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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Trumpisme et le populisme : que ferait Aristote ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Trumpisme-et-le-populisme-que-ferait-Aristote.html</link>
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		<dc:date>2026-06-05T14:36:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique domine le d&#233;bat public. Le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de Trump le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Alternative-politique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Populisme-+.html" rel="tag"&gt;Populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/aristotle-6381362_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un style violent et des id&#233;es peu claires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par Trump, c'est non seulement un style particulier, exceptionnellement abrasif, et donc source de conflits plus que de paix ou de recherche commun du bien commun. Ce sont aussi et surtout des th&#232;mes ou des id&#233;es mises en avant, et des actions, qui se concilient mal avec une vision conservatrice au sens large, et encore moins avec la pens&#233;e classique, celle d'Aristote ou de saint Thomas. Le refus pur et simple d'une politique moralisante, comme pr&#233;tendait l'&#234;tre la politique am&#233;ricaine auparavant, d&#233;bouche notamment chez lui sur le refus de l'id&#233;e m&#234;me de r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien, au profit du primat affich&#233; de l'int&#233;r&#234;t national non qualifi&#233;. Et ses options &#233;conomiques et sociales manquent &#224; l'&#233;vidence de clart&#233; et de coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le choc produit par le trumpisme et les r&#233;actions n&#233;gatives que cela suscite, de fa&#231;on souvent l&#233;gitime, peuvent conduire &#224; des effets pr&#233;occupants pour qui est attach&#233; &#224; cette vision conservatrice au sens large et &#224; la pens&#233;e classique. Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique qui domine le d&#233;bat public utilise syst&#233;matiquement ce classement : on met dans la colonne du mal des gens ou des comportements inacceptables et on y assimile tout ce qu'on veut combattre. Vous n'&#234;tes pas de gauche et refusez la doxa dominante, donc vous &#234;tes fasciste, raciste, sexiste etc. Vous ne faite pas chorus avec toutes les condamnations du trumpisme, et donc vous &#234;tes un populiste revanchard et cynique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet est &#233;videment accentu&#233; dans le cas pr&#233;cis de Trump par son style personnel et son agressivit&#233; extravagante. Mais la question se pose bien au-del&#224; : c'est celle de ce qu'on appelle populisme au sens large. Et au-del&#224;, celle des choix concrets qu'impose l'histoire, notamment &#224; des &#233;poques de transition entre deux mondes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Besoin de rupture et dangers de l'amalgame&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation de transition, un r&#233;gime politique vit sur des principes et r&#233;f&#233;rences contestables qu'il faut remplacer par d'autres ; et une partie appr&#233;ciable de la population souffre de cette &#233;tat de fait - en fait la majorit&#233;, et &#224; terme le pays en g&#233;n&#233;ral. Cette population est alors conduite &#224; remettre en cause les &#233;lites en place. Mais si la bonne r&#233;volution mentale ne s'est pas faite, ou pas assez, avec adoption de r&#233;f&#233;rences porteuses d'avenir, la r&#233;volte n'a pas de cadre autre que de revendications de base, ou de slogans. C'est alors dans le cadre de ce qu'on appelle populisme. Dans ce cas, le renversement de paradigme pouvant conduire &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur des principes diff&#233;rents n'est pas encore l&#224;. De fait aujourd'hui encore les id&#233;es dominantes restent celles qui inspirent nos soci&#233;t&#233;s depuis deux si&#232;cles, &#224; travers leurs multiples avatars - m&#234;me si cette domination donne des signes de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi, ce qui est &#224; la base de ce populisme peut donc &#234;tre tout &#224; fait justifi&#233;. Mais il vient de la p&#233;riph&#233;rie. Et donc d'une part il ne s'appuie pas sur une conception politique alternative &#233;labor&#233;e. Et d'autre part il n'est pas pass&#233; par le filtre du savoir dont disposent les gens en place. S'y ajoute le fait que dans sa lutte pour parvenir au pouvoir, ce populisme doit passer &#224; travers les obstacles du r&#233;gime en place. D'o&#249; in&#233;vitablement un c&#244;t&#233; grossier et simpliste. Ensuite, pour gouverner il se heurte &#224; l'hostilit&#233; des structures, alors m&#234;me qu'il sait assez mal comment discerner ce qu'il a &#224; faire concr&#232;tement. D'o&#249; une vuln&#233;rabilit&#233; aux critiques, et un risque &#233;lev&#233; d'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, et c'est l&#224; notre point, ces limites finissent par toucher aussi leurs compagnons de route et plus largement tous ceux auxquels on les assimile, dans le cadre dialectique d&#233;crit ci-dessus, et notamment tous les critiques du r&#233;gime en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas Trump en est une bonne illustration, et cela m&#234;me en faisant la part de sa personnalit&#233; et de son comportement sp&#233;cifique. Il a en effet r&#233;uni sous son nom une coalition h&#233;t&#233;rog&#232;ne : MAGA isolationnistes, conservateurs traditionnels, chr&#233;tiens, libertariens, etc. sans parler des magnats de la Silicon Valley. Ce qui les r&#233;unit est un ennemi commun : la gauche woke pour simplifier, avec son effarante emprise ant&#233;rieure sur la vie publique et intellectuelle am&#233;ricaine. Et c'est Trump qui en est le liant, et qui donc est l'arbitre ultime de ses choix. Tout ce beau monde est donc embarqu&#233; avec lui, avec tous les risques correspondant. Cela n'emp&#234;che pas cette action d'avoir plusieurs dimensions tout &#224; fait utiles et positives. Mais le sch&#233;ma d'ensemble est passablement al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire alors ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation est un fait. Elle ne saurait justifier l'inaction. Mais il n'y a &#233;videmment pas de solution miracle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que tout ce qui concerne le travail en profondeur, l'&#233;laboration d'un corpus d'id&#233;es, et leur diffusion, garde tout son sens. Corr&#233;lativement, le maintien d'une analyse critique, relevant les bons c&#244;t&#233;s ou m&#234;me l'utilit&#233; &#233;ventuelle du populisme tout en en critiquant les limites et les risques, continuer &#224; rester une besoin incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le fait m&#234;me du tour que prend le combat politique, le fait que les coups de boutoir qui &#233;branlent le r&#233;gime se font en dominante sous le signe du populisme, avec les limites qu'on a &#233;voqu&#233;es. On ne peut pas ne pas appuyer certaines de ces secousses ; et on ne doit en m&#234;me temps pas lui donner de blanc-seing. L'exercice &#224; conduire rel&#232;ve donc par certains c&#244;t&#233;s du pilotage &#224; vue, combin&#233; avec la fermet&#233; sur les principes essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, en prenant du recul, cela n'a rien de nouveau, ni d'exceptionnel. Une certaine clart&#233; sur les id&#233;es et principes politiques ne donne en g&#233;n&#233;ral pas pour autant un guide pratique s&#251;r pour l'action, car les situations r&#233;elles sont in&#233;vitablement opaques et embrouill&#233;es. Seuls ceux qui croient en un grand r&#233;cit progressiste, en un sens de l'histoire, s'imaginent qu'il y a un fil d'Ariane s&#251;r menant &#224; une soci&#233;t&#233; meilleure. Un Maurras s'&#233;tait battu avant 1914 pour l'id&#233;e que la monarchie &#233;tait le plus s&#251;r garant de la libert&#233; nationale ; il a tr&#232;s loyalement d&#233;fendu l'union sacr&#233;e en 14-18. Mais il a vu, juste apr&#232;s, s'effondrer la plus grande partie des monarchies europ&#233;ennes ; puis &#224; terme plus lointain, l'id&#233;e d&#233;mocratique r&#233;gner en ma&#238;tre sur le continent. Avait-il tort sur l'union sacr&#233;e en 14-18 ? Non sans doute. Mais le choix responsable dans une situation donn&#233;e est une chose, le r&#233;sultat en est une autre. Il y a trop de variables dans l'&#233;quation pour qu'on puisse agir &#224; coup s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique classique n'a jamais envisag&#233; quoi que ce soit de ce type. Elle sait que le politique est le royaume de l'inachev&#233; et de l'imparfait. Aristote avait d&#233;velopp&#233; une pens&#233;e extraordinairement puissante et novatrice. Peut-on dire que son &#233;l&#232;ve Alexandre l'a mise en &#339;uvre ? Et d'ailleurs, qu'aurait pens&#233; Aristote de Trump ? La r&#233;ponse est dans la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Relations transatlantiques : le tournant majeur n'est pas celui qu'on croit</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Relations-transatlantiques-le-tournant-majeur-n-est-pas-celui-qu-on-croit.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me international</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas : Groenland, Ukraine. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump &#8211; or il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de base est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant. Pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable. Mais l'&#233;volution g&#233;opolitique, avec la marginalisation relative de l'Europe. Pour la France, elle n'est pas la r&#233;ponse principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Monde-multipolaire-.html" rel="directory"&gt;Monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Etats-Unis-+.html" rel="tag"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-occidentale-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie occidentale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Systeme-international-+.html" rel="tag"&gt;Syst&#232;me international&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Europe-379-+.html" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/wikiimages-earth-11048_1280.