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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Catholicisme : Du bon usage du magist&#232;re </title>
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		<dc:date>2021-02-13T15:35:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise et migrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re catholique n'a pas de sens s'il n'est pas pris au s&#233;rieux et suivi, au moins par les plus engag&#233;s et les plus fid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la sortie de l'encyclique Fratelli tutti, apr&#232;s d'autres textes, donne &#224; la question un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ? Et au fond, &#224; quoi nous engage ce magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fratelli-tutti-+.html" rel="tag"&gt;Fratelli tutti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Eglise-et-migrations-+.html" rel="tag"&gt;Eglise et migrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; abord&#233; cette question dans &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;, avec &lt;i&gt;Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ?&lt;/i&gt; (2018). Mais la sortie de l'encyclique &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, apr&#232;s d'autres textes, lui donne un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique fid&#232;le, qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les donn&#233;es de base&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques faits de base. Le point central est que le magist&#232;re n'a d'autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (c'est-&#224;-dire de morale). Pas de fait, de v&#233;rit&#233; scientifique, ou de choix prudentiel dans une situation donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me point important est la distinction que fait le magist&#232;re lui-m&#234;me entre trois niveaux d'autorit&#233; (Code de droit canonique, canons 747 sqq.). Deux d'entre eux rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; : c'est d'abord le magist&#232;re extraordinaire du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique ; puis le magist&#232;re ordinaire universel des &#233;v&#234;ques et du pape, dans leur enseignement permanent. Et l&#224; il faut que le caract&#232;re d'infaillibilit&#233; soit clairement &#233;tabli : comme il est dit, &#171; aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Mais si c'est le cas, l'adh&#233;sion pleine du fid&#232;le est demand&#233;e, car elle fait partie int&#233;grante de la foi. Il y a ensuite un troisi&#232;me niveau (canon 752 du Code), qui est tr&#232;s diff&#233;rent. C'est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : dans ce cas, ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. L'adh&#233;sion demand&#233;e n'est alors pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [&lt;i&gt;obsequium&lt;/i&gt;] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. On peut ajouter enfin un dernier niveau, encore en de&#231;&#224;, qui est l'enseignement courant des &#233;v&#234;ques : il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y adh&#233;rer avec une &#171; r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;. On aurait donc tort de consid&#233;rer que tout ce que disent le pape ou les &#233;v&#234;ques doit &#234;tre automatiquement re&#231;u tel quel : il y a une claire hi&#233;rarchie, et si le respect confiant et l'&#233;coute sont toujours demand&#233;s, le degr&#233; d'adh&#233;sion final varie consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre que si cet enseignement &#233;tait immuable, la question du magist&#232;re ne se poserait pas. Mais comme on sait, il fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. La conception orthodoxe de ce d&#233;veloppement (voir ici mon &lt;i&gt;La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps&lt;/i&gt; Lethielleux-Art&#232;ge 2018) est qu'il s'agit du d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans ce qu'on appelle le &#171; d&#233;p&#244;t de la foi &#187;, issu de la R&#233;v&#233;lation et transmis &#224; travers les Ecritures et la Tradition. Ce n'est donc pas une innovation sur le fond, car il n'y a pas de nouvelle r&#233;v&#233;lation divine. Le magist&#232;re est l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise, d&#233;velopp&#233;s au fil des questions et de la r&#233;flexion certes, mais contenus potentiellement dans ces pr&#233;misses ; cela n'a rien &#224; voir avec le r&#244;le d'un gourou qui d&#233;ciderait arbitrairement la ligne du moment. Cela n'a rien &#224; voir non plus avec l'action d'un parlement qui change des lois lorsqu'il le juge bon. Il s'en d&#233;duit logiquement que ces d&#233;veloppements ne peuvent pas contredire les enseignements pr&#233;c&#233;dents s'ils sont d&#233;finitifs. Et c'est logique : pourquoi suivre un magist&#232;re qui proclamerait ce qu'il pr&#233;senterait comme des v&#233;rit&#233;s, mais qui se contredirait au fil du temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va quelque peu diff&#233;remment du &#171; magist&#232;re authentique &#187;, qui n'est pas d&#233;finitif. Des fluctuations sont alors possibles, s&#251;rement dans l'expression, mais &#233;ventuellement aussi dans le contenu des enseignements en question. En effet, si des affirmations rel&#232;vent r&#233;ellement du magist&#232;re, elles contiennent des &#233;l&#233;ments de v&#233;rit&#233; essentiels ; mais il est parfaitement possible hors infaillibilit&#233; (et notamment au niveau du magist&#232;re authentique), que ces &#233;l&#233;ments restent partiels, ou insuffisamment exprim&#233;s, ou accompagn&#233;s d'erreurs de fait. Dans ce m&#234;me livre je discerne des cas historiquement constat&#233;s d'affirmations qui ont &#233;t&#233; nuanc&#233;es ou corrig&#233;es par la suite. C'est lorsqu'elles ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, et donc sans effectuer une synth&#232;se suffisante. Ou, plus fr&#233;quemment, si elles s'appuyaient en r&#233;alit&#233; sur des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et d&#232;s lors transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques, appr&#233;ciations de situation etc.). C'est ce que nous reverrons plus en d&#233;tails. Dans les faits cependant, comme je l'ai montr&#233; dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce d&#233;veloppement visant soigneusement &#224; la coh&#233;rence, et o&#249; les points d'inflexion sont peu nombreux et explicables, il est peu douteux que les fid&#232;les peuvent avoir le sentiment d'&#233;volutions beaucoup plus significatives dans ce que leurs pasteurs leur disent, surtout depuis soixante ans, d'autant que de nombreuses voix, m&#234;me &#224; niveau &#233;lev&#233;, tendent &#224; accr&#233;diter une interpr&#233;tation &#233;volutive du magist&#232;re. C'est notamment le cas avec l'enseignement du pape Fran&#231;ois, m&#234;me si de nombreuses voix non moins autoris&#233;es soulignent au contraire sa continuit&#233; avec l'enseignement ant&#233;rieur. Avant d'&#233;voquer ces questions plus en d&#233;tails, il est important de relever que les points en