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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Relations transatlantiques : le tournant majeur n'est pas celui qu'on croit</title>
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		<dc:date>2026-02-21T17:00:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me international</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas : Groenland, Ukraine. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump &#8211; or il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de base est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant. Pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable. Mais l'&#233;volution g&#233;opolitique, avec la marginalisation relative de l'Europe. Pour la France, elle n'est pas la r&#233;ponse principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-occidentale-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie occidentale&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Europe-379-+.html" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/wikiimages-earth-11048_1280.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas ; les questions du Groenland et dans une moindre mesure de l'Ukraine en t&#233;moignent actuellement. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance et potentiellement de la r&#233;alit&#233; de l'OTAN. Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe. Qu'en est-il r&#233;ellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;ologie et g&#233;opolitique : la grande divergence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, le plus important est la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump. Elle est &#233;videmment tr&#232;s importante pour d&#233;terminer le flux des &#233;v&#233;nements pendant les 4 ann&#233;es de son mandat ; mais ce qui est d'embl&#233;e certain est qu'il ne sera plus l&#224; dans 3 ans ; il pourrait m&#234;me &#234;tre significativement affaibli dans moins d'un an, si les mid-terms lui sont d&#233;favorables. Or son successeur, m&#234;me proche politiquement, a peu de chance d'avoir le m&#234;me temp&#233;rament et mode de comportement, et peut-&#234;tre pas le m&#234;me ascendant sur la coalition h&#233;t&#233;roclite qu'il dirige. Voyons donc plut&#244;t les &#233;l&#233;ments structurels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier fait de base, celui qui frappe le plus l'Europe officielle, est la dualit&#233; id&#233;ologique, entre lib&#233;raux ou sociaux-d&#233;mocrates d'un c&#244;t&#233;, et populistes, conservateurs ou nationalistes de l'autre. Actuellement, dans leur perception, cela co&#239;ncide pour l'essentiel avec l'opposition entre eux et l'Am&#233;rique de Trump. Mais en r&#233;alit&#233;, ces deux courants sont pr&#233;sents des deux c&#244;t&#233;s ; c'est un &#233;l&#233;ment commun sp&#233;cifique &#224; ce qu'on appellera pour simplifier le monde occidental. Toute r&#233;flexion sur l'avenir conduit d&#232;s lors &#224; se poser deux questions : quelle peut &#234;tre l'&#233;volution de cette opposition et de ces deux camps, des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique ? Qu'est-ce que cela entra&#238;ne pour l'Europe d'un c&#244;t&#233;, ses relations avec les Etats-Unis de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre &#233;l&#233;ment essentiel, d'arri&#232;re-plan, est bien s&#251;r la configuration g&#233;opolitique et son &#233;volution possible. L&#224;, la divergence entre les Am&#233;ricains et les Europ&#233;ens est beaucoup plus significative, et intrins&#232;que. Le fait de base est &#233;videmment la mont&#233;e de la Chine, et par l&#224; la priorit&#233; am&#233;ricaine de plus en plus affirm&#233;e &#224; la confrontation avec elle et plus g&#233;n&#233;ralement aux questions asiatiques et indopacifiques, dans lesquelles le r&#244;le possible des Europ&#233;ens est faible et p&#233;riph&#233;rique &#8211; m&#234;me s'ils peuvent en &#234;tre affect&#233;s. Cela vise aussi la recomposition des relations mondiales, notamment l'&#233;volution de la mondialisation, d&#233;sormais muscl&#233;e et quelque peu mercantiliste, avec le r&#244;le d&#233;sormais reconnu strat&#233;gique des mati&#232;res premi&#232;res, et celui du transport maritime. Ce &#224; quoi s'ajoute le d&#233;calage de puissance, d'avance technologique (IA et autres), et de richesse mat&#233;rielle de plus en plus marqu&#233; entre Am&#233;ricains et Europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que m&#234;me une Am&#233;rique qui serait id&#233;ologiquement proche des Europ&#233;ens ne pourrait pas ne pas &#234;tre fondamentalement concentr&#233;e d'abord sur ces questions vitales, ne voyant alors potentiellement dans l'Europe, malgr&#233; les souvenirs ou l'origine commune, et ce qui y reste de richesse et de puissance, qu'un suppl&#233;tif utile mais faible, strat&#233;giquement limit&#233; &#224; un r&#244;le finalement local sur un bout de l'Eurasie. On dira que c'est caricatur&#233;, et il est vrai que ce stade n'est pas encore atteint ; mais c'est vers cela que l'on va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sc&#233;narios possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de la confrontation de ces deux s&#233;ries de donn&#233;es que le retour pur et simple aux relations transatlantiques du pass&#233; est improbable. La divergence est latente depuis plusieurs ann&#233;es, comme le &#171; pivot &#187; d'Obama vers l'Asie en t&#233;moigne. Mais cette r&#233;alit&#233; &#233;tait encore d&#233;guis&#233;e sous Biden : la brutalit&#233; de Trump a d&#233;chir&#233; le voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette divergence ira de soi si on prend un sc&#233;nario, cr&#233;dible, o&#249; Trump subsiste trois ans, mais surtout est remplac&#233; par un proche, J. D. Vance ou un autre, et que c&#244;t&#233; europ&#233;en les dominantes actuelles se maintiennent. Ce dont on r&#234;ve c&#244;t&#233; Europe est une acc&#233;l&#233;ration de la construction europ&#233;enne dans un sens f&#233;d&#233;ral, avec priorit&#233; &#224; la d&#233;fense. Mais en r&#233;alit&#233;, il est improbable que cela d&#233;bouche sur quoi que ce soit de concret dans un horizon pr&#233;visible. Sans m&#234;me rappeler qu'il n'y a pas de peuple europ&#233;en ou de nation europ&#233;enne, sans quoi on ne voit pas comment une arm&#233;e europ&#233;enne v&#233;ritable serait possible, il n'est pas faisable dans un d&#233;lai de 10 &#224; 20 ans de construire une arm&#233;e europ&#233;enne cr&#233;dible capable, sans appui am&#233;ricain, de se mesurer &#224; la Russie. Or d'ici l&#224;, les besoins sont l&#224; ; et la menace russe est en outre d&#233;crite par le syst&#232;me comme terrifiante et imminente. Il en r&#233;sulte que pour nombre de pays europ&#233;ens, &#224; commencer &#233;videmment par les Baltes et les Polonais, la protection vient d'abord et essentiellement des Etats-Unis. D'o&#249; aussi les achats massifs de F-35 des uns et des autres. Mais bien entendu, cette priorit&#233; &#224; la survie imm&#233;diate rend encore plus difficile la construction d'une d&#233;fense europ&#233;enne autonome et cr&#233;dible. L'irritation caus&#233;e par les agissements de Trump (Groenland, droits de douane) ne saurait renverser ces faits de base, d'autant qu'il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela resterait encore plus vrai dans un sc&#233;nario o&#249; on suppose en revanche qu'aux Etats-Unis les d&#233;mocrates reviennent aux affaires en 2028. Comme on peut le penser, cela rendrait le besoin d'autonomisation des Europ&#233;ens moins pressant, et la tentation sera forte de chercher &#224; faire revivre la fraternit&#233; id&#233;ologique transatlantique, dont l'Europe officielle garde la nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre sc&#233;nario encore, actuellement peu plausible mais concevable, la minorit&#233; qu'on appellera pour simplifier populiste ou de droite dure devient majoritaire en Europe. Mais il n'est pas s&#251;r que cela changerait massivement ces conclusions. En bonne logique, il serait en effet surprenant de voir les politiques de ces tendances se battre pour une int&#233;gration f&#233;d&#233;raliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fortiori, si l'Europe &#233;tait divis&#233;e, et sans majorit&#233; politique, on voit mal une grande ambition se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas donc, la probabilit&#233; n'est pas &#224; l'&#233;dification d'un d&#233;fense europ&#233;enne cr&#233;dible, mais &#224; un compromis plus ou moins boiteux entre des vell&#233;it&#233;s au mieux partielles, et le maintien d'une importante d&#233;pendance de l'Europe par rapport aux Etats-Unis, qui eux, au contraire, auront de plus en plus l'&#339;il tourn&#233; ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire alors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les impr&#233;cations cens&#233;ment moralisantes de go&#251;t europ&#233;en ne servent pas &#224; grand-chose. Et le risque majeur pour un pays comme la France est de voir les moyens subsistants de son autonomie inutilement g&#226;ch&#233;s dans une tentative de f&#233;d&#233;ralisme militaire sans espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant, mais ce n'est pas celui qu'y voit l'Europe officielle. Au-del&#224; m&#234;me de l'idiosyncrasie de M. Trump, le fait de base n'est pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable, car depuis maintenant un certain temps, et de plus en plus, l'id&#233;ologie occidentale de ces derni&#232;res ann&#233;es n'est pas la r&#233;ponse aux questions du jour, notamment g&#233;opolitiques ; et elle passe mal dans le reste du monde. C'est l'&#233;volution g&#233;opolitique, et le fait que face &#224; ces questions nouvelles, l'Europe elle-m&#234;me, comme construction, n'est pas une r&#233;ponse &#8211; m&#234;me si en soi la coop&#233;ration europ&#233;enne est une bonne chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule puissance nucl&#233;aire en Europe, seule puissance ayant gard&#233; une certaine cr&#233;dibilit&#233; et une certaine exp&#233;rience malgr&#233; son format militaire miniaturis&#233;, poss&#233;dant un domaine maritime immense, c'est la France elle-m&#234;me qui est la r&#233;ponse essentielle &#224; la question de sa d&#233;fense.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Interventionnisme militaire et id&#233;ologie</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Interventionnisme-militaire-et-ideologie.html</link>
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		<dc:date>2021-10-18T08:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>
		<dc:subject>Interventionnisme</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La d&#233;route occidentale et am&#233;ricaine en Afghanistan aura des cons&#233;quences consid&#233;rables pour les &#233;quilibres de puissances. J'&#233;voquerai ici l'aspect id&#233;ologique. La d&#233;faite des amateurs d'intervention dite humanitaire et de &#8216;nation-building' et du suppos&#233; &#8216;camp du bien' ne va pas le faire disparaitre, tant nos soci&#233;t&#233;s en sont impr&#233;gn&#233;es, au moins dans le discours affich&#233;. Raison de plus pour prendre du recul &#224; l'&#233;gard de ce qu'on appelle le &#8216;bien' dans le monde des relations internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-occidentale-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie occidentale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il va de soi que l'id&#233;ologie est rarement le seul moteur d'une action sur le plan international et notamment d'un action militaire, et qu'elle joue souvent un r&#244;le de pr&#233;texte ; mais ce serait une erreur d'en d&#233;duire qu'elle ne joue qu'une r&#244;le secondaire, ou de simple emballage. C'est notamment le cas dans des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques o&#249; plus encore que dans d'autres il n'est pas possible de mener de telles actions sans leur donner une motivation de ce type. Mais ce peut d'ailleurs &#234;tre vrai aussi de r&#233;gimes non d&#233;mocratiques, comme feu l'URSS nous le rappelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la motivation en question doit avoir un lien avec l'action envisag&#233;e et ses modalit&#233;s ; on ne peut pas mettre en avant n'importe quel motif pour n'importe quelle action. Et s'il y a un lien, l'influence va dans les deux sens : d'un c&#244;t&#233;, &#233;videmment, l'action men&#233;e limite le choix des motifs id&#233;ologiques, mais d'un autre c&#244;t&#233; les motifs id&#233;ologiques influencent le choix des buts et des moyens. L'URSS par exemple est intervenue pour soutenir Cuba apr&#232;s sa r&#233;volution, certes dans le cadre de son opposition globale aux Etats-Unis et pour tenter de les menacer pr&#232;s de leurs c&#244;tes ; mais sans la dimension id&#233;ologique et la logique que cela imposait, l'int&#233;r&#234;t d'agir sur cette &#238;le tr&#232;s loin de ses bases n'aurait pas n&#233;cessairement eu beaucoup de sens, sans parler du co&#251;t exorbitant de ce soutien pour elle. De m&#234;me la France poussait pour une intervention en Syrie pour des motifs essentiellement id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs la sph&#232;re id&#233;ologique a sa logique de d&#233;veloppement propre. Ainsi les mal nomm&#233;s &#8216;n&#233;oconservateurs' am&#233;ricains ont th&#233;oris&#233; t&#244;t un interventionnisme muscl&#233; cens&#233;ment pour d&#233;fendre et r&#233;pandre la d&#233;mocratie et les droits de l'homme, bien avant que cela soit invoqu&#233; pour justifier des exp&#233;riences comme la guerre d'Iraq en 2003. S'y est ajout&#233;, &#224; un niveau international bien plus large, la th&#233;orisation croissante d'un suppos&#233; droit d'intervention, battant en br&#232;che les r&#233;f&#233;rences westphaliennes jusque-l&#224; suppos&#233;es dominantes. C'est dans ce cadre g&#233;n&#233;ral que des concepts et des pratiques nouvelles ont &#233;t&#233; ensuite mises en pratique comme le trop c&#233;l&#232;bre &#8216;nation-building'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des commentateurs l'ont not&#233;, ce dernier a &#233;videmment du plomb dans l'aile maintenant que l'&#233;chec de l'Afghanistan s'ajoute &#224; celui de l'Iraq. Il est maintenant manifeste m&#234;me pour ceux qui ne voulaient pas le voir qu'on ne modifie pas la situation culturelle ou politique d'un peuple &#224; volont&#233;, et que l'action militaire y a ses limites. M&#234;me l'interventionnisme &#8216;chirurgical', limit&#233; &#224; un renversement de r&#233;gime pour laisser ensuite les locaux se d&#233;brouiller, a montr&#233; ses