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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Soci&#233;t&#233;s fragment&#233;es et dilemmes politiques</title>
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		<dc:date>2021-11-29T09:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Individualisme</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233; fragment&#233;e</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous vivons d&#233;sormais dans un pays et une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment fragment&#233;s, comme le montre entre autres J&#233;rome Fourquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les &#233;l&#233;ments qui permettaient traditionnellement de construire un sentiment de communaut&#233; sont remis en cause ou en tout cas relativis&#233;s. La consommation l'emporte, et c'est une chose individuelle. M&#234;me si elle d&#233;bouche sur des mouvements gr&#233;gaires, car une foule n'est pas une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions l'offre politique est difficile et l'insatisfaction domine. M&#234;me l'opposition entre localisme et mondialisme reste impr&#233;cise et regroupe des ensembles h&#233;t&#233;rog&#232;nes, sur lesquels il est difficile de b&#226;tir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Individualisme-+.html" rel="tag"&gt;Individualisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Societe-fragmentee-+.html" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233; fragment&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fragmentation et individualisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si on cherche une image de la situation r&#233;elle de notre pays (mais qui a son pendant ailleurs), profond&#233;ment fragment&#233;e, une excellente lecture est celle du dernier livre de J&#233;rome Fourquet (&lt;i&gt;La France sous nos yeux&lt;/i&gt;, apr&#232;s &lt;i&gt;L'Archipel fran&#231;ais&lt;/i&gt;). Il met en &#233;vidence un double mouvement : de pr&#233;dominance de la consommation et des services, et de fragmentation des pr&#233;f&#233;rences. Ce qui d&#233;bouche sur une destruction des &#233;l&#233;ments de communaut&#233; &#224; diff&#233;rents niveaux : la consommation est en effet chose individuelle. M&#234;me si elle d&#233;bouche sur des mouvements gr&#233;gaires, car une foule n'est pas une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, traditions et communaut&#233;s peuvent subsister ; mais c'est avec un statut diff&#233;rent : sans cr&#233;er un effet d'ensemble, en tout cas durable, ce ne sont plus que des options particuli&#232;res. M&#234;me lorsque un syst&#232;me ou une habitude se r&#233;pandent : le port de jeans par exemple est source d'uniformit&#233; mais pas d'identification (contrairement d'ailleurs &#224; ses d&#233;buts dans les ann&#233;es 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela signifie pour les diff&#233;rents moyens d'agr&#233;gation sociale des volont&#233;s ? Le premier effet est logiquement un avantage donn&#233; au march&#233;. Sur le march&#233;, je choisis ce que je veux et comme je veux &#8211; dans la gamme offerte mais qui est large, et &#233;videmment sous r&#233;serve du prix. Le march&#233; permet de traiter l'individualisme, ou de s'en accommoder, car chacun agit seul et obtient un certain r&#233;sultat. Certes il a des effets collectifs par agr&#233;gation, mais cela laisse une marge importante d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;volution peut aussi et accessoirement jouer en faveur de l'associatif, lui aussi d&#233;centralis&#233; et volontaire. Mais en r&#233;alit&#233; cela favorise plut&#244;t les mouvements collectifs spontan&#233;s et peu durables &#8211; car l'associatif pour vraiment fonctionner suppose l'engagement, lequel implique une restriction &#224; l'individualisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Le dilemme du politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En revanche la d&#233;cision publique, qui en d&#233;finitive s'impose &#224; tous et repose donc sur une forme de coercition, va directement contre cet sorte d'individualisme. Elle ne peut satisfaire que partiellement les d&#233;sirs individuels pris isol&#233;ment. Et donc logiquement par ce c&#244;t&#233; elle laisse insatisfait. C'est a fortiori le cas s'il y a divergence entre les personnes sur leur vision du monde. Et plus encore si on s'identifie avec un groupe minoritaire ou s'il y a polarisation ethnique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoute la pratique croissante du picorage au niveau des id&#233;es et &#8216;valeurs' et de leur juxtaposition incoh&#233;rente. Ou des effets de mode, qui rassemblent un temps mais ne sont pas durables. Sur de telles bases, on ne peut rien d&#233;finir qui soit commun, et donc au niveau de l'id&#233;e de communaut&#233;. Or la d&#233;cision politique s'applique &#224; tous et suppose donc cet &#233;l&#233;ment de communaut&#233; ; sinon elle appara&#238;t arbitraire &#224; une majorit&#233; de gens. Certes, on a en contrepoids la tendance humaine &#224; l'agr&#233;gation et m&#234;me au respect de l'autorit&#233; (ou du pouvoir). Mais elle est bien plus faible dans un