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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Loi naturelle, Valeurs universelles et diversit&#233; des cultures</title>
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		<dc:date>2020-09-27T09:26:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Valeurs universelles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Droits de l'homme, d&#233;mocratie : des valeurs universelles, vraiment ? Le constat est en r&#233;alit&#233; bien plus ambigu. Malgr&#233; les proclamations plan&#233;taires, ONU &#224; l'appui. D'une part ces r&#233;f&#233;rences sont remises en cause par bien des pays ou cultures, notamment en Asie ou dans le monde islamique. D'autre part, dans le monde occidental m&#234;me elles subissent sans cesse des mutations profondes, alors m&#234;me qu'elles sont suppos&#233;es permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc de fa&#231;on renouvel&#233;e la question de la nature et du fondement de toute pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233; de valeurs morales communes. La seule r&#233;ponse rationnelle est la loi naturelle ; elle affirme l'existence de valeurs morales universelles, objectives, qui devraient s'imposer &#224; tous par leur v&#233;rit&#233; m&#234;me, et cela &#233;ventuellement en dehors de toute foi religieuse (m&#234;me si l'Eglise catholique la d&#233;fend). Mais c'est ce que le syst&#232;me dominant r&#233;cuse. Ce qui le conduit &#224; une forme de manich&#233;isme. La loi naturelle au contraire est recherche d'universalit&#233; v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons ce que tout cela peut impliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Valeurs-universelles-+.html" rel="tag"&gt;Valeurs universelles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Constat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des valeurs universelles, vraiment ? Le constat est bien ambigu. D'un c&#244;t&#233; on proclame universelles de telles valeurs, comme les d&#233;clarations de Droits de l'homme ou la d&#233;mocratie. Mais de l'autre, pour qui regarde autour de soi, on voit que ce sol glisse de plus en plus sous nos pieds. D'une part cette r&#233;f&#233;rence est remise en cause par bien des pays ou cultures, notamment en Asie ou dans le monde islamique, au nom d'une interpr&#233;tation locale diff&#233;rente ou m&#234;me par refus pur et simple (les &#171; valeurs asiatiques &#187;). D'autre part, dans leur lieu d'origine m&#234;me, dans le monde occidental ces r&#233;f&#233;rences m&#234;mes subissent des mutations profondes, alors m&#234;me qu'elles sont suppos&#233;es permanentes. La notion de Droits de l'homme par exemple recouvre aujourd'hui, sur des points comme la famille, des concepts totalement &#233;trangers &#224; la D&#233;claration universelle de 1948, dont on continue pourtant &#224; se r&#233;clamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme de son c&#244;t&#233;, qui se reconna&#238;t dans une partie appr&#233;ciable de la d&#233;claration de 1948, diverge maintenant fortement de l'interpr&#233;tation dominante, reprise par l'ONU, sur des points importants comme l'avortement ou l'euthanasie. De ce fait, m&#234;me un texte applaudi m&#233;diatiquement comme Laudato Si, avec sa notion d'&#233;cologie int&#233;grale comprenant aussi le refus de l'avortement, contradictoire avec la pens&#233;e dominante sur ce point et sur d'autres, et on n'en accepte en r&#233;alit&#233; que la partie &#233;cologique au sens &#233;troit. Car il r&#233;affirme l'id&#233;e de nature humaine ; or si nos &#233;cologistes d&#233;fendent le respect moral de la nature, ils consid&#232;rent de fa&#231;on incoh&#233;rente que d&#232;s qu'il s'agit de l'homme, il peut se d&#233;finir comme il l'entend, car il n'y aurait pas de nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc admettre qu'il y a aujourd'hui une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; appr&#233;ciable et croissante des valeurs, et qu'elle tend &#224; s'accro&#238;tre. D'un c&#244;t&#233;, l'affirmation &#233;conomique et politique des civilisations non occidentales facilite leur expression. De l'autre, l'instabilit&#233; du syst&#232;me occidental s'accentue, car il s'adonne &#224; un relativisme de plus en plus d&#233;brid&#233;. Sa pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233; sera donc de plus en plus battue en br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc de fa&#231;on renouvel&#233;e la question de la nature et du fondement de toute pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233;. En fait la seule r&#233;ponse coh&#233;rente est la loi naturelle ; elle affirme l'existence de valeurs morales universelles, objectives, qui devraient s'imposer &#224; tous par leur v&#233;rit&#233; m&#234;me, et cela &#233;ventuellement en dehors de toute foi religieuse. C'est celle traditionnellement donn&#233;e par l'Eglise catholique. Mais c'est ce que le syst&#232;me dominant r&#233;cuse. