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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Mariage chr&#233;tien et &#233;conomie</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Mariage-chretien-et-economie.html</link>
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		<dc:date>2019-10-15T15:41:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Mariage et &#233;conomie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On peut &#234;tre surpris de voir &#233;voquer la dimension &#233;conomique du mariage chr&#233;tien. Pourtant non seulement elle est incontournable, mais elle &#233;claire le r&#244;le unique du mariage et par l&#224; de la famille, y compris dans la constitution de la soci&#233;t&#233;, et donc dans l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moralit&#233; : si on veut pr&#233;server la r&#233;alit&#233; et l'apport propre de la famille, c'est elle qu'il faut voir comme unit&#233; de base, &#224; la fois hors du champ &#233;conomique, et dans ce champ. C'est elle qui doit &#234;tre au centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru en Octobre 2019 dans la Revue Libert&#233; politique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Mariage-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Mariage et &#233;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On peut &#234;tre surpris de voir &#233;voquer la dimension &#233;conomique du mariage chr&#233;tien. Pourtant non seulement elle est incontournable, mais elle &#233;claire le r&#244;le unique du mariage et par l&#224; de la famille, y compris dans la constitution de la soci&#233;t&#233;, et donc dans l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moralit&#233; : si on veut pr&#233;server la r&#233;alit&#233; et l'apport propre de la famille, c'est elle qu'il faut voir comme unit&#233; de base, &#224; la fois hors du champ &#233;conomique, et dans ce champ. C'est elle qui doit &#234;tre au centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru en Octobre 2019 dans la Revue Libert&#233; politique, dossier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.libertepolitique.com/La-revue/La-revue-Liberte-Politique/Les-defis-du-couple-et-du-mariage-aujourd-hui&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.libertepolitique.com/La-...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MARIAGE CHRETIEN ET ECONOMIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#234;tre surpris de voir &#233;voquer la dimension &#233;conomique du mariage chr&#233;tien. Pourtant non seulement elle est incontournable, mais elle &#233;claire le r&#244;le unique du mariage et par l&#224; de la famille, y compris dans la constitution de la soci&#233;t&#233;. Rappelons d'abord bri&#232;vement les principes pos&#233;s par l'enseignement de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel des principes catholiques sur le mariage et la famille&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mariage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique (CEC) est apparemment peu disert que la dimension &#233;conomique du mariage et de la famille. Mais les principes qu'il pose ont des cons&#233;quences &#233;conomiques importantes. Ces points sont plus d&#233;velopp&#233;s par le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, notamment au chapitre V (N&#176; 215 sqq.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CEC note au N&#176; 1604 que le mariage est fond&#233; sur l'amour des conjoints, et que cet amour est &#171; destin&#233; &#224; &#234;tre f&#233;cond et &#224; se r&#233;aliser dans l'&#339;uvre commune de la garde de la cr&#233;ation &#187;. Qui dit amour dit don mutuel, et ceci englobe &#233;videmment les biens mat&#233;riels. Et comme on voit au 1607, cela d&#233;bouche sur &#171; la belle vocation de l'homme et de la femme d'&#234;tre f&#233;conds, de se multiplier et de soumettre la terre (cf. Gn 1, 28) &#187; : &#034;Et Dieu les b&#233;nit et il leur dit : Soyez f&#233;conds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la&#034;, donc une dimension &#233;conomique. Mais le CEC ajoute aussit&#244;t que les effets du p&#233;ch&#233; sont l&#224; (N&#176; 1609) : &#171; les peines qui suivent le p&#233;ch&#233;, les douleurs de l'enfantement (cf. Gn 3, 16), le travail &#034;&#224; la sueur de ton front&#034; (Gn 3, 19), constituent aussi des rem&#232;des qui limitent les m&#233;faits du p&#233;ch&#233;. Apr&#232;s la chute, le mariage aide &#224; vaincre le repliement sur soi-m&#234;me, l'&#233;go&#239;sme, la qu&#234;te du propre plaisir, et &#224; s'ouvrir &#224; l'autre, &#224; l'aide mutuelle, au don de soi. &#187; Le travail est donc de fait mis au centre de la vie familiale ; il est peine et rem&#232;de &#224; la fois. Notons qu'en bonne logique le travail ainsi compris devrait inclure a priori celui qui est fait au sein la famille, comme celui qui est fait au dehors, m&#234;me si ce n'est pas pr&#233;cis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, cet amour conjugal (N&#176; 1643) &#171; exige l'indissolubilit&#233; et la fid&#233;lit&#233; dans la donation r&#233;ciproque d&#233;finitive ; et il s'ouvre sur la f&#233;condit&#233; &#187; D'o&#249; (N&#176;1644) &#171; l'unit&#233; et l'indissolubilit&#233; de leur communaut&#233; de personnes qui englobe toute leur vie &#187; dans un &#171; don mutuel total &#187;. L'insistance sur le don, &#224; nouveau, comprend dans une large mesure une dimension &#233;conomique. De m&#234;me l'ouverture &#224; la f&#233;condit&#233;, au N&#176; 1652 : &#171; c'est par sa nature m&#234;me que