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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>La communaut&#233; nationale : ce qui la menace, ce qu'il faut reb&#226;tir</title>
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		<dc:date>2026-04-13T08:57:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Souverainet&#233; nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Communaut&#233; politique</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; nationale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question du r&#244;le de la nation est la question politique majeure d'aujourd'hui. C'est ce que j'&#233;voque dans ce livre, qui vient de para&#238;tre aux Editions du Bien commun. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233;, elle constitue le cadre de r&#233;f&#233;rence de la quasi-totalit&#233; des pays reconnus sur la plan&#232;te, m&#234;me si on peut souvent contester que ce sont bien des nations. Mais par d'autres c&#244;t&#233;s, elle est remise en cause, du moins dans nos pays : contest&#233;e dans sa nature m&#234;me par le discours de d&#233;construction, elle est jug&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Solidarite-nationale-+.html" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; nationale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/51dgzivm8al__sl1181_.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question du r&#244;le de la nation est la question politique majeure d'aujourd'hui. C'est ce que j'&#233;voque dans ce livre, qui vient de para&#238;tre aux Editions du Bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, elle constitue le cadre de r&#233;f&#233;rence de la quasi-totalit&#233; des pays reconnus sur la plan&#232;te, m&#234;me si on peut souvent contester que ce sont bien des nations. Mais par d'autres c&#244;t&#233;s, elle est remise en cause, du moins dans nos pays : contest&#233;e dans sa nature m&#234;me par le discours de d&#233;construction, elle est jug&#233;e d&#233;pass&#233;e par ceux qui se situent au niveau europ&#233;en, ou se veulent cosmopolites. Ou par ceux qui parient sur la mont&#233;e des empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nation a pourtant toujours de nos jours quatre r&#244;les essentiels, qu'elle est seule &#224; offrir. D'abord, fonder une communaut&#233; politique, c'est-&#224;-dire un niveau &#233;lev&#233; de confiance mutuelle et d'identification, permettant un niveau tout aussi &#233;lev&#233; de coop&#233;ration et d'action commune. Ensuite, fournir ce qui est n&#233;cessaire pour cela et en soi inestimable : un patrimoine commun, et notamment une langue et une culture. Puis, assurer la d&#233;fense en commun de cette population, notamment militairement : cette question est revenue brutalement au c&#339;ur de l'actualit&#233;. Enfin, pourvoir &#224; une forme de solidarit&#233;, qui va bien au-del&#224; de la s&#233;curit&#233; sociale, en offrant autant que possible &#224; chacun une vraie place dans cette communaut&#233;. Pour la grande majorit&#233; des gens, leur qualit&#233; de vie, y compris &#233;conomiquement, d&#233;pend en effet largement de leur appartenance nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela ne se con&#231;oit actuellement hors du cadre national. Et tout cela se relie directement au fait que la nation est une communaut&#233;. Son r&#244;le &#224; ce titre est donc irrempla&#231;able. Dans les soci&#233;t&#233;s modernes, l'horizon r&#233;el des personnes et leur cadre de d&#233;pendance sont bien plus grands que dans les communaut&#233;s locales d'autrefois ; ils supposent un niveau large d'identification, de communication et de solidarit&#233;. C'est la nation qui joue ce r&#244;le. Mais au-del&#224;, il n'y a rien d'organis&#233; et de concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'avenir, la question est de savoir dans quelle mesure l'imbrication croissante de l'humanit&#233;, et notamment la mondialisation, att&#233;nuent ou renforcent cette r&#233;alit&#233;. Il est &#233;videmment improbable (sauf catastrophe majeure) que cela se fasse par retour &#224; des entit&#233;s plus petites, malgr&#233; certaines utopies. Mais l'&#233;volution pourrait conduire au renouveau de formations politiques plus vastes et pluri-nationales. Donc en r&#233;alit&#233; d'empires au sens large, et une Europe f&#233;d&#233;rale serait elle aussi une forme d'empire. Mais cela ferait perdre cet &#233;l&#233;ment essentiel qui caract&#233;rise la nation, qui est d'&#234;tre une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ? Il y a bien s&#251;r des politiques &#224; mener, sur la longue dur&#233;e : d&#233;fense, &#233;ducation, recherche scientifique, migrations etc. Elles sont d'une tr&#232;s grande importance en soi. Il y a besoin plus fondamentalement d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences collectives permettant la vie politique commune. Mais tout cela suppose au pr&#233;alable une ambition : celle de faire vivre une communaut&#233;. Ces politiques diverses ne parviendront en effet &#224; rien si la nation n'offre pas la base ad&#233;quate, c'est-&#224;-dire une communaut&#233; vivante, solidaire et forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une communaut&#233;, ce sont des personnes qui, sur la base de r&#233;f&#233;rences communes majeures, culturelles, historiques et institutionnelles, se reconnaissent comme on l'a dit un degr&#233; &#233;lev&#233; de solidarit&#233; : financi&#232;re certes, mais aussi humaine voire existentielle, impliquant l'acceptation &#233;ventuelle de sacrifices pour la cause commune. Sur cette base peut alors se construire une volont&#233; commune propre, et sa traduction concr&#232;te dans ce qu'on appelle souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; son tour, une telle volont&#233; ne suffit pas s'il n'y a pas les bases concr&#232;tes permettant &#224; cette communaut&#233; d'exister. Or trois d'entre elles sont essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord que ce peuple existe, ce qui veut dire se prolonge dans de nouvelles g&#233;n&#233;rations, pour l'essentiel au sein de familles faisant r&#233;ellement partie de la communaut&#233; : c'est la question de la d&#233;mographie et de la natalit&#233;. Sans natalit&#233; suffisante, il n'y a pas d'avenir &#224; une communaut&#233; humaine. Question br&#251;lante aujourd'hui, avec l'effondrement de la natalit&#233; dans la plupart des pays hors Afrique, ph&#233;nom&#232;ne largement li&#233; &#224; un individualisme de plus en plus pathologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose ensuite une volont&#233; de se d&#233;fendre, et donc un esprit de combat, qui ne va pas sans un esprit de sacrifice. Il faut donc que la communaut&#233; nationale produise suffisamment de membres anim&#233;s par cet esprit. A d&#233;faut, elle sera incapable de se maintenir sur la dur&#233;e, non seulement face &#224; des menaces ext&#233;rieures, mais aussi sur le plan interne, face &#224; des factions utilisant la violence pour imposer leur loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux questions sont vitales, mais peu &#233;voqu&#233;es dans le d&#233;bat public, et encore moins en liaison avec la souverainet&#233;. Enfin, d'une fa&#231;on qui est, elle, plus souvent &#233;voqu&#233;e, mais rarement sous le bon angle, cela suppose une vue commune des bases &#233;conomiques et sociales de cette souverainet&#233; et de cette solidarit&#233;. Non pas un programme de revendications &#233;galitaires, mais un cadre permettant de donner aux membres de la communaut&#233; une vraie possibilit&#233; d'appartenance et de valorisation, o&#249; en un mot chacun trouve sa place. Et &#224; l'ensemble, les moyens de son autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer le r&#244;le crucial de ces dimensions par rapport aux autres politiques &#224; mener, il n'y a pas de politique de d&#233;fense possible sans base &#233;conomique et sans des gens qui acceptent de se battre et de se sacrifier ; pas d'&#233;ducation sans enfants, sans p&#233;dagogie et sans moyens ; pas de ma&#238;trise des migrations sans d&#233;mographie ni volont&#233; de se d&#233;fendre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es dominantes, mais aussi les pratiques d&#233;sormais spontan&#233;es de la plupart des gens, n'int&#232;grent plus assez ces r&#233;alit&#233;s, quand elles ne vont pas dans la direction contraire. Or elles sont pourtant au fond assez &#233;videntes. Retrouver ce sens de la communaut&#233; nationale est donc la priorit&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre sur &lt;/i&gt; Politique Magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Fraternit&#233;, nation et guerre juste : R&#233;flexions &#224; partir de l'encyclique Fratelli tutti </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Fraternite-nation-et-guerre-juste-Reflexions-a-partir-de-l-encyclique-Fratelli.html</link>
