagner de l'argent si vous &#234;tes malin et que vous sortez assez vite avant que la bulle n'&#233;clate et que les prix ne baissent, mais vous avez vol&#233; les autres et vous avez envoy&#233; un mauvais signal au march&#233;. En revanche si vous consid&#233;rez que le prix est trop bas et que vous achetez, l&#224; vous contribuez &#224; faire &#233;voluer le prix vers un prix plus juste en envoyant un signal d'achat qui aide &#224; faire monter le prix vers un niveau &#224; votre avis plus juste, ce qui veut dire que ceux qui vendront &#224; ce prix obtiendront une contrepartie &#224; leur bien qui est plus &#233;quitable par rapport &#224; sa valeur r&#233;elle. C'est une consid&#233;ration qui ne domine pas actuellement sur les march&#233;s, mais qui doit exister chez un op&#233;rateur qui se veut chr&#233;tien. Il peut faire ses petites op&#233;rations, mais il doit se dire aussi qu'il contribue &#224; un processus collectif d'&#233;valuation qui a un sens et qu'il y a sa part de responsabilit&#233;. On peut et doit d'ailleurs &#233;tendre cette notion du juste prix au-del&#224; du march&#233; financier, par exemple avec le commerce &#233;quitable : il s'agit de donner sa juste r&#233;mun&#233;ration &#224; un producteur, par exemple de caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sans entrer dans une utopie, un perfectionnement de la conduite financi&#232;re est-il envisageable pour l'avenir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envisageable, oui, et en principe tout &#224; fait n&#233;cessaire. Le christianisme n'enseigne pas une utopie mais demande d'agir dans le sens du bien, c'est-&#224;-dire, de construire le Royaume, non pas au sens o&#249; il se r&#233;alisera sur terre, mais en cela qu'il se cr&#233;e myst&#233;rieusement et progressivement et qu'&#224; sa fa&#231;on il est d&#233;j&#224; l&#224; du fait m&#234;me du Bien qui irrigue notre monde. Lorsque je fais du bien l&#224; o&#249; je suis, par exemple si je suis industriel et que je fais des produits meilleurs, moins chers, tout en traitant bien mes collaborateurs, je fais &#224; mon niveau advenir le Royaume ; mais je ne suis pas dans une utopie parce que je sais que mon industrie restera imparfaite, et le monde &#233;conomique de m&#234;me. Je contribue alors &#224; cr&#233;er quelque chose qui rel&#232;ve d'une r&#233;alit&#233; d'un tout ordre que l'&#233;conomie, mais qui ne sera r&#233;ellement explicite et exclusif qu'&#224; la fin des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qu'enseigne la Doctrine sociale est-il suffisamment attractif pour qu'&#224; l'inverse d'Adam Smith les gens puissent avoir int&#233;r&#234;t &#224; la mettre en pratique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; maintenant nous avons eu deux handicaps. Le premier, c'est que la Doctrine sociale est comme on dit le secret le mieux gard&#233; de l'&#201;glise. Elle est peu r&#233;pandue ! Jamais un cur&#233; n'en parle en chaire. Il y a l&#224; une d&#233;faillance, mais qui peut &#233;voluer, comme on le voit par exemple avec les Entrepreneurs et dirigeants chr&#233;tiens (EDC). Il y a cinq ou six ans, ils ne s'en pr&#233;occupaient pas. Maintenant, elle est au centre du mouvement. Le deuxi&#232;me d&#233;faut, c'est qu'elle est un acte du magist&#232;re, c'est-&#224;-dire de pr&#233;lats qui ne sont pas &#233;conomistes ou financiers, et qui restent n&#233;cessairement &#224; un niveau de r&#233;flexion relativement abstrait. Donc, elle a besoin d'un compl&#233;ment de pratique et de doctrine, qui soit le fait de la&#239;cs. Elle en a besoin th&#233;oriquement en amont, mais aussi en aval. Car s'il n'y a pas cette &#233;laboration, forc&#233;ment, elle restera dans son langage un peu &#233;tranger &#224; ce monde-l&#224; et pas imm&#233;diatement compr&#233;hensible ni ais&#233;ment utilisable. Il faut un travail interm&#233;diaire pour traduire les principes et les id&#233;es d'une fa&#231;on qui soit en rapport avec ce que les gens vivent dans leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel mod&#232;le, qui existe aujourd'hui, proposeriez-vous comme application f&#233;conde de la doctrine sociale ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des formes d'entreprises qui cherchent &#224; int&#233;grer ces valeurs, dans le tiers secteur, comme les Focolari, les coop&#233;ratives Mondragon, et d'autres gens qui visent &#224; s'inspirer de ce genre de choses. Cela peut &#234;tre vrai de patrons. Prenez les patrons chr&#233;tiens qu'on appelait paternalistes au XIXe si&#232;cle : ils ont apport&#233; beaucoup de bien, l&#224; o&#249; les populations ouvri&#232;res &#233;taient horriblement maltrait&#233;es &#224; l'&#233;poque. En Ard&#232;che, il y une cit&#233; ouvri&#232;re cr&#233;&#233;e par Lafarge au XIXe si&#232;cle, avec une &#233;cole, une &#233;glise au centre du village, et les ouvriers pouvaient y vivre de fa&#231;on d&#233;cente. C'est une action de patrons qui consid&#233;raient qu'ils avaient &#224; prendre en charge plus que la fabrication du ciment. Ils fabriquaient du ciment mais ils se souciaient aussi des gens qui fabriquaient le ciment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;es, vous avez aujourd'hui, les fonds de partage et les fonds qui visent &#224; &#234;tre g&#233;r&#233;s de fa&#231;on &#233;thique. C'est une question majeure car l'argent investi oriente l'&#233;conomie dans un sens ou un autre. D&#233;j&#224;, le simple souci de l'environnement est b&#233;n&#233;fique dans son principe. Mais si vous regardez la Doctrine sociale, vous allez plus loin parce que, en plus de la dimension environnementale, il y a aussi les dimensions sociales, soci&#233;tales, et en outre la qualit&#233; des produits, le juste prix, le souci des fournisseurs, des clients, des communaut&#233;s, etc. La question s'adresse &#224; la fois aux entreprises, et aux investisseurs qui doivent regarder dans quoi ils investissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un travail important est actuellement fait dans le nouveau dicast&#232;re pour le service du le d&#233;veloppement humain int&#233;gral, qui est l'ancien Conseil justice et paix &#233;largi, notamment sur la question financi&#232;re. Il y a eu un texte l'ann&#233;e derni&#232;re &#338;conomicae et pecuniari&#230; qu&#230;stiones, premier texte sur la finance qui d&#233;passe deux pages ; il y en a un, en gestation, sur l'investissement &#233;thique dans la perspective catholique ; et un autre sur l'&#233;thique de l'investisseur. Il y a donc tout un travail qui est fait. Autrement dit, l'&#201;glise qui, sur la finance, avait dit peu de choses sp&#233;cifiques, depuis tr&#232;s peu de temps produit des textes int&#233;ressants et &#233;labor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voyez-vous un lien entre la communion des saints et le march&#233; financier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons un ph&#233;nom&#232;ne extraordinaire : les &#201;vangiles parlent abondamment de la vie &#233;conomique et financi&#232;re, en utilisant un raisonnement financier ou &#233;conomique pour parler de choses qui d&#233;passent ce niveau, mais afin de les exposer. Aucune autre religion ne le fait, aucun texte religieux, ni l'Ancien Testament, ni les autres textes du Nouveau Testament. Seuls les &#201;vangiles partent de raisonnements &#233;conomiques. C'est extraordinaire. La parabole du tr&#233;sor cach&#233;, c'est un arbitrage financier, puisque le prix du champ n'y incorpore pas l'information sur sa valeur r&#233;elle, information que le march&#233; n'a pas puisque le prix ne serait pas du tout le m&#234;me. Un arbitrage consiste en effet &#224; acheter quelque chose de pas cher parce qu'on pense que cela vaut beaucoup plus cher. Ce qui est int&#233;ressant, c'est que m&#234;me si la parabole est dite par le Christ pour parler de la vie &#233;ternelle, il utilise un tel raisonnement financier pour se faire comprendre, parce que c'est une &#233;vidence pour les gens qui &#233;coutent. En un sens, il valide le raisonnement puisqu'il l'utilise comme base, mais il le d&#233;passe en le g&#233;n&#233;ralisant. Au fond, il nous dit en effet : &#171; vous avez int&#233;r&#234;t &#224; investir, oui, mais investissez en regardant bien la valeur des choses. Or il y a une valeur infinie qui est la vie &#233;ternelle ; donc forc&#233;ment, c'est elle qui l'emporte sur toutes les r&#233;alit&#233;s terrestres. &#187; L'utilisation du vocabulaire de l'investissement est constante, mais pas pour en rester l&#224; : c'est pour nous dire que quand on a tout bien calcul&#233;, on int&#232;gre la valeur infinie de la vie &#233;ternelle, et alors on laisse tomber le calcul, et on donne sans calculer. Non pas en rejetant le calcul, mais parce que dans le calcul, un facteur infini est entr&#233; en ligne de compte. C'est un excellent calcul, mais ce ne doit plus &#234;tre un calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On gagnerait donc en vie spirituelle &#224; mieux comprendre la vie &#233;conomique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce mod&#232;le a servi au Christ pour expliquer des choses qui d&#233;passait infiniment ce niveau. Il n'a pas beaucoup utilis&#233; l'imagerie agricole et tr&#232;s peu l'imagerie politique. En revanche l'&#233;conomique oui. C'est un des facteurs qui a fait que l'&#233;conomie s'est d&#233;velopp&#233;e dans le monde chr&#233;tien. Il y avait cette tension entre des pr&#233;dicateurs tonnant contre l'argent ou l'usure&#8230; et ceux qui savaient que cela fait partie de la vie normale de l'homme et que les &#201;vangiles en parlent constamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N'aurait-on pas int&#233;r&#234;t &#224; davantage orienter l'intercession de l'&#201;glise dans ces domaines-l&#224; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais il faut bien savoir quoi demander dans nos pri&#232;res ; et pour &#234;tre pr&#233;cis, il faut entrer davantage dans la doctrine. Mieux conna&#238;tre la doctrine permet de davantage participer &#224; son d&#233;veloppement par la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce serait une contribution que la pri&#232;re du Carmel pourrait apporter ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et peut-&#234;tre notamment des carm&#233;lites ! J'ai eu une exp&#233;rience amusante dans les monast&#232;res. La r&#233;action des femmes est souvent plus pointue. Les moines ne se sentent pas autant concern&#233;s qu'elles. Il y a une sensibilit&#233; f&#233;minine particuli&#232;re &#224; ces sujets. Dans les comit&#233;s et commissions de la F&#233;d&#233;ration bancaire fran&#231;aise, les plus f&#233;minis&#233;es sont les commissions comptables. C'est int&#233;ressant. Les femmes ont, de fa&#231;on assez r&#233;pandue, le sens de ces r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et notamment comptables, pour voir o&#249; est la vraie r&#233;alit&#233;. C'est le sens f&#233;minin du r&#233;el. Dans beaucoup de m&#233;nages, c'est la femme qui tient les comptes. Ce n'est pas vrai partout, on ne peut pas g&#233;n&#233;raliser, mais il y a une propension, un talent plus particuli&#232;rement r&#233;pandu. Par ailleurs, le champ de la pri&#232;re est beaucoup plus vaste que celui de l'application pratique et directe. Un industriel pense d'abord aux implications pour son entreprise. Celui qui prie a le souci de tout. En pensant aux questions &#233;conomiques et sociales dans leur pri&#232;re, les religieux, m&#234;me contemplatifs, contribuent beaucoup &#224; am&#233;liorer la soci&#233;t&#233;, m&#234;me d'un point de vue temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;conomie est donc bien inscrite dans le dessein de Dieu !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Le fait de base, dans l'&#233;conomie, c'est de faire le contraire de l'id&#233;e dominante actuelle, c'est-&#224;-dire non pas de l'isoler comme un champ autonome, en consid&#233;rant le reste comme donn&#233; sans s'en pr&#233;occuper, et notamment les priorit&#233;s morales ; mais au contraire en consid&#233;rant qu'elle est intrins&#232;quement incompl&#232;te, c'est-&#224;-dire qu'elle n'a de sens qu'ins&#233;r&#233;e dans un ensemble beaucoup plus vaste, qui est moral, social, politique et au-del&#224; encore, religieux. C'est une id&#233;e qui n'est pas famili&#232;re &#224; notre &#233;poque mais qui est en soi &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui encore une g&#234;ne &#224; parler de l'argent chez les catholiques, mais il faut en parler. Il faut l'int&#233;grer dans notre r&#233;flexion morale. Si J&#233;sus nous dit qu'il faut nous faire des amis avec de l'argent malhonn&#234;te, c'est qu'il faut agir en ce sens. Il faut donc sortir de la pure culpabilisation envers l'argent. Au lieu de prendre un whisky pour oublier qu'on a de l'argent, il vaut mieux se demander ce que l'on va en faire de bon ! Dans la culpabilisation, il y un ressort qui est bon, puisque l'on per&#231;oit le devoir de se servir de cet argent pour le bien, mais ce ressort est alors retourn&#233; contre la personne elle-m&#234;me, ce qui ne sert &#224; rien. Il faut d&#233;passer ce stade : il y a l&#224; un champ gigantesque &#224; &#233;vang&#233;liser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Argent Ma&#238;tre ou Serviteur</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-Argent-Maitre-ou-Serviteur.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/L-Argent-Maitre-ou-Serviteur.html</guid>
		<dc:date>2019-09-20T15:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Saintet&#233; et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et don</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de l'&#233;diteur : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nul ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et Mammon, car in&#233;vitablement il aimera l'un et pas l'autre, il m&#233;prisera l'un et pas l'autre.&#034; Cette sentence de J&#233;sus semble &#234;tre d&#233;finitive. Avec quelques autres, elle para&#238;t condamner l'argent et la richesse de fa&#231;on absolue. Pierre de Lauzun allie sa connaissance pointue des r&#233;alit&#233;s financi&#232;res avec celle des textes bibliques et du magist&#232;re de l'Eglise pour d&#233;montrer brillamment que la position du Christ est plus complexe qu'il n'y appara&#238;t : sans nier le r&#233;el danger que l'argent peu constituer pour celui qui veut se rapprocher du royaume de Dieu, il existe une mani&#232;re authentiquement &#233;vang&#233;lique d'user des biens mat&#233;riels. Cet ouvrage aussi clair qu'inform&#233; ne constitue donc pas seulement une r&#233;flexion th&#233;orique sur l'argent : il pourra aider tout un chacun &#224; ajuster son rapport avec lui et &#224; l'utiliser d'une mani&#232;re authentiquement chr&#233;tienne, en vue du tr&#233;sor de la vie &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/argent_maitre_ou_serviteur.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='112' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mameeditions.com/9782728926572-l-argent-maitre-ou-serviteur-group.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.mameeditions.com/978272...