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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>L'entreprise et ses propri&#233;taires </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-entreprise-et-ses-proprietaires.html</link>
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		<dc:date>2020-02-16T15:16:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>
		<dc:subject>L'entreprise et ses propri&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Parties prenantes de l'entreprise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans la perspective de la pens&#233;e classique, et pour la Doctrine sociale de l'Eglise, l'entreprise est une forme de communaut&#233;, et ne se r&#233;duit pas au r&#244;le de pur actif financier entre les mains de ses actionnaires. Elle a une raison d'&#234;tre, qui s'inscrit dans la perspective du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, qui assume la responsabilit&#233; correspondante ? En droit, la r&#233;ponse est claire : ce sont ses propri&#233;taires. Mais dans le cas d'une soci&#233;t&#233; commerciale, ces propri&#233;taires, ce sont les actionnaires. Et dans la conception &#233;conomique courante, ils ne regardent que leurs int&#233;r&#234;ts. D'o&#249; un dilemme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains en d&#233;duisent que l'entreprise n'a en fait pas de propri&#233;taire, et qu'il faut l'organiser autrement. Mais cela heurte la r&#233;alit&#233; juridique et &#233;conomique. Que faut-il en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-L-entreprise-et-ses-proprietaires-203-+.html" rel="tag"&gt;L'entreprise et ses propri&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Parties-prenantes-de-l-entreprise-+.html" rel="tag"&gt;Parties prenantes de l'entreprise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'actionnaire et ses devoirs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective de la pens&#233;e classique, et pour la Doctrine sociale de l'Eglise, l'entreprise est une communaut&#233; partielle, et ne se r&#233;duit pas au r&#244;le de pur instrument entre les mains de ses actionnaires. Elle a une raison d'&#234;tre, qui s'inscrit dans la perspective du bien commun. En outre, elle a une personnalit&#233; propre et constitue une entit&#233; originale, comportant de nombreuses parties prenantes au-del&#224; des actionnaires (salari&#233;s d'abord, fournisseurs, clients, communaut&#233;s locales ou nationales etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la Doctrine sociale de l'Eglise d&#233;fend la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comme plongement et fruit de l'action de l'homme dans la mati&#232;re et par l&#224; dans la vie &#233;conomie, et moyen indispensable de sa libert&#233; et de sa pleine r&#233;alisation dans son travail et son esprit d'entreprise. Mais en m&#234;me temps, elle subordonne cette propri&#233;t&#233; &#224; ce qu'elle appelle destination universelle des biens. Le propri&#233;taire est libre et responsable, mais il doit utiliser ses biens au service du bien commun. Il est d&#232;s lors essentiel de d&#233;terminer &#224; qui appartiennent les entreprises, et donc qui en est responsable. Or la tr&#232;s grande majorit&#233; des entreprises sont organis&#233;es en soci&#233;t&#233;s commerciales ; et dans ce cas la r&#233;ponse naturelle, celle que donne nos syst&#232;mes de droit, est simple : les actionnaires sont juridiquement les propri&#233;taires de la soci&#233;t&#233;, et donc de l'entreprise qui n'a pas d'existence l&#233;gale en dehors de cette soci&#233;t&#233; ; ils peuvent d&#232;s lors d&#233;terminer l'orientation et le sort de l'entreprise, y compris la vendre. Ces actionnaires ont d&#232;s lors une responsabilit&#233; &#233;thique et sociale, qui est de g&#233;rer ce bien dans le sens du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette situation fait l'objet de critiques nombreuses. Et notamment, dans la conception &#233;conomique courante, ces actionnaires sont cens&#233;s ne regarder que leurs int&#233;r&#234;ts. Comme sortir de ce dilemme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entreprise et soci&#233;t&#233; commerciale : la critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re ligne de critique consiste &#224; contester