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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Confucianisme et soci&#233;t&#233; moderne (premi&#232;re partie)</title>
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		<dc:date>2021-12-14T09:43:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Confucianisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le confucianisme a impr&#233;gn&#233; toutes les soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient, et explique par-l&#224; bien de leurs caract&#233;ristiques. Il conna&#238;t actuellement un regain en Chine, tant au niveau populaire que par r&#233;cup&#233;ration (plus ou moins abusive) dans la propagande du r&#233;gime ; ainsi que dans le champ intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela justifie de se pencher avec attention sur ses messages. Et cela d'autant plus que dans la comp&#233;tition mondiale des r&#233;gimes politiques, il peut avoir une influence d&#233;cisive sur ce qui parait pouvoir &#234;tre la puissance dominant le monde de demain &#8211; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose deux articles , le premier portant sur l'h&#233;ritage de la pens&#233;e confuc&#233;enne, le second sur sa pertinence actuelle, notamment dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier article : l'h&#233;ritage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Chine-.html" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Chine-242-+.html" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Confucianisme-+.html" rel="tag"&gt;Confucianisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier article : la vision confuc&#233;enne de l'homme et de la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le confucianisme a impr&#233;gn&#233; toutes les soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient de culture chinoise, et explique par-l&#224; bien de leurs caract&#233;ristiques. Il conna&#238;t actuellement un regain en Chine, tant au niveau populaire que par r&#233;cup&#233;ration (plus ou moins abusive) dans la propagande du r&#233;gime ; ainsi que dans le champ intellectuel avec par exemple Tu Weiming, Tongdong Bai ou, c&#244;t&#233; anglosaxon, Daniel A. Bell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela justifie de se pencher avec attention sur ses messages. Et cela d'autant plus que dans la comp&#233;tition mondiale des r&#233;gimes politiques, il peut avoir une influence d&#233;cisive sur ce qui parait pouvoir &#234;tre la puissance dominant le monde de demain &#8211; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose deux articles , le premier portant sur l'h&#233;ritage de la pens&#233;e confuc&#233;enne, le second sur sa pertinence actuelle, notamment dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La conception confuc&#233;enne de la soci&#233;t&#233; humaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la conception confuc&#233;enne, l'harmonie au sein du groupe joue un r&#244;le plus important que l'action personnelle ou individuelle, qui est centrale dans la tradition occidentale, surtout moderne. On cherche le succ&#232;s du groupe et non celui de la personne, l'adaptation plus que le contr&#244;le. De ce fait, ce qui correspond au &#8216;droit' ne repose pas sur une lutte entre opposants, &#224; r&#233;soudre gr&#226;ce &#224; un principe ou des r&#232;gles, mais sur la recherche d'une accommodation. Une notion centrale chez Confucius est celle de ren, le sens de l'humain compris comme relationnel : le &#8216;moi' est vu comme point de convergence de rapports interpersonnels. Ce lien moral est constitutif de tout &#234;tre humain : c'est un ordre intrins&#232;que des choses dans lequel il faut se placer. Un autre axiome de l'humanisme confuc&#233;en, c'est la place qu'il donne &#224; l'&#233;ducation et au d&#233;veloppement de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision confuc&#233;enne est donc fondamentalement sociale ; il faut que les relations sociales aient une base morale appropri&#233;e, ce qui veut dire ne reposer ni sur la force, ni sur la comp&#233;tition. Les institutions interm&#233;diaires sont &#233;ducatives, et cela commence par la famille, dont le r&#244;le est central, &#224; la fois directement et comme mod&#232;le de toute organisation, avec un jeu de relations et de responsabilit&#233;s bien d&#233;finies (c'est la formule de Mencius sur les cinq relations : p&#232;re-fils, mari-femme, etc.). On peut prendre l'image de cercles concentriques qui reviennent &#224; la personne plac&#233;e dans sa famille : si elle se gouverne bien, tout fera de m&#234;me. Cela dit il ne s'agit pas d'un autoritarisme, car il y a r&#233;ciprocit&#233; : Confucius recommande aux enfants de montrer aux parents leurs torts, et de m&#234;me entre mari et femme. En m&#234;me temps la discussion ne peut &#234;tre totalement libre, car il y a des r&#232;gles morales et de d&#233;cence. La libert&#233; n'est alors pas libert&#233; de choisir ; d'ailleurs la famille, qui en est le point de d&#233;part, est une institution non volontaire ; or elle est un mod&#232;le m&#234;me pour les associations libres. En pratique cela laisse cependant une marge r&#233;elle de libert&#233; (et donc d'esprit d'entreprise) mais autrement que par notre libert&#233; individuelle : c'est ici par insertion dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point essentiel est le r&#244;le de ce qu'on traduit par &#8216;rite', li. C'est un comportement juste plus que le suivi de r&#232;gles. Pour Anne Cheng il &#171; joue dans le bon fonctionnement du gouvernement un r&#244;le fondamental puisqu'il canalise les &#233;nergies et les instincts individuels dans des comportements recevables, guidant et facilitant ainsi les rapports politiques et sociaux. Aussi mesure-t-on l'injustice du pr&#233;jug&#233; selon lequel Confucius est un &#8216;ritualiste'. C'est l'esprit, non la lettre, du rituel qu'il tente de retrouver. Loin de pr&#244;ner une adh&#233;sion aveugle, dogmatique, &#224; une forme quelconque d'&#233;tiquette ou de r&#232;gles arbitraires, il accorde leur juste importance &#224; l'exp&#233;rience et au jugement de chacun. Le yi est ce sens du juste, cette capacit&#233; de juger par soi-m&#234;me de ce qu'il est &#233;quitable et judicieux de faire dans telles ou telles circonstances &#187;. Et elle ajoute : &#171; un esprit occidental ne manque pas de s'&#233;tonner de cette absence de crit&#232;res absolus, de valeurs abstraites, dans la &#8216;philosophie' de Confucius. Mais ce qui en fait l'originalit&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette intuition que le crit&#232;re du Juste change avec le temps et les circonstances. &#187; Au niveau politique, le souverain doit s'imposer par la bienveillance et non par la force : la notion-clef est l'harmonie plus que le pouvoir et surtout la contrainte. Il n'y a par ailleurs pas de r&#233;f&#233;rence proprement religieuse &#224; la morale, mais des r&#233;f&#233;rences historiques. En Chine le Ciel ne parle pas : c'est l'histoire qui d&#233;gage le sens des choses, et ce sens est moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est en outre pas une morale abstraite : c'est une morale enracin&#233;e dans des situations concr&#232;tes, et notamment dans un tissu de relations sociales qui commence par la famille et se r&#233;gule par ces &#8216;rites'. Si on se met soi-m&#234;me en ordre (moralement et en termes de sagesse) on rayonne sur sa famille, qui se met en ordre, puis de proche en proche la soci&#233;t&#233;, et enfin le monde et la nature. Mais en m&#234;me temps, cet ordre est en harmonie avec celui de l'univers par la m&#233;diation du pouvoir politique, au centre duquel est l'Empereur, Fils du Ciel, dont la m&#234;me harmonie int&#233;rieure est