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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html</link>
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		<dc:date>2019-01-07T17:07:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>Syncr&#233;tisme</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la crise du magist&#232;re n'est sans doute pas principalement l&#224; o&#249; on croit &#8211; dans les textes officiels ; mais dans la schizophr&#233;nie croissante entre une belle doctrine d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre une pastorale ou une pratique &#233;trangement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Vie-eternelle-+.html" rel="tag"&gt;Vie &#233;ternelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re. Mais en m&#234;me temps parler de crise du magist&#232;re peut recouvrir des r&#233;alit&#233;s vari&#233;es : ce peut &#234;tre dans son r&#244;le m&#234;me de d&#233;finition doctrinale ; cela peut &#234;tre ensuite une forme ou une autre de d&#233;calage entre la doctrine et l'enseignement courant ou la pratique et les actes des pasteurs, y compris le pape et les &#233;v&#234;ques ; et ce peut &#234;tre enfin une crise dans le rapport des fid&#232;les (et &#233;ventuellement de leurs pasteurs) avec l'id&#233;e de magist&#232;re ou les enseignements correspondants. Nous allons voir que la crise se situe bien plus aux deuxi&#232;me et troisi&#232;me niveau, m&#234;me si cela rejaillit marginalement sur le premier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel sur le magist&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord rapidement ce que l'Eglise nous enseigne sur le magist&#232;re. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale d'abord le magist&#232;re n'exerce son autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (de morale). Quel que soit le niveau consid&#233;r&#233;. Le Code de droit canonique distingue ensuite trois niveaux (canons 747 sqq.). Les deux premiers rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; ; c'est d'abord le magist&#232;re (dit extraordinaire) du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique, s'exprimant explicitement pour d&#233;finir un point ; c'est ensuite le magist&#232;re ordinaire universel qui concerne les &#233;v&#234;ques (et le pape) dans leur enseignement permanent ; dans les deux cas cela suppose qu'ils &#171; s'accordent sur un point de doctrine &#224; tenir de mani&#232;re d&#233;finitive &#187;. Un point essentiel est la pr&#233;cision suivante : &#171; Aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Il n'y a donc infaillibilit&#233; que lorsque c'est manifestement ce qui est affirm&#233;. Dans tous ces cas en outre l'adh&#233;sion du fid&#232;le est imp&#233;rative ; elle fait partie int&#233;grante de la foi. Ce qui veut dire que celui qui croit vraiment ne peut pas ne pas y adh&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me niveau (canon 752) tout &#224; fait diff&#233;rent est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique, du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : c'est lorsqu'ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. Dans ce cas l'adh&#233;sion demand&#233;e n'est pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [obsequium] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. Dit autrement, les fid&#232;les n'ont pas &#224; consid&#233;rer que cela fait partie de leur foi ; mais ils doivent traiter cette d&#233;claration avec un grand respect et a priori une soumission int&#233;rieure. Ce qui n'est quand m&#234;me pas rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant enfin de l'enseignement des &#233;v&#234;ques il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y &#171; adh&#233;rer avec une r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;, ce qui reste important, mais se situe bien en de&#231;&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs et comme je l'ai rappel&#233; plus en d&#233;tails dans mon La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/Vient-de-paraitre-La-Revelation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/Vient...&lt;/a&gt; cet enseignement fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. D&#233;veloppement veut dire ici d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans le d&#233;p&#244;t de la foi, qui est fondamentalement re&#231;u (&#224; travers les Ecritures et la Tradition) et non pas le fruit d'une innovation franche. Cela implique que ces d&#233;veloppements ne contredisent pas les &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;demment proclam&#233;s d&#233;finitifs ; ce qui &#224; son tour veut dire que le sens de ces &#233;l&#233;ments reste compris de fa&#231;on substantiellement stable au cours du temps, comme Jean-Paul II l'a rappel&#233;. C'est d'ailleurs logiquement impliqu&#233; par la notion de magist&#232;re, si comme le magist&#232;re catholique il se comprend comme l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise ; et non comme l'action d'un gourou d&#233;cidant arbitrairement la ligne du moment, ou comme un parlement changeant les lois lorsqu'il le juge bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement une telle exigence ne vaut pleinement que pour les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s &#224; tenir de fa&#231;on d&#233;finitive. Pour le magist&#232;re authentique, des fluctuations sont possibles, notamment dans l'expression, &#233;ventuellement dans la port&#233;e des enseignements en question. Certes, venant du magist&#232;re, ils contiennent un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233; essentiel, mais ils ont pu ne pas parvenir d'embl&#233;e &#224; une pleine expression, notamment (comme je le souligne dans ce m&#234;me livre) lorsqu'ils ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, ou s'appuyaient sur des &#233;l&#233;ments qui sont ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et souvent transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques etc.).