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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>&#034;OEconomicae et pecuniariae quaestiones&#034; : &#233;dition pr&#233;fac&#233;e</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/OEconomicae-et-pecuniariae-quaestiones-edition-prefacee.html</link>
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		<dc:date>2018-06-10T13:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>March&#233; financier</dc:subject>
		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le texte majeur du Vatican sur la finance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edition du texte par Art&#232;ge avec ma pr&#233;face&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Finance-un-regard-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Finance un regard chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Marche-financier-+.html" rel="tag"&gt;March&#233; financier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Morale-et-finance-+.html" rel="tag"&gt;Morale et finance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte est &#233;dit&#233; par Art&#232;ge, avec ma pr&#233;face&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine sociale de l'&#201;glise est une boussole pour le chr&#233;tien engag&#233; dans la vie du monde. March&#233;s boursiers, flux financiers, endettement, mondialisation ... autant de probl&#233;matiques qui semblent bouleverser le monde du travail et de l'entreprise et soulever des questions &#233;thiques nouvelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte de la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la Foi, sans d&#233;tours, avec &#233;quilibre, analyse ces r&#233;alit&#233;s et propose des solutions &#233;thiques afin que la dignit&#233; et le bien commun restent au coeur des pr&#233;occupations des acteurs de ce vaste domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant-propos de Pierre de Lauzun, d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral de l'Association fran&#231;aise des march&#233;s financiers et essayiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsartege.fr/livre/fiche/sur-les-questions-economiques-et-financieres-9791033607755&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.editionsartege.fr/livre...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-finance-peut-elle-etre-au-service-de-l-homme-351.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-finance-peut-elle-etre-au-service-de-l-homme-351.html</guid>
		<dc:date>2015-05-29T14:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>March&#233; financier</dc:subject>
		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>
		<dc:subject>Responsabilit&#233; sociale du propri&#233;taire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ? Les cyniques diront que, si cela arrive, c'est involontairement. L'image de la finance est celle d'organismes froids, uniquement motiv&#233;s par le gain. La crise de 2008 a jet&#233; un coup de projecteur violent sur des pratiques contestables et collectivement nuisibles. Est-ce l&#224; toute la r&#233;alit&#233; de la finance ? Est-ce une fatalit&#233; ? La finance a un r&#244;le central dans nos &#233;conomies. Une finance au service de l'homme, et non pas centr&#233;e sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Mes-livres-Biographie-.html" rel="directory"&gt;Mes livres &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Marche-financier-+.html" rel="tag"&gt;March&#233; financier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Morale-et-finance-+.html" rel="tag"&gt;Morale et finance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Responsabilite-sociale-du-proprietaire-337-+.html" rel="tag"&gt;Responsabilit&#233; sociale du propri&#233;taire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/finace_service_homme.jpg?1787417297' class='spip_logo spip_logo_right' width='86' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsddb.fr/product/89901/la-finance-peut-elle-etre-au-service-de-l-homme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.editionsddb.fr/product/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ? Les cyniques diront que, si cela arrive, c'est involontairement. L'image de la finance est celle d'organismes froids, uniquement motiv&#233;s par le gain. La crise de 2008 a jet&#233; un coup de projecteur violent sur des pratiques contestables et collectivement nuisibles. Est-ce l&#224; toute la r&#233;alit&#233; de la finance ? Est-ce une fatalit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La finance a un r&#244;le central dans nos &#233;conomies. Une finance au service de l'homme, et non pas centr&#233;e sur elle-m&#234;me, serait &#233;videmment un id&#233;al. Peut-on cependant avoir une finance orient&#233;e dans le bon sens sans se r&#233;f&#233;rer aux valeurs qui animent une soci&#233;t&#233; ? Et que signifie &#234;tre au service de l'homme, sinon avoir une conception d&#233;finie du bien, et donc une forme de morale ou d'&#233;thique ? Ethique et finance : c'est par l&#224; qu'il faut commencer l'examen. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour examiner la question de la fa&#231;on la plus concr&#232;te possible, l'auteur aborde aussi la question de la banque et des march&#233;s financiers, sans oublier la finance publique, et m&#234;me le r&#244;le du don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ouvrage indispensable pour comprendre l'articulation de la r&#233;gulation des march&#233;s et de l'&#233;thique personnelle et une claire d&#233;monstration des conditions indispensables pour pr&#233;tendre &#224; la possibilit&#233; d'une finance au service de l'homme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-finance-peut-elle-etre-au-service-de-l-homme.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-finance-peut-elle-etre-au-service-de-l-homme.html</guid>
		<dc:date>2015-05-19T12:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Tel est le titre de mon avant-dernier livre, paru le 29 mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cyniques diront que s'il arrive que la finance serve l'homme, c'est involontairement. L'image de la finance est celle d'organismes froids, uniquement motiv&#233;s par l'argent. Et la crise de 2008 a jet&#233; un coup de projecteur violent sur des pratiques contestables et collectivement nuisibles. Est-ce toute la r&#233;alit&#233; de la finance ? Est-ce fatal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance a un r&#244;le central dans nos &#233;conomies. Elle sert donc &#224; quelque chose. Une finance au service de l'homme, et non pas centr&#233;e sur elle-m&#234;me, serait &#233;videmment un id&#233;al. il faut donc travailler dans ce sens. Mais peut-on avoir une finance orient&#233;e dans le bon sens dans une soci&#233;t&#233; qui elle-m&#234;me ne reconna&#238;trait pas de vraies valeurs ? Et que signifie &#234;tre au service de l'homme, sinon avoir une certaine conception du bien, et donc une forme de morale ou d'&#233;thique ? Ethique et finance : c'est par l&#224; qu'il faut commencer l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On passera ensuite &#224; des questions plus pratiques sur la banque et les march&#233;s financiers ; sans oublier la finance publique, et m&#234;me le r&#244;le du don. On verra alors que r&#233;gulation des march&#233;s et &#233;thique personnelle sont toutes deux n&#233;cessaires pour mettre la finance au service de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite, bonnes feuilles et table des mati&#232;res...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;daille de bronze (mention d'honneur) du Prix Turgot du meilleur livre d'&#233;conomie financi&#232;re 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview sur ce sujet sur Radio-courtoisie avec Hugues S&#233;rapion le samedi 1er ao&#251;t de 12h00 &#224; 13h30, rediffus&#233;e dans l'apr&#232;s-midi de 16 heures &#224; 17h30, et dans la nuit de minuit &#224; 1h30.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir aussi ma participation &#224; l'&#233;mission &#034;Grain &#224; moudre&#034; sur France Culture jeudi 4 juin &#224; 18 h 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire &lt;a href=&#034;http://www.revue-projet.com/comptes-rendus/2016-02-de-lauzun-la-finance-peut-elle-etre-au-service-de-l-homme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.revue-projet.com/comptes...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-sur-qui-compter-pour-moraliser-la-finance-2015-06-04&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.franceculture.fr/emissio...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Morale-et-finance-+.html" rel="tag"&gt;Morale et finance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ? Voil&#224; bien une question qui ne devrait pas se poser, car cela devrait aller de soi. Or l'image de la finance est tr&#232;s mauvaise : on y voit des d'organismes froids, uniquement motiv&#233;s par l'argent, le plus possible et le plus vite possible. La crise de 2008 est pass&#233;e par l&#224;, mais aussi des scandales comme le Libor. R&#233;sultat : toute mesure visant &#224; p&#233;naliser le secteur financier est aussit&#244;t populaire. Comme si de tels scandales &#233;taient la seule r&#233;alit&#233; de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout le monde sait que la finance a un r&#244;le central dans nos &#233;conomies. Les masses &#233;normes d'&#233;pargne qui l'irriguent doivent en effet &#234;tre orient&#233;es vers le meilleur financement possible, et en m&#234;me temps le meilleur placement possible pour les &#233;pargnants. Le tout pour le bien de tous. D'o&#249; la question : comment mettre la finance au service de l'homme ? C'est ce que j'ai essay&#233; d'examiner dans ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;conomie comme la n&#244;tre, d&#233;centralis&#233;e, de march&#233; donc, cela veut dire que ce march&#233; fonctionne au mieux : qu'il propose les meilleurs produits, au meilleur prix, les plus adapt&#233;s au client, orient&#233;s vers les meilleurs investissements. Donc vers des entreprises innovantes et responsables : pas seulement envers leur personnel ou l'environnement, mais aussi leurs clients, leurs fournisseurs, et les communaut&#233;s dans lesquelles