requise pour obtenir celle de l'ensemble. Le principe d'harmonie universelle li r&#233;git cela, un peu comme le droit naturel en Occident ; mais &#224; nouveau, la voie normale pour l'atteindre, plus que la raison, est le d&#233;veloppement du soi. Mais comme on le voit cela retrouve aussi certains points essentiels de la tradition occidentale classique (les vertus au sens aristot&#233;licien comme dispositions personnelles cultiv&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avantage de ces &#8216;rites', m&#234;me aujourd'hui, est d'impliquer ensemble des personnes de statut social diff&#233;rent. C'est ce qui explique qu'on ait en Asie une plus grande &#233;galit&#233; entre les personnes, en m&#234;me temps que ce souci des rites ; en effet, traditionnellement les puissants ne s'affirment normalement pas d'abord par la richesse ou le pouvoir. Et cela vaut notamment pour les relations entre professeurs et &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de voir comment le syst&#232;me occidental peut &#234;tre per&#231;u &#224; partir de l&#224;. Daniel A. Bell nous propose une critique int&#233;ressante de la pens&#233;e occidentale, du point de vue d'un confucianisme moderne. L'id&#233;e traditionnelle en Chine est selon lui qu'il faut &#233;tudier jusqu'&#224; 40 ans et plus, et ne commencer &#224; examiner le monde de fa&#231;on critique qu'apr&#232;s. En d&#233;veloppant trop t&#244;t l'esprit critique, on risque de d&#233;boucher sur une forme de relativisme. La m&#233;thode socratique ne va d&#232;s lors pas de soi, car elle favorise trop cet examen critique - Socrate avait d'ailleurs n&#233;glig&#233; sa famille. A l'id&#233;e d'un d&#233;veloppement de l'esprit critique chez les &#233;tudiants, suppos&#233;s penser par eux-m&#234;mes d&#232;s que possible, s'oppose le d&#233;veloppement de la capacit&#233; empathique &#224; comprendre les sentiments et le v&#233;cu des autres : il ne s'agit pas de gagner dans des d&#233;bats, mais de gagner les c&#339;urs, en comprenant ce que les autres vivent, en se souciant d'eux. Il faut donc &#234;tre r&#233;serv&#233; dans l'expression de ses critiques ; ce qui compte est le comportement effectif ult&#233;rieur : l'harmonie (mais id&#233;alement pas la conformit&#233;). Dit autrement, on ne peut critiquer efficacement que quand on a gagn&#233; la confiance. Il faut notamment se mettre en cause soi-m&#234;me avant de critiquer les autres, sinon on suscite hostilit&#233; et agression, et on d&#233;t&#233;riore les relations. La r&#233;ticente occidentale face aux campagnes moralisantes men&#233;es par l'Etat en Asie s'oppose, dit Bell, &#224; la recherche l&#224;-bas de tout ce qui va dans le sens de l'am&#233;lioration de soi, qui fait consid&#233;rer ces campagnes comme bienvenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On note par ailleurs la conception de l'universit&#233; comme formant des &#233;lites, &#224; pr&#233;parer comme telles. Le professeur est vu comme une autorit&#233; intellectuelle, aussi neutre que possible, mais donnant un exemple de sagesse et de vertu morale. Ce qui suppose que les professeurs soient juges du caract&#232;re moral des &#233;l&#232;ves et qu'on exige plus de vertu morale d'eux que des autres professions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le confucianisme en politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette conception, chacun a le devoir d'&#234;tre ce qu'il est dans la soci&#233;t&#233; ; plus que la subsidiarit&#233;, ce qui appara&#238;t est une forme de hi&#233;rarchie des r&#244;les. Au niveau politique, on doit gouverner pour le peuple, mais on sait que de toute fa&#231;on c'est une minorit&#233; qui gouverne ; ce qui importe est d'inculquer chez les dirigeants une forme d'humilit&#233; et le souci du peuple. Confucius consid&#232;re que le peuple est limit&#233; dans sa capacit&#233;, notamment parce qu'il n'a eu aucun acc&#232;s &#224; une formation ; mais il est d'autant plus important que les dirigeants s'occupent de lui ; et il doit y avoir r&#233;ciprocit&#233; entre sujet et souverain, m&#234;me si elle est in&#233;galitaire. Certes Mencius justifiait le meurtre du tyran, celui qui ne respecte pas les r&#232;gles morales et notamment les devoirs de son r&#244;le ; mais la tradition chinoise dominante n'a pas retenu cette id&#233;e, et plut&#244;t celle que l'empereur est l&#224; au service du peuple. Le confucianisme effectif est un gouvernement pour le peuple plus qu'un gouvernement du peuple. Dans un tel contexte, les &#8216;citoyens' peuvent attendre beaucoup de choses de l'Etat et notamment une aide n&#233;cessaire pour &#234;tre en s&#233;curit&#233;, nourris et prot&#233;g&#233;s ; une administration juste des affaires ; le r&#232;gne de la vertu par l'exemple ; un droit de remontrance filial ; et un certaine degr&#233; de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'on tend &#224; penser en Occident, l'importance de la dimension sociale et communautaire ne d&#233;bouche donc pas sur le pur r&#232;gne de la loi, tout au contraire, mais sur le sens que chacun doit avoir de la conduite appropri&#233;e, qui fait &#233;viter comme honteuses les erreurs de conduites. Le confucianisme donne, &#224; sa fa&#231;on, une grande responsabilit&#233; &#224; la personne dans l'ordonnancement politique, puisque l'id&#233;al est un gouvernement de la vertu qui inculque l'int&#233;riorisation des r&#233;f&#233;rences morales par l'exemple. Cet accent mis sur la culture du soi moral int&#233;rieur est critiqu&#233; comme na&#239;f par les Occidentaux, surtout dans la vie politique. Mais pour les Chinois ce sont les Occidentaux qui sont na&#239;fs en croyant qu'on peut faire vivre une soci&#233;t&#233; sur la base de vues h&#233;t&#233;roclites g&#233;r&#233;es par des r&#232;gles du jeu et de la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que dans la pratique, comme le montre l'histoire chinoise, la tentation du gouvernement autoritaire par la &#171; loi &#187; (la tradition de ce qu'on appelle dans ce contexte les &#8216;l&#233;gistes', c'est-&#224;-dire un r&#233;gime fond&#233; sur une r&#233;glementation stricte et sans exception, appuy&#233;e sur la force) a &#233;t&#233; constante. La premi&#232;re et la plus importante a &#233;t&#233; la construction imp&#233;riale. R&#233;alis&#233;e &#224; l'origine par les Qin (deux si&#232;cles avant JC) sur la base des principes l&#233;gistes appliqu&#233;s de fa&#231;on particuli&#232;rement brutale, le r&#233;gime a ensuite et tr&#232;s t&#244;t (avec les Han), fait sienne la doctrine confuc&#233;enne, plus ou moins rigidifi&#233;e, mais en gardant dans la pratique une bonne part de l'h&#233;ritage des &#8216;l&#233;gistes'. Les textes confuc&#233;ens, tr&#232;s humanistes, se sont transform&#233;s en textes sacr&#233;s. D'o&#249; un m&#233;lange &#233;tonnant, mais qui a dur&#233; plus de 20 si&#232;cles. Ce mode de fonctionnement imp&#233;rial est en Chine le seul mod&#232;le politique h&#233;rit&#233; et pr&#233;sent &#224; l'esprit de tous. Il est fond&#233; dans les comportements non pas sur la d&#233;lib&#233;ration, mais sur l'influence et la captation de la bienveillance du souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu, le mod&#232;le politique confuc&#233;en est celui de la famille ; &#224; l'autre bout de la soci&#233;t&#233;, l'autorit&#233; du souverain est celle du p&#232;re. On pourrait croire que cela &#233;limine tout espace entre ces deux p&#244;les. Mais en pratique un tel espace existe. Certes traditionnellement on estime que les associations n'ont de sens que si elles aident &#224; l'accomplissement des autres devoirs, &#224; dominante familiale ; mais cela mine le principe de l'association volontaire plus que sa pratique. Il y a eu en fait de nombreuses