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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Vie priv&#233;e, vie publique</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Vie-privee-vie-publique.html</link>
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		<dc:date>2020-02-17T10:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Vie priv&#233;e vie publique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'affaire du candidat Griveaux a suscit&#233; de multiples commentaires, qu'il est inutile de prolonger. En revanche la confusion subsiste sur le plan des principes moraux applicables, entre vie priv&#233;e et vie publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site de Politique magazine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Vie-privee-vie-publique-274-+.html" rel="tag"&gt;Vie priv&#233;e vie publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'affaire du candidat Griveaux a suscit&#233; de multiples commentaires, qu'il est inutile de prolonger. En revanche la confusion subsiste sur le plan des principes applicables. Je me placerai sous cet angle, car la question &#233;merge r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre vie priv&#233;e et vie publique est moralement fond&#233;e. Elle est essentielle &#224; l'exercice de la tol&#233;rance. La tol&#233;rance nous conduit &#224; accepter des comportements ou des opinions que nous n'approuvons pas, par respect de l'autre personne, ou pour &#233;viter des cons&#233;quences pires. Nous tol&#233;rons notamment des comportements priv&#233;s parce qu'ils rel&#232;vent de l'espace intime que nous reconnaissons &#224; la personne. Mais il est essentiel de distinguer cette expression priv&#233;e de l'expression publique, m&#234;me si la fronti&#232;re n'est pas &#233;tanche. Le premier domaine est ce qui n'a pas comme tel d'influence directe, manifeste, explicite, sur la vie collective. Dans ce cas, la tol&#233;rance va en g&#233;n&#233;ral de soi, sauf acte nocif pour autrui. Inversement, un acte public contribue &#224; fa&#231;onner par son existence m&#234;me ce qui fait la vie commune des citoyens. Bien s&#251;r, l&#224; aussi il est tr&#232;s souvent pr&#233;f&#233;rable de tol&#233;rer un comportement contestable. Mais l'enjeu n'est pas le m&#234;me. Un acte public doit &#234;tre appr&#233;ci&#233; en fonction de ses effets sur cette vie commune : nous sommes collectivement responsables de la qualit&#233; de la vie collective. Ou, dans le capharna&#252;m actuel, de sa d&#233;gradation. Il y a alors une &#233;quilibre &#224; d&#233;finir entre l'expression de soi et l'effet produit. Cela commence pour chacun avec le comportement que l'on a dans la rue, la mani&#232;re dont on s'habille, pour continuer avec la presse, et toute expression visible d'opinions. Contribuer au d&#233;bat public par de vraies opinions est par exemple une chose, polluer la vie commune par ses extravagances en est une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un tout autre niveau, prenons maintenant l'acte public par excellence, celui de briguer une fonction publique, ou de l'exercer. Les m&#234;mes remarques valent plus encore pour ce qui est des exigences. Voil&#224; une personne qui demande le suffrage des &#233;lecteurs, ou est candidat &#224; une fonction, afin d'influer sur la vie commune en &#233;tant muni d'un pouvoir que la collectivit&#233; lui confie. Il est normal et naturel que les &#233;lecteurs soient regardants sur la personnalit&#233; en question. Y compris dans ce qu'on peut voir publiquement de sa vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation se complique dans nos soci&#233;t&#233;s du fait de la pluralit&#233; des m&#339;urs et des jugements moraux, suppos&#233;e &#234;tre un droit fondamental. Car si on a le droit d'avoir sur ce plan ses propres opinions et comportements, on a aussi celui d'avoir son opinion sur le candidat. Et donc, de leur c&#244;t&#233;, ces candidats sont soumis &#224; une contrainte : th&#233;oriquement libres d'avoir la vie priv&#233;e qu'ils souhaitent, sous certaines r&#233;serves, ils doivent convaincre des &#233;lecteurs qui ont, eux, des opinions vari&#233;es sur le sujet. Et la vie priv&#233;e est bien &#233;videmment un des lieux permettant de se faire une opinion sur eux. Or tous les &#233;lecteurs ont des vues sur ce qu'on peut consid&#233;rer correct ou pas correct. Parmi eux, une partie appr&#233;ciable est attach&#233;e &#224; des m&#339;urs stables et fid&#232;les, une vie de famille, des enfants dont on prend soin etc. Le candidat va donc fr&#233;quemment mettre cela en avant. Mais si sa vie priv&#233;e r&#233;elle est d&#233;cal&#233;e par rapport &#224; cela, il court alors un risque majeur. Le m&#234;me risque existe, de fa&#231;on moindre, pour un candidat progressiste dont on d&#233;couvrirait par exemple qu'il maltraite sa compagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois la r&#233;ponse &#233;tait simple et formelle : en gros, on tol&#233;rait de fait des m&#339;urs priv&#233;es souvent assez d&#233;lur&#233;es (m&#234;me aux Etats-Unis : voir Roosevelt ou Kennedy), si la personne montrait qu'elle respectait les normes sociales en public : le mari vivant avec sa femme, restait discret sur ses ma&#238;tresses etc. Moralement, ce n'&#233;tait pas vraiment id&#233;al. Mais au moins, d'une part on ne mettait pas en sc&#232;ne ses suppose vertus, et d'autre part et surtout, ce faisant on reconnaissait que la sc&#232;ne publique ob&#233;it &#224; d'autres r&#232;gles que la vie priv&#233;e. C'&#233;tait un moindre mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est paradoxalement plus difficile aujourd'hui. Notamment parce que les int&#233;ress&#233;s ont d&#251; plus qu'autrefois afficher une suppos&#233;e puret&#233; de m&#339;urs, ou plut&#244;t leur &#8216;normalit&#233;', le fait qu'ils seraient de bons citoyens comme tout le monde, mais en mieux. Mais aussi, facteur aggravant, parce qu'on est d&#233;sormais cens&#233; &#233;quilibrer les libert&#233;s nouvelles par la sinc&#233;rit&#233; et le refus de l'hypocrisie. En outre, ces braves politiques sont pris entre ces exigences accrues, et le pi&#232;ge technologique. Car si on n'y prend pas garde, les technologies actuelles rendent accessibles au public une partie appr&#233;ciable de la sph&#232;re priv&#233;e. Autrefois, hors t&#233;moignage direct, ou espionnage, rien ne permettait d'accr&#233;diter que le pr&#233;sident X avait une ma&#238;tresse. Maintenant il y a la photo reproductible &#224; l'infini, soit prise par l'int&#233;ress&#233;, soit par quelqu'un d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment clarifier ce n&#339;ud de contradictions ? Les principes de la morale sont universels. Mais les jugements prudentiels varient selon le contexte. Il faut d'abord garder &#224; l'esprit la distinction entre actes publics et priv&#233;s, m&#234;me s'ils interf&#232;rent. L'id&#233;e est simple : la vie priv&#233;e doit &#234;tre prot&#233;g&#233;e ; mais un homme public engage in&#233;vitablement sur la place publique une partie de sa vie priv&#233;e, et notamment s'il la met en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel, je proposerai d&#232;s lors les rep&#232;res suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Un homme public ne peut invoquer sa vie priv&#233;e comme un homme priv&#233;. Il a certes aussi droit au respect de sa vie priv&#233;e, mais il doit admettre qu'elle peut interf&#233;rer avec sa vie publique, notamment dans la mesure o&#249; il lui donne un caract&#232;re public. Si par exemple il affiche des principes touchant la vie priv&#233;e ou personnelle, s'il s'exhibe avec sa femme et ses enfants, il est l&#233;gitime que le public veuille v&#233;rifier la coh&#233;rence de sa vie r&#233;elle avec ces principes. &lt;br class='autobr' /&gt;
2.	Cette v&#233;rification ne doit normalement viser que ce qui est perceptible publiquement, c'est-&#224;-dire fait partie de la vie publique. Mais une photo, une vid&#233;o, un texte reproductibles, envoy&#233;s par le personnage public &#224; quelqu'un qui n'appartient pas &#224; son intimit&#233; affich&#233;e (sa famille, &#233;ventuellement ses amis proches) est potentiellement dans ce cas par sa nature m&#234;me. De m&#234;me un d&#233;placement ou une d&#233;marche dans laquelle il est reconnaissable. Si cela devient public, l'homme public en tant que tel ne peut alors pas exciper politiquement du respect de sa vie priv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
3.	Mais inversement, si le document en question rel&#232;ve de ce qui pour un citoyen ordinaire est sa vie priv&#233;e, le d&#233;tournement de cet &#233;l&#233;ment et sa mise sur la place publique reste de la part de celui qui l'a op&#233;r&#233; une atteinte &#224; la vie priv&#233;e du personnage par ailleurs public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre le cas r&#233;cent, et sans entrer dans les d&#233;tails, il &#233;tait donc r&#233;pugnant et attentatoire &#224; la vie priv&#233;e de B. Griveaux de diffuser la vid&#233;o. Le responsable peut donc &#234;tre attaqu&#233; en justice. Mais comme homme politique, en la filmant ou en l'envoyant, ce m&#234;me Griveaux accomplissait un acte qui l'engageait potentiellement sur ce terrain public. En outre, en l'occurrence, c'&#233;tait une faute. Il est donc normal qu'il en subisse les cons&#233;quences politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur Politique magazine &lt;a href=&#034;https://www.politiquemagazine.fr/politique/vie-privee-vie-publique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.politiquemagazine.fr/po...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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