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fondement possible : la loi naturelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui dit Droits de l'homme, et qui leur donne valeur universelle, affirme par-l&#224; la possibilit&#233; d'aboutir &#224; un consensus sur un ensemble de conclusions : d'une part sur ce qu'est l'homme, et d'autre part sur son bien, et par l&#224; sur ce qui est au fond un agir moral, qui peut et doit inspirer la loi. Car que veut dire un droit ? Cela consiste par exemple &#224; revendiquer la libert&#233; d'accomplir tel ou tel acte, plus la possibilit&#233; d'exiger des autres humains qu'ils respectent cette libert&#233;, et m&#234;me d'exiger ce respect devant les tribunaux. Cela n'a pas de sens s'il n'y a pas &#224; la base l'id&#233;e que c'est un bien, et donc qu'il y a l&#224; un devoir moral qui s'impose &#224; tous. Si on proclame la libert&#233; d'expression, c'est qu'on pense qu'il est bon que tout homme puisse s'exprimer sans contrainte injustifi&#233;e, et que le devoir de respecter ce bien s'impose moralement aux autres. Consid&#233;rer ces droits comme universels revient donc &#224; affirmer qu'il est possible de discerner au moins un noyau de base de telles exigences, qui sont morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce que fait la doctrine de la loi naturelle (o&#249; la nature est comprise au sens large, pas au sens mat&#233;rialiste qui domine aujourd'hui : c'est la nature des choses, ce qu'elles sont ou devraient &#234;tre). Elle estime en effet possible de discerner une telle morale universelle par la r&#233;flexion rationnelle et le d&#233;bat, sur la base d'une conception de la nature humaine. Si on accepte cette id&#233;e de loi naturelle, il est alors possible et logique de fonder les Droits de l'homme sur sa base, comme le fait la Doctrine sociale de l'Eglise. Mais inversement, si on r&#233;cuse toute notion de loi naturelle, les d&#233;clarations de droits courent grand risque d'&#234;tre pos&#233;es dans le vide, car on ne voit pas au nom de quoi on exige leur respect de la part des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;clairage chr&#233;tien : la Doctrine sociale (DSE) et la loi naturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les papes, notamment Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI, ont beaucoup insist&#233; sur la r&#233;f&#233;rence &#224; la loi naturelle ; ils la voient comme non seulement vraie en soi, mais comme pont possible entre croyants et incroyants, car elle ne suppose pas n&#233;cessairement la foi. Cette loi morale se pr&#233;sente comme universelle ; mais cela n'exclut pas une &#233;volution dans le temps, de fa&#231;on coh&#233;rente, par approfondissement. En outre, on admet qu'elle puisse avoir une d&#233;clinaison variable dans la loi positive, selon les diversit&#233; des situations. Cette universalit&#233; de fond est donc compatible avec la diversit&#233; des cultures. Rappelons enfin que dans la tradition classique, l'objectivit&#233; de la loi morale ne fait pas disparaitre la sp&#233;cificit&#233; du jugement moral sur chaque situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces points sont rappel&#233;s dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, publi&#233;e en 2004. Le point central est qu'il y a, selon ce texte, un lien essentiel entre la libert&#233;, la v&#233;rit&#233; et la loi naturelle. Car (n&#176; 138) &#171; dans l'exercice de la libert&#233;, l'homme accomplit des actes moralement bons, constructifs de sa personne et de la soci&#233;t&#233;, quand il ob&#233;it &#224; la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire quand il ne pr&#233;tend pas &#234;tre le cr&#233;ateur et le ma&#238;tre absolu de cette derni&#232;re, ainsi que des normes &#233;thiques. En effet, la libert&#233; n'a pas sa source absolue et inconditionn&#233;e en elle-m&#234;me, mais dans l'existence dans laquelle elle se situe et qui, pour elle, constitue &#224; la fois des limites et des possibilit&#233;s. &#187; D&#232;s lors (140) &#171; l'exercice de la libert&#233; implique la r&#233;f&#233;rence &#224; une loi morale naturelle, &#224; caract&#232;re universel, qui pr&#233;c&#232;de et unit tous les droits et les devoirs. &#187; &#171; Cette loi est appel&#233;e