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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Le magist&#232;re et l'&#233;laboration doctrinale : ce qu'en dit Newman</title>
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		<dc:date>2025-08-01T16:09:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne</dc:subject>
		<dc:subject>Cardinal Newman</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Saint John Henry, cardinal Newman est un des plus grands penseurs catholiques du XIXe si&#232;cle et m&#234;me de l'histoire. Le pape L&#233;on XIV le met maintenant au rang de Docteur de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de ses contributions majeures est sa r&#233;flexion sur le d&#233;veloppement de la Doctrine chr&#233;tienne : il monter la possibilit&#233; et la n&#233;cessit&#233; d'un tel d&#233;veloppement, mais dans une optique de continuit&#233; profonde, et non de rupture ou de remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera ci-apr&#232;s une analyse de sa pens&#233;e, extraite de mon livre &#171; La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &#187; (Art&#232;ge Lethielleux 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Revelation-chretienne-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Cardinal-Newman-+.html" rel="tag"&gt;Cardinal Newman&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/cardinal-63163_640.jpg?1787417295' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Saint John Henry, cardinal Newman est un des plus grands penseurs catholiques du XIXe si&#232;cle et m&#234;me de l'histoire. Le pape L&#233;on XIV le met maintenant au rang de Docteur de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de ses contributions majeures est sa r&#233;flexion sur le d&#233;veloppement de la Doctrine chr&#233;tienne : il montre la possibilit&#233; et la n&#233;cessit&#233; d'un tel d&#233;veloppement, mais dans une optique de continuit&#233; profonde, et non de rupture ou de remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera ci-apr&#232;s une analyse de sa pens&#233;e, extraite de mon livre &#171; &lt;i&gt;La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps&lt;/i&gt; &#187; (Art&#232;ge Lethielleux 2018) pr&#233;sent&#233; ici : &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-Revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-Re...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Centralit&#233; de l'Eglise &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Distinguer la v&#233;rit&#233; de l'erreur &#224; partir du donn&#233; r&#233;v&#233;l&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que signifie une pr&#233;tention aussi extraordinaire de la part de l'Eglise catholique ? Le grand penseur qu'&#233;tait le cardinal Newman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Henry Cardinal Newman An Essay on the Development of Christian Doctrine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est peut-&#234;tre celui qui a &#233;labor&#233; les vues les plus f&#233;condes sur ce sujet, d&#232;s le XIXe si&#232;cle : rappelons-les. Il pose d'abord le probl&#232;me du choix entre l'Eglise catholique et les autres voies chr&#233;tiennes, le point central &#233;tant de savoir si oui ou non la promesse de l'Esprit, la promesse d'infaillibilit&#233; pour prononcer le mot fatidique, a &#233;t&#233; faite &#224; l'Eglise catholique. Or dit-il si l'Esprit a r&#233;v&#233;l&#233; &#224; l'humanit&#233; les donn&#233;es de base lui permettant de trouver la voie de son salut, il a d&#251; en m&#234;me temps lui donner le moyen de comprendre, sans risque d'erreur, o&#249; &#233;tait cette v&#233;rit&#233; et comment elle pouvait se comprendre. L'Eglise pr&#233;tend pr&#233;cis&#233;ment avoir cette mission. Le point ensuite est de savoir si cette pr&#233;tention est justifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient d'abord dit-il de regarder si, dans la Tradition elle-m&#234;me, dans l'enseignement que les chr&#233;tiens ont tir&#233; de la R&#233;v&#233;lation, le r&#244;le de l'Eglise appara&#238;t assez t&#244;t. Newman rappelle &#224; ce sujet que les nombreux t&#233;moignages qui plaident en faveur de cette Eglise sont plus anciens que de nombreux &#233;l&#233;ments de foi qui sont pourtant indiscut&#233;s par les autres chr&#233;tiens : c'est le cas de l'imp&#233;ratif d'unit&#233;, du primat de Pierre, du d&#233;veloppement doctrinal des premiers si&#232;cles etc. En d'autres termes, celui qui remonte dans l'histoire de l'Eglise trouve que &lt;i&gt;les &#233;l&#233;ments qui accr&#233;ditent la th&#232;se catholique d'un r&#244;le central du magist&#232;re, apparaissent &lt;/i&gt; avant &lt;i&gt;de nombreux autres d&#233;veloppements doctrinaux que les autres chr&#233;tiens admettent pourtant&lt;/i&gt;. Il appara&#238;t donc dit-il que l'Eglise du Christ, d&#232;s qu'elle a commenc&#233; &#224; penser sur elle-m&#234;me, &#224; s'exprimer dans un langage r&#233;flexif, a mis en avant des &#233;l&#233;ments typiquement catholiques sur le magist&#232;re, bien avant qu'elle n'&#233;labore des positions de fond admises par tous les chr&#233;tiens aujourd'hui. En sens inverse, si on r&#233;cuse l'Eglise catholique, il faut remonter tr&#232;s t&#244;t dans cette n&#233;gation, pratiquement aux origines, et alors abandonner des &#233;l&#233;ments de d&#233;finition doctrinale aussi essentiels que la Trinit&#233;, l'Incarnation, la nature du Christ etc. &lt;i&gt;C'est en effet une Eglise qui est substantiellement l'Eglise catholique qui a d&#233;fini tous ces &#233;l&#233;ments essentiels du christianisme, m&#234;me protestant.&lt;/i&gt; D&#232;s lors, celui qui r&#233;cuse le catholicisme doit revenir &#224; un niveau extr&#234;mement primitif de formulation, en fait &#233;vanescent, car ant&#233;rieur aux premiers textes doctrinaux disponibles puisque ceux-ci sont d&#233;j&#224; catholiques. En revanche, qui admet cette r&#233;flexion collective et sa justesse doit reconna&#238;tre que d&#232;s les origines l'Eglise s'est comprise comme fond&#233;e en v&#233;rit&#233;, garantie par l'Esprit, et que c'est sur cette base qu'elle a proclam&#233; ces principes essentiels ; on ne peut fonder cela que sur un principe d'infaillibilit&#233; qui trouve alors sa pleine logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute l'argument plus th&#233;ologique esquiss&#233; ci-dessus. Il para&#238;t naturel de penser que le Cr&#233;ateur a voulu intervenir dans les affaires humaines (l'Eternit&#233; dans le temps), en pr&#233;voyant de transmettre une connaissance de Lui claire et distincte, afin de r&#233;sister &#224; la formidable &#233;nergie du scepticisme. Non seulement une r&#233;v&#233;lation est indispensable, mais elle ne suffit pas : il faut en outre &lt;i&gt;un guidage, car tout discours m&#234;me r&#233;v&#233;l&#233; restera toujours susceptible d'interpr&#233;tations multiples, surtout un discours &#233;labor&#233; au cours du temps et qui est r&#233;cit d'une histoire&lt;/i&gt;. Ce qui d&#233;bouche sur un pouvoir fiable (donc infaillible). Non en faisant mat&#233;riellement dispara&#238;tre la libert&#233; de pens&#233;e, mais &lt;i&gt;en offrant un guidage pour ceux qui ont compris le v&#233;ritable sens de la confiance dans l'autorit&#233; du magist&#232;re, et qui l'acceptent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;veloppement doctrinal&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on comprend ainsi le r&#244;le du magist&#232;re, on constate &#224; quel point il est li&#233; &#224; la question du d&#233;veloppement doctrinal. Car s'il s'agissait d'en rester au seul texte r&#233;v&#233;l&#233;, suppos&#233; transparent, point ne serait besoin d'un magist&#232;re : on l'a dit, l'Islam en offre un exemple, le Coran &#233;tant suppos&#233; atemporel et &#8216;&#233;vident'. Dans le christianisme, le principe de d&#233;veloppement est pr&#233;sent d&#232;s les origines, et il donne son unit&#233; &#224; toute l'histoire catholique. D&#233;veloppement veut dire que la communaut&#233; des croyants a re&#231;u avec la R&#233;v&#233;lation un d&#233;p&#244;t, qu'elle est tenue non seulement de transmettre mais de d&#233;velopper, pas pour y ajouter des &#233;l&#233;ments nouveaux, mais pour le comprendre et l'expliciter dans sa pl&#233;nitude. Et que pour cela l'assistance de l'Esprit lui est donn&#233;e, dans le cadre de l'Eglise instaur&#233;e par le Christ. &lt;i&gt;C'est &#224; nouveau un ph&#233;nom&#232;ne philosophiquement remarquable, en fait unique dans l'histoire humaine, que ce d&#233;veloppement avec approfondissement, &#233;tal&#233; avec coh&#233;rence sur plusieurs si&#232;cles ou mill&#233;naires, et en outre sur plusieurs civilisations. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En langage moderne, il comporte &#224; la fois un &#233;l&#233;ment de tradition et de transmission, qui est &#233;vident, mais aussi une forme de &#8216;progr&#232;s', si on peut d&#233;tourner ce mot de l'usage actuel. On devrait en effet ne parler v&#233;ritablement de progr&#232;s que lorsque l'&#233;l&#233;ment qui suit n'annihile pas l'&#233;l&#233;ment pr&#233;c&#233;dent, mais en rend compte et le d&#233;veloppe. Si au contraire chaque nouveaut&#233; vide de sens l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, d'une part on ne voit pas sur quoi elle base ses propres pr&#233;tentions au respect ; et d'autre part il est s&#251;r d'avance qu'elle sera balay&#233;e &#224; son tour. Son seul m&#233;rite est alors d'&#234;tre ce qui domine &#224; une &#233;poque donn&#233;e ; mais ce n'est pas un argument convaincant ou contraignant pour les consciences : rien n'emp&#234;che alors chacun de penser &#224; sa guise. Et bien entendu c'est exclusif d'un propos de v&#233;rit&#233;. C'est comme on le reverra plus en d&#233;tails le d&#233;faut principal de ce qu'on peut appeler l'historicisme, cette forme de relativisme appliqu&#233;e aux &#8216;v&#233;rit&#233;s' historiques successives. D&#232;s lors, pour qu'il y ait v&#233;ritablement progr&#232;s, au sens d'une situation qui est &#224; chaque &#233;tape &#8216;sup&#233;rieure' au moins dans son explicitation &#224; celles qui la pr&#233;c&#233;dent, il faut qu'il y ait communication avec le pass&#233;, c'est-&#224;-dire prise en charge de ses r&#233;sultats par ce qui suit, avec un tri justifi&#233; objectivement entre ce qui m&#233;rite de poursuivre, et le reste. Il faut donc &#224; nouveau ce qu'on appelle une tradition, pour qu'il y ait prise en charge, et une autorit&#233;, pour qu'on puisse authentifier la s&#233;lection entre les d&#233;veloppements fid&#232;les et les autres. Et la plus naturelle est celle qui non seulement a fonctionn&#233; pendant quinze ou vingt si&#232;cles ; et qui en outre nous a transmis la r&#233;f&#233;rence de base elle-m&#234;me, les Ecritures - car c'est historiquement l'autorit&#233; de l'Eglise qui nous a donn&#233; les Ecritures. Dit autrement, &#224; nouveau, &lt;i&gt;le m&#234;me mouvement qui conduit &#224; reconna&#238;tre une autorit&#233; dans les Ecritures elles-m&#234;mes, conduit &#224; en chercher une pour leur interpr&#233;tation, et &#224; reconna&#238;tre pour cela l'entit&#233; qui nous a enseign&#233; et transmis les Ecritures et les interpr&#232;te depuis les origines.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Autorit&#233; et discipline&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette optique, nous dit Newman, il est normal et n&#233;cessaire que l'Eglise demande aux fid&#232;les une adh&#233;sion &#224; son magist&#232;re. Cela n'implique pas de servitude pour notre esprit, car ce qui lui est propos&#233; est l'adh&#233;sion libre &#224; l'Esprit, coh&#233;rente avec la foi. Cela ne se traduit en pratique pas non plus par une st&#233;rilisation ; ce qu'on constate au contraire est une remarquable productivit&#233; intellectuelle, qui est caract&#233;ristique dit-il des p&#233;riodes de force de l'autorit&#233; eccl&#233;siastique. Il est &#224; noter aussi que l'autorit&#233; est en d&#233;finitive limit&#233;e &#224; un assez petit nombre de d&#233;finitions fondamentales, et toujours li&#233;e par l'Ecriture et la Tradition. En fait, les jugements priv&#233;s et la prolif&#233;ration des opinions diverses sont une caract&#233;ristique constante de la vie de l'Eglise, normale et en soi bonne ; il y a comme un jeu altern&#233; entre ces opinions et l'autorit&#233;. &lt;i&gt;L'infaillibilit&#233; correspond donc &#224; un besoin pr&#233;cis, et &#224; ce besoin seulement : limiter l'extravagance de la pens&#233;e, pas supprimer sa libert&#233;&lt;/i&gt;, et pour cela en rester &#224; un axe qui n'est que le prolongement de l'autorit&#233; d&#233;j&#224; reconnue par d&#233;finition, si on est chr&#233;tien, celle de la R&#233;v&#233;lation. Quel est le poids qu'exerce par exemple sur l'esprit ou la conscience l'obligation actuelle de croire &#224; l'Immacul&#233;e conception ? On sait que saint Bernard ou saint Thomas n'&#233;taient pas convaincus de cette id&#233;e, alors non d&#233;finie comme dogme. Mais dit Newman s'ils vivaient aujourd'hui, ils l'accepteraient ; car cette acceptation est le fruit de la lente construction de l'Eglise, et de si&#232;cles de d&#233;bats. En l'esp&#232;ce, huit si&#232;cles pour une d&#233;finition nouvelle. Mais qui d&#233;sormais appara&#238;t pleinement naturelle, du moins aux esprits ouverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut en revanche para&#238;tre plus difficile &#224; comprendre, du moins &#224; notre &#233;poque, que l'autorit&#233; eccl&#233;siale puisse intervenir dans la discipline ordinaire de l'Eglise, en particulier en mati&#232;re de livres, de morale personnelle etc. En effet l'Eglise elle-m&#234;me reconna&#238;t ne pas &#234;tre infaillible en la mati&#232;re : de quel droit alors imposer ses vues ? Mais comme dit Newman, on peut en dire autant des communaut&#233;s protestantes, qui ne se privent pas d'exercer un contr&#244;le mutuel. A notre &#233;poque, on pourrait ajouter, a fortiori, que l'opinion publique, ou les m&#233;dias, exercent une surveillance comparable, de fa&#231;on parfois sourcilleuse (le politiquement correct). Mais au-del&#224; de ces consid&#233;rations, l'important est de voir le r&#244;le de cette autorit&#233;, qui est de guidage collectif. Il s'agit en d&#233;finitive du devoir du pasteur d'orienter les choses au mieux, et notamment de prot&#233;ger ce qui dans la vie collective peut &#234;tre menac&#233; par des initiatives anarchiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce peut &#234;tre notamment pour des raisons de maturation : il existe des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour l'individu, il s'agit de tenir compte de la remarque qui lui est faite par son pasteur, qu'il ne peut pas ignorer. Personne ne lui demande une discipline int&#233;rieure hypocrite ; mais il doit tenir compte de la l&#233;gitime r&#233;gulation collective, m&#234;me s'il n'est pas d'accord avec une d&#233;cision particuli&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Newman ajoute que les s&#233;v&#233;rit&#233;s pass&#233;es &#233;taient en g&#233;n&#233;ral justifi&#233;es, avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question des non-catholiques&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment alors traiter le cas de ceux qui se trouvent dans un contexte tel que l'acc&#232;s &#224; cette tradition, et plus encore l'acceptation de cette autorit&#233;, ne vont pas pour eux de soi, ce qui est le cas notamment des non-chr&#233;tiens ou des non-catholiques, notamment s'ils sont n&#233;s tels ? Car les m&#234;mes motifs de fid&#233;lit&#233; &#224; sa tradition peuvent les pousser &#224; rester non-chr&#233;tiens ou non-catholiques. Selon Newman, on arrive &#224; la v&#233;rit&#233; par une accumulation de probabilit&#233;s. Mais pour passer de ces probabilit&#233;s &#224; la foi, la force motrice est J&#233;sus-Christ ; elle n'op&#232;re que si notre volont&#233; coop&#232;re avec Lui. En d'autres termes, les arguments intellectuels ne suffisent pas pour deux raisons : d'une part parce qu'ils ne s'imposent pas avec l'&#233;vidence implacable d'une d&#233;monstration math&#233;matique ; et d'autre part parce que m&#234;me si une d&#233;monstration tr&#232;s solide &#233;tait apport&#233;e, et que bien s&#251;r la gr&#226;ce &#233;tait pr&#233;sente, il serait toujours possible de la refuser, du fait du libre-arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de son exp&#233;rience personnelle (il vient de l'anglicanisme), Newman nous dit que quelqu'un qui part d'une conception erron&#233;e, mais reposant sur une tradition respectable, doit la poursuivre avec une fid&#233;lit&#233; ob&#233;issante. La voie juste consiste donc d'abord &#224; embrasser la religion qui est devant nous - m&#234;me s'il se trouve qu'elle est par ailleurs objectivement fausse. En effet, les semences de v&#233;rit&#233; qu'elle contient ont un pouvoir d'autocorrection et de germination, de sorte que si Dieu le veut, on sera conduit &#224; approfondir sa foi et de ce fait, par ob&#233;issance encore, &#224; l'abandonner si elle est erron&#233;e. On est ici tr&#232;s loin des conceptions modernes (d'ailleurs incoh&#233;rentes) qui admettent l'&#233;quivalence des voies : il y a une voie juste, qui est dans cette optique la foi catholique ; mais en m&#234;me temps des situations culturelles, sociales ou historiques diverses conduisent de nombreux hommes &#224; ne pas la conna&#238;tre. Qu'ils embrassent alors avec loyaut&#233; et fid&#233;lit&#233; leur religion, et l'approfondissent avec honn&#234;tet&#233; ; et ils pourront d&#233;couvrir la voie v&#233;ritable, si cela correspond &#224; ce que la Providence souhaite et au vu de leur situation. A condition, ajouterai-je, de rester attentifs &#224; la voix qui leur parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La th&#232;se oppos&#233;e : le &#171; lib&#233;ralisme &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception oppos&#233;e &#224; celle-ci est ce que Newman appelle &#8216;lib&#233;ralisme', qu'on peut r&#233;sumer comme suit : fonder les doctrines religieuses sur la raison, la compr&#233;hension qu'on en a, ou l'opinion ; ne pas accepter d'autorit&#233; ext&#233;rieure ; mettre la science au-dessus de la R&#233;v&#233;lation ; soumettre le christianisme &#224; l'Histoire (c'est-&#224;-dire le relativiser historiquement) ; donner un caract&#232;re absolu aux jugements priv&#233;s ou &#224; la conscience - m&#234;me immoraux ; consid&#233;rer que le pouvoir la&#239;c n'a pas le devoir de maintenir la v&#233;rit&#233; religieuse ou inversement qu'il peut r&#233;guler les mati&#232;res religieuses ; dire que le peuple est la seule source l&#233;gitime du pouvoir ; estimer que la connaissance est en soi source de vertu. Cette simple &#233;num&#233;ration montre l'importance de la r&#233;volution copernicienne qu'a op&#233;r&#233;e le XIXe si&#232;cle ; elle reste, comme on le voit, de nos jours plus que jamais d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Newman consid&#232;re que ce &#8216;lib&#233;ralisme' est une fausse libert&#233; de pens&#233;e, notamment lorsqu'elle s'applique &#224; des domaines que l'esprit humain est incapable de ma&#238;triser et m&#234;me de saisir. Ce point est &#224; mon sens essentiel : il nous rappelle que, au vu des &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;dents, dans un cadre de foi, &lt;i&gt;l'utilisation d'une d&#233;marche de jugement purement individuel appliqu&#233;e &#224; la R&#233;v&#233;lation est irrationnelle&lt;/i&gt;. Ce qui fonde le primat de la pens&#233;e individuelle &#8216;lib&#233;rale' est en r&#233;alit&#233; une sorte de nouvelle foi, non plus en Dieu, mais &#171; en l'homme &#187; ainsi con&#231;u. Mais, et le point est essentiel, &lt;i&gt;qui &#233;rige la pens&#233;e individuelle en juge absolu se ferme alors&lt;/i&gt; ipso facto &lt;i&gt;&#224; la R&#233;v&#233;lation&lt;/i&gt;. La capacit&#233; de pens&#233;e individuelle est incommensurable &#224; Dieu. Elle doit donc, dit-il, &#234;tre remplac&#233;e par la question : o&#249;, quand et comment Dieu s'est-il r&#233;v&#233;l&#233; ? L'exp&#233;rience montre en outre la st&#233;rilit&#233; anarchique de l'exploration individuelle en la mati&#232;re, faute de crit&#232;re objectif. Plus profond&#233;ment, dit-il, ce sont tous les principes premiers qui &#233;chappent &#224; la capacit&#233; cr&#233;atrice individuelle. Tout individu qui pense ou ressent quoi que ce soit consciemment le fait &#224; partir de donn&#233;es et de r&#233;f&#233;rences qui &#224; 99% sont issues de la soci&#233;t&#233; qui l'entoure et donc de ce qu'on peut appeler au sens large la tradition. Affirmer le primat cr&#233;ateur exclusif de la conscience individuelle est donc inepte en g&#233;n&#233;ral, et totalement dans un domaine comme la foi, qui d&#233;passe infiniment par nature ces capacit&#233;s individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une cons&#233;quence particuli&#232;re, inattendue pour l'esprit moderne, qui est ce que Newman traite sous le terme d'&#171; &#233;conomie &#187;, et qui consiste &#224; ne pas expliquer, par principe, une doctrine sacr&#233;e &#224; quelqu'un qui n'est pas pr&#233;par&#233; pour cela. Ce qu'il rapproche du pr&#233;cepte &#233;vang&#233;lique : ne pas jeter de perles aux pourceaux. Dans la Bible, la Providence n'a r&#233;v&#233;l&#233; que progressivement les v&#233;rit&#233;s qu'elle enseignait. Par exemple Dieu a longtemps accept&#233; que soit faite de Lui une pr&#233;sentation en partie anthropomorphique, car les esprits n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; comprendre ce que pouvait &#234;tre un Esprit infini, incommensurable &#224; l'homme. En d'autres termes, &lt;i&gt;si la foi rel&#232;ve d'un domaine qui transcende la capacit&#233; spontan&#233;e de la raison individuelle, on ne doit tenter de la transmettre qu'&#224; celui qui est pr&#234;t pour cela&lt;/i&gt; - non pas &#224; quelqu'un qui aurait la formation intellectuelle appropri&#233;e, mais &#224; qui est m&#251;r. Nous retrouvons le r&#244;le essentiel du temps, cette fois du temps du d&#233;veloppement personnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici mon Temps Histoire Eternit&#233;, Parole et Silence 2005. ; pr&#233;sent&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car au fond, la foi est affaire de relations entre personnes, qui se d&#233;roulent toujours dans le temps. Ce qui nous &#233;claire aussi &lt;i&gt;un paradoxe apparent d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; : le domaine de la Foi, qui nous rapporte &#224; une Eternit&#233; plus radicalement hors du temps que toutes les v&#233;rit&#233;s scientifiques ou philosophiques, voit son apprentissage et sa compr&#233;hension, individuelle comme collective, s'inscrire bien plus que celles-ci dans un d&#233;roulement temporel. Car cet apprentissage de l'Eternit&#233; est transformation, et nous ne devenons autres (et nous-m&#234;mes) qu'au fil du temps.