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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Enfer : la le&#231;on de Dante</title>
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		<dc:date>2020-07-08T14:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Apocalypse</dc:subject>
		<dc:subject>Derniers temps</dc:subject>
		<dc:subject>Enfer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'Enfer n'est pas &#224; la mode. M&#234;me chez les catholiques. C'est pourtant un th&#232;me de r&#233;flexion bien stimulant. Je prendrai ici un exemple suggestif : celui de la description litt&#233;raire la plus puissante qui ait &#233;t&#233; donn&#233;e de la vie &#233;ternelle, la Divine Com&#233;die de Dante, m&#234;me si ce n'est &#233;videmment pas un texte doctrinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s instructif, comme on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt; 3 juillet 2020.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Enfer-+.html" rel="tag"&gt;Enfer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Enfer n'est pas &#224; la mode. M&#234;me chez les catholiques. C'est pourtant un th&#232;me de r&#233;flexion bien stimulant. Je prendrai ici un exemple suggestif : celui de la description litt&#233;raire la plus puissante qui ait &#233;t&#233; donn&#233;e de la vie &#233;ternelle, la Divine Com&#233;die de Dante, m&#234;me si ce n'est &#233;videmment pas un texte doctrinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux dimensions oppos&#233;es doivent y &#234;tre soulign&#233;es. D'un c&#244;t&#233;, les damn&#233;s y apparaissent comme r&#233;duits &#224; une dimension extr&#234;mement &#233;troite de leur vie pass&#233;e, voire se r&#233;duisent &#224; de pures caricatures, celles d'un type de vice. Le foisonnement complexe de la vie telle que nous la connaissons, sa richesse ambigu&#235; et multiple, la prolif&#233;ration des choix et des possibilit&#233;s, y sont fig&#233;s pour l'&#233;ternit&#233; dans une seule dimension, voire dans un seul geste. On peut voir l&#224; une des fonctions de l'Enfer : l'auto-r&#233;duction des &#234;tres qui ont choisi le mal &#224; une dimension devenue centrale de leur nature, le p&#233;ch&#233; comme r&#233;duction m&#233;caniste &#224; une pulsion obs&#233;dante d&#233;pourvue de sens. Ceci suppose qu'effectivement l'avare par exemple, une fois bascul&#233; dans la damnation, ne soit plus que cela, que toute sa complexit&#233; d'&#234;tre humain ait &#233;t&#233; annihil&#233;e au profit de cette seule pulsion, et cela tendanciellement d&#232;s avant sa mort. Inversement, en regard, la vie sur terre appara&#238;t riche &#224; profusion : comme si Dieu semait une infinit&#233; de possibles, lesquels finiraient par aboutir, dans les cas de damnation, sur la r&#233;duction terrifiante &#224; une dimension folle. Riv&#233;s au temps, sans acc&#232;s &#224; la seule source in&#233;puisable qui est l'Eternit&#233;, ils se recroquevillent sur la r&#233;p&#233;tition de ce qui a &#233;t&#233; leur choix premier, ce &#224; partir de quoi ils ont dit non. Cet enfer est en outre impr&#233;gn&#233; jusqu'&#224; la moelle de notre terre. Non seulement il en est le reflet ou l'excroissance, puisque tout ce qui s'y passe a son origine sur terre, mais il ne s'y passe rien de nouveau : la v&#233;ritable histoire individuelle s'est d&#233;j&#224; pass&#233;e ailleurs ; et le temps qui lui fait suite n'est que la r&#233;sonance sonore, &#224; l'infini, de ces &#233;v&#233;nements terrestres seuls fondateurs : cet au-del&#224; est un reflet de l'ici-bas. L'enfer est donc comme le portrait de Dorian Gray, un reflet r&#233;v&#233;lateur et