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas ; les questions du Groenland et dans une moindre mesure de l'Ukraine en t&#233;moignent actuellement. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance et potentiellement de la r&#233;alit&#233; de l'OTAN. Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe. Qu'en est-il r&#233;ellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;ologie et g&#233;opolitique : la grande divergence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, le plus important est la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump. Elle est &#233;videmment tr&#232;s importante pour d&#233;terminer le flux des &#233;v&#233;nements pendant les 4 ann&#233;es de son mandat ; mais ce qui est d'embl&#233;e certain est qu'il ne sera plus l&#224; dans 3 ans ; il pourrait m&#234;me &#234;tre significativement affaibli dans moins d'un an, si les mid-terms lui sont d&#233;favorables. Or son successeur, m&#234;me proche politiquement, a peu de chance d'avoir le m&#234;me temp&#233;rament et mode de comportement, et peut-&#234;tre pas le m&#234;me ascendant sur la coalition h&#233;t&#233;roclite qu'il dirige. Voyons donc plut&#244;t les &#233;l&#233;ments structurels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier fait de base, celui qui frappe le plus l'Europe officielle, est la dualit&#233; id&#233;ologique, entre lib&#233;raux ou sociaux-d&#233;mocrates d'un c&#244;t&#233;, et populistes, conservateurs ou nationalistes de l'autre. Actuellement, dans leur perception, cela co&#239;ncide pour l'essentiel avec l'opposition entre eux et l'Am&#233;rique de Trump. Mais en r&#233;alit&#233;, ces deux courants sont pr&#233;sents des deux c&#244;t&#233;s ; c'est un &#233;l&#233;ment commun sp&#233;cifique &#224; ce qu'on appellera pour simplifier le monde occidental. Toute r&#233;flexion sur l'avenir conduit d&#232;s lors &#224; se poser deux questions : quelle peut &#234;tre l'&#233;volution de cette opposition et de ces deux camps, des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique ? Qu'est-ce que cela entra&#238;ne pour l'Europe d'un c&#244;t&#233;, ses relations avec les Etats-Unis de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre &#233;l&#233;ment essentiel, d'arri&#232;re-plan, est bien s&#251;r la configuration g&#233;opolitique et son &#233;volution possible. L&#224;, la divergence entre les Am&#233;ricains et les Europ&#233;ens est beaucoup plus significative, et intrins&#232;que. Le fait de base est &#233;videmment la mont&#233;e de la Chine, et par l&#224; la priorit&#233; am&#233;ricaine de plus en plus affirm&#233;e &#224; la confrontation avec elle et plus g&#233;n&#233;ralement aux questions asiatiques et indopacifiques, dans lesquelles le r&#244;le possible des Europ&#233;ens est faible et p&#233;riph&#233;rique &#8211; m&#234;me s'ils peuvent en &#234;tre affect&#233;s. Cela vise aussi la recomposition des relations mondiales, notamment l'&#233;volution de la mondialisation, d&#233;sormais muscl&#233;e et quelque peu mercantiliste, avec le r&#244;le d&#233;sormais reconnu strat&#233;gique des mati&#232;res premi&#232;res, et celui du transport maritime. Ce &#224; quoi s'ajoute le d&#233;calage de puissance, d'avance technologique (IA et autres), et de richesse mat&#233;rielle de plus en plus marqu&#233; entre Am&#233;ricains et Europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que m&#234;me une Am&#233;rique qui serait id&#233;ologiquement proche des Europ&#233;ens ne pourrait pas ne pas &#234;tre fondamentalement concentr&#233;e d'abord sur ces questions vitales, ne voyant alors potentiellement dans l'Europe, malgr&#233; les souvenirs ou l'origine commune, et ce qui y reste de richesse et de puissance, qu'un suppl&#233;tif utile mais faible, strat&#233;giquement limit&#233; &#224; un r&#244;le finalement local sur un bout de l'Eurasie. On dira que c'est caricatur&#233;, et il est vrai que ce stade n'est pas encore atteint ; mais c'est vers cela que l'on va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sc&#233;narios possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de la confrontation de ces deux s&#233;ries de donn&#233;es que le retour pur et simple aux relations transatlantiques du pass&#233; est improbable. La divergence est latente depuis plusieurs ann&#233;es, comme le &#171; pivot &#187; d'Obama vers l'Asie en t&#233;moigne. Mais cette r&#233;alit&#233; &#233;tait encore d&#233;guis&#233;e sous Biden : la brutalit&#233; de Trump a d&#233;chir&#233; le voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette divergence ira de soi si on prend un sc&#233;nario, cr&#233;dible, o&#249; Trump subsiste trois ans, mais surtout est remplac&#233; par un proche, J. D. Vance ou un autre, et que c&#244;t&#233; europ&#233;en les dominantes actuelles se maintiennent. Ce dont on r&#234;ve c&#244;t&#233; Europe est une acc&#233;l&#233;ration de la construction europ&#233;enne dans un sens f&#233;d&#233;ral, avec priorit&#233; &#224; la d&#233;fense. Mais en r&#233;alit&#233;, il est improbable que cela d&#233;bouche sur quoi que ce soit de concret dans un horizon pr&#233;visible. Sans m&#234;me rappeler qu'il n'y a pas de peuple europ&#233;en ou de nation europ&#233;enne, sans quoi on ne voit pas comment une arm&#233;e europ&#233;enne v&#233;ritable serait possible, il n'est pas faisable dans un d&#233;lai de 10 &#224; 20 ans de construire une arm&#233;e europ&#233;enne cr&#233;dible capable, sans appui am&#233;ricain, de se mesurer &#224; la Russie. Or d'ici l&#224;, les besoins sont l&#224; ; et la menace russe est en outre d&#233;crite par le syst&#232;me comme terrifiante et imminente. Il en r&#233;sulte que pour nombre de pays europ&#233;ens, &#224; commencer &#233;videmment par les Baltes et les Polonais, la protection vient d'abord et essentiellement des Etats-Unis. D'o&#249; aussi les achats massifs de F-35 des uns et des autres. Mais bien entendu, cette priorit&#233; &#224; la survie imm&#233;diate rend encore plus difficile la construction d'une d&#233;fense europ&#233;enne autonome et cr&#233;dible. L'irritation caus&#233;e par les agissements de Trump (Groenland, droits de douane) ne saurait renverser ces faits de base, d'autant qu'il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela resterait encore plus vrai dans un sc&#233;nario o&#249; on suppose en revanche qu'aux Etats-Unis les d&#233;mocrates reviennent aux affaires en 2028. Comme on peut le penser, cela rendrait le besoin d'autonomisation des Europ&#233;ens moins pressant, et la tentation sera forte de chercher &#224; faire revivre la fraternit&#233; id&#233;ologique transatlantique, dont l'Europe officielle garde la nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre sc&#233;nario encore, actuellement peu plausible mais concevable, la minorit&#233; qu'on appellera pour simplifier populiste ou de droite dure devient majoritaire en Europe. Mais il n'est pas s&#251;r que cela changerait massivement ces conclusions. En bonne logique, il serait en effet surprenant de voir les politiques de ces tendances se battre pour une int&#233;gration f&#233;d&#233;raliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fortiori, si l'Europe &#233;tait divis&#233;e, et sans majorit&#233; politique, on voit mal une grande ambition se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas donc, la probabilit&#233; n'est pas &#224; l'&#233;dification d'un d&#233;fense europ&#233;enne cr&#233;dible, mais &#224; un compromis plus ou moins boiteux entre des vell&#233;it&#233;s au mieux partielles, et le maintien d'une importante d&#233;pendance de l'Europe par rapport aux Etats-Unis, qui eux, au contraire, auront de plus en plus l'&#339;il tourn&#233; ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire alors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les impr&#233;cations cens&#233;ment moralisantes de go&#251;t europ&#233;en ne servent pas &#224; grand-chose. Et le risque majeur pour un pays comme la France est de voir les moyens subsistants de son autonomie inutilement g&#226;ch&#233;s dans une tentative de f&#233;d&#233;ralisme militaire sans espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant, mais ce n'est pas celui qu'y voit l'Europe officielle. Au-del&#224; m&#234;me de l'idiosyncrasie de M. Trump, le fait de base n'est pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable, car depuis maintenant un certain temps, et de plus en plus, l'id&#233;ologie occidentale de ces derni&#232;res ann&#233;es n'est pas la r&#233;ponse aux questions du jour, notamment g&#233;opolitiques ; et elle passe mal dans le reste du monde. C'est l'&#233;volution g&#233;opolitique, et le fait que face &#224; ces questions nouvelles, l'Europe elle-m&#234;me, comme construction, n'est pas une r&#233;ponse &#8211; m&#234;me si en soi la coop&#233;ration europ&#233;enne est une bonne chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule puissance nucl&#233;aire en Europe, seule puissance ayant gard&#233; une certaine cr&#233;dibilit&#233; et une certaine exp&#233;rience malgr&#233; son format militaire miniaturis&#233;, poss&#233;dant un domaine maritime immense, c'est la France elle-m&#234;me qui est la r&#233;ponse essentielle &#224; la question de sa d&#233;fense.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trump face &#224; la logique de la guerre</title>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
