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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>R&#233;ins&#233;rer l'argent dans la r&#233;alit&#233; humaine </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Reinserer-l-argent-dans-la-realite-humaine.html</link>
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		<dc:date>2026-07-06T16:07:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Les myst&#232;res de l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne. Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts - malgr&#233; ses limites. Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-L-argent-+.html" rel="tag"&gt;L'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Les-mysteres-de-l-argent-199-+.html" rel="tag"&gt;Les myst&#232;res de l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/woman-3373913_640.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REINSERER L'ARGENT DANS LA REALITE HUMAINE
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne, ou analogues. Elles sont consid&#233;r&#233;es ici selon leur apport possible au d&#233;bat collectif sur l'&#233;conomie, dans la perspective du bien commun, sans r&#233;f&#233;rence directe &#224; la dimension religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es, et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts (malgr&#233; ses limites). Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insertion sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Simmel, dans un ouvrage classique , voyait dans l'argent une capacit&#233; &#224; &#234;tre une repr&#233;sentation universelle, formellement neutre, de toute valeur &#233;conomique. Il est normalement stable dans le temps et ais&#233;ment disponible pour n'importe quelle transaction ou pour stocker de la valeur. Dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et tendanciellement relativiste, il repr&#233;sente donc une forme de stabilit&#233; &#224; travers la possibilit&#233; permanente qu'il offre de mesure commune et par l&#224; d'interaction concr&#232;te. Cela implique qu'il soit d&#233;tach&#233; de toute relation aux objets qu'il mesure, et de toute valeur &#8216;intrins&#232;que' : c'est un pur moyen. Et il ne pr&#233;d&#233;termine en rien son utilisation, au contraire de tout autre actif. D'une certaine fa&#231;on donc, il donne la possible d'une forme d'objectivation et peut devenir par-l&#224; cas par cas moyen de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, comme la monnaie est &#233;changeable contre tout, du moins tout ce qui peut &#234;tre c&#233;d&#233; ou acquis, elle a ses limites : elle ne dit rien sur les objets qu'elle permet de vendre ou d'acheter, en dehors de leur prix. Et a fortiori, elle ne dit rien non plus sur la relation qui existe ou pourrait exister entre les personnes qui &#233;changent. Cela souligne bien son caract&#232;re essentiellement instrumental. De ce fait, se concentrer sur la seule dimension mon&#233;taire pr&#233;sente un risque majeur : celui d'oublier des consid&#233;rations humaines essentielles, et notamment les relations entre personnes et dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurence Fontaine, analysant le passage de l'&#233;conomie ancienne &#224; l'&#233;conomie moderne, y voit pr&#233;cis&#233;ment un potentiel de lib&#233;ration. D&#233;crivant les anciennes relations de dette comme largement interpersonnelles et inscrites dans le tissu social, elle discerne avec le XVIIIe si&#232;cle une &#233;volution vers l'objectivation des relations et de l'information. Elle note que &#171; dans ce contexte, les analyses de Simmel sur l'argent qui lib&#232;re des liens personnels sont particuli&#232;rement pertinentes, car l'&#233;change mon&#233;taire met effectivement en &#233;quivalence les choses &#233;chang&#233;es ind&#233;pendamment des liens personnels&#8230; Si &#8216;le march&#233; anonyme des mod&#232;les n&#233;o-classiques n'existe pas dans la vie &#233;conomique', il existe cependant comme une fiction sociale qui structure une nouvelle &#233;conomie politique : la fiction des relations marchandes impersonnelles et &#233;galitaires rend possible l'existence d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. &#187; Ce qui s'oppose au mod&#232;le relationnel ant&#233;rieur, qui impr&#233;gnait la soci&#233;t&#233; du Moyen Age et de la Renaissance, et dans laquelle le christianisme jouait un r&#244;le important. Mod&#232;le qui s'oppose au mode impersonnel caract&#233;ristique de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce nouveau rapport peut &#234;tre alors facteur de d&#233;shumanisation et d'asservissement, puisque pr&#233;cis&#233;ment il ne prend pas en compte l'ensemble des relations pr&#233;sentes ou possibles, ainsi que toute sp&#233;cificit&#233; autre que refl&#233;t&#233;e dans la valeur &#233;conomique marchande. De m&#234;me, il r&#233;duit &#224; une mesure commune mat&#233;rielle toutes les diff&#233;rences qualitatives. Cette mesure commune, objective, est utile pour appr&#233;cier la dimension proprement mat&#233;rielle, &#233;conomique en un sens, de tout choix, mais seulement cette dimension, qui n'est pas la seule ni souvent m&#234;me la principale. Le risque de l'absolutiser est d'autant plus grand qu'il propose une forme d'universalit&#233;, un moyen de tout faire passer &#224; travers son prisme. Dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e et relativiste, il reste parfois le seul moyen de r&#233;soudre une question par une transaction, m&#234;me si par ailleurs on n'est d'accord sur rien. Simmel note m&#234;me que &#171; l'argent, moyen absolu et donc lieu de rencontre d'innombrables s&#233;ries t&#233;l&#233;ologiques, a des rapports significatifs, psychologiquement, avec l'id&#233;e de Dieu &#187; ; comme lui, dit-il, il est la co&#239;ncidence ou le centre commun de tous les oppos&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne donne aucun forme d'unit&#233; ou de convergence &#224; la soci&#233;t&#233; ; l'argent peut alors aussi &#234;tre un facteur d'&#233;clatement de celle-ci : r&#233;ducteur de tout lien, source d'in&#233;galit&#233;s mal ressenties, d'autant qu'il n'a pas de fondement dans des liens humains ou dans des valeurs objectives. En perspective chr&#233;tienne, cela rappelle le propos &#233;vang&#233;lique sur le fait qu'on ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et Mammon (l'argent personnifi&#233; contre le Bien par excellence, qui est amour). Pourtant le m&#234;me texte ne recommande pas de l'&#233;liminer, mais de l'utiliser intelligemment dans le sens du bien, et notamment en faveur de son prochain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'usage de l'argent : le&#231;ons de la tradition chr&#233;tienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin, reprenons plusieurs r&#233;flexions issues de la tradition chr&#233;tienne. On peut par exemple trouver chez saint Thomas d'Aquin, autorit&#233; majeure en contexte catholique, les &#233;l&#233;ments d'une conception plus ou moins implicite de l'&#233;conomie et de la monnaie , qui inspirera toute la tradition catholique jusqu'&#224; r&#233;cemment. On &#233;voquera notamment son analyse du juste prix et du taux d'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;changes commerciaux et le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Le motif est moral : ne pas vendre quelque chose plus que cela ne vaut. Ce qui suppose d'avoir une notion de prix de r&#233;f&#233;rence, socialement &#233;tabli. Pour faire bref, ce prix est un prix d&#233;rivant des conditions locales ; il est fluctuant et se d&#233;gage par un processus commun de confrontation des besoins &lt;i&gt;(indigentia&lt;/i&gt;). Thomas ne pr&#233;voit donc pas que ce prix soit fix&#233; par la loi. Il ne se r&#233;f&#232;re pas non plus &#224; la nature des choses, mais &#224; la mani&#232;re dont ces choses sont utilis&#233;es par les hommes, &#224; leurs besoins. On retrouve assez clairement ce qu'on appellera plus tard un effet de l'offre et de la demande. Mais cela ne veut pas dire que ce juste prix co&#239;ncide toujours avec le prix de march&#233; au sens habituel aujourd'hui. En particulier, il ne se r&#233;sume pas &#224; un pur accord entre acheteur et vendeur, puisqu'il a un caract&#232;re objectif : il est &#233;tabli implicitement sur un &#8216;march&#233;' large, ouvert, o&#249; tous participent, et o&#249;, en outre, tous sont l&#224; pour rechercher la justice. Il r&#233;sulte en d&#233;finitive de la confrontation large et honn&#234;te des besoins humains et des ressources disponibles &#224; un moment donn&#233; dans un endroit donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parvient &#224; cette mesure gr&#226;ce &#224; cet instrument qu'est la monnaie, &#233;tabli &#224; cet effet selon une convention entre les hommes. Tant la monnaie elle-m&#234;me, que le march&#233; au sens large, sont donc pour lui des institutions humaines, conventionnelles ; mais elles donnent un fondement ad&#233;quat pour l'exercice de la vertu de justice dans notre monde. Il est &#224; noter que cette conception de la monnaie comme pure convention sociale ne fait aucun allusion &#224; l'or ou &#224; l'argent m&#233;taux (contrairement &#224; son &#233;poque). Cela rappelle de fa&#231;on &#233;tonnante la monnaie actuelle, cr&#233;&#233;e dans une large mesure par le syst&#232;me bancaire, mais plac&#233;e sous le contr&#244;le de la banque centrale et sans lien avec une base ext&#233;rieure comme l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure (c'est-&#224;-dire, dans ce contexte, du taux d'int&#233;r&#234;t) est plus complexe : sa prohibition, qui est la position de Thomas, choque notre logique ; mais il est possible de titrer de cette controverse des conclusions int&#233;ressantes. En simplifiant, sa th&#232;se est qu'en demandant un int&#233;r&#234;t &#224; l'occasion d'un pr&#234;t, on vend deux fois la m&#234;me chose : on facture s&#233;par&#233;ment la d&#233;tention de l'argent et son usage (&#224; la diff&#233;rence d'une maison, qu'on peut louer). En sens inverse, il distingue clairement le pr&#234;t de l'investissement en capital, qui, lui, peut &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, car il n'est pas consomm&#233; dans la transaction : la propri&#233;t&#233; subsiste. Comme on le voit, l'argumentation se base sur une analyse du r&#244;le de l'argent, diff&#233;rente de la perception actuelle et en partie contestable. Mais ce peut &#234;tre un point de d&#233;part pour des r&#233;flexions f&#233;condes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord dit que l'argent est consomm&#233;. Mais si on pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t ; tandis que si on pr&#234;te de l'argent, il subsiste et continue &#224; jouer son r&#244;le d'outil pour l'&#233;change ; en outre, le pr&#234;teur obtient en retour une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur. Cela dit, m&#234;me si l'argent n'est pas &#224; proprement parler consomm&#233;, il n'est pas non plus directement utilisable - hors transaction, contrairement aux autres