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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>R&#233;ins&#233;rer l'argent dans la r&#233;alit&#233; humaine </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Reinserer-l-argent-dans-la-realite-humaine.html</link>
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		<dc:date>2026-07-06T16:07:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Les myst&#232;res de l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne. Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts - malgr&#233; ses limites. Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-L-argent-+.html" rel="tag"&gt;L'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Les-mysteres-de-l-argent-199-+.html" rel="tag"&gt;Les myst&#232;res de l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/woman-3373913_640.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REINSERER L'ARGENT DANS LA REALITE HUMAINE
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne, ou analogues. Elles sont consid&#233;r&#233;es ici selon leur apport possible au d&#233;bat collectif sur l'&#233;conomie, dans la perspective du bien commun, sans r&#233;f&#233;rence directe &#224; la dimension religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es, et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts (malgr&#233; ses limites). Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insertion sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Simmel, dans un ouvrage classique , voyait dans l'argent une capacit&#233; &#224; &#234;tre une repr&#233;sentation universelle, formellement neutre, de toute valeur &#233;conomique. Il est normalement stable dans le temps et ais&#233;ment disponible pour n'importe quelle transaction ou pour stocker de la valeur. Dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et tendanciellement relativiste, il repr&#233;sente donc une forme de stabilit&#233; &#224; travers la possibilit&#233; permanente qu'il offre de mesure commune et par l&#224; d'interaction concr&#232;te. Cela implique qu'il soit d&#233;tach&#233; de toute relation aux objets qu'il mesure, et de toute valeur &#8216;intrins&#232;que' : c'est un pur moyen. Et il ne pr&#233;d&#233;termine en rien son utilisation, au contraire de tout autre actif. D'une certaine fa&#231;on donc, il donne la possible d'une forme d'objectivation et peut devenir par-l&#224; cas par cas moyen de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, comme la monnaie est &#233;changeable contre tout, du moins tout ce qui peut &#234;tre c&#233;d&#233; ou acquis, elle a ses limites : elle ne dit rien sur les objets qu'elle permet de vendre ou d'acheter, en dehors de leur prix. Et a fortiori, elle ne dit rien non plus sur la relation qui existe ou pourrait exister entre les personnes qui &#233;changent. Cela souligne bien son caract&#232;re essentiellement instrumental. De ce fait, se concentrer sur la seule dimension mon&#233;taire pr&#233;sente un risque majeur : celui d'oublier des consid&#233;rations humaines essentielles, et notamment les relations entre personnes et dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurence Fontaine, analysant le passage de l'&#233;conomie ancienne &#224; l'&#233;conomie moderne, y voit pr&#233;cis&#233;ment un potentiel de lib&#233;ration. D&#233;crivant les anciennes relations de dette comme largement interpersonnelles et inscrites dans le tissu social, elle discerne avec le XVIIIe si&#232;cle une &#233;volution vers l'objectivation des relations et de l'information. Elle note que &#171; dans ce contexte, les analyses de Simmel sur l'argent qui lib&#232;re des liens personnels sont particuli&#232;rement pertinentes, car l'&#233;change mon&#233;taire met effectivement en &#233;quivalence les choses &#233;chang&#233;es ind&#233;pendamment des liens personnels&#8230; Si &#8216;le march&#233; anonyme des mod&#232;les n&#233;o-classiques n'existe pas dans la vie &#233;conomique', il existe cependant comme une fiction sociale qui structure une nouvelle &#233;conomie politique : la fiction des relations marchandes impersonnelles et &#233;galitaires rend possible l'existence d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. &#187; Ce qui s'oppose au mod&#232;le relationnel ant&#233;rieur, qui impr&#233;gnait la soci&#233;t&#233; du Moyen Age et de la Renaissance, et dans laquelle le christianisme jouait un r&#244;le important. Mod&#232;le qui s'oppose au mode impersonnel caract&#233;ristique de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce nouveau rapport peut &#234;tre alors facteur de d&#233;shumanisation et d'asservissement, puisque pr&#233;cis&#233;ment il ne prend pas en compte l'ensemble des relations pr&#233;sentes ou possibles, ainsi que toute sp&#233;cificit&#233; autre que refl&#233;t&#233;e dans la valeur &#233;conomique marchande. De m&#234;me, il r&#233;duit &#224; une mesure commune mat&#233;rielle toutes les diff&#233;rences qualitatives. Cette mesure commune, objective, est utile pour appr&#233;cier la dimension proprement mat&#233;rielle, &#233;conomique en un sens, de tout choix, mais seulement cette dimension, qui n'est pas la seule ni souvent m&#234;me la principale. Le risque de l'absolutiser est d'autant plus grand qu'il propose une forme d'universalit&#233;, un moyen de tout faire passer &#224; travers son prisme. Dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e et relativiste, il reste parfois le seul moyen de r&#233;soudre une question par une transaction, m&#234;me si par ailleurs on n'est d'accord sur rien. Simmel note m&#234;me que &#171; l'argent, moyen absolu et donc lieu de rencontre d'innombrables s&#233;ries t&#233;l&#233;ologiques, a des rapports significatifs, psychologiquement, avec l'id&#233;e de Dieu &#187; ; comme lui, dit-il, il est la co&#239;ncidence ou le centre commun de tous les oppos&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne donne aucun forme d'unit&#233; ou de convergence &#224; la soci&#233;t&#233; ; l'argent peut alors aussi &#234;tre un facteur d'&#233;clatement de celle-ci : r&#233;ducteur de tout lien, source d'in&#233;galit&#233;s mal ressenties, d'autant qu'il n'a pas de fondement dans des liens humains ou dans des valeurs objectives. En perspective chr&#233;tienne, cela rappelle le propos &#233;vang&#233;lique sur le fait qu'on ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et Mammon (l'argent personnifi&#233; contre le Bien par excellence, qui est amour). Pourtant le m&#234;me texte ne recommande pas de l'&#233;liminer, mais de l'utiliser intelligemment dans le sens du bien, et notamment en faveur de son prochain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'usage de l'argent : le&#231;ons de la tradition chr&#233;tienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin, reprenons plusieurs r&#233;flexions issues de la tradition chr&#233;tienne. On peut par exemple trouver chez saint Thomas d'Aquin, autorit&#233; majeure en contexte catholique, les &#233;l&#233;ments d'une conception plus ou moins implicite de l'&#233;conomie et de la monnaie , qui inspirera toute la tradition catholique jusqu'&#224; r&#233;cemment. On &#233;voquera notamment son analyse du juste prix et du taux d'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;changes commerciaux et le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Le motif est moral : ne pas vendre quelque chose plus que cela ne vaut. Ce qui suppose d'avoir une notion de prix de r&#233;f&#233;rence, socialement &#233;tabli. Pour faire bref, ce prix est un prix d&#233;rivant des conditions locales ; il est fluctuant et se d&#233;gage par un processus commun de confrontation des besoins &lt;i&gt;(indigentia&lt;/i&gt;). Thomas ne pr&#233;voit donc pas que ce prix soit fix&#233; par la loi. Il ne se r&#233;f&#232;re pas non plus &#224; la nature des choses, mais &#224; la mani&#232;re dont ces choses sont utilis&#233;es par les hommes, &#224; leurs besoins. On retrouve assez clairement ce qu'on appellera plus tard un effet de l'offre et de la demande. Mais cela ne veut pas dire que ce juste prix co&#239;ncide toujours avec le prix de march&#233; au sens habituel aujourd'hui. En particulier, il ne se r&#233;sume pas &#224; un pur accord entre acheteur et vendeur, puisqu'il a un caract&#232;re objectif : il est &#233;tabli implicitement sur un &#8216;march&#233;' large, ouvert, o&#249; tous participent, et o&#249;, en outre, tous sont l&#224; pour rechercher la justice. Il r&#233;sulte en d&#233;finitive de la confrontation large et honn&#234;te des besoins humains et des ressources disponibles &#224; un moment donn&#233; dans un endroit donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parvient &#224; cette mesure gr&#226;ce &#224; cet instrument qu'est la monnaie, &#233;tabli &#224; cet effet selon une convention entre les hommes. Tant la monnaie elle-m&#234;me, que le march&#233; au sens large, sont donc pour lui des institutions humaines, conventionnelles ; mais elles donnent un fondement ad&#233;quat pour l'exercice de la vertu de justice dans notre monde. Il est &#224; noter que cette conception de la monnaie comme pure convention sociale ne fait aucun allusion &#224; l'or ou &#224; l'argent m&#233;taux (contrairement &#224; son &#233;poque). Cela rappelle de fa&#231;on &#233;tonnante la monnaie actuelle, cr&#233;&#233;e dans une large mesure par le syst&#232;me bancaire, mais plac&#233;e sous le contr&#244;le de la banque centrale et sans lien avec une base ext&#233;rieure comme l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure (c'est-&#224;-dire, dans ce contexte, du taux d'int&#233;r&#234;t) est plus complexe : sa prohibition, qui est la position de Thomas, choque notre logique ; mais il est possible de titrer de cette controverse des conclusions int&#233;ressantes. En simplifiant, sa th&#232;se est qu'en demandant un int&#233;r&#234;t &#224; l'occasion d'un pr&#234;t, on vend deux fois la m&#234;me chose : on facture s&#233;par&#233;ment la d&#233;tention de l'argent et son usage (&#224; la diff&#233;rence d'une maison, qu'on peut louer). En sens inverse, il distingue clairement le pr&#234;t de l'investissement en capital, qui, lui, peut &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, car il n'est pas consomm&#233; dans la transaction : la propri&#233;t&#233; subsiste. Comme on le voit, l'argumentation se base sur une analyse du r&#244;le de l'argent, diff&#233;rente de la perception actuelle et en partie contestable. Mais ce peut &#234;tre un point de d&#233;part pour des r&#233;flexions f&#233;condes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord dit que l'argent est consomm&#233;. Mais si on pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t ; tandis que si on pr&#234;te de l'argent, il subsiste et continue &#224; jouer son r&#244;le d'outil pour l'&#233;change ; en outre, le pr&#234;teur obtient en retour une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur. Cela dit, m&#234;me si l'argent n'est pas &#224; proprement parler consomm&#233;, il n'est pas non plus directement utilisable - hors transaction, contrairement aux autres biens. On l'a dit, c'est un outil, un pur signe dans la soci&#233;t&#233;, purement instrumental. Il y a donc un aspect justifi&#233; dans le fait de le consid&#233;rer &#224; part des autres biens : il ne sert et n'a de sens que relativement &#224; ce qu'il permet d'acqu&#233;rir. Ce qui veut dire concr&#232;tement qu'on doit toujours l'utiliser en ayant d'abord en vue la r&#233;alit&#233; sous-jacente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me affirmation est que l'argent n'a aucune dimension productive, qui justifierait une r&#233;mun&#233;ration. Or il est exact que l'argent &#224; soi seul n'est pas productif ; seul le travail humain au sens large (entreprenariat et direction g&#233;n&#233;rale compris) permet de le faire fructifier. Mais il serait erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine ni outil produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. En d'autres termes, l'argent est aussi moyen d'acqu&#233;rir des outils qui contribuent &#224; la production et dont l'usage est d&#232;s lors l&#233;gitimement r&#233;mun&#233;r&#233;. Mais si une r&#233;mun&#233;ration peut &#234;tre moralement licite, on ne doit pas oublier en m&#234;me temps que cet argent n'est productif qu'ins&#233;r&#233; dans le tissu des relations humaines, en association avec le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'une des caract&#233;ristiques d'un pr&#234;t est d'&#234;tre exigible en justice, contrairement au capital investi en fonds propres. En ce sens, un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un associ&#233; de l'entreprise. En outre, du fait qu'il est exigible selon des modalit&#233;s stipul&#233;es &#224; l'avance, en g&#233;n&#233;ral ind&#233;pendantes des circonstances, le cr&#233;dit pr&#233;sente une rigidit&#233; dont l'histoire des crises financi&#232;res montre qu'il est la source de risques majeurs. Quand donc Thomas accepte comme licite l'investissement en fonds propres, mais exprime sa r&#233;serve pour le cr&#233;dit comme op&#233;ration &#233;conomique, il per&#231;oit plus ou moins confus&#233;ment une r&#233;alit&#233; importante, que notre &#233;poque, ivre de cr&#233;dit et de dette, devrait m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'analyse de saint Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : l'usure au sens actuel &#233;tait alors un vrai fl&#233;au social. En outre, il convient de rappeler le risque plus g&#233;n&#233;ral repr&#233;sent&#233; par l'argent, relev&#233; par les &#201;vangiles : le fait d'&#234;tre repr&#233;sentatif de tout ce qui peut &#234;tre achet&#233;, ce qui peut en faire le support par excellence d'une d&#233;rive : l'avidit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qui ne devrait &#234;tre qu'instrumental. Remarque qui rencontre celle d'Aristote sur la chr&#233;matistique, o&#249; la volont&#233; d'accumuler ne rencontre aucune limite naturelle. On l'a dit, sa neutralit&#233; m&#234;me accentue ce risque, et donc, au lieu de servir d'outil dans la relation entre des personnes, il devient un objectif en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convient donc de corriger l'analyse de Thomas sur l'int&#233;r&#234;t, cela ne fait pas dispara&#238;tre ce qu'il a reconnu de la nature de l'argent : convention sociale permettant l'&#233;change, il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large. Cette r&#233;alit&#233; est moins imm&#233;diatement perceptible dans le cr&#233;dit r&#233;mun&#233;r&#233;, o&#249; on peut avoir tout particuli&#232;rement l'impression fausse que l'argent est productif par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons &#224; en tirer &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de tout ceci deux &#233;l&#233;ments. D'abord, la neutralit&#233; de la monnaie, qui est un pur instrument. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui est possible et l&#233;gal, et qui se r&#233;sout par une op&#233;ration mon&#233;taire est moralement juste. La r&#233;f&#233;rence commune dans ce qui pr&#233;c&#232;de est l'id&#233;e de justice, vertu morale r&#233;gissant les rapports sociaux. La monnaie est un outil &#224; utiliser dans cette perspective, mais qui ne donne pas en elle-m&#234;me la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique de regarder autrement les pratiques sociales. C'est d'abord la transaction commerciale et plus particuli&#232;rement le march&#233; : son bon fonctionnement est un enjeu collectif majeur. C'est ce que d&#233;veloppe le pape Beno&#238;t XVI dans son encyclique Caritas in veritate, au N&#176; 35 : &#171; lorsqu'il est fond&#233; sur une confiance r&#233;ciproque et g&#233;n&#233;rale, le march&#233; est l'institution &#233;conomique qui permet aux personnes de se rencontrer, en tant qu'agents &#233;conomiques, utilisant le contrat pour r&#233;gler leurs relations et &#233;changeant des biens et des services fongibles entre eux pour satisfaire leurs besoins et leurs d&#233;sirs. &#187; Mais &#171; abandonn&#233; au seul principe de l'&#233;quivalence de valeur des biens &#233;chang&#233;s, le march&#233; n'arrive pas &#224; produire la coh&#233;sion sociale dont il a pourtant besoin pour bien fonctionner. Sans formes internes de solidarit&#233; et de confiance r&#233;ciproque, le march&#233; ne peut pleinement remplir sa fonction &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, au N&#176; 36 &#171; Le march&#233; n'est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible. La soci&#233;t&#233; ne doit pas se prot&#233;ger du march&#233;, comme si le d&#233;veloppement de ce dernier comportait ipso facto l'extinction des relations authentiquement humaines. Il est certainement vrai que le march&#233; peut &#234;tre orient&#233; de fa&#231;on n&#233;gative, non parce que c'est l&#224; sa nature, mais parce qu'une certaine id&#233;ologie peut l'orienter en ce sens. Il ne faut pas oublier que le march&#233; n'existe pas &#224; l'&#233;tat pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caract&#233;risent et l'orientent. En effet, l'&#233;conomie et la finance, en tant qu'instruments, peuvent &#234;tre mal utilis&#233;es quand celui qui les g&#232;re n'a comme point de r&#233;f&#233;rence que des int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes. Ainsi peut-on arriver &#224; transformer des instruments bons en eux-m&#234;mes en instruments nuisibles. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit donc jamais perdre de vue la double insertion du march&#233; dans le contexte des relations sociales et humaines : d'un c&#244;t&#233; sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des priorit&#233;s des personnes, l'enjeu de son mode d'organisation, et de l'autre sa n&#233;cessaire r&#233;insertion dans le champ de la soci&#233;t&#233;, et notamment des pr&#233;occupations de justice distributive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle perspective, on peut voir diff&#233;remment la fongibilit&#233; de l'argent. C'en est une propri&#233;t&#233; bien r&#233;elle, mais ce n'est pas une r&#232;gle d'emploi, une n&#233;cessit&#233; logique, ce qui conduirait &#224; reconna&#238;tre a priori une libert&#233; totale dans son utilisation, sous r&#233;serve du respect de lois elles-m&#234;mes con&#231;ues d'abord pour faciliter cette libert&#233;. Il rel&#232;ve certes de l'autonomie des personnes de prendre leurs responsabilit&#233;s (cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e), mais, sous l'angle de l'&#233;thique, elles sont cens&#233;es le faire dans la perspective du bien, et notamment du bien commun, celui de la communaut&#233; (laquelle a d'ailleurs institu&#233; ce m&#234;me argent). Dans cette logique, deux personnes qui font une transaction ne sont pas deux monades qui se rencontrent et qui par hasard auraient cet instrument commun qu'est l'argent, mais deux membres de la communaut&#233; dont chaque acte s'ins&#232;re dans cette communaut&#233; et contribue &#224; la b&#226;tir en utilisant les outils communs, dont la monnaie. M&#234;me si chacun a son r&#244;le et sa vocation propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, dans cette perspective, on peut avoir &#224; reconsid&#233;rer l'organisation m&#234;me de l'activit&#233; financi&#232;re et du march&#233;. Ce qui facilite la recherche commune du juste prix et l'orientation de l'&#233;pargne dans le sens du bien commun va dans le bon sens ; la pure sp&#233;culation au mauvais sens du terme, c'est-&#224;-dire le parasitage de la fonction normale du march&#233;, est contestable. On en est alors conduit par exemple &#224; contester des pratiques comme le trading haute fr&#233;quence, l'achat de CDS hors couverture, voire la cotation en continu ou m&#234;me le r&#244;le devenu pr&#233;pond&#233;rant de la gestion passive : non seulement ils ne contribuent pas au r&#244;le positif du march&#233; ainsi compris, mais ils le perturbent ou le parasitent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Insertion dans l'horizon de temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Encore au-del&#224; de ces consid&#233;rations, se pose la question centrale de la perspective temporelle. Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Sans entrer dans le d&#233;tail, la r&#233;flexion philosophique met en &#233;vidence deux conceptions irr&#233;ductibles du temps : le temps v&#233;cu du moment, le seul r&#233;el pour nous, mais isol&#233; entre un pass&#233; r&#233;volu et un avenir non pr&#233;sent (temps A des philosophes) ; et le temps lin&#233;aire de la datation, objectif mais impersonnel, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont en quelque sorte sur une m&#234;me ligne : elle est la seule scientifique, mais ses donn&#233;es de base, pass&#233; et futur, n'existent pas aujourd'hui (temps B des philosophes). Ces deux conceptions sont incompatibles et irr&#233;conciliables si on les prend telles quelles . Or la finance a justement &#224; traiter cette question du temps : prendre dans le pr&#233;sent une d&#233;cision fond&#233;e sur une avenir inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;cision financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des biens de production, et en particulier du capital, le calcul porte en principe sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent. Ce qu'on appelle finance affecte alors cet argent &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, et notamment des investissements. Elle st cens&#233;e choisir ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. La finance a donc essentiellement &#224; voir avec l'avenir, et avec un avenir &#224; risque. Mais la d&#233;cision se prend au pr&#233;sent, notamment &#224; travers le march&#233; financier. Nous retrouvons donc ici de fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matis&#233;e, et r&#233;duite &#224; une seule dimension mon&#233;taire, les deux notions du temps. D'un c&#244;t&#233;, l'&#233;valuation prend comme r&#233;f&#233;rence le temps lin&#233;aire : elle tente d'&#233;valuer un flux de ressources &#233;tal&#233; sur cette &#233;chelle de temps, et qui n'existe pas encore. D'un autre c&#244;t&#233;, elle le ram&#232;ne au pr&#233;sent en synth&#233;tisant cet ensemble de fa&#231;on actualis&#233;e dans un chiffre op&#233;rationnel : le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tentation du d&#233;miurge : Mammon dieu de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on alors attendre du march&#233; financier ? On peut pragmatiquement y voir la simple confrontation &#224; un moment donn&#233; d'un ensemble d'ordres d'achats et de ventes, offrant le plus large choix aux uns et aux autres. C'est &#224; mon sens l'attitude la plus raisonnable. Mais, on l'a rappel&#233;, la th&#233;orie financi&#232;re a &#233;t&#233; plus ambitieuse, &#224; travers la th&#233;orie des march&#233;s efficients. Selon cette conception, longtemps dominante, le march&#233; confronte de la fa&#231;on la plus efficace l'ensemble des informations disponibles &#224; un moment donn&#233; et donne donc de fa&#231;on synth&#233;tique la meilleure image possible de l'avenir. D&#232;s lors, ce r&#233;sultat peut et doit avoir valeur de guidage pour toute d&#233;cision &#233;conomique, qui doit en bonne logique prendre comme &#233;talon ces valorisations. Toute la comptabilit&#233; en r&#233;sulte alors, et tout le calcul financier. Et en particulier, on peut de ce fait en d&#233;duire pratiquement qu'il n'est plus besoin de r&#233;fl&#233;chir en termes de responsabilit&#233;, encore moins de long terme : tout est synth&#233;tis&#233; dans le prix. Lequel fait en revanche l'impasse sur les valeurs et priorit&#233;s non mon&#233;taires, suppos&#233;es relever du seul choix priv&#233;. Le march&#233; ainsi compris, bien au-del&#224; de son r&#244;le pratique, prend alors une fonction d&#233;miurgique : un crit&#232;re chiffr&#233;, op&#233;rationnel, int&#232;gre l'avenir dans le pr&#233;sent &#224; travers l'argent. On comprend alors la v&#233;h&#233;mence de ceux qui d&#233;noncent la financiarisation de la soci&#233;t&#233; : cela revient &#224; d&#233;noncer une r&#233;duction dramatique de l'humain, au nom d'un parti d&#233;miurgique prom&#233;th&#233;en, illusoire, qui ne vise rien de moins qu'&#224; la ma&#238;trise du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en m&#234;me temps manifeste de ce qui pr&#233;c&#232;de que ce n'est pas la finance comme telle qui pose probl&#232;me : on ne reproche pas &#224; un outil ce qu'en fait un artisan mal intentionn&#233;. Le march&#233; financier, ramen&#233; &#224; de justes proportions, a un r&#244;le pratique : il permet &#224; l'argent &#233;pargn&#233; de s'investir ou de se red&#233;ployer, et d'op&#233;rer une confrontation indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que doit alors &#234;tre le positionnement &#224; prendre, si, contrairement &#224; la vision d&#233;miurgique et r&#233;ductrice ainsi &#233;voqu&#233;e, on cherche &#224; situer le processus de d&#233;cision &#233;conomique et financier dans la r&#233;alit&#233; dans toutes ces dimensions ? On rappellera d'abord le fait que le seul temps r&#233;el pour nous est le pr&#233;sent, mais qu'il va dispara&#238;tre l'instant d'apr&#232;s. Ensuite que nous projetons notre d&#233;cision sur un futur qui n'existe pas &#224; ce stade, mais qui existera, envers lequel notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, mais que nous ne pouvons conna&#238;tre d'un vrai savoir, car nous faisons seulement des hypoth&#232;ses. Enfin, que ces d&#233;cisions que nous prenons, au fond sans tout &#224; fait savoir malgr&#233; le soin que nous y mettons, sont tout sauf anecdotiques ou fugitives, parce que leur cumul conditionne fortement notre avenir collectif : &#224; soi seul cela justifierait que nous y mettions le plus grand soin. Y compris si nous ne sommes pas croyants, en perspective &#233;thique : l'esprit humain est capable de sortir de lui-m&#234;me et de voir ce que signifient ses actes dans une perspective large, notamment en assumant ses responsabilit&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'avenir et de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, cela plaide puissamment en faveur de l'investissement &#233;thique, notamment mais pas uniquement en perspective &#233;cologique. De fa&#231;on analogue et li&#233;e, cela conduit &#224; donner une importance centrale &#224; la perspective temporelle, y compris celle des entreprises dans lesquelles on investit : la vie de l'entreprise s'appr&#233;cie sur la dur&#233;e, souvent longue. Cela vaut pour l'investisseur, mais cela devrait aussi inspirer le droit et les statuts de l'entreprise. Par exemple en supprimant les droits de vote en cas de d&#233;tention sur courte dur&#233;e, ou de gestion passive. Ou encore en modifiant de fa&#231;on radicale la r&#233;mun&#233;ration des dirigeants, notamment en excluant les r&#233;f&#233;rences au court terme, et celles fluctuantes ou manipulables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le constate, un certain d&#233;centrement du regard, puisant dans des sagesses au d&#233;part non &#233;conomiques, ne manque pas d'int&#233;r&#234;t pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans la&lt;/i&gt; Revue d'Economie financi&#232;re &lt;i&gt;N&#176; 162, 2e trimestre 2026&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/ethique-et-finance&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce qu'une &#233;conomie juste ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-une-economie-juste.html</link>
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		<dc:date>2025-12-19T15:59:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Juste prix</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Participation &#224; la soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Justice</dc:subject>
		<dc:subject>Economie juste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte de conf&#233;rence &#224; l'Acad&#233;mie d'Etudes et sciences sociales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une &#233;conomie juste ? Je prends ici le mot justice au sens propre, comme le fait de rendre &#224; chacun ce qui lui est d&#251;. Une &#233;conomie juste est alors une &#233;conomie qui rend &#224; chacun son d&#251;. Ce sens ne se confond pas avec l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; ou d'une &#233;conomie bonne : la justice en est une composante, mais c'est un angle d'appr&#233;ciation &#224; c&#244;t&#233; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e qui sera pr&#233;sente dans cette intervention est que l'&#233;conomie n'a de sens qu'ins&#233;r&#233;e dans la soci&#233;t&#233; ; sa justice n'est alors qu'un aspect de la justice d'ensemble au sein de celle-ci. Soci&#233;t&#233; qui est compos&#233;e de personnes formant communaut&#233; : la justice traite du rapport qui est d&#251; entre ces personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective classique, on distingue deux types principaux de justice : la commutative et la distributive. On verra ensuite la question de la justice g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-juste-+.html" rel="tag"&gt;Economie juste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/legal-5211993_640.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une &#233;conomie juste ? Je prends ici le mot justice au sens propre, comme le fait de rendre &#224; chacun ce qui lui est d&#251;. Une &#233;conomie juste est alors une &#233;conomie qui rend &#224; chacun son d&#251;. Ce sens ne se confond pas avec l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; ou d'une &#233;conomie bonne : la justice en est une composante, mais c'est un angle d'appr&#233;ciation &#224; c&#244;t&#233; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e qui sera pr&#233;sente dans cette intervention est que l'&#233;conomie n'a de sens qu'ins&#233;r&#233;e dans la soci&#233;t&#233; ; sa justice n'est alors qu'un aspect de la justice d'ensemble au sein de celle-ci. Soci&#233;t&#233; qui est compos&#233;e de personnes formant communaut&#233; : la justice traite du rapport qui est d&#251; entre ces personnes. On se limitera ici &#224; une &#233;conomie de type national, la seule s'appuyant sur une forme de communaut&#233; &#8211; m&#234;me si on ne peut oublier que cette &#233;conomie s'ins&#232;re dans un contexte mondial, peu r&#233;gul&#233; et extr&#234;mement h&#233;t&#233;rog&#232;ne ; on y fera allusion au besoin. On n'&#233;voquera pas non plus, cette fois pour des raisons de format, la justice envers les g&#233;n&#233;rations futures, &#224; travers les questions de l'&#233;cologie ou de la dette ; ni certains sujets &#233;voqu&#233;s dans d'autres conf&#233;rences du m&#234;me cycle, comme la fiscalit&#233; ou les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective classique, on distingue deux types principaux de justice : la commutative et la distributive. On verra ensuite la question de la justice g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La justice commutative &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La justice commutative vise les rapports d'une personne &#224; une autre. En &#233;conomie, elle r&#233;git les &#233;changes. Elle suppose une soci&#233;t&#233; d'agents autonomes, et donc de propri&#233;t&#233; priv&#233;e. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e est d'ailleurs elle-m&#234;me un outil majeur de justice, puisqu'elle donne &#224; la personne humaine le moyen d'agir de fa&#231;on autonome, sous sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces personnes sont conduites &#224; interagir dans le cadre d'&#233;changes. La justice commutative vise &#224; ce que ces &#233;changes se fassent dans le respect de chacun et de ses droits. Mais aussi &#224; la recherche d'un optimum collectif, le bien commun, car la justice implique aussi que chacun inscrive son action en mati&#232;re &#233;conomique au service du bien de la soci&#233;t&#233;, sans laquelle ces personnes n'existeraient pas et ne pourraient pour l'essentiel pas agir. Elle suppose donc une &#233;conomie libre, mais dont les march&#233;s sont &#233;quitables et l'action des agents ordonn&#233;e au bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point d'application de la justice commutative est le juste prix. Le prix est au centre de l'id&#233;e de march&#233;, car par lui se transmet une part d&#233;cisive de l'information &#233;conomique. Qui dit justice dans les transactions dit donc d'abord juste prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les scolastiques &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juste prix jouait une r&#244;le important dans la scolastique, ainsi chez Thomas d'Aquin et ses successeurs . Analysant le march&#233; dans une perspective morale, il part du principe qu'on ne doit pas faire &#224; quelqu'un ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fasse ; or personne ne veut payer quelque chose plus que cela ne vaut. Ce prix est le prix d'&#233;quilibre localement constat&#233; dans un endroit et &#224; un moment donn&#233;s, qui d&#233;pend notamment de l'offre et de la demande localement. Ce prix ne se r&#233;f&#232;re donc pas &#224; la nature du bien, mais &#224; la mesure dans laquelle il satisfait les besoins de l'homme ; il sera donc l&#233;gitimement mouvant et variable. Il ajoute que la transaction est invalide en cas de violence, de fraude ou d'ignorance - y compris cette violence qu'est l'intensit&#233; du besoin &lt;i&gt;(indigentia&lt;/i&gt;), notamment du c&#244;t&#233; de l'acheteur, car la libert&#233; est alt&#233;r&#233;e si le besoin est trop fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cette confrontation appel&#233;e march&#233; est-elle juste ? Personne n'est tenu de faire une transaction : si on ach&#232;te ou on vend, c'est qu'on y a convenance ; sauf &#224; frustrer ou voler les uns ou les autres, le prix doit donc &#234;tre optimal au vu de l'offre et avec la demande de l'ensemble des parties au march&#233;, compris de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. La confrontation g&#233;n&#233;rale, dans un lieu donn&#233; et &#224; un moment donn&#233;, sous r&#233;serve qu'il s'agisse de personnes de bonne foi, cherchant la justice, sans manipulation, est en justice la meilleure r&#233;f&#233;rence collective. Les march&#233;s r&#233;els sont souvent &#233;loign&#233;s de ce sch&#233;ma ? Certes, mais cela ne retire pas sa valeur au principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le juste prix aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on en dire aujourd'hui ? Le souci du juste prix a en grande partie disparu, soit qu'on se confie au march&#233; tel qu'il existe de fait, soit qu'on consid&#232;re que des adultes libres peuvent faire n'importe quelles transactions. Mais en terme de justice, on ne peut pas se contenter de dire que le prix r&#233;sulte du jeu du march&#233; ; il faut regarder comment ce march&#233; fonctionne . Comme je le notais dans La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ? cela suppose un juste comportement des acteurs, qui, &#224; l'int&#233;rieur des r&#232;gles peuvent ou non &#8216;abuser'. D'o&#249; l'importance de valeurs comme la diligence, la loyaut&#233; et l'&#233;quit&#233; dans le respect des int&#233;r&#234;ts de tous et de l'int&#233;grit&#233; du march&#233;. Et l'id&#233;e que le bon fonctionnement du march&#233; est dans l'int&#233;r&#234;t de tous. La justice implique en outre que le produit vendu soit de bonne qualit&#233;, ou au moins, que les d&#233;fauts non visibles imm&#233;diatement soient signal&#233;s ; un produit &#224; obsolescence programm&#233;e est donc contraire &#224; la justice. S'agissant des march&#233;s imparfaits ou bilat&#233;raux, les m&#234;mes consid&#233;rations valent, mais impliquent une vigilance morale particuli&#232;re. L'absence de r&#233;f&#233;rence objective laisse en effet une marge &#224; la n&#233;gociation, en soi l&#233;gitime si on se contr&#244;le assez pour ne pas en abuser. Et donc notamment en se pla&#231;ant aussi du point de vue de la contrepartie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le cas tr&#232;s fr&#233;quent aujourd'hui de la capacit&#233; de nombreuses firmes de fixer unilat&#233;ralement leurs prix, en dehors m&#234;me des monopoles. Une des d&#233;rives de la soci&#233;t&#233; de consommation est qu'il est de l'int&#233;r&#234;t de ces firmes de diff&#233;rencier leurs produits et de cr&#233;er des effets de marque, au fond artificiels. Sans parler de la propri&#233;t&#233; intellectuelle et ses abus. Les prix pratiqu&#233;s perdent alors leur justification. Les produits dits de luxe sont un exemple caract&#233;ristique. De m&#234;me celui des GAFAM, car ils sont devenus chacun dans son secteur l'&#233;quivalent d'un monopole naturel. Plus largement, en termes de sympt&#244;me, une forte croissance des in&#233;galit&#233;s de revenus d'une cat&#233;gorie ou d'un secteur &#233;conomique signale que quelque chose ne va pas. Il faut alors en examiner les causes, et notamment les causes &#233;conomiques : un disfonctionnement, qui rel&#232;ve de la justice commutative : monopole, exploitation abusive d'un d&#233;faut de march&#233; etc. On en a un exemple avec le gonflement des produits de la finance apr&#232;s la lib&#233;ralisation relative du secteur depuis 30-40 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;e, le niveau des prix peut varier consid&#233;rablement s'il est influenc&#233; par l'ouverture internationale, qui peut par exemple les casser et mettre les producteurs nationaux hors march&#233;. Ou, dans le cas du march&#233; du travail, par les migrations : la tol&#233;rance d'une immigration massive aboutit &#224; l&#233;ser toute une partie de la population, qui fait partie de la communaut&#233; nationale. Dans tous ces cas, c'est une d&#233;cision politique (ouverture ou contr&#244;le) qui conditionne le march&#233;. Or le juste prix doit s'inscrire dans la perspective du bien commun de la communaut&#233; consid&#233;r&#233;e, et celui-ci n'est pas compatible avec la ruine d'une partie de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extension du concept&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut et doit aller au-del&#224; du seul prix mon&#233;taire. Pour Mary Hirschfeld r&#233;fl&#233;chir au juste prix a l'avantage de nous d&#233;tourner de la maximalisation de notre r&#233;sultat mon&#233;taire, et de prendre conscience du service qui nous est rendu par les personnes concern&#233;es, et que nous pouvons leur rendre. C&#244;t&#233; acheteur, cela implique une r&#233;f&#233;rence au niveau de vie de celui qui a fabriqu&#233; le produit, afin qu'il puisse mener une vie d&#233;cente. Des prix peuvent &#234;tre tr&#232;s bas parce que ceux qui produisent sont sous-pay&#233;s : mati&#232;res premi&#232;res, agriculteurs, PME. Le souci du juste prix peut alors conduire &#224; ne pas acheter, ou &#224; payer plus (commerce &#233;quitable). Id&#233;alement, il faudrait donc se livrer &#224; une v&#233;ritable analyse des conditions d'&#233;tablissement du prix de ce qu'on ach&#232;te. Naturellement c'est hors de port&#233;e de la plupart ; mais c'est possible dans une certaine mesure dans la soci&#233;t&#233;. Soit sous forme associative, soit comme service payant. Comme on voit, la justice commutative dans les relations &#233;conomiques au sens de transaction s'&#233;tend au-del&#224; du prix : au juste traitement du partenaire. Cela inclut le fait de livrer les biens vendus de fa&#231;on loyale et transparente, et que ce soient des produits ou des services qui correspondent &#224; ce que l'acheteur peut raisonnablement attendre. On pourrait ajouter : sans tromperie verbale, comme c'est le cas de bien des publicit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, la consid&#233;ration peut aussi conduire &#224; substituer &#224; la relation marchande, &#224; la transaction, un autre type de rapport, lorsqu'elle est inad&#233;quate &#224; son objet. Ce peut &#234;tre un don, un service rendu par une association, parfois une prestation publique. Mais on sort alors de la justice commutative (on &#233;voquera ci-apr&#232;s la question du travail domestique et de la famille).