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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Loi naturelle, Valeurs universelles et diversit&#233; des cultures</title>
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		<dc:date>2020-09-27T09:26:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Valeurs universelles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Droits de l'homme, d&#233;mocratie : des valeurs universelles, vraiment ? Le constat est en r&#233;alit&#233; bien plus ambigu. Malgr&#233; les proclamations plan&#233;taires, ONU &#224; l'appui. D'une part ces r&#233;f&#233;rences sont remises en cause par bien des pays ou cultures, notamment en Asie ou dans le monde islamique. D'autre part, dans le monde occidental m&#234;me elles subissent sans cesse des mutations profondes, alors m&#234;me qu'elles sont suppos&#233;es permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc de fa&#231;on renouvel&#233;e la question de la nature et du fondement de toute pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233; de valeurs morales communes. La seule r&#233;ponse rationnelle est la loi naturelle ; elle affirme l'existence de valeurs morales universelles, objectives, qui devraient s'imposer &#224; tous par leur v&#233;rit&#233; m&#234;me, et cela &#233;ventuellement en dehors de toute foi religieuse (m&#234;me si l'Eglise catholique la d&#233;fend). Mais c'est ce que le syst&#232;me dominant r&#233;cuse. Ce qui le conduit &#224; une forme de manich&#233;isme. La loi naturelle au contraire est recherche d'universalit&#233; v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons ce que tout cela peut impliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Valeurs-universelles-+.html" rel="tag"&gt;Valeurs universelles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Constat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des valeurs universelles, vraiment ? Le constat est bien ambigu. D'un c&#244;t&#233; on proclame universelles de telles valeurs, comme les d&#233;clarations de Droits de l'homme ou la d&#233;mocratie. Mais de l'autre, pour qui regarde autour de soi, on voit que ce sol glisse de plus en plus sous nos pieds. D'une part cette r&#233;f&#233;rence est remise en cause par bien des pays ou cultures, notamment en Asie ou dans le monde islamique, au nom d'une interpr&#233;tation locale diff&#233;rente ou m&#234;me par refus pur et simple (les &#171; valeurs asiatiques &#187;). D'autre part, dans leur lieu d'origine m&#234;me, dans le monde occidental ces r&#233;f&#233;rences m&#234;mes subissent des mutations profondes, alors m&#234;me qu'elles sont suppos&#233;es permanentes. La notion de Droits de l'homme par exemple recouvre aujourd'hui, sur des points comme la famille, des concepts totalement &#233;trangers &#224; la D&#233;claration universelle de 1948, dont on continue pourtant &#224; se r&#233;clamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme de son c&#244;t&#233;, qui se reconna&#238;t dans une partie appr&#233;ciable de la d&#233;claration de 1948, diverge maintenant fortement de l'interpr&#233;tation dominante, reprise par l'ONU, sur des points importants comme l'avortement ou l'euthanasie. De ce fait, m&#234;me un texte applaudi m&#233;diatiquement comme Laudato Si, avec sa notion d'&#233;cologie int&#233;grale comprenant aussi le refus de l'avortement, contradictoire avec la pens&#233;e dominante sur ce point et sur d'autres, et on n'en accepte en r&#233;alit&#233; que la partie &#233;cologique au sens &#233;troit. Car il r&#233;affirme l'id&#233;e de nature humaine ; or si nos &#233;cologistes d&#233;fendent le respect moral de la nature, ils consid&#232;rent de fa&#231;on incoh&#233;rente que d&#232;s qu'il s'agit de l'homme, il peut se d&#233;finir comme il l'entend, car il n'y aurait pas de nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc admettre qu'il y a aujourd'hui une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; appr&#233;ciable et croissante des valeurs, et qu'elle tend &#224; s'accro&#238;tre. D'un c&#244;t&#233;, l'affirmation &#233;conomique et politique des civilisations non occidentales facilite leur expression. De l'autre, l'instabilit&#233; du syst&#232;me occidental s'accentue, car il s'adonne &#224; un relativisme de plus en plus d&#233;brid&#233;. Sa pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233; sera donc de plus en plus battue en br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc de fa&#231;on renouvel&#233;e la question de la nature et du fondement de toute pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233;. En fait la seule r&#233;ponse coh&#233;rente est la loi naturelle ; elle affirme l'existence de valeurs morales universelles, objectives, qui devraient s'imposer &#224; tous par leur v&#233;rit&#233; m&#234;me, et cela &#233;ventuellement en dehors de toute foi religieuse. C'est celle traditionnellement donn&#233;e par l'Eglise catholique. Mais c'est ce que le syst&#232;me dominant r&#233;cuse. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fondement possible : la loi naturelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui dit Droits de l'homme, et qui leur donne valeur universelle, affirme par-l&#224; la possibilit&#233; d'aboutir &#224; un consensus sur un ensemble de conclusions : d'une part sur ce qu'est l'homme, et d'autre part sur son bien, et par l&#224; sur ce qui est au fond un agir moral, qui peut et doit inspirer la loi. Car que veut dire un droit ? Cela consiste par exemple &#224; revendiquer la libert&#233; d'accomplir tel ou tel acte, plus la possibilit&#233; d'exiger des autres humains qu'ils respectent cette libert&#233;, et m&#234;me d'exiger ce respect devant les tribunaux. Cela n'a pas de sens s'il n'y a pas &#224; la base l'id&#233;e que c'est un bien, et donc qu'il y a l&#224; un devoir moral qui s'impose &#224; tous. Si on proclame la libert&#233; d'expression, c'est qu'on pense qu'il est bon que tout homme puisse s'exprimer sans contrainte injustifi&#233;e, et que le devoir de respecter ce bien s'impose moralement aux autres. Consid&#233;rer ces droits comme universels revient donc &#224; affirmer qu'il est possible de discerner au moins un noyau de base de telles exigences, qui sont morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce que fait la doctrine de la loi naturelle (o&#249; la nature est comprise au sens large, pas au sens mat&#233;rialiste qui domine aujourd'hui : c'est la nature des choses, ce qu'elles sont ou devraient &#234;tre). Elle estime en effet possible de discerner une telle morale universelle par la r&#233;flexion rationnelle et le d&#233;bat, sur la base d'une conception de la nature humaine. Si on accepte cette id&#233;e de loi naturelle, il est alors possible et logique de fonder les Droits de l'homme sur sa base, comme le fait la Doctrine sociale de l'Eglise. Mais inversement, si on r&#233;cuse toute notion de loi naturelle, les d&#233;clarations de droits courent grand risque d'&#234;tre pos&#233;es dans le vide, car on ne voit pas au nom de quoi on exige leur respect de la part des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;clairage chr&#233;tien : la Doctrine sociale (DSE) et la loi naturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les papes, notamment Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI, ont beaucoup insist&#233; sur la r&#233;f&#233;rence &#224; la loi naturelle ; ils la voient comme non seulement vraie en soi, mais comme pont possible entre croyants et incroyants, car elle ne suppose pas n&#233;cessairement la foi. Cette loi morale se pr&#233;sente comme universelle ; mais cela n'exclut pas une &#233;volution dans le temps, de fa&#231;on coh&#233;rente, par approfondissement. En outre, on admet qu'elle puisse avoir une d&#233;clinaison variable dans la loi positive, selon les diversit&#233; des situations. Cette universalit&#233; de fond est donc compatible avec la diversit&#233; des cultures. Rappelons enfin que dans la tradition classique, l'objectivit&#233; de la loi morale ne fait pas disparaitre la sp&#233;cificit&#233; du jugement moral sur chaque situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces points sont rappel&#233;s dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, publi&#233;e en 2004. Le point central est qu'il y a, selon ce texte, un lien essentiel entre la libert&#233;, la v&#233;rit&#233; et la loi naturelle. Car (n&#176; 138) &#171; dans l'exercice de la libert&#233;, l'homme accomplit des actes moralement bons, constructifs de sa personne et de la soci&#233;t&#233;, quand il ob&#233;it &#224; la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire quand il ne pr&#233;tend pas &#234;tre le cr&#233;ateur et le ma&#238;tre absolu de cette derni&#232;re, ainsi que des normes &#233;thiques. En effet, la libert&#233; n'a pas sa source absolue et inconditionn&#233;e en elle-m&#234;me, mais dans l'existence dans laquelle elle se situe et qui, pour elle, constitue &#224; la fois des limites et des possibilit&#233;s. &#187; D&#232;s lors (140) &#171; l'exercice de la libert&#233; implique la r&#233;f&#233;rence &#224; une loi morale naturelle, &#224; caract&#232;re universel, qui pr&#233;c&#232;de et unit tous les droits et les devoirs. &#187; &#171; Cette loi est appel&#233;e naturelle parce que la raison qui la promulgue appartient en propre &#224; la nature humaine. Elle est universelle, s'&#233;tend &#224; tous les hommes dans la mesure o&#249; elle est &#233;tablie par la raison &#187;. Elle est donc fond&#233;e sur la raison, qui reconna&#238;t par l&#224; qu'il y a une v&#233;rit&#233; objective sur le bien et le mal. Son respect est en outre indispensable &#224; la construction de la soci&#233;t&#233;, car (142) &#171; si l'on voile la perception de l'universalit&#233; de la loi morale naturelle, il est impossible d'&#233;difier une communion r&#233;elle et durable avec l'autre car quand une convergence vers la v&#233;rit&#233; et le bien fait d&#233;faut, de mani&#232;re responsable ou non, nos actes blessent la communion des personnes, au pr&#233;judice de tous. [&#8230;] Celui qui s'autoproclame mesure unique des choses et de la v&#233;rit&#233; ne peut pas vivre pacifiquement avec ses semblables et collaborer avec eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exemple non-europ&#233;en : le confucianisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette conception n'est-elle pas trop occidentale ? Dans cette forme d'&#233;laboration conceptuelle, oui sans doute ; mais ses id&#233;es de base sont plus universelles qu'il n'y para&#238;t au premier abord. J'en veux pour exemple le confucianisme, mais ce n'est pas le seul. Certes on ne peut pas dire qu'il d&#233;veloppe explicitement une conception de la loi naturelle ; mais son positionnement et les id&#233;es qu'il d&#233;veloppe vont tr&#232;s naturellement dans ce sens. Ce n'est donc pas par hasard que Matteo Ricci et ses compagnons le consid&#233;raient comme pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique, justement parce qu'ils le voyaient comme une morale naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses caract&#233;ristiques principales sont l'insistance sur le d&#233;veloppement personnel, par la voie de la sagesse, d'un homme con&#231;u comme &#234;tre de relations et qui donc ne peut pleinement se d&#233;velopper qu'en contact avec les autres. Il n'y a pas d'au-del&#224; transcendant explicite, mais la reconnaissance d'une spiritualit&#233;, li&#233;e &#224; un &#8216;Ciel' compris commue r&#233;gulateur du flux d'ordre, d'harmonie et de cr&#233;ativit&#233; qui fait le monde et l'homme, lequel y est totalement immerg&#233;. On note en outre l'importance chez Confucius de la notion de ren, sens de l'humain ; le moi est vu comme point de convergence de rapports interpersonnels ; le lien moral est constitutif de tout &#234;tre humain. C'est un ordre intrins&#232;que des choses dans lequel il faut se replacer. Affirmer et &#233;lever plus haut sa propre humanit&#233; prime en outre par rapport &#224; tout autre devoir. Le concept central, celui de Voie du Ciel, vise au fond le comportement demand&#233; de chacun, par et pour l'ordre des choses ; c'est en quelque sorte la vocation de chacun, la recherche de la meilleure conduite &#224; adopter et &#224; laquelle on est sp&#233;cifiquement appel&#233;. C'est donc &#224; la fois sp&#233;cifique &#224; chacun (contrairement &#224; une morale de type kantien), ordonnateur de la vie enti&#232;re, et exigeant en ce qui concerne les attitudes possibles. C'est donc bien une morale objective dans son principe, et fond&#233;e sur la r&#233;alit&#233; des choses ; fondamentalement donc tr&#232;s proche de l'id&#233;e de loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'analyse intellectuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, m&#234;me largement pr&#233;sente dans les diverses cultures, la question subsiste du fondement philosophique et rationnel de la loi naturelle. On l'a dit, la Doctrine sociale la consid&#232;re accessible &#224; tout homme de bonne volont&#233; ; mais c'est sans le d&#233;montrer. Les analyses d'Alasdair MacIntyre montrent en revanche la possibilit&#233; &#224; notre &#233;poque aussi de retrouver par le raisonnement et l'exp&#233;rience les principes de la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez cet auteur, dont l'influence et l'autorit&#233; dans le monde anglosaxon sont consid&#233;rables, on trouve, tant dans sa propre d&#233;marche personnelle que dans ses propositions, un soubassement intellectuel puissant &#224; l'id&#233;e que la raison peut retrouver les principes de la loi naturelle. Partant du marxisme, il a dans son premier ouvrage majeur, After Virtue, red&#233;couvert des &#233;l&#233;ments significatifs de la pens&#233;e aristot&#233;licienne, mais en les ins&#233;rant dans un contexte communautariste et une pluralit&#233; de traditions morales. Il a progressivement approfondi cette pens&#233;e