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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Petite analyse de la D&#233;claration Dominus Iesus</title>
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		<dc:date>2019-02-11T17:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>Dominus Jesus</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;claration de Duba&#239;</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Syncr&#233;tisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au vu des d&#233;bats suscit&#233;s par la r&#233;cente d&#233;claration de Duba&#239; (4 f&#233;vrier 2019) entre le pape Fran&#231;ois et le grand Imam d'Al Azhar, et plus exactement la question de la pluralit&#233; des religions ainsi que l'emploi du terme &#8216;foi' pour d&#233;signer des croyances religieuses en dehors de la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne, je vous propose la lecture &#233;clairante d'un texte publi&#233; en 2000, la D&#233;claration Dominus Iesus. Emise comme document doctrinal par la Congr&#233;gation de la Doctrine de la Foi, alors dirig&#233;e par le Cardinal Ratzinger, et approuv&#233;e par saint Jean-Paul II, elle fait une synth&#232;se de l'enseignement de l'Eglise catholique sur ces points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous en trouverez ci-apr&#232;s une courte analyse.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Syncretisme-+.html" rel="tag"&gt;Syncr&#233;tisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite analyse de la D&#233;claration &lt;i&gt;Dominus Iesus&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Extraits de mon livre publi&#233; en 2000, &lt;i&gt;Le Ciel et la For&#234;t&lt;/i&gt; Dominique Martin Morin, tome II)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Unicit&#233; du christianisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La d&#233;claration Dominus Jesus est le premier texte r&#233;cent du magist&#232;re catholique &#224; aborder la question de pluralit&#233; religieuse. Si elle n'avance volontairement aucun &#233;l&#233;ment nouveau, le fait de r&#233;affirmer solennellement un ensemble d'&#233;l&#233;ments traditionnels est en soi tr&#232;s important, avec une approbation marqu&#233;e du pape Jean-Paul II (tant dans le corps du texte que dans l'audience qui a suivi, o&#249; il a d&#233;fendu avec vivacit&#233; la d&#233;claration contre ses d&#233;tracteurs). Elle vise explicitement la d&#233;rive relativiste qui affecte de nombreux chr&#233;tiens, en particulier dans les milieux se r&#233;clamant du dialogue entre religions. Les tr&#232;s nombreuses citations de ce texte sont presque toutes soit tir&#233;es de l'Ecriture, soit tr&#232;s r&#233;centes (Vatican II et les deux derniers papes), comme pour souligner l'actualit&#233; et la permanence des enseignements correspondants. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le fait central est la r&#233;affirmation de l'unicit&#233; et de l'universalit&#233; du salut apport&#233; par le Christ. Tout homme qui est sauv&#233; l'est par le seul Christ, Fils de Dieu, &#224; la fois Dieu et Homme, qui S'est incarn&#233; et est mort pour nous ; cons&#233;quemment, ce salut passe &#233;galement n&#233;cessairement par l'Eglise, Corps mystique du Christ, qui rassemble le peuple des rachet&#233;s, et prolonge l'action du Christ notamment en r&#233;pandant Son enseignement et en diffusant les gr&#226;ces sacramentelles. Le message de ce salut, et plus g&#233;n&#233;ralement la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne, apport&#233;s par le Fils de Dieu Lui-m&#234;me, sont complets et d&#233;finitifs, en cela qu'ils contiennent tout ce qui a &#233;t&#233; et doit &#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; par Dieu aux hommes. L'action de l'Esprit saint au cours de l'histoire s'inscrit &#233;galement dans ce contexte, puisque l'Esprit est esprit du Verbe incarn&#233;. D'o&#249; le r&#244;le essentiel de l'annonce de ce message de salut, et donc du devoir missionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En sens contraire les relativismes contemporains prennent des formes vari&#233;es, mais qui ont en commun de ne pas reconna&#238;tre cette unicit&#233;, tant du r&#244;le du Christ que du message correspondant : soit qu'on admette d'autres conceptions possibles, parall&#232;les &#224; celle-l&#224; bien que contradictoires, soit qu'on pr&#233;tende que la v&#233;rit&#233; est hors de port&#233;e, soit qu'on ne reconnaisse pas &#224; cet &#233;v&#232;nement de l'Incarnation sa signification radicalement originale et unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;claration rappelle les nombreux textes de l'Ecriture qui affirment de la fa&#231;on la plus claire ce r&#244;le unique. Elle confirme que cette unicit&#233; est comme nous l'avons montr&#233; intrins&#232;que au message chr&#233;tien : si en effet Dieu, en la personne du Fils, S'est incarn&#233; et est mort puis ressuscit&#233; pour le salut des hommes, un tel &#233;v&#232;nement, pour celui qui l'accueille et y croit, devient n&#233;cessairement le fait central de sa foi. Dieu ne S'est incarn&#233; et est mort pour nous qu'une fois, en un endroit et un moment pr&#233;cis ; et le message de salut qu'Il a apport&#233;, comme Dieu et comme homme, est &#233;videmment unique et suffisant. En le disant les Evangiles et &#224; leur suite l'Eglise ne font que souligner ce qui et la logique m&#234;me de cette Bonne nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour l'Eglise : si Dieu S'est incarn&#233;, une seule fois en un seul endroit, et a fond&#233; une communaut&#233; d'hommes avec mission d'accueillir leurs fr&#232;res en leur annon&#231;ant ce message de salut, cette communaut&#233; est unique. Et lorsqu'il est rappel&#233; que l'Eglise du Christ &#8216;subsiste' en la seule Eglise catholique, on reste l&#224; encore dans la simple logique : ce qui constitue l'Eglise catholique est pr&#233;cis&#233;ment le fait de remonter &#224; cette fondation sans discontinuit&#233;, et de trouver en elle l'origine de ses institutions (notamment avec la succession &#233;piscopale, et l'ensemble des sacrements). On peut ne pas &#234;tre d'accord, mais on ne peut nier que c'est la raison d'&#234;tre m&#234;me de cette Eglise. Le texte le rappelle (16) : &#8216;Par l'expression subsistit in, le Concile Vatican II (Lumen gentium, n. 8) a voulu proclamer deux affirmations doctrinales : d'une part, que malgr&#233; les divisions entre chr&#233;tiens, l'&#201;glise du Christ continue &#224; exister en pl&#233;nitude dans la seule &#201;glise catholique ; d'autre part, &#171; que des &#233;l&#233;ments nombreux de sanctification et de v&#233;rit&#233; subsistent hors de ses structures &#187;, c'est-&#224;-dire dans les &#201;glises et Communaut&#233;s eccl&#233;siales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'&#201;glise catholique. Mais il faut affirmer de ces derni&#232;res que leur &#171; force d&#233;rive de la pl&#233;nitude de gr&#226;ce et de v&#233;rit&#233; qui a &#233;t&#233; confi&#233;e &#224; l'&#201;glise catholique &#187; (Vat. II, D&#233;cr. Unitatis redintegratio, n. 3.)' L&#224; encore on reste dans la simple logique : si ces sacrements et institutions sont effectivement d'origine divine, et sont des instruments constitutifs de l'Eglise, une communaut&#233; humaine qui ne les a pas tous n'est pas pleinement &#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte contient de nombreux d&#233;veloppements tr&#232;s riches sur lesquels nous ne pouvons nous &#233;tendre (notamment sur l'articulation de l'Eglise et du Royaume). Nous nous concentrerons sur les deux questions du rapport avec les autres religions, et du salut des non-chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les autres religions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres religions, la d&#233;claration rappelle que la reconnaissance par le texte conciliaire Dignitatis Humanae des valeurs et v&#233;rit&#233;s qu'elles contiennent, qui d&#233;bouche sur le dialogue inter religieux, n'exclut en rien la mission, dont le dialogue est &#8216;l'accompagnement'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cons&#233;quence tr&#232;s importante de l'unicit&#233; du christianisme est en effet que la foi chr&#233;tienne est de nature diff&#233;rente des diverses croyances. Comme le dit le document (7) : &#8216;On doit donc tenir fermement la distinction entre la foi th&#233;ologale [celle du chr&#233;tien] et la croyance dans les autres religions. Alors que la foi est l'accueil dans la gr&#226;ce de la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e, qui &#171; permet de p&#233;n&#233;trer le myst&#232;re, dont elle favorise une compr&#233;hension coh&#233;rente &#187; (Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio, n. 13), la croyance dans les autres religions est cet ensemble d'exp&#233;riences et de r&#233;flexions, tr&#233;sors humains de sagesse et de religiosit&#233;, que l'homme dans sa recherche de la v&#233;rit&#233; a pens&#233; et v&#233;cu, pour ses relations avec le Divin et l'Absolu'. Et le texte poursuit : &#8216;Cette distinction n'est pas toujours pr&#233;sente dans la r&#233;flexion actuelle, ce qui provoque souvent l'identification entre la foi th&#233;ologale, qui est l'accueil de la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par le Dieu Un et Trine, et la croyance dans les autres religions, qui est une exp&#233;rience religieuse encore &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233; absolue, et encore priv&#233;e de l'assentiment &#224; Dieu qui se r&#233;v&#232;le'. Les mots sont pes&#233;s : on a d'un c&#244;t&#233; la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e de Dieu, de l'autre le fruit des recherches de l'homme : au mieux une exp&#233;rience religieuse non aboutie. Encore une fois ceci n'est que la cons&#233;quence imm&#233;diate du message chr&#233;tien : si le Christ est Dieu, ce qu'Il dit est la v&#233;rit&#233; ; et qui ignore cette v&#233;rit&#233; ne peut pr&#233;tendre avoir acc&#232;s &#224; l'autor&#233;v&#233;lation de Dieu ; d&#232;s lors ce qu'il croit n'est pas connaissance r&#233;v&#233;l&#233;e de et par Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, les textes de ces religions, quel que soit le r&#244;le b&#233;n&#233;fique qu'ils puissent jouer ou avoir jou&#233;, ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des &#8216;livres inspir&#233;s', c'est-&#224;-dire r&#233;dig&#233;s sous l'inspiration de l'Esprit saint et constituant ensemble le corpus de ce que Dieu a r&#233;v&#233;l&#233; aux hommes. Bien entendu l'Esprit saint agit dans l'histoire, mais c'est comme Esprit du Verbe ; on ne saurait donc opposer un r&#244;le sp&#233;cifique du Verbe limit&#233; au seul christianisme, oppos&#233; &#224; une action de l'Esprit qui se ferait sentir de fa&#231;on comparable dans les diff&#233;rentes religions. C'est toujours le Christ qui agit. Comme dit le texte (12), [&#8230;] [citant] Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 28. &#8216;Tout en reconnaissant le r&#244;le historico-salvifique de l'Esprit dans l'univers entier et dans toute l'histoire (ibidem) le Magist&#232;re pr&#233;cise cependant : &#171; Ce m&#234;me Esprit a agi dans l'incarnation, dans la vie, la mort et la r&#233;surrection de J&#233;sus, et il agit dans l'&#201;glise. Il ne se substitue donc pas au Christ, et il ne remplit pas une sorte de vide, comme, suivant une hypoth&#232;se parfois avanc&#233;e, il en existerait entre le Christ et le Logos. Ce que l'Esprit fait dans le c&#339;ur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions, remplit une fonction de pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique et cela ne peut pas &#234;tre sans relation au Christ, le Verbe fait chair par l'action de l'Esprit, &#8220;afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et r&#233;capitule toutes choses en lui&#8221; &#187; (Ibidem, n. 29).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut pas dire que Dieu n'utilise pas ces autres religions. En effet comme dit le texte (8) &#8216;Cependant, parce qu'il veut appeler &#224; lui tous les peuples en J&#233;sus-Christ et leur communiquer la pl&#233;nitude de sa r&#233;v&#233;lation et de son amour, Dieu ne manque pas de se rendre pr&#233;sent de mani&#232;re multiforme &#171; non seulement aux individus mais encore aux peuples, par leurs richesses spirituelles dont les religions sont une expression principale et essentielle, bien qu'elles comportent &#8220;des lacunes, des insuffisances et des erreurs&#8221; &#187; (Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 55). Par cons&#233;quent, les livres sacr&#233;s des autres religions qui de fait nourrissent et dirigent l'existence de leurs adeptes, re&#231;oivent du myst&#232;re du Christ les &#233;l&#233;ments de bont&#233; et de gr&#226;ce qu'ils contiennent.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, ce qu'ils contiennent de bon peut aider les fid&#232;les de ces religions &#224; se tourner vers Dieu, et peuvent &#234;tre par-l&#224; instruments de la gr&#226;ce ; &#233;tant entendu que ces &#233;l&#233;ments b&#233;n&#233;fiques proviennent du Christ. On retrouve les notions caract&#233;ristiques de &#8216;semences du verbe' et de &#8216;pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique'. En bref, les autres religions et plus g&#233;n&#233;ralement tout ce qu'ont de bon les diff&#233;rentes cultures humaines est anim&#233; par l'Esprit, qui est Esprit du Christ ; mais ceci est de nature et de signification tr&#232;s diff&#233;rente de la R&#233;v&#233;lation directe et explicite de Dieu par Lui-m&#234;me, notamment dans l'Incarnation et la R&#233;demption [&#8230;] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de ces religions doit donc &#234;tre examin&#233; dans le cadre de cette unique m&#233;diation du Christ. Sur les modalit&#233;s de cette m&#233;diation la recherche th&#233;ologique est ouverte, mais &#224; condition de rester dans ce cadre. Comme le dit le texte (14) : &#8216;Il faut donc croire fermement comme v&#233;rit&#233; de foi catholique que la volont&#233; salvifique universelle du Dieu Un et Trine est manifest&#233;e et accomplie une fois pour toutes dans le myst&#232;re de l'incarnation, mort et r&#233;surrection du Fils de Dieu. Compte tenu de cette donn&#233;e de foi, la th&#233;ologie d'aujourd'hui, lorsqu'elle m&#233;dite sur la pr&#233;sence d'autres exp&#233;riences religieuses et sur leur signification dans le plan salvifique de Dieu, est invit&#233;e &#224; examiner les aspects et les &#233;l&#233;ments positifs de ces religions : entrent-ils dans le plan divin de salut ? Comment ? La recherche th&#233;ologique trouve dans cette r&#233;flexion un vaste champ de travail sous la direction du Magist&#232;re de l'&#201;glise. Le Concile Vatican II a d'ailleurs affirm&#233; que &#171; l'unique m&#233;diation du R&#233;dempteur n'exclut pas, mais suscite au contraire une coop&#233;ration vari&#233;e de la part des cr&#233;atures, en d&#233;pendance de l'unique source &#187; (Vat.II, Lumen gentium, n. 62). Il faut &#233;lucider le contenu de cette m&#233;diation particip&#233;e, qui doit rester guid&#233;e par le principe de l'unique m&#233;diation du Christ : &#171; Le concours de m&#233;diations de types et d'ordres divers n'est pas exclu, mais celles-ci tirent leur sens et leur valeur uniquement de celle du Christ, et elles ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme parall&#232;les ou compl&#233;mentaires &#187; (Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 5). Les solutions qui envisageraient une action salvifique de Dieu hors de l'unique m&#233;diation du Christ seraient contraires &#224; la foi chr&#233;tienne et catholique.