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Vatican II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai montr&#233; en outre dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, appel&#233; le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement. Une crise du magist&#232;re dans son activit&#233; de d&#233;finition signifierait logiquement une rupture dans cette continuit&#233;. On l'a soutenu pour la p&#233;riode r&#233;cente (Vatican II et apr&#232;s), notamment sur trois sujets que j'examine dans ce m&#234;me ouvrage. C'est d'abord la libert&#233; religieuse : la d&#233;claration &lt;i&gt;Dignitatis humanae&lt;/i&gt; de Vatican II, par rapport &#224; la condamnation de la libert&#233; des cultes au XIXe si&#232;cle. Ensuite la prohibition de l'usure : on a une longue suite de condamnations de principe de la perception d'int&#233;r&#234;ts sur un pr&#234;t depuis le Moyen Age, qui s'oppose &#224; leur acceptation de fait &#224; partir du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, et maintenant dans le droit canonique. Et enfin le statut des autres religions pour l'obtention de notre salut : le vieil adage &#8216;Pas de salut hors de l'Eglise' du Concile de Florence est ici oppos&#233; &#224; plusieurs textes du Concile, notamment &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux premiers cas, au vu des supports de d&#233;claration et des termes employ&#233;s, il s'agit sans le moindre doute de d&#233;clarations du magist&#232;re authentique mais non d&#233;finitif. Cela dit, sur le premier point il faut noter que les encycliques du XIXe si&#232;cle condamnant la libert&#233; de conscience ou celles des cultes visaient une conception relativiste de celles-ci : un suppos&#233; droit &#224; croire ce qui bon nous semble, inacceptable pour l'Eglise qui rappelle le r&#244;le central de la v&#233;rit&#233;. En revanche Vatican II proclame une libert&#233; religieuse d&#233;finie comme droit &#224; une immunit&#233; par rapport au pouvoir civil, mais dans la recherche toujours n&#233;cessaire de la v&#233;rit&#233; (et notamment de la v&#233;rit&#233; de la foi). Or l'Eglise a toujours proclam&#233; la libert&#233; de l'adh&#233;sion &#224; la foi, ainsi que le droit par exemple des Juifs &#224; &#233;lever leurs enfants dans leur religion. Le texte de Vatican II appara&#238;t donc en d&#233;finitive comme la synth&#232;se de ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments. M&#234;me si on peut regretter l'insuffisance dans l'explicitation de la coh&#233;rence historique, explicitation qui aurait permis d'&#233;viter les doutes, tant envers les opposants &#224; cette d&#233;claration (lefebvristes notamment) que chez ceux qui y voient la l&#233;gitimation d'un changement de doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, la condamnation de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t s'appuyait essentiellement sur des raisonnements &#233;conomiques, qui ne rel&#232;vent pas du magist&#232;re, et elle comportait en outre de multiples exceptions, t&#233;moignant de la fragilit&#233; de ses bases. Elle peut donc tout &#224; fait &#234;tre caduque sous cet angle. D'o&#249; l'abandon de la prohibition. En revanche son esprit reste (son fondement moral) : il reste vrai que l'argent ne cr&#233;e rien par lui seul, sans le travail et l'initiative de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des autres religions est plus d&#233;licate. Certains &#233;l&#233;ments rel&#232;vent manifestement du d&#233;p&#244;t de la foi : notamment l'id&#233;e que le seul sauveur est J&#233;sus Christ et que nul ne peut &#234;tre sauv&#233; autrement qu'en son nom. D'o&#249; naturellement l'id&#233;e qu'en dehors de l'Eglise, qui est le corps du Christ, il n'y a pas de salut, proclam&#233;e au concile de Florence. Il semble bien qu'on soit ici dans le c&#339;ur de la foi. Mais il reste la question de ceux qui sans faute n'ont pas connu l'annonce de la bonne nouvelle chr&#233;tienne. Certains commentateurs (une majorit&#233; sans doute &#224; une &#233;poque) ont compris le principe &#8216;hors de l'Eglise point de salut' comme signifiant : hors de l'Eglise institutionnelle, explicite. Mais il y a toujours eu un courant qui a consid&#233;r&#233; au contraire que Dieu ne se d&#233;sint&#233;ressait pas de ceux qui ne connaissaient pas l'Eglise, notamment par impossibilit&#233; mat&#233;rielle (d'espace ou de temps), et que donc la possibilit&#233; existait de leur agr&#233;gation &#224; l'Eglise sous une autre forme, sans doute non explicite. Ainsi saint Thomas d'Aquin, avant Florence. C'est cette position qui est finalement celle adopt&#233;e par la Constitution &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt; pour Vatican II. Comment ? Elle ne le dit pas car elle parle de &#8216;moyens connus de Dieu seul'. Mais elle ne place donc pas les autres religions en position d'instrument de salut. Il n'y a toujours qu'un nom qui sauve, celui de J&#233;sus Christ, et seule son Eglise est moyen de salut. Mais elle peut se voir agr&#233;ger des gens qui ne la connaissent