associations en Chine et depuis longtemps, et c'est ce qui ressemble le plus &#224; une soci&#233;t&#233; civile &#224; l'occidentale. Cela dit, contrairement &#224; l'Occident, l'espace qui leur &#233;tait laiss&#233; par l'Etat &#233;tait en principe contingent et r&#233;vocable, et la relation entre Etat et soci&#233;t&#233; civile fondamentalement d&#233;s&#233;quilibr&#233;e (elle le reste plus que jamais aujourd'hui). Une soci&#233;t&#233; civile v&#233;ritable suppose la reconnaissance d'une sph&#232;re priv&#233;e pleinement justifi&#233;e par elle-m&#234;me. Mais la place de la soci&#233;t&#233; civile chinoise reste &#224; la fois importante, pr&#233;caire et pas clarifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps d'autres souplesses apparaissent. Par exemple, la famille est &#224; extension variable selon le sens qu'on veut lui donner (du concept le plus &#233;troit au cercle le plus large). En fait les corps interm&#233;diaires ne sont pas vus comme des rameaux, &#233;ventuellement r&#233;unis entre eux, &#224; l'occidentale, mais comme des r&#233;alit&#233;s fluides et en interp&#233;n&#233;tration. Ils ne sont en outre pas compl&#232;tement s&#233;par&#233;s du gouvernement : soit pour le relayer, y compris dans des affaires &#8216;priv&#233;es' ; soit en sens inverse pour influencer la sph&#232;re politique (r&#244;le de la famille dans la vie politique et des affaires). En r&#233;sum&#233;, le confucianisme, et donc la tradition chinoise, ne contient pas une justification claire de l'autonomie des corps interm&#233;diaires, et il fait appel &#224; des arguments pragmatistes pour les appr&#233;cier ou arbitrer dans la pratique. Mais &#224; partir de la famille il leur fait une certaine place, quoique jamais compl&#232;tement autonome par rapport &#224; l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons enfin que contrairement &#224; ce qu'on pourrait penser, une certaine forme d'universalisme est possible sur ces bases. La notion de famille, qui est le mod&#232;le pour les autres relations sociales, est extensible selon les circonstances. Par application du ren, m&#234;me si on n'a pas de famille, on peut se cr&#233;er un lien avec les autres, en se souciant de leurs besoins. A la limite, cela peut int&#233;grer toute l'humanit&#233;, sous le double angle de la pi&#233;t&#233; filiale et de la fraternit&#233;. Sur le plan politique, la notion de fronti&#232;re n'est d&#232;s lors pas essentielle ; ce qu'on vise peut inclure tout ce qui est sous le ciel. On pense alors humanit&#233; plus que nation. Cela ne veut pas dire &#233;galit&#233; et cohabitation des cultures et nations ; il y a tr&#232;s clairement une culture sup&#233;rieure (chinoise) et elle doit se r&#233;pandre chez les barbares. Mais ce n'est pas non plus un imp&#233;rialisme, car elle ne recommande normalement pas l'usage de la force. Cela dit, Mencius para&#238;t justifier une forme d'interventionnisme ext&#233;rieur lorsque la population d'un autre pays souffre d'une tyrannie et appelle une intervention ext&#233;rieure pour en &#234;tre d&#233;livr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons dans une deuxi&#232;me article les conclusions qu'on peut essayer de tirer de cette pens&#233;e originale et puissante, pour la p&#233;riode actuelle et l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Confucianisme et soci&#233;t&#233; moderne (deuxi&#232;me partie) </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Confucianisme-et-societe-moderne-deuxieme-partie.html</link>
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		<dc:date>2021-12-14T09:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Confucianisme</dc:subject>
		<dc:subject>Chine et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le confucianisme a impr&#233;gn&#233; toutes les soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient, et explique par-l&#224; bien de leurs caract&#233;ristiques. Il conna&#238;t actuellement un regain en Chine, tant au niveau populaire que par r&#233;cup&#233;ration (plus ou moins abusive) dans la propagande du r&#233;gime ; ainsi que dans le champ intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela justifie de se pencher avec attention sur ses messages. Et cela d'autant plus que dans la comp&#233;tition mondiale des r&#233;gimes politiques, il peut avoir une influence d&#233;cisive sur ce qui parait pouvoir &#234;tre la puissance dominant le monde de demain &#8211; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose deux articles , le premier portant sur l'h&#233;ritage de la pens&#233;e confuc&#233;enne, le second sur sa pertinence actuelle, notamment dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me article : le confucianisme aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Confucianisme-+.html" rel="tag"&gt;Confucianisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Chine-et-democratie-+.html" rel="tag"&gt;Chine et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me article : le confucianisme et l'avenir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu dans un pr&#233;c&#233;dent article les principes de base du confucianisme. Voyons ce qu'il peut signifier aujourd'hui, sur la base de ce que nous disent les principaux auteurs n&#233;oconfuc&#233;ens actuels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le confucianisme face &#224; la soci&#233;t&#233; actuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va de soi que les soci&#233;t&#233;s asiatiques actuelles sont tr&#232;s &#233;loign&#233;es du mod&#232;le initial. L'influence des conceptions occidentales d'un c&#244;t&#233;, les &#233;volutions sociales et &#233;conomiques de l'autre, ont favoris&#233; l'individualisme &#8211; outre l'effondrement de la natalit&#233; partout, fruit indirect et paradoxal du souci de l'&#233;ducation. La vision confuc&#233;enne est tr&#232;s d&#233;cal&#233;e par rapport aux m&#233;tropoles d'aujourd'hui, fragment&#233;es, individualistes et globalis&#233;es, avec la culture de masse, la mobilit&#233; sociale, et les m&#233;dia. La culture que demande le confucianisme n'est pas facile &#224; d&#233;velopper dans ce contexte. Rappelons cependant que les traces de la tradition confuc&#233;enne restent consid&#233;rables. Le souci du consensus social reste fort. La discussion ne peut &#234;tre totalement libre car il y a les r&#232;gles morales et de d&#233;cence. M&#234;me &#224; Taiwan, le plus pays peut-&#234;tre libre et le plus ouvert de la zone, on cultive le consensus et on limite le pluralisme moral. Par exemple, les lois obligent les enfants &#224; s'occuper de leurs parents &#226;g&#233;s ; on r&#233;prime la pornographie et le journalisme &#224; sensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, on l'a vu, le confuc&#233;en tend &#224; voir les d&#233;saccords &#233;thiques comme quelque chose de regrettable : comme un manque d'information ou de formation. De m&#234;me au niveau collectif : le gouvernement des sages doit autant que possible &#233;liminer les d&#233;saccords. D'o&#249; le d&#233;fi pos&#233; par le pluralisme moderne : parce qu'il y a d&#233;saccord sur ce qu'est la vie bonne ; parce que le pouvoir risque d'imposer de fa&#231;on paternaliste ou moraliste ses vues ; parce qu'il y a risque permanent d'autoritarisme. D'autant que le confucianisme n'a pas la notion d'autonomie personnelle pour &#233;quilibrer, et que sa conception du bien est probl&#233;matique dans nos soci&#233;t&#233;s. Il reste que dans la perspective confuc&#233;enne une souplesse existe ; on peut avoir une pluralit&#233; ou m&#234;me des contradictions entre jugements moraux, notamment selon la grande vari&#233;t&#233; des circonstances. D'o&#249; l'importance du discernement, de la flexibilit&#233;, et du sens du temps appropri&#233;. Et