question ne se situent que rarement au c&#339;ur de la doctrine traditionnelle, et dans ce cas pas de fa&#231;on nette (ainsi la fameuse note de bas de page d'&lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;). En fait il s'agit bien plus de questions &#224; la fronti&#232;re de la r&#233;flexion morale et du choix politique ou &#233;conomique, comme les migrations, la peine de mort ou la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci souligne d'autant plus le besoin d'une r&#233;flexion claire et lucide sur les limites du magist&#232;re dans ces mati&#232;res, ce qui sera notre sujet ici. Ajoutons que la probl&#233;matique est en l'esp&#232;ce color&#233;e par l'insistance du pape Fran&#231;ois sur une approche pastorale, visant &#224; mettre en mouvement les chr&#233;tiens, et &#224; lancer des processus &#233;volutifs, plus que sur une &#233;laboration doctrinale pr&#233;cise, dont il craint les effets bloquants. Ce qui peut conduire &#224; un effet de flou doctrinal. On sait en effet que le pape Fran&#231;ois s'est souvent montr&#233; m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale : il la per&#231;oit parfois comme un carcan, que des personnes peu mis&#233;ricordieuses instrumentalisent (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple, qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. On comprend bien s&#251;r ce souci. Mais l'inconv&#233;nient d'un tel positionnement est qu'il risque de jeter le trouble, sans donner de r&#233;ponse claire, surtout quand le pape ne r&#233;pond pas avec la clart&#233; voulue aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; des quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Et cela tend &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e que la doctrine change. Sachant que le pape Fran&#231;ois n'a en r&#233;alit&#233; jamais remis en cause la validit&#233; de l'approche doctrinale en soi, ni la permanence de ses conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question clef de la limite entre morale et savoir profane : le cas de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la question du degr&#233; d'autorit&#233; des d&#233;clarations du magist&#232;re, se pose la question de ses limites, et notamment de ce qui sort du champ de la loi et des m&#339;urs. On l'a dit, par exemple, les questions scientifiques et techniques sont en principe exclues du champ du magist&#232;re. Mais o&#249; est la limite exacte entre les deux ? J'ai examin&#233; en d&#233;tails ce point dans le cas de l'&#233;conomie (revue &#8216;&lt;i&gt;Sedes Sapientiae&lt;/i&gt;' au N&#176; 147 mars 2019). La difficult&#233; vient du fait que tout jugement moral comporte une appr&#233;ciation de la situation examin&#233;e ; et un tel examen inclut tr&#232;s souvent, et de fa&#231;on parfois essentielle, une dimension technique ou scientifique. Il en r&#233;sulte qu'il est presque in&#233;vitable que toute expression du magist&#232;re dans ces domaines comporte, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension morale, pour laquelle il est comp&#233;tent, une dimension d'analyse factuelle pour laquelle il ne l'est a priori pas (&lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt; nous le rappelle d'ailleurs, &#224; propos des donn&#233;es &#233;cologiques). Il est donc n&#233;cessaire de tenter de pr&#233;ciser cette limite. Ajoutons que cela peut donner un &#233;clairage sur le d&#233;veloppement de la doctrine, car ces &#233;nonciations d&#233;pendent en partie de notions scientifiques et techniques, ou encore de perceptions sociales qui sont l&#233;gitimement en &#233;volution. Cela m&#234;me si les exigences proprement &#233;thiques d&#233;gag&#233;es par le magist&#232;re doivent garder leur valeur dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique, j'ai propos&#233; quatre exemples o&#249; on peut soutenir qu'une &#233;volution de la perception d'un probl&#232;me a pu conduire &#224; ce qui a pu &#234;tre vu comme un changement doctrinal ou &#224; une relativisation de l'attitude ant&#233;rieure, m&#234;me s'il y a &#224; mon sens en r&#233;alit&#233; continuit&#233; dans le jugement moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier exemple, de loin le plus important, est l'usure (au sens ancien de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t). On est en effet pass&#233; d'une condamnation abrupte autrefois &#224; une acceptation de fait et en partie de droit - m&#234;me si on n'a pas de texte clair et d&#233;finitif sur le sujet. On pr&#233;tend parfois qu'on a proc&#233;d&#233; par multiplication des exceptions &#224; la r&#232;gle ancienne d'interdiction, au point de la vider de son sens dans la quasi-totalit&#233; des cas, mais sans la faire dispara&#238;tre. Mais ce n'est pas coh&#233;rent avec la pratique actuelle, qui accepte sans r&#233;serve le principe de l'int&#233;r&#234;t ; en outre, il me para&#238;t que l'analyse met en &#233;vidence les erreurs de l'approche ancienne, notamment par insuffisance de l'analyse technique. On avait certes raison de reconna&#238;tre que l'argent en soi n'est pas f&#233;cond, et qu'il doit &#234;tre au service de l'initiative et du travail humains ; mais on n'avait pas per&#231;u que l'argent m&#234;me pr&#234;t&#233; pouvait &#234;tre repr&#233;sentatif d'un capital qui a une capacit&#233; r&#233;elle &#224; contribuer &#224; la cr&#233;ation de richesse. Avec de l'argent m&#234;me emprunt&#233;, un entrepreneur peut cr&#233;er plus de richesse que sans. Ce pr&#234;t peut d&#232;s lors l&#233;gitimement &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; en toute justice. Dans ce cas, comme on le voit, l'erreur n'&#233;tait pas dans les principes moraux, mais dans l'analyse &#233;conomique, et elle ne rel&#232;ve pas de la morale, ni de la R&#233;v&#233;lation. Dit autrement, dans les condamnations de l'&#233;poque la v&#233;rit&#233; morale, naturelle ou r&#233;v&#233;l&#233;e, &#233;tait m&#234;l&#233;e avec des conclusions contingentes. Et bien &#233;videmment il n'est pas choquant qu'un fait technique ne soit clarifi&#233; qu'au cours du temps &#8211; si le principe moral subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corporatisme est un deuxi&#232;me exemple. La recommandation qu'a faite l'Eglise du r&#233;gime corporatiste (notamment sous Pie XI) &#233;tait fond&#233;e en d&#233;finitive sur le besoin de prise en charge du bien commun, notamment par la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;, en l'esp&#232;ce au sein des professions. Ce sont comme telles des exigences morales permanentes. En revanche le choix pr&#233;cis du corporatisme comme technique d'organisation sociale rel&#232;ve de l'appr&#233;ciation politique ou technique, ce qu'on appelle un choix prudentiel, comme tel hors du champ de l'&#233;nonciation de principes moraux, et donc hors du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue vaut pour un passage de &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; (de Paul VI) visant les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res. L&#224; aussi, le principe moral &#233;tait clair et peu contestable : il faut en tant que de