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On revient donc &#224; l'unicit&#233; intrins&#232;que du message chr&#233;tien. Comme dit le texte (15) : &#8216;On se propose souvent d'&#233;viter en th&#233;ologie des termes comme &#171; unicit&#233; &#187;, &#171; universalit&#233; &#187;, &#171; absolu &#187;, parce qu'ils donneraient l'impression d'une insistance excessive sur le sens et la valeur de l'&#233;v&#233;nement salvifique de J&#233;sus-Christ vis-&#224;-vis des autres religions. Or, ce langage exprime en fin de compte la fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;v&#233;lation, car il est un d&#233;veloppement : il provient des sources m&#234;mes de la foi. La communaut&#233; des croyants a en effet imm&#233;diatement reconnu la vertu salvifique sp&#233;cifique de J&#233;sus : par cette vertu, lui seul, comme Fils de Dieu fait homme crucifi&#233; et ressuscit&#233;, donne la r&#233;v&#233;lation (cf. Mt 11,27) et la vie divine (cf. Jn 1,12 ; 5,25-26 ; 17,2) &#224; toute l'humanit&#233; et &#224; chaque homme par la mission re&#231;ue du P&#232;re et dans la puissance du Saint-Esprit. Dans cette mesure, on peut et on doit dire que J&#233;sus-Christ a une fonction unique et singuli&#232;re pour le genre humain et pour son histoire : cette fonction lui est propre, elle est exclusive, universelle et absolue.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si l'on souhaite en compl&#233;ment r&#233;fl&#233;chir sur la place des autres religions, on constate donc d'une part que Dieu est &#224; l'&#339;uvre dans ce qu'elles ont de bon, mais que d'autre part elles ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme relevant d'une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation. Il appara&#238;t donc bien qu'elles rel&#232;vent de l'action normale de Dieu en l'homme, allant &#224; la rencontre des efforts de l'homme lequel utilise ces dons naturels que Dieu a mis en lui, qui est fait par Lui &#224; Son image. On peut donc envisager une action providentielle du Christ, par son Esprit, &#233;veillant ou encourageant telle ou telle disposition ou r&#233;flexion possible. Mais ce n'est pas une R&#233;v&#233;lation. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon un paradoxe apparent, les religions de l'Inde peuvent &#234;tre appr&#233;hend&#233;es comme ensemble certes disparate mais f&#233;cond de &#8216;semences du Verbe', m&#234;l&#233;es &#224; des sp&#233;culations erron&#233;es, et l'on peut esp&#233;rer que comme la philosophie grecque (c'est-&#224;-dire apr&#232;s transformation radicale) les h&#233;ritiers de ces grandes cultures puissent en extraire des &#233;l&#233;ments propres &#224; enrichir non le christianisme, mais notre compr&#233;hension de ses richesses. En revanche, &#224; nouveau le cas de l'Islam fait probl&#232;me : apparu apr&#232;s le christianisme et parfois &#224; ses d&#233;pens, pour l'essentiel construit &#224; partir de la Bible ou de textes chr&#233;tiens non canoniques, ce n'est pas un bon candidat au r&#244;le de &#8216;semina Verbi'. Il semble donc qu'il faille ici faire intervenir une autre configuration, &#233;galement pr&#233;sente dans les h&#233;r&#233;sies, celle dans laquelle un &#233;l&#233;ment de connaissance de Dieu est bien pr&#233;sent, fourni en l'esp&#232;ce non par l'effort de recherche de l'homme mais par une vraie R&#233;v&#233;lation, celle de la Bible ; mais il se trouve que dans sa recherche personnelle un homme (sinc&#232;re sans doute), faute de connaissance appropri&#233;e de ce message, a pu &#224; partir de lui se construire une vision particuli&#232;re, qui est en r&#233;gression par rapport &#224; la pl&#233;nitude de la R&#233;v&#233;lation, et contient des erreurs. Situation qui est d'ailleurs appel&#233;e &#224; un certain avenir avec l'unification relative de la plan&#232;te : le christianisme ou certains de ses &#233;l&#233;ments tend en effet &#224; &#234;tre largement connu, ce qui rend tr&#232;s improbable une nouvelle religion qui n'en tiendrait pas compte ; mais il peut servir de r&#233;servoir au genre d'initiative que l'Islam et les grandes h&#233;r&#233;sies ont illustr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le salut des non-chr&#233;tiens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne enfin le salut des non chr&#233;tiens, la d&#233;claration rappelle que selon le Concile (12) : &#8216;l'action salvifique de J&#233;sus-Christ, avec et par son Esprit, s'&#233;tend &#224; toute l'humanit&#233;, au-del&#224; des fronti&#232;res visibles de l'&#201;glise. Traitant du myst&#232;re pascal, o&#249; le Christ associe d&#233;j&#224; maintenant le croyant &#224; sa vie dans l'Esprit et lui donne l'esp&#233;rance de la r&#233;surrection, le Concile affirme : &#171; Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volont&#233;, dans le c&#339;ur desquels, invisiblement, agit la gr&#226;ce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation derni&#232;re de l'homme est r&#233;ellement unique, &#224; savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre &#224; tous, d'une fa&#231;on que Dieu conna&#238;t, la possibilit&#233; d'&#234;tre associ&#233; au myst&#232;re pascal &#187; (Gaudium et spes, n. 22).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quel est le r&#244;le de l'Eglise dans ce salut ? Le document rappelle les principes de base (20) : &#8216;On doit avant tout croire fermement que l'&#171; &#201;glise en marche sur la terre est n&#233;cessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est m&#233;diateur et voie de salut : or, il nous devient pr&#233;sent en son Corps qui est l'&#201;glise ; et en nous enseignant express&#233;ment la n&#233;cessit&#233; de la foi et du bapt&#234;me (cf. Mc 16,16 ; Jn 3,5), c'est la n&#233;cessit&#233; de l'&#201;glise elle-m&#234;me, dans laquelle les hommes entrent par la porte du bapt&#234;me, qu'il nous a confirm&#233;e en m&#234;me temps &#187; (Lumen gentium, n. 14). Cette doctrine ne doit pas &#234;tre oppos&#233;e &#224; la volont&#233; salvifique universelle de Dieu (cf. 1 Tm 2,4) ; aussi, &#171; il est n&#233;cessaire de tenir ensemble ces deux v&#233;rit&#233;s, &#224; savoir la possibilit&#233; r&#233;elle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la n&#233;cessit&#233; de l'&#201;glise pour le salut &#187; (Redemptoris missio, n. 9). L'&#201;glise est &#171; sacrement universel de salut &#187; (Lumen gentium, n. 48), parce que, de mani&#232;re myst&#233;rieuse et subordonn&#233;e, toujours unie &#224; J&#233;sus-Christ sauveur, sa T&#234;te, elle a dans le dessein de Dieu un lien irrempla&#231;able avec le salut de tout homme (S. Cyprien, De catholicae ecclesiae unitate, 6). Pour ceux qui ne sont pas formellement et visiblement membres de l'&#201;glise, &#171; le salut du Christ est accessible en vertu d'une gr&#226;ce qui, tout en ayant une relation myst&#233;rieuse avec l'&#201;glise, ne les y introduit pas formellement mais les &#233;claire d'une mani&#232;re adapt&#233;e &#224; leur &#233;tat d'esprit et &#224; leur cadre de vie. Cette gr&#226;ce vient du Christ, elle est le fruit de son sacrifice et elle est communiqu&#233;e par l'Esprit Saint &#187; (Redemptoris missio, n. 10). Elle est li&#233;e &#224; l'&#201;glise, qui &#171; tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le P&#232;re &#187; (Vat. II, D&#233;cr. Ad gentes, n. 2). Et la note 82 pr&#233;cise : &#8216;C'est dans le sens ici expliqu&#233; qu'il faut interpr&#233;ter la formule c&#233;l&#232;bre Extra Ecclesia nullus omnino salvatur.