elles s'ins&#232;rent. Le march&#233; &#233;tant une confrontation concurrentielle comporte une puissante discipline ; mais cela ne suffit pas. D'abord parce qu'il a besoin de r&#232;gles du jeu. Ensuite parce que le r&#233;sultat d&#233;pend des priorit&#233;s de ses acteurs. Donc de leurs valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la finance se r&#233;v&#232;le alors essentiel. Comme m&#233;tier, comme technique, elle n'est pas coupable. Mais elle ne trouve pas en elle-m&#234;me ses propres &#233;quilibres, ses propres r&#233;gulations. Elle a besoin de r&#232;gles et de moralit&#233;. Mais peut-on avoir une finance orient&#233;e dans le bon sens dans une soci&#233;t&#233; qui elle-m&#234;me ne reconna&#238;trait pas de vraies valeurs ? Et que signifie &#234;tre au service de l'homme, sinon avoir une certaine conception du bien, une forme de morale ou d'&#233;thique ? Ethique et finance : c'est par l&#224; qu'il faut commencer l'examen. Il n'y a pas d'&#233;conomie sans morale. Et il n'y a pas &#224; choisir entre morale et rentabilit&#233;. L'&#233;conomie sans morale est le triomphe de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; le simple fait de prendre en compte la dur&#233;e longue implique une hi&#233;rarchie de priorit&#233;s, et un cadre public notamment fiscal. Privil&#233;giant notamment les actions et les fonds propres, qui sont fondamentalement plus moraux que la dette. Tourner la finance au service de l'homme suppose ensuite de passer en revue un ensemble de questions sur la banque et les march&#233;s pour qu'ils soient plus s&#251;rs et mieux orient&#233;s, sachant que cela ne dispensera pas d'une transformation des mentalit&#233;s et des priorit&#233;s. Cela va donc de l'organisation des march&#233;s financiers, du choix de ses produits et modes de fonctionnement, jusqu'&#224; l'&#233;thique de la banque de r&#233;seau, et la question controvers&#233;e des r&#233;mun&#233;rations. Sans oublier la finance publique, voire le r&#244;le du don. Tout en soulignant les limites de la r&#233;glementation : la faiblesse de la r&#233;gulation internationale, les limites du prudentiel, le r&#244;le &#233;quivoque d'une monnaie de plus en plus conventionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra alors que r&#233;gulation collective et &#233;thique personnelle ou collective sont toutes deux n&#233;cessaires pour mettre la finance au service de l'homme. La seconde &#233;tant d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.revue-projet.com/comptes-rendus/2016-02-de-lauzun-la-finance-peut-elle-etre-au-service-de-l-homme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.revue-projet.com/comptes...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bonnes feuilles&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 1 Une question morale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas d'&#233;conomie sans morale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;conomie ou une finance au service de l'homme, c'est une &#233;conomie ou une finance tourn&#233;e vers une certaine forme de bien. Donc anim&#233;e par une certaine morale. Car la morale, c'est d'abord la recherche du bien et le rejet du mal. Non pas de ce qu'on a arbitrairement d&#233;cr&#233;t&#233; &#234;tre bien ou mal, mais de ce qu'on doit honn&#234;tement reconna&#238;tre comme &#233;tant tel, et que nous devons d&#232;s lors rechercher : nous le devons parce que ce qui d&#233;finit le bien, c'est pr&#233;cis&#233;ment que c'est ce qu'il faut faire. En outre, qui dit bien ou mal vise d'abord (pas seulement, mais essentiellement) un rapport aux autres. La morale est l'art de nous conduire le mieux possible &#224; l'&#233;gard des autres dans la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons, et plus largement &#224; l'&#233;gard de tout ce qui nous entoure. Et l'&#233;thique ? Ethique et morale, &#224; l'origine, c'est le m&#234;me mot. Et cela reste pour l'essentiel la m&#234;me chose. La seule nuance, d'ailleurs r&#233;cente, voit la morale comme une ensemble d'imp&#233;ratifs, et l'&#233;thique comme l'art du choix moral pratique. Mais ce n'est qu'une nuance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute vie collective, les relations &#233;conomiques supposent elles aussi une morale. En premier lieu elles ont besoin de confiance et d'honn&#234;tet&#233;. Le vol et le mensonge g&#233;n&#233;ralis&#233;s, a fortiori la violence, ne sont pas compatibles avec une vie &#233;conomique satisfaisante. Mais ces vertus ne peuvent &#234;tre produites par l'&#233;conomie consid&#233;r&#233;e seule : elles doivent &#234;tre produites autrement, par la soci&#233;t&#233;. L'&#233;conomie profite donc de cette production, de ce qu'elle appelle des externalit&#233;s, consid&#233;rables en l'esp&#232;ce, qu'elle ne sait pas produire, et qui sont dues &#224; la morale et aux valeurs collectives. Ceci dit, pour respecter une morale, encore faut-il que les personnes concern&#233;es y voient un sens. Cela suppose que dans les motivations des personnes, la joie de faire le bien qu'on a &#224; faire joue un r&#244;le au moins aussi important que le profit individuel. Et comme il n'y a pas d'&#233;conomie sans morale, il n'y a donc pas d'&#233;conomie si les personnes ne cherchent pas &#224; faire le bien, tout autant qu'&#224; gagner le plus possible. Et cela &#224; son tour suppose une certaine &#233;ducation, fond&#233;e sur une saine conception de l'homme. Dit autrement, l'&#233;conomie est faite d'hommes. Ce qui les fait vivre, ce qui donne du sens &#224; leur vie et &#224; leur action est essentiel pour l'&#233;conomie. On ne peut donc esp&#233;rer avoir durablement une vie &#233;conomique saine sans valeurs collectives et sans une saine conception de l'homme, une saine anthropologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci vaut &#224; un triple niveau. Il y a en premier lieu les syst&#232;mes de valeurs personnels. C'est &#233;vident &#224; un niveau &#233;l&#233;mentaire : le respect des r&#232;gles de base de la vie en commun, et notamment des engagements pris, des contrats est indispensable &#224; l'&#233;conomie ; sans lui agir dans la soci&#233;t&#233; serait difficile et al&#233;atoire, et donc &#233;conomiquement tr&#232;s co&#251;teux, voire impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu l'&#233;conomie suppose des entreprises, donc des entrepreneurs, et qu'ils animent ces communaut&#233;s sp&#233;cialis&#233;es qu'on appelle les entreprises ; cela suppose aussi le respect d'un minimum de normes morales au sens large. Mais cela suppose aussi une capacit&#233; &#224; prendre des risques, car la s&#233;curit&#233; totale n'existe pas ; et donc une forme de courage, de foi en l'avenir : c'est une vertu morale aussi, et elle est majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu une &#233;conomie qui op&#233;rerait sur la base du seul &#233;go&#239;sme ne fonctionnerait pas, contrairement &#224; ce qu'on peut d&#233;duire de nos manuels d'&#233;conomie &#8211; ou d'un mauvais kantisme. C'est d&#233;j&#224; vrai pour des personnes travaillant ensemble dans une entreprise ; &#224; fortiori pour vivre ensemble en soci&#233;t&#233;, en mobilisant le savoir-faire de tous ; enfin et surtout pour assurer les nombreuses fonctions sociales qui ne peuvent pas &#234;tre assur&#233;es sur une base purement int&#233;ress&#233;e, &#224; commencer par la famille. Cela suppose des valeurs d'amour et de don, et tout au moins de solidarit&#233;. Les exp&#233;riences de th&#233;orie des jeux montrent que m&#234;me dans le cadre d'un march&#233; o&#249; ils ne poursuivent que leur int&#233;r&#234;t, les gens doivent soigner leur r&#233;putation sur la dur&#233;e et manifester un souci de l'autre pour r&#233;ussir. Ceci dit le seul calcul ne peut susciter facilement un comportement altruiste, et s'il le fait c'est de fa&#231;on limit&#233;e, toujours susceptible de remise en cause. Seule des valeurs collectives int&#233;rioris&#233;es, d'ordre moral, fiables sur la dur&#233;e, peuvent donc assurer efficacement le service attendu. J'en d&#233;duis qu'une &#233;conomie n'est pas tenable &#224; terme sans morale collective et personnelle, au sens large du terme, sans syst&#232;me de valeurs fond&#233; moralement, y compris des valeurs fondamentalement altruistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les al&#233;as de la morale collective impactent d'ailleurs l'&#233;conomie d'une mani&#232;re plus large. Par exemple les &#233;volutions en cours dans les m&#339;urs collectives changent en profondeur la mani&#232;re dont les &#234;tres humains seront con&#231;us et &#233;lev&#233;s. Elles ont donc une signification anthropologique majeure, qui ne peut pas ne pas avoir d'impact sur l'&#233;conomie. Il n'y a par exemple rien de plus structurant que la famille, ne serait-ce que pour l'&#233;ducation des enfants et la formation de l'humanit&#233; de demain. Outre sa signification propre, son &#233;volution actuelle ne peut donc pas ne pas avoir des cons&#233;quences &#233;conomiques importantes. Pour n'en citer que deux, l'une est quantitative : la sous-natalit&#233; (avec son impact sur les retraites ou sur la croissance), l'autre est qualitative, la sous-&#233;ducation ou la mauvaise &#233;ducation. Point essentiel donc, m&#234;me s'il d&#233;passe notre propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La morale et les buts poursuivis par l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant dira-t-on, &#233;conomie et morale rel&#232;vent d'ordres diff&#233;rents, et il n'y a pas de raison qu'elles se rencontrent. Mais au fait, que cherche l'&#233;conomie ? Produire et &#233;changer au mieux des biens et services. Cela suppose que la soci&#233;t&#233;, dont elle est une des activit&#233;s essentielles, fonctionne au mieux. En termes tr&#232;s g&#233;n&#233;raux, elle ne s'oppose donc pas &#224; la morale. Mieux, on voit mal comment elle pourrait exister si on n'avait d&#233;j&#224; pas une id&#233;e de ce qu'il est bon de produire et d'&#233;changer. M&#234;me la conception la plus mat&#233;rialiste ou jouissive proc&#232;de par l'affirmation d'exigences, d&#232;s qu'elle fait des pr&#233;conisations, d&#232;s qu'elle dit : il faut faire ceci ou cela ; car cela veut dire : il est bon ou bien de faire