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4e de couverture :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Parce que nous vivons dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'emprise de l'&#233;conomie n'a jamais &#233;t&#233; aussi forte, tout chr&#233;tien est amen&#233; &#224; se questionner sur la place que l'argent tient dans sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; une analyse &#224; la fois claire et subtile s'appuyant sur l'&#201;vangile et le magist&#232;re de l'&#201;glise, tr&#232;s &#233;loign&#233;e des manich&#233;ismes faciles, Pierre de Lauzun nous aide &#224; comprendre la nature paradoxale de l'argent et les raisons de l'attrait qu'il peut exercer sur nous, tout en nous aidant &#224; ajuster notre rapport &#224; lui, &#224; la lumi&#232;re du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du choix de notre activit&#233; professionnelle &#224; la meilleure fa&#231;on d'investir, en passant par les montants qu'il est souhaitable de r&#233;server pour les dons, cet ouvrage propose de nombreuses r&#233;flexions qui sont autant de balises concr&#232;tes sur le chemin du royaume de Dieu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est plus facile &#224; un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'&#224; un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si tu veux &#234;tre parfait, vends tes biens et suis-moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seigneur, tu m'as confi&#233; cinq talents ; voil&#224;, j'en ai gagn&#233; cinq autres. &#187; &#171; Faites-vous des amis avec l'argent malhonn&#234;te, afin que, le jour o&#249; il ne sera plus l&#224;, ces amis vous accueillent dans les demeures &#233;ternelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent est tr&#232;s pr&#233;sent dans les &#201;vangiles, mais les textes n'envoient pas un message simple et unilat&#233;ral &#224; son &#233;gard. Sa puissance de fascination est constamment d&#233;nonc&#233;e. Et pourtant, ce m&#234;me &#201;vangile nous dit qu'il faut l'utiliser, lucidement et activement. Il y a donc d&#232;s les origines une tension entre la foi chr&#233;tienne et cette chose &#233;trange qu'est l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;nigme qui reprend un sens tout particulier &#224; notre &#233;poque, o&#249; l'emprise de l'&#233;conomie est sans pr&#233;c&#233;dent historique. Une &#233;conomie dans laquelle l'argent joue un r&#244;le central, indispensable mais inqui&#233;tant. O&#249; on n'a pas de probl&#232;me &#224; affamer les pensionnaires d'une maison de retraite pour am&#233;liorer la rentabilit&#233;. Ou de payer une femme pour porter un b&#233;b&#233; qu'on a achet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre toute la mesure de ces exigences, dans la vie r&#233;elle qui est la n&#244;tre, sans culpabilisation st&#233;rile, mais sans occulter l'appel que nous avons re&#231;u, est donc pour nous une t&#226;che majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre veut contribuer &#224; cette r&#233;flexion, &#224; laquelle aucun chr&#233;tien ne peut &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;INTRODUCTION &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA FOI CHRETIENNE, LA RICHESSE ET L'ARGENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;LES EVANGILES ET L'ARGENT&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ECONOMIE, PARTOUT DANS LES EVANGILES/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA FOI, LA VIE ETERNELLE, ET LE SENS DE NOTRE VIE EN CE MONDE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT AU TEMPS DE LA CHRETIENTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ARGENT ET LA RICHESSE : L'ENSEIGNEMENT DE L'EGLISE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PAUVRETE ET RICHESSE SELON L'ENSEIGNEMENT DE L'EGLISE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; BIENS TRANSITOIRES ET BIEN ETERNEL : LA LE&#199;ON DES SPIRITUELS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ARGENT, LA RICHESSE ET NOUS&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT ET SES PARADOXES/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT DANS LA SOCIETE, L'USAGE DE L'ARGENT/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT, LA RICHESSE ET LA PAUVRETE EN ESPRIT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ARGENT, CONCRETEMENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ARGENT DANS L'ECONOMIE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ECONOMIE, PROPRIETE ET MARCHE DANS LA DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE/ L'ARGENT COMME MESURE, LE JUSTE PRIX/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA FINANCE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA DETENTION DE GRANDS BIENS, LA FORTUNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;QUE FAIRE AVEC NOTRE ARGENT ? NOTRE VOCATION, NOS BESOINS, NOS DEPENSES	&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; NOTRE VOCATION/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; NOS DEPENSES ET NOTRE CONSOMMATION/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; MAITRISER ET ORIENTER NOTRE CONSOMMATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;QUE FAIRE AVEC NOTRE ARGENT ? L'INVESTISSEMENT ET LE DON&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'INVESTISSEMENT RESPONSABLE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; QUELLE ORIENTATION POUR UN INVESTISSEMENT ETHIQUE ?/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LE DON ET LA GENEROSITE : POURQUOI ?/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LE DON ET LA SOLIDARITE, DANS LA PRATIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SYNTHESE PRATIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi et &#224; qui donner de son argent ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Pourquoi-et-a-qui-donner-de-son-argent.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Pourquoi-et-a-qui-donner-de-son-argent.html</guid>
		<dc:date>2017-05-15T08:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>
		<dc:subject>Don</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Donner est un devoir essentiel du chr&#233;tien, car nos biens nous sont confi&#233;s en vue du bien commun. Il est ainsi de notre responsabilit&#233; de d&#233;terminer combien et &#224; qui donner, en fonction de notre position et de notre vocation propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut la peine d'y r&#233;fl&#233;chir !...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Evangile-et-argent-+.html" rel="tag"&gt;Evangile et argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-la-richesse-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et la richesse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Don-+.html" rel="tag"&gt;Don&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi et &#224; qui donner de son argent ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Donner est un devoir essentiel du chr&#233;tien, car nos biens nous sont confi&#233;s en vue du bien commun. Il est ainsi de notre responsabilit&#233; de d&#233;terminer combien et &#224; qui donner, en fonction de notre position et de notre vocation propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut la peine d'y r&#233;fl&#233;chir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://questions.aleteia.org/articles/179/pourquoi-et-a-qui-donner-de-son-argent/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://questions.aleteia.org/articl...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Est-il vraiment plus difficile aux riches qu'aux pauvres d'entrer dans le Royaume de Dieu ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Est-il-vraiment-plus-difficile-aux-riches-qu-aux-pauvres-d-entrer-dans-le.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Est-il-vraiment-plus-difficile-aux-riches-qu-aux-pauvres-d-entrer-dans-le.html</guid>