on peut avoir des conclusions diff&#233;rentes selon les personnes, toutes deux respectables. De m&#234;me pour les rites, qui doivent &#234;tre eux aussi appropri&#233;s, et peuvent &#233;voluer dans le temps. En revanche s'agissant de d&#233;saccords de fond, il ne peut y avoir de d&#233;saccord raisonnable. Dans un tel cas, deux solutions : soit viser la perfection et intervenir, soit pr&#233;f&#233;rer la non-coercition. L'influence de la tradition l&#233;giste pousse alors au premier terme, alors que le deuxi&#232;me est plus confuc&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; confuc&#233;enne, on l'a vu, les relations humaines sont largement non instrumentales et la communication se r&#233;f&#232;re &#224; un d&#233;p&#244;t de discours communs partag&#233;s ; on a vu la recherche de l'harmonie et de la r&#233;conciliation. On per&#231;oit d&#232;s lors les choses autrement que dans l'individualisme dominant, avec son &#233;galit&#233; quantitative, son syst&#232;me &#233;conomique ne valorisant que le m&#233;rite mesurable, son &#8216;progr&#232;s' social mesur&#233; par des r&#232;gles formelles, et une insistance sur les droits individuels au d&#233;triment des responsabilit&#233;s sociales. Sur le plan de la loi et des coutumes, le point central pour le confuc&#233;en est de savoir comment cultiver des habitudes socialement productives. Dans ce syst&#232;me, il n'y a pas antagonisme oblig&#233; entre dirigeants et dirig&#233;s, ni pluralit&#233; de conceptions individuelles de la bonne vie ; la loi est un simple compl&#233;ment bureaucratique aux m&#339;urs, qui sont l'essentiel. Den outre, dans cette conception on ne peut construire une communaut&#233; sur la base d'une &#233;galit&#233; simple : chaque r&#244;le et fonction doit &#234;tre reconnu. Cela dit, chacun sait m&#234;me en Occident que des biens communs essentiels comme la famille, le m&#233;rite acad&#233;mique ou les associations sont des institutions non &#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de droits n'a pas naturellement sa place dans un tel contexte : ils sont donn&#233;s par la soci&#233;t&#233; et doivent &#234;tre d&#233;velopp&#233;s par l'&#233;ducation ; le recours &#224; la loi est jug&#233; n&#233;gatif car destructeur des rapports sociaux. On tend &#224; privil&#233;gier l'harmonisation des int&#233;r&#234;ts par rapport &#224; la pure d&#233;fense de droits individuels. Il faut d&#233;velopper alors les m&#233;canismes non l&#233;gaux : les pratiques et les valeurs importent plus que les droits. Le r&#244;le du langage et de la culture est ici essentiel. Pour nos auteurs, un des enjeux essentiels est l'enchantement du monde social : la culture est &#8216;enchant&#233;e' en cela qu'elle op&#232;re en nous avant tout niveau conscient. La s&#233;cularisation ou d&#233;mystification aboutit en revanche &#224; son d&#233;senchantement, d'o&#249; un monde post-culturel. Or l'art et l'exp&#233;rience esth&#233;tique sont essentiels pour toute soci&#233;t&#233;. Or une soci&#233;t&#233; confuc&#233;enne compl&#232;tement rationalis&#233;e est difficile &#224; imaginer. Si donc la d&#233;mocratie suppose le d&#233;senchantement, elle ne peut &#234;tre confuc&#233;enne. Comment alors s'inspirer du confucianisme ? A nouveau, les rites sont des moyens d'enchanter les choses. Ils sont bas&#233;s sur les personnes, leurs relations mutuelles, le moment et le lieu ; c'est une identit&#233; en action, qui vaut &#224; tout moment et pour tous les gestes de la vie, m&#234;me priv&#233;s, et elle est familiale : c'est de la famille que tout rayonne, et non d'une transcendance religieuse. Nos auteurs d&#233;duisent de ceci que si la d&#233;mocratie se d&#233;veloppe en Chine, elle doit le faire sur la base de pratiques culturelles et de mouvements venant naturellement de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit le dilemme n'est pas simple &#224; r&#233;soudre. Il faut reconna&#238;tre que partout en Asie les syst&#232;mes traditionnels confuc&#233;ens d'&#233;ducation ont disparu ou disparaissent, notamment les classiques, et sont remplac&#233;s par d'autres plus modernes. Par ailleurs, l'importance de l'&#233;ducation morale &#233;tait encore fortement soulign&#233;e dans les manuels r&#233;cents, mais cela &#233;volue. En revanche, les m&#233;dias y promeuvent une image d'uniformit&#233; individualiste, qui se veut lib&#233;r&#233;e et en r&#233;alit&#233; remplace un mod&#232;le par un autre. Ce mod&#232;le, r&#233;pandu partout, influence tout le monde ; mais il n'a pas &#233;t&#233; con&#231;u pour fournir une r&#233;f&#233;rence commune. La d&#233;mocratie supposerait un sentiment d'appartenance, mais elle ne diffuse pas une culture qui fournisse cette r&#233;f&#233;rence. La combinaison entre les deux est donc difficile : qui dit d&#233;mocratie dit lib&#233;ralisme, individualisme ; cela ne se relie pas avec les valeurs confuc&#233;ennes. Les enseignants cor&#233;ens disaient que ces derni&#232;res valent dans la sph&#232;re familiale, mais pas dans celle publique, o&#249; pr&#233;vaut la d&#233;mocratie. Mais cette dichotomie ne s'est av&#233;r&#233;e pas durable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Perspectives du confucianisme politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un recueil collectif r&#233;cent (&lt;i&gt;Confucianism for the Modern World&lt;/i&gt;), les auteurs proposent l'id&#233;e de d&#233;mocratie personnaliste, dans laquelle le sens du groupe, de la consultation mutuelle, de la d&#233;cision collective per&#231;ue comme plus s&#251;re que la d&#233;cision individuelle, permet d'&#233;viter les ph&#233;nom&#232;nes d'exclusion caract&#233;ristiques de nos d&#233;mocraties. Certains &#233;l&#233;ments import&#233;s avec la d&#233;mocratie occidentale leur posent probl&#232;me : ainsi la relativisation des &#8216;rites' au profit du formalisme juridique ; ou l'insistance sur le droit au d&#233;triment de la responsabilit&#233; sociale. Pour r&#233;soudre les disputes, la m&#233;diation &#233;tait le moyen pr&#233;f&#233;r&#233; dans la Chine traditionnelle, plus que la poursuite en justice ; celle-ci est vue comme socialement n&#233;gative, et &#233;go&#239;ste. On vise avant tout la r&#233;conciliation, l'harmonie. Dans cette optique, le sens de la communaut&#233; est absent des Lumi&#232;res ; il n'y a pas de &#8216;fraternit&#233;'. Il faut au contraire remplacer l'int&#233;r&#234;t de l'individu par la r&#232;gle d'or, le souci du commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e occidentale de constitution, disent-ils, m&#233;lange deux concepts contradictoires : une confiance dans le peuple pour gouverner, mais une m&#233;fiance envers le pouvoir de la majorit&#233;. L'id&#233;e est en tout cas de restreindre le pouvoir gouvernemental. Or pour le confuc&#233;en ce qui est le plus important est la culture des citoyens, l'harmonie entre leurs dispositions int&#233;rieures et l'ordonnancement public. Mais nos auteurs admettent que ce peut &#234;tre une m&#233;thode commode pour un gouvernement autoritaire : il faut donc le combiner avec le constitutionnalisme occidental, et admettre que le confucianisme est &#233;volutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine la politique est d'abord l'art d'obtenir une harmonie politique &#8211; et pas le pluralisme occidental comme tel, avec une proc&#233;dure pour d&#233;cider. L'id&#233;e est plut&#244;t que les int&#233;r&#234;ts doivent pouvoir se concilier. On insiste sur la flexibilit&#233; et non les dogmes, la pratique plus que la th&#233;orie. On s&#233;duit et manipule plus qu'on n'en appelle &#224; des principes g&#233;n&#233;raux. Ou alors c'est la violence (celle des &#8216;l&#233;gistes'). On insiste donc sur l'agent unificateur, le