ceci ou cela. Cela choque celui qui a int&#233;gr&#233; l'id&#233;e, dominante dans la plupart des manuels d'&#233;conomie, selon laquelle l'&#233;conomie ne se pr&#233;occupe que du comment et pas des buts finaux, et qu'elle n'a donc pas de lien direct avec l'&#233;thique ou la morale. Voire que le seul but des agents &#233;conomiques et de satisfaire leurs d&#233;sirs subjectifs en maximisant leur r&#233;sultats. Mais c'est justement pr&#233;juger de la r&#233;ponse, ou mettre a priori la morale entre parenth&#232;ses, en la confinant aux seuls individus. Or si la morale a un sens, elle vaut pour toute la soci&#233;t&#233; et tous ses membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ajouter que les march&#233;s et plus largement tout acte &#233;conomique refl&#232;tent les priorit&#233;s des acteurs. Selon ces priorit&#233;s leur r&#233;sultat sera donc diff&#233;rent. M&#234;me les march&#233;s financiers donneront des r&#233;sultats diff&#233;rents si on change les instructions de gestion donn&#233;es par les b&#233;n&#233;ficiaires des fonds de pension &#224; ceux qui les g&#232;rent. Et donc on n'aura pas le m&#234;me syst&#232;me &#233;conomique ni les m&#234;mes r&#233;sultats de l'activit&#233; &#233;conomique, selon que les personnes et la soci&#233;t&#233; poursuivent des buts altruistes et moraux, ou leur seul int&#233;r&#234;t mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra objecter alors que m&#234;me si ces consid&#233;rations larges sur la soci&#233;t&#233; impactent la vie &#233;conomique, elles ne rel&#232;vent pas du champ &#233;conomique et notamment des crit&#232;res &#233;conomiques de d&#233;cision. Ceux-ci apparaissent plut&#244;t centr&#233;s sur la bonne utilisation des ressources, sur ce qu'on appelle au sens large la rentabilit&#233;, laquelle est en outre au c&#339;ur de la fonction financi&#232;re. Justement, comment la rentabilit&#233; s'articule-t-elle avec la morale ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 4 Moraliser la finance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La finance sert &#224; collecter les ressources financi&#232;res et notamment l'&#233;pargne et l'investir dans des projets qui le justifient et pr&#233;parent notre avenir. C'est une responsabilit&#233; consid&#233;rable, et en m&#234;me temps al&#233;atoire : le futur n'est ni connu ni ma&#238;trisable, et les crit&#232;res de choix sont complexes et multiples. Il est donc collectivement important que ces choix s'exercent dans le meilleur sens possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps certaines attentes ne sauraient &#234;tre satisfaites et ne peuvent donc pas &#234;tre exig&#233;es moralement. Il ne s'agit par exemple pas pour les march&#233;s, y compris les march&#233;s financiers, de pr&#233;voir l'avenir, ni m&#234;me d'&#234;tre efficients comme on l'a affirm&#233; trop souvent : on l'a dit, il n'y a pas de raison que la confrontation des positions et des possibilit&#233;s &#224; un moment donn&#233; soit coh&#233;rente avec toutes les donn&#233;es disponibles. Ce que le march&#233; et plus g&#233;n&#233;ralement l'activit&#233; financi&#232;re permettent, c'est d'une part de donner un rep&#232;re, un prix de r&#233;f&#233;rence ; et d'autre part de d&#233;gager des solutions, en donnant la possibilit&#233; concr&#232;te d'investir ou de d&#233;sinvestir, ou de trouver des fonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel r&#244;le pour la finance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question d'ensemble&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se pose la question dans nos soci&#233;t&#233;s ? Prenons-la d'abord au niveau fondamental. Quand des biens ou des services sont dans le champ de d&#233;cision de quelqu'un, celui que dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e on appelle propri&#233;taire, il peut d'abord les utiliser ou affecter &#224; l'int&#233;rieur de sa sph&#232;re de pouvoir. Par exemple produire et consommer en autarcie dans des &#233;conomies construites pour cela (soci&#233;t&#233;s anciennes). Il peut ensuite se tourner vers l'ext&#233;rieur, ce qui veut dire proposer des biens dont il dispose &#224; des personnes ou entit&#233;s qu'il ne contr&#244;le pas. Soit sans attente d'un retour stipul&#233; &#224; l'avance (c'est le don dont nous reparlerons) ; soit dans l'attente d'un retour pr&#233;cis&#233; et convenu : c'est ce qu'on appelle une transaction . Dans ce dernier cas, on imagine que notre agent, s'il le peut, se tournera vers l'ensemble des opportunit&#233;s mat&#233;riellement &#224; sa port&#233;e, pour d&#233;cider cas par cas avec chaque contrepartie quelle pourrait &#234;tre la nature de la transaction : qu'est-ce qui est &#233;chang&#233; contre quoi. Si on se limite &#224; l'aspect &#233;troitement &#233;conomique, il aura int&#233;r&#234;t &#224; &#233;largir le plus possible le champ consid&#233;r&#233;, et &#224; &#234;tre libre des modalit&#233;s de la transaction. On reconna&#238;t ainsi ce qu'on appelle le march&#233;. Et ce dernier fonctionnera d'autant mieux que la confrontation sera large et transparente. D'o&#249; la notion de march&#233; organis&#233; (ce qu'on appelle Bourse) ; sachant que dans de nombreux cas les biens en question ne sont pas tr&#232;s fongibles (parce qu'ils ont h&#233;t&#233;rog&#232;nes ou complexes etc.) et que donc le march&#233; reste imparfait, voire purement bilat&#233;ral. Une institution, la monnaie permet en outre de disposer d'un instrument universel &#224; la fois d'&#233;change et de calcul, puisqu'on peut ainsi comparer toutes les opportunit&#233;s possibles. Naturellement ceci vaut aussi pour les biens de production et en particulier pour le capital ; dans ce cas, le calcul porte sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent qu'on n'utilise pas soi-m&#234;me directement. D'o&#249; aussi le calcul financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi sert alors la finance ? Elle affecte de l'argent disponible qui n'est pas consomm&#233; et qui est donc &#233;pargn&#233; (ou mobilis&#233; d'office, comme l'imp&#244;t) &#224; des usages possibles, notamment des investissements, occasionnellement &#224; une consommation anticip&#233;e. Du point de vue de l'investisseur, elle arbitre alors entre les investissements possibles, les diff&#233;rents projets en lice. Face &#224; cette diversit&#233;, il s'agit de choisir et de financer ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large, multicrit&#232;res, et notamment au sens financier : un retour sous forme mon&#233;taire) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. Il n'est en effet pas question de n'assumer aucun risque, car le retour de l'argent (remboursement avec int&#233;r&#234;ts, profits, revente etc.) se situe dans l'avenir et la capacit&#233; de la contrepartie ou du projet &#224; tenir son engagement ou ses promesses n'est pas garantie. Les projets les plus profitables sont d'ailleurs normalement plus risqu&#233;s ; sinon ils auraient &#233;t&#233; arbitr&#233;s : l'afflux d'argent aurait fait monter le prix d'entr&#233;e et d&#232;s lors r&#233;duit leur rentabilit&#233;. Refuser l'id&#233;e du risque, c'est on l'a dit la certitude de l'immobilisme et donc en d&#233;finitive un risque plus important encore, puisqu'on cesse alors de pr&#233;parer l'avenir. Mais il ne s'agit pas non plus de jouer &#224; la roulette : l'investissement responsable est d'abord un inversement soigneusement &#233;tudi&#233; et soupes&#233;. Les choix varient ensuite selon la mission qu'a chacun, c'est-&#224;-dire le type d'argent qu'il est charg&#233; de g&#233;rer et les engagements qu'il a pris, ou ses devoirs : celui qui devra utiliser tr&#232;s vite l'argent prendra &#233;videmment moins de risques et n'immobilisera pas cet argent. Le march&#233; financier dont nous reparlerons est un outil aidant ou souvent permettant seul ce choix, par la possibilit&#233; qu'il offre de confrontation syst&#233;matique des projets en concurrence, et d'arbitrage entre les diff&#233;rentes options. Mais ce n'est ni un passage oblig&#233;, ni une r&#233;f&#233;rence obligatoire, ni bien s&#251;r une panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Limites&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre &#233;conomie tout ceci para&#238;t couler de source. Quelles sont les limites de ce raisonnement ? Il y a d'abord bien s&#251;r tout ce qui a &#233;t&#233; dit dans les parties pr&#233;c&#233;dentes sur les finalit&#233;s de l'action &#233;conomique et de la d&#233;cision. Mais par elles-m&#234;mes elles ne font pas dispara&#238;tre le raisonnement pr&#233;c&#233;dent : elles enrichissent, m&#234;me si c'est de de fa&#231;on consid&#233;rable, les crit&#232;res de d&#233;cision de chaque acteur. A un second niveau d'analyse toutefois, les exigences &#233;largies et notamment d'ordre &#233;thique aboutissent &#224; prendre en consid&#233;ration la logique du tissu humain dans lequel s'ins&#232;re l'op&#233;ration en question ; c'est-&#224;-dire &#224; r&#233;ins&#233;rer l'acte &#233;conomique dans le jeu des relations humaines prises dans leur ensemble, sous la forme de communaut&#233;s et d'institutions. Cela revient &#224; d&#233;passer le point de vue du d&#233;cideur individuel, m&#234;me &#233;thique, m&#234;me soucieux de la qualit&#233; des relations humaines, pour consid&#233;rer ce que signifient pour la soci&#233;t&#233; les pratiques &#233;conomiques consid&#233;r&#233;es. De telles consid&#233;rations ont pu conduire des soci&#233;t&#233;s humaines &#224; limiter ou orienter ces pratiques, &#224; faire privil&#233;gier certains interlocuteurs etc. Le cas le plus &#233;vident &#224; notre &#233;poque est le cadre national : le souci du bien commun national peut conduire &#224; restreindre ou &#224; taxer la production puis le commerce, notamment avec l'&#233;tranger , et bien s&#251;r les flux d'argent financier, les investissements. On conna&#238;t l'exemple de l'agriculture suisse ou japonaise, prot&#233;g&#233;es parce qu'on les estime indispensables &#224; l'harmonie du pays et de ses habitants. Sur le plan moral une telle consid&#233;ration est parfaitement respectable voire assez logique, m&#234;me si naturellement cela suppose que les autorit&#233;s en charge aient la comp&#233;tence et