		<dc:date>2016-08-13T08:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Saintet&#233; et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'&#201;vangile souligne le danger que peut constituer la richesse pour notre salut. Et il nous donne l'antidote : suivre la volont&#233; de Dieu dans l'usage de cette richesse, nous en d&#233;tacher int&#233;rieurement pour en faire un usage tourn&#233; vers le bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, les biens mat&#233;riels sont des dons de Dieu. D'un autre c&#244;t&#233;, les &#201;critures demandent de relativiser ces richesses. Y a-t-il alors mal&#233;diction des &#171; riches &#187; ? Ou un bon usage des richesses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Aleteia&lt;/i&gt; Questions de fond&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Saintete-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Saintet&#233; et &#233;conomie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


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&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://questions.aleteia.org/articles/157/est-il-vraiment-plus-difficile-aux-riches-quaux-pauvres-dentrer-dans-le-royaume-de-dieu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://questions.aleteia.org/articl...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le pape Fran&#231;ois et la finance : la r&#233;volution ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-la-finance-la-revolution.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-la-finance-la-revolution.html</guid>
		<dc:date>2014-04-07T08:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Evangelii Gaudium</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les d&#233;clarations &#233;nergiques du pape Fran&#231;ois n'ont pas &#233;pargn&#233; l'&#233;conomie mondialis&#233;e, la finance et le r&#232;gne de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r il retrouve l&#224;, avec encore plus de vigueur, un th&#232;me constant de la Doctrine sociale, qui, &#224; la suite des Evangiles, a toujours d&#233;nonc&#233; le pouvoir de fascination de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme dans d'autres domaines, certains lui trouvent des accents nouveaux, une forme de tournant &#8216;proph&#233;tique'. Qu'en est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'idol&#226;trie de l'argent, fait explicatif premier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans Evangelii Gaudium, le pape d&#233;nonce comme on sait une &#171; &#233;conomie de l'exclusion et de la disparit&#233; sociale &#187;, qui rel&#232;gue la personne en dehors, comme un d&#233;chet : &#171; 53. Aujourd'hui, tout entre dans le jeu de la comp&#233;titivit&#233; et de la loi du plus fort, o&#249; le puissant mange le plus faible. [&#8230;] On consid&#232;re l'&#234;tre humain en lui-m&#234;me comme un bien de consommation, qu'on peut utiliser et ensuite jeter. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; cette situation les b&#233;n&#233;ficiaires du syst&#232;me (nous tous en un sens) cultivent dit-il deux attitudes. L'une est id&#233;ologique : l'id&#233;e qu'un m&#233;canisme automatique fasse b&#233;n&#233;ficier les pauvres de la croissance &#233;conomique sans effort ni mesure particuliers. Le pape conteste frontalement l'affirmation : &#171; 54. Certains d&#233;fendent encore les th&#233;ories de la &#8216;retomb&#233;e favorable', qui supposent que chaque croissance &#233;conomique, favoris&#233;e par le libre march&#233;, r&#233;ussit &#224; produire en soi une plus grande &#233;quit&#233; et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n'a jamais &#233;t&#233; confirm&#233;e par les faits, exprime une confiance grossi&#232;re et na&#239;ve dans la bont&#233; de ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir &#233;conomique et dans les m&#233;canismes sacralis&#233;s du syst&#232;me &#233;conomique dominant. En m&#234;me temps, les exclus continuent &#224; attendre. &#187; cela a permis de se blinder int&#233;rieurement contre toute compassion : &#171; pour pouvoir soutenir un style de vie qui exclut les autres, ou pour pouvoir s'enthousiasmer avec cet id&#233;al &#233;go&#239;ste, on a d&#233;velopp&#233; une mondialisation de l'indiff&#233;rence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Une &#171; nouvelle idol&#226;trie de l'argent &#187; est directement mise en cause. &#171; 55. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons &#233;tablie avec l'argent, puisque nous acceptons paisiblement sa pr&#233;dominance sur nous et sur nos soci&#233;t&#233;s. [&#8230;] La crise mondiale qui investit la finance et l'&#233;conomie manifeste ses propres d&#233;s&#233;quilibres et, par-dessus tout, l'absence grave d'une orientation anthropologique qui r&#233;duit l'&#234;tre humain &#224; un seul de ses besoins : la consommation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une id&#233;ologie de l'autonomie absolue du march&#233;, refusant tout contr&#244;le, et source d'une in&#233;galit&#233; galopante : &#171; 56. Alors que les gains d'un petit nombre s'accroissent exponentiellement, ceux de la majorit&#233; se situent d'une fa&#231;on toujours plus &#233;loign&#233;e du bien-&#234;tre de cette heureuse minorit&#233;. Ce d&#233;s&#233;quilibre proc&#232;de d'id&#233;ologies qui d&#233;fendent l'autonomie absolue des march&#233;s et la sp&#233;culation financi&#232;re. Par cons&#233;quent, ils nient le droit de contr&#244;le des &#201;tats charg&#233;s de veiller &#224; la pr&#233;servation du bien commun. [&#8230;] S'ajoutent &#224; tout cela une corruption ramifi&#233;e et une &#233;vasion fiscale &#233;go&#239;ste qui ont atteint des dimensions mondiales. L'app&#233;tit du pouvoir et de l'avoir ne conna&#238;t pas de limites. Dans ce syst&#232;me, qui tend &#224; tout phagocyter dans le but d'accro&#238;tre les b&#233;n&#233;fices, tout ce qui est fragile, comme l'environnement, reste sans d&#233;fense par rapport aux int&#233;r&#234;ts du march&#233; divinis&#233;, transform&#233;s en r&#232;gle absolue. &#187; Corr&#233;lativement on r&#233;cuse toute r&#233;f&#233;rence &#233;thique : &#171; 57. Derri&#232;re ce comportement se cachent le refus de l'&#233;thique et le refus de Dieu. Habituellement, on regarde l'&#233;thique avec un certain m&#233;pris narquois. On la consid&#232;re contre-productive, trop humaine, parce qu'elle relativise l'argent et le pouvoir. On la per&#231;oit comme une menace, puisqu'elle condamne la manipulation et la d&#233;gradation de la personne. &#187; Le pape en appelle d&#232;s lors &#224; la fois aux gouvernants et aux responsables &#233;conomiques, pour une r&#233;forme &#233;thique : &#171; 58. Une r&#233;forme financi&#232;re qui n'ignore pas l'&#233;thique demanderait un changement vigoureux d'attitude de la part des dirigeants politiques, que j'exhorte &#224; affronter ce d&#233;fi avec d&#233;termination et avec clairvoyance, sans ignorer, naturellement, la sp&#233;cificit&#233; de chaque contexte. L'argent doit servir et non pas gouverner ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous retrouvons ces th&#232;mes dans les nombreuses occasions dans lesquelles le pape a pris la parole pendant sa premi&#232;re ann&#233;e de pontificat. Outre que &#171; l'avidit&#233; de l'argent est de fait la racine de tous les maux &#187; il peut dit-il faire perdre la foi. Il fait notamment un lien direct entre l'argent, l'orgueil et l'idol&#226;trie car dit-il c'est d'abord d'un p&#233;ch&#233; d'idol&#226;trie