biens. On l'a dit, c'est un outil, un pur signe dans la soci&#233;t&#233;, purement instrumental. Il y a donc un aspect justifi&#233; dans le fait de le consid&#233;rer &#224; part des autres biens : il ne sert et n'a de sens que relativement &#224; ce qu'il permet d'acqu&#233;rir. Ce qui veut dire concr&#232;tement qu'on doit toujours l'utiliser en ayant d'abord en vue la r&#233;alit&#233; sous-jacente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me affirmation est que l'argent n'a aucune dimension productive, qui justifierait une r&#233;mun&#233;ration. Or il est exact que l'argent &#224; soi seul n'est pas productif ; seul le travail humain au sens large (entreprenariat et direction g&#233;n&#233;rale compris) permet de le faire fructifier. Mais il serait erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine ni outil produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. En d'autres termes, l'argent est aussi moyen d'acqu&#233;rir des outils qui contribuent &#224; la production et dont l'usage est d&#232;s lors l&#233;gitimement r&#233;mun&#233;r&#233;. Mais si une r&#233;mun&#233;ration peut &#234;tre moralement licite, on ne doit pas oublier en m&#234;me temps que cet argent n'est productif qu'ins&#233;r&#233; dans le tissu des relations humaines, en association avec le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'une des caract&#233;ristiques d'un pr&#234;t est d'&#234;tre exigible en justice, contrairement au capital investi en fonds propres. En ce sens, un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un associ&#233; de l'entreprise. En outre, du fait qu'il est exigible selon des modalit&#233;s stipul&#233;es &#224; l'avance, en g&#233;n&#233;ral ind&#233;pendantes des circonstances, le cr&#233;dit pr&#233;sente une rigidit&#233; dont l'histoire des crises financi&#232;res montre qu'il est la source de risques majeurs. Quand donc Thomas accepte comme licite l'investissement en fonds propres, mais exprime sa r&#233;serve pour le cr&#233;dit comme op&#233;ration &#233;conomique, il per&#231;oit plus ou moins confus&#233;ment une r&#233;alit&#233; importante, que notre &#233;poque, ivre de cr&#233;dit et de dette, devrait m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'analyse de saint Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : l'usure au sens actuel &#233;tait alors un vrai fl&#233;au social. En outre, il convient de rappeler le risque plus g&#233;n&#233;ral repr&#233;sent&#233; par l'argent, relev&#233; par les &#201;vangiles : le fait d'&#234;tre repr&#233;sentatif de tout ce qui peut &#234;tre achet&#233;, ce qui peut en faire le support par excellence d'une d&#233;rive : l'avidit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qui ne devrait &#234;tre qu'instrumental. Remarque qui rencontre celle d'Aristote sur la chr&#233;matistique, o&#249; la volont&#233; d'accumuler ne rencontre aucune limite naturelle. On l'a dit, sa neutralit&#233; m&#234;me accentue ce risque, et donc, au lieu de servir d'outil dans la relation entre des personnes, il devient un objectif en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convient donc de corriger l'analyse de Thomas sur l'int&#233;r&#234;t, cela ne fait pas dispara&#238;tre ce qu'il a reconnu de la nature de l'argent : convention sociale permettant l'&#233;change, il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large. Cette r&#233;alit&#233; est moins imm&#233;diatement perceptible dans le cr&#233;dit r&#233;mun&#233;r&#233;, o&#249; on peut avoir tout particuli&#232;rement l'impression fausse que l'argent est productif par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons &#224; en tirer &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de tout ceci deux &#233;l&#233;ments. D'abord, la neutralit&#233; de la monnaie, qui est un pur instrument. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui est possible et l&#233;gal, et qui se r&#233;sout par une op&#233;ration mon&#233;taire est moralement juste. La r&#233;f&#233;rence commune dans ce qui pr&#233;c&#232;de est l'id&#233;e de justice, vertu morale r&#233;gissant les rapports sociaux. La monnaie est un outil &#224; utiliser dans cette perspective, mais qui ne donne pas en elle-m&#234;me la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique de regarder autrement les pratiques sociales. C'est d'abord la transaction commerciale et plus particuli&#232;rement le march&#233; : son bon fonctionnement est un enjeu collectif majeur. C'est ce que d&#233;veloppe le pape Beno&#238;t XVI dans son encyclique Caritas in veritate, au N&#176; 35 : &#171; lorsqu'il est fond&#233; sur une confiance r&#233;ciproque et g&#233;n&#233;rale, le march&#233; est l'institution &#233;conomique qui permet aux personnes de se rencontrer, en tant qu'agents &#233;conomiques, utilisant le contrat pour r&#233;gler leurs relations et &#233;changeant des biens et des services fongibles entre eux pour satisfaire leurs besoins et leurs d&#233;sirs. &#187; Mais &#171; abandonn&#233; au seul principe de l'&#233;quivalence de valeur des biens &#233;chang&#233;s, le march&#233; n'arrive pas &#224; produire la coh&#233;sion sociale dont il a pourtant besoin pour bien fonctionner. Sans formes internes de solidarit&#233; et de confiance r&#233;ciproque, le march&#233; ne peut pleinement remplir sa fonction &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, au N&#176; 36 &#171; Le march&#233; n'est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible. La soci&#233;t&#233; ne doit pas se prot&#233;ger du march&#233;, comme si le d&#233;veloppement de ce dernier comportait ipso facto l'extinction des relations authentiquement humaines. Il est certainement vrai que le march&#233; peut &#234;tre orient&#233; de fa&#231;on n&#233;gative, non parce que c'est l&#224; sa nature, mais parce qu'une certaine id&#233;ologie peut l'orienter en ce sens. Il ne faut pas oublier que le march&#233; n'existe pas &#224; l'&#233;tat pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caract&#233;risent et l'orientent. En effet, l'&#233;conomie et la finance, en tant qu'instruments, peuvent &#234;tre mal utilis&#233;es quand celui qui les g&#232;re n'a comme point de r&#233;f&#233;rence que des int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes. Ainsi peut-on arriver &#224; transformer des instruments bons en eux-m&#234;mes en instruments nuisibles. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit donc jamais perdre de vue la double insertion du march&#233; dans le contexte des relations sociales et humaines : d'un c&#244;t&#233; sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des priorit&#233;s des personnes, l'enjeu de son mode d'organisation, et de l'autre sa n&#233;cessaire r&#233;insertion dans le champ de la soci&#233;t&#233;, et notamment des pr&#233;occupations de justice distributive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle perspective, on peut voir diff&#233;remment la fongibilit&#233; de l'argent. C'en est une propri&#233;t&#233; bien r&#233;elle, mais ce n'est pas une r&#232;gle d'emploi, une n&#233;cessit&#233; logique, ce qui conduirait &#224; reconna&#238;tre a priori une libert&#233; totale dans son utilisation, sous r&#233;serve du respect de lois elles-m&#234;mes con&#231;ues d'abord pour faciliter cette libert&#233;. Il rel&#232;ve certes de l'autonomie des personnes de prendre leurs responsabilit&#233;s (cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e), mais, sous l'angle de l'&#233;thique, elles sont cens&#233;es le faire dans la perspective du bien, et notamment du bien commun, celui de la communaut&#233; (laquelle a d'ailleurs institu&#233; ce m&#234;me argent). Dans cette logique, deux personnes qui font une transaction ne sont pas deux monades qui se rencontrent et qui par hasard auraient cet instrument commun qu'est l'argent, mais deux membres de la communaut&#233; dont chaque acte s'ins&#232;re dans cette communaut&#233; et contribue &#224; la b&#226;tir en utilisant les outils communs, dont la monnaie. M&#234;me si chacun a son r&#244;le et sa vocation propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, dans cette perspective, on peut avoir &#224; reconsid&#233;rer l'organisation m&#234;me de l'activit&#233; financi&#232;re et du march&#233;. Ce qui facilite la recherche commune du juste prix et l'orientation de l'&#233;pargne dans le sens du bien commun va dans le bon sens ; la pure sp&#233;culation au mauvais sens du terme, c'est-&#224;-dire le parasitage de la fonction normale du march&#233;, est contestable. On en est alors conduit par exemple &#224; contester des pratiques comme le trading haute fr&#233;quence, l'achat de CDS hors couverture, voire la cotation en continu ou m&#234;me le r&#244;le devenu pr&#233;pond&#233;rant de la gestion passive : non seulement ils ne contribuent pas au r&#244;le positif du march&#233; ainsi compris, mais ils le perturbent ou le parasitent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Insertion dans l'horizon de temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Encore au-del&#224; de ces consid&#233;rations, se pose la question centrale de la perspective temporelle. Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Sans entrer dans le d&#233;tail, la r&#233;flexion philosophique met en &#233;vidence deux conceptions irr&#233;ductibles du temps : le temps v&#233;cu du moment, le seul r&#233;el pour nous, mais isol&#233; entre un pass&#233; r&#233;volu et un avenir non pr&#233;sent (temps A des philosophes) ; et le temps lin&#233;aire de la datation, objectif mais impersonnel, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont en quelque sorte sur une m&#234;me ligne : elle est la seule scientifique, mais ses donn&#233;es de base, pass&#233; et futur, n'existent pas aujourd'hui (temps B des philosophes). Ces deux conceptions sont incompatibles et irr&#233;conciliables si on les prend telles quelles . Or la finance a justement &#224; traiter cette question du temps : prendre dans le pr&#233;sent une d&#233;cision fond&#233;e sur une avenir inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;cision financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des biens de production, et en particulier du capital, le calcul porte en principe sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent. Ce qu'on appelle finance affecte alors cet argent &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, et notamment des investissements. Elle st cens&#233;e choisir ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. La finance a donc essentiellement &#224; voir avec l'avenir, et avec un avenir &#224; risque. Mais la d&#233;cision se prend au pr&#233;sent, notamment &#224; travers le march&#233; financier. Nous retrouvons donc ici de fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matis&#233;e, et r&#233;duite &#224; une seule dimension mon&#233;taire, les deux notions du temps. D'un c&#244;t&#233;, l'&#233;valuation prend comme r&#233;f&#233;rence le temps lin&#233;aire : elle tente d'&#233;valuer un flux de ressources &#233;tal&#233; sur cette &#233;chelle de temps, et qui n'existe