l'id&#233;e m&#234;me de la propri&#233;t&#233; de l'entreprise par les actionnaires. Ce courant d'id&#233;es est tr&#232;s pr&#233;sent au sein de l'Eglise ; ainsi avec Olivier Favereau et Baudouin Roger, qui travaillent ce sujet publi&#233; sous les auspices des Bernardins et ont expos&#233; leurs id&#233;es dans un livre r&#233;cent. Ils posent une distinction majeure entre &#8216;l'entreprise' (dont ils disent qu'actuellement elle n'est pas reconnue juridiquement) et la soci&#233;t&#233; commerciale. Les actionnaires ne seraient propri&#233;taires que de la seconde. Le fonctionnement des firmes aurait ainsi un biais anti-d&#233;mocratique, car la soci&#233;t&#233; (commerciale) pilote seule une &#8216;entreprise' dont le p&#233;rim&#232;tre ou les perspectives sont plus larges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point de critique essentiel est la financiarisation. On sait que dans le monde anglosaxon, au moins jusqu'&#224; r&#233;cemment, les administrateurs sont suppos&#233;s prendre essentiellement en compte les int&#233;r&#234;ts financiers des actionnaires (c'est un peu moins net ailleurs, y compris en droit fran&#231;ais). Ce qu'on appelle la &#171; th&#233;orie de l'agence &#187; vise &#224; aligner le plus possible l'action des administrateurs et des dirigeants sur les vues ou int&#233;r&#234;ts des actionnaires. D'o&#249; des dispositifs comme les stock-options, ou l'indexation des parts variables de r&#233;mun&#233;ration sur les cours de bourse etc. Le risque est alors que les entreprises soient comprises comme des actifs g&#233;r&#233;s du seul point de vue financier. La critique vise particuli&#232;rement le cas des entreprises cot&#233;es en bourse, notamment si l'actionnariat est dispers&#233; et volatil. On sait &#233;videmment que le risque n'est pas th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on reconna&#238;t l'utilit&#233; de l'appel au march&#233; pour la fourniture de capital. Et le fait est que par sa liquidit&#233;, le march&#233; donne acc&#232;s &#224; des masses de capitaux impossibles &#224; obtenir sans lui. Mais poursuivent les critiques, d'une part le capital ne provient que partiellement du march&#233;. D'autre part et surtout, le march&#233; devient le moyen de tourner la caract&#233;ristique principale de l'actionnariat : l'engagement &#224; risque dans l'entreprise sur la longue dur&#233;e, puisque les actionnaires peuvent vendre leurs titres &#224; tout moment. En un sens donc, le march&#233; boursier est devenu trop souvent le lieu du refus de l'engagement. D'o&#249; son court-termisme et la d&#233;formation que cela imprime au fonctionnement des entreprises, obs&#233;d&#233;es par le seul r&#233;sultat financier observ&#233; instantan&#233;ment. En outre &#233;videmment, dans ce contexte, toute id&#233;e de responsabilit&#233; sociale des entreprises sera rejet&#233;e si elle est co&#251;teuse pour les actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la remise en question du principe m&#234;me de l'actionnaire propri&#233;taire, ou du moins la volont&#233; de restreindre ses droits comme tel, consid&#233;rant que les actionnaires sont propri&#233;taires de la soci&#233;t&#233; commerciale, et pas de l'entreprise. On y ajoute alors l'id&#233;e qu'il faut assurer une meilleure repr&#233;sentation des parties prenantes, dans le cadre juridiquement reconnu de &#8216;l'entreprise' ; et modifier le rapport des pouvoirs en son sein : le conseil d'administration doit refl&#233;ter son caract&#232;re collectif, et notamment s'ouvrir aux salari&#233;s et autres parties prenantes. L'id&#233;e est au fond que l'entreprise est une sorte de collectivit&#233;, qui soit s'inspirer du droit public Dans la voie pr&#233;conis&#233;e par ce courant, le chef d'entreprise serait choisi par l'ensemble des parties prenantes et ressemblerait au chef de l'ex&#233;cutif dans une constitution d&#233;mocratique. Au minimum, il faudrait une cod&#233;termination &#224; l'allemande. Certains encore, comme Swann Bommier et s&#339;ur C&#233;cile Renouard , vont encore plus loin, et veulent consid&#233;rer l'entreprise comme des &#8216;communs', &#224; g&#233;rer collectivement comme autrefois les p&#226;turages ou les zones de p&#234;che. Comme personne morale, elle n'est alors