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&lt;p&gt;Donald Trump a beaucoup insist&#233; sur une dimension de son programme : la recherche de la paix, la fin des guerres id&#233;ologiques, et le terme mis aux guerres existantes, en premier lieu l'Ukraine et Gaza. On lui pr&#234;te m&#234;me le d&#233;sir d'obtenir le Prix Nobel de la Paix, comme avant lui Barack Obama (m&#234;me si avec le recul ce dernier n'est pas tr&#232;s convaincant). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a pu mettre en avant plusieurs interventions qui pourraient avoir eu une influence r&#233;elle dans le sens de la paix, entre Tha&#239;s et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Logique-de-la-guerre-+.html" rel="tag"&gt;Logique de la guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Recherche-de-la-paix-+.html" rel="tag"&gt;Recherche de la paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/istockphoto-182187699-612x612.webp?1787417300' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Donald Trump a beaucoup insist&#233; sur une dimension de son programme : la recherche de la paix, la fin des guerres id&#233;ologiques, et le terme mis aux guerres existantes, en premier lieu l'Ukraine et Gaza. On lui pr&#234;te m&#234;me le d&#233;sir d'obtenir le Prix Nobel de la Paix, comme avant lui Barack Obama (m&#234;me si avec le recul ce dernier n'est pas tr&#232;s convaincant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a pu mettre en avant plusieurs interventions qui pourraient avoir eu une influence r&#233;elle dans le sens de la paix, entre Tha&#239;s et Cambodgiens, entre Indiens et Pakistanais, etc. Mais ce sont l&#224; des dossiers mineurs par rapports aux deux o&#249; il est vraiment attendu, l'Ukraine et Gaza. Sur ceux-l&#224; il a donn&#233; longtemps et donne encore souvent l'impression de patiner, loin de ses promesses initiales de r&#233;gler tout cela facilement et rapidement. M&#234;me s'il vient de marquer un point sur Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, semble-t-il, admettre que sa volont&#233; de chercher la paix est r&#233;elle &#8211; m&#234;me s'il a un faible pour les solutions de force. On sait en outre que la connaissance intime de la vie internationale n'est pas son fort. Mais cela n'explique pas tout ce qui se passe. On a en effet l'impression qu'il explore successivement plusieurs hypoth&#232;ses sur tel ou tel aspect de ces conflits, pour ensuite d&#233;couvrir d'autres dimensions qui lui montrent que l'&#233;quation est plus complexe qu'il n'apparaissait. Ce faisant il progresse ; mais les probl&#232;mes r&#233;sistent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme ukrainien &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; est particuli&#232;rement nette dans le cas de l'Ukraine. Tant&#244;t il fait un geste en faveur de Poutine, voit des possibilit&#233;s de coop&#233;ration fructueuse avec la Russie, comprend que Poutine ne fera jamais la paix en l&#226;chant les territoires conquis ou en laissant les troupes occidentales s'installer en Ukraine. Tant&#244;t au contraire il menace la Russie de sanctions terribles, livre des armes &#224; Kiev, d&#233;clare la victoire de ce dernier possible, et se brouille avec l'Inde pour la punir d'acheter du p&#233;trole russe. Tant&#244;t il insulte publiquement Zelenski, lui reprochant son ingratitude et son irr&#233;alisme, tant&#244;t il s'entretient cordialement avec lui. Tant&#244;t il court-circuite les Europ&#233;ens, tant&#244;t il les remet dans le jeu en vue de garanties &#224; donner &#224; l'Ukraine, et surtout pour payer les frais de le guerre en achetant du mat&#233;riel am&#233;ricain. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; du processus d'apprentissage, d'une m&#233;thode bizarre de n&#233;gociation, ou du jeu normal de l'exploration des options, il semble qu'il y ait un autre facteur plus profond, une certaine ignorance ou sous-estimation de la logique de la guerre. Je l'avais not&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article sur ce m&#234;me site, en juin 2022 : &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Ukrai...&lt;/a&gt; (paix).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui dit guerre dit choc de deux volont&#233;s en sens contraire, dont la solution est recherch&#233;e dans la violence r&#233;ciproque. Par d&#233;finition, cela suppose que l'une au moins des deux parties consid&#232;re que ce recours &#224; la force a un sens pour elle, et que l'autre soit ait la m&#234;me perception, soit pr&#233;f&#232;re r&#233;sister &#224; la premi&#232;re plut&#244;t que c&#233;der. La clef de la sortie de l'&#233;tat de guerre est d&#232;s lors principalement dans la guerre elle-m&#234;me et son r&#233;sultat sur le terrain. Mais comme la guerre est hautement consommatrice de ressources, puisque son principe est la destruction, elle a en elle-m&#234;me un facteur majeur de terminaison : elle ne peut durer ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de forces sur le terrain peut d'abord aboutir &#224; la victoire d'une des deux parties, qui obtient un r&#233;sultat la conduisant &#224; cesser les op&#233;rations une fois son but atteint, ou conduisant l'autre &#224; jeter l'&#233;ponge. Alternativement, on a une situation non conclusive, mais qui ne peut durer ind&#233;finiment. A un moment donc les op&#233;rations s'arr&#234;tent, et le statu quo a des chances de se stabiliser au moins pour un temps. Bien entendu, un tel arr&#234;t des op&#233;rations n'est pas n&#233;cessairement d&#233;finitif. En effet apr&#232;s un moment de cessation des hostilit&#233;s, si le choc des volont&#233;s subsiste, la reconstruction des forces rend possible une reprise des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans tous les cas, tant que ces facteurs de terminaison n'ont pas op&#233;r&#233; suffisamment, la guerre continue, car les motifs qui y ont conduit restent, et le sort des armes auxquels les deux parties ont eu recours n'a pas donn&#233; sa r&#233;ponse. Arr&#234;ter pr&#233;matur&#233;ment signifierait en effet pour celui qui va dans ce sens non seulement que tous ses efforts ant&#233;rieurs ont &#233;t&#233; vains, pertes humaines et co&#251;ts mat&#233;riels en premier lieu, mais surtout cela reviendrait &#224; accepter une forme de d&#233;faite avant qu'elle soit acquise ; or il avait par hypoth&#232;se d&#233;cid&#233; de se battre. D&#232;s lors il continue, et l'adversaire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les bonnes volont&#233;s, attach&#233;es &#224; la paix, sont d&#233;&#231;ues &#8211; un peu na&#239;vement. Leurs appels &#224; une cessation des hostilit&#233;s, si possible sans gagnant ni perdant, tombent alors presque toujours sur des oreilles sourdes. Du moins tant que la logique m&#234;me du d&#233;roulement de la guerre n'y conduise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le notais d&#233;j&#224;, la guerre en cours entre la Russie ou l'Ukraine en fournit une bonne illustration. La Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien ; elle a une relative sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle ; elle n'est pas &#224; genoux &#233;conomiquement ; elle n'a donc a priori aucune raison de s'arr&#234;ter. L'Ukraine vise &#233;videmment &#224; r&#233;cup&#233;rer son territoire ant&#233;rieur ; elle a bien mieux r&#233;sist&#233; que ce que les experts pensaient, et re&#231;oit une aide cons&#233;quente des Occidentaux. Elle continue donc la lutte. Tant que ces facteurs seront &#224; l'&#339;uvre (donc tant qu'il n'y a pas selon les cas perc&#233;e militaire, effondrement &#233;conomique, &#233;puisement des perspectives etc.), la guerre continuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ext&#233;rieur, seule une action tr&#232;s puissante pourrait &#233;ventuellement changer cet &#233;tat des choses. Mais pour Trump, cela supposerait une toute autre strat&#233;gie que celle qu'il a suivi : soit intensifier tr&#232;s brutalement les sanctions et surarmer l'Ukraine, avec de gros risques et sans &#234;tre s&#251;r que cela marche, loin de l&#224; ; surtout quand on voit, comme Trump l'a fait remarquer, les h&#233;sitations des Europ&#233;ens &#224; aller au bout de la logique des sanctions, en frappant avec d&#233;termination l'Inde et la Chine &#8211; excusez du peu. Soit, au contraire, tordre le bras de Zelenski et des Europ&#233;ens, mais dans ce qui pourrait appara&#238;tre comme une capitulation &#8211; et l&#224; encore, en supposant que cela marche. D'o&#249; l'h&#233;sitation : il a jou&#233; successivement avec ces id&#233;es diverses. Il apprend en cours de route, mais cela ne donne pas la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres le&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, un point qui n'est pas assez soulign&#233; est le r&#244;le innovateur des guerres r&#233;elles, particuli&#232;rement &#233;vident ici en Ukraine avec l'usage des drones et autres syst&#232;mes qui ont radicalement remis en cause ou en tout cas redimensionn&#233; dans un certain usage le r&#244;le d'armes autrefois centrales comme les chars, les h&#233;licopt&#232;res de combat ou m&#234;me les avions. Le fait est clairement per&#231;u par tous mais on est loin d'en tenir toutes les cons&#233;quences, notamment aux &#201;tats-Unis et en Europe. Car ce sont pratiquement des arm&#233;es nouvelles qu'il faudrait mettre sur pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, cela conduit &#224; revoir en profondeur le rapport de force r&#233;el sur le continent europ&#233;en. Car les deux seules arm&#233;es qui ont une exp&#233;rience intense et compl&#232;te de ces nouvelles r&#233;alit&#233;s du combat sont l'ukrainienne et la russe. Actuellement elles se battent. Mais lorsque la guerre sera finie, elles seront sous une certain angle surpuissantes par rapport aux arm&#233;es occidentales. Et donc la Russie, &#224; mon sens peu dangereuse avant 2022 contrairement &#224; l'id&#233;e re&#231;ue, peut le devenir une fois les hostilit&#233;s termin&#233;es. En tout cas, elle aura les moyens d'autres ambitions. Mais l'Ukraine, &#233;videmment non mena&#231;ante, totalement ravag&#233;e, aura &#224; ce moment-l&#224; d&#233;velopp&#233; une sp&#233;cialit&#233; rare et recherch&#233;e : la conduite de la guerre moderne, et l'armement correspondant. Il ne faudra oublier ni l'un ni l'autre lorsqu'on consid&#233;rera les conditions de la paix. Mais d'ici l&#224;, cela colore les positions des uns et des autres ; et ni c&#244;t&#233; russe ni c&#244;t&#233; ukrainien, cela ne pousse &#224; la paix, tant qu'un certain seuil n'est pas atteint, contraignant &#224; s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gu&#234;pier moyen-oriental et Gaza &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage est diff&#233;rent, mais plus prometteur &#224; Gaza. Au d&#233;part, la m&#234;me logique est &#224; l'&#339;uvre. Laiss&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, &#224; court terme, d'un c&#244;t&#233; Netanyahou et derri&#232;re lui une partie appr&#233;ciable d'Isra&#235;l excluait d'arr&#234;ter les op&#233;rations tant que le Hamas subsistait et gardait des otages. D'un autre c&#244;t&#233;, le Hamas n'avait pas de raisons de capituler, malgr&#233; la sup&#233;riorit&#233; militaire &#233;crasante d'Isra&#235;l, d'autant que les souffrances des Gazaouis ne le g&#234;nent pas (c'est son bouclier humain), et le servaient diplomatiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Trump, cela se compliquait du tiraillement entre ses liens avec Isra&#235;l d'un c&#244;t&#233;, ses amiti&#233;s arabes de l'autre, notamment dans la P&#233;ninsule arabique. Mais il a ind&#233;niablement l&#224; aussi appris en cours de route, notamment &#224; &#233;couter un peu plus. Et surtout il a ici des moyens de pression bien plus substantiels qu'en Ukraine. D&#232;s lors, un accord de cessez-le-feu a pu appara&#238;tre possible, d'o&#249; son plan. On verra ce que l'op&#233;ration donnera finalement, mais cela peut permettre, dans le meilleur des cas, d'arr&#234;ter les hostilit&#233;s actuelles &#224; Gaza m&#234;me. Ce qui est une excellente chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, plus profond&#233;ment, les vrais objectifs strat&#233;giques des deux c&#244;t&#233;s restent non seulement radicalement incompatibles, mais chacun structurel : pour Isra&#235;l, sauf pour une minorit&#233;, c'est le refus d'un Etat palestinien et la poursuite de la colonisation, au moins en Cisjordanie, avec &#224; l'horizon au moins implicite un &#233;tat juif sur l'essentiel de la Palestine. Pour le Hamas (ou, s'il dispara&#238;t, un autre mouvement du m&#234;me type), c'est la destruction d'Isra&#235;l. M&#234;me un observateur ext&#233;rieur bienveillant a du mal &#224; discerner une solution &#233;quitable, dans ce conflit sans bonne solution, deux peuples se disputant une seule terre. Voir ici &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-conflit-israelo-palestinien-la-frustration-d-un-conflit-sans-bonne-solution.