naturelle parce que la raison qui la promulgue appartient en propre &#224; la nature humaine. Elle est universelle, s'&#233;tend &#224; tous les hommes dans la mesure o&#249; elle est &#233;tablie par la raison &#187;. Elle est donc fond&#233;e sur la raison, qui reconna&#238;t par l&#224; qu'il y a une v&#233;rit&#233; objective sur le bien et le mal. Son respect est en outre indispensable &#224; la construction de la soci&#233;t&#233;, car (142) &#171; si l'on voile la perception de l'universalit&#233; de la loi morale naturelle, il est impossible d'&#233;difier une communion r&#233;elle et durable avec l'autre car quand une convergence vers la v&#233;rit&#233; et le bien fait d&#233;faut, de mani&#232;re responsable ou non, nos actes blessent la communion des personnes, au pr&#233;judice de tous. [&#8230;] Celui qui s'autoproclame mesure unique des choses et de la v&#233;rit&#233; ne peut pas vivre pacifiquement avec ses semblables et collaborer avec eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exemple non-europ&#233;en : le confucianisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette conception n'est-elle pas trop occidentale ? Dans cette forme d'&#233;laboration conceptuelle, oui sans doute ; mais ses id&#233;es de base sont plus universelles qu'il n'y para&#238;t au premier abord. J'en veux pour exemple le confucianisme, mais ce n'est pas le seul. Certes on ne peut pas dire qu'il d&#233;veloppe explicitement une conception de la loi naturelle ; mais son positionnement et les id&#233;es qu'il d&#233;veloppe vont tr&#232;s naturellement dans ce sens. Ce n'est donc pas par hasard que Matteo Ricci et ses compagnons le consid&#233;raient comme pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique, justement parce qu'ils le voyaient comme une morale naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses caract&#233;ristiques principales sont l'insistance sur le d&#233;veloppement personnel, par la voie de la sagesse, d'un homme con&#231;u comme &#234;tre de relations et qui donc ne peut pleinement se d&#233;velopper qu'en contact avec les autres. Il n'y a pas d'au-del&#224; transcendant explicite, mais la reconnaissance d'une spiritualit&#233;, li&#233;e &#224; un &#8216;Ciel' compris commue r&#233;gulateur du flux d'ordre, d'harmonie et de cr&#233;ativit&#233; qui fait le monde et l'homme, lequel y est totalement immerg&#233;. On note en outre l'importance chez Confucius de la notion de ren, sens de l'humain ; le moi est vu comme point de convergence de rapports interpersonnels ; le lien moral est constitutif de tout &#234;tre humain. C'est un ordre intrins&#232;que des choses dans lequel il faut se replacer. Affirmer et &#233;lever plus haut sa propre humanit&#233; prime en outre par rapport &#224; tout autre devoir. Le concept central, celui de Voie du Ciel, vise au fond le comportement demand&#233; de chacun, par et pour l'ordre des choses ; c'est en quelque sorte la vocation de chacun, la recherche de la meilleure conduite &#224; adopter et &#224; laquelle on est sp&#233;cifiquement appel&#233;. C'est donc &#224; la fois sp&#233;cifique &#224; chacun (contrairement &#224; une morale de type kantien), ordonnateur de la vie enti&#232;re, et exigeant en ce qui concerne les attitudes possibles. C'est donc bien une morale objective dans son principe, et fond&#233;e sur la r&#233;alit&#233; des choses ; fondamentalement donc tr&#232;s proche de l'id&#233;e de loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'analyse intellectuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, m&#234;me largement pr&#233;sente dans les diverses cultures, la question subsiste du fondement philosophique et rationnel de la loi naturelle. On l'a dit, la Doctrine sociale la consid&#232;re accessible &#224; tout homme de bonne volont&#233; ; mais c'est sans le d&#233;montrer. Les analyses d'Alasdair MacIntyre montrent en revanche la possibilit&#233; &#224; notre &#233;poque aussi de retrouver par le raisonnement et l'exp&#233;rience les principes de la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez cet auteur, dont l'influence et l'autorit&#233; dans le monde anglosaxon sont consid&#233;rables, on trouve, tant dans sa propre d&#233;marche personnelle que dans ses propositions, un soubassement intellectuel puissant &#224; l'id&#233;e que la raison peut retrouver les principes de la loi naturelle. Partant du marxisme, il a dans son premier ouvrage majeur, After Virtue, red&#233;couvert des &#233;l&#233;ments significatifs de la pens&#233;e aristot&#233;licienne, mais en les ins&#233;rant dans un contexte communautariste et une pluralit&#233; de traditions