besoin qu'un march&#233; soit encadr&#233; pour le rendre plus juste, moral et humain. Mais le texte &#233;tait plus pr&#233;cis et envisageait un certain type de d&#233;marche : un dispositif international, avec r&#233;gulation de prix et garantie pour certaines productions. L'id&#233;e est d&#233;fendable, mais elle ne s'est pas r&#233;alis&#233;e, et on peut douter qu'elle doit praticable au niveau international. En tout cas elle ne rel&#232;ve pas du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple sera donn&#233; par &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;, qui r&#233;cuse avec v&#233;h&#233;mence au N&#176; 171 ce qu'on appelle le march&#233; du carbone, qui est la n&#233;gociation sur un march&#233; de droits &#224; &#233;mission de CO2, octroy&#233;s et d&#233;finis par les pouvoirs publics. Mais ce texte manifeste une certaine incompr&#233;hension de ce m&#233;canisme, et de ce qu'est un march&#233; en g&#233;n&#233;ral. Naturellement on peut contester la pertinence de la mise en place de tels droits n&#233;gociables sur un march&#233;. Mais une telle option n'est pas immorale. L&#224; aussi, si la pr&#233;occupation morale de r&#233;gulation des &#233;missions est fond&#233;e, le jugement n&#233;gatif port&#233; par l'encyclique sur cette technique ne para&#238;t pas faire partie du champ du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il y a bien une distinction &#224; faire entre deux champs : celui d'abord de l'exigence morale, qui rel&#232;ve du magist&#232;re, impliquant une forme de soumission intellectuelle du fid&#232;le - sous r&#233;serve de la possible remise en cause si on est hors du champ de l'infaillibilit&#233;, mais dans ce cas c'est apr&#232;s examen attentif et motifs tr&#232;s solides. Et il y a ensuite la constatation de situation ou de faits, l'analyse technique, et le choix de solutions : dans ces cas, on ne peut exiger du fid&#232;le la soumission de la volont&#233; et de l'intelligence qu'implique le magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. Sachant que bien s&#251;r le respect et l'&#233;coute s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe maintenant d'examiner comment cette distinction, relativement plus facile en &#233;conomie, peut s'appliquer au champ politique, o&#249; les sujets sont plus d&#233;licats et o&#249; jugement moral et jugement de fait tendent &#224; se m&#234;ler plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le champ politique et les prises de position du pape Fran&#231;ois&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle encyclique du pape Fran&#231;ois, sortie le 4 octobre 2020, &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, pose quelques probl&#232;mes &#224; ce sujet. Il est &#233;vident qu'on ne parle pas ici d'infaillibilit&#233; ; on est tout au plus dans ce qu'on appelle le &#8216;magist&#232;re authentique'. Mais la soumission du c&#339;ur et de l'esprit que ce dernier implique reste une exigence forte. Qu'en dire dans le cas de cette encyclique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment dans ce texte une inspiration de fond, fond&#233;e sur la foi et l'exigence du bien, qui est non seulement bienvenue, mais magnifique, comme je l'ai relev&#233; par ailleurs. C'est le rappel de l'importance de l'amiti&#233; sociale, de la fraternit&#233; entre tous les hommes, qui est un message chr&#233;tien fondamental. Le pape le rappelle admirablement, et par l&#224; il se situe pleinement dans la ligne de l'exigence &#233;vang&#233;lique, ainsi d'ailleurs que de la pens&#233;e classique. Mais en m&#234;me temps le pape m&#234;le ce rappel essentiel avec des conceptions politiques qui lui sont particuli&#232;res, et qui ne paraissent pas relever du champ du magist&#232;re. Prenons quelques exemples caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations d'abord. Le pape para&#238;t soutenir un droit absolu de tout migrant &#224; aller s'installer l&#224; o&#249; il veut afin de chercher une vie meilleure. On d&#233;passe ici largement le cas du r&#233;fugi&#233; qui craint pour sa vie et s'enfuit dans le pays le plus proche. On note en outre que dans ce texte (contrairement &#224; d'autres d&#233;clarations du pape, mais de bien moindre autorit&#233; qu'une encyclique), aucun r&#244;le n'est reconnu &#224; la communaut&#233; nationale d'accueil pour r&#233;guler cette entr&#233;e (sinon par le respect des droits des habitants ant&#233;rieurs). L'id&#233;e qu'il puisse y avoir mati&#232;re &#224; la prot&#233;ger d'une arriv&#233;e massive de nouveaux venus qui peuvent la d&#233;s&#233;quilibrer radicalement n'est pas m&#234;me &#233;voqu&#233;e. Plus largement, l'id&#233;e m&#234;me de communaut&#233; politique organis&#233;e, avec une autorit&#233; &#224; sa t&#234;te, est de fait absente. La diversit&#233; des cultures est vivement d&#233;fendue, mais rien n'indique comment l'assurer ; en tout cas ce n'est pas par une organisation politique sp&#233;cifique &#224; cette communaut&#233;. D'autant que pour le pape d'ailleurs, m&#234;me l'id&#233;e de peuple est &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre juste ensuite. Le pape nous explique que la doctrine historique de la guerre juste n'a plus de valeur aujourd'hui. Elle &#233;tait pourtant, comme il le reconna&#238;t, encore d&#233;velopp&#233;e et enseign&#233;e dans le r&#233;cent cat&#233;chisme de l'Eglise catholique. Il condamne en outre la dissuasion nucl&#233;aire dans son principe : la d&#233;tention m&#234;me des armes nucl&#233;aires est rejet&#233;e. A cela s'ajoute une vision quelque peu ir&#233;nique de la vie internationale : une confiance totale dans l'ONU dont le renforcement est ardemment d&#233;sir&#233; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peine de mort. Dans le prolongement de sa d&#233;cision ant&#233;rieure de modifier le cat&#233;chisme sur ce point, le pape laisse entendre que la doctrine ant&#233;rieure, qui admettait sa possibilit&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; valable, car la conception que nous avons de la dignit&#233; humaine l'exclurait. Il &#233;limine m&#234;me la prison &#224; vie. Non seulement il para&#238;t &#233;vacuer ici l'enseignement traditionnel, mais il n'examine pas ses arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de la religion enfin. L'essentiel du texte porte sur la fraternit&#233;, et il peut &#234;tre compris sans religion (m&#234;me si bien s&#251;r il se r&#233;f&#232;re &#224; des textes chr&#233;tiens). En revanche, &#224; la fin, le pape explique d'une part que cette fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, et donc sans croyance en Dieu. Et d'autre part que cette croyance en Dieu suffit, dans le cadre de n'importe quelle religion. D'o&#249; le r&#244;le consid&#233;rable donn&#233; au cours du texte au grand imam d'Al Azhar. Ce qui pose deux s&#233;ries de questions consid&#233;rables. D'un c&#244;t&#233;, quelle fraternit&#233; est possible s'il faut pour cela croire en Dieu ? Car une bonne partie de la plan&#232;te n'y croit pas, ou mal. D'un autre c&#244;t&#233; et surtout, il n'y aurait donc pas de diff&#233;rence