dirigeant. D'o&#249; l'importance donn&#233;e au langage et &#224; la formulation correcte de la politique suivie. Car l'accent est mis sur la dimension performative du langage ; la langue est une pratique sociale. Et peu d'importance est donn&#233;e au choix moral autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nos auteurs, il faut &#224; la fois des droits et des rites ; ils sont compl&#233;mentaires. Si on insiste trop sur les rites comme les confuc&#233;ens, on menace la libert&#233; de pens&#233;e ; les rites soutiennent une hi&#233;rarchie et assurent la solidarit&#233; de la soci&#233;t&#233;. En Chine on tend &#224; voir les droits comme de simples int&#233;r&#234;ts, et non comme des principes moraux. Mais selon Tu Weiming le confucianisme repens&#233; peut aider &#224; inscrire les droits dans le langage commun de l'humanit&#233;, car il permet leur enracinement dans la culture locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;galit&#233; est une autre divergence majeure avec l'Occident. C&#244;t&#233; dirigeants, il faut transparence et acceptation de la responsabilit&#233; (&lt;i&gt;accountability&lt;/i&gt;) envers tous ; mais pour que des dirigeants soient responsables, il faut qu'ils soient disciplin&#233;s. Or paradoxalement, avec la d&#233;mocratie moderne, les dirigeants sont plac&#233;s plus hauts que des monarques : on trouve en effet &#233;trange l'id&#233;e de les sermonner sur le plan moral. Comme le d&#233;veloppe Tongdong Bai notamment dans son livre au titre &#233;vocateur &lt;i&gt;Against Political Equality&lt;/i&gt;, les premiers confuc&#233;ens ont tr&#232;s t&#244;t per&#231;u que les masses n'avaient pas la capacit&#233; n&#233;cessaire &#224; prendre des d&#233;cisions politiques saines. Mais en m&#234;me temps l'Etat, dit Mencius, est l&#224; au service du peuple. Il semble donc que le peuple a la capacit&#233; de juger s'il est satisfait ou non du gouvernement, mais pas de d&#233;cider ce qui peut le satisfaire : appr&#233;cier et non d&#233;cider. Il ajoute que le principe &#171; une personne, un vote &#187; cr&#233;e un sentiment anti-&#233;lite st&#233;rile, et surtout ne tient pas compte de ceux qui ne votent pas : les futures g&#233;n&#233;rations, les &#233;trangers, etc. Les int&#233;r&#234;ts de ceux qui parlent haut et fort l'emportent sur ceux des autres. Par ailleurs, les questions complexes d'aujourd'hui d&#233;passent totalement la comp&#233;tence de la plupart des gens. En outre dit-il, aujourd'hui se tenir inform&#233; est presque impossible ; et beaucoup de gens peuvent l&#233;gitimement pr&#233;f&#233;rer d'autres centres d'int&#233;r&#234;t plus personnels que la vie politique. Cela d&#233;bouche sur une id&#233;e de r&#233;gime politique hybride : on cherchera &#224; r&#233;duire l'influence des citoyens incomp&#233;tents, mais on exigera des gouvernants le souci du bien commun, car leur statut repose sur le fait de servir le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le confucianisme actuel dans la pratique en Chine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre relativement r&#233;cent (&lt;i&gt;Le Sage et le peuple - Le renouveau confuc&#233;en en Chine&lt;/i&gt;), S&#233;bastien Billioud et Jo&#235;l Thoraval analysent le confucianisme dans la Chine actuelle, et notent une multiplicit&#233; de niveaux : le niveau populaire spontan&#233;, qui y voit une r&#232;gle de vie ou un mod&#232;le &#233;ducatif ; le niveau officiel, qui y voit un rappel de la tradition nationale chinoise, combin&#233; &#224; un appel &#224; la moralit&#233; et au respect de l'autorit&#233; ; l'un et l'autre s'ajoutant enfin au confucianisme des intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est avec le niveau officiel que le rapport est le plus ambigu. Dans la Chine actuelle, on cite &#224; l'occasion Confucius, et on organise des manifestations en son honneur (ou les laisse se produire). Mais deux caract&#233;ristiques du r&#233;gime sont l'id&#233;ologisation (en th&#233;orie, marxiste) et la marchandisation de la culture. D'o&#249; la contradiction performative des manifestations officielles : c'est en pratique un Confucius sans confucianisme ; il n'y a pas d'int&#233;riorisation, mais une rationalisation instrumentale. Cela ressemble d'ailleurs surtout &#224; des meetings politiques mao&#239;stes, avec une allure martiale et une population h&#233;t&#233;roclite. Or le mao&#239;sme tient bien plus des &#8216;l&#233;gistes', d'ailleurs admir&#233;s par Mao, que de Confucius, qu'il a combattu &#233;nergiquement. S'il y a donc bien une sorte d'approbation publique de Confucius dans le discours officiel chinois actuel, contrastant avec la critique de la d&#233;mocratie lib&#233;rale dans ce m&#234;me discours, les confuc&#233;ens, int&#233;rieurs ou ext&#233;rieurs, sont eux assez critiques du gouvernement chinois, celui de Mao &#233;videmment, mais aussi le r&#233;gime actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela contraste fortement avec la position bien plus forte du confucianisme &#224; Taiwan : son rayonnement relatif s'y appuie sur des organisations religieuses autonomes, pluralistes et &#339;cum&#233;niques. A P&#233;kin il y a une volont&#233; de contr&#244;le id&#233;ologique, d'o&#249; une diffusion restreinte et trop format&#233;e de l'h&#233;ritage culturel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du confucianisme proprement dit, la question de l'avenir reste ouverte. Un retour &#224; une soci&#233;t&#233; pleinement confuc&#233;enne reste &#233;videmment improbable. Mais trois points m&#233;ritent une attention particuli&#232;re, compte tenu de l'importance de l'Asie et notamment de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est de garder en m&#233;moire l'arri&#232;re-plan d'impr&#233;gnation confuc&#233;enne dans toutes ces cultures, qui explique bien des comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est la le&#231;on qu'on peut tirer pour nous d'une tradition de pens&#233;e qui pr&#233;sente de fortes affinit&#233;s avec la pens&#233;e classique occidentale, malgr&#233; ses limites et des diff&#233;rences &#233;videntes. Notamment dans son souci de la communaut&#233;, du bien commun, et de la morale sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me est d'aider &#224; penser l'exp&#233;rience politique chinoise actuelle, notamment avec Xi Jinping, qui hybride le mao&#239;sme et la tradition des &#8216;l&#233;gistes' avec des &#233;l&#233;ments de confucianisme (au moins au niveau verbal), et se pr&#233;sente comme une alternative &#224; la d&#233;mocratie occidentale : gouvernement d'une &#233;lite issue du peuple, mais pr&#233;tendant &#339;uvrer pour le peuple, en pratique d'une main de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>O&#249; va le r&#233;gime chinois ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Ou-va-le-regime-chinois.html</link>