les motivations voulues. Et naturellement cela trouve particuli&#232;rement &#224; s'appliquer au champ financier. Car si l'argent comme tel est fongible, la perspective de l'investisseur ne l'est pas, compte tenu des responsabilit&#233;s qui sont les siennes, notamment envers la communaut&#233; qui est &#224; l'origine de cette richesse, et/ou dans laquelle il s'inscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, l'id&#233;e d'un march&#233; mondial du capital, dans laquelle tout le capital du monde pourrait s'investir dans tout projet o&#249; que ce soit, a un certain sens, &#224; l'&#233;vidence, car cela permet (en th&#233;orie) de maximiser la dimension purement financi&#232;re. L'argent &#233;tant fongible (si la devise est convertible) sera utilisable partout sauf obstacle juridique, et il y a un bien possible dans le fait qu'il puisse proposer ses services partout sur la plan&#232;te. Mais la possibilit&#233; effective de faire cela n'est ni un d&#251; ni une n&#233;cessit&#233;. Car en m&#234;me temps non seulement les d&#233;tenteurs de ce capital n'ont pas n&#233;cessairement la comp&#233;tence pour ce faire, tant s'en faut, m&#234;me s'ils sont professionnels. Mais surtout cet argent est le fruit d'un certain travail et correspond &#224; certains actifs situ&#233;s dans une communaut&#233; donn&#233;e ; il n'est donc pas n&#233;cessairement justifi&#233; qu'il se place ailleurs. Seul un jugement moral cas par cas donnera la r&#233;ponse &#224; la question, exactement comme dans le d&#233;bat sur l'insertion de la relation financi&#232;re dans l'ensemble des relations et devoirs de la personne. Et la m&#234;me question se pose d'ailleurs &#224; l'&#233;gard de toute communaut&#233; particuli&#232;re, familiale ou autre. Ceci dit, bien entendu, si on se place sur le plan juridique, dans le doute la libert&#233; est la meilleure r&#233;ponse : les restrictions qui y sont apport&#233;es doivent &#234;tre clairement motiv&#233;es et justifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;daille de bronze (mention d'honneur) du Prix Turgot du meilleur livre d'&#233;conomie financi&#232;re 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bonus et salaires dans la finance : o&#249; est la justice ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Bonus-et-salaires-dans-la-finance-ou-est-la-justice.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Bonus-et-salaires-dans-la-finance-ou-est-la-justice.html</guid>
		<dc:date>2013-03-20T14:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>
		<dc:subject>Hauts salaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'Europe vient de d&#233;cider de frapper un suppos&#233; grand coup contre les r&#233;mun&#233;rations excessives dans la finance : un ratio de 1 pour 1 entre la partie fixe du salaire et la partie variable (les fameux bonus). Les m&#233;dia applaudissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieuse victoire, qui ne plafonne pas les r&#233;mun&#233;rations contrairement &#224; ce qui est dit, mais pousse les banques &#224; augmenter les salaires fixes si elles veulent continuer &#224; payer grassement leurs traders. Alors qu'il faudrait faire &#224; peu pr&#232;s le contraire : rendre la partie variable encore plus variable, pour qu'elle soit solidaire des r&#233;sultats de l'activit&#233; sur la longue dur&#233;e, y compris des risques et pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste donc dans l'amateurisme, alors que la question des bonus et des r&#233;mun&#233;rations en g&#233;n&#233;ral m&#233;rite un vrai examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques id&#233;es pour &#233;clairer ce d&#233;bat&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Morale-et-finance-+.html" rel="tag"&gt;Morale et finance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Hauts-salaires-+.html" rel="tag"&gt;Hauts salaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Europe vient de d&#233;cider de frapper un suppos&#233; grand coup contre les r&#233;mun&#233;rations excessives dans la finance : un ratio de 1 pour 1 entre la partie fixe du salaire et la partie variable (les fameux bonus). Les m&#233;dia applaudissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieuse victoire, qui ne plafonne pas les r&#233;mun&#233;rations contrairement &#224; ce qui est dit, mais pousse les banques &#224; augmenter les salaires fixes si elles veulent continuer &#224; payer grassement leurs traders. On reste donc dans l'amateurisme, alors que la question m&#233;rite un vrai examen.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je distingue pour cela trois niveaux d'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier degr&#233; d'analyse : le march&#233;, ses profits et ses acteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A un premier niveau d'analyse, le fait que les activit&#233;s de march&#233; financiers permettent des r&#233;mun&#233;rations tr&#232;s &#233;lev&#233;es n'est pas en soi aberrant. Rappelons d'abord que ce niveau de r&#233;mun&#233;rations ne r&#233;sulte pas n&#233;cessairement de dysfonctionnements du march&#233; : on peut en effet concevoir un syst&#232;me financier suffisamment r&#233;gul&#233; pour que l'allocation de ressources qu'il op&#232;re soit acceptable, sans risques disproportionn&#233;s, mais dont les op&#233;rateurs gagnent &#224; l'occasion des sommes &#233;normes. Car ce peut &#234;tre l'activit&#233; elle-m&#234;me qui le permet, ou l'innovation, ne serait-ce que du fait des masses en cause. Certes un gain disproportionn&#233; est contestable dans sa source m&#234;me, parce que disproportionn&#233;. Mais il n'est pas toujours &#233;vident qu'il y ait toujours exc&#232;s de gain. L'activit&#233; de march&#233; financier est une activit&#233; qui peut &#234;tre &#224; risque &#233;lev&#233;e, ce qui implique une certaine r&#233;mun&#233;ration, utile dans le cas id&#233;al : assurer le m&#233;canisme de formation des prix dans les meilleures conditions possibles, animer le march&#233; en lui donnant en permanence la liquidit&#233; dont il a besoin ; et par l&#224; donner la base de r&#233;f&#233;rence &#224; une meilleure allocation des ressources et permettre la mise en rapport des projets (&#233;metteurs de titres) et des capitaux (investisseurs). Bien entendu le fonctionnement r&#233;el du march&#233; n'est pas id&#233;al sur ce plan comme on le reverra ci-apr&#232;s. Mais celui qui par exemple prend intelligemment position en jouant des irr&#233;gularit&#233;s que le march&#233; pr&#233;sente et en corrigeant par l&#224; ces irr&#233;gularit&#233;s ( ce qu'on appelle arbitrage) fait un profit qui compte tenu de la taille de ce march&#233; est &#233;norme, mais peut &#234;tre utile : sans cela le march&#233; serait plus sporadique, moins liquide et moins arbitr&#233;, donc moins fiable. De m&#234;me pour celui qui sait discerner les investissements sains et porteurs d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;mun&#233;ration des traders ne doit donc pas obnubiler : derri&#232;re elle il faut s'int&#233;resser d'abord &#224; celle de l'activit&#233; elle-m&#234;me, aux gains du secteur en g&#233;n&#233;ral. Et si le gain du secteur appara&#238;t cas par cas justifi&#233; ou acceptable, il est difficile d'en priver les op&#233;rateurs qui mat&#233;riellement le produisent (en utilisant les ressources de leur firme certes, mais sans eux les op&#233;rations ne se feraient pas). D'o&#249; des r&#233;mun&#233;rations qui peuvent &#234;tre consid&#233;rables. Au premier abord, ce n'est pas toujours anormal en soi &#8211; m&#234;me si c'est loin de justifier toutes les r&#233;mun&#233;rations constat&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me degr&#233; d'analyse : les exigences de justice&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si maintenant on introduit une dimension d'exigence collective, la question de personnes ayant des r&#233;mun&#233;rations extr&#234;mement &#233;lev&#233;es et jug&#233;es disproportionn&#233;es pose un autre probl&#232;me. Mais d'abord que veut dire : disproportionn&#233; ? On en reste trop souvent ici &#224; des consid&#233;rations &#233;galitaires sommaires : le fait que des patrons ou de simples traders soient r&#233;mun&#233;r&#233;s des millions ou dizaines de millions d'euros, ou que des indemnit&#233;s de d&#233;parts se chiffrent en dizaines et parfois centaines de millions etc. heurte beaucoup de chr&#233;tiens, et d'autres. Ceci dit l'argument purement &#233;galitariste est moins &#233;vident qu'il ne para&#238;t. M&#234;me d'un point de vue chr&#233;tien, on ne trouve rien dans l'enseignement de l'Eglise qui aille dans le sens d'une limite en soi, d'un &#233;galitarisme de principe. Ce qui est gagn&#233; par les uns n'est d'abord pas n&#233;cessairement pris aux autres comme dans le partage d'un g&#226;teau. Surtout, l'accent est mis sur la responsabilit&#233;, notamment envers les autres, et sur la justice, qui conduit &#224; r&#233;tribuer chacun selon son apport, moyennant niveau minimum digne pour tous. Celui qui est riche est critiqu&#233; non parce qu'il est riche (sauf s'il a vol&#233; son argent), mais pour ce qu'il fait : soit qu'il oublie ses devoirs envers les pauvres (qui sont consid&#233;rables), soit qu'il fasse un dieu de son argent, l'un et l'autre &#233;tant souvent li&#233;s. Outre l'origine de l'argent, c'est l'usage des biens qui compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, qu'il n'y ait pas &#233;galitarisme ne signifie pas qu'il soit justifi&#233; de pratiquer n'importe quelle r&#233;mun&#233;ration ou d'accepter n'importe quel gain. Car intervient ici la justice. La doctrine distingue la justice commutative et la justice distributive. La premi&#232;re concerne les &#233;changes : elle implique que les deux &#233;l&#233;ments &#233;chang&#233;s soient de m&#234;me valeur ; sinon il y a vol. Appliqu&#233; &#224; une r&#233;mun&#233;ration, cela signifie qu'elle doit correspondre &#224; la prestation r&#233;alis&#233;e. Il ne suffit pas qu'il y ait un contrat sign&#233; par des parties libres ; la valeur du service doit r&#233;ellement correspondre &#224; ce qui est pay&#233;. La justice distributive vient ensuite, par consid&#233;ration de la place de chacun dans la soci&#233;t&#233;, qui doit recevoir