&lt;/i&gt; C'est bien par le temps que nous nous ouvrons &#224; l'Eternit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;veloppement de la doctrine chr&#233;tienne selon Newman&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;veloppement d'une id&#233;e en g&#233;n&#233;ral, selon Newman&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#171; la question du d&#233;veloppement dans le temps de l'explicitation de la R&#233;v&#233;lation, notamment dans le travail de formulation et d'authentification du magist&#232;re. Newman est &#224; nouveau celui qui a propos&#233; sur ce point la conception la plus &#233;labor&#233;e. Il fournit un heureux antidote aux th&#232;ses que nous venons d'&#233;voquer. Comme comprend-il la possibilit&#233; d'un d&#233;veloppement fid&#232;le, dans le temps, d'une v&#233;rit&#233; en soi immuable, qui appartient au d&#233;p&#244;t de la foi et &#233;tait donc pr&#233;sente dans la R&#233;v&#233;lation d&#232;s le d&#233;but ? Son id&#233;e de base est la distinction fondamentale &#224; faire entre raison explicite et raison implicite : &lt;i&gt;on peut avoir une id&#233;e claire d'une doctrine, la &#8216;poss&#233;der', sans pour autant &#234;tre &#224; m&#234;me d'en exprimer toute la logique et toutes les cons&#233;quences.&lt;/i&gt; Dans la vie courante elle-m&#234;me, on peut avoir une vision sans pouvoir l'expliciter, voire m&#234;me sans en &#234;tre conscient. En mati&#232;re religieuse, cette constatation implique que l'absence de formulation dogmatique pendant une p&#233;riode ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre pr&#233;sente de fa&#231;on latente, plus ou moins ressentie mais non exprimable, dans les p&#233;riodes ant&#233;rieures. &lt;i&gt;Une v&#233;rit&#233; peut rester inexprim&#233;e pendant des si&#232;cles, alors m&#234;me qu'elle a &#233;t&#233; &#8216;la vie secr&#232;te de millions d'&#226;mes fid&#232;les'. &lt;/i&gt; Le point central est la coexistence de ces deux termes : d'un c&#244;t&#233;, l'id&#233;e n'a pas &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e explicitement, voire pas m&#234;me consciemment ; mais de l'autre, elle a pu et peut effectivement habiter et mouvoir des &#234;tres, dans sa v&#233;rit&#233;. Cela veut dire aussi que le d&#233;veloppement ult&#233;rieur ne peut &#234;tre une addition au sens propre : &#171; &lt;i&gt;l'Eglise n'en sait pas plus que ne le savaient les Ap&#244;tres&lt;/i&gt; &#187; (Essay op. cit. p. xxiii), &lt;i&gt;qui avaient la pl&#233;nitude de la r&#233;v&#233;lation&lt;/i&gt;. Ils pouvaient donc avoir les id&#233;es sans en &#234;tre explicitement conscients. &#171; &lt;i&gt;They would without words know all the truths concerning the high doctrines of theology, which controversialists after them have [&#8230;] reduced to formulae, and developed through arguments&lt;/i&gt;. &#187; Jusqu'&#224; leur d&#233;veloppement explicite, de telles id&#233;es sont tenues par l'Eglise implicitement, donc sans les soumettre &#224; ses pouvoirs de r&#233;flexion et de raisonnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;implicitly and without subjecting them to its reflecting and reasoning (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais un ap&#244;tre qui aurait &#233;t&#233; plac&#233; devant une interrogation formelle comme le fera ult&#233;rieurement l'Eglise, aurait r&#233;pondu la m&#234;me chose qu'elle, parce que sa doctrine implicite est la m&#234;me que la sienne, et aussi compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, il faut aller au-del&#224; de la mat&#233;rialit&#233; du langage : dans le d&#233;veloppement de la foi, il n'y a pas eu adjonction r&#233;guli&#232;re d'id&#233;es ou de th&#232;mes nouveaux, non attest&#233;s par la foi initiale, mais au contraire d&#232;s le d&#233;but une intuition g&#233;n&#233;rale, renfermant tous les aspects peu &#224; peu explicit&#233;s P&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Grelot La foi en J&#233;sus-Christ &#224; l'aube du christianisme. Revue thomiste T. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du christianisme, cette analyse prend un sens et une dimension particuli&#232;re, puisque la Providence est l&#224; pour garantir cette fid&#233;lit&#233;. Mais le point de d&#233;part est pr&#233;sent&#233; par Newman comme g&#233;n&#233;ral et potentiellement valable pour toutes les id&#233;es ou doctrines (il nous cite ainsi le droit divin des rois, les droits de l'homme, le libre-&#233;change, l'utilitarisme, l'&#233;picurisme etc.&#8230;). Au d&#233;but nous dit-il (p. 37), ceux qui s'en sont convaincus ne les connaissent pas de fa&#231;on claire et explicite, d'o&#249; une agitation g&#233;n&#233;rale, et des conflits entre interpr&#233;tations possibles. Puis petit &#224; petit les diff&#233;rents aspects en sont mis en lumi&#232;re, et un enseignement bien d&#233;fini &#233;merge, combinant les aspects vari&#233;s que chacun avait vu s&#233;par&#233;ment, de sorte qu'elle est, de fa&#231;on alors visible, &#171; pour chaque esprit s&#233;par&#233;ment ce qu'au d&#233;but elle n'&#233;tait qu'&#224; eux tous pris ensemble &#187;. Elle sera &#233;galement confront&#233;e et aux autres doctrines, plus ou moins rivales, et aux circonstances concr&#232;tes, g&#233;ographiques, sociales etc., dans un vaste travail individuel et collectif. Elle pourra alors devenir, selon le cas, base ou r&#233;f&#233;rence de tel ou tel aspect de la vie collective, sans cesser d'&#234;tre la m&#234;me id&#233;e de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel d&#233;veloppement est dit-il n&#233;cessaire, et m&#234;me vital. Comme il le note, on dit parfois que le ruisseau est plus clair pr&#232;s de sa source ; mais ce n'est pas vrai d'une id&#233;e (p. 40), car elle d&#233;marre au contraire trouble et m&#233;lang&#233;e, et doit s'&#233;purer de ce qui lui est &#233;tranger ou temporaire. Au d&#233;part, on ne sait pas ce qu'elle va donner ; et elle peut rester pendant longtemps inactive. Elle est expos&#233;e &#224; des d&#233;fis, dangers et mutations. &#171; Elle change pour rester la m&#234;me &#187; (&lt;i&gt;it changes with them in order to remain the same&lt;/i&gt;) ; et c'est in&#233;vitable : &#171; ici-bas vivre c'est changer, et &#234;tre parfait c'est avoir chang&#233; souvent &#187; (&lt;i&gt;here below to live is to change, and to be perfect is to have changed often&lt;/i&gt;). Notons ce point important : d'un c&#244;t&#233; ce changement formel est n&#233;cessaire et b&#233;n&#233;fique ; mais d'une autre c&#244;t&#233; l'id&#233;e reste au fond la m&#234;me. Remarquons incidemment ici que nous retrouvons en un sens la dualit&#233; entre le temps et l'&#233;ternit&#233;. Comprenons en outre que ce d&#233;veloppement n'a rien &#224; voir avec la d&#233;duction d'un th&#233;or&#232;me &#224; partir d'un autre : ce n'est pas une pure d&#233;duction logique, accessible d&#232;s le d&#233;part &#224; tout esprit rationnel et comp&#233;tent. C'est un d&#233;veloppement qui n'est possible que dans le cours de l'histoire, par confrontation avec d'autres doctrines et avec des r&#233;alit&#233;s sociales, politiques et culturelles diverses ; et c'est un travail collectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve ici certaines des intuitions fortes du pape Fran&#231;ois (laisser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa fid&#233;lit&#233; essentielle &#224; l'id&#233;e de d&#233;part n'est en rien incompatible avec des d&#233;veloppements futurs. En d'autres termes c'est un &lt;i&gt;m&#251;rissement&lt;/i&gt;. En outre (pp. 56 sqq.), &#171; plus une id&#233;e doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e vivante, plus vari&#233;s seront ses aspects &#187;, et &#171; plus sa nature sera sociale et politique, plus les questions qu'elle soul&#232;ve seront compliqu&#233;es et subtiles, et plus son cours sera long et riche en &#233;v&#233;nements &#187;. &lt;i&gt;C'est donc sur ce domaine social et politique que l'attention doit se porter plus particuli&#232;rement. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;veloppement du christianisme &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que dans le cas du christianisme la base de la doctrine est donn&#233;e dans les Ecritures. Mais ces id&#233;es que la lettre du texte transmet, qui vont de l'&#233;crivain sacr&#233; &#224; son lecteur, la question est nous dit-il de savoir si &#171; elles atteignent le lecteur aussit&#244;t, compl&#232;tes et pr&#233;cises d&#232;s la premi&#232;re perception, ou si elles s'ouvrent dans son intellect et croissent jusqu'&#224; leur perfection avec le cours du temps &#187;. Or en pratique dit-il il est &#171; extravagant &#187; de penser que le Nouveau testament &#171; comprend les lin&#233;aments de toutes les formes possibles qu'un message divin assumera une fois soumis &#224; une multitude d'esprits &#187;. Ceci est particuli&#232;rement vrai de la part d'une religion enseign&#233;e par un Dieu incarn&#233;. Rien n'implique donc qu'il doive &#233;chapper sur ce point au sort commun aux autres r&#233;alit&#233;s humaines A cela s'ajoute le fait qu'il s'agit d'une religion &#224; vocation universelle, adapt&#233;e &#224; toutes les &#233;poques et les lieux ; il ne peut donc que &#171; varier en relation [&#8230;] avec le monde environnant, et donc se d&#233;velopper &#187;. Nous retrouvons ici la limite issue du fait m&#234;me que les textes r&#233;v&#233;l&#233;s ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s &#224; des &#233;poques pr&#233;cises, dans des langages donn&#233;s, et qu'ils sont donc en soi incapables de tout dire dans le d&#233;tail pour toujours. Ce d&#233;veloppement est en outre pr&#233;vu par les Ecritures (p. 73), comme en t&#233;moignent les paraboles sur le Royaume des Cieux et sa croissance (comparaison avec la graine de moutarde). On remarque ici, nous dit-il, le double caract&#232;re spontan&#233; et progressif de ce d&#233;veloppement. Comme tout d&#233;veloppement v&#233;ritable, ce n'est pas le fruit d'une volont&#233;, d'un enthousiasme ou d'un raisonnement ; cela r&#233;sulte de son &#171; pouvoir inn&#233; d'expansion dans l'esprit &#187;, li&#233; avec l'effort de r&#233;flexion et avec le d&#233;veloppement moral de l'esprit consid&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sp&#233;cificit&#233; de la R&#233;v&#233;lation, par rapport &#224; la religion naturelle, est en outre comme on sait l'introduction d'un facteur d'autorit&#233; (pp. 86 sqq.). La R&#233;v&#233;lation &#171; consiste dans la manifestation de l'invisible Puissance divine, ou dans la substitution de la voix d'un L&#233;gislateur &#224; la voix de la conscience &#187;. La conscience en revanche caract&#233;rise la religion naturelle. Or dit-il il faut ob&#233;ir &#224; l'une et &#224; l'autre, &#224; la conscience tout comme &#224; l'autorit&#233; de l'Eglise, m&#234;me si elles peuvent se tromper (sauf dans certains cas pour la seconde). A nouveau, la lecture de la Bible &#224; elle seule ne suffit pas ; nous avons besoin d'un guide. C'est la fameuse r&#233;plique de l'Ethiopien &#224; l'ap&#244;tre Philippe : comment puis-je comprendre les Ecritures, si je n'ai pas de guide ? D'o&#249; le r&#244;le de l'Eglise, d'autant plus convaincant qu'elle est la seule &#224; avoir cette pr&#233;tention &#224; l'infaillibilit&#233; : &#224; nouveau, s'il y a R&#233;v&#233;lation, il doit y avoir une autorit&#233; pour nous guider, et c'est la seule disponible. Il nous montre par ailleurs (notamment p. 95) avec force que le corps de doctrine d&#233;velopp&#233; par l'Eglise catholique est le seul coh&#233;rent et indiscut&#233; dans sa sph&#232;re, et qu'il n'a pas de rival comparable. En bref, le fait de base est l'existence m&#234;me de ces d&#233;veloppements et leur unicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ajoute que, dans une r&#233;alit&#233; comme celle du christianisme, d'abord &#171; il ne peut pas ne pas y avoir de d&#233;veloppements ; et ils sont n&#233;cessairement divins puisque le christianisme est divin &#187; ; ensuite &#171; ce sont ceux qui existent, puisqu'il n'y en a pas d'autres &#187; ; et enfin &#171; on les trouve justement l&#224; o&#249; des d&#233;veloppements vrais devaient &#234;tre trouv&#233;s, c'est-&#224;-dire dans les si&#232;ges historiques de l'enseignement apostolique et dans les maisons pleines d'autorit&#233; de tradition imm&#233;moriale &#187;. En outre (p. 155) de tels d&#233;veloppements sont in&#233;vitables, avec le temps et le besoin (&lt;i&gt;doctrine cannot but develop as time proceeds and need arises&lt;/i&gt;) et ils &#171; font partie du syst&#232;me divin, et [&#8230;] donc il est l&#233;gal, ou plut&#244;t n&#233;cessaire, d'interpr&#233;ter les mots et les actions de l'Eglise des d&#233;buts au moyen de l'enseignement plus d&#233;termin&#233; de l'Eglise ult&#233;rieure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;That its developments are parts of the Divine system, and that therefore it (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Ce point est significatif : &lt;i&gt;il l&#233;gitime l'usage des outils d&#233;velopp&#233;s ult&#233;rieurement pour comprendre les premi&#232;res &#233;tapes, loin de toute survalorisation f&#233;tichiste des seules pratiques de la primitive Eglise&lt;/i&gt;. Un bon exemple de tels d&#233;veloppements est selon lui celui de l'institution du pape et des &#233;v&#234;ques. L'&#233;mergence des &#233;v&#234;ques s'est faite nous dit-il &#224; la suite de troubles locaux ; puis celle de la papaut&#233;, &#224; la suite de troubles au niveau &#339;cum&#233;nique. Mais cela ne vaut pas dire qu'elles n'&#233;taient pas latentes - y compris dans la doctrine. Simplement cela n'a &#233;merg&#233; explicitement qu'avec le besoin. Les phrases de l'Evangile fondant la papaut&#233; n'ont pris leur sens plein que lorsque le besoin d'affirmation de celle-ci est devenu manifeste (et que les pers&#233;cutions sont pass&#233;es) ; et alors ce r&#244;le a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement accept&#233;, ce qui montre qu'il &#233;tait latent d&#232;s la p&#233;riode ant&#233;rieure (p. 151). L'autorit&#233; notamment doctrinale de Pierre et de ses successeurs, appuy&#233;e par les textes &#233;vang&#233;liques, pouvait op&#233;rer bien avant qu'on la traduise dans des dogmes ; de fait celui de l'infaillibilit&#233; a attendu le XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Crit&#232;res d'un d&#233;veloppement fid&#232;le : les notes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement un tel d&#233;veloppement doit, pour que ce terme soit justifi&#233;, &#234;tre fid&#232;le &#224; l'id&#233;e de d&#233;part. En effet il est non seulement concevable, mais r&#233;guli&#232;rement observ&#233;, que l'&#233;volution d'une id&#233;e ou d'une doctrine aboutisse &#224; sa corruption (pp. 170 sqq.), comprise comme la destruction d'un organisme qui ne fonctionne plus conform&#233;ment &#224; son &#234;tre. Dans le cas du message r&#233;v&#233;l&#233; une telle hypoth&#232;se serait d&#233;vastatrice. Encore faut-il pouvoir v&#233;rifier si c'est le cas. Pour cela Newman propose des crit&#232;res, qu'il appelle &#171; notes &#187;, qui sont surtout des crit&#232;res de coh&#233;rence. Passons-les en revue. On commencera par trois notes de coh&#233;rence et de permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re note est &lt;i&gt;la pr&#233;servation du &#8216;type', ce qu'on peut appeler la permanence dans l'&#234;tre&lt;/i&gt; de ce que l'on consid&#232;re, comme c'est le cas pour un animal dans son processus de croissance, qui reste fid&#232;le au type. Cela peut comporter des modifications substantielles, comme entre l'&#339;uf et l'oiseau. Pour cela, ce qui compte n'est pas la forme ext&#233;rieure : elle s'est maintenue entre la r&#233;publique romaine et le pouvoir imp&#233;rial d'Auguste, alors que la r&#233;alit&#233; &#233;tait radicalement modifi&#233;e ; tandis que, inversement, l'abandon trois si&#232;cles plus tard de ces formes par Diocl&#233;tien n'a pas chang&#233; la substance du pouvoir imp&#233;rial. Le maintien des formes ext&#233;rieures est m&#234;me souvent un mauvais signe, un signe de trahison par insuffisante adaptation, comme le montre l'histoire des Juifs dans l'Ancien testament. L'Evangile a accompli la Loi, alors m&#234;me qu'il pr&#233;sentait apparemment de notables diff&#233;rences par rapport &#224; elle (p. 177).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me note est &lt;i&gt;le respect des principes constitutifs&lt;/i&gt;. Les principes sont ce qu'il y a de permanent dans le d&#233;veloppement, ce qui ne se modifie pas, et qui est abstrait et g&#233;n&#233;ral. Ils se distinguent donc fondamentalement des doctrines, qui peuvent varier au cours de l'&#233;volution. Par l&#224; m&#234;me, ils peuvent n'appara&#238;tre que plus tard qu'elles dans l'&#233;volution, &#224; proportion m&#234;me de leur r&#244;le plus fondamental. En cas d'h&#233;r&#233;sie, ils sont un meilleur test que la doctrine, car si celle-ci change, les principes restent ; la doctrine peut passer d'un extr&#234;me &#224; l'autre, sans que l'orientation de base change ; par exemple, dans le cas du protestantisme, le principe de libre examen est un facteur commun permanent, au-del&#224; des fluctuations des' &#8216;sectes' dans tous les sens possibles. De sorte dit-il que le protestantisme (dont il vient lui-m&#234;me), d&#232;s qu'il affirme quelque chose, soit proclame des principes catholiques sans pouvoir les fonder, soit erre sur la base de son principe (de libre examen), mais sans pouvoir construire (p. 182).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me note est &lt;i&gt;la coh&#233;rence logique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Essay op. cit. pp. 189 sqq. Je garde les noms des notes de Newman, mais dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela ne signifie pas que le d&#233;veloppement se fasse par raisonnement logique &#224; partir de points de d&#233;part, comme on l'a vu. Mais cela implique que les &#233;tapes ult&#233;rieures restent logiquement coh&#233;rentes avec les standards des &#233;tapes ant&#233;rieures. La logique est un facteur de v&#233;rification de coh&#233;rence ex post, suivant le d&#233;veloppement naturel de la doctrine ; ce peut &#234;tre &#224; l'occasion aussi un facteur de d&#233;couverte et d'exploration. Ceci n'a cependant rien &#224; voir avec le rationalisme, qui voit dans la logique le seul facteur de d&#233;veloppement possible, voire le seul fondement, au d&#233;triment de la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces trois notes, on trouve un ensemble de crit&#232;res qui sont de coh&#233;rence dans la temporalit&#233;. La troisi&#232;me note est ainsi le pouvoir d'assimilation. L'id&#233;e est que ce qui est vivant cro&#238;t, et qu'il le fait en s'emparant et en assimilant des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs (pp. 185 sqq.). Une conception vivante est capable de prendre des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs &#224; elle et de se les assimiler. Une doctrine s&#251;re de soi et vivante a plus de libert&#233; pour assimiler, au-del&#224; des formes, qu'une doctrine fragile, qui s'en remet aux formes &#233;prouv&#233;es. Ceci se voit dit-il dans la libert&#233; d'allure de l'Eglise romaine. La cinqui&#232;me note est l'anticipation du futur. Cela veut dire que si une th&#232;se se d&#233;veloppe organiquement, on doit trouver dans ses d&#233;buts une anticipation de ce qui se d&#233;veloppera par la suite, m&#234;me si c'est de fa&#231;on primitive et partielle (pp. 195 sqq.). La sixi&#232;me note est une action conservatrice &#224; l'&#233;gard du pass&#233;, c'est-&#224;-dire le respect des acquis des &#233;tapes ant&#233;rieures du d&#233;veloppement (pp. 199 sqq.), tel que, en r&#233;action contre certaines caract&#233;ristiques d'une &#233;tape ant&#233;rieure, on ne va pas au-del&#224; du raisonnable, en remettant en cause ce qui en fait la valeur profonde. &#171; A true development then may be described as one which is conservative of the course of antecedent developments being really those developments and something besides them : it is an addition which illustrates, not obscures, corroborates, not corrects, the body of thought from which it proceeds ; and this is it characteristic as contrasted with a corruption&#8221;. On retrouve cette caract&#233;ristique de la doctrine orthodoxe, qui int&#232;gre toutes les r&#233;alit&#233;s et v&#233;rit&#233;s partielles des doctrines qu'elle rencontre. La septi&#232;me note est enfin la permanence de la vigueur ou vitalit&#233; (pp. 185 sqq.). La dur&#233;e est le signe d'un d&#233;veloppement fid&#232;le, maintenu sur dur&#233;e longue. Les h&#233;r&#233;sies sont normalement de dur&#233;e courte, et les aberrations ne durent pas. La t&#233;nacit&#233; est un signe de permanence de l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la force d'une id&#233;e va au-del&#224; de son expression, tout en &#233;tant lisible &#224; travers celle-ci : c'est ce qui est capable, &#224; del&#224; des fluctuations de l'expression ou de points d'application nouveaux, de demeurer dans sa figure, fid&#232;le &#224; ses principes, coh&#233;rent logiquement, ne r&#233;cusant pas ses expressions ant&#233;rieures, annon&#231;ant ses d&#233;veloppement futurs, capable d'int&#233;grer des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs et de d&#233;fendre ses principes de base et de durer. Ce qui traduit bien entendu la permanence dans le temps de sa fid&#233;lit&#233; &#224; son principe, qui est en l'esp&#232;ce &#233;ternel. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John Henry Cardinal Newman &lt;i&gt;An Essay on the Development of Christian Doctrine&lt;/i&gt; University of Notre Dame Press, Notre Dame IN, USA ; 1989 (edition of 1888).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce peut &#234;tre notamment pour des raisons de maturation : il existe des explorations mentales en soi justifi&#233;es, mais qui peuvent &#234;tre pr&#233;matur&#233;es dans un contexte donn&#233;, c'est-&#224;-dire dont l'&#233;lucidation doit &#234;tre renvoy&#233;e aux g&#233;n&#233;rations futures. Le bien collectif peut alors justifier une certaine prudence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Newman ajoute que les s&#233;v&#233;rit&#233;s pass&#233;es &#233;taient en g&#233;n&#233;ral justifi&#233;es, avec le recul dont nous disposons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici mon &lt;i&gt;Temps Histoire Eternit&#233;&lt;/i&gt;, Parole et Silence 2005. ; pr&#233;sent&#233; dans &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Temps-Histoire-Eternite.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Temps...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;&lt;i&gt;implicitly and without subjecting them to its reflecting and reasoning powers&lt;/i&gt;&#8221;. pp. 191-192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Grelot La foi en J&#233;sus-Christ &#224; l'aube du christianisme. Revue thomiste T. XCIX N&#176; 3 juillet-septembre 1999 pp. 539 sqq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On retrouve ici certaines des intuitions fortes du pape Fran&#231;ois (laisser m&#251;rir les choses avec le temps, ne pas aiguiser les conflits, prendre du recul par rapport aux id&#233;es insuffisamment &#233;labor&#233;es, viser une conception d'ensemble sans exclure une dimension etc.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;That its developments are parts of the Divine system, and that therefore it is lawful, or rather necessary, to interpret the words and deeds of the earlier Church by the determinate teaching of the later.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Essay&lt;/i&gt; op. cit. pp. 189 sqq. Je garde les noms des notes de Newman, mais dans un ordre diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel magist&#232;re catholique apr&#232;s Fratelli tutti ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html</guid>