l'institution du mariage et l'amour conjugal sont ordonn&#233;s &#224; la procr&#233;ation et &#224; l'&#233;ducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement (GS 48, &#167; 1) &#187;. En outre (N&#176; 1653) &#171; la f&#233;condit&#233; de l'amour conjugal s'&#233;tend aux fruits de la vie morale, spirituelle et surnaturelle que les parents transmettent &#224; leurs enfants par l'&#233;ducation. Les parents sont les principaux et premiers &#233;ducateurs de leurs enfants. &#187; Et (N&#176; 1657) &#171; le foyer est ainsi la premi&#232;re &#233;cole de vie chr&#233;tienne et &#034;une &#233;cole d'enrichissement humain&#034; (GS 52, &#167; 1). &#187; Il y a donc une t&#226;che majeure pour le couple, et a fortiori le couple chr&#233;tien : l'&#233;ducation des enfants. T&#226;che dont la dimension &#233;conomique est &#233;vidente : outre son co&#251;t direct, et le besoin de ressources ext&#233;rieures que cela implique, elle comporte surtout un travail. Education au sens large qui est d'abord de la responsabilit&#233; des parents, avant de voir l'Etat intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons ces &#233;l&#233;ments &#233;conomiques : un principe de base, le don mutuel, sans limite dans le temps, qui s'exerce dans le cadre de la famille que le couple instaure ; et un travail compris comme essentiel et indispensable, pour assurer la vie de la famille et pour &#233;lever et &#233;duquer les enfants. Inutile de souligner ici la valeur inestimable de cette &#233;ducation pour la soci&#233;t&#233;, et donc pour l'&#233;conomie aussi. Le tout, d&#233;j&#224; pr&#233;sent dans le mariage naturel, se trouve &#233;lev&#233; dans le mariage chr&#233;tien comme &#8216;valeur' fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en outre souligner ici avec Stefano et Vera Zamagni , que la famille chr&#233;tienne ainsi comprise n'est en aucune fa&#231;on fond&#233;e sur le contrat contrairement &#224; la conception pr&#233;valant dans le droit actuel depuis la R&#233;volution. Il ne s'agit en effet pas d'&#233;changer mais de donner, en cr&#233;ant une relation humaine qui est un but en elle-m&#234;me, dans un engagement mutuel respectueux de chacun et ouvert &#224; la procr&#233;ation. Mais si cela l'inscrit sur un plan distinct de l'&#233;conomie marchande, cela comporte une dimension &#233;conomique au sens large, en elle-m&#234;me et par son interaction avec l'&#233;conomie marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Famille et &#233;conomie dans le Compendium&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille a besoin de la soci&#233;t&#233; pour vivre et jouer son r&#244;le, et en m&#234;me temps lui apporte une contribution irrempla&#231;able. Le Compendium d&#233;veloppe le r&#244;le social et par l&#224; &#233;conomique de la famille dans le IV (La famille, protagoniste de la vie sociale, N&#176; 246 sqq.). Cela vise d&#233;j&#224; la solidarit&#233; et le droit &#224; agir dans la soci&#233;t&#233;. Mais surtout dit le N&#176; 248 &#171; le rapport qui existe entre la famille et la vie &#233;conomique est particuli&#232;rement significatif. D'une part, en effet, l'&#8216;&#233;conomie' est n&#233;e du travail domestique : la maison a longtemps &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre - dans de nombreux endroits - une unit&#233; de production et un centre de vie. D'autre part, le dynamisme de la vie &#233;conomique se d&#233;veloppe gr&#226;ce &#224; l'initiative des personnes et se r&#233;alise, en cercles concentriques, dans des r&#233;seaux toujours plus vastes de production et d'&#233;change de biens et de services, qui touchent toujours davantage les familles. La famille doit donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e, &#224; bon droit, comme un acteur essentiel de la vie &#233;conomique, orient&#233;e non pas par la logique du march&#233;, mais par celle du partage et de la solidarit&#233; entre les g&#233;n&#233;rations &#187;. Notons ces points essentiels : d'un c&#244;t&#233; on souligne le r&#244;le essentiel de la famille dans l'&#233;conomie au sens large, mais d'une autre c&#244;t&#233; on oppose la logique du don qui r&#233;git la famille, &#224; la logique du march&#233;, tout en soulignant leur interaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Compendium ajoute au N&#176; 249 qu'&#171; un rapport tout &#224; fait particulier lie la famille et le travail : &#8216;La famille constitue l'un des termes de r&#233;f&#233;rence les plus importants, selon lesquels doit se former l'ordre social et &#233;thique du travail humain'. Ce rapport s'enracine dans la relation qui existe entre la personne et son droit de poss&#233;der le fruit de son travail et concerne le particulier non seulement comme individu, mais aussi comme membre d'une famille, con&#231;ue comme &#8216;soci&#233;t&#233; domestique' &#187;. Il ajoute que &#171; le travail est essentiel dans la mesure o&#249; il repr&#233;sente la condition qui rend possible la fondation d'une famille, dont les moyens de subsistance s'acqui&#232;rent par le travail. Le travail conditionne aussi le processus de d&#233;veloppement des personnes, car une famille frapp&#233;e par le ch&#244;mage risque de ne pas r&#233;aliser pleinement ses finalit&#233;s &#187;. En outre, &#171; l'apport que la famille peut offrir &#224; la r&#233;alit&#233; du travail est pr&#233;cieux et, par bien des aspects, irrempla&#231;able. Il s'agit d'une contribution qui s'exprime &#224; la fois en termes &#233;conomiques et par le biais des grandes ressources de solidarit&#233; que poss&#232;de la famille