ce qui lui est &#8216;d&#251;' &#224; ce titre, variable selon la soci&#233;t&#233; et la position ou l'apport de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La justice commutative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons d'abord la justice commutative. Je ne parle pas ici de la r&#233;mun&#233;ration des patrons, sur laquelle il y aurait beaucoup &#224; dire : qu'ils gagnent beaucoup n'est pas n&#233;cessairement injustifi&#233;, mais cela n'a de sens que si leur prestation est exceptionnelle. Mais c'est rare. Et la pratique est d&#233;courageante. Les exemples, fran&#231;ais, am&#233;ricains, ou autres, montrent une faible corr&#233;lation entre bien des r&#233;mun&#233;rations de dirigeants, souvent princi&#232;res, et la bonne marche de l'entreprise. Cette situation est choquante. Les propri&#233;taires ne font pas leur travail. Il faut donc les encourager &#224; le faire, &#233;ventuellement avec &#233;nergie. Et si la situation ne s'am&#233;liore pas, une intervention publique s'impose. Non par &#233;galitarisme. Mais pour r&#233;tablir la justice, comme viennent de le faire les Suisses, par r&#233;f&#233;rendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s diff&#233;rent est le cas des r&#233;mun&#233;rations &#233;lev&#233;es des traders. On pourrait les rapprocher des cas de sp&#233;cialistes, et bien s&#251;r des chanteurs, acteurs ou sportifs. Selon la justice commutative la question est : apportent-ils une &#8216;valeur' correspondante &#224; leurs &#233;moluments ? On peut le pr&#233;tendre, si on ne le mesure qu'en argent. De m&#234;me qu'un chanteur c&#233;l&#232;bre attire du monde, lequel paye ses places ou ses enregistrements, un trader efficace fait gagner de l'argent (sous r&#233;serve de la validit&#233; de l'activit&#233; elle-m&#234;me). Est-ce &#224; dire que tout cela est moralement juste ? Pas s&#251;r. Car il reste &#224; porter un jugement sur la transaction elle-m&#234;me. Certes la personne a fait gagner beaucoup d'argent. Mais est-il moral qu'une telle prestation soit r&#233;tribu&#233;e si haut ? Comme on le voit alors, le probl&#232;me est alors en amont, dans le syst&#232;me de valeurs de la soci&#233;t&#233;, dans les transactions qu'elle permet ou encourage. Si dans une soci&#233;t&#233; chacun paye pour s'arracher les borborygmes d'un chanteur vulgaire, il gagnera beaucoup d'argent. Mais pourquoi paye-t-on tant ces bruits abrutissants ? Avant de faire des lois sur les &#233;moluments des chanteurs, il faut donc se poser la question des valeurs collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me chose pour les traders. Si leur activit&#233; est nocive, r&#233;gulons-la. Si ce qu'ils font est utile au vu du r&#244;le collectif l&#233;gitime des march&#233;s, les plus talentueux gagneront beaucoup d'argent, et &#224; premi&#232;re vue ce ne sera pas aberrant. Mais encore faut-il que la r&#233;mun&#233;ration comporte une juste participation aux risques de l'activit&#233; - sinon &#224; nouveau elle est injuste. De ce point de vue la situation pr&#233;valant avant 2008, o&#249; les risques &#233;taient pour la banque (et le cas &#233;ch&#233;ant la collectivit&#233;) et les profits pour les personnes (traders ou dirigeants) &#233;tait aberrante. Au-del&#224; d'un certain niveau, les personnes r&#233;alisant des gains appr&#233;ciables sur des activit&#233;s risqu&#233;es doivent &#234;tre responsables sur la longue dur&#233;e, &lt;i&gt;et sur tous leurs biens.&lt;/i&gt; On a introduit des mesures en ce sens, mais elles restent timides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La justice distributive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me question &#224; se poser ensuite est celle de la justice distributive. Elle vise les effets collectifs de telles r&#233;mun&#233;rations, leur insertion dans le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Je ne parle pas ici de la r&#233;partition g&#233;n&#233;rale des revenus dans la soci&#233;t&#233; (qui peut conduire &#224; une redistribution fiscale) car elle est ind&#233;pendante de la source du revenu. En revanche, m&#234;me justifi&#233;es en termes de justice commutative, des r&#233;mun&#233;rations tr&#232;s &#233;lev&#233;es peuvent par leur attrait donner aux activit&#233;s concern&#233;es un r&#244;le ou un prestige social anormaux, qui conduit &#224; distordre le syst&#232;me de valeurs collectif de la soci&#233;t&#233;. Pour toutes ces raisons, on voit mal la soci&#233;t&#233; se d&#233;sint&#233;resser par principe de toutes les r&#233;mun&#233;rations qui apparaissent manifestement disproportionn&#233;es en regard de l'apport de l'activit&#233; concern&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233;. Dans de tels cas, la justice distributive tendra &#224; s'interroger sur ces r&#233;mun&#233;rations (et cela, bien au-del&#224; de la finance). En fonction de quoi, &#224; nouveau, une intervention publique peut s'av&#233;rer n&#233;cessaire, si l'enjeu est important et si la soci&#233;t&#233; ne parvient pas &#224; se r&#233;guler sans une telle intervention. Naturellement elle suppose une analyse pr&#233;cise du cas consid&#233;r&#233; et de ses effets et signification ; et elle ne saurait s'arr&#234;ter au trader : &#224; nouveau il faut d'abord analyser l'activit&#233; elle-m&#234;me, car c'est elle qui pose la question principale. Encore faut-il en outre que le rem&#232;de ne soit pas pire que le mal : il vaut mieux, en g&#233;n&#233;ral, ne pas intervenir que le faire de fa&#231;on contreproductive (et les interventions publiques le sont tr&#232;s souvent). Enfin, il faut autant que possible qu'une telle action intervienne au niveau international (sinon l'activit&#233; se d&#233;localise aussit&#244;t).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lumi&#232;re de ces analyses toutefois, la mesure europ&#233;enne de rapport maximal 1 pour 1 entre le fixe et le variable est une sottise. Outre qu'elle reste compatible avec des r&#233;mun&#233;rations &#233;lev&#233;es, elle conduit d'une part &#224; augmenter fortement la partie fixe, ce qui est dangereux pour la banque et source d'irresponsabilit&#233; accrue pour le trader, sans que cela diminue l'attrait des op&#233;rations risqu&#233;es, qui seront encore plus juteuses pour la banque, tandis que le trader restera incit&#233; &#224; les poursuivre. Et d'autre part elle met les pays qui appliquent ces mesures et leurs banques en grave d&#233;savantage par rapport aux autres (am&#233;ricains ou asiatiques). Il e&#251;t &#233;t&#233; bien plus intelligent d'obliger &#224; une possibilit&#233; de r&#233;cup&#233;ration des pertes sur les gains sur longue dur&#233;e d'une part, et d'autre part de d&#233;cider qu'&#224; partir d'un certain niveau &#233;lev&#233; les traders (et les patrons) devenaient totalement responsables des r&#233;sultats de la firme dans la dur&#233;e, sur la totalit&#233; de leurs actifs : c'&#233;tait la r&#232;gle autrefois pour les partners des firmes de Wall Street. Et surtout de s'int&#233;resser de plus pr&#232;s &#224; la r&#233;forme des march&#233;s et des activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me degr&#233; d'analyse : profits du secteur et pr&#233;dation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste en effet &#224; savoir si, au-del&#224; des r&#233;mun&#233;rations, les profits m&#234;me du secteur sont collectivement justifi&#233;s, c'est-&#224;-dire si le fonctionnement des march&#233;s est satisfaisant ou au moins acceptable. C'est sans doute un point essentiel. Car si les profits sont &#233;lev&#233;s et justifi&#233;s, on voit mal comment emp&#234;cher les r&#233;mun&#233;rations de ceux qui les ont produits de l'&#234;tre aussi. Outre Jean Peyrelevade, le point est &#233;voqu&#233; par Peter Boone et Simon Johnson.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Adair Turner et autres The Future of Finance : The LSE Report London (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le fait est que les graphiques de comparaison entre les profits du secteur financier et ceux des autres entreprises montrent d'&#233;tranges distorsions : leur relation est stable de 1929 &#224; 1987 ; il y a eu ensuite croissance d&#233;mesur&#233;e du financier par rapport au reste, du moins jusqu'&#224; la crise de 2007-2008. Et les chiffres portant sur les r&#233;mun&#233;rations de professionnels montrent la m&#234;me tendance &#224; la surr&#233;mun&#233;ration de la finance par rapport aux autres secteurs, sur les m&#234;mes p&#233;riodes. Expliquer cela par une croissance spectaculaire de la productivit&#233; relative du secteur financier n'est pas cr&#233;dible. Le lien avec la d&#233;r&#233;gulation financi&#232;re est en revanche direct, hypoth&#232;se corrobor&#233;e par le fait qu'on note le m&#234;me d&#233;calage dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant 1929. Il y aurait donc eu cr&#233;ation artificielle d'une richesse apparente mais qui ne repr&#233;sente pas une valeur ajout&#233;e r&#233;elle. On pourrait alors parler de pr&#233;dation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En supposant que l'analyse soit confirm&#233;e, reste &#224; expliquer comment cela peut se produire. On peut grouper les facteurs explicatifs en deux cat&#233;gories. Il y a d'abord tout ce qui peut se relier &#224; l'organisation des march&#233;s et de l'activit&#233;. On soup&#231;onne alors l'utilisation de positions dominantes ou privil&#233;gi&#233;es. Pour y rem&#233;dier, la r&#233;f&#233;rence qui s'impose est la mise en place d'un march&#233; ouvert et comp&#233;titif. Un facteur aggravant peut &#234;tre l'innovation financi&#232;re, souvent li&#233;e &#224; des promesses de meilleure gestion du risque : compte tenu des sp&#233;cificit&#233;s du secteur, il n'est pas &#233;vident que toute innovation en mati&#232;re financi&#232;re soit source de progr&#232;s (m&#234;me si elle l'est souvent aussi), notamment si le client paye cher une complexit&#233; inutile pour lui, ou, pire, incompr&#233;hensible. Et naturellement les initi&#233;s comp&#233;tents en tirent a priori plus de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me grand facteur explicatif est la prise de risque. Elle a sans doute jou&#233; un r&#244;le majeur dans la crise. Ce peut &#234;tre