		<dc:date>2020-10-05T14:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ne nous cachons pas : la nouvelle encyclique du pape Francois, sortie le 4 octobre, pose de s&#233;rieux probl&#232;mes &#224; tout catholique attach&#233; au magist&#232;re et &#224; son autorit&#233;. La doctrine nous enseigne que le magist&#232;re poss&#232;de un autorit&#233; qui s'impose au fid&#232;le catholique. Recevoir un texte du pape, solennel puisqu'il s'agit d'une encyclique, est donc un &#233;l&#233;ment important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors lorsque la lecture du texte, m&#234;me apr&#232;s due r&#233;flexion, et malgr&#233; une magnifique m&#233;ditation sur la fraternit&#233;, vous laisse une impression m&#233;lang&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fratelli-tutti-+.html" rel="tag"&gt;Fratelli tutti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ne nous cachons pas : la nouvelle encyclique du pape Francois, sortie le 4 octobre, pose de s&#233;rieux probl&#232;mes &#224; tout catholique attach&#233; au magist&#232;re. La doctrine nous enseigne que le magist&#232;re poss&#232;de un autorit&#233; qui s'impose au fid&#232;le. Naturellement le degr&#233; de cette autorit&#233; varie : de l'infaillibilit&#233; &#224; la simple soumission du c&#339;ur et de l'esprit. Et bien s&#251;r avec le pr&#233;sent texte on ne parle pas d'infaillibilit&#233; ; c'est ce qu'on appelle le &#8216;magist&#232;re authentique'. Mais la soumission du c&#339;ur et de l'esprit, c'est quand m&#234;me une exigence forte. Recevoir un texte du pape, solennel puisqu'il s'agit d'une encyclique, est donc un &#233;l&#233;ment important. Que faire alors lorsque la lecture du texte, m&#234;me apr&#232;s due r&#233;flexion, vous laisse une impression m&#233;lang&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r il y a dans ce texte une inspiration de fond qui est non seulement bienvenue, mais magnifique. Le rappel de l'importance de l'amiti&#233; sociale, de la fraternit&#233; envers tous les hommes, est un message chr&#233;tien fondamental. Dans notre &#233;poque mat&#233;rialiste et incroyante, on tend &#224; occulter de tous c&#244;t&#233;s que ce qui fait le premier ciment de la soci&#233;t&#233; est l'amiti&#233; entre citoyens, cette&lt;i&gt; philia&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; c&#233;l&#233;br&#233;e par Aristote, qu'on peut largement traduire par fraternit&#233;. Le pape le rappelle admirablement, et par l&#224; il se situe pleinement &#224; la fois dans l'exigence &#233;vang&#233;lique, et dans la ligne de la pens&#233;e classique. Comme il a pleinement raison de rappeler que toute pens&#233;e, toute action, doit &#234;tre &#224; la fois enracin&#233;e dans le local et la communaut&#233;, et ouverte vers l'universel. Ou que le relativisme et l'individualisme sont des plaies de la soci&#233;t&#233; moderne, encore aggrav&#233;s par les d&#233;veloppements r&#233;cents comme l'usage fait des r&#233;seaux sociaux. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des interrogations un peu trop nombreuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, o&#249; est le probl&#232;me ? Il vient du fait que le pape ne peut pas s'emp&#234;cher de m&#234;ler ce rappel essentiel avec ses conceptions politiques particuli&#232;res. Ce qui le conduit de fait, et sur ces interpr&#233;tations, &#224; aller bien au-del&#224; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Sans &#234;tre exhaustifs ni entrer dans les d&#233;tails, prenons quelques exemples caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Les migrations. Le pape argue de l'exemple du bon samaritain pour affirmer un droit absolu, sans limite, toujours et partout, de tout migrant pour aller s'installer l&#224; o&#249; il veut. Pas simplement le r&#233;fugi&#233; qui craint pour sa vie et fuit dans le pays le plus proche : non, tous ceux qui veulent am&#233;liorer leur niveau de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucun r&#244;le dans la d&#233;cision n'est donn&#233; &#224; la nation et &#224; la communaut&#233; nationale. Ce niveau fondamental de la vie politique est totalement pass&#233; sous silence. L'id&#233;e qu'il puisse y avoir mati&#232;re &#224; le prot&#233;ger par rapport &#224; une arriv&#233;e massive de nouveaux venus non d&#233;sir&#233;s qui peuvent la d&#233;s&#233;quilibrer radicalement n'est pas m&#234;me &#233;voqu&#233;e. En fait c'est l'id&#233;e m&#234;me de communaut&#233; organis&#233;e qui est absente. La diversit&#233; des cultures est vivement d&#233;fendue, mais rien n'indique comment l'assurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	La guerre juste. Le pape explique que la doctrine historique de la guerre juste n'a plus de valeur aujourd'hui. Elle &#233;tait pourtant, comme il le reconna&#238;t, encore dans le r&#233;cent cat&#233;chisme de l'Eglise catholique, publi&#233; dans un monde qui &#233;tait pour l'essentiel le m&#234;me que le n&#244;tre. La dissuasion nucl&#233;aire est combattue dans son principe, puisque la d&#233;tention m&#234;me des armes nucl&#233;aires est rejet&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, en 1990 il fallait donc laisser le Kowe&#239;t &#224; Saddam qui l'avait envahi. Tout ceci s'inscrit dans un vision ir&#233;nique de la vie internationale enti&#232;rement d&#233;connect&#233;e des r&#233;alit&#233;s : confiance totale dans l'ONU dont le renforcement est ardemment d&#233;sir&#233;, espoir de d&#233;nucl&#233;arisation int&#233;grale etc. (avec la Chine, la Russie et les Etats Unis, sans parler du Pakistan, d'Isra&#235;l et d'autres : on r&#234;ve ?). Voir sur le nucl&#233;aire mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-nucleaire-et-le-magistere.html, et sur la propension &#224; l'ir&#233;nisme chr&#233;tien http://www.pierredelauzun.com/Le-chretien-et-la-paix-dans-un.html.&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-nu...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	La peine de mort. Le pape laisse entendre que la doctrine admettant sa possibilit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; valable, car la dignit&#233; humaine l'exclurait. Il &#233;limine m&#234;me la prison &#224; vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement il &#233;vacue la doctrine traditionnelle, mais il n'examine m&#234;me pas ses arguments. Voir ici mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Continuite-doctrinale-du-magistere-catholique-le-cas-de-la-peine-de-mort.html.&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Conti...&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme sur le point pr&#233;c&#233;dent, soit on admet que la doctrine change, mais alors elle perd son autorit&#233;. Soit on l'interpr&#232;te dans la continuit&#233;, comme le recommandait Beno&#238;t XVI &#224; propos du Concile. Mais alors peine de mort et guerre juste restent possibles, quoique exclus pour notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Les doctrines et d&#233;rapages politiques d&#233;nonc&#233;s sont le populisme nationaliste et le n&#233;o-lib&#233;ralisme (non sans bons motifs d'ailleurs). Or il se trouve que dans les conceptions de l'&#233;poque toutes deux sont class&#233;es &#224; droite. Mais on ne trouve rien sur les d&#233;rives possibles de l'autre c&#244;t&#233;. Or la pens&#233;e dominante, celle qui inspire les m&#233;dias et l'ONU, est celle de gauche. Celle qui est la responsable de la majorit&#233; des morts atroces d'origine politique au XXe si&#232;cle (cent millions au moins). Celle qui r&#233;pand partout la culture de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien donc dans le texte qui permette de remettre en cause le totalitarisme chinois actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Comme c'est la coutume du pape, toute ce qui est &#233;conomique est toujours mauvais (sauf cinq lignes sur le r&#244;le noble de l'entrepreneur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi ce que le pape rel&#232;ve sur ce sujet correspond &#224; des r&#233;alit&#233;s. Mais l'&#233;conomie, les entreprises, les march&#233;s, ce n'est vraiment que cela ? Ne peut-on pas voir la r&#233;alit&#233; dans sa complexit&#233; ? Et notamment avec leur dimension b&#233;n&#233;fique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Le point le plus troublant n'est peut-&#234;tre pas l&#224; ; il est dans la place de la religion. L'essentiel du texte, portant sur la fraternit&#233;, est totalement compr&#233;hensible sans religion (m&#234;me s'il utilise abondamment les textes chr&#233;tiens). Mais tout &#224; coup &#224; la fin on apprend d'une part que cette fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, donc sans croyance en Dieu. Et d'autre part que la croyance en Dieu suffit, dans le cadre de n'importe quelle religion. D'o&#249; le r&#244;le exorbitant donn&#233; au cours du texte au grand imam d'Al Azhar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; deux s&#233;ries de questions graves. D'un c&#244;t&#233;, quelle fraternit&#233; est possible s'il faut pour cela absolument croire en Dieu ? Une bonne partie de la plan&#232;te n'y croit pas ou mal. Comment faire alors ? Comment &#234;tre fraternel au niveau politique avec quelqu'un qui ne l'est pas et apparemment ne peut pas l'&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, il n'y aurait donc pas de diff&#233;rence r&#233;elle entre christianisme et Islam ? Face &#224; la violence ? Mais lisons donc le Coran et les livres d'histoire ! Une de ces religions a &#233;t&#233; violente malgr&#233; ses textes, l'autre du fait de ses textes, et dans sa pratique constante. L'une alimente le terrorisme, l'autre pas. Sur le monoth&#233;isme et la violence voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-monotheisme-genere-t-il-immanquablement-l-intolerance-et-la-violence.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-mo...&lt;/a&gt; Et plus profond&#233;ment, si l'une est vraie, l'autre est fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc devant un dilemme. D'un c&#244;t&#233; le pape est notre pasteur, et nous devons l'&#233;couter ; nous devons donc nous impr&#233;gner de son message, pour ce qui concerne la foi et les m&#339;urs, donc en l'esp&#232;ce la morale et la spiritualit&#233;, qui doivent nous inspirer et nous mobiliser. D'un autre c&#244;t&#233;, nous devons faire la part du feu. Ce pape admirable par certains c&#244;t&#233;s est aussi un politique engag&#233;, assez clairement orient&#233; &#224; gauche, d'un id&#233;alisme confinant &#224; l'ir&#233;nisme, oubliant des pans entiers de la r&#233;alit&#233; commune, comme la communaut&#233; nationale, ce qu'est vraiment l'islam, ou tout simplement l'enracinement du p&#233;ch&#233; et de la violence dans la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc une fois de plus savoir discerner, comme d'ailleurs la tradition j&#233;suite nous y pousse. Il faut notamment sans doute distinguer trois niveaux dans l'action et la prise de parole de nos pasteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, justement le pasteur, qui nous exhorte au bien et &#224; la conversion au Dieu vivant qui nous a sauv&#233;s. Ce que le pape Fran&#231;ois fait avec &#233;nergie, conviction et talent, si nous savons l'&#233;couter. M&#234;me s'il m&#234;le cet appel d'autres consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, le magist&#232;re, l'enseignement de la doctrine et donc son d&#233;veloppement, qui ne peuvent se faire dans la contradiction sauf &#224; se ruiner, comme je le rappelle dans mon livre sur la R&#233;v&#233;lation &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-Revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-Re...&lt;/a&gt; et ensuite sur la crise actuelle &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Crise...&lt;/a&gt; (du magist&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, en faisant la part des choses. Tout pasteur, ce pape comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, a aussi ses vues personnelles, m&#234;me si le pape Fran&#231;ois va bien plus loin que ses pr&#233;d&#233;cesseurs dans le m&#233;lange des genres. Mais l'autorit&#233; du magist&#232;re ne les couvre pas. J'examine cette question en d&#233;tails dans &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Limites-du-magistere-catholique-l-exemple-de-l-economie.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Limit...&lt;/a&gt;, &#224; propos de l'&#233;conomie. Il y a bien une limite au magist&#232;re : cela ne vise que la foi et les m&#339;urs (la morale) bien s&#251;r (comme les textes fondateurs le rappellent), mais y &#233;chappent aussi la r&#233;alit&#233; des faits (scientifiques ou autres), ainsi que les choix prudentiels, qui eux incombent aux fid&#232;les, et notamment aux politiques (et donc en un sens &#224; nous tous). L&#224; le magist&#232;re n'a plus son r&#244;le. Nous devons l'&#233;couter certes, mais il n'y a plus de rapport d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecouter avec ce discernement, lucide mais parfois douloureux, est au fond l'hommage &#224; rendre &#224; nos pasteurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Limites du magist&#232;re catholique : l'exemple de l'&#233;conomie</title>
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		<dc:date>2019-04-20T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans la foi catholique. Mais quelle est la vraie port&#233;e et quelles sont les limites du magist&#232;re ? C'est une question essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En principe le champ du magist&#232;re est la &#8216;foi' et les &#8216;m&#339;urs' (c'est-&#224;-dire la morale). Et les questions scientifiques et techniques en sont exclues. Mais o&#249; passe la limite entre les deux ? C'est ce que j'examine ici dans le cas de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans la revue 'Sedes Sapientiae' N&#176; 147 mars 2019, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question des limites du magist&#232;re : exemples tir&#233;s du champ &#233;conomique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans la foi catholique. Comme on sait, il est demand&#233; au fid&#232;le soit une adh&#233;sion pleine (magist&#232;re extraordinaire ou ordinaire universel), soit une soumission du c&#339;ur et de l'esprit (magist&#232;re authentique), ce qui est une exigence tr&#232;s forte m&#234;me dans le deuxi&#232;me cas. Ce qui fait de la question de la port&#233;e et des limites du magist&#232;re une question essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes, et notamment le Code de droit canonique pr&#233;cisent tous que le champ du magist&#232;re est la &#8216;foi et les m&#339;urs' (la morale). En revanche les questions scientifiques et techniques en sont en principe exclues. L'application de ce dernier crit&#232;re peut soulever des probl&#232;mes dont les enjeux sont importants et doivent &#234;tre abord&#233;s. C'est ce que je vais &#233;voquer ici, en prenant pour exemple non pas le domaine des sciences dites dures, mais celui des &#8216;sciences humaines' car la d&#233;limitation entre la dimension factuelle ou scientifique, et la dimension normative ou &#233;thique y est particuli&#232;rement d&#233;licate. Je me concentrerai en outre sur l'&#233;conomie, relativement plus technique et plus facile &#224; cerner que le politique par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de clarifier cette question appara&#238;t d'autant plus en la mati&#232;re que tout jugement moral comporte entre autres une appr&#233;ciation de la situation examin&#233;e ; or dans le champ des affaires humaines, cet examen inclut de fa&#231;on parfois essentielle une dimension technique ou scientifique. Il est donc non seulement possible mais presque in&#233;vitable que toute expression du magist&#232;re dans ces domaines comporte, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension &#233;thique, pour laquelle il est comp&#233;tent, une dimension d'analyse factuelle pour laquelle il n'est a priori pas comp&#233;tent, du moins par nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la question examin&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bref rappel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas inutile de commencer cet examen par un bref rappel de textes concernant le magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que les questions ici &#233;voqu&#233;es rel&#232;vent de la Doctrine sociale de l'Eglise (DSE). Or le Compendium de la DSE rappelait au N&#176; 80 que &#171; en tant que partie int&#233;grante de l'enseignement moral de l'&#201;glise, la doctrine sociale rev&#234;t la m&#234;me dignit&#233; et poss&#232;de la m&#234;me autorit&#233; que cet enseignement. Elle est un Magist&#232;re authentique, qui exige l'acceptation et l'adh&#233;sion des fid&#232;les. Le poids doctrinal des diff&#233;rents enseignements et l'assentiment qu'ils requi&#232;rent doivent &#234;tre &#233;valu&#233;s en fonction de leur nature, de leur degr&#233; d'ind&#233;pendance par rapport &#224; des &#233;l&#233;ments contingents et variables et de la fr&#233;quence avec laquelle ils sont rappel&#233;s. &#187; Notons le terme &#171; &#233;l&#233;ments contingents et variables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que le magist&#232;re &#8216;authentique' ici vis&#233;, distinct du magist&#232;re extraordinaire comme du magist&#232;re ordinaire universel, qui demandent un assentiment de foi parce que ce qu'ils enseignent est consid&#233;r&#233; &#8216;d&#233;finitif', fait n&#233;anmoins l'objet d'exigences fortes &#224; l'&#233;gard des fid&#232;les. Comme le pr&#233;cise le Code de Droit Canonique (Can. 752) &#171; ce n'est pas vraiment un assentiment de foi, mais n&#233;anmoins une soumission religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; qu'il faut accorder &#224; une doctrine que le Pontife Supr&#234;me ou le Coll&#232;ge des &#201;v&#234;ques &#233;nonce en mati&#232;re de foi ou de m&#339;urs, m&#234;me s'ils n'ont pas l'intention de la proclamer par un acte d&#233;cisif ; les fid&#232;les veilleront donc &#224; &#233;viter ce qui ne concorde pas avec cette doctrine. &#187; Une note doctrinale de la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la Foi du 29 juin 1998 pr&#233;cisait au N&#176; 10 que &#171; &#224; cet alin&#233;a appartiennent tous ces enseignements &#8211; en mati&#232;re de foi ou de morale &#8211; pr&#233;sent&#233;s comme vrais ou au moins comme s&#251;rs, m&#234;me s'ils n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;finis dans un jugement solennel ou propos&#233;s comme d&#233;finitifs par le Magist&#232;re ordinaire et universel. Ces enseignements sont en tout cas expression authentique du Magist&#232;re ordinaire du Pontife romain ou du Coll&#232;ge &#233;piscopal et requi&#232;rent donc la soumission religieuse de la volont&#233; et de l'intelligence. Ils sont propos&#233;s pour nous conduire &#224; une intelligence plus profonde de la r&#233;v&#233;lation, ou bien pour rappeler la conformit&#233; d'un enseignement avec les v&#233;rit&#233;s de la foi, ou enfin pour mettre en garde contre les conceptions incompatibles avec ces v&#233;rit&#233;s ou contre des opinions dangereuses susceptibles d'induire en erreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, une telle doctrine n'&#233;tant pas d&#233;finitive peut en principe &#233;voluer. Mais en m&#234;me temps si une soumission du c&#339;ur et de l'esprit est demand&#233;e, cela implique qu'un tel changement &#233;ventuel respectera une raisonnable coh&#233;rence dans le temps ; sinon il serait difficile de parler de magist&#232;re et d'exiger des soumissions successives &#224; des demandes qui seraient contradictoires, du moins dans leur