pas explicitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche un autre texte du Concile Vatican II, &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, qui est une simple d&#233;claration, &#233;voque ces religions, en soulignant simplement ce qu'elles ont de bon. Ce qui laisse entendre que ces &#233;l&#233;ments qui sont bons en elles sont voulus par Dieu. Mais elle ne dit nulle part elles non plus qu'elles sont en tant que telles instruments de salut. Certains se sont mis alors &#224; imaginer qu'un statut leur &#233;tait reconnue, une forme de l&#233;gitimit&#233;. Malgr&#233; sa r&#233;daction prudente, le texte a d&#232;s lors &#233;t&#233; le point de d&#233;part d'une vision positive des autres religions, qui prend chez beaucoup la forme d'une mise sur le m&#234;me rang que le christianisme. Le texte ne dit rien de tel, mais comme tout Vatican II, il se veut pastoral et par l&#224; positif dans son langage, et donc il ne condamne pas. Ce qui laisse le champ libre &#224; ceux qui consid&#232;rent que cela implique validit&#233; des autres religions comme voies de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un point de m&#233;thode important. Tous les conciles ant&#233;rieurs avaient des listes de propositions condamn&#233;es comme fausses, objets d'anath&#232;mes. Leur absence &#224; Vatican II a l'avantage de montrer un visage am&#232;ne et dialogal ; mais on perd ce faisant la clart&#233; de la d&#233;finition ; et surtout on n'envoie plus le message qu'il y a des id&#233;es qui sont r&#233;ellement fausses, et que c'est mauvais pour notre salut. Une telle posture caract&#233;ristique du Concile sera par la suite une des caract&#233;ristiques du magist&#232;re postconciliaire. Un choix qui est th&#233;oriquement sans effet pour ce qui est du contenu du message, mais qui s'av&#233;rera lourd de cons&#233;quences concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Apr&#232;s Vatican II ; le pape Fran&#231;ois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toujours en se limitant aux textes magist&#233;riels, il y a ensuite sous Paul VI, Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI peu ou pas d'autres &#233;l&#233;ments qui pourraient &#234;tre vus comme une inflexion nouvelle du magist&#232;re. Il y a m&#234;me eu dans cette p&#233;riode des rappels non n&#233;gligeables en mati&#232;re de doctrine, notamment dans le vaste champ des m&#339;urs, au risque d'une tension croissante avec le monde ambiant - qui lui allait en sens contraire. M&#234;me si certains des traits h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode conciliaire subsistaient (dont le parti pris de positivit&#233; qu'on vient d'&#233;voquer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la coh&#233;rence a &#233;t&#233; pos&#233;e plus nettement &#224; propos du pape Fran&#231;ois. Non pas tant en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, o&#249; ses d&#233;clarations virulentes restent dans le cadre de la doctrine ant&#233;rieure, m&#234;me si son insistance sur la seule d&#233;nonciation des m&#233;faits du syst&#232;me &#233;conomique cr&#233;e un effet peu &#233;quilibr&#233;. La question des migrations ensuite constitue un terrain d'opposition franche et parfois violente entre le pape et une partie notable des fid&#232;les ; mais ici encore l'enjeu doctrinal n'est pas &#233;vident : on est l&#224; dans un domaine classiquement reconnu comme prudentiel et donc de la responsabilit&#233; des la&#239;cs, et le pape alterne l'affirmation d'un devoir d'accueil des personnes en souffrance, qu'il comprend tr&#232;s largement comme impliquant normalement l'entr&#233;e tr&#232;s large des migrants, avec le rappel timide et discret des limites, essentiellement la capacit&#233; d'accueil &#233;conomique. Il est vrai que certains textes comme celui de 2017 sur les droits des migrants vont assez loin, de fa&#231;on l&#224; encore peu &#233;quilibr&#233;e, pour soutenir une liste de revendications allant tr&#232;s loin dans le sens d'un accueil sans conditions ; mais outre que le caract&#232;re magist&#233;riel n'en est pas &#233;vident, la synth&#232;se avec les &#233;l&#233;ments plus prudents de son message n'est pas faite. Il n'est donc pas &#233;vident qu'il y ait sur ces divers points une v&#233;ritable &#233;volution magist&#233;rielle. On n'en dira pas autant du message &#8216;pastoral', net et brutal en faveur de l'immigration, avec de multiples gestes &#224; l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus controvers&#233;s sous l'angle proprement magist&#233;riel sont deux textes du pape Fran&#231;ois. C'est d'abord l'exhortation apostolique &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;, le d&#233;bat portant principalement sur des passages du chapitre et plus particuli&#232;rement sur une affirmation rel&#233;gu&#233;e en note de bas de page - note 351, faisant allusion &#224; l'acc&#232;s aux sacrements. Cela para&#238;t ouvrir dans des cas non n&#233;gligeables un acc&#232;s aux sacrements &#224; des divorc&#233;s remari&#233;s sans changement de leurs pratiques, ce qui serait une modification de la doctrine ant&#233;rieure. Pour celle-ci, hors cas tout &#224; fait exceptionnel d'ignorance invincible, qui devrait en outre rapidement dispara&#238;tre, un catholique est suppos&#233; savoir ce que demandent les Evangiles sur le mariage ; d&#232;s lors, qui ne respecte pas cette r&#232;gle s'affiche comme en rupture permanente ; en outre, m&#234;me en cas d'ignorance suppos&#233;e invincible, un sacrement est un acte