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-co...&lt;/a&gt;. D'autant que la logique de l'antagonisme fait que chacune des parties voit l'autre, et de plus en plus, comme une menace existentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, si Trump peut &#233;ventuellement r&#233;ellement imposer une forme de paix relative, un arr&#234;t momentan&#233; des combats en cours, cela ne r&#233;soudra pas la question de fond - m&#234;me si une telle pause serait &#233;videmment bienvenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas donc, en conclusion, les p&#233;rip&#233;ties n'ont rien pour surprendre. Cela ne veut pas dire que les conflits dureront ind&#233;finiment, la logique m&#234;me de la guerre s'y oppose. Mais cela peut durer longtemps encore. Et surtout, tout arr&#234;t des combats peut n'&#234;tre qu'une &#233;tape dans un conflit s&#233;culaire plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nobel attendra ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/trump-face-a-la-logique-de-la-guerre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/trump-face-a-l...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quels peuvent &#234;tre &#224; terme les effets g&#233;opolitiques de la m&#233;thode Trump ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Quelles-peuvent-etre-a-terme-les-effets-geopolitiques-de-la-methode-Trump.html</link>
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		<dc:date>2025-05-26T06:56:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Trump et l'international</dc:subject>
		<dc:subject>Ordre international</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;alisme</dc:subject>
		<dc:subject>Relations internationales</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il n'est pas ais&#233; de situer le r&#233;volution trumpienne dans le champ des relations internationales, encore moins de tenter d'&#233;valuer ses effets sur la dur&#233;e. Cela d&#233;pendra bien s&#251;r de l'effet mat&#233;riel imm&#233;diat qu'il aura obtenu dans ses diff&#233;rents points d'application - mais aussi de la dur&#233;e de son action. Rappelons que Trump n'est pas r&#233;&#233;ligible et qu'il perdra probablement les mid-terms dans 18 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est tr&#232;s probable qu'il aura acc&#233;l&#233;r&#233; des &#233;volutions latentes et que le monde d'apr&#232;s sera assez diff&#233;rent du monde d'avant. Moins id&#233;ologique, plus polycentrique, plus mercantile. Les Europ&#233;ens devraient y r&#233;fl&#233;chir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/geopolitics-9502438_640.jpg?1787417298' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il n'est pas ais&#233; de situer le r&#233;volution trumpienne dans le champ des relations internationales, encore moins de tenter d'&#233;valuer ses effets sur la dur&#233;e, c'est-&#224;-dire le degr&#233; de changement dans la logique g&#233;opolitique sur laquelle cette irruption tonitruante est susceptible de d&#233;boucher. Cela d&#233;pendra bien s&#251;r de l'effet mat&#233;riel imm&#233;diat qu'il aura obtenu dans ses diff&#233;rents points d'application - mais aussi de la dur&#233;e de son action. Rappelons que Trump n'est pas r&#233;&#233;ligible ; plus pr&#232;s de nous, les &#233;lections &#224; mi-mandat sont proches (novembre 2026), d&#233;bouchant selon une certaine probabilit&#233; sur la perte de contr&#244;le du Congr&#232;s, et elles d&#233;pendront largement de facteurs internes am&#233;ricains, bien plus que de la situation internationale, sauf d&#233;flagration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode Trump, si on peut s'exprimer ainsi, rend particuli&#232;rement difficile cet exercice, m&#234;me si comme on le fera ici on se limite &#224; la logique d'ensemble, sans consid&#233;rer chaque pays ou situation. Si on se situe toutefois au niveau des principes, de la vision, il appara&#238;t qu'il y a une grande constance dans ses prises de position en la mati&#232;re, depuis plus de 30 ans, notamment autour des id&#233;es de la priorit&#233; &#224; l'int&#233;r&#234;t national am&#233;ricain con&#231;u de fa&#231;on assez mercantiliste, de refus de toute politique id&#233;ologique &#224; pr&#233;tention moralisante, de la conviction que les Etats-Unis sont exploit&#233;s par d'autres et notamment leurs alli&#233;s (lesquels devraient contribuer beaucoup plus &#224; leur d&#233;fense), et de l'intuition que la d&#233;sindustrialisation est un drame, nourrie par l'insuffisance de la protection. Ces convictions constituent une rupture &#233;vidente par rapport au consensus qui malgr&#233; les apparences a domin&#233; la politique internationale am&#233;ricaine depuis longtemps (et un retour partiel au XIXe si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment de rupture, de nature diff&#233;rente, est la m&#233;thode du dealer qu'il affectionne : lancer une s&#233;rie d'actions, regarder ce que cela donne, ajuster, prendre ce qui marche, laisser tomber le reste et poursuivre. M&#233;thode qui se combine avec la conviction personnelle qu'il a un talent de dealmaker exceptionnel, et qu'il peut se passer d'une connaissance pr&#233;cise des terrains (ici internationaux) auxquels il l'applique. Il en r&#233;sulte en pratique des objectifs concrets apparemment contradictoires, et un tourbillon de d&#233;cisions largement illisible, au moins au d&#233;part. Cette m&#233;thode est comme on sait particuli&#232;rement disruptive dans les relations &#233;conomiques, autour de l'utilisation massive mais apparemment al&#233;atoire de l'arme des droits de douane. Manquent &#224; l'&#233;vidence plusieurs &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une vision v&#233;ritablement strat&#233;gique, et notamment une image cible du type de r&#233;sultat &#224; obtenir sur la dur&#233;e et par quels moyens, ainsi que la prise en compte du fait que ses partenaires internationaux ont leurs propres vues et qu'il n'est pas &#233;vident que le passage en force brutal soit toujours la bonne m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarque toutefois au moins deux &#233;l&#233;ments de continuit&#233; avec ses pr&#233;d&#233;cesseurs : le primat national am&#233;ricain d'abord ; en effet, si chez lui il prend une forme agressive et provocatrice, il a toujours &#233;t&#233; pr&#233;sent, avec cette diff&#233;rence que ses pr&#233;d&#233;cesseurs pr&#233;tendaient qu'il y avait identit&#233; entre ces int&#233;r&#234;ts et ceux de la plan&#232;te ou m&#234;me de la morale, du fait de la suppos&#233;e vocation universaliste unique des Etats-Unis. C'est ensuite la perspective de l'usage de la force, l&#224; aussi sous une forme apparemment plus agressive et brutale chez lui, enrob&#233;e chez les autres, mais au fond toujours pr&#233;sente. Notons cependant que c'est sous sa premi&#232;re pr&#233;sidence que les Etats-Unis ont fait le moins de guerres, et qu'il met actuellement en avant le d&#233;sir d'arr&#234;ter toute une s&#233;rie de guerres. Il n'est donc pas exclu qu'il finisse par &#234;tre le pr&#233;sident le moins guerrier ; mais l&#224; encore il peut changer d'avis. Continuit&#233; aussi dans la tendance am&#233;ricaine permanente &#224; ne pas voir l'autre puissance comme ayant ses int&#233;r&#234;ts et sa volont&#233; propres, qu'il faut discerner pour choisir la position la plus appropri&#233;e, et donc en composant avec cet autre, m&#234;me s'il y a guerre ; mais au contraire &#224; tenter en permanence d'imposer sa propre vision jusqu'au bout en usant au maximum de sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;videmment pr&#233;matur&#233; d'anticiper sur ce qui peut se passer pendant les 18 mois qui viennent, ou les 3 ans et demi. La m&#233;thode m&#234;me du deal implique par nature qu'elle soit &#224; la fois impr&#233;visible et al&#233;atoire dans ses r&#233;sultats. C'est particuli&#232;rement &#233;vident dans les dossiers actuellement les plus imm&#233;diatement visibles : l'Ukraine, Gaza, ou les relations commerciales. La tendance am&#233;ricaine inv&#233;t&#233;r&#233;e &#224; la simplification abusive des questions se combine ici avec la m&#233;thode brutale et impatiente du faiseur de deals. La forme de transparence qu'affectionne Trump, &#224; coups de r&#233;seaux sociaux, rend d'ailleurs compte en temps r&#233;el de sa perplexit&#233; devant certaines situations, ainsi en Ukraine. Mais on ne peut non plus en aucun mani&#232;re exclure qu'il obtienne certains r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il est possible et utile de se poser la question de son effet sur la dur&#233;e, en ce qui concerne la sc&#232;ne internationale en g&#233;n&#233;ral et son mode de fonctionnement, ses usages et r&#232;gles du jeu. M&#234;me si l&#224; aussi cela d&#233;pendra en partie des r&#233;sultats obtenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question premi&#232;re ici est celle de l'id&#233;ologie : alors que l'Europe, au moins dans l'imm&#233;diat, continue &#224; afficher le maintien d'une position m&#234;lant &#233;troitement messianisme id&#233;ologique et strat&#233;gie, notamment sur