r&#233;elle entre christianisme et Islam sur ce point. Dans le cas de la violence, l'affirmation est surprenante (mais retrouve des propos ant&#233;rieurs du pape). La simple lecture du Coran et l'examen de la pratique musulmane, prouvent pourtant que la r&#233;alit&#233; est notablement diff&#233;rente : une de ces religions, le christianisme, a pu &#234;tre violente mais c'&#233;tait malgr&#233; ses textes, et il ne s'est pour l'essentiel pas r&#233;pandue par ce moyen. L'autre, l'islam, recommande la violence et la guerre au service de la religion, tant dans ses textes que dans sa pratique constante ; et elle s'est r&#233;pandue en grande majorit&#233; par la guerre. L'une alimente le terrorisme, l'autre pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ajouter d'autres d&#233;s&#233;quilibres dans le texte, notamment par omission. Par exemple, les doctrines et d&#233;rapages politiques qui y sont d&#233;nonc&#233;s sont le populisme nationaliste et le n&#233;o-lib&#233;ralisme (non sans motifs d'ailleurs). Mais on ne trouve rien sur d'autres d&#233;rives majeures de la pens&#233;e dominante, celle qui inspire les m&#233;dias et l'ONU, celle de ce que les papes pr&#233;c&#233;dents appelaient la culture de mort. On ne trouve par exemple rien dans le texte qui permette de remettre en cause le totalitarisme chinois actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, comme c'est fr&#233;quent chez le pape Fran&#231;ois, tout ce qui est &#233;conomique (&#233;conomie de march&#233;) est pr&#233;sent&#233; sous un jour n&#233;gatif (sauf cinq lignes sur la noble vocation de l'entrepreneur). En soi ce que le pape d&#233;nonce correspond trop souvent &#224; des r&#233;alit&#233;s. Mais peut-on consid&#233;rer que l'&#233;conomie, les entreprises, les march&#233;s se r&#233;duisent &#224; ces &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect th&#233;orique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment analyser ces questions ? Rappelons d'abord &#224; nouveau que le magist&#232;re, l'enseignement de la doctrine et donc son d&#233;veloppement, ne peuvent se faire dans la contradiction, sauf &#224; se ruiner : pourquoi devrait-on s'incliner devant un enseignement qui pourra &#234;tre contredit le lendemain ? Restent les questions soulev&#233;es par ces d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan formel, on pourrait bien s&#251;r rappeler que dans ce texte le pape ne manifeste pas l'intention d'intervenir sur le plan doctrinal. Il le dit tr&#232;s clairement au d&#233;but de son encyclique, au n&#176; 6. &#171; Les pages qui suivent n'entendent pas r&#233;sumer la doctrine sur l'amour fraternel, mais se focaliser sur sa dimension universelle, sur son ouverture &#224; toutes les personnes. Je livre cette encyclique sociale comme une &lt;i&gt;modeste contribution &#224; la r&#233;flexion&lt;/i&gt; [je souligne] pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. Bien que je l'aie &#233;crite &#224; partir de mes convictions chr&#233;tiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j'ai essay&#233; de le faire de telle sorte que la r&#233;flexion s'ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volont&#233;. &#187; Il n'en reste pas moins qu'il &#233;nonce des affirmations qui sont en soi d'ordre doctrinal. Compte tenu de l'auteur, et de l'autorit&#233; de la forme &#8216;encyclique', la question de l'interpr&#233;tation de ces passages subsiste donc dans une certaine mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question se divise elle-m&#234;me en deux : d'un c&#244;t&#233;, qu'est-ce qui entre dans le champ du magist&#232;re ? Et de l'autre, que peut-on penser de ce qui appara&#238;t comme &#233;volution doctrinale (restant ouverte la question du caract&#232;re officiel de celle-ci) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La limite de la foi et des m&#339;urs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point (celui du champ du magist&#232;re) rappelons &#224; nouveau que tout pasteur, ce pape comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, a l&#233;gitimement ses vues personnelles, m&#234;me si le pape Fran&#231;ois va plus loin que ses pr&#233;d&#233;cesseurs dans leur expression. Or l'autorit&#233; du magist&#232;re ne les couvre pas, comme on l'a vu : outre la question de l'autorit&#233; des textes consid&#233;r&#233;s, y &#233;chappent la r&#233;alit&#233; des faits (scientifiques ou autres), ainsi que les choix prudentiels ; ces derniers, eux, incombent aux fid&#232;les, notamment aux politiques (et donc en un sens &#224; nous tous). On peut ranger ici par exemple la question de la guerre juste, puisque le pape para&#238;t d&#233;duire la remise en cause de ce concept d'une &#233;valuation de la guerre moderne, suppos&#233;e d&#233;sormais trop destructrice (guerre totale) : or on peut avoir sur ce sujet une appr&#233;ciation factuelle diff&#233;rente de la sienne, car il n'y a pas que des guerres totales &#224; notre &#233;poque, c'est m&#234;me le contraire. De m&#234;me son analyse de l'ONU, qui n'est qu'un moyen. Bien entendu cette qualification ne remet pas en question le principe moral indiscutable de la recherche de la paix, ou du bien qu'il y a dans la coop&#233;ration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rangera &#224; mon sens dans la m&#234;me cat&#233;gorie, hors champ du magist&#232;re, l'id&#233;e du pape selon laquelle le v&#233;ritable islam n'est pas violent, qu'on trouve exprim&#233;e de fa&#231;on encore plus nette dans Evangelii gaudium (au n&#176;253 : &#171; Face aux &#233;pisodes de fondamentalisme violent qui nous inqui&#232;tent, l'affection envers les vrais croyants de l'Islam doit nous porter &#224; &#233;viter d'odieuses g&#233;n&#233;ralisations, parce que le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence. &#187;). C'est en effet une affirmation de fait, portant sur une autre religion, et non un point de foi chr&#233;tienne, ou de morale. Affirmation d'ailleurs tr&#232;s contestable sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des consid&#233;rations analogues valent aussi &#224; mon sens pour les migrations. Le principe moral de l'accueil de la personne dans le besoin est &#233;videmment chr&#233;tien, et essentiel. De m&#234;me celui de la destination universelle des biens. Mais personne n'en d&#233;duit un droit illimit&#233; de toute personne dans le besoin &#224; entrer chez moi et &#224; s'y installer, encore moins &#224; revendiquer d'y &#234;tre tenu comme membre de la famille. Il convient donc d'analyser cas par cas o&#249; se situe le bien commun d'une nation : dans un accueil illimit&#233; (en ne s'arr&#234;tant qu'au respect des droits des actuels citoyens) comme para&#238;t dire le pape ; ou dans un discernement pouvant aller jusqu'&#224; n'admettre qu'un petit nombre de candidats, ceux-l&#224; seuls qui sont r&#233;ellement en danger personnel, ou d&#233;sireux de s'assimiler ? Sans compter toutes les positions interm&#233;diaires. Il s'agit l&#224; d'un choix prudentiel, bas&#233; sur une analyse factuelle de la situation. Ajoutons que la th&#232;se du droit illimit&#233; remettrait en cause l'enseignement et la pratique ant&#233;rieure de l'Eglise sur l'autonomie des r&#233;alit&#233;s terrestres ainsi que sur le statut des communaut&#233;s politiques, car elles n'auraient alors plus de maitrise de leur destin, qui serait dict&#233; par des principes abstraits g&#233;n&#233;raux prenant la forme de droits absolus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'&#233;volution doctrinale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second point (l'&#233;volution doctrinale &#233;ventuelle), il y a au fond tr&#232;s peu d'exemples &#224; &#233;voquer. On trouve d'abord la question de la peine de mort. J'ai trait&#233; la question plus en d&#233;tail dans &#171; &lt;i&gt;Continuit&#233; doctrinale du magist&#232;re catholique : le cas de la peine de mort&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Continuite-doctrinale-du-magistere.html?PHPSESSID=b7d79ed2f3083fd1f1524b016eda3b24&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Continuite-d...