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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Taux d'int&#233;r&#234;t n&#233;gatifs : essai d'&#233;valuation morale</title>
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		<dc:date>2019-12-18T16:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Usure</dc:subject>
		<dc:subject>Taux d'int&#233;r&#234;t</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'existence de taux d'int&#233;r&#234;ts n&#233;gatifs, sur tout de fa&#231;on prolong&#233;e, heurte le bon sens spontan&#233;. Comment donc de l'argent pr&#234;t&#233; pourrait-il &#234;tre rendu en diminuant la somme ? Au-del&#224; de cette logique, se pose la question de l'&#233;valuation &#233;thique de la pratique. Pour cela il faut d'abord voir ce dont on parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examen &#224; la lumi&#232;re des consid&#233;rations traditionnelles sur &#034;l'usure&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Taux-d-interet-negatif-+.html" rel="tag"&gt;Taux d'int&#233;r&#234;t&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Taux d'int&#233;r&#234;t n&#233;gatifs : essai d'&#233;valuation morale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A partir des consid&#233;rations traditionnelles sur &#034;l'usure&#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi un taux d'int&#233;r&#234;t ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t est cens&#233; repr&#233;senter la r&#233;mun&#233;ration du service rendu par le pr&#234;teur qui se d&#233;fait d'un somme d'argent pour un certain temps en la confiant &#224; un emprunteur qui est cens&#233; la rendre &#224; la fin de la p&#233;riode. Cette r&#233;mun&#233;ration couvre cependant plusieurs r&#233;alit&#233;s. Il est int&#233;ressant de les examiner &#224; la lumi&#232;re du d&#233;bat ancien et fourni sur le taux d'int&#233;r&#234;t, appel&#233; alors usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord et surtout l'usage alternatif possible de la somme, et notamment l'investissement, en fonds propres ou en immobilier locatif . On sait que l'Eglise lorsqu'elle prohibait le taux d'int&#233;r&#234;t admettait des exceptions, dont ce qu'on appelait le&lt;i&gt; lucrum cessans&lt;/i&gt; : le cas d'un professionnel, en g&#233;n&#233;ral d'un commer&#231;ant au sens large, qui distrayait une somme de ses actifs pour la pr&#234;ter, somme qui utilis&#233;e professionnellement aurait contribu&#233; &#224; lui faire obtenir un certain gain, lui-m&#234;me l&#233;gitime. On admettait alors un certain int&#233;r&#234;t. Or &#224; l'&#233;poque actuelle on peut consid&#233;rer qu'il y a une forme de &lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233;, compte tenu des possibilit&#233;s d'investissement acceptables par ailleurs offertes, ce qui rend un certain taux d'int&#233;r&#234;t l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela peuvent s'ajouter d'autres consid&#233;rations, comme le prix du temps : le fait qu'il est plus int&#233;ressant de disposer d'un bien tout de suite que dans l'avenir. A l'&#233;poque l'Eglise ne le reconnaissait pas comme motif valable pour une r&#233;mun&#233;ration ou un d&#233;dommagement. Cela dit, on pourrait le mettre sous le terme de &lt;i&gt;damnum emergens&lt;/i&gt;, qui &#233;tait alors accept&#233;, et qui est le d&#233;dommagement d&#251; pour un inconv&#233;nient subi par le pr&#234;teur du fait m&#234;me du pr&#234;t. Reste alors &#224; l'&#233;valuer. Pour cela, la consid&#233;ration de ce qu'aurait pu produire l'argent s'il &#233;tait investi est sans doute &#224; nouveau une bonne r&#233;f&#233;rence morale : qu'est-ce que mon argent aurait pu contribuer &#224; cr&#233;er ? Sachant qu'il convient cependant de le pr&#233;ciser, car de l'argent mis de c&#244;t&#233; et recherchant une certaine s&#233;curit&#233; n'est pas a priori plac&#233; dans les m&#234;mes conditions que celui ins&#233;r&#233; dans un processus productif &#224; risque. J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre crit&#232;re alors &#233;galement accept&#233; &#233;tait le &lt;i&gt;periculum sortis&lt;/i&gt;, qui r&#233;pond &#224; un autre probl&#232;me, &#224; savoir la couverture du risque que l'emprunteur ne rembourse pas &#8211; &#233;valu&#233; en g&#233;n&#233;ral sur base statistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#233;rerons d&#232;s lors ci-apr&#232;s qu'il est en soi l&#233;gitime qu'il y ait une r&#233;mun&#233;ration &#8216;raisonnable' d'un pr&#234;t, sur la base de ces diff&#233;rents crit&#232;res de justification, mais &#224; pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les