d'Eglise, public, et l'accorder sur la base d'un &#233;tat d'&#226;me priv&#233; risque d'envoyer un message erron&#233; aux fid&#232;les. Le sujet a fait couler beaucoup d'encre. On peut &#233;videmment rappeler qu'il serait &#233;trange que la doctrine puisse &#233;voluer au vu d'une note de bas de page quelque peu ambigu&#235;, m&#234;me s'il y a eu authentification par le pape d'une d&#233;claration interpr&#233;tative souple des &#233;v&#234;ques argentins. Cela dit il est manifeste que dans cette affaire le pape a fait le choix de l'ambigu&#239;t&#233; dans l'expression, car comme on le verra pour lui il faut sortir de la logique du &#8216;on peut, on ne peut pas'. De fait, cette relative ambigu&#239;t&#233; de r&#233;daction, plus la timidit&#233; de l'insertion, peuvent permettre (avec quelque effort) &#224; ceux qui veulent lire la note de fa&#231;on coh&#233;rente avec la doctrine ant&#233;rieure de le faire. Mais inversement cela laisse aussi les autres libres de faire une lecture nettement plus &#233;loign&#233;e de la doctrine classique, non sans motif dans le contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ensuite la question de la peine de mort, o&#249; le pape a fait changer le texte du cat&#233;chisme afin de la pr&#233;senter comme en soi condamnable, alors que le texte ant&#233;rieur, constatant que la tradition catholique l'avait toujours d&#233;clar&#233;e licite, l'excluait dans le seul contexte de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce point est &#233;voqu&#233; dans un autre article de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;. Notons simplement ici que le changement dans le cat&#233;chisme reste lui aussi r&#233;dig&#233; de fa&#231;on ambigu&#235; et qu'une lecture proche de celle de l'ancien cat&#233;chisme reste possible, et c'est sans doute la plus s&#251;re pour les fid&#232;les. Cela dit l'intention du pape est manifeste. Comme il l'a dit &#224; Dominique Wolton (avant ce changement) &#171; La tradition, c'est une doctrine en chemin, qui avance &#8230; Par exemple, &#224; propos de la peine de mort. Nos &#233;v&#234;ques ont d&#233;cr&#233;t&#233; la peine de mort au Moyen Age. Aujourd'hui l'Eglise dit plus ou moins &#8211; et on travaille pour changer le cat&#233;chisme sur ce point - que la peine de mort est immorale. La tradition a-t-elle chang&#233; ? Non, mais la conscience &#233;volue, la conscience morale &#233;volue. C'est la m&#234;me chose concernant l'esclavage &#187;. &#171; Comment grandit la tradition ? Elle grandit comme grandit une personne : par le dialogue, qui est comme l'allaitement pour l'enfant. Le dialogue avec le monde qui nous entoure. Le dialogue fait cro&#238;tre. &#187; Il est pourtant &#233;vident que si on dit deux choses diff&#233;rentes, c'est que la tradition a chang&#233;. Donc la doctrine. Il faudrait donc expliquer en quoi ce changement ne remet pas en cause la cr&#233;dibilit&#233; du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas cependant, si on se limite aux textes, on notera la faible ampleur des modifications &#233;ventuelles et leur manque de clart&#233;. En revanche l'intention et l'esprit laissent entendre que la signification sous-jacente est plus radicale. Par ailleurs et surtout, on reste dans tous ces cas dans le cadre du magist&#232;re authentique tout au plus, en outre sous une forme particuli&#232;rement peu affirmative. En se limitant donc &#224; ces &#233;l&#233;ments, on pourrait donc pr&#233;tendre qu'il n'y pas d'inflexion majeure &#224; prendre r&#233;ellement en compte dans le magist&#232;re au sens strict. En revanche il est symptomatique que ce magist&#232;re proc&#232;de avec ambigu&#239;t&#233;, cr&#233;ant dans la pratique une marge de jeu au sein m&#234;me de la doctrine, m&#234;me quand elle &#233;volue peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est notoire que le pape Fran&#231;ois est m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale, qu'il per&#231;oit comme un carcan facilement utilisable par des personnes peu mis&#233;ricordieuses (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. Et de d&#233;crire J&#233;sus faisant des choses &#171; qui ne se faisaient pas &#187; (samaritaine, l&#233;preux etc.) C'est que &#171; la loi des autres &#187; &#171; n'&#233;tait pas dans le vrai &#187;, &#171; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#187; dit-il &#171; par le fondamentalisme &#187; . Mais l'inconv&#233;nient de ce positionnement est de jeter un trouble sans donner de r&#233;ponse claire, d'autant que le pape refuse de r&#233;pondre aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; de quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Plus gravement, cela tend &#224; accr&#233;diter une fois de plus l'id&#233;e que la doctrine change sur des points centraux &#8211; mais sans le faire de fa&#231;on claire. Pourtant la demande est nette : &#171; Que votre oui soit un oui, et votre non un non &#187; (Mathieu 5 37).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'environnement du magist&#232;re : les faits et dits non magist&#233;riels.