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 21 : &#8216;Sur la modalit&#233; de transmission aux non-chr&#233;tiens de la gr&#226;ce salvifique de Dieu, toujours donn&#233;e par le Christ en l'Esprit et dans un rapport myst&#233;rieux avec l'&#201;glise, le Concile Vatican II s'est content&#233; d'affirmer que Dieu la donne &#171; par des voies connues de lui &#187; (Vat. II, D&#233;cr. Ad gentes, n. 7). La th&#233;ologie cherche &#224; approfondir cette id&#233;e. Ce travail th&#233;ologique doit &#234;tre encourag&#233;, parce qu'il sert sans aucun doute &#224; une meilleure compr&#233;hension des desseins salvifiques de Dieu et des formes de leur r&#233;alisation. Cependant, d'apr&#232;s ce qui a &#233;t&#233; rappel&#233; jusqu'ici sur la m&#233;diation de J&#233;sus-Christ et sur la &#171; relation singuli&#232;re et unique &#187; (Redemptoris missio, n. 18) entre l'&#201;glise et le Royaume de Dieu parmi les hommes &#8212; qui est en substance le Royaume du Christ sauveur universel &#8212;, il serait clairement contraire &#224; la foi catholique de consid&#233;rer l'&#201;glise comme un chemin de salut parmi d'autres.'&#8230; &#8216;Certes, les diff&#233;rentes traditions religieuses contiennent et proposent des &#233;l&#233;ments de religiosit&#233; qui proc&#232;dent de Dieu, [&#8230;] et font partie de &#171; ce que l'Esprit fait dans le c&#339;ur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions &#187; (Redemptoris missio, n. 29). De fait, certaines pri&#232;res et certains rites des autres religions peuvent assumer un r&#244;le de pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique, en tant qu'occasions ou enseignements encourageant le c&#339;ur des hommes &#224; s'ouvrir &#224; l'action divine (ibidem). On ne peut cependant leur attribuer l'origine divine et l'efficacit&#233; salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chr&#233;tiens (Concile de Trente, D&#233;cr. De sacramentis). Par ailleurs, on ne peut ignorer que d'autres rites naissent de superstitions ou d'erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21) et constituent plut&#244;t un obstacle au salut (Redemptoris missio, n. 55).' Et encore au 22 : &#8216;S'il est vrai que les adeptes d'autres religions peuvent recevoir la gr&#226;ce divine, il n'est pas moins certain qu'objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport &#224; ceux qui, dans l'&#201;glise, ont la pl&#233;nitude des moyens de salut (Pie XII, Encycl. Mystici corporis). &#171; Tous les fils de l'&#201;glise doivent [...] se souvenir que la grandeur de leur condition doit &#234;tre rapport&#233;e non &#224; leurs m&#233;rites, mais &#224; une gr&#226;ce sp&#233;ciale du Christ ; s'ils n'y correspondent pas par la pens&#233;e, la parole et l'action, ce n'est pas le salut qu'elle leur vaudra, mais un plus s&#233;v&#232;re jugement &#187; (Lumen gentium, n. 14).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 23 : &#8216;&#192; propos de la vraie religion, les P&#232;res du Concile Vatican II ont affirm&#233; : &#171; Cette unique et vraie religion, nous croyons qu'elle subsiste dans l'&#201;glise catholique et apostolique &#224; qui le Seigneur J&#233;sus a confi&#233; le mandat de la faire conna&#238;tre &#224; tous les hommes, lorsqu'il dit aux ap&#244;tres : &#8220;Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du P&#232;re et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant &#224; observer tout ce que je vous ai prescrit&#8221; (Mt 28,19-20). Tous les hommes, d'autre part, sont tenus de chercher la v&#233;rit&#233;, surtout en ce qui concerne Dieu et son &#201;glise ; et quand ils l'ont connue, de l'embrasser et de lui &#234;tre fid&#232;les &#187; (Vat. II, D&#233;cl. Dignitatis humanae, n. 1).'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous ne nous &#233;tendrons pas sur les modalit&#233;s de connaissance du Christ et de l'Eglise qui sont celles des non-chr&#233;tiens sauv&#233;s : la d&#233;claration ne va pas au-del&#224; du texte conciliaire, lui-m&#234;me tr&#232;s g&#233;n&#233;ral, sinon &#224; pr&#233;ciser qu'il s'agit &#8216;d'une gr&#226;ce qui, tout en ayant une relation myst&#233;rieuse avec l'&#201;glise, ne les y introduit pas formellement mais les &#233;claire d'une mani&#232;re adapt&#233;e &#224; leur &#233;tat d'esprit et &#224; leur cadre de vie..'. En d'autres termes il n'y a pas entr&#233;e formelle dans l'Eglise, mais &#8216;&#233;clairement' de la personne, d'une mani&#232;re qui les relie &#224; l'Eglise. Ce qui implique que celle-ci a un r&#244;le dans le processus. Il est d&#232;s lors essentiel de rappeler ces deux &#233;l&#233;ments de base que sont d'un c&#244;t&#233; le devoir missionnaire des chr&#233;tiens, ainsi que le devoir de recherche et de conversion de la part des non-chr&#233;tiens ; et de l'autre le rappel de la situation objectivement moins favorable de ces derniers. On pourrait peut-&#234;tre ici les comparer (avec prudence !) &#224; des hommes qui vivraient dans des conditions insalubres, et d'une nourriture insuffisante. Qu'ils arrivent &#224; survivre n'emp&#234;che pas que leur situation n'est pas satisfaisante, et que qui a la possibilit&#233; de leur procurer des conditions de vie saines, avec une nourriture ad&#233;quate et une minimum d'instruction, aurait un devoir absolu de le faire. Il est insens&#233; que des chr&#233;tiens, qui ne peuvent &#234;tre tels s'ils ne vivent pas du Christ et ont une immense gratitude pour ce don de la foi qui leur ait fait, n'aient pas le d&#233;sir ardent de communiquer ce don dans la mesure du possible ; comme il est insens&#233; d'imaginer que la connaissance auto-r&#233;v&#233;l&#233;e du Fils de Dieu ne fasse aucune diff&#233;rence ente celui qui en b&#233;n&#233;ficie et un autre. La responsabilit&#233; des chr&#233;tiens est ici massive : comme dit saint Paul, malheur &#224; moi si je n'annonce pas l'Evangile ; en d'autres termes, c'est &#224; nous de participer au salut des non-chr&#233;tiens, soit si nous pouvons en leur faisant conna&#238;tre le Christ, soit en accroissant par nos pri&#232;res et nos efforts la somme de gr&#226;ces que la solidarit&#233; de la Communion des saints diffuse aussi aupr&#232;s de ceux des non-chr&#233;tiens qui ont montr&#233; l'ouverture n&#233;cessaire pour b&#233;n&#233;ficier de la vertu salvifique de l'Eglise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html</guid>