morales. Il a progressivement approfondi cette pens&#233;e pour pr&#233;cis&#233;ment retrouver le r&#244;le central d'une r&#233;f&#233;rence universelle, la loi naturelle, dans le cadre de la pens&#233;e thomiste. On le voit notamment dans un livre r&#233;cent sur ce sujet (Lawrence S. Cunningham (dir.), Intractable Disputes about the Natural Law, Notre Dame Indiana, University of Notre Dame Press, 2009), sous forme d'un d&#233;bat entre lui et d'autres. Certes, MacIntyre y rappelle lucidement que la logique de la loi naturelle devrait conduire &#224; un large accord, mais que c'est le contraire qu'on constate, surtout aujourd'hui ; ce qui, dit-il, est un &#233;chec incontestable de la raison pratique. MacIntyre donne plusieurs exemples de ces d&#233;saccords : l'avortement ; la morale sexuelle hors procr&#233;ation ; la question de l'existence d'un juste prix ou d'un juste salaire etc. Mais en m&#234;me temps, note-t-il, un point de vue peut &#234;tre rationnellement sup&#233;rieur sans que pour autant cela garantisse l'assentiment, m&#234;me de gens intelligents et attentifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MacIntyre propose plusieurs d&#233;monstrations de la l&#233;gitimit&#233; de la loi naturelle. Dans la premi&#232;re, il se base sur le principe m&#234;me de l'enqu&#234;te en commun. Elle implique qu'il y a un bien &#224; reconna&#238;tre comme tel, la v&#233;rit&#233;, comprise comme ad&#233;quation de la pens&#233;e et de la r&#233;alit&#233; - sinon aucune enqu&#234;te commune n'est possible. Mettant ce bien au-dessus des autres, on recherche une coh&#233;rence entre les exigences de v&#233;rit&#233; et les autres biens que nous poursuivons. On note alors que cela implique une forme d'asc&#233;tisme intellectuel et moral, et des r&#232;gles r&#233;gissant nos rapports mutuels. D'abord, qu'on n'ait pas &#224; craindre de celui avec qui on parle. Donc qu'on ne remette pas en cause la vie, la libert&#233; ou les biens les uns des autres. Ensuite que chacun dise la v&#233;rit&#233;, ne mente pas, que les engagements soient respect&#233;s, et qu'une autorit&#233; nous prot&#232;ge des menaces ext&#233;rieures. Mais, dit-il, nous retrouvons alors les principes de la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre m&#233;thode qu'il propose est comparative : on regarde si l'approche d'une des traditions en pr&#233;sence donne une solution meilleure aux probl&#232;mes que rencontre une autre ; alors sa sup&#233;riorit&#233; relative sera claire, et c'est-dit-il le cas de la loi naturelle. Il rappelle plus g&#233;n&#233;ralement que la recherche du bien commun exige un d&#233;bat. Une id&#233;e qui diverge de la loi naturelle classique peut &#234;tre examin&#233;e rationnellement et on doit pouvoir donner une r&#233;ponse universellement valable au cas examin&#233;. Ce qu'il estime pouvoir d&#233;montrer dans le cas de l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites de cette r&#233;f&#233;rence &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, dans les faits, cette conception de la loi naturelle est aujourd'hui principalement d&#233;fendue par l'Eglise catholique. D'o&#249; une confusion dans les esprits, car elle est de ce fait per&#231;ue comme confessionnelle, malgr&#233; des contributions comme celle de MacIntyre. Cela peut r&#233;sulter de l'insuffisance de l'argumentation propos&#233;e. Mais cela provient surtout de la pr&#233;dominance dans nos soci&#233;t&#233;s de ce que j'appelle le paradigme de neutralit&#233;, relativiste, qui structure notre pens&#233;e collective, et conduit &#224; n'admettre comme r&#232;gle commune que des r&#232;gles du jeu et un principe d'&#233;mancipation individualiste. Un tel cadre de pens&#233;e exclut a priori toute d&#233;marche du type de la loi naturelle. Elle y voit m&#234;me une attitude arrogante aboutissant &#224; imposer des vues aux autres &#8211; sans voir d'ailleurs que c'est en r&#233;alit&#233; ce qu'elle fait elle-m&#234;me avec son propre syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'analysais dans un ouvrage r&#233;cent &#8216;Pour un grand retournement politique, Editions du Bien commun, Paris, 2019) &#171; un paradigme, au sens de Kuhn, est ce qui structure la repr&#233;sentation des choses au niveau collectif, conduisant &#224; s&#233;lectionner certains modes de pens&#233;e et d'expression au d&#233;triment d'autres pourtant aussi l&#233;gitimes a priori. &#187; En l'esp&#232;ce, &#171; c'est l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, d'o&#249; le droit de chacun &#224; se d&#233;terminer comme il l'entend. Et qu'il est bon d'&#233;manciper les individus