inconv&#233;nients, le d&#233;sastre lybien en &#233;tant l'exemple le plus consternant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que l'interventionnisme en tout ou partie id&#233;ologique est d&#233;sormais discr&#233;dit&#233; ? Ce serait aller bien vite en besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord le maintien a priori certain d'une intense activit&#233; id&#233;ologique occidentale au niveau international, au service de principes allant de la d&#233;mocratie et des droits de l'homme &#224; la &#8216;sant&#233; reproductive' ou aux droits des personnes LGBT etc. Il n'y a pas de raison que cela ne continue pas all&#233;grement. Il ne s'agit pas seulement de purs discours, mais par exemple aussi de conditionnalit&#233; id&#233;ologique &#224; des financements. Sans parler du formidable relais des ONG et plus encore des tr&#232;s puissantes fondations d&#233;sormais richissimes, issues des GAFAs et nord-am&#233;ricaines pour l'essentiel, qui sont align&#233;es sur le m&#234;me programme. Ce &#8216;soft power' est donc plus que jamais d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode ant&#233;rieure, c'est de ce genre d'obsession id&#233;ologique que beaucoup de gens ont d&#233;duit le droit d'ing&#233;rence, qui tendait en outre &#224; se transformer en devoir d'ing&#233;rence. Bien entendu, une id&#233;ologie de ce genre, typique de nos pays, ne d&#233;bouche pas automatiquement sur une ing&#233;rence, d'autant que l'id&#233;e est plut&#244;t r&#233;cente sous cette forme. Tout r&#233;cemment pour de multiples raisons Hongkong a &#233;t&#233; mis au pas sans r&#233;action des Occidentaux. On s'accommode bien &#224; l'occasion et depuis longtemps de r&#233;gimes violents et de leurs pratiques, comme le montre depuis 90 ans le cas de l'Arabie saoudite. On n'a donc pas une doctrine d'emploi homog&#232;ne, et m&#234;me &#224; l'&#233;poque o&#249; l'id&#233;e d'ing&#233;rence battait son plein, on intervenait &#224; l'occasion mais pas syst&#233;matiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'enl&#232;ve rien &#224; l'existence des id&#233;es en question et de leur logique. On restera donc toujours tent&#233; d'intervenir &#224; l'occasion sur ces motifs, quoique sans doute avec des pr&#233;tentions et un discours plus modestes. Par ailleurs, inversement, les rapports de pouvoir subsistent et peuvent conduire &#224; des actions militaires ; et il est assez peu probable que la dimension id&#233;ologique en soit alors absente. Si par exemple les Etats-Unis aidaient Taiwan face &#224; une &#233;ventuelle attaque chinoise, on mobiliserait &#233;videmment les ressources du discours d&#233;mocratique ; ce qui serait plus difficile si Taiwan &#233;tait une dictature, &#224; situation strat&#233;gique identique. Pour tous ces motifs, l'interventionniste id&#233;ologique, m&#234;me du genre dit &#8216;n&#233;oconservateur' devrait subsister (en r&#233;duisant sensiblement ses ambitions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc pas comprendre ce qui se passe sans prendre en compte cette dimension, encore moins abandonner le champ id&#233;ologique en laissant un certain discours s'imposer et plus encore d'arroger le monopole de la morale, parce qu'il pr&#233;tend &#234;tre le camp du bien. Cette pr&#233;tention doit donc &#234;tre combattue sur son terrain m&#234;me. La morale, et le bien qu'elle recommande, ne sont en effet pas d&#233;termin&#233;s en parachutant des principes abstraits et &#224; pr&#233;tention universelle sur une situation quelconque, mais en discernant ce qu'il est bon de faire dans cette situation, parce que ce que l'on fait conduit &#224; une situation meilleure. Non seulement donc un comportement authentiquement &#233;thique ne s'oppose pas au pragmatisme et au r&#233;alisme, mais ces derniers en sont la condition n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau international, cela conduit &#224; ne pas consid&#233;rer automatiquement comme un ennemi celui dont vous consid&#233;rez la culture ou le syst&#232;me politique comme divergent du v&#244;tre, car la question centrale est le rapport entre pays et la v&#233;ritable paix : il faut donc moins d'id&#233;ologie, mais plus de vraie recherche du bien pertinent en l'esp&#232;ce ; ce qui conduirait par exemple &#224; une attitude moins syst&#233;matiquement hostile envers la Russie. De fa&#231;on analogue, cela am&#232;ne &#224; ne pas confondre la question de la r&#233;gulation de la violence au niveau national, &#224; travers des institutions ayant en principe le monopole de cette violence pour assurer le bien commun, avec cette r&#233;gulation au niveau international, o&#249; elle est en g&#233;n&#233;ral hors de port&#233;e ou contre-productive, sauf cas particuliers. Car dans ce dernier cas tout ce que vous ferez, m&#234;me subjectivement fond&#233; sur des purs principes (selon votre id&#233;ologie), prendra la plupart du temps la forme d'une agression, et sera per&#231;u par les autres comme tel. Et donc vous ferez en g&#233;n&#233;ral plus de mal que de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma le 18 octobre 2021.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/interventionnisme-et-ideologie/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/interventionni...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Relations internationales et antagonismes id&#233;ologiques</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Relations-internationales-et-antagonismes-ideologiques.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Relations-internationales-et-antagonismes-ideologiques.html</guid>
		<dc:date>2019-11-06T11:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>
		<dc:subject>Islamisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; du sch&#233;ma des relations internationales classique depuis les trait&#233;s de Westphalie, fond&#233; sur des rapports entre entit&#233;s plus ou moins souveraines, d'autres facteurs sont r&#233;guli&#232;rement venus colorer ces relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voque ici un type d'opposition caract&#233;ristique de l'&#233;poque moderne au sens large : les conflits id&#233;ologiques. Islam, Chine, populisme : o&#249; en est-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est ce que cela signifie pour l'avenir de l'id&#233;ologie occidentale dominante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; sur G&#233;opragma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Islamisme-+.html" rel="tag"&gt;Islamisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; initialement par G&#233;opragma, comme Billet du lundi du 04/11/2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/index.php/2019/11/04/relations-internationales-et-antagonismes-ideologiques/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/index.php/2019/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; du sch&#233;ma des relations internationales classique depuis les trait&#233;s de Westphalie, fond&#233; sur des rapports entre entit&#233;s plus ou moins souveraines, d'autres facteurs sont r&#233;guli&#232;rement venus colorer ces relations. On peut citer ici les conflits de civilisations chers &#224; S. Huntington, bien qu'historiquement on trouve peu d'exemples o&#249; un conflit significatif oppose ce qu'on peut d&#233;crire comme deux aires de civilisation (voir un