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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Le soft power am&#233;ricain est toujours l&#224;&#8230; mais il mue</title>
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		<dc:date>2020-07-27T09:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Soft power</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La notion de soft power introduite par Joseph Nye a eu un succ&#232;s imm&#233;diat. C'est une forme de pouvoir dans la vie internationale, non par usage de la force mais par persuasion et influence ; elle r&#233;sulte de l'image que projette un &#201;tat, mais aussi la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, du fait de sa culture, de ses productions au sens large, de ses id&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pensent qu'avec M. Trump le soft power am&#233;ricain est durablement alt&#233;r&#233;. Je pense au contraire qu'il mue mais reste pr&#233;pond&#233;rant. L'influence du mouvement Black Lives Matter dans tout le monde occidental nous le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site de G&#233;opragma&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Soft-power-+.html" rel="tag"&gt;Soft power&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La notion de soft power introduite par Joseph Nye a eu un succ&#232;s imm&#233;diat. On sait que pour lui il s'agit d'une forme de pouvoir dans la vie internationale, non par usage de la force mais par une forme de persuasion ; elle r&#233;sulte de l'image que projette un &#201;tat, du fait de ses performances, de sa communication, de son comportement ou de son id&#233;ologie ; mais aussi de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, de son style, de sa culture, de ses productions culturelles au sens large, de ses id&#233;es, de son activit&#233; scientifique ou autre etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme souvent dans ces cas, le concept a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; de fa&#231;on h&#233;t&#233;roclite et parfois approximative. On le voit avec nos chers journalistes de la presse bienpensante qui s'offusquent des frasques de M. Trump et en d&#233;duisent que le soft power am&#233;ricain est de ce fait durablement alt&#233;r&#233;, confondant ainsi ce pouvoir avec l'image momentan&#233;e qu'a dans les m&#233;dias l'administration actuellement en place &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il donc de ce soft power am&#233;ricain ? Il est vrai que depuis 20 ans plusieurs &#233;v&#233;nements essentiels ont sensiblement alt&#233;r&#233; l'image des Etats-Unis et par l&#224; son aura. Ainsi la d&#233;sastreuse exp&#233;dition d'Iraq en 2003. Ou la dramatique crise financi&#232;re de 2008. Un autre facteur majeur a &#233;t&#233; la profonde &#233;volution de la sc&#232;ne politique interne am&#233;ricaine depuis une vingtaine d'ann&#233;es, donc bien avant Trump, avec pour base ce qu'on appelle l&#224;-bas culture wars, guerres de cultures, ces oppositions radicales, id&#233;ologiques, religieuses ou autres d&#233;chirant le pays et qui se traduisent concr&#232;tement au Congr&#232;s par une guerre de tranch&#233;e implacable entre R&#233;publicains et D&#233;mocrates, contrastant de fa&#231;on impressionnante avec le relatif consensus et l'esprit de compromis qui pr&#233;valaient autrefois. Et bien s&#251;r, au niveau du Pr&#233;sident, par les changements appr&#233;ciables de message au niveau international selon le titulaire du poste, que ce soit en bilat&#233;ral ou multilat&#233;ral. C&#244;t&#233; pouvoirs publics, l'image projet&#233;e est donc ind&#233;niablement plus hach&#233;e et heurt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce la fin de l'histoire ? Il me para&#238;t int&#233;ressant ici d'&#233;largir ce concept de soft power, y compris dans la d&#233;finition de Nye et de ses successeurs, qui tend &#224; se concentrer sur l'influence exerc&#233;e par le pouvoir