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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Trump face &#224; la logique de la guerre</title>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
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		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Donald Trump a beaucoup insist&#233; sur une dimension de son programme : la recherche de la paix, la fin des guerres id&#233;ologiques, et le terme mis aux guerres existantes, en premier lieu l'Ukraine et Gaza. On lui pr&#234;te m&#234;me le d&#233;sir d'obtenir le Prix Nobel de la Paix, comme avant lui Barack Obama (m&#234;me si avec le recul ce dernier n'est pas tr&#232;s convaincant). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a pu mettre en avant plusieurs interventions qui pourraient avoir eu une influence r&#233;elle dans le sens de la paix, entre Tha&#239;s et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Recherche-de-la-paix-+.html" rel="tag"&gt;Recherche de la paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/istockphoto-182187699-612x612.webp?1787417300' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Donald Trump a beaucoup insist&#233; sur une dimension de son programme : la recherche de la paix, la fin des guerres id&#233;ologiques, et le terme mis aux guerres existantes, en premier lieu l'Ukraine et Gaza. On lui pr&#234;te m&#234;me le d&#233;sir d'obtenir le Prix Nobel de la Paix, comme avant lui Barack Obama (m&#234;me si avec le recul ce dernier n'est pas tr&#232;s convaincant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a pu mettre en avant plusieurs interventions qui pourraient avoir eu une influence r&#233;elle dans le sens de la paix, entre Tha&#239;s et Cambodgiens, entre Indiens et Pakistanais, etc. Mais ce sont l&#224; des dossiers mineurs par rapports aux deux o&#249; il est vraiment attendu, l'Ukraine et Gaza. Sur ceux-l&#224; il a donn&#233; longtemps et donne encore souvent l'impression de patiner, loin de ses promesses initiales de r&#233;gler tout cela facilement et rapidement. M&#234;me s'il vient de marquer un point sur Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, semble-t-il, admettre que sa volont&#233; de chercher la paix est r&#233;elle &#8211; m&#234;me s'il a un faible pour les solutions de force. On sait en outre que la connaissance intime de la vie internationale n'est pas son fort. Mais cela n'explique pas tout ce qui se passe. On a en effet l'impression qu'il explore successivement plusieurs hypoth&#232;ses sur tel ou tel aspect de ces conflits, pour ensuite d&#233;couvrir d'autres dimensions qui lui montrent que l'&#233;quation est plus complexe qu'il n'apparaissait. Ce faisant il progresse ; mais les probl&#232;mes r&#233;sistent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme ukrainien &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; est particuli&#232;rement nette dans le cas de l'Ukraine. Tant&#244;t il fait un geste en faveur de Poutine, voit des possibilit&#233;s de coop&#233;ration fructueuse avec la Russie, comprend que Poutine ne fera jamais la paix en l&#226;chant les territoires conquis ou en laissant les troupes occidentales s'installer en Ukraine. Tant&#244;t au contraire il menace la Russie de sanctions terribles, livre des armes &#224; Kiev, d&#233;clare la victoire de ce dernier possible, et se brouille avec l'Inde pour la punir d'acheter du p&#233;trole russe. Tant&#244;t il insulte publiquement Zelenski, lui reprochant son ingratitude et son irr&#233;alisme, tant&#244;t il s'entretient cordialement avec lui. Tant&#244;t il court-circuite les Europ&#233;ens, tant&#244;t il les remet dans le jeu en vue de garanties &#224; donner &#224; l'Ukraine, et surtout pour payer les frais de le guerre en achetant du mat&#233;riel am&#233;ricain. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; du processus d'apprentissage, d'une m&#233;thode bizarre de n&#233;gociation, ou du jeu normal de l'exploration des options, il semble qu'il y ait un autre facteur plus profond, une certaine ignorance ou sous-estimation de la logique de la guerre. Je l'avais not&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article sur ce m&#234;me site, en juin 2022 : &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Ukrai...&lt;/a&gt; (paix).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui dit guerre dit choc de deux volont&#233;s en sens contraire, dont la solution est recherch&#233;e dans la violence r&#233;ciproque. Par d&#233;finition, cela suppose que l'une au moins des deux parties consid&#232;re que ce recours &#224; la force a un sens pour elle, et que l'autre soit ait la m&#234;me perception, soit pr&#233;f&#232;re r&#233;sister &#224; la premi&#232;re plut&#244;t que c&#233;der. La clef de la sortie de l'&#233;tat de guerre est d&#232;s lors principalement dans la guerre elle-m&#234;me et son r&#233;sultat sur le terrain. Mais comme la guerre est hautement consommatrice de ressources, puisque son principe est la destruction, elle a en elle-m&#234;me un facteur majeur de terminaison : elle ne peut durer ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de forces sur le terrain peut d'abord aboutir &#224; la victoire d'une des deux parties, qui obtient un r&#233;sultat la conduisant &#224; cesser les op&#233;rations une fois son but atteint, ou conduisant l'autre &#224; jeter l'&#233;ponge. Alternativement, on a une situation non conclusive, mais qui ne peut durer ind&#233;finiment. A un moment donc les op&#233;rations s'arr&#234;tent, et le statu quo a des chances de se stabiliser au moins pour un temps. Bien entendu, un tel arr&#234;t des op&#233;rations n'est pas n&#233;cessairement d&#233;finitif. En effet apr&#232;s un moment de cessation des hostilit&#233;s, si le choc des volont&#233;s subsiste, la reconstruction des forces rend possible une reprise des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans tous les cas, tant que ces facteurs de terminaison n'ont pas op&#233;r&#233; suffisamment, la guerre continue, car les motifs qui y ont conduit restent, et le sort des armes auxquels les deux parties ont eu recours n'a pas donn&#233; sa r&#233;ponse. Arr&#234;ter pr&#233;matur&#233;ment signifierait en effet pour celui qui va dans ce sens non seulement que tous ses efforts ant&#233;rieurs ont &#233;t&#233; vains, pertes humaines et co&#251;ts mat&#233;riels en premier lieu, mais surtout cela reviendrait &#224; accepter une forme de d&#233;faite avant qu'elle soit acquise ; or il avait par hypoth&#232;se d&#233;cid&#233; de se battre. D&#232;s lors il continue, et l'adversaire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les bonnes volont&#233;s, attach&#233;es &#224; la paix, sont d&#233;&#231;ues &#8211; un peu na&#239;vement. Leurs appels &#224; une cessation des hostilit&#233;s, si possible sans gagnant ni perdant, tombent alors presque toujours sur des oreilles sourdes. Du moins tant que la logique m&#234;me du d&#233;roulement de la guerre n'y conduise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le notais d&#233;j&#224;, la guerre en cours entre la Russie ou l'Ukraine en fournit une bonne illustration. La Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien ; elle a une relative sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle ; elle n'est pas &#224; genoux &#233;conomiquement ; elle n'a donc a priori aucune raison de s'arr&#234;ter. L'Ukraine vise &#233;videmment &#224; r&#233;cup&#233;rer son territoire ant&#233;rieur ; elle a bien mieux r&#233;sist&#233; que ce que les experts pensaient, et re&#231;oit une aide cons&#233;quente des Occidentaux. Elle continue donc la lutte. Tant que ces facteurs seront &#224; l'&#339;uvre (donc tant qu'il n'y a pas selon les cas perc&#233;e militaire, effondrement &#233;conomique, &#233;puisement des perspectives etc.), la guerre continuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ext&#233;rieur, seule une action tr&#232;s puissante pourrait &#233;ventuellement changer cet &#233;tat des choses. Mais pour Trump, cela supposerait une toute autre strat&#233;gie que celle qu'il a suivi : soit intensifier tr&#232;s brutalement les sanctions et surarmer l'Ukraine, avec de gros risques et sans &#234;tre s&#251;r que cela marche, loin de l&#224; ; surtout quand on voit, comme Trump l'a fait remarquer, les h&#233;sitations des Europ&#233;ens &#224; aller au bout de la logique des sanctions, en frappant avec d&#233;termination l'Inde et la Chine &#8211; excusez du peu. Soit, au contraire, tordre le bras de Zelenski et des Europ&#233;ens, mais dans ce qui pourrait appara&#238;tre comme une capitulation &#8211; et l&#224; encore, en supposant que cela marche. D'o&#249; l'h&#233;sitation : il a jou&#233; successivement avec ces id&#233;es diverses. Il apprend en cours de route, mais cela ne donne pas la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres le&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, un point qui n'est pas assez soulign&#233; est le r&#244;le innovateur des guerres r&#233;elles, particuli&#232;rement &#233;vident ici en Ukraine avec l'usage des drones et autres syst&#232;mes qui ont radicalement remis en cause ou en tout cas redimensionn&#233; dans un certain usage le r&#244;le d'armes autrefois centrales comme les chars, les h&#233;licopt&#232;res de combat ou m&#234;me les avions. Le fait est clairement per&#231;u par tous mais on est loin d'en tenir toutes les cons&#233;quences, notamment aux &#201;tats-Unis et en Europe. Car ce sont pratiquement des arm&#233;es nouvelles qu'il faudrait mettre sur pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, cela conduit &#224; revoir en profondeur le rapport de force r&#233;el sur le continent europ&#233;en. Car les deux seules arm&#233;es qui ont une exp&#233;rience intense et compl&#232;te de ces nouvelles r&#233;alit&#233;s du combat sont l'ukrainienne et la russe. Actuellement elles se battent. Mais lorsque la guerre sera finie, elles seront sous une certain angle surpuissantes par rapport aux arm&#233;es occidentales. Et donc la Russie, &#224; mon sens peu dangereuse avant 2022 contrairement &#224; l'id&#233;e re&#231;ue, peut le devenir une fois les hostilit&#233;s termin&#233;es. En tout cas, elle aura les moyens d'autres ambitions. Mais l'Ukraine, &#233;videmment non mena&#231;ante, totalement ravag&#233;e, aura &#224; ce moment-l&#224; d&#233;velopp&#233; une sp&#233;cialit&#233; rare et recherch&#233;e : la conduite de la guerre moderne, et l'armement correspondant. Il ne faudra oublier ni l'un ni l'autre lorsqu'on consid&#233;rera les conditions de la paix. Mais d'ici l&#224;, cela colore les positions des uns et des autres ; et ni c&#244;t&#233; russe ni c&#244;t&#233; ukrainien, cela ne pousse &#224; la paix, tant qu'un certain seuil n'est pas atteint, contraignant &#224; s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gu&#234;pier moyen-oriental et Gaza &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage est diff&#233;rent, mais plus prometteur &#224; Gaza. Au d&#233;part, la m&#234;me logique est &#224; l'&#339;uvre. Laiss&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, &#224; court terme, d'un c&#244;t&#233; Netanyahou et derri&#232;re lui une partie appr&#233;ciable d'Isra&#235;l excluait d'arr&#234;ter les op&#233;rations tant que le Hamas subsistait et gardait des otages. D'un autre c&#244;t&#233;, le Hamas n'avait pas de raisons de capituler, malgr&#233; la sup&#233;riorit&#233; militaire &#233;crasante d'Isra&#235;l, d'autant que les souffrances des Gazaouis ne le g&#234;nent pas (c'est son bouclier humain), et le servaient diplomatiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Trump, cela se compliquait du tiraillement entre ses liens avec Isra&#235;l d'un c&#244;t&#233;, ses amiti&#233;s arabes de l'autre, notamment dans la P&#233;ninsule arabique. Mais il a ind&#233;niablement l&#224; aussi appris en cours de route, notamment &#224; &#233;couter un peu plus. Et surtout il a ici des moyens de pression bien plus substantiels qu'en Ukraine. D&#232;s lors, un accord de cessez-le-feu a pu appara&#238;tre possible, d'o&#249; son plan. On verra ce que l'op&#233;ration donnera finalement, mais cela peut permettre, dans le meilleur des cas, d'arr&#234;ter les hostilit&#233;s actuelles &#224; Gaza m&#234;me. Ce qui est une excellente chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, plus profond&#233;ment, les vrais objectifs strat&#233;giques des deux c&#244;t&#233;s restent non seulement radicalement incompatibles, mais chacun structurel : pour Isra&#235;l, sauf pour une minorit&#233;, c'est le refus d'un Etat palestinien et la poursuite de la colonisation, au moins en Cisjordanie, avec &#224; l'horizon au moins implicite un &#233;tat juif sur l'essentiel de la Palestine. Pour le Hamas (ou, s'il dispara&#238;t, un autre mouvement du m&#234;me type), c'est la destruction d'Isra&#235;l. M&#234;me un observateur ext&#233;rieur bienveillant a du mal &#224; discerner une solution &#233;quitable, dans ce conflit sans bonne solution, deux peuples se disputant une seule terre. Voir ici &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-conflit-israelo-palestinien-la-frustration-d-un-conflit-sans-bonne-solution.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-co...&lt;/a&gt;. D'autant que la logique de l'antagonisme fait que chacune des parties voit l'autre, et de plus en plus, comme une menace existentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, si Trump peut &#233;ventuellement r&#233;ellement imposer une forme de paix relative, un arr&#234;t momentan&#233; des combats en cours, cela ne r&#233;soudra pas la question de fond - m&#234;me si une telle pause serait &#233;videmment bienvenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas donc, en conclusion, les p&#233;rip&#233;ties n'ont rien pour surprendre. Cela ne veut pas dire que les conflits dureront ind&#233;finiment, la logique m&#234;me de la guerre s'y oppose. Mais cela peut durer longtemps encore. Et surtout, tout arr&#234;t des combats peut n'&#234;tre qu'une &#233;tape dans un conflit s&#233;culaire plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nobel attendra ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/trump-face-a-la-logique-de-la-guerre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/trump-face-a-l...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ukraine : il est temps de conclure</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Ukraine-il-est-temps-de-conclure.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il faut savoir terminer une guerre, m&#234;me juste au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste au d&#233;part, la guerre d&#233;fensive men&#233;e par les Ukrainiens ne peut &#234;tre gagn&#233;e, et la prolonger n'aboutit qu'&#224; la destruction de ce pays courageux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parce que Trump le dit que c'est automatiquement faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et expliquer que l'Ukraine doit continuer &#224; se battre pour prot&#233;ger l'Europe, est choquant, erron&#233; et dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; nous qu'il incombe d'&#234;tre capable de nous d&#233;fendre. Avec des alli&#233;s, mais d'abord soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-Ukraine-26-.html" rel="directory"&gt;Guerre Ukraine &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/winter-7045730_1920.jpg?1787417306' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il faut savoir terminer une guerre, m&#234;me juste au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une guerre juste, jusqu'&#224; quand ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que j'&#233;crivais d&#232;s mars 2022 dans un article intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/La-guerre-en-Ukraine-et-la-notion.