ou les soci&#233;t&#233;s, ce qui est compris comme la remise en cause des valeurs collectives, des r&#233;f&#233;rences au vrai et au bien jusque-l&#224; reconnues, et des autorit&#233;s correspondantes. Cet objectif de neutralit&#233; &#233;merg&#233; au XVIIe si&#232;cle, a fait progressivement sentir ses effets jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, qu'on appelle maintenant post-moderne, pour qui la seule notion du bien est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences dans tous les domaines, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. &#187; Or &#171; une telle attitude est sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire. Tous les syst&#232;mes de valeurs ant&#233;rieurs affichaient une conception ou une autre du bien, fond&#233;e en d&#233;finitive sur une id&#233;e de la nature humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne comprend pas cette id&#233;e de neutralit&#233;, et le mat&#233;rialisme qui lui est sous-jacent, si on ne le compl&#232;te pas par la promesse d'&#233;mancipation qu'il contient. Car il ne s'agit pas seulement de proclamer n&#233;gativement l'absence de r&#233;f&#233;rence objective au bien ou &#224; la communaut&#233; ; il s'agit de proclamer le droit des individus ou des peuples &#224; s'affranchir de ces r&#232;gles et r&#233;f&#233;rences communes pour construire &#224; volont&#233; leur cadre et leur avenir, droit qui est de fait proclam&#233;, paradoxalement, comme une forme de bien ou plut&#244;t comme le seul &#8216;bien' collectivement reconnu. &#187; &#171; La l&#233;gitimit&#233; reposera alors &#224; la fois sur ce corpus id&#233;ologique et sur les proc&#233;dures qui d&#233;finissent les r&#232;gles du jeu. Les unes et les autres &#233;tant changeantes, la l&#233;gitimit&#233; est d&#233;sormais glissante au gr&#233; de ce qu'on per&#231;oit comme le sens de l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais il se r&#233;v&#232;le aussi plus que jamais une impasse, car la pluralit&#233; de fait des morales, valeurs et cultures etc., que cela g&#233;n&#232;re s'av&#232;re tr&#232;s difficile &#224; g&#233;rer, comme le montrent les turpitudes et limites du syst&#232;me, son incapacit&#233; croissante &#224; donner des r&#232;gles claires pour la vie commune, notamment dans la d&#233;limitation des droits r&#233;ciproques des uns et des autres - par exemple entre la lutte contre la p&#233;dophilie ou les autres abus sexuels, et la d&#233;ferlante pornographique. Et son nihilisme latent est au fond d&#233;sesp&#233;rant. D'o&#249; son recours sans cesse croissant &#224; des r&#233;glementations, dans tous les domaines, et donc &#224; une forme d'&#233;tatisation ; mais aussi l'impuissance croissante du politique &#187;. Le niveau extr&#234;me est ce relativisme des universit&#233;s am&#233;ricaines, cette exaltation de la diversit&#233; aboutissant &#224; disqualifier un discours tenu par quelqu'un parce qu'il est blanc ou masculin. Mais il est important de rappeler que son origine n'est pas dans une contestation ext&#233;rieure de la postmodernit&#233;, mais dans son exacerbation. Ce que ressent l'individu devient un absolu. Et toute id&#233;e d'universalit&#233; dispara&#238;t. Ou plus exactement il ne reste qu'en affirmation &#224; pr&#233;tention universelle, qui est au fond proc&#233;durale : l'affirmation de r&#232;gles du jeu social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La remise en cause de la conception dominante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De ce fait la conception dominante, occidentale, celle qui est doctrine officielle &#224; l'ONU, ne se fonde pas sur une r&#233;f&#233;rence commune objective, encore moins stable, par exemple des droits de l'homme ; mais sur des r&#232;gles du jeu. Mais alors il n'y a pas de limite intellectuelle &#224; la divergence des interpr&#233;tations, comme &#224; l'&#233;volution dans le temps. La probabilit&#233; est donc de divergences croissantes. Le recul de l'universalit&#233; ne provient donc pas seulement de l'arrogance occidentale, mais du fond m&#234;me de sa conception. Mais ce risque de divergence pousse aussi le monde occidental &#224; une tentation moralisante paradoxale, avec en pratique l'imposition id&#233;ologique (au moins dans les pays occidentaux) d'un r&#233;f&#233;rent politiquement correct. Inversement, la critique de cette conception occidentale ne r&#233;sulte pas seulement du fait qu'on affirme des valeurs alternatives, mais aussi, voire surtout, de la critique des limites de ce cadre de pens&#233;e dominant. Parmi celles-ci, on notera en particulier son absence du