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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Transhumanisme et financement de la recherche scientifique : les enjeux</title>
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		<dc:date>2019-05-07T15:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immortalit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La recherche scientifique et technique joue une r&#244;le croissant et d&#233;sormais pr&#233;pond&#233;rant pour d&#233;terminer la base mat&#233;rielle de notre civilisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or nous connaissons deux ph&#233;nom&#232;nes nouveaux : d'une c&#244;t&#233;, des firmes, n&#233;es r&#233;cemment de la vague Internet, qui ont des moyens colossaux et les investissent massivement dans la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, l'id&#233;ologie du transhumanisme, qui se propose de d&#233;passer l'homme par la technique, avec tous les risques que cela comporte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quels sont les enjeux de ces &#233;volutions consid&#233;rables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article tir&#233; d'un intervention en mars 2019 dans le cadre de l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales dont le th&#232;me annuel &#233;tait : D&#233;passer l'humain, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Transhumanisme-233-+.html" rel="tag"&gt;Transhumanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Immortalite-+.html" rel="tag"&gt;Immortalit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cadre : technologie et succ&#232;s financier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d&#233;veloppement technologique suppose un financement : au stade de la recherche puis &#224; celui du d&#233;veloppement. Il peut &#234;tre public ou priv&#233;, et en g&#233;n&#233;ral combine les deux. On pense que c'est parfaitement rationnel. C'est en un sens vrai a priori, dans l'objectif que se proposent les acteurs ; mais ce l'est en tout cas beaucoup moins dans le r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, comme le montre l'histoire, le lien entre l'objectif initial de la recherche et ses effets peut &#234;tre tr&#232;s t&#233;nu et souvent inattendu. Par exemple il faut souligner la dimension importante de la recherche militaire. Non seulement quantitativement, mais aussi qualitativement, et dans de nombreux domaines. Mais en m&#234;me temps, elle peut avoir des effets totalement impr&#233;visibles, comme le montre l'exemple spectaculaire de l'Internet, qui d&#233;rive de recherches de l'US Army. Dans un tel cas d'ailleurs, m&#234;me si l'investissement initial a trouv&#233; ensuite une r&#233;mun&#233;ration, ce n'est pas en proportion de son effet : la valeur r&#233;elle de la d&#233;couverte de l'Internet n'a d'ailleurs jamais fait l'objet d'une r&#233;mun&#233;ration. L'investissement priv&#233; est en principe plus contraint en termes de r&#233;mun&#233;ration de son r&#233;sultat &#8211; mais l&#224; aussi l'inventeur ne tire pas toujours le plein profit de son invention : le PC a &#233;t&#233; invent&#233; par IBM, mais d&#233;velopp&#233; par d'autres, et sur une &#233;chelle qu'IBM n'avait pas pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on remonte dans l'histoire, on constate un r&#244;le massivement croissant de l'innovation scientifique. Sans parler de la r&#233;volution technique m&#233;di&#233;vale, la premi&#232;re r&#233;volution industrielle &#233;tait peu scientifique et surtout technique, &#224; la limite d'une artisanat astucieux (machine &#224; vapeur, textile etc.). Mais la situation a &#233;volu&#233; en profondeur avec la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle et des d&#233;couvertes comme la chimie, l'&#233;lectricit&#233;, puis le t&#233;l&#233;phone, la voiture, l'&#233;lectro-m&#233;nager, l'avion etc. Investisseurs et industriels ont alors compris l'int&#233;r&#234;t strat&#233;gique de la recherche. Mais &#224; nouveau ce ne sont pas toujours les inventeurs ou les premiers industriels qui ont accumul&#233; des fortunes massives. Celles-ci apparaissent surtout au stade de l'industrialisation de la d&#233;couverte, et encore pas toujours. Et certains secteurs n'ont pas rentabilis&#233; l'argent investi pendant plusieurs g&#233;n&#233;rations (ainsi le transport a&#233;rien). En outre et surtout il faut souligner le r&#244;le tr&#232;s important de la recherche sous fonds publics, et notamment comme on l'a vu, militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, &#224; ces diverses &#233;poques, le fait est que la recherche restait financi&#232;rement relativement peu gourmande et demandait donc relativement peu aux organismes qui la finan&#231;aient. La situation a massivement chang&#233; depuis. Internet notamment a massivement frapp&#233; les imaginations, du fait des &#233;normes fortunes amass&#233;es en moins de 20 ans par les fondateurs des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), et plus encore du fait des &#233;normes profits de ces entreprises, notamment li&#233;s &#224; la possibilit&#233; de cr&#233;er un effet de monopole et de rente qui est unique. En effet la plupart des innovations du pass&#233; cr&#233;aient une effet de monopole ou de rente dans un premier temps, mais il disparaissait assez vite avec la concurrence. La situation est diff&#233;rente ici. C'est en effet un jeu o&#249; celui qui impose sa norme rafle tout le march&#233; (par acceptation g&#233;n&#233;rale du standard et non par une d&#233;cision publique) et met ce faisant la main sur des ressources colossales. Les marges sont &#233;normes pour le gagnant, car le march&#233; est immense et les co&#251;ts faibles : c'est en un sens un profit de rente (comme une rente fonci&#232;re ou mini&#232;re), quoique d'origine diff&#233;rente. Dans ce cas, la raret&#233; vient en effet du standard (en outre entretenu par la recherche) et non d'une rente physique. Mais il est vrai aussi qu'elle est plus fragile que celle-ci, car &#224; la merci de nouveaux d&#233;veloppements technologiques, le risque pour la firme dominante &#233;tant de voir une nouvelle invention lui faire perdre sa position centrale ; ou m&#234;me le produit &#234;tre surclass&#233; par autre chose. En m&#234;me temps, dans l'intervalle, les autorit&#233;s de concurrence sont assez d&#233;munies face &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne. Un tel fait est probablement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, m&#234;me toutes proportions gard&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte en outre une formidable capacit&#233; d'investissement de ces firmes, et donc esp&#232;rent-elles la possibilit&#233; de r&#233;&#233;dition de leur exploit. Ce qui subsiste en revanche est la grande incertitude sur les succ&#232;s non seulement techniques, mais surtouts financiers de ces recherches. On voit notamment des investissements massifs dans deux domaines : l'informatique/&#233;lectronique au sens large (y compris l'intelligence artificielle) ainsi que l'Internet ; et les biotechnologies. On investit massivement parce qu'on sait (depuis 20 ans) que ce qui marche peut &#234;tre formidablement payant, dans le cas des r&#233;ussites, &#224; c&#244;t&#233; d'une tr&#232;s grande majorit&#233; des recherches dont on sait qu'elles rendront peu ou pas. L'incertitude sur l'avenir est maximale, seule subsiste l'esp&#233;rance de r&#233;sultats massifs quand cela marche, sachant que c'est rare. Si donc l'&#233;conomie pilote la science ou la technique, ce n'est pas de fa&#231;on s&#251;re : on joue &#224; une roulette o&#249; les martingales larges peuvent esp&#233;rer &#234;tre gagnantes ; mais o&#249; le r&#233;sultat vraiment payant n'est pas param&#233;trable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, de tels investissements sont par nature tr&#232;s diff&#233;rents du mod&#232;le de recherche planifi&#233; qu'on a naturellement en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles recherches, qui sont comme on l'a vu loin d'&#234;tre