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		<dc:date>2021-09-05T14:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Fraternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fraternite-+.html" rel="tag"&gt;Fraternit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fraternit&#233;, philia et communaut&#233; politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facteurs de division&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons d'abord ce &#224; quoi la fraternit&#233; s'oppose. Le pape critique d'abord fermement l'individualisme, qui ne m&#232;ne pas au bien commun. Au 105 : &#171; l'individualisme ne nous rend pas plus libres, plus &#233;gaux, plus fr&#232;res. La simple somme des int&#233;r&#234;ts individuels n'est pas capable de cr&#233;er un monde meilleur pour toute l'humanit&#233;. [&#8230;] L'individualisme radical [&#8230;] nous fait croire que tout consiste &#224; donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les s&#233;curit&#233;s individuelles nous pouvions construire le bien commun. &#187; La revendication de droits peut elle-m&#234;me &#234;tre d&#233;tourn&#233;e dans le mauvais sens, si elle est centr&#233;e sur le seul individu. Car (111) &#171; la personne humaine, dot&#233;e de droits inali&#233;nables, est de par sa nature m&#234;me ouverte aux liens. L'appel &#224; se transcender dans la rencontre avec les autres se trouve &#224; la racine m&#234;me de son &#234;tre. C'est pourquoi &#8216;il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des &#233;quivoques qui peuvent na&#238;tre d'un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd'hui la tendance &#224; une revendication toujours plus grande des droits individuels &#8211; je suis tent&#233; de dire individualistes &#8211;, qui cache une conception de la personne humaine d&#233;tach&#233;e de tout contexte social et anthropologique, presque comme une &#8216;monade' (mon&#225;s), toujours plus insensible. [&#8230;] Si le droit de chacun n'est pas harmonieusement ordonn&#233; au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par cons&#233;quent, devenir source de conflits et de violences' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on d&#233;passe l'individu, on en vient &#224; l'id&#233;e de peuple. La probl&#233;matique du &#171; peuple &#187;, au c&#339;ur des id&#233;es du pape Fran&#231;ois, est un th&#232;me majeur de l'encyclique. Ce n'est pas toujours bien compris, car le pape insiste simultan&#233;ment sur la d&#233;fense de la culture sp&#233;cifique du peuple en question, et sur ce qu'il estime &#234;tre sa n&#233;cessaire ouverture. D'un c&#244;t&#233;, dit-il, il faut s'enraciner dans cette culture et ce sentiment collectif, qu'il qualifie de &#8216;mythe', en donnant au terme un sens positif (d&#233;velopp&#233; au 158), et dont il faut pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi au 143 : &#171; la solution ne r&#233;side pas dans une ouverture qui renonce &#224; son tr&#233;sor propre. Tout comme il n'est pas de dialogue avec l'autre sans une identit&#233; personnelle, de m&#234;me il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'&#224; partir de l'amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il voit ce peuple comme une entit&#233; ouverte, accueillante aux &#233;volutions et aux nouveaux venus (102). D&#232;s lors, dit-il au 160 : &#171; les groupes populistes ferm&#233;s d&#233;figurent le terme &#8216;peuple', puisqu'en r&#233;alit&#233; ce dont il parle n'est pas le vrai peuple. En effet, la cat&#233;gorie de &#8216;peuple' est ouverte. Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est ouvert de fa&#231;on permanente &#224; de nouvelles synth&#232;ses int&#233;grant celui qui est diff&#233;rent. Il ne le fait pas en se reniant lui-m&#234;me, mais en &#233;tant dispos&#233; au changement, &#224; la remise en question, au d&#233;veloppement, &#224; l'enrichissement par d'autres ; et ainsi, il peut &#233;voluer. &#187;Le peuple n'est donc pas une entit&#233; d&#233;nie et stable, et ne doit pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique un des points les plus controvers&#233;s de l'encyclique, celui des migrants (41). Pour le pape, le droit des migrants &#224; rechercher une vie meilleure est un droit fondamental, et aucun motif ne permet de s'y opposer, sauf &#233;videmment les droits des citoyens existants. Au (121) &#171; personne ne peut donc &#234;tre exclu, peu importe o&#249; il est n&#233;, et encore moins en raison des privil&#232;ges dont jouissent les autres parce qu'ils sont n&#233;s quelque part o&#249; existent plus de possibilit&#233;s. Les limites et les fronti&#232;res des &#201;tats ne peuvent pas s'opposer &#224; ce que cela s'accomplisse. &#187; Car (124) &#171; la conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer aujourd'hui &#233;galement aux pays, &#224; leurs territoires et &#224; leurs ressources. En consid&#233;rant tout cela non seulement du point de vue de la l&#233;gitimit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des droits des citoyens d'une nation d&#233;termin&#233;e, mais aussi &#224; partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que chaque pays est &#233;galement celui de l'&#233;tranger, &#233;tant donn&#233; que les ressources d'un territoire ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es &#224; une personne dans le besoin provenant d'ailleurs. &#187; Il n'y a donc semble-t-il pas de place pour une action des autorit&#233;s publiques, en charge de la nation au sens politique du terme, pour restreindre activement l'immigration ; certes, c'est sous r&#233;serve du respect des droits de ses citoyens, mais ils ne p&#232;sent pas plus que ceux des migrants. Notons que cela se relie assez logiquement &#224; la conception du peuple comme une r&#233;alit&#233; &#233;volutive. Mais du coup cela colore la notion de bien commun : ce dernier ne repose d&#232;s lors pas sur une id&#233;e de communaut&#233; pour l'essentiel stable, d&#233;limit&#233;e, mais sur une r&#233;alit&#233; en flux. Une r&#233;alit&#233; qu'aucune autorit&#233; publique n'a m&#234;me le droit de d&#233;fini et d'en r&#233;guler la composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233;, ou charit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le pape d&#233;finit-il positivement cette fraternit&#233; ? Il fait d'abord un lien &#233;troit entre souci de l'autre, respect de ses droits, et bien commun. Ainsi au 22 : le respect de ces droits humains est &#171; une condition pr&#233;alable au d&#233;veloppement m&#234;me du pays, qu'il soit social ou &#233;conomique. Quand la dignit&#233; de l'homme est respect&#233;e et que ses droits sont reconnus et garantis, fleurissent aussi la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'initiative, et la personnalit&#233; humaine peut d&#233;ployer ses multiples initiatives en faveur du bien commun'. &#187; C'est une des le&#231;ons qu'il tire de la parabole du bon Samaritain, qu'il commente longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les d&#233;veloppements sur la fraternit&#233;, de ce que le pape appelle charit&#233; politique, qui joue un r&#244;le essentiel dans la poursuite du bien commun. Ainsi au 180 : &#171; reconna&#238;tre chaque &#234;tre humain comme un fr&#232;re ou une s&#339;ur et chercher une amiti&#233; sociale qui int&#232;gre tout le monde ne sont pas de simples utopies. [&#8230;] Il s'agit de progresser vers un ordre social et politique dont l'&#226;me sera la charit&#233; sociale. Une fois de plus, j'appelle &#224; r&#233;habiliter la politique qui &#8216;est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun'. &#187; Et &#224; nouveau, au 182 : &#171; cette charit&#233; politique suppose qu'on ait d&#233;velopp&#233; un sentiment social qui d&#233;passe toute mentalit&#233; individualiste : &#8216;la charit&#233; sociale nous fait aimer le bien commun et conduit &#224; chercher effectivement le bien de toutes les personnes, consid&#233;r&#233;es non seulement individuellement, mais aussi dans la dimension sociale qui les unit'. Chacun n'est pleinement une personne qu'en appartenant &#224; un peuple, et en m&#234;me temps, il n'y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. &#187; Mais attention : ce niveau &#8216;politique' n'est pas d&#233;fini en liaison avec le niveau institutionnel, national ou &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, comme dit le 230 : &#171; &#8216;notre soci&#233;t&#233; gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment &#224; la maison. Dans une famille, [&#8230;] personne