sens de la communaut&#233;, son refus de reconna&#238;tre l'homme comme &#234;tre de relations ins&#233;r&#233; dans des communaut&#233;s, ainsi que sa n&#233;gation des valeurs morales objectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;rapage du politiquement correct et les r&#233;actions qu'il suscite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses de Chantal Delsol (Le cr&#233;puscule de l'universel, Cerf, 2020) mettent en &#233;vidence les effets d&#233;l&#233;t&#232;res de l'&#233;volution r&#233;cente de cette conception. Ces droits, comme les notions de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, sont pos&#233;s comme principes permettant seuls la vie commune de personnes appel&#233;es &#224; s'&#233;manciper mais ayant des conceptions diff&#233;rentes. Mais en m&#234;me temps, ils sont pos&#233;s, et de plus en plus, comme un id&#233;al &#8216;moral', de plus en plus envahissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constatant la multiplicit&#233; des Chartes alternatives des Droits, Chantal Delsol oppose alors deux conceptions : d'un c&#244;t&#233;, l'individu abstrait ainsi d&#233;fini par sa libert&#233; individuelle ; et de l'autre la &#171; personne inscrite dans groupes d'appartenance, sujet inclus et assujetti des soci&#233;t&#233;s holistes &#187;. Cette analyse tend &#224; faire un bloc de tous ceux qui critiquent la conception dominante, en regroupant sous le nom de holisme l'id&#233;e d'une forme d'ordre impliquant des liens et une solidarit&#233; s'imposant &#224; tous dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'individu doit se fondre. Elle voit d&#233;j&#224; dans le nazisme une &#171; premi&#232;re tentative politique &#187; &#171; pour abolir l'esprit moderne et revenir aux sources de la soci&#233;t&#233; holiste &#187;, r&#233;cusant l'individualisme et l'universalisme, l'&#233;galit&#233;, les Droits de l'homme. Mais elle englobe aussi sous cette &#233;tiquette tout un ensemble de conceptions (pourtant radicalement diff&#233;rentes du nazisme), comme les r&#233;f&#233;rences asiatiques d'inspiration confuc&#233;enne, l'Islam ou la Russie actuelle ; elle note m&#234;me des affinit&#233;s entre ce holisme et le capitalisme rh&#233;nan et l'ordo-lib&#233;ralisme allemand (ce qui en bonne logique finirait implicitement par viser aussi la Doctrine sociale de l'Eglise). On constate m&#234;me, dit-elle, un glissement ou une convergence, puisque dit-elle des rangs entiers de la droite conservatrice ou des catholiques occidentaux admirent Poutine. Outre la r&#233;f&#233;rence holiste, elle voit aussi dans tout cela l'effet d'une tendance g&#233;n&#233;rale r&#233;cemment &#233;merg&#233;e &#224; &#171; suivre sa propre voie &#187;. On d&#233;construit par principe l'universalisme, et on &#233;tablit des ponts vers Vico, Herder et le romantisme allemand. Ce n'est alors pas un simple relativisme, mais une conception plurielle des civilisations. Ainsi en Asie, de Xi Jinping &#224; Lee Kuan Yew. D'o&#249; les &#8216;valeurs asiatiques'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors dit-elle aujourd'hui &#171; le conflit des paradigmes oppose un centre europ&#233;en de plus en plus mondialiste et individualiste, et des p&#233;riph&#233;ries souffrant de d&#233;sappartenance, aspirant &#224; des enracinements plus spiritualistes &#187;. L'Occident ne s'en attriste pas, dit-elle : il voit m&#234;me cela comme un progr&#232;s ; de toute fa&#231;on chez lui il y a &#171; d&#233;valorisation assum&#233;e de l'h&#233;ro&#239;sme et de la grandeur &#187;. Les gens n'y savent plus pour quoi ils accepteraient de mourir ; on y r&#233;cuse les grands r&#233;cits et efface les causes sacrificielles. L'Occident a en outre la sp&#233;cificit&#233; de la repentance, qu'on ne voit pas chez les autres : ni chez Erdogan, ni chez Poutine qui r&#233;habilite Staline, ni chez Xi Jinping qui excuse Mao (comme n'ayant fait que de simples erreurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diversit&#233; des alternatives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position doit &#224; mon sens &#234;tre nuanc&#233;e. Il convient notamment d'&#233;viter de mettre dans le m&#234;me panier toutes les oppositions &#224; la conception occidentale actuelle, messianique et sans cesse plus intol&#233;rante. Car si leur opposition les r&#233;unit, ces id&#233;es alternatives sont en r&#233;alit&#233; assez profond&#233;ment diff&#233;rentes entre elles ; les r&#233;unir sous l'&#233;tiquette commune du &#8216;holisme' est contestable. Nous avons vu l'exemple de la th&#233;orie de la loi naturelle, d&#233;fendue par l'Eglise