pour pr&#233;cis&#233;ment retrouver le r&#244;le central d'une r&#233;f&#233;rence universelle, la loi naturelle, dans le cadre de la pens&#233;e thomiste. On le voit notamment dans un livre r&#233;cent sur ce sujet (Lawrence S. Cunningham (dir.), Intractable Disputes about the Natural Law, Notre Dame Indiana, University of Notre Dame Press, 2009), sous forme d'un d&#233;bat entre lui et d'autres. Certes, MacIntyre y rappelle lucidement que la logique de la loi naturelle devrait conduire &#224; un large accord, mais que c'est le contraire qu'on constate, surtout aujourd'hui ; ce qui, dit-il, est un &#233;chec incontestable de la raison pratique. MacIntyre donne plusieurs exemples de ces d&#233;saccords : l'avortement ; la morale sexuelle hors procr&#233;ation ; la question de l'existence d'un juste prix ou d'un juste salaire etc. Mais en m&#234;me temps, note-t-il, un point de vue peut &#234;tre rationnellement sup&#233;rieur sans que pour autant cela garantisse l'assentiment, m&#234;me de gens intelligents et attentifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MacIntyre propose plusieurs d&#233;monstrations de la l&#233;gitimit&#233; de la loi naturelle. Dans la premi&#232;re, il se base sur le principe m&#234;me de l'enqu&#234;te en commun. Elle implique qu'il y a un bien &#224; reconna&#238;tre comme tel, la v&#233;rit&#233;, comprise comme ad&#233;quation de la pens&#233;e et de la r&#233;alit&#233; - sinon aucune enqu&#234;te commune n'est possible. Mettant ce bien au-dessus des autres, on recherche une coh&#233;rence entre les exigences de v&#233;rit&#233; et les autres biens que nous poursuivons. On note alors que cela implique une forme d'asc&#233;tisme intellectuel et moral, et des r&#232;gles r&#233;gissant nos rapports mutuels. D'abord, qu'on n'ait pas &#224; craindre de celui avec qui on parle. Donc qu'on ne remette pas en cause la vie, la libert&#233; ou les biens les uns des autres. Ensuite que chacun dise la v&#233;rit&#233;, ne mente pas, que les engagements soient respect&#233;s, et qu'une autorit&#233; nous prot&#232;ge des menaces ext&#233;rieures. Mais, dit-il, nous retrouvons alors les principes de la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre m&#233;thode qu'il propose est comparative : on regarde si l'approche d'une des traditions en pr&#233;sence donne une solution meilleure aux probl&#232;mes que rencontre une autre ; alors sa sup&#233;riorit&#233; relative sera claire, et c'est-dit-il le cas de la loi naturelle. Il rappelle plus g&#233;n&#233;ralement que la recherche du bien commun exige un d&#233;bat. Une id&#233;e qui diverge de la loi naturelle classique peut &#234;tre examin&#233;e rationnellement et on doit pouvoir donner une r&#233;ponse universellement valable au cas examin&#233;. Ce qu'il estime pouvoir d&#233;montrer dans le cas de l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites de cette r&#233;f&#233;rence &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, dans les faits, cette conception de la loi naturelle est aujourd'hui principalement d&#233;fendue par l'Eglise catholique. D'o&#249; une confusion dans les esprits, car elle est de ce fait per&#231;ue comme confessionnelle, malgr&#233; des contributions comme celle de MacIntyre. Cela peut r&#233;sulter de l'insuffisance de l'argumentation propos&#233;e. Mais cela provient surtout de la pr&#233;dominance dans nos soci&#233;t&#233;s de ce que j'appelle le paradigme de neutralit&#233;, relativiste, qui structure notre pens&#233;e collective, et conduit &#224; n'admettre comme r&#232;gle commune que des r&#232;gles du jeu et un principe d'&#233;mancipation individualiste. Un tel cadre de pens&#233;e exclut a priori toute d&#233;marche du type de la loi naturelle. Elle y voit m&#234;me une attitude arrogante aboutissant &#224; imposer des vues aux autres &#8211; sans voir d'ailleurs que c'est en r&#233;alit&#233; ce qu'elle fait elle-m&#234;me avec son propre syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'analysais dans un ouvrage r&#233;cent &#8216;Pour un grand retournement politique, Editions du Bien commun, Paris, 2019) &#171; un paradigme, au sens de Kuhn, est ce qui structure la repr&#233;sentation des choses au niveau collectif, conduisant &#224; s&#233;lectionner certains modes de pens&#233;e et d'expression au d&#233;triment d'autres pourtant aussi l&#233;gitimes a priori. &#187; En l'esp&#232;ce, &#171; c'est l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, d'o&#249; le droit de chacun &#224; se d&#233;terminer comme il l'entend. Et qu'il est bon d'&#233;manciper les individus ou les soci&#233;t&#233;s, ce qui est compris comme la remise en cause des valeurs collectives, des r&#233;f&#233;rences au vrai et au bien jusque-l&#224; reconnues, et des autorit&#233;s correspondantes. Cet objectif de neutralit&#233; &#233;merg&#233; au XVIIe si&#232;cle, a fait progressivement sentir ses effets jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, qu'on appelle maintenant post-moderne, pour qui la seule notion du bien est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences dans tous les domaines, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. &#187; Or &#171; une telle attitude est sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire. Tous les syst&#232;mes de valeurs ant&#233;rieurs affichaient une conception ou une autre du bien, fond&#233;e en d&#233;finitive sur une id&#233;e de la nature humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne comprend pas cette id&#233;e de neutralit&#233;, et le mat&#233;rialisme qui lui est sous-jacent, si on ne le compl&#232;te pas par la promesse d'&#233;mancipation qu'il contient. Car il ne s'agit pas seulement de proclamer n&#233;gativement l'absence de r&#233;f&#233;rence objective au bien ou &#224; la communaut&#233; ; il s'agit de proclamer le droit des individus ou des peuples &#224; s'affranchir de ces r&#232;gles et r&#233;f&#233;rences communes pour construire &#224; volont&#233; leur cadre et leur avenir, droit qui est de fait proclam&#233;, paradoxalement, comme une forme de bien ou plut&#244;t comme le seul &#8216;bien' collectivement reconnu. &#187; &#171; La l&#233;gitimit&#233; reposera alors &#224; la fois sur ce corpus id&#233;ologique et sur les proc&#233;dures qui d&#233;finissent les r&#232;gles du jeu. Les unes et les autres &#233;tant changeantes, la l&#233;gitimit&#233; est d&#233;sormais glissante au gr&#233; de ce qu'on per&#231;oit comme le sens de l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais il se r&#233;v&#232;le aussi plus que jamais une impasse, car la pluralit&#233; de fait des morales, valeurs et cultures etc., que cela g&#233;n&#232;re s'av&#232;re tr&#232;s difficile &#224; g&#233;rer, comme le montrent les turpitudes et limites du syst&#232;me, son incapacit&#233; croissante &#224; donner des r&#232;gles claires pour la vie commune, notamment dans la d&#233;limitation des droits r&#233;ciproques des uns et des autres - par exemple entre la lutte contre la p&#233;dophilie ou les autres abus sexuels, et la d&#233;ferlante pornographique. Et son nihilisme latent est au fond d&#233;sesp&#233;rant. D'o&#249; son recours sans cesse croissant &#224; des r&#233;glementations, dans tous les domaines, et donc &#224; une forme d'&#233;tatisation ; mais aussi l'impuissance croissante du politique &#187;. Le niveau extr&#234;me est ce relativisme des universit&#233;s am&#233;ricaines, cette exaltation de la diversit&#233; aboutissant &#224; disqualifier un discours tenu par quelqu'un parce qu'il est blanc ou masculin. Mais il est important de rappeler que son origine n'est pas dans une contestation ext&#233;rieure de la postmodernit&#233;, mais dans son exacerbation. Ce que ressent l'individu devient un absolu. Et toute id&#233;e d'universalit&#233; dispara&#238;t. Ou plus exactement il ne reste qu'en affirmation &#224; pr&#233;tention universelle, qui est au fond proc&#233;durale : l'affirmation de r&#232;gles du jeu social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La remise en cause de la conception dominante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De ce fait la conception dominante, occidentale, celle qui est doctrine officielle &#224; l'ONU, ne se fonde pas sur une r&#233;f&#233;rence commune objective, encore moins stable, par exemple des droits de l'homme ; mais sur des r&#232;gles du jeu. Mais alors il n'y a pas de limite intellectuelle &#224; la divergence des interpr&#233;tations, comme &#224; l'&#233;volution dans le temps. La probabilit&#233; est donc de divergences croissantes. Le recul de l'universalit&#233; ne provient donc pas seulement de l'arrogance occidentale, mais du fond m&#234;me de sa conception. Mais ce risque de divergence pousse aussi le monde occidental &#224; une tentation moralisante paradoxale, avec en pratique l'imposition id&#233;ologique (au moins dans les pays occidentaux) d'un r&#233;f&#233;rent politiquement correct. Inversement, la critique de cette conception occidentale ne r&#233;sulte pas seulement du fait qu'on affirme des valeurs alternatives, mais aussi, voire surtout, de la critique des limites de ce cadre de pens&#233;e dominant. Parmi celles-ci, on notera en particulier son absence du sens de la communaut&#233;, son refus de reconna&#238;tre l'homme comme &#234;tre de relations ins&#233;r&#233; dans des communaut&#233;s, ainsi que sa n&#233;gation des valeurs morales objectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;rapage du politiquement correct et les r&#233;actions qu'il suscite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses de Chantal Delsol (Le cr&#233;puscule de l'universel, Cerf, 2020) mettent en &#233;vidence les effets d&#233;l&#233;t&#232;res de l'&#233;volution r&#233;cente de cette conception. Ces droits, comme les notions de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, sont pos&#233;s comme principes permettant seuls la vie commune de personnes appel&#233;es &#224; s'&#233;manciper mais ayant des conceptions diff&#233;rentes. Mais en m&#234;me temps, ils sont pos&#233;s, et de plus en plus, comme un id&#233;al &#8216;moral', de plus en plus envahissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constatant la multiplicit&#233; des Chartes alternatives des Droits, Chantal Delsol oppose alors deux conceptions : d'un c&#244;t&#233;, l'individu abstrait ainsi d&#233;fini par sa libert&#233; individuelle ; et de l'autre la &#171; personne inscrite dans groupes d'appartenance, sujet inclus et assujetti des soci&#233;t&#233;s holistes &#187;. Cette analyse tend &#224; faire un bloc de tous ceux qui critiquent la conception dominante, en regroupant sous le nom de holisme l'id&#233;e d'une forme d'ordre impliquant des liens et une solidarit&#233; s'imposant &#224; tous dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'individu doit se fondre. Elle voit d&#233;j&#224; dans le nazisme une &#171; premi&#232;re tentative politique &#187; &#171; pour abolir l'esprit moderne et revenir aux sources de la soci&#233;t&#233; holiste &#187;, r&#233;cusant l'individualisme et l'universalisme, l'&#233;galit&#233;, les Droits de l'homme. Mais elle englobe aussi sous cette &#233;tiquette tout un ensemble de conceptions (pourtant radicalement diff&#233;rentes du nazisme), comme les r&#233;f&#233;rences asiatiques d'inspiration confuc&#233;enne, l'Islam ou la Russie actuelle ; elle note m&#234;me des affinit&#233;s entre ce holisme et le capitalisme rh&#233;nan et l'ordo-lib&#233;ralisme allemand (ce qui en bonne logique finirait implicitement par viser aussi la Doctrine sociale de l'Eglise). On constate m&#234;me, dit-elle, un glissement ou une convergence, puisque dit-elle des rangs entiers de la droite conservatrice ou des catholiques occidentaux admirent Poutine. Outre la r&#233;f&#233;rence holiste, elle voit aussi dans tout cela l'effet d'une tendance g&#233;n&#233;rale r&#233;cemment &#233;merg&#233;e &#224; &#171; suivre sa propre voie &#187;. On d&#233;construit par principe l'universalisme, et on &#233;tablit des ponts vers Vico, Herder et le romantisme allemand. Ce n'est alors pas un simple relativisme, mais une conception plurielle des civilisations. Ainsi en Asie, de Xi Jinping &#224; Lee Kuan Yew. D'o&#249; les &#8216;valeurs asiatiques'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors dit-elle aujourd'hui &#171; le conflit des paradigmes oppose un centre europ&#233;en de plus en plus mondialiste et individualiste, et des p&#233;riph&#233;ries souffrant de d&#233;sappartenance, aspirant &#224; des enracinements plus spiritualistes &#187;. L'Occident ne s'en attriste pas, dit-elle : il voit m&#234;me cela comme un progr&#232;s ; de toute fa&#231;on chez lui il y a &#171; d&#233;valorisation assum&#233;e de l'h&#233;ro&#239;sme et de la grandeur &#187;. Les gens n'y savent plus pour quoi ils accepteraient de mourir ; on y r&#233;cuse les grands r&#233;cits et efface les causes sacrificielles. L'Occident a en outre la sp&#233;cificit&#233; de la repentance, qu'on ne voit pas chez les autres : ni chez Erdogan, ni chez Poutine qui r&#233;habilite Staline, ni chez Xi Jinping qui excuse Mao (comme n'ayant fait que de simples erreurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diversit&#233; des alternatives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position doit &#224; mon sens &#234;tre nuanc&#233;e. Il convient notamment d'&#233;viter de mettre dans le m&#234;me panier toutes les oppositions &#224; la conception occidentale actuelle, messianique et sans cesse plus intol&#233;rante. Car si leur opposition les r&#233;unit, ces id&#233;es alternatives sont en r&#233;alit&#233; assez profond&#233;ment diff&#233;rentes entre elles ; les r&#233;unir sous l'&#233;tiquette commune du &#8216;holisme' est contestable. Nous avons vu l'exemple de la th&#233;orie de la loi naturelle, d&#233;fendue par l'Eglise catholique et th&#232;me majeur de la tradition de pens&#233;e occidentale ant&#233;rieurement aux Lumi&#232;res ; elle