logique morale. Mais si la continuit&#233; de la doctrine morale est vitale, en revanche son encastrement dans un contexte humain mouvant, comportant des notions ne relevant pas de la morale mais de l'analyse factuelle, scientifique ou technique, comporte une part de contingence, qui ne rel&#232;ve semble-t-il pas du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Exemples historiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique je propose quatre exemples de cas o&#249; on peut soutenir qu'une &#233;volution de la perception d'un probl&#232;me a pu conduire &#224; ce qui a pu &#234;tre per&#231;u comme une &#233;volution doctrinale ou une relativisation de l'attitude ant&#233;rieure. Reste cependant &#224; distinguer alors la continuit&#233; dans le jugement moral. Le premier exemple, le plus ancien, et de loin le plus important est l'usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La condamnation du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la condamnation de toute forme de pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t , totale dans son principe &#224; partir du XIIIe si&#232;cle, s'est prolong&#233;e pour l'essentiel jusqu'en 1745 avec la bulle Vix pervenit de Beno&#238;t XIV, qui cl&#244;t la s&#233;rie. Ce dernier texte contient un vrai d&#233;veloppement th&#233;orique et une vraie analyse ; on ne peut donc consid&#233;rer que ce soit une mention en passant. C'&#233;tait l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t qui &#233;tait vis&#233; et condamn&#233; sous le nom d'usure (et non pas la seule usure au sens actuel du terme). Certes de multiples exceptions &#233;taient pr&#233;vues, rendant en pratique le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t possible, notamment dans l'activit&#233; commerciale, mais la condamnation de principe subsistait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'Eglise a ensuite assoupli sa position, jusqu'&#224; aboutir dans les Codes de Droit canonique de 1917 et plus encore de 1983 &#224; une acceptation de fait de l'int&#233;r&#234;t, sans parler de sa propre pratique, ni des nombreux textes de la Doctrine sociale qui depuis &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt; en 1891 ne la condamnent pas non plus. Cela dit, aucun texte magist&#233;riel formel sur le sujet n'a &#233;t&#233; publi&#233; sur le sujet depuis 1745, ce qui est d'ailleurs &#233;tonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se pose alors la question sur le plan doctrinal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation ancienne utilisait assez peu la base r&#233;v&#233;l&#233;e, car elle est mince. Il y a d'abord &#233;videmment les passages des Ecritures (Exode et L&#233;vitique), interdisant de pr&#234;ter avec int&#233;r&#234;t. Mais outre que pour le chr&#233;tien la loi mosa&#239;que est abrog&#233;e dans sa lettre sur de nombreux points, ces passages visent principalement un cas pr&#233;cis : celui d'un pauvre qui a besoin de cet argent pour survivre. Il est &#233;videmment contraire &#224; la morale de demander des int&#233;r&#234;ts &#224; quelqu'un qui meurt de faim. Mais cela ne dit rien de certain sur l'int&#233;r&#234;t en g&#233;n&#233;ral. L'Evangile, lui, est muet sur ce point normatif pr&#233;cis. Une seule phrase a &#233;t&#233; all&#233;gu&#233;e r&#233;guli&#232;rement ; c'est Luc 6, 34-35 : &#171; date mutuum, nihil inde sperantes &#187; (pr&#234;tez sans rien en attendre). Certains &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale ont voulu la lire comme une prescription juridique pr&#233;cise, interdisant la perception d'int&#233;r&#234;ts. Mais cette lecture est isol&#233;e du contexte et contestable. Le passage d'o&#249; il vient nous encourage &#224; ne rien attendre en &#8216;&#233;change' de nos bienfaits, et &#224; aimer nos ennemis. En outre et surtout l'Evangile parle ailleurs explicitement d'int&#233;r&#234;ts en banque et, pris litt&#233;ralement, on pourrait comprendre qu'il les recommande, ainsi dans la c&#233;l&#232;bre parabole des talents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; la condamnation de l'int&#233;r&#234;t comme tel se basait &#224; l'&#233;poque principalement sur des raisonnements. Ces derniers m&#234;laient deux types de consid&#233;rations. D'un c&#244;t&#233;, une position de principe, condamnant un usage absolu de l'argent, s'il est recherch&#233; pour lui-m&#234;me sans responsabilit&#233; ni lien social ; plus pr&#233;cis&#233;ment on rejetait l'id&#233;e que l'argent est jug&#233; cr&#233;atif en lui-m&#234;me, sans association avec du travail. Cette condamnation est d'ordre principalement moral et me para&#238;t garder toujours sa valeur. L'argent par lui-m&#234;me est effectivement st&#233;rile, on ne peut en tirer un usage cr&#233;atif qu'en l'utilisant socialement, en liaison avec du travail (y compris celui de l'entrepreneur), et moyennant d&#232;s lors responsabilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, on a une analyse plus proprement &#233;conomique. Elle reposait notamment sur l'id&#233;e que dans un pr&#234;t d'argent ce qu'on pr&#234;te &#233;tant fongible est consomm&#233;. On en d&#233;duisait qu'on ne pouvait pas l&#233;gitimement en facturer l'usage, car disait-on l'usage de l'argent se confond avec sa consommation - contrairement &#224; la location d'une maison par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'analyse &#233;conomique ces id&#233;es me paraissent fausses ; en effet l'argent est repr&#233;sentatif d'un acc&#232;s &#224; des biens, notamment des biens de production (du capital) ; et ces biens, ces outils potentiels, combin&#233;s avec une activit&#233; humaine, produisent effectivement un surplus de richesse. On n'avait donc pas vu qu'il peut y avoir contribution productive de l'argent, lorsqu'il est le moyen de fournir &#224; un entrepreneur ou un travailleur des instruments qui lui permettent de cr&#233;er consid&#233;rablement plus qu'il ne le ferait sans cela. Dans la logique &#233;conomique, cette contribution justifie une r&#233;tribution, le paiement d'un prix, comme tout service ; c'est le r&#244;le de l'int&#233;r&#234;t. Il est en outre contestable de soutenir que l'utilisation de l'argent s'assimile &#224; une consommation, car si un pain pr&#234;t&#233; &#224; un pauvre est bien consomm&#233; et donc dispara&#238;t, l'argent lui subsiste, il change simplement de mains et son r&#244;le reste intact, qui est le pouvoir d'acqu&#233;rir n'importe quel bien marchand, y compris un facteur de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, historiquement la condamnation de l'int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; sans doute utile pour limiter la tentation des soci&#233;t&#233;s anciennes &#224; pratiquer des taux d'int&#233;r&#234;ts aberrants, que nous appelons maintenant usure. Mais sa base th&#233;orique &#233;tait contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aller un peu plus loin : l'&#233;volution des perceptions en mati&#232;re &#233;conomique n'a pas simplement multipli&#233; les exceptions &#224; la r&#232;gle ancienne au point de la vider de son sens dans la quasi-totalit&#233; des cas ; elle a mis en &#233;vidence une insuffisance de l'analyse technique ancienne. Cela dit, comme on le voit, l'erreur n'&#233;tait pas dans les principes moraux, mais dans l'analyse &#233;conomique, qui ne rel&#232;ve pas de la morale ni de la r&#233;v&#233;lation. La v&#233;rit&#233; morale, naturelle ou r&#233;v&#233;l&#233;e, y &#233;tait donc m&#234;l&#233;e avec des conclusions contingentes, non r&#233;v&#233;l&#233;es. Or on l'a dit il n'est pas choquant qu'un fait relevant du domaine technique ne soit clarifi&#233; qu'au cours du temps &#8211; si ce faisant le principe moral subsiste. Car seul ce dernier fait l'objet d'un enseignement chr&#233;tien. Il reste cependant curieux que le point n'ait pas &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; et &#233;lucid&#233; de fa&#231;on explicite dans l'enseignement magist&#233;riel r&#233;cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corporatisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corporatisme est un deuxi&#232;me exemple. On sait que pendant toute une p&#233;riode la DSE a propos&#233; comme &#233;l&#233;ments de solution &#224; la question sociale ce qu'on appelait le corporatisme, et notamment la grande encyclique Quadragesimo anno (1931). Pie XI y relevait avec force les limites de la libre concurrence (au n&#176; 52) selon un th&#232;me constant de la DSE : &#171; De m&#234;me qu'on ne saurait fonder l'unit&#233; du corps social sur l'opposition des classes, ainsi on ne peut attendre du libre jeu de la concurrence l'av&#232;nement d'un r&#233;gime &#233;conomique bien ordonn&#233;. [&#8230;] C'est donc &#224; des principes sup&#233;rieurs et plus nobles qu'il faut demander de gouverner avec une s&#233;v&#232;re int&#233;grit&#233; ces puissances &#233;conomiques, c'est-&#224;-dire &#224; la justice et &#224; la charit&#233; sociales. &#187;. Cette analyse est une des constantes de la DSE. Puis il ajoutait : &#171; r&#233;cemment [&#8230;] a &#233;t&#233; inaugur&#233;e une organisation syndicale et coop&#233;rative d'un genre particulier [&#8230;] Les corporations sont constitu&#233;es par les repr&#233;sentants des syndicats ouvriers et patronaux d'une m&#234;me profession [&#8230;] qui, ainsi que de vrais et propres organes ou institutions d'&#201;tat, dirigent et coordonnent l'activit&#233; des syndicats dans toutes les mati&#232;res d'int&#233;r&#234;t commun [&#8230;] si les parties ne peuvent se mettre d'accord, c'est l'autorit&#233; qui intervient. Point n'est besoin de beaucoup de r&#233;flexion pour d&#233;couvrir les avantages de l'institution [&#8230;] : collaboration pacifique des classes, &#233;viction de l'action et des organisations socialistes, influence mod&#233;ratrice d'une magistrature sp&#233;ciale. &#187; Toutefois cette appr&#233;ciation positive n'excluait pas une certaine r&#233;serve : &#171; il ne manque pas de personnes qui redoutent que l'&#201;tat ne se substitue &#224; l'initiative priv&#233;e, au lieu de se limiter &#224; une aide ou &#224; une assistance n&#233;cessaire et suffisante. On craint que la nouvelle organisation syndicale et corporative ne rev&#234;te un caract&#232;re exag&#233;r&#233;ment bureaucratique et politique. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait des organisations professionnelles r&#233;gulatrices est bienvenu dans une &#233;conomie de march&#233; bien comprise : c'est ce qu'on appelle en anglais les &lt;i&gt;self-regulating authorities&lt;/i&gt;. Bien des secteurs fonctionnent plus ou moins sur un mod&#232;le de ce type. Du moins tant qu'on en reste aux questions d'int&#233;r&#234;t commun de la profession, comme la d&#233;finition de normes, ou la gestion de questions sociales ; c'est plus contestable si on tente de limiter la concurrence, de fixer les prix ou de restreindre l'offre. Car alors on passe vite &#224; la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts &#233;tablis, ou &#224; des blocages. C'est ce deuxi&#232;me sens qui a donn&#233; une connotation p&#233;jorative au mot corporatisme. Il y a donc une place possible et recommandable pour lla r&#233;gulation professionnelle. Mais cela reste en de&#231;&#224; du corporatisme tel que d&#233;fini ci-dessus. En fait on n'a pas d'exemple de corporatisme moderne convainquant : celui que connaissait l'Italie fasciste &#233;tait de fait &#233;tatis&#233;. Et donc, dans l'&#233;tat de nos connaissances, rien ne prouve que ce soit une solution viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recommandation que faisait l'Eglise &#224; l'&#233;poque du r&#233;gime corporatiste au sens &#233;tendu du terme ne peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un imp&#233;ratif du magist&#232;re, dans son domaine de comp&#233;tence. Le rappel doctrinal du besoin que l'Etat prenne en charge le bien commun, ou celui des bienfaits de la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;, notamment au sein des professions, sont des exigences morales, comme telles permanentes. En revanche, le choix pr&#233;cis du corporatisme &#233;tait un choix concret, relevant semble-t-il du prudentiel et de l'appr&#233;ciation politique ou technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; et les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue vaut pour des textes plus r&#233;cents, comme le passage de &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; (Paul VI) visant les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res. Le N&#176; 61 commen&#231;ait par rappel des principes g&#233;n&#233;raux d'ordre &#233;thique : &#171; Ce qui vaut en &#233;conomie nationale, ce qu'on admet entre pays d&#233;velopp&#233;s, vaut aussi dans les relations commerciales entre pays riches et pays pauvres. Sans abolir le march&#233; de concurrence, il faut le maintenir dans des limites qui le rendent juste et moral, et donc humain &#187;. Puis il proc&#232;de &#224; une analyse : &#171; Dans le commerce entre &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es et sous-d&#233;velopp&#233;es, les situations sont trop disparates et les libert&#233;s r&#233;elles trop in&#233;gales. &#187; Il en d&#233;duisait que &#171; la justice sociale exige que le commerce international, pour &#234;tre humain et moral, r&#233;tablisse entre partenaires au moins une certaine &#233;galit&#233; de chances. Cette derni&#232;re est un but &#224; long terme. Mais pour y parvenir il faut d&#232;s maintenant cr&#233;er une r&#233;elle &#233;galit&#233; dans les discussions et n&#233;gociations. &#187; Il proposait alors : &#171; ici encore des conventions internationales &#224; rayon suffisamment vaste seraient utiles : elles poseraient des normes g&#233;n&#233;rales en vue de r&#233;gulariser certains prix, de garantir certaines productions, de soutenir certaines industries naissantes. Qui ne voit qu'un tel effort commun vers plus de justice dans les relations commerciales entre les peuples apporterait aux pays en voie de d&#233;veloppement une aide positive, dont les effets ne seraient pas seulement imm&#233;diats, mais durables ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe moral &#233;tait donc clair : il est d&#233;sirable que soit encadr&#233; le march&#233; pour le rendre plus juste, moral et humain. Une appr&#233;ciation de la situation conduisait ensuite &#224; recommander un certain type de d&#233;marche dont on estimait que le r&#233;sultat serait positif : un dispositif international, avec r&#233;gularisation de prix et garantie pour certaines productions. L'id&#233;e est bien s&#251;r d&#233;fendable, mais ne s'est pas r&#233;alis&#233;e. On peut d'ailleurs s&#233;rieusement douter qu'elle doit praticable au niveau international, si tant est qu'elle le soit m&#234;me dans une &#233;conomie nationale contr&#244;l&#233;e. Garantir des productions conduit en effet souvent &#224; de la surproduction plus ou moins co&#251;teuse ; et r&#233;gulariser les prix suppose souvent des moyens consid&#233;rables, sans &#234;tre efficace si les mouvements de march&#233; sont trop forts. L&#224; encore le principe moral est peu contestable, en revanche il ne para&#238;t pas que la &#8216;soumission du c&#339;ur et de l'esprit' qu'il requiert s'applique ensuite &#224; l'analyse de fait et aux recommandations subs&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laudato Si et le march&#233; des droits &#224; polluer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple sera donn&#233; par Laudato Si, qui r&#233;cuse avec v&#233;h&#233;mence certaines solutions bas&#233;es sur le march&#233;. On est donc dans l'exemple inverse : il ne s'agit plus de recommander une solution, mais de la r&#233;cuser. Le N&#176; 171 &#233;voque pour le rejeter ce qu'on appelle march&#233; du carbone, qui est la n&#233;gociation sur un march&#233; de droits &#224; &#233;mission de CO2, octroy&#233;s et d&#233;finis par les pouvoir publics. Le ton du texte est vif ; il estime que cela &#171; peut donner lieu &#224; une nouvelle forme de sp&#233;culation, et cela ne servirait pas &#224; r&#233;duire l'&#233;mission globale des gaz polluants. Ce syst&#232;me semble &#234;tre une solution rapide et facile [&#8230;] mais [&#8230;] n'implique, en aucune mani&#232;re, de changement radical &#224; la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un exp&#233;dient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs. &#187; Il para&#238;t toutefois que ce texte manifeste une certaine incompr&#233;hension de ce m&#233;canisme et de ce qu'est un march&#233; en g&#233;n&#233;ral. On peut en effet soutenir que si un tel syst&#232;me est bien construit, il permet de fixer avec plus de pr&#233;cision le niveau d'&#233;mission globalement acceptable, qu'on divise ensuite en quotas et donc en droits, qui sont alors vendus par la puissance publique, tout en laissant au march&#233; le soin d'allouer les quotas ainsi d&#233;finis et leur prix. La principale m&#233;thode alternative, qui est la taxation, fixe a priori un prix ; elle court donc le risque d'&#234;tre trop haute ou trop basse. De m&#234;me une r&#233;glementation. Naturellement on peut aussi soutenir que cette technique est difficile &#224; mettre en &#339;uvre. Mais il est clair que l&#224; aussi si la pr&#233;occupation morale est fond&#233;e, &#224; savoir limiter les &#233;missions &#224; une niveau acceptable sans surconsommation, le jugement n&#233;gatif port&#233; sur cette technique ne para&#238;t pas devoir faire partie du champ du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents exemples me paraissent montrer qu'il y a une limite claire au magist&#232;re, et donc &#224; la soumission exig&#233;e du fid&#232;le, qui est lorsqu'on n'est plus dans le champ de l'exigence morale, mais de la constatation de situation d'abord, de l'analyse technique ensuite, et du choix de solution qui s'en d&#233;duit enfin, on ne peut exiger du fid&#232;le la soumission de la volont&#233; et de l'intelligence qu'implique le magist&#232;re m&#234;me simplement authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait d&#232;s lors utile d'examiner comment cette distinction, relativement plus facile en &#233;conomie, peut s'appliquer au champ politique. Y compris sur des sujets aussi d&#233;licats que la question de la d&#233;mocratie, ou des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article paru dans la revue&lt;/i&gt; 'Sedes Sapientiae' &lt;i&gt;N&#176; 147 mars 2019&lt;/i&gt;, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Petite analyse de la D&#233;claration Dominus Iesus</title>
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		<dc:date>2019-02-11T17:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>Dominus Jesus</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;claration de Duba&#239;</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Syncr&#233;tisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au vu des d&#233;bats suscit&#233;s par la r&#233;cente d&#233;claration de Duba&#239; (4 f&#233;vrier 2019) entre le pape Fran&#231;ois et le grand Imam d'Al Azhar, et plus exactement la question de la pluralit&#233; des religions ainsi que l'emploi du terme &#8216;foi' pour d&#233;signer des croyances religieuses en dehors de la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne, je vous propose la lecture &#233;clairante d'un texte publi&#233; en 2000, la D&#233;claration Dominus Iesus. Emise comme document doctrinal par la Congr&#233;gation de la Doctrine de la Foi, alors dirig&#233;e par le Cardinal Ratzinger, et approuv&#233;e par saint Jean-Paul II, elle fait une synth&#232;se de l'enseignement de l'Eglise catholique sur ces points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous en trouverez ci-apr&#232;s une courte analyse.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Declaration-de-Dubai-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;claration de Duba&#239;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Syncretisme-+.html" rel="tag"&gt;Syncr&#233;tisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite analyse de la D&#233;claration &lt;i&gt;Dominus Iesus&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Extraits de mon livre publi&#233; en 2000, &lt;i&gt;Le Ciel et la For&#234;t&lt;/i&gt; Dominique Martin Morin, tome II)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Unicit&#233; du christianisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La d&#233;claration Dominus Jesus est le premier texte r&#233;cent du magist&#232;re catholique &#224; aborder la question de pluralit&#233; religieuse. Si elle n'avance volontairement aucun &#233;l&#233;ment nouveau, le fait de r&#233;affirmer solennellement un ensemble d'&#233;l&#233;ments traditionnels est en soi tr&#232;s important, avec une approbation marqu&#233;e du pape Jean-Paul II (tant dans le corps du texte que dans l'audience qui a suivi, o&#249; il a d&#233;fendu avec vivacit&#233; la d&#233;claration contre ses d&#233;tracteurs). Elle vise explicitement la d&#233;rive relativiste qui affecte de nombreux chr&#233;tiens, en particulier dans les milieux se r&#233;clamant du dialogue entre religions. Les tr&#232;s nombreuses citations de ce texte sont presque toutes soit tir&#233;es de l'Ecriture, soit tr&#232;s r&#233;centes (Vatican II et les deux derniers papes), comme pour souligner l'actualit&#233; et la permanence des enseignements correspondants. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le fait central est la r&#233;affirmation de l'unicit&#233; et de l'universalit&#233; du salut apport&#233; par le Christ. Tout homme qui est sauv&#233; l'est par le seul Christ, Fils de Dieu, &#224; la fois Dieu et Homme, qui S'est incarn&#233; et est mort pour nous ; cons&#233;quemment, ce salut passe &#233;galement n&#233;cessairement par l'Eglise, Corps mystique du Christ, qui rassemble le peuple des rachet&#233;s, et prolonge l'action du Christ notamment en r&#233;pandant Son enseignement et en diffusant les gr&#226;ces sacramentelles. Le message de ce salut, et plus g&#233;n&#233;ralement la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne, apport&#233;s par le Fils de Dieu Lui-m&#234;me, sont complets et d&#233;finitifs, en cela qu'ils contiennent tout ce qui a &#233;t&#233; et doit &#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; par Dieu aux hommes. L'action de l'Esprit saint au cours de l'histoire s'inscrit &#233;galement dans ce contexte, puisque l'Esprit est esprit du Verbe incarn&#233;. D'o&#249; le r&#244;le essentiel de l'annonce de ce message de salut, et donc du devoir missionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En sens contraire les relativismes contemporains prennent des formes vari&#233;es, mais qui ont en commun de ne pas reconna&#238;tre cette unicit&#233;, tant du r&#244;le du Christ que du message correspondant : soit qu'on admette d'autres conceptions possibles, parall&#232;les &#224; celle-l&#224; bien que contradictoires, soit qu'on pr&#233;tende que la v&#233;rit&#233; est hors de port&#233;e, soit qu'on ne reconnaisse pas &#224; cet &#233;v&#232;nement de l'Incarnation sa signification radicalement originale et unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;claration rappelle les nombreux textes de l'Ecriture qui affirment de la fa&#231;on la plus claire ce r&#244;le unique. Elle confirme que cette unicit&#233; est comme nous l'avons montr&#233; intrins&#232;que au message chr&#233;tien : si en effet Dieu, en la personne du Fils, S'est incarn&#233; et est mort puis ressuscit&#233; pour le salut des hommes, un tel &#233;v&#232;nement, pour celui qui l'accueille et y croit, devient n&#233;cessairement le fait central de sa foi. Dieu ne S'est incarn&#233; et est mort pour nous qu'une fois, en un endroit et un moment pr&#233;cis ; et le message de salut qu'Il a apport&#233;, comme Dieu et comme homme, est &#233;videmment unique et suffisant. En le disant les Evangiles et &#224; leur suite l'Eglise ne font que souligner ce qui et la logique m&#234;me de cette Bonne nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour l'Eglise : si Dieu S'est incarn&#233;, une seule fois en un seul endroit, et a fond&#233; une communaut&#233; d'hommes avec mission d'accueillir leurs fr&#232;res en leur annon&#231;ant ce message de salut, cette communaut&#233; est unique. Et lorsqu'il est rappel&#233; que l'Eglise du Christ &#8216;subsiste' en la seule Eglise catholique, on reste l&#224; encore dans la simple logique : ce qui constitue l'Eglise catholique est pr&#233;cis&#233;ment le fait de remonter &#224; cette fondation sans discontinuit&#233;, et de trouver en elle l'origine de ses institutions (notamment avec la succession &#233;piscopale, et l'ensemble des sacrements). On peut ne pas &#234;tre d'accord, mais on ne peut nier que c'est la raison d'&#234;tre m&#234;me de cette Eglise. Le texte le rappelle (16) : &#8216;Par l'expression subsistit in, le Concile Vatican II (Lumen gentium, n. 8) a voulu proclamer deux affirmations doctrinales : d'une part, que malgr&#233; les divisions entre chr&#233;tiens, l'&#201;glise du Christ continue &#224; exister en pl&#233;nitude dans la seule &#201;glise catholique ; d'autre part, &#171; que des &#233;l&#233;ments nombreux de sanctification et de v&#233;rit&#233; subsistent hors de ses structures &#187;, c'est-&#224;-dire dans les &#201;glises et Communaut&#233;s eccl&#233;siales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'&#201;glise catholique. Mais il faut affirmer de ces derni&#232;res que leur &#171; force d&#233;rive de la pl&#233;nitude de gr&#226;ce et de v&#233;rit&#233; qui a &#233;t&#233; confi&#233;e &#224; l'&#201;glise catholique &#187; (Vat. II, D&#233;cr. Unitatis redintegratio, n. 3.)' L&#224; encore on reste dans la simple logique : si ces sacrements et institutions sont effectivement d'origine divine, et sont des instruments constitutifs de l'Eglise, une communaut&#233; humaine qui ne les a pas tous n'est pas pleinement &#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte contient de nombreux d&#233;veloppements tr&#232;s riches sur lesquels nous ne pouvons nous &#233;tendre (notamment sur l'articulation de l'Eglise et du Royaume). Nous nous concentrerons sur les deux questions du rapport avec les autres religions, et du salut des non-chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les autres religions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres religions, la d&#233;claration rappelle que la reconnaissance par le texte conciliaire Dignitatis Humanae des valeurs et v&#233;rit&#233;s qu'elles contiennent, qui d&#233;bouche sur le dialogue inter religieux, n'exclut en rien la mission, dont le dialogue est &#8216;l'accompagnement'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cons&#233;quence tr&#232;s importante de l'unicit&#233; du christianisme est en effet que la foi chr&#233;tienne est de nature diff&#233;rente des diverses croyances. Comme le dit le document (7) : &#8216;On doit donc tenir fermement la distinction entre la foi th&#233;ologale [celle du chr&#233;tien] et la croyance dans les autres religions. Alors que la foi est l'accueil dans la gr&#226;ce de la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e, qui &#171; permet de p&#233;n&#233;trer le myst&#232;re, dont elle favorise une compr&#233;hension coh&#233;rente &#187; (Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio, n. 13), la croyance dans les autres religions est cet ensemble d'exp&#233;riences et de r&#233;flexions, tr&#233;sors humains de sagesse et de religiosit&#233;, que l'homme dans sa recherche de la v&#233;rit&#233; a pens&#233; et v&#233;cu, pour ses relations avec le Divin et l'Absolu'. Et le texte poursuit : &#8216;Cette distinction n'est pas toujours pr&#233;sente dans la r&#233;flexion actuelle, ce qui provoque souvent l'identification entre la foi th&#233;ologale, qui est l'accueil de la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par le Dieu Un et Trine, et la croyance dans les autres religions, qui est une exp&#233;rience religieuse encore &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233; absolue, et encore priv&#233;e de l'assentiment &#224; Dieu qui se r&#233;v&#232;le'. Les mots sont pes&#233;s : on a d'un c&#244;t&#233; la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e de Dieu, de l'autre le fruit des recherches de l'homme : au mieux une exp&#233;rience religieuse non aboutie. Encore une fois ceci n'est que la cons&#233;quence imm&#233;diate du message chr&#233;tien : si le Christ est Dieu, ce qu'Il dit est la v&#233;rit&#233; ; et qui ignore cette v&#233;rit&#233; ne peut pr&#233;tendre avoir acc&#232;s &#224; l'autor&#233;v&#233;lation de Dieu ; d&#232;s lors ce qu'il croit n'est pas connaissance r&#233;v&#233;l&#233;e de et par Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, les textes de ces religions, quel que soit le r&#244;le b&#233;n&#233;fique qu'ils puissent jouer ou avoir jou&#233;, ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des &#8216;livres inspir&#233;s', c'est-&#224;-dire r&#233;dig&#233;s sous l'inspiration de l'Esprit saint et constituant ensemble le corpus de ce que Dieu a r&#233;v&#233;l&#233; aux hommes. Bien entendu l'Esprit saint agit dans l'histoire, mais c'est comme Esprit du Verbe ; on ne saurait donc opposer un r&#244;le sp&#233;cifique du Verbe limit&#233; au seul christianisme, oppos&#233; &#224; une action de l'Esprit qui se ferait sentir de fa&#231;on comparable dans les diff&#233;rentes religions. C'est toujours le Christ qui agit. Comme dit le texte (12), [&#8230;] [citant] Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 28. &#8216;Tout en reconnaissant le r&#244;le historico-salvifique de l'Esprit dans l'univers entier et dans toute l'histoire (ibidem) le Magist&#232;re pr&#233;cise cependant : &#171; Ce m&#234;me Esprit a agi dans l'incarnation, dans la vie, la mort et la r&#233;surrection de J&#233;sus, et il agit dans l'&#201;glise. Il ne se substitue donc pas au Christ, et il ne remplit pas une sorte de vide, comme, suivant une hypoth&#232;se parfois avanc&#233;e, il en existerait entre le Christ et le Logos. Ce que l'Esprit fait dans le c&#339;ur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions, remplit une fonction de pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique et cela ne peut pas &#234;tre sans relation au Christ, le Verbe fait chair par l'action de l'Esprit, &#8220;afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et r&#233;capitule toutes choses en lui&#8221; &#187; (Ibidem, n. 29).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut pas dire que Dieu n'utilise pas ces autres religions. En effet comme dit le texte (8) &#8216;Cependant, parce qu'il veut appeler &#224; lui tous les peuples en J&#233;sus-Christ et leur communiquer la pl&#233;nitude de sa r&#233;v&#233;lation et de son amour, Dieu ne manque pas de se rendre pr&#233;sent de mani&#232;re multiforme &#171; non seulement aux individus mais encore aux peuples, par leurs richesses spirituelles dont les religions sont une expression principale et essentielle, bien qu'elles comportent &#8220;des lacunes, des insuffisances et des erreurs&#8221; &#187; (Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 55). Par cons&#233;quent, les livres sacr&#233;s des autres religions qui de fait nourrissent et dirigent l'existence de leurs adeptes, re&#231;oivent du myst&#232;re du Christ les &#233;l&#233;ments de bont&#233; et de gr&#226;ce qu'ils contiennent.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, ce qu'ils contiennent de bon peut aider les fid&#232;les de ces religions &#224; se tourner vers Dieu, et peuvent &#234;tre par-l&#224; instruments de la gr&#226;ce ; &#233;tant entendu que ces &#233;l&#233;ments b&#233;n&#233;fiques proviennent du Christ. On retrouve les notions caract&#233;ristiques de &#8216;semences du verbe' et de &#8216;pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique'. En bref, les autres religions et plus g&#233;n&#233;ralement tout ce qu'ont de bon les diff&#233;rentes cultures humaines est anim&#233; par l'Esprit, qui est Esprit du Christ ; mais ceci est de nature et de signification tr&#232;s diff&#233;rente de la R&#233;v&#233;lation directe et explicite de Dieu par Lui-m&#234;me, notamment dans l'Incarnation et la R&#233;demption [&#8230;] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de ces religions doit donc &#234;tre examin&#233; dans le cadre de cette unique m&#233;diation du Christ. Sur les modalit&#233;s de cette m&#233;diation la recherche th&#233;ologique est ouverte, mais &#224; condition de rester dans ce cadre. Comme le dit le texte (14) : &#8216;Il faut donc croire fermement comme v&#233;rit&#233; de foi catholique que la volont&#233; salvifique universelle du Dieu Un et Trine est manifest&#233;e et accomplie une fois pour toutes dans le myst&#232;re de l'incarnation, mort et r&#233;surrection du Fils de Dieu. Compte tenu de cette donn&#233;e de foi, la th&#233;ologie d'aujourd'hui, lorsqu'elle m&#233;dite sur la pr&#233;sence d'autres exp&#233;riences religieuses et sur leur signification dans le plan salvifique de Dieu, est invit&#233;e &#224; examiner les aspects et les &#233;l&#233;ments positifs de ces religions : entrent-ils dans le plan divin de salut ? Comment ? La recherche th&#233;ologique trouve dans cette r&#233;flexion un vaste champ de travail sous la direction du Magist&#232;re de l'&#201;glise. Le Concile Vatican II a d'ailleurs affirm&#233; que &#171; l'unique m&#233;diation du R&#233;dempteur n'exclut pas, mais suscite au contraire une coop&#233;ration vari&#233;e de la part des cr&#233;atures, en d&#233;pendance de l'unique source &#187; (Vat.II, Lumen gentium, n. 62). Il faut &#233;lucider le contenu de cette m&#233;diation particip&#233;e, qui doit rester guid&#233;e par le principe de l'unique m&#233;diation du Christ : &#171; Le concours de m&#233;diations de types et d'ordres divers n'est pas exclu, mais celles-ci tirent leur sens et leur valeur uniquement de celle du Christ, et elles ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme parall&#232;les ou compl&#233;mentaires &#187; (Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 5). Les solutions qui envisageraient une action salvifique de Dieu hors de l'unique m&#233;diation du Christ seraient contraires &#224; la foi chr&#233;tienne et catholique.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On revient donc &#224; l'unicit&#233; intrins&#232;que du message chr&#233;tien. Comme dit le texte (15) : &#8216;On se propose souvent d'&#233;viter en th&#233;ologie des termes comme &#171; unicit&#233; &#187;, &#171; universalit&#233; &#187;, &#171; absolu &#187;, parce qu'ils donneraient l'impression d'une insistance excessive sur le sens et la valeur de l'&#233;v&#233;nement salvifique de J&#233;sus-Christ vis-&#224;-vis des autres religions. Or, ce langage exprime en fin de compte la fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;v&#233;lation, car il est un d&#233;veloppement : il provient des sources m&#234;mes de la foi. La communaut&#233; des croyants a en effet imm&#233;diatement reconnu la vertu salvifique sp&#233;cifique de J&#233;sus : par cette vertu, lui seul, comme Fils de Dieu fait homme crucifi&#233; et ressuscit&#233;, donne la r&#233;v&#233;lation (cf. Mt 11,27) et la vie divine (cf. Jn 1,12 ; 5,25-26 ; 17,2) &#224; toute l'humanit&#233; et &#224; chaque homme par la mission re&#231;ue du P&#232;re et dans la puissance du Saint-Esprit. Dans cette mesure, on peut et on doit dire que J&#233;sus-Christ a une fonction unique et singuli&#232;re pour le genre humain et pour son histoire : cette fonction lui est propre, elle est exclusive, universelle et absolue.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si l'on souhaite en compl&#233;ment r&#233;fl&#233;chir sur la place des autres religions, on constate donc d'une part que Dieu est &#224; l'&#339;uvre dans ce qu'elles ont de bon, mais que d'autre part elles ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme relevant d'une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation. Il appara&#238;t donc bien qu'elles rel&#232;vent de l'action normale de Dieu en l'homme, allant &#224; la rencontre des efforts de l'homme lequel utilise ces dons naturels que Dieu a mis en lui, qui est fait par Lui &#224; Son image. On peut donc envisager une action providentielle du Christ, par son Esprit, &#233;veillant ou encourageant telle ou telle disposition ou r&#233;flexion possible. Mais ce n'est pas une R&#233;v&#233;lation. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon un paradoxe apparent, les religions de l'Inde peuvent &#234;tre appr&#233;hend&#233;es comme ensemble certes disparate mais f&#233;cond de &#8216;semences du Verbe', m&#234;l&#233;es &#224; des sp&#233;culations erron&#233;es, et l'on peut esp&#233;rer que comme la philosophie grecque (c'est-&#224;-dire apr&#232;s transformation radicale) les h&#233;ritiers de ces grandes cultures puissent en extraire des &#233;l&#233;ments propres &#224; enrichir non le christianisme, mais notre compr&#233;hension de ses richesses. En revanche, &#224; nouveau le cas de l'Islam fait probl&#232;me : apparu apr&#232;s le christianisme et parfois &#224; ses d&#233;pens, pour l'essentiel construit &#224; partir de la Bible ou de textes chr&#233;tiens non canoniques, ce n'est pas un bon candidat au r&#244;le de &#8216;semina Verbi'. Il semble donc qu'il faille ici faire intervenir une autre configuration, &#233;galement pr&#233;sente dans les h&#233;r&#233;sies, celle dans laquelle un &#233;l&#233;ment de connaissance de Dieu est bien pr&#233;sent, fourni en l'esp&#232;ce non par l'effort de recherche de l'homme mais par une vraie R&#233;v&#233;lation, celle de la Bible ; mais il se trouve que dans sa recherche personnelle un homme (sinc&#232;re sans doute), faute de connaissance appropri&#233;e de ce message, a pu &#224; partir de lui se construire une vision particuli&#232;re, qui est en r&#233;gression par rapport &#224; la pl&#233;nitude de la R&#233;v&#233;lation, et contient des erreurs. Situation qui est d'ailleurs appel&#233;e &#224; un certain avenir avec l'unification relative de la plan&#232;te : le christianisme ou certains de ses &#233;l&#233;ments tend en effet &#224; &#234;tre largement connu, ce qui rend tr&#232;s improbable une nouvelle religion qui n'en tiendrait pas compte ; mais il peut servir de r&#233;servoir au genre d'initiative que l'Islam et les grandes h&#233;r&#233;sies ont illustr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le salut des non-chr&#233;tiens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne enfin le salut des non chr&#233;tiens, la d&#233;claration rappelle que selon le Concile (12) : &#8216;l'action salvifique de J&#233;sus-Christ, avec et par son Esprit, s'&#233;tend &#224; toute l'humanit&#233;, au-del&#224; des fronti&#232;res visibles de l'&#201;glise. Traitant du myst&#232;re pascal, o&#249; le Christ associe d&#233;j&#224; maintenant le croyant &#224; sa vie dans l'Esprit et lui donne l'esp&#233;rance de la r&#233;surrection, le Concile affirme : &#171; Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volont&#233;, dans le c&#339;ur desquels, invisiblement, agit la gr&#226;ce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation derni&#232;re de l'homme est r&#233;ellement unique, &#224; savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre &#224; tous, d'une fa&#231;on que Dieu conna&#238;t, la possibilit&#233; d'&#234;tre associ&#233; au myst&#232;re pascal &#187; (Gaudium et spes, n. 22).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quel est le r&#244;le de l'Eglise dans ce salut ? Le document rappelle les principes de base (20) : &#8216;On doit avant tout croire fermement que l'&#171; &#201;glise en marche sur la terre est n&#233;cessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est m&#233;diateur et voie de salut : or, il nous devient pr&#233;sent en son Corps qui est l'&#201;glise ; et en nous enseignant express&#233;ment la n&#233;cessit&#233; de la foi et du bapt&#234;me (cf. Mc 16,16 ; Jn 3,5), c'est la n&#233;cessit&#233; de l'&#201;glise elle-m&#234;me, dans laquelle les hommes entrent par la porte du bapt&#234;me, qu'il nous a confirm&#233;e en m&#234;me temps &#187; (Lumen gentium, n. 14). Cette doctrine ne doit pas &#234;tre oppos&#233;e &#224; la volont&#233; salvifique universelle de Dieu (cf. 1 Tm 2,4) ; aussi, &#171; il est n&#233;cessaire de tenir ensemble ces deux v&#233;rit&#233;s, &#224; savoir la possibilit&#233; r&#233;elle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la n&#233;cessit&#233; de l'&#201;glise pour le salut &#187; (Redemptoris missio, n. 9). L'&#201;glise est &#171; sacrement universel de salut &#187; (Lumen gentium, n. 48), parce que, de mani&#232;re myst&#233;rieuse et subordonn&#233;e, toujours unie &#224; J&#233;sus-Christ sauveur, sa T&#234;te, elle a dans le dessein de Dieu un lien irrempla&#231;able avec le salut de tout homme (S. Cyprien, De catholicae ecclesiae unitate, 6). Pour ceux qui ne sont pas formellement et visiblement membres de l'&#201;glise, &#171; le salut du Christ est accessible en vertu d'une gr&#226;ce qui, tout en ayant une relation myst&#233;rieuse avec l'&#201;glise, ne les y introduit pas formellement mais les &#233;claire d'une mani&#232;re adapt&#233;e &#224; leur &#233;tat d'esprit et &#224; leur cadre de vie. Cette gr&#226;ce vient du Christ, elle est le fruit de son sacrifice et elle est communiqu&#233;e par l'Esprit Saint &#187; (Redemptoris missio, n. 10). Elle est li&#233;e &#224; l'&#201;glise, qui &#171; tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le P&#232;re &#187; (Vat. II, D&#233;cr. Ad gentes, n. 2). Et la note 82 pr&#233;cise : &#8216;C'est dans le sens ici expliqu&#233; qu'il faut interpr&#233;ter la formule c&#233;l&#232;bre Extra Ecclesia nullus omnino salvatur.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 21 : &#8216;Sur la modalit&#233; de transmission aux non-chr&#233;tiens de la gr&#226;ce salvifique de Dieu, toujours donn&#233;e par le Christ en l'Esprit et dans un rapport myst&#233;rieux avec l'&#201;glise, le Concile Vatican II s'est content&#233; d'affirmer que Dieu la donne &#171; par des voies connues de lui &#187; (Vat. II, D&#233;cr. Ad gentes, n. 7). La th&#233;ologie cherche &#224; approfondir cette id&#233;e. Ce travail th&#233;ologique doit &#234;tre encourag&#233;, parce qu'il sert sans aucun doute &#224; une meilleure compr&#233;hension des desseins salvifiques de Dieu et des formes de leur r&#233;alisation. Cependant, d'apr&#232;s ce qui a &#233;t&#233; rappel&#233; jusqu'ici sur la m&#233;diation de J&#233;sus-Christ et sur la &#171; relation singuli&#232;re et unique &#187; (Redemptoris missio, n. 18) entre l'&#201;glise et le Royaume de Dieu parmi les hommes &#8212; qui est en substance le Royaume du Christ sauveur universel &#8212;, il serait clairement contraire &#224; la foi catholique de consid&#233;rer l'&#201;glise comme un chemin de salut parmi d'autres.'&#8230; &#8216;Certes, les diff&#233;rentes traditions religieuses contiennent et proposent des &#233;l&#233;ments de religiosit&#233; qui proc&#232;dent de Dieu, [&#8230;] et font partie de &#171; ce que l'Esprit fait dans le c&#339;ur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions &#187; (Redemptoris missio, n. 29). De fait, certaines pri&#232;res et certains rites des autres religions peuvent assumer un r&#244;le de pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique, en tant qu'occasions ou enseignements encourageant le c&#339;ur des hommes &#224; s'ouvrir &#224; l'action divine (ibidem). On ne peut cependant leur attribuer l'origine divine et l'efficacit&#233; salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chr&#233;tiens (Concile de Trente, D&#233;cr. De sacramentis). Par ailleurs, on ne peut ignorer que d'autres rites naissent de superstitions ou d'erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21) et constituent plut&#244;t un obstacle au salut (Redemptoris missio, n. 55).' Et encore au 22 : &#8216;S'il est vrai que les adeptes d'autres religions peuvent recevoir la gr&#226;ce divine, il n'est pas moins certain qu'objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport &#224; ceux qui, dans l'&#201;glise, ont la pl&#233;nitude des moyens de salut (Pie XII, Encycl. Mystici corporis). &#171; Tous les fils de l'&#201;glise doivent [...] se souvenir que la grandeur de leur condition doit &#234;tre rapport&#233;e non &#224; leurs m&#233;rites, mais &#224; une gr&#226;ce sp&#233;ciale du Christ ; s'ils n'y correspondent pas par la pens&#233;e, la parole et l'action, ce n'est pas le salut qu'elle leur vaudra, mais un plus s&#233;v&#232;re jugement &#187; (Lumen gentium, n. 14).