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La guerre en Ukraine et la notion de guerre juste&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;). Apr&#232;s avoir montr&#233; que, selon cette notion, la guerre men&#233;e alors par les Russes ne pouvait &#234;tre qualifi&#233;e de juste - m&#234;me si les torts sont bien plus partag&#233;s qu'on le dit -, car ils ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment agress&#233; l'Ukraine sans besoin d&#233;montrable. Mais celle des Ukrainiens &#233;tait juste au d&#233;part. Je concluais toutefois : &#171; le crit&#232;re tr&#232;s pragmatique de la guerre juste ne s'applique pas une fois pour toutes au d&#233;but de la guerre. On peut donc &#234;tre conduit &#224; changer son appr&#233;ciation en fonction du d&#233;roul&#233; des &#233;v&#233;nements : r&#233;sultats militaires sur le terrain, degr&#233; de mont&#233;e aux extr&#234;mes de la guerre, ou encore position de n&#233;gociation de l'autre partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il est tr&#232;s improbable que la guerre c&#244;t&#233; russe trouve une justification &#224; l'avenir. Mais la remarque vaut c&#244;t&#233; ukrainien... Supposons d'abord, &#224; un bout, que les Russes s'enlisent, mais sans interrompre leur effort de guerre et leurs bombardements, et qu'ils limitent leurs pr&#233;tentions &#224; la non-entr&#233;e dans l'Otan et &#224; l'ind&#233;pendance du Donbass : on peut concevoir qu'une paix sur cette base apparaisse pr&#233;f&#233;rable aux Ukrainiens &#224; la destruction continue du pays... Supposons maintenant inversement que les Russes basculent dans une guerre totale, y compris nucl&#233;aire : dans ce cas l'Ukraine pourrait avoir &#224; envisager de cesser le combat, qui resterait l&#233;gitime dans son principe mais qu'elle pourrait estimer trop co&#251;teux humainement pour que l'obstination se justifie. Supposons enfin que la Russie n'arrive pas &#224; achever sa conqu&#234;te, et qu'il paraisse envisageable qu'elle finisse par l&#226;cher prise : alors la poursuite du combat se justifierait pleinement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La situation actuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons maintenant la r&#233;ponse &#224; ces questions. L'Ukraine a essay&#233; de l'emporter, comptant notamment sur la faiblesse &#233;tonnante qu'a montr&#233;e au d&#233;part l'arm&#233;e russe, sur des sanctions occidentales exceptionnelles, sur le courage de ses soldats et l'aide re&#231;ue. C'&#233;tait peut-&#234;tre jouable. Mais au plus tard &#224; l'&#233;t&#233; 2023 cela s'est av&#233;r&#233; hors de port&#233;e. Pendant ce temps le pays &#233;tait ravag&#233;, sa jeunesse d&#233;cim&#233;e, ou en exil. Il n'est d&#232;s lors plus justifi&#233; de continuer ind&#233;finiment. Et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; aujourd'hui, en mars 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cela soit d&#233;fendu par Donald Trump, aux m&#233;thodes brutales et volontiers cyniques, n'enl&#232;ve rien &#224; ces constatations. Que Trump admette que les torts sont plus partag&#233;s qu'on le dit et qu'il faut accepter ce sans quoi il ne peut y avoir de paix (perte de territoires par l'Ukraine, et non-entr&#233;e dans l'Otan), n'en fait pas &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; un agent de Poutine : il ne fait que d&#233;crire la r&#233;alit&#233;. M&#234;me si, bien s&#251;r, il pourrait s'y prendre autrement et montrer plus de sensibilit&#233; &#224; l'&#233;gard d'un peuple ukrainien martyre. M&#234;me si, aussi, on peut se demander si son mode de n&#233;gociation conduira au meilleur r&#233;sultat possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;sormais la trajectoire finale est claire. Dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de la survie de l'Ukraine, il faut arr&#234;ter les frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; expliquer que l'Ukraine doit continuer &#224; se battre pour prot&#233;ger l'Europe, c'est choquant, erron&#233; et dangereux. Choquant de demander aux Ukrainiens de se suicider pour nous pr&#233;server. Erron&#233; parce que cette guerre a d&#233;montr&#233; les limites de l'arm&#233;e russe, en supposant m&#234;me qu'elle ait des vell&#233;it&#233;s d'aller plus loin. Dangereux parce que si cela d&#233;bouche sur l'effondrement de l'arm&#233;e ukrainienne, on aura fait un beau cadeau &#224; Poutine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, une conclusion s'impose, qui est, elle, indiscutable : pour exister dans le monde r&#233;el, il faut &#234;tre capable de se d&#233;fendre. Et ne compter ni sur un grand fr&#232;re (am&#233;ricain), ni sur la mort de ses amis. Il faut des alli&#233;s, mais toute d&#233;fense est d'abord nationale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Voir aussi mon livre tout r&#233;cent : &lt;i&gt;La guerre juste, apr&#232;s l'Ukraine et Gaza&lt;/i&gt; (chez Boleine) &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-juste.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-gu...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre sainte des d&#233;mocraties, face au choc des r&#233;alit&#233;s</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-sainte-des-democraties-face-au-choc-des-realites.html</link>
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		<dc:date>2023-03-16T16:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A propos de la guerre d'Ukraine, la question d'un grand affrontement entre d&#233;mocraties et r&#233;gimes autoritaires a &#233;t&#233; soulev&#233;e. Beaucoup en sont convaincus dans ce qu'on appelle un peu rapidement l'Occident. La r&#233;alit&#233; est autrement plus nuanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec d'une politique internationale domin&#233;e par les consid&#233;rations id&#233;ologiques est patent. Cela ne doit pas conduire &#224; nier les menaces, mais &#224; les appr&#233;cier en termes plus r&#233;alistes de relations internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A propos de la guerre d'Ukraine, la question d'un grand affrontement entre d&#233;mocraties et r&#233;gimes autoritaires a &#233;t&#233; soulev&#233;e. Beaucoup en sont convaincus dans ce qu'on appelle un peu rapidement l'Occident. La r&#233;alit&#233; est autrement plus nuanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit d&#233;j&#224; au niveau plan&#233;taire : si une majorit&#233; nette de pays a condamn&#233; l'invasion russe de l'Ukraine, seuls les Occidentaux ont d&#233;cid&#233; des sanctions. Entre les deux lectures possibles &#8216;occidentales' du conflit ukrainien (agression contre un Etat, ou lutte du bien et du mal), la premi&#232;re se r&#233;v&#232;le bien plus f&#233;conde internationalement. La grande majorit&#233; des pays hors &#8216;Occident', d&#233;mocraties comprises, ne se sent pas impliqu&#233;e par une id&#233;e de grande croisade contre des forces antid&#233;mocratiques. D'autant qu'ils ne se sentent pas menac&#233;s par la Russie. La situation est sur ce point nettement diff&#233;rente de celle de l'URSS, qui avait un programme id&#233;ologique et pouvait s'appuyer sur des forces locales plus ou moins class&#233;es comme r&#233;volutionnaires, de sorte qu'&#224; c&#244;t&#233; de la menace militaire &#233;ventuelle, limit&#233;e &#224; certaines zones, on craignait une menace id&#233;ologique bien plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire concr&#232;tement que la pr&#233;tention des Occidentaux &#224; repr&#233;senter un camp qui serait celui de la d&#233;mocratie est de fait contest&#233;e. Bien des pays consid&#232;rent d'ailleurs &#224; tort ou &#224; raison que la menace d'une intervention occidentale, notamment am&#233;ricaine, id&#233;ologique ou &#224; pr&#233;texte id&#233;ologique, est pour eux plus s&#233;rieuse que la menace des autres, et en tout cas plus &#233;tay&#233;e par l'exp&#233;rience. On peut ajouter que la d&#233;finition m&#234;me du camp des d&#233;mocraties n'est pas vraiment &#233;vidente. Comme chacun sait, dans le camp dit occidental de nombreux r&#233;gimes non-d&#233;mocratiques ont trouv&#233; et trouvent tranquillement place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des Etats class&#233;s autoritaires (Chine, Russie, Iran et autres) la situation est loin d'&#234;tre simple ou uniforme. Partout il y a une ligne officielle, plus ou moins id&#233;ologique, et &#224; forte composante nationaliste. Mais c'est &#224; usage interne, et de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;renci&#233;e. Si la Chine pr&#233;sente &#224; l'&#233;vidence une situation sp&#233;cifique, en cela que l'id&#233;ologie marxiste y est suppos&#233;e rester une r&#233;f&#233;rence interne majeure, et qu'un parti communiste y est parti unique, ce n'est pas un produit d'exportation, au moins actuellement et &#224; vue humaine. De m&#234;me a fortiori pour la Cor&#233;e du Nord. Quant &#224; la Russie actuelle, le r&#233;gime, de fait de plus en plus autoritaire, ne met pas en avant de mod&#232;le politique original pouvant servir d'exemple, en dehors du simple fait de ce caract&#232;re autoritaire. Corr&#233;lativement, ce pays ne se signale pas par une grande originalit&#233; id&#233;ologique. Certes il se pr&#233;sente comme divergeant du monde occidental sur plusieurs sujets, comme les questions de soci&#233;t&#233; et de m&#339;urs, mais cela ne constitue pas une alternative politique. On ne se rapproche d'une forme d'id&#233;ologie pros&#233;lyte qu'avec l'Iran, mais ce n'est qu'un cas parmi d'autres dans le monde musulman ; et la dimension iranienne d'un c&#244;t&#233;, chiite de l'autre, appara&#238;t tr&#232;s largement pr&#233;pond&#233;rante dans son action ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc en d&#233;finitive que du point de vue des id&#233;es et du r&#233;gime le rapprochement entre Russie, Chine et Iran est passablement circonstanciel, et largement d&#251; &#224; l'existence d'un adversaire commun, occidental. On ne saurait discerner de v&#233;ritable imp&#233;rialisme id&#233;ologique de leur c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne les classe &#233;videmment pas comme des petits saints. Il y a chez les uns ou les autres une propension &#233;vidente au d&#233;bordement de puissance, de sorte que dans leur opposition commune aux Occidentaux (en fait, aux Am&#233;ricains) le discernement entre cause et effet soit sujet &#224; d&#233;bat. Mais ne n'est pas l'effet d'un antagonisme id&#233;ologique irr&#233;ductible, du moins vu de leur c&#244;t&#233; et de celui des tiers. La volont&#233; de puissance est une chose, l'id&#233;ologie une autre. Inversement bien s&#251;r, de trop grands succ&#232;s de leur c&#244;t&#233; favoriseraient sans doute un mod&#232;le autoritaire de r&#233;gime ici ou l&#224;, mais cela pourrait prendre des formes tr&#232;s variables, faute de mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est par ailleurs patent que la propension occidentale, ou plut&#244;t am&#233;ricaine, &#224; la recherche r&#233;guli&#232;re de l'instauration de la d&#233;mocratie par la force, est &#224; la fois remarquable par son inefficacit&#233; et, &#224; nouveau, une cause majeure de la crainte que cette manie instille non moins r&#233;guli&#232;rement un peu partout. Le monde arabe a &#233;t&#233; comme chacun sait le lieu le plus caricatural de la d&#233;monstration, le cas du malheureux Iraq &#233;tant ici embl&#233;matique. Cette d&#233;mocratisation avait pourtant eu l'air d'op&#233;rer apr&#232;s 1945 en Allemagne et au Japon, mais c'&#233;tait apr&#232;s une guerre &#224; mort radicale, et dans une mesure importante dans les deux pays on renouait avec des situations ant&#233;rieures &#224; leur d&#233;rive agressive. Et en tout cas cet interventionnisme ne fonctionne pas ailleurs. D'autant moins que, comme on l'a dit, dans la perception g&#233;n&#233;rale hors Occident la volont&#233; de puissance du suppos&#233; lib&#233;rateur l'emporte sur les motivations d&#233;mocratisantes affich&#233;es. En bref, l'affichage d&#233;mocratique est ruin&#233; par son identification de fait avec ce qui est per&#231;u &#224; tort ou &#224; raison comme un imp&#233;rialisme. C'est manifeste notamment en Afrique ou au Moyen Orient, ou sous une forme plus mod&#233;r&#233;e en Am&#233;rique latine. Et m&#234;me l&#224; o&#249; la dimension strat&#233;gique peut favoriser l'identification au camp occidental, voire &#224; la d&#233;mocratie, celle-ci n'est pas v&#233;cue comme une copie impliquant la solidarit&#233; &#8211; ainsi en Asie du Sud et du Sud-Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire qu'il n'y ait pas en la mati&#232;re de &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt; ? Ou que les th&#232;mes id&#233;ologiques soit sans effet ? Evidemment non. Il est &#233;vident que le th&#232;me de la d&#233;mocratie ou plus encore celui de la libert&#233; ont une audience et une r&#233;sonance, &#233;ventuellement fortes. Mais sur ce plan le facteur essentiel reste les &#233;volutions politiques internes, qui peuvent bien s&#251;r &#234;tre facilit&#233;es par une action de rayonnement si elle est appropri&#233;e. A condition de ne pas insister sur des facteurs r&#233;pulsifs comme l'id&#233;ologie &lt;i&gt;woke&lt;/i&gt;, et cette manie de vouloir imposer une vision des m&#339;urs qui r&#233;pugne &#224; la plupart des cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut noter par ailleurs qu'en mati&#232;re &#233;conomique, notamment de commerce international, une attitude apparemment inverse a pr&#233;valu c&#244;t&#233; occidental. Mais elle &#233;tait en r&#233;alit&#233; tout aussi id&#233;ologique, et non moins contestable. Toujours par id&#233;ologie, on a en effet pouss&#233; activement &#224; une ouverture maximale des fronti&#232;res douani&#232;res et autres, et &#224; l'entr&#233;e de la Chine puis de la Russie &#224; l'Organisation mondiale du commerce (OMC), sans aucune r&#233;flexion sur la dimension pourtant &#233;videmment strat&#233;gique d'un tel commerce, et sur le besoin de se prot&#233;ger de ces partenaires qu'on vilipendait par ailleurs. Car on croyait avec une na&#239;vet&#233; confondante que le &#171; doux commerce &#187; allait d&#233;boucher sur la paix, et surtout, dans les pays concern&#233;s, sur la d&#233;mocratie. Le r&#233;sultat de cette illusion a &#233;t&#233; de donner &#224; la Chine le moyen d'un formidable bond en avant qui en a fait l'usine de la plan&#232;te et un comp&#233;titeur strat&#233;gique de premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mythologie de la suppos&#233;e croisade des d&#233;mocraties contre les forces du mal, et le m&#233;lange des genres entre relations de puissance et id&#233;ologie, sont donc en r&#233;sum&#233; contre-productives de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, et cela du point de vue m&#234;me de ses promoteurs. Certes, au niveau international, la dimension id&#233;ologique n'a pas disparu, mais &#224; l'&#233;poque actuelle ce qui domine est le polycentrisme des puissances, le d&#233;veloppement de chacun dans sa logique propre. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, on ne peut qu'&#234;tre frapp&#233; par le contraste avec le r&#244;le subsistant de l'id&#233;ologie dans la vie politique dans ce qu'on appelle Occident. Y compris d'ailleurs au niveau interne, que ce soit par son utilisation croissante par la construction europ&#233;enne au d&#233;triment des r&#233;alit&#233;s nationales, ou par son r&#244;le ravageur dans le d&#233;chirement interne am&#233;ricain. Mais en tout cas, sous sa forme conqu&#233;rante et agressive ce n'est pas un tr&#232;s bon article d'exportation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, dans le cas de la guerre d'Ukraine le d&#233;terminant principal pour l'attitude &#224; tenir n'est pas la nature des r&#233;gimes (ce qui n'emp&#234;che pas d'avoir une opinion critique sur eux et sur leurs comportement, et de l'exprimer), mais la dimension internationale, qu'il s'agisse de consid&#233;rations de droit, d'&#233;valuation des rapports de forces r&#233;els ou esp&#233;r&#233;s, ou de la paix possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-guerre-sainte-des-democraties-face-au-choc-des-realites/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-guerre-sain...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La diss&#233;mination nucl&#233;aire apr&#232;s la guerre d'Ukraine : le&#231;ons pour les pays tiers</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-dissemination-nucleaire-apres-la-guerre-d-Ukraine-lecons-pour-les-pays-tiers.html</link>
