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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>L'Eglise et la doctrine de la guerre juste : la tentation de l'abandon</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Un-tentation-nouvelle-affecte-l-Eglise-la.html</link>
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		<dc:date>2026-07-23T08:25:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un tentation nouvelle affecte l'Eglise : la remise en cause de la doctrine traditionnelle de la guerre juste. Il y a un r&#233;flexe &#233;motionnel, devant l'association de ces deux termes, guerre et juste. Et une confusion, entre la doctrine catholique de la guerre juste et le fait que pratiquement tous ceux qui m&#232;nent des guerres pr&#233;tendent qu'elles sont justes. Mais certainement pas en invoquant la doctrine catholique sur le sujet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remettre en question cette doctrine serait une lourde erreur. Un d&#233;veloppement de la r&#233;flexion serait sans doute utile. Mais &#224; condition de garder &#224; l'esprit que l'extr&#234;me prudence de la doctrine traditionnelle, loin d'&#234;tre un blanc-seing donn&#233; aux agresseurs, est au contraire un puissant garde-fou. Bien rares sont les guerres qu'elle reconna&#238;t justes. Elle est donc un moyen de tenir compte de la r&#233;alit&#233; des relations internationales, des cas o&#249; la lutte est in&#233;vitable, tout en s'opposant &#224; la tr&#232;s grande majorit&#233; des guerres r&#233;elles. Il serait donc tr&#232;s dommage de l'abandonner ou de l'affaiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Religion et politique &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'encyclique du pape L&#233;on XIV &lt;i&gt;Magnifica Humanitas&lt;/i&gt; (MH) couvre de nombreux sujets ; son message central concerne l'Intelligence artificielle ou IA. Mais parmi les autres sujets abord&#233;s, il en est un qui revient d&#233;sormais r&#233;guli&#232;rement dans les r&#233;flexions au sein dans l'Eglise, non sans une certaine h&#233;sitation : celui de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une doctrine traditionnelle rappel&#233;e par le Cat&#233;chisme au N&#176; 2309 : &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces ; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s ; et que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition. Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pape Fran&#231;ois, sans modifier pour autant le Cat&#233;chisme, avait &#233;mis dans &lt;i&gt;Fratelli tutti &lt;/i&gt; au N&#176; 258 l'id&#233;e que cette doctrine &#233;tait d&#233;pass&#233;e, notamment au vu des risques pos&#233;s par le nucl&#233;aire : &#171; Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste' &#187;. Et dans MH le pape L&#233;on XIV cite en note son pr&#233;d&#233;cesseur qui disait encore : &#171; De fait, ces derni&#232;res d&#233;cennies, toutes les guerres ont &#233;t&#233; pr&#233;tendument justifi&#233;es &#187;. Et : s'agissant de &#171; la possibilit&#233; d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire &#187;, &#171; on tombe facilement dans une interpr&#233;tation trop large de ce droit &#233;ventuel. On veut ainsi justifier indument m&#234;me des attaques &#8216;pr&#233;ventives' ou des actions guerri&#232;res qui difficilement n'entra&#238;nent pas &#8216;des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer' &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet devait initialement &#234;tre examin&#233; par les cardinaux dans leur r&#233;union de juin 2026 mais rien n'en est ressorti. Le cardinal Fernandez s'y est exprim&#233;, soulignant des d&#233;veloppements pr&#233;occupants comme la violence des op&#233;rations au Moyen Orient et &#224; Gaza, s'inqui&#233;tant en outre de la notion de guerre pr&#233;ventive, de la d&#233;valorisation de l'adversaire, d'une certaine culture de la guerre etc. Il a paru aussi &#233;voquer une possible manipulation de la doctrine sociale de l'&#201;glise, qui serait utilis&#233;e pour donner une base th&#233;orique &#224; des guerres injustes : &#171; au lieu de mettre fin aux guerres, elle contribue &#224; les justifier &#187;.Ce point para&#238;t surtout trouver un &#233;cho chez le pape L&#233;on, qui dit dans MH au N&#176; 192 : &#171; Aujourd'hui plus que jamais, il est important de r&#233;affirmer le d&#233;passement de la th&#233;orie de la &#8216;guerre juste' trop souvent invoqu&#233;e pour justifier n'importe quelle guerre, sous r&#233;serve du droit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la peine de mort, serait-ce une nouvelle tentation de renverser une doctrine pourtant constante dans l'histoire de l'Eglise ? Quel en est le sens et l'enjeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste : probl&#233;matique de la question &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons d'abord le fond. Je l'ai abord&#233; dans un livre paru en 2024 chez Boleine : &lt;i&gt;La guerre juste&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-juste.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-gu...&lt;/a&gt;. Peut-on parler de guerre juste ? Pour certains, la guerre &#233;tant fondamentalement mauvaise ne peut &#234;tre juste : c'est ce qui para&#238;t sous-jacent chez bien des interventions eccl&#233;siastiques. Surtout, il y a la crainte qu'admettre qu'il y a des guerres justes ouvre la porte &#224; la justification de toutes sortes de guerres. Pourtant dans la r&#233;alit&#233; on ne peut pas toujours &#233;viter la guerre : il arrive qu'on vous l'impose. Faudrait-il alors se laisser faire et laisser les agresseurs faire la loi ? La l&#233;gitime d&#233;fense est un cas &#233;vident de guerre qu'on ne peut pas ne pas mener. Il y a donc au moins un cas de guerre qu'on peut justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que la question est d&#233;pass&#233;e avec les armes nucl&#233;aires. Mais l'exp&#233;rience des cinquante derni&#232;res ann&#233;es montre de tr&#232;s nombreuses guerres, toutes en de&#231;&#224; du conflit nucl&#233;aire. Les Etats sont souverains, et il n'y a pas d'autorit&#233; mondiale qui arbitre entre leurs diff&#233;rends. Cela n'implique pas qu'il n'existe pas des r&#232;gles morales, ant&#233;rieures et sup&#233;rieures &#224; leur souverainet&#233; ; mais en l'absence d'un Etat universel, la consid&#233;ration du bien commun leur incombe d'abord. Il ne s'agit alors pas d'invoquer une id&#233;ologie pour justifier n'importe quoi, mais de r&#233;fl&#233;chir sur les donn&#233;es mat&#233;rielles et morales d'une situation. Et pour cela la r&#233;flexion sur la guerre juste garde son sens. Certes, l'horreur que suscite la guerre prend dans nos soci&#233;t&#233;s techniquement &#233;volu&#233;es une tout autre ampleur. Mais en r&#233;alit&#233;, loin de les encourager, les questions que pose la doctrine de la guerre juste sont propres &#224; mod&#233;rer les ardeurs agressives ou &#233;motionnelles, les classements en blanc et noir, que nos soci&#233;t&#233;s affectionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est-on ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette lumi&#232;re, les termes employ&#233;s ci-dessus par L&#233;on XIV peuvent surprendre : &#171; r&#233;affirmer le d&#233;passement de la th&#233;orie de la &#8216;guerre juste' trop souvent invoqu&#233;e pour justifier n'importe quelle guerre &#187;, &#171; sous r&#233;serve du droit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;. Cette formulation un peu rapide suscite notamment deux remarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que si la plupart des bellig&#233;rants disent que leur guerre est juste, cela n'a rien &#224; voir avec la doctrine catholique traditionnelle de la guerre juste : depuis fort longtemps, personne n'a invoqu&#233; celle-ci pour justifier sa guerre. Et &#224; raison, car il y a fort peu de cas de guerre r&#233;cente qu'elle pourrait justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde remarque porte sur la &#171; l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;. Comme le rappelle le Cat&#233;chisme, c'est le motif central pour qualifier une guerre de juste. Mais en r&#233;alit&#233; il ne suffit pas &#224; lui seul : la l&#233;gitime d&#233;fense n'est pas un concept simple. Il faut d'abord prendre en compte les crit&#232;res &#233;voqu&#233;s ci-dessus, qui m&#234;me en cas de l&#233;gitime d&#233;fense restreignent sensiblement le champ des possibilit&#233;s, notamment au vu des consid&#233;rations sur les chances de succ&#232;s et la certitude raisonnable que les inconv&#233;nients ne l'emportent pas sur les r&#233;sultats attendus. Prenons le Kowe&#239;t envahi par Saddam Hussein : il &#233;tait en l&#233;gitime d&#233;fense. Mais s'il &#233;tait rest&#233; seul, quelles &#233;taient les chances de succ&#232;s de sa d&#233;fense ? D'un autre c&#244;t&#233;, si on prend les Etats-Unis et leurs alli&#233;s, qui sont venus &#224; son secours, en quoi &#233;taient-ils en l&#233;gitime d&#233;fense ? Ou alors on &#233;tend l'application de ce terme, au-del&#224; du &#171; sens strict &#187;. Mais alors on &#233;largit massivement le champ d'application. Cela pourrait aller alors jusqu'&#224; la guerre pr&#233;ventive &#8211; quand par exemple un pays hostile dit vouloir vous d&#233;truire et est en train de se doter de l'arme nucl&#233;aire : c'est ce que nous dit Isra&#235;l &#224; propos de l'Iran. A tort ou &#224; raison bien s&#251;r, et les chances de succ&#232;s ou de ne pas tomber dans une situation pire sont en l'occurrence bien faibles. Mais on mesure que la question est d&#233;licate et ne se r&#233;sout pas par quelques formules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question m&#233;rite donc en r&#233;alit&#233; un examen approfondi. Un d&#233;veloppement de la r&#233;flexion sur la notion de &#171; guerre juste &#187; serait sans doute utile. Mais &#224; condition de garder &#224; l'esprit que l'extr&#234;me prudence de la doctrine traditionnelle, loin d'&#234;tre un blanc-seing donn&#233; aux agresseurs, est au contraire un puissant garde-fou conceptuel. Il serait tr&#232;s dommage de l'abandonner ou de l'affaiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ukraine : il est temps de conclure</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Ukraine-il-est-temps-de-conclure.html</link>
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		<dc:date>2025-03-03T17:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il faut savoir terminer une guerre, m&#234;me juste au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste au d&#233;part, la guerre d&#233;fensive men&#233;e par les Ukrainiens ne peut &#234;tre gagn&#233;e, et la prolonger n'aboutit qu'&#224; la destruction de ce pays courageux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parce que Trump le dit que c'est automatiquement faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et expliquer que l'Ukraine doit continuer &#224; se battre pour prot&#233;ger l'Europe, est choquant, erron&#233; et dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; nous qu'il incombe d'&#234;tre capable de nous d&#233;fendre. Avec des alli&#233;s, mais d'abord soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-Ukraine-26-.html" rel="directory"&gt;Guerre Ukraine &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-juste-+.html" rel="tag"&gt;Guerre juste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/winter-7045730_1920.jpg?1787417306' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il faut savoir terminer une guerre, m&#234;me juste au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une guerre juste, jusqu'&#224; quand ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que j'&#233;crivais d&#232;s mars 2022 dans un article intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/La-guerre-en-Ukraine-et-la-notion.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La guerre en Ukraine et la notion de guerre juste&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;). Apr&#232;s avoir montr&#233; que, selon cette notion, la guerre men&#233;e alors par les Russes ne pouvait &#234;tre qualifi&#233;e de juste - m&#234;me si les torts sont bien plus partag&#233;s qu'on le dit -, car ils ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment agress&#233; l'Ukraine sans besoin d&#233;montrable. Mais celle des Ukrainiens &#233;tait juste au d&#233;part. Je concluais toutefois : &#171; le crit&#232;re tr&#232;s pragmatique de la guerre juste ne s'applique pas une fois pour toutes au d&#233;but de la guerre. On peut donc &#234;tre conduit &#224; changer son appr&#233;ciation en fonction du d&#233;roul&#233; des &#233;v&#233;nements : r&#233;sultats militaires sur le terrain, degr&#233; de mont&#233;e aux extr&#234;mes de la guerre, ou encore position de n&#233;gociation de l'autre partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il est tr&#232;s improbable que la guerre c&#244;t&#233; russe trouve une justification &#224; l'avenir. Mais la remarque vaut c&#244;t&#233; ukrainien... Supposons d'abord, &#224; un bout, que les Russes s'enlisent, mais sans interrompre leur effort de guerre et leurs bombardements, et qu'ils limitent leurs pr&#233;tentions &#224; la non-entr&#233;e dans l'Otan et &#224; l'ind&#233;pendance du Donbass : on peut concevoir qu'une paix sur cette base apparaisse pr&#233;f&#233;rable aux Ukrainiens &#224; la destruction continue du pays... Supposons maintenant inversement que les Russes basculent dans une guerre totale, y compris nucl&#233;aire : dans ce cas l'Ukraine pourrait avoir &#224; envisager de cesser le combat, qui resterait l&#233;gitime dans son principe mais qu'elle pourrait estimer trop co&#251;teux humainement pour que l'obstination se justifie. Supposons enfin que la Russie n'arrive pas &#224; achever sa conqu&#234;te, et qu'il paraisse envisageable qu'elle finisse par l&#226;cher prise : alors la poursuite du combat se justifierait pleinement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La situation actuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons maintenant la r&#233;ponse &#224; ces questions. L'Ukraine a essay&#233; de l'emporter, comptant notamment sur la faiblesse &#233;tonnante qu'a montr&#233;e au d&#233;part l'arm&#233;e russe, sur des sanctions occidentales exceptionnelles, sur le courage de ses soldats et l'aide re&#231;ue. C'&#233;tait peut-&#234;tre jouable. Mais au plus tard &#224; l'&#233;t&#233; 2023 cela s'est av&#233;r&#233; hors de port&#233;e. Pendant ce temps le pays &#233;tait ravag&#233;, sa jeunesse d&#233;cim&#233;e, ou en exil. Il n'est d&#232;s lors plus justifi&#233; de continuer ind&#233;finiment. Et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; aujourd'hui, en mars 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cela soit d&#233;fendu par Donald Trump, aux m&#233;thodes brutales et volontiers cyniques, n'enl&#232;ve rien &#224; ces constatations. Que Trump admette que les torts sont plus partag&#233;s qu'on le dit et qu'il faut accepter ce sans quoi il ne peut y avoir de paix (perte de territoires par l'Ukraine, et non-entr&#233;e dans l'Otan), n'en fait pas &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; un agent de Poutine : il ne fait que d&#233;crire la r&#233;alit&#233;. M&#234;me si, bien s&#251;r, il pourrait s'y prendre autrement et montrer plus de sensibilit&#233; &#224; l'&#233;gard d'un peuple ukrainien martyre. M&#234;me si, aussi, on peut se demander si son mode de n&#233;gociation conduira au meilleur r&#233;sultat possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;sormais la trajectoire finale est claire. Dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de la survie de l'Ukraine, il faut arr&#234;ter les frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; expliquer que l'Ukraine doit continuer &#224; se battre pour prot&#233;ger l'Europe, c'est choquant, erron&#233; et dangereux. Choquant de demander aux Ukrainiens de se suicider pour nous pr&#233;server. Erron&#233; parce que cette guerre a d&#233;montr&#233; les limites de l'arm&#233;e russe, en supposant m&#234;me qu'elle ait des vell&#233;it&#233;s d'aller plus loin. Dangereux parce que si cela d&#233;bouche sur l'effondrement de l'arm&#233;e ukrainienne, on aura fait un beau cadeau &#224; Poutine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, une conclusion s'impose, qui est, elle, indiscutable : pour exister dans le monde r&#233;el, il faut &#234;tre capable de se d&#233;fendre. Et ne compter ni sur un grand fr&#232;re (am&#233;ricain), ni sur la mort de ses amis. Il faut des alli&#233;s, mais toute d&#233;fense est d'abord nationale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Voir aussi mon livre tout r&#233;cent : &lt;i&gt;La guerre juste, apr&#232;s l'Ukraine et Gaza&lt;/i&gt; (chez Boleine) &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-juste.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-gu...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre juste</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-juste.html</link>