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 23 : &#8216;&#192; propos de la vraie religion, les P&#232;res du Concile Vatican II ont affirm&#233; : &#171; Cette unique et vraie religion, nous croyons qu'elle subsiste dans l'&#201;glise catholique et apostolique &#224; qui le Seigneur J&#233;sus a confi&#233; le mandat de la faire conna&#238;tre &#224; tous les hommes, lorsqu'il dit aux ap&#244;tres : &#8220;Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du P&#232;re et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant &#224; observer tout ce que je vous ai prescrit&#8221; (Mt 28,19-20). Tous les hommes, d'autre part, sont tenus de chercher la v&#233;rit&#233;, surtout en ce qui concerne Dieu et son &#201;glise ; et quand ils l'ont connue, de l'embrasser et de lui &#234;tre fid&#232;les &#187; (Vat. II, D&#233;cl. Dignitatis humanae, n. 1).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous ne nous &#233;tendrons pas sur les modalit&#233;s de connaissance du Christ et de l'Eglise qui sont celles des non-chr&#233;tiens sauv&#233;s : la d&#233;claration ne va pas au-del&#224; du texte conciliaire, lui-m&#234;me tr&#232;s g&#233;n&#233;ral, sinon &#224; pr&#233;ciser qu'il s'agit &#8216;d'une gr&#226;ce qui, tout en ayant une relation myst&#233;rieuse avec l'&#201;glise, ne les y introduit pas formellement mais les &#233;claire d'une mani&#232;re adapt&#233;e &#224; leur &#233;tat d'esprit et &#224; leur cadre de vie..'. En d'autres termes il n'y a pas entr&#233;e formelle dans l'Eglise, mais &#8216;&#233;clairement' de la personne, d'une mani&#232;re qui les relie &#224; l'Eglise. Ce qui implique que celle-ci a un r&#244;le dans le processus. Il est d&#232;s lors essentiel de rappeler ces deux &#233;l&#233;ments de base que sont d'un c&#244;t&#233; le devoir missionnaire des chr&#233;tiens, ainsi que le devoir de recherche et de conversion de la part des non-chr&#233;tiens ; et de l'autre le rappel de la situation objectivement moins favorable de ces derniers. On pourrait peut-&#234;tre ici les comparer (avec prudence !) &#224; des hommes qui vivraient dans des conditions insalubres, et d'une nourriture insuffisante. Qu'ils arrivent &#224; survivre n'emp&#234;che pas que leur situation n'est pas satisfaisante, et que qui a la possibilit&#233; de leur procurer des conditions de vie saines, avec une nourriture ad&#233;quate et une minimum d'instruction, aurait un devoir absolu de le faire. Il est insens&#233; que des chr&#233;tiens, qui ne peuvent &#234;tre tels s'ils ne vivent pas du Christ et ont une immense gratitude pour ce don de la foi qui leur ait fait, n'aient pas le d&#233;sir ardent de communiquer ce don dans la mesure du possible ; comme il est insens&#233; d'imaginer que la connaissance auto-r&#233;v&#233;l&#233;e du Fils de Dieu ne fasse aucune diff&#233;rence ente celui qui en b&#233;n&#233;ficie et un autre. La responsabilit&#233; des chr&#233;tiens est ici massive : comme dit saint Paul, malheur &#224; moi si je n'annonce pas l'Evangile ; en d'autres termes, c'est &#224; nous de participer au salut des non-chr&#233;tiens, soit si nous pouvons en leur faisant conna&#238;tre le Christ, soit en accroissant par nos pri&#232;res et nos efforts la somme de gr&#226;ces que la solidarit&#233; de la Communion des saints diffuse aussi aupr&#232;s de ceux des non-chr&#233;tiens qui ont montr&#233; l'ouverture n&#233;cessaire pour b&#233;n&#233;ficier de la vertu salvifique de l'Eglise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html</link>
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		<dc:date>2019-01-07T17:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>Syncr&#233;tisme</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la crise du magist&#232;re n'est sans doute pas principalement l&#224; o&#249; on croit &#8211; dans les textes officiels ; mais dans la schizophr&#233;nie croissante entre une belle doctrine d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre une pastorale ou une pratique &#233;trangement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re. Mais en m&#234;me temps parler de crise du magist&#232;re peut recouvrir des r&#233;alit&#233;s vari&#233;es : ce peut &#234;tre dans son r&#244;le m&#234;me de d&#233;finition doctrinale ; cela peut &#234;tre ensuite une forme ou une autre de d&#233;calage entre la doctrine et l'enseignement courant ou la pratique et les actes des pasteurs, y compris le pape et les &#233;v&#234;ques ; et ce peut &#234;tre enfin une crise dans le rapport des fid&#232;les (et &#233;ventuellement de leurs pasteurs) avec l'id&#233;e de magist&#232;re ou les enseignements correspondants. Nous allons voir que la crise se situe bien plus aux deuxi&#232;me et troisi&#232;me niveau, m&#234;me si cela rejaillit marginalement sur le premier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel sur le magist&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord rapidement ce que l'Eglise nous enseigne sur le magist&#232;re. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale d'abord le magist&#232;re n'exerce son autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (de morale). Quel que soit le niveau consid&#233;r&#233;. Le Code de droit canonique distingue ensuite trois niveaux (canons 747 sqq.). Les deux premiers rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; ; c'est d'abord le magist&#232;re (dit extraordinaire) du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique, s'exprimant explicitement pour d&#233;finir un point ; c'est ensuite le magist&#232;re ordinaire universel qui concerne les &#233;v&#234;ques (et le pape) dans leur enseignement permanent ; dans les deux cas cela suppose qu'ils &#171; s'accordent sur un point de doctrine &#224; tenir de mani&#232;re d&#233;finitive &#187;. Un point essentiel est la pr&#233;cision suivante : &#171; Aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Il n'y a donc infaillibilit&#233; que lorsque c'est manifestement ce qui est affirm&#233;. Dans tous ces cas en outre l'adh&#233;sion du fid&#232;le est imp&#233;rative ; elle fait partie int&#233;grante de la foi. Ce qui veut dire que celui qui croit vraiment ne peut pas ne pas y adh&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me niveau (canon 752) tout &#224; fait diff&#233;rent est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique, du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : c'est lorsqu'ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. Dans ce cas l'adh&#233;sion demand&#233;e n'est pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [obsequium] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. Dit autrement, les fid&#232;les n'ont pas &#224; consid&#233;rer que cela fait partie de leur foi ; mais ils doivent traiter cette d&#233;claration avec un grand respect et a priori une soumission int&#233;rieure. Ce qui n'est quand m&#234;me pas rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant enfin de l'enseignement des &#233;v&#234;ques il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y &#171; adh&#233;rer avec une r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;, ce qui reste important, mais se situe bien en de&#231;&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs et comme je l'ai rappel&#233; plus en d&#233;tails dans mon La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/Vient-de-paraitre-La-Revelation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/Vient...&lt;/a&gt; cet enseignement fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. D&#233;veloppement veut dire ici d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans le d&#233;p&#244;t de la foi, qui est fondamentalement re&#231;u (&#224; travers les Ecritures et la Tradition) et non pas le fruit d'une innovation franche. Cela implique que ces d&#233;veloppements ne contredisent pas les &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;demment proclam&#233;s d&#233;finitifs ; ce qui &#224; son tour veut dire que le sens de ces &#233;l&#233;ments reste compris de fa&#231;on substantiellement stable au cours du temps, comme Jean-Paul II l'a rappel&#233;. C'est d'ailleurs logiquement impliqu&#233; par la notion de magist&#232;re, si comme le magist&#232;re catholique il se comprend comme l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise ; et non comme l'action d'un gourou d&#233;cidant arbitrairement la ligne du moment, ou comme un parlement changeant les lois lorsqu'il le juge bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement une telle exigence ne vaut pleinement que pour les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s &#224; tenir de fa&#231;on d&#233;finitive. Pour le magist&#232;re authentique, des fluctuations sont possibles, notamment dans l'expression, &#233;ventuellement dans la port&#233;e des enseignements en question. Certes, venant du magist&#232;re, ils contiennent un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233; essentiel, mais ils ont pu ne pas parvenir d'embl&#233;e &#224; une pleine expression, notamment (comme je le souligne dans ce m&#234;me livre) lorsqu'ils ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, ou s'appuyaient sur des &#233;l&#233;ments qui sont ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et souvent transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques etc.).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Vatican II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai montr&#233; en outre dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, appel&#233; le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement. Une crise du magist&#232;re dans son activit&#233; de d&#233;finition signifierait logiquement une rupture dans cette continuit&#233;. On l'a soutenu pour la p&#233;riode r&#233;cente (Vatican II et apr&#232;s), notamment sur trois sujets que j'examine dans ce m&#234;me ouvrage. C'est d'abord la libert&#233; religieuse : la d&#233;claration &lt;i&gt;Dignitatis humanae&lt;/i&gt; de Vatican II, par rapport &#224; la condamnation de la libert&#233; des cultes au XIXe si&#232;cle. Ensuite la prohibition de l'usure : on a une longue suite de condamnations de principe de la perception d'int&#233;r&#234;ts sur un pr&#234;t depuis le Moyen Age, qui s'oppose &#224; leur acceptation de fait &#224; partir du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, et maintenant dans le droit canonique. Et enfin le statut des autres religions pour l'obtention de notre salut : le vieil adage &#8216;Pas de salut hors de l'Eglise' du Concile de Florence est ici oppos&#233; &#224; plusieurs textes du Concile, notamment &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux premiers cas, au vu des supports de d&#233;claration et des termes employ&#233;s, il s'agit sans le moindre doute de d&#233;clarations du magist&#232;re authentique mais non d&#233;finitif. Cela dit, sur le premier point il faut noter que les encycliques du XIXe si&#232;cle condamnant la libert&#233; de conscience ou celles des cultes visaient une conception relativiste de celles-ci : un suppos&#233; droit &#224; croire ce qui bon nous semble, inacceptable pour l'Eglise qui rappelle le r&#244;le central de la v&#233;rit&#233;. En revanche Vatican II proclame une libert&#233; religieuse d&#233;finie comme droit &#224; une immunit&#233; par rapport au pouvoir civil, mais dans la recherche toujours n&#233;cessaire de la v&#233;rit&#233; (et notamment de la v&#233;rit&#233; de la foi). Or l'Eglise a toujours proclam&#233; la libert&#233; de l'adh&#233;sion &#224; la foi, ainsi que le droit par exemple des Juifs &#224; &#233;lever leurs enfants dans leur religion. Le texte de Vatican II appara&#238;t donc en d&#233;finitive comme la synth&#232;se de ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments. M&#234;me si on peut regretter l'insuffisance dans l'explicitation de la coh&#233;rence historique, explicitation qui aurait permis d'&#233;viter les doutes, tant envers les opposants &#224; cette d&#233;claration (lefebvristes notamment) que chez ceux qui y voient la l&#233;gitimation d'un changement de doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, la condamnation de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t s'appuyait essentiellement sur des raisonnements &#233;conomiques, qui ne rel&#232;vent pas du magist&#232;re, et elle comportait en outre de multiples exceptions, t&#233;moignant de la fragilit&#233; de ses bases. Elle peut donc tout &#224; fait &#234;tre caduque sous cet angle. D'o&#249; l'abandon de la prohibition. En revanche son esprit reste (son fondement moral) : il reste vrai que l'argent ne cr&#233;e rien par lui seul, sans le travail et l'initiative de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des autres religions est plus d&#233;licate. Certains &#233;l&#233;ments rel&#232;vent manifestement du d&#233;p&#244;t de la foi : notamment l'id&#233;e que le seul sauveur est J&#233;sus Christ et que nul ne peut &#234;tre sauv&#233; autrement qu'en son nom. D'o&#249; naturellement l'id&#233;e qu'en dehors de l'Eglise, qui est le corps du Christ, il n'y a pas de salut, proclam&#233;e au concile de Florence. Il semble bien qu'on soit ici dans le c&#339;ur de la foi. Mais il reste la question de ceux qui sans faute n'ont pas connu l'annonce de la bonne nouvelle chr&#233;tienne. Certains commentateurs (une majorit&#233; sans doute &#224; une &#233;poque) ont compris le principe &#8216;hors de l'Eglise point de salut' comme signifiant : hors de l'Eglise institutionnelle, explicite. Mais il y a toujours eu un courant qui a consid&#233;r&#233; au contraire que Dieu ne se d&#233;sint&#233;ressait pas de ceux qui ne connaissaient pas l'Eglise, notamment par impossibilit&#233; mat&#233;rielle (d'espace ou de temps), et que donc la possibilit&#233; existait de leur agr&#233;gation &#224; l'Eglise sous une autre forme, sans doute non explicite. Ainsi saint Thomas d'Aquin, avant Florence. C'est cette position qui est finalement celle adopt&#233;e par la Constitution &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt; pour Vatican II. Comment ? Elle ne le dit pas car elle parle de &#8216;moyens connus de Dieu seul'. Mais elle ne place donc pas les autres religions en position d'instrument de salut. Il n'y a toujours qu'un nom qui sauve, celui de J&#233;sus Christ, et seule son Eglise est moyen de salut. Mais elle peut se voir agr&#233;ger des gens qui ne la connaissent pas explicitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche un autre texte du Concile Vatican II, &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, qui est une simple d&#233;claration, &#233;voque ces religions, en soulignant simplement ce qu'elles ont de bon. Ce qui laisse entendre que ces &#233;l&#233;ments qui sont bons en elles sont voulus par Dieu. Mais elle ne dit nulle part elles non plus qu'elles sont en tant que telles instruments de salut. Certains se sont mis alors &#224; imaginer qu'un statut leur &#233;tait reconnue, une forme de l&#233;gitimit&#233;. Malgr&#233; sa r&#233;daction prudente, le texte a d&#232;s lors &#233;t&#233; le point de d&#233;part d'une vision positive des autres religions, qui prend chez beaucoup la forme d'une mise sur le m&#234;me rang que le christianisme. Le texte ne dit rien de tel, mais comme tout Vatican II, il se veut pastoral et par l&#224; positif dans son langage, et donc il ne condamne pas. Ce qui laisse le champ libre &#224; ceux qui consid&#232;rent que cela implique validit&#233; des autres religions comme voies de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un point de m&#233;thode important. Tous les conciles ant&#233;rieurs avaient des listes de propositions condamn&#233;es comme fausses, objets d'anath&#232;mes. Leur absence &#224; Vatican II a l'avantage de montrer un visage am&#232;ne et dialogal ; mais on perd ce faisant la clart&#233; de la d&#233;finition ; et surtout on n'envoie plus le message qu'il y a des id&#233;es qui sont r&#233;ellement fausses, et que c'est mauvais pour notre salut. Une telle posture caract&#233;ristique du Concile sera par la suite une des caract&#233;ristiques du magist&#232;re postconciliaire. Un choix qui est th&#233;oriquement sans effet pour ce qui est du contenu du message, mais qui s'av&#233;rera lourd de cons&#233;quences concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Apr&#232;s Vatican II ; le pape Fran&#231;ois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toujours en se limitant aux textes magist&#233;riels, il y a ensuite sous Paul VI, Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI peu ou pas d'autres &#233;l&#233;ments qui pourraient &#234;tre vus comme une inflexion nouvelle du magist&#232;re. Il y a m&#234;me eu dans cette p&#233;riode des rappels non n&#233;gligeables en mati&#232;re de doctrine, notamment dans le vaste champ des m&#339;urs, au risque d'une tension croissante avec le monde ambiant - qui lui allait en sens contraire. M&#234;me si certains des traits h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode conciliaire subsistaient (dont le parti pris de positivit&#233; qu'on vient d'&#233;voquer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la coh&#233;rence a &#233;t&#233; pos&#233;e plus nettement &#224; propos du pape Fran&#231;ois. Non pas tant en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, o&#249; ses d&#233;clarations virulentes restent dans le cadre de la doctrine ant&#233;rieure, m&#234;me si son insistance sur la seule d&#233;nonciation des m&#233;faits du syst&#232;me &#233;conomique cr&#233;e un effet peu &#233;quilibr&#233;. La question des migrations ensuite constitue un terrain d'opposition franche et parfois violente entre le pape et une partie notable des fid&#232;les ; mais ici encore l'enjeu doctrinal n'est pas &#233;vident : on est l&#224; dans un domaine classiquement reconnu comme prudentiel et donc de la responsabilit&#233; des la&#239;cs, et le pape alterne l'affirmation d'un devoir d'accueil des personnes en souffrance, qu'il comprend tr&#232;s largement comme impliquant normalement l'entr&#233;e tr&#232;s large des migrants, avec le rappel timide et discret des limites, essentiellement la capacit&#233; d'accueil &#233;conomique. Il est vrai que certains textes comme celui de 2017 sur les droits des migrants vont assez loin, de fa&#231;on l&#224; encore peu &#233;quilibr&#233;e, pour soutenir une liste de revendications allant tr&#232;s loin dans le sens d'un accueil sans conditions ; mais outre que le caract&#232;re magist&#233;riel n'en est pas &#233;vident, la synth&#232;se avec les &#233;l&#233;ments plus prudents de son message n'est pas faite. Il n'est donc pas &#233;vident qu'il y ait sur ces divers points une v&#233;ritable &#233;volution magist&#233;rielle. On n'en dira pas autant du message &#8216;pastoral', net et brutal en faveur de l'immigration, avec de multiples gestes &#224; l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus controvers&#233;s sous l'angle proprement magist&#233;riel sont deux textes du pape Fran&#231;ois. C'est d'abord l'exhortation apostolique &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;, le d&#233;bat portant principalement sur des passages du chapitre et plus particuli&#232;rement sur une affirmation rel&#233;gu&#233;e en note de bas de page - note 351, faisant allusion &#224; l'acc&#232;s aux sacrements. Cela para&#238;t ouvrir dans des cas non n&#233;gligeables un acc&#232;s aux sacrements &#224; des divorc&#233;s remari&#233;s sans changement de leurs pratiques, ce qui serait une modification de la doctrine ant&#233;rieure. Pour celle-ci, hors cas tout &#224; fait exceptionnel d'ignorance invincible, qui devrait en outre rapidement dispara&#238;tre, un catholique est suppos&#233; savoir ce que demandent les Evangiles sur le mariage ; d&#232;s lors, qui ne respecte pas cette r&#232;gle s'affiche comme en rupture permanente ; en outre, m&#234;me en cas d'ignorance suppos&#233;e invincible, un sacrement est un acte d'Eglise, public, et l'accorder sur la base d'un &#233;tat d'&#226;me priv&#233; risque d'envoyer un message erron&#233; aux fid&#232;les. Le sujet a fait couler beaucoup d'encre. On peut &#233;videmment rappeler qu'il serait &#233;trange que la doctrine puisse &#233;voluer au vu d'une note de bas de page quelque peu ambigu&#235;, m&#234;me s'il y a eu authentification par le pape d'une d&#233;claration interpr&#233;tative souple des &#233;v&#234;ques argentins. Cela dit il est manifeste que dans cette affaire le pape a fait le choix de l'ambigu&#239;t&#233; dans l'expression, car comme on le verra pour lui il faut sortir de la logique du &#8216;on peut, on ne peut pas'. De fait, cette relative ambigu&#239;t&#233; de r&#233;daction, plus la timidit&#233; de l'insertion, peuvent permettre (avec quelque effort) &#224; ceux qui veulent lire la note de fa&#231;on coh&#233;rente avec la doctrine ant&#233;rieure de le faire. Mais inversement cela laisse aussi les autres libres de faire une lecture nettement plus &#233;loign&#233;e de la doctrine classique, non sans motif dans le contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ensuite la question de la peine de mort, o&#249; le pape a fait changer le texte du cat&#233;chisme afin de la pr&#233;senter comme en soi condamnable, alors que le texte ant&#233;rieur, constatant que la tradition catholique l'avait toujours d&#233;clar&#233;e licite, l'excluait dans le seul contexte de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce point est &#233;voqu&#233; dans un autre article de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;. Notons simplement ici que le changement dans le cat&#233;chisme reste lui aussi r&#233;dig&#233; de fa&#231;on ambigu&#235; et qu'une lecture proche de celle de l'ancien cat&#233;chisme reste possible, et c'est sans doute la plus s&#251;re pour les fid&#232;les. Cela dit l'intention du pape est manifeste. Comme il l'a dit &#224; Dominique Wolton (avant ce changement) &#171; La tradition, c'est une doctrine en chemin, qui avance &#8230; Par exemple, &#224; propos de la peine de mort. Nos &#233;v&#234;ques ont d&#233;cr&#233;t&#233; la peine de mort au Moyen Age. Aujourd'hui l'Eglise dit plus ou moins &#8211; et on travaille pour changer le cat&#233;chisme sur ce point - que la peine de mort est immorale. La tradition a-t-elle chang&#233; ? Non, mais la conscience &#233;volue, la conscience morale &#233;volue. C'est la m&#234;me chose concernant l'esclavage &#187;. &#171; Comment grandit la tradition ? Elle grandit comme grandit une personne : par le dialogue, qui est comme l'allaitement pour l'enfant. Le dialogue avec le monde qui nous entoure. Le dialogue fait cro&#238;tre. &#187; Il est pourtant &#233;vident que si on dit deux choses diff&#233;rentes, c'est que la tradition a chang&#233;. Donc la doctrine. Il faudrait donc expliquer en quoi ce changement ne remet pas en cause la cr&#233;dibilit&#233; du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas cependant, si on se limite aux textes, on notera la faible ampleur des modifications &#233;ventuelles et leur manque de clart&#233;. En revanche l'intention et l'esprit laissent entendre que la signification sous-jacente est plus radicale. Par ailleurs et surtout, on reste dans tous ces cas dans le cadre du magist&#232;re authentique tout au plus, en outre sous une forme particuli&#232;rement peu affirmative. En se limitant donc &#224; ces &#233;l&#233;ments, on pourrait donc pr&#233;tendre qu'il n'y pas d'inflexion majeure &#224; prendre r&#233;ellement en compte dans le magist&#232;re au sens strict. En revanche il est symptomatique que ce magist&#232;re proc&#232;de avec ambigu&#239;t&#233;, cr&#233;ant dans la pratique une marge de jeu au sein m&#234;me de la doctrine, m&#234;me quand elle &#233;volue peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est notoire que le pape Fran&#231;ois est m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale, qu'il per&#231;oit comme un carcan facilement utilisable par des personnes peu mis&#233;ricordieuses (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. Et de d&#233;crire J&#233;sus faisant des choses &#171; qui ne se faisaient pas &#187; (samaritaine, l&#233;preux etc.) C'est que &#171; la loi des autres &#187; &#171; n'&#233;tait pas dans le vrai &#187;, &#171; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#187; dit-il &#171; par le fondamentalisme &#187; . Mais l'inconv&#233;nient de ce positionnement est de jeter un trouble sans donner de r&#233;ponse claire, d'autant que le pape refuse de r&#233;pondre aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; de quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Plus gravement, cela tend &#224; accr&#233;diter une fois de plus l'id&#233;e que la doctrine change sur des points centraux &#8211; mais sans le faire de fa&#231;on claire. Pourtant la demande est nette : &#171; Que votre oui soit un oui, et votre non un non &#187; (Mathieu 5 37).