et qui constituent un important soutien pour ceux qui, en son sein, se trouvent sans travail ou sont &#224; la recherche d'un emploi. Surtout, et plus radicalement, c'est une contribution qui se r&#233;alise par l'&#233;ducation au sens du travail et en offrant orientations et soutien face aux choix professionnels. &#187; Nouvelle contribution de la famille &#224; l'&#233;conomie : la gratuit&#233; qu'elle assure entre ses membres et la solidarit&#233; qui en r&#233;sulte permettent le fonctionnement de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors (au N&#176; 250) la famille doit &#234;tre aid&#233;e : &#171; pour prot&#233;ger ce rapport entre famille et travail, un &#233;l&#233;ment &#224; appr&#233;cier et &#224; sauvegarder est le salaire familial, &#224; savoir un salaire suffisant pour entretenir la famille et la faire vivre dignement... Il existe plusieurs fa&#231;ons de rendre concret le salaire familial. Certaines mesures sociales importantes concourent &#224; le d&#233;terminer, telles que les allocutions familiales et autres contributions pour les personnes &#224; charge, ainsi que la r&#233;mun&#233;ration du travail au foyer d'un des deux parents. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin (N&#176; 251) on &#233;voque tr&#232;s bri&#232;vement le travail fait au sein de la famille, celui de la femme, et le besoin d'une compensation &#233;conomique : &#171; dans le rapport entre la famille et le travail, une attention sp&#233;ciale doit &#234;tre r&#233;serv&#233;e au travail de la femme dans le cadre de la famille, c'est-&#224;-dire tout le soin qu'elle lui consacre, qui engage aussi les responsabilit&#233;s de l'homme comme mari et comme p&#232;re. Ce travail, &#224; commencer par celui de la m&#232;re, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il vise le service de la qualit&#233; de la vie et s'y consacre, constitue un type d'activit&#233; &#233;minemment personnel et personnalisant, qui doit &#234;tre socialement reconnu et valoris&#233;, notamment par une compensation &#233;conomique au moins &#233;gale &#224; celle d'autres travaux. En m&#234;me temps, il faut &#233;liminer tous les obstacles qui emp&#234;chent les &#233;poux d'exercer librement leur responsabilit&#233; de procr&#233;ation et, en particulier, ceux qui contraignent la femme &#224; ne pas accomplir pleinement ses fonctions maternelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui conduit enfin le Compendium (N&#176; 252 sqq.) &#224; souligner plus g&#233;n&#233;ralement les devoirs de la soci&#233;t&#233; envers la famille. Point essentiel, qui part du mariage (252) : &#171; le point de d&#233;part pour un rapport correct et constructif entre la famille et la soci&#233;t&#233; est la reconnaissance de la subjectivit&#233; et de la priorit&#233; sociale de la famille. Leur rapport intime impose &#224; &#8216;la soci&#233;t&#233; de ne jamais manquer &#224; son devoir fondamental de respecter et de promouvoir la famille' &#187;. &#171; Cela requiert que l'action politique et l&#233;gislative sauvegarde les valeurs de la famille, depuis la promotion de l'intimit&#233; et de la vie familiale en commun, jusqu'au respect de la vie naissante et &#224; la libert&#233; effective de choix dans l'&#233;ducation des enfants. La soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat ne peuvent donc ni absorber, ni substituer, ni r&#233;duire la dimension sociale de la famille ; ils doivent plut&#244;t l'honorer, la reconna&#238;tre, la respecter et l'encourager selon le principe de subsidiarit&#233; &#187;. Et au 253 &#171; tout cela requiert la mise en &#339;uvre de politiques familiales authentiques et efficaces avec des interventions pr&#233;cises capables de faire face aux besoins qui d&#233;rivent des droits de la famille en tant que telle. En ce sens, la condition n&#233;cessaire, essentielle et incontournable est la reconnaissance - qui comporte la protection, la mise en valeur et la promotion - de l'identit&#233; de la famille, soci&#233;t&#233; naturelle fond&#233;e sur le mariage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; encore (N&#176; 254) la famille doit &#234;tre reconnue comme la cellule de base de la soci&#233;t&#233;, plus que l'individu : &#171; la reconnaissance, par les institutions civiles et par l'&#201;tat, de la priorit&#233; de la famille sur toute autre communaut&#233; et sur la r&#233;alit&#233; m&#234;me de l'&#201;tat, comporte le d&#233;passement des conceptions purement individualistes et l'adoption de la dimension familiale en tant que perspective culturelle et politique, incontournable dans la prise en consid&#233;ration des personnes [...] Cette perspective permet d'&#233;laborer des crit&#232;res normatifs pour une solution correcte des diff&#233;rents probl&#232;mes sociaux, car les personnes ne doivent pas seulement &#234;tre consid&#233;r&#233;es individuellement, mais aussi en relation avec les cellules familiales dans lesquelles elles sont ins&#233;r&#233;es, en tenant d&#251;ment compte de leurs valeurs et exigences sp&#233;cifiques. &#187; Demande qui s'adresse &#233;videmment aussi &#224; la dimension &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;veloppement possible de cette conception : la reconnaissance du travail domestique et du r&#244;le du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'angle qui nous pr&#233;occupe ici, on constate donc dans la Doctrine l'importance de la pr&#233;occupation pour les trois questions &#233;troitement li&#233;es de la famille, du travail, et du don. Mais on notera d'un autre c&#244;t&#233; la