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; un fait s'impose : malgr&#233; les questions pos&#233;es par les d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents, l'&#233;volution au niveau des textes, objectivement limit&#233;e, p&#226;lit en importance en regard de ce qu'on peut appeler le l'enseignement de fait, ou l'environnement intentionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; l'&#233;poque conciliaire avait &#233;t&#233; marqu&#233;e par un tournant brutal dans l'enseignement effectif des faits principaux de la foi chr&#233;tienne. On conna&#238;t l'appel r&#233;current &#224; l'esprit du Concile, parfois oppos&#233; aux textes que ce m&#234;me Concile a adopt&#233;s (qui pourtant font seuls autorit&#233;). Mais le ph&#233;nom&#232;ne est beaucoup plus large. Des &#233;l&#233;ments autrefois totalement centraux comme les fins derni&#232;res, le jugement, la possibilit&#233; de l'enfer, et plus largement la r&#233;alit&#233; du p&#233;ch&#233; et ses cons&#233;quences, ou le besoin de confession r&#233;guli&#232;re, sont d&#233;sormais pass&#233;s au second rang quand ils n'ont pas totalement disparu. Bien s&#251;r ils sont toujours l&#224; dans la doctrine th&#233;orique, qu'on retrouve par exemple dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique, mais ils n'ont pratiquement plus de r&#244;le dans la pastorale effective, et cela pratiquement &#224; tous les niveaux. Or le mot magist&#232;re comporte l'id&#233;e du ma&#238;tre qui enseigne ; il ne s'agit pas simplement de th&#233;oriser ou de juger des questions intellectuelles. De ce point de vue, il y a comme un magist&#232;re bis, de fait, et en premier lieu un magist&#232;re par d&#233;faut, tacite, qui est distinct du magist&#232;re th&#233;orique des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas inint&#233;ressant de rapprocher ces faits des constatations de Guillaume Cuchet analysant les causes de l'effondrement relatif de la pratique catholique apr&#232;s 1965. Le rel&#226;chement massif de la discipline, la perte de vue des fins derni&#232;res, l'effondrement de la confession, et l'id&#233;e de la pluralit&#233; des voies religieuses sont les principaux facteurs relev&#233;s, cela avant 1968. Et en s'abritant de l'autorit&#233; du Concile (malgr&#233; ses textes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute une pratique, qui peut signifier clairement, par l'exemple qu'elle donne, ce qu'on juge important et ce qui ne l'est pas. Ainsi quand on parle des autres religions, c'est d&#233;sormais presque toujours pour souligner les points de convergence, ou le besoin de dialogue (&#224; la notable exception du discours de Ratisbonne) ; jamais les divergences, ni les nombreux d&#233;fauts de ces religions, l'Islam en premier lieu. Le pape Fran&#231;ois explique r&#233;guli&#232;rement que ce dernier est une religion de paix, contre l'&#233;vidence de l'histoire et des textes (ainsi dans &lt;i&gt;Evangelii gaudium&lt;/i&gt; au n&#176; 253 in fine : &#171; le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence &#187;) ; m&#234;me si on peut douter que ces affirmations rel&#232;vent du champ du magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. On retrouve ici l'attitude de &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, en plus accentu&#233;, et l'ambigu&#239;t&#233; s'&#233;paissit encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, comme je l'indiquais dans mon livre sur la R&#233;v&#233;lation, &#171; une tendance se r&#233;pand, consistant dans la pratique &#224; laisser la doctrine morale ou la discipline eccl&#233;siale comme elles sont, mais &#224; les voir en quelque sorte comme un bel id&#233;al ; et, parall&#232;lement, &#224; introduire dans la pratique des changements inconsistants avec elles, laiss&#233;s &#224; l'appr&#233;ciation personnelle ou &#224; celle de leurs pasteurs. Cette tentation peut &#234;tre lourde de cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont les croyants vivent leur foi, avec le risque &#233;ventuel d'une double morale et surtout d'un certain subjectivisme. Il y a une tendance ici ou l&#224; &#224; mettre entre parenth&#232;ses l'enseignement magist&#233;riel pour ne consid&#233;rer que les gestes et la pastorale. On a &#233;voqu&#233; ce point en ce qui concerne la pluralit&#233; des religions : l'accueil l&#233;gitime et bienvenu de repr&#233;sentants de religions diverses, ou certains gestes de dialogue, qui ont &#233;videmment leur sens dans le cadre des bons rapports entre personnes ou communaut&#233;s, sont alors lus comme signes d'une reconnaissance de la validit&#233; relative de ces religions, selon une inflexion qu'on est bien en peine de montrer dans les textes. Mais cela ne modifie &#233;videmment ni le statut, ni le contenu de la doctrine elle-m&#234;me, tout d&#233;veloppement supposant un texte explicite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne citer qu'un exemple r&#233;cent, le tr&#232;s ambigu &#8216;qui suis-je pour juger ?' du pape Fran&#231;ois, prononc&#233; &#224; propos d'un pr&#233;lat accus&#233; d'homosexualit&#233; (bien visible) a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable dans le trouble instaur&#233; : jouant sur les mots entre &#8216;juger la personne' et &#8216;juger le comportement', entre mis&#233;ricorde et expression de la v&#233;rit&#233;, il a de fait accr&#233;dit&#233; l'id&#233;e que la doctrine importait peu et que la mis&#233;ricorde &#233;tait tout. Ce qui pour une religion qui enseigne un message r&#233;v&#233;l&#233; contenant des exigences claires, est troublant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant on mesure les limites d'une mis&#233;ricorde mal comprise quand on passe au dossier p&#233;dophilie. Car l&#224; ce qu'on attendait, c'est des gestes tranch&#233;s, un magist&#232;re &#233;nergique et exigeant, rompant avec l'effarant laxisme postconciliaire qui a conduit &#224; tol&#233;rer de fait dans un certain clerg&#233; des pratiques que toute la tradition ant&#233;rieure