billet pr&#233;c&#233;dent). M&#234;me si des diff&#233;rences culturelles profondes ont souvent contribu&#233; &#224; renforcer les antagonismes et &#224; les radicaliser : les conflits &#233;taient et sont en g&#233;n&#233;ral d'abord des conflits entre puissances. Ce n'est que dans le cas de l'Islam que ce terme pouvait acqu&#233;rir plus de vraisemblance, dans son opposition avec le monde chr&#233;tien d'un c&#244;t&#233;, le monde hindou de l'autre. Mais justement l'Islam est sp&#233;cifique par l'association &#233;troite qu'il fait entre religion et politique, et donc sa proximit&#233; potentielle avec une id&#233;ologie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous conduit &#224; mettre en lumi&#232;re une autre type d'opposition, plus caract&#233;ristique de l'&#233;poque moderne au sens large, qui sont les conflits id&#233;ologiques. La guerre froide vient imm&#233;diatement ici &#224; l'esprit, mais la seconde guerre mondiale dans une tr&#232;s large mesure aussi ; voire la premi&#232;re, du moins si on prend au pied de la lettre la propagande de l'&#233;poque. Comme si, &#224; l'&#233;poque d&#233;mocratique tout particuli&#232;rement, il fallait justifier les conflits par autre chose que les simples oppositions de puissance : par des oppositions entre un bien et un mal, moyennant bien s&#251;r simplification &#233;ventuellement caricaturale de la r&#233;alit&#233;. Cette opposition id&#233;ologique n'oblit&#232;re &#233;videmment pas la dimension de conflit de puissance, &#233;vidente dans tous ces cas, mais elle lui donne une caract&#232;re et une intensit&#233; toutes particuli&#232;res ; elle peut en outre orienter les d&#233;cisions prises, du fait de sa logique propre. C'est cette &#233;poque qu'on a pu croire un bref instant termin&#233;e en 1991 avec la fin de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il aujourd'hui ? Apparemment la domination de ce qu'on peut appeler l'id&#233;ologie occidentale, est consid&#233;rable sinon massive : elle donne sa substance au discours international de tout c&#244;t&#233;, depuis les d&#233;bats de l'ONU jusqu'aux argumentaires donn&#233;s par les faucons am&#233;ricains, en Iraq et ailleurs. Id&#233;ologie utilis&#233;e abondamment pour justifier des politiques, et notamment des interventions ici ou l&#224;, militaires ou non. Mais sans qu'il y ait d&#233;sormais un adversaire id&#233;ologique clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives pour dresser une protestation, ou un d&#233;but d'alternative, sinc&#232;re ou pas, contre cette id&#233;ologie dominante sont timides et locales. C'est m&#234;me vrai dans le cas de l'islamisme, sous ses diff&#233;rentes formes. Certes il repr&#233;sente un ph&#233;nom&#232;ne majeur. Soit comme pr&#233;texte &#224; intervention, soit comme boutefeu, il peut jouer un r&#244;le important dans les &#233;v&#232;nements. Mais il ne se situe pas &#224; ce stade au niveau des grands rapports de force entre puissances, car il faudrait pour cela qu'une vraie puissance l'incarne. Sur la sc&#232;ne internationale il s'exprime en fait surtout sous la forme sp&#233;cifique du terrorisme, dont la connexion avec de vraies puissances reste limit&#233;e. Certes un certain islamisme militant est revendiqu&#233; sous des formes diverses et souvent antagonistes par l'Arabie saoudite, l'Iran, et d'autres comme de plus en plus la Turquie. La premi&#232;re r&#233;pand sa version rigide et extr&#234;me de l'Islam, &#224; coups de dizaines de milliards, depuis plus de 50 ans (avec ses amis ou rivaux du Golfe), mais sans f&#233;d&#233;rer un v&#233;ritable camp structur&#233; comme tel. L'&#233;ventail de ses amis est pour le moins &#233;clectique. Le second a su rassembler et mobiliser les communaut&#233;s chiites dans un arc traversant tout le Moyen Orient, qui a actuellement le vent en poupe, mais sans sortir de ce cousinage par nature limit&#233;. Le chiisme reste fort peu missionnaire. La Turquie, importante comme puissance r&#233;gionale, est peu suivie comme leader et reste &#224; dominante nationaliste. Dans les faits donc, m&#234;me si l'id&#233;ologie conditionne ces antagonismes et d'autres, le conflit de puissances reste pr&#233;pond&#233;rant au niveau des relations de pouvoir. Reste que la r&#233;surgence ind&#233;niable de l'islamisme est un fait g&#233;opolitique majeur, qui peut l'&#234;tre plus encore &#224; l'avenir, si elle conduit &#224; une modification suffisante des &#233;quilibres internes, et par l&#224; des priorit&#233;s des pays concern&#233;s. C'est donc dans la patte humaine des pays musulmans qu'est l'enjeu, avant les relations internationales entre puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre source majeure d'alternative id&#233;ologique, potentiellement plus massive et plus significative, est l'&#233;volution possible de la Chine. Au stade actuel, l'ancien antagonisme entre marxistes et occidentaux ne joue plus de r&#244;le significatif au niveau mondial. Mais la Chine reste fond&#233;e sur des principes ind&#233;niablement diff&#233;rents et antagonistes de ceux qui constituent la doxa internationale, notamment am&#233;ricaine. A ce stade, cela ne prend pas chez elle la forme d'un programme id&#233;ologique conqu&#233;rant. On peut m&#234;me avancer que sa situation id&#233;ologique interne n'est elle-m&#234;me pas stabilis&#233;e : il est clair que le r&#233;gime cherche une justification &#224; ce niveau, mais pour r&#233;ussir il faudrait que cela prenne une forme diff&#233;rente et surtout plus &#233;labor&#233;e. Elle pourrait tourner autour de l'id&#233;e actuellement latente d'un r&#233;gime &#171; &#233;clair&#233; &#187;, poss&#233;dant une vision &#224; long terme, qui est d&#233;gag&#233;e et mise en &#339;uvre par des &#233;lites intellectuelles et sociales elles-m&#234;mes s&#233;lectionn&#233;es &#224; partir du peuple par le tamis du parti : on m&#234;lerait ainsi une certain h&#233;ritage l&#233;niniste plus ou moins mao&#239;ste (cher au pr&#233;sident chinois actuel) avec des &#233;l&#233;ments de confucianisme r&#233;cup&#233;r&#233; (l'id&#233;e ancienne d'une &#233;lite suppos&#233;e vertueuse au service du peuple, mue par le culte de la moralit&#233; publique). Mais la formalisation th&#233;orique de cela reste &#224; ce stade limit&#233;e et d&#233;ficiente, et non exportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade donc la Chine n'est pas m&#251;re pour jouer un r&#244;le international significatif &#224; ce niveau, m&#234;me si dans son mode d'intervention on voit l'impact de la diff&#233;rence avec les pays occidentaux, notamment dans son indiff&#233;rence affich&#233;e &#224; toute &#171; d&#233;mocratisation &#187; dans les pays qu'elle aide. Ajoutons que la tradition chinoise s&#233;culaire &#233;tait plus introvertie que messianique ; m&#234;me si la Chine ancienne avait progressivement assimil&#233; des zones vastes, gr&#226;ce &#224; son mod&#232;le culturel et politique attractif pour ses voisins ou les pays domin&#233;s. Mais outre qu'elle n'a plus cette puissance d'attraction &#224; ce stade, sous cette forme cela ne donnerait de r&#233;ponse que pour les pays de son environnement imm&#233;diat, culturellement proches (Japon, Cor&#233;e, Vietnam) &#8211; et ce n'est en rien le cas actuellement. En bref la Chine actuelle commence &#224; faire sentir sa puissance, mais elle