pas encore. D'un autre c&#244;t&#233;, elle le ram&#232;ne au pr&#233;sent en synth&#233;tisant cet ensemble de fa&#231;on actualis&#233;e dans un chiffre op&#233;rationnel : le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tentation du d&#233;miurge : Mammon dieu de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on alors attendre du march&#233; financier ? On peut pragmatiquement y voir la simple confrontation &#224; un moment donn&#233; d'un ensemble d'ordres d'achats et de ventes, offrant le plus large choix aux uns et aux autres. C'est &#224; mon sens l'attitude la plus raisonnable. Mais, on l'a rappel&#233;, la th&#233;orie financi&#232;re a &#233;t&#233; plus ambitieuse, &#224; travers la th&#233;orie des march&#233;s efficients. Selon cette conception, longtemps dominante, le march&#233; confronte de la fa&#231;on la plus efficace l'ensemble des informations disponibles &#224; un moment donn&#233; et donne donc de fa&#231;on synth&#233;tique la meilleure image possible de l'avenir. D&#232;s lors, ce r&#233;sultat peut et doit avoir valeur de guidage pour toute d&#233;cision &#233;conomique, qui doit en bonne logique prendre comme &#233;talon ces valorisations. Toute la comptabilit&#233; en r&#233;sulte alors, et tout le calcul financier. Et en particulier, on peut de ce fait en d&#233;duire pratiquement qu'il n'est plus besoin de r&#233;fl&#233;chir en termes de responsabilit&#233;, encore moins de long terme : tout est synth&#233;tis&#233; dans le prix. Lequel fait en revanche l'impasse sur les valeurs et priorit&#233;s non mon&#233;taires, suppos&#233;es relever du seul choix priv&#233;. Le march&#233; ainsi compris, bien au-del&#224; de son r&#244;le pratique, prend alors une fonction d&#233;miurgique : un crit&#232;re chiffr&#233;, op&#233;rationnel, int&#232;gre l'avenir dans le pr&#233;sent &#224; travers l'argent. On comprend alors la v&#233;h&#233;mence de ceux qui d&#233;noncent la financiarisation de la soci&#233;t&#233; : cela revient &#224; d&#233;noncer une r&#233;duction dramatique de l'humain, au nom d'un parti d&#233;miurgique prom&#233;th&#233;en, illusoire, qui ne vise rien de moins qu'&#224; la ma&#238;trise du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en m&#234;me temps manifeste de ce qui pr&#233;c&#232;de que ce n'est pas la finance comme telle qui pose probl&#232;me : on ne reproche pas &#224; un outil ce qu'en fait un artisan mal intentionn&#233;. Le march&#233; financier, ramen&#233; &#224; de justes proportions, a un r&#244;le pratique : il permet &#224; l'argent &#233;pargn&#233; de s'investir ou de se red&#233;ployer, et d'op&#233;rer une confrontation indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que doit alors &#234;tre le positionnement &#224; prendre, si, contrairement &#224; la vision d&#233;miurgique et r&#233;ductrice ainsi &#233;voqu&#233;e, on cherche &#224; situer le processus de d&#233;cision &#233;conomique et financier dans la r&#233;alit&#233; dans toutes ces dimensions ? On rappellera d'abord le fait que le seul temps r&#233;el pour nous est le pr&#233;sent, mais qu'il va dispara&#238;tre l'instant d'apr&#232;s. Ensuite que nous projetons notre d&#233;cision sur un futur qui n'existe pas &#224; ce stade, mais qui existera, envers lequel notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, mais que nous ne pouvons conna&#238;tre d'un vrai savoir, car nous faisons seulement des hypoth&#232;ses. Enfin, que ces d&#233;cisions que nous prenons, au fond sans tout &#224; fait savoir malgr&#233; le soin que nous y mettons, sont tout sauf anecdotiques ou fugitives, parce que leur cumul conditionne fortement notre avenir collectif : &#224; soi seul cela justifierait que nous y mettions le plus grand soin. Y compris si nous ne sommes pas croyants, en perspective &#233;thique : l'esprit humain est capable de sortir de lui-m&#234;me et de voir ce que signifient ses actes dans une perspective large, notamment en assumant ses responsabilit&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'avenir et de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, cela plaide puissamment en faveur de l'investissement &#233;thique, notamment mais pas uniquement en perspective &#233;cologique. De fa&#231;on analogue et li&#233;e, cela conduit &#224; donner une importance centrale &#224; la perspective temporelle, y compris celle des entreprises dans lesquelles on investit : la vie de l'entreprise s'appr&#233;cie sur la dur&#233;e, souvent longue. Cela vaut pour l'investisseur, mais cela devrait aussi inspirer le droit et les statuts de l'entreprise. Par exemple en supprimant les droits de vote en cas de d&#233;tention sur courte dur&#233;e, ou de gestion passive. Ou encore en modifiant de fa&#231;on radicale la r&#233;mun&#233;ration des dirigeants, notamment en excluant les r&#233;f&#233;rences au court terme, et celles fluctuantes ou manipulables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le constate, un certain d&#233;centrement du regard, puisant dans des sagesses au d&#233;part non &#233;conomiques, ne manque pas d'int&#233;r&#234;t pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans la&lt;/i&gt; Revue d'Economie financi&#232;re &lt;i&gt;N&#176; 162, 2e trimestre 2026&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/ethique-et-finance&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Saint Thomas d'Aquin et la monnaie </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/SAINT-THOMAS-D-AQUIN-ET-LA-MONNAIE.html</link>
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		<dc:date>2025-11-02T14:33:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>Saint Thomas d'Aquin</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Les myst&#232;res de l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Saint Thomas d'Aquin a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort accompli par la scolastique dans ce que nous appelons Moyen Age, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique, mais en gardant une inscription &#233;thique qui sera abandonn&#233;e par celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vise essentiellement deux grands sujets impliquant directement une r&#233;flexion sur la monnaie : la justice des &#233;changes (et du juste prix) ; et le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pure convention sociale permettant l'&#233;change, l'argent est un pur instrument. Il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large, dans le cadre d'une activit&#233; productrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ici les points principaux de mon intervention au colloque Aquinomix &#171; La pens&#233;e &#233;conomique de Thomas d'Aquin : une approche interdisciplinaire &#187; ; Paris 11-13 septembre 2025.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/cash-1169650_640.webp?1787417295' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SAINT THOMAS D'AQUIN ET LA MONNAIE
&lt;p&gt;En perspective &#233;conomique&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Intervention au colloque Aquinomix&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La pens&#233;e &#233;conomique de Thomas d'Aquin : une approche interdisciplinaire/Thoma&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous utiliserons ici les passages de saint Thomas qui visent des sujets que nous classons de nos jours comme &#233;conomiques, en nous concentrant sur la question de l'argent ou monnaie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte est ici all&#233;g&#233;, notamment des mentions pr&#233;cises de sources et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On sait que m&#234;me si cette cat&#233;gorie n'existait pas comme telle du temps de Thomas, et que l'&#233;tat d'avancement de l'&#233;conomie &#233;tait &#233;loign&#233; du n&#244;tre, il a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort alors accompli par la scolastique, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique, mais en gardant une inscription &#233;thique qui sera abandonn&#233;e dans celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre des notions g&#233;n&#233;rales ayant une dimension &#233;conomique (les biens, la propri&#233;t&#233;), cela vise essentiellement deux grands sujets impliquant directement une r&#233;flexion sur la monnaie : la justice des &#233;changes (et du juste prix) ; et le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure. Ces analyses ont un objectif fondamentalement normatif, mais elles ont le m&#233;rite d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques sous-jacents, avant de se prononcer sur le plan moral. J'ai abord&#233; par ailleurs ces points dans un article de la Revue thomiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tome CXX 2020 n&#176;4.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sur lequel je m'appuierai pour examiner le r&#244;le particulier et central que joue l'argent dans cette r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'aborderons donc pas le cadre plus g&#233;n&#233;ral dans lequel cela s'inscrit, au titre notamment de la question g&#233;n&#233;rale du d&#233;sir humain, de ce qu'on peut appeler la vie bonne, ordonn&#233;e &#224; notre bonheur et &#224; notre finalit&#233;. Je n'aborderai pas non plus la question plus g&#233;n&#233;rale du juste emploi de nos moyens mat&#233;riels, que Thomas traite en d&#233;tail et de fa&#231;on f&#233;conde &#224; propos du don et de l'aum&#244;ne ; en effet, c'est une question qui ne porte pas directement sur l'argent comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consid&#233;rations pr&#233;alables &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit trois consid&#233;rations pr&#233;alables sont n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce qu'un bien ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re porte sur ce qu'on peut appeler un bien. Comme on sait, saint Thomas distingue trois sortes de biens : le bien &#8216;honn&#234;te' (qui est aim&#233; en lui-m&#234;me et pour lui-m&#234;me), le bien &#8216;d&#233;lectable', et le bien &#8216;utile'. Ce dernier nous concerne directement ici : c'est un bien recherch&#233; en vue d'un autre bien, de fa&#231;on instrumentale. On y trouve tous les biens n&#233;cessaires &#224; notre vie mat&#233;rielle, qui rel&#232;vent de l'analyse &#233;conomique ; or la vie mat&#233;rielle n'est pas notre fin ultime. Et donc les biens utiles doivent rester instrumentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est a fortiori le cas avec l'argent, lequel est repr&#233;sentatif de tous les biens, du moins en tant qu'on peut se les procurer &#233;conomiquement. D'une certaine fa&#231;on m&#234;me, c'est un instrument au second degr&#233; : un instrument d'instruments. En effet, il peut se substituer dans notre regard aux diff&#233;rents biens utiles, en les d&#233;tachant plus encore de leur finalit&#233; r&#233;elle, qui est en dehors d'eux-m&#234;mes. Cette universalit&#233; de possibilit&#233;s qu'il offre fait comprendre la fascination qu'il exerce &#224; qui regarde les choses dans une perspective purement instrumentale, car il peut