n'est exclu. [&#8230;], tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. &#187; Par rapport &#224; la conception traditionnelle, il y a ici &#224; noter une &#233;volution sous-jacente importante, bien que non explicit&#233;e. En effet la famille est une communaut&#233; bien d&#233;finie, alors que, comme on l'a vu, le pape voit le peuple comme une cat&#233;gorie mouvante, qui ne doit pas exclure celui qui vient du dehors : pour lui l'id&#233;e de fermeture est &#224; rejeter par principe. Mais il ne r&#233;pond alors pas &#224; la question qui vient naturellement : n'y a-t-il pas un rapport entre la nature des liens qui unissent la famille, et le fait qu'elle soit restreinte &#224; certaines personnes ? Et quelle le&#231;on en tirer pour la communaut&#233; politique nationale ? En r&#233;alit&#233;, pour lui, ce qui importe est la rencontre : au 232 : &#171; il n'y a pas de point final &#224; la construction de la paix sociale d'un pays. [&#8230;] Travail qui nous demande de ne pas rel&#226;cher l'effort de construire l'unit&#233; de la nation et, malgr&#233; les obstacles, les diff&#233;rences et les diverses approches sur la mani&#232;re de parvenir &#224; la cohabitation pacifique, de pers&#233;v&#233;rer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et &#233;conomique, la personne humaine, sa tr&#232;s haute dignit&#233; et le respect du bien commun'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on implicite, l'Etat a certes ses devoirs et son r&#244;le, mais il n'est pas le lieu naturel de la mise en &#339;uvre du bien commun, d'autant que le peuple qui sert de support &#224; la nation est un concept mouvant. Le bien doit &#234;tre cherch&#233; d'abord &#224; un niveau plus proche des bases : les personnes et leurs communaut&#233;s (avec leurs cultures), ces derni&#232;res n'&#233;tant pas per&#231;ues comme corps constitu&#233;s, mais comme unions de personnes reli&#233;es entre elles par la fraternit&#233;. Quant au bien commun, il passe alors &#224; un niveau plus large, celui de l'humanit&#233; ; mais &#224; ce niveau, il n'y a plus d'Etat. On le voit de fa&#231;on plus explicite en consid&#233;rant l'aspect international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bien commun mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'encyclique d&#233;veloppe en effet consid&#233;rablement la dimension internationale, dans l'optique d'un bien commun universel. L&#224; aussi on rencontre l'obstacle de l'&#233;go&#239;sme, qui est ici national. Car le niveau national est jug&#233; de moins en moins pertinent. Car (178) &#171; face &#224; tant de formes mesquines de politique et &#224; courte vue, je rappelle que &#8216;la grandeur politique se r&#233;v&#232;le quand, dans les moments difficiles, on &#339;uvre [&#8230;] en pensant au bien commun &#224; long terme. Il est tr&#232;s difficile pour le pouvoir politique d'assumer ce devoir dans un projet de nation et encore davantage dans un projet commun pour l'humanit&#233; pr&#233;sente et future. &#187; En effet (affirmation consid&#233;rable) &#171; aujourd'hui aucun &#201;tat national isol&#233; n'est en mesure d'assurer le bien commun de sa population. &#187; D&#232;s lors (154) &#171; une meilleure politique, mise au service du vrai bien commun, est n&#233;cessaire pour permettre le d&#233;veloppement d'une communaut&#233; mondiale, capable de r&#233;aliser la fraternit&#233; &#224; partir des peuples et des nations qui vivent l'amiti&#233; sociale. &#187; C'est que (172) &#171; le XXIe si&#232;cle &#8216;est le th&#233;&#226;tre d'un affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux, surtout parce que la dimension &#233;conomique et financi&#232;re, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d'institutions internationales devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner'. [&#8230;] On devrait au moins inclure la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial, l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel niveau de communaut&#233; pour comprendre le bien commun et l'amiti&#233; politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le comprendre, le bien commun est d&#232;s lors compris &#224; la fois &#224; la suite de l'enseignement ant&#233;rieur, mais d'une fa&#231;on si originale qu'elle en modifie en profondeur la signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rappeler ici l'enseignement fourni de saint Jean-Paul II sur le r&#244;le de la nation, comparons rapidement avec ce que disait l'enseignement ant&#233;rieur sous sa forme synth&#233;tique la plus r&#233;cente. Selon le &lt;i&gt;Compendium de la Doctrine sociale&lt;/i&gt;, (n&#176; 164), tout d'abord &#171; le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. &#201;tant &#224; tous et &#224; chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accro&#238;tre et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. &#187; En outre (167) &#171; le bien commun engage tous les membres de la soci&#233;t&#233; : aucun n'est exempt&#233; de collaborer, selon ses propres capacit&#233;s, &#224; la r&#233;alisation et au d&#233;veloppement de ce bien &#187; &#187; Nous sommes ici en phase avec Fratelli tutti. En revanche, s'agissant des &#8216;devoirs de la communaut&#233; politique' on ajoutait alors (168) &#171; le bien commun est la raison d'&#234;tre de l'autorit&#233; politique. &#192; la soci&#233;t&#233; civile dont il est l'expression, l'&#201;tat doit, en effet, garantir la coh&#233;sion, l'unit&#233; et l'organisation de sorte que le bien commun puisse &#234;tre poursuivi avec la contribution de tous les citoyens. L'individu, la famille, les corps interm&#233;diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m&#234;mes &#224; leur d&#233;veloppement pl&#233;nier ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'institutions politiques dont la finalit&#233; est de rendre accessibles aux personnes les biens n&#233;cessaires [&#8230;] pour conduire une vie vraiment humaine. &#187;. L'insistance sur le niveau &#233;tatique national &#233;tait donc bien plus nette : l'Etat, le politique institutionnalis&#233;, &#233;tait le niveau normal et naturel de la prise en charge ultime d'un bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte du pape Fran&#231;ois, on l'a vu, il est fait assez peu confiance &#224; ces institutions suppos&#233;es traditionnellement en charge d'un bien commun, et notamment &#224; l'Etat national (m&#234;me s'il admet les devoirs de ce dernier &#224; cet &#233;gard). Le pape insiste plus sur le peuple que sur la nation, et ce peuple est une entit&#233; mouvante, de composition sans cesse renouvel&#233;e. En fait si on regarde l'ensemble de ses autres textes (notamment &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt;) la seule r&#233;alit&#233; vraiment porteuse, outre les personnes, est les communaut&#233;s &#224; la base. C'est l&#224;-dessus que pour le pape fonde vraiment la recherche du bien commun, son succ&#232;s ou son &#233;chec. Les corps interm&#233;diaires importent ensuite comme expression de ces communaut&#233;s de base. Le niveau politique encore au-dessus, les institutions, ne peuvent aller contre cette r&#233;alit&#233; fondamentale. Ensuite il faut passer au niveau mondial, qui appara&#238;t en d&#233;finitive le seul o&#249; le terme de bien commun est pleinement adapt&#233;. En un sens - m&#234;me si le point n'est pas explicit&#233; aussi radicalement, l'Etat ne para&#238;t plus vraiment en charge du bien commun, en cela qu'il en aurait la responsabilit&#233; ultime comme c'&#233;tait le cas traditionnellement. Ce qui est essentiel pour le pape est une conversion int&#233;rieure qui met en cause l'ensemble de nos relations. Le vrai bien commun est au fond alors le fruit de la multiplication de ces conversions permanentes, personnelles et communautaires, relay&#233;e par un processus au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre et corr&#233;lativement que le niveau de la loi naturelle et les concepts correspondants ne jouent aucun r&#244;le dans cette pens&#233;e, que ce soit en tant qu'outils d'&#233;laboration intellectuelle ou de dialogue avec les non-chr&#233;tiens. Bien s&#251;r, en un sens la fraternit&#233; par exemple pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme relevant d'un tel concept. Mais ce n'est pas le cas dans l'expos&#233;. La fraternit&#233;, apr&#232;s &#234;tre affirm&#233;e comme telle, notamment par appui sur la parabole du bon samaritain, est rapport&#233;e en fin de texte &#224; la paternit&#233; divine suppos&#233;e latente dans les diverses religions (et pas dans le seul christianisme &#8211; ce qui incidemment est assez surprenant), mais sans m&#233;diation dans une loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appr&#233;ciation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, chez Fran&#231;ois le th&#232;me national est fort, mais il est culturel ; il ne se confond pas avec une organisation politique, et ne repose pas sur le bras de l'Etat. Le r&#244;le de celle-ci est vue par lui au mieux comme un relais de principes g&#233;n&#233;raux, type droits de l'homme. On le voit avec le th&#232;me des migrants. Le pape le traite &#224; partir de principes abstraits ; le droit du migrant est pr&#233;sent&#233; comme un atout dans les jeux de cartes, qui l'emporte sur toute autre consid&#233;ration (sauf bien sur les droits analogues des autochtones). Ceci se relie avec la notion qui est la sienne du bien commun. Le pape ne para&#238;t plus voir, contrairement &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le lien de ce dernier avec une communaut&#233; r&#233;elle, organis&#233;e et structur&#233;e, et un Etat (ou une cit&#233;). Le seul bien commun est d&#233;sormais universel, et l&#224; il n'y a plus de communaut&#233; politique organis&#233;e. Ce n'est pas dans la ligne de la pens&#233;e classique de l'Eglise, qui part des communaut&#233;s r&#233;elles et qui voit la vie harmonieuse et paisible de celles-ci comme un enjeu majeur, ce en quoi le niveau organis&#233;, et notamment l'Etat, joue un r&#244;le essentiel. C'est que le bien commun n'est pas seulement l'effet d'un flux de processus bien intentionn&#233;s du fait que les personnes se seront tourn&#233;es dans le bon sens. Il suppose une analyse des r&#233;alit&#233;s de la vie en commun, de ce qui structure nos communaut&#233;s en les d&#233;limitant, et en distinguant et reconnaissant les lieux o&#249; il y a un fait commun agissant, une communaut&#233; bien pr&#233;cise, r&#233;ellement v&#233;cue, reconnue et organis&#233;e en termes d'autorit&#233; et de pouvoir. Parmi elles, je situe la nation dont le r&#244;le me para&#238;t rester essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du bien commun suppose ensuite de reconna&#238;tre qu'il est in&#233;vitable de faire face &#224; des oppositions ou des contradictions, car on ne se situe pas dans un monde id&#233;al, et le dialogue ne le permet pas toujours, d'o&#249; l'in&#233;vitable conflit, qu'il faut assumer. C'est ce qu'on voit avec la question de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la guerre juste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ces consid&#233;rations se retrouvent en effet &#224; propos d'une autre notion, celle de la guerre juste. La th&#233;orie de la guerre juste est une des plus anciennes et des plus &#233;tablies du catholicisme. Mais le pape Fran&#231;ois la remet en cause. Il avance pour cela le motif de la guerre moderne, qui serait tellement d&#233;vastatrice par l'ascension du conflit aux extr&#234;mes qu'elle ne pourrait qu'&#234;tre exclue. Pourtant comme on le reverra l'analyse des guerres r&#233;elles depuis 60 ans prouve exactement le contraire : il y a eu un grand nombre de guerres, mais elles sont rest&#233;es tout &#224; fait en de&#231;&#224; de la guerre totale. Le motif de cette condamnation est donc ailleurs. Il est semble-t-il dans l'approche du pape : si on admet comme on le faisait traditionnellement que les communaut&#233;s humaines sont structur&#233;es sur base nationale, donc dans des organisations diverses et multiples, structur&#233;es autour d'un Etat, les rapports entre ces communaut&#233;s sont une question centrale. Et rien ne garantit a priori qu'elles soient paisibles, car il n'y a pas de super-autorit&#233; capable de les r&#233;guler. Si on ajoute que ce monde n'est pas parfait, que les gens ne sont pas toujours bien intentionn&#233;s et que les int&#233;r&#234;ts peuvent diverger, la guerre est possible. Et dans ce contexte la th&#233;orie de la guerre juste peut avoir sa place. Si en revanche on raisonne, entre Kant et Habermas, sur un espace mondial qui ne doit &#234;tre structur&#233; que par des principes g&#233;n&#233;raux comme ceux des droits de l'homme, il n'y a plus de place m&#234;me pour une hypoth&#232;se de guerre juste. Or on l'a vu la pens&#233;e du pape est plus proche de ce dernier mod&#232;le de soci&#233;t&#233; mondiale. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'il r&#233;cuse l'id&#233;e de guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste dans le Cat&#233;chisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que disait la doctrine ant&#233;rieure ? Sous le titre &#171; Eviter la guerre &#187;, le cat&#233;chisme de l'Eglise catholique rappelle (2307) que &#171; le cinqui&#232;me commandement interdit la destruction volontaire de la vie humaine. A cause des maux et des injustices qu'entra&#238;ne toute guerre, l'&#201;glise presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bont&#233; divine nous lib&#232;re de l'antique servitude de la guerre. &#187; Et donc (2308) &#171; chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d'&#339;uvrer pour &#233;viter les guerres. &#187; Mais il ajoutait : &#171; aussi longtemps cependant &#8216;que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorit&#233; internationale comp&#233;tente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait d&#233;nier aux gouvernements, une fois &#233;puis&#233;es toutes les possibilit&#233;s de r&#232;glement pacifiques, le droit de l&#233;gitime d&#233;fense' (GS 79, &#167; 4). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux causes des guerres, il notait au 2317 que &#171; les injustices, les in&#233;galit&#233;s excessives d'ordre &#233;conomique ou sociale, l'envie, la m&#233;fiance et l'orgueil qui s&#233;vissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces d&#233;sordres contribue &#224; &#233;difier la paix et &#224; &#233;viter la guerre &#187;. Mais il ajoutait &#171; dans la mesure o&#249; les hommes sont p&#233;cheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ. Mais, dans la mesure o&#249;, unis dans l'amour, les hommes surmontent le p&#233;ch&#233;, ils surmontent aussi la violence jusqu'&#224; l'accomplissement de cette parole : &#8216;Ils forgeront leurs glaives en socs et leurs lances en serpes. On ne l&#232;vera pas le glaive nation contre nation et on n'apprendra plus la guerre' (Is 2, 4) (GS 78, &#167; 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'il rappelait les principes sur la &#171; guerre juste &#187;. (2309) &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de cet enseignement combine, notons-le, des jugements de l&#233;gitimit&#233; avec des jugements de r&#233;alit&#233; ((succ&#232;s possible, estimations qu'on ne fera pas plus de mal que de bien etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois remet en question cette analyse, estimant (&lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, &#167;&#167; 258 et 259) que &#171; depuis le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilit&#233;s &#233;normes et croissantes qu'offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontr&#244;l&#233; qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes. [&#8230;] Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste'. &#187; Et il poursuit en condamnant dans son principe non seulement la dissuasion nucl&#233;aire, mais le principe m&#234;me de la d&#233;tention d'armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexion sur la guerre juste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la guerre est un mal effrayant, et que nos jours elle peut prendre des proportions monstrueuses. Mais toute guerre, et donc toute op&#233;ration militaire, est-elle automatiquement &#224; condamner ? Certainement tout affrontement nucl&#233;aire op&#233;rant selon l'ascension aux extr&#234;mes ch&#232;re &#224; Clausewitz. Mais d'une part la dissuasion nucl&#233;aire vise &#224; l'&#233;viter, et, justement, l'exp&#233;rience de 70 ans de dissuasion montre l'effet r&#233;el obtenu de ce fait (et donc les conflits majeurs qui ont &#233;vit&#233;s). D'autre part et surtout, cette m&#234;me exp&#233;rience montre l'ampleur et la vari&#233;t&#233; des conflits d'intensit&#233; variable se situant nettement en dessous de ce seuil. Il y a m&#234;me eu depuis 70 ans tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement de nombreux conflits de tout type, qui sont tous rest&#233;s tr&#232;s en de&#231;&#224; de la guerre totale, nucl&#233;aire ou pas. De ce point de vue la r&#233;alit&#233; observable se situe &#224; l'oppos&#233; de ce qu'affirme h&#226;tivement le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces guerres diverses paraissent en outre pouvoir relever pleinement de la probl&#233;matique de la guerre juste. Car il est des cas o&#249; ne pas lutter est plus immoral que combattre. Dans son principe,. Plus loin dans le