rayonne bien plus par son pragmatisme que par son mod&#232;le ou ses id&#233;es. Elle n'a en outre aucune exp&#233;rience historique des relations de puissance. Mais le temps travaille pour elle. Et &#224; terme, on ne peut pas exclure qu'elle construise un mod&#232;le alternatif plus puissant, id&#233;ologiquement rival du mod&#232;le am&#233;ricain ou occidental. On peut par ailleurs trouver dans la tradition chinoise ancienne, si elle est quelque peu revisit&#233;e, un mod&#232;le politique fort, et m&#234;me des motifs &#224; interventionnisme, y compris sur base moralisante ; ainsi chez Mencius, successeur principal de Confucius, qui justifiait la guerre s'il s'agit d'&#233;liminer des &#171; tyrans &#187; opprimant leur peuple. La situation reste donc mouvante et pourrait nous surprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres sources encore peuvent &#233;merger &#224; terme long : pensons &#224; une civilisation ancienne comme celle de l'Inde, d&#233;sormais en voie d'affirmation politique elle aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas inint&#233;ressant de consid&#233;rer un autre cas beaucoup plus d'actualit&#233;, quoique bien moins dramatique que les exemples cit&#233;s : celui des populismes. Bien entendu les mouvements ou personnages class&#233;s comme tels sont cens&#233;s faire partie du monde des d&#233;mocraties &#224; l'occidentale. En outre, ils sont h&#233;t&#233;rog&#232;nes, et ne constituent ni un front ni m&#234;me une alliance. Rien ne dessine &#224; ce stade un antagonisme d'ensemble entre eux et les autres r&#233;gimes se disant d&#233;mocratiques. N&#233;anmoins la mani&#232;re dont ils sont per&#231;us, tant par les m&#233;dias que par la diplomatie de ces autres pays, pr&#233;sente des traits caract&#233;ristiques, o&#249; la dimension id&#233;ologique (en l'esp&#232;ce de r&#233;probation) est manifestement pr&#233;gnante : PIS polonais, Orban, Lega de Salvini, Brexiters &#224; la Boris Johnson, personnages comme Trump ou Bolsonaro sont fondamentalement ressentis dans le discours dominant comme des anomalies moralement condamnables, dans leur discours m&#234;me. On les rapproche parfois m&#234;me d'un autre r&#233;prouv&#233; comme V. Poutine, malgr&#233; les diff&#233;rences &#233;videntes &#8211; mais justement ce rapprochement est symptomatique. Certes, le ph&#233;nom&#232;ne n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts, et peut faire long feu. Le succ&#232;s ou l'&#233;chec du Brexit, l'avenir politique de D. Trump, l'&#233;volution de l'Est de l'Europe ou de l'Italie seront ici des tournants importants, parmi d'autres. Certes, m&#234;me si le ph&#233;nom&#232;ne subsiste, la possibilit&#233; d'un front de tout ou partie de ces dirigeants para&#238;t plut&#244;t improbable &#224; ce stade. Mais on ne pourrait pas exclure qu'une fracture durable s'installe dans la belle unanimit&#233; ant&#233;rieure, colorant alors les relations internationales de fa&#231;on appr&#233;ciable, vu l'importance des pays concern&#233;s. Le consensus id&#233;ologique occidental pourrait se trouver alors fortement alt&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des conflits de civilisations, ou des id&#233;ologies de combat ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Des-conflits-de-civilisations-ou-des-ideologies-de-combat.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Des-conflits-de-civilisations-ou-des-ideologies-de-combat.html</guid>
		<dc:date>2019-05-13T12:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On conna&#238;t la th&#232;se de S. Huntington fond&#233;e sur la dominante future des &#171; conflits de civilisation &#187;. Elle suppose non seulement que plusieurs grandes civilisations garderont une forte sp&#233;cificit&#233; mais surtout que c'est leur diff&#233;rence qui sera le facteur principal d&#233;terminant &#224; l'avenir la logique des conflits. La r&#233;flexion montre que cela ne va pas de soi, mais qu'il y a derri&#232;re une intuition int&#233;ressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que la sp&#233;cificit&#233; des nations et civilisations se maintiendra voire se renforcera plus qu'on tend &#224; le penser. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ce qui structurera les rapports de force entre pays, loin d'&#234;tre cette sp&#233;cificit&#233; des civilisations, sera comme de temps imm&#233;morial la rivalit&#233; des puissances. Et si la dimension culturelle contribuera certainement &#224; ces conflits, ce sera sous une autre forme que la civilisation : celle de l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site de G&#233;opragma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-occidentale-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie occidentale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On conna&#238;t la th&#232;se de S. Huntington fond&#233;e sur la dominante future des &#171; conflits de civilisation &#187;. Elle suppose non seulement que plusieurs grandes civilisations garderont une forte sp&#233;cificit&#233;, une forme d'unit&#233; ou de solidarit&#233;, mais surtout que c'est leur diff&#233;rence qui sera le facteur structurel principal pour d&#233;terminer &#224; l'avenir les rapports de puissances et la logique des conflits. La r&#233;flexion montre que cela ne va pas de soi, mais qu'il y a derri&#232;re une intuition int&#233;ressante. La formule trouve d'ailleurs actuellement une seconde vie, certains critiquant Chine et Russie comme d&#233;veloppant un tel concept d' &#171; Etat-civilisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que la sp&#233;cificit&#233; des nations et civilisations se maintiendra voire se renforcera plus qu'on tend &#224; le penser. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ce qui structurera les rapports de force entre pays, loin d'&#234;tre cette sp&#233;cificit&#233; des civilisations, sera comme de temps imm&#233;morial la rivalit&#233; des puissances. Et si la dimension culturelle contribuera certainement &#224; ces conflits, ce sera sous une autre forme que la civilisation : celle de l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conflits de civilisation ? La le&#231;on des faits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons d&#233;j&#224; l'histoire : il n'y a pas beaucoup d'exemples de conflit qu'on puisse d&#233;crire comme conflit de civilisation. On a eu &#233;videmment de nombreux cas de diff&#233;rences culturelles profondes entre puissances en conflit, et cela a pu contribuer &#224; renforcer les antagonismes et &#224; les radicaliser. Ainsi dans l'Antiquit&#233; entre les Grecs puis les Romains d'un c&#244;t&#233;, les empires perses divers de l'autre. Mais ces conflits &#233;taient v&#233;cus comme des conflits de pouvoirs plus que comme chocs entre civilisations, chacune voulant &#233;liminer l'autre. Le seul cas suggestif est celui de l'opposition entre Islam et Chr&#233;tient&#233;, ou Islam et monde hindou. En effet, m&#234;me si la r&#233;alit&#233; &#233;tait loin d'&#234;tre sch&#233;matique, on avait alors souvent des deux c&#244;t&#233;s un sentiment d'opposition irr&#233;ductible entre deux mondes ( ce qui n'excluait d'ailleurs pas les &#233;changes). Mais &#233;tait-ce d'abord une opposition entre civilisations, ou entre deux mondes id&#233;ologiquement oppos&#233;s ? Les emprunts culturels ont &#233;t&#233; massifs entre ces p&#244;les, et cela n'a pas emp&#234;ch&#233; l'opposition de persister. Il est vrai que l'Islam offre une exemple exceptionnel de lien indissoluble entre religion et politique, orient&#233; vers la conqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode r&#233;cente (depuis deux si&#232;cles) il est tr&#232;s difficile de discerner quoi que ce soit qui ressemble &#224; un conflit de civilisation. Les conflits entre puissances dominent largement, sans compter de nombreuses guerres civiles. Et quand un &#233;l&#233;ment d'ordre culturel au sens large intervient, c'est une opposition id&#233;ologique, souvent &#224; l'int&#233;rieur d'une m&#234;me civilisation. Ainsi entre les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais et le reste de Europe. Ou entre Occidentaux et Sovi&#233;tiques. Si on est tent&#233; de trouver des exceptions, ce sera entre Indiens et Pakistanais, mais l&#224; encore, plus m&#234;me qu'ailleurs, la civilisation est au d&#233;part la m&#234;me ; c'est le facteur religieux qui radicalise l'opposition. On pourrait aussi &#234;tre tent&#233; de regarder les guerres isra&#233;lo-arabes comme des guerres de civilisation, en tout cas certains le font. Elles ont certainement &#233;t&#233; vues par une partie appr&#233;ciable du monde arabo-musulman comme un &#233;pisode majeur des rapports difficiles entre eux et l'Occident. Mais cette lecture est erron&#233;e : &#224; nouveau, Am&#233;ricains mis &#224; part, le cas d'Isra&#235;l est en g&#233;n&#233;ral vu comme sp&#233;cifique, par les int&#233;ress&#233;s en premier lieu. Guerre de civilisation encore, les diff&#233;rentes men&#233;es terroristes, type Al Qaida ou Daech ? Mais &#224; nouveau plut&#244;t guerre id&#233;ologique. Cela dit, notons un fait : chaque fois qu'on per&#231;oit un &#233;l&#233;ment qui fait penser &#224; un conflit de civilisation, &#224; nouveau l'Islam est pr&#233;sent, au moins un certain Islam ; mais ce faisant nous retrouvons le cot&#233; id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samuel Huntington le note ; il dit qu'il y a une r&#233;sistance croissante des civilisations chinoise et islamique par rapport &#224; l'Occident. Mais ce sont deux situations diff&#233;rentes. Les Chinois ne f&#233;d&#232;rent absolument pas leur zone de civilisation, qui inclut Cor&#233;e, Vietnam et Japon. Ils ne mettent d'ailleurs pas ce facteur en avant, tout au plus la diff&#233;rence nationale chinoise et la r&#233;sistance &#224; l'emprise occidentale. Leur rivalit&#233; avec les Etats-Unis, potentiellement ou d&#233;j&#224; aujourd'hui avec nombre de leurs voisins, est une rivalit&#233; entre puissances. Supposons m&#234;me que la Chine veuille utiliser un jour des facteurs culturels dans sa volont&#233; de puissance. Sera-ce sur la base de la culture chinoise comme telle ? Ne sera-ce pas plut&#244;t sur un mod&#232;le politique alternatif ? Soit un mod&#232;le interne, soit un mod&#232;le de relations internationales (r&#233;el ou non), ou les deux. Quant &#224; pr&#233;senter la Russie de Poutine comme Etat-civilisation, c'est se tromper de cible : la Russie met en avant son droit &#224; une voie propre, essentiellement par r&#233;sistance &#224; l'emprise occidentale, ressentie comme &#224; la fois id&#233;ologique et militaire. Le th&#232;me eurasien qui y affleure de plus en plus (en r&#233;action d'ailleurs &#224; l'id&#233;ologisation occidentale) est plus un positionnement international que la mise en &#233;vidence d'un message civilisationnel propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui appara&#238;t est que pour qu'il y ait conflit opposant des pays de civilisation diff&#233;rentes, per&#231;u comme opposant deux visions du monde, il faut un support id&#233;ologique &#224; cette opposition, et le facteur d&#233;cisif sera alors cette id&#233;ologie. Et donc, plus que des chocs de civilisations il y a des relations de puissance &#224; puissance qui peuvent &#234;tre &#224; l'occasion fortement color&#233;es ou motiv&#233;es par des id&#233;ologies. Puissance qui peuvent &#234;tre selon les cas nationales, imp&#233;riales ou les deux ; id&#233;ologies qui peuvent &#234;tre selon les cas d&#233;fensives ou conqu&#233;rantes. Y compris une id&#233;ologie du conflit des civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;ologie islamiste, id&#233;ologie occidentale, nouvelles id&#233;ologies ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela reste vrai m&#234;me dans le cas de l'Islam. D'une part, il est loin d'&#234;tre homog&#232;ne et est susceptible de lectures assez diverses. Les fractures entre musulmans sont importantes et irr&#233;ductibles. Ajoutons que factuellement il n'y a pas d'Etat musulman dominant : &#224; vue humaine aucun pays n'a ou n'aura la puissance ou l'autorit&#233; lui permettant de diriger les conflits qui peuvent opposer une partie du monde musulman &#224; l'ext&#233;rieur. Il n'y a pas de vrai califat en gestation. D'autre part, voir le monde comme r&#233;duit &#224; un antagonisme global entre Islam et Occident fait courir le risque pr&#233;cis&#233;ment de pousser le monde musulman dans la mauvaise direction. Mais cela ne doit pas conduire &#224; ignorer le tr&#232;s puissant ressort id&#233;ologique, pr&#233;sent dans l'Islam d&#232;s les origines, qui en fait un facteur de radicalisation des conflits sous forme de guerre sainte ou en tout cas de conqu&#234;te ; ainsi que la solidarit&#233; qui na&#238;t assez naturellement dans les foules musulmanes lorsqu'elles per&#231;oivent une attaque contre l'Ummah. Ces ressorts ne sont pas automatiques, mais ils sont r&#233;currents et puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci nous met sur la piste d'un autre risque, qui est celui de l'id&#233;ologisation de l'autre camp, le camp dit occidental, notamment sous h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine, quelle que soit d'ailleurs la dominante id&#233;ologique en question, dans la mesure o&#249; elle se veut &#224; vocation universelle et apte &#224; discerner seule le camp du Bien du camp du Mal, tout en instrumentalisant ces ressorts. Certes la tendance dominante n'est pas &#224; l'occidentalisation de la plan&#232;te, contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue : les emprunts massifs &#224; la civilisation occidentale sont partout utilis&#233;s, de plus en plus, pour affirmer une forme de sp&#233;cificit&#233; locale. Mais justement l&#224; n'est pas la question, elle est dans la tentation r&#233;currente de cet &#8216;Occident', accrue depuis 40 ans, &#224; s'identifier avec un corpus id&#233;ologique particulier. Tendance que Huntington d&#233;nonce d'ailleurs avec lucidit&#233;, car il en voit les dangers. Les risques r&#233;sultant du pros&#233;lytisme id&#233;ologique occidental, &#8216;d&#233;mocratique' et postmoderne, sont bien r&#233;els. D'autant qu'il y de moins en moins de chances que les autres pays reconnaissent la l&#233;gitimit&#233; d'un magist&#232;re suppos&#233; moral des pays occidentaux, des Etats-Unis notamment, mais pas plus de l'Europe. Dans la pratique, les tentatives en ce sens y sont interpr&#233;t&#233;es et de plus en plus en termes d'imp&#233;rialisme plus que d'autorit&#233; morale. A nouveau ce sont les risques que fait courir une id&#233;ologie messianique, surtout quand elle a pour support une