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		<dc:date>2024-10-21T14:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'expression &#171; guerre juste &#187; est-elle contradictoire ? Elle s'ancre pourtant dans une longue tradition de pens&#233;e. Quand peut-on parler de guerre juste ? Par exemple pour se d&#233;fendre d'un agresseur. Mais quels crit&#232;res retenir ? Et comment les mettre en &#339;uvre dans les conflits bien r&#233;els qui nous entourent, Ukraine, Gaza ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion propos&#233;e ici, loin de fournir une justification facile &#224; des conflits, offre des outils pour discerner ce qui est en jeu dans une guerre. Quelle est la fin que se propose celui qui la fait ? Les moyens qu'il met en &#339;uvre sont-ils proportionn&#233;s ? Est-il s&#251;r que le r&#233;sultat sera meilleur ? C'est ce qu'il faut analyser, selon une approche r&#233;aliste et de ce fait nuanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru en d&#233;cembre 2024 chez Boleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/51h5nljyxhl__sl1500_.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru en d&#233;cembre 2024 chez Boleine.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://editions-boleine.fr/catalogue/80-la-guerre-juste.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://editions-boleine.fr/catalog...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on parler de guerre juste ? Pour certains, la guerre &#233;tant fondamentalement mauvaise ne peut &#234;tre juste, tant du fait de sa violence que des haines durables qu'elle s&#232;me. D'autre craignent qu'admettre l'id&#233;e qu'il y a des guerres justes est ouvrir la porte &#224; la justification de toutes sortes des guerres. Pourtant on ne peut pas toujours &#233;viter la guerre : il arrive qu'on vous l'impose. Faudrait-il alors se laisser faire et laisser les agresseurs faire la loi ? La l&#233;gitime d&#233;fense est un cas &#233;vident de guerre qu'on ne peut pas ne pas mener. Il y a donc au moins un cas de guerre juste. D'o&#249; la question : quand et comment peut-on admettre que malgr&#233; ses horreurs une guerre peut et doit &#234;tre men&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent que la question est d&#233;pass&#233;e avec les armes nucl&#233;aires : quel sens a une guerre si elle d&#233;bouche sur la disparition de tout ? Mais, en dehors m&#234;me de la question de la dissuasion, l'exp&#233;rience des cinquante derni&#232;res ann&#233;es montre de nombreuses guerres de tout type qui restent en de&#231;&#224; du conflit nucl&#233;aire. Et pour qui la r&#233;flexion sur la guerre juste garde son sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, la question se pose dans un cadre international o&#249; les Etats sont souverains, o&#249; il n'y a pas une autorit&#233; mondiale qui arbitre entre leurs diff&#233;rends. L'ONU n'a pas d'autorit&#233; sur eux. Mais cela n'implique pas qu'il n'existe pas des r&#232;gles d'ordre moral, ant&#233;rieures et en un sens sup&#233;rieures &#224; leur souverainet&#233;. En l'absence d'un Etat universel, la consid&#233;ration du bien commun incombe de fait aux diff&#233;rents Etats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion peut avoir un effet op&#233;rationnel, en vue d'une d&#233;cision sur une situation o&#249; l'usage de la force est une option. On pourrait objecter que cela ne vaut que pour celui qui a le souci du bien, ou une moralit&#233;, mais que le cynique ne sera pas concern&#233;. C'est vrai, &#224; ceci pr&#232;s que les justifications morales p&#232;sent sur le moral des parties. En outre il n'est pas inutile que le cynique sache &#224; partir de quand d'autres se sentiront en droit de r&#233;agir. Et des non-bellig&#233;rants peuvent influer sur l'issue d'un conflit, par exemple par des embargos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, &#233;luder la r&#233;flexion sur la guerre juste en disant que la priorit&#233; est &#224; la recherche de la paix suppose le probl&#232;me r&#233;solu. Dans la r&#233;alit&#233;, il appara&#238;t &#224; chaque &#233;poque des acteurs dangereux pour les autres &#8211; par int&#233;r&#234;t, id&#233;ologie ou autre. Il est donc essentiel d'avoir les id&#233;es claires sur ce qu'il est justifi&#233; de faire face &#224; eux. A un niveau plus fondamental, il est dangereux de penser que la mort et la souffrance sont les plus grands maux possibles, et que d&#232;s lors la soumission &#224; une force mauvaise est meilleure que la mort ou la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre paru fin 2024 chez Boleine &#171; La guerre juste, apr&#232;s l'Ukraine et Gaza &#187; je rappelle et analyse les principes classiques de la guerre juste, puis je les applique aux cas actuels : la guerre d'Ukraine et la guerre de Gaza, alors m&#234;me qu'elles ne sont pas termin&#233;es. Je compl&#232;te par le cas d'une guerre civile (la Syrie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet de prendre du recul et de porter un regard un peu plus objectif et lucide, comment on pourra le voir en le lisant. Et je rappelle un imp&#233;ratif : &#233;viter la manie des conflits id&#233;ologiques, ou celle des suppos&#233;s conflits de civilisation. Ils brouillent le jugement et excluent qu'il puisse s'agir de guerre juste, contrairement &#224; l'id&#233;e r&#233;pandue aujourd'hui dans les pays occidentaux. En effet, entre autres consid&#233;rations et notamment la mani&#232;re m&#234;me de conduire la guerre &lt;i&gt;(jus in bello&lt;/i&gt;), pour &#234;tre dite juste une guerre doit certes d'abord poursuivre un objectif justifi&#233;, mais elle suppose aussi &#224; la fois qu'on puisse &#234;tre raisonnablement convaincu qu'on peut par-l&#224; arriver &#224; une situation r&#233;ellement meilleure, et qu'on ait des chances raisonnables de succ&#232;s (&lt;i&gt;jus ad bellum&lt;/i&gt;). Et donc une guerre juste suppose d'abord une analyse r&#233;aliste de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs et dans la m&#234;me perspective, on ne peut conclure qu'une guerre donn&#233;e est juste de fa&#231;on d&#233;finitive. Selon le cours des &#233;v&#233;nements, elle peut &#234;tre juste au d&#233;part et moins ensuite, ou elle peut le devenir alors qu'elle ne l'&#233;tait pas vraiment. Eventuellement du fait de la mani&#232;re de conduire cette guerre, mais aussi voire surtout en fonction des perspectives de succ&#232;s et des chances de parvenir &#224; une situation meilleure en continuant les op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a une conclusion &#224; tirer de cet examen, c'est un double message. Un message de modestie et de prudence d'abord. Il est souvent difficile de porter un jugement &#233;quilibr&#233; face &#224; un conflit ou &#224; l'hypoth&#232;se d'une guerre, afin de discerner si on peut la consid&#233;rer en raison comme une juste guerre. Tant l'analyse des faits, les hypoth&#232;ses sur l'&#233;volution future des combats, ou la pr&#233;vision de l'effet final ne sont pas des sciences exactes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi un message d'encouragement &#224; se poser cette question de la guerre juste, car l'horreur que suscite la guerre prend dans nos soci&#233;t&#233;s techniquement &#233;volu&#233;es une tout autre ampleur. Et les questions m&#234;me que l'on se pose dans cette perspective sont propres &#224; mod&#233;rer, chez celui qui se les pose, les ardeurs agressives ou &#233;motionnelles, les classements en blanc et noir, que nos soci&#233;t&#233;s affectionnent trop souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il pour cela accepter une asc&#232;se particuli&#232;re, conduisant &#224; la fois &#224; ne pas s'abandonner &#224; la passion id&#233;ologique, quand bien m&#234;me on croit profond&#233;ment &#224; certaines causes ou valeurs ; et &#224; ne pas tomber non plus dans l'illusion pacifiste, croyant la paix toujours &#224; port&#233;e de la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc avoir &#224; faire des guerres, mais avec prudence et r&#233;flexion. Exercice fort peu naturel dans ce qui est une des exp&#233;riences les plus &#233;motionnellement intenses de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NB : pour conna&#238;tre les conclusions particuli&#232;res du livre sur l'Ukraine et Gaza&#8230; il faut le lire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-guerre-juste-apres-lukraine-et-gaza/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-guerre-just...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecouter l'&#233;mission sur Radio Courtoisie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.rc.fr/2025/07/14/libre-journal-de-la-defense-du-14-juillet-2025-peut-on-encore-parler-de-guerre-juste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.rc.fr/2025/07/14/libre-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'une guerre est juste ou pas s'appr&#233;cie dans le temps et cela peut changer avec les faits : Ukraine, Gaza </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Qu-une-guerre-est-juste-ou-pas-s-apprecie-dans-le-temps-et-cela-peut-changer.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Qu-une-guerre-est-juste-ou-pas-s-apprecie-dans-le-temps-et-cela-peut-changer.html</guid>
		<dc:date>2023-12-04T16:22:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Venant apr&#232;s la guerre d'Ukraine, la guerre &#224; Gaza a remis sur le devant de la sc&#232;ne la question de de la guerre juste. Mais la plupart des r&#233;actions se caract&#233;risent par une dominante extr&#234;mement &#233;motionnelle, certes compr&#233;hensible, mais qui envoie les uns et les autres dans des directions compl&#233;tement divergentes, et ne donne pas de rep&#232;res pour le jugement. Par ailleurs, il n'est que tr&#232;s rarement fait r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;flexion sur ce qu'on peut qualifier de guerre juste. Celle-ci est pourtant une aide pr&#233;cieuse pour le jugement et pour l'action. Et pour &#233;chapper aux manipulations &#224; pr&#233;texte moralisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un point important qui est encore plus n&#233;glig&#233; : la possibilit&#233; que ce jugement puisse &#233;voluer dans le temps, en fonction du d&#233;roulement des op&#233;rations d'une part, de l'&#233;volution des buts de guerre r&#233;els de l'autre. Le fait qu'une guerre soit consid&#233;r&#233;e juste au d&#233;part, par exemple en r&#233;ponse &#224; une agression caract&#233;ris&#233;e, n'implique pas que les d&#233;cisions prises ult&#233;rieurement le soient aussi. Et il faut savoir reconna&#238;tre quand le d&#233;roul&#233; des combats et cons&#233;quemment l'&#233;volution des enjeux changent les donn&#233;es du raisonnement initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Venant apr&#232;s la guerre d'Ukraine, la guerre &#224; Gaza a remis sur le devant de la sc&#232;ne la question de de la guerre juste. Mais la plupart des r&#233;actions se caract&#233;risent par une dominante extr&#234;mement &#233;motionnelle, certes compr&#233;hensible, mais qui envoie les uns et les autres dans des directions compl&#233;tement divergentes, et ne donne pas de rep&#232;res pour le jugement. Par ailleurs, il n'est que tr&#232;s rarement fait r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;flexion sur ce qu'on peut qualifier de guerre juste. Celle-ci est pourtant une aide pr&#233;cieuse pour le jugement et pour l'action. Et pour &#233;chapper aux manipulations &#224; pr&#233;texte moralisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un point important qui est encore plus n&#233;glig&#233; : la possibilit&#233; que ce jugement puisse &#233;voluer dans le temps, en fonction du d&#233;roulement des op&#233;rations d'une part, de l'&#233;volution des buts de guerre r&#233;els de l'autre. Le fait qu'une guerre soit consid&#233;r&#233;e juste au d&#233;part, par exemple en r&#233;ponse &#224; une agression caract&#233;ris&#233;e, n'implique pas que les d&#233;cisions prises ult&#233;rieurement le soient aussi. Et il faut savoir reconna&#238;tre quand le d&#233;roul&#233; des combats et cons&#233;quemment l'&#233;volution des enjeux changent les donn&#233;es du raisonnement initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les donn&#233;es du d&#233;bat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que la justesse d'une guerre ne se limite pas &#224; la justesse de la cause d&#233;fendue, mais aussi &#224; la haute probabilit&#233; du succ&#232;s des op&#233;rations, et &#224; la conviction raisonnablement &#233;tablie que la situation r&#233;sultante sera sensiblement meilleure que ce qu'elle aurait &#233;t&#233; sinon. Tous facteurs de consid&#233;ration r&#233;aliste qui sont par nature &#233;volutifs. En ce sens donc, r&#233;alisme et moralit&#233; ne s'opposent pas : bien au contraire ils se combinent &#233;troitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, comme je l'ai soulign&#233; par ailleurs, la guerre une fois d&#233;clench&#233;e a sa logique (&lt;i&gt;Ukraine : la logique de la guerre ne peut &#234;tre &#233;lud&#233;e &#8211; m&#234;me par qui recherche la paix&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la.html)&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Ukrai...&lt;/a&gt;. Comme je le disais dans cet article : qui dit guerre dit choc de deux volont&#233;s en sens contraire, dont la solution est recherch&#233;e dans la violence r&#233;ciproque. Par d&#233;finition, cela suppose que l'une au moins des deux parties consid&#232;re que ce recours &#224; la force a un sens pour elle, et que l'autre soit ait la m&#234;me perception, soit pr&#233;f&#232;re r&#233;sister &#224; la premi&#232;re plut&#244;t que c&#233;der. La clef de la sortie de l'&#233;tat de guerre est d&#232;s lors principalement dans la guerre elle-m&#234;me et son r&#233;sultat sur le terrain. Mais comme la guerre est hautement consommatrice de ressources, puisque son principe est la destruction, elle a en elle-m&#234;me un facteur majeur de terminaison : elle ne peut durer ind&#233;finiment. Le rapport de forces sur le terrain peut d'abord aboutir &#224; la victoire d'une des deux parties. Alternativement, on a une situation non conclusive, mais qui ne peut durer ind&#233;finiment. A un moment donc les op&#233;rations s'arr&#234;tent. Mais tant que ces facteurs de terminaison n'ont pas op&#233;r&#233; suffisamment, la guerre continue. Arr&#234;ter pr&#233;matur&#233;ment signifierait en effet pour celui qui va dans ce sens non seulement que tous ses efforts ant&#233;rieurs ont &#233;t&#233; vains, pertes humaines et co&#251;ts mat&#233;riels en premier lieu, mais surtout cela reviendrait &#224; accepter une forme de d&#233;faite avant qu'elle soit acquise ; or il avait par hypoth&#232;se d&#233;cid&#233; de se battre. D&#232;s lors il continue, et l'adversaire de m&#234;me. C'est l&#224; que les bonnes volont&#233;s, attach&#233;es &#224; la paix, sont d&#233;&#231;ues &#8211; un peu na&#239;vement. Leurs appels &#224; une cessation des hostilit&#233;s, si possible sans gagnant ni perdant, tombent alors presque toujours sur des oreilles sourdes. Du moins tant que la logique m&#234;me du d&#233;roulement de la guerre n'y conduise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre d'Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons la guerre en Ukraine. Sans remonter aux origines, il para&#238;t clair que la r&#233;sistance ukrainienne &#224; l'invasion russe &#233;tait une guerre juste. Corr&#233;lativement, il &#233;tait justifi&#233; pour les Europ&#233;ens et les Am&#233;ricains de vouloir &#233;viter une d&#233;ferlante russe qui aurait d&#233;s&#233;quilibr&#233; le continent, et donc d'aider les Ukrainiens, en particulier par des armes. En revanche, l'ampleur des sanctions &#233;conomiques &#233;tait totalement disproportionn&#233;e et courait un risque &#233;lev&#233; d'&#234;tre contreproductive. Sur ce dernier plan, les faits ont confirm&#233; cette analyse : la perte s&#232;che de plus de 100 milliards d'actifs europ&#233;ens en Russie a &#233;t&#233; une grave sottise, sans parler du co&#251;t de le guerre, direct ou indirect ; parall&#232;lement, la Russie a progressivement r&#233;orient&#233; son activit&#233; en la rendant bien plus autonome et surtout travaille &#224; ressusciter son complexe militaro-industriel, dans la tradition sovi&#233;tique, ce qui n'est certainement pas une &#233;volution souhait&#233;e par le c&#244;t&#233; europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au terrain principal, qui est la guerre elle-m&#234;me, la perspective d'une victoire ukrainienne est d&#233;sormais plus &#233;loign&#233;e que jamais. Si donc la r&#233;action initiale &#233;tait justifi&#233;e, le jugement &#224; porter n'est plus le m&#234;me. Ni les chances de gain, ni la perspective d'une situation meilleure ne sont favorables. Et une escalade occidentale, que certains appellent de leur v&#339;ux, serait d&#233;vastatrice. En termes clairs, pour les Ukrainiens la recherche d'une solution de paix devient de plus en plus seule pertinente, ou au moins de cessation des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre &#224; Gaza&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant &#224; Gaza (voir ici mon article &lt;i&gt;Le conflit de Gaza est-il une guerre juste ?&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-conflit-de-Gaza-est-il-une-guerre-juste.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-co...