contexte individualiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une in&#233;vitable fragmentation politique, et des oppositions plus virulentes entre ceux qui prennent des options diff&#233;rentes. Celui qui est en face nous horripile plus, et sans contrepoids suffisant dans un &#233;l&#233;ment commun. Et c'est plus encore vrai dans le champ politique, car le pouvoir est en jeu, dont je sais que ses d&#233;cisions vont peser sur moi, que cela me plaise ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions peuvent alors rester fragment&#233;es, rendant la synth&#232;se politique difficile ou impossible. Ou alors elles se coalisent en pour ou contre, face &#224; un ennemi commun (effet Trump). On partage intens&#233;ment les convictions de ceux avec qui on se regroupe, mais on rejette les autres. En ce sens l'effet Zemmour pourrait lui ressembler, m&#234;me si &#224; ce stade la capacit&#233; &#224; regrouper reste bien plus limit&#233;e. L'effet Macron, lui, consiste &#224; regrouper une minorit&#233; bien plac&#233;e ; il s'appuie sur le fait qu'il est en accord avec le syst&#232;me de pens&#233;e dominant et rassemble des gens qui vont dans le sens de ce syst&#232;me ou sont en phase avec lui dans leur vie. Mais cela reste une solution minoritaire et par d&#233;faut ; elle ne parvient au pouvoir que par la faiblesse des alternatives et l'agencement particulier du syst&#232;me politique fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Somewhere et anywhere ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une polarisation possible dans cette optique est celle que le britannique David Goodhart a propos&#233; entre ceux qu'il appelle somewhere et anywhere : pour faire simple, ceux qui sont mondialis&#233;s, profitent de l'internationalisation et/ou s'y identifient ; et ceux qui restent &#224; l'&#233;cart, tant dans leurs int&#233;r&#234;ts que dans leurs pr&#233;f&#233;rences. Il n'y a pas de doute que cela correspond &#224; une opposition r&#233;elle, qui peut d&#233;boucher sur une polarisation politique, comme on l'a vu avec le Brexit. On est tent&#233; de voir le m&#234;me effet dans le deuxi&#232;me tour E. Macron contre M. Le Pen de 2017 - et peut-&#234;tre de 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que cela corresponde &#224; une r&#233;alit&#233;. Mais les &#233;l&#233;ments ainsi regroup&#233;s sont eux-m&#234;mes disparates ; les somewhere par exemple de type gilets jaune sont culturellement impr&#233;gn&#233;s de sous-culture am&#233;ricaine et ne d&#233;veloppent pas v&#233;ritablement de culte alternatif de la tradition nationale. Et o&#249; classer les &#233;cologistes (les Verts) ? Leur conception du local, qu'ils disent soutenir, n'a pas grande chose &#224; voir avec celle des gilets jaunes. O&#249; mettre aussi les conservateurs ? Et comment analyser la divergence entre populistes de droite et populistes de gauche, tous deux hostiles &#224; la mondialisation, mais de positions oppos&#233;es sur les migrations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, avec une polarisation politique du type deuxi&#232;me tour 2017, on reste dans de grandes coalitions sans base politique pr&#233;cise et programme bien dessin&#233; (contrairement avec ce que l'id&#233;e simple du Brexit avait permis). Ce programme et cette vision paraissent plus articul&#233;s dans le cas des anywhere de type Macron, mais ce n'est que parce qu'il s'agit pour eux de prolonger les politiques suivies de fa&#231;on dominante un peu partout depuis 30 ans. L'adh&#233;sion reste minoritaire et le charme s'&#233;puise (comme on le voit avec la construction europ&#233;enne, durablement bloqu&#233;e). En sous-jacent la fragmentation subsiste, comme on le voit dans l'offre politique un peu partout. M&#234;me en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fragilisation du syst&#232;me d&#233;mocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation, que devient la d&#233;mocratie, comprise comme syst&#232;me politique ? Ind&#233;niablement elle fonctionne bien plus mal ; comme on dit en anglais, elle livre mal la marchandise et elle laisse une profonde insatisfaction. Sachant que, d'un autre c&#244;t&#233;, elle offre une possibilit&#233; d'alternance et de recomposition que n'ont pas d'autres syst&#232;mes, ce qui laisse un espace pour un mouvement possible ; on peut toujours esp&#233;rer, l&#224; o&#249; on est, que le mal peut s'arr&#234;ter ou souhaiter une revanche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, l'offre d'une ligne politique solide et construite, d'une vision de la soci&#233;t&#233; coh&#233;rente, qui serait la d&#233;marche logique, s'av&#232;re difficile. Cela reste utile pour modifier les &#233;quilibres du moment, les faire &#233;voluer dans un sens souhait&#233; ; mais cela ne donne pas v&#233;ritablement une solution &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vraie solution supposera un changement bien plus profond, et le d&#233;passement au moins partiel de cet &#233;tat d'anarchie culturelle. Ce n'est pas en vue &#224; ce stade, m&#234;me si on peut et doit y travailler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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