pr&#233;visibles dans leur effet, peuvent avoir un impact collectif majeur sur la soci&#233;t&#233;. D'o&#249; des inqui&#233;tudes que manifestent plusieurs ouvrages d'anticipation . On peut imaginer le r&#244;le de tels syst&#232;mes branch&#233;s devenir central dans la vie des gens, tout en restant la propri&#233;t&#233; d'entreprises commerciales qui restent telles (et donc sans devenir un pouvoir politique au sens propre). Cela peut glisser vers une capacit&#233; de surveillance universelle, notamment de la sant&#233; et des m&#339;urs, qui peut jouer une r&#244;le important dans ce qu'on appelle le transhumanisme au sens large. Car cela veut dire concr&#232;tement qu'une firme peut &#234;tre amen&#233;e &#224; d&#233;finir des m&#339;urs et une forme d'&#233;thique. Selon Carlo D'Asaro Biondo l'&#233;thique de Google (dont il est un dirigeant) consiste &#224; &#234;tre contre toute violence, toute attaque sur les mineurs, etc. Cela peut para&#238;tre aller de soi ; mais ce m&#234;me dirigeant ajoute en outre qu'il y a un fort attachement des fondateurs au respect de la diversit&#233;, au refus de discrimination raciale, sexuelle etc. Facebook fait signer une charte aux annonceurs, o&#249; domine l'id&#233;e de comportement non-haineux et du refus de toute discrimination. L&#224; on entre dans le politique et le moral. Mais on le notera, ces objectifs &#233;thiques sont assez conformistes : ils refl&#232;tent des th&#232;mes d&#233;j&#224; dominants id&#233;ologiquement. A ce stade, ces firmes ne g&#233;n&#232;rent donc pas une vision propre en la mati&#232;re ; elles prennent dans la soci&#233;t&#233; ce qu'elles y trouvent. Mais elles lui donnent une force bien sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons un fait apparemment trivial mais important : ces firmes sont dirig&#233;es par des personnes jeunes, sans sp&#233;cificit&#233; au d&#233;part, sans formation ni exp&#233;rience politique ou philosophique, a fortiori religieuse, qui ont r&#233;ussi dans des proportions radicalement inimaginables au d&#233;part sur la base d'un id&#233;e g&#233;niale d'algorithme, et qui n'ont pas connu d'&#233;chec majeur dans leur vie. Cette situation est elle-m&#234;me sans pr&#233;c&#233;dent. Dit en un mot, ce sont logiquement des gens qui spontan&#233;ment ne doutent de rien. Mais qui sont tr&#232;s d&#233;contenanc&#233;s devant les questions qui &#233;mergent, comme on l'a vu r&#233;cemment avec Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transhumanisme : l'homme augment&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel r&#244;le cela peut-il jouer en faveur du transhumanisme ? Il est dans cette perspective un mythe tr&#232;s puissant, car il est peut-&#234;tre le seul &#224; la dimension de l'Internet (qu'on peut d&#233;crire comme la connexion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'humanit&#233;). Sous ses formes diverses, il attire donc des sommes &#233;normes. Il est possible que la rentabilit&#233; finale en soit faible, mais m&#234;me alors cela n'exclura pas des effets appr&#233;ciables, tant financiers que sociaux. L&#224; plus encore qu'ailleurs on cherche tous azimuts, sachant que le gros des efforts est perdu mais que le peu qui gagne est tr&#232;s r&#233;mun&#233;rateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand on dit transhumanisme il faut savoir de quoi on parle. Selon les cas le d&#233;bat sera tr&#232;s diff&#233;rent. Il y a d'abord un transhumanisme &#8216;mod&#233;r&#233;', type &#171; homme augment&#233; &#187;. Mais tout homme utilisant un outil, montant sur un v&#233;hicule, regardant un t&#233;lescope etc., est un homme augment&#233;. Cela ne remet donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. En un sens m&#234;me cela la fonde : l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation, parce qu'il est un esprit qui dans son op&#233;ration &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re. Un &#234;tre humain qui par effet biologique ou proth&#232;se technique verrait bien mieux, courrait plus vite, calculerait beaucoup plus vite etc., resterait dans ce champ. Nous avons d&#233;j&#224; des gens plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Naturellement, le fait que cette capacit&#233; d'augmentation soit caract&#233;ristique de l'homme ne signifie pas qu'elle soit toujours bonne pour lui, loin de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;sormais on pourra acheter cette augmentation, et elle peut devenir cumulative. Les plus riches risquent alors d'avoir sans cesse plus de succ&#232;s. Cela ne changerait rien d'essentiel &#224; la nature de l'homme, mais poserait d'&#233;normes probl&#232;mes sociaux. Et naturellement et surtout, ce serait un &#233;norme march&#233;. Ce qui accro&#238;t massivement la rationalit&#233; &#233;conomique des investissements faits en la mati&#232;re. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s actuelles, mais si ces recherches d&#233;bouchent (et &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; un nombre non n&#233;gligeable d'entre elles le feront) on n'a donc encore rien vu. Bien s&#251;r il pourra y avoir d&#233;mocratisation ensuite - comme on l'a constat&#233; dans le pass&#233; pour l'automobile : jug&#233;e &#234;tre une provocation en 1900 car privil&#232;ge des tr&#232;s riches, elle est devenue le symbole de la consommation de masse trois g&#233;n&#233;rations apr&#232;s. Mais rien ne dit que ce sch&#233;ma se reproduira automatiquement. C'est d'autant plus vrai que contrairement aux &#233;poques ant&#233;rieures nous sommes dans une &#233;conomie qui prend de plus en plus conscience du fait que ses ressources sont limit&#233;es ; ce qui implique une comp&#233;tition croissante pour l'acc&#232;s &#224; ces ressources rares, ce qui &#224; son tour est un puissant facteur d'in&#233;galit&#233;. Il peut d&#232;s lors y avoir distance croissante entre une minorit&#233; ultra performante (qui pourra alors se sentir d'une autre nature que la masse) et le reste. Inutile de dire qu'il y a l&#224; des enjeux financiers majeurs : puissance des sens, capacit&#233; intellectuelle, r&#233;sistance aux maladies, performances physiques, etc. tout cela est tr&#232;s prometteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel peut &#234;tre le sens de tels d&#233;veloppements ? Il faut prendre en compte ici la puissance de ces mythes, leur force de fascination. On a &#233;voqu&#233; avec le Pr Weizmann les mutations biologiques. Comme il nous l'a rappel&#233;, un pas suppl&#233;mentaire a &#233;t&#233; franchi avec le CRISPR : cela pourrait m&#234;me permettre que les modifications h&#233;r&#233;ditaires soient transmises aux g&#233;n&#233;rations suivantes. Mais c'est une technique peu co&#251;teuse et facile &#224; r&#233;aliser &#8211; avec le risque que cela perp&#233;tue une erreur. Et les obstacles juridiques sont minces : ces barri&#232;res sont sans poids face &#224; la facilit&#233; d'utilisation de la technique. On peut donc consid&#233;rer comme une quasi-certitude qu'elle sera activement d&#233;velopp&#233;e. Et de fa&#231;on tr&#232;s d&#233;centralis&#233;e, dans de vraies start-ups. En d'autres termes, &#224; c&#244;t&#233; des mastodontes, les jeunes mammif&#232;res ont leurs chances dans la course &#224; la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on sait d'autres hybridations sont concevables. Le cyborg est par exemple l'id&#233;e d'une fusion de l'homme et de la machine, et l'intelligence artificielle peut &#234;tre une tentative de reproduction du fonctionnement du cerveau humain &#224; l'int&#233;rieur d'un ordinateur. Dans ces deux cas, il s'agit d'une sorte d'intrusion de l'univers m&#233;canique et num&#233;rique &#224; l'int&#233;rieur de la chair et de l'esprit. Mais comme la pens&#233;e, l'&#226;me ou la conscience de l'homme utilisent des supports mat&#233;riels, de tels projets sont, dans une certaine mesure, concevables m&#234;me dans une perspective philosophique non mat&#233;rialiste. Ils repr&#233;sentent alors une menace pour notre humanit&#233; dans la mesure o&#249; ils pourraient