condamnait avec horreur, que cette tol&#233;rance s'explique par la l&#226;chet&#233;, la solidarit&#233; cl&#233;ricale, une fausse mis&#233;ricorde, ou un alignement sur les m&#339;urs du temps. On est en revanche un peu rest&#233; sur sa faim sur ce plan (sauf lorsqu'il y a eu scandale public). Comme plus g&#233;n&#233;ralement sur le dossier de l'homosexualit&#233; dans le clerg&#233; (car ce qu'on appelle p&#233;dophilie est dans la grande majorit&#233; des cas une forme d'homosexualit&#233; sur adolescents). Dans certains cas, la mis&#233;ricorde mal comprise de trop d'&#233;v&#234;ques s'est rapproch&#233;e dangereusement de la complicit&#233;, ou de l'inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me insuffisance du c&#244;t&#233; du contr&#244;le des th&#232;ses &#233;mises comme catholiques par des th&#233;ologiens manifestement h&#233;t&#233;rodoxes : les condamnations sont rares (celle du P. Dupuis en a &#233;t&#233; une), et la presse catholique et leurs confr&#232;res hurlent alors &#224; la r&#233;pression. Mais parall&#232;lement la plupart des th&#233;ologiens m&#234;me clairement en dehors de la doctrine poursuivent impunis leur carri&#232;re &#224; succ&#232;s, du P. Moingt au P. Geffr&#233; pour ne citer que deux cas fran&#231;ais bien connus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le magist&#232;re et les fid&#232;les&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de cette d&#233;rive une grande incertitude chez les fid&#232;les. D'un c&#244;t&#233; on l'a vu, le monument des textes magist&#233;riels est au pire &#233;corn&#233; mais pour l'essentiel reste intact. D'un autre c&#244;t&#233; le signal qui est per&#231;u de fait est qu'au fond ces vingt si&#232;cles d'effort de d&#233;veloppement dans la coh&#233;rence d'une doctrine extr&#234;mement &#233;labor&#233;e et fid&#232;le au message r&#233;v&#233;l&#233; importent assez peu par rapport aux grands &#233;lans affectifs, &#224; une mis&#233;ricorde universelle dans la pratique peu regardante, ou au jugement personnel en conscience, quelles qu'en soient les conclusions. Aucun repr&#233;sentant autoris&#233; du magist&#232;re, le pape Fran&#231;ois le premier, n'a bien s&#251;r jamais rien dit de tel. Mais de fait c'est ce qui est per&#231;u par beaucoup, ou ce qu'on veut entendre sans &#234;tre contredit. Et trop de gestes paraissent le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tout comme la discipline interne pour les cas de p&#233;dophilie, c'est d'une action &#233;nergique, claire et d&#233;termin&#233;e qu'on a besoin. Besoin d&#233;sormais urgent : c'est ce que j'appelle une r&#233;forme gr&#233;gorienne. Rappelons un fait. Trois papes seulement (ayant vraiment r&#233;gn&#233;) ont &#233;t&#233; canonis&#233;s entre 1100 et 1950 : Gr&#233;goire VII, Pie V et Pie X. Trois grands r&#233;formateurs, trois mod&#232;les d'autorit&#233; bienveillante mais ferme. L'Eglise a besoin d'une r&#233;forme radicale, claire et &#233;nergique, qui met en rapport direct ce qui est dit et ce qui est fait. Il est encore temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Transhumanisme : &#224; quoi joue-t-on ? </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Temps et &#233;ternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immortalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle de transhumanisme pour d&#233;signer l'utilisation &#224; l'avenir de technologies en plein d&#233;veloppement afin de transformer l'homme lui-m&#234;me. Ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, en g&#233;n&#233;ral comprises comme combin&#233;es entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but du transhumanisme lui va d'un simple &#8216;homme augment&#233;', mais devenu alors massivement sup&#233;rieur aux autres hommes, &#224; un homme &#8216;immortel' ou en tout cas &#8216;post-humain', &#233;chappant &#224; la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des projets titanesques qui m&#233;ritent quelque r&#233;flexion&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Temps-et-eternite-+.html" rel="tag"&gt;Temps et &#233;ternit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Relativisme-+.html" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Transhumanisme-233-+.html" rel="tag"&gt;Transhumanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Immortalite-+.html" rel="tag"&gt;Immortalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Vie-eternelle-+.html" rel="tag"&gt;Vie &#233;ternelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle de transhumanisme pour d&#233;signer l'utilisation future de technologies r&#233;centes et en plein d&#233;veloppement afin de transformer l'homme lui-m&#234;me ; ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, en g&#233;n&#233;ral comprises comme combin&#233;es entre elles. Quant au but du transhumanisme, il faut distinguer plusieurs niveaux de signification et de port&#233;e assez diff&#233;rente. La principale distinction est entre ce qu'on peut appeler &#8216;homme augment&#233;', et l'homme &#8216;immortel' ou le &#8216;post-humain'.