faiblesse des consid&#233;rations croisant ces trois pr&#233;occupations : on y &#233;voque notamment tr&#232;s rapidement le travail effectu&#233; au sein de la famille. L'articulation avec la vie sociale est en effet centr&#233;e sur les besoins de la famille exprim&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'ext&#233;rieur. Education, sant&#233;, vie mat&#233;rielle des enfants sont dit-on de la responsabilit&#233; premi&#232;re de la famille, et la soci&#233;t&#233; doit l'aider, dans le respect du principe de subsidiarit&#233;. Par exemple les &#233;coles dites priv&#233;es rendent un service public, mais sont un droit, et en cons&#233;quence les familles qui y recourent ont un droit &#224; &#234;tre &#233;conomiquement aid&#233;es. On entre alors dans le champ &#233;conomique ; mais c'est pour aider la famille, pas pour l'analyser en elle-m&#234;me sous cet angle. De m&#234;me pour l'aide m&#233;dicale ou mat&#233;rielle aux familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, s'il est not&#233; que dans la perspective d'une &#233;conomie de libre initiative, la famille est un lieu d'initiative &#233;conomique, on rappelle que sa logique est tout &#224; fait diff&#233;rente de celle de l'&#233;conomie marchande. Et cette logique de la famille est premi&#232;re : on ne r&#233;int&#232;gre pas la famille dans l'&#233;conomie, on subordonne celle-ci &#224; la famille. Ce qui implique notamment, qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'insistance sur le r&#244;le de la gratuit&#233; et du don au sein de la famille, le Compendium r&#233;clame des prestations financi&#232;res de la part des employeurs et de la soci&#233;t&#233;. Le fait de base sous-jacent est que l'&#233;conomie et le march&#233; ne pourraient exister sans la famille. Il est donc logique en r&#233;ciproque que celle-ci re&#231;oive &#233;conomiquement ce dont elle a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on voit, la dimension &#233;conomique appara&#238;t comme besoin de la famille, exprim&#233; &#224; l'&#233;gard de la soci&#233;t&#233;, d'o&#249; l'aide qui doit lui venir, de l'ext&#233;rieur, y compris l'&#233;ventuel salaire familial ; mais pas dans le r&#244;le &#233;conomique de la famille prise en elle-m&#234;me (sauf &#224; souligner que sa logique propre doit &#234;tre pr&#233;serv&#233;e). Son fonctionnement interne, notamment le travail qui y est effectu&#233;, n'est envisag&#233; sous l'angle &#233;conomique qu'assez bri&#232;vement, sous l'angle sp&#233;cifique du travail de la femme ; dans ce cas pr&#233;cis une &#8216;compensation &#233;conomique' est envisag&#233;e, mais non pr&#233;cis&#233;e. Ce point est important : le travail domestique est &#224; peine mentionn&#233;, alors m&#234;me que par ailleurs la Doctrine sociale parle abondamment du travail, mais (hors cet exemple) c'est toujours du travail r&#233;mun&#233;r&#233; (N&#176; 256 sqq.). Elle voit dans le travail une dimension essentielle de l'accomplissement de l'homme, avec principalement en vue le travail dans l'&#233;conomie, &#224; l'ext&#233;rieur. Pourtant, m&#234;me si le point n'est pas d&#233;velopp&#233; comme tel dans les textes, il est manifeste que logiquement cette conception du travail doit s'appliquer int&#233;gralement aussi au travail domestique, car lui aussi doit &#234;tre vu comme lieu et moyen (partiel) de la plein r&#233;alisation de la personne humaine. On peut en d&#233;duire que tant la communaut&#233; familiale que la soci&#233;t&#233; devraient pleinement reconna&#238;tre la dignit&#233; essentielle, cr&#233;atrice, du travail ainsi accompli au sein de la famille, peut-&#234;tre plus encore que tout autre, et le besoin d'une r&#233;ciprocit&#233; ad&#233;quate. D'autant que le travail domestique n'est pas un loisir, qui d&#233;pend du seul arbitraire de l'individu ; c'est une t&#226;che socialement essentielle ; et que la soci&#233;t&#233; ne le reconna&#238;t pas &#224; sa juste valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;e, on pourrait ajouter que la famille, lieu par excellence du don, peut et doit jouer un r&#244;le important dans les d&#233;veloppements attendus par Beno&#238;t XVI dans Caritas in veritate sur le r&#244;le selon lui essentiel du don dans la totalit&#233; des activit&#233;s collectives, m&#234;me &#233;conomiques. Ainsi au N&#176; 36 : &#171; le grand d&#233;fi qui se pr&#233;sente &#224; nous [&#8230;] est celui de montrer, au niveau de la pens&#233;e comme des comportements, que [&#8230;] dans les relations marchandes le principe de gratuit&#233; et la logique du don, comme expression de la fraternit&#233;, peuvent et doivent trouver leur place &#224; l'int&#233;rieur de l'activit&#233; &#233;conomique normale. &#187; Et notamment (au 37) &#171; qu'il faut donner forme et organisation aux activit&#233;s &#233;conomiques qui, sans nier le profit, entendent aller au-del&#224; de la logique de l'&#233;change des &#233;quivalents et du profit comme but en soi. &#187; Or c'est justement ce que fait la famille. Notons pourtant que le pape ne la liste pas parmi les entit&#233;s fond&#233;es sur le principe du don mais ayant un r&#244;le &#233;conomique. C'est pourtant &#233;videmment ce qu'elle fait. En revanche le pape ouvre un espace au r&#244;le du don dans l'&#233;conomie m&#234;me, et &#224; la f&#233;condation mutuelle entre organisations, qu'elles soient fond&#233;es sur le march&#233;, sur le pouvoir d'Etat, ou sur le don. Ce qui int&#233;resse directement la famille. Perspective qui conduit &#224; r&#233;fl&#233;chir sur l'apport possible de la famille, cette