		<dc:date>2019-01-07T17:07:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>Syncr&#233;tisme</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la crise du magist&#232;re n'est sans doute pas principalement l&#224; o&#249; on croit &#8211; dans les textes officiels ; mais dans la schizophr&#233;nie croissante entre une belle doctrine d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre une pastorale ou une pratique &#233;trangement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Vie-eternelle-+.html" rel="tag"&gt;Vie &#233;ternelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re. Mais en m&#234;me temps parler de crise du magist&#232;re peut recouvrir des r&#233;alit&#233;s vari&#233;es : ce peut &#234;tre dans son r&#244;le m&#234;me de d&#233;finition doctrinale ; cela peut &#234;tre ensuite une forme ou une autre de d&#233;calage entre la doctrine et l'enseignement courant ou la pratique et les actes des pasteurs, y compris le pape et les &#233;v&#234;ques ; et ce peut &#234;tre enfin une crise dans le rapport des fid&#232;les (et &#233;ventuellement de leurs pasteurs) avec l'id&#233;e de magist&#232;re ou les enseignements correspondants. Nous allons voir que la crise se situe bien plus aux deuxi&#232;me et troisi&#232;me niveau, m&#234;me si cela rejaillit marginalement sur le premier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel sur le magist&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord rapidement ce que l'Eglise nous enseigne sur le magist&#232;re. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale d'abord le magist&#232;re n'exerce son autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (de morale). Quel que soit le niveau consid&#233;r&#233;. Le Code de droit canonique distingue ensuite trois niveaux (canons 747 sqq.). Les deux premiers rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; ; c'est d'abord le magist&#232;re (dit extraordinaire) du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique, s'exprimant explicitement pour d&#233;finir un point ; c'est ensuite le magist&#232;re ordinaire universel qui concerne les &#233;v&#234;ques (et le pape) dans leur enseignement permanent ; dans les deux cas cela suppose qu'ils &#171; s'accordent sur un point de doctrine &#224; tenir de mani&#232;re d&#233;finitive &#187;. Un point essentiel est la pr&#233;cision suivante : &#171; Aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Il n'y a donc infaillibilit&#233; que lorsque c'est manifestement ce qui est affirm&#233;. Dans tous ces cas en outre l'adh&#233;sion du fid&#232;le est imp&#233;rative ; elle fait partie int&#233;grante de la foi. Ce qui veut dire que celui qui croit vraiment ne peut pas ne pas y adh&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me niveau (canon 752) tout &#224; fait diff&#233;rent est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique, du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : c'est lorsqu'ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. Dans ce cas l'adh&#233;sion demand&#233;e n'est pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [obsequium] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. Dit autrement, les fid&#232;les n'ont pas &#224; consid&#233;rer que cela fait partie de leur foi ; mais ils doivent traiter cette d&#233;claration avec un grand respect et a priori une soumission int&#233;rieure. Ce qui n'est quand m&#234;me pas rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant enfin de l'enseignement des &#233;v&#234;ques il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y &#171; adh&#233;rer avec une r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;, ce qui reste important, mais se situe bien en de&#231;&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs et comme je l'ai rappel&#233; plus en d&#233;tails dans mon La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/Vient-de-paraitre-La-Revelation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/Vient...&lt;/a&gt; cet enseignement fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. D&#233;veloppement veut dire ici d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans le d&#233;p&#244;t de la foi, qui est fondamentalement re&#231;u (&#224; travers les Ecritures et la Tradition) et non pas le fruit d'une innovation franche. Cela implique que ces d&#233;veloppements ne contredisent pas les &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;demment proclam&#233;s d&#233;finitifs ; ce qui &#224; son tour veut dire que le sens de ces &#233;l&#233;ments reste compris de fa&#231;on substantiellement stable au cours du temps, comme Jean-Paul II l'a rappel&#233;. C'est d'ailleurs logiquement impliqu&#233; par la notion de magist&#232;re, si comme le magist&#232;re catholique il se comprend comme l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise ; et non comme l'action d'un gourou d&#233;cidant arbitrairement la ligne du moment, ou comme un parlement changeant les lois lorsqu'il le juge bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement une telle exigence ne vaut pleinement que pour les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s &#224; tenir de fa&#231;on d&#233;finitive. Pour le magist&#232;re authentique, des fluctuations sont possibles, notamment dans l'expression, &#233;ventuellement dans la port&#233;e des enseignements en question. Certes, venant du magist&#232;re, ils contiennent un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233; essentiel, mais ils ont pu ne pas parvenir d'embl&#233;e &#224; une pleine expression, notamment (comme je le souligne dans ce m&#234;me livre) lorsqu'ils ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, ou s'appuyaient sur des &#233;l&#233;ments qui sont ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et souvent transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques etc.).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Vatican II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai montr&#233; en outre dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, appel&#233; le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement. Une crise du magist&#232;re dans son activit&#233; de d&#233;finition signifierait logiquement une rupture dans cette continuit&#233;. On l'a soutenu pour la p&#233;riode r&#233;cente (Vatican II et apr&#232;s), notamment sur trois sujets que j'examine dans ce m&#234;me ouvrage. C'est d'abord la libert&#233; religieuse : la d&#233;claration &lt;i&gt;Dignitatis humanae&lt;/i&gt; de Vatican II, par rapport &#224; la condamnation de la libert&#233; des cultes au XIXe si&#232;cle. Ensuite la prohibition de l'usure : on a une longue suite de condamnations de principe de la perception d'int&#233;r&#234;ts sur un pr&#234;t depuis le Moyen Age, qui s'oppose &#224; leur acceptation de fait &#224; partir du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, et maintenant dans le droit canonique. Et enfin le statut des autres religions pour l'obtention de notre salut : le vieil adage &#8216;Pas de salut hors de l'Eglise' du Concile de Florence est ici oppos&#233; &#224; plusieurs textes du Concile, notamment &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux premiers cas, au vu des supports de d&#233;claration et des termes employ&#233;s, il s'agit sans le moindre doute de d&#233;clarations du magist&#232;re authentique mais non d&#233;finitif. Cela dit, sur le premier point il faut noter que les encycliques du XIXe si&#232;cle condamnant la libert&#233; de conscience ou celles des cultes visaient une conception relativiste de celles-ci : un suppos&#233; droit &#224; croire ce qui bon nous semble, inacceptable pour l'Eglise qui rappelle le r&#244;le central de la v&#233;rit&#233;. En revanche Vatican II proclame une libert&#233; religieuse d&#233;finie comme droit &#224; une immunit&#233; par rapport au pouvoir civil, mais dans la recherche toujours n&#233;cessaire de la v&#233;rit&#233; (et notamment de la v&#233;rit&#233; de la foi). Or l'Eglise a toujours proclam&#233; la libert&#233; de l'adh&#233;sion &#224; la foi, ainsi que le droit