&lt;/a&gt;. On l'a dit, le pape a demand&#233; une modification du cat&#233;chisme ; lequel consid&#233;rait auparavant qu'&#224; notre &#233;poque la peine de mort ne se justifiait pas (vu les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale), mais ne remettait pas en question la doctrine ant&#233;rieure selon laquelle elle pouvait &#234;tre licite en soi (le texte d'alors la rappelait m&#234;me explicitement), d'autant qu'elle a de tr&#232;s solides fondements bibliques et doctrinaux. La r&#233;daction nouvelle, sans &#234;tre totalement claire, para&#238;t indiquer (outre les arguments sur les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale) que le progr&#232;s de la conscience de la dignit&#233; de l'homme conduisait &#224; condamner en soi la peine de mort. On pourrait donc soutenir qu'il s'agit bien d'un point doctrinal, et qu'il y a eu changement de doctrine (le cat&#233;chisme dit que &#171; la peine de mort est inadmissible &#187;, au moins &#224; partir de maintenant). Or il ne s'agit alors pas uniquement d'une question de fait : elle entre dans le champ de la morale, puisqu'on invoque un progr&#232;s de la conscience ; ce n'est pas non plus un choix prudentiel, puisque dans cette lecture l'exclusion para&#238;t totale, et elle n'est pas laiss&#233;e &#224; un jugement d'esp&#232;ce. Mais inversement, on peut contester qu'&#224; soi seule une modification du cat&#233;chisme permette de changer une doctrine, m&#234;me si c'est un document tr&#232;s important, car il est cens&#233; rassembler un &#233;tat de doctrine, pas en &#233;noncer une nouvelle. En outre l'argument d'un progr&#232;s dans la conscience est tout &#224; fait nouveau dans le d&#233;bat doctrinal et sa port&#233;e reste peu claire ; il pourrait d'ailleurs conduire &#224; des fluctuations dans tous les sens. On ajoutera que la d&#233;cision a &#233;t&#233; quelque peu exp&#233;ditive et qu'aucune argumentation n'est donn&#233;e qui r&#233;fute les fondements de la doctrine ant&#233;rieure (notamment la Bible). Or la doctrine s'appr&#233;cie dans la continuit&#233;, comme Beno&#238;t XVI l'avait rappel&#233; (herm&#233;neutique de la continuit&#233;). Enfin et surtout on peut lire le texte actuel du cat&#233;chisme, qui se base sur la situation pr&#233;sente (conscience nouvelle et &#233;tat des m&#233;thodes p&#233;nales) comme ne se r&#233;f&#233;rant qu'&#224; cette situation (et non &#224; une v&#233;rit&#233; morale en soi, quelle que soit l'&#233;poque) ; voire estimer qu'il s'agit de fait d'un question prudentielle (puisqu'elle est variable selon la situation), et non doctrinale. Ce d&#233;bat complexe n'est donc pas clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question pos&#233;e porte comme on l'a vu sur les autres religions, islam compris : le pape nous dit &#224; la fin de l'encyclique que Dieu y est notre p&#232;re comme dans le christianisme. Cela para&#238;t rejoindre une autre id&#233;e r&#233;currente de ce m&#234;me pape, qui semble reconna&#238;tre &#224; ces religions une r&#233;elle validit&#233; comme telles, (et donc bien au-del&#224; de ce que dit le Concile, qui se borne &#224; dire que ce qui est bon en elles est bon). Formul&#233;e ainsi, la proposition serait un changement de doctrine : on a toujours li&#233; en christianisme la paternit&#233; divine envers nous avec celle du P&#232;re avec le Fils et avec notre position de fr&#232;res adoptifs de celui-ci. Elle n'a d'ailleurs de sens que pour qui admet la Trinit&#233;, donc pour un chr&#233;tien. Reste que le pape n'a pas formul&#233; une telle th&#232;se de fa&#231;on aussi claire et manifestement doctrinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la consid&#233;ration des limites du champ du magist&#232;re, ainsi que l'exclusion des donn&#233;es de fait ou prudentielles, montrent qu'il n'y a pas &#224; ce stade de probl&#232;me majeur sur le plan des principes (sous r&#233;serve du d&#233;bat d&#233;licat mais localis&#233; sur la peine de mort), &#224; condition de bien d&#233;limiter ce qui rel&#232;ve r&#233;ellement du magist&#232;re. Cela souligne cependant par contraste l'importance d'avoir des d&#233;clarations claires, explicites et manifestement doctrinales pour que les r&#232;gles d'ob&#233;issance s'appliquent. Reste un trouble r&#233;el, encore accru par la r&#233;serve du pape Fran&#231;ois &#224; l'&#233;gard du travail doctrinal comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique, on est alors devant une t&#226;che qui n'est qu'apparemment nouvelle . D'un c&#244;t&#233; le pape est le pasteur, et le catholique doit l'&#233;couter, s'impr&#233;gner de son message pour ce qui concerne la foi et les m&#339;urs, s'en inspirer et se mobiliser. D'un autre c&#244;t&#233;, il lui faut discerner ce qui est d'ordre doctrinal (magist&#233;riel) et ce qui ne l'est pas, et comprendre la doctrine dans la continuit&#233;. L'ob&#233;issance est donc une t&#226;che, intellectuellement exigeante. Loin du suivisme na&#239;f qui a paru pr&#233;valoir un certain temps, et qui subsiste dans bien des esprits, progressistes ou conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Christianisme et migration : la grande illusion</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Christianisme-et-migration-la-grande-illusion.html</link>
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		<dc:date>2019-08-11T15:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Eglise et migrations</dc:subject>