d'abord par le biais des mod&#232;les, selon des strat&#233;gies conscientes ou non de jeu sur les probabilit&#233;s, permettant d'empocher de consid&#233;rables profits pendant la p&#233;riode o&#249; des moyennes statistiques prises comme normales (par extrapolation du pass&#233;) sont respect&#233;es. Cela vaut en un sens pour tous les mod&#232;les, qui tendent &#224; faire l'impasse sur le cas le moins favorable. Dans la pratique en effet la queue de la courbe de Gauss, jug&#233;e improbable, se produit souvent un jour, car un march&#233; ne respecte pas une distribution de ce type. Mais il peut &#234;tre rationnel pour les personnes concern&#233;es, et collectivement mauvais, de n&#233;gliger cette hypoth&#232;se, s'ils gagnent assez pendant la p&#233;riode favorable. Ce peut &#234;tre ensuite par le biais du cr&#233;dit. Jean Peyrelevade rel&#232;ve notamment, parmi les dysfonctionnements, la pr&#233;dation par effet de levier excessif, qui est une forme de mauvaise r&#233;partition des risques et r&#233;mun&#233;rations. Soit que le risque pris par les banques (qui pr&#234;tent &#224; l'entit&#233; consid&#233;r&#233;e, permettant ainsi l'effet de levier) est excessif et/ou sous-r&#233;mun&#233;r&#233; ; soit que la soci&#233;t&#233; dans son ensemble finisse par porter le risque, notamment les contribuables. Cela ne condamne pas en soi l'existence d'un levier et plus g&#233;n&#233;ralement tout financement &#224; cr&#233;dit : tant que les fonds propres de l'emprunteur sont sup&#233;rieurs aux risques (mesur&#233;s avec une vraie marge de s&#233;curit&#233;), un financement partiel par endettement est justifi&#233;. Mais cela montre que dans certaines circonstances la perception erron&#233;e du risque aboutit &#224; ce que certains disposent d'un cr&#233;dit trop abondant ou trop bon march&#233;, qui gonfle les profits imm&#233;diats et les r&#233;mun&#233;rations personnelles, et accro&#238;t le risque d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me livrerai pas &#224; une analyse &#233;conomique de ces accusations et de leur importance. Pour mon propos ce qui importe est que de tels cas existent et qu'ils puissent &#234;tre significatifs. Que faire alors ? Comme toujours il y a deux niveaux, celui de la r&#233;gulation et celui de la conduite personnelle. Pour le premier, il est clair que des r&#233;mun&#233;rations ou gains &#233;lev&#233;s sur la dur&#233;e sont un signal qui doit conduire &#224; se demander s'il y a r&#233;ellement service rendu exceptionnel, ou, plus probablement, dysfonctionnement du march&#233;. Et si la r&#233;ponse est celle-ci, &#224; intervenir s'ils le peuvent : des r&#232;gles publiques ou professionnelles peuvent en tout ou partie offrir des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse, notamment l'organisation du march&#233; (cotation sur plateformes visibles, r&#232;gles de transaction, transparence des informations, compensation etc.), ainsi que la surveillance de la concurrence et le rel&#232;vement des exigences prudentielles, comme vient de le faire B&#226;le III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la conduite personnelle ensuite, d'un point de vue moral on ne peut pas consid&#233;rer une r&#233;mun&#233;ration justifi&#233;e du seul fait qu'elle est possible et l&#233;gale. Il est essentiel de v&#233;rifier en conscience qu'elle n'est pas fond&#233;e sur une injustice &#224; l'&#233;gard de quelqu'un d'autre. Ce qui vise notamment une possible surfacturation du service, l'exploitation d'une situation qui l&#232;se quelqu'un d'autre, sans parler de promesses trompeuses. Ce n'est pas le cas si on profite d'un diff&#233;rentiel de prix objectif. Mais ce l'est si on exploite la na&#239;vet&#233; d'un pr&#234;teur, ou son incomp&#233;tence. Ou si on utilise des techniques aboutissant &#224; dissimuler abusivement ce qu'on fait par rapport au march&#233;. Ou &#224; exploiter une position dominante. Etc. Dans ces cas la morale s'y oppose, et la r&#233;glementation aussi, du moins si elle y arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Version adapt&#233;e d'un passage d'un livre &#224; para&#238;tre bient&#244;t : &lt;/i&gt; Finance : un regard chr&#233;tien)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans Adair Turner et autres The Future of Finance : The LSE Report London School of Economics and Political Science 2010 ; p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Finance un regard chr&#233;tien</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Finance-un-regard-chretien-352.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
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&lt;p&gt;Finance : un regard chr&#233;tien De la banque m&#233;di&#233;vale &#224; la mondialisation financi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
PRIX INTERNATIONAL 2015 DE LA FONDATION CENTESIMUS ANNUS &lt;br class='autobr' /&gt;
Que peuvent apporter les chr&#233;tiens &#224; l'&#233;conomie et &#224; la finance ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Lecteur croyant ou incroyant, ne vous arr&#234;tez pas au titre. Le sujet vous concerne. Oui, je sais : finance et christianisme : tout para&#238;t opposer ces deux univers. L'un dit nous orienter par la charit&#233; et le don vers la vie &#233;ternelle ; l'autre voit le monde &#224; travers des calculs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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De la banque m&#233;di&#233;vale &#224; la mondialisation financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;PRIX INTERNATIONAL 2015 DE LA FONDATION CENTESIMUS ANNUS&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Que peuvent apporter les chr&#233;tiens &#224; l'&#233;conomie et &#224; la finance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecteur croyant ou incroyant, ne vous arr&#234;tez pas au titre. Le sujet vous concerne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, je sais : finance et christianisme : tout para&#238;t opposer ces deux univers. L'un dit nous orienter par la charit&#233; et le don vers la vie &#233;ternelle ; l'autre voit le monde &#224; travers des calculs orient&#233;s vers un profit plus ou moins imm&#233;diat. Les Evangiles ont d'ailleurs des passages s&#233;v&#232;res et m&#234;me radicaux sur l'argent et sa fascination. Et pourtant.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; le texte &#233;vang&#233;lique fait clairement une relation entre les deux sujets, parfois conflictuelle mais subtile et en un sens intime. On sait aussi que c'est dans le contexte, catholique, de l'Italie m&#233;di&#233;vale que la finance est n&#233;e. Et que la pens&#233;e chr&#233;tienne a servi de creuset &#224; la r&#233;flexion &#233;conomique moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous invitons croyant et incroyant &#224; tirer les le&#231;ons de ce regard chr&#233;tien original, au premier abord tout diff&#233;rent de celui re&#231;u dans notre soci&#233;t&#233;, mais qui est propre &#224; parler &#224; tout homme de bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction du livre en anglais : &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Finance-A-Christian-Perspective.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Finan...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nouvelle moisson de scandales financiers : tirer les vraies le&#231;ons.</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Nouvelle-moisson-de-scandales-financiers-tirer-les-vraies-lecons.html</link>
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		<dc:date>2012-07-17T13:14:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>
		<dc:subject>Scandale financier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Deux nouvelles affaires (le Libor et JP Morgan) viennent de jeter un jour cru sur l'irresponsabilit&#233; ordinaire d'une partie du monde de la finance. Des affaires r&#233;ellement &#233;normes, choquantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il en tirer les bonnes le&#231;ons. Loin de mettre en question le principe m&#234;me du march&#233;, elles nous rappellent ce qu'est un vrai march&#233; : les r&#232;gles &#224; respecter pour qu'un march&#233; soit un vrai march&#233;, honn&#234;te et utile, moralement et techniquement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire la suite...&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Voir l&#224;-dessus ma participation au d&#233;bat &#034;Bankster : banquier ou gangster ?&#034; &#224; C dans l'air jeudi 19 juillet 2012 sur la 5 - &#224; 17 h 45 ou 22h 25 - Lien ci-apr&#232;s pour visionner&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux nouvelles affaires viennent de jeter un jour cru sur l'irresponsabilit&#233; ordinaire d'une partie du monde de la finance. Des affaires r&#233;ellement &#233;normes, choquantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il en tirer les bonnes le&#231;ons. Loin de mettre en question le principe m&#234;me du march&#233;, elles nous rappellent ce qu'est un vrai march&#233; : les r&#232;gles &#224; respecter pour qu'un march&#233; soit un vrai march&#233;, honn&#234;te et utile, moralement et techniquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re affaire est la tricherie sur le Libor, au centre de laquelle est la banque britannique Barclays. Le Libor est suppos&#233; &#234;tre le taux auquel les banques se pr&#234;tent au jour le jour en dollars &#8211;plus exactement, le taux moyen offert. Ce taux sert de r&#233;f&#233;rence &#224; des millions de transactions ; ce qui veut dire que des millions d'institutions ou de personnes payent ou encaissent sur cette base. Si le taux est truqu&#233; parce que bas&#233; sur des informations fausses, cela veut dire que des millions de personnes physiques ou morales re&#231;oivent ou payent trop ou trop peu. C'est apparemment le cas ; c'est donc gravissime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre est l'&#233;norme perte enregistr&#233;e dans le placement de sa tr&#233;sorerie par la banque am&#233;ricaine g&#233;ante JP Morgan : pas loin de 6 milliards &#224; ce jour. Cet argent avait &#233;t&#233; mis dans des instruments de march&#233;s (d&#233;riv&#233;s) complexes, tellement complexes que le prix r&#233;el de ces instruments &#233;tait