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'environnement du magist&#232;re : les faits et dits non magist&#233;riels.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; un fait s'impose : malgr&#233; les questions pos&#233;es par les d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents, l'&#233;volution au niveau des textes, objectivement limit&#233;e, p&#226;lit en importance en regard de ce qu'on peut appeler le l'enseignement de fait, ou l'environnement intentionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; l'&#233;poque conciliaire avait &#233;t&#233; marqu&#233;e par un tournant brutal dans l'enseignement effectif des faits principaux de la foi chr&#233;tienne. On conna&#238;t l'appel r&#233;current &#224; l'esprit du Concile, parfois oppos&#233; aux textes que ce m&#234;me Concile a adopt&#233;s (qui pourtant font seuls autorit&#233;). Mais le ph&#233;nom&#232;ne est beaucoup plus large. Des &#233;l&#233;ments autrefois totalement centraux comme les fins derni&#232;res, le jugement, la possibilit&#233; de l'enfer, et plus largement la r&#233;alit&#233; du p&#233;ch&#233; et ses cons&#233;quences, ou le besoin de confession r&#233;guli&#232;re, sont d&#233;sormais pass&#233;s au second rang quand ils n'ont pas totalement disparu. Bien s&#251;r ils sont toujours l&#224; dans la doctrine th&#233;orique, qu'on retrouve par exemple dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique, mais ils n'ont pratiquement plus de r&#244;le dans la pastorale effective, et cela pratiquement &#224; tous les niveaux. Or le mot magist&#232;re comporte l'id&#233;e du ma&#238;tre qui enseigne ; il ne s'agit pas simplement de th&#233;oriser ou de juger des questions intellectuelles. De ce point de vue, il y a comme un magist&#232;re bis, de fait, et en premier lieu un magist&#232;re par d&#233;faut, tacite, qui est distinct du magist&#232;re th&#233;orique des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas inint&#233;ressant de rapprocher ces faits des constatations de Guillaume Cuchet analysant les causes de l'effondrement relatif de la pratique catholique apr&#232;s 1965. Le rel&#226;chement massif de la discipline, la perte de vue des fins derni&#232;res, l'effondrement de la confession, et l'id&#233;e de la pluralit&#233; des voies religieuses sont les principaux facteurs relev&#233;s, cela avant 1968. Et en s'abritant de l'autorit&#233; du Concile (malgr&#233; ses textes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute une pratique, qui peut signifier clairement, par l'exemple qu'elle donne, ce qu'on juge important et ce qui ne l'est pas. Ainsi quand on parle des autres religions, c'est d&#233;sormais presque toujours pour souligner les points de convergence, ou le besoin de dialogue (&#224; la notable exception du discours de Ratisbonne) ; jamais les divergences, ni les nombreux d&#233;fauts de ces religions, l'Islam en premier lieu. Le pape Fran&#231;ois explique r&#233;guli&#232;rement que ce dernier est une religion de paix, contre l'&#233;vidence de l'histoire et des textes (ainsi dans &lt;i&gt;Evangelii gaudium&lt;/i&gt; au n&#176; 253 in fine : &#171; le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence &#187;) ; m&#234;me si on peut douter que ces affirmations rel&#232;vent du champ du magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. On retrouve ici l'attitude de &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, en plus accentu&#233;, et l'ambigu&#239;t&#233; s'&#233;paissit encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, comme je l'indiquais dans mon livre sur la R&#233;v&#233;lation, &#171; une tendance se r&#233;pand, consistant dans la pratique &#224; laisser la doctrine morale ou la discipline eccl&#233;siale comme elles sont, mais &#224; les voir en quelque sorte comme un bel id&#233;al ; et, parall&#232;lement, &#224; introduire dans la pratique des changements inconsistants avec elles, laiss&#233;s &#224; l'appr&#233;ciation personnelle ou &#224; celle de leurs pasteurs. Cette tentation peut &#234;tre lourde de cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont les croyants vivent leur foi, avec le risque &#233;ventuel d'une double morale et surtout d'un certain subjectivisme. Il y a une tendance ici ou l&#224; &#224; mettre entre parenth&#232;ses l'enseignement magist&#233;riel pour ne consid&#233;rer que les gestes et la pastorale. On a &#233;voqu&#233; ce point en ce qui concerne la pluralit&#233; des religions : l'accueil l&#233;gitime et bienvenu de repr&#233;sentants de religions diverses, ou certains gestes de dialogue, qui ont &#233;videmment leur sens dans le cadre des bons rapports entre personnes ou communaut&#233;s, sont alors lus comme signes d'une reconnaissance de la validit&#233; relative de ces religions, selon une inflexion qu'on est bien en peine de montrer dans les textes. Mais cela ne modifie &#233;videmment ni le statut, ni le contenu de la doctrine elle-m&#234;me, tout d&#233;veloppement supposant un texte explicite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne citer qu'un exemple r&#233;cent, le tr&#232;s ambigu &#8216;qui suis-je pour juger ?' du pape Fran&#231;ois, prononc&#233; &#224; propos d'un pr&#233;lat accus&#233; d'homosexualit&#233; (bien visible) a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable dans le trouble instaur&#233; : jouant sur les mots entre &#8216;juger la personne' et &#8216;juger le comportement', entre mis&#233;ricorde et expression de la v&#233;rit&#233;, il a de fait accr&#233;dit&#233; l'id&#233;e que la doctrine importait peu et que la mis&#233;ricorde &#233;tait tout. Ce qui pour une religion qui enseigne un message r&#233;v&#233;l&#233; contenant des exigences claires, est troublant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant on mesure les limites d'une mis&#233;ricorde mal comprise quand on passe au dossier p&#233;dophilie. Car l&#224; ce qu'on attendait, c'est des gestes tranch&#233;s, un magist&#232;re &#233;nergique et exigeant, rompant avec l'effarant laxisme postconciliaire qui a conduit &#224; tol&#233;rer de fait dans un certain clerg&#233; des pratiques que toute la tradition ant&#233;rieure condamnait avec horreur, que cette tol&#233;rance s'explique par la l&#226;chet&#233;, la solidarit&#233; cl&#233;ricale, une fausse mis&#233;ricorde, ou un alignement sur les m&#339;urs du temps. On est en revanche un peu rest&#233; sur sa faim sur ce plan (sauf lorsqu'il y a eu scandale public). Comme plus g&#233;n&#233;ralement sur le dossier de l'homosexualit&#233; dans le clerg&#233; (car ce qu'on appelle p&#233;dophilie est dans la grande majorit&#233; des cas une forme d'homosexualit&#233; sur adolescents). Dans certains cas, la mis&#233;ricorde mal comprise de trop d'&#233;v&#234;ques s'est rapproch&#233;e dangereusement de la complicit&#233;, ou de l'inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me insuffisance du c&#244;t&#233; du contr&#244;le des th&#232;ses &#233;mises comme catholiques par des th&#233;ologiens manifestement h&#233;t&#233;rodoxes : les condamnations sont rares (celle du P. Dupuis en a &#233;t&#233; une), et la presse catholique et leurs confr&#232;res hurlent alors &#224; la r&#233;pression. Mais parall&#232;lement la plupart des th&#233;ologiens m&#234;me clairement en dehors de la doctrine poursuivent impunis leur carri&#232;re &#224; succ&#232;s, du P. Moingt au P. Geffr&#233; pour ne citer que deux cas fran&#231;ais bien connus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le magist&#232;re et les fid&#232;les&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de cette d&#233;rive une grande incertitude chez les fid&#232;les. D'un c&#244;t&#233; on l'a vu, le monument des textes magist&#233;riels est au pire &#233;corn&#233; mais pour l'essentiel reste intact. D'un autre c&#244;t&#233; le signal qui est per&#231;u de fait est qu'au fond ces vingt si&#232;cles d'effort de d&#233;veloppement dans la coh&#233;rence d'une doctrine extr&#234;mement &#233;labor&#233;e et fid&#232;le au message r&#233;v&#233;l&#233; importent assez peu par rapport aux grands &#233;lans affectifs, &#224; une mis&#233;ricorde universelle dans la pratique peu regardante, ou au jugement personnel en conscience, quelles qu'en soient les conclusions. Aucun repr&#233;sentant autoris&#233; du magist&#232;re, le pape Fran&#231;ois le premier, n'a bien s&#251;r jamais rien dit de tel. Mais de fait c'est ce qui est per&#231;u par beaucoup, ou ce qu'on veut entendre sans &#234;tre contredit. Et trop de gestes paraissent le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tout comme la discipline interne pour les cas de p&#233;dophilie, c'est d'une action &#233;nergique, claire et d&#233;termin&#233;e qu'on a besoin. Besoin d&#233;sormais urgent : c'est ce que j'appelle une r&#233;forme gr&#233;gorienne. Rappelons un fait. Trois papes seulement (ayant vraiment r&#233;gn&#233;) ont &#233;t&#233; canonis&#233;s entre 1100 et 1950 : Gr&#233;goire VII, Pie V et Pie X. Trois grands r&#233;formateurs, trois mod&#232;les d'autorit&#233; bienveillante mais ferme. L'Eglise a besoin d'une r&#233;forme radicale, claire et &#233;nergique, qui met en rapport direct ce qui est dit et ce qui est fait. Il est encore temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Continuit&#233; doctrinale du magist&#232;re catholique : le cas de la peine de mort</title>
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		<dc:date>2018-08-17T13:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>Peine de mort</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'Eglise catholique a &#224; son actif 2000 ans de d&#233;veloppement doctrinal, &#224; partir de la R&#233;v&#233;lation biblique, qu'elle a toujours pr&#233;sent&#233; comme un ensemble coh&#233;rent. Ce qui est la moindre des choses quand comme le magist&#232;re catholique on pr&#233;tend &#233;noncer des v&#233;rit&#233;s permanentes. J'ai examin&#233; cette question dans mon livre r&#233;cent &#171; La r&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &#187;, (Art&#232;ge Lethielleux 2018), qui explore cette articulation entre une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle mais transmise dans le temps, et son explicitation dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la nouvelle r&#233;daction du cat&#233;chisme condamne la peine de mort, que la doctrine ant&#233;rieure consid&#233;rait licite. D'o&#249; des d&#233;bats nourris. La plupart portent la peine de mort elle-m&#234;me. Mais la question de la continuit&#233; doctrinale est tout aussi importante. Que peut-on en penser ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Peine-de-mort-+.html" rel="tag"&gt;Peine de mort&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cadre de r&#233;flexion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai tout r&#233;cemment abord&#233; dans un livre la question de la continuit&#233; de l'enseignement de l'Eglise, d&#233;veloppement dans le temps et dans l'histoire de la R&#233;v&#233;lation d'un Dieu &#233;ternel (&#171; La r&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &#187;, Art&#232;ge Lethielleux 2018). Le message biblique vient d'un Dieu infini, qui transcende tous nos concepts ; mais ce Dieu s'y est exprim&#233; pour nous &#224; travers le langage humain, et ce message se pr&#233;sente comme langage de v&#233;rit&#233;. Cette v&#233;rit&#233; vise l'objet de la r&#233;v&#233;lation, la foi et les m&#339;urs (morale) ; mais &#233;videmment pas des notions scientifiques ou sociologiques. Cela dit le mot de v&#233;rit&#233; est &#224; prendre au s&#233;rieux : cela veut dire que le langage humain qui est utilis&#233; est capables de porter de v&#233;rit&#233;s durables &#224; son niveau. Les sources en sont les Ecritures et la Tradition (sachant que la Tradition bien comprise est ce qui a &#233;t&#233; transmis avec le d&#233;p&#244;t de la foi, pas comme certains le pensent aujourd'hui un corpus &#233;volutif).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce message, cette parole, ont fait ensuite l'objet de ce qu'on appelle un d&#233;veloppement. En effet, d'une part il y une compr&#233;hension toujours meilleure de son sens ; d'autre part des questions nouvelles sont constamment pos&#233;es par l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; humaine, des questions scientifiques au sens large mais aussi des questions li&#233;es &#224; la vie commune et son d&#233;veloppement culturel et institutionnel (politique et &#233;conomique). Mais comme ces &#233;nonc&#233;s successifs se pr&#233;sentent comme &#233;nonc&#233;s de v&#233;rit&#233;s, il ne s'agit pas comme certains l'expliquent de passer des textes anciens au filtre de philosophies successives et contradictoires, pour en tirer chaque fois des id&#233;es diff&#233;rentes, mais d'un d&#233;veloppement coh&#233;rent dans le temps, produisant des &#233;nonc&#233;s dont la validit&#233; et la compr&#233;hension persistent &#224; travers le temps. Les &#233;nonc&#233;s nouveaux ne r&#233;sultent pas d'une d&#233;cision arbitraire modifiant les id&#233;es et pr&#233;ceptes ant&#233;rieurs ; mais ils se d&#233;gagent comme la mise en &#233;vidence de v&#233;rit&#233;s contenues dans la r&#233;v&#233;lation, authentifi&#233;es par le magist&#232;re, et coh&#233;rentes avec les &#233;nonc&#233;s ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique l'affirmation de la capacit&#233; de tous ces &#233;nonc&#233;s &#224; transmettre une v&#233;rit&#233; permanente ; mais cela n'exclut pas qu'il soit bon ou m&#234;me n&#233;cessaire &#224; l'occasion de les formuler en termes plus pr&#233;cis. Il est &#233;vident que la cr&#233;dibilit&#233; du magist&#232;re d&#233;pend de cette continuit&#233;. Sinon il n'&#233;nonce pas une v&#233;rit&#233; permanente autant qu'il puisse le faire, mais ne donne qu'un rep&#232;re transitoire. Mais naturellement, et le point est essentiel, le degr&#233; d'autorit&#233; de ces &#233;nonc&#233;s est tr&#232;s variable selon les circonstances de leur &#233;nonciation. La pr&#233;tention &#224; la v&#233;rit&#233; permanente n'a de sens que pour les &#233;nonc&#233;s manifestement produits &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai par ailleurs analys&#233; dans ce m&#234;me livre les cas o&#249; des &#233;volutions pouvaient appara&#238;tre contradictoires avec cette coh&#233;rence dans le temps. Sur la base du recueil des textes du magist&#232;re qu'est le Denzinger, ils me paraissent principalement au nombre de trois : la condamnation ancienne du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t ; le passage de la condamnation de la libert&#233; des cultes au XIXe si&#232;cle &#224; un concept de libert&#233; religieuse sous Vatican II ; et enfin l'adage &#8216;pas de salut hors de l'Eglise'. Notons que dans les deux premiers exemples on n'est sans doute pas dans des cas de magist&#232;re infaillible ; mais leur importance historique a &#233;t&#233; et reste consid&#233;rable. Ce qui m'est apparu alors est que l'&#233;volution, quand elle est r&#233;elle, a d&#233;pendu de deux types de prise en consid&#233;ration. C'est en premier lieu parce qu'intervient une dimension qui n'est pas li&#233;e &#224; la foi et aux m&#339;urs : une &#233;volution des connaissances &#233;conomiques pour le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, des d&#233;veloppements de la base juridico-politique de la soci&#233;t&#233; dans le cas des droits et libert&#233;s. C'est en second lieu parce qu'est apparu le besoin de mieux expliciter les rapports entre plusieurs v&#233;rit&#233;s r&#233;v&#233;l&#233;es, jusques l&#224; pas compl&#233;tement harmonis&#233;es : dans le cas de la libert&#233; religieuse c'&#233;tait la prise en compte de la libert&#233; de l'acte d'adh&#233;sion &#224; la foi, en regard du devoir de recherche de la v&#233;rit&#233; et de son respect ; dans le cas de l'adage &#8216;hors de l'Eglise pas de salut' entre le salut universel voulu par Dieu et la m&#233;diation unique du Christ &#224; travers l'Eglise. Ce qui a conduit &#224; des &#233;nonc&#233;s nouveaux a donc &#233;t&#233; soit la prise en compte d'&#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs &#224; l'objet de la r&#233;v&#233;lation, soit une meilleure articulation entre des &#233;l&#233;ments r&#233;v&#233;l&#233;s dont le lien n'avait pas &#233;t&#233; suffisamment &#233;labor&#233; ; dans les deux cas en g&#233;n&#233;ral face &#224; l'&#233;mergence de probl&#232;mes nouveaux. Il s'en d&#233;duit que la contradiction apparente entre &#233;nonc&#233;s n'est donc pas v&#233;ritablement une rupture dans le d&#233;veloppement de la R&#233;v&#233;lation. Je renvoie &#224; mon livre pour l'analyse de ces exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on se situe ce cadre, comment analyser le r&#233;cent changement apport&#233; au cat&#233;chisme &#224; la demande du Pape Fran&#231;ois, portant sur la peine de mort ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cas de la peine de mort : probl&#233;matique ant&#233;rieure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;tait l'&#233;tat des lieux ant&#233;rieur ? Aucune source dans les Ecritures ne conduit d'abord &#224; conclure directement qu'elle est illicite, au contraire. Certes le d&#233;calogue nous dit &#171; Tu ne tueras pas &#187; mais ce pr&#233;cepte fait partie de la Loi mosa&#239;que qui pr&#233;voit des peines de mort pour de nombreux cas. Bien s&#251;r ces prescriptions ne sont plus consid&#233;r&#233;es valides en soi, mais le fait est que la Loi, donn&#233;e par Dieu, ne voyait aucune contradiction entre le pr&#233;cepte de ne pas tuer, qui s'adresse aux individus, et l'application de la peine de mort par une autorit&#233; l&#233;gitime en cas de crime grave. Et le Nouveau testament ne contredit en rien l'Ancien sur ces points. M&#234;me le jugement et la mort de J&#233;sus ne conduisent pas &#224; une remise en cause de la peine de mort, tout au contraire (ce pouvoir est reconnu par J&#233;sus &#224; Pilate, alors m&#234;me que ce dernier en fera un usage inique). Ensuite, et comme le notait la pr&#233;c&#233;dente r&#233;daction du Cat&#233;chisme, la Tradition est largement unanime &#224; reconna&#238;tre la lic&#233;it&#233; de la peine de mort, avec comme on l'a vu de solides bases dans la R&#233;v&#233;lation. Il est &#224; noter en outre qu'on ne se fondait pas sur le seul besoin pratique de mettre un criminel hors d'&#233;tat de nuire ou de dissuader les candidats, mais d'abord sur le droit du pouvoir politique, reconnu par la Bible, de punir des coupables, punition qui &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs il n'y a aucun fait nouveau qui ait &#233;merg&#233; depuis (en dehors de l'&#233;volution du sentiment public dominant) et qui remette en cause ces raisonnements anciens, coh&#233;rents et circonstanci&#233;s. Les arguments des abolitionnistes sont pr&#233;sents depuis longtemps. Ni probl&#232;me de conciliation avec une autre v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e, qu'on n'aurait pas trait&#233;e. La situation est donc tr&#232;s diff&#233;rente des questions &#233;voqu&#233;es ci-dessus, la libert&#233; religieuse par exemple. Rien de commun non plus avec l'esclavage, qui n'a jamais fait l'objet d'une approbation explicit&#233;e et d&#233;velopp&#233;e, m&#234;me s'il a &#233;t&#233; longtemps tol&#233;r&#233; comme fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche il est exact que les pontifes r&#233;cents ont tr&#232;s clairement pris position contre la peine de mort. Mais ils l'ont fait dans le contexte de la soci&#233;t&#233; actuelle, compte tenu &#224; la fois de sa capacit&#233; &#224; mieux contr&#244;ler les criminels, et du souhait croissant de les r&#233;habiliter quand c'&#233;tait possible. Et ils ont gard&#233; le principe de la lic&#233;it&#233; de cette peine, sans donc invalider les positions ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La modification du Cat&#233;chisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ce que dit le nouveau texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant longtemps, le recours &#224; la peine de mort de la part de l'autorit&#233; l&#233;gitime, apr&#232;s un proc&#232;s r&#233;gulier, fut consid&#233;r&#233; comme une r&#233;ponse adapt&#233;e &#224; la gravit&#233; de certains d&#233;lits, et un moyen acceptable, bien qu'extr&#234;me, pour la sauvegarde du bien commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignit&#233;, m&#234;me apr&#232;s avoir commis des crimes tr&#232;s graves. En outre, s'est r&#233;pandue une nouvelle compr&#233;hension du sens de sanctions p&#233;nales de la part de l'&#201;tat. On a &#233;galement mis au point des syst&#232;mes de d&#233;tention plus efficaces pour garantir la s&#233;curit&#233; &#224; laquelle les citoyens ont droit, et qui n'enl&#232;vent pas d&#233;finitivement au coupable la possibilit&#233; de se repentir.