politique, l'Etat, &#224; travers son chef effectif. Or dans le cas des Etats-Unis une part appr&#233;ciable de l'influence r&#233;elle de ce pays s'exerce &#224; travers d'autres canaux, d'autres parties du pouvoir politique ou de l'administration, ou m&#234;me en dehors d'elle. Je prends deux exemples. L'un est l'avalanche de protestations et m&#234;me l'hyst&#233;rie collective qui a saisi le monde occidental &#224; la suite de la mort tragique de G. Floyd. Voil&#224; un &#233;v&#233;nement am&#233;ricain, qui, lu &#224; travers le prisme local, a d&#233;termin&#233; non seulement un mouvement collectif appr&#233;ciable dans ce pays, mais aussi &#224; l'&#233;tranger, au moins dans la sph&#232;re occidentale et plus exactement dans l'Europe de l'Ouest. Or ce mouvement est inexplicable sans prise en compte de l'&#233;volution en profondeur des universit&#233;s am&#233;ricaines, mettant la question de la discrimination (vraie ou suppos&#233;e) en position premi&#232;re et m&#234;me parfois exclusive dans le d&#233;bat public, et qui a fini par impr&#233;gner en profondeur ce d&#233;bat public dans le pays. Mais aussi par l&#224; m&#234;me, dans les pays sous son influence, car on y constate de plus en plus avec retard la m&#234;me &#233;volution, France comprise. Aid&#233;e d'ailleurs par l'action directe d'institutions am&#233;ricaines, ambassades comprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple est le r&#244;le des r&#233;seaux sociaux. On voit les controverses opposant D. Trump &#224; Twitter, et la position plus r&#233;serv&#233;e de Facebook. Mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue qu'au-del&#224; de ces &#233;v&#233;nements, ce d&#233;bat lui aussi proprement am&#233;ricain influence la plan&#232;te enti&#232;re, du moins la plan&#232;te dite occidentale (hors Chine, Russie et quelques autres), qui est abonn&#233;e de fa&#231;on massive &#224; ces supports et &#224; eux seuls, et en subit donc la politique de filtrage et en fait de censure, outre le fait m&#234;me d'adopter la logique m&#234;me de ces supports et ce que cela implique pour le fa&#231;onnage de l'opinion Ce n'est en outre qu'une petite partie de l'extraordinaire emprise des Gafam, notable en mati&#232;re technologique, et notamment de recherche scientifique (avec des budgets cumul&#233;s comparables &#224; ceux civils du gouvernement am&#233;ricain), le tout bas&#233; sur une puissance financi&#232;re incomparable, avec des marges massives et une grande ind&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des financements de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exemples et d'autres montrent que si on consid&#232;re comme &#233;l&#233;ment du soft power non pas seulement ce qui est directement au service du gouvernement concern&#233;, pris au sens &#233;troit, mais l'influence politique globale que le pays exerce &#224; l'&#233;tranger, y compris en exportant ses d&#233;bats internes, alors le soft power am&#233;ricain appara&#238;t toujours consid&#233;rable, et manifestement pr&#233;pond&#233;rant (toujours en mettant partiellement en dehors Chine, Russie et d'autres). Il tend m&#234;me &#224; bien des points de vue &#224; se renforcer, du moins sur le plan id&#233;ologique, notamment dans sa zone d'influence la plus directe. En outre, on peut m&#234;me consid&#233;rer que les &#8216;guerres des cultures' am&#233;ricaines, malgr&#233; leurs inconv&#233;nients pour ce pays, peuvent inversement contribuer &#224; son rayonnement, en exportant ses d&#233;bats. En outre, conduisant &#224; poser les probl&#232;mes en termes am&#233;ricains, cela facilite consid&#233;rablement l'orientation qui est donn&#233;e ensuite par le gouvernement am&#233;ricain, quel qu'il soit, puisque le terrain est pr&#234;t pour l'accueillir. Ce qui est la d&#233;finition m&#234;me du soft power. Un &#233;ventuel pr&#233;sident d&#233;mocrate pourra ainsi utiliser le mouvement suivant la mort de G. Floyd comme cheval