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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Victimisme, justice et tribunaux</title>
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		<dc:date>2020-03-06T10:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>
		<dc:subject>Victimisme</dc:subject>
		<dc:subject>Tribunaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Jamais peut-&#234;tre le mot de justice n'a fait l'objet de revendications aussi passionn&#233;es qu'&#224; notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit notamment avec les questions d'abus sexuels et de p&#233;dophilie. Bien s&#251;r, la demande de justice y est totalement justifi&#233;e dans leur principe. Mais cette r&#233;surgence collective est aussi l'occasion de ph&#233;nom&#232;nes irrationnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on au fond attendre de la justice des tribunaux ? Comment demander justice, sans pour autant d&#233;passer la mesure du possible et du n&#233;cessaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site de L'Incorrect&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tribunaux-+.html" rel="tag"&gt;Tribunaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jamais peut-&#234;tre le mot de justice n'a fait l'objet de revendications aussi passionn&#233;es qu'&#224; notre &#233;poque. C'est que les exigences &#233;motionnelles des individus et des groupes sont devenues des droits de l'homme fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit avec les questions d'abus sexuels et de p&#233;dophilie. Bien s&#251;r, elles sont justifi&#233;es dans leur principe, car celui qui se livre &#224; ce genre d'abus doit en rendre compte, d'autant que le sujet est &#233;motionnellement intense, et la blessure souvent profonde. Mais cette r&#233;surgence collective est aussi l'occasion de ph&#233;nom&#232;nes irrationnels. Le probl&#232;me surgit quand on confond le besoin &#233;motionnel avec la justice, et la justice tout court avec la justice des tribunaux &#8211; m&#234;me quand elle fonctionne bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette institution op&#232;re en effet de mani&#232;re pr&#233;cise et normalis&#233;e. Elle a catalogu&#233; un certain nombre de comportements condamnables, avec les peines aff&#233;rentes ; elle juge ensuite, en fonction des donn&#233;es disponibles, si tel ou tel accus&#233; les a r&#233;ellement commises, avec quel degr&#233; de responsabilit&#233;, sur la base de preuves convaincantes. Il y a en outre des dossiers qu'elle ne peut pas traiter, faute d'information ou de preuves, et elle les fait sortir de son champ apr&#232;s un temps qu'on appelle la prescription. On peut d&#233;battre des modalit&#233;s pr&#233;cises, ou de la mise en &#339;uvre de ces m&#233;thodes. Mais leur principe est logique. Il faut alors &#234;tre conscient du fait que m&#234;me si l'action de cette justice a &#233;t&#233; irr&#233;prochable, le r&#233;sultat s'av&#232;re souvent insatisfaisant en regard d'une norme parfaite de justice. Le code p&#233;nal peut &#234;tre impr&#233;cis ou lacunaire ; les preuves pour condamner quelqu'un peuvent &#234;tre insuffisantes alors qu'il est coupable ; enfin la prescription emp&#234;che d'agir si les faits &#233;mergent trop tard. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il faut bien que les peines soient d&#233;finies avant le crime, que les preuves soient convaincantes, et qu'on ne s'acharne pas ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'atmosph&#232;re &#233;motionnelle qui caract&#233;rise notre soci&#233;t&#233;, la prescription est le point le plus controvers&#233;. Elle d&#233;coule pour faire simple de deux ensembles de raisons. L'un, que les donn&#233;es sont bien moins fiables apr&#232;s un certain d&#233;lai, y compris les preuves mat&#233;rielles ou les t&#233;moins. Le deuxi&#232;me, que si rien ne s'est produit en trente ans, les choses se sont stabilis&#233;es et il peut y avoir plus de mal &#224; intervenir que de bien, tant pour la soci&#233;t&#233; que pour les int&#233;ress&#233;s. Pour comprendre ce point, il faut se rappeler pour quelles raisons il y a des tribunaux p&#233;naux : la pr&#233;vention, pour faire peur aux candidats au crime ; la protection de la soci&#233;t&#233;, pour mettre hors d'&#233;tat de nuire le criminel et si possible l'aider &#224; se remettre sur le bon chemin ; et, de fa&#231;on moins nette &#224; notre &#233;poque, la punition, pour compenser d'une certaine fa&#231;on le mal qui a &#233;t&#233; fait. Or au bout de trente ans, il est naturel de consid&#233;rer que ces motifs tombent largement. En outre, implicitement on consid&#232;re que le criminel, suppos&#233; s'&#234;tre tenu &#224; carreau pendant 30 ans, mais restant tout ce temps sous le coup d'une condamnation possible, a d'une certaine fa&#231;on pay&#233; une partie de ce qu'il devait. On peut discuter tel ou tel aspect, mais le fait est que la prescription existe &#224; peu pr&#232;s partout, en droit ou