catholique et th&#232;me majeur de la tradition de pens&#233;e occidentale ant&#233;rieurement aux Lumi&#232;res ; elle se distingue clairement de la conception occidentale actuellement dominante ; mais elle n'a &#233;videmment rien &#224; voir avec des conceptions comme celle de Xi Jinping aujourd'hui, ou a fortiori avec le nazisme, et elle diff&#232;re tr&#232;s sensiblement des id&#233;es islamistes. Il n'y a donc pas deux p&#244;les possibles, la postmodernit&#233; d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre le reste, suppos&#233; holiste et non universel. Ce &#8216;reste' recouvre en r&#233;alit&#233; une grande diversit&#233; d'approches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre cet exemple, la pens&#233;e classique, centr&#233;e autour de la loi naturelle, me para&#238;t &#234;tre par excellence le p&#244;le alternatif &#224; la modernit&#233; ou postmodernit&#233;, au sein de la tradition occidentale. Elle se veut non seulement aussi universaliste que la pens&#233;e dominante, mais elle m&#233;rite ce terme bien plus que celle-ci, qui n'a d'universaliste que sa pr&#233;tention, et organise en r&#233;alit&#233; une cacophonie des valeurs, dissolvant la notion m&#234;me de valeur en la r&#233;duisant &#224; des r&#232;gles du jeu. Mais si on part de cette polarit&#233; entre modernit&#233; et pens&#233;e classique, on va classer de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente les id&#233;es en pr&#233;sence. Le nazisme par exemple se r&#233;v&#232;le alors &#234;tre un avatar monstrueux de la modernit&#233;, exaltant &#224; la fois un pr&#233;tendu soubassement scientifique, et la volont&#233; de puissance d'un groupe humain particulier : c'est en fait une des formes que peut prendre l'exacerbation de l'affirmation du moi, qui est sous-jacente &#224; la modernit&#233;. Et par ailleurs l'id&#233;e de &#171; suivre sa propre voie &#187; sans qualification est tout &#224; fait &#233;trang&#232;re &#224; la pens&#233;e classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me dans la diversit&#233; des voies actuellement explor&#233;es ou mises en avant. Il est important de rappeler la vari&#233;t&#233; des cultures sous-jacentes en pr&#233;sence de nos jours, que le d&#233;veloppement va conduire &#224; voir s'affirmer de plus en plus. Par exemple, l'Asie (le monde sinis&#233;) hors Chine a eu une r&#233;action au coronavirus bien diff&#233;rente des Occidentaux ; la discipline, le sens de la soci&#233;t&#233; et de la communaut&#233; y sont bien plus forts ; et on accepte un degr&#233; plus &#233;lev&#233; d'intrusion. Mais cela ne veut pas dire que la Cor&#233;e ou le Japon soient purement et simplement holistes, ni n'implique de leur part une renonciation &#224; l'universalit&#233;. On l'a vu, la tradition confuc&#233;enne peut &#234;tre ici interrog&#233;e sur le plan doctrinal : la personne humaine n'y dispara&#238;t pas dans le tout, m&#234;me si on comprend d'abord l'homme comme &#234;tre de relations et non de fa&#231;on individualiste. En revanche, dans la &#8216;pens&#233;e Xi Jinping', officielle dans la Chine actuelle, la r&#233;f&#233;rence au confucianisme appara&#238;t largement rh&#233;torique, appel&#233;e au service d'un syst&#232;me hybride combinant en r&#233;alit&#233; un mat&#233;rialisme &#224; la fois marxiste et capitaliste (et donc occidental d'origine), et une tradition autoritaire chinoise violente, qui doit bien plus &#224; ceux qu'on appelait dans la Chine ancienne les L&#233;gistes qu'&#224; Confucius. En outre, si Xi Jinping insiste sur la sp&#233;cificit&#233; des &#8216;couleurs' chinoises de son socialisme, m&#234;me dans son cas cela n'implique pas en soi renoncement &#224; toute universalit&#233;, tant s'en faut : le pays se veut en effet exemplaire au niveau mondial. Il est donc plus totalitaire que holiste, et pas si local que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, cette Asie chinoise n'est pas la seule : outre le bouddhisme, pr&#233;sent dans la m&#234;me culture chinoise, les mondes indien et islamique sont tous deux porteurs de r&#233;f&#233;rences propres, qu'on ne peut pas r&#233;duire &#224; un qualificatif global comme &#8216;holisme'. Ces mondes savent qu'ils ont &#233;t&#233; de grandes civilisations ; ils ont perdu historiquement beaucoup de terrain par rapport &#224; l'Occident, mais ils sont en pleine remont&#233;e sur les plans &#233;conomique et politique (m&#234;me si le monde musulman est ici moins convaincant). D'o&#249; des &#233;volutions vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle en cours en Inde tourne autour d'une hindutva centr&#233;e sur l'hindouisme : elle est donc ind&#233;niablement tr&#232;s particulariste et communautaire. Mais par un paradoxe apparent cet exemple, qui correspond le mieux au sch&#233;ma particulariste et holiste de Chantal Delsol, est aussi celui du seul grand pays dans cette zone &#224; garder vivante une d&#233;mocratie &#224; l'occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Islam est un autre exemple caract&#233;ristique de cette diversit&#233;. Il n'est pas &#233;vident que le terme de &#8216;holisme' s'applique &#224; lui et que l'individu s'y dissolve dans la communaut&#233; : il y a en Islam un sens fort de la communaut&#233; islamique (Umma) mais la r&#233;f&#233;rence n'est pas dans la communaut&#233;, c'est dans le Coran, r&#233;f&#233;rence commune. Et surtout il se veut universel et non pas local ; il a m&#234;me &#233;tabli une d&#233;claration des droits alternative. On tend en Occident &#224; passer cela sous silence, de fa&#231;on g&#234;n&#233;e, consid&#233;rant qu'une d&#233;claration de droits qui se r&#233;f&#232;re &#224; une tradition qu'on juge particuli&#232;re ne peut pr&#233;tendre &#234;tre universelle, et ne se situe donc pas au m&#234;me niveau que les textes occidentaux. Mais cela pose un probl&#232;me conceptuel majeur : il est en soi logique que si on introduit dans la r&#233;flexion un &#233;l&#233;ment non partag&#233; comme le Coran, le r&#233;sulte diverge. En r&#233;alit&#233;, le Coran aussi est &#224; pr&#233;tention universelle ; les musulmans acceptent donc le principe d'une d&#233;claration de droits, mais pour eux elle n'a de sens que compl&#233;t&#233;e et corrig&#233;e par la charia. Il y a donc conflit et contradiction entre les deux conceptions, occidentales et islamiques ; d&#232;s lors l'une des deux au moins est fausse. Mais ce n'est pas par manque d'universalit&#233; ; cela veut dire qu'on n'&#233;chappera pas &#224; un choix sur le fond, &#224; la question de la v&#233;rit&#233; de l'un ou de l'autre, et notamment pas en tentant de recourir &#224; une &#233;thique proc&#233;durale &#224; l'occidentale, qui ne donne pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;sir de s'affirmer et de ne plus &#234;tre &#224; la remorque de l'Occident, s'ajoute en outre dans tous ces cas, comme on l'a dit, une sinc&#232;re hostilit&#233; envers les formes de plus en plus caricaturales que prend la pens&#233;e postmoderne occidentale, laquelle risque d'emporter dans le refus la partie pourtant justifi&#233;e et universelle de la modernit&#233; occidentale. Evidemment, toutes ces affirmations apparaissent particularistes si on les lit &#224; travers le prisme de lecture occidental actuel, et on tend &#224; les r&#233;cuser en bloc &#224; ce titre. On risque alors de tomber dans le pi&#232;ge d'une dichotomie entre les pays dits vraiment &#8216;d&#233;mocratiques' et les autres. Mais ce n'est pas la seule coupure possible : on l'a dit, l'Islam par exemple est pour ses tenants une proposition universelle, conduisant &#224; une polarit&#233; diff&#233;rente, mais tout aussi dichotomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel manich&#233;isme, caract&#233;risant les uns et les autres, est fondamentalement diff&#233;rent de la d&#233;marche de la pens&#233;e classique, celle qui est &#224; l'origine de l'id&#233;e de loi naturelle, qu'on voit mal structurant le monde en deux camps oppos&#233;s, puisqu'elle vise au contraire &#224; d&#233;gager une id&#233;e morale commune. Un pr&#233;alable &#224; tout progr&#232;s est donc de sortir de ces oppositions binaires et au fond simplistes, mais sans pour autant cesser d'affirmer ce qui appara&#238;t comme de valeur universelle, et la possibilit&#233; de telles valeurs universelles. On pourra ne pas &#234;tre d'accord (ainsi sur l'avortement), mais sans enfermer l'autre dans un sch&#233;ma (sauf s'il le fait lui-m&#234;me). Ni relativisme, ni manich&#233;isme, l'enjeu est la mise en &#233;vidence, chaque fois que possible, par un travail commun, de ce qui a r&#233;ellement et objectivement, valeur universelle, parce que relevant du vrai, du beau et du bien. Et pour le reste, de traiter au mieux, dans la respect de principes civilis&#233;s et moraux, des &#234;tres qui sont diff&#233;rents de nous et qui ne partagent pas nos vues, ou pas toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'apr&#232;s mon intervention au Colloque 2020 de l'AIESC (Th&#232;me g&#233;n&#233;ral :&lt;/i&gt; Valeurs universelles et valeurs locales/ particuli&#232;res : compl&#233;mentarit&#233;s et confrontations)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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