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		<dc:date>2022-10-19T16:21:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Dissuasion nucl&#233;aire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On reparle beaucoup du nucl&#233;aire militaire &#224; l'occasion de la guerre d'Ukraine. On l'avait un peu oubli&#233;. Or les &#233;v&#233;nements d'Ukraine remettent cette question au centre de l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Car s'il y a bien une premi&#232;re conclusion &#233;vidente &#224; tirer de cette guerre, c'est l'int&#233;r&#234;t de l'arme nucl&#233;aire pour un pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On reparle beaucoup du nucl&#233;aire militaire &#224; l'occasion de la guerre d'Ukraine. On l'avait un peu oubli&#233;. Or les &#233;v&#233;nements d'Ukraine remettent cette question au centre de l'attention. Je ne parlerai pas ici de la guerre d'Ukraine elle-m&#234;me, mais de l'impact qu'elle a sur la r&#233;flexion sur le nucl&#233;aire, et notamment sur la diss&#233;mination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Car s'il y a bien une premi&#232;re conclusion &#233;vidente &#224; tirer de cette guerre, c'est l'int&#233;r&#234;t de l'arme nucl&#233;aire. On sait que l'Ukraine &#233;tait une composante majeure de l'URSS, y compris sur le plan militaire, et en son sein, du nucl&#233;aire sovi&#233;tique. Pourtant lors de la dissolution de l'URSS, devenant ind&#233;pendante elle a renonc&#233; &#224; l'arme nucl&#233;aire, qu'elle pouvait sans difficult&#233; technique d&#233;tenir et d&#233;velopper. Nul doute que si elle avait fait le choix inverse, la question de la guerre actuelle ne se serait pas pos&#233;e, ou tr&#232;s diff&#233;remment. Peut-&#234;tre pas pour les &#233;v&#233;nements pr&#233;c&#233;dant cette ann&#233;e, car la constitution des r&#233;publiques du Donbass restait possible et l'aide militaire que leur apportait la Russie. En revanche les donn&#233;es de l'invasion russe de 2022 aurait &#233;t&#233; tr&#232;s diff&#233;rentes ; et il est raisonnable de penser qu'elle ne se serait pas produite ou en tout cas de fa&#231;on beaucoup plus limit&#233;e. Or m&#234;me si l'Ukraine finissait par l'emporter, le co&#251;t humain et &#233;conomique de la guerre aura &#233;t&#233; ravageur pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous les pays tiers, m&#234;me s'il est clair depuis longtemps que la d&#233;tention de cette arme est un facteur majeur d'ind&#233;pendance nationale (sachant qu'il n'est pas d&#233;montr&#233; que cela soit une garantie totale), la pr&#233;sente guerre illustre de fa&#231;on spectaculaire la validit&#233; de ce raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute une autre consid&#233;ration. Cette guerre est la premi&#232;re guerre de type classique qu'on connaisse depuis longtemps, si on appelle classique une guerre qui ne soit pas clairement dissym&#233;trique (comme celles en Iraq, Afghanistan ou Vietnam, ou dans une moindre mesure les guerres isra&#233;lo-arabes), c'est-&#224;-dire qui fasse s'affronter deux arm&#233;es non pas n&#233;cessairement &#233;gales, mais du m&#234;me genre, dans un affrontement proprement militaire. Pour trouver un &#233;quivalent, sans remonter &#224; la guerre de Cor&#233;e, il faut remonter &#224; la guerre entre Iran et Iraq ou aux guerres indo-pakistanaises. Mais outre que cela nous ram&#232;ne avant 1980-1990, cela ne mettait pas aux prises des arm&#233;es aussi avanc&#233;es qu'aujourd'hui, les niveaux de technologies &#233;tant alors bien plus bas et beaucoup plus anciens. Surtout, &#224; l'&#233;poque il n'y avait pas de grande puissance en lice (l'Inde le devient progressivement depuis) et notamment pas nucl&#233;aires. Or cette fois nous avons non seulement une guerre classique, d&#233;j&#224; relativement longue, mais surtout men&#233;e par une grande puissance nucl&#233;aire, elle-m&#234;me sanctuaris&#233;e par le fait m&#234;me. Nul doute que la prudence m&#234;me relative des Am&#233;ricains dans leur aide aux Ukrainiens, tient grand compte de ce facteur, &#233;vitant notamment sauf exceptions toute atteinte &#224; la Russie elle-m&#234;me. Il y a donc une dissym&#233;trie, au d&#233;part d&#233;savantageuse pour le pays le plus faible. Pour les pays tiers, c'est encore un argument en faveur du nucl&#233;aire : si mon agresseur se prot&#232;ge ainsi, j'ai le plus grand int&#233;r&#234;t &#224; faire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; am&#233;ricain, la position traditionnelle, hostile &#224; la diss&#233;mination nucl&#233;aire (notamment des administrations d&#233;mocrates), ne devrait en revanche pas &#234;tre remise en cause. Etant en g&#233;n&#233;ral le pays le plus interventionniste sur le plan militaire, les Etats-Unis n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; ce que les cibles possibles se h&#233;rissent de nucl&#233;aire. De plus, le fait qu'un pays qui leur est alli&#233; n'ait pas cette arme le rend &#233;videmment beaucoup plus d&#233;pendant de leur aide, dont on a vu en Ukraine la redoutable efficacit&#233; &#224; l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre facteur nouveau apparu en Ukraine est l'annexion par la Russie de territoires pr&#233;c&#233;demment ukrainiens, ce qui du point de vue russe fait passer ces zones dans le cadre de la d&#233;fense du territoire russe. Et donc potentiellement (selon l'&#233;tat de la doctrine et son emploi) sous leur protection nucl&#233;aire. On voit &#233;videmment l'attrait du nucl&#233;aire pour un pays ayant des revendications ou des vis&#233;es sur un territoire voisin. Certes, on ne connait pas &#224; ce stade ce qu'il adviendra de ces zones dans le pr&#233;sent cas, selon les d&#233;veloppements de la guerre en cours. Mais le raisonnement subsistera dans son principe. Si l'Iraq avait eu l'arme nucl&#233;aire, peut-&#234;tre aurait-il gard&#233; le Kowe&#239;t en 1990. En r&#233;sum&#233; donc, l'avantage que cette d&#233;tention donne &#224; un pays ayant des ambitions ext&#233;rieures sur un voisin qui n'aurait pas l'arme atomique est appr&#233;ciable. Bien entendu ce n'est qu'en aspect de la question car d'autres dimensions entreraient en compte (sanctions etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question plus technique pos&#233;e actuellement est celle de l'usage possible du nucl&#233;aire tactique (arme de plus petit calibre, en principe utilis&#233;e contre des forces militaires). Son utilisation &#233;ventuelle en Ukraine soul&#232;ve des questions complexes, qu'on n'&#233;voquera pas ici. Mais de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale le fait d'en disposer peut repr&#233;senter lui aussi un avantage potentiel, ne serait-ce que comme option interm&#233;diaire, en th&#233;orie disponible, entre la guerre classique et le nucl&#233;aire strat&#233;gique. Notamment contre une autre puissance nucl&#233;aire, sans que le niveau strat&#233;gique se d&#233;clenche automatiquement. La Cot&#233;e du Nord pr&#233;tend par exemple d&#233;sormais en disposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut relever enfin un point important : le secret. La d&#233;tention de l'arme nucl&#233;aire ne suppose pas n&#233;cessairement qu'elle prenne une forme publique, visible et revendiqu&#233;e &#8211; pourvu que les adversaires &#233;ventuels croient qu'elle existe. Mais si la d&#233;tention de l'arme offre une s&#233;curit&#233; consid&#233;rable, m&#234;me si elle n'est pas totale, en revanche son d&#233;veloppement est plein de risques pour un pays qui a d&#233;j&#224; un ennemi puissant Car ce dernier sera alors fortement incit&#233; &#224; d&#233;clencher une guerre pr&#233;ventive, classique ou nucl&#233;aire, pour pr&#233;cis&#233;ment bloquer ce d&#233;veloppement. Ce risque appara&#238;t &#233;videmment par exemple dans le cas de l'Iran (avec Isra&#235;l, voire les Etats-Unis) ; mais aussi de la Cor&#233;e du Sud (avec son cher voisin du Nord). D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t majeur d'un d&#233;veloppement aussi secret que possible, selon la voie qu'a explor&#233;e Isra&#235;l en son temps et avec succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoutent pour les pays amis des Etats-Unis les questions que pose justement la protection attendue de ces derniers. Pensons d&#233;j&#224; &#224; nouveau &#224; la Cor&#233;e du Sud, au Japon et &#224; Taiwan. La premi&#232;re question est la validit&#233; d'un &#233;ventuel parapluie nucl&#233;aire am&#233;ricain : rien ne prouve qu'il serait mis en &#339;uvre, notamment par rapport &#224; une puissance nucl&#233;aire. Et si leur attitude en Ukraine montre qu'il savent &#224; l'occasion &#234;tre tr&#232;s efficaces dans leur aide classique, cela ne permet &#233;videmment pas d'&#233;viter la catastrophe que pr&#233;sente de toute fa&#231;on une guerre conventionnelle pour le pays qui la subit. Il y a donc &#224; nouveau de puissants arguments pour ces pays pour d&#233;velopper l'arme nucl&#233;aire ; mais &#224; l'isra&#233;lienne, en n'en faisant &#233;tat qu'une fois le pas franchi - tout au plus. On sait que Taiwan avait commenc&#233; un tel d&#233;veloppement, mais avait abandonn&#233; sous pression am&#233;ricaine : il peut s'en mordre les doigts, car ce ne serait probablement plus possible aujourd'hui, la Chine s'en apercevant tr&#232;s probablement s'il essayait, et r&#233;agissant aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose sans doute moins en ces termes en Europe, pour les pays non nucl&#233;aires. Il y a &#224; cela au moins une premi&#232;re raison simple et imm&#233;diate : l'exp&#233;rience ukrainienne a montr&#233; les limites de l'arm&#233;e russe, qui n'est manifestement &#224; ce stade pas celle d'une vraie grande puissance &#8211; en dehors de son arsenal nucl&#233;aire. En outre, pour les pays qui peuvent se sentir encore menac&#233;s (toujours hors nucl&#233;aire) l'Otan offre une r&#233;ponse, qui a beaucoup regagn&#233; en cr&#233;dibilit&#233; du fait de la guerre en cours. Inversement, les Etats-Unis ne tol&#233;rerait pas un d&#233;veloppement nucl&#233;aire dans un de leur alli&#233;s. Le seul vrai motif pour ces derniers serait donc de tenter de parer &#224; une attaque nucl&#233;aire russe, selon la logique de l'&#233;quilibre de la terreur. Mais il faudrait pour cela d&#233;velopper un armement puissant et performant, et assumer politiquement la dissuasion, en interne et face aux Am&#233;ricains : on voit tr&#232;s mal un pays europ&#233;en s'engager dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche d'autres candidats seraient assez naturels ailleurs. Ainsi au Moyen Orient, dans la lign&#233;e d'Isra&#235;l ou &#224; l'instar de l'Inde et du Pakistan tout proches. Outre l'Iran (mais il est tr&#232;s surveill&#233;), on a &#233;videmment la Turquie, et certains autres dans la p&#233;ninsule arabique&#8230; Et l&#224; aussi, la voie du secret est d&#233;sormais la seule s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout renforcera encore, &#233;videmment, la voie maintenant in&#233;luctable vers la multipolarit&#233;. Mais une multipolarit&#233; clairement hi&#233;rarchis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site de &lt;i&gt;G&#233;opragma&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-dissemination-nucleaire-apres-la-guerre-dukraine-quelques-lecons-pour-les-pays-tiers/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-disseminati...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ukraine : la logique de la guerre ne peut &#234;tre &#233;lud&#233;e &#8211; m&#234;me par qui recherche la paix</title>
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		<dc:date>2022-06-25T16:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Logique de la guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La prolongation de la guerre en Ukraine, avec ses horreurs, ses destructions, ses contrecoups &#233;conomiques ou autres, est en soi consternante pour tout esprit de bonne volont&#233;. Pourtant la guerre a sa logique propre, et l'ignorer conduit soit &#224; des d&#233;cisions malencontreuses, soit &#224; se lamenter dans le vide. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Recherche-de-la-paix-+.html" rel="tag"&gt;Recherche de la paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La prolongation de la guerre en Ukraine, avec ses horreurs, ses destructions, ses contrecoups &#233;conomiques ou autres, est en soi consternante pour tout esprit de bonne volont&#233;. Pourtant la guerre a sa logique propre, et l'ignorer conduit soit &#224; des d&#233;cisions malencontreuses, soit &#224; se lamenter dans le vide. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La logique de la guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit guerre dit choc de deux volont&#233;s en sens contraire, dont la solution est recherch&#233;e dans la violence r&#233;ciproque. Par d&#233;finition, cela suppose que l'une au moins des deux parties consid&#232;re que ce recours &#224; la force a un sens pour elle, et que l'autre soit ait la m&#234;me perception, soit pr&#233;f&#232;re r&#233;sister &#224; la premi&#232;re plut&#244;t que c&#233;der. La clef de la sortie de l'&#233;tat de guerre est d&#232;s lors principalement dans la guerre elle-m&#234;me et son r&#233;sultat sur le terrain. Mais comme la guerre est hautement consommatrice de ressources, puisque son principe est la destruction, elle a en elle-m&#234;me un facteur majeur de terminaison : elle ne peut durer ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de forces sur le terrain peut d'abord aboutir &#224; la victoire d'une des deux parties, qui obtient un r&#233;sultat la conduisant &#224; cesser les op&#233;rations une fois son but atteint, ou conduisant l'autre &#224; jeter l'&#233;ponge. Alternativement, on a une situation non conclusive, mais qui ne peut durer ind&#233;finiment. A un moment donc les op&#233;rations s'arr&#234;tent, et le statu quo a des chances de se stabiliser au moins pour un temps. Bien entendu, un tel arr&#234;t des op&#233;rations n'est pas n&#233;cessairement d&#233;finitif. En effet apr&#232;s un moment de cessation des hostilit&#233;s, si le choc des volont&#233;s subsiste, la reconstruction des forces rend possible une reprise des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans tous les cas, tant que ces facteurs de terminaison n'ont pas op&#233;r&#233; suffisamment, la guerre continue, car les motifs qui y ont conduit restent, et le sort des armes auxquels les deux parties ont eu recours n'a pas donn&#233; sa r&#233;ponse. Arr&#234;ter pr&#233;matur&#233;ment signifierait en effet pour celui qui va dans ce sens non seulement que tous ses efforts ant&#233;rieurs ont &#233;t&#233; vains, pertes humaines et co&#251;ts mat&#233;riels en premier lieu, mais surtout cela reviendrait &#224; accepter une forme de d&#233;faite avant qu'elle soit acquise ; or il avait par hypoth&#232;se d&#233;cid&#233; de se battre. D&#232;s lors il continue, et l'adversaire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les bonnes volont&#233;s, attach&#233;es &#224; la paix, sont d&#233;&#231;ues &#8211; un peu na&#239;vement. Leurs appels &#224; une cessation des hostilit&#233;s, si possible sans gagnant ni perdant, tombent alors presque toujours sur des oreilles sourdes. Du moins tant que la logique m&#234;me du d&#233;roulement de la guerre n'y conduise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas russo-ukrainien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en cours entre la Russie ou l'Ukraine en fournit une bonne illustration. Quelle que soit l'analyse de ses causes, le fait est qu'en f&#233;vrier l'arm&#233;e russe est entr&#233;e en Ukraine et qu'on se trouve depuis devant une situation de guerre classique et frontale entre les deux pays. Au stade actuel, la Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien. Nous ne savons pas quel sera le sort des armes. Mais &#224; ce jour l'examen des diff&#233;rentes hypoth&#232;ses explique parfaitement pourquoi la guerre continue. La Russie vise manifestement au minimum le Donbass, peut-&#234;tre plus ; elle a une relative sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle ; elle n'a donc aucune raison de s'arr&#234;ter. L'Ukraine vise &#233;videmment de r&#233;cup&#233;rer son territoire ant&#233;rieur ; elle a bien mieux r&#233;sist&#233; que ce que les experts pensaient, et re&#231;oit une aide cons&#233;quente des Occidentaux, qu'elle esp&#232;re encore faire augmenter significativement. Elle continue donc la lutte. Tant que ces facteurs seront &#224; l'&#339;uvre, la guerre continuera. Mais comme on l'a not&#233; ci-dessus, cela ne durera pas ind&#233;finiment. Sans faire de pronostic militaire, on peut &#233;voquer plusieurs hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re, la Russie parvient &#224; des r&#233;sultats qu'elle pourra pr&#233;senter comme une victoire, et elle arr&#234;te toute action offensive ; cela ne peut satisfaire l'Ukraine, mais apr&#232;s un &#233;ventuel statu quo elle doit s'en accommoder. Au vu de la situation actuelle, cette hypoth&#232;se est tout &#224; fait plausible. Ce ne serait pas n&#233;cessairement une vraie paix. Dans un tel cas, la suite d&#233;pendra essentiellement certes des Ukrainiens, mais dans une large mesure des Occidentaux (en fait des Am&#233;ricains). Soit ils se r&#233;signent &#224; la situation, et la guerre sera termin&#233;e. Soit (cas 1 bis), ils continuent pendant plusieurs ann&#233;es &#224; armer et entra&#238;ner l'Ukraine, en vue d'une reprise des op&#233;rations, rendant celle-ci possible. Mais naturellement dans ce cas la Russie ne restera pas inerte et le rapport de force risque de rester d&#233;favorable pour l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une deuxi&#232;me hypoth&#232;se, la Russie est si nettement victorieuse qu'elle peut envisager de poursuivre son avantage en envahissant le reste de l'Ukraine, ou en tentant de dicter une paix tout &#224; fait humiliante pour celle-ci. Cette hypoth&#232;se est faible au vu de ce qu'on observe. Et elle aboutirait sans doute &#224; une acc&#233;l&#233;ration de l'effort d'aide am&#233;ricain, ce qui ram&#232;nerait &#224; une des autres hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la troisi&#232;me hypoth&#232;se, aucune des parties ne parvient &#224; faire &#233;voluer une ligne de front, qui se stabiliserait sans doute sur une base proche de l'actuelle. Mais compte tenu des acquis russes &#224; ce jour, qui sont d&#233;j&#224; appr&#233;ciables, cette hypoth&#232;se ressemble &#224; la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une quatri&#232;me hypoth&#232;se, &#224; l'inverse, la Russie subit de s&#233;rieux revers, que ce soit par l'abondance des mat&#233;riels occidentaux joints &#224; la pugnacit&#233; ukrainienne, ou par le jeu de ses faiblesses propres, d&#233;j&#224; observ&#233;es autour de Kiev. S&#233;rieux revers veut dire que les Ukrainiens regagneraient tout ou partie du terrain perdu. Notons d'embl&#233;e que c'est une hypoth&#232;se &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; faible. Mais si elle devait se r&#233;aliser, cela poserait un probl&#232;me majeur aux dirigeants russes (et m&#234;me &#224; leurs amis chinois, bien que ces derniers n'aiment pas cette guerre). Certains imaginent alors le renversement de V. Poutine ; mais naturellement cela ne changerait les choses que s'il &#233;tait remplac&#233; par des mod&#233;r&#233;s pr&#234;ts &#224; accepter ce qui serait ind&#233;niablement une d&#233;faite de la Russie. Dans le contexte russe, cela para&#238;t tout &#224; fait improbable. Plus exactement, il y a un risque majeur que si elle voyait cette situation se profiler, la Russie recoure &#224; une forme d'escalade, par exemple par utilisation du nucl&#233;aire tactique. Ce qui sans doute au minimum figerait la situation, et ram&#232;nerait &#224; une des autres hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; des hypoth&#232;ses ; mais leur examen renforce encore la conclusion pr&#233;c&#233;dente sur la poursuite probable de la guerre &#224; horizon visible. Que vont faire alors les acteurs ext&#233;rieurs mais qui se sentent concern&#233;s par ce drame ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que risquent de faire les parties tierces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que les parties tierces ainsi concern&#233;es se limitent dans la pratique aux Occidentaux. Les autres ont l'air r&#233;solu &#224; laisser les &#233;v&#233;nements militaires se d&#233;rouler, sans s'en m&#234;ler, consid&#233;rant non sans motifs qu'il n'est pas dans leur r&#244;le d'y intervenir directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article la question des buts de guerre occidentaux (ou de ce qu'ils devraient &#234;tre). Mon propos ici est plut&#244;t d'analyser les comportements probables. Raisonnons d'abord d'un point de vue froid. Les Am&#233;ricains ont &#233;videmment toutes les raisons de ce monde de continuer &#224; aider les Ukrainiens. M&#234;me si la quatri&#232;me hypoth&#232;se (la meilleure pour eux en principe) est peu probable, leur aide permet d'envisager la troisi&#232;me ; et dans le pire des cas, dans la premi&#232;re hypoth&#232;se elle limite la casse et dans la deuxi&#232;me elle contribue &#224; &#233;viter. Surtout, le combat affaiblit la Russie et d&#233;montre les limites de son pouvoir militaire. Et il assure l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine en Europe. Le tout avec un impact &#233;conomique faible pour eux. Compte tenu en outre de leur approche spontan&#233;ment monolithique, leur tendance va donc &#234;tre &#224; continuer &#8211; sauf &#233;mergence de facteurs nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des Europ&#233;ens est diff&#233;rente, car le co&#251;t de la guerre ou plut&#244;t celui des sanctions est d&#233;j&#224; &#233;lev&#233; pour eux et il continuera &#224; cro&#238;tre ; en outre leur capacit&#233; &#224; aider les Ukrainiens est limit&#233;e. Faire entrer l'Ukraine dans l'Union serait en l'&#233;tat &#233;videmment irresponsable. Pourtant, au stade actuel, on les voit mal prendre une autre position que l'appui &#224; l'Ukraine, pris qu'ils sont dans la logique de leur position. Mais la situation peut &#233;voluer assez vite, et elle changera certainement &#224; un moment ou un autre ; dans ce cas il leur faudra viser plus activement une forme de paix. Mais contrairement aux Am&#233;ricains, il serait alors logique qu'ils visent &#224; &#233;viter l'hypoth&#232;se 1 bis, celle dans laquelle on organiserait la revanche : ce serait trop dangereux, pour un r&#233;sultat al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que devraient faire les parties tierces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci se r&#233;f&#233;rait aux comportements vu sous un angle rationnel, d'int&#233;r&#234;ts purs. Compte tenu de la nature du d&#233;bat, il est important d'examiner les choses du point de vue d'une personne de bonne volont&#233;, attach&#233;e &#224; la paix, mais en m&#234;me temps r&#233;aliste. Beaucoup d&#233;pendra alors de l'approche &#233;thique retenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;thique de conviction (au sens de Weber), on sera tent&#233; de parachuter un jugement moral &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, bas&#233; sur un principe g&#233;n&#233;ral. On brandira cet imp&#233;ratif cat&#233;gorique : une seule priorit&#233;, punir la partie jug&#233;e mauvaise, les Russes, ind&#233;niablement agresseurs, qu'il ne faut pas r&#233;compenser. Les remarques pr&#233;c&#233;dentes laissent entendre qu'on risque alors d'&#234;tre en porte &#224; faux, parce qu'on n'int&#232;grera pas la logique de la guerre (et par l&#224; des bellig&#233;rants). Dans l'imm&#233;diat, on va de fait renforcer la logique de guerre. Par la suite, on risquera d'entraver un arr&#234;t possible des hostilit&#233;s. Pas tr&#232;s convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une &#233;thique de type responsabilit&#233; (toujours au sens de Weber) peut ne pas faire beaucoup mieux. Elle peut tenter d'assurer la paix par tous les moyens, alors que la logique de la guerre serait toujours active. Ce qui a toute chance de ne pas parvenir &#224; grand-chose &#8211; une &#8216;paix' impos&#233;e par les puissances ou par l'ONU &#233;tant par exemple exclue en l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la seule &#233;thique qui tienne vraiment la route, l'&#233;thique aristot&#233;licienne, celle du jugement &#233;clair&#233; par les vertus : on examine la situation pour discerner quelle action de notre part va dans le sens du bien. A court terme, on soutient l'Ukraine, mais sans escalade. En revanche, selon les d&#233;veloppements de la situation militaire, on intervient pour faciliter l'arr&#234;t des hostilit&#233;s en s'effor&#231;ant au moment opportun de favoriser la solution la plus &#233;quitable possible, au vu de cette situation. Quant au long terme, il ne pourra &#234;tre clarifi&#233; qu'une fois la paix &#224; port&#233;e de main. C'est sans doute ce que voulait faire Beno&#238;t XV lorsqu'il a &#339;uvr&#233; pour une paix au c&#339;ur de la guerre de 14-18, constatant la lassitude des combattants, les ravages de la guerre, et les positions des deux parties. Mais il avait lui aussi sous-estim&#233; la rage de combattre, au point o&#249; en &#233;taient les uns et les autres, et donc une certaine logique de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que peut pourtant s'inscrire une action en faveur de la paix. En esp&#233;rant plus de succ&#232;s, mais nous ne sommes heureusement pas en 14-18. Il y aura donc un moment &#224; saisir. Quitte &#224; ce que le r&#233;sultat ne satisfasse pas les id&#233;ologues et les jusqu'auboutistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine n&#176; 215 &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la-paix/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Apr&#232;s la guerre d'Ukraine, un monde fragment&#233;. L'aspect mon&#233;taire et financier. </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Apres-la-guerre-d-Ukraine-un-monde-fragmente-L-aspect-monetaire-et-financier.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Apres-la-guerre-d-Ukraine-un-monde-fragmente-L-aspect-monetaire-et-financier.html</guid>
		<dc:date>2022-06-15T12:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faire la guerre, ou soutenir un effort de guerre est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir un Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose bien des questions, car elle remet en question l'architecture m&#234;me du monde que ces m&#234;mes Occidentaux et notamment les Am&#233;ricains pr&#233;tendent construire, c'est-&#224;-dire une architecture commune &#224; la plan&#232;te. Nous allons le voir sous l'angle mon&#233;taire, car les d&#233;cisions prises conduisent &#224; un monde fragment&#233; et sur ce plan sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; sur le site de G&#233;opragma)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faire la guerre, ou &#224; un degr&#233; plus limit&#233;, soutenir l'effort de guerre de quelqu'un, est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir un Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose bien des questions, car elle remet sur certains points en question l'architecture m&#234;me du monde que ces m&#234;mes Occidentaux et notamment les Am&#233;ricains pr&#233;tendent construire. Nous allons le voir sous l'angle mon&#233;taire et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;rive id&#233;ologique occidentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; ce sujet par ailleurs (Aide &#224; l'Ukraine : quels sont nos buts de guerre ? &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Aide-a-l-Ukraine-quels-sont-nos-buts-de-guerre.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Aide-...