d&#233;tenue par personne, mais d&#233;finie par l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mod&#232;les multiples d'entreprise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire de ces analyses ? Curieusement, pour des chr&#233;tiens, catholiques de surcro&#238;t, elles ne se placent pas dans le cadre de la probl&#233;matique de la propri&#233;t&#233; au sens de la Doctrine sociale, ce qui aurait conduit &#224; rechercher et &#224; d&#233;finir les devoirs du propri&#233;taire. C'est d'autant plus curieux que dans la r&#233;alit&#233;, le propri&#233;taire d'une soci&#233;t&#233; anonyme &#233;tant sans le moindre doute l'actionnaire, il en a donc la pleine responsabilit&#233; morale pour la DSE, et derri&#232;re elle, &#233;videmment, celle de l'entreprise. La Doctrine sociale parle d'ailleurs r&#233;guli&#232;rement des &#8216;propri&#233;taires' de l'entreprise, visant par-l&#224; les actionnaires. Ce sont ces propri&#233;taires qui choisissent les dirigeants, la strat&#233;gie, l'activit&#233;, et peuvent la r&#233;orienter, la vendre etc. On peut contester ce mode d'organisation, et notamment les priorit&#233;s des actionnaires, ou leur comportement, mais pas pr&#233;tendre qu'il y a une entit&#233; en d&#233;sh&#233;rence juridique, appel&#233;e entreprise. Sachant bien s&#251;r que rien n'emp&#234;che que l'entreprise soit organis&#233;e autrement qu'elle ne l'est aujourd'hui, pour prendre en compte d'autres dimensions ou d'autres priorit&#233;s. Du moment qu'elle trouve les investisseurs&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de nos amis consiste en d&#233;finitive &#224; consid&#233;rer que l'entreprise est en soi une r&#233;alit&#233; d&#233;passant la volont&#233; de ceux qui en sont &#224; l'origine, et qu'elle a un certain caract&#232;re public. Effectivement, on ne se demande pas qui est propri&#233;taire d'une commune. Mais justement, une commune n'est pas une entreprise, qui est une forme d'association ou de soci&#233;t&#233; &#224; but limit&#233;, cr&#233;&#233;e par un acte juridique de ceux qu'on appelle propri&#233;taires. On ne peut pas acheter ou vendre une commune, ni en modifier radicalement la raison d'&#234;tre, les orientations et la strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'entreprise au sens large est tr&#232;s loin de reposer sur un concept univoque ; il y en a de nombreux mod&#232;les possibles ; Beno&#238;t XVI l'a montr&#233; dans &lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;. Dans chaque mod&#232;le, des r&#232;gles particuli&#232;res d&#233;terminent comment se prennent les d&#233;cisions et donc l'activit&#233; commune, ainsi que l'utilisation des biens dont dispose l'entreprise. Cela peut aller bien au-del&#224; de la seule soci&#233;t&#233; commerciale. Elles peuvent &#234;tre par exemple de pures associations, ou des mutuelles ou coop&#233;ratives. Elles peuvent &#234;tre aussi sous contr&#244;le public, ce qui les met alors sous l'autorit&#233; du pouvoir politique. Mais dans tous ces cas, association comme coop&#233;rative, se pose la question de l'origine du capital. Sans capital, une entreprise reste limit&#233;e, en supposant m&#234;me qu'elle puisse se former. Et le moyen le plus puissant qu'on a imagin&#233; pour trouver ce capital, et de loin, c'est, jusqu'&#224; pr&#233;sent au moins, la soci&#233;t&#233; commerciale. En outre bien s&#251;r, il faut que l'entreprise fonctionne, et pour cela que les d&#233;cisions soient prises, par des gens qui sont responsabilit&#233;s. Le cadre actuel est sur ce plan clair et fonctionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les parties prenantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons en outre que dans tous les cas r&#233;els, les fameuses parties prenantes, qui sont &#224; la base de la critique, restent en g&#233;n&#233;ral ext&#233;rieures &#224; l'entreprise (sauf si leur association est pr&#233;vue d&#232;s le d&#233;part &#8211; comme les coop&#233;ratives). C'est &#233;vident des clients (sauf coop&#233;ratives de consommateurs) ; des fournisseurs ; ou des communaut&#233;s o&#249; l'entreprise op&#232;re. Certes, dans la perspective de la DSE, l'entreprise a aussi une responsabilit&#233; &#224; leur &#233;gard. Mais on peut douter de l'int&#233;r&#234;t ou du