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles consid&#233;rations s'&#233;tendent &#224; un sujet familier en &#233;conomie, les externalit&#233;s : cela vise tout impact positif ou n&#233;gatif non pris en compte dans la comptabilit&#233;, par exemple toute action n&#233;gative sur l'environnement. Il y a collectivement un int&#233;r&#234;t majeur &#224; ce qu'elles soient r&#233;int&#233;gr&#233;es dans les comptes, c'est-&#224;-dire impactent les r&#233;sultats des entreprises et le prix pay&#233; par le consommateur. Car c'est le r&#244;le des prix en &#233;conomie : transmettre une information avec un impact concret et mat&#233;riel. Cela inclut notamment toute la dimension &#233;cologique, question consid&#233;rable qu'on ne peut traiter ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le souci de la justice commutative est le souci de la pertinence de ce qu'on fait dans tout &#233;change ayant un caract&#232;re &#233;conomique : le fait qu'on rende pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'autre ce qu'on lui doit, en regard de ce qu'il nous doit. Elle incombe &#224; chacun dans les transactions qu'il op&#232;re, et &#224; la soci&#233;t&#233; en ce qui concerne le bon fonctionnement des march&#233;s ; dans les cas o&#249; le march&#233; ne parvient pas &#224; un r&#233;sultat &#233;quitable, il faut alors le redresser ou y suppl&#233;er. La transaction d&#233;passe alors la seule perspective de l'int&#233;r&#234;t mon&#233;taire et refl&#232;te le fonctionnement m&#234;me de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La justice distributive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le second cas, la justice distributive, on consid&#232;re la relation de la personne &#224; la soci&#233;t&#233;. La question est alors ce qu'il est l&#233;gitime que chacun obtienne dans ce cadre. Cela va donc bien au-del&#224; de ce qu'on appelle aujourd'hui la redistribution. Ce d&#251; est d'autant plus grand que la partie consid&#233;r&#233;e, la personne, a un r&#244;le plus grand dans le tout, selon une r&#232;gle de proportionnalit&#233;, qui d&#233;pend, nous dit Thomas d'Aquin, de l'organisation de la soci&#233;t&#233;. On int&#232;gre alors une dimension sociale et politique plus large, qui peut aller jusqu'au prestige dont quelqu'un jouit dans la soci&#233;t&#233;. Mais pour ce qui est des aspects proprement &#233;conomiques, la question prend deux formes. Des flux : les revenus (r&#233;mun&#233;rations et prestations), et des stocks : les patrimoines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une question pr&#233;alable : la pauvret&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#233;alable il faut mettre &#224; part la question de la pauvret&#233;. Elle est d'une grande importance pour appr&#233;cier comment la soci&#233;t&#233; traite ses membres. Mais c'est en m&#234;me temps une question sp&#233;cifique. La justice consiste ici &#224; faire en sorte que chaque personne re&#231;oive au minimum ce que toute personne humaine doit recevoir de ce seul fait. En soi donc, la pauvret&#233; est l'indice d'une forme d'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l&#224; une question distincte de celle des in&#233;galit&#233;s. Dans bien des cas, des m&#233;canismes &#233;conomiques peuvent &#234;tre en cause et leur r&#233;vision peut apporter une r&#233;ponse ; c'est le meilleur moyen de rem&#233;dier &#224; la pauvret&#233;, car ce faisant on donne &#224; la personne la possibilit&#233; de contribuer &#224; son tour. Mais il est aussi possible que des personnes soient r&#233;ellement dans l'impossibilit&#233; d'apporter une contribution &#233;conomiquement suffisante pour justifier une contrepartie &#224; ce titre. Et bien entendu la soci&#233;t&#233; ne doit pas s'en d&#233;sint&#233;resser. Mais ce sera alors par des moyens sortant de la r&#233;flexion &#233;conomique ; m&#234;me si elle peut y avoir sa part, notamment par le don, ou &#224; d&#233;faut par des prestations publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les revenus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelle justice dans les r&#233;mun&#233;rations ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;mun&#233;rations des personnes, dans une soci&#233;t&#233; d&#233;centralis&#233;e, sont d'abord la r&#233;sultante de l'interaction des agents sur un march&#233;. La justice commutative ne s'oppose pas &#224; l'in&#233;galit&#233; des revenus s'ils sont justement acquis, et consid&#233;rera m&#234;me injuste une redistribution fiscale excessive. On objectera que bien des hauts revenus sont le fruit d'un rapport de force ou de circonstances ; c'est vrai (mais pas toujours) ; mais si on remet en cause pour ce motif un revenu &#233;lev&#233;, ce sera parce qu'il n'est pas m&#233;rit&#233;, pas pour des motifs &#233;galitaires. En justice distributive, on cherche &#224; faire autant que possible en sorte que chacun re&#231;oive de la soci&#233;t&#233; ce qu'on estime juste qu'il re&#231;oive (sans cr&#233;er par ailleurs par son intervention un mal plus grand que le bien qu'on veut obtenir) : cela d&#233;pend donc ce qu'il fait pour la soci&#233;t&#233;. L'&#233;galitarisme pur n'est alors pas justifi&#233;, car les r&#244;les et apports des uns et des autres sont diff&#233;rents. Cela donne donc un angle de regard diff&#233;rent mais compl&#233;mentaire de celui de la justice commutative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patrons par exemple ont une responsabilit&#233; importante et utile ; d&#232;s lors, en justice distributive, il est normal que leur r&#233;mun&#233;ration soit &#233;lev&#233;e. Cela dit, tr&#232;s souvent dans la pratique la prestation ne justifie pas le revenu en question ; ces r&#233;mun&#233;rations parfois tr&#232;s &#233;lev&#233;es sont injustifi&#233;es &#8211; m&#234;me si le march&#233; de ces dirigeants fonctionne et a conduit &#224; de tels niveaux. Il faut en effet pour cela que ce dirigeant ait apport&#233; une valeur ajout&#233;e exceptionnelle &#224; l'entreprise ou &#224; la soci&#233;t&#233;. Dans le contraire, une r&#233;action r&#233;solue s'impose, de la part des actionnaires et des pouvoirs publics. Il faut en particulier d&#233;connecter ces r&#233;mun&#233;rations de crit&#232;res de court terme, et privil&#233;gier les prestations &#224; long terme, consid&#233;r&#233;es selon une vari&#233;t&#233; de crit&#232;res. En outre, on doit pouvoir en r&#233;cup&#233;rer tout ou partie, si on constate ult&#233;rieurement que des erreurs d'appr&#233;ciation ont &#233;t&#233; commises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple, soulign&#233; par S. Zamagni , est celui des limites du processus d'agr&#233;gation des d&#233;cisions individuelles sur un march&#233;. Prenons le cas d'un chanteur ou d'un footballeur qui gagne &#233;norm&#233;ment d'argent. L'achat individuel de places peut &#234;tre justifi&#233; en justice commutative ; mais il ne signifie pas approbation du niveau de revenu du chanteur. En justice distributive, on peut alors consid&#233;rer qu'il y a exc&#232;s, voir exemple pervers pour la soci&#233;t&#233;. Soit pour exiger un geste g&#233;n&#233;reux de l'int&#233;ress&#233;. Soit pour le taxer si c'est r&#233;ellement aberrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, on prendra le cas de magistrats ou de militaires, souvent mal pay&#233;s. En justice commutative, on pourrait peut-&#234;tre tol&#233;rer que ces fonctionnaires aient un niveau de salaire modeste, si on parvient &#224; les recruter &#224; ce tarif. Mais en justice distributive, l'importance de leurs responsabilit&#233;s et la gravit&#233; de leur t&#226;che imposent une r&#233;mun&#233;ration exprimant la reconnaissance de ce r&#244;le par la soci&#233;t&#233;. Et donc mieux plac&#233;e dans l'&#233;chelle des revenus. De m&#234;me pour les enseignants &#8211; moyennant r&#233;forme en profondeur du syst&#232;me &#233;ducatif. Mais on pourra citer aussi ici des acteurs comme les soignants ou m&#234;me les &#233;boueurs, dont la crise sanitaire a fait percevoir l'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin citer la question majeure de la reconnaissance du travail accompli au sein des familles, qui est pour l'essentiel gratuit, et vital pour la soci&#233;t&#233;, notamment pour l'&#233;ducation des enfants. La justice distributive impose ici qu'une aide substantielle leur soit apport&#233;e, m&#234;me si cet aide ne sera jamais &#224; la hauteur du service ainsi rendu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie ici &#224; plusieurs de mes articles et surtout au livre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question des in&#233;galit&#233;s, la justice sociale et de la redistribution &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, la question de ce qu'on appelle les in&#233;galit&#233;s fait l'objet de d&#233;bats anim&#233;s dans la soci&#233;t&#233;. Une in&#233;galit&#233; mat&#233;rielle trop forte a plusieurs d&#233;fauts graves, comme on l'a vu, outre le fait &#233;ventuel de mal utiliser les ressources : elle donne un r&#244;le excessif &#224; l'argent ; elle accro&#238;t l'influence des riches dans la soci&#233;t&#233; ; elle accro&#238;t la s&#233;gr&#233;gation spatiale entre riches et pauvres et r&#233;duit la solidarit&#233;. Mais dans nos soci&#233;t&#233;s, ce probl&#232;me est rarement per&#231;u sous l'angle de la v&#233;ritable justice, qu'on vient d'&#233;voquer, car on aplatit l'id&#233;e de justice sur l'&#233;galitarisme. Comme on &#233;vite de toucher &#224; la logique &#233;conomique, on traite en g&#233;n&#233;ral la question dans une perspective qu'on peut appeler social-d&#233;mocrate : pour sch&#233;matiser, on distingue la vie &#233;conomique et la redistribution &#233;tatique, laquelle intervient ensuite par l'imp&#244;t - si elle ne perturbe pas la premi&#232;re. Cela revient &#224; consid&#233;rer la justice comme une correction dans un sens &#233;galitaire du jeu spontan&#233; de la soci&#233;t&#233; ; elle n'est alors pas fond&#233;e sur le r&#244;le de chacun, mais sur la recherche de l'&#233;galit&#233;. Plus on redistribuera, mieux ce sera, sauf &#224; obtenir des r&#233;sultats &#233;conomiques contreproductifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les &#233;changes ont &#233;t&#233; raisonnablement &#233;quitables et libres, et si le jeu des r&#233;mun&#233;rations est jug&#233; refl&#233;ter le r&#244;le r&#233;el de chacun, ce que quelqu'un a gagn&#233; a &#233;t&#233; gagn&#233;. Une in&#233;galit&#233; ne justifie pas &#224; elle seule la redistribution, qu'il faudrait motiver par un dol ; car il n'est pas juste non plus que des gens soient priv&#233;s de ressources qu'ils ont acquises par leur activit&#233;, et &#224; laquelle ils ont droit. En outre, il n'est pas bon qu'un revenu soit d&#233;coupl&#233; de toute contribution de celui qui le re&#231;oit ; c'est m&#234;me injuste, sauf motif particulier (incapacit&#233; de la personne). Dit autrement, en justice le premier pas est de consid&#233;rer les revenus bruts ; si on les accepte comme justes dans leur principe, il n'y a sous cet angle pas de raison de redistribuer massivement ; sauf en termes de justice distributive comme on l'a vu. La redistribution comprise comme mesure balai introduit une contradiction dans le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; : on vous laisse gagner ce que vous pouvez, mais on le confisque ensuite en bonne partie. Sur le plan &#233;conomique en outre, s'il s'agit d'am&#233;liorer la situation mat&#233;rielle des personnes, la question n'est pas d'abord d'enlever aux uns pour le donner aux autres, mais de faire en sorte, si c'est justifi&#233;, que ces derniers aient plus. Ce peut &#234;tre par la croissance &#233;conomique et la cr&#233;ation d'emplois, mais aussi &#233;ventuellement par la r&#233;organisation de l'&#233;conomie, pour favoriser certaines activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autre est la question fiscale de la juste r&#233;partition des charges au sein de la soci&#233;t&#233;. Elle conduit naturellement &#224; demander plus &#224; ceux qui ont plus de moyens et b&#233;n&#233;ficient plus du jeu social, notamment du fait que s'ils ont fait fortune, la soci&#233;t&#233; y est pour beaucoup aussi. D'o&#249; un imp&#244;t d'abord simplement proportionnel , et ensuite plus que proportionnel dans certaines limites (bar&#232;me de l'imp&#244;t sur le revenu). Par-l&#224;, on r&#233;duit de fait les fameuses in&#233;galit&#233;s, mais c'est un r&#233;sultat indirect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive donc, sauf &#224; agir sur les revenus bruts si effectivement ils sont injustes, un objectif purement &#233;galitaire obtenu par une fiscalit&#233; lourde va contre les exigences non seulement de la justice commutative, mais aussi de la justice distributive, la soci&#233;t&#233; reposant sur des r&#244;les et des responsabilit&#233;s diff&#233;rents. En revanche une redistribution &#171; raisonnable &#187;, c'est-&#224;-dire coh&#233;rente avec la libert&#233; des personnes et le bon fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, est bienvenue, en termes de justice distributive, dans la mesure o&#249; elle donne &#224; chacun des moyens l'aidant &#224; mieux participer &#224; la communaut&#233; en tant que personne, par les prestations qu'il re&#231;oit, financ&#233;es par des contributions &#224; la mesure des moyens de chacun. M&#234;me si comme on le verra cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les patrimoines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrimoines et propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des in&#233;galit&#233;s de patrimoine est diff&#233;rent. D'un c&#244;t&#233;, certains peuvent accumuler des fortunes &#233;normes, qui par leur taille fa&#231;onnent l'image et le fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. D'un autre c&#244;t&#233;, les in&#233;galit&#233;s sont en partie h&#233;rit&#233;es : ce n'est alors pas l'int&#233;ress&#233; qui a fourni le service payant qui, une fois &#233;pargn&#233;, s'est accumul&#233; en patrimoine. M&#234;me donc quand ces fortunes sont acquises l&#233;gitimement, on peut s'interroger sur les effets cumulatifs que cela peut entra&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question majeure pr&#233;alable est cependant celle de la propri&#233;t&#233; des biens et des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les faire confisquer pour l'essentiel par l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Mais alors la tendance &#224; une tr&#232;s forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut vouloir la corriger. Les fondateurs des GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft) n'ont par exemple rien vol&#233; &#224; qui que ce soit - hors comportements non-concurrentiels. Quand Oxfam explique que 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes ne poss&#232;de rien ; mais les Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont cr&#233;&#233; des entreprises qui se sont appr&#233;ci&#233;es &#233;norm&#233;ment. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, et ils ont du fait de leur fortune des devoirs immenses. Mais comme tel ce n'est pas &#224; proprement parler injuste. De fa&#231;on plus fondamentale, une soci&#233;t&#233; libre ou d&#233;centralis&#233;e est une soci&#233;t&#233; o&#249; la propri&#233;t&#233; n'est pas pour l'essentiel entre des mains uniques, y compris celles de l'Etat. Les actifs sont n&#233;cessairement d&#233;tenus par quelqu'un, et hors institutions publiques, c'est par des personnes, directement ou non. Il y a donc l&#233;gitimement une fonction de d&#233;tention priv&#233;e d'actifs, si possible g&#233;r&#233;s dans le sens du bien commun. Et cela peut concerner des biens tr&#232;s importants. Inversement, l'alternative &#224; l'in&#233;galit&#233; risque d'&#234;tre l'&#233;tatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question est celle de l'h&#233;ritage. Mais dans un cadre de libert&#233; et d'autonomie, un propri&#233;taire transmet normalement ses biens librement, y compris &#224; des h&#233;ritiers. Ce faisant, il ne contrevient ni &#224; la justice commutative, ni &#224; la distributive. Il est l&#233;gitime que quelqu'un veuille l&#233;guer sa propri&#233;t&#233;, sinon le terme de propri&#233;t&#233; a peu de sens : avoir un bien veut dire pouvoir en disposer. En outre, ces fortunes ont en partie importante une dimension familiale. Une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir &#224; leur tour, dans le sens du bien commun &#8211; sachant que cela suppose qu'on les ait &#233;duqu&#233;s pour cela. Et on ne voit pas le progr&#232;s collectif qui r&#233;sulterait de la disparition syst&#233;matique de fortunes priv&#233;es au profit du seul Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peut-on envisager le nivellement de ces in&#233;galit&#233;s ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut objecter que cela d&#233;bouche sur des in&#233;galit&#233;s consid&#233;rables, avec un effet d&#233;l&#233;t&#232;re sur la communaut&#233;, rongeant le lien social ; ou surtout s'il y a mauvais usage de cette fortune. D'o&#249; le d&#233;sir de beaucoup de niveler ces diff&#233;rences et surtout leur accumulation, par une forme ou une autre de redistribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, quand on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t intraitable. Un panorama historique fouill&#233; a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel . Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; r&#233;duites de fa&#231;on r&#233;elle et forte qu'&#224; l'occasion de violences consid&#233;rables et exceptionnelles, dans quatre familles : les guerres totales du XXe si&#232;cle ; les r&#233;volutions radicales (notamment communistes) ; un effondrement d'Etat (chute de l'Empire romain) ; et enfin des pand&#233;mies (peste noire). Et encore, dit-il, leurs effets finissent toujours par s'&#233;roder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'apr&#232;s la r&#233;duction consid&#233;rable des in&#233;galit&#233;s apr&#232;s les guerres mondiales, la tendance est &#224; nouveau &#224; leur remont&#233;e, surtout dans les pays anglosaxons ; m&#234;me si d'autres, comme les Scandinaves ou la France, ont sensiblement att&#233;nu&#233; le ph&#233;nom&#232;ne. L'&#233;volution risque d'accentuer ces tendances, avec la mont&#233;e des pays &#233;mergents et le d&#233;veloppement des nouvelles technologies. La premi&#232;re question que cela pose est fiscale : savoir si ces fortunes contribuent &#224; due proportion aux charges communes. On l'a dit, l'imp&#244;t conduit &#224; contenir en partie ces in&#233;galit&#233;s, mais par d&#233;finition il ne les fait pas dispara&#238;tre. Mais vouloir redistribuer bien au-del&#224; de cela revient &#224; entreprendre une transformation en profondeur de la r&#233;alit&#233; sociale, qui comme on l'a dit n'est r&#233;alisable que par des r&#233;volutions aux effets d&#233;sastreux ou des chocs d'une violence comparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'aurait de sens que si cela permettait de d&#233;boucher sur une soci&#233;t&#233; fonctionnant manifestement mieux. Mais si c'est simplement passer sur la dur&#233;e d'une soci&#233;t&#233; in&#233;galitaire &#224; une autre, l'int&#233;r&#234;t est mince. Et si cela d&#233;bouche sur une soci&#233;t&#233; fortement &#233;tatis&#233;e, cela revient au fond &#224; niveler par le bas, en r&#233;duisant la libert&#233;, et par l&#224; la justice rendue &#224; la personne. Dans la pratique, l'extraordinaire &#233;nergie politique qu'exige un tel bouleversement n'est normalement pas disponible, les avantages &#233;ventuels &#233;tant en outre douteux pour la grande majorit&#233; en regard de l'incertitude et des risques associ&#233;s. L&#224; n'est donc pas la v&#233;ritable justice. Il n'est pas d&#251; &#224; chacun de vivre dans une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire ; mais dans une soci&#233;t&#233; qui lui donne son d&#251;, ce qui correspond &#224; son r&#244;le et &#224; son apport. L'&#233;galitarisme ne le permet pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc sous un autre angle qu'il faut envisager la justification d'une &#233;ventuelle intervention : savoir si ces fortunes sont raisonnablement utilis&#233;es dans le sens du bien commun, ce qui pose la question du pouvoir qu'elles conf&#232;rent et de son usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;In&#233;galit&#233;s et pouvoir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette probl&#233;matique est beaucoup plus significative. La question de ce que les gens fortun&#233;s apportent &#224; la soci&#233;t&#233; est essentielle, car en justice s'ils ont beaucoup re&#231;u, ils doivent aussi beaucoup apporter. La question se pose &#233;galement en termes de pouvoir sur la soci&#233;t&#233; ; c'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Outre le niveau politique, cela vise leur culture : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective. J'ai &#233;voqu&#233; le sujet plus en d&#233;tails dans d'autres livres . Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les gens fortun&#233;s ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation. Mais ils avaient &#224; l'&#233;poque une forme de devoir social, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, quels que soient par ailleurs les d&#233;fauts de ces soci&#233;t&#233;s. Or il n'en est plus de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;poque fait en effet appara&#238;tre un risque bien plus important qu'il y a 30 ans : l'&#233;mergence de fortunes consid&#233;rables donnant un pouvoir sans pr&#233;c&#233;dent. D'o&#249; une classe surpuissante et privil&#233;gi&#233;e de multimilliardaires, issues des nouvelles entreprises apr&#232;s la vague internet, de la rente mini&#232;re et p&#233;troli&#232;re, ou d'autres sources, ainsi de sp&#233;culateurs comme Soros. Une telle &#233;mergence n'est historiquement pas fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans le monde capitaliste. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables. Car ces personnes disposent de moyens leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, par leurs investissements, leurs dons, ou leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, on l'a dit, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles, et surtout les orientations de leurs d&#233;tenteurs sont domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, qui n'est pas toujours bonne. Ce danger collectif est consid&#233;rablement sous-estim&#233;. Il peut impliquer une action r&#233;solue des pouvoirs publics soit pour r&#233;guler ce pouvoir, soit pour inciter ces gens dans le sens du bien. Soit dans le cas extr&#234;me pour r&#233;duire directement ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, comme on le voit, , la justice distributive va bien au-del&#224; d'une compl&#233;ment &#224; la justice commutative. Mais c'est une question plus complexe, sans formule simple ou solution g&#233;n&#233;rale. Elle implique un jugement de situation. Au fond, ce qui est en jeu est l'image que l'on se fait de la soci&#233;t&#233; concern&#233;e, comme saint Thomas l'avait bien not&#233; : ce qu'elle r&#233;compense ou valorise, et ce qu'elle sanctionne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La justice g&#233;n&#233;rale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations nous conduisent &#224; &#233;largir la perspective au-del&#224; des aspects surtout quantitatifs que nous venons d'&#233;voquer ; c'est la question du rapport des personnes &#224; la soci&#233;t&#233; : quelle est leur place, qu'est-ce qu'elles donnent et re&#231;oivent, et quel sens cela prend pour elles. Une soci&#233;t&#233; juste sera id&#233;alement une soci&#233;t&#233; organis&#233;e pour que chacun puisse agir avec justice en vue du bien commun, lequel permet le bien de chacun et en m&#234;me temps d&#233;pend de la juste action de chacun, et o&#249; chacun trouve raisonnablement moyen de s'&#233;panouir. C'est ce qu'on peut appeler justice g&#233;n&#233;rale. Cela conduit &#233;videmment &#224; d&#233;passer la seule perspective &#233;conomique. Mais celle-ci en est une composante essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La recherche de dispositifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'abord explorer comment assurer cette justice g&#233;n&#233;rale par des dispositifs. Le premier est le plus familier &#224; tous consiste &#224; viser l'&#233;galit&#233; des chances, afin que seul le m&#233;rite personnel soit cause de l'&#233;tat o&#249; chacun se trouve. Mais on peut aussi chercher directement &#224; favoriser la position de chacun par des mesures sur la propri&#233;t&#233; ou sur le travail. Comme on va le voir, ce peuvent &#234;tre des contributions utiles, mais elles restent partielles, car elles ne touchent pas au c&#339;ur de la pr&#233;occupation qui est &#224; la base de la justice g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;galit&#233; des chances et ses limites &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re id&#233;e r&#233;pandue est la suivante : ce qui est juste, c'est que chacun ait eu au d&#233;part des chances &#233;gales ; dans ce cas le r&#233;sultat diff&#233;renci&#233; refl&#233;tera les m&#233;rites de chacun. En r&#233;alit&#233;, bien que souvent utile, ce n'est pas un solution g&#233;n&#233;rale .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, comme le notait Hayek lui-m&#234;me, le march&#233; m&#234;me fonctionnant bien n'a rien &#224; voir avec la r&#233;mun&#233;ration du m&#233;rite : son verdict r&#233;sulte du fait qu'on se trouve mieux plac&#233; pour satisfaire les pr&#233;f&#233;rences collectives &#8211; et bien souvent la chance, le hasard ou le rapport de forces sont le facteur d&#233;cisif. Gagner dans cette course peut avoir un sens en justice commutative, mais on est loin du sch&#233;ma o&#249; ce sont les m&#233;rites intrins&#232;ques qui sont r&#233;compens&#233;s. Inversement, il y a un risque &#233;lev&#233; que se constitue une sous-classe permanente de d&#233;favoris&#233;s, peu dou&#233; ou peu dot&#233;s pour la course de vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoutent les in&#233;galit&#233;s r&#233;sultant de l'&#233;ducation, donc des familles. On note &#224; ce sujet des diff&#233;rences croissantes, car bien plus qu'autrefois les familles d'en-haut s'occupent plus de leurs enfants et y investissent plus que les autres. Celui qui r&#233;ussit mieux gr&#226;ce &#224; cela n'a pas de m&#233;rite particulier de ce fait. Mais, contrairement &#224; l'id&#233;ologie dominante, en soi il n'est pas mauvais que ces savoirs et cette &#233;ducation soient ainsi transmis au sein des familles ; c'est m&#234;me excellent et socialement b&#233;n&#233;fique. Rompre la transmission serait en r&#233;alit&#233; un appauvrissement collectif. Il faut donc bien s&#251;r aider les moins avantag&#233;s, activement, pour leur permettre de participer au mieux, mais pas d&#233;truire la transmission et l'&#233;ducation l&#224; o&#249; elle existe. Et l'&#233;galit&#233; des chances n'est pas une r&#233;ponse, m&#234;me s'il est l&#233;gitime de la rechercher. Car quels que soient les termes de la comp&#233;tition, les mieux dot&#233;s socialement s'organiseront pour la gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce cadre qu'il faut &#233;voquer les m&#233;canismes de quota mis en place en faveur d'une cat&#233;gorie ou d'une autre, jug&#233;e d&#233;favoris&#233;e : quota de femmes, quota raciaux etc. Cette approche a tous les d&#233;fauts de la recherche de l'&#233;galit&#233; des chances, mais elle occasionne en outre, ce qui est per&#231;u in&#233;vitablement comme une injustice par ceux que cela d&#233;savantage, tout en faisant peser un soup&#231;on d'ill&#233;gitimit&#233; pour ceux qu'elle promeut. Sauf cas exceptionnel, pour casser des tendances r&#233;ellement constat&#233;es, et provisoirement, c'est donc une approche &#224; &#233;carter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, il faut viser si possible la possibilit&#233; de d&#233;veloppement, d'autonomie et de responsabilit&#233; de tous pendant la vie active. Et pour cela, il n'est ni n&#233;cessaire ni suffisant que les gens aient eu des chances &#233;gales au d&#233;part, m&#234;me cela peut y contribuer, car la recherche de cet effet peut aussi nuire. Notamment, comme disait R&#246;pke , m&#234;me si elle fonctionnait parfaitement, une telle comp&#233;tition ne ferait que nourrir encore plus le ressentiment : ceux qui se trouveraient en bas y seraient parce qu'ils auraient &#233;chou&#233; dans la course, et la faute reposerait enti&#232;rement sur eux, de fa&#231;on en r&#233;alit&#233; souvent injuste. Dans les r&#233;gimes ant&#233;rieurs, le pauvre pouvait garder sa dignit&#233;, car rien ne prouvait qu'il &#233;tait inf&#233;rieur. En outre, cela &#233;limine la question de ce que doivent les gagnants envers les autres : ils peuvent consid&#233;rer qu'ils ont pleinement m&#233;rit&#233; ce qu'ils ont et ne doivent rien &#224; personne. On l'a vu, le fait qu'on soit parvenu &#224; telle ou telle position peut &#234;tre d&#251; &#224; de multiples causes, r&#233;sultant du fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. D&#232;s lors, m&#234;me si le r&#233;sultat obtenu est conforme &#224; la justice commutative et distributive, il ne faut pas voir la soci&#233;t&#233; comme un concours o&#249; un vainqueur gagne et d'autres perdent. Ce qui importe en effet est que chacun y trouve un moyen ou une autre de s'&#233;panouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, nous dit Sandel, ce qui nous manque est le sens de la communaut&#233;. Celui qui se retrouve avec un r&#233;sultat mat&#233;riellement plus avantageux le doit aussi en partie &#224; la soci&#233;t&#233;, et la justice implique qu'il contribue au bien commun en proportion, et pas seulement fiscalement ; ce qui est en outre essentiel pour donner un sens &#224; sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Participation et propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me angle d'action envisageable est d'agir sur la structure m&#234;me de la propri&#233;t&#233;. Si en effet on veut donner &#224; chacun les moyens de son &#233;panouissement, un acc&#232;s &#224; celle-ci est n&#233;cessaire, ce qui conduit &#224; travailler &#224; la diffusion de la propri&#233;t&#233;. C'est la piste ouverte par le &#8216;distributisme' anglais de H. Belloc et G. K. Chesterton , d'inspiration catholique, recommandant comme alternative au socialisme et au capitalisme la diffusion la plus large possible de la propri&#233;t&#233; des moyens de production &#8211; m&#234;me si leurs id&#233;es ne sont pas toujours tr&#232;s pr&#233;cises. Cela consiste par exemple &#224; favoriser la paysannerie, l'artisanat ou le petit commerce, la petite entreprise et la propri&#233;t&#233; directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces id&#233;es sont sympathiques et utiles. Mais cela ne r&#233;soudrait que partiellement la question des entreprises un peu grandes. Comme on se voit mal les morceler syst&#233;matiquement, la seule voie possible alors est la d&#233;tention plus diffuse d'actions, notamment dans le personnel. C'est bien en soi. Mais une telle propri&#233;t&#233; est in&#233;vitablement trop divis&#233;e pour assurer un vrai contr&#244;le personnel de ces moyens de production, comme le voudraient les distributistes. Cette voie ne peut donc &#234;tre qu'une voie partielle ; m&#234;me si elle est appr&#233;ciable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Participation de tous, progr&#232;s technique et emploi&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, dans une large mesure, dans nos soci&#233;t&#233;s, participer &#224; la soci&#233;t&#233; signifie avoir un emploi. Ce r&#244;le crucial de l'emploi est dans l'ensemble reconnu dans nos soci&#233;t&#233;s ; on n'insistera donc pas ici sur cette vaste question. Mais ce qui est certain est que la justice l'exige ; et cela peut conduire &#224; utiliser des moyens sortant du cadre &#233;conomique habituel. On peut avoir par exemple &#224; favoriser l'emploi volontariste de personnes qui seraient difficilement recrut&#233;es sinon (handicap&#233;s par exemple). Mais naturellement le souci de l'emploi n'atteint v&#233;ritablement son but que si cela cr&#233;e de vrais emplois, qui donnent une vraie dignit&#233; &#224; ceux qui les occupent. De son c&#244;t&#233;, l'approche en termes de capacit&#233;s (Amartya Sen) vise aussi &#224; donner une r&#233;ponse, de fa&#231;on &#233;videmment bienvenue : on cherche &#224; augmenter les capacit&#233;s de tous de fa&#231;on &#224; pratiquer au mieux &#224; la vie commune. Mais elle ne suffit pas, car d'une part il reste en sous-jacent dans son mod&#232;le une forme de comp&#233;tition m&#233;ritocratique, et d'autre part cela ne cr&#233;e pas n&#233;cessairement les emplois voulus. Quoi qu'il en soit, des emplois abondants, dignes et convenablement r&#233;mun&#233;r&#233;s font beaucoup plus pour la justice (justice g&#233;n&#233;rale) que la redistribution fiscale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'emploi salari&#233; classique lui-m&#234;me ne suffit pas : beaucoup de personnes trouveront un sens &#224; leur vie dans d'autres formes d'expression, notamment associative, ou dans le cadre de solidarit&#233;s comme la famille ; le tout supposant une soci&#233;t&#233; moins obs&#233;d&#233;e par la seule activit&#233; &#233;conomique au sens &#233;troit. Et donc un r&#244;le bien plus important de la solidarit&#233; et du don. Dans les soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, malgr&#233; toutes leurs limites, l'id&#233;e de communaut&#233; &#233;tait centrale ; la situation normale &#233;tait l'insertion, le travail de chacun &#233;tait attendu, mais ne se reliait pas &#224; ce que nous appelons un emploi. Il serait &#224; l'&#233;vidence souhaitable que se reconstituent au moins de fa&#231;on partielle ces solidarit&#233;s, sous une forme adapt&#233;e &#224; notre temps. Mais cette question d&#233;passe l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La participation &#224; la vie commune : un changement du regard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mener une vie qui soit bonne&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la question centrale en justice g&#233;n&#233;rale est bien : comment assurer mieux la participation de tous &#224; la communaut&#233; et &#224; ses bienfaits, pour pouvoir donner et recevoir ? Un certain recul est ici n&#233;cessaire. Mary Hirschfeld nous rappelle ici que si on se limite &#224; la seule dimension mon&#233;taire, on laisse entendre que le niveau mat&#233;riel seul importe. Or les biens mat&#233;riels sont instrumentaux : ils servent &#224; autre chose qu'&#224; eux-m&#234;mes, et notamment &#224; mener une vie bonne ; et la vie bonne suppose la vie dans la communaut&#233;. Le niveau de vie ne peut y suppl&#233;er. Et on ne r&#233;glera pas cette question uniquement en ponctionnant plus encore les plus riches &#8211; m&#234;me si la question se pose aussi sous cet angle. En outre, ce faisant on ne redonne pas leur dignit&#233; aux professions jug&#233;es plus humbles que d'autres (&#233;boueurs par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question doit donc &#234;tre &#233;largie. Car au fond, si la question v&#233;ritable est la juste participation de tous &#224; la vie commune, cela inclut de fa&#231;on essentielle la juste reconnaissance de ce r&#244;le, ce qu'on donne comme ce qu'on re&#231;oit ; et c'est ensuite et plus encore celle de la qualit&#233; de cette vie commune, et les perspective d'am&#233;lioration et de r&#233;alisation que chacun y rencontre. Le bien commun est le bien de tous, obtenu en commun, et n&#233;cessaire au plein d&#233;veloppement de chacun. L'oppos&#233; en est l'exclusion, qui ne se limite pas aux plus pauvres. A notre &#233;poque, on est tent&#233; d'exprimer cela dans le langage des droits de l'homme ; mais ce n'est pas d'abord une revendication de droits : c'est la recherche de la participation optimale de tous &#224; la communaut&#233;, dans le cadre de ce bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, on pourrait dire que l'injustice est ce qui prive la personne du bienfait qu'il pourrait retirer de la soci&#233;t&#233; humaine et lui apporter. Et ce qui contribue &#224; la participation ne se limite pas &#224; l'activit&#233; &#233;conomique, mais est aussi d'ordre social et personnel. Cela vise aussi toute personne participant &#224; la soci&#233;t&#233; : l'&#233;boueur ou la femme de message exerce un m&#233;tier digne et estimable, profond&#233;ment utile. Il faut donc lui reconna&#238;tre cette dignit&#233;, tout autant que la personne concern&#233;e doit participer avec la pleine conscience de ce qu'elle apporte. Inversement, l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique peut &#234;tre bienvenue, voire n&#233;cessaire, si elle d&#233;veloppe le bien commun, et par l&#224; une forme enrichie de participation. Les gens acceptent la richesse des autres si elle r&#233;sulte d'une vraie cr&#233;ation et apporte quelque chose &#224; la soci&#233;t&#233;. Mais &#233;videmment pas si le gagnant rafle tout, et ne se reconna&#238;t aucun devoir sp&#233;cifique d&#233;coulant de cette position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Apporter &#224; son niveau ce qu'on doit &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous conduit en d&#233;finitive &#224; rappeler une dimension tout &#224; fait essentielle de la justice g&#233;n&#233;rale, &#233;voqu&#233;e ici ou l&#224; : ce que les personnes apportent &#224; la soci&#233;t&#233;, et pas seulement ce qu'elles re&#231;oivent. On l'a vu : une &#233;conomie juste suppose d'abord des personnes recherchant la justice, et attach&#233;es au bien commun. Et donc agissant en ce sens. Cela vise plus particuli&#232;rement les d&#233;tenteurs de moyens importants, les propri&#233;taires, les entrepreneurs, les dirigeants d'entreprise ; et c'est aussi ce qui inspire la r&#233;flexion sur l'investissement &#233;thique . Mais en r&#233;alit&#233; cela nous touche tous ; cela concerne le regard chacun sur la vie &#233;conomique et sur la soci&#233;t&#233;. La vie &#233;conomique est comme le march&#233; : le r&#233;sultat en d&#233;pend dans une large mesure des priorit&#233;s de ses membres, et de leur comportement au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, cette action suppose aussi en retour une forme ou une autre de soutien public, au moins juridique ou fiscal. Ainsi, si on veut que les entreprises privil&#233;gient le long terme et des orientations &#233;thiques, cela suppose que la loi favorise la d&#233;tention longue des actions et le maintien de certaines orientations une fois prises par les entreprises. Il en est de m&#234;me pour la gratuit&#233; et le don, instrument majeur pour les personnes pour assurer &#224; leur niveau leur part de souci du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, en conclusion, poser la question de la participation de tous &#224; la soci&#233;t&#233; conduit d'abord &#224; changer notre regard en profondeur. Non que la lutte contre les in&#233;galit&#233;s excessives ou pour une plus grande &#233;galit&#233; des chances, n'ait pas son sens ; mais ce n'est pas la r&#233;ponse principale. Celle-ci doit &#234;tre orient&#233;e vers ce que les personnes apportent &#224; la soci&#233;t&#233; et ce qu'elles en en retirent effectivement. L&#224; aussi, cela appelle un grand retournement politique, culturel et mental. Bien s&#251;r un tel retournement ne se commande pas. Mais s'il ne se produit pas, il est illusoire d'attendre de mesures fiscales ou purement financi&#232;res seules une am&#233;lioration v&#233;ritable de nos soci&#233;t&#233;s, de ce que chacun lui apporte et en re&#231;oit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela gouverne le juste traitement des personnes avec qui nous avons un rapport, avec qui nous commer&#231;ons au sens large du terme, comme avec la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Mais aussi de la part de celle-ci, dans la reconnaissance du r&#244;le de chacun et sa contribution, comme dans les politiques suivies. Vues sous cet angle, des questions comme de l'ouverture des fronti&#232;res, des migrations, de la r&#233;mun&#233;ration des enseignants et des juges, ou du mark&#233;ting du luxe prennent un tout autre relief. La notion m&#234;me de justice garde plus que jamais sa valeur, mais prend un sens tr&#232;s diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Intervention &#224; l'Acad&#233;mie d'Etudes et sciences sociales, le 11 d&#233;cembre 2025.