finir par &#234;tre per&#231;u comme d&#233;sirable en lui-m&#234;me, par excellence : c'est en effet le moyen absolu pour acc&#233;der &#224; tout ce qui est r&#233;ductible &#224; une dimension &#233;conomique. C'est donc en g&#233;n&#233;ral &#224; travers lui que se court le risque d'un renversement radical des finalit&#233;s, comme les Evangiles le soulignent &#224; plusieurs reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que le pouvoir sur un bien, ou propri&#233;t&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point porte sur la propri&#233;t&#233;. Une angle majeur de l'analyse de Thomas est celui de la justice, qui implique qu'on rende &#224; chacun son d&#251;. Mais pour cela, il faut qu'il y ait un d&#251;. En mati&#232;re &#233;conomique, qu'il y ait un d&#251; suppose dans bien des cas ce qu'on appelle la propri&#233;t&#233;, puisque c'est par la propri&#233;t&#233; que quelqu'un acquiert un droit particulier sur un objet. Comme on sait, pour Thomas, la distribution de la propri&#233;t&#233; ne rel&#232;ve pas directement du droit naturel, mais d'un accord entre les hommes (humanum condictum), qui rel&#232;ve du droit positif et qui est une cr&#233;ation de la raison humaine. Et elle s'inscrit dans un cadre qui est celui de l'utilit&#233; commune ; c'est ce qu'on appellera plus tard la destination universelle des biens, pilier de la Doctrine sociale de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on donc, la destination universelle des biens ne peut se r&#233;aliser que dans la propri&#233;t&#233;, qui confie &#224; chaque homme un certain nombre de biens ; mais l'usage en est subordonn&#233; au bien commun. Nous sommes donc en un sens &#224; nouveau dans le registre instrumental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des moyens majeurs d'exercice de la propri&#233;t&#233; est la possibilit&#233; de changer le propri&#233;taire, c'est-&#224;-dire soit de donner des biens, soit de les &#233;changer - et donc d'acheter et de vendre, ce qui correspond en g&#233;n&#233;ral &#224; ce qu'on appelle un march&#233; (on y reviendra). Mais cet &#233;change implique normalement l'usage de l'argent, par lequel presque exclusivement (hors le cas marginal du troc, et les dons) s'exerce la possibilit&#233; de changer la propri&#233;t&#233; d'un bien contre celle d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, classiquement la monnaie a une triple fonction : comme &#233;talon de mesure pour fixer les prix des biens &#233;changeables ; comme moyen de paiement pour cet &#233;change ; et comme r&#233;serve de valeur, pour garder de mani&#232;re disponible de quoi faire une d&#233;pense ult&#233;rieurement. Ces trois fonctions ne sont pas distingu&#233;es explicitement comme telles par saint Thomas. Mais elles apparaissent clairement dans son analyse, et notamment les deux premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques donn&#233;es sur la monnaie, qui se d&#233;duisent de son r&#244;le. Elle doit &#234;tre &#233;changeable contre tout ce qui peut &#234;tre c&#233;d&#233; ou acquis, raisonnablement stable dans le temps, et disponible de fa&#231;on commode pour &#234;tre stock&#233;e ou pour payer. Son r&#244;le est alors majeur, puisqu'il structure toute la vie &#233;conomique. Mais inversement cela veut dire aussi qu'elle a ses limites : elle ne dit rien sur les objets qu'elle permet de vendre ou d'acheter, en dehors du prix. Elle ne dit rien non plus de la relation qui peut ou pourrait exister entre les personnes qui &#233;changent ; elle se limite &#224; un chiffre. Cette neutralit&#233; est son principal avantage, puisque cela la rend en principe utilisable face &#224; n'importe quel bien. Mais c'est aussi sa limite : elle peut conduire &#224; oublier un ensemble de consid&#233;rations humaines essentielles, que par construction elle ne prend pas en compte, notamment les relations entre personnes. Sur cette base, les politiques comme les moralistes ont critiqu&#233; &#224; juste titre les limites de l'argent et de la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, ceci appara&#238;t en sous-jacent des analyses de saint Thomas que nous allons &#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;changes commerciaux et le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas examine en d&#233;tail deux cat&#233;gories d'&#233;changes volontaires : les achats et ventes d'un c&#244;t&#233;, et le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t. Ce faisant, il ne consacre pas la m&#234;me attention &#224; d'autres op&#233;rations de la vie &#233;conomique (pourtant importantes de son temps aussi), notamment parce qu'il voit moins s'y poser la question d'un jugement moral. Mais on les verra appara&#238;tre ici ou l&#224; dans les analyses qui suivent. Ainsi l'investissement en fonds propres, ou la location d'un immeuble, qui tous deux comportent une dimension mon&#233;taire &#233;vidente. De son point de vue, ils ne paraissent pas soulever de probl&#232;me &#233;thique dans leur principe. La question du contrat de travail ne para&#238;t pas non plus faire l'objet de d&#233;veloppement sp&#233;cifique chez lui, malgr&#233; la nature particuli&#232;re du travail, dont on pourrait s'interroger sur l'appr&#233;ciation &#224; porter sur le fait qu'en un sens on l'&#233;change contre de l'argent. Mais &#224; vrai dire les &#233;vangiles &#233;voquent aussi, sans les critiquer comme tels, des cas d'embauche &#224; leur contrepartie mon&#233;taire. On l'&#233;voquera aussi &#224; l'occasion ci-apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un juste prix objectif, r&#233;sultant de la confrontation des besoins, et mesur&#233; par la monnaie &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Prenons ici la Somme th&#233;ologique, qui l'examine dans un contexte moral. Saint Thomas pose en premier lieu (q 77 a. 1) la question du prix : peut-on vendre quelque chose plus que cela ne vaut ? Comme on sait sa r&#233;ponse est n&#233;gative, notamment au motif que l'Evangile nous dit de ne pas faire &#224; quelqu'un ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fasse ; or personne ne veut payer quelque chose plus que cela ne vaut. Ce qui implique qu'il est reconnu que ce que quelque chose vaut, dans le cadre d'une transaction, est son prix, au sens de la quantit&#233; de monnaie qu'il faut donner pour l'obtenir. On retrouve ici les deux premi&#232;res fonctions de la monnaie (pr&#233;ciser une valeur et permettre de payer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il y a un prix qui sert de r&#233;f&#233;rence, c'est qu'il est ext&#233;rieur aux parties. Le crit&#232;re purement subjectif n'est donc pas suffisamment pertinent pour lui, comme le montrent ses commentaires sauf cas. On notera en outre que Thomas ne pr&#233;voit pas que ce prix soit fix&#233; par la loi. Sinon la question ne se poserait normalement pas (la loi imposerait la r&#233;ponse), et d'ailleurs il mentionne la diff&#233;rence entre ce qu'il pr&#233;conise et la loi civile. Le cadre du raisonnement est implicitement que la transaction est libre : le prix est assum&#233; par les deux parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'article 2 ensuite est &#233;voqu&#233;e la question des d&#233;fauts des produits &#233;chang&#233;s. Comme on peut s'y attendre, la fraude est condamn&#233;e. On notera en particulier sa remarque selon laquelle le prix ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; la nature des choses, mais &#224; la mani&#232;re dont ces choses sont utilis&#233;es par les hommes, &#224; leurs besoins, ce que de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale acheteurs et vendeurs sont suppos&#233;s en &#233;tat de juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est symptomatique est l'analyse qu'il fait du cas d'une diff&#233;rence de prix &#224; deux endroits. C'est l'exemple d'un marchand de bl&#233; qui va vendre l&#224; o&#249; les prix sont &#233;lev&#233;s suit &#224; une disette ; or il sait que d'autres vendeurs vont venir en nombre et donc faire baisser le prix. S'il donne cette information, le prix baissera et il vendra moins cher. Mais contrairement &#224; un d&#233;faut, qui est l&#224; objectivement d&#232;s maintenant ( et qu'on a le devoir moral de r&#233;v&#233;ler, sauf si le vice est &#233;vident), dans l'exemple qu'il cite, c'est &#224; l'avenir qu'on peut s'attendre &#224; une baisse de prix, laquelle reste donc al&#233;atoire. Cela veut dire que notre vendeur peut licitement vendre au prix qu'il trouve dans l'endroit concern&#233; ; il n'est pas oblig&#233; d'&#233;voquer un changement possible de ce prix dans l'avenir. M&#234;me si naturellement il e&#251;t &#233;t&#233; plus &#8216;vertueux' de le dire, ou de baisser un peu son prix. Ce que l'on voit donc ici est que le prix en question est un prix local, d&#233;rivant des conditions locales, et qu'il est fluctuant. On retrouve clairement ce qu'on appellera plus tard un effet de l'offre et la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juste prix ne se r&#233;f&#232;re donc ni &#224; une caract&#233;ristique intrins&#232;que de la chose, ni aux particularit&#233;s de l'acheteur ou du vendeur, ni de leur relation, sauf exception. Il r&#233;sulte de la confrontation large des besoins humains d'un c&#244;t&#233; et des ressources disponibles &#224; un moment donn&#233; dans un endroit donn&#233;. Dans ce texte, il n'est ni fix&#233; par une autorit&#233;, ni donn&#233; par un expert. Ce prix trouv&#233; est donc a priori un genre de prix de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compl&#233;ment&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut pas dire que le juste prix co&#239;ncide exactement avec le prix de march&#233; au sens habituel aujourd'hui. D'une part, il ne se r&#233;sume pas &#224; un accord entre acheteur et vendeur, puisque le prix de r&#233;f&#233;rence a un caract&#232;re objectif : dans l'exemple pr&#233;c&#233;dent, il est &#233;tabli implicitement sur un &#8216;march&#233;' large, ouvert, o&#249; tous participent, et o&#249;, en outre, tous sont l&#224; pour rechercher la justice. Le prix se d&#233;gage alors de ce qu'on peut appeler un processus commun de confrontation des besoins (indigentia). Un tel prix est un fait social, et il est par nature fluctuant. D'o&#249; ce fait remarquable : une norme de justice prend ici comme &#233;talon un fait social fluctuant, qui r&#233;sulte de l'interaction des relations humaines, du moins si elles sont de bonne foi. Et l'outil pour assurer un d&#233;bouch&#233; &#224; cette interaction, c'est la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve dans les commentaires sur l'Ethique d'Aristote une r&#233;flexion compl&#233;mentaire de saint Thomas, qui &#233;claire notamment la r&#233;ponse parfois donn&#233;e par certains &#224; la question du juste prix, consistant &#224; baser le prix sur le travail incorpor&#233;. Il prend le cas d'un &#233;change concret, celui d'une maison ou de nourriture contre des chaussures ; il explique qu'il n'y aura pas d'&#233;change si le ma&#231;on ou l'agriculteur ne re&#231;oivent