se distingue clairement de la conception occidentale actuellement dominante ; mais elle n'a &#233;videmment rien &#224; voir avec des conceptions comme celle de Xi Jinping aujourd'hui, ou a fortiori avec le nazisme, et elle diff&#232;re tr&#232;s sensiblement des id&#233;es islamistes. Il n'y a donc pas deux p&#244;les possibles, la postmodernit&#233; d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre le reste, suppos&#233; holiste et non universel. Ce &#8216;reste' recouvre en r&#233;alit&#233; une grande diversit&#233; d'approches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre cet exemple, la pens&#233;e classique, centr&#233;e autour de la loi naturelle, me para&#238;t &#234;tre par excellence le p&#244;le alternatif &#224; la modernit&#233; ou postmodernit&#233;, au sein de la tradition occidentale. Elle se veut non seulement aussi universaliste que la pens&#233;e dominante, mais elle m&#233;rite ce terme bien plus que celle-ci, qui n'a d'universaliste que sa pr&#233;tention, et organise en r&#233;alit&#233; une cacophonie des valeurs, dissolvant la notion m&#234;me de valeur en la r&#233;duisant &#224; des r&#232;gles du jeu. Mais si on part de cette polarit&#233; entre modernit&#233; et pens&#233;e classique, on va classer de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente les id&#233;es en pr&#233;sence. Le nazisme par exemple se r&#233;v&#232;le alors &#234;tre un avatar monstrueux de la modernit&#233;, exaltant &#224; la fois un pr&#233;tendu soubassement scientifique, et la volont&#233; de puissance d'un groupe humain particulier : c'est en fait une des formes que peut prendre l'exacerbation de l'affirmation du moi, qui est sous-jacente &#224; la modernit&#233;. Et par ailleurs l'id&#233;e de &#171; suivre sa propre voie &#187; sans qualification est tout &#224; fait &#233;trang&#232;re &#224; la pens&#233;e classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me dans la diversit&#233; des voies actuellement explor&#233;es ou mises en avant. Il est important de rappeler la vari&#233;t&#233; des cultures sous-jacentes en pr&#233;sence de nos jours, que le d&#233;veloppement va conduire &#224; voir s'affirmer de plus en plus. Par exemple, l'Asie (le monde sinis&#233;) hors Chine a eu une r&#233;action au coronavirus bien diff&#233;rente des Occidentaux ; la discipline, le sens de la soci&#233;t&#233; et de la communaut&#233; y sont bien plus forts ; et on accepte un degr&#233; plus &#233;lev&#233; d'intrusion. Mais cela ne veut pas dire que la Cor&#233;e ou le Japon soient purement et simplement holistes, ni n'implique de leur part une renonciation &#224; l'universalit&#233;. On l'a vu, la tradition confuc&#233;enne peut &#234;tre ici interrog&#233;e sur le plan doctrinal : la personne humaine n'y dispara&#238;t pas dans le tout, m&#234;me si on comprend d'abord l'homme comme &#234;tre de relations et non de fa&#231;on individualiste. En revanche, dans la &#8216;pens&#233;e Xi Jinping', officielle dans la Chine actuelle, la r&#233;f&#233;rence au confucianisme appara&#238;t largement rh&#233;torique, appel&#233;e au service d'un syst&#232;me hybride combinant en r&#233;alit&#233; un mat&#233;rialisme &#224; la fois marxiste et capitaliste (et donc occidental d'origine), et une tradition autoritaire chinoise violente, qui doit bien plus &#224; ceux qu'on appelait dans la Chine ancienne les L&#233;gistes qu'&#224; Confucius. En outre, si Xi Jinping insiste sur la sp&#233;cificit&#233; des &#8216;couleurs' chinoises de son socialisme, m&#234;me dans son cas cela n'implique pas en soi renoncement &#224; toute universalit&#233;, tant s'en faut : le pays se veut en effet exemplaire au niveau mondial. Il est donc plus totalitaire que holiste, et pas si local que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, cette Asie chinoise n'est pas la seule : outre le bouddhisme, pr&#233;sent dans la m&#234;me culture chinoise, les mondes indien et islamique sont tous deux porteurs de r&#233;f&#233;rences propres, qu'on ne peut pas r&#233;duire &#224; un qualificatif global comme &#8216;holisme'. Ces mondes savent qu'ils ont &#233;t&#233; de grandes civilisations ; ils ont perdu historiquement beaucoup de terrain par rapport &#224; l'Occident, mais ils sont en pleine remont&#233;e sur les plans &#233;conomique et politique (m&#234;me si le monde musulman est ici moins convaincant). D'o&#249; des &#233;volutions vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle en cours en Inde tourne autour d'une hindutva centr&#233;e sur l'hindouisme : elle est donc ind&#233;niablement tr&#232;s particulariste et communautaire. Mais par un paradoxe apparent cet exemple, qui correspond le mieux au sch&#233;ma particulariste et holiste de Chantal Delsol, est aussi celui du seul grand pays dans cette zone &#224; garder vivante une d&#233;mocratie &#224; l'occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Islam est un autre exemple caract&#233;ristique de cette diversit&#233;. Il n'est pas &#233;vident que le terme de &#8216;holisme' s'applique &#224; lui et que l'individu s'y dissolve dans la communaut&#233; : il y a en Islam un sens fort de la communaut&#233; islamique (Umma) mais la r&#233;f&#233;rence n'est pas dans la communaut&#233;, c'est dans le Coran, r&#233;f&#233;rence commune. Et surtout il se veut universel et non pas local ; il a m&#234;me &#233;tabli une d&#233;claration des droits alternative. On tend en Occident &#224; passer cela sous silence, de fa&#231;on g&#234;n&#233;e, consid&#233;rant qu'une d&#233;claration de droits qui se r&#233;f&#232;re &#224; une tradition qu'on juge particuli&#232;re ne peut pr&#233;tendre &#234;tre universelle, et ne se situe donc pas au m&#234;me niveau que les textes occidentaux. Mais cela pose un probl&#232;me conceptuel majeur : il est en soi logique que si on introduit dans la r&#233;flexion un &#233;l&#233;ment non partag&#233; comme le Coran, le r&#233;sulte diverge. En r&#233;alit&#233;, le Coran aussi est &#224; pr&#233;tention universelle ; les musulmans acceptent donc le principe d'une d&#233;claration de droits, mais pour eux elle n'a de sens que compl&#233;t&#233;e et corrig&#233;e par la charia. Il y a donc conflit et contradiction entre les deux conceptions, occidentales et islamiques ; d&#232;s lors l'une des deux au moins est fausse. Mais ce n'est pas par manque d'universalit&#233; ; cela veut dire qu'on n'&#233;chappera pas &#224; un choix sur le fond, &#224; la question de la v&#233;rit&#233; de l'un ou de l'autre, et notamment pas en tentant de recourir &#224; une &#233;thique proc&#233;durale &#224; l'occidentale, qui ne donne pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;sir de s'affirmer et de ne plus &#234;tre &#224; la remorque de l'Occident, s'ajoute en outre dans tous ces cas, comme on l'a dit, une sinc&#232;re hostilit&#233; envers les formes de plus en plus caricaturales que prend la pens&#233;e postmoderne occidentale, laquelle risque d'emporter dans le refus la partie pourtant justifi&#233;e et universelle de la modernit&#233; occidentale. Evidemment, toutes ces affirmations apparaissent particularistes si on les lit &#224; travers le prisme de lecture occidental actuel, et on tend &#224; les r&#233;cuser en bloc &#224; ce titre. On risque alors de tomber dans le pi&#232;ge d'une dichotomie entre les pays dits vraiment &#8216;d&#233;mocratiques' et les autres. Mais ce n'est pas la seule coupure possible : on l'a dit, l'Islam par exemple est pour ses tenants une proposition universelle, conduisant &#224; une polarit&#233; diff&#233;rente, mais tout aussi dichotomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel manich&#233;isme, caract&#233;risant les uns et les autres, est fondamentalement diff&#233;rent de la d&#233;marche de la pens&#233;e classique, celle qui est &#224; l'origine de l'id&#233;e de loi naturelle, qu'on voit mal structurant le monde en deux camps oppos&#233;s, puisqu'elle vise au contraire &#224; d&#233;gager une id&#233;e morale commune. Un pr&#233;alable &#224; tout progr&#232;s est donc de sortir de ces oppositions binaires et au fond simplistes, mais sans pour autant cesser d'affirmer ce qui appara&#238;t comme de valeur universelle, et la possibilit&#233; de telles valeurs universelles. On pourra ne pas &#234;tre d'accord (ainsi sur l'avortement), mais sans enfermer l'autre dans un sch&#233;ma (sauf s'il le fait lui-m&#234;me). Ni relativisme, ni manich&#233;isme, l'enjeu est la mise en &#233;vidence, chaque fois que possible, par un travail commun, de ce qui a r&#233;ellement et objectivement, valeur universelle, parce que relevant du vrai, du beau et du bien. Et pour le reste, de traiter au mieux, dans la respect de principes civilis&#233;s et moraux, des &#234;tres qui sont diff&#233;rents de nous et qui ne partagent pas nos vues, ou pas toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'apr&#232;s mon intervention au Colloque 2020 de l'AIESC (Th&#232;me g&#233;n&#233;ral :&lt;/i&gt; Valeurs universelles et valeurs locales/ particuli&#232;res : compl&#233;mentarit&#233;s et confrontations)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Petite analyse de la D&#233;claration Dominus Iesus</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Petite-analyse-de-la-Declaration-Dominus-Iesus.html</link>
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		<dc:date>2019-02-11T17:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>Dominus Jesus</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;claration de Duba&#239;</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Syncr&#233;tisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au vu des d&#233;bats suscit&#233;s par la r&#233;cente d&#233;claration de Duba&#239; (4 f&#233;vrier 2019) entre le pape Fran&#231;ois et le grand Imam d'Al Azhar, et plus exactement la question de la pluralit&#233; des religions ainsi que l'emploi du terme &#8216;foi' pour d&#233;signer des croyances religieuses en dehors de la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne, je vous propose la lecture &#233;clairante d'un texte publi&#233; en 2000, la D&#233;claration Dominus Iesus. Emise comme document doctrinal par la Congr&#233;gation de la Doctrine de la Foi, alors dirig&#233;e par le Cardinal Ratzinger, et approuv&#233;e par saint Jean-Paul II, elle fait une synth&#232;se de l'enseignement de l'Eglise catholique sur ces points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous en trouverez ci-apr&#232;s une courte analyse.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pluralite-des-religions-+.html" rel="tag"&gt;Pluralit&#233; des religions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Dominus-Jesus-+.html" rel="tag"&gt;Dominus Jesus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Declaration-de-Dubai-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;claration de Duba&#239;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pluralisme-et-verite-+.html" rel="tag"&gt;Pluralisme et v&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Syncretisme-+.html" rel="tag"&gt;Syncr&#233;tisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite analyse de la D&#233;claration &lt;i&gt;Dominus Iesus&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Extraits de mon livre publi&#233; en 2000, &lt;i&gt;Le Ciel et la For&#234;t&lt;/i&gt; Dominique Martin Morin, tome II)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Unicit&#233; du christianisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La d&#233;claration Dominus Jesus est le premier texte r&#233;cent du magist&#232;re catholique &#224; aborder la question de pluralit&#233; religieuse. Si elle n'avance volontairement aucun &#233;l&#233;ment nouveau, le fait de r&#233;affirmer solennellement un ensemble d'&#233;l&#233;ments traditionnels est en soi tr&#232;s important, avec une approbation marqu&#233;e du pape Jean-Paul II (tant dans le corps du texte que dans l'audience qui a suivi, o&#249; il a d&#233;fendu avec vivacit&#233; la d&#233;claration contre ses d&#233;tracteurs). Elle vise explicitement la d&#233;rive relativiste qui affecte de nombreux chr&#233;tiens, en particulier dans les milieux se r&#233;clamant du dialogue entre religions. Les tr&#232;s nombreuses citations de ce texte sont presque toutes soit tir&#233;es de l'Ecriture, soit tr&#232;s r&#233;centes (Vatican II et les deux derniers papes), comme pour souligner l'actualit&#233; et la permanence des enseignements correspondants. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le fait central est la r&#233;affirmation de l'unicit&#233; et de l'universalit&#233; du salut apport&#233; par le Christ. Tout homme qui est sauv&#233; l'est par le seul Christ, Fils de Dieu, &#224; la fois Dieu et Homme, qui S'est incarn&#233; et est mort pour nous ; cons&#233;quemment, ce salut passe &#233;galement n&#233;cessairement par l'Eglise, Corps mystique du Christ, qui rassemble le peuple des rachet&#233;s, et prolonge l'action du Christ notamment en r&#233;pandant Son enseignement et en diffusant les gr&#226;ces sacramentelles. Le message de ce salut, et plus g&#233;n&#233;ralement la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne, apport&#233;s par le Fils de Dieu Lui-m&#234;me, sont complets et d&#233;finitifs, en cela qu'ils contiennent tout ce qui a &#233;t&#233; et doit &#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; par Dieu aux hommes. L'action de l'Esprit saint au cours de l'histoire s'inscrit &#233;galement dans ce contexte, puisque l'Esprit est esprit du Verbe incarn&#233;. D'o&#249; le r&#244;le essentiel de l'annonce de ce message de salut, et donc du devoir missionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En sens contraire les relativismes contemporains prennent des formes vari&#233;es, mais qui ont en commun de ne pas reconna&#238;tre cette unicit&#233;, tant du r&#244;le du Christ que du message correspondant : soit qu'on admette d'autres conceptions possibles, parall&#232;les &#224; celle-l&#224; bien que contradictoires, soit qu'on pr&#233;tende que la v&#233;rit&#233; est hors de port&#233;e, soit qu'on ne reconnaisse pas &#224; cet &#233;v&#232;nement de l'Incarnation sa signification radicalement originale et unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;claration rappelle les nombreux textes de l'Ecriture qui affirment de la fa&#231;on la plus claire ce r&#244;le unique. Elle confirme que cette unicit&#233; est comme nous l'avons montr&#233; intrins&#232;que au message chr&#233;tien : si en effet Dieu, en la personne du Fils, S'est incarn&#233; et est mort puis ressuscit&#233; pour le salut des hommes, un tel &#233;v&#232;nement, pour celui qui l'accueille et y croit, devient n&#233;cessairement le fait central de sa foi. Dieu ne S'est incarn&#233; et est mort pour nous qu'une fois, en un endroit et un moment pr&#233;cis ; et le message de salut qu'Il a apport&#233;, comme Dieu et comme homme, est &#233;videmment unique et suffisant. En le disant les Evangiles et &#224; leur suite l'Eglise ne font que souligner ce qui et la logique m&#234;me de cette Bonne nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour l'Eglise : si Dieu S'est incarn&#233;, une seule fois en un seul endroit, et a fond&#233; une communaut&#233; d'hommes avec mission d'accueillir leurs fr&#232;res en leur annon&#231;ant ce message de salut, cette communaut&#233; est unique. Et lorsqu'il est rappel&#233; que l'Eglise du Christ &#8216;subsiste' en la seule Eglise catholique, on reste l&#224; encore dans la simple logique : ce qui constitue l'Eglise catholique est pr&#233;cis&#233;ment le fait de remonter &#224; cette fondation sans discontinuit&#233;, et de trouver en elle l'origine de ses institutions (notamment avec la succession &#233;piscopale, et l'ensemble des sacrements). On peut ne pas &#234;tre d'accord, mais on ne peut nier que c'est la raison d'&#234;tre m&#234;me de cette Eglise. Le texte le rappelle (16) : &#8216;Par l'expression subsistit in, le Concile Vatican II (Lumen gentium, n. 8) a voulu proclamer deux affirmations doctrinales : d'une part, que malgr&#233; les divisions entre chr&#233;tiens, l'&#201;glise du Christ continue &#224; exister en pl&#233;nitude dans la seule &#201;glise catholique ; d'autre part, &#171; que des &#233;l&#233;ments nombreux de sanctification et de v&#233;rit&#233; subsistent hors de ses structures &#187;, c'est-&#224;-dire dans les &#201;glises et Communaut&#233;s eccl&#233;siales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'&#201;glise catholique. Mais il faut affirmer de ces derni&#232;res que leur &#171; force d&#233;rive de la pl&#233;nitude de gr&#226;ce et de v&#233;rit&#233; qui a &#233;t&#233; confi&#233;e &#224; l'&#201;glise catholique &#187; (Vat. II, D&#233;cr. Unitatis redintegratio, n. 3.)' L&#224; encore on reste dans la simple logique : si ces sacrements et institutions sont effectivement d'origine divine, et sont des instruments constitutifs de l'Eglise, une communaut&#233; humaine qui ne les a pas tous n'est pas pleinement &#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte contient de nombreux d&#233;veloppements tr&#232;s riches sur lesquels nous ne pouvons nous &#233;tendre (notamment sur l'articulation de l'Eglise et du Royaume). Nous nous concentrerons sur les deux questions du rapport avec les autres religions, et du salut des non-chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les autres religions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres religions, la d&#233;claration rappelle que la reconnaissance par le texte conciliaire Dignitatis Humanae des valeurs et v&#233;rit&#233;s qu'elles contiennent, qui d&#233;bouche sur le dialogue inter religieux, n'exclut en rien la mission, dont le dialogue est &#8216;l'accompagnement'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cons&#233;quence tr&#232;s importante de l'unicit&#233; du christianisme est en effet que la foi chr&#233;tienne est de nature diff&#233;rente des diverses croyances. Comme le dit le document (7) : &#8216;On doit donc tenir fermement la distinction entre la foi th&#233;ologale [celle du chr&#233;tien] et la croyance dans les autres religions. Alors que la foi est l'accueil dans la gr&#226;ce de la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e, qui &#171; permet de p&#233;n&#233;trer le myst&#232;re, dont elle favorise une compr&#233;hension coh&#233;rente &#187; (Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio, n. 13), la croyance dans les autres religions est cet ensemble d'exp&#233;riences et de r&#233;flexions, tr&#233;sors humains de sagesse et de religiosit&#233;, que l'homme dans sa recherche de la v&#233;rit&#233; a pens&#233; et v&#233;cu, pour ses relations avec le Divin et l'Absolu'. Et le texte poursuit : &#8216;Cette distinction n'est pas toujours pr&#233;sente dans la r&#233;flexion actuelle, ce qui provoque souvent l'identification entre la foi th&#233;ologale, qui est l'accueil de la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par le Dieu Un et Trine, et la croyance dans les autres religions, qui est une exp&#233;rience religieuse encore &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233; absolue, et encore priv&#233;e de l'assentiment &#224; Dieu qui se r&#233;v&#232;le'. Les mots sont pes&#233;s : on a d'un c&#244;t&#233; la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e de Dieu, de l'autre le fruit des recherches de l'homme : au mieux une exp&#233;rience religieuse non aboutie. Encore une fois ceci n'est que la cons&#233;quence imm&#233;diate du message chr&#233;tien : si le Christ est Dieu, ce qu'Il dit est la v&#233;rit&#233; ; et qui ignore cette v&#233;rit&#233; ne peut pr&#233;tendre avoir acc&#232;s &#224; l'autor&#233;v&#233;lation de Dieu ; d&#232;s lors ce qu'il croit n'est pas connaissance r&#233;v&#233;l&#233;e de et par Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, les textes de ces religions, quel que soit le r&#244;le b&#233;n&#233;fique qu'ils puissent jouer ou avoir jou&#233;, ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des &#8216;livres inspir&#233;s', c'est-&#224;-dire r&#233;dig&#233;s sous l'inspiration de l'Esprit saint et constituant ensemble le corpus de ce que Dieu a r&#233;v&#233;l&#233; aux hommes. Bien entendu l'Esprit saint agit dans l'histoire, mais c'est comme Esprit du Verbe ; on ne saurait donc opposer un r&#244;le sp&#233;cifique du Verbe limit&#233; au seul christianisme, oppos&#233; &#224; une action de l'Esprit qui se ferait sentir de fa&#231;on comparable dans les diff&#233;rentes religions. C'est toujours le Christ qui agit. Comme dit le texte (12), [&#8230;] [citant] Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 28. &#8216;Tout en reconnaissant le r&#244;le historico-salvifique de l'Esprit dans l'univers entier et dans toute l'histoire (ibidem) le Magist&#232;re pr&#233;cise cependant : &#171; Ce m&#234;me Esprit a agi dans l'incarnation, dans la vie, la mort et la r&#233;surrection de J&#233;sus, et il agit dans l'&#201;glise. Il ne se substitue donc pas au Christ, et il ne remplit pas une sorte de vide, comme, suivant une hypoth&#232;se parfois avanc&#233;e, il en existerait entre le Christ et le Logos. Ce que l'Esprit fait dans le c&#339;ur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions, remplit une fonction de pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique et cela ne peut pas &#234;tre sans relation au Christ, le Verbe fait chair par l'action de l'Esprit, &#8220;afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et r&#233;capitule toutes choses en lui&#8221; &#187; (Ibidem, n. 29).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut pas dire que Dieu n'utilise pas ces autres religions. En effet comme dit le texte (8) &#8216;Cependant, parce qu'il veut appeler &#224; lui tous les peuples en J&#233;sus-Christ et leur communiquer la pl&#233;nitude de sa r&#233;v&#233;lation et de son amour, Dieu ne manque pas de se rendre pr&#233;sent de mani&#232;re multiforme &#171; non seulement aux individus mais encore aux peuples, par leurs richesses spirituelles dont les religions sont une expression principale et essentielle, bien qu'elles comportent &#8220;des lacunes, des insuffisances et des erreurs&#8221; &#187; (Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 55). Par cons&#233;quent, les livres sacr&#233;s des autres religions qui de fait nourrissent et dirigent l'existence de leurs adeptes, re&#231;oivent du myst&#232;re du Christ les &#233;l&#233;ments de bont&#233; et de gr&#226;ce qu'ils contiennent.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, ce qu'ils contiennent de bon peut aider les fid&#232;les de ces religions &#224; se tourner vers Dieu, et peuvent &#234;tre par-l&#224; instruments de la gr&#226;ce ; &#233;tant entendu que ces &#233;l&#233;ments b&#233;n&#233;fiques proviennent du Christ. On retrouve les notions caract&#233;ristiques de &#8216;semences du verbe' et de &#8216;pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique'. En bref, les autres religions et plus g&#233;n&#233;ralement tout ce qu'ont de bon les diff&#233;rentes cultures humaines est anim&#233; par l'Esprit, qui est Esprit du Christ ; mais ceci est de nature et de signification tr&#232;s diff&#233;rente de la R&#233;v&#233;lation directe et explicite de Dieu par Lui-m&#234;me, notamment dans l'Incarnation et la R&#233;demption [&#8230;] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de ces religions doit donc &#234;tre examin&#233; dans le cadre de cette unique m&#233;diation du Christ. Sur les modalit&#233;s de cette m&#233;diation la recherche th&#233;ologique est ouverte, mais &#224; condition de rester dans ce cadre. Comme le dit le texte (14) : &#8216;Il faut donc croire fermement comme v&#233;rit&#233; de foi catholique que la volont&#233; salvifique universelle du Dieu Un et Trine est manifest&#233;e et accomplie une fois pour toutes dans le myst&#232;re de l'incarnation, mort et r&#233;surrection du Fils de Dieu. Compte tenu de cette donn&#233;e de foi, la th&#233;ologie d'aujourd'hui, lorsqu'elle m&#233;dite sur la pr&#233;sence d'autres exp&#233;riences religieuses et sur leur signification dans le plan salvifique de Dieu, est invit&#233;e &#224; examiner les aspects et les &#233;l&#233;ments positifs de ces religions : entrent-ils dans le plan divin de salut ? Comment ? La recherche th&#233;ologique trouve dans cette r&#233;flexion un vaste champ de travail sous la direction du Magist&#232;re de l'&#201;glise. Le Concile Vatican II a d'ailleurs affirm&#233; que &#171; l'unique m&#233;diation du R&#233;dempteur n'exclut pas, mais suscite au contraire une coop&#233;ration vari&#233;e de la part des cr&#233;atures, en d&#233;pendance de l'unique source &#187; (Vat.II, Lumen gentium, n. 62). Il faut &#233;lucider le contenu de cette m&#233;diation particip&#233;e, qui doit rester guid&#233;e par le principe de l'unique m&#233;diation du Christ : &#171; Le concours de m&#233;diations de types et d'ordres divers n'est pas exclu, mais celles-ci tirent leur sens et leur valeur uniquement de celle du Christ, et elles ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme parall&#232;les ou compl&#233;mentaires &#187; (Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 5). Les solutions qui envisageraient une action salvifique de Dieu hors de l'unique m&#233;diation du Christ seraient contraires &#224; la foi chr&#233;tienne et catholique.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On revient donc &#224; l'unicit&#233; intrins&#232;que du message chr&#233;tien. Comme dit le texte (15) : &#8216;On se propose souvent d'&#233;viter en th&#233;ologie des termes comme &#171; unicit&#233; &#187;, &#171; universalit&#233; &#187;, &#171; absolu &#187;, parce qu'ils donneraient l'impression d'une insistance excessive sur le sens et la valeur de l'&#233;v&#233;nement salvifique de J&#233;sus-Christ vis-&#224;-vis des autres religions. Or, ce langage exprime en fin de compte la fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;v&#233;lation, car il est un d&#233;veloppement : il provient des sources m&#234;mes de la foi. La communaut&#233; des croyants a en effet imm&#233;diatement reconnu la vertu salvifique sp&#233;cifique de J&#233;sus : par cette vertu, lui seul, comme Fils de Dieu fait homme crucifi&#233; et ressuscit&#233;, donne la r&#233;v&#233;lation (cf. Mt 11,27) et la vie divine (cf. Jn 1,12 ; 5,25-26 ; 17,2) &#224; toute l'humanit&#233; et &#224; chaque homme par la mission re&#231;ue du P&#232;re et dans la puissance du Saint-Esprit. Dans cette mesure, on peut et on doit dire que J&#233;sus-Christ a une fonction unique et singuli&#232;re pour le genre humain et pour son histoire : cette fonction lui est propre, elle est exclusive, universelle et absolue.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si l'on souhaite en compl&#233;ment r&#233;fl&#233;chir sur la place des autres religions, on constate donc d'une part que Dieu est &#224; l'&#339;uvre dans ce qu'elles ont de bon, mais que d'autre part elles ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme relevant d'une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation. Il appara&#238;t donc bien qu'elles rel&#232;vent de l'action normale de Dieu en l'homme, allant &#224; la rencontre des efforts de l'homme lequel utilise ces dons naturels que Dieu a mis en lui, qui est fait par Lui &#224; Son image. On peut donc envisager une action providentielle du Christ, par son Esprit, &#233;veillant ou encourageant telle ou telle disposition ou r&#233;flexion possible. Mais ce n'est pas une R&#233;v&#233;lation. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon un paradoxe apparent, les religions de l'Inde peuvent &#234;tre appr&#233;hend&#233;es comme ensemble certes disparate mais f&#233;cond de &#8216;semences du Verbe', m&#234;l&#233;es &#224; des sp&#233;culations erron&#233;es, et l'on peut esp&#233;rer que comme la philosophie grecque (c'est-&#224;-dire apr&#232;s transformation radicale) les h&#233;ritiers de ces grandes cultures puissent en extraire des &#233;l&#233;ments propres &#224; enrichir non le christianisme, mais notre compr&#233;hension de ses richesses. En revanche, &#224; nouveau le cas de l'Islam fait probl&#232;me : apparu apr&#232;s le christianisme et parfois &#224; ses d&#233;pens, pour l'essentiel construit &#224; partir de la Bible ou de textes chr&#233;tiens non canoniques, ce n'est pas un bon candidat au r&#244;le de &#8216;semina Verbi'. Il semble donc qu'il faille ici faire intervenir une autre configuration, &#233;galement pr&#233;sente dans les h&#233;r&#233;sies, celle dans laquelle un &#233;l&#233;ment de connaissance de Dieu est bien pr&#233;sent, fourni en l'esp&#232;ce non par l'effort de recherche de l'homme mais par une vraie R&#233;v&#233;lation, celle de la Bible ; mais il se trouve que dans sa recherche personnelle un homme (sinc&#232;re sans doute), faute de connaissance appropri&#233;e de ce message, a pu &#224; partir de lui se construire une vision particuli&#232;re, qui est en r&#233;gression par rapport &#224; la pl&#233;nitude de la R&#233;v&#233;lation, et contient des erreurs. Situation qui est d'ailleurs appel&#233;e &#224; un certain avenir avec l'unification relative de la plan&#232;te : le christianisme ou certains de ses &#233;l&#233;ments tend en effet &#224; &#234;tre largement connu, ce qui rend tr&#232;s improbable une nouvelle religion qui n'en tiendrait pas compte ; mais il peut servir de r&#233;servoir au genre d'initiative que l'Islam et les grandes h&#233;r&#233;sies ont illustr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le salut des non-chr&#233;tiens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne enfin le salut des non chr&#233;tiens, la d&#233;claration rappelle que selon le Concile (12) : &#8216;l'action salvifique de J&#233;sus-Christ, avec et par son Esprit, s'&#233;tend &#224; toute l'humanit&#233;, au-del&#224; des fronti&#232;res visibles de l'&#201;glise. Traitant du myst&#232;re pascal, o&#249; le Christ associe d&#233;j&#224; maintenant le croyant &#224; sa vie dans l'Esprit et lui donne l'esp&#233;rance de la r&#233;surrection, le Concile affirme : &#171; Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volont&#233;, dans le c&#339;ur desquels, invisiblement, agit la gr&#226;ce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation derni&#232;re de l'homme est r&#233;ellement unique, &#224; savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre &#224; tous, d'une fa&#231;on que Dieu conna&#238;t, la possibilit&#233; d'&#234;tre associ&#233; au myst&#232;re pascal &#187; (Gaudium et spes, n. 22).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quel est le r&#244;le de l'Eglise dans ce salut ? Le document rappelle les principes de base (20) : &#8216;On doit avant tout croire fermement que l'&#171; &#201;glise en marche sur la terre est n&#233;cessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est m&#233;diateur et voie de salut : or, il nous devient pr&#233;sent en son Corps qui est l'&#201;glise ; et en nous enseignant express&#233;ment la n&#233;cessit&#233; de la foi et du bapt&#234;me (cf. Mc 16,16 ; Jn 3,5), c'est la n&#233;cessit&#233; de l'&#201;glise elle-m&#234;me, dans laquelle les hommes entrent par la porte du bapt&#234;me, qu'il nous a confirm&#233;e en m&#234;me temps &#187; (Lumen gentium, n. 14). Cette doctrine ne doit pas &#234;tre oppos&#233;e &#224; la volont&#233; salvifique universelle de Dieu (cf. 1 Tm 2,4) ; aussi, &#171; il est n&#233;cessaire de tenir ensemble ces deux v&#233;rit&#233;s, &#224; savoir la possibilit&#233; r&#233;elle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la n&#233;cessit&#233; de l'&#201;glise pour le salut &#187; (Redemptoris missio, n. 9). L'&#201;glise est &#171; sacrement universel de salut &#187; (Lumen gentium, n. 48), parce que, de mani&#232;re myst&#233;rieuse et subordonn&#233;e, toujours unie &#224; J&#233;sus-Christ sauveur, sa T&#234;te, elle a dans le dessein de Dieu un lien irrempla&#231;able avec le salut de tout homme (S. Cyprien, De catholicae ecclesiae unitate, 6). Pour ceux qui ne sont pas formellement et visiblement membres de l'&#201;glise, &#171; le salut du Christ est accessible en vertu d'une gr&#226;ce qui, tout en ayant une relation myst&#233;rieuse avec l'&#201;glise, ne les y introduit pas formellement mais les &#233;claire d'une mani&#232;re adapt&#233;e &#224; leur &#233;tat d'esprit et &#224; leur cadre de vie. Cette gr&#226;ce vient du Christ, elle est le fruit de son sacrifice et elle est communiqu&#233;e par l'Esprit Saint &#187; (Redemptoris missio, n. 10). Elle est li&#233;e &#224; l'&#201;glise, qui &#171; tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le P&#232;re &#187; (Vat. II, D&#233;cr. Ad gentes, n. 2). Et la note 82 pr&#233;cise : &#8216;C'est dans le sens ici expliqu&#233; qu'il faut interpr&#233;ter la formule c&#233;l&#232;bre Extra Ecclesia nullus omnino salvatur.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 21 : &#8216;Sur la modalit&#233; de transmission aux non-chr&#233;tiens de la gr&#226;ce salvifique de Dieu, toujours donn&#233;e par le Christ en l'Esprit et dans un rapport myst&#233;rieux avec l'&#201;glise, le Concile Vatican II s'est content&#233; d'affirmer que Dieu la donne &#171; par des voies connues de lui &#187; (Vat. II, D&#233;cr. Ad gentes, n. 7). La th&#233;ologie cherche &#224; approfondir cette id&#233;e. Ce travail th&#233;ologique doit &#234;tre encourag&#233;, parce qu'il sert sans aucun doute &#224; une meilleure compr&#233;hension des desseins salvifiques de Dieu et des formes de leur r&#233;alisation. Cependant, d'apr&#232;s ce qui a &#233;t&#233; rappel&#233; jusqu'ici sur la m&#233;diation de J&#233;sus-Christ et sur la &#171; relation singuli&#232;re et unique &#187; (Redemptoris missio, n. 18) entre l'&#201;glise et le Royaume de Dieu parmi les hommes &#8212; qui est en substance le Royaume du Christ sauveur universel &#8212;, il serait clairement contraire &#224; la foi catholique de consid&#233;rer l'&#201;glise comme un chemin de salut parmi d'autres.'&#8230; &#8216;Certes, les diff&#233;rentes traditions religieuses contiennent et proposent des &#233;l&#233;ments de religiosit&#233; qui proc&#232;dent de Dieu, [&#8230;] et font partie de &#171; ce que l'Esprit fait dans le c&#339;ur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions &#187; (Redemptoris missio, n. 29). De fait, certaines pri&#232;res et certains rites des autres religions peuvent assumer un r&#244;le de pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique, en tant qu'occasions ou enseignements encourageant le c&#339;ur des hommes &#224; s'ouvrir &#224; l'action divine (ibidem). On ne peut cependant leur attribuer l'origine divine et l'efficacit&#233; salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chr&#233;tiens (Concile de Trente, D&#233;cr. De sacramentis). Par ailleurs, on ne peut ignorer que d'autres rites naissent de superstitions ou d'erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21) et constituent plut&#244;t un obstacle au salut (Redemptoris missio, n. 55).' Et encore au 22 : &#8216;S'il est vrai que les adeptes d'autres religions peuvent recevoir la gr&#226;ce divine, il n'est pas moins certain qu'objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport &#224; ceux qui, dans l'&#201;glise, ont la pl&#233;nitude des moyens de salut (Pie XII, Encycl. Mystici corporis). &#171; Tous les fils de l'&#201;glise doivent [...] se souvenir que la grandeur de leur condition doit &#234;tre rapport&#233;e non &#224; leurs m&#233;rites, mais &#224; une gr&#226;ce sp&#233;ciale du Christ ; s'ils n'y correspondent pas par la pens&#233;e, la parole et l'action, ce n'est pas le salut qu'elle leur vaudra, mais un plus s&#233;v&#232;re jugement &#187; (Lumen gentium, n. 14).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 23 : &#8216;&#192; propos de la vraie religion, les P&#232;res du Concile Vatican II ont affirm&#233; : &#171; Cette unique et vraie religion, nous croyons qu'elle subsiste dans l'&#201;glise catholique et apostolique &#224; qui le Seigneur J&#233;sus a confi&#233; le mandat de la faire conna&#238;tre &#224; tous les hommes, lorsqu'il dit aux ap&#244;tres : &#8220;Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du P&#232;re et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant &#224; observer tout ce que je vous ai prescrit&#8221; (Mt 28,19-20). Tous les hommes, d'autre part, sont tenus de chercher la v&#233;rit&#233;, surtout en ce qui concerne Dieu et son &#201;glise ; et quand ils l'ont connue, de l'embrasser et de lui &#234;tre fid&#232;les &#187; (Vat. II, D&#233;cl. Dignitatis humanae, n. 1).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous ne nous &#233;tendrons pas sur les modalit&#233;s de connaissance du Christ et de l'Eglise qui sont celles des non-chr&#233;tiens sauv&#233;s : la d&#233;claration ne va pas au-del&#224; du texte conciliaire, lui-m&#234;me tr&#232;s g&#233;n&#233;ral, sinon &#224; pr&#233;ciser qu'il s'agit &#8216;d'une gr&#226;ce qui, tout en ayant une relation myst&#233;rieuse avec l'&#201;glise, ne les y introduit pas formellement mais les &#233;claire d'une mani&#232;re adapt&#233;e &#224; leur &#233;tat d'esprit et &#224; leur cadre de vie..'. En d'autres termes il n'y a pas entr&#233;e formelle dans l'Eglise, mais &#8216;&#233;clairement' de la personne, d'une mani&#232;re qui les relie &#224; l'Eglise. Ce qui implique que celle-ci a un r&#244;le dans le processus. Il est d&#232;s lors essentiel de rappeler ces deux &#233;l&#233;ments de base que sont d'un c&#244;t&#233; le devoir missionnaire des chr&#233;tiens, ainsi que le devoir de recherche et de conversion de la part des non-chr&#233;tiens ; et de l'autre le rappel de la situation objectivement moins favorable de ces derniers. On pourrait peut-&#234;tre ici les comparer (avec prudence !) &#224; des hommes qui vivraient dans des conditions insalubres, et d'une nourriture insuffisante. Qu'ils arrivent &#224; survivre n'emp&#234;che pas que leur situation n'est pas satisfaisante, et que qui a la possibilit&#233; de leur procurer des conditions de vie saines, avec une nourriture ad&#233;quate et une minimum d'instruction, aurait un devoir absolu de le faire. Il est insens&#233; que des chr&#233;tiens, qui ne peuvent &#234;tre tels s'ils ne vivent pas du Christ et ont une immense gratitude pour ce don de la foi qui leur ait fait, n'aient pas le d&#233;sir ardent de communiquer ce don dans la mesure du possible ; comme il est insens&#233; d'imaginer que la connaissance auto-r&#233;v&#233;l&#233;e du Fils de Dieu ne fasse aucune diff&#233;rence ente celui qui en b&#233;n&#233;ficie et un autre. La responsabilit&#233; des chr&#233;tiens est ici massive : comme dit saint Paul, malheur &#224; moi si je n'annonce pas l'Evangile ; en d'autres termes, c'est &#224; nous de participer au salut des non-chr&#233;tiens, soit si nous pouvons en leur faisant conna&#238;tre le Christ, soit en accroissant par nos pri&#232;res et nos efforts la somme de gr&#226;ces que la solidarit&#233; de la Communion des saints diffuse aussi aupr&#232;s de ceux des non-chr&#233;tiens qui ont montr&#233; l'ouverture n&#233;cessaire pour b&#233;n&#233;ficier de la vertu salvifique de l'Eglise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Philosophie de la foi </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie de la foi</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La foi catholique est une exp&#233;rience qui pr&#233;tend &#224; la v&#233;rit&#233;. Elle peut donc &#234;tre examin&#233;e rationnellement. Mais pour l'appr&#233;cier comme v&#233;rit&#233;, il faut se placer de son point de vue, sans perdre pour autant l'exigence rationnelle. Il ne s'agit pas ici de preuves de l'existence de Dieu, mais de l'exp&#233;rience de foi elle-m&#234;me. Elle se pr&#233;sente comme une v&#233;rit&#233; bas&#233;e sur une exp&#233;rience diff&#233;rente, qui ne peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e, un rapport &#224; des r&#233;alit&#233;s non connues par nos autres moyens de connaissance. Sa source, c'est d'abord ce que Dieu nous a fait conna&#238;tre Lui-m&#234;me : ce qu'on appelle R&#233;v&#233;lation. La foi propose donc une connaissance qui est en m&#234;me temps relation, accessible &#224; notre raison m&#234;me si son objet la d&#233;passe. Et il n'y a aucun motif de ne pas admettre cette forme de connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est source de v&#233;rit&#233;s propres, que la raison peut comprendre et analyser. Elle peut donc apporter beaucoup &#224; la pens&#233;e rationnelle, surtout si celle-ci en vient &#224; ne plus croire en elle-m&#234;me. La foi est alors contre toute attente le plus s&#251;r fondement de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Editions Arjalas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recension sur Famille chr&#233;tienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.famillechretienne.fr/livres/sciences-humaines/philosophie/philosophie-de-la-foi-195179&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.famillechretienne.fr/liv...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de ce nouveau livre...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Philosophie-.html" rel="directory"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pluralisme-et-verite-+.html" rel="tag"&gt;Pluralisme et v&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Philosophie-de-la-foi-288-+.html" rel="tag"&gt;Philosophie de la foi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arjalas Editions &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recension sur Famille chr&#233;tienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.famillechretienne.fr/livres/sciences-humaines/philosophie/philosophie-de-la-foi-195179&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.famillechretienne.fr/liv...