		<dc:subject>Grand remplacement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les migrations en cours sont un ph&#233;nom&#232;ne majeur et sans pr&#233;c&#233;dent, qui m&#233;rite un examen r&#233;fl&#233;chi. On sait que l'Eglise a pris des positions parfois tr&#232;s offensives sur le sujet, et notamment le pape Fran&#231;ois. C'est m&#234;me le point sur lequel il diverge le plus fortement par rapport au sentiment spontan&#233; de nombreux fid&#232;les, au point de donner l'impression d'un v&#233;ritable dialogue de sourds. Voyons de plus pr&#232;s&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Religion et politique &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Eglise-et-migrations-+.html" rel="tag"&gt;Eglise et migrations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Grand-remplacement-+.html" rel="tag"&gt;Grand remplacement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une question de fond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations en cours sont un ph&#233;nom&#232;ne majeur et sans pr&#233;c&#233;dent qui m&#233;rite un examen r&#233;fl&#233;chi. On sait que l'Eglise a pris des positions parfois extr&#234;mement offensives sur le sujet, et notamment le pape Fran&#231;ois. C'est m&#234;me le point sur lequel il diverge le plus fortement par rapport au sentiment spontan&#233; de nombreux fid&#232;les, au point de donner l'impression d'un v&#233;ritable dialogue de sourds. Notamment du c&#244;t&#233; officiel, m&#234;me si le pape nuance &#224; l'occasion. On y mart&#232;le un suppos&#233; devoir &#233;vang&#233;lique absolu et sans r&#233;plique d'accueillir et d'int&#233;grer toutes les personnes qui se pr&#233;sentent, et on ne tient aucun compte des soucis et objections. On cherche m&#234;me &#224; les disqualifier en mettant leurs r&#233;actions exclusivement sous le compte de l'individualisme, de la peur et de l'&#233;go&#239;sme, comme vient encore le faire le pape dans son dernier message sur les migrants. Sans donc r&#233;pondre aux soucis qui sont &#224; la base, autrement plus substantiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu des donn&#233;es disponibles, il para&#238;t pourtant que la position actuellement dominante dans l'Eglise ne repose pas sur une analyse compr&#233;hensive et objective de la r&#233;alit&#233;. Confondant le migrant &#233;conomique avec le refugi&#233;, elle privil&#233;gie un seul facteur : le besoin du migrant - une fois qu'il a migr&#233; ou est en train de le faire. On en d&#233;duit alors ce qui malgr&#233; les d&#233;n&#233;gations est un droit &#224; l'immigration illimit&#233;e et &#224; l'&#233;galit&#233; de droit entre migrants et citoyens du pays d'accueil. Certes le pape Fran&#231;ois admet (dans ses commentaires oraux) une limite : la capacit&#233; &#233;conomique du pays d'accueil. Mais il est clair que celle-ci est compatible avec des migrations de grande ampleur. Or le goulot d'&#233;tranglement, le risque majeur de la migration, n'est pas d'abord l&#224;, mais dans la disruption profonde des &#233;quilibres socio-politiques et culturels du pays d'accueil. Plus que ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le pape donne l'impression de sous-estimer ce facteur, comme il para&#238;t sous-estimer les probl&#232;mes consid&#233;rables pos&#233;s par l'Islam, essentiels dans le cas de l'immigration en Europe. Comme il para&#238;t n&#233;gliger par ailleurs le tr&#232;s grave effet de saign&#233;e des pays d'origine que signifie la migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le Cat&#233;chisme de l'&#201;glise catholique &#233;tait lui plut&#244;t &#233;quilibr&#233; : &#171; Les nations mieux pourvues sont tenues d'accueillir autant que faire se peut l'&#233;tranger en qu&#234;te de la s&#233;curit&#233; et des ressources vitales qu'il ne peut trouver dans son pays d'origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l'h&#244;te sous la protection de ceux qui le re&#231;oivent. Les autorit&#233;s politiques peuvent en vue du bien commun dont elles ont la charge subordonner l'exercice du droit d'immigration &#224; diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants &#224; l'&#233;gard du pays d'adoption. L'immigr&#233; est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine mat&#233;riel et spirituel de son pays d'accueil, d'ob&#233;ir &#224; ses lois et de contribuer &#224; ses charges &#187; (&#167; 2241).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'hospitalit&#233; et le respect des personnes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours eccl&#233;sial dominant va donc bien au-del&#224; de ce texte. La base biblique et &#233;vang&#233;lique principale qui nous est constamment rappel&#233;e comme une &#233;vidence suffisante et d&#233;finitive est le devoir d'hospitalit&#233;, auquel s'ajoute le respect de tout &#234;tre humain et la fraternit&#233; qu'il doit nous inspirer, outre le respect de ses droits en tant qu'&#234;tre humain. Cette base est &#233;videmment indiscutable en soi, &#224; son niveau. Elle impr&#232;gne de nombreux passages de la Bible. Il en est de m&#234;me du devoir de secourir une personne en danger, par exemple quelqu'un qui se noie en M&#233;diterran&#233;e. Mais ce que nos pr&#233;dicateurs ne voient pas, c'est que cela ne suffit en aucune mani&#232;re pour justifier une immigration illimit&#233;e, suivie de l'octroi imm&#233;diat du maximum des droits aux individus concern&#233;s, &#224; parit&#233; avec les nationaux. Il appara&#238;t en fait qu'on aplatit successivement deux r&#233;alit&#233;s l'une sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est de confondre le devoir personnel qui est le n&#244;tre face &#224; une personne &#224; qui nous avons affaire et qui est dans le besoin, avec le probl&#232;me pos&#233; par l'action collective de millions de gens qui se mettent sur les routes et payent &#224; des passeurs des sommes exorbitantes tout en prenant des risques appr&#233;ciables, cela afin d'arriver en Europe, sachant qu'en fois-l&#224; elle ne seront pas expuls&#233;es et pourront, croient-elle, participer de la richesse locale, qu'elles peuvent voir maintenant plus ais&#233;ment de chez elles en temps r&#233;el notamment gr&#226;ce aux mobiles. Or, autant il est de notre devoir, autant que possible, de donner une aide imm&#233;diate et humaine &#224; une personne dans le besoin qui croise nos pas, autant la solution d'un tel probl&#232;me de masse demande de se mettre au niveau de ce probl&#232;me et de le consid&#233;rer dans son ensemble. Quant &#224; &#233;voquer un bien commun mondial, outre qu'il n'a pas le m&#234;me sens qu'au niveau national faute d'autorit&#233; correspondante, il n'est en rien d&#233;montr&#233; qu'il implique des migrations de masse, tout au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me est de confondre la rencontre personnelle avec un migrant isol&#233; avec l'effet de masse sur nos soci&#233;t&#233;s lorsque les migrants en question se chiffrent en millions. Mais si je viens en aide &#224; une personne, ou que j'ai une rencontre humaine avec lui, ce peut &#234;tre sans effet n&#233;gatif pour l'un ou l'autre, voire au contraire id&#233;alement mutuellement enrichissant. Si en revanche des millions de gens d'une culture radicalement diff&#233;rente viennent s'installer dans votre pays, le risque est r&#233;el de voir les &#233;quilibres qui fondent la vie commune remise en cause de fa&#231;on radicale, et pas dans le sens de la paix sociale, de la soci&#233;t&#233;, ou du maintien des traits de base, culturels ou civiques de votre soci&#233;t&#233;. C'est un enjeu autrement plus important que les questions &#233;conomiques, pourtant d&#233;j&#224; majeures. Mais cela on n'en parle jamais, sinon pour le traiter superficiellement et avec le m&#233;pris de ce qu'on juge &#234;tre