pas suffisamment de chaussures pour que leur travail et leurs d&#233;penses d&#233;passent ceux du cordonnier. L'exemple est exprim&#233; de fa&#231;on tr&#232;s condens&#233;e. Mais on aurait tort de voir l&#224; une th&#233;orie de la valeur travail, au sens de Ricardo ou de Marx. En r&#233;alit&#233;, il dit simplement que le ma&#231;on ou l'agriculteur doivent recevoir assez de chaussures pour que cela couvre le travail et les d&#233;penses incorpor&#233;s dans leur propre prestation. Sans quoi on n'aura pas d'&#233;change, ce qui est du bon sens ; mais cela ne dit pas comment on mesure cette comparaison. Et d'ailleurs il parle &#224; la fois du travail et des d&#233;penses, or celles-ci ne sont pas du travail. Surtout, il ajoute ensuite que ce qui mesure tout selon la v&#233;rit&#233; des choses est le besoin (indigentia) : tout &#233;change se rapporte au besoin humain ; on n'appr&#233;cie pas les choses selon la dignit&#233; de leur nature, mais selon le besoin des hommes. Ainsi une souris est situ&#233;e plus haut dans la hi&#233;rarchie des &#234;tres qu'une perle, car c'est un &#234;tre anim&#233; ; mais &#233;conomiquement elle vaut beaucoup moins. Il note enfin et surtout que la monnaie a &#233;t&#233; justement &#233;tablie selon une convention entre les hommes afin de permettre l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;veloppe ensuite ces points et indique notamment qu'une des raisons d'&#234;tre de la monnaie est de conserver la valeur, en pr&#233;vision d'un besoin &#224; venir. Nous retrouvons ici la troisi&#232;me fonction de la monnaie, qui est la conservation de la valeur en vue d'une utilisation future. Il reconna&#238;t qu'il est possible que l'argent ne maintienne pas la valeur initiale ; mais, dit-il, il doit &#234;tre institu&#233; pour mieux maintenir sa valeur que tout autre instrument. On parvient &#224; une unicit&#233; de mesure op&#233;rationnelle en prenant comme crit&#232;re le besoin (ou d&#233;sir), et on le mesure gr&#226;ce &#224; cet instrument qu'est la monnaie, &#233;tabli pour permettre cette forme de relation entre les hommes, de fa&#231;on commune. Comme on le voit, tant la monnaie elle-m&#234;me, que le march&#233; au sens large, sont des institutions humaines, conventionnelles, mais elles donnent un fondement ad&#233;quat &#224; la vertu de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons incidemment que cette conception de la monnaie comme convention sociale ne fait aucun allusion au r&#244;le de l'or ou de l'argent comme fondement de cette monnaie (contrairement aux usages de son &#233;poque). Cela rappelle de fa&#231;on surprenante la r&#233;alit&#233; de la monnaie actuelle, cr&#233;&#233;e dans une large mesure par le syst&#232;me bancaire et plac&#233;e sous le contr&#244;le discr&#233;tionnaire de la banque centrale, mais sans lien avec une base ext&#233;rieure comme autrefois l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, le point de d&#233;part est donc l'utilit&#233; et le besoin, dans un monde o&#249; la d&#233;tention des biens est personnelle (propri&#233;t&#233;). D'o&#249; l'&#233;change. Mais celui-ci suppose une mesure : l'outil en est la monnaie, et la base l'utilit&#233; et le besoin. Or ceux-ci sont &#8216;subjectifs' et variables tant dans le temps que selon les personnes. Et donc le prix aussi. Mais il n'est pas pour autant arbitraire et bilat&#233;ral : il fait habituellement l'objet d'une confrontation au sein de la soci&#233;t&#233; ; ce &#224; quoi s'ajoute le r&#244;le du marchand . Les prix r&#233;els de l'&#233;poque &#233;taient d'ailleurs loin d'&#234;tre stables. Comme on voit, saint Thomas constate des faits sociaux : la confrontation des besoins ou d&#233;sirs, qui s'op&#232;re par cet outil conventionnel qu'est la monnaie, qui n'est que cela. Et c'est sur cette r&#233;alit&#233; concr&#232;te que s'exerce le jugement moral. On constate alors le prix pratiqu&#233; en un lieu et &#224; un moment ; on ne p&#232;che pas contre la justice si on le prend comme r&#233;f&#233;rence. Mais cela n'&#233;rige pas le prix du &#8216;march&#233;' local en absolu moral. Cela ne veut pas dire non plus qu'il y a confrontation sauvage de choix arbitraires, car la recherche de la justice est toujours pr&#233;sente. Le juste prix est la version &#233;pur&#233;e et normalis&#233;e d'une confrontation qui est en fait celle du march&#233;, si celui-ci fonctionne convenablement. Il est d'ailleurs notable que dans un autre document&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De emptione et venditione ad tempus (Lettre &#224; Jacques &#233;v&#234;que de Viterbe).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Thomas parle de prix trouv&#233; sur le march&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie est donc une convention sociale permettant d'exercer la vertu de justice dans une pratique bien d&#233;termin&#233;e, celle de l'&#233;change commercial, o&#249; n'intervient aucune autre relation humaine particuli&#232;re. Il serait moralement hors de question que quelqu'un utilise le pouvoir que lui donne la monnaie qu'il d&#233;tient pour extraire un avantage maximal du jeu social. Malgr&#233; la similitude possible des m&#233;canismes, on est loin de la base anthropologique individualiste et relativiste qui sera plus tard celle de l'&#233;conomie politique. Et donc l'argent n'a pas le m&#234;me sens. C'est un outil collectif permettant une certaine justice dans des &#233;changes libres, eux-m&#234;mes bas&#233;s sur la confrontation honn&#234;te des besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure (c'est-&#224;-dire, dans ce contexte, du taux d'int&#233;r&#234;t) est plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'analyse de Thomas&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fond de la position de saint Thomas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle se trouve notamment au IIa-IIae, q. 78 de la Somme Th&#233;ologique : De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est qu'en demandant un int&#233;r&#234;t &#224; l'occasion d'un pr&#234;t, on vend ce qui n'existe pas, ou, ce qui revient au m&#234;me, on vend deux fois la m&#234;me chose. Il distingue ici les produits consomm&#233;s, comme du pain ou du vin, et les produits utilisables sans consommation, comme une maison. Dans le premier cas, l'objet et sa consommation se confondent. Il en d&#233;duit que si on vend du pain, on ne peut vendre s&#233;par&#233;ment le pain et l'usage du pain. En revanche, dans le cas de la location d'une maison, on reste propri&#233;taire, mais on conc&#232;de l'usage de la maison &#224; quelqu'un ; il est alors possible de distinguer le prix de la maison et son loyer. Ce qui est pertinent pour notre propos, est l'application qu'il fait de ce raisonnement au cas de l'argent. L'argent, dit-il, a &#233;t&#233; fait pour faciliter les transactions, et son usage r&#233;side dans sa consommation. Comme pour le pain, on ne peut donc pas facturer s&#233;par&#233;ment l'argent et l'usage de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;veloppe ces points dans l'a. 2. Il examine pour les r&#233;futer plusieurs arguments donn&#233;s pour justifier l'int&#233;r&#234;t, comme de compenser la privation que subit le pr&#234;teur, ou la comparaison avec le gain l&#233;gitime d'un commer&#231;ant, ou le fait que si un gage est donn&#233; en garantie du pr&#234;t il peut produire un surplus, ou encore la n&#233;cessit&#233; de tenir compte de fluctuations de prix qui peuvent se produire &#224; l'occasion d'un pr&#234;t. Or, alors m&#234;me qu'il examine ces objections avec soin, montrant par l&#224; une connaissance de ces r&#233;alit&#233;s, il les r&#233;fute en bloc. Certes, il accepte qu'il y ait compensation d'un dommage effectif r&#233;sultant du pr&#234;t, mais &#224; condition qu'il ne consiste pas dans le seul fait que le pr&#234;teur cesse de gagner de l'argent avec cet argent. Ce qui para&#238;t refuser &#224; l'avance ce qu'on appellera apr&#232;s lui &#8216;&lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt;', et que la scolastique consid&#233;rera en g&#233;n&#233;ral licite : le manque &#224; gagner du commer&#231;ant qui, ayant pr&#234;t&#233;, ne dispose plus de cet argent pour gagner sa vie. Pour saint Thomas, l'incertitude sur ce gain exclut qu'on le prenne en compte et le fasse payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, il distingue clairement le pr&#234;t de l'investissement en capital, qu'il consid&#232;re licite et qui, lui, peut &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;. En effet, dans le premier cas, dit-il, il y a transfert de propri&#233;t&#233; sous r&#233;serve de restitution, et consommation par l'emprunteur. Dans le second, il y a toujours propri&#233;t&#233; quoique sous une forme diverse (par exemple des parts d'une soci&#233;t&#233;) et solidarit&#233; avec l'op&#233;rateur : on reste donc propri&#233;taire de ce qu'on investit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'article 4 examine si on peut accepter de l'argent pr&#234;t&#233; avec usure. On est tent&#233; de r&#233;pondre que non, car cela participe du p&#233;ch&#233; de l'usurier. Sa r&#233;ponse est en revanche de consid&#233;rer que seul l'usurier commet un p&#233;ch&#233;. A nouveau, pour lui l'emprunteur est presque par d&#233;finition quelqu'un dans le besoin, sans possibilit&#233; alternative ; ce qui peut justifier pour lui (mais pas pour le pr&#234;teur) d'accepter l'usure. Dans le De Malo, de m&#234;me, il r&#233;fute l'argument de la libert&#233; de l'emprunteur en consid&#233;rant qu'il subit toujours une violence, tout comme celui qui doit payer un prix abusif, et m&#234;me une contrainte. Inversement, dans la lettre &#224; l'&#233;v&#234;que de Viterbe, il consid&#232;re que le marchand qui accepte de payer des int&#233;r&#234;ts en vue de son commerce p&#232;che, car dit-il il a donn&#233; une occasion de p&#233;ch&#233; &#224; l'usurier. Car en l'esp&#232;ce l'a priori de saint Thomas selon lequel l'emprunteur est sous la contrainte, ne se v&#233;rifie plus : le d&#233;sir de d&#233;velopper ses affaires n'est pas suffisant en regard du &#8216;p&#233;ch&#233;' sous-jacent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re pr&#233;cision est donn&#233;e par le Commentaire sur les Sentences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In III Sent., dist. 37, q. 1, a. 6.