entit&#233; &#233;conomique majeure bas&#233;e sur le don, au fonctionnement m&#234;me du reste de l'&#233;conomie, par f&#233;condation mutuelle. Apr&#232;s tout, autrefois, les unit&#233;s de production et les unit&#233;s familiales n'&#233;taient pas nettement distinctes. Que dire d'une entreprise qui reconna&#238;trait que ses collaborateurs sont d'abord des membres de famille plus que des individus porteurs d'une force de travail ? Et qui organiserait les carri&#232;res, f&#233;minines notamment (mais pas seulement), ou la programmation du travail, en int&#233;grant ce principe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se sur la Doctrine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, ce qui appara&#238;t ici dans l'enseignement de l'Eglise est une double s&#233;rie d'id&#233;es. D'un c&#244;t&#233;, la famille se r&#233;v&#232;le comme une unit&#233; communautaire profond&#233;ment originale, vitale pour la soci&#233;t&#233;, notamment pour la formation des enfants et l'avenir de tous, donc prioritaire. Par ailleurs, elle n'est pas fond&#233;e sur le calcul &#233;conomique, tout au contraire, mais sur la gratuit&#233;, le don et l'amour, qui d&#233;coule du mariage. Cela implique des devoirs envers elle de la part de la soci&#233;t&#233;, appel&#233;s &#224; se traduire en termes &#233;conomiques : de la part des employeurs, qui doivent int&#233;grer la vie familiale de leurs collaborateurs (voire leur r&#233;mun&#233;ration) comme un &#233;l&#233;ment essentiel ; et de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, par la fourniture de prestations &#233;conomiques &#224; la famille (sant&#233;, r&#233;mun&#233;ration compl&#233;mentaire, appui &#224; la libert&#233; scolaire, voire salaire familial etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, le fait est que la famille est aussi le lieu de r&#233;alisation d'un vrai travail. Si on suit la logique de la Doctrine, ce travail plus encore que tout autre a lui aussi comme tel une dignit&#233; majeure et devrait &#234;tre reconnu &#224; ce titre, d&#233;j&#224; &#224; l'int&#233;rieur de la famille m&#234;me, et par la soci&#233;t&#233; ensuite. Mais cette extension n'est pas faite de fa&#231;on explicite par la Doctrine, sauf tr&#232;s bri&#232;vement dans le cas des femmes. On peut ajouter que dans la logique de la Doctrine (m&#234;me si elle ne le dit pas non plus explicitement) ce travail comprend lui aussi une dimension majeure d'entrepreneuriat et de cr&#233;ativit&#233;, et un r&#244;le essentiel dans la r&#233;alisation de la personne concern&#233;e. Et m&#234;me poursuivre dans la ligne de Beno&#238;t XVI en soulignant que la famille &#233;tant le lieu principal d'affirmation et de mise en &#339;uvre du principe de gratuit&#233;, elle est logiquement et m&#234;me par excellence une de ces r&#233;alit&#233;s du secteur non-marchand dont on peut attendre une influence b&#233;n&#233;fique sur l'&#233;conomie, par fertilisation crois&#233;e au titre de la gratuit&#233; et du don. Voil&#224; un point o&#249; la Doctrine sociale devrait &#234;tre d&#233;velopp&#233;e et &#233;toff&#233;e ; mais elle contient d&#233;j&#224; les principes permettant cette &#233;laboration. Inutile bien s&#251;r, en revanche, de souligner l'ampleur du changement du regard, et des priorit&#233;s dans la soci&#233;t&#233;, que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant la question sous l'angle de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Le travail domestique et sa signification en &#233;conomie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On sait que la science &#233;conomique fait une redoutable impasse sur le travail domestique, le travail fait au sein de la famille, impasse qui peut para&#238;tre anodine au niveau des manuels universitaires, mais qui impacte gravement notre perception de la r&#233;alit&#233; et nos choix. Communaut&#233; de base de la soci&#233;t&#233;, la famille assure gratuitement des prestations vitales pour cette soci&#233;t&#233;, m&#234;me consid&#233;r&#233;es sous l'angle &#233;conomique le plus concret : outre la solidarit&#233; et les services mutuels de ses membres, elle est le lieu de la naissance et de l'&#233;ducation des enfants, donc, en termes mat&#233;riels, de la reproduction de la soci&#233;t&#233;, de la production du facteur &#233;conomiquement le plus important, l'homme ; c'est donc l'endroit o&#249; se fait l'investissement le plus vital pour elle. Or ce travail essentiel n'est comptabilis&#233; nulle part, et donc non consid&#233;r&#233;. L'impasse va m&#234;me plus loin, car &#224; bien des points de vue l'unit&#233; de base &#233;conomique r&#233;elle n'est pas l'individu, mais la famille, comme le notait le Compendium ; les gens prennent en effet leurs d&#233;cisions de d&#233;pense et d'investissement dans ce cadre. C'est donc l&#224; que la science &#233;conomique devrait examiner leur comportement, mais elle ne le fait que tr&#232;s rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aussi que le temps pass&#233; &#224; &#233;duquer des enfants est compt&#233; pour z&#233;ro - on ne compte que les d&#233;penses ext&#233;rieures qu'ils occasionnent, nourriture, logement et autres, au m&#234;me niveau que des animaux de compagnie. Si on rempla&#231;ait tous les enfants par des chats, on ne changerait pas grand-chose &#233;conomiquement. Pourtant &#224; terme on d&#233;truirait l'&#233;conomie, puisqu'il n'y aurait plus personne. Mais aucun indicateur ne le dira. Pourquoi cette impasse ? Parce que toutes les mesures d'activit&#233; &#233;conomique sont bas&#233;es