en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Implicitement, cela revient &#224; admettre que la justice des hommes doit &#234;tre habit&#233;e par une modestie fondamentale. Elle sait qu'elle est utile, mais qu'elle ne peut pas tout faire, qu'il est difficile de savoir apr&#232;s un certain temps, qu'elle peut se tromper, et qu'in&#233;vitablement certains crimes restent impunis. Et donc que son r&#244;le n'est pas de viser une situation id&#233;ale o&#249; tous les torts sont redress&#233;s, mais de d&#233;ployer les moyens qu'elle a pour faire au mieux, tout en connaissant les limites de l'exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les victimes s'en indignent. On rappelle notamment alors qu'en cas d'abus sexuel sur des enfants, la victime peut mettre des ann&#233;es avant de surmonter le traumatisme et d'agir. Notons cependant qu'en cas de viol de mineur, la prescription est de trente ans apr&#232;s la majorit&#233; de la victime, soit jusqu'&#224; 48 ans. Il est clair qu'apr&#232;s un tel d&#233;lai, soit 40 ans environ apr&#232;s les faits pour un enfant, la mise hors d'&#233;tat de nuire du coupable ou la pr&#233;vention n'ont plus beaucoup de sens. Quant &#224; l'examen des faits, il devient particuli&#232;rement al&#233;atoire. Reste la punition. Mais &#224; notre &#233;poque on est suppos&#233; lui pr&#233;f&#233;rer la pr&#233;vention ou la r&#233;&#233;ducation. Si donc on avance cet argument, le seul sens possible est que c'est pour le bien de la victime. Mais est-ce si s&#251;r ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que nous tombons ici sur une des particularit&#233;s de l'&#233;poque : le victimisme. Le citoyen de l'&#233;poque actuelle revendique sans cesse d'&#234;tre une victime. La victime a remplac&#233; le h&#233;ros dans le panth&#233;on m&#233;diatique. Et qui dit victime, dit revendication de protection et de r&#233;paration, qu'on comprend comme un absolu. A cela s'ajoute une autre obsession de l'&#233;poque, le culte des droits ; autrefois on parlait plut&#244;t des devoirs, mais subjectivement l'effet est diff&#233;rent. Parler de droit met l'accent sur soi, et suppose qu'on vous doit quelque chose ; cultiver l'id&#233;e que ses droits ont &#233;t&#233; bafou&#233;s met dans une attitude revendicative. D'o&#249; la multiplication des proc&#233;dures en tous domaines &#224; notre &#233;poque, suivant l'exemple am&#233;ricain. Mais ce n'est a priori pas toujours la meilleure mani&#232;re de s'orienter vers l'objectif d'un comportement bienveillant, tourn&#233; vers la r&#233;conciliation avec soi-m&#234;me, le monde et la soci&#233;t&#233;. Il faut certes d&#233;fendre ses droits, mais savoir aussi raison garder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette attitude de revendication qui explique l'acharnement des poursuites contre le cardinal Barbarin, alors que la base juridique &#233;tait tr&#232;s faible. Certes, le crime du pr&#234;tre coupable &#233;tait r&#233;voltant, et la faute de ses sup&#233;rieurs de l'&#233;poque ind&#233;niable. Mais ces responsables n'&#233;taient plus l&#224; ; et on sent bien que la condamnation du coupable ne suffisait pas aux plaignants et &#224; leurs amis. Et donc on s'est lanc&#233; sur le cardinal. Ce cas met en &#233;vidence un fait qu'il est politiquement incorrect de mentionner, mais r&#233;el ; &#224; savoir que le d&#233;sir de punition port&#233; &#224; l'incandescence peut finir par ressembler &#224; la vengeance, et rappelle la chasse au bouc &#233;missaire au sens de Ren&#233; Girard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en d&#233;duire ? Que de vraies victimes portent plainte contre les vrais coupables est &#233;videmment juste, et il est souhaitable qu'&#224; l'avenir elles le fassent plus t&#244;t, et courageusement. Cela peut les aider en outre &#224; surmonter le traumatisme. Mais il faut simultan&#233;ment prendre garde, chez elles et surtout chez leurs amis, &#224; l'emballement de ce sentiment parfois trouble qu'on appelle l'indignation. Qui ignore deux faits fondamentaux. L'un, qu'on a mentionn&#233;, est la limitation de la justice des hommes, qui ne peut tout faire. L'autre, plus profond, est qu'on ne trouve en r&#233;alit&#233; pas paix et &#233;quilibre par la punition d'un coupable, m&#234;me si cela peut aider. Bien s&#251;r, celle-ci est juste et n&#233;cessaire, lorsqu'elle est praticable. Mais elle a ses limites ; et surtout, en d&#233;finitive ce n'est pas vraiment elle qui apporte la paix. La meilleur recette est le pardon ; mais si on ne peut pas, mieux vaut ne pas cultiver l'acharnement. Pour son propre bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site de &lt;i&gt;l'Incorrect&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://lincorrect.org/victimisme-justice-et-tribunaux-lincorrect/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lincorrect.org/victimisme-j...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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