taux n&#233;gatifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bonne logique les motivations ci-dessus conduisent &#224; un taux d'int&#233;r&#234;t positif, et tout au plus nul. Comment peut-il devenir n&#233;gatif ? Sans entrer dans le d&#233;tail technique, deux cas sont &#224; distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est celui de la d&#233;flation, de la baisse des prix (sur une dur&#233;e suffisante). Car s'il y a d&#233;flation le pouvoir d'achat de la monnaie augmente avec le temps ; et donc si j'emprunte 100 &#8364; &#224; Paul et que je lui rends 98 deux ans apr&#232;s, mais que les prix ont baiss&#233; de 4 %, ce que je lui rends aura un pouvoir d'achat comparable &#224; 102 aujourd'hui. En termes r&#233;els on peut donc consid&#233;rer que je lui ai pay&#233; 2% d'int&#233;r&#234;t. Bien entendu dans un monde d&#233;flationniste un probl&#232;me est pos&#233; par l'argent liquide, qui s'appr&#233;cie tout seul, ce qui pousse les gens &#224; le th&#233;sauriser. Dans le cas des esp&#232;ces, c'est limit&#233; par le co&#251;t du stockage et le risque de vol. Dans le cas des comptes bancaires, cela justifierait le pr&#233;l&#232;vement par la banque d'un int&#233;r&#234;t n&#233;gatif par ponction sur la dur&#233;e, m&#234;me si cela choque les gens. Dit autrement, s'il y a d&#233;flation il faut raisonner alg&#233;briquement. Ou encore, ne consid&#233;rer que le taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;el : taux nominal corrig&#233; par l'inflation ou la d&#233;flation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a connu le Japon. Mais ce n'est pas la situation actuelle en Europe, car l'inflation y est l&#233;g&#232;rement positive. Nos taux d'int&#233;r&#234;ts r&#233;els sont donc n&#233;gatifs. Pourquoi ? Principalement parce que les banques centrales interviennent massivement sur les taux pour les faire baisser (notamment par achat de titres pour le long terme &#8211; le march&#233; financier, et fixation de taux d'intervention pour le court terme - le march&#233; mon&#233;taire). L'objectif est le soutien &#224; l'activit&#233; et la relance d'une inflation suppos&#233;e mod&#233;r&#233;e (objectif fix&#233; &#224; 2%). Accessoirement, cela r&#233;sulte en partie aussi du fait de la masse &#233;norme d'&#233;pargne mondiale, ainsi que des principes ou r&#232;gles r&#233;gissant l'action des gestionnaires de fonds au vu des risques relatifs des diff&#233;rentes formes d'investissement, ce qui en canalise une part appr&#233;ciable vers ceux suppos&#233;s moins risqu&#233;s, emprunts d'Etat en premier lieu. Nous n'examinerons pas ici le bien-fond&#233; ou les risques de ces politiques &#8211; notamment celui de g&#233;n&#233;rer des bulles sur le prix des actifs. Mais le r&#233;sultat clair en est en tout cas des taux d'int&#233;r&#234;ts nominaux n&#233;gatifs. Si cela durait cela signifierait une perte de valeur des actifs des &#233;pargnants investis en produits de taux ; une baisse de rentabilit&#233; des banques ; une perte de l'attrait des placements type assurance-vie, et un report vers des placements plus risqu&#233;s. Comment l'appr&#233;cier &#233;thiquement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;voqu&#233; les taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;el &#224; propos de la d&#233;flation. Mais en cas d'inflation m&#234;me mod&#233;r&#233;e, l'argent perd de la valeur dans le temps (les taux r&#233;els sont n&#233;gatifs). Si je pr&#234;te 100 et qu'on me rend 100 dans 4 ans apr&#232;s, mais apr&#232;s 6 % d'inflation cumul&#233;e, ce que je re&#231;ois en vaut en r&#233;alit&#233; 94 ; je suis donc manifestement l&#233;s&#233; si l'int&#233;r&#234;t est nul. M&#234;me nos docteurs m&#233;di&#233;vaux hostiles au taux d'int&#233;r&#234;t auraient probablement admis alors la n&#233;cessit&#233; au moins d'une compensation de l'inflation (comme cas de &lt;i&gt;damnum emergens&lt;/i&gt;). Ils auraient d'ailleurs condamn&#233; vigoureusement l'objectif d'une inflation m&#234;me l&#233;g&#232;re, consid&#233;rant que c'&#233;tait miner la valeur de la monnaie, dont le bien commun exige qu'elle soit stable dans le temps. En r&#233;sum&#233;, au minimum le taux devrait couvrir l'inflation, sauf &#224; ne pas respecter une r&#232;gle &#233;l&#233;mentaire de justice commutative. Les &#233;pargnants allemands furieux contre la BCE ont donc quelque raison &#224; l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, faut-il moralement un taux r&#233;el l&#233;g&#232;rement positif ? Je pense que oui, du moins pour les taux longs. Les taux courts, eux, se rapportent &#224; des placements courts, donc quasi liquides : il n'y a alors pas de droit manifeste &#224; r&#233;mun&#233;ration, car ce ne sont pas des investissements ; il faudrait donc simplement compenser l'inflation. Pour les taux longs, on devrait comme on l'a dit a priori consid&#233;rer la possibilit&#233; d'investissements alternatifs clairement productifs (actions ou immobilier) ; mais la comparaison directe n'est pas facile, car les risques sont plus &#233;lev&#233;s dans leur cas, et en outre le sous-jacent peut s'appr&#233;cier, ce qui est exclu pour les cr&#233;dits. Dans leur cas, une consid&#233;ration simple pourrait &#234;tre la r&#233;f&#233;rence au taux de croissance nominal : si en effet la richesse collective s'est appr&#233;ci&#233;e de 2% (croissance), me donner 2 % d'int&#233;r&#234;t est me donner une fraction de la richesse collective produite qui est identique entre le point de d&#233;part et le point d'arriv&#233;e. Cela para&#238;t &#233;quitable. Le calcul th&#233;orique des &#233;conomistes montre d'ailleurs qu'en situation parfaite le taux d'int&#233;r&#234;t devrait &#234;tre &#233;gal au taux de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La compensation du risque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes sont centr&#233;es sur la r&#233;mun&#233;ration de l'argent en g&#233;n&#233;ral, sans consid&#233;ration de la nature sp&#233;cifique du d&#233;biteur, et notamment du risque de non-remboursement. Ce risque est tr&#232;s diff&#233;rent de celui d'un investisseur en actions, qui est solidaire de la vie de l'entreprise : le pr&#234;teur peut exiger les sommes dues devant le tribunal ; et donc (hors disfonctionnement du syst&#232;me judiciaire) son risque est la faillite du d&#233;biteur &#8211; en principe appr&#233;ci&#233; par le march&#233;, ou, pour une banque, par des s&#233;ries statistiques de d&#233;faillance par cat&#233;gories, &#233;ventuellement corrig&#233;es. Comme il a &#233;t&#233; dit, il est parfaitement l&#233;gitime en justice commutative de facturer ce risque (si bien s&#251;r c'est fait &#233;quitablement). Si en effet je pourrais pr&#234;ter &#224; 5 ans &#224; un d&#233;biteur sans risque &#224; un taux annuel de 2 %, mais que mon d&#233;biteur a 4% de chances de faire d&#233;faut &#224; 80 % de ce qu'il doit, il est &#233;quitable que je facture 3.2% sur la p&#233;riode, en sus du taux de 2% annuel. Si mon calcul est fait honn&#234;tement, ce n'est pas un gain pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce raisonnement vaut &#233;videmment pour les pays d&#233;biteurs. D'autant que dans leur cas il est encore plus difficile de r&#233;cup&#233;rer les sommes dues en cas de d&#233;faillance. On dira : les plus pauvres payent plus. C'est souvent vrai, parce qu'ils sont en g&#233;n&#233;ral moins s&#251;rs. On r&#233;pliquera : ce n'est pas juste. En justice commutative, si. Si on per&#231;oit cela comme injuste, c'est qu'on a &#224; l'esprit un raisonnement de justice distributive (plan&#233;taire) avec une consid&#233;ration de solidarit&#233; n&#233;cessaire. Cela peut valoir pour les Etats, et d'ailleurs l'aide au d&#233;veloppement est normalement bonifi&#233;e. Mais cela ne vaut pas pour les op&#233;rateurs priv&#233;s (hors une &#233;ventuelle bonification publique), sauf choix de leur part et s'ils sont investisseur final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, ce qu'il faut surtout voir est que la dette publique est en elle-m&#234;me un probl&#232;me. Normalement un Etat ne devrait pas s'endetter ; car les d&#233;ficits (notamment dans les pays avanc&#233;s) sont essentiellement dus aux d&#233;penses courantes et les investissements &#233;ventuels (&#233;ducation par exemple) sont &#224; tr&#232;s long terme. Un pays en d&#233;veloppement pourrait th&#233;oriquement expliquer qu'il a lui d'important investissements &#224; faire. Mais de deux choses l'une : ou c'est vraiment &#224; tr&#232;s long terme et ce devrait &#234;tre financ&#233; par des imp&#244;ts, des dons, ou des pr&#234;ts tr&#232;s bonifi&#233;s et &#224; tr&#232;s long terme. Ou c'est de type priv&#233;, avec un retour r&#233;el commensurable &#224; l'horizon du financement ; mais alors cela devrait &#234;tre isol&#233; et financ&#233; comme un investissement priv&#233; (avec fonds propres et int&#233;r&#234;t normal). J'ajoute qu'en g&#233;n&#233;ral les pays qui se sont d&#233;velopp&#233;s rapidement et efficacement, en Asie, ne se sont pas lanc&#233;s dans des politiques d'emprunts massifs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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