&lt;/a&gt;). Je distingue trois grands types de buts de guerre : id&#233;ologiques, imp&#233;rialistes et patriotiques. Je note que les deux premiers types favorisent les options guerri&#232;res, la premi&#232;re notamment, car une id&#233;ologie n'admet pas de compromis et tend &#224; classer le monde entre bons et m&#233;chants. Ce faisant, on favorise l'ascension aux extr&#234;mes que le processus de la guerre tend par ailleurs &#224; produire. La guerre en Ukraine est sur ce plan particuli&#232;rement symptomatique. C&#244;t&#233; occidental, surtout am&#233;ricain, la dimension id&#233;ologique a pris de plus en plus le dessus, dans un grand r&#233;cit de lutte des d&#233;mocraties contre les r&#233;gimes autoritaires. Cette attitude est dangereuse, notamment au vu de ce que cela signifie pour le monde de demain. Concr&#232;tement, sauf issue militaire improbable, la Russie fera partie du paysage international de demain. On peut &#233;videmment d&#233;sirer que l'issue de la guerre sera le moins favorable possible pour elle, et agir en ce sens. Mais sans de ce fait prendre de risque excessif, sans nourrir l'ascension aux extr&#234;mes, et sans d&#233;truire des liens utiles ou des actifs. D&#233;j&#224; il &#233;tait irrationnel de d&#233;manteler toutes les positions des entreprises occidentales en Russie, ou de boycotter sportifs et artistes russes. A fortiori de mettre en place des embargos dont les Europ&#233;ens souffrent au moins autant que les Russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde nouveau fragment&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au-del&#224; de ces faits imm&#233;diats, ce qui frappe le plus est l'absence de vraie vision &#224; terme, hors improbable r&#233;alisation du sc&#233;nario dans lequel les d&#233;mocraties, aidant les Ukrainiens &#224; bouter les Russes hors de leur territoire, provoqueraient un changement de r&#233;gime &#224; Moscou, montrant par l&#224; au reste de la plan&#232;te qu'il n'y a qu'une voie gagnante pour l'avenir. Nous ne savons pas comment se terminera cette aventure (ind&#233;niablement absurde et condamnable dans le cas russe) ; mais nous pouvons voir que, d'ores et d&#233;j&#224;, les moyens d&#233;ploy&#233;s par les Occidentaux, y compris &#224; travers les sanctions, fa&#231;onnent en partie appr&#233;ciable ce monde de demain. Et c'est vrai aussi en mati&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait d&#233;j&#224; avant cette guerre une forte pouss&#233;e de remise en cause de la conception ant&#233;rieure, qu'on peut appeler de mondialisme ouvert, notamment du fait de la Covid. Avec la mise en &#233;vidence des risques appr&#233;ciables qu'on pouvait courir, au niveau de la s&#233;curit&#233; des approvisionnements, du fait de tels &#233;v&#233;nements naturels, et cela tant au niveau national qu'&#224; celui des entreprises. Mais avec les sanctions contre la Russie, un pas nouveau majeur a &#233;t&#233; accompli, car cette fois l'interruption r&#233;sulte d'une volont&#233; politique. et elle bouleverse la logique ant&#233;rieure tant des &#233;changes que des investissements. Du jour au lendemain, l'approvisionnement p&#233;trolier et gazier d'origine russe s'est trouv&#233; anath&#232;me ; de m&#234;me la pr&#233;sence de la Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale ou de Renault en Russie. Pour les entreprises, cela veut dire que pour l'avenir, quand vous investissez &#224; quelque part, ou que vous vous y approvisionnez, si vous &#234;tes occidental vous devrez inclure un facteur majeur de risque politique, non plus seulement par changement politique local comme par le pass&#233;, mais du fait de d&#233;cisions des autorit&#233;s de votre pays d'origine (ou de ses alli&#233;s). Bien s&#251;r on en avait eu un petit avant-go&#251;t avec l'Iran. Mais les enjeux restaient alors limit&#233;s : d&#232;s lors, on pouvait consid&#233;rer que ce n'&#233;tait qu'un cas particulier et que le reste de l'activit&#233; ob&#233;issait toujours aux r&#232;gles ant&#233;rieures. Ce n'est d&#233;sormais plus le cas, car l'exemple russe est trop massif, trop porteur de pr&#233;c&#233;dents. Dit autrement, si le pays avec qui vous travaillez peut d'une fa&#231;on ou d'une autre d&#233;plaire gravement &#224; Washington, vous courez un risque &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ciproquement, du point de vue des dits pays, la possibilit&#233; de telles ruptures est d&#233;sormais av&#233;r&#233;e. D&#233;j&#224; significatif pour le pays moyen, le virage prend un sens tout particulier dans le cas de la Chine, en outre proche de la Russie. En bonne logique, la jurisprudence russe pourra s'appliquer demain &#224; elle, et elle le sait. Elle ne peut qu'en tenir compte pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme mon&#233;taire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en outre un domaine o&#249; ces consid&#233;rations remettent tout particuli&#232;rement en cause les id&#233;es et les usages, qui est le domaine mon&#233;taire. On parle depuis longtemps et non sans motif du privil&#232;ge exorbitant du dollar. Mais il reposait sur une id&#233;e implicite : que tout le monde pouvait investir et payer en dollar, et que le dollar &#233;tait s&#251;r, du moins politiquement. Or voici que non seulement les banques russes ont &#233;t&#233; exclues du syst&#232;me (et notamment des paiements par Swift, sauf exception), ou que les actifs d'une liste de personnages sont bloqu&#233;s, mais surtout, les r&#233;serves m&#234;mes de la Banque de Russie (en dollars et en euros, situ&#233;es dans les pays occidentaux) ont &#233;t&#233; bloqu&#233;es. Si on admet un ordre de grandeur de plus de 630 milliards (dont 40% au moins &#233;taient dans les pays occidentaux en 2021), on voit l'importance de l'enjeu (le Financial Times parle de 300 milliards bloqu&#233;s). Il est vrai que la Russie avait en partie pr&#233;venu le coup en transf&#233;rant ses ressources hors d'Occident (o&#249; elles &#233;taient &#224; plus de 80 % en 2014) et en augmentant massivement son stock d'or, &#233;valu&#233; &#224; quelque 140 milliards de dollars, ce qui laisse au r&#233;gime une marge de man&#339;uvre, d'autant que le prix de l'or augmente. Mais d&#233;sormais toute la plan&#232;te sait que la s&#233;curit&#233; des r&#233;serves d'un pays d&#233;tenues dans un pays occidental n'est pas garantie. Certes on en reste &#224; ce stade au blocage. Mais les fonds ne sont d&#232;s lors plus utilisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disruption serait bien entendu a fortiori encore plus grave si, comme certains le proposent (Josep Borrell par exemple), les Occidentaux dans leur escalade d&#233;cidaient non plus simplement de bloquer, mais de confisquer ces actifs. Or si la chose est compliqu&#233;e pour les oligarques (soci&#233;t&#233;s &#233;cran, questions judiciaires de responsabilit&#233; etc.), c'est &#224; premi&#232;re vue plus facile pour les avoirs de la Banque centrale : ce sont des avoirs du pays, et ce pays en a agress&#233; un autre, en lui infligeant des destructions massives. Quoi de plus simple politiquement que de financer en bonne partie la reconstruction de l'Ukraine (ce pour quoi les Ukrainiens par exemple &#233;voquent jusqu'&#224; 5 ou 600 milliards voire plus) avec l'argent de la Banque de Russie ? En clair, on fa&#231;onne donc un monde dans lequel avoir des r&#233;serves dans une devise occidentale n'est plus une question purement mon&#233;taire ; ces r&#233;serves sont politiquement &#224; risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour les transactions en dollars elles-m&#234;mes. Les Etats-Unis ont d&#233;cid&#233; de bloquer les paiements par les Russes des &#233;ch&#233;ances de leur dette ext&#233;rieure (modeste il est vrai, qui s'&#233;l&#232;ve &#224; environ 50 milliards de dollars) - du moins si le cr&#233;ancier (ou sa banque) est am&#233;ricain. Certes, on savait d&#233;j&#224; qu'il n'&#233;tait pas innocent de faire de simples transactions en dollar : BNPP par exemple avait r&#233;cemment d&#251; payer une amende &#233;norme pour des financements impliquant le Soudan, qui &#233;tait alors sous embargo am&#233;ricain mais non europ&#233;en. Pourtant aucune des parties n'&#233;tait am&#233;ricaine ; mais la monnaie &#233;tait le dollar (donc avec en bout de cha&#238;ne une compensation &#224; New York). L&#224; encore on pouvait esp&#233;rer que cela resterait limit&#233;. Nous n'en sommes plus l&#224;. Maintenant quelqu'un qui a emprunt&#233; en dollars peut &#234;tre d&#233;clar&#233; en d&#233;faut de paiement (avec tout ce que cela entra&#238;ne) non pas parce qu'il n'a pas l'argent ou ne veut pas payer, mais parce que les Etats-Unis lui interdisent de payer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est le sens m&#234;me de ce qu'est une monnaie internationale qui change de sens. Ces monnaies (dollar et peut-&#234;tre euro) ne sont plus neutres m&#234;me dans leur usage par celui qui les d&#233;tient. Elles sont en fait dans les mains du pouvoir politique du pays dont elles sont la monnaie, et il peut vous priver de vos actifs si vous lui d&#233;plaisez. En un sens, ce ne sont donc plus pleinement des monnaies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas d&#233;battre ici du bienfond&#233; de ces d&#233;marches, ni de leur efficacit&#233;. Je voudrais noter qu'on est l&#224; dans la construction d'un monde pour demain qui, hors le sc&#233;nario improbable de la victoire totale, sera un monde plus fragment&#233; et politiquement polaris&#233;, soit le contraire exact du monde d&#233;fendu par ailleurs par les Occidentaux, Am&#233;ricains en t&#234;te. On risque alors de r&#233;p&#233;ter la situation de 1945 : les d&#233;marches s'inscrivant pendant la guerre dans une logique de victoire ont alors d&#233;bouch&#233; sur un rideau de fer - que les Alli&#233;s ne voulaient pas. De m&#234;me ici : Russes et Chinois, et &#224; leur suite bien d'autres, vont comprendre qu'ils ne pouvaient se fier aux outils communs que les Occidentaux pr&#233;sentaient comme mondiaux. Ils ont d&#232;s lors un int&#233;r&#234;t majeur &#224; d&#233;velopper les leurs, le plus d&#233;coupl&#233;s possible du reste. Quitte &#224; continuer &#224; jouer par ailleurs avec ces derniers lorsque le risque est jug&#233; acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tention universaliste de l'id&#233;ologie d&#233;bouche donc sur l'effet contraire, celui d'un monde fragment&#233;, qui en mati&#232;re mon&#233;taire est sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma : &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/apres-la-guerre-dukraine-un-monde-fragmente-laspect-monetaire-et-financier/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/apres-la-guerr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre d'Ukraine : pour une politique nationale</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-d-Ukraine-pour-une-politique-nationale.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-d-Ukraine-pour-une-politique-nationale.html</guid>
		<dc:date>2022-03-29T16:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>But de guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Politique nationale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On tend trop souvent &#224; analyser la guerre d'Ukraine en termes &#233;motionnels, ou comme grande lutte des r&#233;gimes autoritaires et des r&#233;gimes d&#233;mocratiques. Je me placerai ici sur un plan diff&#233;rent : celui des relations internationales. Pour me concentrer sur les le&#231;ons &#224; en tirer pour la d&#233;termination d'une politique nationale pour la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Politique-nationale-+.html" rel="tag"&gt;Politique nationale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On tend trop souvent &#224; analyser la guerre d'Ukraine en termes &#233;motionnels, ou comme grande lutte des r&#233;gimes autoritaires et des r&#233;gimes d&#233;mocratiques. Je me placerai ici sur une plan diff&#233;rent : celui des relations internationales. Non pour &#233;voquer la question des r&#233;actions &#224; la crise (sanctions, etc.) ni celle des perspectives de sortie. Mais pour me concentrer sur les le&#231;ons &#224; en tirer pour la d&#233;termination d'une politique nationale pour la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.	Pour cadrer le d&#233;bat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons le principe de base en mati&#232;re internationale : chaque pays est autonome et responsable de son action. Cela ne veut pas dire qu'il ne consid&#232;re que ses seuls int&#233;r&#234;ts. Membre d'une communaut&#233; internationale, il prend aussi en compte ses relations avec les autres pays, tant pour coop&#233;rer que pour la recherche de la paix. Or dans le contexte international, un principe essentiel pour la recherche de la paix est le respect de la souverainet&#233; et donc des fronti&#232;res. Ce principe n'est pas absolu ni totalement inviolable, et il y a des pr&#233;c&#233;dents graves, comme la guerre d'Iraq qui &#233;tait une guerre d'agression (malgr&#233; l'excuse des attaques ant&#233;rieures de l'Iraq sur ses voisins). Mais il reste par nature un rep&#232;re majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, l'attaque russe sur l'Ukraine, agression g&#233;n&#233;ralis&#233;e d'un Etat souverain par un autre, sans provocation ou menace du premier directement sur le second, ne peut faire l'objet que d'une condamnation nette. M&#234;me si comme on sait les responsabilit&#233;s occidentales et notamment am&#233;ricaines sont significatives. Le joueur d'&#233;chec que paraissait &#234;tre Poutine a renvers&#233; la table, d'une fa&#231;on peu rationnelle. Notons incidemment que sur ce plan l'invasion contredit la doctrine affich&#233;e par le grand alli&#233; de la Russie, la Chine (rappelons que Taiwan est consid&#233;r&#233; partie de la Chine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	Le paysage international &#224; la suite de l'attaque russe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par son ampleur et sa nouveaut&#233;, une telle agression repr&#233;sente un tournant majeur dans les relations internationales. D'un c&#244;t&#233;, c'est le retour &#224; la guerre comme instrument de rapports entre Etats, autrement que dans des cas qui pouvaient &#234;tre pr&#233;sent&#233;s &#224; tort ou &#224; raison comme une forme de police internationale. Et d'un autre c&#244;t&#233;, c'est une rupture franche entre la Russie et le monde occidental, et par l&#224; aussi le mode de r&#233;gulation internationale que celui-ci affiche. Bien entendu, une appr&#233;ciation compl&#232;te d&#233;pend des buts ultimes c&#244;t&#233; russe : volont&#233; de puissance et de revanche, reconstitution d'une grande Russie ou d'une forme d'URSS, etc. L'attaque montre en tout cas qu'on n'a pas affaire &#224; un patriotisme pur et simple, comme en t&#233;moignait d&#233;j&#224; l'intervention en Syrie, acte de puissance et non de d&#233;fense de la patrie russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la guerre en Ukraine fait sortir les Europ&#233;ens de leur monde r&#234;v&#233; o&#249; la paix est une situation normale et o&#249; la question de la guerre ne se pose qu'au loin, dans des pays o&#249; s&#233;vissent encore d'affreux tyrans qu'une bonne police internationale doit pouvoir faire disparaitre. Ce qu'ils d&#233;couvrent est la possibilit&#233; de la guerre en Europe, en outre avec une puissance nucl&#233;aire majeure. Derri&#232;re, se profile ce qui &#233;tait pourtant clair depuis des ann&#233;es : l'&#233;mergence d'un monde multipolaire qui est un monde de puissances, o&#249; la guerre est possible, que j'ai d&#233;crit dans mon livre de 2017 appel&#233; justement Guide de survie dans un monde instable, h&#233;t&#233;rog&#232;ne, non r&#233;gul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est particuli&#232;rement &#233;vident en Asie, avec pr&#233;sence de grandes puissances actuelles ou potentielles, tant dans la r&#233;gion (Chine, Russie, Inde, dans une certaine mesure Japon) que venant du dehors (Etats-Unis) ; plus des puissances moyennes mais ayant un poids r&#233;el appr&#233;ciable (Iran, Pakistan, Arabie Saoudite, Indon&#233;sie, Cor&#233;e, Vietnam, sans parler de la Turquie et d'Isra&#235;l &#224; l'ouest du continent). Les rapports entre ces nombreuses puissances sont complexes et &#233;volutifs (y compris entre Russie et Chine, malgr&#233; les apparences), mais avec un point commun : les lignes de clivages ne sont pas id&#233;ologiques, ni vraiment des conflits de civilisations, et le patriotisme est partout une r&#233;alit&#233; de base indiscutable. Les r&#233;actions &#224; la guerre en Ukraine le confirment, avec tr&#232;s peu de condamnations franches venant de cette zone. Or l'Asie est de plus en plus le centre de gravit&#233; de la plan&#232;te et elle donnera de plus en plus le ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute bien s&#251;r la situation toujours complexe et bellig&#232;ne du Moyen Orient, et la d&#233;rive croissante du Sahel, de la corne orientale de l'Afrique ou de la zone congolaise, et plus g&#233;n&#233;ralement d'une bonne partie de l'Afrique. Conflits, instabilit&#233; et guerres, mais l&#224; aussi, pas de conflit v&#233;ritablement id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.	