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		<dc:date>2020-03-24T10:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Chine et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le cadre th&#233;orique chinois du r&#233;gime reste stable, mais il y a une consid&#233;rable inflexion sous Xi Jinping, par rapport &#224; Deng Xiaoping et m&#234;me Jiang Zemin et Hu Jintao, qui se placent entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais malgr&#233; la rh&#233;torique d&#233;ploy&#233;e, nettement mao&#239;ste, ce n'est cependant pas un pur retour au mao&#239;sme, il reste m&#234;me assez partiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-il &#233;voluer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Chine-.html" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Chine-242-+.html" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Chine-et-democratie-+.html" rel="tag"&gt;Chine et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le motif de la question nous est donn&#233; par la sensible inflexion du r&#233;gime sous Xi Jinping. Le cadre th&#233;orique du r&#233;gime reste stable, mais il y a une consid&#233;rable inflexion par rapport &#224; Deng Xiaoping, et m&#234;me Jiang Zemin et Hu Jintao, qui se situent entre les deux. C'est notamment un durcissement : le culte de la personnalit&#233; revient, la r&#233;pression de la soci&#233;t&#233; civile est syst&#233;matique, et plus particuli&#232;rement celle des religions. L'exigence nouvelle &#224; leur &#233;gard est qu'elles servent de relais au parti, en en int&#233;riorisant l'id&#233;ologie et les priorit&#233;s. La lutte est m&#233;thodique contre tout ce qui ressemble &#224; des r&#233;seaux un tant soit peu significatifs (en termes de taille, ou de diss&#233;mination r&#233;gionale), s'ils viennent de la base et non du parti. L'opacit&#233; de la relation au pass&#233; est encore plus grande, notamment par rapport &#224; l'&#233;poque mao&#239;ste ou plus r&#233;cente. Sans parler &#233;videmment du recours massif &#224; la technologie pour assurer le contr&#244;le (reconnaissance faciale, et syst&#232;me de notation sociale personnelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la rh&#233;torique d&#233;ploy&#233;e, nettement mao&#239;ste, ce n'est cependant pas un pur retour au mao&#239;sme ; il reste m&#234;me assez partiel. En revanche, la d&#233;viation est importante par rapport au r&#233;gime Deng, et &#224; ses successeurs, non dans l'appareillage, mais dans la pratique, consid&#233;rablement moins pragmatique. On en garde certes la base &#233;conomique dans son principe, mais on renforce massivement l'appareil d'Etat, et sans corriger sa faiblesse : la non-rentabilit&#233; et le recours massif &#224; l'endettement. De plus, il y a d&#233;sormais un contr&#244;le rigide de tout ce qui bouge, ce qui diminue consid&#233;rablement la capacit&#233; d'&#233;coute du syst&#232;me telle qu'elle pouvait exister du temps de Deng et de ses successeurs, et qui en faisait la force ; et cela fait dispara&#238;tre la plupart des soupapes pour les m&#233;contentements, ainsi que le d&#233;but de construction timide d'une &#8216;soci&#233;t&#233; civile', notamment associative. D'o&#249; un risque important de perte d'efficacit&#233;, m&#234;me dans des domaines non politiques. On en a eu un exemple spectaculaire avec le d&#233;marrage rat&#233; de la lutte contre le coronavirus. Il y a donc de consid&#233;rables vuln&#233;rabilit&#233;s &#224; la base. Inversement, dans ce m&#234;me cas la ma&#238;trise ult&#233;rieure de la contagion est mise en avant par le r&#233;gime comme preuve de sa sup&#233;riorit&#233; sur les pays occidentaux &#8211; ce qui pour fonctionner supposera bien s&#251;r que les annonces soient confirm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais par-l&#224;, le r&#233;gime s'&#233;loigne de la possibilit&#233; de ce qui pourrait &#234;tre une synth&#232;se politique, analogue &#224; celle qui a fait le succ&#232;s et la long&#233;vit&#233; du r&#233;gime imp&#233;rial (21 si&#232;cles, un record mondial). A l'&#233;poque, la deuxi&#232;me dynastie, les Han, avaient brillamment combin&#233; deux facteurs en les adaptant. L'un est le syst&#232;me de puissance, parfaitement totalitaire, mont&#233; par ces gens cyniques mais froidement r&#233;alistes qu'on appelle les &#8216;l&#233;gistes', comme Han Fei, et qui a &#233;t&#233; la base de l'unification du pays par Qin Shi Huangdi et la premi&#232;re dynastie. La seconde est le confucianisme, doctrine de r&#233;f&#233;rence humaniste, fond&#233;e sur la bienveillance, des m&#339;urs &#233;duqu&#233;es, et une l&#233;gitimit&#233;, confucianisme qui avait &#233;t&#233; sauvagement pers&#233;cut&#233; par les Qin. On aurait donc pu imaginer que, &#224; d&#233;faut d'un changement de r&#233;gime, le r&#233;gime s'oriente vers une synth&#232;se analogue, entre le brutal appareil de pouvoir mao&#239;ste et une r&#233;surgence de formes civilis&#233;es, confuc&#233;ennes ou autres. Au contraire, avec Xi on glisse en arri&#232;re vers un syst&#232;me de type &#8216;l&#233;giste'. L'insistance de Xi sur le r&#232;gne de la loi (vocabulaire qui n'est d'ailleurs pas mao&#239;ste) doit &#234;tre interpr&#233;t&#233;e dans ce sens : ce n'est pas notre &#8216;rule of law' ; ce sont des m&#233;canismes de r&#233;gulation certes plus formalis&#233;s que pr&#233;c&#233;demment, mais toujours avec la pens&#233;e du parti derri&#232;re, et le recours &#224; l'arbitraire lorsque besoin est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;tranger, la situation est analogue : certes, on a la spectaculaire initiative des routes de soie, une pr&#233;sence massive en Afrique etc. Mais cette action est tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on avait connu avec le mao&#239;sme : on utilise massivement les ressources de la puissance (technologie, financements, arm&#233;e etc.), mais pas d'id&#233;ologie. Tout se passe donc comme si le r&#233;gime substituait une arrogance relative et la d&#233;monstration de force &#224; la construction patiente et au d&#233;but de &#8216;soft power' qui paraissaient en cours d'exploration ; strat&#233;gie qui pourrait se confirmer moins payante. De fait, le bras de fer avec Trump ne s'est pas r&#233;v&#233;l&#233; tellement &#224; leur avantage, au moins en termes de perception, y compris semble-t-il en interne. Mais cela peut changer avec le virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; donc, finalement, le recours verbal au mao&#239;sme ne doit pas tromper : on en garde le potentiel de r&#233;surgence autoritaire plus que le &#8216;soft power' ou la vraie base id&#233;ologique, dont il ne reste que l'apologie d'un syst&#232;me autoritaire qui dans son usage externe se pr&#233;sente paradoxalement comme pragmatique et peu id&#233;ologique. On notera d'ailleurs aussi le contraste total entre le d&#233;sordre organis&#233; de la r&#233;volution culturelle, m&#234;me promu par en-haut, et la chape de plomb administrative qui se met en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle peut alors &#234;tre l'&#233;volution future ? Si on admet le maintien vraisemblable de l'efficacit&#233; du contr&#244;le par le r&#233;gime, cela exclut une r&#233;volution, dont l'issue serait d'ailleurs impr&#233;visible. D&#232;s lors l'&#233;volution ne peut &#234;tre qu'interne ; mais elle est non seulement possible, mais probable. Une erreur r&#233;pandue est en effet de voir ces r&#233;gimes comme monolithiques et immuables. Or un exemple majeur du contraire a &#233;t&#233; le renversement tr&#232;s profond qui s'est op&#233;r&#233; fin des ann&#233;es 70, entre la R&#233;volution culturelle et la ligne Deng. Un tel glissement est possible dans les deux sens, comme on le voit avec Xi qui corrige &#224; son tour la vague Deng.