pass&#233;, la guerre du Golfe en 1990 pouvait &#224; mon sens &#234;tre d&#233;fendue &#224; ce titre (elle r&#233;agissait &#224; une invasion caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si les rapports ant&#233;rieurs entre les Am&#233;ricains et le r&#233;gime iraquien &#233;taient complexes). On peut soutenir que les actions de la France au Sahel, aujourd'hui Barkhane, peuvent en relever Et inversement l'invasion de l'Iraq en 2003 doit &#234;tre condamn&#233;e &#8211; au vu de ses effets d&#233;vastateurs a fortiori. Tout comme la d&#233;sastreuse exp&#233;dition de Libye, exploitant cyniquement des pr&#233;occupations morales &#224; contre-sens, sans se pr&#233;occuper du r&#233;sultat &#224; obtenir, ni pr&#233;voir comment prendre en charge le pays, une fois les autorit&#233;s d&#233;truites. La sottise de bien des positions &#224; pr&#233;tentions moralisantes prises en leur temps sur la Syrie sans doute de m&#234;me, sans parler de la d&#233;sastreuse exp&#233;dition en Afghanistan. Pour reprendre les termes du cat&#233;chisme, dans ces divers cas o&#249; &#233;taient &#171; les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; ? Ou la conviction que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; ? Comme on le voit en outre par ces exemples, la doctrine traditionnelle a du bon : on croit qu'elle facilite la guerre en l'autorisant dans certains cas ; en r&#233;alit&#233;, elle la d&#233;limite strictement et donne au contraire de solides crit&#232;res pour l'&#233;viter dans une majorit&#233; de cas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, il serait sans doute mal avis&#233; de voir dans ces textes du pape Fran&#231;ois une description doctrinale de la soci&#233;t&#233; politique selon l'enseignement de l'Eglise, car ils sont trop personnels pour cela. L'introduction du pape le reconna&#238;t d'ailleurs, au n&#176; 6 : &#171; Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution &#224; la r&#233;flexion pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t d&#232;s lors plus f&#233;cond d'insister sur le message vibrant qu'ils contiennent, leur appel &#233;mouvant &#224; notre responsabilit&#233; dans le bien commun, &#224; travers la charit&#233; ou fraternit&#233;, et &#224; la conversion que cela implique. Puissant appel &#224; nos responsabilit&#233;s, et par l&#224; &#224; &#233;couter et m&#233;diter, ce message me para&#238;t plus contestable lorsqu'il tend &#224; sous-estimer le r&#244;le des m&#233;diations institutionnelles et de l'Etat, notamment au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base de mon intervention au colloque de l'AIESC, 3 et 4 septembre 2021.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour un grand retournement politique</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Pour-un-grand-retournement-politique.html</link>
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		<dc:date>2019-05-18T12:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>
		<dc:subject>Paradigme relativiste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Vient de para&#238;tre aux Editions du Bien Commun, groupe T&#233;qui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malaise collectif en France est grand. Le besoin de nouveaut&#233; &#233;vident. Pourtant on ne d&#233;colle pas au-del&#224; la lib&#233;ration sauvage de la parole &#224; la base. Pourquoi, au-del&#224; des hommes et de leurs limites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; mon sens parce qu'on sous-estime grandement l'ampleur du changement &#224; op&#233;rer. Il ne s'agit en effet pas de simples rapports de force entre des id&#233;es ou des &#233;quipes, mais de renverser les structures de pens&#233;e dominantes depuis des si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux impasses du paradigme actuel, quelques enseignements de la pens&#233;e classique &#224; l'usage de ceux qu'on appelle la droite, et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite de la pr&#233;sentation...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/grand_retournement.jpg?1787417299' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://librairietequi.com/pour-un-grand-retournement-politique.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://librairietequi.com/pour-un-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le paradigme structurant la pens&#233;e collective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malaise collectif en France est grand. Le besoin de nouveaut&#233; &#233;vident. Pourtant on ne d&#233;colle pas au-del&#224; d'une relative lib&#233;ration sauvage de la parole &#224; la base. Pourquoi, au-del&#224; des hommes et de leurs limites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; mon sens parce qu'on sous-estime grandement l'ampleur du changement &#224; op&#233;rer. Il ne s'agit en effet pas de simples rapports de force entre des id&#233;es ou des &#233;quipes, mais de renverser les structures de pens&#233;e dominantes depuis des si&#232;cles. Plus exactement de renverser le paradigme fondateur de la soci&#233;t&#233; moderne, qui remonte au XVIIe si&#232;cle, celui que j'ai appel&#233; paradigme de neutralit&#233; et qui est &#224; la base de ce qu'on appelle aujourd'hui le relativisme, dans la phase actuelle, post-moderne, de l'histoire des id&#233;es. Un paradigme ainsi compris est ce qui structure et oriente la production m&#234;me de la pens&#233;e, en &#233;liminant les autres voies possibles. Ce paradigme en question est l'id&#233;e que l'homme peut et doit se faire lui-m&#234;me, qu'il n'y a pas de bien ou de vrai objectifs autres que ce que l'homme se d&#233;finit, individuellement ou collectivement. Ce qui d&#233;bouche apparemment sur l'acceptation de principe de toute id&#233;e ou valeur mais conduit vite sur l'&#233;limination de tout ce qui contredit ce principe : tout ce qui affirme telle ou telle chose comme vraie ou bonne en soi. A chaque phase de l'histoire, les cons&#233;quences de ce cadre de pens&#233;e sont all&#233;es dans le sens d'une radicalit&#233; croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais renverser un paradigme est une op&#233;ration lourde, en profondeur, et donc tr&#232;s lente. Cela suppose une longue lutte, mais aussi et surtout que l'&#233;chec du paradigme dominant devienne manifeste. Dans l'intervalle, la majorit&#233; des gens et surtout les syst&#232;mes de r&#233;gulation collective continuent &#224; suivre ce cadre de pens&#233;e, en allant encore plus loin &#224; chaque fois, et en r&#233;primant ce qui va contre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en sommes encore l&#224; avec notre paradigme. On rencontre des signes d'affaiblissement de cette emprise ; mais elle subsiste. En t&#233;moignent justement les &#233;checs des expressions divergentes : la Manif pour tous en est un bon exemple ; on n'a en effet jamais vu des manifestations avec tant de monde, mais le message n'a pas &#233;t&#233; pris en compte. Et le mouvement de d&#233;rive s'est poursuivi avec la PMA, et bient&#244;t la GPA. Parce que ces &#233;tapes sont dans la logique du syst&#232;me de pens&#233;e dominant, et que ce que dit la Manif pour tous, qui repose sur la loi naturelle, est irrecevable dans ce contexte. Un autre exemple de cette emprise est le refus du syst&#232;me dominant de consid&#233;rer l'ampleur et la signification de l'immigration de masse que conna&#238;t l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'alternative v&#233;ritable : la pens&#233;e classique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative est une forme de pens&#233;e int&#233;grant les bases de notre civilisation et &#224; valeur universelle. Le mot de &#8216;droite' ne permet pas de fonder une telle alternative car la droite politique est largement un d&#233;potoir d'anciennes gauches m&#234;l&#233;es &#224; des courants de pens&#233;e r&#233;siduels. Parler de &#8216;conservatisme' est plus proche de l'id&#233;e. Mais ce mot ne l&#232;ve pas totalement l'ambigu&#239;t&#233;. Parce que le conservatisme glisse dans le temps et int&#232;gre avec pragmatisme certaines des id&#233;es dominantes du moment, notamment lib&#233;rales. Et ce m&#234;me pragmatisme ne favorise pas la conceptualisation et la lucidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en fait se tourner vers ce qui la v&#233;ritable pens&#233;e alternative de notre civilisation, la pens&#233;e classique, celle d'Aristote ou de saint Thomas. Une partie appr&#233;ciable en est d'ailleurs repr&#233;sent&#233;e dans ce que la tradition conservatrice a de meilleur. On y trouve d'abord l'objectivit&#233; du bien et du vrai ; l'importance centrale de la personne, qui ne se comprend que dans la communaut&#233;, et de l'&#233;ducation si elle est