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie ici &#224; plusieurs de mes articles et surtout au livre de Jean-Didier Lecaillon &lt;i&gt;La famille au c&#339;ur de l'&#233;conomie&lt;/i&gt;, Salvator, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Apr&#232;s la crise : l'&#233;conomie et le bien commun</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Apres-la-crise-l-economie-et-le-bien-commun.html</link>
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		<dc:date>2020-08-01T15:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Covid</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, cette crise peut d&#233;boucher sur deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une consiste &#224; continuer comme avant. D&#233;penser, s'endetter, ne pas choisir. C'est une trajectoire risqu&#233;e et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, dans un contexte aggrav&#233;. Mais c'est la plus naturelle pour nos soci&#233;t&#233;s et nos politiques. L'autre supposerait un effort personnel et collectif, d&#233;bouchant sur un sursaut, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire et subsidiaire. Cela impliquerait des choix &#233;nergiques, plus de d&#233;penses ici, bien moins ailleurs, et donc des priorit&#233;s. En particulier, il faudrait un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat. Un effort collectif de grande envergure pour restaurer une culture commune d&#233;di&#233;e au bien commun, int&#233;rioris&#233;e car porteuse de sens pour chacun. Ce qui suppose une r&#233;volution mentale, et des leaders pour l'incarner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;, juillet 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s la crise sanitaire, la crise &#233;conomique. Nous vivons la plus grande crise &#233;conomique depuis 1929, sinon depuis le XIXe si&#232;cle. Les torrents d'argent d&#233;vers&#233;s par notre maman (ou mar&#226;tre) l'Etat, et derri&#232;re par la Banque centrale, nous l'occultent encore, bien que d&#233;j&#224; nombre de nos compatriotes le ressentent douloureusement. Crise qui arrive en outre sur un arri&#232;re-fond d&#233;j&#224; passablement malsain, surtout dans le cas fran&#231;ais, en nette perte de vitesse depuis des ann&#233;es et qui tente d'oublier ses probl&#232;mes dans les vapeurs de la dette. Sans parler des d&#233;chirures politiques, de l'immigration anarchique ou de l'opium europ&#233;iste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu de rappels factuels d'abord, m&#234;me si les faits sont d&#233;sormais d&#233;cant&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La B&#233;r&#233;zina de l'Etat fran&#231;ais&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ob&#232;se endormi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est &#233;videmment les limites de la mondialisation commerciale et industrielle, avec son syst&#232;me de flux tendus et de d&#233;localisations et la concentration des productions, en Chine ou ailleurs, et la d&#233;sindustrialisation galopante de la France. Nous nous sommes d&#233;couverts d&#233;munis &#224; un point que peu de gens imaginaient, sans plusieurs substances pharmaceutiques de base et m&#234;me sans masques. Evidemment la mondialisation, quand cela fait baisser les prix dans les supermarch&#233;s, c'est bien commode. Sauf quand on d&#233;couvre qu'on est ramen&#233; sur certains points au niveau de pays en d&#233;veloppement. Et on red&#233;couvre alors que l'&#233;conomie ne se r&#233;duit pas &#224; quelques calculs d'optimalisation dans le secret de multinationales, mais que c'est l'art de produire et de livrer au mieux ce dont une communaut&#233; humaine a besoin. Or la seule communaut&#233; r&#233;ellement solidaire, dont la vie commune est essentielle au statut de ses membres, c'est la nation. Pas l'Europe, la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que notre comp&#232;re l'Etat a imm&#233;diatement saut&#233; sur sc&#232;ne pour orchestrer son r&#244;le de sauveur universel, si puissant dans la mythologie fran&#231;aise. Oubliant son inaction dans la mise en place de nos vuln&#233;rabilit&#233;s, sa n&#233;gligence totale des risques d'une telle mondialisation, son r&#244;le actif dans l'id&#233;ologie libre-&#233;changiste europ&#233;enne, comme dans le carcan rigide des trait&#233;s europ&#233;ens. Oubliant aussi son effarante emprise sur la vie commune, r&#233;gissant ou canalisant 56% du PNB, un record mondial (hors Cor&#233;e du Nord). Oubliant enfin ses m&#233;thodes de Diafoirus dans la gestion des budgets de sant&#233; : des restrictions budg&#233;taires hyst&#233;riques aboutissant &#224; l'&#233;limination des stocks de masques, mais un total de d&#233;penses de sant&#233; parmi les plus &#233;lev&#233;s de la plan&#232;te, avec un d&#233;veloppement canc&#233;reux des emplois administratifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce qui appara&#238;t est que la taille des budgets sant&#233; n'est en rien corr&#233;l&#233;e avec les r&#233;sultats obtenus dans la lutte contre ce fl&#233;au. La France a un nombre de morts par habitants parmi les plus &#233;lev&#233;s de la plan&#232;te, et elle a subi un effondrement record son &#233;conomie. Mais ses d&#233;penses de sant&#233; sont bien plus &#233;lev&#233;es que celles de la Cor&#233;e, pour un r&#233;sultat bien plus m&#233;diocre : 11.2% du PIB contre 8%, sans parler de Taiwan, qui est encore plus bas. Ajoutons que tant &#224; Taiwan qu'en Cor&#233;e, autour de 90% des h&#244;pitaux et des cliniques sont priv&#233;s. M&#234;me l'Allemagne voisine, qui d&#233;pense autant que nous en proportion, mais avec un syst&#232;me nettement plus privatis&#233;, a trouv&#233; le moyen d'obtenir un taux de mortalit&#233; bien plus bas, avec moins de r&#233;cession, mais en payant bien mieux ses infirmi&#232;res. Comble de la honte, des pays bien moins avanc&#233;s comme le Portugal et la Gr&#232;ce, qui ont subi des politiques de rigueur violentes, notamment sur leur syst&#232;me de sant&#233;, se tirent bien mieux d'affaire que la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela prouve un chose : c'est que la qualit&#233; de la d&#233;cision importe bien plus que la masse des budgets. Il ne s'agit donc pas d'abord de d&#233;penser plus, mais de bien d&#233;penser, et plus encore, de d&#233;cider vite et courageusement. Le probl&#232;me de la France n'a pas &#233;t&#233; un suppos&#233; d&#233;mant&#232;lement du service public, puisque les d&#233;penses publiques de sant&#233; en France (en 2018, 9,3% du PNB) sont toujours plus &#233;lev&#233;es qu'il y a vingt ans (7,6% en 1998). Mais on a appliqu&#233; b&#234;tement notre cher rabot budg&#233;taire : on r&#233;duit l&#224; o&#249; c'est plus facile, l&#224; o&#249; il y a le moins de protestations, et non selon les vraies priorit&#233;s. Et on gonfle les structures bureaucratiques et autoritaires. Mais comme cela fait 40 ans que nous ne parvenons pas &#224; &#233;quilibrer nos budgets, notre dette publique qui atteignait d&#233;j&#224; le niveau aberrant de 100% du PNB, va all&#233;grement vers les 120%. Malgr&#233; des taux d'int&#233;r&#234;t maintenus artificiellement par le BCE &#224; des niveaux bas extravagants. En face, l'effort de soutien &#224; l'&#233;conomie de l'Allemagne, peu endett&#233;e, a pu &#234;tre tr&#232;s sup&#233;rieur en proportion au n&#244;tre, sans peser sur ses &#233;quilibres financiers. On peut bien s&#251;r comprendre les d&#233;penses exceptionnelles li&#233;es &#224; la crise, au point o&#249; on en &#233;tait. Mais elle p&#232;seront &#224; l'avenir, d'autant qu'elles s'ajoutent &#224; un stock de dette consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r l'Etat a pu faire le faraud, notamment par ses d&#233;penses massives et sans pr&#233;c&#233;dent, l&#224; o&#249; on expliquait doctement quelques semaines plus t&#244;t qu'il n'y avait pas d'argent magique. Et il a eu raison, au point o&#249; on en &#233;tait. Comme il a eu raison de confiner, puisqu'il avait tr&#232;s mal pr&#233;par&#233; le pays et a d&#251; r&#233;agir au dernier moment &#224; la menace avec les moyens les plus grossiers et les plus brutaux. Mais la faute &#224; qui ? Au lieu d'un Etat ob&#232;se, emp&#226;t&#233; et inefficace, il fallait un Etat l&#233;ger, concentr&#233; sur ses priorit&#233;s fondamentales, beaucoup plus alerte et agile, faisant plus confiance aux citoyens et aux corps interm&#233;diaires, et moins bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eviter la perp&#233;tuation de l'idol&#226;trie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le risque est paradoxalement que le mal, loin de se voir corrig&#233;, s'aggrave, &#224; la faveur de l'idol&#226;trie &#233;tatiste qui constitue h&#233;las la tradition nationale d&#233;sormais la mieux ancr&#233;e. Notamment parce que l'id&#233;e se r&#233;pand que la faute est uniquement &#224; l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire d'un c&#244;t&#233;, &#224; la mondialisation de l'autre. Or si l'une et l'autre sont ind&#233;niablement une part du probl&#232;me, la r&#233;ponse n'est pas dans l'&#233;paississement d'un Etat d&#233;j&#224; d&#233;mesur&#233; et rendu encore plus inefficace par sa d&#233;mesure. Il y a m&#234;me un risque politique majeur d'une pression encore plus forte en faveur de la d&#233;pense publique, alors m&#234;me que nos Etats sont tr&#232;s endett&#233;s. Et donc que les tendances d&#233;j&#224; malsaines &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies se trouvent aggrav&#233;es. Plus le risque de croire que l'Etat sera mieux plac&#233; que les entreprises ou les collectivit&#233;s pour r&#233;soudre nos probl&#232;mes. Nous avons en r&#233;alit&#233; bien plus besoin d'une action publique (d'une politique de pr&#233;vention et d'orientation) que d'un secteur public m&#234;me s'il peut avoir son r&#244;le. C'est ce que dans la Doctrine sociale de l'Eglise on appelle la subsidiarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien entendu il faut prendre conscience du r&#244;le d&#233;cisif de l'esprit public et des disciplines collectives. En l'occurrence, les m&#233;thodes efficaces pour traiter ce genre d'&#233;pid&#233;mie supposent d&#233;pistage syst&#233;matique et port du masque. Le masque, ce n'est pas pour prot&#233;ger celui qui le porte, mais les autres ; les pays d'Asie orientale le savent, o&#249; toute personne ayant un rhume et a fortiori une grippe se doit de porter un masque par souci des autres. Avec la qualit&#233; et la rapidit&#233; des d&#233;cisions, c'est la cause principale de leur succ&#232;s. A nouveau donc, ce qui importe est la qualit&#233; de la vie collective, et notamment le souci g&#233;n&#233;ralis&#233; du bien commun, et non la masse de l'argent gaspill&#233; par l'ogre &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'illusion mon&#233;taire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a rappel&#233;, notre &#233;conomie est exceptionnellement endett&#233;e. Et c'est une contrainte majeure. Sans compter le risque de crise financi&#232;re, car l'histoire montre que c'est la dette qui transforme une crise sur un march&#233; en crise syst&#233;mique. Seule la dette, la cha&#238;ne des cr&#233;ances que chacun d&#233;tient sur l'autre, cr&#233;e en effet cet effet domino qui r&#233;sulte de la d&#233;pendance des acteurs les uns des autres. Nous aurons donc cette crise financi&#232;re un jour ou l'autre ; mais peut-&#234;tre pas imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on l'a dit, les d&#233;ficits publics sont presque permanents en France depuis 45 ans, comme dans bien des pays. Normalement, on s'endette pour financer des investissements, lesquels sont suppos&#233;s cr&#233;er une capacit&#233; de remboursement. Mais en l'esp&#232;ce il s'est agi pour l'essentiel du financement de d&#233;penses courantes. De telles d&#233;penses devraient &#234;tre financ&#233;es par l'imp&#244;t &#8211; ou par des &#233;conomies. Mais nous pr&#233;f&#233;rons depuis plus de 40 ans les renvoyer sur les g&#233;n&#233;rations suivantes. Qu'est-ce &#224; dire, sinon que c'est notre syst&#232;me politique d&#233;mocratique qui est gravement d&#233;ficient, car incapable de choisir et d'assumer ses responsabilit&#233;s ? Le m&#234;me d&#233;faut que nous retrouvons d'ailleurs en &#233;cologie, o&#249; la pollution massive et la destruction des espaces vitaux, ou le pillage des ressources, p&#232;seront essentiellement sur les g&#233;n&#233;rations futures. Nous retrouvons ici ce que nous avons vu pour les d&#233;penses de sant&#233;, &#224; savoir la question de la bonne d&#233;pense. Inversement une des causes de la mauvaise d&#233;pense, c'est l'incapacit&#233; de nos d&#233;mocraties &#224; choisir, &#224; r&#233;duire les d&#233;penses excessives ou inutiles (ou &#224; augmenter les ressources ; mais &#231;&#224; en France on sait faire, avec le record mondial de la pression fiscale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains expliquent ici que le probl&#232;me n'existe plus, parce qu'on a trouv&#233; la solution permettant de financer durablement des d&#233;ficits publics : la cr&#233;ation mon&#233;taire, l'intervention magique de la banque centrale. Comme si on pouvait durablement cr&#233;er des richesses en cr&#233;ant de la monnaie, comme si les richesses n'&#233;taient pas des r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles ou humaines, alors que la monnaie n'est qu'une convention permettant de les mesurer et de les &#233;changer ! Pens&#233;e magique qui est celle du d&#233;mon M&#233;phistoph&#233;l&#232;s dans le second Faust de Goethe, qui pr&#233;cis&#233;ment procure pour un temps une richesse apparente en cr&#233;ant de la monnaie, jusqu'&#224; ce que l'illusion se dissipe. Au-del&#224; du bon sens, l'histoire le confirme : l'exemple des deux guerres mondiales montre que cela devient tr&#232;s vite et violemment inflationniste ; et l&#224; aussi ce que l'on constate est que tout le monde souffre gravement de l'inflation, notamment les plus faibles. Et si ce n'est pas l'inflation des biens et services, c'est l'inflation des actifs qu'on obtient, comme c'est le cas aujourd'hui : la Bourse et l'immobilier qui atteignent des niveaux aberrants. La monnaie est un bien public, mais vuln&#233;rable ; surtout dans nos soci&#233;t&#233;s o&#249; elle n'a plus de r&#233;f&#233;rence &#224; un bien r&#233;el comme autrefois l'or ou l'argent ; elle doit donc &#234;tre g&#233;r&#233;e de mani&#232;re que sa taille soit coh&#233;rente avec la taille r&#233;elle de l'&#233;conomie, et pas plus. Et sans non plus que l'Etat confisque la cr&#233;ation mon&#233;taire au d&#233;triment du reste de l'&#233;conomie, qui en a besoin. La monnaie n'est pas un outil dont on joue &#224; volont&#233;, c'est une r&#233;f&#233;rence commune qui ne doit pas &#234;tre remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors avec le stock de dette : le r&#233;duire d'autorit&#233; ? Mais contrairement &#224; ce que certains r&#234;vent, cette dette est bien r&#233;elle, et juridiquement tout &#224; fait exigible. Spolier les cr&#233;anciers ne frapperait en outre pas en premier lieu les banques, comme certains le croient ici ou l&#224;, mais les institutions d'&#233;pargne, caisses de retraite, compagnies d'assurance, SICAV, outre les &#233;trangers. Les r&#233;pudier serait m&#234;me un d&#233;sastre financier et cela ruinerait beaucoup de gens. C'est donc exclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tentation, plus subtile, est celle de mon&#233;tiser ces cr&#233;ances, notamment celles d&#233;tenues par la banque centrale (la BCE). Mais celle-ci ne d&#233;tenait qu'environ 20% de la dette de l'Etat fran&#231;ais avant la crise actuelle, donc un peu plus depuis. En fait, plus qu'un annulation de ces dettes, qui mettrait la banque centrale en perte et terrifierait l'opinion, il faudrait sans doute les transformer en cr&#233;ances perp&#233;tuelles. On dit que cela ne cr&#233;erait pas d'effet massif sur les march&#233;s, puisque ces cr&#233;ances sont d&#233;j&#224; dans les livres de la BCE. Mais en r&#233;alit&#233;, on enverrait un signal tr&#232;s inqui&#233;tant. Et l'effet resterait limit&#233; : on reviendrait en effet simplement &#224; la situation d'il y a un an (un peu moins de 100% du PNB pour la France). Le niveau de dette resterait donc historiquement tr&#232;s &#233;lev&#233;. Si on voulait vraiment r&#233;duire la dette, il faudrait quelque chose de beaucoup plus massif. Mais alors, bien plus encore que pour les 20%, cela poserait de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques. Tout d'abord, le financement des Etats par les banques centrales est exclu par les trait&#233;s europ&#233;ens. On s'en fiche en France, mais pas ailleurs, notamment en Europe du Nord, Pays Bas et Allemagne en t&#234;te. D'autant que leur endettement est bien plus faible que le n&#244;tre, donc leur besoin. Pourquoi