par exemple des Juifs &#224; &#233;lever leurs enfants dans leur religion. Le texte de Vatican II appara&#238;t donc en d&#233;finitive comme la synth&#232;se de ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments. M&#234;me si on peut regretter l'insuffisance dans l'explicitation de la coh&#233;rence historique, explicitation qui aurait permis d'&#233;viter les doutes, tant envers les opposants &#224; cette d&#233;claration (lefebvristes notamment) que chez ceux qui y voient la l&#233;gitimation d'un changement de doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, la condamnation de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t s'appuyait essentiellement sur des raisonnements &#233;conomiques, qui ne rel&#232;vent pas du magist&#232;re, et elle comportait en outre de multiples exceptions, t&#233;moignant de la fragilit&#233; de ses bases. Elle peut donc tout &#224; fait &#234;tre caduque sous cet angle. D'o&#249; l'abandon de la prohibition. En revanche son esprit reste (son fondement moral) : il reste vrai que l'argent ne cr&#233;e rien par lui seul, sans le travail et l'initiative de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des autres religions est plus d&#233;licate. Certains &#233;l&#233;ments rel&#232;vent manifestement du d&#233;p&#244;t de la foi : notamment l'id&#233;e que le seul sauveur est J&#233;sus Christ et que nul ne peut &#234;tre sauv&#233; autrement qu'en son nom. D'o&#249; naturellement l'id&#233;e qu'en dehors de l'Eglise, qui est le corps du Christ, il n'y a pas de salut, proclam&#233;e au concile de Florence. Il semble bien qu'on soit ici dans le c&#339;ur de la foi. Mais il reste la question de ceux qui sans faute n'ont pas connu l'annonce de la bonne nouvelle chr&#233;tienne. Certains commentateurs (une majorit&#233; sans doute &#224; une &#233;poque) ont compris le principe &#8216;hors de l'Eglise point de salut' comme signifiant : hors de l'Eglise institutionnelle, explicite. Mais il y a toujours eu un courant qui a consid&#233;r&#233; au contraire que Dieu ne se d&#233;sint&#233;ressait pas de ceux qui ne connaissaient pas l'Eglise, notamment par impossibilit&#233; mat&#233;rielle (d'espace ou de temps), et que donc la possibilit&#233; existait de leur agr&#233;gation &#224; l'Eglise sous une autre forme, sans doute non explicite. Ainsi saint Thomas d'Aquin, avant Florence. C'est cette position qui est finalement celle adopt&#233;e par la Constitution &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt; pour Vatican II. Comment ? Elle ne le dit pas car elle parle de &#8216;moyens connus de Dieu seul'. Mais elle ne place donc pas les autres religions en position d'instrument de salut. Il n'y a toujours qu'un nom qui sauve, celui de J&#233;sus Christ, et seule son Eglise est moyen de salut. Mais elle peut se voir agr&#233;ger des gens qui ne la connaissent pas explicitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche un autre texte du Concile Vatican II, &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, qui est une simple d&#233;claration, &#233;voque ces religions, en soulignant simplement ce qu'elles ont de bon. Ce qui laisse entendre que ces &#233;l&#233;ments qui sont bons en elles sont voulus par Dieu. Mais elle ne dit nulle part elles non plus qu'elles sont en tant que telles instruments de salut. Certains se sont mis alors &#224; imaginer qu'un statut leur &#233;tait reconnue, une forme de l&#233;gitimit&#233;. Malgr&#233; sa r&#233;daction prudente, le texte a d&#232;s lors &#233;t&#233; le point de d&#233;part d'une vision positive des autres religions, qui prend chez beaucoup la forme d'une mise sur le m&#234;me rang que le christianisme. Le texte ne dit rien de tel, mais comme tout Vatican II, il se veut pastoral et par l&#224; positif dans son langage, et donc il ne condamne pas. Ce qui laisse le champ libre &#224; ceux qui consid&#232;rent que cela implique validit&#233; des autres religions comme voies de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un point de m&#233;thode important. Tous les conciles ant&#233;rieurs avaient des listes de propositions condamn&#233;es comme fausses, objets d'anath&#232;mes. Leur absence &#224; Vatican II a l'avantage de montrer un visage am&#232;ne et dialogal ; mais on perd ce faisant la clart&#233; de la d&#233;finition ; et surtout on n'envoie plus le message qu'il y a des id&#233;es qui sont r&#233;ellement fausses, et que c'est mauvais pour notre salut. Une telle posture caract&#233;ristique du Concile sera par la suite une des caract&#233;ristiques du magist&#232;re postconciliaire. Un choix qui est th&#233;oriquement sans effet pour ce qui est du contenu du message, mais qui s'av&#233;rera lourd de cons&#233;quences concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Apr&#232;s Vatican II ; le pape Fran&#231;ois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toujours en se limitant aux textes magist&#233;riels, il y a ensuite sous Paul VI, Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI peu ou pas d'autres &#233;l&#233;ments qui pourraient &#234;tre vus comme une inflexion nouvelle du magist&#232;re. Il y a m&#234;me eu dans cette p&#233;riode des rappels non n&#233;gligeables en mati&#232;re de doctrine, notamment dans le vaste champ des m&#339;urs, au risque d'une tension croissante avec le monde ambiant - qui lui allait en sens contraire. M&#234;me si certains des traits h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode conciliaire subsistaient (dont le parti pris de positivit&#233; qu'on vient d'&#233;voquer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la coh&#233;rence a &#233;t&#233; pos&#233;e plus nettement &#224; propos du pape Fran&#231;ois. Non pas tant en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, o&#249; ses d&#233;clarations virulentes restent dans le cadre de la doctrine ant&#233;rieure, m&#234;me si son insistance sur la seule d&#233;nonciation des m&#233;faits du syst&#232;me &#233;conomique cr&#233;e un effet peu &#233;quilibr&#233;. La question des migrations ensuite constitue un terrain d'opposition franche et parfois violente entre le pape et une partie notable des fid&#232;les ; mais ici encore l'enjeu doctrinal n'est pas &#233;vident : on est l&#224; dans un domaine classiquement reconnu comme prudentiel et donc de la responsabilit&#233; des la&#239;cs, et le pape alterne l'affirmation d'un devoir d'accueil des personnes en souffrance, qu'il comprend tr&#232;s largement comme impliquant normalement l'entr&#233;e tr&#232;s large des migrants, avec le rappel timide et discret des limites, essentiellement la capacit&#233; d'accueil &#233;conomique. Il est vrai que certains textes comme celui de 2017 sur les droits des migrants vont assez loin, de fa&#231;on l&#224; encore peu &#233;quilibr&#233;e, pour soutenir une liste de revendications allant tr&#232;s loin dans le sens d'un accueil sans conditions ; mais outre que le caract&#232;re magist&#233;riel n'en est pas &#233;vident, la synth&#232;se avec les &#233;l&#233;ments plus prudents de son message n'est pas faite. Il n'est donc pas &#233;vident qu'il y ait sur ces divers points une v&#233;ritable &#233;volution magist&#233;rielle. On n'en dira pas autant du message &#8216;pastoral', net et brutal en faveur de l'immigration, avec de multiples gestes &#224; l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus controvers&#233;s sous l'angle proprement magist&#233;riel sont deux textes du pape Fran&#231;ois. C'est d'abord l'exhortation apostolique &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;, le