appropri&#233;e, humaniste. S'y ajoute la conscience que les soci&#233;t&#233;s sont des &#233;difices complexes, construits au cours du temps et non &#224; partir de th&#233;ories abstraites. D'o&#249; l'importance d'id&#233;es peu &#224; la mode comme la tradition (l'exp&#233;rience collective) ou l'autorit&#233; bien comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenir &#224; cette sagesse politique suppose une r&#233;orientation majeure de notre regard pour sortir du paradigme dominant. Pour cela il faut du temps, et le d&#233;bat ne suffit pas. Surtout dans un contexte spirituel comme le n&#244;tre, o&#249; le christianisme se contracte &#224; vue d'&#339;il. Cela exclut de compter sur la religion &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le point d'appui national et ses limites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les institutions qui r&#233;sistent aux id&#233;es dominantes, la premi&#232;re est la nation. Elle reste le seul cadre significatif pour la plupart des gens, celui o&#249; nos soci&#233;t&#233;s se constituent : en droit, et pour construire une solidarit&#233; &#233;conomique et sociale. Seul le principe national fait que des soldats meurent pour sauver des touristes en vadrouille. C'est en fait le seul facteur de solidarit&#233; politique agissante &#224; l'&#233;poque actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne veut pas dire que les menaces contre la nation ne soient pas consid&#233;rables. Citons au moins la s&#233;cession d'une partie des &#233;lites au profit d'un mondialisme abstrait, et le r&#234;ve f&#233;d&#233;raliste europ&#233;en. En outre le fait national ne donne donc pas &#224; soi seul la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qu'on appelle le populisme encore moins. On comprend la r&#233;volte populaire contre des &#233;lites discr&#233;dit&#233;es. Mais rien ne garantit qu'un tel mouvement aille dans le bon sens. Faute de cadre mental et organisationnel, le risque est une d&#233;rive anarchique. Les Gilets jaunes par exemple sont l'expression de la souffrance r&#233;elle d'une partie du peuple fran&#231;ais, et leur action peut secouer le cocotier ; mais ce n'est pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut-on faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r il faut agir. Surtout qu'on risque d'&#234;tre pris de vitesse par l'islamisation. Mais pour cela il faut d'abord &#234;tre bien conscient au nom de quels principes ou valeurs on le fait. Et de l'hostilit&#233; naturelle de l'environnement ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agir d'abord &#224; la base. La soci&#233;t&#233; de demain se joue d'abord dans les familles et dans l'&#233;ducation. Et plus largement dans toutes les associations ou entreprises, toutes les communaut&#233;s &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'implique pas pour autant de se replier sur des affaires priv&#233;es. Car il faut aussi agir au niveau politique, m&#234;me europ&#233;en. De nombreuses mesures urgentes &#224; prendre, sur des enjeux de survie : immigration, culture, &#233;conomie, d&#233;fense etc. Encore faut-il pour cela d&#233;passer le stade purement revendicatif et rechercher une vraie comp&#233;tence au service d'une vraie cr&#233;ativit&#233; : ce n'est pas parce que les gens dits comp&#233;tents ont fait des sottises qu'on peut se passer de la comp&#233;tence. Et comme dans toute action politique jouer sur les circonstances, les organisations et les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en gardant bien pr&#233;sent &#224; l'esprit que ce que pourquoi on se bat est une renversement s&#233;culaire de pens&#233;e et de valeur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La nation incontournable - m&#234;me si en Europe on ne veut pas l'admettre</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-nation-incontournable-meme-si-en-Europe-on-ne-veut-pas-l-admettre.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Identit&#233; nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Souverainet&#233; nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Autonomie nationale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les communaut&#233;s sont des faits, qui ne se d&#233;cr&#232;tent pas, et &#224; notre &#233;poque la communaut&#233; politique par excellence c'est la nation. C'est une &#233;vidence partout dans le monde, m&#234;me si ce n'est pas une id&#233;e tr&#232;s populaire en Europe. Et la d&#233;mocratie elle-m&#234;me suppose le cadre national. Les communaut&#233;s plus petites sont essentielles mais ne sauraient s'y substituer ; inversement le relai ne peut &#234;tre pris &#224; un niveau plus vaste, quoi qu'on dise de l'Europe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle communaut&#233; suppose un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Nation-+.html" rel="tag"&gt;Nation&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les communaut&#233;s sont des faits, qui ne se d&#233;cr&#232;tent pas, et &#224; notre &#233;poque la communaut&#233; politique par excellence c'est la nation. C'est une &#233;vidence partout dans le monde, m&#234;me si ce n'est pas une id&#233;e tr&#232;s populaire en Europe. Et la d&#233;mocratie elle-m&#234;me suppose le cadre national. Les communaut&#233;s plus petites sont essentielles mais ne sauraient s'y substituer ; inversement le relai ne peut &#234;tre pris &#224; un niveau plus vaste, quoi qu'on dise de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle communaut&#233; suppose un patrimoine commun, une langue, et une volont&#233; de vivre ensemble. Ce qui ne saurait se limiter &#224; des principes d&#233;mocratiques ou aux droits de l'homme &#8211; car ils sont &#224; vocation universelle et ne d&#233;finissent pas une communaut&#233; particuli&#232;re. Cela n'exclut pas m&#234;me une immigration, si celle-ci d&#233;bouche sur une int&#233;gration dans ce vouloir-vivre ensemble et cette culture commune ; cela n'exclut pas non plus une ouverture raisonn&#233;e et lucide sur la mondialisation ; et c'est compatible avec un respect des personnes et de leur diversit&#233; naturelle. Mais c'est incompatible avec le refus individualiste de la vie commune ou avec un relativisme g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nations et d&#233;mocratie</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Nations-et-democratie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Nations-et-democratie.html</guid>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Nation et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Principe national, r&#233;alit&#233;s ethniques, et d&#233;mocratie &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec des extraits du livre &lt;br class='autobr' /&gt;
Les ethnies, une menace pour les nations ? Beaucoup tirent la sonnette d'alarme et nous expliquent que la notion d'ethnie, arbitrairement gonfl&#233;e, est utilis&#233;e comme arme pour remettre en cause des nations par ailleurs solides. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;alit&#233; est bien diff&#233;rente. Et l'enjeu plus important qu'il n'y para&#238;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons d'abord que l'ethnie au sens actuel n'a rien &#224; voir avec une race : on entend par l&#224; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Nation-+.html" rel="tag"&gt;Nation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Nation-et-democratie-+.html" rel="tag"&gt;Nation et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principe national, r&#233;alit&#233;s ethniques, et d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avec des extraits du livre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ethnies, une menace pour les nations ? Beaucoup tirent la sonnette d'alarme et nous expliquent que la notion d'ethnie, arbitrairement gonfl&#233;e, est utilis&#233;e comme arme pour remettre en cause des nations par ailleurs solides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est bien diff&#233;rente. Et l'enjeu plus important qu'il n'y para&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord que l'ethnie au sens actuel n'a rien &#224; voir avec une race : on entend par l&#224; une population ayant une culture et une langue commune. Ce qu'on constate est que l'ethnie ainsi comprise est une pi&#232;ce essentielle de toute construction nationale&#8230;du moins en d&#233;mocratie, bien que la doctrine d&#233;mocratique ne l'&#233;voque pas. Je l'ai montr&#233; en d&#233;tail dans mon livre Les nations et leur destin (FX de Guibert 2005) sur la base d&#233;taill&#233;e d'une analyse des faits. Aucun peuple ne fonctionne en d&#233;mocratie s'il n'y a pas une identification collective forte, caract&#233;ris&#233;e par une langue