de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on peut voir un paradoxe &#224; qualifier de soft power des d&#233;bats et manifestations (comme celles suivant la mort de G. Floyd), alors que non seulement ils contestent le pouvoir ex&#233;cutif am&#233;ricain, au moins en partie, mais surtout que cela donne de ce pays une image pour le moins ambigu&#235;, et m&#234;me assez n&#233;gative. On a m&#234;me soutenu que les Etats-Unis avaient d&#233;sormais les inconv&#233;nients du soft power plus que ses avantages. La r&#233;alit&#233; est bien s&#251;r entre les deux : inconv&#233;nients et avantages sont tous deux pr&#233;sents, mais dans le cadre de ce qui est plus que jamais une h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique et m&#233;diatique peu disput&#233;e dans sa sph&#232;re. Etant entendu que cela reste une h&#233;g&#233;monie : cela n'emp&#234;che pas une certaine originalit&#233; europ&#233;enne ici ou l&#224;, mais elle n'est pas motrice au niveau mondial, ni m&#234;me significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est d'autant plus vrai, au moins dans la p&#233;riode imm&#233;diate, que comme je l'ai relev&#233; dans plusieurs billets ant&#233;rieurs, il n'y a sur ce plan &#224; ce stade aucune alternative au niveau mondial. La Chine, seul candidat possible actuellement, a m&#234;me choisi, au moins pour le moment avec Xi Jinping, une voie inverse : la voie classique de la relation de puissance pure, r&#233;elle, mais &#224; ce stade sans v&#233;ritable capacit&#233; de rayonnement id&#233;ologique ou culturel. La &#8216;pens&#233;e Xi-Jinping', exalt&#233;e sur place, m&#233;lange &#233;trange de syst&#232;me de pouvoir et d'oripeaux confuc&#233;ens ou mao&#239;stes, ne para&#238;t pas devoir briller &#224; l'&#233;tranger. Et le rayonnement de sa soci&#233;t&#233; civile tout comme celui de son Internet, tous deux corset&#233;s sont par le fait m&#234;me tr&#232;s faibles. Cela dit, la Chine y gagne de ce fait sur un autre plan, car elle peut jouer la carte d'une relative neutralit&#233; id&#233;ologique, ce qui peut plaire &#224; bien des gouvernements. Il est &#224; noter que ni le Tibet, ni les Ouighours ni m&#234;me Hongkong ne suscitent de r&#233;action comparable &#224; l'&#233;tranger, m&#234;me de loin, &#224; la mort de G. Floyd. Parall&#232;lement, son effort technologique impressionnant, notamment en intelligence artificielle (IA) et en grandes entreprises du Net (Baidu, Alibaba, Tencent etc.), devrait s'av&#233;rer &#224; terme un instrument de puissance consid&#233;rable, m&#234;me s'il est encore peu perceptible : totalement ind&#233;pendantes de leurs cousines am&#233;ricaines, ces entreprises sont de taille &#233;norme, tr&#232;s comp&#233;titives, et disposent de bases de donn&#233;es sans &#233;gales, ce qui d&#233;cisif pour l'IA. Leur d&#233;ploiement ext&#233;rieur est donc tout &#224; fait concevable, et plus encore &#224; mesure que les censures id&#233;ologiques croissantes de Twitter, Facebook et autres rebuteront. Bas&#233;es sur une puissance technique et une efficacit&#233; particuli&#232;re, elles peuvent devenir des comp&#233;titeurs redoutables. Mais cela resterait encore une forme de puissance purement mat&#233;rielle - sauf si, &#224; terme plus long, un message original finissait par &#233;merger de Chine (la m&#233;ritocratie politique pouvant en &#234;tre un &#233;l&#233;ment). L'avenir peut donc montrer l&#224; aussi que le soft power n'est jamais acquis, et qu'il peut changer de nature. Mais l&#224; encore, comme je l'ai r&#233;guli&#232;rement soulign&#233;, c'est dans 20 ou 30 ans qu'on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site de &lt;i&gt;G&#233;opragma&lt;/i&gt; le 27 juillet 2020 &lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/le-soft-power-est-toujours-la-mais-il-mue/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/le-soft-power-e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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