modifier notre rapport aux autres et au monde, outre bien s&#251;r l'effet d'in&#233;galit&#233; qu'on a relev&#233;, qui est sans doute le plus significatif. Nos perceptions, nos sentiments, notre exp&#233;rience charnelle de la r&#233;alit&#233; &#224; travers nos sens seraient susceptibles d'&#234;tre profond&#233;ment transform&#233;s. Si cet interfa&#231;age homme/machine semble enthousiasmer les partisans les plus radicaux de l'&#232;re digitale, il suscite l'appr&#233;hension d'une tr&#232;s grande part de nos contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, cela ne change pas la condition ultime de l'homme comme tel (un cyborg reste en un sens un homme avec ses vuln&#233;rabilit&#233;s) mais cela peut bouleverser la soci&#233;t&#233; en en accentuant les traits existants. Ce n'est pas l'id&#233;e d'am&#233;lioration qui est en soi le probl&#232;me, car par d&#233;finition, rechercher une am&#233;lioration (un mieux, et donc quelque chose qui va plus loin dans le sens du bien) est en soi un bien ; mais &#224; condition &#233;videmment de savoir ce qu'est le bien. Or la sagesse chr&#233;tienne (et d'autres) nous enseigne que notre bien ultime n'est pas dans la mati&#232;re et sa maitrise, qui ne sont qu'instrumentaux. Comme on voit donc, la question de fond est anthropologique. Comme le rappelle le P. Thierry Magnin , il y a ici la source d'une illusion majeure, issue de la croyance grandissante que les technologies vont lib&#233;rer l'homme de ses difficult&#233;s ou m&#234;me de ses limites ; ou m&#234;me de d&#233;passer toutes ses limites. L'image du cyborg invuln&#233;rable est parfaitement utopique ; car il y aura toujours des grains de sable. Mais elle offre l'illusion de sortir de la condition humaine, ce qui est propre &#224; attirer les amateurs, et donc les budgets. Ce qui aura in&#233;vitablement certains r&#233;sultats, bons ou mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un risque existe, autre que celui de l'in&#233;galit&#233; ; c'est celui de l'appauvrissement de l'humain. Le P. Thierry Magnin souligne par exemple que la croyance transhumaniste nous parle &#171; d'une humain certes augment&#233; dans certaines fonctionnalit&#233;s mais plut&#244;t simplifi&#233;, robotis&#233; et finalement diminu&#233; car quelque peu standardis&#233; &#224; partir de fonctions &#224; optimiser &#187;. Tout contr&#244;ler rend la vie triste. La douleur n'est pas qu'une effet physique, elle d&#233;pend de la focalisation. Quel serait l'impact des implants c&#233;r&#233;braux sur la personnalit&#233; des hommes ainsi augment&#233;s ? Quelle serait sa libert&#233; ? Il n'y a pas de r&#233;ponse. Mais dans la psychologie qui nous domine aujourd'hui, c'est tr&#232;s attractif. Et donc il y aura des budgets de recherche ; et si cela d&#233;bouche, des clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment, dans la r&#233;alit&#233; la mort sert &#224; renouveler le vivant (les cellules meurent en permanence). Une soci&#233;t&#233; immortelle se figerait bien vite. Lacan disait que si la vie &#233;tait sans fin, l'homme deviendrait fou. La mort n'est donc pas une d&#233;faite de l'humain. Dans le r&#244;le indispensable des limites, une place est donc &#224; faire &#224; cette limite supr&#234;me, la mort. La sagesse conduirait donc a priori &#224; ne pas d&#233;sirer une soci&#233;t&#233; o&#249; elle dispara&#238;trait. Mais il est &#233;vident qu'en revanche il y aurait des clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transhumanisme : l'homme transcend&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette importance de la perspective anthropologique est encore plus grande quand on passe au deuxi&#232;me niveau du transhumanisme, car l'enjeu devient alors m&#233;taphysique. En effet, si on pousse &#224; son terme la logique du transhumanisme, son objectif en fin de compte (son mythe) est une forme d'immortalit&#233;, en tout cas de ma&#238;trise radicalement diff&#233;rente de l'homme sur lui-m&#234;me et par exemple un &#234;tre post-humain qui ne serait plus d&#233;pendant de son corps biologique actuel. L'hypoth&#232;se sous-jacente limite est que par la technologie on puisse donner un support diff&#233;rent &#224; l'&#226;me d'une personne, donc qu'on puisse l'appr&#233;hender comme un programme informatique au sens large et la restituer sur une base physique ou biologique. Ce transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste. En effet, selon les conceptions spiritualistes au sens large, il est exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel puisse s'emparer de l'&#226;me ou de l'esprit, notamment afin de refabriquer un &#234;tre dont elle serait la m&#233;moire et la volont&#233;. Si donc les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve indiscutable que le mat&#233;rialisme a raison et que les conceptions spirituelles sont fausses. Ce serait un cas exceptionnel o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, m&#234;me si on se situe dans un cadre de pens&#233;e mat&#233;rialiste, le succ&#232;s n'est en rien assur&#233;. Rappelons tout simplement que par exemple la physique quantique nous rappelle que le r&#233;el est fondamentalement voil&#233; : la nature n'est pas r&#233;ifiable. Il y a donc semble-t-il une limite &#224; ce qu'il est possible de faire, m&#234;me en restant au niveau mat&#233;rialiste. Ce qui nous est donn&#233; d&#233;passe tout ce que nous pouvons esp&#233;rer construire. Peut-&#234;tre que le match entre mat&#233;rialistes et croyants n'aura jamais de r&#233;ponse en ce monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, inversement, m&#234;me dans le cas o&#249; l'op&#233;ration r&#233;ussirait, on ne sortirait pas de la mati&#232;re. L'homme augment&#233; m&#234;me potentiellement &#8216;immortel' resterait un simple dispositif technique ; il le serait m&#234;me plus encore que l'homme d'autrefois, car il serait d&#233;sormais d&#233;montr&#233; qu'il n'est que cela, avec la vuln&#233;rabilit&#233; que cela implique. La vuln&#233;rabilit&#233; de la mati&#232;re (car la vuln&#233;rabilit&#233; ultime n'est pas celle de l'homme ou de la vie, mais celle de la mati&#232;re) subsisterait int&#233;gralement : un programme &#231;a s'efface, une machine, &#231;a se casse &#8211; d'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires (erreur techniques, ast&#233;ro&#239;de malencontreux etc.). Cela n'a rien &#224; voir avec la vie &#233;ternelle et la contemplation de Dieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de l'IA (intelligence artificielle au sens radical du terme). Fabriquer un &#234;tre qui r&#233;ellement penserait supposerait qu'il ait une forme de conscience. Une machine de traitement du langage ou de traduction ne conna&#238;t pas v&#233;ritablement ce qu'est le sens. La conscience suppose une premi&#232;re personne. Une telle IA suppose qu'on ferait de la 1&#232;re personne &#224; partir de la 3e : on ne voit pas comment cela est possible. Sauf &#224; nouveau si le mat&#233;rialisme a raison. Mais c'est qu'alors la personne n'est pas une personne, mais un simple algorithme. Et donc en d&#233;finitive, m&#234;me s'ils gagnaient, en regard de leurs r&#234;ves nos mat&#233;rialistes auraient perdu. Mais encore une fois, il y aura de l'argent pour explorer ces voies, beaucoup d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux et possibilit&#233;s d'action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est donc que beaucoup d'argent s'investit dans ces recherches diverses&#8230;et en outre qu'elles ont des chances d'avoir certains d&#233;bouch&#233;s, m&#234;me s'ils diff&#232;rent des objectifs initiaux. Il y a donc ici un enjeu majeur pour ceux qui ne partagent pas la philosophie implicite de ces recherches, qui est d'abord d'ordre politique et collectif : comme il est exclu d'aligner des investissements de cette amplitude dans un sens plus humaniste, c'est d'abord la question de la surveillance et de l'orientation de cette recherche qui est pos&#233;e. Or les moyens publics (&#233;tatiques) pour ce faire sont limit&#233;s, tardifs et souvent