Dans un monde de puissances, l'importance clef d'un patriotisme sain et lucide et non d'une croisade id&#233;ologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233;, la tentation latente en Europe et aux Etats-Unis reste l'id&#233;ologisation : en l'esp&#232;ce, interpr&#233;ter l'alliance de la Russie et de la Chine comme la sainte alliance des r&#233;gimes autoritaires contre les d&#233;mocraties, et tout voir en termes de grand combat manich&#233;en de celles-ci contre ceux-l&#224;. La guerre d'Ukraine a consid&#233;rablement raviv&#233; cette tendance, parfois jusqu'&#224; une forme d'hyst&#233;rie. Mais en fait, seuls les &#8216;Occidentaux' mettent en avant leur id&#233;ologie. Or comme je l'ai d&#233;j&#224; relev&#233; par ailleurs, la tentation id&#233;ologique est tr&#232;s dangereuse en mati&#232;re de relations internationales, et cela ind&#233;pendamment du bienfond&#233; de ce qu'on appelle ses &#8216;valeurs'. En termes clairs, il faut dans la plupart des cas choisir entre l'id&#233;ologie et la recherche de la paix. En outre, cette attitude, qui se veut moralisante, est celle qui rencontre le moins d'&#233;cho en dehors du monde occidental, d'autant que cela peut &#224; un moment ou un autre menacer la plupart des pays ou r&#233;gimes et a justifi&#233; dans le pass&#233; des agressions occidentales stupides, sanglantes et contreproductives (Iraq, Lybie etc.). Dans le cas ukrainien, condamner une agression manifeste est parlant ; y voir la lutte du bien et du mal est moins convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'emp&#234;che &#233;videmment pas de souligner les diff&#233;rences entre les diff&#233;rents r&#233;gimes politiques, de consid&#233;rer que tel ou tel est mauvais, et de promouvoir des valeurs qu'on juge essentielles. Rien n'emp&#234;che en effet d'avoir ses id&#233;es et de porter des jugements, notamment sur les r&#233;gimes jug&#233;s brutaux, agressifs, ou a fortiori totalitaires, et d'aider des &#233;volutions dans un sens qu'on juge meilleur. Mais cela doit s'inscrire dans un cadre de relations internationales o&#249; on doit admettre qu'on est un pays ou ensemble de pays parmi d'autres, qu'on est per&#231;u par les autres comme d&#233;fendant sa position et ses int&#233;r&#234;ts, et o&#249; surtout la guerre au sens propre (et l'escalade) est en g&#233;n&#233;ral contreproductive, en dehors m&#234;me de ses horreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si ce qui compte est, l&#224; o&#249; on est, de jouer son r&#244;le et s'assumer ses responsabilit&#233;s, le patriotisme est plus que jamais &#224; l'ordre du jour. Patriotisme pacifique, inscrit dans une communaut&#233; des Etats et le respect mutuel, mais patriotisme profond et exigeant. Cela implique non seulement de disposer d'un outil de d&#233;fense puissant et efficace, donnant la plus grande autonomie possible et donc des budgets militaires appr&#233;ciables, mais aussi un esprit de combat, de d&#233;fense, que nous avons perdu (et dont les Ukrainiens montrent &#224; nouveau l'importance). Nous en sommes encore bien loin. C'est &#233;videmment pour nous la le&#231;on centrale de ces &#233;v&#232;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.	Quelles alliances militaires pour un pays comme la France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question des alliances. Un pays comme la France a &#224; la fois une tradition d'action autonome (d&#233;crite couramment sous le terme de gaullisme), qui s'est &#233;tiol&#233;e au fil du temps mais a pu encore se traduire r&#233;cemment ici ou l&#224;, et une inscription dans des alliances ou constructions politiques : l'Alliance atlantique et l'Union europ&#233;enne. Dans leur principe, on ne peut que conserver ces deux &#233;l&#233;ments, mais en les d&#233;limitant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une alliance est utile lorsqu'elle permet de maintenir une solidarit&#233; face &#224; ce qui serait un agression franche de la part d'une puissance, lorsque cette solidarit&#233; est justifi&#233;e. L'Alliance atlantique a fondamentalement pour r&#244;le de parer &#224; une menace sovi&#233;tique puis russe. Cette menace pouvait &#234;tre per&#231;ue comme moins actuelle, mais l'agression russe de l'Ukraine lui a donn&#233; une certaine cr&#233;dibilit&#233;. Bien s&#251;r, cela d&#233;pendra aussi de l'issue militaire de ce conflit. Et m&#234;me si la Russie se tirait bien de cette affaire mal engag&#233;e, elle n'est &#224; l'&#233;vidence pas en &#233;tat de menacer grand monde en dehors de son ancienne zone d'influence. Mais justement, le choix russe de mener cette agression fait qu'on doit int&#233;grer au moins l'hypoth&#232;se d'une telle attaque contre d'autres pays d'Europe orientale, ce qui redonne un sens &#224; l'Alliance, m&#234;me si la Russie ne sera &#224; court terme sans doute pas &#224; m&#234;me de le faire. Et pour la France, une telle attaque &#233;ventuelle et la vassalisation de l'Europe orientale ne seraient pas acceptables. Mais naturellement cela ne vaut que pour l'Europe (orientale). Il n'y a aucune raison pour que cela s'&#233;tende &#224; d'autres zones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces motifs n'impliquent pas un alignement g&#233;n&#233;ral, d'abord sur les Etats-Unis, qui sont la colonne vert&#233;brale de l'Otan, mais qui ont commis suffisamment d'erreurs dans le pass&#233; pour ne pas &#234;tre suivis partout ; comme aussi sur des Europ&#233;ens dont nous sommes loin de partager toutes les vues, ni n'avons toujours les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts de d&#233;fense (notamment sur le plan naval, avec notre immense domaine maritime), ni la m&#234;me capacit&#233; &#224; agir. L'Alliance devient notamment contreproductive si elle se traduit par le suivi servile des errements de la politique am&#233;ricaine ou de leurs int&#233;r&#234;ts qui ne se confondent souvent pas avec les n&#244;tres, ou, pire, par des agissements qui sont des menaces pour la paix. Concr&#232;tement, en l'esp&#232;ce, il aurait par exemple fallu continuer &#224; s'opposer fermement &#224; l'hypoth&#232;se m&#234;me de l'entr&#233;e de l'Ukraine dans l'Otan. D&#232;s lors, sur le plan militaire, autant une interop&#233;rabilit&#233; peut &#234;tre utile voire indispensable pour des actions communes qu'on juge appropri&#233;es, autant il faut viser le maximum d'autonomie op&#233;rationnelle possible. Entre autres exemples, la Russie y parvient technologiquement alors que son &#233;conomie est plus r&#233;duite que la n&#244;tre ; Isra&#235;l, encore plus petit, dans une large mesure aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui conduit &#224; poser la question de notre participation &#224; l'organisation int&#233;gr&#233;e de l'Otan. Elle n'est pas indispensable (on s'en est pass&#233; pendant quarante ans) et il aurait mieux valu ne pas y entrer. Ce qui nous &#233;viterait aussi de nous endormir sous la protection am&#233;ricaine, r&#233;elle ou non, comme l'Otan conduit &#224; le faire. Logiquement cette analyse implique d'en sortir au moment opportun (et donc pas dans les circonstances actuelles), tout en restant dans l'Alliance. Une telle politique renforcerait la cr&#233;dibilit&#233; de la France dans ses tentatives d'interm&#233;diation ou d'influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'agissant de l'Union europ&#233;enne, elle ne peut &#234;tre un cadre ad&#233;quat pour une politique de d&#233;fense, contrairement &#224; ce que pr&#233;tend E. Macron. D'une part, les autres pays europ&#233;ens en quasi-totalit&#233; (et surtout &#224; l'Est) sont plus que jamais convaincus que le lieu ad&#233;quat pour cela est l'Otan, et que leur d&#233;fense est assur&#233;e d'abord et surtout par les Etats-Unis ou avec eux, y compris quand ils renforcent leur propre effort de d&#233;fense. D'autre part, dans la plupart des cas, les divergences de vues sur l'opportunit&#233; d'une action militaire et sur sa direction sont notables entre Europ&#233;ens. L'agression russe de l'Ukraine est une exception, puisque l'accord de tous &#233;tait d'embl&#233;e &#233;vident, au moins sur le principe ; mais les mesures prises auraient pu l'&#234;tre dans le cadre d'un simple instrument de concertation entre Etats, sans besoin d'une d&#233;fense commune. En outre ces mesures (sanctions, livraisons d'armes) &#233;taient justifi&#233;es au d&#233;part mais tendent &#224; devenir irrationnelles (boycott de musiciens !) et surtout contreproductives, ainsi le d&#233;sengagement des entreprises de Russie, au seul profit des Russes. Enfin cette d&#233;fense commune n'est pas pr&#233;vue par les trait&#233;s ; et le paragraphe des trait&#233;s sur la solidarit&#233; entre Europ&#233;ens face &#224; une agression n'y conduit pas, sauf cas particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut donc pas s'obnubiler sur le mythe d'une d&#233;fense europ&#233;enne autonome, qui dans l'&#233;tat actuel des choses ne serait au mieux qu'une variante au sein de l'Otan, et au pire la clef de notre immobilisme. Et d'ailleurs, m&#234;me si ce mythe se r&#233;alisait, &#224; savoir une d&#233;fense europ&#233;enne totalement int&#233;gr&#233;e et bien &#233;quip&#233;e, pour la plupart des Europ&#233;ens elle ferait moins bien que l'Otan face &#224; une puissance nucl&#233;aire majeure comme la Russie, dans le cas ukrainien ou ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche une coop&#233;ration avec les autres Europ&#233;ens, notamment dans les industries de d&#233;fense, est n&#233;cessaire et b&#233;n&#233;fique, tout en prenant garde d'avoir une r&#233;elle r&#233;ciprocit&#233;, contrairement &#224; ce qu'on voit (ainsi r&#233;cemment pour les avions am&#233;ricains achet&#233;s par l'Allemagne - apr&#232;s bien d'autres cas), et de ne pas se faire lier les mains, ou, pire, d&#233;poss&#233;der de notre outil par id&#233;ologie ou esprit de syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;i&gt;le 28 mars 2022. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-guerre-dukraine-lecons-pour-une-politique-nationale-%ef%bf%bc/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-guerre-dukr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Un article avec une r&#233;daction un peu diff&#233;rente a &#233;t&#233; publi&#233; sur&lt;/i&gt; Politique magazine &lt;i&gt;avril 2022).&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/la-guerre-dukraine-lecons-pour-une-politique-nationale/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre en Ukraine et la notion de guerre juste </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-en-Ukraine-et-la-notion-de-guerre-juste.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-en-Ukraine-et-la-notion-de-guerre-juste.html</guid>
		<dc:date>2022-03-15T17:43:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La th&#233;orie traditionnelle de la guerre juste a &#233;t&#233; remise en cause ici est l&#224;, et notamment r&#233;cemment par le pape Fran&#231;ois. Or nous avons en Ukraine une guerre de grande ampleur, assez classique, dans un contexte europ&#233;en. Outre les bellig&#233;rants, les positions qu'elle suscite sont tranch&#233;es, et se situent sur le terrain moral, en g&#233;n&#233;ral pour condamner l'agression. Que peut-on en dire du point de vue de la th&#233;orie de la guerre juste, expos&#233;e de fa&#231;on classique par l'Eglise catholique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-Ukraine-26-.html" rel="directory"&gt;Guerre Ukraine &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-juste-+.html" rel="tag"&gt;Guerre juste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La th&#233;orie traditionnelle de la guerre juste a &#233;t&#233; remise en cause ici est l&#224;, et notamment r&#233;cemment par le pape Fran&#231;ois. Or nous avons en Ukraine une guerre de grande ampleur, assez classique, dans un contexte europ&#233;en. Outre les bellig&#233;rants, les positions qu'elle suscite sont tranch&#233;es, et se situent sur le terrain moral, en g&#233;n&#233;ral pour condamner l'agression. Que peut-on en dire du point de vue de la th&#233;orie de la guerre juste, expos&#233;e de fa&#231;on classique par l'Eglise catholique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste dans le Cat&#233;chisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit la doctrine catholique sur ce point ? Sous le titre &#171; Eviter la guerre &#187;, le cat&#233;chisme rappelle (2307) que l'&#201;glise presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bont&#233; divine nous lib&#232;re de l'antique servitude de la guerre. &#187; Mais il ajoutait : &#171; aussi longtemps cependant &#8216;que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorit&#233; internationale comp&#233;tente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait d&#233;nier aux gouvernements, une fois &#233;puis&#233;es toutes les possibilit&#233;s de r&#232;glement pacifiques, le droit de l&#233;gitime d&#233;fense' (GS 79, &#167; 4). &#187; C'est dans ce contexte qu'il rappelait les principes sur la &#171; guerre juste &#187; (2309) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel car il rappelle que cette th&#233;orie n'est pas une machine &#224; juger, mais un guide pour une d&#233;cision responsable &#224; usage de ceux qui ont &#224; le faire (citoyens compris, &#224; leur niveau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le pape Fran&#231;ois a remis en question cette analyse, au moins &#224; titre d'opinion, estimant (&lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; &#167;&#167; 258 et 259) que &#171; depuis le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilit&#233;s &#233;normes et croissantes qu'offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontr&#244;l&#233; qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes. [&#8230;] Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai analys&#233; cette question pr&#233;c&#233;demment dans &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Geopolitique-morale-et-guerre&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Geopolitique...&lt;/a&gt; et dans &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Fraternite-nation-et-guerre-juste.html,&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Fraternite-n...