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;pondant &#224; une objection fond&#233;e sur la comparaison de l'usure et du bail. Dans sa r&#233;ponse, saint Thomas s'appuie &#224; nouveau sur la distinction entre propri&#233;t&#233; et usage. Mais il ajoute une pr&#233;cision int&#233;ressante pour notre propos : c'est que, dit-il, les biens ont tous une utilit&#233; propre, sauf l'argent qui ne sert qu'&#224; mesurer l'utilit&#233; des autres choses. Il est d&#232;s lors, dit-il, inique d'utiliser une mesure diff&#233;rente selon qu'on pr&#234;te ou qu'on rend. En outre, le pr&#234;teur n'a pas &#224; profiter de l'usage que l'emprunteur fait de l'argent, puisque la propri&#233;t&#233; en a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Examen de la question &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'argumentation de Thomas se base essentiellement sur des raisonnements , et plus pr&#233;cis&#233;ment sur une analyse du r&#244;le de l'argent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A c&#244;t&#233; notamment des textes bien connus de la loi mosa&#239;que, mais qu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il a &#233;t&#233; not&#233; dans la partie pr&#233;c&#233;dente, il voit l'argent comme une convention sociale permettant l'&#233;change sur la base d'une mesure de l'utilit&#233; des choses. Il s'y ajoute ici une autre id&#233;e : que cet argent est consomm&#233; lorsqu'il est d&#233;pens&#233;. Combin&#233; avec l'affirmation selon laquelle on ne peut vendre s&#233;par&#233;ment un bien consommable et son usage, cela fonde pour lui la condamnation de l'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation de saint Thomas portait sur la nature m&#234;me de l'op&#233;ration de pr&#234;t ; elle assez rarement critiqu&#233;e directement par les commentateurs classiques. Le P. Labourdette par exemple valide la distinction de Thomas : pour lui, si on utilise de l'argent, on le d&#233;pense et donc on le consomme (comme du vin qu'on boit), contrairement &#224; une maison lou&#233;e. Or dit-il &#171; la consommation de la chose c'est sa destruction &#187;. Il ajoute que le pr&#234;t d'argent est un pr&#234;t de consommation : quand je pr&#234;te l'argent, je le c&#232;de, il y a transfert de propri&#233;t&#233;, et je ne peux pas en s&#233;parer son utilisation ; il ne sert qu'&#224; &#233;changer et ne fructifie pas. Il rappelle que le capitaliste souligne la productivit&#233; de l'argent ; mais il consid&#232;re cette assertion &#171; d&#233;bile &#187;, car l'argent, dit-il, n'a pas de productivit&#233; intrins&#232;que ; il ne sert que pour l'&#233;change et la d&#233;pense ; la productivit&#233; &#233;ventuelle r&#233;sulte des choses qu'il a permis d'acheter et du travail fait par ou sur elles. De m&#234;me le P. Spicq. Pour lui aussi, &#171; le travail est le titre lucratif essentiel &#187; ; l'argent n'est pas par lui-m&#234;me productif. S'il y a des gains, ils r&#233;sultent exclusivement de l'activit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment l'analyser ? Le raisonnement propos&#233; repose en d&#233;finitive sur trois affirmations, diff&#233;rentes de la perception actuelle. La premi&#232;re, que dans une op&#233;ration de pr&#234;t il y a transfert de propri&#233;t&#233; pur et simple, &#224; la suite de quoi l'argent est consomm&#233; comme du pain. La deuxi&#232;me, que lorsqu'un pr&#234;t porte sur un produit qui est consomm&#233;, on n'est tenu qu'&#224; rendre ce produit tel quel, m&#234;me si du temps s'est &#233;coul&#233;. Ce qui implique qu'on estime qu'un pr&#234;t n'est jamais un service rendu, qui pourrait &#234;tre factur&#233; s&#233;par&#233;ment. La troisi&#232;me, que l'argent n'a aucune dimension productive, laquelle justifierait une r&#233;mun&#233;ration si elle existait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier argument est celui de la consommation. Mais si on pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t effectivement. Si on pr&#234;te de l'argent, l'emprunteur dispose de l'argent, qui ne dispara&#238;t pas, et qu'il utilise &#224; son gr&#233; ; cet argent n'est donc pas consomm&#233;. Rappelons en outre que saint Thomas consid&#232;re souhaitable que l'argent conserve sa valeur dans le temps : ce n'est donc pas un pur signe qui dispara&#238;t dans la transaction. En outre, le pr&#234;teur perd la propri&#233;t&#233; de cet argent, mais il ne perd pas toute propri&#233;t&#233;, tant s'en faut : en effet, il obtient en &#233;change ce qu'on appelle une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur, laquelle est un actif, pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un &#233;quivalent de l'argent : il est d'ailleurs notable que notre monnaie actuelle est &#224; bien des points de vue une forme de cr&#233;dit. On peut ajouter que si l'argent &#233;tait consomm&#233; dans un pr&#234;t, il le serait aussi dans un investissement, dont pourtant saint Thomas consid&#232;re la r&#233;mun&#233;ration licite. Dans les deux cas, l'investisseur se dessaisit de son argent, que l'emprunteur utilise comme il veut, mais c'est en &#233;change d'un titre, que ce soit une action ou une cr&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, au-del&#224;, la comparaison m&#234;me qu'utilise saint Thomas (avec un pain et avec un immeuble) montre qu'&#224; la base de son analyse se trouve le sous-jacent de la transaction : le pain ou l'immeuble. Or l'argent se situe sur un autre plan, qui n'est ni l'un ni l'autre : il n'est pas &#224; proprement parler consomm&#233; comme le dit &#224; tort saint Thomas ; mais il n'est pas non plus &#171; utilis&#233; &#187;, car en lui-m&#234;me il n'est pas directement utilisable. On l'a dit, c'est un signe permanent mais existant par lui-m&#234;me dans la soci&#233;t&#233; et donc objectiv&#233;. Il y a donc un aspect justifi&#233; dans le fait de le consid&#233;rer &#224; part des autres biens : il ne sert et n'a de sens que relativement &#224; ce qu'il permet d'acqu&#233;rir. Cela peut &#233;clairer le refus de saint Thomas de le consid&#233;rer productif ; en effet il ne l'est pas en lui-m&#234;me ; il ne l'est qu'en permettant d'acqu&#233;rir des moyens de production, eux-m&#234;mes utilis&#233;s en association avec du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ensuite, sur le deuxi&#232;me point, contester l'id&#233;e que dans un pr&#234;t (mutuum) on doive rendre la chose ou son &#233;quivalent, ni plus ni moins. Cela suppose en effet en justice une &#233;quivalence totale entre la possession d'un bien aujourd'hui ou &#224; l'avenir. Mais, pr&#233;cis&#233;ment, cela ne va pas de soi : si une banque pr&#234;te &#224; un jeune couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, le jeune couple verra un bienfait entre le fait d'avoir l'appareil tout de suite et celui d'attendre d'avoir &#233;pargn&#233; 2 ou 3 ans avant de pouvoir en jouir. Dit autrement, un pr&#234;t est vraiment un service ; il apporte &#224; quelqu'un des ressources rares dont il ne dispose pas, et dont il a besoin. On ne voit pas au nom de quoi on ne pourrait pas facturer ce service, et a fortiori bien s&#251;r du fait que le pr&#234;teur se d&#233;fait d'un argent dont il pourrait avoir un autre usage profitable, par exemple en investissant (ce que d&#233;crit tr&#232;s bien la parabole des talents). L'exception qui va de soi est celle du n&#233;cessiteux, qui est celle pr&#233;vue dans les textes bibliques, et que saint Thomas avait en t&#234;te, car comme on l'a vu, il consid&#232;re que l'emprunteur est habituellement dans un besoin pressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sur le troisi&#232;me point, il est juste de dire &#224; nouveau que l'argent tout seul n'est pas productif, et que seul le travail humain (au sens large, y compris celui de l'entrepreneur et du marchand) permet de le faire fructifier. Mais il serait pour autant erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine ni outil produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. En d'autres termes, l'argent, mesure de l'&#233;change, est aussi moyen de paiement et donc aussi par-l&#224; moyen d'investir, c'est-&#224;-dire d'acqu&#233;rir des outils de production, qui contribuent &#224; la production et dont l'usage est d&#232;s lors l&#233;gitimement r&#233;mun&#233;r&#233;. D'ailleurs le pr&#234;teur aurait pu investir dans une part de soci&#233;t&#233; immobili&#232;re et en retirer un loyer (reconnu licite par Thomas), ce qui ne pr&#233;sente pas plus de risque qu'un pr&#234;t d'argent, et souvent moins. Il est notable que saint Thomas admet que la loi civile puisse autoriser le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, non seulement par tol&#233;rance, mais parce que cette autorisation peut &#234;tre source d'un certain bien : mais comment serait-ce possible, si c'&#233;tait fondamentalement injuste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que le paiement d'int&#233;r&#234;ts ne se justifie alors que dans le cas du pr&#234;t &#224; une activit&#233; productive. Mais le r&#244;le de l'&#233;pargne, c'est de permettre l'investissement. Si on distrait une partie de cette &#233;pargne pour pr&#234;ter &#224; un couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, on perd ce que l'investissement aurait produit en pr&#234;tant &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarques compl&#233;mentaires&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Saint Thomas se situe relativement au d&#233;but de l'analyse &#233;conomique des Scolastiques. De ce fait on ne trouve pas ou peu chez lui certains th&#232;mes qui prendront de l'importance par la suite. Ainsi l'id&#233;e qu'avec l'int&#233;r&#234;t on pr&#233;tend vendre du temps, m&#234;me si une de ses remarques incidentes montre une certaine sensibilit&#233; &#224; la valeur du temps. Il ne d&#233;veloppe pas non plus l'id&#233;e, populaire ensuite, que bien utiliser l'argent, c'est le faire circuler de fa&#231;on utile ou cr&#233;ative ; m&#234;me s'il souligne par ailleurs la contribution du commerce au bien commun et la l&#233;gitimit&#233; de l'investissement en capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, pour notre propos, il n'&#233;voque pas, ou pour les r&#233;futer au moins implicitement, les notions reprises du droit romain qui ont permis ensuite de l&#233;gitimer des paiements visant &#224; d&#233;dommager le pr&#234;teur de ce qu'il aurait pu gagner avec l'argent pr&#234;t&#233; (&lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt;), ou &#224; indemniser le risque pris (&lt;i&gt;periculum sortis&lt;/i&gt;). Sa condamnation est radicale. Cela dit, le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de ces notions diverses laissera intacte son argumentation centrale, et cela jusqu'au XVIIIe si&#232;cle, m&#234;me si on le temp&#233;rera par ces notions et que dans la pratique la possibilit&#233; d'un int&#233;r&#234;t ait &#233;t&#233; largement mise en &#339;uvre. La prise en compte de ces facteurs, notamment le &lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt;, a en effet conduit &#224; multiplier les cas o&#249;, au moins un commer&#231;ant pr&#234;teur subissait un manque &#224; gagner du fait qu'il soustrayait pour cela de l'argent de son activit&#233; ; ce qui a &#233;t&#233; une &#233;tape majeure dans la voie de l'acceptation d'un certain taux d'int&#233;r&#234;t. Il y aura donc ult&#233;rieurement une rupture sur ce point par rapport &#224; sa pens&#233;e. C'est a fortiori le cas dans nos &#233;conomies o&#249; il est possible &#224; tout instant d'investir dans une activit&#233; &#233;conomique cens&#233;ment productive et d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; ; par cons&#233;quent, celui qui pr&#234;te renonce par construction &#224; un tel produit. Cela