&lt;/a&gt;. De la m&#234;me fa&#231;on, l'agresseur imm&#233;diat et caract&#233;ris&#233; le 7 octobre dernier est le Hamas, marqu&#233; en outre par une barbarie r&#233;v&#233;latrice. De plus, le programme du Hamas pr&#233;voit la destruction d'Isra&#235;l, et il para&#238;t cr&#233;dible que telle est bien leur but. D&#232;s lors l'attaque d'Isra&#235;l sur Gaza par para&#238;t justifi&#233;e en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je laisse ici de c&#244;t&#233; une question pourtant importante : celle des modalit&#233;s de l'op&#233;ration, notamment &#224; l'&#233;gard des civils, car y r&#233;pondre suppose une information qui me para&#238;t actuellement trop parcellaire. Certes, &#224; partir du moment o&#249; un pouvoir politique utilise sa population comme bouclier, on voit mal comment l'&#233;radiquer sans des dommages sur celle-ci ; encore faut-il les r&#233;duire le plus possible, et pour cela il faut savoir dans quelle mesure la m&#233;thode suivie par Isra&#235;l le fait. Je laisse donc ce d&#233;bat ouvert &#224; ce stade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le point qui nous concerne plus directement ici est la suite des op&#233;rations. D'un c&#244;t&#233;, la guerre suscite des r&#233;actions &#233;motionnelles consid&#233;rables, notamment dans le monde arabo-musulman, mais aussi ailleurs dans le monde. On peut certes souligner qu'il y a l&#224; deux poids et deux mesures par rapport &#224; bien d'autres situations souvent plus douloureuses pour des populations elles aussi musulmanes, mais qui ne suscitent pas les m&#234;mes indignations bruyantes (Iraq contre Daech avec notamment la prise de Mossoul, Syrie, Y&#233;men, Ouigours etc.). Ce qui est vrai ; mais il faut n&#233;anmoins prendre en compte la r&#233;alit&#233; de cette diff&#233;rence de traitement, sans doute due en bonne partie au fait qu'ici l'autre protagoniste (Isra&#235;l) est per&#231;u comme occidental. Une telle r&#233;action peut avoir &#233;ventuellement des cons&#233;quences g&#233;opolitiques non n&#233;gligeables, et pourrait d&#233;raper en guerre &#233;largie dans la r&#233;gion &#8211; m&#234;me si ce n'est pas le plus probable &#224; ce stade. Sous un autre angle, on constate la m&#234;me pression &#233;motionnelle en Isra&#235;l, pays d&#233;mocratique obs&#233;d&#233; par la question des otages et par l&#224; vuln&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, en soi la logique de l'op&#233;ration isra&#233;lienne est de finir ce qui a &#233;t&#233; commenc&#233; : si la guerre s'arr&#234;te demain sans &#233;limination de l'essentiel des forces du Hamas, d'une certaine mani&#232;re son effet sera limit&#233;, et par l&#224; sa justification &#233;ventuelle r&#233;duite. Toutes choses &#233;gales par ailleurs, au point o&#249; ils en sont, il peut &#234;tre alors l&#233;gitime pour Isra&#235;l de continuer. Cela dit, la pression, notamment externe, peut conduire &#224; une issue hybride, qui risque de ne rien clarifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il est une autre consid&#233;ration qui sera d&#233;cisive pour appr&#233;cier la justesse de cette guerre : ce que fera Isra&#235;l sur la question palestinienne. On ne peut en effet appr&#233;cier le juste fondement d'une guerre que dans une perspective longue, en consid&#233;rant l'ensemble de la situation. Et donc, comme je le disais &#224; ce sujet dans l'article en question, soit Isra&#235;l propose &#224; un moment appropri&#233; un plan de paix raisonnablement cr&#233;dible, donc avec une forme ou une autre d'Etat palestinien (hors Hamas &#233;videmment) ; mais cela suppose la viabilit&#233; des territoires palestiniens, et donc un abandon de la colonisation en Cisjordanie, y compris d'une part appr&#233;ciable de celle d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e. Soit Isra&#235;l &#233;carte cette hypoth&#232;se et poursuit sa politique de r&#233;duction progressive des territoires palestiniens. Mais cela signifie alors que le probl&#232;me subsistera int&#233;gralement ; la seule stabilisation possible de la situation impliquerait alors d'une mani&#232;re ou d'une autre le d&#233;part des Palestiniens, ce qui n'est ni juste, ni cr&#233;dible : ils ne partent pas, et leur natalit&#233; est forte. D'un point de vue de la guerre juste, dans cette deuxi&#232;me hypoth&#232;se l'objectif de la guerre devient contestable ; en tout cas elle ne peut &#234;tre qualifi&#233;e de guerre juste. Dit autrement, en supposant m&#234;me que la conduite de la guerre soit acceptable, une op&#233;ration aussi violente et brutale que l'intervention chirurgicale en cours sur Gaza ne peut &#234;tre qualifi&#233;e de juste, que si, par un paradoxe apparent, elle s'accompagne au moment appropri&#233; d'une offre de paix cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, &#224; nouveau, le d&#233;luge d'&#233;motions contradictoires que suscitent ces conflits, surtout le dernier, est sans commune mesure avec les consid&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes. Mais cela n'enl&#232;ve rien &#224; celles-ci : c'est en regardant les r&#233;alit&#233;s en face qu'on peut progresser. D'autant que l'utilisation abusive d'arguments moralisants par les divers camps en pr&#233;sence exige de prendre du recul. Plus que jamais, l'utilisation d'arguments moraux dans des conflits suppose une analyse lucide et attentive, en outre susceptible d'&#233;voluer dans le temps. La raisonnement prudentiel est une chose, la vengeance ou l'&#233;motion incontr&#244;l&#233;e une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru le 3 d&#233;cembre 2023 sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/quune-guerre-est-juste-ou-pas-sapprecie-dans-le-temps-et-cela-peut-changer-avec-les-faits-ukraine-gaza/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/quune-guerre-e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le conflit de Gaza est-il une guerre juste ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-conflit-de-Gaza-est-il-une-guerre-juste.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Le-conflit-de-Gaza-est-il-une-guerre-juste.html</guid>
		<dc:date>2023-11-04T16:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Palestiniens</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je sais bien que ce n'est pas tr&#232;s populaire ni jug&#233; tr&#232;s cr&#233;dible, mais je vais examiner ici la question sous l'angle moral, celui de la notion de guerre juste, selon la conception classique de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra alors que si le souci de d&#233;fense et d'&#233;radication des terroristes est indiscutable, la guerre en question pr&#233;sente un dilemme moral redoutable. Et surtout elle ne pourra &#234;tre qualifi&#233;e de juste que si elle d&#233;bouche sur une paix raisonnablement &#233;quitable, comportant donc une place pour les Palestiniens (hors Hamas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Israel-Palestine-Gaza-.html" rel="directory"&gt;Moyen Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Gaza-+.html" rel="tag"&gt;Gaza&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-juste-+.html" rel="tag"&gt;Guerre juste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Palestiniens-+.html" rel="tag"&gt;Palestiniens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Israel-+.html" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je sais bien que ce n'est pas tr&#232;s populaire ni jug&#233; tr&#232;s cr&#233;dible, mais je vais examiner ici la question sous l'angle moral, celui de la notion de guerre juste.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'excellent Michael Walzer a fait r&#233;cemment un examen de ce type sur des bases un peu diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons pour faire simple que dans la conception classique de celle-ci (voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Geopolitique-morale-et-guerre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Geopolitique...&lt;/a&gt; ; en note ici la formulation catholique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le cat&#233;chisme de l'Eglise catholique la formule ainsi au n&#176; 2309 : &#171; Il faut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), il y a pour cela quatre conditions : un motif juste et notamment un grave dommage subi, l'absence de moyen alternatif, des chances raisonnables de succ&#232;s, et la conviction raisonnable qu'en agissant ainsi on d&#233;bouchera sur une situation meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne remonterai pas aux origines du conflit isra&#233;lo-arabe ; je renvoie ici &#224; mon article &#171; Le conflit isra&#233;lo-palestinien : la frustration d'un conflit sans bonne solution &#187; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Le-conflit-israelo-palestinien-la.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Le-conflit-i...&lt;/a&gt;). Mais je prends les parties prenantes l&#224; o&#249; elles sont : Isra&#235;l, Gaza et le Hamas, ainsi que les parties externes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;gitimit&#233; d'un recours &#224; la guerre : le mobile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la justesse de la guerre est rapidement tranch&#233;e du c&#244;t&#233; du Hamas : c'est &#233;videmment non pour le 7 octobre et plus g&#233;n&#233;ralement pour le principe du terrorisme. Immoral par lui-m&#234;me, le terrorisme est presque toujours contre-productif (voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Le-paradoxe-du-terrorisme.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Le-paradoxe-...&lt;/a&gt;). La m&#234;me r&#233;ponse &#233;vidente vaut aussi pour leur but d&#233;clar&#233;, la destruction d'Isra&#235;l : cela ne peut &#233;videmment pas &#234;tre une situation meilleure. La cause palestinienne est une tout autre question : elle n'a de sens que pour faire sortir cette malheureuse population de l'impasse o&#249; elle se trouve ; mais l'action du Hamas aboutit au r&#233;sultat exactement inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc le cas d'Isra&#235;l. En l'occurrence, la question imm&#233;diate vise la r&#233;action d'Isra&#235;l apr&#232;s l'agression du Hamas sur son territoire, et les terribles massacres qui ont eu lieu &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi, le droit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense implique le droit &#224; faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Or le Hamas affiche vouloir la destruction d'Isra&#235;l. Et il ne semble pas raisonnable d'imaginer une quelconque n&#233;gociation avec lui, aboutissant &#224; un accord de bonne foi. Il n'y a donc de ce point de vue pas d'autre solution qu'une action militaire au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la th&#233;orie de la guerre juste, le mobile pour agir est donc fond&#233;. Restent les autres conditions : chances raisonnables de succ&#232;s, et conviction raisonnable qu'en agissant on d&#233;bouchera sur une situation meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;gitimit&#233; d'un recours &#224; la guerre : l'absence de moyens alternatif et les chances raisonnables de succ&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle action militaire dans l'imm&#233;diat ? Il semble qu'il y ait eu ici un dilemme relativement binaire sur le but de guerre imm&#233;diat : soit on cherche &#224; d&#233;truire le Hamas, ce qu'Isra&#235;l a entrepris ; soit on se borne &#224; des repr&#233;sailles &#233;ventuellement intenses coupl&#233;es avec le renforcement de la d&#233;fense des fronti&#232;res. La deuxi&#232;me hypoth&#232;se limitait la casse imm&#233;diate ; mais elle laissait intacte la menace du Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est la premi&#232;re qu'Isra&#235;l a choisie. Or comme tous les observateurs l'ont relev&#233; d&#232;s avant le d&#233;but des op&#233;rations, la situation sur le terrain est tr&#232;s sp&#233;cifique du point de vue militaire, le Hamas contr&#244;lant un territoire essentiellement urbain et tr&#232;s dens&#233;ment peupl&#233;, &#233;quip&#233; pour r&#233;sister, avec des r&#233;seaux de tunnels consid&#233;rables. Dans cette optique, l'action militaire &#233;tait et reste &#224; ce jour al&#233;atoire, et surtout tr&#232;s co&#251;teuse en vie humaines et destructions, y compris des effets collat&#233;raux de pertes civiles nombreuses. Celles-ci font en outre l'objet d'une communication mondiale intense (ce qui, rappelons-le incidemment, n'est pas vrai de tous les conflits, tant s'en faut : l'Afrique en sait quelque chose, ou le Y&#233;men, ou m&#234;me le Karabakh). S'y ajoutent d'un c&#244;t&#233; la pr&#233;sence d'otages nombreux, et de l'autre l'environnement moyen oriental avec le risque d'un embrasement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on choisit l'option dure, visant &#224; d&#233;truire le Hamas, comme l'a fait Isra&#235;l, moralement cela veut dire qu'on estime d'une part pouvoir y arriver (&#233;valuation militaire d'un succ&#232;s possible) ; et d'autre part que les effets de destruction cit&#233;s (pertes civiles nombreuses, mort des otages, d&#233;gradation de la situation r&#233;gionale) soient r&#233;duits au minimum par une conduite de la guerre appropri&#233;e, et qu'ils puissent &#234;tre assum&#233;s au vu du r&#233;sultat attendu : la disparition d'une force mena&#231;ante essentiellement destructrice. C'est un v&#233;ritable dilemme, et la r&#233;ponse morale n'est pas imm&#233;diate, notamment d'un point de vue externe et sans information suffisamment pr&#233;cise sur les donn&#233;es militaires du d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement en revanche sur le plan interne, le choix de cette option &#233;tait sans doute in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;gitimit&#233; d'un recours &#224; la guerre : d&#233;boucher sur une situation meilleure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la derni&#232;re condition pour qu'une guerre puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e juste, la plus importante : comment s'assurer que m&#234;me une victoire sur le terrain assurera la fin de la menace et permettra d'aller dans le sens d'une paix raisonnable et si possible durable ? A savoir, une situation clairement meilleure que s'il n'y a pas de guerre (ou une op&#233;ration bien plus limit&#233;e). Ce qui d&#233;pendra &#224; la fois de la situation sur le terrain en cas de victoire (qui prendra en charge Gaza ?), et de la situation r&#233;gionale dans son ensemble. Je passerai sur le premier point malgr&#233; son importance ; on ne sait en effet pas ce qu'Isra&#235;l pourra faire de Gaza en cas de victoire. Reste le second point, le plus d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord que le risque d'embrasement ne se v&#233;rifie pas. C'est possible mais pas certain. Mais un minimum pour cela est de bien circonscrire les buts de guerre ; en l'occurrence, un geste d&#233;fensif. Ce qui comporte certes l'&#233;radication du groupe terroriste ou plus exactement de son actuelle capacit&#233; de nuire, mais ne repr&#233;sente certainement pas une victoire du bien sur le mal. Il est donc absolument imp&#233;ratif de ne pas raisonner en guerre de civilisations ou en grand conflit id&#233;ologique. La guerre en cours a remis en selle le th&#232;me du conflit de civilisations, notamment &#224; droite, et b&#234;tement. Or c'est le pi&#232;ge par excellence, le moyen le plus s&#251;r pour souder des blocs antagonistes. Comme je l'ai montr&#233; par ailleurs, un suppos&#233; conflit de civilisations est en r&#233;alit&#233; un conflit d'id&#233;ologies ; et voir les relations internationales comme conflits d'id&#233;ologies est le plus s&#251;r moyen pour les envenimer et les radicaliser. C'est d'ailleurs la strat&#233;gie du Hamas. &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Des-conflits-de-civilisations-ou.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Des-conflits...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout il faut aussi prendre en consid&#233;ration la situation locale et r&#233;gionale apr&#232;s l'op&#233;ration. On ne peut en effet appr&#233;cier le juste fondement d'une guerre que dans une perspective longue, consid&#233;rant l'ensemble de la situation. Et alors, de deux choses l'une. Soit Isra&#235;l propose &#224; un moment appropri&#233; un plan de paix raisonnablement cr&#233;dible, donc avec une forme ou une autre d'Etat palestinien (hors Hamas &#233;videmment) ; mais cela suppose la viabilit&#233; des territoires palestiniens, et donc un abandon de la colonisation en Cisjordanie, y compris d'une part appr&#233;ciable de celle d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e. Soit Isra&#235;l &#233;carte cette hypoth&#232;se et poursuit sa politique de r&#233;duction progressive des territoires palestiniens. Mais cela signifie alors que le probl&#232;me subsistera int&#233;gralement ; la seule stabilisation possible de la situation impliquerait alors d'une mani&#232;re ou d'une autre le d&#233;part des Palestiniens, ce qui n'est ni juste, ni cr&#233;dible : ils ne partent pas, et leur natalit&#233; est forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue de la guerre juste, dans cette deuxi&#232;me hypoth&#232;se l'objectif de la guerre devient contestable ; en tout cas elle ne peut &#234;tre qualifi&#233;e de guerre juste. Dit autrement, en supposant m&#234;me qu'on r&#233;ponde positivement au dilemme moral &#233;voqu&#233; ci-dessus, et que la conduite de la guerre soit acceptable, une op&#233;ration aussi violente et brutale que l'intervention chirurgicale en cours sur Gaza ne peut &#234;tre qualifi&#233;e de juste, que si, paradoxalement, elle s'accompagne au moment appropri&#233; d'une offre de paix cr&#233;dible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le cat&#233;chisme de l'Eglise catholique la formule ainsi au n&#176; 2309 : &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois : &#8211; Que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain. &#8211; Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces. &#8211; Que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s. &#8211; Que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition. Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre en Ukraine et la notion de guerre juste </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-en-Ukraine-et-la-notion-de-guerre-juste.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-en-Ukraine-et-la-notion-de-guerre-juste.html</guid>