qu'il s'agit, plus encore que d'avidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape consid&#232;re donc que le d&#233;placement idol&#226;trique a pris une proposition syst&#233;mique et constitue une sorte de culture commune, une structure de p&#233;ch&#233;. Mais un &#233;l&#233;ment nouveau est sans doute ici la d&#233;nonciation directe du r&#244;le d'une certaine id&#233;ologie de l'autonomie absolue du march&#233; et de ses effets automatiquement b&#233;n&#233;fiques. Ceci dit il ne souhaite pas d&#233;velopper dans ce texte la dimension &#233;conomique du ph&#233;nom&#232;ne : &#171; 184. Ceci n'est pas un document social, et pour r&#233;fl&#233;chir sur ces th&#233;matiques diff&#233;rentes nous disposons d'un instrument tr&#232;s adapt&#233; dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'&#201;glise, dont je recommande vivement l'utilisation et l'&#233;tude. En outre, ni le Pape, ni l'&#201;glise ne poss&#232;dent le monopole de l'interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233; sociale ou de la proposition de solutions aux probl&#232;mes contemporains. &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'int&#233;gration sociale des pauvres et le besoin d'une autre politique &lt;br class='autobr' /&gt;
Une des cons&#233;quences de ce qui pr&#233;c&#232;de vise la conversion personnelle. Ceci s'enracine bien entendu dans la Doctrine sociale, qui souligne le r&#244;le des propri&#233;taires. &#171; 189. La solidarit&#233; est une r&#233;action spontan&#233;e de celui qui reconna&#238;t la fonction sociale de la propri&#233;t&#233; et la destination universelle des biens comme r&#233;alit&#233;s ant&#233;rieures &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. La possession priv&#233;e des biens se justifie pour les garder et les accro&#238;tre de mani&#232;re &#224; ce qu'ils servent mieux le bien commun, c'est pourquoi la solidarit&#233; doit &#234;tre v&#233;cue comme la d&#233;cision de rendre au pauvre ce qui lui revient. &#187; Plus encore &#171; un changement des structures qui ne g&#233;n&#232;re pas de nouvelles convictions et attitudes fera que ces m&#234;mes structures t&#244;t ou tard deviendront corrompues, pesantes et inefficaces. &#187; Cela concerne donc chacun de nous : &#171; 201. Personne ne devrait dire qu'il se maintient loin des pauvres parce que ses choix de vie lui font porter davantage d'attention &#224; d'autres t&#226;ches [&#8230;] personne ne peut se sentir exempt&#233; de la pr&#233;occupation pour les pauvres et pour la justice sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention : il ne s'agit pas d'une simple assistance, de &#8216;charit&#233;' personnelle ; et le pape en appelle assez vite &#224; &#224; la dimension collective, pour lui essentielle. &#171; 188 Le mot &#8216;solidarit&#233;' est un peu us&#233; et, parfois, on l'interpr&#232;te mal, mais il d&#233;signe beaucoup plus que quelques actes sporadiques de g&#233;n&#233;rosit&#233;. Il demande de cr&#233;er une nouvelle mentalit&#233; qui pense en termes de communaut&#233;, de priorit&#233; de la vie de tous sur l'appropriation des biens par quelques-uns. &#187; D&#232;s lors&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 202. [&#8230;] Les plans d'assistance qui font face &#224; certaines urgences devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s seulement comme des r&#233;ponses provisoires. Tant que ne seront pas r&#233;solus radicalement les probl&#232;mes des pauvres, en renon&#231;ant &#224; l'autonomie absolue des march&#233;s et de la sp&#233;culation financi&#232;re, et en attaquant les causes structurelles de la disparit&#233; sociale, les probl&#232;mes du monde ne seront pas r&#233;solus, ni en d&#233;finitive aucun probl&#232;me. &#187; Le niveau collectif est donc clef. On va voir plus pr&#233;cis&#233;ment comment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une autre politique, visant la paix et le dialogue social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en d&#233;finitive de revoir toute la logique de la politique &#233;conomique &#171; 203. La dignit&#233; de chaque personne humaine et le bien commun sont des questions qui devraient structurer toute la politique &#233;conomique. &#187; C'est un changement profond d'orientation qu'il faut op&#233;rer : &#171; Beaucoup de paroles d&#233;rangent dans ce syst&#232;me ! C'est g&#234;nant de parler d'&#233;thique, c'est g&#234;nant de parler de solidarit&#233; mondiale, c'est g&#234;nant de parler de distribution des biens, c'est g&#234;nant de parler de d&#233;fendre les emplois, c'est g&#234;nant de parler de la dignit&#233; des faibles, c'est g&#234;nant de parler d'un Dieu qui exige un engagement pour la justice. &#187; Ceci vaut aussi au niveau des entrepreneurs (dont c'est la seule mention dans le texte) : &#171; la vocation d'entrepreneur est un noble travail, il doit se laisser toujours interroger par un sens plus large de la vie ; ceci lui permet de servir vraiment le bien commun, par ses efforts de multiplier et rendre plus accessibles &#224; tous les biens de ce monde. &#187; Mais le fait central est que &#171; 204 nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du march&#233;. La croissance dans l'&#233;quit&#233; exige quelque chose de plus que la croissance &#233;conomique, bien qu'elle la suppose ; elle demande des d&#233;cisions, des programmes, des m&#233;canismes et des processus sp&#233;cifiquement orient&#233;s vers une meilleure distribution des revenus, la cr&#233;ation d'opportunit&#233;s d'emplois, une promotion int&#233;grale des pauvres qui d&#233;passe le simple assistanat. Loin de moi la proposition d'un populisme irresponsable, mais l'&#233;conomie ne peut plus recourir &#224; des rem&#232;des qui sont un nouveau venin, comme lorsqu'on pr&#233;tend augmenter la rentabilit&#233; en r&#233;duisant le march&#233; du travail, mais en cr&#233;ant de cette fa&#231;on de nouveaux exclus. &#187; Cela s'&#233;tend, au-del&#224; des besoins de base, &#224; l'acc&#232;s au travail - et au salaire qu'il permet de recevoir : &#171; 192. Nous ne parlons pas seulement d'assurer &#224; tous la nourriture, ou une &#8216;subsistance d&#233;cente', mais que tous connaissent &#8216;la prosp&#233;rit&#233; dans ses multiples aspects'. Ceci implique &#233;ducation, acc&#232;s &#224; l'assistance sanitaire, et surtout au travail, parce que dans le travail libre, cr&#233;atif, participatif et solidaire, l'&#234;tre humain exprime et accro&#238;t la dignit&#233; de sa vie. Le salaire juste permet l'acc&#232;s ad&#233;quat aux autres biens qui sont destin&#233;s &#224; l'usage commun. &#187; Les m&#234;mes th&#232;mes affleurent dans ses interventions diverses pendant l'ann&#233;e. Il y affirme notamment que &#171; pendant que les revenus d'une minorit&#233; croit de fa&#231;on exponentielle, celui de la majorit&#233; baisse. Ce d&#233;s&#233;quilibre r&#233;sulte d'id&#233;ologies qui promeuvent l'autonomie absolue des march&#233;s et la sp&#233;culation financi&#232;re, niant ainsi le droit de contr&#244;le des Etats en charge de promouvoir le bien commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; son appel vibrant au politique : &#171; 205 La politique tant d&#233;nigr&#233;e, est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun. Nous devons nous convaincre que la charit&#233; &#8216;est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais &#233;galement des macro-relations : rapports sociaux, &#233;conomiques, politiques'. [&#8230;] Il est indispensable que les gouvernants et le pouvoir financier l&#232;vent les yeux et &#233;largissent leurs perspectives, qu'ils