d&#233;bat portant principalement sur des passages du chapitre et plus particuli&#232;rement sur une affirmation rel&#233;gu&#233;e en note de bas de page - note 351, faisant allusion &#224; l'acc&#232;s aux sacrements. Cela para&#238;t ouvrir dans des cas non n&#233;gligeables un acc&#232;s aux sacrements &#224; des divorc&#233;s remari&#233;s sans changement de leurs pratiques, ce qui serait une modification de la doctrine ant&#233;rieure. Pour celle-ci, hors cas tout &#224; fait exceptionnel d'ignorance invincible, qui devrait en outre rapidement dispara&#238;tre, un catholique est suppos&#233; savoir ce que demandent les Evangiles sur le mariage ; d&#232;s lors, qui ne respecte pas cette r&#232;gle s'affiche comme en rupture permanente ; en outre, m&#234;me en cas d'ignorance suppos&#233;e invincible, un sacrement est un acte d'Eglise, public, et l'accorder sur la base d'un &#233;tat d'&#226;me priv&#233; risque d'envoyer un message erron&#233; aux fid&#232;les. Le sujet a fait couler beaucoup d'encre. On peut &#233;videmment rappeler qu'il serait &#233;trange que la doctrine puisse &#233;voluer au vu d'une note de bas de page quelque peu ambigu&#235;, m&#234;me s'il y a eu authentification par le pape d'une d&#233;claration interpr&#233;tative souple des &#233;v&#234;ques argentins. Cela dit il est manifeste que dans cette affaire le pape a fait le choix de l'ambigu&#239;t&#233; dans l'expression, car comme on le verra pour lui il faut sortir de la logique du &#8216;on peut, on ne peut pas'. De fait, cette relative ambigu&#239;t&#233; de r&#233;daction, plus la timidit&#233; de l'insertion, peuvent permettre (avec quelque effort) &#224; ceux qui veulent lire la note de fa&#231;on coh&#233;rente avec la doctrine ant&#233;rieure de le faire. Mais inversement cela laisse aussi les autres libres de faire une lecture nettement plus &#233;loign&#233;e de la doctrine classique, non sans motif dans le contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ensuite la question de la peine de mort, o&#249; le pape a fait changer le texte du cat&#233;chisme afin de la pr&#233;senter comme en soi condamnable, alors que le texte ant&#233;rieur, constatant que la tradition catholique l'avait toujours d&#233;clar&#233;e licite, l'excluait dans le seul contexte de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce point est &#233;voqu&#233; dans un autre article de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;. Notons simplement ici que le changement dans le cat&#233;chisme reste lui aussi r&#233;dig&#233; de fa&#231;on ambigu&#235; et qu'une lecture proche de celle de l'ancien cat&#233;chisme reste possible, et c'est sans doute la plus s&#251;re pour les fid&#232;les. Cela dit l'intention du pape est manifeste. Comme il l'a dit &#224; Dominique Wolton (avant ce changement) &#171; La tradition, c'est une doctrine en chemin, qui avance &#8230; Par exemple, &#224; propos de la peine de mort. Nos &#233;v&#234;ques ont d&#233;cr&#233;t&#233; la peine de mort au Moyen Age. Aujourd'hui l'Eglise dit plus ou moins &#8211; et on travaille pour changer le cat&#233;chisme sur ce point - que la peine de mort est immorale. La tradition a-t-elle chang&#233; ? Non, mais la conscience &#233;volue, la conscience morale &#233;volue. C'est la m&#234;me chose concernant l'esclavage &#187;. &#171; Comment grandit la tradition ? Elle grandit comme grandit une personne : par le dialogue, qui est comme l'allaitement pour l'enfant. Le dialogue avec le monde qui nous entoure. Le dialogue fait cro&#238;tre. &#187; Il est pourtant &#233;vident que si on dit deux choses diff&#233;rentes, c'est que la tradition a chang&#233;. Donc la doctrine. Il faudrait donc expliquer en quoi ce changement ne remet pas en cause la cr&#233;dibilit&#233; du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas cependant, si on se limite aux textes, on notera la faible ampleur des modifications &#233;ventuelles et leur manque de clart&#233;. En revanche l'intention et l'esprit laissent entendre que la signification sous-jacente est plus radicale. Par ailleurs et surtout, on reste dans tous ces cas dans le cadre du magist&#232;re authentique tout au plus, en outre sous une forme particuli&#232;rement peu affirmative. En se limitant donc &#224; ces &#233;l&#233;ments, on pourrait donc pr&#233;tendre qu'il n'y pas d'inflexion majeure &#224; prendre r&#233;ellement en compte dans le magist&#232;re au sens strict. En revanche il est symptomatique que ce magist&#232;re proc&#232;de avec ambigu&#239;t&#233;, cr&#233;ant dans la pratique une marge de jeu au sein m&#234;me de la doctrine, m&#234;me quand elle &#233;volue peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est notoire que le pape Fran&#231;ois est m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale, qu'il per&#231;oit comme un carcan facilement utilisable par des personnes peu mis&#233;ricordieuses (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. Et de d&#233;crire J&#233;sus faisant des choses &#171; qui ne se faisaient pas &#187; (samaritaine, l&#233;preux etc.) C'est que &#171; la loi des autres &#187; &#171; n'&#233;tait pas dans le vrai &#187;, &#171; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#187; dit-il &#171; par le fondamentalisme &#187; . Mais l'inconv&#233;nient de ce positionnement est de jeter un trouble sans donner de r&#233;ponse claire, d'autant que le pape refuse de r&#233;pondre aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; de quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Plus gravement, cela tend &#224; accr&#233;diter une fois de plus l'id&#233;e que la doctrine change sur des points centraux &#8211; mais sans le faire de fa&#231;on claire. Pourtant la demande est nette : &#171; Que votre oui soit un oui, et votre non un non &#187; (Mathieu 5 37).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'environnement du magist&#232;re : les faits et dits non magist&#233;riels.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; un fait s'impose : malgr&#233; les questions pos&#233;es par les d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents, l'&#233;volution au niveau des textes, objectivement limit&#233;e, p&#226;lit en importance en regard de ce qu'on peut appeler le l'enseignement de fait, ou l'environnement intentionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; l'&#233;poque conciliaire avait &#233;t&#233; marqu&#233;e par un tournant brutal dans l'enseignement effectif des faits principaux de la foi chr&#233;tienne. On conna&#238;t l'appel r&#233;current &#224; l'esprit du Concile, parfois oppos&#233; aux textes que ce m&#234;me Concile a adopt&#233;s (qui pourtant font seuls autorit&#233;). Mais le ph&#233;nom&#232;ne est beaucoup plus large. Des &#233;l&#233;ments autrefois totalement centraux comme les fins derni&#232;res, le jugement, la possibilit&#233; de l'enfer, et plus largement la r&#233;alit&#233; du p&#233;ch&#233; et ses cons&#233;quences, ou le besoin de confession r&#233;guli&#232;re, sont d&#233;sormais pass&#233;s au second rang quand ils n'ont pas totalement disparu. Bien s&#251;r ils sont toujours l&#224; dans la doctrine th&#233;orique, qu'on retrouve par exemple dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique, mais ils n'ont pratiquement plus de r&#244;le dans la pastorale effective, et cela pratiquement &#224; tous les niveaux. Or le mot magist&#232;re comporte l'id&#233;e du ma&#238;tre qui enseigne ; il ne s'agit pas simplement de th&#233;oriser ou de juger des questions intellectuelles. De ce point de vue, il y a comme un