dit, il y a l&#224; justement une piste pour rendre compte de la divergence : &#224; notre &#233;poque, on peut montrer, au moment de la conclusion du pr&#234;t, le gain possible par un placement alternatif. Mais le marchand m&#233;di&#233;val, lui, devait expliquer qu'il aurait pu gagner de l'argent par telle ou telle op&#233;ration hypoth&#233;tique, et a priori risqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'analyse de saint Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : l'usure, comprise notamment comme l'exploitation du besoin de personnes pauvres, repr&#233;sentait alors un risque majeur pour la soci&#233;t&#233;, un vrai fl&#233;au social ; et on pouvait percevoir que tout emprunteur agissait sous la contrainte d'un besoin pressant. Par ailleurs, compar&#233; &#224; la suite, il y avait relativement peu d'investissements productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il convient de rappeler le risque plus g&#233;n&#233;ral repr&#233;sent&#233; par l'argent, relev&#233; par les &#201;vangiles : le fait d'&#234;tre recherch&#233; activement, parce qu'il est repr&#233;sentatif de tout ce qui peut &#234;tre achet&#233;, ce qui le constitue en support par excellence de la d&#233;rive idol&#226;trique, de l'avidit&#233; appliqu&#233;e &#224; des biens qui ne devraient &#234;tre qu'instrumentaux. Remarque qui rencontre celle d'Aristote sur la chr&#233;matistique, o&#249; la volont&#233; d'accumuler ne rencontre aucune limite naturelle. Sa neutralit&#233; m&#234;me accentue paradoxalement ce risque, puisqu'il peut couper la personne de la relation aux choses qu'en un sens il repr&#233;sente, et par l&#224; de leur signification, dans la soci&#233;t&#233;, et pour les autres personnes. Il peut en outre y avoir rencontre entre ces d&#233;rives d'ordre moral avec une certaine pratique du maniement d'argent, de ce que nous appelons finance. Cela &#233;claire aussi les choix radicaux et abrupts de Thomas. Le paradoxe est en d&#233;finitive de voir ce pur outil prendre, du fait de son usage tr&#232;s large, sinon universel, une r&#244;le de synth&#233;tisation de toutes les tentations mat&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient donc de corriger son analyse en prenant en compte le fait que, parce que justement l'argent est une convention sociale permettant l'&#233;change, il ne dispara&#238;t pas dans l'op&#233;ration de pr&#234;t puis son utilisation ; il n'est pas consomm&#233; et il peut repr&#233;senter, aussi, l'acc&#232;s &#224; des biens de production. Le fait de le pr&#234;ter, c'est-&#224;-dire de l'affecter &#224; quelqu'un qui en demande l'usage, est un service v&#233;ritable rendu par le pr&#234;teur, qui en outre subit de ce fait, au moins implicitement, une perte de revenu potentiel. Une r&#233;mun&#233;ration &#233;quitable (&#224; un juste prix) peut donc &#234;tre tout &#224; fait licite moralement, en justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne fait pas dispara&#238;tre ce qui a &#233;t&#233; reconnu de la nature de l'argent : convention sociale permettant l'&#233;change, il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large (r&#244;le de l'entrepreneur compris), dans le cadre d'une activit&#233; productrice. Et de fait, cette r&#233;alit&#233; est moins imm&#233;diatement perceptible dans le cr&#233;dit r&#233;mun&#233;r&#233;, o&#249; on peut avoir particuli&#232;rement l'impression fausse que l'argent est productif par lui-m&#234;me. Il est donc essentiel &#224; la fois d'utiliser activement l'argent (la th&#233;saurisation &#233;tant, en perspective morale, le plus mauvais usage qu'on puisse en faire, comme le rappelle l'Evangile dans Luc 16, 9 : &#171; faites-vous des amis avec le Mammon d'iniquit&#233; &#187;) et en m&#234;me temps de le r&#233;ins&#233;rer dans le tissu des rapports humains et de nos responsabilit&#233;s &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin que l'une des caract&#233;ristiques de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t est d'&#234;tre exigible en justice, contrairement &#224; la r&#233;mun&#233;ration du capital investi en fonds propres ; cette derni&#232;re suppose qu'il y ait effectivement un profit (et donc une valeur ajout&#233;e), et une d&#233;cision (non obligatoire en soi) de versement de ce que nous appelons dividende. En ce sens, un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un associ&#233;. En outre, du fait qu'il est exigible selon des modalit&#233;s stipul&#233;es &#224; l'avance, en g&#233;n&#233;ral ind&#233;pendantes des circonstances, le cr&#233;dit pr&#233;sente une rigidit&#233; dont l'histoire des crises financi&#232;res montre qu'il est la source de risques majeurs. Quand donc saint Thomas accepte comme licite l'investissement en fonds propres, qui est une forme d'association, mais exprime sa r&#233;serve pour le cr&#233;dit, en dehors du cr&#233;dit amical et sans paiement d'int&#233;r&#234;ts destin&#233; &#224; quelqu'un dans le besoin, il per&#231;oit une r&#233;alit&#233; importante, que notre &#233;poque, ivre de cr&#233;dit et de dette, devrait m&#233;diter. Le cr&#233;dit est utile, mais &#224; dose mod&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La pens&#233;e &#233;conomique de Thomas d'Aquin : une approche interdisciplinaire/Thomas Aquinas' economic thought : an interdisciplinary approach &#187; ; Paris 11-13 septembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte est ici all&#233;g&#233;, notamment des mentions pr&#233;cises de sources et de certains d&#233;veloppements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tome CXX 2020 n&#176;4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De emptione et venditione ad tempus&lt;/i&gt; (Lettre &#224; Jacques &#233;v&#234;que de Viterbe).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle se trouve notamment au IIa-IIae, q. 78 de la Somme Th&#233;ologique : &lt;i&gt;De peccato usurae, quod committitur in mutuis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;In III Sent., dist.&lt;/i&gt; 37, q. 1, a. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A c&#244;t&#233; notamment des textes bien connus de la loi mosa&#239;que, mais qu'il utilise tr&#232;s peu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les myst&#232;res de l'argent</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-mysteres-de-l-argent.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Les-mysteres-de-l-argent.html</guid>
		<dc:date>2020-09-04T14:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'argent est &#233;videmment utile et m&#234;me indispensable. Toute &#233;conomie suppose un instrument commun de mesure. il n'en reste pas moins &#224; sa fa&#231;on un myst&#232;re : pure convention sociale, il ne repose sur rien de tangible et cependant gouverne l'&#233;conomie, et fascine les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; septembre 2020 n&#176;328.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'argent est &#233;videmment utile et m&#234;me indispensable. Toute &#233;conomie mais surtout une &#233;conomie d'initiative et d'&#233;changes suppose un instrument commun de mesure : l'argent. Sa caract&#233;ristique est qu'il peut &#234;tre &#233;chang&#233; contre tout ce qui peut &#234;tre propos&#233; sur un march&#233;, ce qui suppose une forme de neutralit&#233;, et qu'il se pr&#233;sente comme un pur moyen. Mais du fait m&#234;me de cette abstraction, c'est une convention sociale absolue : il faut qu'il soit reconnu par tous, mais en m&#234;me temps il n'y a par lui-m&#234;me aucun titre. La foi dans la valeur de l'argent repose en grande partie sur l'autorit&#233; de l'Etat. Mais il reste qu'en soi il n'a aucune valeur, aucun usage direct, surtout aujourd'hui o&#249; il n'a plus rien &#224; voir avec un m&#233;tal pr&#233;cieux ; et il peut se r&#233;duire &#224; rien si la confiance s'effondre. Et pourtant, premier paradoxe, il joue un r&#244;le central dans la soci&#233;t&#233;, du fait que tous croient en sa capacit&#233; d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Simmel en d&#233;duit que l'argent est un instrument de lib&#233;ration, car son l'absence de d&#233;termination implique une absence de contrainte. Quand vous avez de l'argent, rien en lui ne vous prescrit un mode d'emploi. Mais on objectera qu'il est par l&#224; m&#234;me aussi facteur de d&#233;shumanisation, car il &#233;limine toute sp&#233;cification autre que la valeur &#233;conomique. Il ne dit rien sur les relations entre les hommes, sauf le fait qu'il a est reconnu et &#233;chang&#233; contre tout ; mais inversement cela peut r&#233;duire ces relations &#224; la seule dimension mat&#233;rielle ; la prostitution en est un exemple &#233;vident. De m&#234;me, les diff&#233;rences qualitatives entre les objets sont ramen&#233;es par lui &#224; une seule caract&#233;ristique, le prix. Ce qui est utile dans la pratique &#233;conomique, mais n'a de sens que l&#224;, et ne devrait pas conditionner le reste de notre vie et notre relation aux &#234;tres et aux choses. La neutralit&#233; de l'argent devrait m&#234;me entra&#238;ner une indiff&#233;rence &#233;motionnelle totale. Mais comme on sait, en r&#233;alit&#233;, on aboutit tr&#232;s souvent &#224; l'inverse. Voie d'acc&#232;s &#224; tout ce qui est d&#233;sirable, l'argent peut devenir fascinant. Il devient alors une tentation supr&#234;me, &#224; la fois tentation de tout et tentation du n&#233;ant ; car ce qu'il promet est r&#233;duit par lui &#224; sa dimension la plus mat&#233;rielle et la plus limit&#233;e : un chiffre. Deuxi&#232;me s&#233;rie de paradoxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant de voir les Evangiles dresser face &#224; face Dieu et l'Argent. C'est la puissance tentatrice de Mammon, l'argent personnifi&#233;. Mais ces m&#234;mes &#233;vangiles insistent aussi sur le besoin imp&#233;ratif de l'utiliser. D'un c&#244;t&#233;, &#171; il est plus facile &#224; un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'&#224; un riche de rentrer au royaume des cieux &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, &#171; Ma&#238;tre, tu m'avais confi&#233; cinq talents ; voici cinq autres que j'ai gagn&#233;s &#187;. Certes, &#171; nul ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et l'Argent &#187;, mais malgr&#233; la fascination exerc&#233;e par l'argent, il faut l'utiliser, &#224; bon escient. D'o&#249; le conseil final de la parabole de l'intendant infid&#232;le : &#171; faites-vous des amis avec le &#8216;Mammon d'iniquit&#233;', afin qu'au jour o&#249; il viendra &#224; manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes &#233;ternelles &#187;. Mais apr&#232;s tout cet argent est en lui-m&#234;me inerte, ce n'est pas une personne : c'est l'homme qui par ses choix pervers lui donne ce r&#244;le et ce pouvoir corrupteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question prend un relief particulier dans une soci&#233;t&#233; mat&#233;rialiste et relativiste comme la n&#244;tre, et de ce fait fond&#233;e sur de pures r&#232;gles du jeu. En effet, gr&#226;ce &#224; sa neutralit&#233; et sa