une peur irrationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; cet effet ridicule qu'on s'enflamme pour des bateaux d'ONG qui viennent r&#233;cup&#233;rer au large de la Libye les malheureux que les n&#233;griers modernes leur envoient sur des esquifs sommaires, pour ensuite tenter de forcer l'acc&#232;s aux ports occidentaux, r&#233;alisant ainsi l'objectif des int&#233;ress&#233;s. Effectivement ce ph&#233;nom&#232;ne est scandaleux et ces malheureux m&#233;ritent une aide. Mais quelle aide ? Faut-il rester obnubil&#233; par le seul fait imm&#233;diat, ou ne faut-il pas r&#233;fl&#233;chir sur la signification d'ensemble et le r&#233;sultat final ? Encore une fois, &#234;tre dans le besoin ne donne pas un droit automatique &#224; devenir citoyen d'une pays europ&#233;en. D'autant qu'on cr&#233;e ainsi un puissant appel d'air conduisant &#224; la perp&#233;tuation du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me confusion est celle du r&#233;fugi&#233; fuyant pour sa vie avec le migrant &#233;conomique. L'&#233;crasante majorit&#233; des migrants sont d&#232;s le d&#233;part des migrants &#233;conomiques, qui ont pay&#233; assez cher pour tenter ce passage. Vouloir vivre mieux est l&#233;gitime mais ne vous donne pas un droit &#224; vous imposer &#224; n'importe quelle communaut&#233; humaine de votre choix. Mais m&#234;me celui qui quitte un pays assez inhospitalier pour m&#233;riter le nom de r&#233;fugi&#233; est rarement contraint d'aller en Europe pour sauver sa vie ; encore moins de s'y &#233;tablir. Il y a bien d'autre endroits pour cela, bien plus proches. S'il le fait, c'est qu'il choisit un endroit plus prometteur pour lui que le pays voisin, parce qu'au-del&#224; du refuge il y a la possibilit&#233; de l'immigration. En d'autres termes, les vrais r&#233;fugi&#233;s chez nous deviennent tr&#232;s vite des migrants &#233;conomiques. Ce n'est certainement pas un reproche. Mais ce n'est pas un droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc prendre le probl&#232;me dans son ensemble et &#224; sa racine, en r&#233;fl&#233;chissant rationnellement sans se laissant emporter par des &#233;motions ais&#233;ment manipulables. Soit en effet on admet que l'immigration puisse &#234;tre illimit&#233;e. Dans ce cas il est scandaleux de se contenter de r&#233;cup&#233;rer des rescap&#233;s en mer : il faut aller au bout de la logique et organiser un pont a&#233;rien ou maritime permanent pour faire entrer sans risque tous les candidats. Position logique en soi, mais ultra-minoritaire et qui se heurterait &#224; l'opinion r&#233;solue des peuples europ&#233;ens. Et qui n'est pas celle de l'Eglise d'ailleurs, car on l'a vu le pape Fran&#231;ois admet la l&#233;gitimit&#233; de limites, quoiqu'il ait tendance &#224; ne voir que la limite &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc on admet des limites ; peut-&#234;tre plus haute que ce qui est accept&#233; aujourd'hui mais des limites quand m&#234;me. Ce qui est d'ailleurs logique car les candidats en question se chiffreraient vite en centaines de millions. Mais dans ce cas il y aura in&#233;vitablement des gens qu'on n'acceptera pas, donc qu'on refoulera. Et qui tenteront de passer quand m&#234;me. Donc exactement notre probl&#232;me actuel. Passages clandestins en M&#233;diterran&#233;e, sans-papiers etc. Il ne sert donc &#224; rien de s'apitoyer sans traiter la question &#224; la base. La base, c'est d'abord de faire comprendre aux candidats qu'au-del&#224; d'un certain seuil il n'y aura pas d'entr&#233;e : &lt;i&gt;No Way&lt;/i&gt; comme disent les Australiens. Et d'agir &#224; la source, en Libye notamment, et ailleurs, pour casser le mouvement qui s'est emball&#233; il y a 5 ans, et pendre les trafiquants. Plus bien s&#251;r un renforcement massif mais intelligent de l'aide aux pays de d&#233;part. Sachant que le d&#233;veloppement par lui-m&#234;me ne r&#233;duira la pression migratoire qu'&#224; terme ; il peut m&#234;me l'accro&#238;tre dans un premier temps, en solvabilisant les candidats &#224; la migration. Mais c'est un devoir incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; encore, dans les pays d'accueil la seule solution humainement viable pour les entrants admis est l'assimilation. Non pas l'int&#233;gration, mais l'assimilation. L'Eglise nous parle du droit &#224; la culture d'origine, mais elle rappelle en m&#234;me temps que la culture du pays d'arriv&#233;e doit &#234;tre respect&#233;e. A une certaine dose, il y a l&#224; une contradiction intenable. Des migrants accept&#233;s ont droit &#224; garder leur culture d'origine telle quelle s'ils ne sont l&#224; que de fa&#231;on provisoire. S'ils veulent rester et devenir citoyens, ils deviennent des immigrants. Or un immigrant, &#231;&#224; s'assimile. Ce qui n'exclut pas des emprunts culturels &#224; ces personnes, mais en maintenant la coh&#233;rence d'une culture commune dans laquelle tous les citoyens puissent se reconna&#238;tre. S'il n'y a plus cette culture en commun, il n'y a plus de bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mythologie du christianisme suppos&#233; religion de migrants d&#232;s ses origines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment on rencontre ce p&#233;ch&#233; mignon, qui est celui de th&#233;ologiens plut&#244;t que du discours pastoral dominant, mais il affleure &#224; l'occasion dans ce dernier. On vous explique que le peuple juif s'est fond&#233; sur un mouvement permanent, de la mission d'Abraham &#224; l'exode et &#224; l'occupation de la Palestine, suivies de l'exil &#224; Babylone. Sans parler de la diaspora. On voit m&#234;me le pape parler de J&#233;sus comme migrant, alors qu'il a &#233;t&#233; tout au plus r&#233;fugi&#233; en Egypte sur une br&#232;ve p&#233;riode. L&#224; encore, deux confusions superpos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est la confusion entre de tels mouvements subis, en outre pour la plupart extr&#234;mement violents, et la question pos&#233;e aujourd'hui. Seule la mission d'Abraham, qui en restait au niveau personnel, a &#233;t&#233; paisible et volontaire. L'exode d'Egypte, la conqu&#234;te violente de la Palestine, l'exil &#224; Babylone sont des ph&#233;nom&#232;nes dont il est difficile de faire des mod&#232;les en tant qu'&#233;v&#233;nements collectifs. Bien s&#251;r, comme le dit la Bible, le rappel de cette position historique comme vrais r&#233;fugi&#233;s qu'a connue le peuple juif dans ces &#233;pisodes dramatiques implique le souci de la solidarit&#233; avec l'&#233;tranger dans le besoin. Mais cela n'a rien &#224; voir avec une migration de masse comme nous la connaissons aujourd'hui, encore moins avec un m&#233;tissage g&#233;n&#233;ralis&#233;. Le souci constant de tout l'Ancien testament, qui imbibe tout le Livre, &#233;tait au contraire le maintien de l'int&#233;grit&#233; du peuple d'Isra&#235;l et sa pr&#233;servation &#224; l'&#233;gard de m&#233;langes qui pouvaient conduire &#224; la perte de son identit&#233; sp&#233;cifique comme peuple &#233;lu. On demandait certes de traiter convenablement l'&#233;tranger admis, mais sans lui donner les m&#234;mes droits