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est difficile &#224; anticiper du dehors. C'est pourtant important dans une perspective g&#233;opolitique : nous proc&#233;derons donc par sc&#233;narios. Dans cette r&#233;flexion, un exemple ant&#233;rieur suggestif pour l'esprit peut nous &#234;tre fourni par le Japon imp&#233;rial d'apr&#232;s Meiji, r&#233;gime lui aussi oligarchique et assez opaque, et travers&#233; de forces multiples. On pourrait proposer alors deux sc&#233;narios. Le sc&#233;nario 1 serait un retour &#224; la ligne ant&#233;rieure, type Deng. Cela ressemblerait au Japon de l'&#232;re Taish&#333;, appel&#233; un peu abusivement la d&#233;mocratie de Taish&#333;, autour de la premi&#232;re guerre mondiale (1912-1926), mais avec un potentiel de projection externe bien sup&#233;rieur. Dans le cas de la Chine, cela ne signifierait sans doute pas la diminution de la pr&#233;sence mondiale ni de son intensification, mais le retour &#224; une ligne plus souple, moins arrogante ; peut-&#234;tre dans le sens d'un &#8216;soft power' &#224; plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; tort ou &#224; raison le Japon de Taish&#333; s'&#233;tait senti rejet&#233; par les puissances occidentales du temps. Le scenario 2 a &#233;t&#233; d&#232;s lors ensuite celui du glissement vers le militarisme. C'est ce qu'on per&#231;oit mal en Europe, car le ph&#233;nom&#232;ne y &#233;tait tr&#232;s diff&#233;rent des fascismes divers : en effet il a &#233;t&#233; non pas le fruit de la prise de pouvoir par un mouvement politique nouveau, encore moins r&#233;volutionnaire, mais d'un glissement au sein m&#234;me du r&#233;gime, qui s'est radicalis&#233; au travers de sa branche militaire. Une telle radicalisation est alors difficilement arr&#234;table dans de tels modes de fonctionnement opaques et apparemment consensuels, et, comme on l'a vu, elle peut vite devenir tr&#232;s d&#233;raisonnable. Et dans ce pr&#233;c&#233;dent, le r&#244;le moteur central a &#233;t&#233; l'ext&#233;rieur, la confrontation avec la situation internationale. C'est ce qui peut se passer en Chine. Bien s&#251;r, parmi les diff&#233;rences majeures entre la Chine actuelle et le Japon d'alors, il y a le fait que ce dernier &#233;tait imp&#233;rialiste et guerrier d&#232;s ses d&#233;buts, sous Meiji, ce qui n'&#233;tait pas le cas de la Chine jusque r&#233;cemment. De plus, on peut imaginer que dans le cas de celle-ci, le r&#244;le des facteurs internes sera beaucoup plus important, comme il l'est depuis 1949. Il est possible donc que dans ce sc&#233;nario on ait plus une involution paroxystique qu'un d&#233;bordement ext&#233;rieur. Mais la tentation d'un exutoire externe peut &#234;tre aussi tr&#232;s forte. La marmite est donc &#224; surveiller de pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci peut donner des indications sur la conduite &#224; tenir &#224; l'&#233;gard de la Chine. D'un c&#244;t&#233;, il ne faut pas baisser la garde, tout au contraire, mais remettre en cause l'effarante complaisance occidentale envers elle sur les plans commerciaux, industriels et technologiques. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, une attitude trop agressive, et notamment trop id&#233;ologique, peut contribuer &#224; acc&#233;l&#233;rer une d&#233;rive &#233;ventuelle du r&#233;gime, sans apporter de r&#233;sultat positif. De ce point de vue, la tentation actuelle des d&#233;mocrates am&#233;ricains, posant la question en termes d'opposition id&#233;ologique dure, n'est sans doute pas la plus adapt&#233;e, compar&#233;e &#224; ce qu'on pourrait appeler un pragmatisme muscl&#233; &#233;vitant la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma &lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/ou-va-le-regime-chinois/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/ou-va-le-regime...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Relations internationales et antagonismes id&#233;ologiques</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Relations-internationales-et-antagonismes-ideologiques.html</link>
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		<dc:date>2019-11-06T11:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>
		<dc:subject>Islamisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; du sch&#233;ma des relations internationales classique depuis les trait&#233;s de Westphalie, fond&#233; sur des rapports entre entit&#233;s plus ou moins souveraines, d'autres facteurs sont r&#233;guli&#232;rement venus colorer ces relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voque ici un type d'opposition caract&#233;ristique de l'&#233;poque moderne au sens large : les conflits id&#233;ologiques. Islam, Chine, populisme : o&#249; en est-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est ce que cela signifie pour l'avenir de l'id&#233;ologie occidentale dominante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; sur G&#233;opragma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Islamisme-+.html" rel="tag"&gt;Islamisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; initialement par G&#233;opragma, comme Billet du lundi du 04/11/2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/index.php/2019/11/04/relations-internationales-et-antagonismes-ideologiques/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/index.php/2019/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; du sch&#233;ma des relations internationales classique depuis les trait&#233;s de Westphalie, fond&#233; sur des rapports entre entit&#233;s plus ou moins souveraines, d'autres facteurs sont r&#233;guli&#232;rement venus colorer ces relations. On peut citer ici les conflits de civilisations chers &#224; S. Huntington, bien qu'historiquement on trouve peu d'exemples o&#249; un conflit significatif oppose ce qu'on peut d&#233;crire comme deux aires de civilisation (voir un billet pr&#233;c&#233;dent). M&#234;me si des diff&#233;rences culturelles profondes ont souvent contribu&#233; &#224; renforcer les antagonismes et &#224; les radicaliser : les conflits &#233;taient et sont en g&#233;n&#233;ral d'abord des conflits entre puissances. Ce n'est que dans le cas de l'Islam que ce terme pouvait acqu&#233;rir plus de vraisemblance, dans son opposition avec le monde chr&#233;tien d'un c&#244;t&#233;, le monde hindou de l'autre. Mais justement l'Islam est sp&#233;cifique par l'association &#233;troite qu'il fait entre religion et politique, et donc sa proximit&#233; potentielle avec une id&#233;ologie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous conduit &#224; mettre en lumi&#232;re une autre type d'opposition, plus caract&#233;ristique de l'&#233;poque moderne au sens large, qui sont les conflits id&#233;ologiques. La guerre froide vient imm&#233;diatement ici &#224; l'esprit, mais la seconde guerre mondiale dans une tr&#232;s large mesure aussi ; voire la premi&#232;re, du moins si on prend au pied de la lettre la propagande de l'&#233;poque. Comme si, &#224; l'&#233;poque d&#233;mocratique tout particuli&#232;rement, il fallait justifier les conflits par autre chose que les simples oppositions de puissance : par des oppositions entre un bien et un mal, moyennant bien s&#251;r simplification &#233;ventuellement caricaturale de la r&#233;alit&#233;. Cette opposition id&#233;ologique n'oblit&#232;re &#233;videmment pas la dimension de conflit de puissance, &#233;vidente dans tous ces cas, mais elle lui donne une caract&#232;re et une intensit&#233; toutes particuli&#232;res ; elle peut en outre orienter les d&#233;cisions prises, du fait de sa logique propre. C'est cette &#233;poque qu'on a pu croire un bref instant termin&#233;e en 1991 avec la fin de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il aujourd'hui ? Apparemment la domination de ce qu'on peut appeler l'id&#233;ologie occidentale, est consid&#233;rable sinon massive : elle donne sa substance au discours international de tout c&#244;t&#233;, depuis les d&#233;bats de l'ONU jusqu'aux argumentaires donn&#233;s par les faucons am&#233;ricains, en Iraq et ailleurs. Id&#233;ologie utilis&#233;e abondamment pour justifier des politiques, et notamment des interventions ici ou l&#224;, militaires ou non. Mais sans qu'il y ait d&#233;sormais un adversaire id&#233;ologique clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives pour dresser une protestation, ou un d&#233;but d'alternative, sinc&#232;re ou pas, contre cette id&#233;ologie dominante sont timides et locales. C'est m&#234;me vrai dans le cas de l'islamisme, sous ses diff&#233;rentes formes. Certes il repr&#233;sente un ph&#233;nom&#232;ne majeur. Soit comme pr&#233;texte &#224; intervention, soit