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'homme augment&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet d'abord un transhumanisme mod&#233;r&#233;, visant &#224; &#8216;augmenter' l'homme. Cela peut se faire en renfor&#231;ant ses capacit&#233;s dans des domaines vari&#233;s, physiques, intellectuelles, cognitives etc. Un individu ainsi dot&#233; pourrait par exemple par effet biologique ou par une forme de proth&#232;se technique voir bien mieux et la nuit, courir beaucoup plus vie, calculer et traiter l'information comme un ordinateur, brancher son cerveau sur Internet etc. au point que la diff&#233;rence entre l'individu et son &#8216;augmentation' finirait par ne plus appara&#238;tre, en tout cas ext&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait expliquer ici que si on en reste l&#224;, le changement apport&#233; par un tel transhumanisme reste limit&#233;. Car tout homme utilisant un outil, un v&#233;hicule, un instrument etc., est en un sens un homme augment&#233;, &#224; commencer par des lunettes ou une bicyclette. On pourrait alors dire que ces transformations ne remettent donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. Et m&#234;me qu'un tel progr&#232;s technique est caract&#233;ristique de l'homme. En effet d&#232;s ses origines l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation. Cela r&#233;sulte du fait qu'il est aussi un esprit, et que donc dans son op&#233;ration il &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re, est capable de comprendre assez de celle-ci pour imaginer des moyens d'accro&#238;tre sa capacit&#233; &#224; agir sur elle. Nous avons d&#233;j&#224; des gens qui sont plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Cela ne ferait qu'accro&#238;tre ce ph&#233;nom&#232;ne. Sauf que cela pose plusieurs probl&#232;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est que d&#233;sormais on pourra et devra acheter cette augmentation ; elle ne sera pas d'embl&#233;e disponible &#224; tous. Et ceux qui y auront acc&#232;s auront un avantage comp&#233;titif, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la comp&#233;tition est encore plus importante que dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;c&#233;dentes. Ils auront donc tendance &#224; gagner de plus en plus syst&#233;matiquement. Leur succ&#232;s sera donc cumulatif. Les plus riches seront les plus dot&#233;s techniquement, et ils auront sans cesse plus de succ&#232;s. D'un c&#244;t&#233; l'&#233;galit&#233; dans la comp&#233;tition subsistera, au moins en apparence, mais d'un autre c&#244;t&#233; il sera de plus en plus manifeste que seuls certains en profitent. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s, mais on n'a donc encore rien vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera d'autant plus net que la manipulation g&#233;n&#233;tique permettra de s&#233;lectionner les individus les plus aptes, et surtout d'enrichir leur potentiel g&#233;n&#233;tique. De tels individus seront alors par excellence, et pourra-t-on pr&#233;tendre avec justice, les ma&#238;tres de la soci&#233;t&#233;. Ils organiseront m&#234;me le jeu de l'&#233;volution &#224; leur profit et surtout de leur descendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajouterait le fait que ces syst&#232;mes nouveaux, au-del&#224; de l'augmentation directe de certains hommes, ont toutes chances d'&#233;liminer les humains ordinaires d'un grand nombre de fonctions que des robots assureront beaucoup mieux. En outre on peut imaginer que des syst&#232;mes experts, des algorithmes beaucoup plus perfectionn&#233;s, sauront non seulement effectuer bien plus efficacement des fonctions que les humains accomplissent aujourd'hui, mais pourront prendre en charge le guidage g&#233;n&#233;ralis&#233; de la soci&#233;t&#233; et des personnes. A commencer par la conduite de v&#233;hicule, le diagnostic m&#233;dical et les soins, une bonne partie de l'enseignement, etc. M&#234;me si on met de c&#244;t&#233; le phantasme d'une prise de pouvoir par les robots, le risque est r&#233;el d'une soci&#233;t&#233; o&#249; une grande partie des humains reste largement oisifs et inutiles, entretenus par des machines 'intelligentes' et donc surveill&#233;s par elles. Voire manipul&#233;s dans leurs d&#233;sirs m&#234;mes. Tandis qu'une minorit&#233; assez faible restera en &#233;tat de contr&#244;ler le m&#233;canisme ; m&#234;me si bien s&#251;r elle sera plus que jamais &#224; sous la menace de forces hostiles, &#224; commencer par des hackers venant joyeusement perturber le beau programme de ces surhommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;passement de l'homme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant au-del&#224; une deuxi&#232;me conception du transhumanisme, qui va beaucoup plus loin dans sa logique. Son objectif en fin de compte est un &#234;tre allant bien au-del&#224; de l'humain tel qu'il existe, et notamment disposant d'une forme d'immortalit&#233;. Cela suppose l'&#233;mergence d'un &#234;tre en un sens post-humain, et non plus humain augment&#233;, et qui ne serait plus d&#233;pendant des limites de notre corps biologique actuel. Mais pour qu'on puisse encore parler de post-humain, il faut imaginer qu'il y ait une forme de continuit&#233; entre un individu humain et un tel &#234;tre, mais que ce qui fait la personnalit&#233; y compris la conscience de cet individu (et sa m&#233;moire) &#233;chappe &#224; son support biologique (ou &#224; ses limites). L'id&#233;e est donc que ce qu'on appelle ailleurs l'&#226;me d'une personne puisse &#234;tre saisi par une forme de technologie en l'abstrayant de ce support biologique tel qu'il est. Mais cela suppose &#233;videmment que cette &#226;me, ou esprit, puisse &#234;tre appr&#233;hend&#233;e comme un programme informatique au sens large. Ce qui permet ensuite de la restituer sur une base mat&#233;rielle diff&#233;rente, qu'elle soit physique ou biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment cela accro&#238;t massivement les