sens de donner un pouvoir de d&#233;cision dans l'entreprise &#224; ces parties prenantes externes, sauf mod&#232;le tr&#232;s particulier. Si cas par cas, une participation aux d&#233;cisions sous une forme quelconque peut avoir un sens, ce ne peut &#234;tre une r&#232;gle ou un principe g&#233;n&#233;ral. Il faut donc distinguer ce qu'on appelle les parties prenantes, qui ont droit &#224; consid&#233;ration et cas par cas voix au chapitre, et les propri&#233;taires quels qu'ils soient, qui sont les responsables ultimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dira-t-on, et les salari&#233;s ? Ne sont-ils pas eux aussi parties prenantes et m&#234;me constitutives de l'entreprise ? Certes, et combien ! Mais en r&#233;alit&#233;, dans tous ces mod&#232;les d'entreprise (sauf les coop&#233;ratives ouvri&#232;res), il y a essentiellement des salari&#233;s purs, qui n'ont de relations avec l'entreprise que par leur contrat de travail. De tels salari&#233;s sont dans la position juridique d'un cr&#233;ancier : s'ils font leur travail, ils ont droit &#224; un salaire, que l'entreprise marche ou pas. Bien s&#251;r, comme tout cr&#233;ancier ils prennent un certain risque, mais il est en droit plus r&#233;duit que s'ils &#233;taient actionnaires, et diff&#233;rent. Et ils ont l'option de partir quand ils veulent (cela suppose qu'il y ait du travail par ailleurs, mais cela ne d&#233;pend pas de l'entreprise). En outre, il est bon qu'il y ait de tels salari&#233;s, y compris dans leur propre int&#233;r&#234;t : il para&#238;t en effet difficile de g&#233;n&#233;raliser le mod&#232;le de l'associ&#233; &#224; toute la main-d'&#339;uvre ; les travailleurs y perdraient en effet beaucoup en ins&#233;curit&#233; et en absence de mobilit&#233;, sans avoir pour autant un pouvoir significativement accru. En cas de faillite il est important que leurs droits prennent la forme de cr&#233;ances privil&#233;gi&#233;es. En m&#234;me temps, d'un point de vue chr&#233;tien, il est ind&#233;niable que la relation de l'entreprise avec le salari&#233; ne peut se r&#233;duire au contrat de travail, car l'entreprise, quelle que soit sa forme, est aussi une forme de communaut&#233;, m&#234;me imparfaite. Le salari&#233; a donc aussi son mot &#224; dire, et la doctrine chr&#233;tienne insiste sur ce point : c'est le principe de participation. Il y a plusieurs mod&#232;les possibles, &#224; commencer par la participation au conseil d'administration. Mais sauf mod&#232;les sp&#233;cifiques, il n'en est pas propri&#233;taire, c'est-&#224;-dire responsable ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le souci des critiques est au fond le refus d'une conception strictement financi&#232;re, excluant toute prise en compte des parties prenantes, dans une conception &#233;troite de la propri&#233;t&#233;. Ce souci est l&#233;gitime ; mais la r&#233;ponse n'est pas une distinction artificielle entre entreprise et soci&#233;t&#233; ; elle est soit dans une conception plus large et responsable de la propri&#233;t&#233; et de son exercice ; soit dans la recherche d'un mode d'organisation diff&#233;rent de la soci&#233;t&#233; en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas des soci&#233;t&#233;s commerciales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, quelle est la l&#233;gitimit&#233; de la soci&#233;t&#233; commerciale ? Initialement, elle provient de l'initiative d'une personne, ou d'un groupe de personnes (ou d'une famille) qui s'associent, en mettant en commun dans une entit&#233; juridique nouvelle ayant la personnalit&#233; morale, des biens (du capital), et &#233;ventuellement leur travail (notamment entrepreneurial), tout en assumant les risques correspondants. Il est d&#232;s lors juste et l&#233;gitime qu'ils puissent en &#234;tre les propri&#233;taires, et qu'ils soient propri&#233;taires du fruit de ce travail. M&#234;me si rien ne les emp&#234;che (si l'&#233;tat du droit l'a pr&#233;vu) d'organiser diff&#233;remment la propri&#233;t&#233; en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi, le cas d'un actionnaire financier n'est pas diff&#233;rent. Il a apport&#233; du capital (ou rachet&#233; celui d'un autre), et le sort de cet investissement est li&#233; au r&#233;sultat de l'entreprise - sinon c'est une