grande puissance. D&#233;fendre des principes ou valeurs est en soi plut&#244;t un bien ; les confondre avec une affirmation de puissance est g&#233;n&#233;ralement d&#233;vastateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r la r&#233;alit&#233; pratique est plus nuanc&#233;e. Le r&#244;le de cette dimension id&#233;ologique n'est pas si net dans les conflits r&#233;els, o&#249; ce facteur n'intervient pas de fa&#231;on automatique, loin de l&#224;. Il est en fait plut&#244;t rare que les Occidentaux aient r&#233;ellement fait la guerre par pur pros&#233;lytisme d&#233;mocratique. Et il y a de tr&#232;s nombreux cas de vraie probl&#233;matique &#8216;d&#233;mocratique', sans qu'il y ait intervention &#8216;occidentale'. En revanche, il est assez fr&#233;quent que la motivation id&#233;ologique soit pr&#233;sent&#233;e comme majeure, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas le facteur d&#233;clencheur r&#233;el de l'intervention. L'exemple de l'Iraq en est un cas &#233;vident. Par ailleurs, la mise en avant de la d&#233;mocratie ou des Droits de l'Homme m&#234;me pr&#233;text&#233;e, n'est pas sans incidence, car elle colore fortement la lecture qui est faite de bien des &#233;v&#233;nements. On peut rappeler ici l'accueil d&#233;lirant fait aux suppos&#233;s printemps arabes dans tous les pays occidentaux, et la catastrophique intervention en Libye qui en a r&#233;sult&#233;, sans parler de la Syrie. Cette insistance id&#233;ologique donne en effet l'id&#233;e d'une opposition radicale entre deux visions du monde, ou un bien et un mal, colorant des conflits dont la nature v&#233;ritable est assez diff&#233;rente et bien plus complexe. Ce qui peut d'une part les radicaliser, et d'autre part susciter des r&#233;actions hostiles, &#233;galement id&#233;ologiques. Le cas de Daech, n&#233; en Iraq, nous le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A court terme cette id&#233;ologie occidentale a peu de rivale, m&#234;me si elle irrite et que les zones de r&#233;sistance sont substantielles et croissantes. En fait ce qu'on observe ici ou l&#224;, en Russie comme en Chine, est plus une affirmation d'autonomie, puis de puissance, &#224; dominante politique, &#233;conomique et militaire, coupl&#233;e avec un refus de l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique occidentale, qu'une affirmation propre &#224; vocation pros&#233;lyte. Mais on peut supposer qu'&#224; terme plus long le jeu id&#233;ologique se diversifiera, en plus de l'Islam d&#233;j&#224; pr&#233;sent. Il serait en effet surprenant que ne se d&#233;veloppent pas des mod&#232;les ou des conceptions politiques plus originales et capables de pr&#233;tendre &#224; un rayonnement large, notamment dans les grandes zones de civilisation non occidentale. Cela pourra nourrir des oppositions, qui pourront &#234;tre v&#233;cues comme un conflit entre deux visions irr&#233;ductibles du monde, si une lecture id&#233;ologique en est faite d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre - m&#234;me si le soubassement dominant restera celui de relations entre puissances. Mais plus que les civilisations elles-m&#234;mes, qui gagnent plut&#244;t &#224; cohabiter et &#224; &#233;changer, c'est le m&#233;lange de la puissance et de l'id&#233;ologie qui est d&#233;tonant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/index.php/2019/05/13/p-de-lauzun-des-conflits-de-civilisations-ou-des-ideologies-de-combat/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/index.php/2019/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Se d&#233;barrasser de la mythologie r&#233;volutionnaire : Ukraine, printemps arabe</title>
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		<dc:date>2014-05-15T13:56:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La triste d&#233;rive ukrainienne nous prend &#224; nouveau en porte-&#224;-faux. Pourtant l'unanimit&#233; m&#233;diatique est formelle : le m&#233;chant Poutine agresse sauvagement et sournoisement la d&#233;mocratie ukrainienne en fomentant artificiellement une agitation s&#233;paratiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'Ukraine, sa population et son histoire, sont des r&#233;alit&#233;s complexes, souvent douloureuses. Une approche en blanc et noir, opposant le camp du bien et le camp du mal est &#224; la fois fausse et gravement contre-productive. On recommence l'erreur d'analyse des printemps arabes, dont on a vu les r&#233;sultats d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la racine de ces erreurs, le mythe r&#233;volutionnaire, combin&#233; avec l'imp&#233;rialisme id&#233;ologique. Profond&#233;ment ancr&#233; dans l'inconscient occidental est l'id&#233;e que les r&#233;volutions sont des &#233;v&#233;nements positifs et des facteurs de progr&#232;s. L'histoire enseigne exactement le contraire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Guerre-et-defense-.html" rel="directory"&gt;Guerre, conflit et crise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-des-democraties-+.html" rel="tag"&gt;Guerre des d&#233;mocraties&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-occidentale-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie occidentale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La triste d&#233;rive ukrainienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La triste d&#233;rive ukrainienne nous prend &#224; nouveau en porte-&#224;-faux. Pourtant l'unanimit&#233; m&#233;diatique est formelle : le m&#233;chant Poutine agresse sauvagement et sournoisement la gentille d&#233;mocratie ukrainienne en fomentant artificiellement une agitation s&#233;paratiste dans les parties russophones d'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit pourtant de consulter n'importe quelle source comp&#233;tente pour savoir que l'Ukraine, sa population et son histoire, sont des r&#233;alit&#233;s complexes, souvent douloureuses, et qu'une approche &#224; l'am&#233;ricaine en blanc et noir, opposant le camp du bien et le camp du mal est &#224; la fois fausse et gravement contre-productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons simplement que l'Ukraine historique, sous les tsars, n'&#233;tait pas l'actuelle, que l'Est et le Sud ont d'importantes populations russophones, que son &#233;conomie est diff&#233;rente de l'Ouest et bien plus int&#233;gr&#233;e dans l'&#233;conomie russe, que la derni&#232;re guerre a &#233;t&#233; v&#233;cue de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente, avec des souvenirs tr&#232;s douloureux etc. A l'inverse l'extr&#234;me ouest est culturellement bien plus proche de l'Europe centrale que de la Russie qu'il n'a que peu connue. Et le centre du pays est entre les deux : partie ancienne de l'Etat russe mais constituant un peuple diff&#233;rent, en outre martyris&#233; sous Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, l'Ukraine est venue &#224; l'ind&#233;pendance avec la dissolution de l'Urss, qui dans le contexte de l'&#233;poque, remettant en question un &#233;tat de fait pr&#233;valant depuis plus de 70 ans, n'a pas proc&#233;d&#233; &#224; une r&#233;vision des fronti&#232;res mais a constitu&#233; de nouvelles nations sur la base de fronti&#232;res jusques lors internes &#224; l'Urss. C'est ce qui explique les m&#233;langes de populations et l'artificialit&#233; de ces fronti&#232;res. La diaspora