et une culture commune, au moins de la grande majorit&#233; de la population. R&#233;sultat : toutes les nations v&#233;ritables (mais &#233;videmment pas les Etats artificiels, les empires ou leurs h&#233;ritiers postcoloniaux) sont construites autour d'un peuple, d'une ethnie de r&#233;f&#233;rence, et toutes g&#233;n&#233;ralisent le mod&#232;le majoritaire et notamment la langue correspondante &#224; l'ensemble de leur population y compris les personnes relevant d'autres cultures, d'autres ethnies. En revanche bien s&#251;r rien n'emp&#234;che qu'une ethnie au sens large soit divis&#233;e en plusieurs Etats-nations ; ainsi l'Am&#233;rique latine, le monde anglo-saxon etc. Inversement toute construction politique multiethnique qui se d&#233;mocratise &#233;clate selon les ethnies constitutives, ou ce qui s'en rapproche. Exemples r&#233;cents, la Yougoslavie et l'URSS. Le nettoyage ethnique est dans ces configurations un des effets de la d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes ce qui fait le cadre national est bien l'histoire. Mais &#224; partir d'une communaut&#233; qui est de fait ethnique, ou qui vise &#224; l'&#234;tre, consciemment ou pas. En d'autres termes, quand l'ethnie n'est pas au point de d&#233;part elle est au point d'arriv&#233;e. La France en est un exemple spectaculaire : 40% de la population appartenait historiquement &#224; des ensembles linguistiques ou culturels non fran&#231;ais, des ethnies au sens ci-dessus. Potentiellement, l'histoire aidant, certaines auraient pu devenir des nations : Bretons, Catalans, Basques, Occitans surtout, qui sont les plus nombreux. Mais la construction nationale fran&#231;aise s'est caract&#233;ris&#233;e, notamment depuis la R&#233;volution et la IIIe R&#233;publique, par une volont&#233; d&#233;termin&#233;e d'assimilation, tout &#224; fait r&#233;ussie sur ce plan : si par exemple les Catalans de France ne posent pas de probl&#232;me ethnique, c'est que maintenant ils sont pour l'essentiel ethniquement fran&#231;ais. Leurs langue et leur culture v&#233;cues, quotidiennes, sont d&#233;sormais sans le moindre doute fran&#231;aises ; certes le catalanisme peut &#234;tre affectivement important, au moins pour certains, mais ce n'est plus leur culture effective, contrairement au c&#244;t&#233; espagnol. L'Espagne montre en revanche qu'il existe des situations interm&#233;diaires, o&#249; des ethnies minoritaires subsistent tout en participant &#224; l'ethnie majoritaire : elle le fait avec les Basques, Catalans et Galiciens, comme le Royaume Uni avec l'Ecosse et les Pays de Galles. Situations plus complexes, plus difficiles &#224; g&#233;rer, mais apparemment viables, et qui ont l'avantage d'un meilleur respect de la richesse culturelle des peuples que le jacobinisme &#224; la fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Asie n'&#233;chappe en rien &#224; ce mod&#232;le : les seuls Etats fragiles y sont ceux o&#249; l'ethnie dominante n'est pas parvenue &#224; rassembler les minoritaires autour d'elle ; ainsi la Birmanie, et sans doute l'Indon&#233;sie. Quant &#224; l'Inde, si la diversit&#233; linguistique y est assez forte et pose bien des probl&#232;mes, la communaut&#233; culturelle, la civilisation puissamment typ&#233;e et d'ailleurs de plus en plus hindouiste de ce pays fournissent au moins pour le moment une puissant facteur d'identification. Mais de gr&#226;ce ne parlons pas de l'Afrique, dont la fragilit&#233; politique est &#233;vidente. Peut-on s&#233;rieusement soutenir que les Etats y sont des nations ? Un seul Etat est &#224; ce jour politiquement stable, dans la d&#233;mocratie, le S&#233;n&#233;gal. Est-ce un hasard s'il est le seul &#224; disposer de deux langues partout admises, le fran&#231;ais et surtout le wolof ? Bien entendu il ne s'agit pas d'en appeler &#224; la dissolution des Etats africains actuels en une multitude de tribus. Mais s'il ne s'y produit pas un mouvement d'assimilation autour de cultures et de langues communes, les pays d'Afrique resteront de simples constructions politiques, fragiles, et s&#251;rement pas d&#233;mocratiques au bon sens du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des exceptions , des d&#233;mocraties multiethniques ? Une seule est un succ&#232;s, la Suisse. Situation tr&#232;s particuli&#232;re. Outre que les Al&#233;maniques y dominent largement, une clef de son succ&#232;s est l'extr&#234;me d&#233;centralisation qu'assure l'organisation cantonale ; une autre, l'existence d'une structure politique ancienne et tr&#232;s ancr&#233;e. La Belgique h&#233;las n'est pas dans ce cas. Elle aurait pu le devenir. A la fran&#231;aise, si la politique de francisation initiale avait triomph&#233;. A l'espagnole, s'il y avait eu une culture de r&#233;f&#233;rence reconnue par tous. Peut-&#234;tre &#224; la suisse, si elle s'&#233;tait cantonalis&#233;e. Mais aucun ne ces mod&#232;les n'y domine. Esp&#233;rons pour nos voisins qu'ils trouveront une solution. Mais ce ne sera pas en niant l'effet puissant, irr&#233;sistible, que constitue le sentiment de communaut&#233; v&#233;cue que cr&#233;e l'appartenance culturelle, c'est-&#224;-dire dans le vocabulaire adopt&#233; ici, ethnique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sert donc &#224; rien de nier cette r&#233;alit&#233;. D'autant qu'elle est porteuse de le&#231;ons pour l'avenir. Car il faut tirer de tout ceci la conclusion majeure pour nous, qui est l'&#233;chec pr&#233;visible du mythe de la d&#233;mocratie europ&#233;enne. L'Europe unitaire sera imp&#233;riale (sous une technocratie ou autrement) et donc contradictoire avec la l&#233;gitimit&#233; ambiante, qui est d&#233;mocratique. Ou elle restera au plus conf&#233;d&#233;rale. Car il n'y a tout simplement pas de langue, d'ethnie et donc de nation europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(publi&#233; intialement dans Libert&#233; politique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en lire plus : voir notre Les nations et leur Destin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mondialisation, nation et d&#233;mocratie </title>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


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		<dc:subject>Nation et mondialisation</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le dilemme politique de notre temps &lt;br class='autobr' /&gt;
La cohabitation entre un syst&#232;me &#233;conomique capitaliste et la souverainet&#233; nationale d&#233;mocratique n'est jamais all&#233;e de soi . Et cela ne sert &#224; rien d'id&#233;aliser la p&#233;riode tr&#232;s particuli&#232;re de l'apr&#232;s-guerre, o&#249; les deux ont converg&#233;. La logique des march&#233;s et des affaires est diff&#233;rente de celle de la vie politique comme des priorit&#233;s d&#233;mocratiques. Et il faut &#234;tre conscient de l'incapacit&#233; des entreprises et des milieux patronaux &#224; comprendre la vie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme politique de notre temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cohabitation entre un syst&#232;me &#233;conomique capitaliste et la souverainet&#233; nationale d&#233;mocratique n'est jamais all&#233;e de soi . Et cela ne sert &#224; rien d'id&#233;aliser la p&#233;riode tr&#232;s particuli&#232;re de l'apr&#232;s-guerre, o&#249; les deux ont converg&#233;. La logique des march&#233;s et des affaires est diff&#233;rente de celle de la vie politique comme des priorit&#233;s d&#233;mocratiques. Et il faut &#234;tre conscient de l'incapacit&#233; des entreprises et des milieux patronaux &#224; comprendre la vie politique, ses r&#233;alit&#233;s et ses contraintes : pour fonctionner, elle doit &#234;tre assum&#233;e par d'autres qu'eux, m&#234;me si les entreprises influencent le processus politique et social. Les deux syst&#232;mes peuvent donc diverger, ce qui entra&#238;ne une frustration des citoyens, dont les budgets portent la trace. Ceci dit la d&#233;mocratie peut difficilement fonctionner sans &#233;conomie de march&#233;, alors que l'inverse n'est pas &#233;vident : la Chine nous offre l'exemple d'un capitalisme florissant dans un pays non d&#233;mocratique. Bien qu'incapable par nature d'assumer la fonction politique, l'&#233;conomie capitaliste a une capacit&#233; d'autonomie et d'adaptation sup&#233;rieures &#224; la lourde m&#233;canique d&#233;mocratique. Mais &#224; vrai dire, dans le champ politique moderne, plus que la d&#233;mocratie, relativement fragile, le point fort est la nation, et a fortiori l'&#233;tat-nation lorsqu'il est constitu&#233;. La d&#233;mocratie a besoin d'une communaut&#233; nationale solide et coh&#233;rente car en commun se trouve la notion de peuple : toute vie collective suppose une identification mutuelle, des liens assurant