		<dc:date>2022-03-15T17:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La th&#233;orie traditionnelle de la guerre juste a &#233;t&#233; remise en cause ici est l&#224;, et notamment r&#233;cemment par le pape Fran&#231;ois. Or nous avons en Ukraine une guerre de grande ampleur, assez classique, dans un contexte europ&#233;en. Outre les bellig&#233;rants, les positions qu'elle suscite sont tranch&#233;es, et se situent sur le terrain moral, en g&#233;n&#233;ral pour condamner l'agression. Que peut-on en dire du point de vue de la th&#233;orie de la guerre juste, expos&#233;e de fa&#231;on classique par l'Eglise catholique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-Ukraine-26-.html" rel="directory"&gt;Guerre Ukraine &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-juste-+.html" rel="tag"&gt;Guerre juste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La th&#233;orie traditionnelle de la guerre juste a &#233;t&#233; remise en cause ici est l&#224;, et notamment r&#233;cemment par le pape Fran&#231;ois. Or nous avons en Ukraine une guerre de grande ampleur, assez classique, dans un contexte europ&#233;en. Outre les bellig&#233;rants, les positions qu'elle suscite sont tranch&#233;es, et se situent sur le terrain moral, en g&#233;n&#233;ral pour condamner l'agression. Que peut-on en dire du point de vue de la th&#233;orie de la guerre juste, expos&#233;e de fa&#231;on classique par l'Eglise catholique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste dans le Cat&#233;chisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit la doctrine catholique sur ce point ? Sous le titre &#171; Eviter la guerre &#187;, le cat&#233;chisme rappelle (2307) que l'&#201;glise presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bont&#233; divine nous lib&#232;re de l'antique servitude de la guerre. &#187; Mais il ajoutait : &#171; aussi longtemps cependant &#8216;que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorit&#233; internationale comp&#233;tente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait d&#233;nier aux gouvernements, une fois &#233;puis&#233;es toutes les possibilit&#233;s de r&#232;glement pacifiques, le droit de l&#233;gitime d&#233;fense' (GS 79, &#167; 4). &#187; C'est dans ce contexte qu'il rappelait les principes sur la &#171; guerre juste &#187; (2309) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel car il rappelle que cette th&#233;orie n'est pas une machine &#224; juger, mais un guide pour une d&#233;cision responsable &#224; usage de ceux qui ont &#224; le faire (citoyens compris, &#224; leur niveau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le pape Fran&#231;ois a remis en question cette analyse, au moins &#224; titre d'opinion, estimant (&lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; &#167;&#167; 258 et 259) que &#171; depuis le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilit&#233;s &#233;normes et croissantes qu'offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontr&#244;l&#233; qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes. [&#8230;] Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai analys&#233; cette question pr&#233;c&#233;demment dans &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Geopolitique-morale-et-guerre&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Geopolitique...&lt;/a&gt; et dans &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Fraternite-nation-et-guerre-juste.html,&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Fraternite-n...&lt;/a&gt; soulignant au contraire la pertinence maintenue d'un r&#233;flexion de ce type. Que peut-on en dire dans le cas de la guerre en Ukraine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de la guerre en Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la Russie, la r&#233;ponse para&#238;t claire. Il ne s'agit d&#233;j&#224; pas d'une &#171; l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire &#187;. M&#234;me en prenant en compte les accusations russes sur la menace que repr&#233;sente une &#233;ventuelle adh&#233;sion de l'Ukraine &#224; l'Otan, et les s&#233;vices &#233;ventuels aux russophones d'Ukraine, il para&#238;t difficile de dire que le dommage qui lui est inflig&#233; &#171; soit durable, grave et certain &#187;, encore moins que &#171; tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces &#187; (en l'esp&#232;ce, tous les moyens autres qu'une invasion g&#233;n&#233;rale en bonne et due forme), ou que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187;. Cette invasion en bonne et due forme est donc &#233;videmment condamnable et ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une guerre juste. On n'en dira pas automatiquement autant de ce qui aurait pu &#234;tre d'autres formes beaucoup plus ponctuelles d'intervention, m&#234;me militaire, du moins si on valide les accusations russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'Ukraine, on est clairement dans le cas d'une &#171; l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire &#187;. Il est en outre manifeste que &#171; le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation &#187; est &#171; durable, grave et certain &#187;. Et au stade actuel que &#171; tous les autres moyens d'y mettre fin &#187; se sont &#171; r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces &#187;. Restent les deux autres crit&#232;res : que &#171; soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; et que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; sachant que &#171; la puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition &#187;. Certains pourraient alors arguer que le rapport de force a priori tr&#232;s d&#233;favorable implique que l'Ukraine n'a pas de chances raisonnables de succ&#232;s et que la poursuite de la guerre de sa part entra&#238;ne de graves maux. Cela me semble pourtant erron&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'Ukraine avait capitul&#233;, elle aurait &#233;t&#233; occup&#233;e imm&#233;diatement et sans doute d&#233;mantel&#233;e, perdant toute perspective de vie autonome et de jouir de sa libert&#233;. Sauf &#224; donner &#224; tout agresseur un avantage de principe massif, cela para&#238;t un argument suffisant pour juger que r&#233;sister repr&#233;sente un mal acceptable en regard de la menace. Quant aux chances de succ&#232;s, si la victoire sur les Russes est a priori improbable, en revanche la r&#233;sistance peut &#234;tre fructueuse, m&#234;me si l'envahisseur finit par l'emporter, parce que cela peut limiter l'ampleur de ce qu'il peut obtenir. Il est notamment tout &#224; fait raisonnable d'esp&#233;rer que cette r&#233;sistance obligera cet envahisseur &#224; accepter le maintien d'un Etat ukrainien, m&#234;me affaibli ou amoindri. La guerre d&#233;fensive des Ukrainiens para&#238;t donc clairement relever du concept de guerre juste. C'est d'ailleurs ce que la plupart d'entre nous pense intuitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; europ&#233;en, les m&#234;mes arguments justifient une aide apport&#233;e &#224; l'Ukraine, &#224; condition qu'on reste en de&#231;&#224; de la guerre directe avec la Russie (ce qu'on a fait), car alors non seulement il n'est pas s&#251;r &#171; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; mais il est &#233;vident que &#171; l'emploi des armes &#187; entra&#238;nerait &#171; des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; (confrontation nucl&#233;aire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sera-t-il toujours de m&#234;me &#224; l'avenir ? Ce n'est pas s&#251;r. Le crit&#232;re tr&#232;s pragmatique de la guerre juste ne s'applique pas une fois pour toutes au d&#233;but de la guerre. On peut donc &#234;tre conduit &#224; changer son appr&#233;ciation en fonction du d&#233;roul&#233; des &#233;v&#233;nements : r&#233;sultats militaires sur le terrain, degr&#233; de mont&#233;e aux extr&#234;mes de la guerre, ou encore position de n&#233;gociation de l'autre partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il est tr&#232;s improbable que la guerre c&#244;t&#233; russe trouve une justification &#224; l'avenir. Mais la remarque vaut c&#244;t&#233; ukrainien. Bien entendu comme dit le cat&#233;chisme, cela rel&#232;ve de l'appr&#233;ciation prudentielle des Ukrainiens ; ce qui suit n'est donc pas un sch&#233;ma de jugement, mais des exemples de raisonnements concevables. Supposons d'abord, &#224; un bout, que les Russes s'enlisent, mais sans interrompre leur effort de guerre et leurs bombardements, et qu'ils limitent leurs pr&#233;tentions &#224; la non-entr&#233;e dans l'Otan et &#224; l'ind&#233;pendance du Donbass : on peut concevoir qu'une paix sur cette base apparaisse pr&#233;f&#233;rable aux Ukrainiens &#224; la destruction continue du pays - m&#234;me si la poursuite de la guerre pourrait garder aussi sa justification aux yeux de certains. Supposons maintenant inversement que les Russes basculent dans une guerre totale, y compris nucl&#233;aire : dans ce cas l'Ukraine pourrait avoir &#224; envisager de cesser le combat, qui resterait l&#233;gitime dans son principe mais qu'elle pourrait estimer trop co&#251;teux humainement pour que l'obstination se justifie. Supposons enfin que la Russie n'arrive pas &#224; achever sa conqu&#234;te, et qu'il para&#238;t envisageable qu'elle finisse par l&#226;cher prise : alors la poursuite du combat se justifierait pleinement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La guerre d'Ukraine : quelques le&#231;ons</title>
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		<dc:date>2022-03-03T17:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Sanctions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je n'ai pas une forte expertise militaire ni du monde russe. Et beaucoup d&#233;pendra des &#233;v&#233;nements, notamment sur le terrain. Mais cela n'emp&#234;che pas de proposer un raisonnement d'un point de vue de citoyen fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette agression caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si elle s'inscrit dans un contexte plus complexe qu'on ne le dit, le point central est de se rappeler que nous sommes un pays souverain dans un monde dur, o&#249; chacun doit prendre ses responsabilit&#233;s et s'organiser en cons&#233;quence, y compris pour &#339;uvrer en faveur de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-Ukraine-26-.html" rel="directory"&gt;Guerre Ukraine &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Sanctions-+.html" rel="tag"&gt;Sanctions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je n'ai pas une forte expertise militaire ni du monde russe. Et beaucoup d&#233;pendra des &#233;v&#233;nements, notamment sur le terrain. Mais cela n'emp&#234;che pas de proposer un raisonnement d'un point de vue de citoyen. Je chercherai &#224; en rester &#224; ce niveau ; car si la vague d'&#233;motion qui submerge le d&#233;bat se comprend au vu des horreurs de la guerre, elle peut fausser le jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.	Rappel de quelques principes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons le principe de base en mati&#232;re internationale : chaque pays est autonome et responsable de son action. Cela ne veut pas dire qu'il ne consid&#232;re que ses seuls int&#233;r&#234;ts. Membre d'une communaut&#233; internationale, il prend &#233;videmment aussi en compte ses relations avec les autres pays, tant pour coop&#233;rer que pour la recherche de la paix. Mais qu'on soit dirigeant ou qu'on s'exprime comme simple citoyen, on parle et agit d'abord pour soi-m&#234;me (du point de vue de son peuple) car c'est ce dont on est directement responsable, y compris quand on agit pour la paix, ou en coop&#233;ration avec d'autres. De m&#234;me, quand il s'agit de prendre la parole ou de porter des jugements, ce qu'on a d'abord &#224; regarder est ce qu'on dit et fait soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que ceci vise d'abord et essentiellement le niveau national. Le niveau europ&#233;en existe mais il est d&#233;riv&#233; et partiel ; c'est une lieu de coop&#233;ration, pas de responsabilit&#233; politique directe, ni envers un peuple, ni m&#234;me devant l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette action, outre les int&#233;r&#234;ts de son pays, on a &#224; c&#339;ur la recherche de la paix, et d'une paix juste, donc la recherche d'un certain bien. mais on sait que la recherche du bien suppose la prise en compte des r&#233;alit&#233;s : c'est sur cette r&#233;alit&#233; qu'on veut agir au mieux. Le choix sera donc variable selon les circonstances et la situation. Ce qui est donc &#224; bannir en priorit&#233;, c'est la poursuite d'une id&#233;ologie (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Interventionnisme-et-ideologie.htmlr&#233;f&#233;rence&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Intervention...&lt;/a&gt;). Car une id&#233;ologie, c'est le placage a priori d'imp&#233;ratifs (en g&#233;n&#233;ral suppos&#233;s moraux) sur une r&#233;alit&#233;, quitte &#224; la mutiler. Ce qui est particuli&#232;rement nocif en mati&#232;re internationale, car il n'y a pas d'autorit&#233; mondiale en charge du bien commun de l'humanit&#233;, comme l'Etat est cens&#233; l'&#234;tre en dernier ressort au niveau national. Et chaque acteur, pr&#233;cis&#233;ment, incarne un point de vue particulier. D&#232;s lors, un Etat qui s'identifie &#224; une id&#233;ologie appara&#238;t aussit&#244;t comme mena&#231;ant pour tous ceux qui y contreviennent. Il peut mettre en avant une moralit&#233;, mais ce qu'il fait n'est pas le vrai bien moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action au niveau international suppose en outre d'&#234;tre cr&#233;dible. Non seulement en terme de pouvoir, mais aussi de d&#233;termination, dans un contexte o&#249; il n'y pas de juge de paix. Donc un esprit de combat et une pr&#233;paration &#224; la lutte (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/La-force-de-combattre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/La-force-de-...&lt;/a&gt;). Car la crise est toujours possible et derri&#232;re elle le conflit. A nouveau, sans perdre de vie le bien supr&#234;me qu'est la paix, et donc la recherche de relations le plus juste possible avec les autres acteurs. Et donc en particulier en gardant &#224; l'esprit les principes de la guerre juste, toujours valables (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Geopolitique-morale-et-guerre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Geopolitique...&lt;/a&gt;), et plus encore au vu des horreurs de la guerre moderne, que subit aujourd'hui la malheureuse Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	Le paysage international ambiant et son bouleversement suite &#224; l'attaque russe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde o&#249; nous sommes, qui reste largement celui d'une communaut&#233; d'Etats souverains qu'on appelle westphalienne, un principe essentiel pour la recherche de la paix est le respect de cette souverainet&#233; et donc des fronti&#232;res. On sait que ce principe n'est pas absolue ni totalement inviolable, et il y a des pr&#233;c&#233;dents f&#226;cheux comme la guerre d'Iraq (Etat il est vrai assez peu paisible alors, ce qui ne justifie pas l'agression), mais il reste un rep&#232;re majeur. De ce point de vue, l'attaque russe sur l'Ukraine, agression g&#233;n&#233;ralis&#233;e d'un Etat souverain par un autre, sans provocation ou menace du premier, ne peut faire l'objet que d'une condamnation nette. Notons incidemment que sur ce plan elle contredit la doctrine affich&#233;e par le grand alli&#233; de la Russie, la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par son ampleur et sa nouveaut&#233;, une telle agression repr&#233;sente ind&#233;niablement un tournant majeur dans les relations internationales. Certes, comme certains le soulignent non sans motifs, elle fait suite &#224; une s&#233;rie d'humiliations contreproductives inflig&#233;es &#224; la Russie, qui n'a jamais &#233;t&#233; accueillie dans le concert des pays avanc&#233;s quand elle pouvait l'&#234;tre, avec notamment l'extension continue de l'Otan (dont elle &#233;tait le seul ennemi possible et d&#233;sign&#233;) ; sans parler de l'&#233;ventuelle entr&#233;e de l'Ukraine qui &#233;tait une v&#233;ritable provocation, ou du mauvais traitement de la forte minorit&#233; russophone apr&#232;s la r&#233;volution de Maidan qui a quelque peu d&#233;s&#233;quilibr&#233; ce pays. La responsabilit&#233; am&#233;ricaine est ici claire, &#224; c&#244;t&#233; d'autres, et aussi dans une certaine mesure celle des dirigeants Ukrainiens (ce qui n'emp&#234;che pas de saluer aujourd'hui leur courage). Quand on conna&#238;t un violent avec qui on ne veut pas de conflit direct, on ne le provoque pas. Mais si tout cela constitue des facteurs en partie explicatifs, cela ne justifie en rien la r&#233;action totalement disproportionn&#233;e qu'est l'invasion de l'Ukraine et le d&#233;clenchement d'une guerre cruelle, qui ne respecte aucun des crit&#232;res de la guerre juste. D'autres mettent en avant la brutalit&#233; connue du r&#233;gime et de Poutine, dont t&#233;moignait entre autres la r&#233;pression violente en Tch&#233;tch&#233;nie. Il n'en reste pas moins qu'il y a un saut logique entre ces diff&#233;rents pr&#233;c&#233;dents et la pr&#233;sente agression. Le joueur d'&#233;chec que paraissait &#234;tre Poutine a en fait renvers&#233; la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, une appr&#233;ciation compl&#232;te d&#233;pend de ses buts ultimes, qui peuvent comporter deux composantes : d'une part une volont&#233; de puissance et de revanche (plus d'ailleurs qu'un nationalisme proprement dit), et d'autre part la reconstitution d'une grande Russie ou d'une forme r&#233;duite d'URSS. L'attaque montre en tout cas qu'on n'a pas affaire &#224; un patriotisme pur et simple, d&#233;fensif ; comme en t&#233;moignait d'ailleurs d&#233;j&#224; l'intervention en Syrie, acte de puissance et non de d&#233;fense de la patrie russe. Cela dit, m&#234;me dans cette perspective, la rationalit&#233; de l'acte n'est pas &#233;vidente. Elle a eu pour effet concret la recr&#233;dibilisation de l'Otan, et peut-&#234;tre un certain r&#233;armement europ&#233;en, mais s&#251;rement un co&#251;t &#233;conomique &#233;lev&#233; sur la dur&#233;e pour la Russie, et une plus grande d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la Chine. En fait, elle n'a sans doute un tant soit peu de sens c&#244;t&#233; russe qu'en allant bien au-del&#224; des buts affich&#233;s (neutralit&#233; de l'Ukraine, ind&#233;pendance du Donbass, &#233;volution du r&#233;gime). En particulier, au point o&#249; la Russie en est, des annexions appr&#233;ciables de sa part sur le sud et l'est de l'Ukraine (d&#233;guis&#233;es ou non) paraissent en &#234;tre une cons&#233;quence assez plausible, compl&#233;t&#233;e par la vassalisation du reste. Mais il est alors clair que cela rendrait l'op&#233;ration encore plus contestable pour les autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute enfin au niveau international le risque d'un retour d'une forme de guerre froide, &#224; nouveau fortement id&#233;ologis&#233;e, ce qu'il fallait autant que possible &#233;viter. Un bilan qui appara&#238;t donc tr&#232;s n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.	