ab&#238;mer sa monnaie, pensent-ils ? Parce que la France et d'autres ne savent pas se g&#233;rer ? En outre le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, et m&#234;me de fuite devant la monnaie. Si donc cela devait arriver un jour, ce ne serait qu'en toute derni&#232;re extr&#233;mit&#233;, et avec des risques collectifs tr&#232;s importants. Or &#224; nouveau la fiabilit&#233; de la monnaie est un des piliers de la vie commune. Mais surtout, m&#234;me si on en venait l&#224;, les faits resteraient : en r&#233;gime de croisi&#232;re, on n'&#233;chapperait de toute fa&#231;on pas &#224; l'assainissement des d&#233;ficits publics, et donc &#224; une r&#233;forme en profondeur de la d&#233;pense publique, qui est in&#233;luctable. Le sevrage devient donc urgent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les priorit&#233;s &#233;videntes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors pour l'avenir ? Nous ne pouvons &#233;videmment pas entrer ici dans l'expos&#233; d'un grand plan d'action, mais on peut souligner quelques-uns des dilemmes de base auxquels il faut faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question redoutable de l'autonomie nationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est un r&#244;le de l'Etat, c'est de veiller &#224; nos vuln&#233;rabilit&#233;s collectives. Notamment face aux exc&#232;s de la mondialisation de la production et du commerce. On en est dans l'ensemble conscient d&#233;sormais, mais la question est plus difficile qu'on ne l'imagine. Il est &#233;videmment inacceptable qu'un pays avanc&#233; comme le n&#244;tre se trouve aussi d&#233;pendant de produits vitaux qu'il s'est av&#233;r&#233; l'&#234;tre dans cette crise. Notamment quand on d&#233;pend d'un pays aussi particulier que la Chine. Mais r&#233;pudier l'id&#233;ologie du jeu spontan&#233; du march&#233; ne suffit pas, car les r&#233;alit&#233;s sont complexes. Les grandes entreprises, organisatrices de la division du travail, ont elles-m&#234;mes compris aussi leur propre vuln&#233;rabilit&#233;, et vont r&#233;viser leurs plans. Mais cela ne suffit pas non plus, car d'une part elles ne sont pas infaillibles, comme on l'a vu, et &#233;videmment pas d&#233;sint&#233;ress&#233;es. Et surtout, ce sont les pouvoirs publics qui sont responsables ultimes du bien commun de leur peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en outre &#234;tre conscient que si on peut et doit r&#233;duire notre vuln&#233;rabilit&#233;, il est exclu de faire dispara&#238;tre toute d&#233;pendance et plus encore de croire qu'on peut se couper purement et simplement de l'&#233;conomie mondiale. Mieux, une vraie autonomie suppose un niveau minimal appr&#233;ciable de production et de richesse, et celle-ci ne peut &#234;tre atteinte, pour un pays comme le n&#244;tre, que par une insertion intelligente dans l'&#233;conomie mondiale, et &#224; un niveau suffisamment &#233;lev&#233;. Nous avons d&#233;j&#224; besoin de mati&#232;res premi&#232;res que nous n'avons pas, &#224; commencer par le p&#233;trole ; et surtout nous ne pouvons produire tous les composants et produits, chimiques, m&#233;caniques, &#233;lectroniques ou logiciels, dont nous avons besoin. Nous ne pouvons pas non plus r&#233;inventer tout le temps par nous-m&#234;me tout ce qui se cr&#233;e sur la plan&#232;te. On peut et doit rapatrier certaines lignes de production jug&#233;es essentielles, ou se mettre en capacit&#233; de les recr&#233;er tr&#232;s vite. On peut et doit veiller au contr&#244;le de nos entreprises cl&#233;s, notamment en recr&#233;ant une base d'actionnariat national. Mais pour le reste, on a besoin surtout d'une r&#233;flexion strat&#233;gique en termes de priorit&#233;s d'une part, de vuln&#233;rabilit&#233;s de l'autre. Cela peut conduire cas par cas non pas &#224; rapatrier, mais souvent &#224; diversifier les sources d'approvisionnement, ou &#224; pr&#233;voir des stockages. En outre, agir de fa&#231;on r&#233;solue pour r&#233;duire notre vuln&#233;rabilit&#233; ne doit pas nous emp&#234;cher de coop&#233;rer avec d'autres, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;orientation, visant &#224; la fois la comp&#233;titivit&#233; et une moindre vuln&#233;rabilit&#233;, suppose en outre des moyens. Avec deux priorit&#233;s : la recherche scientifique et les entreprises innovantes. Et une r&#233;orientation de grande &#233;chelle de l'&#233;pargne vers les fonds propres des entreprises, car la France manque dramatiquement d'investisseurs en fonds propres ; or les fonds propres, c'est la propri&#233;t&#233; des entreprises, donc leur orientation ultime. Cela peut inclure d'ailleurs la mise en place d'un fonds souverain fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Reconstituer le tissu social et &#233;conomique local&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est qu'une des faces de l'action &#224; mener, l'autre &#233;tant la solidarit&#233;, accompagn&#233;e de la revitalisation territoriale. Un effet majeur de la crise sera en effet la remont&#233;e du ch&#244;mage, et l'affaiblissement de tr&#232;s nombreuses entreprises, notamment PME, commerce et ind&#233;pendants. D&#233;j&#224; la France avait un niveau de ch&#244;mage plus &#233;lev&#233; que d'autres pays, mais la situation devrait s'aggraver massivement. Rappelons en outre ce qui est d&#233;sormais une &#233;vidence, mais qu'il ne faudra pas oublier avec la crise : l'importance de certains m&#233;tiers vus parfois de haut, ou pas tr&#232;s bien trait&#233;s en regard de leur importance r&#233;elle dans la cha&#238;ne des d&#233;pendances et des solidarit&#233;s. Cela implique &#224; la fois la reconnaissance morale et sociale, et une r&#233;mun&#233;ration ad&#233;quate. Ainsi de nos infirmi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela implique &#224; nouveau un effort consid&#233;rable de r&#233;forme, y compris avec une participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel. Mais il ne s'agit pas ici seulement d'&#233;conomie, mais de soci&#233;t&#233;. Une des causes des gilets jaunes &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces en centre-ville ou village. Or ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet. Et les gagnants, la distribution &#224; distance, les commandes par Internet, qui ont leur place certes, sont surtout le triomphe de l'individualisme et de la d&#233;sagr&#233;gation du lien social. Si on y ajoute le t&#233;l&#233;travail, pourtant lui aussi justifi&#233; en soi, le risque sera celui d'un repli sur soi encore plus marqu&#233;. Une soci&#233;t&#233; &#233;quilibr&#233;e et solidaire n'est pas une soci&#233;t&#233; concentr&#233;e dans quelques grandes m&#233;tropoles, mais une soci&#233;t&#233; o&#249; le voisinage a un sens, parce qu'on a plaisir &#224; vivre dans une environnement &#224; taille humaine. Pour cela, il faut bien s&#251;r un effort collectif, y compris &#224; travers l'Etat, mais surtout une lib&#233;ration des &#233;nergies, et donc une r&#233;duction de l'emprise technocratique et bureaucratique souvent &#233;touffante. Ce souci se combine avec celui &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, portant sur les vuln&#233;rabilit&#233;s, pour favoriser un plus grand souci de solidarit&#233; g&#233;ographique et territoriale, et donc pour produire et consommer localement. Car l'&#233;conomie est en derni&#232;re analyse au service de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple particuli&#232;rement &#233;vident est celui de l'Education nationale, monstre unique, seule institution survivante de type sovi&#233;tique. Son &#233;clatement est une priorit&#233;, lib&#233;rant les &#233;nergies des enseignants tout en r&#233;duisant les co&#251;ts inutiles, et rapprochant les &#233;coles des communaut&#233;s r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solidarit&#233; r&#233;elle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut encore &#233;tendre la r&#233;flexion. Reconna&#238;tre d'abord le r&#244;le central qu'a eu la famille pendant le confinement (ou le manque, pour ceux qui n'en avaient pas). R&#244;le qui est &#233;videmment permanent, mais que notre soci&#233;t&#233; n&#233;glige dans ses petits calculs et ses d&#233;marches individualistes et &#233;go&#239;stes. Ce qui touche bien des probl&#232;mes, du niveau des prestations familiales (pour toutes les familles) &#224; la question &#233;pineuse mais prioritaire de la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, ou &#224; la prise en compte dans les calculs de niveau de retraite des enfants qu'on a &#233;lev&#233;s. Le d&#233;bat public ne montre pas de prise de conscience accrue de ce facteur pourtant majeur pour la vie r&#233;elle de nos contemporains ; rappelons que dans les estimations les plus mod&#233;r&#233;es, le travail familial (non r&#233;mun&#233;r&#233;) repr&#233;senterait s'il &#233;tait calcul&#233; et inclus dans la comptabilit&#233; nationale plus du tiers du PIB, et que ce sont les enfants &#233;lev&#233;s par les uns qui payeront les retraites de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexion qu'il faut &#233;tendre aussi &#224; la question des personnes &#226;g&#233;es. C'est en partie pour elles que l'&#233;conomie s'est arr&#234;t&#233;e ; mais en partie seulement : on a constat&#233; par ailleurs le nombre tr&#232;s &#233;lev&#233; des morts dans les EHPAD, sans acc&#232;s &#224; l'h&#244;pital, sans parler de la disparition des visites et de la rupture du lien familial, y compris au moment de la mort. On rappellera aussi la mont&#233;e en puissance ant&#233;rieure de la revendication sinistre en faveur de l'euthanasie. L&#224; aussi, le besoin de solidarit&#233; devrait se faire sentir, et il d&#233;pend plus des priorit&#233;s personnelles ou collectives que des sommes affect&#233;es. Quelle est la perspective d'un soci&#233;t&#233; pour qui la fin de vie offerte aux gens, c'est d'&#234;tre mis au rebut, ou &#233;limin&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin &#233;tendre la r&#233;flexion &#224; la solidarit&#233; avec les p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me, au sens large du terme. Cela vise d'abord les pauvres et les exclus. Mais cela concerne aussi les pays plus pauvres, gravement affect&#233;s par la r&#233;duction mondiale de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecologie et consommation : changer de mod&#232;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin, bien entendu, que la crise n'a pas fait dispara&#238;tre les probl&#233;matiques ant&#233;rieures, &#224; commencer par l'&#233;cologie. Cela se relie en partie avec la question ant&#233;rieurement &#233;voqu&#233;e du souci de produire et consommer localement et de prot&#233;ger les habitats et rythmes de vie naturels, car l'&#233;cologie la plus efficace est l'&#233;cologie de proximit&#233;. Certains avancent avec optimisme qu'on pourra &#233;voluer vers un monde moins obnubil&#233; par la seule dimension mat&#233;rielle, la consommation et l'argent. On peut par exemple imaginer qu'on roulera moins, qu'on volera moins, qu'on usera moins de mat&#233;riel, qu'on consommera moins d'&#233;nergie, etc. Notons pourtant que cela suppose une r&#233;orientation des priorit&#233;s et des m&#233;thodes, donc dans une large mesure de la culture collective ; et cela ne peut s'effectuer par des d&#233;cisions autoritaires et incomprises. Cela suppose m&#234;me par certains aspects une transformation int&#233;rieure, que le pape Fran&#231;ois appelle conversion &#233;cologique, incluant l'ensemble de notre rapport au monde, &#224; l'homme et &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose aussi qu'on hi&#233;rarchise les priorit&#233;s : tout le monde comprend que la pollution, les sacs plastique, la disparition des esp&#232;ces, la r&#233;duction des espaces naturels, etc. sont des probl&#232;mes communs majeurs, sensibles d&#232;s notre environnement imm&#233;diat, de proximit&#233;. La pr&#233;occupation &#233;cologique se relie alors naturellement avec le souci de la production locale, partout l&#224; o&#249; elle est possible. La cause est indiscutable, et concerne tous imm&#233;diatement. La question des &#233;missions de CO2 et du r&#233;chauffement est bien moins directe : sans m&#234;me parler des interrogations qu'on peut avoir sur des mod&#233;lisations pas toujours indiscutables, et sur le fait qu'un r&#233;chauffement n'est pas en soi et automatiquement purement n&#233;gatif, la question de l'action &#224; mener se pr&#233;sente en l'esp&#232;ce de fa&#231;on bien plus complexe. Certains aspects vont plus de soi que d'autres : les &#233;conomies d'&#233;nergie, domestiques ou industrielles, sont compr&#233;hensibles pour tous ; mais une r&#233;duction autoritaire et massive de l'activit&#233; &#233;conomique se heurterait frontalement aux besoins de la population, d'autant plus que la lutte contre les &#233;missions de CO2 n'est cr&#233;dible que si toute la plan&#232;te s'y attelle, et on en est tr&#232;s loin. En d'autres termes, s'il est l&#233;gitime de vouloir &#234;tre parmi les pays vertueux, cela ne doit pas devenir suicidaire ; et &#224; bien des points de vue, il est tout aussi important d'investir pour parer aux inconv&#233;nients du r&#233;chauffement, dans l'hypoth&#232;se, plut&#244;t tr&#232;s probable, qu'il va se poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces plans enfin, il serait risqu&#233; de supposer le probl&#232;me ais&#233; &#224; r&#233;soudre et la transformation acquise, encore moins r&#233;alisable par d&#233;cret. Il ne faut pas se bercer de l'illusion que l'homme va sortir radicalement transform&#233; de cette crise, encore moins qu'une recette magique sera disponible ou que les contraintes dispara&#238;tront, que ce soit par le mirage d'une &#233;conomie verte qui nous sortirait de la r&#233;cession, ou par celui d'un effort public massif dont on a vu les illusions. Paradoxalement, la crise sanitaire, qui a montr&#233; comment la nature a respir&#233; du fait de la r&#233;duction de l'activit&#233;, a mis aussi en &#233;vidence la difficult&#233; de tout effort collectif de grande ampleur. Car cette emprise moindre sur l'environnement a &#233;t&#233; pay&#233;e extr&#234;mement cher, et &#224; coups de d&#233;ficits publics d&#233;mentiels. Les adeptes du grand soir &#233;cologique en seront pour leurs frais : on h&#233;sitera &#224; recommencer. Et pourtant en ce domaine l'urgence est l&#224;, et il faudra arbitrer &#233;nergiquement, sur la dur&#233;e, sans d&#233;chirer le tissu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici le point d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, celui de l'importance de la culture collective ; elle ne se d&#233;cr&#232;te pas, mais elle suppose une r&#233;vision en profondeur des valeurs dominantes, et plus particuli&#232;rement du relativisme individualiste et consum&#233;riste qui domine depuis les funestes ann&#233;es 60-70 et n'a fait depuis que s'aggraver. Travail de longue haleine, mais vital.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si on met ensemble ces s&#233;ries de constatations, ajout&#233;es &#224; l'&#233;quilibre budg&#233;taire, cela suppose bien des d&#233;penses suppl&#233;mentaires. Et donc parall&#232;lement, si on ne veut pas faire chavirer la barque, encore plus d'&#233;conomies, de r&#233;ductions de d&#233;penses et donc, au moins &#224; terme, de r&#233;orientations d'emplois. C'est-&#224;-dire un effort collectif consid&#233;rable. Ce n'est pas pour rien que nos gouvernements successifs pr&#233;f&#232;rent la drogue de la dette : ils n'ont aucune envie d'assumer cet effort. Ajoutons pour dramatiser encore l'image que deux d&#233;fis d&#233;j&#224; pr&#233;sents vont encore s'intensifier, en sus de ceux qu'on a cit&#233;s : la concurrence de pays &#233;mergents progressant sans cesse, forts de leur d&#233;termination collective bien plus intense que la n&#244;tre ; et les effets de l'IA, ce qu'on appelle &#171; intelligence &#187; artificielle, qui n'est pas vraiment de l'intelligence, mais qui est extr&#234;mement puissante ; domin&#233;e par les Etats Unis et la Chine, elle devrait bouleverser la structure de l'emploi dans les 10-20 ans qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, cette crise peut d&#233;boucher sur deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une consiste &#224; continuer comme avant. D&#233;penser, s'endetter, ne pas choisir. C'est comme on l'a vu une trajectoire risqu&#233;e et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, et en outre dans un contexte aggrav&#233;. Elle implique sur la dur&#233;e des risques croissants, financiers, sociaux, et politiques. Mais c'est la plus naturelle pour nos soci&#233;t&#233;s et nos politiques. L'autre supposerait un effort personnel et collectif, d&#233;bouchant sur un sursaut, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire et subsidiaire. Cela impliquerait des choix &#233;nergiques, plus de d&#233;penses ici, bien moins ailleurs, et donc des priorit&#233;s. En particulier, il faudrait un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant des actions prioritaires sur le long terme mais sans faire tourner la planche &#224; billet ; prot&#233;geant nos secteurs clefs et remisant une certaine id&#233;ologie ou pratique mondialiste, mais sans fermeture ni repli ; &#339;uvrant &#233;nergiquement pour la viabilit&#233; &#233;cologique, mais sans tuer le moteur ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique et au bien commun. Et au-del&#224;, un effort collectif de grande envergure pour restaurer une culture commune d&#233;di&#233;e au bien commun, int&#233;rioris&#233;e car porteuse de sens pour chacun. Ce qui suppose une r&#233;volution mentale, et des leaders pour l'incarner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il n'est pas d'&#233;conomie autre qu'encastr&#233;e dans la soci&#233;t&#233;, anim&#233;e par des hommes porteurs de valeurs et de culture ; et que notre appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; est une forme de contrat moral, pour le meilleur et pour le pire. Elle suppose un d&#233;vouement &#224; la chose commune, source de confiance mutuelle ; c'est en outre plus efficace, car cela facilite les d&#233;cisions &#233;nergiques et rapides. Une erreur majeure &#224; r&#233;pudier, c'est donc notre individualisme pathologique, arbitr&#233; par une bureaucratie toute puissante. Il est donc urgent de cultiver ce d&#233;vouement au bien commun. Qu'il ne faut pas confondre avec le culte de l'Etat, malgr&#233; l'importance de son r&#244;le ; mais qui d&#233;pend de chacun de nous, l&#224; o&#249; nous sommes, et de notre capacit&#233; d'initiative au service de ce bien commun. Nous sommes ici au pied du mur, sachant que la culture collective ambiante ne nous a gu&#232;re pr&#233;par&#233;s &#224; ce genre de responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;, juillet 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les &#8216;communs' : une alternative au march&#233; et &#224; l'Etat ? </title>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>L'entreprise et ses propri&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Les Communs</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un th&#232;me a &#233;merg&#233; r&#233;cemment, qui peut appara&#238;tre comme une alternative communautaire au march&#233; et &#224; l'Etat, les &#8216;communs'. La notion est populaire dans certains milieux, qui imaginent une solution magique permettant d'&#233;chapper au march&#233; et &#224; l'Etat. Encore faut-il bien voir de quoi on parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par