&lt;/a&gt; soulignant au contraire la pertinence maintenue d'un r&#233;flexion de ce type. Que peut-on en dire dans le cas de la guerre en Ukraine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de la guerre en Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la Russie, la r&#233;ponse para&#238;t claire. Il ne s'agit d&#233;j&#224; pas d'une &#171; l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire &#187;. M&#234;me en prenant en compte les accusations russes sur la menace que repr&#233;sente une &#233;ventuelle adh&#233;sion de l'Ukraine &#224; l'Otan, et les s&#233;vices &#233;ventuels aux russophones d'Ukraine, il para&#238;t difficile de dire que le dommage qui lui est inflig&#233; &#171; soit durable, grave et certain &#187;, encore moins que &#171; tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces &#187; (en l'esp&#232;ce, tous les moyens autres qu'une invasion g&#233;n&#233;rale en bonne et due forme), ou que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187;. Cette invasion en bonne et due forme est donc &#233;videmment condamnable et ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une guerre juste. On n'en dira pas automatiquement autant de ce qui aurait pu &#234;tre d'autres formes beaucoup plus ponctuelles d'intervention, m&#234;me militaire, du moins si on valide les accusations russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'Ukraine, on est clairement dans le cas d'une &#171; l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire &#187;. Il est en outre manifeste que &#171; le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation &#187; est &#171; durable, grave et certain &#187;. Et au stade actuel que &#171; tous les autres moyens d'y mettre fin &#187; se sont &#171; r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces &#187;. Restent les deux autres crit&#232;res : que &#171; soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; et que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; sachant que &#171; la puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition &#187;. Certains pourraient alors arguer que le rapport de force a priori tr&#232;s d&#233;favorable implique que l'Ukraine n'a pas de chances raisonnables de succ&#232;s et que la poursuite de la guerre de sa part entra&#238;ne de graves maux. Cela me semble pourtant erron&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'Ukraine avait capitul&#233;, elle aurait &#233;t&#233; occup&#233;e imm&#233;diatement et sans doute d&#233;mantel&#233;e, perdant toute perspective de vie autonome et de jouir de sa libert&#233;. Sauf &#224; donner &#224; tout agresseur un avantage de principe massif, cela para&#238;t un argument suffisant pour juger que r&#233;sister repr&#233;sente un mal acceptable en regard de la menace. Quant aux chances de succ&#232;s, si la victoire sur les Russes est a priori improbable, en revanche la r&#233;sistance peut &#234;tre fructueuse, m&#234;me si l'envahisseur finit par l'emporter, parce que cela peut limiter l'ampleur de ce qu'il peut obtenir. Il est notamment tout &#224; fait raisonnable d'esp&#233;rer que cette r&#233;sistance obligera cet envahisseur &#224; accepter le maintien d'un Etat ukrainien, m&#234;me affaibli ou amoindri. La guerre d&#233;fensive des Ukrainiens para&#238;t donc clairement relever du concept de guerre juste. C'est d'ailleurs ce que la plupart d'entre nous pense intuitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; europ&#233;en, les m&#234;mes arguments justifient une aide apport&#233;e &#224; l'Ukraine, &#224; condition qu'on reste en de&#231;&#224; de la guerre directe avec la Russie (ce qu'on a fait), car alors non seulement il n'est pas s&#251;r &#171; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; mais il est &#233;vident que &#171; l'emploi des armes &#187; entra&#238;nerait &#171; des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; (confrontation nucl&#233;aire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sera-t-il toujours de m&#234;me &#224; l'avenir ? Ce n'est pas s&#251;r. Le crit&#232;re tr&#232;s pragmatique de la guerre juste ne s'applique pas une fois pour toutes au d&#233;but de la guerre. On peut donc &#234;tre conduit &#224; changer son appr&#233;ciation en fonction du d&#233;roul&#233; des &#233;v&#233;nements : r&#233;sultats militaires sur le terrain, degr&#233; de mont&#233;e aux extr&#234;mes de la guerre, ou encore position de n&#233;gociation de l'autre partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il est tr&#232;s improbable que la guerre c&#244;t&#233; russe trouve une justification &#224; l'avenir. Mais la remarque vaut c&#244;t&#233; ukrainien. Bien entendu comme dit le cat&#233;chisme, cela rel&#232;ve de l'appr&#233;ciation prudentielle des Ukrainiens ; ce qui suit n'est donc pas un sch&#233;ma de jugement, mais des exemples de raisonnements concevables. Supposons d'abord, &#224; un bout, que les Russes s'enlisent, mais sans interrompre leur effort de guerre et leurs bombardements, et qu'ils limitent leurs pr&#233;tentions &#224; la non-entr&#233;e dans l'Otan et &#224; l'ind&#233;pendance du Donbass : on peut concevoir qu'une paix sur cette base apparaisse pr&#233;f&#233;rable aux Ukrainiens &#224; la destruction continue du pays - m&#234;me si la poursuite de la guerre pourrait garder aussi sa justification aux yeux de certains. Supposons maintenant inversement que les Russes basculent dans une guerre totale, y compris nucl&#233;aire : dans ce cas l'Ukraine pourrait avoir &#224; envisager de cesser le combat, qui resterait l&#233;gitime dans son principe mais qu'elle pourrait estimer trop co&#251;teux humainement pour que l'obstination se justifie. Supposons enfin que la Russie n'arrive pas &#224; achever sa conqu&#234;te, et qu'il para&#238;t envisageable qu'elle finisse par l&#226;cher prise : alors la poursuite du combat se justifierait pleinement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La guerre d'Ukraine : quelques le&#231;ons</title>
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		<dc:date>2022-03-03T17:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Sanctions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je n'ai pas une forte expertise militaire ni du monde russe. Et beaucoup d&#233;pendra des &#233;v&#233;nements, notamment sur le terrain. Mais cela n'emp&#234;che pas de proposer un raisonnement d'un point de vue de citoyen fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette agression caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si elle s'inscrit dans un contexte plus complexe qu'on ne le dit, le point central est de se rappeler que nous sommes un pays souverain dans un monde dur, o&#249; chacun doit prendre ses responsabilit&#233;s et s'organiser en cons&#233;quence, y compris pour &#339;uvrer en faveur de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-Ukraine-26-.html" rel="directory"&gt;Guerre Ukraine &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Sanctions-+.html" rel="tag"&gt;Sanctions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je n'ai pas une forte expertise militaire ni du monde russe. Et beaucoup d&#233;pendra des &#233;v&#233;nements, notamment sur le terrain. Mais cela n'emp&#234;che pas de proposer un raisonnement d'un point de vue de citoyen. Je chercherai &#224; en rester &#224; ce niveau ; car si la vague d'&#233;motion qui submerge le d&#233;bat se comprend au vu des horreurs de la guerre, elle peut fausser le jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.	Rappel de quelques principes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons le principe de base en mati&#232;re internationale : chaque pays est autonome et responsable de son action. Cela ne veut pas dire qu'il ne consid&#232;re que ses seuls int&#233;r&#234;ts. Membre d'une communaut&#233; internationale, il prend &#233;videmment aussi en compte ses relations avec les autres pays, tant pour coop&#233;rer que pour la recherche de la paix. Mais qu'on soit dirigeant ou qu'on s'exprime comme simple citoyen, on parle et agit d'abord pour soi-m&#234;me (du point de vue de son peuple) car c'est ce dont on est directement responsable, y compris quand on agit pour la paix, ou en coop&#233;ration avec d'autres. De m&#234;me, quand il s'agit de prendre la parole ou de porter des jugements, ce qu'on a d'abord &#224; regarder est ce qu'on dit et fait soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que ceci vise d'abord et essentiellement le niveau national. Le niveau europ&#233;en existe mais il est d&#233;riv&#233; et partiel ; c'est une lieu de coop&#233;ration, pas de responsabilit&#233; politique directe, ni envers un peuple, ni m&#234;me devant l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette action, outre les int&#233;r&#234;ts de son pays, on a &#224; c&#339;ur la recherche de la paix, et d'une paix juste, donc la recherche d'un certain bien. mais on sait que la recherche du bien suppose la prise en compte des r&#233;alit&#233;s : c'est sur cette r&#233;alit&#233; qu'on veut agir au mieux. Le choix sera donc variable selon les circonstances et la situation. Ce qui est donc &#224; bannir en priorit&#233;, c'est la poursuite d'une id&#233;ologie (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Interventionnisme-et-ideologie.htmlr&#233;f&#233;rence&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Intervention...&lt;/a&gt;). Car une id&#233;ologie, c'est le placage a priori d'imp&#233;ratifs (en g&#233;n&#233;ral suppos&#233;s moraux) sur une r&#233;alit&#233;, quitte &#224; la mutiler. Ce qui est particuli&#232;rement nocif en mati&#232;re internationale, car il n'y a pas d'autorit&#233; mondiale en charge du bien commun de l'humanit&#233;, comme l'Etat est cens&#233; l'&#234;tre en dernier ressort au niveau national. Et chaque acteur, pr&#233;cis&#233;ment, incarne un point de vue particulier. D&#232;s lors, un Etat qui s'identifie &#224; une id&#233;ologie appara&#238;t aussit&#244;t comme mena&#231;ant pour tous ceux qui y contreviennent. Il peut mettre en avant une moralit&#233;, mais ce qu'il fait n'est pas le vrai bien moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action au niveau international suppose en outre d'&#234;tre cr&#233;dible. Non seulement en terme de pouvoir, mais aussi de d&#233;termination, dans un contexte o&#249; il n'y pas de juge de paix. Donc un esprit de combat et une pr&#233;paration &#224; la lutte (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/La-force-de-combattre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/La-force-de-...&lt;/a&gt;). Car la crise est toujours possible et derri&#232;re elle le conflit. A nouveau, sans perdre de vie le bien supr&#234;me qu'est la paix, et donc la recherche de relations le plus juste possible avec les autres acteurs. Et donc en particulier en gardant &#224; l'esprit les principes de la guerre juste, toujours valables (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Geopolitique-morale-et-guerre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Geopolitique...&lt;/a&gt;), et plus encore au vu des horreurs de la guerre moderne, que subit aujourd'hui la malheureuse Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	Le paysage international ambiant et son bouleversement suite &#224; l'attaque russe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde o&#249; nous sommes, qui reste largement celui d'une communaut&#233; d'Etats souverains qu'on appelle westphalienne, un principe essentiel pour la recherche de la paix est le respect de cette souverainet&#233; et donc des fronti&#232;res. On sait que ce principe n'est pas absolue ni totalement inviolable, et il y a des pr&#233;c&#233;dents f&#226;cheux comme la guerre d'Iraq (Etat il est vrai assez peu paisible alors, ce qui ne justifie pas l'agression), mais il reste un rep&#232;re majeur. De ce point de vue, l'attaque russe sur l'Ukraine, agression g&#233;n&#233;ralis&#233;e d'un Etat souverain par un autre, sans provocation ou menace du premier, ne peut faire l'objet que d'une condamnation nette. Notons incidemment que sur ce plan elle contredit la doctrine affich&#233;e par le grand alli&#233; de la Russie, la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par son ampleur et sa nouveaut&#233;, une telle agression repr&#233;sente ind&#233;niablement un tournant majeur dans les relations internationales. Certes, comme certains le soulignent non sans motifs, elle fait suite &#224; une s&#233;rie d'humiliations contreproductives inflig&#233;es &#224; la Russie, qui n'a jamais &#233;t&#233; accueillie dans le concert des pays avanc&#233;s quand elle pouvait l'&#234;tre, avec notamment l'extension continue de l'Otan (dont elle &#233;tait le seul ennemi possible et d&#233;sign&#233;) ; sans parler de l'&#233;ventuelle entr&#233;e de l'Ukraine qui &#233;tait une v&#233;ritable provocation, ou du mauvais traitement de la forte minorit&#233; russophone apr&#232;s la r&#233;volution de Maidan qui a quelque peu d&#233;s&#233;quilibr&#233; ce pays. La responsabilit&#233; am&#233;ricaine est ici claire, &#224; c&#244;t&#233; d'autres, et aussi dans une certaine mesure celle des dirigeants Ukrainiens (ce qui n'emp&#234;che pas de saluer aujourd'hui leur courage). Quand on conna&#238;t un violent avec qui on ne veut pas de conflit direct, on ne le provoque pas. Mais si tout cela constitue des facteurs en partie explicatifs, cela ne justifie en rien la r&#233;action totalement disproportionn&#233;e qu'est l'invasion de l'Ukraine et le d&#233;clenchement d'une guerre cruelle, qui ne respecte aucun des crit&#232;res de la guerre juste. D'autres mettent en avant la brutalit&#233; connue du r&#233;gime et de Poutine, dont t&#233;moignait entre autres la r&#233;pression violente en Tch&#233;tch&#233;nie. Il n'en reste pas moins qu'il y a un saut logique entre ces diff&#233;rents pr&#233;c&#233;dents et la pr&#233;sente agression. Le joueur d'&#233;chec que paraissait &#234;tre Poutine a en fait renvers&#233; la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, une appr&#233;ciation compl&#232;te d&#233;pend de ses buts ultimes, qui peuvent comporter deux composantes : d'une part une volont&#233; de puissance et de revanche (plus d'ailleurs qu'un nationalisme proprement dit), et d'autre part la reconstitution d'une grande Russie ou d'une forme r&#233;duite d'URSS. L'attaque montre en tout cas qu'on n'a pas affaire &#224; un patriotisme pur et simple, d&#233;fensif ; comme en t&#233;moignait d'ailleurs d&#233;j&#224; l'intervention en Syrie, acte de puissance et non de d&#233;fense de la patrie russe. Cela dit, m&#234;me dans cette perspective, la rationalit&#233; de l'acte n'est pas &#233;vidente. Elle a eu pour effet concret la recr&#233;dibilisation de l'Otan, et peut-&#234;tre un certain r&#233;armement europ&#233;en, mais s&#251;rement un co&#251;t &#233;conomique &#233;lev&#233; sur la dur&#233;e pour la Russie, et une plus grande d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la Chine. En fait, elle n'a sans doute un tant soit peu de sens c&#244;t&#233; russe qu'en allant bien au-del&#224; des buts affich&#233;s (neutralit&#233; de l'Ukraine, ind&#233;pendance du Donbass, &#233;volution du r&#233;gime). En particulier, au point o&#249; la Russie en est, des annexions appr&#233;ciables de sa part sur le sud et l'est de l'Ukraine (d&#233;guis&#233;es ou non) paraissent en &#234;tre une cons&#233;quence assez plausible, compl&#233;t&#233;e par la vassalisation du reste. Mais il est alors clair que cela rendrait l'op&#233;ration encore plus contestable pour les autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute enfin au niveau international le risque d'un retour d'une forme de guerre froide, &#224; nouveau fortement id&#233;ologis&#233;e, ce qu'il fallait autant que possible &#233;viter. Un bilan qui appara&#238;t donc tr&#232;s n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.	