fassent en sorte que tous les citoyens aient un travail digne, une instruction et une assistance sanitaire. &#187; Car en d&#233;finitive &#171; 240 il revient &#224; l'&#201;tat de prendre soin et de promouvoir le bien commun de la soci&#233;t&#233;. Sur la base des principes de subsidiarit&#233; et de solidarit&#233;, et dans un grand effort de dialogue politique et de cr&#233;ation de consensus, il joue un r&#244;le fondamental, qui ne peut &#234;tre d&#233;l&#233;gu&#233;, dans la recherche du d&#233;veloppement int&#233;gral de tous. &#187; Cet appel au politique retrouve d'ailleurs un th&#232;me tr&#232;s cher au pape, mais peu visible dans ce texte : celui de la nation, sur laquelle il a des accents tr&#232;s forts dans d'autres documents d'avant son &#233;lection, qui ne sont pas sans rappeler Jean-Paul II - notamment ses recueils d'hom&#233;lies parues en Argentine sur ce th&#232;me. L'opposition entre patriotisme et argent apatride est comme on sait un th&#232;me classique et ancien. Le pape le traite sans aucune x&#233;nophobie ; mais pour lui la nation est &#224; l'&#233;vidence le lieu majeur de l'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;El&#233;ments d'analyse : conversion ou social-d&#233;mocratie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'on peut croire, il n'est pas facile de situer la pens&#233;e du pape Fran&#231;ois, et ce texte par ailleurs clair n'y &#233;chappe pas. Le contexte nous aide : il s'agit de la joie de l'Evangile, c'est une exhortation destin&#233;e aux chr&#233;tiens, et &#224; leur conversion, leur transformation int&#233;rieure, se traduisant par des gestes concrets et significatifs, au niveau personnel et collectif, notamment autour du th&#232;me de la pauvret&#233;. Le ton et la profondeur morale et spirituelle de ce document sont remarquables, et ne peuvent laisser ni indiff&#233;rents ni inactifs. Mais comme le pape le pr&#233;cise, ce n'est pas un texte de Doctrine sociale. En fait le nom m&#234;me d'exhortation nous en donne le sens : malgr&#233; les apparences, ce n'est pas une encyclique, texte doctrinal, mais une forme de sermon du &#171; cur&#233; du monde &#187; comme certains l'ont appel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit plusieurs questions &#233;conomiques et sociales sont abord&#233;es avec force et ne sont pas des mentions en passant. Si le style &#233;nergique du pape sur ces sujets (qui rappelle un saint Jean Chrysostome) peut para&#238;tre trancher avec ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le fond est pour l'essentiel commun. L'opposition camp&#233;e avec force entre d'un c&#244;t&#233; l'idol&#226;trie de l'argent et de la consommation, et de l'autre la morale et la charit&#233; comme guides de notre action, est traditionnelle. Tout comme le refus d'un march&#233; ou d'une &#233;conomie sans r&#232;gles, la n&#233;cessit&#233; d'un encadrement &#233;thique et juridique, notamment dans un but de solidarit&#233; avec les pauvres, qui doivent &#234;tre int&#233;gr&#233;s dans la communaut&#233; - non seulement eu &#233;gard &#224; leurs besoins mais comme participants &#224; part enti&#232;re, par leur travail. Sur ce plan l'irritation de certains &#233;conomistes am&#233;ricains peut surprendre. Ces critiques ont m&#234;me conduit le pape &#224; pr&#233;ciser cette &#233;vidence qu'il n'&#233;tait pas marxiste&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit on peut noter dans notre texte des accents que certains, notamment dans les medias, voient comme des inflexions. C'est d'abord la radicalit&#233; du ton, marque de fabrique du pape Fran&#231;ois, qui peut surprendre les uns et choquer les autres, sans que ce soit n&#233;cessairement son intention : c'est surtout un moyen pour secouer les bonnes consciences, ou les sourds volontaires. Mais une telle lecture est surtout la r&#233;sultante d'une tendance du pape &#224; ne pas &#233;quilibrer un propos allant avec force dans un sens par un correctif qui l'&#233;quilibre et &#233;vite une mauvaise interpr&#233;tation. Dans tous ces textes, ce qui frappe est l'insistance (fond&#233;e) sur les limites du culte de l'argent, nourrissant une certaine id&#233;ologie dominante et l'apologie d'un march&#233; incontr&#244;l&#233;. Mais en contre-point on ne trouve que peu ou pas des notions traditionnelles dans l'enseignement de l'Eglise comme la subsidiarit&#233;, la libert&#233;, la r&#233;alisation de la personne dans le travail, et plus g&#233;n&#233;ralement les bienfaits de l'&#233;conomie d'initiative, d'entreprise et donc de march&#233;, si elle est bien comprise et surtout responsable. Or ces bienfaits sont r&#233;els m&#234;me s'ils sont en partie g&#226;ch&#233;s par une id&#233;ologie et des pratiques mal orient&#233;es, et ils ont d&#232;s lors &#233;t&#233; soulign&#233;s avec clart&#233; tant par les papes pr&#233;c&#233;dents que par le Compendium - que recommande le pape Fran&#231;ois. Corr&#233;lativement le r&#244;le essentiel de l'Etat est rappel&#233; &#224; juste titre par le pape, mais pas ses limites pourtant &#233;galement manifestes, voire ses graves d&#233;viances. Il est d&#232;s lors peu douteux que du seul c&#244;t&#233; des mesures &#224; prendre on classerait spontan&#233;ment le texte dans la mouvance social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en r&#233;alit&#233;, &#224; nouveau, ce texte ne vise pas &#224; faire une analyse &#233;conomique. La principale affirmation d'ordre proprement &#233;conomique est la n&#233;gation abrupte par le pape de la th&#233;orie des retomb&#233;es automatiques : elle est en un sens unilat&#233;rale parce qu'elle ne reconna&#238;t pas l'existence des retomb&#233;es de l'activit&#233; &#233;conomique concurrentielle ; elle ne voit que l'hypocrisie (bien r&#233;elle elle aussi) de ceux qui s'en drapent pour justifier la loi de la jungle. C'est pourtant un fait que ces retomb&#233;es existent : une grande partie de l'humanit&#233; a r&#233;ellement progress&#233; du moins mat&#233;riellement - mais le pape ne le mentionne pas. De la m&#234;me fa&#231;on, si l'in&#233;galit&#233; cro&#238;t selon certains crit&#232;res, en revanche affirmer que seule une minorit&#233; s'enrichit et que la majorit&#233; s'appauvrit ne correspond pas aux faits pour une grande partie de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas sous cet angle qu'il faut principalement aborder ce texte et les autres interventions du pape. Il s'y concentre sur un message de conversion, sans chercher &#224; donner une vue exhaustive du paysage. C'est la vision d'une soci&#233;t&#233; renouvel&#233;e par le changement en profondeur du regard mutuel de ses membres, et l'action solidaire qui en r&#233;sulte : elle a beaucoup de force, tout en restant g&#233;n&#233;rale. C'est que, &#224; nouveau, ce ne sont pas des textes principalement doctrinaux. Bien entendu le pontificat ne fait que commencer, et les textes ult&#233;rieurs du pape lui permettront de clarifier sa pens&#233;e. Dans l'intervalle, mieux vaut ne pas projeter ses propres d&#233;sirs sur la pens&#233;e du pontife. Et tant mieux si sa fabuleuse &#233;nergie peut toucher le c&#339;ur des puissants&#8230; et des autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Donner son argent : combien et &#224; qui ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Donner-son-argent-combien-et-a-qui.html</link>