Politique magazine&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un th&#232;me a &#233;merg&#233; r&#233;cemment, qui peut appara&#238;tre comme une alternative communautaire au march&#233; et &#224; l'Etat, les &#8216;communs'. La notion est populaire dans certains milieux, qui imaginent une solution magique permettant d'&#233;chapper au march&#233; et &#224; l'Etat. Encore faut-il bien voir de quoi on parle. Au sens propre, utilis&#233; par les &#233;conomistes, ce sont ces biens, collectifs dans leur propri&#233;t&#233; mais en g&#233;n&#233;ral consomm&#233;s individuellement, que le march&#233; ne sait pas traiter, comme par exemple un p&#226;turage, des bois ou des zones de p&#234;che. La vie rurale traditionnelle y avait amplement recours. Mais cela suppose une vraie organisation. Les &#233;conomistes parlent en effet de la &#171; trag&#233;die des communs &#187;, qui vient du fait qu'ils ne sont pas propri&#233;t&#233; de quelqu'un en particulier, mais accessibles &#224; tous, avec le risque que chacun se d&#233;p&#234;che de prendre ce qu'il peut avant l'&#233;puisement de la ressource par les autres. Ainsi avec les oc&#233;ans aujourd'hui. L'exp&#233;rience montre que, quand elle fonctionne, la prise en charge par la communaut&#233; concern&#233;e est la meilleure r&#233;ponse possible mais avec une gestion sp&#233;cifique &#224; ces &#8216;communs', collectivement assum&#233;e. L'autorit&#233; publique n'intervient pas directement, mais veille &#224; ce que les bonnes r&#232;gles soient en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elinor Ostrom , prix Nobel d'&#233;conomie, a &#233;crit le livre de r&#233;f&#233;rence sur les communs &#8216;classiques' : Governing the Commons (The Evolution of Institutions for Collective Action). Dans tous les cas qu'elle analyse, un ressource est limit&#233;e, mais renouvelable, et un acc&#232;s libre de tous conduirait &#224; cette &#8216;trag&#233;die des communs'. Elle montre en d&#233;tails sur la base de cas r&#233;els (traditionnels ou plus r&#233;cents) la possibilit&#233; de modes de gestion collectifs efficaces, respectueux de l'environnement, qui ne sont ni fond&#233;s sur le march&#233;, ni r&#233;gis par une autorit&#233;. Mais elle souligne en m&#234;me temps la difficult&#233; pour les mettre en place et les faire fonctionner, et leur vuln&#233;rabilit&#233;. Ce mod&#232;le d'interaction non lib&#233;ral suppose en effet une prise en charge commune consciente, avec souvent une perspective interg&#233;n&#233;rationnelle. On d&#233;finit en particulier avec pr&#233;cision qui a acc&#232;s &#224; quoi, quand, comment, et pour en tirer quoi, le tout g&#233;r&#233; par la communaut&#233; et surtout surveill&#233; par elle, c'est-&#224;-dire par chacun des membres. Il y a d&#232;s lors, dit-elle, une certaine taille de la communaut&#233; au-dessus de laquelle les communs ne marchent plus. Une autre condition importante de succ&#232;s est le soutien ou au moins l'absence d'interf&#233;rence des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentation est grande d'extrapoler ces exemples sympathiques &#224; d'autres domaines, estimant que le raisonnement sur les &#8216;communs' peut s'&#233;tendre largement dans l'&#233;conomie. Certains consid&#232;rent par exemple que la monnaie est un de ces &#8216;communs' et doit &#234;tre g&#233;r&#233;e comme telle. Mais cela va contre l'analyse d'Ostrom dont ils se r&#233;clament. En r&#233;alit&#233;, une bonne monnaie est certes une part essentielle du bien commun, mais ce n'est pas un &#8216;commun' au sens propre : elle est appropri&#233;e privativement sans inconv&#233;nient ; elle n'est pas &#233;puisable comme un banc de p&#234;che ou la puret&#233; de l'air, car une fois cr&#233;&#233;e, l'usage ne la consomme pas et la quantit&#233; disponible subsiste ; et inversement, chacun n'a pas acc&#232;s &#224; sa cr&#233;ation : elle est contr&#244;l&#233;e, mais n'a pas de limite intrins&#232;que. La question &#224; son sujet est plut&#244;t : comment en cr&#233;er la quantit&#233; ad&#233;quate et la distribuer au mieux dans l'&#233;conomie ? Je ne m'y &#233;tendrai pas, mais on ne voit pas &#224; ce stade comment l'assurer autrement que par le march&#233; ou l'Etat, ou plut&#244;t une combinaison des deux. Le m&#233;canisme actuel (cr&#233;ation bancaire, sous contr&#244;le &#233;troit de la banque centrale) est d&#233;centralis&#233; et c'est sans doute le moins mauvais car il refl&#232;te les besoins de l'&#233;conomie - s'il est bien g&#233;r&#233; bien s&#251;r, ce dont on peut d&#233;battre pour la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, on ne peut pas consid&#233;rer comme &#8216;communs' les organisations ou entit&#233;s poss&#233;d&#233;es et g&#233;r&#233;es de fa&#231;on collective, mais dont la nature est priv&#233;e, comme toutes les formes de mutuelles et coop&#233;ratives ; encore moins les &#8216;entreprises publiques'. Dans tous ces cas, la propri&#233;t&#233; et de la gouvernance sont organis&#233;es diff&#233;remment de celles des entit&#233;s priv&#233;es, mais il y a une appropriation priv&#233;e m&#234;me si elle est collective, et l'activit&#233; concern&#233;e elle-m&#234;me ne pose pas de probl&#232;mes &#233;conomiques distincts de ceux de l'activit&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces cas, on parle de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale de &#8216;biens publics', pour d&#233;signer des biens qui servent &#224; toute la communaut&#233; et dont chacun profite, en g&#233;n&#233;ral gratuitement, mais qui ne sont pas produits par le march&#233; (quoique souvent n&#233;cessaires &#224; celui-ci). Ils font &#233;minemment partie de ce qu'on appelle &#8216;bien commun', m&#234;me si ce dernier est plus large. Cela peut aller d'institutions ou d'usages communs, par exemple le droit, la moralit&#233; ambiante, la paix publique etc., &#224; des &#233;l&#233;ments plus mat&#233;riels comme la plupart des biens environnementaux (ozone, climat, puret&#233; de l'air ou de l'eau etc.). Le risque avec ces derniers est un usage excessif, comme pour les &#8216;communs' au sens pr&#233;c&#233;dent, mais dans ces cas il n'est en g&#233;n&#233;ral pas possible de les r&#233;guler comme ces derniers au niveau de la communaut&#233; locale. Le risque avec les premiers est souvent inverse : qu'ils ne soient pas assez pr&#233;sents parce que la population ne s'en soucie pas assez ou mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que lorsqu'on a affaire &#224; de tels biens publics, une gestion purement priv&#233;e ne suffit pas. En effet l'avantage que chacun en retire suppose la participation de tous, mais il n'y a pas de lien direct entre ce que chacun donne et ce qu'il re&#231;oit. En g&#233;n&#233;ral cela suppose un consensus et des valeurs communes, ainsi que des institutions publiques et des politiques, et une bonne articulation entre eux. Cela dit, s'il y a intervention d'une forme d'autorit&#233;, ce n'est pas n&#233;cessairement la puissance publique seule ou en direct, tant s'en faut : ce peut &#234;tre des structures priv&#233;es de type professionnel, coop&#233;ratif ou analogues. En tout cas il est en g&#233;n&#233;ral essentiel qu'il y ait une forme d'adh&#233;sion de la population concern&#233;e, pour qu'elle joue son r&#244;le dans la production de ces biens, plus une organisation, et des r&#232;gles de fonctionnement efficaces. Or comme l'a montr&#233; E. Ostrom dans des configurations plus simples, cela ne va pas de soi. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles dans nos soci&#233;t&#233;s, on en revient souvent au march&#233; ou &#224; l'Etat, structures qui pour pouvoir fonctionner sont bien moins gourmandes en termes d'exigences culturelles et morales. Sachant que m&#234;me le march&#233; et l'Etat supposent une forme de moralit&#233; ambiante ; la coercition seule suffisant rarement et &#233;tant trop co&#251;teuse. Et surtout, le bien que peuvent apporter des m&#339;urs bienveillantes ou civilis&#233;es ne peut en g&#233;n&#233;ral pas &#234;tre assur&#233; par le march&#233; ou par la force publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre probl&#232;me est donc l&#224; : dans ce recours excessif soit au march&#233; soit &#224; l'Etat. Notre enjeu collectif est inverse : favoriser &#224; la fois la responsabilisation et la moralisation, sur la base d'une culture commune ; ainsi que la subsidiarit&#233;, par d&#233;l&#233;gation &#224; des entit&#233;s interm&#233;diaires assurant une t&#226;che commune sans &#234;tre la puissance publique. Ce qui suppose un renouvellement en profondeur de la soci&#233;t&#233;, &#224; l'oppos&#233; exact du relativisme ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par Politique magazine N&#176; 190 -Avril 2020 &lt;a href=&#034;https://www.politiquemagazine.fr/economie/les-communs-une-alternative-au-marche-et-a-letat/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.politiquemagazine.fr/ec...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Economie et politique</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Economie-et-politique.html</link>
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		<dc:date>2017-07-15T15:45:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Souverainet&#233; nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Autonomie nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et politique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les rapports entre le politique et l'&#233;conomique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e le samedi 15 juillet 2017 &#224; l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; de &lt;/i&gt; Renaissance catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;poque l'&#233;conomie para&#238;t dominer la sc&#232;ne de la vie collective. Pourtant &#224; la r&#233;flexion la r&#233;alit&#233; est inverse : le r&#244;le du politique dans l'&#233;conomie est massif et d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que le politique, responsable ultime du Bien commun d'une communaut&#233; donn&#233;e, est responsable aussi du bon ordre de l'activit&#233; &#233;conomique, m&#234;me de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite....&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les rapports entre le politique et l'&#233;conomique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e le samedi 15 juillet 2017 &#224; l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; de &lt;/i&gt;Renaissance catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;poque l'&#233;conomie para&#238;t dominer la sc&#232;ne de la vie collective. Pourtant &#224; la r&#233;flexion la r&#233;alit&#233; est inverse : le r&#244;le du politique dans l'&#233;conomie est massif et d&#233;cisif, notamment par la l&#233;gislation, la fiscalit&#233;, et les interventions de tout type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait le politique, responsable ultime du Bien commun, d'une communaut&#233; donn&#233;e, est responsable aussi du bon ordre de l'activit&#233; &#233;conomique, m&#234;me si celle-ci doit &#234;tre une &#233;conomie de march&#233;, d'initiative d&#233;centralis&#233;e, et largement priv&#233;e. Mais cette responsabilit&#233; n'implique pas pour lui droit au volontarisme : il doit justement respecter les r&#233;alit&#233;s, y compris celles de l'&#233;conomie, en particulier en mati&#232;re budg&#233;taire (pas de dette) et mon&#233;taire (une monnaie stable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce r&#244;le du politique se d&#233;finit par rapport &#224; la communaut&#233; dont il a la charge et qui lui donne sa l&#233;gitimit&#233;, ce qui a notre &#233;poque ne peut concerner que la nation, seul lieu de l&#233;gitimit&#233; politique, notamment en r&#233;gime d&#233;mocratique. A ce sujet, le transfert massif de souverainet&#233; aux institutions europ&#233;ennes en mati&#232;re de l&#233;gislation &#233;conomique (mais pas de fiscalit&#233;) est une d&#233;possession : l'Europe n'est pas une communaut&#233; politique, mais devrait &#234;tre avant tout un lieu de coop&#233;ration entre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voir ci-joint le texte complet de la conf&#233;rence.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La justice sociale dans un monde instable et &#233;volutif</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-justice-sociale-dans-un-monde-instable-et-evolutif.html</link>
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		<dc:date>2015-08-24T16:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Economie juste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Qui ne voudrait une vie collective et notamment une &#233;conomie plus juste dans le monde d'aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pour cela bien s&#251;r d'abord d&#233;finir ce qu'est un ordre plus juste - ce que cela implique, notamment d'exigences &#233;thiques et de solidarit&#233;. Cela remet d'ailleurs en question bien des id&#233;es re&#231;ues : la justice n'est pas toujours ce qu'on en dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;fi le plus redoutable est ce monde d'aujourd'hui lui-m&#234;me : h&#233;t&#233;rog&#232;ne et instable, son &#233;volution n'est pas contr&#244;l&#233;e et peut aller dans tous les sens - alors m&#234;me que les r&#233;glementations se font toujours plus pesantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons en Europe dans l'illusion d'un destin stable et contr&#244;l&#233; ; or nous sommes dans un contexte de faible ma&#238;trise de notre destin collectif. Et pourtant il faut quand m&#234;me assurer une forme de solidarit&#233;, ainsi que le respect de justes r&#232;gles de comportements &#8211; ils sont tous deux plus que jamais n&#233;cessaire. S'adapter &#224; un tel environnement et y trouver les voies de la justice suppose donc de revoir en profondeur nos rep&#232;res collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi : &#034;Economie - finance : oui on peut changer les choses&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Interview Ichtus avec G. de Pr&#233;mare, en ligne le 17 octobre 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=J1BIO5H9Uw8&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=J1B...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cadre th&#233;orique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'abord, qu'est-ce qu'un ordre &#233;conomique juste ? Je pars de l'existence de deux types de justice : la commutative et la distributive, dans la description classique. Dans le premier cas, on vise les rapports d'une personne &#224; une autre. Il s'agit donc de relations entre deux parties de la soci&#233;t&#233;, qui se posent en termes de r&#233;ciprocit&#233;. Cette justice &#8216;commutative' r&#233;git les &#233;changes. Elle pr&#233;suppose que la soci&#233;t&#233; est une soci&#233;t&#233; d'autonomie des agents &#233;conomiques et donc de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, conforme au principe de subsidiarit&#233;, qui interagissent sur une forme ou une autre de march&#233;. Elle vise &#224; ce que leurs &#233;changes se fassent dans le respect de chacun et de ses droits, &#224; la recherche d'un optimum collectif. Elle suppose donc une &#233;conomie libre mais dont les march&#233;s sont &#233;quitables et l'action des agents bien ordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le second cas, justice distributive, on consid&#232;re la relation de la partie au tout, donc de la personne &#224; la soci&#233;t&#233;. Cette justice &#8216;distributive' consid&#232;re la distribution des choses qui sont communes aux membres de la soci&#233;t&#233;. C'est en fait la question de ce que chacun doit obtenir dans le cadre de cette soci&#233;t&#233;. Dans ce cas, on donne &#224; une personne priv&#233;e en puisant dans ce qui est au tout, dans la mesure o&#249; ce qui appartient au tout est d&#251; &#224; cette partie. Ce d&#251; est d'autant plus grand que cette partie a un r&#244;le plus grand dans le tout ,selon une r&#232;gle de proportionnalit&#233;. Selon quel crit&#232;re ? Cela d&#233;pend dit Thomas d'Aquin de l'organisation de la soci&#233;t&#233;. Et naturellement aussi des possibilit&#233;s de la soci&#233;t&#233; en question. Mais l'id&#233;e centrale est de donner une place convenable &#224; chaque personne, proportionn&#233;e &#224; son r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;. Bien entendu cela suppose de d&#233;finir de quelle soci&#233;t&#233; on parle, de quelle communaut&#233;. Il y a en outre &#233;videmment une pluralit&#233; de niveaux, du local au mondial. Mais il me para&#238;t que celui qui correspond le plus &#224; une v&#233;ritable communaut&#233; politique est aujourd'hui le niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en tout cas souligner l'importance d&#233;cisive des valeurs communes, et les limites des r&#232;glementations. Une soci&#233;t&#233; juste est celle o&#249; l'accent aura &#233;t&#233; mis sur l'autonomie des personnes et des communaut&#233;s, sur leur juste rapport, ainsi que sur leur prise de responsabilit&#233; envers la communaut&#233;, dans le cadre d'une v&#233;ritable &#233;thique. En commun avec le lib&#233;ralisme est l'id&#233;e que l'autonomie des personnes et des communaut&#233;s, comme des entreprises, est un facteur essentiel du juste fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. En divergence, profonde, est le double fait de la n&#233;cessit&#233; d'un guidage public (r&#233;gulation) et d'une orientation &#233;thique, dans les deux cas orient&#233;es vers le bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit on ne peut pas r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qui est juste sans commencer par une description de l'&#233;tat r&#233;el de ce &#224; quoi la r&#233;flexion s'applique, en l'esp&#232;ce la soci&#233;t&#233; mondiale, et cela va bien au-del&#224; de l'&#233;conomie. Or tant la r&#233;gulation que le syst&#232;me de valeur dominant ne sont de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale pas orient&#233;s dans le meilleur sens ; en outre au niveau mondial le syst&#232;me est passablement instable, sans pour autant qu'il soit envisageable de chercher &#224; en sortir pour jouer une autarcie relative. A cela s'ajoutent des menaces s&#233;v&#232;res de d&#233;sagr&#233;gation des communaut&#233;s existantes, au moins de perte de pouvoir et de contr&#244;le, notamment au niveau national. Or ce sont elles qui peuvent introduire des &#233;l&#233;ments de justice. C'est avec un tel arri&#232;re-plan qu'on peut examiner ce qu'il peut &#234;tre envisag&#233; de faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notre monde : un contexte peu favorable &#224; un tel id&#233;al&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui manque d'abord ce sont de vraies communaut&#233;s &#224; m&#234;me de prendre en charge leur bien commun. L'observation convergente de nombreux champs de la vie collective montre qu'on est entr&#233; dans un syst&#232;me mondial bien moins r&#233;gul&#233; et canalis&#233; que celui des p&#233;riodes pr&#233;c&#233;dentes. La remarque va de soi en mati&#232;re commerciale ou financi&#232;re : la r&#233;gulation au niveau mondial en est au mieux artisanale ou embryonnaire, et dans bien des cas inexistante ou assez peu efficace. Ce qui domine est la multitude des centres et la grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; mondiale (ne serait-ce qu'entre la Chine et l'Europe ou les Etats-Unis, ou entre &#233;mergents et d&#233;velopp&#233;s). D'o&#249; une anarchie des normes et