l'Ukraine, le basculement des Etats-Unis dans un autre camp, s'il durait, serait un fait majeur. Mais il est essentiel ici de remarquer que les Europ&#233;ens sont les seuls surpris. Pour le reste du monde, et depuis pas mal de temps, la r&#233;duction de la passion id&#233;ologique occidentale est d&#233;sir&#233;e depuis longtemps ; en tout cas, cette passion n'est plus partag&#233;e, comme en t&#233;moigne entre autres l'expansion &#233;tonnante du forum des BRICS, m&#234;me si les ambitions de ses membres sont par ailleurs tr&#232;s vari&#233;es. La multipolarit&#233; est &#224; l'ordre du jour. Ce fait fondamental peut laisser penser qu'il y a des possibilit&#233;s s&#233;rieuses que sur ce plan le trumpisme survive &#224; Trump : m&#234;me si elle heurte certains traits structurels de la conception du monde am&#233;ricaine (le messianisme), elle en retrouve d'autres aussi profonds (la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du monde ext&#233;rieure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue peut valoir pour les relations &#233;conomiques internationales : la tendance r&#233;cente, particuli&#232;rement &#233;vidente depuis le Covid, &#233;tait &#224; un certain redimensionnement de la mondialisation, notamment au vu des graves effets de d&#233;pendance mis en lumi&#232;re ; les secousses trumpiennes les soulignent d'ailleurs plus encore. Aux Etats-Unis, cela r&#233;sonne avec le th&#232;me de la r&#233;industrialisation, d&#233;j&#224; fortement pr&#233;sent dans la politique de Biden. Sur ces plans, la brutalit&#233; graphique de Trump aura sans doute acc&#233;l&#233;ra une r&#233;volution mentale d&#233;j&#224; en cours : non pas la sortie du capitalisme, mais en un sens le passage vers un autre capitalisme, bien plus mercantiliste et m&#234;l&#233; &#224; la puissance publique que le pr&#233;c&#233;dent, y compris sur le plan militaire &#8211; et qui rappelle l'ancien capitalisme, celui du XVIIIe si&#232;cle par exemple. Le tout en phase avec l'immense d&#233;convenue populaire, le non-alignement des &#171; &#233;lites &#187; avec leur peuple, pourtant en contexte suppos&#233; d&#233;mocratique, ce qui a &#233;t&#233; et reste la source du populisme et para&#238;t enracin&#233; et donc durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;volution ne serait pourtant pas &#224; analyser purement et simplement comme le basculement dans un monde de relations internationales r&#233;gis par une forme de r&#233;alisme. Car ce mot recouvre des r&#233;alit&#233;s multiples, tant au niveau des doctrines strat&#233;giques que dans son sens courant. Le trumpisme se pr&#233;sente certes comme &#8216;r&#233;alisme' dans sa m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;ologie et dans sa reconnaissance de r&#233;alit&#233;s factuelles, allant de l'impossibilit&#233; d'une victoire ukrainienne &#224; la prise en compte de la d&#233;tresse populaire de l'Am&#233;rique moyenne et pauvre. Mais il est moins r&#233;aliste dans sa vision bien trop simplifi&#233;e des autres puissances et dans son insuffisante inscription dans la longue dur&#233;e : n'est pas Bismarck qui veut. En outre, dans son affirmation du seul int&#233;r&#234;t national, il ne retient qu'une des compr&#233;hensions possibles du terme r&#233;alisme : la plus directe et brutale. Mais comme justement la r&#233;alit&#233; est bien plus complexe, il lui manque ce faisant la prise en compte d'autres perspectives, plus proches de la tradition europ&#233;enne ancienne, et plus en phase avec un monde multipolaire : celle du concert europ&#233;en, o&#249;, m&#234;me dans la guerre, on tient compte du fait que l'on a des partenaires, qu'ils sont l&#224; sur la dur&#233;e, et dont il faut prendre en compte la fa&#231;on de voir les choses et les objectifs propres. De m&#234;me, on peut r&#233;cuser le moralisme pr&#233;dicateur et au fond tr&#232;s agressif d'une certaine pratique occidentale ; cela ne fait pas disparaitre le besoin profond du souci d'un vrai bien commun, lequel ne peut &#234;tre recherch&#233; que justement sur la base d'une consid&#233;ration r&#233;aliste des faits et de ce qu'on peut faire r&#233;ellement pour aller dans le sens du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/quelles-peuvent-etre-a-terme-les-effets-geopolitiques-de-la-methode-trump/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/quelles-peuven...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'ordre ou le d&#233;sordre international apr&#232;s Trump : essai de perspective</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-ordre-ou-le-desordre-international-apres-Trump-essai-de-perspective.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/L-ordre-ou-le-desordre-international-apres-Trump-essai-de-perspective.html</guid>
		<dc:date>2025-03-24T17:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Trumpisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trump et l'international</dc:subject>
		<dc:subject>Ordre international</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'irruption du tourbillon Trump change profond&#233;ment le fonctionnement collectif sur la sc&#232;ne internationale. Son caract&#232;re impr&#233;visible et son langage brutal en rendent l'analyse difficile pour les partenaires des Etats-Unis. M&#234;me si on discerne quelques courants pas toujours coh&#233;rents, comme le r&#233;alisme g&#233;opolitique, ou la tentation n&#233;o-mercantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel sera l'effet &#224; terme ? S&#251;rement un recul massif de la tendance occidentale &#224; morig&#233;ner moralement le reste de la plan&#232;te, y compris &#224; coups d'interventions militaires. Peut-&#234;tre un r&#233;veil des pays europ&#233;ens de leur r&#234;ve commode, &#224; l'abri de l'US Army. Et sans doute un monde de plus en plus &#233;videmment multipolaire, &#224; l'&#233;quilibre instable, o&#249; les rapports de forces jouent un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/grunge-795307_1920.jpg?1787417300' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un article ant&#233;rieur (&#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Entre-communication-de-choc-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre communication de choc et incertitude calcul&#233;e, que penser du trumpisme ?&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ), &#034;, j'&#233;voquais les incertitudes soulev&#233;es par la m&#233;thode trumpienne : sa puissance communicationnelle (surprise et choc), et ses limites (provocations et grossi&#232;ret&#233;). Mais surtout son insuffisance de perspective strat&#233;gique claire, autre que la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts et la brutalit&#233; dans les n&#233;gociations (plus d'ailleurs que l'usage de la force militaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pose mal cette question en Europe. L'extraordinaire &#233;motionnalit&#233; des r&#233;actions aux &#233;v&#233;nements intervenus, en particulier avec l'Ukraine, en dit long sur le mode de raisonnement de nos contemporains, m&#234;me avertis et intelligents. La propension &#224; sauter d&#232;s que possible sur le terrain facile de l'indignation morale pouss&#233;e &#224; blanc en est une composante symptomatique. La rationalit&#233; et le r&#233;alisme bien compris en font les frais. Et donc le v&#233;ritable souci moral, qui suppose une appr&#233;ciation juste des r&#233;alit&#233;s. Le seul b&#233;n&#233;fice est la prise de conscience de la r&#233;alit&#233; du monde, et notamment le besoin d'un effort de d&#233;fense cr&#233;dible des pays europ&#233;ens, enfin perceptible pour ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les incertitudes n'en sont pas moins l&#224;. Elles portent notamment sur la strat&#233;gie de Trump, dont on peine &#224; d&#233;m&#234;ler toute la logique, au milieu des influences multiples qui s'exercent sur lui, de la bizarrerie de ses d&#233;clarations, ou du rythme saccad&#233; de ses d&#233;cisions. Essayons de d&#233;m&#234;ler les pistes possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les logiques explicatives &#224; l'&#339;uvre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un point &#233;vident : son refus de la politique id&#233;ologique, pr&#233;tendument morale, celle des bien mal-nomm&#233;s &#171; n&#233;o-conservateurs &#187;, qui sont en r&#233;alit&#233; des progressistes violents, visant &#224; l'instauration partout de la d&#233;mocratie et des droits de l'homme par le bombardement. Et, plus largement, de la posture &#224; pr&#233;tention moralisante des Occidentaux jusqu'&#224; ce tournant. Mais ledit tournant, malgr&#233; son importance, ne suffit pas &#224; d&#233;finir une politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut y voir ensuite l'adoption d'une forme de r&#233;alisme g&#233;opolitique, du type d&#233;fendu depuis des ann&#233;es aux Etats-Unis par un homme du calibre de John Mearsheimer. Ce courant de pens&#233;e est clairement pr&#233;sent dans l'entourage de Trump, et influent. Ce n'est pas de la realpolitik au sens bismarckien, mais la constatation de la pr&#233;dominance des rapports de force dans la communaut&#233; internationale, dans la mesure o&#249; il n'y a pas d'autorit&#233; commune, et o&#249; chacun est pris dans la logique de la strat&#233;gie et du risque que chacun peut pr&#233;senter pour l'autre. Dans cette perspective, la priorit&#233; est donn&#233;e &#224; la rivalit&#233; avec la Chine (le &#8216;pivot' asiatique, &#224; la suite d'Obama), d'o&#249; un rapprochement avec la Russie, qui, selon cette ligne, avait &#233;t&#233; malencontreusement renvoy&#233;e dans les bras de P&#233;kin &#224; la suite de la guerre en Ukraine. Mais Trump n'a semble-t-il pas la vision longue que cette approche suppose, et d'autres influences agissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut noter aussi la dimension &#233;conomique, la moins claire : un m&#233;lange entre une forme de mercantilisme - se traduisant notamment par des droits de douane et l'utilisation de pressions pour s'ouvrir des d&#233;bouch&#233;s commerciaux - ; et des pr&#233;occupations de s&#233;curit&#233; : volont&#233; d'une autonomie industrielle dans des secteurs clefs, et recherche du contr&#244;le de ressources rares devenues d&#233;cisives avec les d&#233;veloppements technologiques. Plus le souci de r&#233;duire le co&#251;t de la protection militaire am&#233;ricaine, notamment en Europe. Une telle approche conduit en l'esp&#232;ce &#224; des actions opportunistes et des voltefaces, dans le style de Trump ; ainsi men&#233;e, elle peut en partie recouvrir la pr&#233;c&#233;dente, mais aussi la contredire. Une autre influence enfin est celle d'Elon Musk, de Peter Thiel, et d'autres, eux aussi adeptes des bouleversements radicaux, mais un angle de vision diff&#233;rent, car libertarien, et plus tourn&#233;e vers l'interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains voient en revanche dans la strat&#233;gie de Trump un changement de camp des Etats-Unis, id&#233;ologique, par rapprochement avec ce qu'on voit comme le camp autoritaire russo-chinois. Mais cette approche binaire ne colle pas avec le fait que Trump n'est pas un id&#233;ologue, qu'il met la Chine a premier rang des menaces, et que son horizon est court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler justement son besoin de montrer tr&#232;s rapidement des r&#233;sultats coh&#233;rents avec les annonces, tant par son temp&#233;rament de faiseur de deal que du fait que le temps lui est compt&#233; : en octobre 2027, on aura les &#233;lections de mid-term et la perte probable de contr&#244;le du Congr&#232;s. Notamment du fait des facteurs &#233;conomiques, domaine dans lequel la coh&#233;rence du trumpisme est peu assur&#233;e, et le risque de d&#233;cevoir son &#233;lectorat assez &#233;lev&#233; (sur l'inflation en particulier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres encore soulignent certains &#233;l&#233;ments &#233;motionnels pr&#233;sents chez lui, ou des a priori non r&#233;ductibles aux rationalit&#233;s pr&#233;c&#233;dentes. Ainsi le soutien donn&#233; &#224; Isra&#235;l, au-del&#224; des administrations pr&#233;c&#233;dentes, et concomitamment sa haine de l'Iran. On &#233;voque aussi, &#224; tort ou &#224; raison, une certaine estime de Poutine ; un m&#233;pris de l'Europe, jug&#233;e d&#233;cadente ou woke ; ou une volont&#233; de revanche sur ses ennemis d&#233;mocrates, etc. Tout cela joue son r&#244;le, mais ne donne pas une ligne g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit influences multiples et horizons tr&#232;s courts, dit difficult&#233; &#224; rep&#233;rer une ligne strat&#233;gique claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un tournant majeur probablement, mais pas de feuille de route pour l'avenir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle pourra &#234;tre la sc&#232;ne internationale apr&#232;s le passage de cet ouragan ? Par d&#233;finition il n'est pas facile de le cerner, et le cours des &#233;v&#233;nements peut conduire &#224; des r&#233;sultats inattendus. Mais on peut avancer les &#233;l&#233;ments suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier et le plus manifeste est la remise en cause appr&#233;ciable des rapports transatlantiques et du r&#244;le de l'id&#233;ologie &#224; l'occidentale. A vrai dire, c'&#233;taient d&#233;j&#224; des tendances &#224; l'&#339;uvre, m&#234;me si les Europ&#233;ens ne voulaient pas le voir. Le r&#244;le jusque-l&#224; dominant d'une id&#233;ologie occidentale moralisante, r&#233;cus&#233; par Trump, l'&#233;tait depuis longtemps par la plupart des pays du monde, comme en t&#233;moigne la mont&#233;e des BRICS. Et le r&#233;&#233;quilibrage des rapports transatlantiques &#233;tait d&#233;sir&#233; depuis longtemps par les Am&#233;ricains. La nouveaut&#233;, pour les Europ&#233;ens, est dans la soudainet&#233; et brutalit&#233; de l'&#233;volution. C'est pour eux un choc, mais ils auraient pu se r&#233;veiller avant. Une telle rupture est sans doute durable, m&#234;me si elle peut se nuancer en cas d'&#233;lection d'un d&#233;mocrate apr&#232;s Trump, en 2028.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre facteur majeur est l'absence de perspective collective, de doctrine, de message envoy&#233; au monde, autre que la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts et l'usage de la force en cas de besoin, outre une certaine brutalit&#233; dans l'expression et la n&#233;gociation. Ce qui implique que cela ne d&#233;bouchera logiquement pas sur un nouveau jeu de r&#232;gles, un nouveau paradigme &#233;clairant la sc&#232;ne internationale, autre que le fait de rapports de forces plus nus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, le sch&#233;ma commun&#233;ment admis auparavant en Occident, et pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me par les &#171; n&#233;o-conservateurs &#187;, celui d'une religion de la d&#233;mocratie et des droits de l'homme et d'un ordre international suppos&#233; r&#233;gul&#233;, &#233;tait certes largement hypocrite, mais il avait un certain pouvoir r&#233;f&#233;rentiel ; il &#233;tait donc apparemment &#233;clairant et r&#233;gulateur pour ceux qui y croyaient. Ce paradigme progressiste n'est pas remplac&#233; ; il subsiste donc ici ou l&#224;, notamment chez les Europ&#233;ens. Mais sans se renouveler, la panique r&#233;gnant sur ce plan en Europe. Et, bien avant Trump, il a &#233;t&#233; de plus en plus r&#233;cus&#233; par le reste de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule alternative mise en avant ici ou l&#224; est le discours chinois id&#233;alis&#233;, celui d'un monde r&#233;solument polycentrique, o&#249; la r&#232;gle du respect mutuel aboutit &#224; ce que chacun est le ma&#238;tre chez soi, dans la vari&#233;t&#233; des approches et id&#233;ologies. Il est &#224; rapprocher (plus ou moins fid&#232;lement) du concept confuc&#233;en, con&#231;u &#224; nouveaux frais, de tianxia, &#8216;tout sous le ciel', espace politique universel civilis&#233; &#8211; gr&#226;ce &#224; l'influence bienveillante de la Chine. On peut y soup&#231;onner le besoin, pour celle-ci, de prot&#233;ger son syst&#232;me &#224; l'int&#233;rieur, et d'assurer une forme d'h&#233;g&#233;monie &#224; l'ext&#233;rieur, l&#224; o&#249; elle le peut. Mais &#224; ce stade, l'id&#233;e en question reste embryonnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aura donc a priori pas de nouvelle perspective commune ; nous sommes dans l'&#339;il du cyclone. En dominante, la soci&#233;t&#233; mondiale sera sans doute plus que jamais celle d'une pluralit&#233; de forces, cherchant empiriquement un &#233;quilibre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/lordre-ou-le-desordre-international-apres-trump-essai-de-perspective/&#034;&gt;Paru dans Politique Magazine N&#176; 245, un peu modifi&#233; ici.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Entre communication de choc et incertitude calcul&#233;e, que penser du trumpisme ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Entre-communication-de-choc-et-incertitude-calculee-que-penser-du-trumpisme.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trumpisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Depuis son &#233;lection, Donald Trump a pris de surprise son pays et la plan&#232;te par un tourbillon de mesures dans tous les sens, qui a laiss&#233; ses adversaires sinon sans voix, en tout cas totalement stup&#233;faits. Au niveau de la tactique, c'est ind&#233;niablement impressionnant. Certains aspects sont a priori bienvenus, d'autres moins, et certains choquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique les appr&#233;ciations violentes que cela suscite en Europe. Mais cela m&#233;rite surtout de prendre un peu de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, on peut s'interroger sur la strat&#233;gie &#224; terme et sur les buts ultimes poursuivis : on retrouve ici les limites du populisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Trumpisme-+.html" rel="tag"&gt;Trumpisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis son &#233;lection Donald Trump a pris de surprise son pays et la plan&#232;te par une tourbillon de mesures dans tous les sens, qui a laiss&#233; ses adversaires sinon sans voix, en tout cas totalement stup&#233;faits. Cela r&#233;sulte de la masse m&#234;me de ces d&#233;cisions, de leur radicalit&#233;, de la nouveaut&#233; de la m&#233;thode, et de l'acceptation tranquille d'une rupture radicale &#224; l'&#233;gard des conventions jusqu'ici re&#231;ues, y compris d'ailleurs, &#224; l'occasion, de r&#232;gles juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la tactique, c'est ind&#233;niablement impressionnant. L'avenir dira dans quelle mesure cela aura &#233;t&#233; efficace du point de vue des auteurs ; mais il est probable qu'il en restera quelque chose d'appr&#233;ciable, et s&#251;rement plus que s'ils avaient proc&#233;d&#233; progressivement et gentiment. &lt;i&gt;Shock and awe&lt;/i&gt; disent les Am&#233;ricains. Ce n'est pas l'instinct spontan&#233; des Europ&#233;ens, mais c'est puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle appr&#233;ciation de fond peut-on porter, m&#234;me si &#233;videmment on n'en est qu'au tout d&#233;but ? J'y vois quatre fronts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier front est ce qu'on peut appeler au sens large l'h&#233;g&#233;monie de la pens&#233;e progressiste, qui avait pris des proportions caricaturales, notamment aux Etats-Unis, avec le wokisme. Elle a ind&#233;niablement re&#231;u des coups vigoureux : en premier lieu, le d&#233;mant&#232;lement de l'USAID a mis en &#233;vidence &#224; la fois l'aberration de financements purement id&#233;ologiques et le client&#233;lisme d'ONG bien positionn&#233;es. Mais le mouvement massif de recul des pratiques DEI (diversit&#233;, &#233;quit&#233;, inclusion ; en fait, du wokisme, y compris les pratiques trans et LGBT), qui avaient gangren&#233; toute une partie des entreprises et de l'administration, n'est pas moins frappant. L&#224; encore, on ne pourra juger qu'&#224; terme ; mais le choc est appr&#233;ciable. On ne boudera pas un sentiment g&#233;n&#233;ral de satisfaction devant cette remise des pendules &#224; l'heure &#224; l'&#233;gard d'une emprise devenue l&#224;-bas obsessionnelle et &#233;touffante, et qui se r&#233;pand ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me front est celui des migrations : remettre en cause la situation aberrante de millions de clandestins th&#233;oriquement ill&#233;gaux, mais de fait tol&#233;r&#233;s, est en soi coh&#233;rent. Et cela envoie un signal fort aux candidats &#233;ventuels. Il reste que, m&#234;me en mettant de c&#244;t&#233; la question des m&#233;thodes, cela ne donne pas &#224; ce stade une image claire de l'avenir sur ce plan : transformer l'Am&#233;rique en forteresse ? Reconvertir des millions d'Am&#233;ricains dans les m&#233;tiers