commodit&#233;, l'argent fournit le moyen de traduire concr&#232;tement les relations sociales dans un tel contexte. Car s'il n'y a pas de valeur commune positive, si le seul absolu est la relativit&#233; des choses et une libert&#233; n&#233;gative, l'argent est le moyen pratique de fonctionner. C'est lui qui permet d'arbitrer entre les d&#233;sirs des uns et des autres, par le march&#233; ou par l'imp&#244;t. Il ne n&#233;cessite pas d'accord sur un discours, mais sur un chiffre, et il accomplit ce qu'il promet. Mais ce faisant il se substitue au lien social, et est alors aussi facteur d'&#233;clatement de la soci&#233;t&#233;. Certes, de nombreux champs restent encore en dehors de cette emprise en temps normal, &#224; commencer par la famille ; mais cela m&#234;me se r&#233;duit : maintenant par la PMA et la GPA, ce sont les enfants qu'on ach&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; nouveau et en m&#234;me temps, cet argent a une utilit&#233; centrale dans la vie &#233;conomique. Il joue un r&#244;le clef dans les &#233;changes, donc dans tout le fonctionnement collectif, &#224; travers ses trois fonctions d'&#233;valuation (par le jeu des prix) ; de paiement (si j'accepte de l'argent en &#233;change d'un bien, c'est que je sais que je pourrai &#224; mon tour l'utiliser) ; et de conservation de la valeur &#233;conomique dans le temps (donc d'&#233;pargne). On peut donc m&#233;priser l'argent, mais on n'a pas le droit de le laisser perdre sa valeur, au risque de nuire gravement &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est donc claire : les choses de ce monde ont une emprise consid&#233;rable sur nous. Nous croyons en faire les instruments de notre bon plaisir, mais ce sont elles qui nous asservissent. Et tout particuli&#232;rement l'argent, apparemment pure abstraction, mais qui les r&#233;sume. Il faut donc une conversion profonde pour y &#233;chapper, et se recentrer sur les seules r&#233;alit&#233;s essentielles. Et en particulier ne voir l'argent que comme un moyen. Mais un moyen indispensable pour la plupart de nos actions pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; du march&#233; et de l'Etat, il existe justement une autre utilisation significative et tr&#232;s diff&#233;rente de l'argent : le don. L'argent n'y sert directement &#224; aucune mesure, aucun &#233;change, aucune th&#233;saurisation. Le don n'est pas comme tel li&#233; &#224; l'argent, et dans sa nature profonde il lui &#233;chappe. Mais une grande partie des dons sont faits au moyen de l'argent. Le don est donc l'exemple par excellence d'un r&#244;le non r&#233;ducteur de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors du don, tout cela ne condamne pas l'argent et son r&#244;le, mais cela suppose de le mettre dans une position de serviteur et non de ma&#238;tre. Notamment dans nos soci&#233;t&#233;s o&#249; il glisse dangereusement vers ce second r&#244;le. Mais pour cela il faut avoir des r&#233;f&#233;rences claires et explicites. La question du bon usage de l'argent pose d'abord le probl&#232;me de notre lib&#233;ration &#224; l'&#233;gard de cette fascination, et de la restauration des liens avec tout ce qui nous entoure, et avec Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour approfondir, voir mon livre &lt;i&gt;L'argent : Ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt;, Mame, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; septembre 2020 n&#176;328.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'argent et sa fascination</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-argent-et-sa-fascination.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/L-argent-et-sa-fascination.html</guid>
		<dc:date>2019-11-12T16:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a un myst&#232;re de l'argent. Voil&#224; quelque chose qui n'a pas de valeur en soi, qui est m&#234;me une pure convention sociale, et qui non seulement domine nos soci&#233;t&#233;s, mais fascine beaucoup d'entre nous. En m&#234;me temps, on ne peut pas s'en passer. Comment le remettre &#224; sa juste place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tribune parue sur Aleteia.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de mon dernier livre : L'Argent, ma&#238;tre ou serviteur ? Chez Mame.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tribune parue sur Aleteia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2019/11/11/pourquoi-largent-fascine-t-il-autant/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2019/11/11/p...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un myst&#232;re de l'argent. Voil&#224; quelque chose qui n'a pas de valeur en soi, qui est m&#234;me une pure convention sociale, et qui non seulement domine nos soci&#233;t&#233;s, mais fascine beaucoup d'entre nous. En m&#234;me temps, on ne peut pas s'en passer. Comment alors le remettre &#224; sa juste place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Evangiles parlent beaucoup de l'argent. Et pas seulement en mal. Dans la parabole des talents (Mt 25, 14-30), le ma&#238;tre s'en prend vertement au serviteur qui n'a pas su faire fructifier l'argent qui lui avait &#233;t&#233; confi&#233;. L'argent ne doit pas dormir ! J&#233;sus va encore plus loin dans la parabole de l'intendant malhonn&#234;te (Lc 16, 1-8) : pour s'assurer une vie apr&#232;s son renvoi, ce dernier vole encore plus son ma&#238;tre, et pourtant celui-ci fait l'&#233;loge de ses ruses : pas de sa malhonn&#234;tet&#233;, mais de son intelligence dans ces affaires d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant c'est le m&#234;me texte qui met face &#224; face Dieu et l'Argent : &#171; nul ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et l'Argent, car il aimera l'un et pas l'autre, il m&#233;prisera l'un et pas l'autre &#187; (Mt 6, 24). Plus largement, en face de l'argent p&#233;rissable et de toute la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle qu'il r&#233;sume, J&#233;sus en appelle &#224; l'infini de la vie &#233;ternelle, qui est imp&#233;rissable. C'est en vue de cette richesse-l&#224; que tous nos efforts doivent se d&#233;ployer, sans se laisser fasciner par celle de ce monde : &#171; malheur &#224; vous les riches car vous avez votre consolation &#187; (Lc 6, 24). En d&#233;finitive, il faut utiliser l'argent, mais &#224; bon escient. C'est le conseil final de la parabole de l'intendant malhonn&#234;te : &#171; faites-vous des amis avec le malhonn&#234;te argent, afin qu'au jour o&#249; il viendra &#224; manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes &#233;ternelles &#187; (Lc 16, 9). L'argent n'est qu'un moyen. Notamment pour la vie &#233;ternelle, qui commence avec la charit&#233;. Mais si on se laisse prendre par lui, si on se laisse fasciner, on peut perdre l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui donne un tel pouvoir &#224; l'argent ? L'argent est l'instrument commun de mesure des &#233;changes. Il a &#233;t&#233; con&#231;u pour &#234;tre la repr&#233;sentation universelle, neutre, de toute valeur &#233;conomique. Mais rien ne le fonde, surtout depuis qu'il n'a plus de lien avec les m&#233;taux pr&#233;cieux ; il n'a aucune valeur intrins&#232;que. C'est une pure convention sociale, qui pourrait se r&#233;duire &#224; rien en un instant. Mais comment une pure convention peut-elle avoir un tel r&#244;le dans la soci&#233;t&#233; ? Comment quelque chose qui est suppos&#233; tirer sa valeur de sa neutralit&#233; peut-il &#234;tre aussi d&#233;sir&#233;, aussi fascinant ? Parce qu'il para&#238;t donner acc&#232;s &#224; tout ? Par ailleurs, surtout &#224; notre &#233;poque, il permet &#224; certains de se sentir libres parce que d&#233;gag&#233;s du poids des relations humaines : je paye, donc je suis quitte. Mais pour d'autres, au contraire, c'est un facteur majeur de d&#233;shumanisation, r&#233;duisant tout &#224; sa valeur &#233;conomique. Comment le m&#234;me instrument peut-il ainsi produire des effets per&#231;us de fa&#231;on si oppos&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est dans ce choix radical : Dieu ou Mammon. En position centrale, apte &#224; &#233;valuer tout ce qui existe et &#224; y donner acc&#232;s, l'argent peut se dresser face &#224; Dieu. Mais alors que Dieu est pl&#233;nitude d'Etre et d'Amour, c'est par son ind&#233;termination, donc son n&#233;ant, que l'argent occupe une place centrale. Il peut susciter le mirage d'une libert&#233; totale, en figure inverse de l'humilit&#233; de l'homme devant son Cr&#233;ateur. Nous avons donc l&#224; d'une certaine fa&#231;on un choix essentiel entre &#202;tre et n&#233;ant. Le myst&#232;re de l'argent, c'est au fond le paradoxe de voir cet instrument sans valeur intrins&#232;que exercer sur les hommes un pouvoir de fascination qui le met en vis-&#224;-vis de Dieu. D'o&#249; l'avertissement &#233;vang&#233;lique : ne le choisissez pas comme votre ma&#238;tre, mais utilisez-le pour pr&#233;parer la vie en Dieu, la vie &#233;ternelle. Prendre conscience de ce r&#244;le subordonn&#233; et &#233;ph&#233;m&#232;re de l'argent, c'est pr&#233;parer notre lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est particuli&#232;rement aigue aujourd'hui. Dans nos soci&#233;t&#233;s relativistes, sans valeur commune, sans absolu, c'est l'argent qui permet souvent seul d'arbitrer entre les d&#233;sirs des uns et des autres. D'o&#249; son r&#244;le d&#233;sormais central. Car si dans une soci&#233;t&#233; on pense que le seul absolu est la relativit&#233; des choses, le d&#233;bat public ne porte plus sur la valeur r&#233;elle des &#234;tres, mais on a quand m&#234;me besoin d'un instrument commun d'&#233;valuation. C'est l'argent qui le fournit. Pas besoin d'aller au fond des choses, pas besoin de relation humaine, souvent m&#234;me pas de se parler : un chiffre suffit, le prix. A sa fa&#231;on, il se substitue au lien social. Gr&#226;ce &#224; lui, on peut dans les faits proc&#233;der au d&#233;passement des valeurs sociales et morales, au profit de la pr&#233;tendue libert&#233; individuelle devenue un absolu. Mais si comme dit le message &#233;vang&#233;lique le lien entre les hommes est un reflet de l'Amour divin, choisir l'argent ainsi compris, c'est d&#233;truire ce lien, et par l&#224; l'image de Dieu, et la personne elle-m&#234;me. C'est opter pour le n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, selon la le&#231;on &#233;vang&#233;lique, l'argent n'est pas condamnable en soi, mais il faut le mettre &#224; sa place. Ce qui suppose d'abord de se lib&#233;rer de cette fascination et de restaurer nos justes liens avec ce qui nous entoure. Cet argent, il faut donc l'utiliser, le mobiliser car il est inutile sinon ; il est fait pour circuler. En un sens encore, il n'existe qu'en s'effa&#231;ant aussit&#244;t, parce qu'on le fait servir. Notamment en donnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces questions, et d'autres, sont &#233;voqu&#233;es dans mon dernier livre : L'Argent, ma&#238;tre ou serviteur ? Chez Mame.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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