Quelle ligne strat&#233;gique pour un pays comme la France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t &#233;vident que dans un paysage comme celui-ci le patriotisme est plus que jamais &#224; l'ordre du jour, tant en termes d'esprit public que de taille des budgets militaires. Rester dans ses alliances, bien s&#251;r, et jouer l'action commune quand elle est f&#233;conde, mais garder son autonomie de jeu. Concr&#232;tement cela aurait suppos&#233; ne pas entrer dans l'organisation int&#233;gr&#233;e de l'Otan (et d'en sortir au moment opportun, tout en restant dans l'Alliance), de s'opposer &#224; l'entr&#233;e de l'Ukraine dans l'Otan, et de coop&#233;rer en mati&#232;re militaire avec les Europ&#233;ens mais sans se lier au mythe d'une d&#233;fense europ&#233;enne, qui dans l'&#233;tat actuel des choses ne serait qu'une variante de l'Otan. En d'autres termes, jouer sa partie, sans s'illusionner sur son poids r&#233;el mais r&#233;solument, car il n'est pas nul. Cela aurait sans doute renforc&#233; la cr&#233;dibilit&#233; d'E. Macron dans ses tentatives d'interm&#233;diation ou d'influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.	Que pouvait-on et que peut-on faire dans l'imm&#233;diat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu de la situation, la r&#233;action des pays occidentaux n'appara&#238;t pas d'embl&#233;e inad&#233;quate. Ce qu'on n'a pas fait, et avec raison, est &#233;videmment une entr&#233;e en guerre ; de ce point de vue la comparaison faite par certains avec Munich et l'avant-guerre ne tient notamment pas compte d'une diff&#233;rence majeure : le risque nucl&#233;aire. Restent les sanctions, l'aide militaire, les boycotts. Il &#233;tait difficile de ne pas r&#233;agir en signifiant &#224; la Russie la profondeur de la condamnation et du d&#233;saccord, et ces diff&#233;rents moyens d'action sont en soi concevables et coh&#233;rents avec les principes d&#233;velopp&#233;s ci-dessus. Naturellement cela rel&#232;ve d'un jugement prudentiel, qu'on peut contester (si on a la comp&#233;tence pour le faire). A titre personnel mais sans avoir toute la perspective, les sanctions &#233;conomiques me paraissent avoir leur sens ; la fourniture d'armes est plus risqu&#233;e (notamment pour la population ukrainienne, car cela aide &#224; prolonger la guerre) mais peut &#234;tre utile pour pr&#233;parer la n&#233;gociation. Je n'en dirai pas autant des provocations inutiles et contre-productives (boycott de musiciens et sportifs, hyst&#233;rie antirusse, rupture de toute pr&#233;sence &#233;conomique et culturelle en Russie etc.) qui en outre ne reconnaissent pas la distinction entre la Russie pays et son r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A terme court, que peut-on viser ? En tant que France on doit admettre qu'on n'est pas d&#233;terminant ; mais on peut tenter de contribuer. En dehors d'un changement radical &#224; Moscou, l'&#233;tat des lieux sur le plan militaire conduit &#224; envisager in&#233;luctable un statut de neutralit&#233; pour l'Ukraine ; le maintien le meilleur possible de son int&#233;grit&#233; serait &#233;videmment tr&#232;s souhaitable mais pas &#233;vident. Et si on doit viser la n&#233;gociation et l'arr&#234;t de guerre, en sauvant ce qui peut l'&#234;tre, cela suppose le maintien de pressions fortes. Mais le prolongement d'une situation de bellig&#233;rance au moins latente sur place est un risque &#233;lev&#233;, et donc de tensions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.	Que peut-on viser &#224; terme long ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la France ne peut tout faire, loin de l&#224;, et pas plus l'Europe en g&#233;n&#233;ral. L'id&#233;al serait sans doute une n&#233;gociation d'ensemble, assurant durablement les conditions de la paix en Europe. Cela aurait &#233;t&#233; sans doute une tr&#232;s bonne id&#233;e dans les ann&#233;es 90 ; c'est plus difficile aujourd'hui. Et cela implique &#233;videmment au pr&#233;alable que ce conflit se stabilise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me alors, cela suppose des conditions difficiles &#224; r&#233;unir. C&#244;t&#233; russe, car le choix qu'a fait Poutine risque de se r&#233;v&#233;ler &#234;tre de sa part un pari existentiel, rendant une vrai normalisation impraticable. Et c&#244;t&#233; am&#233;ricain, non seulement cela suppose une r&#233;vision de leur attitude dominante envers la Russie depuis 30 ans, outre que plus g&#233;n&#233;ralement leur fiabilit&#233; en mati&#232;re de trait&#233;s internationaux reste &#224; d&#233;montrer. C&#244;t&#233; europ&#233;en, un risque pourrait &#234;tre la vassalisation d&#233;finitive du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc cette voie de la n&#233;gociation d'ensemble ne doit pas &#234;tre &#233;cart&#233;e, ce n'est pas la panac&#233;e. Reste la navigation &#224; vue, avec la meilleure volont&#233; du monde, mais beaucoup de d&#233;termination, et la claire conscience du fait que notre sort est d'abord entre nos mains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Fraternit&#233;, nation et guerre juste : R&#233;flexions &#224; partir de l'encyclique Fratelli tutti </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Fraternite-nation-et-guerre-juste-Reflexions-a-partir-de-l-encyclique-Fratelli.html</link>
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		<dc:date>2021-09-05T14:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Fraternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fraternit&#233;, philia et communaut&#233; politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facteurs de division&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons d'abord ce &#224; quoi la fraternit&#233; s'oppose. Le pape critique d'abord fermement l'individualisme, qui ne m&#232;ne pas au bien commun. Au 105 : &#171; l'individualisme ne nous rend pas plus libres, plus &#233;gaux, plus fr&#232;res. La simple somme des int&#233;r&#234;ts individuels n'est pas capable de cr&#233;er un monde meilleur pour toute l'humanit&#233;. [&#8230;] L'individualisme radical [&#8230;] nous fait croire que tout consiste &#224; donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les s&#233;curit&#233;s individuelles nous pouvions construire le bien commun. &#187; La revendication de droits peut elle-m&#234;me &#234;tre d&#233;tourn&#233;e dans le mauvais sens, si elle est centr&#233;e sur le seul individu. Car (111) &#171; la personne humaine, dot&#233;e de droits inali&#233;nables, est de par sa nature m&#234;me ouverte aux liens. L'appel &#224; se transcender dans la rencontre avec les autres se trouve &#224; la racine m&#234;me de son &#234;tre. C'est pourquoi &#8216;il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des &#233;quivoques qui peuvent na&#238;tre d'un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd'hui la tendance &#224; une revendication toujours plus grande des droits individuels &#8211; je suis tent&#233; de dire individualistes &#8211;, qui cache une conception de la personne humaine d&#233;tach&#233;e de tout contexte social et anthropologique, presque comme une &#8216;monade' (mon&#225;s), toujours plus insensible. [&#8230;] Si le droit de chacun n'est pas harmonieusement ordonn&#233; au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par cons&#233;quent, devenir source de conflits et de violences' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on d&#233;passe l'individu, on en vient &#224; l'id&#233;e de peuple. La probl&#233;matique du &#171; peuple &#187;, au c&#339;ur des id&#233;es du pape Fran&#231;ois, est un th&#232;me majeur de l'encyclique. Ce n'est pas toujours bien compris, car le pape insiste simultan&#233;ment sur la d&#233;fense de la culture sp&#233;cifique du peuple en question, et sur ce qu'il estime &#234;tre sa n&#233;cessaire ouverture. D'un c&#244;t&#233;, dit-il, il faut s'enraciner dans cette culture et ce sentiment collectif, qu'il qualifie de &#8216;mythe', en donnant au terme un sens positif (d&#233;velopp&#233; au 158), et dont il faut pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi au 143 : &#171; la solution ne r&#233;side pas dans une ouverture qui renonce &#224; son tr&#233;sor propre. Tout comme il n'est pas de dialogue avec l'autre sans une identit&#233; personnelle, de m&#234;me il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'&#224; partir de l'amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il voit ce peuple comme une entit&#233; ouverte, accueillante aux &#233;volutions et aux nouveaux venus (102). D&#232;s lors, dit-il au 160 : &#171; les groupes populistes ferm&#233;s d&#233;figurent le terme &#8216;peuple', puisqu'en r&#233;alit&#233; ce dont il parle n'est pas le vrai peuple. En effet, la cat&#233;gorie de &#8216;peuple' est ouverte. Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est ouvert de fa&#231;on permanente &#224; de nouvelles synth&#232;ses int&#233;grant celui qui est diff&#233;rent. Il ne le fait pas en se reniant lui-m&#234;me, mais en &#233;tant dispos&#233; au changement, &#224; la remise en question, au d&#233;veloppement, &#224; l'enrichissement par d'autres ; et ainsi, il peut &#233;voluer. &#187;Le peuple n'est donc pas une entit&#233; d&#233;nie et stable, et ne doit pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique un des points les plus controvers&#233;s de l'encyclique, celui des migrants (41). Pour le pape, le droit des migrants &#224; rechercher une vie meilleure est un droit fondamental, et aucun motif ne permet de s'y opposer, sauf &#233;videmment les droits des citoyens existants. Au (121) &#171; personne ne peut donc &#234;tre exclu, peu importe o&#249; il est n&#233;, et encore moins en raison des privil&#232;ges dont jouissent les autres parce qu'ils sont n&#233;s quelque part o&#249; existent plus de possibilit&#233;s. Les limites et les fronti&#232;res des &#201;tats ne peuvent pas s'opposer &#224; ce que cela s'accomplisse. &#187; Car (124) &#171; la conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer aujourd'hui &#233;galement aux pays, &#224; leurs territoires et &#224; leurs ressources. En consid&#233;rant tout cela non seulement du point de vue de la l&#233;gitimit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des droits des citoyens d'une nation d&#233;termin&#233;e, mais aussi &#224; partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que chaque pays est &#233;galement celui de l'&#233;tranger, &#233;tant donn&#233; que les ressources d'un territoire ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es &#224; une personne dans le besoin provenant d'ailleurs. &#187; Il n'y a donc semble-t-il pas de place pour une action des autorit&#233;s publiques, en charge de la nation au sens politique du terme, pour restreindre activement l'immigration ; certes, c'est sous r&#233;serve du respect des droits de ses citoyens, mais ils ne p&#232;sent pas plus que ceux des migrants. Notons que cela se relie assez logiquement &#224; la conception du peuple comme une r&#233;alit&#233; &#233;volutive. Mais du coup cela colore la notion de bien commun : ce dernier ne repose d&#232;s lors pas sur une id&#233;e de communaut&#233; pour l'essentiel stable, d&#233;limit&#233;e, mais sur une r&#233;alit&#233; en flux. Une r&#233;alit&#233; qu'aucune autorit&#233; publique n'a m&#234;me le droit de d&#233;fini et d'en r&#233;guler la composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233;, ou charit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le pape d&#233;finit-il positivement cette fraternit&#233; ? Il fait d'abord un lien &#233;troit entre souci de l'autre, respect de ses droits, et bien commun. Ainsi au 22 : le respect de ces droits humains est &#171; une condition pr&#233;alable au d&#233;veloppement m&#234;me du pays, qu'il soit social ou &#233;conomique. Quand la dignit&#233; de l'homme est respect&#233;e et que ses droits sont reconnus et garantis, fleurissent aussi la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'initiative, et la personnalit&#233; humaine peut d&#233;ployer ses multiples initiatives en faveur du bien commun'. &#187; C'est une des le&#231;ons qu'il tire de la parabole du bon Samaritain, qu'il commente longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les d&#233;veloppements sur la fraternit&#233;, de ce que le pape appelle charit&#233; politique, qui joue un r&#244;le essentiel dans la poursuite du bien commun. Ainsi au 180 : &#171; reconna&#238;tre chaque &#234;tre humain comme un fr&#232;re ou une s&#339;ur et chercher une amiti&#233; sociale qui int&#232;gre tout le monde ne sont pas de simples utopies. [&#8230;] Il s'agit de progresser vers un ordre social et politique dont l'&#226;me sera la charit&#233; sociale. Une fois de plus, j'appelle &#224; r&#233;habiliter la politique qui &#8216;est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun'. &#187; Et &#224; nouveau, au 182 : &#171; cette charit&#233; politique suppose qu'on ait d&#233;velopp&#233; un sentiment social qui d&#233;passe toute mentalit&#233; individualiste : &#8216;la charit&#233; sociale nous fait aimer le bien commun et conduit &#224; chercher effectivement le bien de toutes les personnes, consid&#233;r&#233;es non seulement individuellement, mais aussi dans la dimension sociale qui les unit'. Chacun n'est pleinement une personne qu'en appartenant &#224; un peuple, et en m&#234;me temps, il n'y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. &#187; Mais attention : ce niveau &#8216;politique' n'est pas d&#233;fini en liaison avec le niveau institutionnel, national ou &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, comme dit le 230 : &#171; &#8216;notre soci&#233;t&#233; gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment &#224; la maison. Dans une famille, [&#8230;] personne n'est exclu. [&#8230;], tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. &#187; Par rapport &#224; la conception traditionnelle, il y a ici &#224; noter une &#233;volution sous-jacente importante, bien que non explicit&#233;e. En effet la famille est une communaut&#233; bien d&#233;finie, alors que, comme on l'a vu, le pape voit le peuple comme une cat&#233;gorie mouvante, qui ne doit pas exclure celui qui vient du dehors : pour lui l'id&#233;e de fermeture est &#224; rejeter par principe. Mais il ne r&#233;pond alors pas &#224; la question qui vient naturellement : n'y a-t-il pas un rapport entre la nature des liens qui unissent la famille, et le fait qu'elle soit restreinte &#224; certaines personnes ? Et quelle le&#231;on en tirer pour la communaut&#233; politique nationale ? En r&#233;alit&#233;, pour lui, ce qui importe est la rencontre : au 232 : &#171; il n'y a pas de point final &#224; la construction de la paix sociale d'un pays. [&#8230;] Travail qui nous demande de ne pas rel&#226;cher l'effort de construire l'unit&#233; de la nation et, malgr&#233; les obstacles, les diff&#233;rences et les diverses approches sur la mani&#232;re de parvenir &#224; la cohabitation pacifique, de pers&#233;v&#233;rer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et &#233;conomique, la personne humaine, sa tr&#232;s haute dignit&#233; et le respect du bien commun'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on implicite, l'Etat a certes ses devoirs et son r&#244;le, mais il n'est pas le lieu naturel de la mise en &#339;uvre du bien commun, d'autant que le peuple qui sert de support &#224; la nation est un concept mouvant. Le bien doit &#234;tre cherch&#233; d'abord &#224; un niveau plus proche des bases : les personnes et leurs communaut&#233;s (avec leurs cultures), ces derni&#232;res n'&#233;tant pas per&#231;ues comme corps constitu&#233;s, mais comme unions de personnes reli&#233;es entre elles par la fraternit&#233;. Quant au bien commun, il passe alors &#224; un niveau plus large, celui de l'humanit&#233; ; mais &#224; ce niveau, il n'y a plus d'Etat. On le voit de fa&#231;on plus explicite en consid&#233;rant l'aspect international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bien commun mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'encyclique d&#233;veloppe en effet consid&#233;rablement la dimension internationale, dans l'optique d'un bien commun universel. L&#224; aussi on rencontre l'obstacle de l'&#233;go&#239;sme, qui est ici national. Car le niveau national est jug&#233; de moins en moins pertinent. Car (178) &#171; face &#224; tant de formes mesquines de politique et &#224; courte vue, je rappelle que &#8216;la grandeur politique se r&#233;v&#232;le quand, dans les moments difficiles, on &#339;uvre [&#8230;] en pensant au bien commun &#224; long terme. Il est tr&#232;s difficile pour le pouvoir politique d'assumer ce devoir dans un projet de nation et encore davantage dans un projet commun pour l'humanit&#233; pr&#233;sente et future. &#187; En effet (affirmation consid&#233;rable) &#171; aujourd'hui aucun &#201;tat national isol&#233; n'est en mesure d'assurer le bien commun de sa population. &#187; D&#232;s lors (154) &#171; une meilleure politique, mise au service du vrai bien commun, est