magist&#232;re bis, de fait, et en premier lieu un magist&#232;re par d&#233;faut, tacite, qui est distinct du magist&#232;re th&#233;orique des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas inint&#233;ressant de rapprocher ces faits des constatations de Guillaume Cuchet analysant les causes de l'effondrement relatif de la pratique catholique apr&#232;s 1965. Le rel&#226;chement massif de la discipline, la perte de vue des fins derni&#232;res, l'effondrement de la confession, et l'id&#233;e de la pluralit&#233; des voies religieuses sont les principaux facteurs relev&#233;s, cela avant 1968. Et en s'abritant de l'autorit&#233; du Concile (malgr&#233; ses textes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute une pratique, qui peut signifier clairement, par l'exemple qu'elle donne, ce qu'on juge important et ce qui ne l'est pas. Ainsi quand on parle des autres religions, c'est d&#233;sormais presque toujours pour souligner les points de convergence, ou le besoin de dialogue (&#224; la notable exception du discours de Ratisbonne) ; jamais les divergences, ni les nombreux d&#233;fauts de ces religions, l'Islam en premier lieu. Le pape Fran&#231;ois explique r&#233;guli&#232;rement que ce dernier est une religion de paix, contre l'&#233;vidence de l'histoire et des textes (ainsi dans &lt;i&gt;Evangelii gaudium&lt;/i&gt; au n&#176; 253 in fine : &#171; le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence &#187;) ; m&#234;me si on peut douter que ces affirmations rel&#232;vent du champ du magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. On retrouve ici l'attitude de &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, en plus accentu&#233;, et l'ambigu&#239;t&#233; s'&#233;paissit encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, comme je l'indiquais dans mon livre sur la R&#233;v&#233;lation, &#171; une tendance se r&#233;pand, consistant dans la pratique &#224; laisser la doctrine morale ou la discipline eccl&#233;siale comme elles sont, mais &#224; les voir en quelque sorte comme un bel id&#233;al ; et, parall&#232;lement, &#224; introduire dans la pratique des changements inconsistants avec elles, laiss&#233;s &#224; l'appr&#233;ciation personnelle ou &#224; celle de leurs pasteurs. Cette tentation peut &#234;tre lourde de cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont les croyants vivent leur foi, avec le risque &#233;ventuel d'une double morale et surtout d'un certain subjectivisme. Il y a une tendance ici ou l&#224; &#224; mettre entre parenth&#232;ses l'enseignement magist&#233;riel pour ne consid&#233;rer que les gestes et la pastorale. On a &#233;voqu&#233; ce point en ce qui concerne la pluralit&#233; des religions : l'accueil l&#233;gitime et bienvenu de repr&#233;sentants de religions diverses, ou certains gestes de dialogue, qui ont &#233;videmment leur sens dans le cadre des bons rapports entre personnes ou communaut&#233;s, sont alors lus comme signes d'une reconnaissance de la validit&#233; relative de ces religions, selon une inflexion qu'on est bien en peine de montrer dans les textes. Mais cela ne modifie &#233;videmment ni le statut, ni le contenu de la doctrine elle-m&#234;me, tout d&#233;veloppement supposant un texte explicite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne citer qu'un exemple r&#233;cent, le tr&#232;s ambigu &#8216;qui suis-je pour juger ?' du pape Fran&#231;ois, prononc&#233; &#224; propos d'un pr&#233;lat accus&#233; d'homosexualit&#233; (bien visible) a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable dans le trouble instaur&#233; : jouant sur les mots entre &#8216;juger la personne' et &#8216;juger le comportement', entre mis&#233;ricorde et expression de la v&#233;rit&#233;, il a de fait accr&#233;dit&#233; l'id&#233;e que la doctrine importait peu et que la mis&#233;ricorde &#233;tait tout. Ce qui pour une religion qui enseigne un message r&#233;v&#233;l&#233; contenant des exigences claires, est troublant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant on mesure les limites d'une mis&#233;ricorde mal comprise quand on passe au dossier p&#233;dophilie. Car l&#224; ce qu'on attendait, c'est des gestes tranch&#233;s, un magist&#232;re &#233;nergique et exigeant, rompant avec l'effarant laxisme postconciliaire qui a conduit &#224; tol&#233;rer de fait dans un certain clerg&#233; des pratiques que toute la tradition ant&#233;rieure condamnait avec horreur, que cette tol&#233;rance s'explique par la l&#226;chet&#233;, la solidarit&#233; cl&#233;ricale, une fausse mis&#233;ricorde, ou un alignement sur les m&#339;urs du temps. On est en revanche un peu rest&#233; sur sa faim sur ce plan (sauf lorsqu'il y a eu scandale public). Comme plus g&#233;n&#233;ralement sur le dossier de l'homosexualit&#233; dans le clerg&#233; (car ce qu'on appelle p&#233;dophilie est dans la grande majorit&#233; des cas une forme d'homosexualit&#233; sur adolescents). Dans certains cas, la mis&#233;ricorde mal comprise de trop d'&#233;v&#234;ques s'est rapproch&#233;e dangereusement de la complicit&#233;, ou de l'inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me insuffisance du c&#244;t&#233; du contr&#244;le des th&#232;ses &#233;mises comme catholiques par des th&#233;ologiens manifestement h&#233;t&#233;rodoxes : les condamnations sont rares (celle du P. Dupuis en a &#233;t&#233; une), et la presse catholique et leurs confr&#232;res hurlent alors &#224; la r&#233;pression. Mais parall&#232;lement la plupart des th&#233;ologiens m&#234;me clairement en dehors de la doctrine poursuivent impunis leur carri&#232;re &#224; succ&#232;s, du P. Moingt au P. Geffr&#233; pour ne citer que deux cas fran&#231;ais bien connus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le magist&#232;re et les fid&#232;les&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de cette d&#233;rive une grande incertitude chez les fid&#232;les. D'un c&#244;t&#233; on l'a vu, le monument des textes magist&#233;riels est au pire &#233;corn&#233; mais pour l'essentiel reste intact. D'un autre c&#244;t&#233; le signal qui est per&#231;u de fait est qu'au fond ces vingt si&#232;cles d'effort de d&#233;veloppement dans la coh&#233;rence d'une doctrine extr&#234;mement &#233;labor&#233;e et fid&#232;le au message r&#233;v&#233;l&#233; importent assez peu par rapport aux grands &#233;lans affectifs, &#224; une mis&#233;ricorde universelle dans la pratique peu regardante, ou au jugement personnel en conscience, quelles qu'en soient les conclusions. Aucun repr&#233;sentant autoris&#233; du magist&#232;re, le pape Fran&#231;ois le premier, n'a bien s&#251;r jamais rien dit de tel. Mais de fait c'est ce qui est per&#231;u par beaucoup, ou ce qu'on veut entendre sans &#234;tre contredit. Et trop de gestes paraissent le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tout comme la discipline interne pour les cas de p&#233;dophilie, c'est d'une action &#233;nergique, claire et d&#233;termin&#233;e qu'on a besoin. Besoin d&#233;sormais urgent : c'est ce que j'appelle une r&#233;forme gr&#233;gorienne. Rappelons un fait. Trois papes seulement (ayant vraiment r&#233;gn&#233;) ont &#233;t&#233; canonis&#233;s entre 1100 et 1950 : Gr&#233;goire VII, Pie V et Pie X. Trois grands r&#233;formateurs, trois mod&#232;les d'autorit&#233; bienveillante mais ferme. L'Eglise a besoin d'une r&#233;forme radicale, claire et &#233;nergique, qui met en rapport direct ce qui est dit et ce qui est fait. Il est encore temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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