assez aveugles : pas inutiles mais partiels. In&#233;vitablement donc, ces recherches avancerons. Et donc des entit&#233;s priv&#233;es (les firmes qu'on a cit&#233;es) ou sous contr&#244;le public mais dans des pays autoritaires &#224; philosophie diff&#233;rente (Chine) se trouvent d&#233;sormais dot&#233;es d'une capacit&#233; de bouleversement de nos soci&#233;t&#233;s qui est sans pr&#233;c&#233;dent en termes non seulement quantitatifs, mais qualitatifs. Sans parler des sous-produits de la recherche militaire. Nous ne pourrons dans une mesure tr&#232;s importante pas les en emp&#234;cher&#8230; Et ils auront beaucoup plus d'argent et de moyens intellectuels que nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche nous pouvons tenter d'agir au niveau de la culture collective, car on l'a vu la philosophie sous-jacente en est assez pauvre ; pour faire un peu de Gramsci, la question de l'h&#233;g&#233;monie culturelle est pos&#233;e. Qui peut d'ailleurs se traduire en termes financiers, car les march&#233;s sont tr&#232;s sensibles. Si en effet s'accr&#233;dite publiquement l'id&#233;e que tel ou tel comportement est r&#233;pr&#233;hensible, et que les cours (de bourse) en p&#226;tissent, les entreprises en tiennent compte ; cela peut d&#233;boucher sur une forme de pression coercitive, soit par la loi, soit par les march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait encore plus vrai s'il existait &#224; un niveau suffisant une finance sensible &#224; ces valeurs collectives, et construite pour cela : une variable d'ISR (investissement socialement responsable), mais bien plus exigeante, car bas&#233;e sur une anthropologie &#233;toff&#233;e et solide. Notamment celle de la Doctrine sociale de l'Eglise. Une des objectifs naturels en serait de capter assez d'argent pour orienter une partie des recherches dans le bon sens. Ou au moins, surveiller les recherches des autres. Naturellement on l'a dit, la probabilit&#233; est qu'il y aurait beaucoup moins de ressources que dans la recherche dominante, et de fa&#231;on &#233;crasante. Mais moralement, ce qui compte est de faire ce qu'on a &#224; faire. Car la le&#231;on finale est que ces &#233;volutions dantesques ne sont ni pr&#233;visibles ni m&#234;me v&#233;ritablement pilot&#233;es. Il appara&#238;t donc que plus que jamais notre faiblesse est notre principale force, car elle nous conduit &#224; reconna&#238;tre que nous sommes entre les mains de Dieu. Qui tire toujours un bien d'un mal et a d&#233;j&#224; vaincu le mal&#8230; adjutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit coelum et terram. Du pain sur la planche pour les catholiques, et plus g&#233;n&#233;ralement les hommes de bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Intervention &#224; l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales le 14 mars 2019, un peu abr&#233;g&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Finance, technologie et enjeux de soci&#233;t&#233; </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Finance-technologie-et-enjeux-de-societe.html</link>
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		<dc:date>2018-05-28T13:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>
		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Intervention au colloque du Centre catholique pour l'Unesco (CCIC) et de l'Acad&#233;mie catholique, le 4 mai 2018 : &#034;PUISSANCES TECHNOLOGIQUES ET ETHIQUE DE LA FINITUDE HUMAINE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la dimension financi&#232;re et les enjeux du transhumanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Transhumanisme-233-+.html" rel="tag"&gt;Transhumanisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cadre : technologie et succ&#232;s financier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout d&#233;veloppement technologique suppose un financement : au stade de la recherche puis &#224; celui du d&#233;veloppement. Il peut &#234;tre public ou priv&#233;, et en g&#233;n&#233;ral combine les deux. Mais le lien entre l'objectif initial de la recherche et ses effets peut &#234;tre tr&#232;s t&#233;nu et souvent inattendu. Par exemple il faut souligner la dimension importante de la recherche militaire. Non seulement quantitativement, mais qualitativement, et avec des effets totalement impr&#233;visibles, comme le montre l'exemple spectaculaire de l'Internet qui d&#233;rive de recherches de l'US Army. Dans un tel cas, m&#234;me si l'investissement est r&#233;mun&#233;r&#233; ensuite, il ne l'est pas en proportion de son effet (la valeur r&#233;elle de la d&#233;couverte de l'Internet n'a d'ailleurs jamais fait l'objet d'une r&#233;mun&#233;ration). L'investissement priv&#233; est en principe plus contraint en termes de r&#233;mun&#233;ration de son r&#233;sultat &#8211; mais l&#224; aussi l'inventeur ne tire pas toujours le plein profit de son invention : le PC a &#233;t&#233; invent&#233; par IBM mais d&#233;velopp&#233; par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on remonte dans l'histoire, on constate un r&#244;le massivement croissant de l'innovation scientifique. Sans parler de la r&#233;volution technique m&#233;di&#233;vale, la premi&#232;re r&#233;volution industrielle &#233;tait peu scientifique et surtout technologique (machine &#224; vapeur, textile etc.). La situation a &#233;volu&#233; avec la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle et des d&#233;couvertes comme la chimie, l'&#233;lectricit&#233;, puis le t&#233;l&#233;phone, la voiture, l'&#233;lectro-m&#233;nager, l'avion etc. On a compris alors l'int&#233;r&#234;t strat&#233;gique de la recherche. Mais &#224; nouveau ce ne sont pas toujours les inventeurs ou les premiers industriels qui ont accumul&#233; des fortunes massives. En outre certains secteurs n'ont pas rentabilis&#233; l'argent investi pendant plusieurs g&#233;n&#233;rations (ainsi le transport a&#233;rien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation a massivement chang&#233; depuis. Internet notamment a massivement frapp&#233; les imaginations, du fait des &#233;normes fortunes amass&#233;es en moins de 20 ans par les fondateurs des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), et plus encore les &#233;normes profits de ces entreprises, avec un effet de monopole et de rente unique. Il en r&#233;sulte en outre une formidable capacit&#233; d'investissement de ces firmes, et donc esp&#232;rent-elles de r&#233;&#233;dition de leur exploit. Un tel fait est probablement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, m&#234;me toutes proportions gard&#233;es. En outre, l'effet en est plan&#233;taire - avec cependant l'exception chinoise (et un peu russe). C'est un jeu o&#249; celui qui impose sa norme rafle tout le march&#233; (par acceptation g&#233;n&#233;rale du standard et non par une d&#233;cision publique) et met ce faisant la main sur des ressources colossales. Les marges &#233;normes car le march&#233; est immense et les co&#251;ts faibles : c'est en un sens un profit de rente, quoique de nature diff&#233;rente. La raret&#233; vient de ce standard et non d'une rente physique. Mais elle est plus fragile car &#224; la merci de nouveaux d&#233;veloppements technologiques, avec le risque de voir une nouvelle invention faire perdre sa position centrale au leader actuel. Les autorit&#233;s de concurrence sont assez d&#233;munies face &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui subsiste en revanche est la grande incertitude sur les succ&#232;s non seulement techniques, mais surtouts financiers de ces recherches. On voit notamment des investissements massifs dans deux domaines : l'informatique/&#233;lectronique au sens large (y compris l'intelligence artificielle) ainsi que l'Internet ; et les biotechnologies. On investit massivement parce qu'on sait que ce qui marche est formidablement payant, &#224; c&#244;t&#233; d'une tr&#232;s grande majorit&#233; qui rend peu ou pas. L'incertitude sur l'avenir est maximale, seule subsiste l'esp&#233;rance de r&#233;sultats massifs quand cela marche, ce qui est rare. Et donc la dimension financi&#232;re