cr&#233;ance. Ce qui veut dire qu'il n'est r&#233;mun&#233;r&#233; que s'il y a un r&#233;sultat positif (profit), et que ce capital peut dispara&#238;tre, si l'actif net de l'entreprise devient n&#233;gatif. En outre, l'apport de fonds propres est un mode de financement consid&#233;rablement moins risqu&#233; pour l'entreprise et bien plus vertueux que la dette, puisque solidaire de son sort. Il n'est donc pas choquant que celui qui prend au premier rang les risques directement li&#233;s &#224; l'entreprise soit celui qui prend les d&#233;cisions, en assume les profits et les pertes, et en soit le propri&#233;taire. Le mod&#232;le de la soci&#233;t&#233; commerciale (par actions) est donc l&#233;gitime, m&#234;me s'il n'est pas le seul. L'Eglise n'y a d'ailleurs jamais object&#233; ; mais elle lui a constamment rappel&#233; ses devoirs. Reste la question de l'actionnaire d'une soci&#233;t&#233; cot&#233;e, qui a la possibilit&#233; de vendre son action &#224; tout moment. Le lien risque alors d'&#234;tre beaucoup plus l&#226;che. On peut rappeler cependant d'abord qu'il doit pour cela trouver un acheteur qui se substitue &#224; lui. En d'autres termes, en cas de vente du titre, le risque de l'investisseur subsiste enti&#232;rement, et donc les droits correspondants, mais c'est quelqu'un d'autre qui l'assume. Cela dit, on le sait, le fait est que cela peut donner lieu &#224; de multiples exc&#232;s, par court-termisme, financiarisation etc., et les actionnaires sont souvent fugitifs, ne se sentant aucune responsabilit&#233; envers l'entreprise. On ne peut donc se satisfaire sur ce plan de la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, s'agissant des relations entre l'entreprise et ses propri&#233;taires, le pragmatisme et la diversit&#233; sont de mise. La diversit&#233; des situations est telle qu'il n'y a pas de r&#232;gle unique pouvant r&#233;gir les rapports des actionnaires et des dirigeants, ou l'action des uns et des autres. Ce qui nous renvoie &#224; deux questions essentielles : l'une est celle de la culture d'entreprise, de son mod&#232;le, avec notamment l'enjeu de son objet social, de sa raison d'&#234;tre, et des moyens de les faire pr&#233;valoir autant que faire se peut. L'autre, celle de la culture collective, et &#224; nouveau, tout particuli&#232;rement, celle des propri&#233;taires, donc des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, reconna&#238;tre que le propri&#233;taire d'une entreprise constitu&#233;e en soci&#233;t&#233; commerciale au sens courant du terme est bien l'actionnaire ne doit pas conduire &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; &#224; ignorer ce fait de base que pr&#233;cis&#233;ment ledit propri&#233;taire, m&#234;me s'il n'y en a qu'un, a organis&#233; une personne morale distincte de lui. Il n'a d'ailleurs en droit pas la possibilit&#233; de s'approprier les actifs de l'entreprise (c'est-&#224;-dire de la soci&#233;t&#233;). Cet acte fondateur implique pour lui de reconna&#238;tre que l'objet de cette entreprise ne se confond pas directement avec ses propres int&#233;r&#234;ts. Dans l'optique de la Doctrine sociale, cela conduit &#224; reconna&#238;tre les liens humains et les engagements que cette constitution implique : ils ne modifient pas dans leur principe les devoirs du propri&#233;taire tels qu'ils existent en g&#233;n&#233;ral (et notamment la destination universelle des biens), mais ils conduisent &#224; une application sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voies d'action possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on faire alors ? On l'a dit, il est toujours possible, et souvent int&#233;ressant, de travailler d'autres modes d'organisation possibles. Mais la grande majorit&#233; des entreprises restera sans doute organis&#233;e sur une mod&#232;le du type actuel Commet agir alors ? Une premi&#232;re question totalement centrale est &#233;videmment celle des priorit&#233;s des investisseurs eux-m&#234;mes : c'est &#233;videmment un point essentiel. Je l'ai abord&#233; notamment en d&#233;cembre 2019 dans une conf&#233;rence intitul&#233;e &#171; Quelles sont les orientations de la Doctrine Sociale de l'Eglise pour l'investissement financier ? &#187; ; vid&#233;o et textes sur &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/Conference-Quelles-sont-les.