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi l'&#201;glise enseigne, &#224; la lumi&#232;re de l'&#201;vangile, que ''la peine de mort est inadmissible car elle atteinte &#224; l'inviolabilit&#233; et &#224; la dignit&#233; de la personne'' et elle s'engage de fa&#231;on d&#233;termin&#233;e, en vue de son abolition partout dans le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; comment&#233; en outre dans une lettre aux &#233;v&#234;ques de la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la foi. On y notera le souci de montrer une certaine continuit&#233; malgr&#233; l'impression de rupture que donne d'embl&#233;e la modification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central para&#238;t &#234;tre la consid&#233;ration nouvelle &#224; l'&#233;gard de la dignit&#233; humaine aujourd'hui. S'y ajoute un rappel des progr&#232;s des syst&#232;mes de d&#233;tention ainsi qu'une conception nouvelle du sens des sanctions p&#233;nales (qui ne serait plus consid&#233;r&#233;e qu'en vue de la r&#233;habilitation du criminel). Ce qui peut para&#238;tre ne faire r&#233;f&#233;rence qu'au seul contexte actuel, suppos&#233; acquis d&#233;finitivement. En revanche la phrase suivante affirme que la peine de mort est inadmissible. Ce qui semble &#234;tre une affirmation &#224; valeur permanente. On remarquera qu'aucune allusion n'est faite &#224; un &#233;l&#233;ment essentiel de l'ancienne conception, la notion de punition, et a fortiori l'id&#233;e d'expiation. Dans ce contexte il n'est pas surprenant que le texte ait fait l'objet de d&#233;bats intenses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;voquerai pas ici la question de son degr&#233; d'autorit&#233; : il serait tr&#232;s surprenant que la simple modification d'un passage du cat&#233;chisme ait valeur de proclamation solennelle infaillible. Mais l'importance de la d&#233;cision, demand&#233;e par le Pape, m&#233;rite consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lectures possible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il semble pour simplifier qu'il puisse faire l'objet de trois interpr&#233;tations possibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Premi&#232;re compr&#233;hension (en continuit&#233;) : &#171; Le contexte moderne est tel que la peine de mort est actuellement inadmissible. Mais ce pourrait &#234;tre diff&#233;rent dans d'autres contextes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avantage : il y alors continuit&#233; potentielle avec la doctrine ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inconv&#233;nient : cette lecture n'est pas tout &#224; fait coh&#233;rente avec la formulation du dernier paragraphe. Encore qu'on pourrait soutenir que le terme &#8216;inadmissible' est distinct de &#8216;mauvais' et peut ne se r&#233;f&#233;rer qu'&#224; un contexte pr&#233;cis, actuel sans impliquer de valeur absolue et permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une variante consisterait &#224; dire qu'on n'exclut pas que la peine de mort soit possible dans d'autres contextes diff&#233;rents du n&#244;tre, mais qu'on consid&#232;re qu'il est d&#233;sormais acquis que cette peine est choquante en regard du respect d&#251; &#224; la vie. Cette variante conduit aux m&#234;mes remarques ; elle est plus coh&#233;rente avec le dernier paragraphe du texte, mais elle rend moins bien compte des d&#233;veloppements pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Deuxi&#232;me compr&#233;hension (&#233;volutive) : &#171; On n'y voyait pas encore clair dans le pass&#233; ; mais outre l'efficacit&#233; nouvelle des m&#233;thodes de d&#233;tention, les progr&#232;s de la conscience humaine sur la dignit&#233; de la personne ou sur le sens des p&#233;nalit&#233;s sont tels qu'on a enfin compris que la peine de mort &#233;tait inadmissible en soi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avantage : elle est plus coh&#233;rente avec le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inconv&#233;nients : il y a d'abord rupture manifeste avec la tradition. Ensuite on s'appuie pour cela sur une notion de conscience d'&#233;poque. Mais une telle conscience peut changer &#224; nouveau. On peut par exemple redevenir sensible &#224; l'horreur des crimes commis et &#224; l'auto-d&#233;gradation du criminel. Faudra-t-il alors changer &#224; nouveau le texte ? Mais quel est le sens d'une affirmation magist&#233;rielle soumise au sentiment de l'&#233;poque ? Les affirmations pr&#233;c&#233;dentes &#233;taient aussi intemporelles que la nouvelle : si elles peuvent &#234;tre caduques, l'actuelle peut l'&#234;tre aussi un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, en cons&#233;quence, une telle ligne de raisonnement impactera in&#233;vitablement d'autres affirmations de l'Eglise, qui seront suspect&#233;es de pouvoir &#234;tre modifi&#233;es elles aussi en fonction de l'&#233;volution du sentiment public. Le risque est aggrav&#233; en l'esp&#232;ce par le fait que la notion de dignit&#233; sur laquelle on se base (notion peu utilis&#233;e traditionnellement et donc peu balis&#233;e doctrinalement) reste assez ambigu&#235; &#224; ce stade. Prenons l'exemple de l'euthanasie : certains proclament sous ce nom un &#8216;droit &#224; mourir dans la dignit&#233;' ; pour eux la dignit&#233;, c'est de mourir. Et ils peuvent pr&#233;tendre qu'un jour les &#8216;progr&#232;s de la conscience' reconna&#238;tront une telle libert&#233; de choisir le moment de sa mort. Cette belle conscience moderne ne voit d'ailleurs aucun inconv&#233;nient &#224; l'avortement comme &#224; l'euthanasie. Son utilisation comme guide moral est donc pour le moins risqu&#233;e. Par ailleurs, sur le fond, est-il vraiment moins digne d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; parce qu'on a commis un crime abominable, que de passer sa vie enferm&#233; ? Est-ce toujours plus efficace en termes de conversion et de repentance du criminel ? Dans nos prisons telles qu'elles sont ? Et l'id&#233;e ancienne que le criminel avait baiss&#233; en dignit&#233; (sans la perdre totalement, mais assez pour s'exclure lui-m&#234;me de la soci&#233;t&#233;) &#233;tait-elle si absurde ? En tout cas elle est passablement biblique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Troisi&#232;me compr&#233;hension (relativisante) &#171; les lectures et interpr&#233;tations varient selon les &#233;poques ; la peine de mort a &#233;t&#233; admise dans la philosophie et la soci&#233;t&#233; de l'&#233;poque, dont acte, mais elle ne convient plus &#224; celle de la n&#244;tre &#187;. C'est au fond le mod&#232;le dit herm&#233;neutique de feu le RP Geffr&#233; (que j'&#233;voque dans le livre ci-dessus) et de bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avantage : paradoxalement il y a apparemment moindre reniement du pass&#233; car on admet qu'il avait son sens en son temps. Mais en r&#233;alit&#233;, ce faisant on lui refuse toute pertinence et pour nous, et en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inconv&#233;nient : cette ligne ruine radicalement la notion de v&#233;rit&#233; permanente et l'autorit&#233; du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t en d&#233;finitive que malgr&#233; ses limites, seule la premi&#232;re interpr&#233;tation est coh&#233;rente avec la logique du d&#233;veloppement doctrinal expos&#233;e ci-dessus. Mais compte tenu de ses limites et relatives impr&#233;cisions, m&#234;me alors elle ne repr&#233;sente sans doute qu'une phase ou une &#233;tape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon sens, il faudrait travailler notamment plusieurs champs de r&#233;flexion. D'abord int&#233;grer plus clairement l'id&#233;e traditionnelle d'expiation et au moins de punition, et tout au moins rendre compte de son contenu de v&#233;rit&#233;, enracin&#233; dans la R&#233;v&#233;lation. Ensuite, aborder ce qui se passerait dans le cas d'environnements culturels et sociaux tr&#232;s diff&#233;rents du n&#244;tre, ou d'&#233;chec moral ou social av&#233;r&#233; de notre soci&#233;t&#233;, dont les d&#233;rives sont mortif&#232;res. Enfin, approfondir et compl&#233;ter par d'autres r&#233;f&#233;rences (devoir, respect, responsabilit&#233;, nature humaine, p&#233;ch&#233; etc.) la notion encore trop floue de dignit&#233;. Le travail continue donc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-Revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps.html</link>
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		<dc:date>2018-01-15T14:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Temps et &#233;ternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pierre de Lauzun&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &lt;br class='autobr' /&gt;
Lethielleux-Art&#232;ge 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foi peut-elle changer ? Plus exactement, l'enseignement de l'Eglise, expression d'un Dieu Eternel, qui n'est pas soumis &#224; l'histoire, peut-il vraiment changer avec le temps ? Son origine, c'est la R&#233;v&#233;lation, la Bible : elle s'est &#233;tal&#233;e dans le temps, selon une longue histoire, mais pour culminer de fa&#231;on d&#233;finitive dans J&#233;sus, la v&#233;rit&#233; et la vie. V&#233;rit&#233; &#233;ternelle, donc immuable, cette r&#233;v&#233;lation fait cependant depuis l'objet d'un d&#233;veloppement dans le temps, authentifi&#233; par un magist&#232;re, comme le montre notamment la succession des conciles. Fait notable, il n'y a aucun &#233;quivalent &#224; un tel d&#233;veloppement dans toute l'histoire de l'humanit&#233;. Car il faut r&#233;unir deux id&#233;es : la permanence d'une v&#233;rit&#233; essentielle, mais dont le sens et les effets sont progressivement explicit&#233;s, au rythme d'une longue histoire. Et montrer que la promesse est honor&#233;e. Cela suppose que ce qui a &#233;t&#233; dit et authentifi&#233; garde sa valeur au cours des si&#232;cles ; mais peut avoir &#224; &#234;tre resitu&#233; ou d&#233;velopp&#233;. Comment est-ce possible, en &#233;vitant tout relativisme, mais en rendant compte de ce qui appara&#238;t au premier regard comme des changements ? C'est ce que ce livre explore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence lundi 28 mai &#224; 20 h au centre Berg&#232;re 9 rue Berg&#232;re 75009 Paris. Paroisse saint-Eug&#232;ne Sainte C&#233;cile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.famillechretienne.fr/livres/foi/theologie/la-revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps-247857&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.famillechretienne.fr/li...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Mes-livres-Biographie-.html" rel="directory"&gt;Mes livres &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Temps-et-eternite-+.html" rel="tag"&gt;Temps et &#233;ternit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Autorite-+.html" rel="tag"&gt;Autorit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Revelation-chretienne-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/revelation.jpg?1787417303' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsartege.fr/product/116019/la-revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.editionsartege.fr/produ...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction du livre (extraits)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui dit foi au sens chr&#233;tien du terme dit R&#233;v&#233;lation divine, donc irruption divine dans le temps, donc des &#233;v&#233;nements dat&#233;s avec un avant et un apr&#232;s, en un mot une Histoire. Mais Dieu est &#233;ternel, hors du temps. L'id&#233;e de r&#233;v&#233;lation peut donc para&#238;tre paradoxale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs cette r&#233;v&#233;lation est &#224; la fois un message, pourvu d'un contenu qu'on peut analyser conceptuellement, et un appel &#224; relation avec un Etre qui nous d&#233;passe infiniment, bouleversant notre vie. Message qui est a priori conditionn&#233; par son lieu et son &#233;poque d'&#233;mergence, donc situ&#233; dans le temps - et cependant porteur d'une v&#233;rit&#233; absolue et intemporelle, laquelle doit nous parler l&#224; o&#249; nous sommes, et nous conduire hors du temps. Autre paradoxe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce double niveau &#233;ternel et historique op&#232;re &#224; tous les niveaux de la vie religieuse. Personnel d'abord, puisque la foi est l'irruption d'une rencontre, et la poursuite pendant toute sa vie des effets de cette rencontre, faisant de cette histoire personnelle une r&#233;alit&#233; chaque fois unique. Collectif ensuite, et &#224; plusieurs stades. D'abord au moment de cette R&#233;v&#233;lation. En effet, contrairement &#224; une philosophie ou une science, qui se cr&#233;ent par des ajouts et remises en cause successives qui sont sans importance en tant qu'&#233;v&#233;nements, la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne donne une valeur toute particuli&#232;re &#224; un ou des moments bien pr&#233;cis, ceux o&#249; Dieu S'est manifest&#233; &#224; un ou des hommes donn&#233;s. Cela cr&#233;e une diff&#233;rence de nature entre l'avant et l'apr&#232;s de ces &#233;v&#233;nements. Effet encore renforc&#233; par le fait que ces R&#233;v&#233;lations se sont &#233;tal&#233;es le long d'une histoire qui se trouve par-l&#224; rythm&#233;e et orient&#233;e. En outre la p&#233;riode qui suit la R&#233;v&#233;lation n'est pas inerte ou passive : c'est le moment d'un intense travail d'interpr&#233;tation, qui dans le catholicisme prend une forme cumulative. Enfin cette R&#233;v&#233;lation annonce &#224; l'Histoire quel sera son horizon, lui donnant son sens ultime et v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle perspective religieuse sur l'histoire est unique et, si elle est vraie, essentielle. Mais elle suppose la foi. Peut-on alors en rendre compte rationnellement ? Oui, et tel est mon objet ici. Je me situerai d'un point de vue philosophique, pour questionner avec les moyens de la raison ce que l'Eglise pense et dit sur la R&#233;v&#233;lation, prise comme message, et sur l'histoire du d&#233;veloppement de cette pens&#233;e et de ce discours. Il s'agit donc d'un angle particulier de r&#233;flexion sur la R&#233;v&#233;lation, nullement exclusif d'un autre. C'est notamment une d&#233;marche distincte de la th&#233;ologie, qui m&#232;ne ses interrogations &#224; partir de la R&#233;v&#233;lation elle-m&#234;me. Ici on utilisera la raison pour examiner le sens des affirmations ainsi pos&#233;es, m&#234;me si leur source ne d&#233;pend pas de la raison. Bien entendu, cette d&#233;marche est plus limit&#233;e que celle du croyant, qui se nourrit de cette R&#233;v&#233;lation comme Parole de Dieu, dans la perspective de sa vie de foi, avec Dieu et dans la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aborder la R&#233;v&#233;lation dans cette optique, c'est tenter de penser ce que peut signifier une irruption de l'&#233;ternit&#233; dans le temps, qui prend la forme d'un message articul&#233; dans un langage humain, ensuite pens&#233; et d&#233;velopp&#233;. Sachant en outre que non seulement ce processus vit dans l'Histoire et l'anime, mais que c'est &#224; lui que nous devons la notion m&#234;me d'Histoire... En d'autres termes, le d&#233;veloppement historique du message fait partie du plan de Dieu et r&#233;sulte de Sa volont&#233; de faire parvenir chaque homme et l'humanit&#233; &#224; un stade de maturit&#233; particuli&#232;re, par un processus libre et p&#233;dagogique, donc progressif. J'examinerai le sens rationnel de cette probl&#233;matique en premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle R&#233;v&#233;lation est entre autre une forme de connaissance sp&#233;cifique, qui ne saurait &#234;tre examin&#233;e efficacement sans r&#233;f&#233;rence au cadre dans lequel elle a &#233;t&#233; donn&#233;e aux hommes et est depuis v&#233;cue par eux, c'est-&#224;-dire dans cette communaut&#233; vivant dans l'Histoire qu'on appelle Eglise. Laquelle a d&#233;velopp&#233; et continue &#224; d&#233;velopper le message de cette R&#233;v&#233;lation au cours des si&#232;cles, par une r&#233;flexion collective, cumulative et autoris&#233;e, qu'elle place sous les auspices de l'Esprit de Dieu et consid&#232;re anim&#233;e par Lui, dans un cadre appel&#233; Tradition. L'articulation entre R&#233;v&#233;lation et rationalit&#233; a d&#232;s lors fait l'objet d'un enseignement constamment enrichi, sur lequel les deux derniers conciles ont particuli&#232;rement r&#233;fl&#233;chi. J'en examinerai les traits principaux et la logique de l'affirmation sous-jacente, selon laquelle un tel travail historique est possible. On &#233;voquera notamment l'&#233;laboration progressive de ce qu'on appelle dogme. Ce mot est mal vu aujourd'hui, mais rappelons que c'est simplement la mise en forme rationnelle et autoris&#233;e de l'enseignement de la R&#233;v&#233;lation. Il conduit &#224; la question de l'autorit&#233;, elle aussi malmen&#233;e aujourd'hui, et pourtant naturelle dans la logique de ce message, puisque c'est le prolongement de l'id&#233;e de R&#233;v&#233;lation, qui suppose une Parole ins&#233;r&#233;e dans l'histoire mais qui fait autorit&#233; ensuite. C'est ce que nous verrons dans la deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emergence dans notre monde et notre histoire d'une r&#233;alit&#233; autre, cette R&#233;v&#233;lation a pris la forme d'un texte, r&#233;cit d'une histoire sainte. D'o&#249; la question de la transmission de ce message et donc de la bonne lecture de ces textes, ce qu'on appelle l'ex&#233;g&#232;se. Or une ex&#233;g&#232;se rationaliste, aujourd'hui dominante, se pr&#233;sentant comme seule scientifique, conduit souvent &#224; remettre en cause l'historicit&#233; et la r&#233;alit&#233; de cette R&#233;v&#233;lation. Par l&#224; m&#234;me elle sape la rationalit&#233; que la R&#233;v&#233;lation pr&#233;tend garder. Nous verrons cependant les limites de cette suppos&#233;e scientificit&#233; ; et notamment l'incoh&#233;rence logique de la m&#233;thode, qui trop souvent examine en termes probabilistes, en refusant au d&#233;part de se placer dans la perspective de la foi, des textes qui ont au contraire pour seul r&#244;le de rapporter des faits exceptionnels, et de se pr&#233;senter comme une R&#233;v&#233;lation divine. Ce sera notre troisi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les textes compris dans leur lettre, et leur v&#233;rit&#233; factuelle cern&#233;e, il reste une &#233;tape importante, qui est leur interpr&#233;tation et le travail de d&#233;veloppement historique de ces dogmes et plus g&#233;n&#233;ralement de l'enseignement magist&#233;riel. Nous passerons en revue les diff&#233;rentes conceptions propos&#233;es de ce d&#233;veloppement, notamment les plus critiques. Il nous faudra notamment confronter la d&#233;marche chr&#233;tienne traditionnelle, fond&#233;e sur l'&#233;coute du texte comme texte de v&#233;rit&#233;, avec ce que j'appelle le d&#233;fi herm&#233;neutiste : cette interpr&#233;tation actuelle qui pr&#233;tend aborder le texte comme document soumis &#224; des relectures, variables selon les &#233;poques et lieux de vie, et d&#233;pendant de visions philosophiques successives. Ces points seront abord&#233;s dans la quatri&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'examinerai ensuite dans une cinqui&#232;me partie d'abord quelle semble &#234;tre la conception la plus fid&#232;le du d&#233;veloppement du dogme ; et ensuite, avec plusieurs exemples concrets, les cas o&#249; il peut para&#238;tre &#224; l'&#339;il ext&#233;rieur remettre en cause des conceptions ant&#233;rieures, pour mieux &#233;valuer sa signification et ses enjeux. Ce qui se d&#233;gagera alors est le sens plus pr&#233;cis de l'insertion de ce message dans le seul contexte d'interpr&#233;tation qui lui rend r&#233;ellement justice, et qui est fond&#233; sur la notion de v&#233;rit&#233; incarn&#233;e : une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle se d&#233;voilant dans le temps et dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2018/05/r&#233;v&#233;lation-et-tradition.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lesalonbeige.blogs.com/my_we...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.famillechretienne.fr/livres/foi/theologie/la-revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps-247857&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.famillechretienne.fr/li...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une analyse mi-&#233;logieuse, mi-critique de S. Taussig dans Archives des sciences sociales des religions oct-d&#233;c 2019 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/assr/49153&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/as...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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