Quelle ligne strat&#233;gique pour un pays comme la France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t &#233;vident que dans un paysage comme celui-ci le patriotisme est plus que jamais &#224; l'ordre du jour, tant en termes d'esprit public que de taille des budgets militaires. Rester dans ses alliances, bien s&#251;r, et jouer l'action commune quand elle est f&#233;conde, mais garder son autonomie de jeu. Concr&#232;tement cela aurait suppos&#233; ne pas entrer dans l'organisation int&#233;gr&#233;e de l'Otan (et d'en sortir au moment opportun, tout en restant dans l'Alliance), de s'opposer &#224; l'entr&#233;e de l'Ukraine dans l'Otan, et de coop&#233;rer en mati&#232;re militaire avec les Europ&#233;ens mais sans se lier au mythe d'une d&#233;fense europ&#233;enne, qui dans l'&#233;tat actuel des choses ne serait qu'une variante de l'Otan. En d'autres termes, jouer sa partie, sans s'illusionner sur son poids r&#233;el mais r&#233;solument, car il n'est pas nul. Cela aurait sans doute renforc&#233; la cr&#233;dibilit&#233; d'E. Macron dans ses tentatives d'interm&#233;diation ou d'influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.	Que pouvait-on et que peut-on faire dans l'imm&#233;diat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu de la situation, la r&#233;action des pays occidentaux n'appara&#238;t pas d'embl&#233;e inad&#233;quate. Ce qu'on n'a pas fait, et avec raison, est &#233;videmment une entr&#233;e en guerre ; de ce point de vue la comparaison faite par certains avec Munich et l'avant-guerre ne tient notamment pas compte d'une diff&#233;rence majeure : le risque nucl&#233;aire. Restent les sanctions, l'aide militaire, les boycotts. Il &#233;tait difficile de ne pas r&#233;agir en signifiant &#224; la Russie la profondeur de la condamnation et du d&#233;saccord, et ces diff&#233;rents moyens d'action sont en soi concevables et coh&#233;rents avec les principes d&#233;velopp&#233;s ci-dessus. Naturellement cela rel&#232;ve d'un jugement prudentiel, qu'on peut contester (si on a la comp&#233;tence pour le faire). A titre personnel mais sans avoir toute la perspective, les sanctions &#233;conomiques me paraissent avoir leur sens ; la fourniture d'armes est plus risqu&#233;e (notamment pour la population ukrainienne, car cela aide &#224; prolonger la guerre) mais peut &#234;tre utile pour pr&#233;parer la n&#233;gociation. Je n'en dirai pas autant des provocations inutiles et contre-productives (boycott de musiciens et sportifs, hyst&#233;rie antirusse, rupture de toute pr&#233;sence &#233;conomique et culturelle en Russie etc.) qui en outre ne reconnaissent pas la distinction entre la Russie pays et son r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A terme court, que peut-on viser ? En tant que France on doit admettre qu'on n'est pas d&#233;terminant ; mais on peut tenter de contribuer. En dehors d'un changement radical &#224; Moscou, l'&#233;tat des lieux sur le plan militaire conduit &#224; envisager in&#233;luctable un statut de neutralit&#233; pour l'Ukraine ; le maintien le meilleur possible de son int&#233;grit&#233; serait &#233;videmment tr&#232;s souhaitable mais pas &#233;vident. Et si on doit viser la n&#233;gociation et l'arr&#234;t de guerre, en sauvant ce qui peut l'&#234;tre, cela suppose le maintien de pressions fortes. Mais le prolongement d'une situation de bellig&#233;rance au moins latente sur place est un risque &#233;lev&#233;, et donc de tensions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.	Que peut-on viser &#224; terme long ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la France ne peut tout faire, loin de l&#224;, et pas plus l'Europe en g&#233;n&#233;ral. L'id&#233;al serait sans doute une n&#233;gociation d'ensemble, assurant durablement les conditions de la paix en Europe. Cela aurait &#233;t&#233; sans doute une tr&#232;s bonne id&#233;e dans les ann&#233;es 90 ; c'est plus difficile aujourd'hui. Et cela implique &#233;videmment au pr&#233;alable que ce conflit se stabilise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me alors, cela suppose des conditions difficiles &#224; r&#233;unir. C&#244;t&#233; russe, car le choix qu'a fait Poutine risque de se r&#233;v&#233;ler &#234;tre de sa part un pari existentiel, rendant une vrai normalisation impraticable. Et c&#244;t&#233; am&#233;ricain, non seulement cela suppose une r&#233;vision de leur attitude dominante envers la Russie depuis 30 ans, outre que plus g&#233;n&#233;ralement leur fiabilit&#233; en mati&#232;re de trait&#233;s internationaux reste &#224; d&#233;montrer. C&#244;t&#233; europ&#233;en, un risque pourrait &#234;tre la vassalisation d&#233;finitive du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc cette voie de la n&#233;gociation d'ensemble ne doit pas &#234;tre &#233;cart&#233;e, ce n'est pas la panac&#233;e. Reste la navigation &#224; vue, avec la meilleure volont&#233; du monde, mais beaucoup de d&#233;termination, et la claire conscience du fait que notre sort est d'abord entre nos mains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Se d&#233;barrasser de la mythologie r&#233;volutionnaire : Ukraine, printemps arabe</title>
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		<dc:date>2014-05-15T13:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La triste d&#233;rive ukrainienne nous prend &#224; nouveau en porte-&#224;-faux. Pourtant l'unanimit&#233; m&#233;diatique est formelle : le m&#233;chant Poutine agresse sauvagement et sournoisement la d&#233;mocratie ukrainienne en fomentant artificiellement une agitation s&#233;paratiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'Ukraine, sa population et son histoire, sont des r&#233;alit&#233;s complexes, souvent douloureuses. Une approche en blanc et noir, opposant le camp du bien et le camp du mal est &#224; la fois fausse et gravement contre-productive. On recommence l'erreur d'analyse des printemps arabes, dont on a vu les r&#233;sultats d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la racine de ces erreurs, le mythe r&#233;volutionnaire, combin&#233; avec l'imp&#233;rialisme id&#233;ologique. Profond&#233;ment ancr&#233; dans l'inconscient occidental est l'id&#233;e que les r&#233;volutions sont des &#233;v&#233;nements positifs et des facteurs de progr&#232;s. L'histoire enseigne exactement le contraire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-occidentale-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie occidentale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La triste d&#233;rive ukrainienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La triste d&#233;rive ukrainienne nous prend &#224; nouveau en porte-&#224;-faux. Pourtant l'unanimit&#233; m&#233;diatique est formelle : le m&#233;chant Poutine agresse sauvagement et sournoisement la gentille d&#233;mocratie ukrainienne en fomentant artificiellement une agitation s&#233;paratiste dans les parties russophones d'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit pourtant de consulter n'importe quelle source comp&#233;tente pour savoir que l'Ukraine, sa population et son histoire, sont des r&#233;alit&#233;s complexes, souvent douloureuses, et qu'une approche &#224; l'am&#233;ricaine en blanc et noir, opposant le camp du bien et le camp du mal est &#224; la fois fausse et gravement contre-productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons simplement que l'Ukraine historique, sous les tsars, n'&#233;tait pas l'actuelle, que l'Est et le Sud ont d'importantes populations russophones, que son &#233;conomie est diff&#233;rente de l'Ouest et bien plus int&#233;gr&#233;e dans l'&#233;conomie russe, que la derni&#232;re guerre a &#233;t&#233; v&#233;cue de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente, avec des souvenirs tr&#232;s douloureux etc. A l'inverse l'extr&#234;me ouest est culturellement bien plus proche de l'Europe centrale que de la Russie qu'il n'a que peu connue. Et le centre du pays est entre les deux : partie ancienne de l'Etat russe mais constituant un peuple diff&#233;rent, en outre martyris&#233; sous Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, l'Ukraine est venue &#224; l'ind&#233;pendance avec la dissolution de l'Urss, qui dans le contexte de l'&#233;poque, remettant en question un &#233;tat de fait pr&#233;valant depuis plus de 70 ans, n'a pas proc&#233;d&#233; &#224; une r&#233;vision des fronti&#232;res mais a constitu&#233; de nouvelles nations sur la base de fronti&#232;res jusques lors internes &#224; l'Urss. C'est ce qui explique les m&#233;langes de populations et l'artificialit&#233; de ces fronti&#232;res. La diaspora russe qui en r&#233;sulte, avec plusieurs dizaines de millions de personnes n'a son &#233;quivalent nulle part ailleurs. Elle a d'ailleurs son pendant en &#233;conomie, le syst&#232;me sovi&#233;tique int&#233;gr&#233; laissant en h&#233;ritage un degr&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233; d'interd&#233;pendance notamment industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela ne justifierait un imp&#233;rialisme russe, que cela soit le cas du r&#233;gime russe actuel ou non. Mais cela montre &#224; nouveau que la situation est complexe et d&#233;licate. Si on revient &#224; l'Ukraine il s'agissait alors de b&#226;tir un nouvel &#233;quilibre national entre des populations h&#233;t&#233;rog&#232;nes ayant de forts motifs, historiques et autres, de se m&#233;fier les uns des autres. Ce n'est pas impossible mais il faut d'une part du doigt&#233;, et d'autre part un degr&#233; &#233;lev&#233; d'autonomie locale. C'est pourquoi l'id&#233;e f&#233;d&#233;rale &#233;tait et reste une bonne id&#233;e : que les Russes la proposent ne lui enl&#232;ve pas son sens. Mais surtout il fallait respecter la situation du pays, interm&#233;diaire entre l'Europe occidentale et la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invraisemblable comportement occidental &#224; propos des &#233;v&#233;nements de Maidan est sur ce plan totalement irresponsable. Qu'une r&#233;volte s'oppose au r&#233;gime alors en place, et avec de bonnes raisons objectives est une chose. Mais on aurait d&#251; alors imm&#233;diatement identifier le risque de rupture interne que cela pouvait entra&#238;ner. L'objectif aurait donc d&#251; &#234;tre d'accompagner intelligemment la recherche d'une solution acceptable pour tous les Ukrainiens, donc de compromis. En acceptant l'id&#233;e que l'Ukraine ne peut par nature &#234;tre ancr&#233;e uniquement &#224; l'Ouest (pas plus qu'&#224; l'Est d'ailleurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela on s'est embarqu&#233; dans l'exaltation romantique et irrationnelle de la r&#233;volution, oubliant les groupes d'extr&#234;me-droite qui ont &#233;t&#233; d&#233;cisifs &#224; Maidan et qu'on conspue partout ailleurs, allant m&#234;me jusqu'&#224; remettre en question l'accord pass&#233; entre les insurg&#233;s, le r&#233;gime, l'EU et la Russie. Il y a eu des morts certes : raison de plus pour ne pas laisser le pouvoir &#224; une partie au d&#233;triment des autres. Car pour l'Ukraine de l'Est ces &#233;v&#233;nements de Kiev sont fondamentalement une menace. En outre la le&#231;on a &#233;t&#233; donn&#233;e : l'&#233;meute est un moyen d'action l&#233;gitime. R&#233;sultat les gens de l'Est ont embray&#233; dans la m&#234;me direction (qu'il y ait &#233;ventuellement eu des agents russes n'enl&#232;ve rien au soutien populaire &#233;vident). Il n'y a aucune diff&#233;rence de l&#233;gitimit&#233; entre les &#233;meutiers du Donbass et ceux de Kiev. Si les uns peuvent former des gouvernements les autres aussi. Et les morts de ces zones valent bien ceux des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans parler de la situation financi&#232;re catastrophique, qui risque de nous conduire &#224; y engloutir des dizaines de milliards d'euros, sans doute en pure perte puisqu'aucune r&#233;forme n'est possible dans une telle situation et que le pays coup&#233; de la Russie est peu viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il encore temps d'arr&#234;ter le processus ? Que d&#233;j&#224; les apprentis sorciers cessent de nuire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mythe r&#233;volutionnaire et l'emprise de l'id&#233;ologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la racine de ces erreurs, le mythe r&#233;volutionnaire, combin&#233; avec l'imp&#233;rialisme id&#233;ologique. Profond&#233;ment ancr&#233; dans l'inconscient occidental est l'id&#233;e que les r&#233;volutions dans la rue sont des &#233;v&#233;nements positifs et des facteurs de progr&#232;s. L'histoire enseigne exactement le contraire : ce sont des facteurs majeurs non seulement de violence, mais de d&#233;chirement durable, d&#233;bouchant pendant longtemps soit sur l'anarchie soit sur des r&#233;gimes politiques plus autoritaires et plus grossiers. Et cela ind&#233;pendamment des id&#233;es mises en avant. On peut faire des r&#233;volutions stupides, dangereuses et contre-productives au nom d'id&#233;es respectables. Pourquoi ? Parce qu'une r&#233;volution est un acte de violence d'une partie de la population (en g&#233;n&#233;ral une minorit&#233; d'ailleurs) remettant en cause non seulement le pouvoir en place, mais surtout la paix civile et les &#233;quilibres sociaux et de pouvoirs ant&#233;rieurs. Cela ne peut pas ne pas &#234;tre ressenti comme une menace par toute une partie de la population, a fortiori si le pays conna&#238;t des fractures importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des suppos&#233;s printemps arabes est ici &#233;loquent. Un v&#233;ritable raz-de-mar&#233;e d'enthousiasme politico-m&#233;diatique a recouvert l'Occident, totalement oublieux des r&#233;alit&#233;s locales. Le r&#233;sultat, lui, est parfaitement d&#233;sastreux : anarchie libyenne, pouvoir militaire encore plus muscl&#233; en Egypte, et l'effroyable guerre civile syrienne. Ce n'est qu'en Tunisie que subsiste un espoir, et il est fragile. Ce n'est pas que les r&#233;gimes ant&#233;rieurs &#233;taient satisfaisants : le contraire est &#233;vident. Mais c'est que la r&#233;volution est un moyen tr&#232;s dangereux et tr&#232;s inefficace pour remplacer un r&#233;gime politique par un meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout aggrav&#233; bien s&#251;r par la dimension internationale, et notamment les ambitions jamais satisfaites d'agrandir encore la zone sous influence occidentale (en fait am&#233;ricaine). Ce qui l&#224; encore peut se comprendre : les rapports de puissances sont une r&#233;alit&#233; internationale. Encore faut-il garder un minimum de retenue et de bon sens. Et ne pas jouer avec le feu d'une propagande inconsid&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui implique plus profond&#233;ment de revenir sur la nature tr&#232;s id&#233;ologique de nos soci&#233;t&#233;s et r&#233;gimes politiques occidentaux. Notre appareil politique et m&#233;diatique est tellement convaincu de la sup&#233;riorit&#233; absolue et exclusive de notre agenda id&#233;ologique (m&#234;me lorsqu'il est tr&#232;s r&#233;cent et que seule une minorit&#233; s'y reconna&#238;t) qu'il est pr&#234;t &#224; voir imm&#233;diatement dans toute manifestation locale qui envoie les signaux appropri&#233;s le signe de la conversion de ces peuples au credo universel d&#233;fini par notre syst&#232;me. Et &#224; lire dans tout ce qui s'y oppose le fait de forces d&#233;moniaques. Mais si l'id&#233;ologie est utile pour les manipulateurs elle est tr&#232;s mauvaise conseill&#232;re ; elle occulte aux yeux des id&#233;ologues m&#234;mes la multiplicit&#233; et la complexit&#233; de la r&#233;alit&#233;. Sans parler de la faiblesse des moyens pour v&#233;ritablement influencer ce qui se passe sur place, hors d&#233;ferlement m&#233;diatique &#224; peu pr&#232;s aussi d&#233;pourvu de discernement qu'un tapis de bombes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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