ne sert pas de guide pour orienter l'investissement dans la recherche (au-del&#224; du souci de m&#233;thode). Ses promesses sont g&#233;n&#233;rales et statistiques. M&#234;me la discipline du march&#233; financier ne joue que de fa&#231;on lointaine, et elle est att&#233;nu&#233;e par la vue de la masse des profits r&#233;alis&#233;s dans l'intervalle : une fois la firme lanc&#233;e sur sa trajectoire dominante, elle n'a alors plus besoin de lever des fonds ; il ne reste que la sensibilit&#233; au cours de bourse des propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;conomie Internet au niveau des GAFAM&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que l'emploi direct induit est tr&#232;s faible : les emplois cr&#233;&#233;s sont essentiellement dans le transport (livraison) et donc assez bas de gamme et ext&#233;rieurs &#224; la firme. Soulignons ensuite l'importance strat&#233;gique de la publicit&#233; dans le mod&#232;le. Elle assure une proportion consid&#233;rable de leurs profits. Selon lesechos.fr (07/06/2017) Google et Facebook contr&#244;lent 20 % du total des investissements publicitaires mondiaux (11 % en 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence toutefois des media classiques, outre les sommes en question ces nouveaux supports sont beaucoup plus intrusifs, car une dimension essentielle de leur activit&#233; est l'accumulation des donn&#233;es sur les gens, qui sont ensuite revendues. En un sens on a ici un probl&#232;me fondamental de droits : qui devrait &#234;tre propri&#233;taire de ces informations ? quel droit a-t-on d'en faire usage, et de les revendre ? D'o&#249; une fragilit&#233; li&#233;e &#224; l'opacit&#233; du mod&#232;le financier : l'essentiel du profit est fait non par la vente du produit (recherche sur Google ou utilisation de Facebook) car il est gratuit ; mais de l'exploitation par le fournisseur des donn&#233;es personnelles que le client du r&#233;seau transmet sur lui-m&#234;me par le seul fait qu'il y entre. Quoiqu'il en soit ces pompes financi&#232;res ont un effet puissant sur les imaginations. Cela pousse naturellement l'argent &#224; chercher &#224; s'investir dans la nouvelle entreprise de ce type qui &#233;clora demain ; et notamment cela les pousse elles &#224; investir leur argent, abondant comme on l'a vu. A nouveau, de tels investissements sont par nature tr&#232;s diff&#233;rents du mod&#232;le de recherche planifi&#233; qu'on a naturellement en t&#234;te : cela suppose de tr&#232;s gros efforts mais une mobilit&#233; maximale pour saisir l'id&#233;e qui marche (et elle le fait alors massivement), au milieu de centaines d'autres qui ne donnent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Farhad Manjoo (New York Times du 17 mai 2017) pr&#233;cise que les GAFAM d&#233;pensent pr&#232;s de 60 milliards de dollars par an en R&amp;D, tandis que les d&#233;penses de l'Etat f&#233;d&#233;ral am&#233;ricain s'&#233;tablissent &#224; 67 milliards (si l'on retire les recherches militaires). Si l'on prend la seule intelligence artificielle (I.A.) le gouvernement f&#233;d&#233;ral n'a d&#233;pens&#233; que 1,1 milliard de dollars de recherche non classifi&#233;e en 2015. Lors du salon de l'ann&#233;e derni&#232;re, Sundar Pichai, directeur g&#233;n&#233;ral de Google, a inaugur&#233; ce qu'il appelle une nouvelle &#232;re pour Google. La compagnie de recherche serait dor&#233;navant une soci&#233;t&#233; &#171; d'avant-garde &#187; - c'est-&#224;-dire que la plupart de ses progr&#232;s seraient guid&#233;s par des techniques d'intelligence artificielle. Il s'agit notamment d' &#8216;enseigner' les ordinateurs afin de comprendre le langage, de voir et d'entendre, de diagnostiquer des maladies et m&#234;me de cr&#233;er de l'art. En outre ces investissements s'&#233;tendent &#224; des domaines tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes (biologie notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles recherches peuvent avoir un impact collectif majeur sur la soci&#233;t&#233;, qui sont comme on l'a vu loin d'&#234;tre pr&#233;visibles dans leur nature. D'o&#249; des inqui&#233;tudes que manifestent plusieurs ouvrages d'anticipation . On peut imaginer le r&#244;le de tels syst&#232;mes branch&#233;s devenir central dans la vie des gens, tout en restant la propri&#233;t&#233; d'entreprises commerciales qui restent telles (et donc sans devenir un pouvoir politique au sens propre). Cela peut glisser vers une capacit&#233; de surveillance universelle, notamment de la sant&#233; et des m&#339;urs, qui peut aller vers le transhumanisme. Cela veut dire concr&#232;tement qu'une firme peut &#234;tre amen&#233;e &#224; d&#233;finir des m&#339;urs et une forme d'&#233;thique. Selon Carlo D'Asaro Biondo l'&#233;thique de Google (dont il est un dirigeant) consiste &#224; &#234;tre contre toute violence, toute attaque sur les mineurs, etc. ce qui peut aller de soi ; mais qu'en outre il y a un fort attachement des fondateurs au respect de la diversit&#233;, au refus de discrimination raciale, sexuelle etc. L&#224; on entre dans le politique et le moral. Mais on le notera, ces objectifs &#233;thiques sont assez conformistes. Ces firmes ne g&#233;n&#232;rent pas une vision propre en la mati&#232;re ; elles prennent dans la soci&#233;t&#233; ce qu'elles y trouvent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Transhumanisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel r&#244;le cela peut-il jouer en faveur du transhumanisme ? Il est dans cette perspective un mythe tr&#232;s puissant car il est peut-&#234;tre le seul &#224; la dimension de l'Internet (qu'on peut d&#233;crire comme la connexion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'humanit&#233;). Sous ses formes diverses, il attire donc des sommes &#233;normes. Il est possible que la rentabilit&#233; finale en soit faible, mais m&#234;me alors cela n'exclura pas des effets appr&#233;ciables, tant financiers que sociaux. A nouveau, la rationalit&#233; des investissements n'est en effet jamais acquise. L&#224; plus encore qu'ailleurs on cherche tous azimuts, sachant que le gros des efforts est perdu mais que le peu qui gagne est lui tr&#232;s r&#233;mun&#233;rateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand on dit transhumanisme il faut savoir de quoi on parle. Selon les cas le d&#233;bat sera tr&#232;s diff&#233;rent. Il y a d'abord un transhumanisme mod&#233;r&#233;, type &#171; homme augment&#233; &#187;. Mais tout homme utilisant un outil, montant sur un v&#233;hicule, regardant un t&#233;lescope etc., est un homme augment&#233;. Cela ne remet donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. En un sens m&#234;me cela la fonde : l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation, parce qu'il est un esprit qui dans son op&#233;ration &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re. Un &#234;tre humain qui par effet biologique ou proth&#232;se technique verrait bien mieux, courrait plus vite, calculerait beaucoup plus vite etc., resterait dans ce champ. Nous avons d&#233;j&#224; des gens plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Sauf que d&#233;sormais on pourra acheter cette augmentation, qui serait donc cumulative. Les plus riches risquent d'avoir sans cesse plus de succ&#232;s. Cela ne changerait rien d'essentiel &#224; la nature de l'homme, mais poserait d'&#233;normes probl&#232;mes sociaux. Et naturellement ce sera un &#233;norme march&#233;. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s actuelles, mais si ces recherches d&#233;bouchent (et beaucoup d'entre elles le feront) on n'a donc encore rien vu. Bien s&#251;r il pourra y avoir d&#233;mocratisation ensuite (comme on l'a vu pour l'automobile, jug&#233;e &#234;tre une provocation en 1900 car privil&#232;ge des tr&#232;s riches, mais symbole de la consommation de masse trois g&#233;n&#233;rations apr&#232;s). Mais il peut aussi y avoir distance croissante entre une minorit&#233; ultra performante (qui pourra se sentir d'une autre nature) et le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier des hybridations sont concevables. Le cyborg est par exemple l'id&#233;e d'une fusion de l'homme et de la machine, et l'intelligence artificielle peut &#234;tre une tentative de reproduction du fonctionnement du cerveau humain &#224; l'int&#233;rieur d'un ordinateur. Dans ces deux cas, il s'agit d'une sorte d'intrusion de l'univers m&#233;canique et num&#233;rique &#224; l'int&#233;rieur de la chair et de l'esprit. Mais comme la pens&#233;e, l'&#226;me ou la conscience de l'homme utilisent des supports mat&#233;riels, de tels projets sont, dans une certaine mesure, concevables m&#234;me dans une perspective philosophique non mat&#233;rialiste. Ils repr&#233;sentent alors une menace pour notre humanit&#233; dans la mesure o&#249; ils pourraient modifier notre rapport aux autres et au monde, outre bien s&#251;r l'effet d'in&#233;galit&#233; qu'on a relev&#233;, qui est sans doute le plus significatif. Nos perceptions, nos sentiments, notre exp&#233;rience charnelle de la r&#233;alit&#233; &#224; travers nos sens seraient susceptibles d'&#234;tre profond&#233;ment transform&#233;s. Si cet interfa&#231;age homme/machine semble enthousiasmer les partisans les plus radicaux de l'&#232;re digitale, il suscite l'appr&#233;hension d'une tr&#232;s grande part de nos contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau cela ne change pas la condition ultime de l'homme comme tel (u cyborg reste en un sens un homme avec ses vuln&#233;rabilit&#233;s) mais cela peut bouleverser la soci&#233;t&#233; en en accentuant les traits existants. Ce n'est pas l'id&#233;e d'am&#233;lioration qui est en soi le probl&#232;me, car par d&#233;finition, rechercher une am&#233;lioration (un mieux, et donc quelque chose qui va plus loin dans le sens du bien) est plut&#244;t en soi un bien ; mais &#224; condition &#233;videmment de savoir ce qu'est le bien. Or la sagesse chr&#233;tienne (et d'autres) nous enseigne que notre bien ultime n'est pas dans la mati&#232;re et sa maitrise. Comme on voit donc, la question de fond est anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette importance de la perspective anthropologique est encore plus grande quand on passe au deuxi&#232;me niveau du transhumanisme, car l'enjeu devient alors m&#233;taphysique. En effet, si on pousse &#224; son terme la logique du transhumanisme, son objectif en fin de compte (son mythe) est une forme d'immortalit&#233;, en tout cas de ma&#238;trise radicalement diff&#233;rente de l'homme sur lui-m&#234;me et par exemple un &#234;tre post-humain qui ne serait plus d&#233;pendant de son corps biologique actuel. L'hypoth&#232;se sous-jacente limite est que par la technologie on puisse donner un support diff&#233;rent &#224; l'&#226;me d'une personne, donc qu'on puisse l'appr&#233;hender comme un programme informatique au sens large et la restituer sur une base physique ou biologique. Ce transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste. Selon les conceptions spiritualistes au sens large il est en effet exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel puisse s'emparer de l'&#226;me, notamment afin de refabriquer un &#234;tre dont elle serait la m&#233;moire et la volont&#233;. Si donc les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve indiscutable que le mat&#233;rialisme a raison et que les conceptions spirituelles sont fausses. Ce serait un cas exceptionnel o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur. Cela dit, m&#234;me dans ce cas on ne sortirait pas de la mati&#232;re. L'homme augment&#233; m&#234;me potentiellement &#8216;immortel' resterait un simple dispositif technique. La vuln&#233;rabilit&#233; de la mati&#232;re (car la vuln&#233;rabilit&#233; ultime n'est pas celle de l'homme ou de la vie, mais celle de la mati&#232;re) subsisterait : un programme &#231;a s'efface, une machine, &#231;a se casse &#8211; d'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires (erreur techniques, ast&#233;ro&#239;de malencontreux etc.). Cela n'a rien &#224; voir avec la vie &#233;ternelle et la contemplation de Dieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de l'IA (intelligence artificielle au sens radical du terme). Fabriquer un &#234;tre qui r&#233;ellement penserait supposerait qu'il ait une forme de conscience. Une machine de traitement du langage ou de traduction ne conna&#238;t pas v&#233;ritablement ce qu'est le sens. La conscience suppose une premi&#232;re personne. Une telle IA suppose qu'on ferait de la 1&#232;re personne &#224; partir de la 3e : on ne voit pas comment cela est possible. Sauf &#224; nouveau si le mat&#233;rialisme a raison. Mais c'est qu'alors la personne n'est pas une personne, mais un simple algorithme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que beaucoup d'argent s'investit dans ces recherches diverses&#8230;et donc elles ont des chances d'avoir certains d&#233;bouch&#233;s. Il y a donc ici un enjeu majeur, qui est d'abord d'ordre politique et collectif : comme il est exclu d'aligner des investissements de cette amplitude dans un sens plus humaniste, c'est d'abord la question de la surveillance et de l'orientation de cette recherche qui est pos&#233;e. Or les moyens publics (&#233;tatiques) pour ce faire sont limit&#233;s, tardifs et souvent assez aveugles : pas inutiles mais partiels. In&#233;vitablement donc, des entit&#233;s priv&#233;es (les firmes qu'on a cit&#233;es) ou sous contr&#244;le public dans des pays autoritaires (Chine) se trouvent d&#233;sormais dot&#233;es d'une capacit&#233; de bouleversement de nos soci&#233;t&#233;s qui est sans pr&#233;c&#233;dent en termes non seulement quantitatifs, mais qualitatifs. Sans parler des sous-produits de la recherche militaire. Nous ne pourrons dans une mesure importante pas les en emp&#234;cher&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche nous pouvons agir au niveau de la culture collective, car on l'a vu la philosophie sous-jacente en est assez pauvre ; pour faire un peu de Gramsci, la question de l'h&#233;g&#233;monie culturelle est pos&#233;e. Qui peut d'ailleurs se traduire en termes financiers car les march&#233;s sont tr&#232;s sensibles. Si en effet s'accr&#233;dite publiquement l'id&#233;e que tel ou tel comportement est r&#233;pr&#233;hensible, et que les cours (de bourse) en p&#226;tissent, les entreprises en tiennent compte ; et plus encore s'il existe une finance sensible &#224; ces valeurs collectives, et construite pour cela : une variable d'ISR (investissement socialement responsable), mais bien plus exigeante, car bas&#233;e sur une anthropologie &#233;toff&#233;e et solide. Du pain sur la planche pour les catholiques, et plus g&#233;n&#233;ralement les hommes de bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais retenons la le&#231;on finale, qui est que ces &#233;volutions dantesques ne sont ni pr&#233;visibles ni m&#234;me v&#233;ritablement pilot&#233;es. Il appara&#238;t donc que plus que jamais notre faiblesse est notre principale force, car elle nous conduit &#224; reconna&#238;tre que nous sommes entre les mains de Dieu. Qui tire toujours un bien d'un mal et a d&#233;j&#224; vaincu le mal&#8230; adjutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit coelum et terram.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Petite philosophie du transhumanisme</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Petite-philosophie-du-transhumanisme.html</link>
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		<dc:date>2018-02-06T13:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Nature humaine</dc:subject>