plus largement la mise en concurrence de syst&#232;mes &#233;conomiques et sociaux non seulement h&#233;t&#233;rog&#232;nes, mais dont les r&#232;gles m&#234;mes sont souvent opaques. Au c&#339;ur de la r&#233;gulation de l'&#233;conomie, c'est d&#233;j&#224; vrai et de fa&#231;on symptomatique de la monnaie, qui est l'&#233;talon de base de la vie &#233;conomique : on a pris une libert&#233; totale &#224; l'&#233;gard de toute r&#233;f&#233;rence objective. Or quelle justice peut se passer d'une r&#233;f&#233;rence objective ? Les banques centrales, d&#233;sormais, font ce qu'elles veulent. La fluctuation des changes qu'on conna&#238;t depuis 1973 est la cons&#233;quence de cette absence de r&#233;f&#233;rence : elle n'a aucune raison de se r&#233;duire, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps le retour &#224; une situation d'autarcie nationale relative, qui pr&#233;valait dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre, est irr&#233;aliste. Cela ne signifie pas qu'on en restera n&#233;cessairement &#224; une forme de libre-&#233;change relatif, au sens actuel : on peut imaginer une forme de protection relative plus marqu&#233;e qu'aujourd'hui. Mais nos &#233;conomies sont difficilement concevables sans un niveau appr&#233;ciable d'&#233;change et de division du travail, et dans une fermeture totale aux circulations de capitaux mondiaux. D&#232;s lors, quelles que soient les mesures qu'un pays prend chez lui il ne peut &#233;chapper &#224; l'influence de ces ph&#233;nom&#232;nes qui se chiffrent en centaines de milliards ou plus. Non seulement d'ailleurs au niveau &#233;conomique, mais aussi politique. Qui dira par exemple le r&#244;le d&#233;cisif de la rente p&#233;troli&#232;re dans la propagation d'un islam radical ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me observation dans le champ de la g&#233;opolitique. On est d&#233;sormais pass&#233; d'un monde domin&#233; depuis deux si&#232;cles par les pays occidentaux &#224; un monde o&#249; il n'y a plus de puissance capable de donner forme politique &#224; la plan&#232;te ou m&#234;me &#224; une partie m&#234;me limit&#233;e de celle-ci. C'est le th&#232;me bien connu de la multipolarit&#233;, l'&#233;mergence de nouvelles puissances &#233;conomiques et par l&#224; &#224; terme militaires, bien plus h&#233;t&#233;rog&#232;nes qu'avant. Chaque soci&#233;t&#233; peut en outre &#233;voluer de fa&#231;on impr&#233;visible, sans qu'on puisse la r&#233;guler par autorit&#233;, et encore moins par un ou des pouvoirs dominants. Contrairement &#224; l'attente na&#239;ve des Occidentaux, les printemps arabes n'ont pas eu pour d&#233;bouch&#233; une d&#233;mocratie occidentale, bien au contraire. On peut en dire autant en mati&#232;re culturelle. Contrairement &#224; ce qu'on dit parfois, le march&#233; s'est l&#224; aussi consid&#233;rablement ouvert. Malgr&#233; la domination de la &#171; culture &#187; populaire am&#233;ricaine, l'uniformisation ne domine pas tout : m&#234;me l'assimilation d'&#233;l&#233;ments qui lui sont emprunt&#233;s, loin de diminuer l'originalit&#233; locale, peut contribuer &#224; la renforcer. L'adoption universelle d'Internet est en outre un facteur puissant de diss&#233;mination et de diff&#233;renciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, le syst&#232;me mondial et la soci&#233;t&#233; mondiale sont d&#233;sormais dans tous les domaines plus que jamais ouverts, mouvants et sans r&#233;gulation. D'o&#249; l'impr&#233;visibilit&#233; et la difficult&#233; de lecture. Un monde int&#233;gr&#233; mais difficile &#224; r&#233;guler, tant par manque de pouvoir que faute de consensus, est un cadre peu propice &#224; l'organisation d'une justice, tant commutative que distributive. Une communaut&#233; &#224; notre &#233;poque est plus proche d'un esquif sur une mer agit&#233;e que d'un paysage terrestre paisible et stable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La concentration du pouvoir &#233;conomique, fait mondial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoutent les &#233;volutions spontan&#233;es des pouvoirs &#233;conomiques, et plus particuli&#232;rement des r&#233;partitions du capital et des revenus. C'est l&#224; sans doute que la critique porte le plus souvent, visant ce qu'on appelle les &#8216;in&#233;galit&#233;s'. On conna&#238;t la th&#232;se du livre &#224; succ&#232;s de Thomas Piketty : le capital tend &#224; s'accumuler au cours de l'histoire, car son rendement est sensiblement sup&#233;rieur &#224; la croissance de l'&#233;conomie. Concr&#232;tement, selon lui, la nouveaut&#233; dans la p&#233;riode r&#233;cente a &#233;t&#233; l'&#233;mergence d'une classe mondiale de hauts revenus salariaux (ou de professions lib&#233;rales), pr&#233;pond&#233;rante socialement. Or cette nouvelle classe manag&#233;riale tend &#224; se d&#233;finir au niveau mondial et &#224; r&#233;duire sa solidarit&#233; avec son pays d'origine. La mondialisation joue en sa faveur puisqu'elle affaiblit la prise que la soci&#233;t&#233; a sur elle. Mais cela peut aussi la fragiliser politiquement &#8211; malgr&#233; ses performances. Notamment si ces derni&#232;res s'av&#232;rent contestables, ainsi &#224; l'occasion d'une crise. J'ajoute que culturellement tout cela s'accompagne d'une h&#233;g&#233;monie des valeurs &#233;conomiques dans la soci&#233;t&#233;, et d'une relativisation des valeurs culturelles au sens large. Elles comptaient encore de fa&#231;on appr&#233;ciable pour le rentier, au moins en affichage ; c'&#233;tait un h&#233;ritage de la tradition aristocratique. Outre l'effet de l'h&#233;donisme actuel, cette &#233;volution accentue la dimension mat&#233;rialiste de notre &#233;poque. Eloignant la perspective de communaut&#233;s attach&#233;es &#224; une forme de destin commun et donc de partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre il y a nous dit Piketty un autre ph&#233;nom&#232;ne et un autre danger : l'&#233;mergence d'une classe de supercapitalistes, importants non par leur nombre, qui est plus faible que celui des rentiers d'autrefois, mais leur pouvoir immense, et sans cesse croissant. D'autant qu'eux, contrairement aux rentiers d'autrefois, non seulement ne consomment pas leur revenu, bien trop &#233;lev&#233; pour cela, mais obtiennent des rendements de leur capital bien plus &#233;lev&#233;s que les autres, et donc tr&#232;s fortement cumulatifs. Un tel ph&#233;nom&#232;ne se combine au niveau mondial avec des rentes collectives d&#233;mentielles, notamment celles des pays p&#233;troliers au Moyen Orient. Il y a l&#224; un effet de concentration de richesse et de pouvoir au niveau plan&#233;taire qui pose des questions majeures et in&#233;dites, s&#251;rement pour le fonctionnement des march&#233;s, mais bien plus encore pour celui de la soci&#233;t&#233; internationale. Face &#224; cela, la proposition de Piketty (un imp&#244;t mondial sur le capital) est &#224; la fois coh&#233;rente avec son propos, et tout &#224; fait irr&#233;alisable &#8211; ne serait-ce que par l'absence et d'un consensus et d'un pouvoir capable de le faire au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; un certain paradoxe : alors que le pouvoir politique n'a eu de cesse depuis la fin de la guerre d'accro&#238;tre son emprise sur la soci&#233;t&#233;, au moins par le niveau de ses d&#233;penses et ses r&#233;glementations sans cesse plus tatillonnes, la nouvelle classe de super-cadres et les nouvelles puissances financi&#232;res ont une capacit&#233; croissante &#224; lui &#233;chapper. Une conclusion en tout cas : il est bien plus difficile dans un tel contexte de faire r&#233;gner une justice distributive satisfaisante, et m&#234;me une justice commutative. Mais cela n'emp&#234;che pas d'agir. Non dans le sens d'une utopie &#233;galitaire ; mais pour tenter de r&#233;guler ces mouvements et se recr&#233;er collectivement la plus grande marge de man&#339;uvre possible malgr&#233; l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que peut-on faire pour un ordre plus juste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au vu de ce qui pr&#233;c&#232;de, les contraintes sont, &#224; l'&#233;vidence, nombreuses. Il faut en effet tenir compte des facteurs suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Le poids de la mondialisation est consid&#233;rable. L'ampleur des opportunit&#233;s qu'elle offre aux personnes, entreprises et pays, malgr&#233; ses inconv&#233;nients, fait qu'une strat&#233;gie autarcique est pratiquement infaisable. Non d'un point de vue ultralib&#233;ral, mais de fa&#231;on pratique. Cela ne veut pas dire qu'une marge de man&#339;uvre plus grande ne puisse pas &#234;tre reprise. Mais elle ne fera pas dispara&#238;tre l'immersion et donc l'impact des flots du grand large. Des communaut&#233;s tr&#232;s limit&#233;es localement peuvent vivre autrement. Mais ce n'est pas une solution pour la grande majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	On l'a vu, au niveau international, il faut constater la faiblesse relative des institutions de coordination, le G 20, le FMI etc., malgr&#233;, &#224; l'occasion, certaines r&#233;alisations techniques trop limit&#233;es (normes prudentielles, coordinations sur les paradis fiscaux etc.). Dans bien des domaines, finance par exemple, leur renforcement est souhaitable, m&#234;me s'il est difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Dans un tel contexte l'action publique rencontre une limite intrins&#232;que, m&#234;me quand elle est justifi&#233;e. D'autant plus que l'Etat est paralys&#233; par l'exc&#232;s de ses interventions, de son endettement d&#233;mentiel et des attentes exag&#233;r&#233;es de la population. Cela le handicape pour assurer m&#234;me ses fonctions de base, qu'il faudrait par ailleurs renforcer de fa&#231;on urgente (arm&#233;e, justice etc.). Il est donc vital qu'il regagne des marges de man&#339;uvre en hi&#233;rarchisant plus &#233;nergiquement ses priorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Au niveau europ&#233;en on rencontre une autre limite intrins&#232;que, le fait que l'Europe n'est pas une nation, qu'il n'y a pas de peuple europ&#233;en. L'action commune &#224; ce niveau est per&#231;ue comme technocratique, et &#224; raison car elle l'est. Et ce qui n'est pas technocratique est le fruit de palabres multilat&#233;raux opaques. Par ailleurs elle a mis en place un processus de transfert de pouvoirs consid&#233;rables &#224; des autorit&#233;s non politiques (CEDH, BCE, etc.) &#233;trang&#232;res &#224; la perspective ici dessin&#233;e. A cela s'ajoutent les probl&#232;mes structurels de l'euro, monnaie impos&#233;e par id&#233;ologie &#224; une zone beaucoup trop h&#233;t&#233;rog&#232;ne &#233;conomiquement, socialement et politiquement : cela a &#233;t&#233; une erreur majeure, mais il est tr&#232;s difficile d'en sortir techniquement et politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	La prise en charge collective de l'avenir commun de l'humanit&#233; et notamment de la permanence de la vie sur terre doit &#234;tre admise comme horizon commun de nos d&#233;cisions. Elle introduit une contrainte suppl&#233;mentaire majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une mesure importante en revanche, c'est peut-&#234;tre au niveau des personnes et des communaut&#233;s qu'il reste une marge de man&#339;uvre et de progr&#232;s. Dans la p&#233;riode r&#233;cente on a relativement peu fait appel &#224; la possibilit&#233; d'&#233;laborer et de diffuser des &#233;l&#233;ments d'&#233;thique, une vision diff&#233;rente de la soci&#233;t&#233;. Soit pour orienter l'action &#233;conomique ou financi&#232;re classique. Soit de fa&#231;on beaucoup plus ambitieuse, en reconstitution de communaut&#233;s, voire de circuits et d'entreprises &#224; culture diff&#233;rente. Tout en lib&#233;rant d'un autre c&#244;t&#233; les &#233;nergies entrepreneuriales, qui ne sont pas qu'&#233;conomiques mais aussi associatives. C'est dans une large mesure l&#224; que peut se jouer la partie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Perspectives pour le politique, notamment au niveau national&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Conduit in&#233;luctablement &#224; ruser avec des ph&#233;nom&#232;nes qu'il ne peut ma&#238;triser que de fa&#231;on tr&#232;s partielle, le politique, qui est aujourd'hui national, devrait d'abord red&#233;finir en profondeur ses priorit&#233;s. Et notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Sa capacit&#233; &#224; lever l'imp&#244;t atteint ses limites, &#224; un niveau de pr&#233;l&#232;vement d'ailleurs tr&#232;s &#233;lev&#233;. Et d'un autre c&#244;t&#233; il doit se pr&#233;occuper de la capacit&#233; de la communaut&#233; nationale &#224; garder une certaine ma&#238;trise de son destin. Le r&#234;ve social-d&#233;mocrate d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;gul&#233;e par l'Etat, du berceau &#224; la tombe, se confirme d&#233;finitivement hors de port&#233;e. En termes de justice distributive, il faut maintenir une solidarit&#233; &#233;lev&#233;e, bien s&#251;r, mais beaucoup plus concentr&#233;e d'un c&#244;t&#233; sur les besoins les plus sensibles, et de l'autre sur ce qui est vraiment facteur de communaut&#233;, et donc d'abord sur la famille. Le tout en r&#233;duisant drastiquement les automatismes et les pr&#233;bendes. Il ne peut s'agir de redistribuer plus mais de redistribuer moins et mieux. Mais cela suppose un discours exigeant, incompatible avec la d&#233;nonciation r&#233;pandue de l'aust&#233;rit&#233;. L'aust&#233;rit&#233; dominante, d'ailleurs limit&#233;e, n'est pas bien orient&#233;e. Mais une certaine forme d'aust&#233;rit&#233; relative est in&#233;vitable, en tout cas d'autocontr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Une remise en cause majeure des transferts de pouvoirs au niveau europ&#233;en est elle aussi in&#233;vitable. Elle touche aussi bien la Commission que la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme, ou la BCE. Cela pourrait aller jusqu'&#224; la sortie de l'euro (malgr&#233; les difficult&#233;s consid&#233;rables de l'op&#233;ration), mais vise au moins la remise en cause de certains principes du march&#233; unique, et une r&#233;vision de la porosit&#233; de la zone pour ce qui est du commerce international. En bref une r&#233;vision des trait&#233;s. Ce qui nous rapproche des positions britanniques m&#234;me si la convergence n'est pas totale (compte tenu de leur approche doctrinalement lib&#233;rale). Mais le chemin est ardu : il s'agit de renverser 50 ans de pratique et, plus encore, une utopie consolatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Cela ne signifie pas repli sur soi, m&#234;me dans le domaine politique et r&#233;glementaire : partout o&#249; cas par cas, une coop&#233;ration soit europ&#233;enne soit internationale est souhaitable et praticable, il faut y participer activement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	La lib&#233;ration des &#233;nergies entrepreneuriales, qui est aussi une &#339;uvre de justice distributive bien comprise (donner &#224; chacun la place qu'il convient dans la soci&#233;t&#233;), suppose des r&#233;formes importantes. En seraient b&#233;n&#233;ficiaires l'entreprise d'abord, &#233;videmment, sur quoi je ne m'&#233;tendrai pas. Mais aussi d'autres domaines comme le champ associatif et le tiers secteur : la d&#233;sovi&#233;tisation de l'enseignement est ainsi un champ majeur de lib&#233;ration des &#233;nergies, sans doute m&#234;me la priorit&#233; absolue. Parall&#232;lement, on l'a vu, la solidarit&#233; doit intervenir pour permettre le maintien de tous dans la vie sociale. Mais cela ne se fera pas par la garantie de l'emploi mais par une forme de flexis&#233;curit&#233;. L&#224; aussi ce sera au fond justice. Entreprises et associations ne sont pas des communaut&#233;s ayant vocation &#224; la permanence. La pr&#233;occupation doit aller aux personnes et aux communaut&#233;s : c'est envers elles que s'exerce la solidarit&#233;. Pas dans la survie d'entreprises non viables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Dans le m&#234;me esprit de rendre leur force aux bases, le politique devrait porter une bien plus grande attention au capital, notamment aux actions, car outre que le d&#233;veloppement se finance avec des fonds propre, c'est le facteur principal d'orientation de l'&#233;conomie et d'exercice du pouvoir. Et il ne faut pas en laisser le monopole aux forces tr&#232;s puissantes qui agissent au niveau international, que nous avons d&#233;crites. Cela devrait conduire notamment non seulement &#224; r&#233;duire massivement le r&#244;le de la dette, en particulier de la dette publique qui est pour l'essentiel parasitaire, mais surtout &#224; souligner le besoin d'instruments collectifs d'accumulation et de d&#233;tention de ce capital. Pour ne citer que trois outils majeurs pour ce faire : fonds de pension, fonds souverains, et fondations devraient faire l'objet tous trois d'un effort collectif prioritaire et donc d'avantages juridiques et fiscaux &#224; la hauteur de l'enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Le jeu des march&#233;s doit &#234;tre orient&#233; dans le sens du bien commun, ce qui veut dire organis&#233; dans le sens d'une participation transparente de tous ceux qui le d&#233;sirent, sans effet de rente ou captation (justice commutative) ; parall&#232;lement l'organisation des march&#233;s financiers doit &#234;tre revue, non pour les anesth&#233;sier mais pour les orienter dans un sens plus transparent et &#224; plus long terme. Il faut d'autre part une orientation des investissements dans un sens &#224; la fois responsable et exigeant, sur la longue dur&#233;e : un investissement r&#233;ellement socialement responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	Les r&#233;mun&#233;rations &#233;lev&#233;es ne sont pas &#224; condamner en soi. Mais il faut v&#233;rifier trois points : qu'elles sont obtenues de fa&#231;on l&#233;gitime (par des processus &#233;conomiques fonctionnant correctement : justice commutative) ; l'acceptation d'un niveau de solidarit&#233; nationale &#233;quitable (justice distributive) ; enfin qu'elles s'accompagnent d'une v&#233;ritable responsabilisation des fortunes ainsi acquises sur leur effet &#224; long terme, avec mise en jeu juridique et financi&#232;re en cas de faillite : cette notion de responsabilit&#233; rel&#232;ve en m&#234;me temps des deux concepts de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble implique une r&#233;vision d&#233;chirante de l'image que la collectivit&#233; se fait d'elle-m&#234;me et de ses priorit&#233;s. Mais surtout un effort de longue haleine. Ce qui n'est pas compatible avec des promesses &#233;lectoralistes fond&#233;es sur le maintien de situation acquises ; mais suppose un horizon d'effort en commun, pour recr&#233;er une v&#233;ritable communaut&#233; de destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base d'une intervention le 20 juin 2015 au colloque de l'Institut Montalembert : L'&#233;conomie de march&#233;, critiques et propositions (mentionn&#233;e dans la rubrique Conf&#233;rences ou &#233;missions de ce site).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Economie - finance : oui on peut changer les choses&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Interview Ichtus avec G. de Pr&#233;mare, en ligne le 17 octobre 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=J1BIO5H9Uw8&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=J1B...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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