passif de ce monde-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais si l'enfer est une analyse spectrale de notre monde et en garde la mat&#233;rialit&#233;, il en perd cependant une dimension centrale : l'ouverture, la libert&#233;, la possibilit&#233; d'&#233;volution. M&#234;me Lucifer, malgr&#233; son r&#244;le central, est totalement passif chez Dante ; on le visite presque comme un mus&#233;e ; il n'a plus rien de commun avec le Malin hyperactif d'autres visions : c'est l'immobilit&#233; absolue, sans aucune forme apparente de volont&#233; (alors m&#234;me que le mal vient de lui). Ce qui n'emp&#234;che pas les damn&#233;s de s'agiter dans tous les sens, fr&#233;n&#233;tiquement. En outre bien s&#251;r, c'est un lieu dont l'amour est totalement absent, parce que refus&#233; par tous. &lt;i&gt;Tout se passe donc comme si l'enfer &#233;tait le r&#233;sidu irr&#233;ductible (par choix) de ce qui se passe de mal dans notre monde.&lt;/i&gt; Donc le p&#233;ch&#233;, c'est-&#224;-dire le d&#233;sordre, l'exc&#232;s dans un sens ou dans l'autre ; quelque chose qui se d&#233;traque, exc&#232;de sa fonction, tourne &#224; vide hors du contexte et donc hors du sens, et refuse la juste voie. Il est remarquable que le degr&#233; extr&#234;me de p&#233;ch&#233;, le plus s&#233;v&#232;rement puni, y soit la trahison : blasph&#232;me supr&#234;me puisqu'elle d&#233;truit les rapports normaux, confiants et cr&#233;ateurs entre les hommes, c'est-&#224;-dire le lien social &#224; sa base ; ce qui est &#224; rapprocher de la pr&#233;sence obs&#233;dante des th&#232;mes politiques dans la Divine Com&#233;die, et notamment des guerres civiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tous ces damn&#233;s, dont certains ont &#233;t&#233; des gens de qualit&#233; r&#233;elle, sont l&#224; parce qu'&#224; un moment d&#233;cisif ou de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, ils ont eu des gestes destructeurs du bon ordre du monde, et d'eux-m&#234;mes. L'ordonnancement immuable et glac&#233; de l'enfer est la mise en &#233;vidence de cet effet boomerang : lancer un boomerang est un geste libre, mais ce qui se passe apr&#232;s est d&#233;termin&#233;. C'est pourquoi Dante, malgr&#233; des cas particuliers o&#249; la piti&#233; pour les damn&#233;s l'effleure, est peu sensible &#224; leur sort : comme s'il consid&#233;rait que le sentiment de piti&#233; qu'on peut &#234;tre tent&#233; d'avoir &#233;tait en quelque sorte mal inform&#233;, et que la personne qui conna&#238;t le fonctionnement r&#233;el des choses, ce qui est l'objet de ce voyage initiatique, voit la relation de cause &#224; effet entre le p&#233;ch&#233; et la damnation, donc la relation entre le geste d&#233;r&#233;gl&#233; et le d&#233;sordre qui s'ensuit,&lt;i&gt; le choix fait par le damn&#233; qui transforme sa nature&lt;/i&gt;. Le fait que les damn&#233;s non plus ne montrent pas le moindre repentir confirme cette analyse de l'enfer comme l'envers de notre monde, au sens de l'envers d'un textile : &lt;i&gt;l'enfer r&#233;v&#232;le aussi ce que signifie notre comportement quand nous errons&lt;/i&gt;. C'est un refus de comprendre et d'assumer l'ordre v&#233;ritable des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu ce faisant la personnalit&#233; du damn&#233; appara&#238;t comme &#233;tant plus qu'un facteur apparaissant &#224; un instant t, puis puni ou r&#233;compens&#233; pour toujours sur la base de ce qu'il aura fait pendant une courte p&#233;riode allant de sa naissance &#224; sa mort. D'une certaine fa&#231;on, cette personnalit&#233;, n'existant sous sa forme terrestre que pendant cette p&#233;riode br&#232;ve, est &#233;ternis&#233;e