exclusivement sur ce qui fait l'objet d'un paiement en argent. Toutes les transactions marchandes bien s&#251;r, mais aussi tout ce qui est li&#233; &#224; la puissance publique, imp&#244;ts et prestations. En revanche, ce qui est donn&#233; ou &#233;chang&#233; sans dimension mon&#233;taire n'est ni enregistr&#233; ni analys&#233; ; tout se passe comme si cela n'existait pas. Or comme on l'a dit, c'est vital, non seulement pour la vie commune en g&#233;n&#233;ral, mais pour la vie &#233;conomique elle-m&#234;me, m&#234;me prise au sens &#233;troit. Il y a donc une vraie faille dans l'analyse, et donc dans la r&#233;alit&#233; des d&#233;cisions. Une des cons&#233;quences de ceci est par exemple le fait que la d&#233;gradation collective qu'implique l'effondrement actuel de la natalit&#233; dans les pays avanc&#233;s, l'absent&#233;isme des parents, ou le rel&#226;chement de leur souci &#233;ducatif, n'est enregistr&#233;e nulle part. Pire, cela permet l'augmentation du PNB, si les parents en profitent pour d&#233;penser plus ailleurs, ou pour gagner plus. Les statistiques actuelles diront qu'il y a un progr&#232;s, alors qu'en termes de prestations r&#233;elles, il y aura r&#233;gression, &#233;ventuellement mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord bien s&#251;r une question de mesure &#233;conom&#233;trique. Il y a ensuite la question de la revalorisation des prestations : faut-il verser par exemple un salaire aux m&#232;res de famille ? Cela aurait l'avantage de souligner leur apport r&#233;el, qui est massif. En m&#234;me temps, la question va bien au-del&#224;. Car ce salaire, ou toute allocation familiale, ne sera jamais &#224; la hauteur de la contribution, car celle-ci est gratuite et unique. En fait il faut donc distinguer trois questions : celle de la prise en compte statistique du travail domestique ; celle de son &#233;ventuelle r&#233;mun&#233;ration sur le plan &#233;conomique ; et celle encore plus essentielle du changement n&#233;cessaire du regard sur l'activit&#233; domestique et par l&#224; sur l'activit&#233; humaine en g&#233;n&#233;ral, et notamment sur le r&#244;le de la gratuit&#233;. Dit autrement, refl&#233;ter comptablement ou p&#233;cuniairement la r&#233;alit&#233; de ce travail serait un progr&#232;s appr&#233;ciable, mais ne nous dispenserait pas d'une modification radicale du regard, qui doit nous conduire &#224; remettre cette communaut&#233; vitale qu'est la famille au centre de l'attention, y compris des &#233;conomistes. Tout en continuant &#224; la voir d'abord comme une communaut&#233; de don gratuit. Sans ce don, pas de soci&#233;t&#233;, pas d'&#233;conomie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mesure du travail domestique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'il y a un int&#233;r&#234;t r&#233;el &#224; tenter une mesure du travail domestique par des m&#233;thodes inspir&#233;es de l'&#233;conomie classique, comme l'ont tent&#233; de nombreux travaux. Les m&#233;thodes varient mais reposent pour l'essentiel sur des enqu&#234;tes, permettant d'&#233;valuer le temps pass&#233; &#224; diverses t&#226;ches domestiques : m&#233;nage, cuisine, enfants, bricolage, tris divers ou autres. Cela suppose de les d&#233;finir en les distinguant du travail r&#233;mun&#233;r&#233;, mais aussi du loisir pur. Ce temps est alors multipli&#233; par une &#233;valuation de co&#251;t horaire. Naturellement le r&#233;sultat varie de fa&#231;on importante selon la m&#233;thode utilis&#233;e. Notons que par d&#233;finition aucune de ces mesures ne fait r&#233;f&#233;rence au r&#233;sultat obtenu (ou &#224; l'importance sociale de l'activit&#233; concern&#233;e), c'est-&#224;-dire &#224; la valeur r&#233;elle de la production. Dans l'exemple le plus &#233;vident, celui de l'&#233;ducation des enfants, par de telles m&#233;thodes on ne mesure pas son impact sur les personnes concern&#233;es, futurs adultes, et par l&#224; sur la vie future de la soci&#233;t&#233;, m&#234;me limit&#233;e au seul angle &#233;conomique. On est donc par construction dans l'approximation. En outre on change ce faisant la nature de l'objet mesur&#233;. Une heure pass&#233;e avec la m&#232;re ou le p&#232;re ne se mesure pas comme une heure &#224; la cr&#232;che ou m&#234;me une heure avec la nounou. Il appara&#238;t au minimum qu'il faut en d&#233;duire que ces mesures ne sont qu'un indicateur partiel, selon les crit&#232;res de l'&#233;conomie mon&#233;taire, et non de l'&#233;conomie dans son ensemble, comprise comme production en g&#233;n&#233;ral. Cela n'en livre pas moins des r&#233;sultats int&#233;ressants. Pour faire simple, selon les m&#233;thodes, la production domestique est &#233;valu&#233;e &#224; 33 % du PIB au minimum, parfois plus de 50%. Et ce travail est majoritairement r&#233;alis&#233; par les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons les principales conclusions qu'on peut en tirer. La premi&#232;re est l'importance massive du travail domestique mesur&#233; selon les crit&#232;res de l'&#233;conomie mon&#233;taire, m&#234;me dans les hypoth&#232;ses les plus basses. Cela justifie de traiter cette activit&#233; comme un fait &#233;conomique majeur. La deuxi&#232;me est la mise en &#233;vidence du dilemme &#224; la fois scientifique et politique pos&#233; par l'absence de prise en compte de ces activit&#233;s dans le raisonnement collectif sur la production et consommation des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels du bien-&#234;tre. La troisi&#232;me, connue de tous intuitivement, est le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant des femmes dans cette activit&#233;. Notons que d&#232;s lors toute une partie de la litt&#233;rature s'efforce d'&#233;tudier comment r&#233;duire ce travail domestique, qui est per&#231;u comme un handicap pour les femmes et pour leur accomplissement dans leur vie professionnelle (ext&#233;rieure) du fait de la double t&#226;che. Pourtant, s'il y a un int&#233;r&#234;t &#233;vident &#224; r&#233;duire la part routini&#232;re de ce travail domestique, notamment en poursuivant le d&#233;veloppement d'&#233;quipements, ou la fourniture de services ext&#233;rieurs, il en est diff&#233;remment des services personnels comme le temps pass&#233; pour les enfants, ou le soin des personnes &#226;g&#233;es, qui para&#238;t qualitativement irrempla&#231;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, ce travail qui est donc consid&#233;rable compar&#233; avec les activit&#233;s &#233;conomiques, marchandes ou publiques, n'a par d&#233;finition pas de compensation mon&#233;taire directe - m&#234;me s'il peut avoir des compensations indirectes et partielles (prestations &#8216;sociales', cong&#233; parental, avantages &#233;ventuels en mati&#232;re de retraites etc.). Mais ces derni&#232;res sont acquises m&#234;me si les parents utilisent des services marchands pour assurer une partie de la t&#226;che. C'est d'ailleurs en un sens coh&#233;rent, car ce qui caract&#233;rise ce travail est pr&#233;cis&#233;ment d'&#234;tre le fruit d'un don, qui par d&#233;finition n'est pas fait en vue d'un paiement ou d'une prestation. Dans cette optique, les importantes difficult&#233;s m&#233;thodologiques des mesures qu'on vient d'&#233;voquer sont par elles-m&#234;mes porteuses d'une message : nous ne mesurons actuellement bien en &#233;conomie que ce qui fait l'objet d'un paiement (transactions marchandes), ou d'une contrepartie mon&#233;taire fix&#233;e par la loi (imp&#244;ts et cotisations, prestations sociales). Mais le reste n'en existe pas moins, tout en restant de nature diff&#233;rente, car il y a bien une diff&#233;rence importante entre ce qui fait l'objet d'une contrepartie mon&#233;taire et ce qui ne le fait pas. Il s'en d&#233;duit aussi que l'&#233;conomie limit&#233;e &#224; ce qui est mon&#233;taire n'est qu'une partie de l'&#233;conomie, elle-m&#234;me partie de la r&#233;alit&#233; humaine et sociale. Ce qui rejoint le message th&#233;ologique &#233;voqu&#233; en premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Signification de cette question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; son importance &#233;vidente, je n'&#233;laborerai pas ici la question tr&#232;s vaste du niveau souhaitable des compensations envisageables au r&#244;le de la famille (allocations familiales, prise en charge dans la retraite du fait que ce sont les enfants qui en r&#233;partition payent les retraites des autres, fiscalit&#233; tenant compte du service rendu par la famille &#224; la soci&#233;t&#233; y compris dans l'&#233;ducation des enfants ou les soins aux personnes &#226;g&#233;es etc.). A un niveau moins directement mon&#233;taire mais concret, je plaiderai pour l'instauration de cours d'&#233;conomie domestique dans les coll&#232;ges et lyc&#233;es : outre les notions pratiques que cela implique, cela s'int&#232;gre dans un contexte d'actualit&#233; avec l'&#233;cologie (car elle doit se traduire par un accroissement appr&#233;ciable du travail domestique, depuis le tri jusqu'&#224; la r&#233;flexion sur la consommation), la di&#233;t&#233;tique, ou la m&#233;decine pr&#233;ventive et curative, y compris infantile. En outre cela contribuerait activement &#224; rehausser le sens du travail domestique. Mais il me para&#238;t important de souligner la signification profonde du travail ainsi effectu&#233; dans la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, tout d'abord, une grande partie de la litt&#233;rature privil&#233;gie &#224; ce sujet la question de l'&#233;galit&#233; entre hommes et femmes. Dans cette optique on tend presque in&#233;vitablement &#224; ne pas se concentrer sur le travail domestique pris en lui-m&#234;me, mais sur la division du travail au sein du couple. Question &#233;videmment importante, mais qui n'&#233;puise pas le sujet. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le travail domestique serait &#233;galement r&#233;parti entre les deux sexes, on aurait &#233;limin&#233; la relation entre sexes, mais on n'aurait pas trait&#233; la question du travail domestique. Or une partie essentielle du travail humain est n&#233;cessairement domestique, soit parce qu'il ne peut &#234;tre assur&#233; autrement, soit parce qu'il est bien mieux assur&#233; par ce moyen. En outre, disons-le clairement, le r&#244;le des deux sexes ne peut y &#234;tre le m&#234;me ; et les personnes r&#233;elles en sont convaincues, les femmes en premier lieu. D&#232;s lors, une politique visant &#224; r&#233;aliser une &#233;galit&#233; absolue, si elle &#233;tait impos&#233;e, d&#233;boucherait sur un r&#233;sultat global moins bon (enfants moins bien &#233;lev&#233;s, foyers moins accueillants, divorces etc.). Mais il en r&#233;sulte inversement que dans nos soci&#233;t&#233;s o&#249; la dimension mon&#233;taire est pr&#233;pond&#233;rante, les femmes sont moins bien reconnues, moins bien trait&#233;es, alors m&#234;me que leur apport est litt&#233;ralement vital. Nous percevons ici une corr&#233;lation entre la pr&#233;dominance des consid&#233;rations mon&#233;taires dans la soci&#233;t&#233; et le statut des femmes. Dit autrement, la mon&#233;tarisation de la soci&#233;t&#233; telle