occup&#233;s par les migrants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me front est celui des guerres et n&#233;gociations internationales, en premier lieu Ukraine et Gaza. Le choc n'est pas moins r&#233;el, mais l'appr&#233;ciation &#224; porter plus complexe. D'un c&#244;t&#233;, on a une recherche de solutions &#224; des probl&#232;mes lancinants, qu'il fallait traiter un moment ou un autre : c'est en soi bienvenu ; on dira m&#234;me : il &#233;tait temps. D'un autre c&#244;t&#233;, on entend des d&#233;clarations tonitruantes et surprenantes : int&#233;r&#234;t pour des annexions qui rappellent le bon vieux temps (Groenland, Panama, voire Canada) ; ou projets aberrants de d&#233;logement de l'enti&#232;ret&#233; de la population de Gaza. Mais le terrain est ici autrement plus difficile : c'est l'intraitable question isra&#233;lo-palestinienne, dans un Moyen Orient connu depuis des mill&#233;naires pour ses sables mouvants ; ou la partie de poker avec le retors et implacable Vladimir Poutine, apr&#232;s trois ans de guerre atroce et d'oppositions passionnelles. Reste donc &#224; voir ce que pourra faire Trump sur la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un domaine apparent&#233;, le coup de pied dans la fourmili&#232;re europ&#233;enne a le m&#233;rite de mettre en &#233;vidence la vacuit&#233; des discours va-t'en guerre atlantistes engag&#233;s dans une confrontation irresponsable et ingagnable avec la Russie, ou le d&#233;calage manifeste entre la caste dominante et l'opinion populaire (entre autres sur les migrations), soulign&#233; par JD Vance. Mais la mise en cause par le camp Trump est trop centr&#233;e sur les seuls int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, brutalement assum&#233;s, pour &#234;tre pleinement audible et fructueuse. En outre, la m&#233;thode ouvre une b&#233;ance, dans laquelle les europ&#233;istes vont tenter de s'engouffrer, selon leur mantra habituel (toujours plus d'Europe). Ce qui voudrait dire plus d'emprise bureaucratique et de palabres continuels, mais pas plus d'ind&#233;pendance, ni de s&#233;curit&#233;. Fort heureusement, ils ne sont pas d'accord entre eux. L&#224; aussi, un jeu tr&#232;s ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un quatri&#232;me front est l'&#233;conomie, o&#249; la coh&#233;rence du trumpisme ne saute pas aux yeux, entre d&#233;fense des masses am&#233;ricaines et d&#233;r&#233;glementation ; entre populisme et r&#233;forme de l'Etat men&#233;e par un milliardaire ; entre lutte contre l'inflation et droits de douanes ou &#233;limination de la main d'&#339;uvre immigr&#233;e clandestine ; entre affirmation de la puissance am&#233;ricaine et ouverture d'une confrontation commerciale &#224; l'issue incertaine et aux r&#232;gles floues. C'est le front le moins clair. On est donc ici dans l'expectative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, sur ces deux derniers fronts notamment, la m&#233;thode Trump, celle d'un n&#233;gociateur de deals immobiliers, produit un effet de surprise, qui de son point de vue plonge utilement les parties adverses dans l'incertitude. Mais cette m&#234;me incertitude s'&#233;tend malheureusement aux buts poursuivis. Certes son entourage para&#238;t plus consistant et structur&#233; que dans son premier mandat, avec ici ou l&#224; des id&#233;es plus claires et souvent bien orient&#233;es. Mais cela n'efface pas l'incertitude sur Trump lui-m&#234;me, comme en t&#233;moignent ses &#233;clats &#233;tranges, ou sur la vari&#233;t&#233; de ces influences. Il n'est donc pas facile de porter un jugement de fond sur ce qui pourra ressortir de cette exp&#233;rience in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces consid&#233;rations s'ajoute celle du style et de la m&#233;thode. Passons sur l'agressivit&#233; du personnage : certes, elle choque moins outre-Atlantique et para&#238;t parfois ressusciter un XIXe si&#232;cle am&#233;ricain qu'on avait oubli&#233; ici. Mais le style n'est pas neutre. La vulgarit&#233; et l'agressivit&#233; permanentes, le m&#233;pris des adversaires ne sont pas des instruments permettant la construction de relations civilis&#233;es, en interne comme en externe. Et donc, m&#234;me si dans l'ensemble le trumpisme se trouvait &#233;ventuellement avoir un bilan positif, il faudra passer &#224; autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, &#224; qui est attach&#233; &#224; la tradition de civilisation et de culture classiques qui est l'honneur de nos pays, tout cela pose un probl&#232;me de fond. On peut en effet admettre qu'un prix soit pay&#233; pour d&#233;loger l'emprise de l'id&#233;ologie progressiste, mais il faut &#234;tre au clair sur la cible. Or le probl&#232;me pos&#233; par ce qu'on appelle au sens large populisme, bien au-del&#224; de Trump d'ailleurs, est qu'il vient par la force des choses de la p&#233;riph&#233;rie de la soci&#233;t&#233;, et qu'il n'est donc ni polic&#233;, ni tr&#232;s &#233;labor&#233; dans ses conceptions et analyses (les conceptions vraiment conservatrices au bon sens du terme, plus &#233;labor&#233;es aux Etats-Unis qu'en Europe, restent minoritaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; vient du fait que le paradigme progressiste, culturellement dominant, a dans une large mesure confisqu&#233; &#224; son profit les r&#233;f&#233;rences moralisantes et civilisatrices de nos soci&#233;t&#233;s. Par exemple, l'affirmation sans complexe d'un int&#233;r&#234;t national pur est en un sens rafra&#238;chissante par rapport aux hypocrisies ant&#233;rieures et &#224; la brutalit&#233; dangereuse des &#171; n&#233;ocons &#187; et leur imp&#233;rialisme id&#233;ologique ; mais elle n'est &#233;videmment pas sans ses risques, si elle conduit &#224; intensifier les affrontements. Et si on peut &#234;tre satisfait de voir les petits marquis ou les pr&#234;cheurs exalt&#233;s, bruxellois ou germanopratins, d&#233;log&#233;s de leurs certitudes arrogantes et menac&#233;s dans leur emprise croissante, il ne faut pas que par cette occasion on jette le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain, et qu'on fasse sauter des barri&#232;res civilisatrices, ou tout simplement des r&#232;gles du jeu utiles. De m&#234;me, si on ne peut qu'applaudir &#224; la marginalisation des d&#233;lires de la th&#233;orie du genre, cela ne saurait &#224; soi seul restaurer une conception juste et saine de la sexualit&#233; et plus encore de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres mots, cela ne dispense pas de la r&#233;forme intellectuelle et morale dont parlait Renan. Chez eux comme en Europe, elle reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur&lt;/i&gt; Politique magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les fronti&#232;res apr&#232;s Trump : Groenland et Panama</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-frontieres-apres-Trump-Groenland-et-Panama.html</link>
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		<dc:date>2025-02-09T17:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Groenland</dc:subject>
		<dc:subject>Modification de fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Trump</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Donald Trump a stup&#233;fait le monde des relations internationales en expliquant r&#233;cemment qu'il souhaitait acqu&#233;rir le Groenland, ainsi que le canal de Panama. Et qu'il n'excluait pas l'usage de la force &#224; cette fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa logique, c'est largement un discours destin&#233; &#224; faire pression dans une n&#233;gociation ; cela ne signifie pas automatiquement intention arr&#234;t&#233;e de passer &#224; l'acte &#8211; encore que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est int&#233;ressant de le prendre au mot. Dans quelles circonstances cela pourra-t-il avoir un sens ? Et qu'est-ce que cela peut signifier pour l'&#233;volution des relations internationales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Groenland-+.html" rel="tag"&gt;Groenland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Modification-de-frontieres-+.html" rel="tag"&gt;Modification de fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Trump a stup&#233;fait le monde des relations internationales en expliquant r&#233;cemment qu'il souhaitait acqu&#233;rir le Groenland ainsi que le canal de Panama, et qu'il n'excluait pas l'usage de la force &#224; cette fin. Il ajoutait qu'il apparaissait naturel que le Canada soit lui aussi int&#233;gr&#233; dans l'Union, mais cette fois sans usage de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que dans la logique de Donald Trump, ceci est largement un discours destin&#233; &#224; faire pression dans une n&#233;gociation, et ne signifie pas automatiquement intention arr&#234;t&#233;e de passer &#224; l'acte. Cela pourrait aussi relever de son go&#251;t pour les provocations apparemment gratuites, ce dont Gaza vient de faire les frais de fa&#231;on spectaculaire. Mais le cas du Groenland et du Panama est plus plausible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#232;s lors int&#233;ressant de le prendre au mot, et d'analyser la signification de telles d&#233;clarations pour le cadre international dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel de r&#233;flexions d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un billet pr&#233;c&#233;dent (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Les-modifications-de-frontieres.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/Les-...