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		<dc:date>2013-11-02T10:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>Don</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Donner est certainement un ma&#238;tre mot de la Bible et plus particuli&#232;rement des &#233;vangiles. Ce principe a m&#234;me vocation &#224; devenir central dans nos vies, &#224; commencer par le don de son temps et de sa disponibilit&#233; personnelle, et il n'&#233;pargne pas non plus la vie professionnelle, y compris en entreprise. Ceci vaut bien s&#251;r pour le chr&#233;tien, ce qui sera notre optique ici, mais aussi pour toute personne de bonne volont&#233;, que cette r&#233;flexion peut donc int&#233;resser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le domaine le plus imm&#233;diat d'application de ce principe est bien entendu le don personnel en argent. Apparemment simple, il pose en r&#233;alit&#233; des questions &#224; beaucoup de personnes. Notamment dans un pays comme la France, &#224; fiscalit&#233; &#233;lev&#233;e, et o&#249; les charges notamment familiales sont lourdes. Combien donner ? A qui ? Ce sont l&#224; des questions qu'il faut se poser. Naturellement il n'y a pas de r&#232;gle fixe en la mati&#232;re. Mais il me para&#238;t utile de livrer quelques r&#233;flexions qui peuvent permettre d'&#233;clairer la d&#233;marche de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donner est certainement un ma&#238;tre mot de la Bible et plus particuli&#232;rement des &#233;vangiles. Ce principe a m&#234;me vocation &#224; devenir central dans nos vies, &#224; commencer par le don de son temps et de sa disponibilit&#233; personnelle, et il n'&#233;pargne pas non plus la vie professionnelle, y compris en entreprise. Ceci vaut bien s&#251;r pour le chr&#233;tien, ce qui sera notre optique ici, mais aussi pour toute personne de bonne volont&#233;, que cette r&#233;flexion peut donc int&#233;resser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le domaine le plus imm&#233;diat d'application de ce principe est bien entendu le don personnel en argent. Apparemment simple, il pose en r&#233;alit&#233; des questions &#224; beaucoup de personnes. Notamment dans un pays comme la France, &#224; fiscalit&#233; &#233;lev&#233;e, et o&#249; les charges notamment familiales sont lourdes. Combien donner ? A qui ? Ce sont l&#224; des questions qu'il faut se poser. Naturellement il n'y a pas de r&#232;gle fixe en la mati&#232;re. Mais il me para&#238;t utile de livrer quelques r&#233;flexions qui peuvent permettre d'&#233;clairer la d&#233;marche de chacun.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le contexte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le premier examen est naturellement celui de la disponibilit&#233;. Il va de soi que plus on a re&#231;u de moyens, plus on doit veiller &#224; ce que ces moyens soient utilis&#233;s en vue du Bien commun. Le premier niveau d'obligation est celui qui r&#233;sulte de notre famille, d&#233;pendant de notre position dans la soci&#233;t&#233; et des usages, et appr&#233;ci&#233; en conscience. Tout ce qui d&#233;passe ce niveau doit aller &#224; un degr&#233; ou un autre dans le sens du Bien commun et faire l'objet d'une r&#233;flexion pour prendre en compte la responsabilit&#233; correspondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ranger ces pr&#233;occupations en deux grandes cat&#233;gories : l'investissement et la g&#233;n&#233;rosit&#233;. L'investissement, c'est la cr&#233;ation de moyens de production de richesse collective future. Il est donc en soi bon. On dira que l'investissement n'est pas altruiste, puisqu'il est suppos&#233; nous rapporter plus encore. Mais que cela rapporte ne diminue pas l'ordination au service du bien commun, pourvu qu'on tienne compte de crit&#232;res de jugement larges, non limit&#233;s au seul r&#233;sultat financier, et notamment &#233;thiques. Autant en effet il faut que certains qui ont &#233;t&#233; appel&#233;s &#224; cela donnent tout ce qu'ils ont et se d&#233;pouillent comme il a &#233;t&#233; demand&#233; par le Christ au jeune homme riche de l'Evangile, autant il faut que la richesse, qui est en soi utile et doit &#234;tre d&#233;velopp&#233;e, soit g&#233;r&#233;e au mieux par des gens responsables et bienveillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut rapprocher de l'investissement ainsi compris la d&#233;pense dans des domaines qui ont un effet positif sur l'orientation de l'&#233;conomie et sur le type de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut enfin pas oublier la dimension familiale de la fortune : une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir et &#224; leur tour de faire du bien, l&#224; aussi dans le sens du bien commun. Certains estiment qu'il n'est pas juste de faire h&#233;riter ses enfants. Outre qu'aucun texte biblique, ni la tradition des Eglises, ne va dans ce sens, cette conception, surtout am&#233;ricaine, m&#233;conna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la communaut&#233; familiale, et la priorit&#233; au bon usage de la richesse &#8211; qui s'apprend notamment en famille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Donner malgr&#233; la redistribution op&#233;r&#233;e par l'imp&#244;t&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais bien entendu l'autre grande cat&#233;gorie d'utilisation de la richesse est ce qui rel&#232;ve de la g&#233;n&#233;rosit&#233;. Cela peut concerner de nombreuses causes d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, et pour le chr&#233;tien d'abord ce qui va &#224; l'Eglise, et ce qui va aux pauvres au sens large : soit en leur donnant directement des moyens, soit en finan&#231;ant des &#339;uvres qui les aident. Ils rel&#232;vent tous deux par excellence de la charit&#233; au sens v&#233;ritable du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains objecteront ici que de nos jours la redistribution &#233;tatique r&#233;pond &#224; ce besoin (du moins pour ceux qui sont dans le besoin). Elle est de fait massive, et pr&#233;tend r&#233;pondre &#224; l'essentiel de ces besoins. Or ce n'est pas un vrai don puisque c'est forc&#233; (m&#234;me si en principe c'est vot&#233; et donc par l&#224; accept&#233;). Mais c'est ind&#233;niablement massivement redistributif : celui qui les paye n'en tire en effet aucun avantage marginal r&#233;el, et cela lui co&#251;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en dire ? Nous ne regarderons pas ici si c'est justifi&#233; ou pas : nous prendrons le dispositif comme un fait. Il me para&#238;t que cela ne dispense en rien d'un effort de don personnel. D'abord cela ne saurait dispenser chacun d'un effort de r&#233;flexion sur ce qu'il a &#224; faire, lui, avec ce qui lui reste, et notamment si on prend en cause deux consid&#233;rations. La premi&#232;re est celle de nos responsabilit&#233;s. Comme notre m&#233;rite dans la d&#233;cision de pr&#233;l&#232;vement public est par d&#233;finition pratiquement nul, si on veut appliquer les pr&#233;ceptes &#233;vang&#233;liques de don il faut regarder ce que nous gagnons apr&#232;s toute fiscalit&#233;, et donner une fraction de ce montant. Il n'est en effet pas dit dans les Evangiles qu'il faut donner en fonction de ce que fait l'Etat, mais de donner de ce que nous avons &#224; notre disposition, en fonction des besoins que nous constatons. La seconde consid&#233;ration est celle de la relative inefficacit&#233; de l'action publique, notamment dans le cas des exclus, pour qui le probl&#232;me principal est largement la mani&#232;re de s'occuper d'eux, plus qu'une augmentation des subventions ; d'o&#249; l'utilit&#233; de financer les &#339;uvres qui apportent ce soutien humain. En outre les mailles du filet public sont pleines de trous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette utilit&#233; est en outre indiscutable pour tout ce qui a une signification religieuse, tout ce