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disponible &#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/Philosophie-foi-Pierre-Lauzun/dp/1515214095/ref=asap_bc?ie=UTF8&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.amazon.fr/Philosophie-fo...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;INTRODUCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Foi et raison s'opposent diam&#233;tralement : une id&#233;e r&#233;pandue &#224; notre &#233;poque, une &#233;vidence pour la plupart des Europ&#233;ens. Pour le vrai croyant le monde n'a pleinement son sens que pour celui qui croit. Mais il est bien souvent intimid&#233;, et admet inconsid&#233;r&#233;ment que sa foi n'est pas rationnelle. Il en vient alors &#224; rel&#233;guer le message r&#233;v&#233;l&#233; dans un au-del&#224; ineffable, quasiment po&#233;tique, objet d'&#233;motions ou d'ex&#233;g&#232;ses narratives, stimulant pour l'action, mais incapable de fournir mati&#232;re &#224; une pens&#233;e rationnelle. Le r&#233;sultat est que l'incroyant est confirm&#233; dans son id&#233;e et classe tout cela dans le mythe sans trop y regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; cette attitude est une mutilation, contre laquelle crie l'exp&#233;rience des si&#232;cles. En exp&#233;diant ainsi la foi, l'incroyant (et souvent m&#234;me le croyant) rate un point essentiel, car il ne comprend pas ce qui est un fait essentiel de l'exp&#233;rience humaine. La foi religieuse, ce fait intens&#233;ment mobilisateur, est par nature une exp&#233;rience qui pr&#233;tend &#224; la v&#233;rit&#233;, et qui donc peut &#234;tre examin&#233;e rationnellement comme telle. Mais pour appr&#233;cier cette la v&#233;rit&#233; et r&#233;fl&#233;chir &#224; sa nature, il faut tenter de voir ce qu'elle signifie en se pla&#231;ant de son point de vue, de l'int&#233;rieur, sans perdre pour autant l'exigence rationnelle. M&#234;me si en d&#233;finitive on ne croit pas. Comment faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons tout de suite qu'il ne s'agit pas ici des motifs rationnels de l'existence de Dieu car c'est une question distincte de celle de la foi. Je les ai &#233;voqu&#233;s dans un autre livre , montrant comment la r&#233;flexion rationnelle peut nous mener &#224; Dieu. Pas un Dieu bouche-trou de nos insuffisances, mais la r&#233;ponse indispensable &#224; l'interrogation de la pens&#233;e. Car, disais-je alors, notre raison, merveilleusement positive mais incapable de se fonder elle-m&#234;me, n'a d'acc&#232;s &#224; une perspective coh&#233;rente et fondatrice de sens qu'en reconnaissant qu'il existe un Etre autre, existant par lui-m&#234;me, et &#224; l'origine de toute r&#233;alit&#233;, y compris du sens. Et qu'un tel Etre ne peut qu'avoir parl&#233; &#224; l'homme, par une forme ou une autre de R&#233;v&#233;lation. Ce qui m&#232;ne &#224; la possibilit&#233; de la foi, mais sans la donner. Mais en tout cas si on peut de droit parvenir &#224; Dieu par la raison, et qu'on admet qu'Il nous a parl&#233;, les deux termes de foi et de raison ne s'opposent pas, tout au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propos du pr&#233;sent livre est diff&#233;rent ; il s'inscrit tr&#232;s naturellement &#224; cette suite, mais c'est de la foi qu'il traite. Or, conclure rationnellement que Dieu existe et avoir la foi sont deux choses tr&#232;s diff&#233;rentes. La foi elle-m&#234;me se positionne comme conviction de v&#233;rit&#233;, mais bas&#233;e sur une exp&#233;rience d'un type diff&#233;rent, qui ne peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e. Face &#224; un tel ph&#233;nom&#232;ne, on peut op&#233;rer de deux fa&#231;ons. On peut rester par principe en dehors, et de l&#224; tenter d'analyser le ph&#233;nom&#232;ne ou faire des hypoth&#232;ses pour l'expliquer. Mais ce faisant on se fermera la voie de la compr&#233;hension de ce que le croyant dit vivre en v&#233;rit&#233;. Ou alors on se placera au moins un instant de raison du point de vue de qui a la foi. Un tel positionnement, au moins temporaire, est indispensable pour prendre pleinement la mesure de ce qu'est ce ph&#233;nom&#232;ne et de ce qu'il signifie, m&#234;me si ensuite on peut refuser de le consid&#233;rer comme vrai. C'est &#224; mon sens le seul moyen de vraiment comprendre de quoi il s'agit. Etant entendu que, d'un point de vue philosophique, qui est celui que nous prenons ici, cela ne doit pas entra&#238;ner abandon de la raison critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vise pas ici le contenu de la foi (son message explicite) : la r&#233;flexion peut bien s&#251;r le prendre aussi pour objet ; mais sans r&#233;flexion sur ce qu'est la foi elle-m&#234;me comme telle, elle ne pourra appr&#233;hender vraiment cet objet. Une comparaison peut &#234;tre faite ici avec un op&#233;ra dont on ne conna&#238;trait que le texte : il peut se lire, se comprendre, et se comparer avec un texte de th&#233;&#226;tre ; mais sans la musique on ne per&#231;oit qu'une partie limit&#233;e de l'&#339;uvre, et pas la plus importante. Il en est de m&#234;me d'un philosophe qui examinerait le seul contenu intellectuel de la foi : c'est l&#233;gitime, voire n&#233;cessaire, mais il faut savoir que ce faisant on ne prend pas v&#233;ritablement en compte ce qui en fait l'essentiel. Pour mieux comprendre un op&#233;ra &#224; partir de son seul texte il doit au minimum admettre qu'il y a une musique, m&#234;me s'il ne peut pas l'entendre. De m&#234;me le philosophe examinant le contenu explicite d'une foi religieuse. Ceci dit, de m&#234;me qu'un lecteur peut tenter valablement d'ins&#233;rer un op&#233;ra dans la suite des productions litt&#233;raires d'une &#233;poque, et m&#234;me tenter sur la base de ce qu'en disent ceux qui l'ont entendu, de comprendre ce qu'il v&#233;hicule, en tout cas de tester la l&#233;gitimit&#233; de cette audition pour ceux qui y ont acc&#232;s, un philosophe peut tenter de comprendre la l&#233;gitimit&#233; de la foi, le contenu qu'elle exprime, et les le&#231;ons qu'il peut en tirer dans le champ philosophique, sous r&#233;serve d'un respect appropri&#233; du t&#233;moignage de ceux qui ont cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ligne ma d&#233;marche sera double. Je poserai en premier lieu la question du sens de la foi, plac&#233;e sous l'&#339;il de la raison. On l'a dit, une sp&#233;cificit&#233; de la foi est qu'elle ne peut &#234;tre le fruit d'une d&#233;monstration. Par nature c'est un rapport &#224; des r&#233;alit&#233;s qui ne sont pas connues directement, en tout cas pas par nos moyens normaux de connaissance, qui passent par nos sens. D&#232;s lors la raison naturelle &#224; elle seule ne peut cr&#233;er ce rapport - m&#234;me si elle peut contribuer &#224; y conduire. En m&#234;me temps se pose la question de savoir en quoi croire - ou plut&#244;t en qui. Pour cela il faut en conna&#238;tre quelque chose, mais c'est plus que ce que notre raison peut obtenir. C'est donc quelque chose que cet Autre, Dieu, nous a fait conna&#238;tre Lui-m&#234;me : tel est l'objet de la R&#233;v&#233;lation. Mais comme on voit alors, la foi suppose une connaissance qui est en m&#234;me temps relation. Cette connaissance s'exprime - imparfaitement - dans des termes humains, qui sont d&#232;s lors accessibles &#224; notre raison, m&#234;me si leur objet la d&#233;passe infiniment. Ce soubassement de la foi peut faire l'objet d'une interrogation rationnelle, qui n'a pas de raison d'&#233;chapper &#224; l'investigation philosophique. D'un autre c&#244;t&#233;, philosophiquement il n'y a aucun raison a priori de ne pas admettre la possibilit&#233; de cette forme de connaissance que dit donner la foi ; et si on examine cette pr&#233;tention, il est rationnellement licite et m&#234;me n&#233;cessaire de partir de ce que dit cette foi, pour en examiner la coh&#233;rence et les objections possibles. Et d&#232;s lors, si la R&#233;v&#233;lation pr&#233;tend &#234;tre source de savoir au sens large, ce savoir peut &#234;tre &#233;clair&#233; par la raison, m&#234;me si elle ne peut rendre compte de la source. Plus largement, il est l&#233;gitime que la raison se pose la question de la v&#233;racit&#233; de la religion. A condition bien s&#251;r qu'elle sache reconna&#238;tre qu'elle doit pour cela s'adapter &#224; la sp&#233;cificit&#233; de son objet, qui, s'il a un sens, la d&#233;passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je compl&#233;terai cette analyse en &#233;voquant les autres religions, notamment indiennes, et leur articulation avec la raison et la d&#233;marche philosophique. Leurs fondements sont tr&#232;s diff&#233;rents de ceux du christianisme. L&#224; aussi appara&#238;tra la relation particuli&#232;re qu'entretient ce dernier avec la raison et la philosophie. A soi seul ce fait est mati&#232;re &#224; r&#233;flexion pour ceux &#224; qui la raison importe encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de cette analyse , il appara&#238;t que la R&#233;v&#233;lation et la Foi sont &#224; prendre au s&#233;rieux comme fondement possible d'une connaissance v&#233;ritable, rationnellement acceptable, mais d&#233;passant les moyens de d&#233;couverte propres de la raison. Elles ne se limitent donc pas &#224; fournir la base d'une vie de pratiques liturgiques, d'exp&#233;riences affectives ou de conduites morales : ce sont des sources sp&#233;cifiques d'enseignement pour la pens&#233;e rationnelle, des sources de v&#233;rit&#233;s propres, que la raison peut comprendre et analyser, mais qu'elle n'aurait souvent pas pu d&#233;couvrir par elle-m&#234;me. V&#233;rit&#233;s qui pour le croyant nourrissent alors notre rapport personnel et intime avec Dieu, sans cesser d'&#234;tre des v&#233;rit&#233;s, analysables comme telles. La raison peut comprendre leur articulation et en reconna&#238;tre le sens. Et donc elle peut s'en enrichir dans sa d&#233;marche propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents points seront l'objet de la deuxi&#232;me partie de notre examen, qui examinera ce que la foi peut apporter &#224; la philosophie. Notre enqu&#234;te montrera notamment que c'est la foi elle-m&#234;me qui se r&#233;v&#232;le le plus s&#251;r fondement de la raison. Car la raison critique ne parvient pas &#224; se fonder elle-m&#234;me de fa&#231;on indiscutable, et la modernit&#233; ultime, postmoderne surtout, en souffre particuli&#232;rement. La raison peut d&#233;couvrir alors que la foi chr&#233;tienne, qu'elle a voulu soumettre &#224; une critique radicale, est son soutien ultime.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;INTRODUCTION&lt;/strong&gt;	6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PREMIERE PARTIE	&lt;br class='autobr' /&gt;
QU'EST-CE QUE LA FOI ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 1 : POURQUOI LA FOI ?&lt;/i&gt;	9&lt;br class='autobr' /&gt;
COMPRENDRE CE QU'EST L'EXPERIENCE DE LA FOI	9&lt;br class='autobr' /&gt;
ALLER A DIEU PAR LE RAISONNEMENT ?	12&lt;br class='autobr' /&gt;
IL FAUT QUE DIEU SE REVELE	17&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI DEMANDE DE FAIRE UN SAUT, ET IL PEUT ETRE RATIONNEL DE LE FAIRE	21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 2 : CROYANCE ET FOI : DEUX REALITES BIEN DIFFERENTES&lt;/i&gt;	23&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI, UN APPEL SPECIFIQUE	23&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI N'EST PAS LA CROYANCE ORDINAIRE	24&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI VA BIEN AU-DELA DE LA CONNAISSANCE	30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRES 3 LA FOI SOURCE DE CONNAISSANCE&lt;/i&gt;	33&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI COMME RENCONTRE, LA FOI COMME MESSAGE	33&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI, UN ORDRE DE CONNAISSANCE SPECIFIQUE	37&lt;br class='autobr' /&gt;
UNE CONNAISSANCE QUI NAIT ET SE DEVELOPPE DANS LE TEMPS	40&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 4 : LEGITIMITE EPISTEMOLOGIQUE DE LA FOI&lt;/i&gt;	42&lt;br class='autobr' /&gt;
POSITION DE LA QUESTION	42&lt;br class='autobr' /&gt;
PEUT-ON CONSIDERER LA FOI COMME UNE CROYANCE DE BASE LEGITIME ?	45&lt;br class='autobr' /&gt;
EXPLORER PRAGMATIQUEMENT LES CROYANCES RELIGIEUSES ?	50&lt;br class='autobr' /&gt;
FOI ET REVELATION SOUS LE REGARD DE LA RAISON	53&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 5 : LES RELIGIONS D'ASIE : PEUT-ON PARLER DE FOI ?&lt;/i&gt;	58&lt;br class='autobr' /&gt;
L'HINDOUISME	58&lt;br class='autobr' /&gt;
LE BOUDDHISME	61&lt;br class='autobr' /&gt;
SPECIFICITE DE LA FOI CHRETIENNE	68&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEUXIEME PARTIE	&lt;br class='autobr' /&gt;
FOI ET PHILOSOPHIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 6 : FOI ET PHILOSOPHIE&lt;/i&gt;	70&lt;br class='autobr' /&gt;
PAS DE FOI SANS UNE BONNE PHILOSOPHIE	70&lt;br class='autobr' /&gt;
LE TEXTE DE REFERENCE : FIDES ET RATIO DE JEAN-PAUL II	73&lt;br class='autobr' /&gt;
DES CONFLITS ENTRE FOI ET RAISON ?	77&lt;br class='autobr' /&gt;
C'EST LA FOI QUI SOUTIENT LA RAISON	79&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 7 : DES PHILOSOPHIES CHRETIENNES&lt;/i&gt;	84&lt;br class='autobr' /&gt;
LE CHOIX D'UNE BONNE PHILOSOPHIE	84&lt;br class='autobr' /&gt;
L'IDEE DE PHILOSOPHIE CHRETIENNE	85&lt;br class='autobr' /&gt;
LA RECHERCHE DU SENS ET LE BESOIN DE METAPHYSIQUE	88&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 8 : DEFENSE DE LA BONNE METAPHYSIQUE&lt;/i&gt;	91&lt;br class='autobr' /&gt;
LA METAPHYSIQUE, UNE IDOLATRIE ?	91&lt;br class='autobr' /&gt;
IL EST LEGITIME D'ALLER A DIEU PAR LA PHILOSOPHIE	94&lt;br class='autobr' /&gt;
LE CONCEPT PHILOSOPHIQUE EST-IL REDUCTEUR PAR NATURE ?	101&lt;br class='autobr' /&gt;
LA PENSEE FAIBLE ET LE REFUGE DANS LA PRATIQUE	104&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 9 PENSER LE TEMPS ET L'HISTOIRE, EN S'INSPIRANT DE LA FOI&lt;/i&gt;	109&lt;br class='autobr' /&gt;