qu'aux Juifs, notamment en mati&#232;re politique et fonci&#232;re, et il s'agissait de populations assez limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Evangile a introduit l&#224; une nouveaut&#233; majeure. Dans la mesure o&#249; l'Eglise prolonge Isra&#235;l, c'est bien s&#251;r en accueillant tous les hommes qui d&#233;sirent la rejoindre, quelle que soit leur origine. Mais sans perdre sa sp&#233;cificit&#233; non plus ! C'est la conversion qui fait le chr&#233;tien. Et sans que cela implique un statut personnel ou politique identique pour tous les int&#233;ress&#233;s. La fameuse phrase de saint Paul (il n'a plus Juifs et Grecs, hommes et femmes etc.) ne dit pas autre chose. Elle ne parle pas du statut juridique et politique des juifs, des femmes etc. Quant aux P&#232;res de l'Eglise dont on a fait des livres entiers pour souligner leur appel &#224; l'hospitalit&#233; sans acception de personnes, il en est de m&#234;me : on y parle de personnes pris isol&#233;ment, pas de peuples entiers. D'autant que contrairement &#224; ce qu'on raconte ici ou l&#224; ils n'ont pas connu de migration de masse. Les grandes invasions sont venues apr&#232;s, puis la conqu&#234;te guerri&#232;re musulmane qui a d'ailleurs conduit &#224; l'&#233;radication plus ou moins compl&#232;te du christianisme l&#224; o&#249; elle a r&#233;ussi. Difficile d'&#233;voquer alors un devoir d'hospitalit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me confusion est entre la probl&#233;matique de la migration et l'appel adress&#233; au chr&#233;tien de ne pas s'&#233;tablir dans une situation qu'il jugerait stable et acquise, et pire encore due &#224; ses m&#233;rites, pour lui rappeler en permanence qu'il est en chemin, voyageur temporaire sur cette terre, et appel&#233; &#224; rencontrer son prochain dans la charit&#233;. Cela conduit certains &#224; parler d'une &#171; marque migratoire du christianisme comme foi et comme r&#233;alit&#233; historique &#187; (G. M&#233;devielle) ; laquelle nous explique ainsi que &#171; en fait, une &#233;thique des migrations appelle une authentique conversion &#224; l'autre, et nous contraint &#224; nous reconna&#238;tre &#233;trangers &#224; notre tour, autre de l'autre. &#187; Ce qui est d&#233;j&#224; une mani&#232;re de parler assez curieuse au niveau interpersonnel, bien que l'intention soit compr&#233;hensible. La seule vraie conversion est au Christ. Elle peut et doit souvent passer par la rencontre de l'autre personne, qui est effectivement au c&#339;ur de la foi chr&#233;tienne, ce qui peut impliquer une transformation de nous-m&#234;mes, mais cela n'implique pas de devenir autre en tant que personne comme l'autre est autre pour moi, encore moins &#233;tranger &#224; soi-m&#234;me, sauf dans ce don de soi : si on meurt &#224; soi-m&#234;me c'est pour et dans le Christ. Mais surtout, de telles consid&#233;rations ne justifient en rien une immigration de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent que Dieu et l'Eglise ne regardent pas l'immigration de masse mais chaque migrant. Mais &#224; nouveau c'est tomber dans l'erreur de nier la sp&#233;cificit&#233; de dimension collective, sociale et politique de la question. Les m&#234;mes d'ailleurs qui recommandent que leur pays accueille des millions de migrants n'envisagent pas un instant de leur donner un acc&#232;s illimit&#233; &#224; leur propre maison. Tout au plus de rares bonnes &#226;mes accueillent un migrant ou deux &#224; l'occasion ; ce qui est a priori louable, mais incommensurable avec le probl&#232;me collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le suppos&#233; royaume des cieux r&#233;alis&#233; par la mondialisation migrante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que la sp&#233;cificit&#233; de ce que nous connaissons aujourd'hui est historiquement totale. D&#233;j&#224; en termes de nombres : les grandes invasions &#233;taient quantitativement bien plus faibles. Mais aussi de signification : contrairement &#224; ce qu'on raconte, la composition de la population europ&#233;enne a &#233;t&#233; tr&#232;s stable pendant plus de mille ans. Alors qu'aujourd'hui en France, selon Jerome Fourquet de l'IFOP, plus de 18 % des nouveau-n&#233;s ont un pr&#233;nom musulman, et les arriv&#233;es continuent. Autre sp&#233;cificit&#233; : c'est la premi&#232;re migration de masse sans conqu&#234;te militaire. Ce qui la rend apparemment indolore. Mais ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre puissante &#8211; bien au contraire. Il faut donc traiter ce ph&#233;nom&#232;ne unique comme il le m&#233;rite, sans le banaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de l&#224; &#224; voir dans cet aspect de la mondialisation une &#233;tape majeure dans l'unification de l'humanit&#233;, comme le font plusieurs documents pontificaux (plut&#244;t avant le pape Fran&#231;ois) il y a un pas. D'autant que J&#233;sus a bien rappel&#233; que son Royaume n'&#233;tait pas de ce monde. Une telle na&#239;vet&#233; pourrait &#224; la rigueur se comprendre s'il y avait parall&#232;lement un mouvement appr&#233;ciable de conversion au christianisme. Mais c'est le contraire qui se produit : la foi chr&#233;tienne s'est effondr&#233;e, au moins en Europe. S'il y a unification des esprits, c'est sur le politiquement correct (que combat l'Eglise par ailleurs). Et peut-&#234;tre un jour l'Islam. Bien s&#251;r une certaine mondialisation est un fait irr&#233;sistible. Mais cela ne doit en aucune mani&#232;re emp&#234;cher de tenter d'y trier ce qu'il y a de bon et de mauvais. Et surtout, d'&#233;vang&#233;liser. Ce qui suppose certes la charit&#233; au sens imm&#233;diat et mat&#233;riel ; mais surtout la charit&#233; la plus grande : l'appel &#224; la conversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note :&lt;/strong&gt; sur un tel sujet on cite toujours le livre de Laurent Dandrieu &lt;i&gt;&#201;glise et immigration, le grand malaise&lt;/i&gt;. Ce livre remarquable et tr&#232;s document&#233; ne doit pas &#234;tre trait&#233; &#224; la l&#233;g&#232;re ; il a eu le grand m&#233;rite de poser ce grave probl&#232;me. Mais &#224; c&#244;t&#233; de ces qualit&#233;s il souffre de deux d&#233;fauts. Le premier est d'aplatir la position des pontifes en affirmant une continuit&#233; totale entre eux dans le culte de la migration. Elle existe certes dans une certaine mesure. Mais il y a n&#233;anmoins une &#233;tape nouvelle avec le pape Fran&#231;ois, non seulement parce qu'il est beaucoup plus radical et v&#233;h&#233;ment dans l'acceptation de l'immigration, dont il a fait un combat personnel. Mais surtout parce qu'il para&#238;t en faire une v&#233;ritable cat&#233;gorie th&#233;ologique, bien au-del&#224; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Le deuxi&#232;me d&#233;faut est l'id&#233;e que la le&#231;on &#233;vang&#233;lique et surtout &#233;thique ne concerne que les relations interpersonnelles, alors que le domaine du politique y &#233;chapperait. Ce qui est le contraire de l'enseignement constant de l'Eglise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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