		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immortalit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Paru dans L'Incorrect N&#176; 6 F&#233;vrier 2018 O&#249; il appara&#238;t que le transhumanisme m&#234;me dans ses r&#234;ves les plus fous manque terriblement d'ambition... Lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Immortalite-+.html" rel="tag"&gt;Immortalit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite philosophie du transhumanisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Paru dans L'Incorrect N&#176; 6 F&#233;vrier 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transhumanisme : il faut savoir de quoi on parle. Selon les cas le d&#233;bat sera tr&#232;s diff&#233;rent. Il y a d'abord un transhumanisme mod&#233;r&#233;, type &#171; homme augment&#233; &#187;. Mais tout homme utilisant un outil, montant sur un v&#233;hicule, regardant un t&#233;lescope etc., est un homme augment&#233;. Cela ne remet donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. En un sens m&#234;me cela la fonde : l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation, parce qu'il est un esprit qui dans son op&#233;ration &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re. Un &#234;tre humain qui par effet biologique ou proth&#232;se technique verrait bien mieux, courrait plus vite, calculerait beaucoup plus vite etc. resterait dans ce champ. Nous avons d&#233;j&#224; des gens plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Sauf que d&#233;sormais on pourra acheter cette augmentation, qui serait donc cumulative. Les plus riches auraient sans cesse plus de succ&#232;s Cela ne changerait rien d'essentiel, mais poserait d'&#233;normes probl&#232;mes sociaux. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s, mais on n'a encore rien vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pouss&#233;e &#224; son terme, la logique du transhumanisme va plus loin ; son objectif en fin de compte est une forme d'immortalit&#233; : un &#234;tre post-humain qui ne serait plus d&#233;pendant de son corps biologique actuel. L'hypoth&#232;se sous-jacente est que par la technologie on puisse donner un support diff&#233;rent &#224; ce qu'on appelle ailleurs l'&#226;me d'une personne, donc qu'on puisse l'appr&#233;hender comme un programme informatique au sens large et la restituer sur une base physique ou biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue philosophique cela donne &#224; ces recherches une importance toute particuli&#232;re. Ce transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste. En regard, les conceptions spiritualistes au sens large disent que l'&#226;me humaine n'est pas r&#233;ductible &#224; une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, physicochimique, biologique ou autre. L'immortalit&#233; de l'&#226;me est alors intrins&#232;que &#224; cette nature spirituelle. M&#234;me si pour le thomiste, l'&#226;me est la forme du corps et lui est li&#233;e d'une fa&#231;on irr&#233;ductible - car c'est elle qui fait de ce corps ce qu'il est et que seul l'ensemble des deux est pleinement un &#234;tre humain-, en soi c'est une r&#233;alit&#233; non mat&#233;rielle, immortelle, &#233;ventuellement s&#233;parable du corps (ainsi avant le jugement dernier). Il est alors exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel (autre que la naissance ou la r&#233;surrection) puisse s'emparer de cette r&#233;alit&#233;, notamment afin de refabriquer un &#234;tre dont elle serait la m&#233;moire et la volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve indiscutable que le mat&#233;rialisme a raison et que les conceptions spirituelles sont fausses. En d'autres termes ce serait un cas exceptionnel o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur. Le match est donc int&#233;ressant &#224; suivre&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre dans l'ambition du transhumanisme la partie importante est ce &#8216;trans'. Mais transcender l'humain dans cette conception n'est que passer &#224; la version 2.0 d'un &#171; appareil &#187; rest&#233; 1.0 pendant des mill&#233;naires, et qui resterait un simple dispositif technique. Ce qui veut donc dire qu'en r&#233;alit&#233; on ne transcenderait rien. M&#234;me si &#231;a marchait. En outre, on pourrait esp&#233;rer &#234;tre immortel, mais ce ne serait toujours pas par nature, car la vuln&#233;rabilit&#233; de la amti&#232;re subsisterait : un programme &#231;a s'efface &#8211; d'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires. La foi chr&#233;tienne elle vous dit que vous &#234;tes &#8216;capax Dei', capable de recevoir l'infini absolu de Dieu. On ne joue donc pas dans la m&#234;me cour&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Transhumanisme : &#224; quoi joue-t-on ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Transhumanisme-a-quoi-joue-t-on.html</link>
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		<dc:date>2018-01-07T14:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Temps et &#233;ternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immortalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle de transhumanisme pour d&#233;signer l'utilisation &#224; l'avenir de technologies en plein d&#233;veloppement afin de transformer l'homme lui-m&#234;me. Ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, en g&#233;n&#233;ral comprises comme combin&#233;es entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but du transhumanisme lui va d'un simple &#8216;homme augment&#233;', mais devenu alors massivement sup&#233;rieur aux autres hommes, &#224; un homme &#8216;immortel' ou en tout cas &#8216;post-humain', &#233;chappant &#224; la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des projets titanesques qui m&#233;ritent quelque r&#233;flexion&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Immortalite-+.html" rel="tag"&gt;Immortalit&#233;&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle de transhumanisme pour d&#233;signer l'utilisation future de technologies r&#233;centes et en plein d&#233;veloppement afin de transformer l'homme lui-m&#234;me ; ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, en g&#233;n&#233;ral comprises comme combin&#233;es entre elles. Quant au but du transhumanisme, il faut distinguer plusieurs niveaux de signification et de port&#233;e assez diff&#233;rente. La principale distinction est entre ce qu'on peut appeler &#8216;homme augment&#233;', et l'homme &#8216;immortel' ou le &#8216;post-humain'.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'homme augment&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet d'abord un transhumanisme mod&#233;r&#233;, visant &#224; &#8216;augmenter' l'homme. Cela peut se faire en renfor&#231;ant ses capacit&#233;s dans des domaines vari&#233;s, physiques, intellectuelles, cognitives etc. Un individu ainsi dot&#233; pourrait par exemple par effet biologique ou par une forme de proth&#232;se technique voir bien mieux et la nuit, courir beaucoup plus vie, calculer et traiter l'information comme un ordinateur, brancher son cerveau sur Internet etc. au point que la diff&#233;rence entre l'individu et son &#8216;augmentation' finirait par ne plus appara&#238;tre, en tout cas ext&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait expliquer ici que si on en reste l&#224;, le changement apport&#233; par un tel transhumanisme reste limit&#233;. Car tout homme utilisant un outil, un v&#233;hicule, un instrument etc., est en un sens un homme augment&#233;, &#224; commencer par des lunettes ou une bicyclette. On pourrait alors dire que ces transformations ne remettent donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. Et m&#234;me qu'un tel progr&#232;s technique est caract&#233;ristique de l'homme. En effet d&#232;s ses origines l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation. Cela r&#233;sulte du fait qu'il est aussi un esprit, et que donc dans son op&#233;ration il &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re, est capable de comprendre assez de celle-ci pour imaginer des moyens d'accro&#238;tre sa capacit&#233; &#224; agir sur elle. Nous avons d&#233;j&#224; des gens qui sont plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Cela ne ferait qu'accro&#238;tre ce ph&#233;nom&#232;ne. Sauf que cela pose plusieurs probl&#232;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est que d&#233;sormais on pourra et devra acheter cette augmentation ; elle ne sera pas d'embl&#233;e disponible &#224; tous. Et ceux qui y auront acc&#232;s auront un avantage comp&#233;titif, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la comp&#233;tition est encore plus importante que dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;c&#233;dentes. Ils auront donc tendance &#224; gagner de plus en plus syst&#233;matiquement. Leur succ&#232;s sera donc cumulatif. Les plus riches seront les plus dot&#233;s techniquement, et ils auront sans cesse plus de succ&#232;s. D'un c&#244;t&#233; l'&#233;galit&#233; dans la comp&#233;tition subsistera, au moins en apparence, mais d'un autre c&#244;t&#233; il sera de plus en plus manifeste que seuls certains en profitent. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s, mais on n'a donc encore rien vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera d'autant plus net que la manipulation g&#233;n&#233;tique permettra de s&#233;lectionner les individus les plus aptes, et surtout d'enrichir leur potentiel g&#233;n&#233;tique. De tels individus seront alors par excellence, et pourra-t-on pr&#233;tendre avec justice, les ma&#238;tres de la soci&#233;t&#233;. Ils organiseront m&#234;me le jeu de l'&#233;volution &#224; leur profit et surtout de leur descendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajouterait le fait que ces syst&#232;mes nouveaux, au-del&#224; de l'augmentation directe de certains hommes, ont toutes chances d'&#233;liminer les humains ordinaires d'un grand nombre de fonctions que des robots assureront beaucoup mieux. En outre on peut imaginer que des syst&#232;mes experts, des algorithmes beaucoup plus perfectionn&#233;s, sauront non seulement effectuer bien plus efficacement des fonctions que les humains accomplissent aujourd'hui, mais pourront prendre en charge le guidage g&#233;n&#233;ralis&#233; de la soci&#233;t&#233; et des personnes. A commencer par la conduite de v&#233;hicule, le diagnostic m&#233;dical et les soins, une bonne partie de l'enseignement, etc. M&#234;me si on met de c&#244;t&#233; le phantasme d'une prise de pouvoir par les robots, le risque est r&#233;el d'une soci&#233;t&#233; o&#249; une grande partie des humains reste largement oisifs et inutiles, entretenus par des machines 'intelligentes' et donc surveill&#233;s par elles. Voire manipul&#233;s dans leurs d&#233;sirs m&#234;mes. Tandis qu'une minorit&#233; assez faible restera en &#233;tat de contr&#244;ler le m&#233;canisme ; m&#234;me si bien s&#251;r elle sera plus que jamais &#224; sous la menace de forces hostiles, &#224; commencer par des hackers venant joyeusement perturber le beau programme de ces surhommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;passement de l'homme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant au-del&#224; une deuxi&#232;me conception du transhumanisme, qui va beaucoup plus loin dans sa logique. Son objectif en fin de compte est un &#234;tre allant bien au-del&#224; de l'humain tel qu'il existe, et notamment disposant d'une forme d'immortalit&#233;. Cela suppose l'&#233;mergence d'un &#234;tre en un sens post-humain, et non plus humain augment&#233;, et qui ne serait plus d&#233;pendant des limites de notre corps biologique actuel. Mais pour qu'on puisse encore parler de post-humain, il faut imaginer qu'il y ait une forme de continuit&#233; entre un individu humain et un tel &#234;tre, mais que ce qui fait la personnalit&#233; y compris la conscience de cet individu (et sa m&#233;moire) &#233;chappe &#224; son support biologique (ou &#224; ses limites). L'id&#233;e est donc que ce qu'on appelle ailleurs l'&#226;me d'une personne puisse &#234;tre saisi par une forme de technologie en l'abstrayant de ce support biologique tel qu'il est. Mais cela suppose &#233;videmment que cette &#226;me, ou esprit, puisse &#234;tre appr&#233;hend&#233;e comme un programme informatique au sens large. Ce qui permet ensuite de la restituer sur une base mat&#233;rielle diff&#233;rente, qu'elle soit physique ou biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment cela accro&#238;t massivement les effets d'in&#233;galit&#233; qu'on a relev&#233;s. Mais en m&#234;me temps cela conduit d'un point de vue philosophique &#224; un saut qualitatif majeur. Car pour que cela marche, il faut qu'on puisse traiter par des moyens mat&#233;riels ce qu'on appelle esprit, &#226;me, personnalit&#233;, etc. Ce qui veut dire qu'un tel transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste : il suppose vraie la conception mat&#233;rialiste du monde &#8211; ce qui n'&#233;tait pas n&#233;cessairement le cas pour l'homme augment&#233;. En regard, toutes les conceptions spiritualistes, au sens large du terme, pensent que l'&#226;me humaine n'est pas r&#233;ductible &#224; une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, qu'elle soit physico-chimique, biologique ou autre. Et beaucoup d'entre elles en d&#233;duisent l'immortalit&#233; de l'&#226;me, y compris quand ils pensent que l'&#226;me et le corps sont li&#233;s dans une seule notion de la personne humaine. Pour un philosophe d'inspiration thomiste par exemple, l'&#226;me est ce qu'il appelle la forme du corps et lui est li&#233;e d'une fa&#231;on irr&#233;ductible : c'est elle qui fait de ce corps un corps humain et seul l'ensemble des deux est pleinement un &#234;tre humain. Mais il n'en pense pas moins que l'&#226;me est en soi une r&#233;alit&#233; non mat&#233;rielle, &#233;ventuellement s&#233;parable du corps (c'est pour le catholique ce qui se passe pour l'&#226;me des morts ainsi avant le jugement dernier). Dans tous ces cas, il est exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel puisse s'emparer de cette r&#233;alit&#233;, qui n'est pas de l'ordre mat&#233;riel m&#234;me si elle a besoin de la mati&#232;re comme support.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire une chose simple : si les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve que le mat&#233;rialisme avait raison, et que les conceptions spirituelles sont fausses. Ce serait donc un cas, rare, o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on semble-t-il d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur. Mais du coup la dignit&#233; humaine volerait en &#233;clat. Le devenir essentiel d'un &#234;tre humain ne serait plus une question de dignit&#233; intrins&#232;que, mais de purs moyens. Aurait droit &#224; une forme d'immortalit&#233; celui qui pourrait se le permettre ; les autres &#233;tant renvoy&#233;s au n&#233;ant, &#224; un nouveau Sch&#233;ol. Entre autres victimes collat&#233;rales, la d&#233;mocratie serait alors une farce sans signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup aussi, m&#234;me pour les gagnants le r&#233;sultat resterait m&#233;taphysiquement assez d&#233;risoire. Car ce qu'on appelle transcender l'humain dans une telle conception resterait quelque chose de modeste. Au fond cela &#233;quivaudrait &#224; passer &#224; la version 2.0 d'un &#171; appareil &#187; qui est rest&#233; 1.0 pendant des mill&#233;naires, mais qui resterait un simple dispositif technique. En r&#233;alit&#233; donc m&#234;me si &#231;a marchait on ne transcenderait rien. Et il y a pire : car si dans le meilleur des cas, on pourrait esp&#233;rer &#234;tre &#8216;immortel', ce ne serait qu'en ce sens qu'on ne serait pas certain de mourir. Mais ce ne serait pas par nature, car la vuln&#233;rabilit&#233; de la mati&#232;re subsisterait. Et donc la vuln&#233;rabilit&#233; des int&#233;ress&#233;s : apr&#232;s tout, un programme informatique &#231;a s'efface, une machine, &#231;a se casse. D'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires : ils pourraient peut-&#234;tre survivre, mais ils pourraient aussi &#234;tre liquid&#233;s. Notamment par les sous-hommes. Ou les hackers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe donc est au fond la grande m&#233;diocrit&#233; m&#233;taphysique de telles aspirations. Comparons avec la foi chr&#233;tienne par exemple, qui vous dit que vous &#234;tes &#8216;&lt;i&gt;capax Dei&lt;/i&gt;', capable de recevoir Dieu (qui Se donne &#224; nous, si nous L'acceptons). Un r&#233;el infini, &#233;ternel de surcro&#238;t. Un tout autre programme !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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