LE TEMPS ET L'HISTOIRE, CHAMPS DE DIALOGUE ENTRE FOI ET PHILOSOPHIE	109&lt;br class='autobr' /&gt;
LA VERITE DANS L'HISTOIRE OU LA TRADITION BIEN COMPRISE	112&lt;br class='autobr' /&gt;
POUR UNE TRADITION DE VERITE EN PHILOSOPHIE	115&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;COURTE BIBLIOGRAPHIE&lt;/i&gt;	119&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Editions Arjalas&lt;/strong&gt; Voir &lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/Philosophie-foi-Pierre-Lauzun/dp/1515214095/ref=asap_bc?ie=UTF8&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.amazon.fr/Philosophie-fo...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Eloge de la tradition</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Eloge-de-la-tradition.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Tradition</dc:subject>
		<dc:subject>Tradition et communaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition. Car la tradition vivante n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable, c'est la transmission d'une exp&#233;rience v&#233;cue du vrai et du bien. Mais ce progr&#232;s n'est en rien garanti et les d&#233;rapages toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233;, elle, a syst&#233;matis&#233; ces d&#233;rapages. Son id&#233;al latent est que chacun d&#233;finisse le bien comme il l'entend, sans admettre de r&#233;f&#233;rence objective du bien, et sans tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais croire par exemple qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses exp&#233;riences &#233;motionnelles, donc sans v&#233;ritable consid&#233;ration des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pluralisme-et-verite-+.html" rel="tag"&gt;Pluralisme et v&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tradition vivante (la seule qui m&#233;rite attention) n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable tel quel, ni la r&#233;p&#233;tition d'un &#233;v&#233;nement fondateur &#224; r&#233;activer en permanence dans un &#233;ternel pr&#233;sent. C'est la transmission d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences observ&#233;es et v&#233;cues, d'un rapport possible au monde, fond&#233; en v&#233;rit&#233; et fondateur de r&#233;f&#233;rences communes &#233;motionnellement puissantes parce que bas&#233;es sur la r&#233;alit&#233; de notre nature. Comprise ainsi, il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition. Mais ce progr&#232;s n'est en rien garanti et les d&#233;rapages toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; a fait mieux, elle a syst&#233;matis&#233; ces d&#233;rapages, en mettant au centre de sa conception du monde un paradigme central, selon lequel la seule bonne chose est que chacun d&#233;finisse le bien comme il l'entend, sans admettre de r&#233;f&#233;rence objective (ce qu'on appelle la loi naturelle), et sans tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience des si&#232;cles. On fait donc en mati&#232;re de valeurs essentielles, et de m&#339;urs, ce qu'on ne fait pas nulle part ailleurs. Mais croire par exemple qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses propres exp&#233;riences &#233;motionnelles, a priori immatures, sans consid&#233;ration de principe des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Point de d&#233;part : la signification de l'histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel est le sens l&#233;gitime de l'id&#233;e de &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt; ? On l'oppose bien souvent &#224; la libert&#233; ou &#224; la cr&#233;ativit&#233;. Mais rien n'est plus simpliste. Bien s&#251;r une vie raisonnable et vertueuse suppose la libert&#233;, et son fruit la cr&#233;ativit&#233;, car seule la libert&#233; permet d'agir en tant que personne responsable, conform&#233;ment &#224; ce qu'on reconna&#238;t comme bien. Ce qui par construction implique que l'histoire soit ouverte et le jeu de la soci&#233;t&#233; impr&#233;visible Mais l'id&#233;e r&#233;pandue &#224; notre &#233;poque est tr&#232;s diff&#233;rente. Elle va bien au-del&#224; de l'id&#233;e de l'agir libre et responsable : c'est que l'homme et la soci&#233;t&#233; sont de pures constructions sociales, et que la &#8216;libert&#233;' de l'homme doit &#234;tre maximale, sans contrainte ni limite autre que ce qu'il d&#233;cide. Le devenir humain excluant toute norme fond&#233;e ou reconnue &#224; l'avance, chacun fait ses choix et l'histoire enregistre. Il y a bien s&#251;r ici un saut logique : car que la libert&#233; soit un bien indispensable n'implique en rien qu'il n'y ait pas de r&#233;alit&#233; naturelle, de r&#233;f&#233;rence objective rendant seule possible la construction de la personne et de la soci&#233;t&#233;. Le contraire est m&#234;me &#233;vident, comme le montrent des faits de base comme l'existence d'un bien et d'un mal objectif (tuer est mal, la famille est en soi une bonne chose). Cela implique encore moins que tout soit possible, surtout au niveau collectif, qui est le plus al&#233;atoire de tous, car le choix d&#233;sordonn&#233; de chacun peut d&#233;boucher &#224; ce niveau sur des &#233;volutions dramatiques. Et d&#232;s lors la v&#233;ritable libert&#233; ne saurait &#234;tre dans l'exp&#233;rimentation capricieuse et anarchique, mais dans la connaissance v&#233;cue de ce qui est vrai et bon, car cela seul nous permet d'avancer vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette modernit&#233; se voit fond&#233;e sur une r&#233;volution permanente, impliquant une d&#233;valorisation syst&#233;matique du pass&#233;. Mais ce faisant on confond deux niveaux. L'un est le sens m&#234;me de l'histoire, la perception d'une diff&#233;rence cumulative intrins&#232;que entre le pass&#233; et le futur : indiscutable, elle existait d&#232;s le Moyen Age chr&#233;tien et caract&#233;rise en un sens l'Occident. L'autre est la survalorisation du pr&#233;sent ou de l'avenir et le m&#233;pris du pass&#233; ; eux sont purement modernes et se relient au refus de toute r&#233;f&#233;rence objective, notamment h&#233;rit&#233;e. On a d&#232;s lors &#233;limin&#233; la tradition comme source de r&#233;f&#233;rence, et c'est l&#224; qu'est la v&#233;ritable nouveaut&#233; sociale. Et du coup on se permet d'exp&#233;rimenter sans frein ni responsabilit&#233;, comme de nos jours avec l'euthanasie, le &#8216;mariage' homosexuel, ou les tripotages g&#233;n&#233;tiques. Tout ceci est coh&#233;rent avec le refus de toute norme sup&#233;rieure, de toute r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien, reconnus comme d&#233;sirables et normatifs par eux-m&#234;mes, comme de toute r&#233;alit&#233; morale naturelle objectivement constatable. Car &#233;videmment si on admet de telles r&#233;f&#233;rences, ce qui para&#238;t difficile &#224; &#233;viter si on croit un tant soit peu &#224; un progr&#232;s possible qui soit un vrai progr&#232;s, on comprend qu'on ne peut tout r&#233;inventer &#224; chaque instant et que de telles r&#233;f&#233;rences doivent &#234;tre l'objectif d'une recherche commune &#233;tal&#233;e au cours des si&#232;cles et s'approfondissant &#224; chaque g&#233;n&#233;ration. Pr&#233;cis&#233;ment ce qu'on appelle tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cite pour expliquer les motifs de cette attitude, le progr&#232;s &#233;conomique ou technique ; ou bien, en politique, ce qu'on pense &#234;tre la clef d&#233;finitive du progr&#232;s : la d&#233;mocratie, les droits de l'homme etc. Mais justement pour qu'il y ait eu un certain progr&#232;s dans ces domaines il a fallu que soit &#224; l'&#339;uvre un crit&#232;re de choix, de s&#233;lection, donc une r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien. En outre, s'il y a encore aujourd'hui un progressisme convaincu de l'automaticit&#233; du progr&#232;s sans r&#233;f&#233;rence objective, par son simple jeu, il est moins dominant. Bien des &#233;cologistes sont m&#234;me convaincus &#224; leur fa&#231;on que le pass&#233; lointain &#233;tait meilleur que notre avenir. Il y a donc, &#224; c&#244;t&#233; de la foi na&#239;ve en la sup&#233;riorit&#233; des m&#233;canismes relativistes et d'un libre-arbitre sans contr&#244;le, un doute profond, qui peut permettre d'esp&#233;rer une ouverture &#224; des options alternatives. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de la reconstruction d'une appr&#233;ciation saine du &lt;i&gt;sens positif de la tradition, ins&#233;r&#233; dans une vision orient&#233;e vers l'avenir, parce que fond&#233;e sur des r&#233;f&#233;rences &#224; valeur permanente, objective, mais en approfondissement constant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas de tradition l&#233;gitime sans r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;laboration de la juste compr&#233;hension du vrai et du bien est en effet &#224; comprendre comme un travail collectif &#233;tendu sur plusieurs g&#233;n&#233;rations. La tradition ainsi comprise n'est pas un mod&#232;le immuable, alors m&#234;me que les principes auxquels elle se r&#233;f&#232;re sont reconnus permanents. C'est le fruit collectif de la soci&#233;t&#233;, y compris des plus humbles, car, comme le rel&#232;ve Chesterton, rien dans la d&#233;mocratie ne s'oppose &#224; la tradition (sauf bien s&#251;r dans la mythologie de notre &#233;poque). Quand on critique la tradition, en fait on en appelle &#224; une minorit&#233; qui se dit &#233;clair&#233;e, et on la dresse contre une foule, la foule obscure de nos anc&#234;tres. Attitude qui n'a rien de d&#233;mocratique. Mais bien s&#251;r, par ailleurs, une tradition qui ne serait que r&#233;p&#233;tition aveugle ne saurait survivre. La &lt;i&gt;tradition vivante&lt;/i&gt; (la seule qui m&#233;rite attention et int&#233;r&#234;t) n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable, ni la r&#233;p&#233;tition d'un &#233;v&#233;nement fondateur &#224; r&#233;activer en permanence dans un &#233;ternel pr&#233;sent. &lt;i&gt;C'est la transmission d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences observ&#233;es et v&#233;cues, propos&#233;es comme visions d'un rapport possible au monde, fond&#233; en v&#233;rit&#233; et fondateur de r&#233;f&#233;rences communes, &#233;motionnellement puissantes autant qu'elles sont bas&#233;es sur l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;. Le v&#233;cu est ici essentiel, et donc cette dimension centrale de toute tradition qui est la transmission de personne &#224; personne. Une tradition est la transmission d'une connaissance dont on s'est p&#233;n&#233;tr&#233;, c'est-&#224;-dire finalement d'une chose v&#233;cue. Ce n'est donc pas simplement un concept ou un syst&#232;me explicatif, mais c'est toujours une exp&#233;rience &#224; vivre ; ou au minimum, ce qui nous &#233;claire sur ce que nous vivons, c'est-&#224;-dire nous le fait vivre de fa&#231;on plus pleine et plus consciente. &lt;i&gt;La tradition est dans cette optique fondamentalement orient&#233;e vers le futur&lt;/i&gt; : si elle rend hommage au pass&#233; en en tirant les enseignements, c'est que cela doit &#234;tre transmis aux g&#233;n&#233;rations futures. Comprise ainsi, doit-elle &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme vertueuse ? Evidemment ; car elle est un &#233;l&#233;ment essentiel de la vie de l'homme, qui non seulement a des exp&#233;riences personnelles, mais les a avec d'autres et par d'autres ; il re&#231;oit d'autres l'essentiel de ce qui le constitue, et notamment de ses pr&#233;d&#233;cesseurs sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition peut-elle &#234;tre l&#233;gitimement remise en question ? Le cas o&#249; la question se pose est celui o&#249; le flux de nouvelles informations, exp&#233;riences nouvelles, ou d&#233;couvertes dans le savoir para&#238;t remettre en question une tradition ant&#233;rieurement existante. Mais &#224; vrai dire, si la tradition en question portait sur un &#233;l&#233;ment d'exp&#233;rience r&#233;elle, v&#233;cue positivement, logiquement la solution optimale ne devrait pas consister dans son abolition. Tout au plus dans son int&#233;gration dans un contexte nouveau plus large. Du fait m&#234;me que la tradition transmet un v&#233;cu s&#233;lectionn&#233; pour son sens, sa v&#233;rit&#233; et sa signification, par nature elle ne devrait pas &#234;tre remise en cause en tant que telle, dans ses limites. Naturellement dans la pratique il peut en &#234;tre diff&#233;remment, car il y a des traditions erron&#233;es : fond&#233;es au d&#233;part sur un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233;, mais enkyst&#233;es dans l'erreur ou alli&#233;es avec elle. Ceci dit, m&#234;me en cas d'erreur av&#233;r&#233;e, il faudrait sauver ce que la vision ant&#233;rieure contenait d'humainement significatif. Ce qui montre l'erreur profonde des suppos&#233;es Lumi&#232;res du XVIIIe si&#232;cle : elles ont tent&#233; d'abolir le flux d'exp&#233;riences ant&#233;rieures au nom de principes suppos&#233;s complets et d&#233;finitifs, alors qu'il aurait fallu tenter d'en garder le v&#233;cu et l'exp&#233;rience positives. A nouveau, il faut voir le processus de transmission d'id&#233;es par la tradition, coupl&#233; avec leur renouvellement/enrichissement, comme la combinaison du souci de la permanence du concept vrai, avec la recherche constante de la cr&#233;ation-innovation &#8211; car l'histoire est transmission et jaillissement. La tradition vivante de la civilisation est le lieu dans lequel ce qui a &#233;t&#233; vu reconnu comme vrai en soi est transmis et enrichi par un processus irr&#233;versible d'immersion - cr&#233;ation dans le temps. Comprise ainsi une tradition est donc fondamentalement un d&#233;veloppement. On peut m&#234;me dire &lt;i&gt;qu'il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition&lt;/i&gt;, puisque le progr&#232;s suppose une accumulation qualitative et quantitative, ce qui implique de transmettre ce qui a &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233; et reconnu bon. Loin d'exclure l'innovation, elle en constitue le support, puisqu'une innovation ne vaut que si elle peut devenir tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception du travail collectif de la soci&#233;t&#233; est &#233;videmment incompatible avec la notion de R&#233;volution avec un grand R, prise dans son sens fort de volont&#233; utopique de changement radical de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, &#224; partir d'un jeu a priori de concepts. Le d&#233;fi de la transmission est une des d&#233;fis majeurs que nous avons &#224; affronter et aujourd'hui plus que jamais. En revanche bien s&#251;r c'est compatible avec une r&#233;volution (avec un petit r), comprise comme simple changement de r&#233;gime, notamment politique. Si en effet ces derni&#232;res peuvent (parfois) &#234;tre n&#233;cessaires, les premi&#232;res se sont r&#233;v&#233;l&#233;es constamment st&#233;riles et dangereuses. Tous les mythes r&#233;volutionnaires se ressemblent dans leur sottise essentielle, car ils supposent tous qu'on puisse r&#233;sumer dans un jeu de concepts l'ensemble du fonctionnement d'une soci&#233;t&#233;, avec ses multiples communaut&#233;s chacune dot&#233;e de son h&#233;ritage propre ; et qu'on puisse utiliser tel ou tel pouvoir pour mettre en &#339;uvre les th&#233;ories qu'on b&#226;tit l&#224;-dessus, le tout sans dommage pour les personnes, les communaut&#233;s ou les r&#233;f&#233;rences collectives qui les sous-tendent - alors m&#234;me que, ce faisant, ce pouvoir se d&#233;cha&#238;ne dans la violence et se d&#233;barrasse des contre-pouvoirs qui le limitaient.