n&#233;cessaire pour permettre le d&#233;veloppement d'une communaut&#233; mondiale, capable de r&#233;aliser la fraternit&#233; &#224; partir des peuples et des nations qui vivent l'amiti&#233; sociale. &#187; C'est que (172) &#171; le XXIe si&#232;cle &#8216;est le th&#233;&#226;tre d'un affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux, surtout parce que la dimension &#233;conomique et financi&#232;re, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d'institutions internationales devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner'. [&#8230;] On devrait au moins inclure la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial, l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel niveau de communaut&#233; pour comprendre le bien commun et l'amiti&#233; politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le comprendre, le bien commun est d&#232;s lors compris &#224; la fois &#224; la suite de l'enseignement ant&#233;rieur, mais d'une fa&#231;on si originale qu'elle en modifie en profondeur la signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rappeler ici l'enseignement fourni de saint Jean-Paul II sur le r&#244;le de la nation, comparons rapidement avec ce que disait l'enseignement ant&#233;rieur sous sa forme synth&#233;tique la plus r&#233;cente. Selon le &lt;i&gt;Compendium de la Doctrine sociale&lt;/i&gt;, (n&#176; 164), tout d'abord &#171; le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. &#201;tant &#224; tous et &#224; chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accro&#238;tre et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. &#187; En outre (167) &#171; le bien commun engage tous les membres de la soci&#233;t&#233; : aucun n'est exempt&#233; de collaborer, selon ses propres capacit&#233;s, &#224; la r&#233;alisation et au d&#233;veloppement de ce bien &#187; &#187; Nous sommes ici en phase avec Fratelli tutti. En revanche, s'agissant des &#8216;devoirs de la communaut&#233; politique' on ajoutait alors (168) &#171; le bien commun est la raison d'&#234;tre de l'autorit&#233; politique. &#192; la soci&#233;t&#233; civile dont il est l'expression, l'&#201;tat doit, en effet, garantir la coh&#233;sion, l'unit&#233; et l'organisation de sorte que le bien commun puisse &#234;tre poursuivi avec la contribution de tous les citoyens. L'individu, la famille, les corps interm&#233;diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m&#234;mes &#224; leur d&#233;veloppement pl&#233;nier ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'institutions politiques dont la finalit&#233; est de rendre accessibles aux personnes les biens n&#233;cessaires [&#8230;] pour conduire une vie vraiment humaine. &#187;. L'insistance sur le niveau &#233;tatique national &#233;tait donc bien plus nette : l'Etat, le politique institutionnalis&#233;, &#233;tait le niveau normal et naturel de la prise en charge ultime d'un bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte du pape Fran&#231;ois, on l'a vu, il est fait assez peu confiance &#224; ces institutions suppos&#233;es traditionnellement en charge d'un bien commun, et notamment &#224; l'Etat national (m&#234;me s'il admet les devoirs de ce dernier &#224; cet &#233;gard). Le pape insiste plus sur le peuple que sur la nation, et ce peuple est une entit&#233; mouvante, de composition sans cesse renouvel&#233;e. En fait si on regarde l'ensemble de ses autres textes (notamment &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt;) la seule r&#233;alit&#233; vraiment porteuse, outre les personnes, est les communaut&#233;s &#224; la base. C'est l&#224;-dessus que pour le pape fonde vraiment la recherche du bien commun, son succ&#232;s ou son &#233;chec. Les corps interm&#233;diaires importent ensuite comme expression de ces communaut&#233;s de base. Le niveau politique encore au-dessus, les institutions, ne peuvent aller contre cette r&#233;alit&#233; fondamentale. Ensuite il faut passer au niveau mondial, qui appara&#238;t en d&#233;finitive le seul o&#249; le terme de bien commun est pleinement adapt&#233;. En un sens - m&#234;me si le point n'est pas explicit&#233; aussi radicalement, l'Etat ne para&#238;t plus vraiment en charge du bien commun, en cela qu'il en aurait la responsabilit&#233; ultime comme c'&#233;tait le cas traditionnellement. Ce qui est essentiel pour le pape est une conversion int&#233;rieure qui met en cause l'ensemble de nos relations. Le vrai bien commun est au fond alors le fruit de la multiplication de ces conversions permanentes, personnelles et communautaires, relay&#233;e par un processus au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre et corr&#233;lativement que le niveau de la loi naturelle et les concepts correspondants ne jouent aucun r&#244;le dans cette pens&#233;e, que ce soit en tant qu'outils d'&#233;laboration intellectuelle ou de dialogue avec les non-chr&#233;tiens. Bien s&#251;r, en un sens la fraternit&#233; par exemple pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme relevant d'un tel concept. Mais ce n'est pas le cas dans l'expos&#233;. La fraternit&#233;, apr&#232;s &#234;tre affirm&#233;e comme telle, notamment par appui sur la parabole du bon samaritain, est rapport&#233;e en fin de texte &#224; la paternit&#233; divine suppos&#233;e latente dans les diverses religions (et pas dans le seul christianisme &#8211; ce qui incidemment est assez surprenant), mais sans m&#233;diation dans une loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appr&#233;ciation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, chez Fran&#231;ois le th&#232;me national est fort, mais il est culturel ; il ne se confond pas avec une organisation politique, et ne repose pas sur le bras de l'Etat. Le r&#244;le de celle-ci est vue par lui au mieux comme un relais de principes g&#233;n&#233;raux, type droits de l'homme. On le voit avec le th&#232;me des migrants. Le pape le traite &#224; partir de principes abstraits ; le droit du migrant est pr&#233;sent&#233; comme un atout dans les jeux de cartes, qui l'emporte sur toute autre consid&#233;ration (sauf bien sur les droits analogues des autochtones). Ceci se relie avec la notion qui est la sienne du bien commun. Le pape ne para&#238;t plus voir, contrairement &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le lien de ce dernier avec une communaut&#233; r&#233;elle, organis&#233;e et structur&#233;e, et un Etat (ou une cit&#233;). Le seul bien commun est d&#233;sormais universel, et l&#224; il n'y a plus de communaut&#233; politique organis&#233;e. Ce n'est pas dans la ligne de la pens&#233;e classique de l'Eglise, qui part des communaut&#233;s r&#233;elles et qui voit la vie harmonieuse et paisible de celles-ci comme un enjeu majeur, ce en quoi le niveau organis&#233;, et notamment l'Etat, joue un r&#244;le essentiel. C'est que le bien commun n'est pas seulement l'effet d'un flux de processus bien intentionn&#233;s du fait que les personnes se seront tourn&#233;es dans le bon sens. Il suppose une analyse des r&#233;alit&#233;s de la vie en commun, de ce qui structure nos communaut&#233;s en les d&#233;limitant, et en distinguant et reconnaissant les lieux o&#249; il y a un fait commun agissant, une communaut&#233; bien pr&#233;cise, r&#233;ellement v&#233;cue, reconnue et organis&#233;e en termes d'autorit&#233; et de pouvoir. Parmi elles, je situe la nation dont le r&#244;le me para&#238;t rester essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du bien commun suppose ensuite de reconna&#238;tre qu'il est in&#233;vitable de faire face &#224; des oppositions ou des contradictions, car on ne se situe pas dans un monde id&#233;al, et le dialogue ne le permet pas toujours, d'o&#249; l'in&#233;vitable conflit, qu'il faut assumer. C'est ce qu'on voit avec la question de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la guerre juste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ces consid&#233;rations se retrouvent en effet &#224; propos d'une autre notion, celle de la guerre juste. La th&#233;orie de la guerre juste est une des plus anciennes et des plus &#233;tablies du catholicisme. Mais le pape Fran&#231;ois la remet en cause. Il avance pour cela le motif de la guerre moderne, qui serait tellement d&#233;vastatrice par l'ascension du conflit aux extr&#234;mes qu'elle ne pourrait qu'&#234;tre exclue. Pourtant comme on le reverra l'analyse des guerres r&#233;elles depuis 60 ans prouve exactement le contraire : il y a eu un grand nombre de guerres, mais elles sont rest&#233;es tout &#224; fait en de&#231;&#224; de la guerre totale. Le motif de cette condamnation est donc ailleurs. Il est semble-t-il dans l'approche du pape : si on admet comme on le faisait traditionnellement que les communaut&#233;s humaines sont structur&#233;es sur base nationale, donc dans des organisations diverses et multiples, structur&#233;es autour d'un Etat, les rapports entre ces communaut&#233;s sont une question centrale. Et rien ne garantit a priori qu'elles soient paisibles, car il n'y a pas de super-autorit&#233; capable de les r&#233;guler. Si on ajoute que ce monde n'est pas parfait, que les gens ne sont pas toujours bien intentionn&#233;s et que les int&#233;r&#234;ts peuvent diverger, la guerre est possible. Et dans ce contexte la th&#233;orie de la guerre juste peut avoir sa place. Si en revanche on raisonne, entre Kant et Habermas, sur un espace mondial qui ne doit &#234;tre structur&#233; que par des principes g&#233;n&#233;raux comme ceux des droits de l'homme, il n'y a plus de place m&#234;me pour une hypoth&#232;se de guerre juste. Or on l'a vu la pens&#233;e du pape est plus proche de ce dernier mod&#232;le de soci&#233;t&#233; mondiale. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'il r&#233;cuse l'id&#233;e de guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste dans le Cat&#233;chisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que disait la doctrine ant&#233;rieure ? Sous le titre &#171; Eviter la guerre &#187;, le cat&#233;chisme de l'Eglise catholique rappelle (2307) que &#171; le cinqui&#232;me commandement interdit la destruction volontaire de la vie humaine. A cause des maux et des injustices qu'entra&#238;ne toute guerre, l'&#201;glise presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bont&#233; divine nous lib&#232;re de l'antique servitude de la guerre. &#187; Et donc (2308) &#171; chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d'&#339;uvrer pour &#233;viter les guerres. &#187; Mais il ajoutait : &#171; aussi longtemps cependant &#8216;que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorit&#233; internationale comp&#233;tente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait d&#233;nier aux gouvernements, une fois &#233;puis&#233;es toutes les possibilit&#233;s de r&#232;glement pacifiques, le droit de l&#233;gitime d&#233;fense' (GS 79, &#167; 4). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux causes des guerres, il notait au 2317 que &#171; les injustices, les in&#233;galit&#233;s excessives d'ordre &#233;conomique ou sociale, l'envie, la m&#233;fiance et l'orgueil qui s&#233;vissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces d&#233;sordres contribue &#224; &#233;difier la paix et &#224; &#233;viter la guerre &#187;. Mais il ajoutait &#171; dans la mesure o&#249; les hommes sont p&#233;cheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ. Mais, dans la mesure o&#249;, unis dans l'amour, les hommes surmontent le p&#233;ch&#233;, ils surmontent aussi la violence jusqu'&#224; l'accomplissement de cette parole : &#8216;Ils forgeront leurs glaives en socs et leurs lances en serpes. On ne l&#232;vera pas le glaive nation contre nation et on n'apprendra plus la guerre' (Is 2, 4) (GS 78, &#167; 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'il rappelait les principes sur la &#171; guerre juste &#187;. (2309) &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de cet enseignement combine, notons-le, des jugements de l&#233;gitimit&#233; avec des jugements de r&#233;alit&#233; ((succ&#232;s possible, estimations qu'on ne fera pas plus de mal que de bien etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois remet en question cette analyse, estimant (&lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, &#167;&#167; 258 et 259) que &#171; depuis le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilit&#233;s &#233;normes et croissantes qu'offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontr&#244;l&#233; qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes. [&#8230;] Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste'. &#187; Et il poursuit en condamnant dans son principe non seulement la dissuasion nucl&#233;aire, mais le principe m&#234;me de la d&#233;tention d'armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexion sur la guerre juste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la guerre est un mal effrayant, et que nos jours elle peut prendre des proportions monstrueuses. Mais toute guerre, et donc toute op&#233;ration militaire, est-elle automatiquement &#224; condamner ? Certainement tout affrontement nucl&#233;aire op&#233;rant selon l'ascension aux extr&#234;mes ch&#232;re &#224; Clausewitz. Mais d'une part la dissuasion nucl&#233;aire vise &#224; l'&#233;viter, et, justement, l'exp&#233;rience de 70 ans de dissuasion montre l'effet r&#233;el obtenu de ce fait (et donc les conflits majeurs qui ont &#233;vit&#233;s). D'autre part et surtout, cette m&#234;me exp&#233;rience montre l'ampleur et la vari&#233;t&#233; des conflits d'intensit&#233; variable se situant nettement en dessous de ce seuil. Il y a m&#234;me eu depuis 70 ans tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement de nombreux conflits de tout type, qui sont tous rest&#233;s tr&#232;s en de&#231;&#224; de la guerre totale, nucl&#233;aire ou pas. De ce point de vue la r&#233;alit&#233; observable se situe &#224; l'oppos&#233; de ce qu'affirme h&#226;tivement le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces guerres diverses paraissent en outre pouvoir relever pleinement de la probl&#233;matique de la guerre juste. Car il est des cas o&#249; ne pas lutter est plus immoral que combattre. Dans son principe,. Plus loin dans le pass&#233;, la guerre du Golfe en 1990 pouvait &#224; mon sens &#234;tre d&#233;fendue &#224; ce titre (elle r&#233;agissait &#224; une invasion caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si les rapports ant&#233;rieurs entre les Am&#233;ricains et le r&#233;gime iraquien &#233;taient complexes). On peut soutenir que les actions de la France au Sahel, aujourd'hui Barkhane, peuvent en relever Et inversement l'invasion de l'Iraq en 2003 doit &#234;tre condamn&#233;e &#8211; au vu de ses effets d&#233;vastateurs a fortiori. Tout comme la d&#233;sastreuse exp&#233;dition de Libye, exploitant cyniquement des pr&#233;occupations morales &#224; contre-sens, sans se pr&#233;occuper du r&#233;sultat &#224; obtenir, ni pr&#233;voir comment prendre en charge le pays, une fois les autorit&#233;s d&#233;truites. La sottise de bien des positions &#224; pr&#233;tentions moralisantes prises en leur temps sur la Syrie sans doute de m&#234;me, sans parler de la d&#233;sastreuse exp&#233;dition en Afghanistan. Pour reprendre les termes du cat&#233;chisme, dans ces divers cas o&#249; &#233;taient &#171; les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; ? Ou la conviction que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; ? Comme on le voit en outre par ces exemples, la doctrine traditionnelle a du bon : on croit qu'elle facilite la guerre en l'autorisant dans certains cas ; en r&#233;alit&#233;, elle la d&#233;limite strictement et donne au contraire de solides crit&#232;res pour l'&#233;viter dans une majorit&#233; de cas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, il serait sans doute mal avis&#233; de voir dans ces textes du pape Fran&#231;ois une description doctrinale de la soci&#233;t&#233; politique selon l'enseignement de l'Eglise, car ils sont trop personnels pour cela. L'introduction du pape le reconna&#238;t d'ailleurs, au n&#176; 6 : &#171; Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution &#224; la r&#233;flexion pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t d&#232;s lors plus f&#233;cond d'insister sur le message vibrant qu'ils contiennent, leur appel &#233;mouvant &#224; notre responsabilit&#233; dans le bien commun, &#224; travers la charit&#233; ou fraternit&#233;, et &#224; la conversion que cela implique. Puissant appel &#224; nos responsabilit&#233;s, et par l&#224; &#224; &#233;couter et m&#233;diter, ce message me para&#238;t plus contestable lorsqu'il tend &#224; sous-estimer le r&#244;le des m&#233;diations institutionnelles et de l'Etat, notamment au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base de mon intervention au colloque de l'AIESC, 3 et 4 septembre 2021.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>G&#233;opolitique, morale et guerre juste</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Geopolitique-morale-et-guerre-juste.html</link>