russe qui en r&#233;sulte, avec plusieurs dizaines de millions de personnes n'a son &#233;quivalent nulle part ailleurs. Elle a d'ailleurs son pendant en &#233;conomie, le syst&#232;me sovi&#233;tique int&#233;gr&#233; laissant en h&#233;ritage un degr&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233; d'interd&#233;pendance notamment industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela ne justifierait un imp&#233;rialisme russe, que cela soit le cas du r&#233;gime russe actuel ou non. Mais cela montre &#224; nouveau que la situation est complexe et d&#233;licate. Si on revient &#224; l'Ukraine il s'agissait alors de b&#226;tir un nouvel &#233;quilibre national entre des populations h&#233;t&#233;rog&#232;nes ayant de forts motifs, historiques et autres, de se m&#233;fier les uns des autres. Ce n'est pas impossible mais il faut d'une part du doigt&#233;, et d'autre part un degr&#233; &#233;lev&#233; d'autonomie locale. C'est pourquoi l'id&#233;e f&#233;d&#233;rale &#233;tait et reste une bonne id&#233;e : que les Russes la proposent ne lui enl&#232;ve pas son sens. Mais surtout il fallait respecter la situation du pays, interm&#233;diaire entre l'Europe occidentale et la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invraisemblable comportement occidental &#224; propos des &#233;v&#233;nements de Maidan est sur ce plan totalement irresponsable. Qu'une r&#233;volte s'oppose au r&#233;gime alors en place, et avec de bonnes raisons objectives est une chose. Mais on aurait d&#251; alors imm&#233;diatement identifier le risque de rupture interne que cela pouvait entra&#238;ner. L'objectif aurait donc d&#251; &#234;tre d'accompagner intelligemment la recherche d'une solution acceptable pour tous les Ukrainiens, donc de compromis. En acceptant l'id&#233;e que l'Ukraine ne peut par nature &#234;tre ancr&#233;e uniquement &#224; l'Ouest (pas plus qu'&#224; l'Est d'ailleurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela on s'est embarqu&#233; dans l'exaltation romantique et irrationnelle de la r&#233;volution, oubliant les groupes d'extr&#234;me-droite qui ont &#233;t&#233; d&#233;cisifs &#224; Maidan et qu'on conspue partout ailleurs, allant m&#234;me jusqu'&#224; remettre en question l'accord pass&#233; entre les insurg&#233;s, le r&#233;gime, l'EU et la Russie. Il y a eu des morts certes : raison de plus pour ne pas laisser le pouvoir &#224; une partie au d&#233;triment des autres. Car pour l'Ukraine de l'Est ces &#233;v&#233;nements de Kiev sont fondamentalement une menace. En outre la le&#231;on a &#233;t&#233; donn&#233;e : l'&#233;meute est un moyen d'action l&#233;gitime. R&#233;sultat les gens de l'Est ont embray&#233; dans la m&#234;me direction (qu'il y ait &#233;ventuellement eu des agents russes n'enl&#232;ve rien au soutien populaire &#233;vident). Il n'y a aucune diff&#233;rence de l&#233;gitimit&#233; entre les &#233;meutiers du Donbass et ceux de Kiev. Si les uns peuvent former des gouvernements les autres aussi. Et les morts de ces zones valent bien ceux des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans parler de la situation financi&#232;re catastrophique, qui risque de nous conduire &#224; y engloutir des dizaines de milliards d'euros, sans doute en pure perte puisqu'aucune r&#233;forme n'est possible dans une telle situation et que le pays coup&#233; de la Russie est peu viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il encore temps d'arr&#234;ter le processus ? Que d&#233;j&#224; les apprentis sorciers cessent de nuire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mythe r&#233;volutionnaire et l'emprise de l'id&#233;ologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la racine de ces erreurs, le mythe r&#233;volutionnaire, combin&#233; avec l'imp&#233;rialisme id&#233;ologique. Profond&#233;ment ancr&#233; dans l'inconscient occidental est l'id&#233;e que les r&#233;volutions dans la rue sont des &#233;v&#233;nements positifs et des facteurs de progr&#232;s. L'histoire enseigne exactement le contraire : ce sont des facteurs majeurs non seulement de violence, mais de d&#233;chirement durable, d&#233;bouchant pendant longtemps soit sur l'anarchie soit sur des r&#233;gimes politiques plus autoritaires et plus grossiers. Et cela ind&#233;pendamment des id&#233;es mises en avant. On peut faire des r&#233;volutions stupides, dangereuses et contre-productives au nom d'id&#233;es respectables. Pourquoi ? Parce qu'une r&#233;volution est un acte de violence d'une partie de la population (en g&#233;n&#233;ral une minorit&#233; d'ailleurs) remettant en cause non seulement le pouvoir en place, mais surtout la paix civile et les &#233;quilibres sociaux et de pouvoirs ant&#233;rieurs. Cela ne peut pas ne pas &#234;tre ressenti comme une menace par toute une partie de la population, a fortiori si le pays conna&#238;t des fractures importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des suppos&#233;s printemps arabes est ici &#233;loquent. Un v&#233;ritable raz-de-mar&#233;e d'enthousiasme politico-m&#233;diatique a recouvert l'Occident, totalement oublieux des r&#233;alit&#233;s locales. Le r&#233;sultat, lui, est parfaitement d&#233;sastreux : anarchie libyenne, pouvoir militaire encore plus muscl&#233; en Egypte, et l'effroyable guerre civile syrienne. Ce n'est qu'en Tunisie que subsiste un espoir, et il est fragile. Ce n'est pas que les r&#233;gimes ant&#233;rieurs &#233;taient satisfaisants : le contraire est &#233;vident. Mais c'est que la r&#233;volution est un moyen tr&#232;s dangereux et tr&#232;s inefficace pour remplacer un r&#233;gime politique par un meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout aggrav&#233; bien s&#251;r par la dimension internationale, et notamment les ambitions jamais satisfaites d'agrandir encore la zone sous influence occidentale (en fait am&#233;ricaine). Ce qui l&#224; encore peut se comprendre : les rapports de puissances sont une r&#233;alit&#233; internationale. Encore faut-il garder un minimum de retenue et de bon sens. Et ne pas jouer avec le feu d'une propagande inconsid&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui implique plus profond&#233;ment de revenir sur la nature tr&#232;s id&#233;ologique de nos soci&#233;t&#233;s et r&#233;gimes politiques occidentaux. Notre appareil politique et m&#233;diatique est tellement convaincu de la sup&#233;riorit&#233; absolue et exclusive de notre agenda id&#233;ologique (m&#234;me lorsqu'il est tr&#232;s r&#233;cent et que seule une minorit&#233; s'y reconna&#238;t) qu'il est pr&#234;t &#224; voir imm&#233;diatement dans toute manifestation locale qui envoie les signaux appropri&#233;s le signe de la conversion de ces peuples au credo universel d&#233;fini par notre syst&#232;me. Et &#224; lire dans tout ce qui s'y oppose le fait de forces d&#233;moniaques. Mais si l'id&#233;ologie est utile pour les manipulateurs elle est tr&#232;s mauvaise conseill&#232;re ; elle occulte aux yeux des id&#233;ologues m&#234;mes la multiplicit&#233; et la complexit&#233; de la r&#233;alit&#233;. Sans parler de la faiblesse des moyens pour v&#233;ritablement influencer ce qui se passe sur place, hors d&#233;ferlement m&#233;diatique &#224; peu pr&#232;s aussi d&#233;pourvu de discernement qu'un tapis de bombes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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