une coh&#233;sion subjectivement v&#233;cue et assum&#233;e. Mais l'inverse est moins &#233;vident : le principe national peut &#234;tre fort sans qu'une d&#233;mocratie formelle existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat-nation d&#233;mocratique (ins&#233;r&#233; dans une &#233;conomie de march&#233;) a r&#233;sult&#233; de la combinaison de ces divers &#233;l&#233;ments, et a &#233;t&#233; le mod&#232;le indiscut&#233; de l'apr&#232;s-guerre. Mais la mondialisation &#233;conomique a remis en cause ce mod&#232;le de gestion de l'&#233;conomie et du social, per&#231;u depuis 1945 comme un facteur de coh&#233;sion majeur. Et l'&#233;conomie semble largement &#233;chapper &#224; l'emprise des Etats, au moment m&#234;me o&#249; ils s'emp&#234;trent dans de lourdes politiques de redistribution. L'ampleur des pr&#233;l&#232;vements finit par &#234;tre jug&#233;e insupportable dans la comp&#233;tition ; et le sentiment m&#234;me de solidarit&#233; est att&#233;nu&#233;. D'o&#249; des tensions &#224; l'int&#233;rieur des pays avanc&#233;s, qui sont d&#233;mocratiques. La probabilit&#233; est que tout ceci finisse par faire voler en &#233;clats le mod&#232;le social-d&#233;mocrate. Mais cela remet-il en cause le r&#244;le central de l'Etat nation ? Nous ne le pensons pas. Il faut &#233;carter d'abord l'id&#233;e que les entreprises puissent mettre en place un niveau de pouvoir quasi-politique qui d&#233;passe les Etats et leur &#233;chappe. Elles ne constituent pas en elles-m&#234;mes des communaut&#233;s v&#233;ritables, capables de se substituer au politique ; et sauf tr&#232;s rares exceptions elles ne s'emparent ni de l'usage de la force, ni de l'aptitude &#224; dire le droit, ni de la gestion d'un peuple ou d'un territoire. M&#234;me si par leur poids financier elles peuvent influencer la voix des m&#233;dia, l'essentiel leur &#233;chappe : en t&#233;moigne l'emprise dominante de la rh&#233;torique de gauche sur les m&#233;dias dans tous les pays, Etats-Unis compris. De leur c&#244;t&#233;, les organisations internationales peuvent &#224; l'occasion relativiser le pouvoir des Etats-nations. Mais elles n'ont pas de pouvoir par elles-m&#234;mes, au-del&#224; des Etats qui les mandatent. Le d&#233;passement de l'Etat national est donc &#224; vue d'&#339;il improbable. La mondialisation doit cohabiter de fa&#231;on durable avec le maintien d'entit&#233;s nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de l'autre c&#244;t&#233;, ces Etats, affaiblis par la mondialisation, voient les demandes de leurs citoyens s'accro&#238;tre, parfois de fa&#231;on impossible &#224; satisfaire, ce qui secoue le consensus national, au moment m&#234;me o&#249; les structures de solidarit&#233; s'affaiblissent, &#224; commencer par la famille ou l'identification culturelle. Ceci dit, si ces facteurs affaiblissent la capacit&#233; des Etats nations &#224; agir ils n'en diminuent pas le r&#244;le. Les Etats-nations sont seuls garants de la stabilit&#233; et de la solidarit&#233; des soci&#233;t&#233;s et plus encore de leur s&#233;curit&#233; (vitale dans une &#233;poque d'instabilit&#233;), de la sant&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; physique et &#233;conomique &#224; la comp&#233;titivit&#233;, sans parler du droit (l'ex&#233;cution des contrats). La gestion de la force physique, militaire, polici&#232;re et judiciaire, normative et fiscale, est un monopole d'Etat. On peut m&#234;me dire que la mondialisation serait impossible, sans la s&#233;curit&#233; sous toutes ses formes que les Etats procurent. Partout hors Europe le sentiment national et la souverainet&#233; &#233;tatique restent forts, excluant toute tendance &#224; l'unification. Certes un pays domine le processus de mondialisation, les Etats-Unis. Mais Etat-nation par excellence, ils ne sortent pas de ce cadre. C'est m&#234;me parce qu'ils sont &#8216;d&#233;mocratiques' qu'ils r&#233;sistent &#224; toute construction supranationale d'ordre politique qui voudrait se surimposer &#224; ce processus. Et ce n'est un empire qu'au sens figur&#233; car ils n'assument pas la responsabilit&#233; politique d'autres pays, sauf exception. En outre il faut rappeler les limites de ce pouvoir : la pr&#233;dominance chez eux des facteurs internes, et une tendance &#224; poser les choix ext&#233;rieurs en blanc ou noir. Certes on discerne l'&#233;mergence d'autres formes de domination, largement am&#233;ricaines, qui ne se concentrent pas sur le politique, mais sur d'autres sph&#232;res, &#233;conomiques ou culturelles, non d&#233;mocratiques, et on peut imaginer une densification de ces r&#233;seaux internationaux qui ronge la r&#233;alit&#233; des autres pouvoirs. Les Etats-nations pourraient se maintenir, pr&#233;servant la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique, mais troquant une partie de leur r&#244;le souverain contre celui de lobbyiste. On aurait alors un contournement relatif du pouvoir politique, en partie rationalis&#233; par la complexit&#233; des questions pos&#233;es, n&#233;cessitant des opinions d'experts difficiles &#224; &#233;valuer d&#233;mocratiquement. Une telle &#233;volution prolonge des traits constatables d&#232;s aujourd'hui. Mais sa faiblesse principale serait politique. En effet il n'y aurait pas de structure politique l&#233;gitime, au-del&#224; des apparences, et le seul cadre l&#233;gitime resterait &#233;tatique et national, quoique affaibli. Ce ne pourrait donc &#234;tre au plus qu'une situation de transition. En outre un tel syst&#232;me ne pourrait s'&#233;tendre &#224; toute la plan&#232;te, surtout pas en Asie, o&#249; le sentiment national est intense, et fort des r&#233;sultats obtenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc le r&#244;le du niveau politique reste irrempla&#231;able, et ne se situe &#224; vue humaine qu'au niveau de l'Etat-nation, il garde une capacit&#233; d'action appr&#233;ciable par rapport aux acteurs de la vie &#233;conomique et financi&#232;re mondialis&#233;e. Les entreprises multinationales, quelle que soit leur force, ne peuvent d&#233;finir les conditions de vie collective des hommes, les soci&#233;t&#233;s, qui rel&#232;vent du politique. Quant aux march&#233;s, notamment financiers, cela fait des si&#232;cles qu'ils existent, et sont une donn&#233;e exog&#232;ne pour les d&#233;cideurs politiques. Mais un march&#233; ne fait que refl&#233;ter un &#233;tat des rapports &#233;conomiques du moment ; il ne dicte pas &#224; lui seul une conduite. Il ne faut pas n&#233;gliger les indications qu'il donne, mais ce ne sont que des indications de prix, des param&#232;tres importants pour la faisabilit&#233; de telle ou telle action mais qui ne dictent pas le choix. Certes le poids des uns et des autres est plus important qu'il n'&#233;tait autrefois, du fait de la division du travail au niveau mondial et du jeu de la comp&#233;tition, et il serait vain de vouloir compl&#232;tement &#233;chapper &#224; cette contrainte comme telle. Mais ce n'est pas le diktat d'une conduite : c'est un environnement dont il faut tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait la vraie contrainte, la plus dure, pour un r&#233;gime politique, surtout d&#233;mocratique, est du c&#244;t&#233; de sa population : quelles sont les valeurs qui l'habitent, quelle est sa vision du monde et ses priorit&#233;s ? Au niveau plan&#233;taire, ce qu'on constate est que le patriotisme est le meilleur indice de la volont&#233; de d&#233;veloppement et de progr&#232;s d'un pays. Un pays conscient de lui-m&#234;me et d&#233;cid&#233; &#224; assurer sa survie et son d&#233;veloppement avec les meilleures chances, part avec un avantage majeur ; et les pays d'Europe ne font pas ici bonne figure, &#224; l'oppos&#233; de l'Asie ou des Am&#233;riques. Mais cela ne suffit pas. Il faut en outre une claire conscience des enjeux, notamment culturels. Et c'est l&#224; que la d&#233;faillance est g&#233;n&#233;rale : m&#234;me les pays d'Asie orientale qui ont montr&#233; l'efficacit&#233; d'un mod&#232;le culturel sur ce plan relativement traditionnel tendent &#224; adopter les c&#244;t&#233;s douteux de la sous-culture am&#233;ricaine. C'est a fortiori vrai si on se fixe des ambitions plus nobles, dans la tradition catholique, car alors on mesure l'insuffisance spirituelle qui est la n&#244;tre. C'est donc l&#224; que le b&#226;t blesse, et non dans les outils encore disponibles pour permettre de d&#233;velopper un vrai programme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; &#224; l'origine dans Permanence)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en lire plus : voir notre livre Les Nations et leur Destin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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