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		<dc:date>2020-11-09T10:22:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Interventionnisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;eut-on encore parler de guerre juste ? Ou toute id&#233;e de guerre serait d'embl&#233;e moralement exclue, ce qui conduit &#224; faire compl&#233;tement sortir la guerre de tout examen en termes moraux ? M&#234;me l'Eglise, traditionnellement prudente, est tent&#233;e par l'approche dite id&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au vu de la r&#233;alit&#233; des rapports mondiaux entre pouvoirs, comportant ind&#233;niablement des guerres, est-il vraiment l&#233;gitime d'&#233;carter tout probl&#233;matique de guerre juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma, le 9 novembre 2020.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-et-defense-.html" rel="directory"&gt;Guerre, conflit et crise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-juste-+.html" rel="tag"&gt;Guerre juste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Geopolitique-+.html" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Interventionnisme-+.html" rel="tag"&gt;Interventionnisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;G&#233;opragma est un organe de g&#233;opolitique r&#233;aliste. Qui dit r&#233;aliste dit : qui s'en tient &#224; la r&#233;alit&#233; des choses. Mais c'est aussi un site patriotique : attach&#233; &#224; la solidarit&#233; fondamentale de la patrie &#8211; qui est apr&#232;s tout une r&#233;alit&#233; fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on dit r&#233;aliste, beaucoup pensent : cynique. Et croient que ce faisant on s'oppose &#224; la recherche du bien, et donc, en termes anciens, &#224; la morale ou &#233;thique. Que non pas. Toute personne qui recommande un comportement et en critique un autre utilise en fait des termes normatifs : oui &#224; ceci (c'est donc bien), non &#224; cela (c'est donc mal). Et entre ainsi plus ou moins dans le domaine du jugement &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des hypocrites, qui se parent de nobles id&#233;es pour couvrir d'autres objectifs. Mais il y a, &#224; c&#244;t&#233; de ces hypocrites, un autre courant qui pose probl&#232;me : celui des suppos&#233;s id&#233;alistes (ou id&#233;ologues). Ceux qui pensent qu'on peut parachuter des jugements moraux abstraits et g&#233;n&#233;raux sur des situations ou des politiques sans examen de la r&#233;alit&#233;. Le r&#233;aliste pense autrement. Il sait qu'un jugement doit se baser sur les faits. Mais il n'a pas de raison pour autant de laisser aux pr&#233;c&#233;dents le privil&#232;ge de se r&#233;clamer de la morale ou &#233;thique. D'autant que les cyniques, eux, n'h&#233;sitent pas &#224; se draper dans le manteau de la moralit&#233; quand cela les arrange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons un bon exemple de ceci dans la question de la guerre juste. Y a-t-il des cas o&#249; on peut dire qu'il est juste de mener une guerre ? Moralement juste ? M&#234;me en dehors de la d&#233;fensive pure ? La r&#233;ponse traditionnelle est oui. Mais tout un courant soutient le contraire. Ou le subordonne &#224; une proc&#233;dure purement formelle (approbation de l'ONU etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
La sagesse des si&#232;cles pensait autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre un r&#233;ceptacle de cet h&#233;ritage s&#233;culaire, le cat&#233;chisme de l'Eglise catholique rappelait au n&#176; 2309 &#171; les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces ; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s ; que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition. &#187; Et il ajoutait &#171; l'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187; Remarquons la logique : on combine des jugements de l&#233;gitimit&#233; avec des jugements de r&#233;alit&#233; ((succ&#232;s possible, estimations qu&#8216;on ne fera pas plus de mal que de bien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que dans la m&#234;me Eglise le pape Fran&#231;ois a paru r&#233;cemment remettre en question cette analyse, estimant (Fratelli tutti, octobre 2020, &#167;&#167; 258 et 259) que &#171; depuis le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilit&#233;s &#233;normes et croissantes qu'offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontr&#244;l&#233; qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes. [&#8230;] Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste'. &#187; Et il poursuit en condamnant dans son principe non seulement la dissuasion nucl&#233;aire, mais le principe m&#234;me de la d&#233;tention d'armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la guerre est un mal effrayant, et que nos jours elle peut prendre des proportions monstrueuses. Mais toute guerre, et donc toute op&#233;ration militaire, est-elle automatiquement &#224; condamner ? Certainement tout affrontement nucl&#233;aire op&#233;rant selon l'ascension aux extr&#234;mes ch&#232;re &#224; Clausewitz. Mais d'une part la dissuasion nucl&#233;aire vise &#224; l'&#233;viter, et, justement, l'exp&#233;rience de 70 ans de dissuasion montre l'effet r&#233;el obtenu (et donc les conflits majeurs &#233;vit&#233;s). Cette m&#234;me exp&#233;rience montre en outre l'ampleur et la vari&#233;t&#233; des conflits d'intensit&#233; variable se situant en dessous de ce seuil. Qui paraissent relever pleinement de la probl&#233;matique de la guerre juste. Car il est des cas o&#249; ne pas lutter est plus immoral que combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actions de la France au Sahel, aujourd'hui Barkhane, me paraissent en relever. Plus loin dans le pass&#233;, la guerre du Golfe en 1990 pouvait &#224; mon sens &#234;tre d&#233;fendue &#224; ce titre (elle r&#233;agissait &#224; une invasion caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si une certaine manipulation du r&#233;gime iraquien a pu avoir lieu ant&#233;rieurement). Et inversement l'invasion de l'Iraq en 2003 condamn&#233;e &#8211; notamment au vu de ses effets d&#233;vastateurs. Tout comme la d&#233;sastreuse exp&#233;dition de Libye, exploitant cyniquement des pr&#233;occupations morales &#224; contre-sens, sans se pr&#233;occuper du r&#233;sultat &#224; obtenir, ni pr&#233;voir comment prendre en charge le pays, une fois les autorit&#233;s d&#233;truites. La sottise des positions &#224; pr&#233;tentions moralisantes prises sur la Syrie (par MM. Fabius et autres) de m&#234;me : o&#249; &#233;tait la moralit&#233; de soutenir des djihadistes ? O&#249; &#233;taient &#171; les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; ? Ou la conviction que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morale est en d&#233;finitive une chose trop s&#233;rieuse pour &#234;tre abandonn&#233;e aux propagandistes, ou aux discours abstraits et g&#233;n&#233;raux, ou aux n&#233;gociations onusiaques. Elle est en outre trop enracin&#233;e dans la conscience humaine pour ne pas &#234;tre invoqu&#233;e par chaque camp, &#224; tort ou &#224; raison. Elle doit donc &#234;tre prise au s&#233;rieux et examin&#233;e en profondeur, sur la base d'une analyse des faits, pour r&#233;pondre au fond autant qu'on le pourra &#224; deux questions simples : le but poursuivi est-il bon ? Et quel sera l'impact de l'action men&#233;e ? En d'autres termes : quelle situation sera cr&#233;&#233;e par cette action, m&#234;me suppos&#233;e juste dans ses intentions ? On verra alors qu'en mati&#232;re internationale, on sera conduit non pas &#224; intervenir plus dans la situation des autres, mais moins, et mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Paru sur le site de &lt;i&gt;G&#233;opragma&lt;/i&gt;, le 9 novembre 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le chr&#233;tien et la paix dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et instable</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-chretien-et-la-paix-dans-un-monde-heterogene-et-instable.html</link>
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		<dc:date>2018-09-11T13:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et violence</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans certains domaines, comme les relations internationales, l'enseignement de l'Eglise a une tendance croissante &#224; devenir id&#233;aliste et quelque peu utopique, notamment au vu des dures r&#233;alit&#233;s du monde d'aujourd'hui. La tendance ne date pas du pape Fran&#231;ois, comme on va le voir sur la base du Compendium de la doctrine sociale, qui est de 2005. Ceci malgr&#233; la pr&#233;sence de nombreux &#233;l&#233;ments de r&#233;alisme. De sorte que le propos oscille entre moralit&#233; r&#233;aliste et utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la difficult&#233; relative &#224; en tirer des conclusions pratiques, notamment en vue de la recherche de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-violence-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et violence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que dit le Compendium sur la communaut&#233; internationale et la paix ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, de 2005, est l'instrument id&#233;al pour faire le point : largement compos&#233; de textes issus des enseignements pontificaux, il est officiel et repr&#233;sentatif des prises de parole du magist&#232;re sur ces questions, y compris dans une large mesure celui subs&#233;quent du pape Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La paix en Dieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e premi&#232;re est que le fondement de la paix en Dieu. A partir d'un enseignement biblique montrant l'unit&#233; du genre humain et la diversit&#233; des peuples (N&#176; 429 sqq.), le 488 rappelle que &#171; la paix est avant tout un attribut essentiel de Dieu &#187;. Et donc (493) &#171; l'action pour la paix n'est jamais dissoci&#233;e de l'annonce de l'&#201;vangile, qui est pr&#233;cis&#233;ment la &#8216;bonne nouvelle de la paix' [&#8230;] adress&#233;e &#224; tous les hommes &#187;. La dimension th&#233;ologique est donc centrale : la seule vraie paix est celle que donne Dieu, et elle suppose de se tourner vers Lui. On pourrait en d&#233;duire que dans un monde comme le n&#244;tre, o&#249; la foi est plut&#244;t secondaire, la paix risque d'&#234;tre &#233;lusive. Mais le Compendium ne va pas dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La paix entre les nations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de (433) &#171; construire une vraie communaut&#233; internationale dont l'organisation doit tendre au v&#233;ritable bien commun universel &#187; ; or &#171; l'unit&#233; de la famille humaine n'est encore pas r&#233;alis&#233;e, car elle est entrav&#233;e par des id&#233;ologies mat&#233;rialistes et nationalistes qui nient les valeurs dont est porteuse la personne consid&#233;r&#233;e int&#233;gralement, dans toutes ses dimensions. &#187;. Il y aurait donc une aspiration de fond (bien au-del&#224; de la foi), mais entrav&#233;e par des id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son approche est d'abord morale et r&#233;aliste. Ainsi il consid&#232;re au 434 que &#171; la communaut&#233; internationale est une communaut&#233; juridique fond&#233;e sur la souverainet&#233; de chaque &#201;tat membre, sans liens de subordination qui nient ou limitent son ind&#233;pendance &#187;. Cela dit &#171; la souverainet&#233; nationale n'est toutefois pas un absolu. Les nations peuvent renoncer librement &#224; l'exercice de certains de leurs droits en vue d'un objectif commun, avec la conscience de former une &#8216;famille', o&#249; doivent r&#233;gner la confiance et le soutien r&#233;ciproques, ainsi que le respect mutuel &#187;. Comment doivent alors s'organiser les rapports entre elles ? Par le droit et la morale. Au 436 : &#171; pour r&#233;aliser et consolider un ordre international qui garantisse efficacement la coexistence pacifique entre les peuples, la m&#234;me loi morale qui r&#233;git la vie des hommes doit &#233;galement r&#233;gler les rapports entre les &#201;tats &#187;. Et (437) &#171; la r&#233;flexion juridique et th&#233;ologique, ancr&#233;e dans le droit naturel, a formul&#233; &#8216;des principes universels, qui sont ant&#233;rieurs et sup&#233;rieurs au droit interne des &#201;tats', comme l'unit&#233; du genre humain, l'&#233;gale dignit&#233; de chaque peuple, le refus de la guerre pour r&#233;gler les diff&#233;rends, l'obligation de coop&#233;rer en vue du bien commun, l'exigence de respecter les engagements souscrits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans une deuxi&#232;me temps le Compendium va sensiblement plus loin car il estime (439) que &#171; de m&#234;me qu'&#224; l'int&#233;rieur des &#201;tats (...) le syst&#232;me de la vengeance priv&#233;e et des repr&#233;sailles a &#233;t&#233; remplac&#233; par l'autorit&#233; de la loi, de m&#234;me il est maintenant urgent qu'un semblable progr&#232;s soit r&#233;alis&#233; dans la communaut&#233; internationale &#187;. Cela va (441) jusqu'&#224; &#171; la n&#233;cessit&#233; d'instituer &#8216;une autorit&#233; publique universelle, reconnue par tous, qui jouisse d'une puissance efficace, susceptible d'assurer &#224; tous la s&#233;curit&#233;, le respect de la justice et la garantie des droits' &#187;. Sachant qu'il &#171; est essentiel que cette autorit&#233; soit le fruit d'un accord et non d'une imposition, et qu'elle ne soit pas comprise comme &#8216;un super-&#201;tat mondial' &#187;, car &#171; il n'appartient pas &#224; l'autorit&#233; de la communaut&#233; mondiale de limiter l'action que les &#201;tats exercent dans leur sph&#232;re propre, ni de se substituer &#224; eux. &#187; Subsidiaire donc, elle n'est pas impos&#233;e aux nations ; mais c'est une autorit&#233;, capable de d&#233;cider et d'imposer ses d&#233;cisions. Le propos ne donne pas une id&#233;e claire de ce que cela signifierait dans la pratique. Mais comme on le voit, on est pass&#233; ici &#224; un niveau qui au moins dans l'&#233;tat actuel des choses est clairement utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ce cadre juridique, il est rappel&#233; que la paix (494) &#171; n'est pas simplement l'absence de guerre ni m&#234;me un &#233;quilibre stable entre des forces adverses, mais elle se fonde sur une conception correcte de la personne humaine et requiert l'&#233;dification d'un ordre selon la justice et la charit&#233; [&#8230;] La paix est en danger quand l'homme se voit nier ce qui lui est d&#251; en tant qu'homme, quand sa dignit&#233; n'est pas respect&#233;e et quand la coexistence n'est pas orient&#233;e vers le bien commun &#187;. Pour cela &#171; la d&#233;fense et la promotion des droits de l'homme sont essentielles &#187;. D'o&#249; l'id&#233;e que la cause principale des guerres est l'injustice, le non-respect des droits, fr&#233;quente dans les interventions pontificales, notamment du pape Fran&#231;ois. Pourtant s'il est clair que l'injustice est un facteur majeur de conflit, la corr&#233;lation entre de telles injustices pr&#233;alables et les guerres n'est pas d&#233;montr&#233;e : il y a &#233;norm&#233;ment d'injustices sans guerre, et bien des guerres ne sont pas li&#233;es directement d'abord &#224; une injustice au sens pr&#233;c&#233;dent. Apr&#232;s tout, le p&#233;ch&#233; existe aussi, et la volont&#233; de puissance, l'avidit&#233;, la haine etc. Mais plus loin il est expliqu&#233; (498) : &#171; la recherche des causes &#224; l'origine d'une guerre est donc essentielle, surtout celles li&#233;es &#224; des situations structurelles d'injustice, de mis&#232;re, d'exploitation, sur lesquelles il faut intervenir dans le but de les &#233;liminer : &#8216;C'est pourquoi l'autre nom de la paix est le d&#233;veloppement' &#187;. Ce qui laisse penser que le d&#233;veloppement, bien orient&#233;, permettrait l'&#233;limination de la violence et donc de la guerre. L'affirmation para&#238;t pour le moins hardie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec de la paix : la guerre et la l&#233;gitime d&#233;fense&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup la violence est condamn&#233;e radicalement : (496) elle &#171; ne constitue jamais une r&#233;ponse juste [&#8230;], est inacceptable comme solution aux probl&#232;mes, [&#8230;] pas digne de l'homme [&#8230;]. La violence d&#233;truit ce qu'elle pr&#233;tend d&#233;fendre : la dignit&#233;, la vie, la libert&#233; des &#234;tres humains &#187;. Et donc &#171; ceux qui renoncent &#224; l'action violente et sanglante [&#8230;] rendent t&#233;moignage &#224; la charit&#233; &#233;vang&#233;lique &#187;. En m&#234;me temps, tout ceci vaut, dit le texte &#171; pourvu que cela se fasse sans nuire aux droits et obligations des autres hommes et des soci&#233;t&#233;s &#187;. Ce &#8216;pourvu' est lourd de restrictions, car il implique qu'on puisse recourir &#224; la violence pour faire respecter ces droits, au moins en dernier recours ; or on vient de dire que la cause principale des guerres est le non-respect des droits. L'apparente non-violence absolue est donc &#224; nuancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le texte envisage ensuite l'&#233;limination de la guerre. Au 497 la guerre &#171; ne constitue jamais un moyen appropri&#233; pour r&#233;soudre les probl&#232;mes qui surgissent entre les nations [&#8230;] car elle engendre des conflits nouveaux et plus complexes. &#187;. Notamment &#224; l'&#233;poque moderne, car (498) &#171; la puissance terrifiante des moyens de destruction, [&#8230;] ainsi que les relations toujours plus &#233;troites existant entre les peuples de toute la terre, rendent la limitation des cons&#233;quences d'un conflit tr&#232;s ardue ou pratiquement impossible &#187;. Ce qui incidemment ne va pas de soi (l'histoire contemporaine est riche de conflits rest&#233;s locaux et qui ont &#233;t&#233; donc contr&#244;l&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps et &#224; nouveau le texte permet aussi la possibilit&#233; de guerre dans certains cas. C'est d'abord le cas d'une guerre d&#233;fensive (500) : &#171; une guerre d'agression est intrins&#232;quement immorale. Dans le cas tragique o&#249; elle &#233;clate, les responsables d'un &#201;tat agress&#233; ont le droit et le devoir d'organiser leur d&#233;fense en utilisant notamment la force des armes. &#187; Plus largement le texte estime que la force peut parfois &#234;tre justifi&#233;e, et &#233;num&#232;re les conditions : &#171; pour &#234;tre licite, l'usage de la force doit r&#233;pondre &#224; certaines conditions rigoureuses : que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces ; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s ; que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. [&#8230;] &#187; C'est la &#171; doctrine traditionnelle de la &#8216;guerre juste' &#187;. Et &#171; l'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun &#187;. Dans certaines conditions, on peut aller jusqu'&#224; une guerre pr&#233;ventive, malgr&#233; les risques (501) : &#171; seule une d&#233;cision des organismes comp&#233;tents, sur la base de v&#233;rifications rigoureuses et de motivations fond&#233;es, peut donner une l&#233;gitimation internationale &#224; l'usage de la force arm&#233;e, en identifiant des situations d&#233;termin&#233;es comme une menace contre la paix et en autorisant une ing&#233;rence dans la sph&#232;re r&#233;serv&#233;e d'un &#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire pour &#233;viter la guerre (outre le d&#233;veloppement et le respect des droits) ? Pour le 508 l'objectif est un &#171; d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral, &#233;quilibr&#233; et contr&#244;l&#233; &#187;. On retrouve donc ici la veine utopique. M&#234;me la dissuasion &#171; appelle de s&#233;v&#232;res r&#233;serves morales &#187;. &#171; Les politiques de dissuasion nucl&#233;aire, typiques de la p&#233;riode de la guerre froide, doivent &#234;tre remplac&#233;es par des mesures concr&#232;tes de d&#233;sarmement, bas&#233;es sur le dialogue et sur les n&#233;gociations multilat&#233;rales &#187;. Car (509) : &#171; les armes de destruction de masse - biologiques, chimiques et nucl&#233;aires - repr&#233;sentent une menace particuli&#232;rement grave &#187;. D'o&#249; l'importance de la non-prolif&#233;ration des armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;quilibre instable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, sur cette question, la Doctrine oscille entre deux tendances. D'un c&#244;t&#233;, le r&#233;alisme et le principe de subsidiarit&#233; la conduisent &#224; reconna&#238;tre que la base de la vie commune internationale, ce sont les nations. On admet aussi que la vraie paix suppose une orientation appropri&#233;e, qui est loin de r&#233;gner partout. D&#232;s lors, l'usage de la force n'est pas totalement &#233;cart&#233;, m&#234;me s'il n'est admis que sous des conditions strictes. Cela para&#238;t d&#233;boucher sur une attitude prudente et moralement responsable (r&#233;alisme moral).