dans le regard de Dieu, qui l'a Lui sous les yeux en permanence, hors du temps. Ce qui effectivement &#233;ternise les actes bons ou mauvais, leurs effets d'ordre ou de d&#233;sordre, mis en &#233;vidence dans les prismes du paradis ou de l'enfer. Du moins, sur la base du choix final et d'ensemble, qui fait basculer la signification globale d'une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De fait, chez Dante m&#234;me, l'opposition n'est pas celle d'un Bien et d'un Mal comparables et sym&#233;triques ; elle oppose au Paradis une &#233;nergie libre, prodigieusement brillante et mobile, &#224; une situation m&#233;canique bloqu&#233;e dans l'enfer. Le Paradis de Dante est merveilleusement actif, comme il convient &#224; quelque chose qui &#8216;tourne', qui &#8216;marche' au sens familier de ces termes. Et l'enfer est un rat&#233;, comme une panne de moteur. En effet, m&#234;me s'il bouge, c'est de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e et st&#233;rile, comme une roue folle. Or on ne met pas sur le m&#234;me plan le bon fonctionnement d'un moteur et ses pannes : celles-ci sont adventices par rapport au premier. Leur existence rappelle l'imperfection du monde, mais elles ne cr&#233;ent ni ne fondent rien. Mais ce qu'il y a de vrai et de bon continue &#224; r&#233;sonner, et peut continuer, en Dieu, &#224; se multiplier &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En d'autres termes, &#224; nouveau, &lt;i&gt;le Mal n'est pas une image inverse de la pl&#233;nitude de l'Etre comme le pensaient les Cathares&lt;/i&gt;, en coh&#233;rence avec leur croyance en un Dieu mauvais aussi puissant que le Bon : c'est un ratage, fruit des limites des &#234;tres autres que divin, mais libres ; et comme tout ratage, il est destin&#233; &#224; &#234;tre en un sens oubli&#233;. Ce qui revient &#224; dire que seul le Paradis est infini : l'Enfer est relatif (ce qui ne veut pas dire inexistant). Si le mal est n&#233;gation ou insuffisance d'&#234;tre, il s'auto-r&#233;duit dans cette n&#233;gativit&#233; ou relativit&#233; ; il reste superficiel. On peut retrouver ici une id&#233;e de la pens&#233;e hindoue et notamment du bouddhisme : aussi douloureux soit-il, le mal participe de l'illusion ; pour le chr&#233;tien, cela ne veut pas dire qu'il n'est pas r&#233;el, mais qu'il n'est pas essentiel. C'est pourquoi, dans Dante, seuls l'enfer et dans une certaine mesure le purgatoire sont d&#233;peints de fa&#231;on physique : ils participent de notre monde, ce qui n'est pas le cas du Paradis, qui nous r&#233;v&#232;le le bon c&#244;t&#233; de la trame. Et comme on voit, &lt;i&gt;loin de la vision d'un Dieu immobile au sens fig&#233; du terme, le vrai mouvement ou plut&#244;t la vraie libert&#233; est du c&#244;t&#233; de Dieu&lt;/i&gt;. Donc encore une fois le &#8216;Paradis' et &#8216;l'Enfer' ne sont pas sym&#233;triques. L'un est r&#233;v&#233;lation des effets de la pl&#233;nitude divine ; l'autre est corr&#233;lativement l'envers, qui n'a pas de sens. Ou dont le seul sens est de mettre en &#233;vidence ce que fait ou peut faire la cr&#233;ature en refusant Dieu, ce qui par contraste exalte Sa g&#233;n&#233;rosit&#233;. Bien s&#251;r, pendant leur vie, les &#233;lus comme les damn&#233;s ont une part de bien et une de mal. Mais leur option globale et finale les fait basculer : les uns refusent leur part de bien et se recroquevillent sur leur refus, les autres acceptent le pardon pour leur part de mal, et accueillent le bien infini qui en r&#233;sulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt; 3 juillet 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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