effets d'in&#233;galit&#233; qu'on a relev&#233;s. Mais en m&#234;me temps cela conduit d'un point de vue philosophique &#224; un saut qualitatif majeur. Car pour que cela marche, il faut qu'on puisse traiter par des moyens mat&#233;riels ce qu'on appelle esprit, &#226;me, personnalit&#233;, etc. Ce qui veut dire qu'un tel transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste : il suppose vraie la conception mat&#233;rialiste du monde &#8211; ce qui n'&#233;tait pas n&#233;cessairement le cas pour l'homme augment&#233;. En regard, toutes les conceptions spiritualistes, au sens large du terme, pensent que l'&#226;me humaine n'est pas r&#233;ductible &#224; une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, qu'elle soit physico-chimique, biologique ou autre. Et beaucoup d'entre elles en d&#233;duisent l'immortalit&#233; de l'&#226;me, y compris quand ils pensent que l'&#226;me et le corps sont li&#233;s dans une seule notion de la personne humaine. Pour un philosophe d'inspiration thomiste par exemple, l'&#226;me est ce qu'il appelle la forme du corps et lui est li&#233;e d'une fa&#231;on irr&#233;ductible : c'est elle qui fait de ce corps un corps humain et seul l'ensemble des deux est pleinement un &#234;tre humain. Mais il n'en pense pas moins que l'&#226;me est en soi une r&#233;alit&#233; non mat&#233;rielle, &#233;ventuellement s&#233;parable du corps (c'est pour le catholique ce qui se passe pour l'&#226;me des morts ainsi avant le jugement dernier). Dans tous ces cas, il est exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel puisse s'emparer de cette r&#233;alit&#233;, qui n'est pas de l'ordre mat&#233;riel m&#234;me si elle a besoin de la mati&#232;re comme support.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire une chose simple : si les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve que le mat&#233;rialisme avait raison, et que les conceptions spirituelles sont fausses. Ce serait donc un cas, rare, o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on semble-t-il d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur. Mais du coup la dignit&#233; humaine volerait en &#233;clat. Le devenir essentiel d'un &#234;tre humain ne serait plus une question de dignit&#233; intrins&#232;que, mais de purs moyens. Aurait droit &#224; une forme d'immortalit&#233; celui qui pourrait se le permettre ; les autres &#233;tant renvoy&#233;s au n&#233;ant, &#224; un nouveau Sch&#233;ol. Entre autres victimes collat&#233;rales, la d&#233;mocratie serait alors une farce sans signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup aussi, m&#234;me pour les gagnants le r&#233;sultat resterait m&#233;taphysiquement assez d&#233;risoire. Car ce qu'on appelle transcender l'humain dans une telle conception resterait quelque chose de modeste. Au fond cela &#233;quivaudrait &#224; passer &#224; la version 2.0 d'un &#171; appareil &#187; qui est rest&#233; 1.0 pendant des mill&#233;naires, mais qui resterait un simple dispositif technique. En r&#233;alit&#233; donc m&#234;me si &#231;a marchait on ne transcenderait rien. Et il y a pire : car si dans le meilleur des cas, on pourrait esp&#233;rer &#234;tre &#8216;immortel', ce ne serait qu'en ce sens qu'on ne serait pas certain de mourir. Mais ce ne serait pas par nature, car la vuln&#233;rabilit&#233; de la mati&#232;re subsisterait. Et donc la vuln&#233;rabilit&#233; des int&#233;ress&#233;s : apr&#232;s tout, un programme informatique &#231;a s'efface, une machine, &#231;a se casse. D'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires : ils pourraient peut-&#234;tre survivre, mais ils pourraient aussi &#234;tre liquid&#233;s. Notamment par les sous-hommes. Ou les hackers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe donc est au fond la grande m&#233;diocrit&#233; m&#233;taphysique de telles aspirations. Comparons avec la foi chr&#233;tienne par exemple, qui vous dit que vous &#234;tes &#8216;&lt;i&gt;capax Dei&lt;/i&gt;', capable de recevoir Dieu (qui Se donne &#224; nous, si nous L'acceptons). Un r&#233;el infini, &#233;ternel de surcro&#238;t. Un tout autre programme !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Est-il vraiment plus difficile aux riches qu'aux pauvres d'entrer dans le Royaume de Dieu ? </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Saintet&#233; et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'&#201;vangile souligne le danger que peut constituer la richesse pour notre salut. Et il nous donne l'antidote : suivre la volont&#233; de Dieu dans l'usage de cette richesse, nous en d&#233;tacher int&#233;rieurement pour en faire un usage tourn&#233; vers le bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, les biens mat&#233;riels sont des dons de Dieu. D'un autre c&#244;t&#233;, les &#201;critures demandent de relativiser ces richesses. Y a-t-il alors mal&#233;diction des &#171; riches &#187; ? Ou un bon usage des richesses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Aleteia&lt;/i&gt; Questions de fond&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-L-argent-sterile-+.html" rel="tag"&gt;L'argent st&#233;rile&lt;/a&gt;, 
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&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://questions.aleteia.org/articles/157/est-il-vraiment-plus-difficile-aux-riches-quaux-pauvres-dentrer-dans-le-royaume-de-dieu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://questions.aleteia.org/articl...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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