qui r&#233;pand l'Evangile, ce que l'Etat la&#239;c ne finance pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre objection possible est celle de l'oc&#233;an de la mis&#232;re du monde : comment esp&#233;rer avoir un effet, sur le plan individuel, avec nos moyens minuscules ? Et notamment si on prend en compte la mis&#232;re extr&#234;me d'une partie encore consid&#233;rable du Tiers-Monde. Mais l&#224; encore dans une perspective de foi il ne faut pas s'obnubiler sur ce d&#233;calage. D'abord, naturellement, rien ne justifie de nous d&#233;sint&#233;resser des pauvres parce qu'ils sont lointains, si nous savons sans le moindre doute qu'ils sont dans un grave besoin. D'un autre c&#244;t&#233;, il est vrai que nous devons d'abord faire ce que nous avons &#224; faire l&#224; o&#249; nous sommes, en traitant les probl&#232;mes qui se posent concr&#232;tement &#224; nous : ce n'est pas pour rien que les Evangiles parlent de notre &#8216;prochain'. Mais le prochain n'est pas uniquement celui qui nous est g&#233;ographiquement proche : c'est aussi quelqu'un sur qui notre attention est manifestement attir&#233;e de fa&#231;on particuli&#232;re, parce que nous le rencontrons, ou parce que nous sentons un appel de la Providence en ce sens : c'est qu'alors un effort sp&#233;cial nous est demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Combien donner ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle fraction donner ? Cela d&#233;pend &#233;videmment de chacun, de ses charges, de son r&#244;le dans la vie, de ses talents, bref de sa vocation, de ce que Dieu lui demande. On sait que dans certaines vocations cela peut aller jusqu'&#224; un don tr&#232;s large, voire total. C'est aussi ce que faisait la pauvre veuve de l'Evangile. Mais dans le cas de celui dont la vocation est de vivre dans le monde, peut-on donner une id&#233;e, au moins pour assurer un minimum ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble que l'Ecriture et la tradition (y compris la pratique de l'Eglise pendant des si&#232;cles) nous donnent justement une telle r&#233;f&#233;rence, qui est la d&#238;me. Elle n'est certes pas obligatoire canoniquement ; mais elle a constitu&#233; une base essentielle pendant une tr&#232;s grande p&#233;riode, et la Bible la propose avec force . Cela voudrait dire qu'il serait assez souhaitable, en premi&#232;re indication, de donner au minimum le dixi&#232;me de ce que l'on gagne vraiment (le revenu net, apr&#232;s imp&#244;t).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question se pose alors : dans la fiscalit&#233; fran&#231;aise les dons sont d&#233;ductibles aux 2/3 (et au &#190; &#224; l'ISF pour certains dons). Faut-il alors m&#234;me ne pas d&#233;duire fiscalement pour que ce soit de &#8216;purs' dons ? Je pense que non, et qu'il est en soi bon et m&#234;me recommandable de d&#233;duire. D'abord parce que cela permet, &#224; effort identique, de donner 3 ou 4 fois plus : au lieu de donner 100 &#8364; &#224; la qu&#234;te vous pouvez donner 300 au denier de l'Eglise. Ensuite parce que ce que permet la d&#233;duction fiscale c'est au fond de r&#233;orienter vers des &#339;uvres que l'on choisit de l'argent que l'Etat utiliserait autrement. Quoi de plus juste (et sans doute de plus efficace) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il alors donner 10% de notre revenu, ou viser un effort de 10 % (en consid&#233;rant que ce qui est d&#233;duit n'est pas un vrai don) ? Dans ce dernier cas si on continuait &#224; d&#233;duire fiscalement on devrait donner bien plus (dans la limite du plafond fiscal). Nous pensons que la premi&#232;re r&#233;ponse, un objectif de 10% effectivement vers&#233; &#224; celui &#224; qui nous donnons, est d&#233;j&#224; un bon d&#233;part, m&#234;me si l'effort ultime dans les conditions actuelles n'est alors que de 3.33 %. Car apr&#232;s tout c'est bien ce qui est donn&#233;, et les 6.66 % qui reste c'est de l'imp&#244;t, ce qui repr&#233;sente d&#233;j&#224; un effort. Mais naturellement plus on en fait, mieux c'est !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A qui donner ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A qui donner ? Il nous semble ici que cela d&#233;pend d'abord de notre vocation propre, c'est &#224; dire litt&#233;ralement de l'appel que Dieu nous adresse. Qui est d'ailleurs &#233;volutif : plus on progresse dans la voie de Dieu, plus on voit son propre rapport aux richesses &#233;voluer. Pas toujours dans le sens de l'abandon. Mais s&#251;rement dans leur signification pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, une portion appr&#233;ciable doit aller &#224; nos &#233;glises, qui en France ne sont pas riches et vivent de don. L'Eglise catholique parle de 1 &#224; 2 % du revenu. L&#224; encore, c'est un bon point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, c'est notre responsabilit&#233; &#8211; si nous savons rester &#224; l'&#233;coute de ce qui nous est demand&#233; par Dieu. Et de m&#234;me pour le choix des &#339;uvres ; encore que privil&#233;gier les &#339;uvres chr&#233;tiennes ou de son Eglise paraisse aussi une priorit&#233; naturelle : c'est une moyen de contribuer &#224; signifier la Bonne nouvelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Evangile, le Chr&#233;tien et l'Argent</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-Evangile-le-Chretien-et-l-Argent-354.html</link>
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		<dc:date>2009-12-10T16:11:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;https://www.fnac.com/a1334706/Pierr... &lt;br class='autobr' /&gt;
L' &#233;conomie est au centre de notre vie. Mais l' &#201;vangile n' a pas de mots assez durs pour la richesse sous toutes ses formes. Voil&#224; deux r&#233;alit&#233;s qu' il para&#238;t difficile de concilier. Mais si le christianisme s' accommodait mal de l' &#233;conomie, comment expliquer l' abondance des paraboles &#233;vang&#233;liques qui prennent comme base la vie &#233;conomique ? Comment expliquer l' essor &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s occidentales, d' origine chr&#233;tienne ? Ne serait-ce pas que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/l-evangile-le-chretien-et-l-argent.jpg?1787417300' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.fnac.com/a1334706/Pierre-de-Lauzun-L-Evangile-le-chretien-et-l-argent&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.fnac.com/a1334706/Pierr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#233;conomie est au centre de notre vie. Mais l' &#201;vangile n' a pas de mots assez durs pour la richesse sous toutes ses formes. Voil&#224; deux r&#233;alit&#233;s qu' il para&#238;t difficile de concilier. Mais si le christianisme s' accommodait mal de l' &#233;conomie, comment expliquer l' abondance des paraboles &#233;vang&#233;liques qui prennent comme base la vie &#233;conomique ? Comment expliquer l' essor &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s occidentales, d' origine chr&#233;tienne ? Ne serait-ce pas que l' &#233;conomie est centrale dans le message chr&#233;tien, bien qu' il la d&#233;passe par les perspectives qu' il ouvre ? L' enqu&#234;te men&#233;e par ce livre convoque les &#201;vangiles, la Doctrine sociale de l' &#201;glise, et la r&#233;flexion du praticien de la finance, pour aborder les grandes questions que pose l' &#233;conomie contemporaine. Et, au-del&#224;, celle de la conduite concr&#232;te &#224; tenir, entre ce qu' on a &#224; faire de son argent, et la vocation chr&#233;tienne &#224; la saintet&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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