que nous la vivons p&#233;nalise d'abord les femmes. Mais la solution ne para&#238;t pas non plus &#234;tre dans une mon&#233;tarisation universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale que la mon&#233;tarisation d'une relation en change souvent la nature. S'agissant du travail domestique, il en est de m&#234;me, et l'exemple des enfants est ici le plus &#233;vident. Une substitution partielle par des services marchands ou publics peut parfois ne pas poser de probl&#232;me technique (garde partielle des enfants, achat de plats tout pr&#233;par&#233;s, personnel de maison etc.). Mais personne n'envisage de confier enti&#232;rement ses enfants &#224; des prestataires ext&#233;rieurs et ne pas passer de temps avec eux ; et personne ne pr&#233;tend que cela revient au m&#234;me. De m&#234;me, personne ne met sur le m&#234;me plan la vie en commun d'une famille avec les prestations d'un h&#244;tel ou d'un restaurant. Que la m&#232;re de famille fasse la cuisine et le m&#233;nage, ou recoure &#224; des prestataires (en assurant elle-m&#234;me un travail r&#233;mun&#233;r&#233; ailleurs), a un effet diff&#233;rent en termes &#233;conom&#233;triques car le PNB sera plus grand dans le deuxi&#232;me cas, mais pas n&#233;cessairement la qualit&#233; du r&#233;sultat, tout au contraire. Mais comme on voit les rapports sociaux changeront : &#224; qualit&#233; de repas semblable, manger en famille, ou consommer chacun de son c&#244;t&#233; change la nature de la soci&#233;t&#233; o&#249; on vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point essentiel ici est qu'une partie appr&#233;ciable de la prestation re&#231;ue au sein de la famille ne vaut que parce qu'elle n'est pas mon&#233;taire, en clair, parce que c'est un don. Cela nous rappelle qu'on ne peut traiter la distinction entre le don et le secteur mon&#233;taire en termes purs et simples de faisabilit&#233;. Ce sont des domaines diff&#233;rents, le don faisant un trio avec le secteur marchand et le secteur &#233;tatique : on retrouve ici Beno&#238;t XVI. Mais alors on ne r&#233;soudra pas le probl&#232;me en r&#233;sorbant le don que repr&#233;sente le travail familial dans le secteur marchand, ni m&#234;me en le compensant par des prestations sociales, m&#234;me si c'est justifi&#233; et indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'unit&#233; pertinente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, la question de l'unit&#233; pertinente pour l'analyse des faits humains et sociaux est sous-jacente aux r&#233;flexions qui pr&#233;c&#232;dent. Les analyses &#233;conomiques actuelles sont sous-tendues par une conception individualiste, les relations entre individus se r&#233;solvant ensuite dans des transactions mon&#233;taires (commerciale ou publique). La perspective change si pr&#233;cis&#233;ment on cesse de voir l'unit&#233; pertinente dans le seul individu, et qu'on la d&#233;place au moins partiellement dans la famille. Car alors la r&#233;flexion qu'on vient de faire se retrouve, de fa&#231;on multipli&#233;e : comme le rapport humain y est radicalement diff&#233;rent, recentrer l'attention sur la famille aboutit aussi &#224; recentrer en partie l'attention sur le don, lui-m&#234;me fond&#233; sur l'amour, la famille &#233;tant, par le mariage, la seule communaut&#233; humaine fond&#233;e sur l'amour. Or apr&#232;s tout la famille et les autres communaut&#233;s sont intervenues avant les march&#233;s (et l'Etat). La famille est par l&#224; une source d'abondance dans un monde de raret&#233;. Car en son sein il n'y a pas lieu de commercer pour obtenir un b&#233;n&#233;fice mutuel. Les ressources restent rares, mais la distribution se fait selon les besoins, non selon la capacit&#233; &#224; payer. Ce qui peut appara&#238;tre id&#233;aliste, mais le fait est que les familles font cela tous les jours, m&#234;me si aucune ne r&#233;alise cet objectif pleinement. Et ce faisant elles produisent un bien rare et pr&#233;cieux : des enfants &#233;duqu&#233;s. Et elles ont par l&#224; une contribution essentielle &#224; la vie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, si on veut pr&#233;server la r&#233;alit&#233; et l'apport propre de la famille, c'est elle qu'il faut voir comme unit&#233; de base, &#224; la fois de fa&#231;on non &#233;conomique, et dans le champ de l'&#233;conomie - mais en changeant tr&#232;s profond&#233;ment le sens de ce terme. Bien entendu, cela ne fait pas dispara&#238;tre la question des rapports au sein de la famille, et notamment du r&#244;le respectif de la femme et de l'homme. Mais cela la met dans une lumi&#232;re toute diff&#233;rente. Dans une telle perspective, en coh&#233;rence avec l'enseignement th&#233;ologique de la premi&#232;re partie, c'est la famille qui est remise au centre, et plus largement la perspective d'un rapport entre les personnes fond&#233; sur la gratuit&#233; et le don mutuel et centr&#233; sur leur plein d&#233;veloppement, au sein d'une soci&#233;t&#233; int&#233;grant d'autres dimensions que la seule &#233;conomie mon&#233;taire. Une telle perspective ne remet pas en soi en cause le calcul &#233;conomique bas&#233; sur les dimensions mon&#233;taires, mais il le relativise dans une sph&#232;re bien d&#233;termin&#233;e de l'activit&#233; humaine, qui a ses lois et ses r&#232;gles l&#233;gitimes, mais qui n'est qu'une partie du tout. D'o&#249; un changement radical du regard, qui d&#233;coule directement de la conception chr&#233;tienne du mariage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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