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un autre c&#244;t&#233;, on observe une tendance &#224; aspirer contre vents et mar&#233;e &#224; un type de rapports internationaux nouveau, fond&#233;s sur le d&#233;sarmement et la r&#233;solution exclusivement pacifique des conflits. Et &#224; envisager l'&#233;mergence d'une autorit&#233; internationale r&#233;ellement capable d'imposer ses d&#233;cisions. Au fond para&#238;t-on dire le dilemme serait lev&#233; si l'humanit&#233; &#233;tait unifi&#233;e sous une autorit&#233; unique, de fa&#231;on pacifique, quoique dans le respect des nations ; le tout moyennant un degr&#233; suffisant de d&#233;veloppement &#233;conomique et de respect des droits de l'homme. En revanche, et malgr&#233; le pr&#233;ambule, il n'est pas mis de pr&#233;alable religieux (conversion g&#233;n&#233;rale au Christ) : c'est l'humanit&#233; pr&#233;sente qui para&#238;t pouvoir s'engager dans cette voie de la pacification g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Entre le souhait de faire au mieux dans les circonstances que nous connaissons, par la conversion des uns et les efforts de tous, mais en admettant la dure r&#233;alit&#233; de certains conflits, et une utopie g&#233;n&#233;reuse mais assez peu r&#233;aliste, dont les conditions de r&#233;alisation ne sont d'ailleurs pas d&#233;crites, le discours balance donc. Mais la tonalit&#233; du texte fait la part belle &#224; une pure &#233;thique de conviction. Si elle autorise de faire au mieux avec les r&#233;alit&#233;s de notre temps, elle introduit en permanence l'id&#233;e que les actions r&#233;alistes m&#234;me morales restent en de&#231;&#224; d'un id&#233;al dont on laisse entendre qu'il serait r&#233;alisable moyennant la bonne volont&#233; de tous. La mise en pratique de ces pr&#233;ceptes n'est donc pas ais&#233;e. L'exemple du Proche Orient et de la Palestine suffisent &#224; nous le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant donc les exigences morales pos&#233;es par la Doctrine sont incontournables, autant le guidage pratique reste ambigu. Dans un monde comme le n&#244;tre, fort peu spirituel, aussi marqu&#233; par le p&#233;ch&#233; que les &#233;poques ant&#233;rieures, et o&#249; la perspective d'une autorit&#233; internationale forte est utopique, il para&#238;trait naturel d'en d&#233;duire que la t&#226;che &#224; accomplir sera de faire au mieux, avec prudence et dans un esprit de paix lucide, dans la mesure de nos moyens. C'est un aspect du texte. Mais il est loin de l'id&#233;al pos&#233; par ailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;alit&#233; de notre monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la recherche de la paix suppose au pr&#233;alable une &#233;valuation des donn&#233;es du probl&#232;me : quelles sont les caract&#233;ristiques de notre monde et notamment de la situation internationale, aujourd'hui et dans l'avenir pr&#233;visible, et que peut-on y faire ? Or le monde dans lequel nous vivons r&#233;ellement s'&#233;loigne sensiblement de la trajectoire d'unification paisible sous-jacente aux aspirations utopiques qu'on vient d'&#233;voquer, notamment au niveau des &#8216;autorit&#233;s' internationales, mais aussi de la culture commune. Ce monde (voir mon livre : Pierre de Lauzun Guide de survie dans un monde instable, h&#233;t&#233;rog&#232;ne, non r&#233;gul&#233; Paris TerraMare 2018) de plus en plus interconnect&#233; est, et de plus en plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne, avec l'&#233;mergence de puissances nouvelles issues de contextes et de cultures tr&#232;s diff&#233;rents de la matrice europ&#233;enne &#224; laquelle nous sommes habitu&#233;s, et plut&#244;t plus divergentes malgr&#233; l'effet apparent de la mondialisation. Il suffit de rappeler ici l'&#233;mergence de puissances grandes et moyennes dont l'Asie est actuellement le th&#233;&#226;tre ; m&#234;me si le plein effet militaire, strat&#233;gique et diplomatique de cette &#233;mergence ne devrait se faire sentir que dans une g&#233;n&#233;ration au plus t&#244;t. Mais il se fera sentir, de fa&#231;on aujourd'hui peu pr&#233;visible et encore moins contr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde marqu&#233; par des crises d&#233;stabilisatrices qui se multiplient et s'amplifient plus qu'elles ne s'apaisent : finances, migrants, &#233;cologie, en sont des exemples &#233;vidents que je ne peux que citer ici, mais ils sont familiers &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde faiblement et de moins en moins r&#233;gul&#233;, car la puissance encore dominante (les Etats-Unis), avec ses qualit&#233;s et ses d&#233;fauts, le sera de moins en moins, et les organisations internationales ne sauraient prendre le relais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde id&#233;ologiquement appel&#233; &#224; &#234;tre de moins en moins h&#233;g&#233;monis&#233; par la pens&#233;e politique occidentale actuellement encore pr&#233;dominante - quoique de moins en moins (m&#234;me si elle cherche &#224; accro&#238;tre son emprise en mati&#232;re de m&#339;urs, ou de style de vie) ; les cas de la Chine et du monde musulman en t&#233;moignent, mais l'&#233;mergence d'autres pays et civilisations, &#224; un degr&#233; d'affirmation plus assur&#233; qu'aujourd'hui, les y conduira &#233;galement (l'Inde d&#233;j&#224; par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde menac&#233; d&#232;s lors dans un avenir non imm&#233;diat mais pr&#233;visible par une recrudescence de conflits, &#224; basse intensit&#233; pour l'instant, mais qui ont toutes chances de conna&#238;tre une intensit&#233; plus forte &#224; terme, du fait de cette &#233;mergence de puissances multiples plus riches et mieux &#233;quip&#233;es &#8211; et moins contr&#244;l&#233;es par une superpuissance ; ainsi que des nombreuses occasions de crises. Et faut-il le dire, les motifs de conflits ne manqueront pas, m&#234;me en faisant abstraction des in&#233;galit&#233;s et injustices (qui ne paraissent pas en voie de r&#233;sorption).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et instable enfin, le facteur national joue un r&#244;le majeur voire croissant. A l'exception toutefois de l'Europe. Mais l'Europe est selon de multiples crit&#232;res une aberration dans le paysage mondial (en bien ou en mal). La nation est en effet &#224; notre &#233;poque et &#224; vue humaine la seule communaut&#233; humaine organis&#233;e et l&#233;gitime au niveau politique, le seul lieu de solidarit&#233; et d'identification structur&#233;. Certes il se peut que dans ce r&#244;le elle soit un jour d&#233;pass&#233;e, si elle n'est pas &#224; la hauteur des d&#233;fis nouveaux qui la menacent (mondialisation, in&#233;galit&#233;s et migrations). Mais cela a alors toutes chances de l'&#234;tre par la recrudescence d'empires d'un nouveau type, car l'empire est la forme politique la plus adapt&#233;e &#224; des soci&#233;t&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes. On l'a vu, le Compendium reconna&#238;t ce r&#244;le de la nation ; mais il est en m&#234;me temps tiraill&#233; par ses aspirations &#224; la paix hic et nunc, notamment au moyen d'une Autorit&#233; internationale et d'un d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de la paix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une recherche patiente et non l'application d'une id&#233;ologie moralisante&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, il para&#238;t se d&#233;duire de tout ceci que la recherche de la paix sera plus que jamais une t&#226;che difficile. Elle n'implique ni de rejeter la dimension nationale seul fondement des communaut&#233;s politiques et seul facteur v&#233;ritable de solidarit&#233; active entre les hommes ; ni d'abandonner la probl&#233;matique de la guerre juste, dont on a vu encore la pertinence au Moyen Orient en 2003. En m&#234;me temps elle pousse &#224; rester conscient des limites de cette communaut&#233; de nations qu'est la sc&#232;ne internationale, et des risques que peuvent pr&#233;senter tant le nationalisme que la passion id&#233;ologique, ou simplement la volont&#233; de puissance, voire l'engrenage des affrontements. Mais cela ne doit pas conduire &#224; se confier &#224; un id&#233;alisme na&#239;f inspir&#233; par une &#233;thique de conviction d&#233;sincarn&#233;e. Concr&#232;tement cette forme de paix qui est &#224; notre port&#233;e suppose de prendre en compte la r&#233;alit&#233; des faits, et non pas de parachuter des jugements moraux et des analyses abstraites sur des situations humaines complexes. Il faut notamment souligner les effets pervers des emballements id&#233;ologiques occidentaux. On l'a vu &#224; nouveau avec les printemps arabes. Le probl&#232;me n'est pas qu'on cherche &#224; aider les soci&#233;t&#233;s &#224; &#233;voluer dans un sens meilleur. Il est dans l'attitude id&#233;ologique qui plaque un sch&#233;ma de lecture irr&#233;el sur d'autres soci&#233;t&#233;s qui peuvent facilement basculer dans une violence incontr&#244;l&#233;e. Le plus difficile n'est pas d'affirmer le besoin de paix, car il est admis par la plupart, mais de discerner dans chaque situation comment l'assurer au mieux. Ce qui suppose d'envisager lucidement la possibilit&#233; qu'il existe des conflits, et d'en prendre en compte la logique, cela en vue m&#234;me de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La qu&#234;te pr&#233;caire et lucide de la paix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me pour l'id&#233;e de la paix par l'action d'une autorit&#233; internationale. En t&#233;moignent les difficult&#233;s apparues &#224; l'occasion des op&#233;rations de &#8216;maintien de la paix', men&#233;es sous l'&#233;gide de l'Onu. Ce qui frappe dans ces interventions, c'est le faible r&#244;le propre de l'Onu. Dans la plupart des conflits elle n'a pas &#233;t&#233; capable d'agir. Outre la facilitation de n&#233;gociations ou un r&#244;le d'interposition, utiles &#224; l'occasion mais limit&#233;s, son r&#244;le militaire direct a &#233;t&#233; rare, et il n'a &#233;t&#233; possible que quand la force principale a &#233;t&#233; fournie par les Etats-Unis ; c'&#233;tait alors une intervention occidentale l&#233;gitim&#233;e. En outre, m&#234;me dans les cas rares o&#249; une guerre a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, il arrive souvent qu'aucune vraie paix ne s'instaure. Ainsi entre Arabes et Isra&#233;liens ou en Cor&#233;e. Le terme de &#8216;l&#233;galit&#233; internationale' est donc trompeur, car la situation est tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on appelle l&#233;galit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un Etat. L'Onu ne peut d'ailleurs prendre position que s'il y a majorit&#233; au Conseil de s&#233;curit&#233;. Et surtout si aucun membre permanent ne s'y oppose. D&#232;s lors elle est souvent paralys&#233;e ; et il est exclu qu'elle agisse contre une grande puissance. Et elle n'a pas par elle-m&#234;me de moyens d'ex&#233;cution, hors appui am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pendant ce temps le risque de conflit subsiste. La paralysie de l'Onu ne doit pas enrayer toute possibilit&#233; de r&#233;action face &#224; une menace r&#233;elle. Autant la concertation dans ce cadre est &#224; encourager, autant il est l&#233;gitime, lorsqu'elle a &#233;t&#233; &#233;puis&#233;e, qu'un pays prenne ses responsabilit&#233;s si la situation le justifie. Ce qui suppose bien entendu que la guerre puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e &#8216;juste'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle solution peut-on alors envisager &#224; la question de la paix ? Le Compendium lui-m&#234;me le reconnait de fait : il est na&#239;f de croire qu'&#224; notre &#233;poque toute guerre est exclue, ou peut &#234;tre limit&#233;e &#224; un niveau local. Et donc m&#234;me s'il va de soi qu'il faille &#233;viter le plus possible et le cas &#233;ch&#233;ant contr&#244;ler les guerres, il y a des guerres qui doivent &#234;tre men&#233;es, parce qu'il n'y a pas d'autre solution. Se donner comme seul but l'&#233;limination totale des guerres est utopique, et peut conduire &#224; courir un risque plus &#233;lev&#233;. Quant au droit, ce qu'on appelle droit en la mati&#232;re est trop souvent incertain ou id&#233;ologique ; m&#234;me quand il est d&#233;fini, il ne comporte pas en lui-m&#234;me de capacit&#233; &#224; s'imposer. Cela ne veut pas dire qu'il faille y renoncer ; mais ses limites ne sont que trop &#233;videntes. Il n'y a pas de l&#233;galit&#233; internationale nette et univoque ; il y a tout au plus des &#233;l&#233;ments de l&#233;galit&#233;. En d'autres termes l'harmonie et la cohabitation sont des objectifs moraux et respectables ; mais il faut les chercher pragmatiquement, sans se fixer sur la pierre philosophale d'une id&#233;ologie ou d'une utopie qui, loin de fournir une solution, peuvent cr&#233;er ou aggraver les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la paix ne r&#233;side pas dans une formule politique comme la d&#233;mocratisation, ni dans une l&#233;galit&#233; internationale appuy&#233;e ou non sur l'Onu, ni dans des aventures militaires &#224; pr&#233;tentions moralisantes, mais dans un travail patient et sans cesse menac&#233;, fond&#233; sur une analyse de la situation r&#233;elle. Sauf &#224; accepter la paix tr&#232;s particuli&#232;re que procure un empire, il faut rechercher un certain &#233;quilibre entre les pouvoirs, selon un mod&#232;le proche de celui du XVIIIe si&#232;cle. Il faut ensuite disposer de proc&#233;dures de r&#233;solution des conflits, et c'est l&#224; qu'interviennent les institutions internationales malgr&#233; leurs limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin un esprit de paix, qui se cultive, et l&#224; on retrouve le Compendium. C'est le devoir de tout homme de bonne volont&#233; &#8211; mais avec lucidit&#233;, et donc sans substituer arbitrairement un id&#233;al utopique &#224; la r&#233;alit&#233; des faits. En particulier, tant qu'appara&#238;tront des dirigeants sans scrupule, agressifs, tirant avantage du fait que les autres sont pacifiques, il faudra envisager, apr&#232;s &#233;puisement des voies de paix, la possibilit&#233; d'un usage raisonn&#233; de la force militaire, notamment s'ils agressent les autres. Plus profond&#233;ment, comme le note le Magist&#232;re, un v&#233;ritable esprit de paix suppose la reconnaissance de valeurs morales objectives, universelles, ind&#233;pendantes de tout dessein politique particulier, et d&#233;passant le mirage dangereux des id&#233;ologies comme le simple jeu de r&#232;gles de cohabitation. Ce qui est peu coh&#233;rent avec le relativisme qui nous domine. Sauf conversion g&#233;n&#233;rale, la Civilisation de l'Amour ch&#232;re aux Papes contemporains n'est pas la tendance spontan&#233;e de notre &#233;poque (pas plus que des autres). Elle supposerait une v&#233;ritable conversion, qui devrait &#234;tre d'ordre spirituel, et donc ne se d&#233;cr&#232;te pas : cela suppose la foi. En bonne logique pour le croyant la paix v&#233;ritable suppose donc l'&#233;vang&#233;lisation. Nous retrouvons la premi&#232;re id&#233;e du Compendium, et la Bible. Mais nous en sommes loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait d'une intervention lors des Rencontres internationales de l'Association internationale pour l'enseignement social chr&#233;tien (1er septembre 2018).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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