comme boutefeu, il peut jouer un r&#244;le important dans les &#233;v&#232;nements. Mais il ne se situe pas &#224; ce stade au niveau des grands rapports de force entre puissances, car il faudrait pour cela qu'une vraie puissance l'incarne. Sur la sc&#232;ne internationale il s'exprime en fait surtout sous la forme sp&#233;cifique du terrorisme, dont la connexion avec de vraies puissances reste limit&#233;e. Certes un certain islamisme militant est revendiqu&#233; sous des formes diverses et souvent antagonistes par l'Arabie saoudite, l'Iran, et d'autres comme de plus en plus la Turquie. La premi&#232;re r&#233;pand sa version rigide et extr&#234;me de l'Islam, &#224; coups de dizaines de milliards, depuis plus de 50 ans (avec ses amis ou rivaux du Golfe), mais sans f&#233;d&#233;rer un v&#233;ritable camp structur&#233; comme tel. L'&#233;ventail de ses amis est pour le moins &#233;clectique. Le second a su rassembler et mobiliser les communaut&#233;s chiites dans un arc traversant tout le Moyen Orient, qui a actuellement le vent en poupe, mais sans sortir de ce cousinage par nature limit&#233;. Le chiisme reste fort peu missionnaire. La Turquie, importante comme puissance r&#233;gionale, est peu suivie comme leader et reste &#224; dominante nationaliste. Dans les faits donc, m&#234;me si l'id&#233;ologie conditionne ces antagonismes et d'autres, le conflit de puissances reste pr&#233;pond&#233;rant au niveau des relations de pouvoir. Reste que la r&#233;surgence ind&#233;niable de l'islamisme est un fait g&#233;opolitique majeur, qui peut l'&#234;tre plus encore &#224; l'avenir, si elle conduit &#224; une modification suffisante des &#233;quilibres internes, et par l&#224; des priorit&#233;s des pays concern&#233;s. C'est donc dans la patte humaine des pays musulmans qu'est l'enjeu, avant les relations internationales entre puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre source majeure d'alternative id&#233;ologique, potentiellement plus massive et plus significative, est l'&#233;volution possible de la Chine. Au stade actuel, l'ancien antagonisme entre marxistes et occidentaux ne joue plus de r&#244;le significatif au niveau mondial. Mais la Chine reste fond&#233;e sur des principes ind&#233;niablement diff&#233;rents et antagonistes de ceux qui constituent la doxa internationale, notamment am&#233;ricaine. A ce stade, cela ne prend pas chez elle la forme d'un programme id&#233;ologique conqu&#233;rant. On peut m&#234;me avancer que sa situation id&#233;ologique interne n'est elle-m&#234;me pas stabilis&#233;e : il est clair que le r&#233;gime cherche une justification &#224; ce niveau, mais pour r&#233;ussir il faudrait que cela prenne une forme diff&#233;rente et surtout plus &#233;labor&#233;e. Elle pourrait tourner autour de l'id&#233;e actuellement latente d'un r&#233;gime &#171; &#233;clair&#233; &#187;, poss&#233;dant une vision &#224; long terme, qui est d&#233;gag&#233;e et mise en &#339;uvre par des &#233;lites intellectuelles et sociales elles-m&#234;mes s&#233;lectionn&#233;es &#224; partir du peuple par le tamis du parti : on m&#234;lerait ainsi une certain h&#233;ritage l&#233;niniste plus ou moins mao&#239;ste (cher au pr&#233;sident chinois actuel) avec des &#233;l&#233;ments de confucianisme r&#233;cup&#233;r&#233; (l'id&#233;e ancienne d'une &#233;lite suppos&#233;e vertueuse au service du peuple, mue par le culte de la moralit&#233; publique). Mais la formalisation th&#233;orique de cela reste &#224; ce stade limit&#233;e et d&#233;ficiente, et non exportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade donc la Chine n'est pas m&#251;re pour jouer un r&#244;le international significatif &#224; ce niveau, m&#234;me si dans son mode d'intervention on voit l'impact de la diff&#233;rence avec les pays occidentaux, notamment dans son indiff&#233;rence affich&#233;e &#224; toute &#171; d&#233;mocratisation &#187; dans les pays qu'elle aide. Ajoutons que la tradition chinoise s&#233;culaire &#233;tait plus introvertie que messianique ; m&#234;me si la Chine ancienne avait progressivement assimil&#233; des zones vastes, gr&#226;ce &#224; son mod&#232;le culturel et politique attractif pour ses voisins ou les pays domin&#233;s. Mais outre qu'elle n'a plus cette puissance d'attraction &#224; ce stade, sous cette forme cela ne donnerait de r&#233;ponse que pour les pays de son environnement imm&#233;diat, culturellement proches (Japon, Cor&#233;e, Vietnam) &#8211; et ce n'est en rien le cas actuellement. En bref la Chine actuelle commence &#224; faire sentir sa puissance, mais elle rayonne bien plus par son pragmatisme que par son mod&#232;le ou ses id&#233;es. Elle n'a en outre aucune exp&#233;rience historique des relations de puissance. Mais le temps travaille pour elle. Et &#224; terme, on ne peut pas exclure qu'elle construise un mod&#232;le alternatif plus puissant, id&#233;ologiquement rival du mod&#232;le am&#233;ricain ou occidental. On peut par ailleurs trouver dans la tradition chinoise ancienne, si elle est quelque peu revisit&#233;e, un mod&#232;le politique fort, et m&#234;me des motifs &#224; interventionnisme, y compris sur base moralisante ; ainsi chez Mencius, successeur principal de Confucius, qui justifiait la guerre s'il s'agit d'&#233;liminer des &#171; tyrans &#187; opprimant leur peuple. La situation reste donc mouvante et pourrait nous surprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres sources encore peuvent &#233;merger &#224; terme long : pensons &#224; une civilisation ancienne comme celle de l'Inde, d&#233;sormais en voie d'affirmation politique elle aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas inint&#233;ressant de consid&#233;rer un autre cas beaucoup plus d'actualit&#233;, quoique bien moins dramatique que les exemples cit&#233;s : celui des populismes. Bien entendu les mouvements ou personnages class&#233;s comme tels sont cens&#233;s faire partie du monde des d&#233;mocraties &#224; l'occidentale. En outre, ils sont h&#233;t&#233;rog&#232;nes, et ne constituent ni un front ni m&#234;me une alliance. Rien ne dessine &#224; ce stade un antagonisme d'ensemble entre eux et les autres r&#233;gimes se disant d&#233;mocratiques. N&#233;anmoins la mani&#232;re dont ils sont per&#231;us, tant par les m&#233;dias que par la diplomatie de ces autres pays, pr&#233;sente des traits caract&#233;ristiques, o&#249; la dimension id&#233;ologique (en l'esp&#232;ce de r&#233;probation) est manifestement pr&#233;gnante : PIS polonais, Orban, Lega de Salvini, Brexiters &#224; la Boris Johnson, personnages comme Trump ou Bolsonaro sont fondamentalement ressentis dans le discours dominant comme des anomalies moralement condamnables, dans leur discours m&#234;me. On les rapproche parfois m&#234;me d'un autre r&#233;prouv&#233; comme V. Poutine, malgr&#233; les diff&#233;rences &#233;videntes &#8211; mais justement ce rapprochement est symptomatique. Certes, le ph&#233;nom&#232;ne n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts, et peut faire long feu. Le succ&#232;s ou l'&#233;chec du Brexit, l'avenir politique de D. Trump, l'&#233;volution de l'Est de l'Europe ou de l'Italie seront ici des tournants importants, parmi d'autres. Certes, m&#234;me si le ph&#233;nom&#232;ne subsiste, la possibilit&#233; d'un front de tout ou partie de ces dirigeants para&#238;t plut&#244;t improbable &#224; ce stade. Mais on ne pourrait pas exclure qu'une fracture durable s'installe dans la belle unanimit&#233; ant&#233;rieure, colorant alors les relations internationales de fa&#231;on appr&#233;ciable, vu l'importance des pays concern&#233;s. Le consensus id&#233;ologique occidental pourrait se trouver alors fortement alt&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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