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/Confe...&lt;/a&gt;. Il va de soi que plus il y aura des investisseurs ayant une conception &#233;thique de leur r&#244;le, meilleur sera sur ce plan le r&#233;sultat ; et il n'y a pas besoin qu'il y ait une majorit&#233;, car le march&#233; y est tr&#232;s sensible. Le d&#233;veloppement de l'investissement &#233;thique est sur ce plan encourageant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il restera les autres investisseurs. Des mesures d'ordre r&#233;glementaire peuvent aider ici sensiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re famille de mesures vise &#224; favoriser la d&#233;tention &#224; long terme. Certes, il serait difficile et illogique, de contraindre directement l'ensemble des investisseurs &#224; se passer de toute liquidit&#233;. Mais plusieurs moyens sont disponibles pour les inciter &#224; d&#233;tenir les titres sur une certaine dur&#233;e : par exemple, en donnant des droits de vote diff&#233;renci&#233;s selon la dur&#233;e de d&#233;tention, soit apr&#232;s coup, soit par un engagement pris &#224; l'avance. Le professeur Colin Mayer propose de fa&#231;on int&#233;ressante qu'un investisseur qui s'est engag&#233; sur cinq ans ait cinq fois plus de droits de vote que celui engag&#233; sur un an, et qu'il n'y ait pas de droit de vote pour celui qui n'est engag&#233; sur rien. On peut aussi utiliser la fiscalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me famille de r&#233;flexion consiste &#224; d&#233;courager certaines OPA jug&#233;es nocives, soit par des dispositifs externes (intervention des pouvoirs publics ; pression de l'environnement de l'entreprise - &#224; l'allemande, etc.), soit par des m&#233;canismes financiers : ainsi les &#8216;poison pills' am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me famille de r&#233;flexion vise &#224; structurer l'actionnariat en favorisant un noyau dur et stable, par exemple la famille fondatrice, ou les fondateurs en g&#233;n&#233;ral, ou des actionnaires li&#233;es par un pacte (par des droits de vote accrus, des pouvoirs de veto etc.), ou par des fondations d&#233;di&#233;es comme on va le voir. De leur c&#244;t&#233;, Olivier Favereau et Baudouin Roger recommandent &#224; juste titre la mise en place d'un nouvel investisseur public, avec des moyens cons&#233;quents - ressemblant &#233;ventuellement aux fonds souverains de certains pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une quatri&#232;me famille de r&#233;flexion consiste &#224; pr&#233;ciser la &#8216;raison d'&#234;tre' de l'entreprise, qui dans l'optique de la DSE doit aller au-del&#224; de l'int&#233;r&#234;t p&#233;cuniaire des actionnaires. C'est ce que propose la Loi &#8216;Pacte' fran&#231;aise. Dans l'optique chr&#233;tienne, elle devrait s'ins&#233;rer dans une pr&#233;occupation de bien commun. Bien entendu, la question se pose du respect ult&#233;rieur de cette &#171; charte fondatrice &#187;. Outre diverses m&#233;thodes juridiques (majorit&#233; renforc&#233;e pour changer la raison d'&#234;tre, etc.), une proposition int&#233;ressante de Colin Mayer est d'utiliser des fondations : un conseil de mandataires (&#8216;trustees') serait charg&#233; de veiller au respect par les dirigeants (et les actionnaires) de cet objet social, selon des modalit&#233;s librement d&#233;termin&#233;es par les parties int&#233;ress&#233;es. Soit avec des droits sp&#233;cifiques, soit en &#233;tant un actionnaire particulier. Il y en a plusieurs exemples (dont le groupe Tata en Inde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, bien s&#251;r, &#224; un niveau plus simple, rien n'emp&#234;che de diversifier les avis au conseil d'administration : on conna&#238;t par exemple les mod&#232;les de gouvernance qui y int&#232;grent des repr&#233;sentants du personnel, en Allemagne surtout, mais aussi en France. Et rien n'emp&#234;che en outre que l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale nomme aussi des administrateurs de sensibilit&#233;s diverses, proches des parties prenantes. Cela n'enl&#232;ve rien &#224; la responsabilit&#233; ultime desdits actionnaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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