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tradition et progr&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que le temps &#233;tablit une diff&#233;rence de nature entre ce qui est avant et ce qui est apr&#232;s, au b&#233;n&#233;fice du second car il profite a priori de l'exp&#233;rience du premier. Mais cela ne justifie pas la pr&#233;tention de l'&#233;poque moderne qui se juge intrins&#232;quement sup&#233;rieure &#224; toutes celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e. Car cette sup&#233;riorit&#233; pour &#234;tre r&#233;elle supposerait deux choses. D'une part que l'exp&#233;rience des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes ait &#233;t&#233; r&#233;ellement int&#233;gr&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'on ait &#233;cout&#233; et assimil&#233; ce qu'ont pu nous dire nos pr&#233;d&#233;cesseurs. Il faut au minimum pour cela une vertu de m&#233;moire et une &#233;coute attentive des t&#233;moignages ant&#233;rieurs ; et donc un sens intense de l'histoire et de la tradition bien comprise. Ce qui comme on sait ne caract&#233;rise pas notre &#233;poque. &lt;i&gt;Paradoxalement toute pr&#233;tention &#224; la sup&#233;riorit&#233; suppose de valoriser pleinement les &#233;poques ant&#233;rieures, afin de s'appuyer sur elles.&lt;/i&gt; Qui affirme la possibilit&#233; de recommencer &#224; z&#233;ro reconna&#238;t par l&#224; le m&#234;me droit &#224; ses successeurs et exclut qu'une quelconque sup&#233;riorit&#233; puisse lui &#234;tre reconnue, ainsi qu'&#224; son temps. D'autre part, il faut que cette exp&#233;rience puisse &#234;tre int&#233;gr&#233;e r&#233;ellement, c'est-&#224;-dire qu'on ne se borne pas &#224; enregistrer le t&#233;moignage et &#224; le juger, mais qu'on soit autant que possible &#224; m&#234;me de saisir le sens humain de l'exp&#233;rience particuli&#232;re qu'ont v&#233;cue nos anc&#234;tres, comme exp&#233;rience particuli&#232;re d'&#233;poque, et en m&#234;me temps exp&#233;rience universelle. Ce qui pr&#233;suppose l'universalit&#233; de l'humain et la communicabilit&#233; des exp&#233;riences. En revanche l'historicisme qui d&#233;value les &#233;poques ant&#233;rieures en les consid&#233;rant incapables de communiquer avec la n&#244;tre d&#233;value par le m&#234;me fait sa propre pr&#233;tention &#224; la sup&#233;riorit&#233;, et se contredit donc. Dans le pass&#233;, des hommes ont v&#233;cu r&#233;ellement les exp&#233;riences qu'ils ont v&#233;cues. Il est impossible de les revivre telles quelles. Mais parce que l'humain est universel, il est possible d'assumer ce qu'ils nous ont transmis de t&#233;moignage vrai et pens&#233; de ce v&#233;cu, notamment &#224; travers la culture. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de la tradition. En r&#233;sum&#233; la tradition bien comprise est le mariage de deux &#233;l&#233;ments. D'un c&#244;t&#233;, la transmission d'une notion de ce qui est essentiel et donc par nature hors du temps, ou plus exactement de ce que nos pr&#233;d&#233;cesseurs en ont per&#231;u, m&#234;me si c'est in&#233;vitablement avec leurs limites. Et de l'autre, l'enrichissement progressif, cumulatif parce que r&#233;v&#233;rencieux et d&#233;vou&#233;, des progr&#232;s successifs que l'histoire nous permet d'enregistrer, sous l'&#233;clairage de ces r&#233;f&#233;rences objectives. Le tout transmis de fa&#231;on vivante, dans le cadre d'une &#233;ducation de la personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, il y a donc en principe la possibilit&#233; d'un progr&#232;s historique r&#233;sultant de la fl&#232;che du temps et de l'accumulation des exp&#233;riences et savoirs qui en r&#233;sultent. Il peut &#233;venuellement permettre d'affiner les exigences morales. On doit cependant ajouter que le seul progr&#232;s r&#233;sultant de l'accumulation d'exp&#233;riences dans le temps (sauf catastrophe), est quantitatif ou notionnel. Je veux dire par l&#224; &lt;i&gt;qu'il n'y a pas de progr&#232;s perceptible dans la sagesse&lt;/i&gt; (l'harmonie globale, personnelle ou collective), ni en termes de qualit&#233; ni d'intensit&#233;. Car cela, chaque g&#233;n&#233;ration doit le conqu&#233;rir pour elle-m&#234;me, parce que ce ne peut &#234;tre transmis tel quel par les mots et les id&#233;es ; cela doit &#234;tre v&#233;cu. On retrouve ici la limite de tout langage : on peut transmettre une id&#233;e mais pas faire percevoir &#224; l'autre la pl&#233;nitude de la chose ; on peut tout au plus la montrer. Et la fid&#233;lit&#233; est alors le meilleur garant de cette transmission, si l'on veut que cet h&#233;ritage soit bien v&#233;cu, car cela suppose le respect de principes justes et un cadre humainement &#233;ducatif et formateur ; donc qui guide la personne vers ce qu'elle ne conna&#238;t pas au d&#233;part (et qui ne peut donc r&#233;sulter de son choix). C'est l&#224; l'apport le plus important d'une tradition vivante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le risque de d&#233;rapage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais ce processus de progr&#232;s relatif peut &#234;tre remis en cause par de multiples facteurs. D'abord l'humanit&#233; est libre, y compris de faire de mauvais choix, et donc il est concevable voire in&#233;vitable qu'elle se lance &#224; l'occasion dans une impasse. Ensuite il est possible qu'un progr&#232;s relatif dans un certain sens conduise &#224; une erreur massive sous un autre angle, ou &#224; l'occultation de choses tr&#232;s importantes, ant&#233;rieurement acquises. Le cas &#233;vident de d&#233;viation est justement ce paradigme central de la modernit&#233;, qui met en seule priorit&#233; la pluralit&#233; libre des voies, consid&#233;r&#233;e comme seul bien en soi, et la suppos&#233;e d&#233;finition libre par chacun des valeurs qui comptent pour lui. Bien s&#251;r il y a un bien relatif dans la tol&#233;rance, et un autre dans la libert&#233; ou l'autonomie. Mais &lt;i&gt;afficher un tel primat absolu de neutralit&#233; exclut la recherche s&#233;lective qui est &#224; la base de toute tradition vivante, et par l&#224; de tout progr&#232;s&lt;/i&gt;. Le paradigme moderne qui ne voit de progr&#232;s que dans l'&#233;largissement de la marge de jeu imm&#233;diate de jeu de chacun est contradictoire avec le v&#233;ritable progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;poque moins qu'&#224; tout autre le progr&#232;s n'est donc pas garanti. L'innovation, en soi positive parce qu'apportant une exp&#233;rience nouvelle, peut avoir un effet globalement pervers si ce qui est ainsi explor&#233; d&#233;s&#233;quilibre notre horizon de vie et de valeurs et aboutit &#224; l&#233;guer &#224; la g&#233;n&#233;ration qui suit un bilan qui sera peut-&#234;tre quantitativement plus complexe (du moins pendant un certain temps) mais qualitativement appauvri et d&#233;s&#233;quilibr&#233;. On le voit dans le cas de la famille : laisser chaque individu bricoler le mod&#232;le familial qui lui convient n'a de sens que si l'on consid&#232;re tout mod&#232;le familial comme arbitraire, ce qui est contraire &#224; l'exp&#233;rience des civilisations (et au bon sens comme &#224; toute r&#233;flexion sur la loi naturelle). Croire qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses propres exp&#233;riences &#233;motionnelles, a priori immatures, sans consid&#233;ration des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Texte reprenant et adaptant des passages de mon &lt;i&gt;Temps Histoire Eternit&#233;&lt;/i&gt; Parole et Silence 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(modifi&#233; le 2 janvier 2013)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Ciel et la For&#234;t I</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Pluralite-des-verites-pluralite-des-morales.html</link>
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		<dc:date>2009-12-02T14:23:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;ductionnisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#8220;Le Ciel et la For&#234;t&#8221; 1 et 2 sont deux ouvrages que j'avais group&#233;s sous un m&#234;me nom parce qu'ils me paraissaient li&#233;s, mais leur sujets &#233;taient suffisamment diff&#233;rents pour permettre de les &#233;diter s&#233;par&#233;ment. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'un s'attaque &#224; la pluralit&#233; des conceptions, l'autre &#224; celle des religions (voir . Dans les deux cas il s'agit de travailler &#224; ce qui me para&#238;t une t&#226;che urgente : d&#233;velopper une r&#233;flexion &#224; la hauteur des enjeux contemporains, et enracin&#233;e dans notre tradition (la philosophia (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Reductionnisme-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;ductionnisme&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.laprocure.com/product/130429/lauzun-pierre-de-le-ciel-et-la-foret-vol-1-au-dela-du-pluralisme?srsltid=AfmBOoq4N4FB_7oe7HNJCqmlFORZNOnncPU47Z_OGsXoX7k08zEG12Zb&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.laprocure.com/product/1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.amazon.fr/Ciel-for&#234;t-num&#233;ro-del&#224;-pluralisme/dp/2856522556/ref=sr_1_21?__mk_fr_FR=&#197;M&#197;&#381;&#213;&#209;&amp;dib=eyJ2IjoiMSJ9.OrnoCDpanmyZcBiIRPGCIEOUhYCBh2Rv7gVRuq3iTi0-gNEeKkyg64IzDz5k6ExsDj-NHPeGDULjx8byQmOl9hwbYkBgJ8fetci3KFnlD1NUT3mLUI8TLgVH-WMlN6epoxdk5nM0rwOeonHNZyBsX_EcXaWY6lfKUXAutQ5QGSNV0lVpASCMgXT2bbf0YYt1MP19NH2_INJoN2i4FVPd-2wttg-b_IytSSekJiy0B9WExfidSp0WXuFn8u6x6SQOXqDj6OkmxCTZBLtU-_gKCzbiK-g0SfZwFaWKYgBQa9s.Polm-6CUd5jvW1BOc0F9ubHCDSA2_IES6Dz2m0x3PcI&amp;dib_tag=se&amp;keywords=Pierre+de+Lauzun&amp;qid=1748268872&amp;sr=8-21&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.amazon.fr/Ciel-for&#234;t-n...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Le Ciel et la For&#234;t&#8221; 1 et 2 sont deux ouvrages que j'avais group&#233;s sous un m&#234;me nom parce qu'ils me paraissaient li&#233;s, mais leur sujets &#233;taient suffisamment diff&#233;rents pour permettre de les &#233;diter s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un s'attaque &#224; la pluralit&#233; des conceptions, l'autre &#224; celle des religions (voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Diversite-des-religions-le-christianisme-clef-de-l-experience-religieuse-de-l.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Diver...&lt;/a&gt; . Dans les deux cas il s'agit de travailler &#224; ce qui me para&#238;t une t&#226;che urgente : d&#233;velopper une r&#233;flexion &#224; la hauteur des enjeux contemporains, et enracin&#233;e dans notre tradition (la&lt;i&gt; philosophia perennis&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier livre, ici pr&#233;sent&#233;, est une r&#233;flexion philosophique sur la recherche de la v&#233;rit&#233;, dans le contexte actuel domin&#233; par l'id&#233;e de pluralisme. Elle part de ce fait premier qu'est la pluralit&#233; (&#233;voqu&#233;e dans le livre sous le nom de pluralisme ; mais le terme de pluralisme pouvant pr&#234;ter &#224; confusion, il aurait mieux valu parler de pluralit&#233;). Il explore et critique les voies prises par la pens&#233;e contemporaine, relativiste, sceptique ou scientiste ; et montre qu'elles conduisent &#224; des impasses. Ce qui conduit &#224; souligner la n&#233;cessit&#233; de se recentrer sur la notion de v&#233;rit&#233; objective, et ceci m&#234;me si une pluralit&#233; de philosophies est possible ; en montrant que sans cette notion et ses cons&#233;quences, aucune pens&#233;e, aucun discours, aucun sens n'est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On montre ensuite que toute notion de v&#233;rit&#233; tant dans le champ de la connaissance qu'en morale ou esth&#233;tique, ne peut se fonder en derni&#232;re analyse que dans la foi en Dieu, qui est &#224; la fois seule rationnelle, et seule fondatrice de la raison. Le thomisme sert notamment de r&#233;f&#233;rence dans cette analyse, non comme conception unique, mais comme philosophie repr&#233;sentative par excellence de la juste approche. Cette d&#233;marche se situe totalement dans la lign&#233;e et l'esprit de l'encyclique &lt;i&gt;Fides et Ratio&lt;/i&gt;, bien que le texte ait &#233;t&#233; mis au point pour l'essentiel avant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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