&lt;/a&gt; )j'avais &#233;voqu&#233; la question de la modification des fronti&#232;res par la force. Je notais : &#171; il peut &#234;tre l&#233;gitime de vouloir poser le principe d'un respect des fronti&#232;res existantes, qui ne seraient pas modifiables sauf accord mutuel, et cela au nom de la paix&#8230; Cela dit, l'examen des pr&#233;c&#233;dents depuis 1945 montre que m&#234;me s'il a servi de r&#232;gle de base, le principe a connu une existence souvent chaotique. On a pu r&#233;guli&#232;rement s'assoir dessus, et m&#234;me justifier son exact contraire, parfois par de grands arguments moralisants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je rappelais par ailleurs que &#171; la mise en &#339;uvre du principe peut aboutir &#224; des r&#233;sultats embarrassants. Prenons le cas de Taiwan, reconnue comme partie int&#233;grante de la Chine par la plupart des Etats. Le respect des fronti&#232;res reconnues, compris litt&#233;ralement, va ici manifestement dans le sens de P&#233;kin. Ce qui choque. Et donc on cherche &#224; moduler le principe&#8230; Soit en consid&#233;rant qu'une fronti&#232;re m&#234;me contestable au d&#233;part devient l&#233;gitime avec le temps, ce qu'en pratique on fait assez largement... Soit en se calant sur des proc&#233;dures d'autod&#233;termination&#8230; Mais si on retient ce crit&#232;re, on risque justement de conduire &#224; des remises en causes nombreuses des fronti&#232;res existantes par toutes sortes de s&#233;paratistes, ou d'intervenants ext&#233;rieurs, du plus souple au plus violent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je concluais que &#171; ce principe a rendu de r&#233;els services ici ou l&#224;. C'est un moyen de calmer le jeu, qui n'est pas &#224; m&#233;priser. Mais &#224; condition de ne pas le voir comme le grand principe moral qu'on tend &#224; en faire ; c'est simplement une r&#232;gle pratique, pragmatique, permettant de maintenir la paix dans bien des cas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas du Groenland&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on dire des cas &#233;voqu&#233;s ? Pas grand-chose sur le Canada, car Trump ne parle pas d'employer la force. Les deux autres sont de ce point de vue plus int&#233;ressants. En commun est le fait qu'ils constituent ou peuvent constituer des enjeux strat&#233;giques majeurs, et qu'en m&#234;me temps la population directement concern&#233;e est minime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense Groenland est un enjeu g&#233;opolitique majeur, dans la perspective du contr&#244;le de l'Arctique et pour ses mati&#232;res premi&#232;res, et il le devient chaque jour plus avec le r&#233;chauffement climatique. Concr&#232;tement, m&#234;me tout imp&#233;rialisme mis &#224; part, et sans vouloir choquer personne, on pourrait d&#232;s lors d&#233;fendre l'id&#233;e que les 57 000 habitants actuels ne peuvent &#234;tre le seul d&#233;cideur, et peut-&#234;tre m&#234;me pas le d&#233;cideur principal &#8211; ce qui n'exclut pas de respecter leurs droits par ailleurs (autonomie, acc&#232;s aux fruits des ressources, culture etc.). En sens inverse, le principe d'autod&#233;termination a un r&#244;le r&#233;el : c'est, comme le respect des fronti&#232;res, une balise, fr&#234;le, mais qui r&#233;gule et limite quelque peu les app&#233;tits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui d'autre alors aurait voix au chapitre ? C&#244;t&#233; am&#233;ricain, la revendication est ancienne, mais n'a aucune base historique ou culturelle. Elle ne peut donc consister que dans l'affirmation d'un &#233;quivalent de la prise de possession d'une res nullius : cela revient &#224; dire que le Groenland n'&#233;tant ni peupl&#233; par une vraie nation, actuelle ou potentielle, ni capable de se d&#233;fendre, ni d'exploiter ses ressources, un autre peut et doit le faire. Or, pourrait-on avancer dans cette ligne, les Etats-Unis sont ceux qui actuellement assument ces fonctions, m&#234;me si c'est sur le mode mineur (notamment par une base militaire). Mais &#233;videmment, dans un tel cas, d'autres pourraient avoir aussi des ambitions. En un sens, la d&#233;claration d'int&#233;r&#234;t de Trump est au minimum un moyen de dire &#224; ces derniers : attention, &#231;a m'int&#233;resse, n'y touchez pas ou vous aurez affaire &#224; moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le principe d'autod&#233;termination, une objection majeure vient &#233;videmment du r&#244;le du Danemark et derri&#232;re lui, de l'Europe. Jusqu'&#224; r&#233;cemment le Groenland &#233;tait danois. D&#233;sormais, c'est un territoire autonome, simplement associ&#233; &#224; l'Union europ&#233;enne, mais dont le Danemark assume en th&#233;orie la d&#233;fense, et qui demande l'ind&#233;pendance. D'un c&#244;t&#233; donc, le lien existe, et dans la mesure o&#249; on entrerait dans le raisonnement pr&#233;c&#233;dent, les Danois seraient plus fond&#233;s que les Am&#233;ricains &#224; revendiquer l'&#238;le, et derri&#232;re eux l'Europe. Cela dit, il ne para&#238;t pas &#233;vident que ce soit l'option pr&#233;f&#233;r&#233;e des Groenlandais eux-m&#234;mes. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, sans l'appui d&#233;terminant des Am&#233;ricains, les Europ&#233;ens seraient incapables de d&#233;fendre le Groenland contre une attaque par un grand pays. Il n'est donc pas &#233;vident qu'ils soient en &#233;tat de revendiquer pour eux seuls la d&#233;cision ; m&#234;me s'ils sont l&#233;gitimement une partie prenante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, en cas de pression soutenue de Trump, on peut concevoir qu'une solution se d&#233;gage apr&#232;s n&#233;gociation, avec in&#233;vitablement un r&#244;le appr&#233;ciable des Am&#233;ricains. On peut aussi imaginer que la question passe dans l'arri&#232;re-plan pendant un temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, la situation pourrait se tendre dans la zone, avec une vraie menace (russe, chinoise ou autre), militaire ou &#233;conomique. Ce n'est pas le cas actuellement. Mais si cela se produisait, une action un peu brutale des Etats-Unis serait certes contraire au droit, mais ni incoh&#233;rente avec leur comportement pass&#233; (et pas seulement au XIXe s.), ni purement arbitraire. Dans un cas extr&#234;me, ce serait peut-&#234;tre m&#234;me indispensable. Mais alors les Groenlandais seraient peut-&#234;tre les premiers &#224; la demander&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de Panama&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cas est assez diff&#233;rent historiquement, car l'Etat m&#234;me de Panama a &#233;t&#233; de fait cr&#233;&#233; assez brutalement par les Etats-Unis (par s&#233;cession forc&#233;e hors de la Colombie, en 1903), justement &#224; propos du canal. Ce dernier est une voie d'eau internationale majeure. En outre, les Etats-Unis en avaient gard&#233; le contr&#244;le total jusqu'en 1999, le retrait faisant suite &#224; une d&#233;cision de restitution prise sous le pr&#233;sident Carter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc les Am&#233;ricains revenaient sur cette d&#233;cision, en reprenant le contr&#244;le du canal, ils pourraient &#233;voquer le pr&#233;c&#233;dent historique. Ils pourraient en outre, comme pour le Groenland, souligner l'int&#233;r&#234;t majeur du canal ainsi que l'incapacit&#233; du Panama (pays de 4,5 M d'habitants, sans arm&#233;e v&#233;ritable) de le d&#233;fendre contre une puissance agressive. Plus, inversement, le risque &#233;ventuel d'un pouvoir local qui en fasse un usage hostile. Et, contrairement au Groenland, ils sont la seule puissance ayant vocation &#224; intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, sauf n&#233;gociation aboutissant plus ou moins paisiblement &#224; une solution, un usage de la force ne serait certainement pas fond&#233; &#224; ce stade. Mais si une vraie menace devait se concr&#233;tiser, il ne faudrait pas s'&#233;tonner de voir les Am&#233;ricains agir. Et, au moins dans certaines circonstances (non r&#233;alis&#233;es &#224; ce jour), cela pourrait se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, il ne faut voir en l'esp&#232;ce les paroles de Donald Trump ni comme des paroles en l'air, ni comme de la pure arrogance irrationnelle. L'int&#233;r&#234;t des Am&#233;ricains a une certaine rationalit&#233;. Mais sauf concr&#233;tisation manifeste d'une menace sur ces territoires, actuellement non av&#233;r&#233;e, l'usage direct de la force peut difficilement &#234;tre d&#233;fendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle action, si elle se produisait, serait en outre un coup de canif appr&#233;ciable dans une conception westphalienne des relations internationales, o&#249; en principe on respecte la souverainet&#233; des autres ; et a fortiori si on se r&#233;f&#232;re &#224; une norme bas&#233;e sur le droit. Certes, on l'a rappel&#233;, ce ne serait pas le premier de ces coups de canif. Mais la mani&#232;re de faire serait un &#233;l&#233;ment nouveau. En effet, m&#234;me si sur Panama ou m&#234;me le Groenland on pourrait soutenir que le r&#233;alisme donne quelconque consistance aux objectifs de Trump, le fait d'assumer sans complexe un comportement r&#233;gul&#233; par ses seuls int&#233;r&#234;ts et envisageant sans retenue le recours &#224; la violence pour les satisfaire constitue un &#233;l&#233;ment nouveau dans les relations internationales actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on resterait dans le contexte d'un interventionnisme militaire am&#233;ricain qui est une donn&#233;e quasiment permanente depuis 1945 (sauf, &#233;trangement, sous Trump I !). Mais l'adoption d'une ligne explicitement centr&#233;e sur les seuls int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains est n&#233;anmoins une nouveaut&#233;, car les motivations affich&#233;es par eux pendant cette p&#233;riode avaient toujours une forte dimension id&#233;ologique (sinc&#232;re ou pas), et en tout cas affichaient le respect de certaines r&#232;gles. Ici on raisonnerait sur un crit&#232;re d'enjeu purement strat&#233;gique, qui justifierait d'agir sans plus de consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la plan&#232;te, cela pourrait inqui&#233;ter un peu plus pas mal de monde. Mais cela constituerait &#233;videmment et surtout un pas majeur dans le glissement vers un nouveau style de rapports. On l'a dit, il ne s'agit pas l&#224; de principes absolus et sacrosaints ; mais ils ont une certaine vertu pour calmer le jeu &#224; l'occasion. Dans un tel monde, il n'y aurait plus de motif pour condamner l'invasion du Kowe&#239;t par Saddam : si une coalition se formait dans un tel cas afin de r&#233;sister au coup de force, ce serait par un pur calcul d'int&#233;r&#234;ts ou de rapports de forces. Et donc, m&#234;me si on doit reconna&#238;tre les limites des r&#232;gles, leur effacement complet repr&#233;senterait un changement a priori peu souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ajoutons qu'&#224; terme une telle &#233;volution serait particuli&#232;rement favorable &#224; la r&#233;surrection du concept d'empire, appel&#233; &#224; un vrai avenir comme je l'ai &#233;voqu&#233; par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/les-frontieres-apres-trump-groenland-et-panama/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/les-frontieres...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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