effectu&#233; par des mod&#232;les math&#233;matiques - eux-m&#234;mes tr&#232;s compliqu&#233;s. Il semble que la direction ne savait pas exactement o&#249; elle en &#233;tait et mesurait mal le risque r&#233;el couru par la banque. Or il s'agit d'une des banques suppos&#233;es les plus comp&#233;tentes en la mati&#232;re. Si elle peut faire des erreurs pareilles dans le placement de son argent, cela signifie que le syst&#232;me n'est pas fiable. La aussi c'est gravissime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne connaissons pas &#224; ce stade toutes les donn&#233;es techniques ou juridiques de ces deux affaires. Mais ce qu'on en sait met en &#233;vidence de graves d&#233;fauts de fonctionnement, qui comme c'est fr&#233;quent en finance, sont en m&#234;me temps techniques et moraux. Mais pas toujours l&#224; o&#249; on le dit commun&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit d'embl&#233;e ce sont les agissements des op&#233;rateurs concern&#233;s. Les uns ont menti ou trich&#233; dans des d&#233;clarations aux cons&#233;quences consid&#233;rables. Les autres ont soit manipul&#233; les mod&#232;les, soit pr&#233;sum&#233; de leurs forces dans la capacit&#233; de ces mod&#232;les, et sans doute mal estim&#233; le comportement de certains march&#233;s &#233;sot&#233;riques. Dans les deux cas ces op&#233;rateurs ont &#233;t&#233; irresponsables ; &#224; ce titre leur moralit&#233; est directement engag&#233;e. Car le premier fondement de la morale, c'est la responsabilit&#233; de ses actes. Si donc ces faits sont av&#233;r&#233;s, ils m&#233;ritent une punition s&#233;v&#232;re : des ann&#233;es en prison - comme tout escroc. La m&#234;me remarque vaut pour leurs chefs - s'ils savaient. Et s'ils ne savaient pas, une sanction s&#233;v&#232;re pour le fait de ne pas avoir mis en place les dispositifs voulus, justement pour savoir. Et bien s&#251;r, d'un point de vue moral cela met &#224; nouveau en &#233;vidence les risques d'une culture collective mat&#233;rialiste, o&#249; le succ&#232;s mat&#233;riel est la mesure universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations sont indiscutables. Mais il faut aller plus loin. Car contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, ceci ne met pas en lumi&#232;re les d&#233;fauts du march&#233;, mais tout au contraire l'utilit&#233; du march&#233;, &#224; la condition expresse que cela soit un vrai march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vrai march&#233; est un lieu o&#249; une offre et une demande se rencontrent selon une confrontation optimale, permettant de d&#233;gager un prix clair et commun &#224; tous. Donc o&#249; tous participent, et le plus transparent possible. Objectif et difficile &#224; truquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or que se passait-il dans les cas d'esp&#232;ce ? Dans un cas, le Libor, on ne se basait pas sur des transactions r&#233;elles, mettant aux prises un grand nombre de participants : on se contentait des d&#233;clarations d'un petit nombre d'acteurs, que l'on ne confrontait pas aux transactions effectives. Non seulement cela ouvrait la porte aux manipulations, comme on le voit, mais le principe m&#234;me &#233;tait bizarre : un march&#233; n'est pas une &#233;change de vues sur un prix, c'est un lieu o&#249; on s'engage en payant ce prix, r&#233;ellement : quand donc on annonce un prix &#224; l'achat ou &#224; la vente, c'est qu'on est dispos&#233; &#224; payer effectivement ce prix ou &#224; le recevoir. Un march&#233; d&#233;claratif est une aberration. Pourquoi a-t-on tol&#233;r&#233; cela ? Parce que la conception du march&#233; a compl&#232;tement d&#233;rap&#233; depuis vingt &#224; trente ans. N'importe quelle proc&#233;dure suppos&#233;e de confrontation, r&#233;elle ou pas, entre une poign&#233;e d'institutions oligarchiques et opaques est r&#233;put&#233;e &#234;tre un march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'autre cas, celui de JP Morgan, il n'y a pas, sur les produits concern&#233;s, un grand march&#233; transparent avec de nombreux intervenants. Le &#171; march&#233; &#187; est opaque et domin&#233; par un petit nombre d'institutions. Il y a des transactions certes, mais pas de fa&#231;on continue et lisible. R&#233;sultat : d'un c&#244;t&#233;, le march&#233; est peu fiable et souvent sporadique. D'un autre c&#244;t&#233;, les prix des instruments sont d&#233;termin&#233;s par des mod&#232;les math&#233;matiques suppos&#233;s mimer ce march&#233; inexistant ou insuffisant. R&#233;sultat : quand on se trompe, on a des stocks d'instruments &#233;normes qu'on ne sait plus vendre ou acheter &#224; un prix correct et qu'on ne sait pas &#233;valuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire il n'y a rien l&#224; de bien nouveau. Ce que nous venons de d&#233;crire, c'est exactement ce qu'on avait vu en grand avec les fameux produits toxiques &#224; l'origine de la crise de 2007-2008 : toutes ces titrisations ultra-complexes, bourr&#233;es de subprimes, &#233;taient consid&#233;r&#233;es constituer un vrai march&#233;, avec un vrai prix de march&#233;. Or en r&#233;alit&#233; il n'y avait pas de march&#233; secondaire sur ces produits (des achats et des ventes r&#233;guliers). Ce qu'on appelait march&#233; &#233;tait le simple fait qu'on arrivait &#224; les placer chez des investisseurs ou des banques &#224; la faveur des notations d'agences int&#233;ress&#233;es pour ce faire. Et pour les &#233;valuer, comme on n'avait pas vraiment de prix, on se basait l&#224; aussi sur des mod&#232;les math&#233;matiques. Les m&#234;mes d&#233;fauts structurels, qui signalent un vice conceptuel sur ce qu'est un march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc sortir de cette conception laxiste du march&#233;. Un march&#233;, encore une fois, ce sont de vraies transactions, dans une confrontation ouverte et transparente. Cela suppose des r&#232;gles et une organisation, ainsi qu'une surveillance. C'est ce qu'on aurait d&#251; avoir pour le Libor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il n'est pas toujours possible d'organiser un tel march&#233;. Dans ce cas, on doit admettre qu'on n'a pas un vrai march&#233;, et en tirer les conclusions. D'abord ne pas indexer des prix ou des valorisations r&#233;elles sur la base des indications qu'ils donnent de fa&#231;on sporadique et donc non fiable. Ensuite reconna&#238;tre que d&#232;s lors ces transactions qui sont en fait bilat&#233;rales pr&#233;sentent des risques importants : il n'y a pas de liquidit&#233; et pas de vrais prix, en tout cas pas fiables. Ce qui implique des r&#232;gles de pr&#233;caution fortes : pour certains cela peut impliquer de ne pas s'y engager, pour d'autres, de fa&#231;on limit&#233;e et avec plus de fonds propres et des financements plus longs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela ne dispense de l'effort n&#233;cessaire de moralisation au niveau des op&#233;rateurs, loin de l&#224;. Mais la moralit&#233; est aussi dans les institutions communes. Et la bonne sant&#233; morale des march&#233;s est aussi une affaire d'organisation commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moralit&#233; : la r&#233;forme des march&#233;s reste en grande partie &#224; faire. Non pas pour limiter les march&#233;s en tant que tels. Mais au contraire pour se rapprocher de vrais march&#233;s. Et &#233;liminer les contrefa&#231;ons, trompeuses et dangereuses.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rence
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.france5.fr/c-dans-l-air/economie/bankster-banquier-ou-gangster-36604&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.france5.fr/c-dans-l-air/economi...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>De la morale en finance ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/De-la-morale-en-finance.html</link>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Oui, certes. Il faut de la morale en finance, comme ailleurs, et c'est possible. Mais quelle morale ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le de la morale est de dire ce qu'il est objectivement bon de faire dans une situation donn&#233;e : il n'y a donc pas de jugement moral sans connaissance technique du sujet. La finance de march&#233; est l&#224; pour collecter l'&#233;pargne et l'investir dans des projets qui le justifient et pr&#233;parent notre avenir. C'est une responsabilit&#233; consid&#233;rable, et en m&#234;me temps al&#233;atoire : le futur n'est ni (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, certes. Il faut de la morale en finance, comme ailleurs, et c'est possible. Mais quelle morale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la morale est de dire ce qu'il est objectivement bon de faire dans une situation donn&#233;e : il n'y a donc pas de jugement moral sans connaissance technique du sujet. La finance de march&#233; est l&#224; pour collecter l'&#233;pargne et l'investir dans des projets qui le justifient et pr&#233;parent notre avenir. C'est une responsabilit&#233; consid&#233;rable, et en m&#234;me temps al&#233;atoire : le futur n'est ni connu ni ma&#238;trisable, et les crit&#232;res de choix complexes et multiples. Il est donc collectivement important que ces choix s'exercent dans le meilleur sens possible. Ce qui int&#233;resse la morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps certaines attentes ne sauraient &#234;tre satisfaites et ne peuvent donc pas &#234;tre exig&#233;es moralement. Il ne s'agit pas pour les march&#233;s de pr&#233;voir l'avenir, ni m&#234;me d'&#234;tre efficients comme on le dit trop souvent : il n'y a pas de raison que la confrontation des positions &#224; un moment donn&#233; soit coh&#233;rente avec toutes les donn&#233;es disponibles. Ce que le march&#233; permet, c'est de donner un rep&#232;re, un prix de r&#233;f&#233;rence ; et de d&#233;gager des solutions, en donnant la possibilit&#233; d'acheter ou de vendre. Et seul il permet la confrontation des opinions des op&#233;rateurs qui le souhaitent. Se limiter &#224; des transactions bilat&#233;rales tr&#232;s serait lourd, autrement plus opaque, et au fond risqu&#233;. Il rend donc un service irrempla&#231;able, ce qui est en soi moralement bienvenu. En m&#234;me temps il est toujours possible de ne pas traiter &#224; ses conditions, et nous restons responsables de nos transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi compris, cet outil qu'est le march&#233; est donc dans son principe moral. Il contribue en outre &#224; moraliser les comportements par la discipline qu'il donne, gr&#226;ce au regard externe qu'il pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#233;thique de l'op&#233;rateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, r&#233;sultant de l'interaction d'op&#233;rateurs libres ayant leurs priorit&#233;s et valeurs, y compris morales, le march&#233; refl&#232;te celles-ci, et donc celles de la soci&#233;t&#233; concern&#233;e. En un sens une soci&#233;t&#233; a le march&#233; financier qui lui correspond, selon les priorit&#233;s des participants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel souci moral implique notamment de r&#233;fl&#233;chir autant que possible aux cons&#233;quences de ses actes. En particulier, le march&#233; n'est pas intrins&#232;quement court-termiste : nul n'est oblig&#233; d'&#234;tre obs&#233;d&#233; par les profits trimestriels. C'est m&#234;me lui qui permet de procurer l'argent le plus long &#224; des projets. D'o&#249; aussi l'int&#233;r&#234;t de l'investissement socialement responsable (ISR) bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien, dira-t-on, va pour l'investisseur ; mais le trading peut-il &#234;tre moral ? Oui, si on revient &#224; sa fonction sociale. Au fond le bien qu'il apporte est ou devrait &#234;tre de contribuer &#224; ce que le prix soit le plus proche possible de la valeur &#8216;r&#233;elle' du titre, de l'appr&#233;ciation du potentiel r&#233;el de chaque entreprise. Ceci appr&#233;ci&#233; &#224; chaque instant certes, mais &#224; l'horizon du projet en question, avec en vue la recherche de son (juste) prix. A l'aune de ce crit&#232;re, la manipulation du march&#233; ou la tromperie sont &#233;videmment immorales, et d'ailleurs punies p&#233;nalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la sp&#233;culation ? Ici aussi il faut distinguer. Si elle consiste &#224; acheter quand on pense que les prix sont trop bas, non seulement elle n'est pas immorale, mais elle est une contribution utile, en ce sens morale, &#224; la fixation de prix plus justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s diff&#233;rent est le cas de celui qui parie sur la hausse, alors m&#234;me qu'il pense les prix trop hauts, parce qu'il joue un mouvement irrationnel du march&#233; en esp&#233;rant sortir &#224; temps quand la bulle se d&#233;gonflera. Ce faisant il contribue au gonflement de cette bulle. Il est difficile d'y porter rem&#232;de par la loi. Mais pour l'op&#233;rateur qui a une pr&#233;occupation morale, il y a l&#224; un probl&#232;me. L'attitude vertueuse est probablement alors de ne rien faire, ou de vendre le titre. Que cela ne soit pas facile, c'est &#233;vident ; cela ne fait pas dispara&#238;tre l'id&#233;al. Cette exigence peut aussi conduire des autorit&#233;s, s'ils le peuvent, &#224; tenter de calmer le march&#233; s'il s'emballe. A ce point de vue l'existence de grands fonds de pension, souverains mais g&#233;r&#233;s ind&#233;pendamment du pouvoir politique, peut s'av&#233;rer une n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dira-t-on, et les profits de cette activit&#233;, les bonus ? on dit souvent qu'ils sont immoraux parce que disproportionn&#233;s avec le service fourni et l'utilit&#233; sociale de l'activit&#233;. Cela n'a de sens que si on d&#233;montre qu'il y a &#8216;pr&#233;dation'. C'est une question d'abord pour les autorit&#233;s &#224; qui il incombe de promouvoir un march&#233; ouvert et comp&#233;titif : y a-t-il des positions dominantes ou privil&#233;gi&#233;es, des rentes ? Des prises de risques excessives ? Dans ce cas il leur revient d'intervenir. Sinon on est sur une question de politique des revenus, qui n'a pas de raison de viser la seule finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment progresser ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t en fait est que la finance, compte tenu de son importance et de son utilit&#233; majeure pour la soci&#233;t&#233;, comme de ses risques, a particuli&#232;rement besoin d'une r&#233;flexion sur ses finalit&#233;s. Mais une telle r&#233;flexion est au fond d'ordre moral. Confus&#233;ment, la soci&#233;t&#233; le lui demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement l'action implique deux niveaux. Celui de la r&#233;gulation : la finance est comme le sport, elle a besoin de r&#232;gles du jeu, fix&#233;es avant le match. Mais les pouvoirs publics ne savent pas tout et ne sont pas comp&#233;tents sur tout, notamment en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude personnelle est donc centrale - et sur le long terme, un comportement responsable est le plus s&#251;r. On dira que si les pouvoirs publics n'interviennent pas, celui qui sera vertueux tout seul le payera tr&#232;s cher : on ne change le march&#233; que si on est une majorit&#233; &#224; penser ainsi. C'st souvent vrai. Mais pour introduire des r&#233;f&#233;rences commun&#233;ment admises, il existe un autre outil, de mieux en mieux reconnu dans le secteur financier o&#249; la technicit&#233; des questions rend souvent difficile une r&#233;gulation de l'ext&#233;rieur. Il s'agit d'une forme saine de r&#233;gulation collective : l'adoption de normes professionnelles ou de codes de d&#233;ontologie, &#224; valeur normative. La profession montre alors &#224; la soci&#233;t&#233; qu'elle assume ses responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour en savoir plus sur la question de l'utilit&#233; des march&#233;s : hors s&#233;rie Revue Banque &#171; A quoi servent les march&#233;s financiers ? &#187; sortie d&#233;but juin 2011.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise Finance et morale</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Crise-Finance-et-morale.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Crise-Finance-et-morale.html</guid>
		<dc:date>2010-02-27T14:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Moraliser le capitalisme apr&#232;s la crise : la finance &lt;br class='autobr' /&gt;
La finance est sur la sellette. Son fonctionnement collectif, ses techniques, sa r&#233;glementation sont directement en cause. L'accusation morale joue aussi un r&#244;le important : ce secteur avide d'argent ferait des profits d&#233;mentiels en faisant supporter ses pertes par la communaut&#233;. Qu'en est-t-il vraiment ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons cependant d'abord quelques faits sur la crise. D'abord ; c'est une bulle du cr&#233;dit, pas une crise des march&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moraliser le capitalisme apr&#232;s la crise : la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance est sur la sellette. Son fonctionnement collectif, ses techniques, sa r&#233;glementation sont directement en cause. L'accusation morale joue aussi un r&#244;le important : ce secteur avide d'argent ferait des profits d&#233;mentiels en faisant supporter ses pertes par la communaut&#233;. Qu'en est-t-il vraiment ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La crise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons cependant d'abord quelques faits sur la crise. D'abord ; c'est une bulle du cr&#233;dit, pas une crise des march&#233;s ou de la sp&#233;culation. A l'origine, on trouve des cr&#233;dits hypoth&#233;caires &#224; risque &#233;lev&#233;, octroy&#233;s sur le march&#233; am&#233;ricain et reconditionn&#233;s par des titrisations complexes, souvent dot&#233;es de notations excellentes. Des cr&#233;dits : ce n'est donc pas une crise boursi&#232;re. Et ce n'est pas non plus une crise sp&#233;culative : certes les op&#233;rateurs cherchaient des r&#233;mun&#233;rations rapides, mais issues de commissions, pas de positions sur les march&#233;s. Est-ce d'ailleurs une crise de march&#233; ? Car s'agit-il de march&#233;s ? Sans doute au niveau du placement. Mais pas du march&#233; secondaire, pratiquement inexistant. En fait c'&#233;tait des cr&#233;dits bancaires, empaquet&#233;s de fa&#231;on compliqu&#233;e et peu lisible sous l'&#233;tiquette de valeur mobili&#232;re, et achet&#233;s parce qu'&#224; notation identique, le rendement &#233;tait meilleur qu'avec les produits classiques. La crise en a r&#233;v&#233;l&#233; les failles : des pr&#234;ts trop souvent octroy&#233;s n'importe comment par n'importe qui, des instruments illisibles ou trop compliqu&#233;s, des notations peu fiables ou pas faites pour l'usage qu'on en faisait, un filtre insuffisant des professionnels qui mesuraient mal leurs risques. En outre la liquidit&#233; sur le march&#233; secondaire s'est av&#233;r&#233;e nulle et les valorisations fond&#233;es sur le &#171; mark to market &#187; se sont effondr&#233;es. En bref, nous avons affaire &#224; un pseudo-march&#233;. Et le diagnostic est clair : des erreurs professionnelles graves, personnelles et collectives, mais qui sont en m&#234;me temps des erreurs morales &#8211; ce qui est en g&#233;n&#233;ral le cas ; on y reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il s'est d&#233;velopp&#233;, ce n'est pas seulement du fait de pratiques aberrantes, activ&#233;es par des r&#233;mun&#233;rations d&#233;tach&#233;es de toute consid&#233;ration de risque et le culte collectif de l'avidit&#233; (greed). Cela suppose aussi ce qu'il faut appeler une id&#233;ologie. Les crises du cr&#233;dit, classiques en cas d'expansion mon&#233;taire, sont de loin les plus meurtri&#232;res. Mais celle-ci a &#233;t&#233; consid&#233;rablement aggrav&#233;e par une foi aveugle dans ce qu'on appelait en bloc le &#8216;march&#233;'. Foi aveugle qui se traduit dans l'id&#233;e que le &#8216;march&#233;' trouve spontan&#233;ment son organisation - alors que l'histoire prouve largement le contraire : il lui faut des r&#232;gles du jeu et des arbitres. Foi aveugle qui a aussi conduit &#224; des r&#232;gles comptables affirmant imperturbablement que la meilleure valeur est celle du &#8216;march&#233;', m&#234;me s'il est sporadique, mal inform&#233; et peu fiable. Le tout aggrav&#233; par des erreurs de r&#233;gulation : outre un d&#233;faut de surveillance, il faut rappeler le r&#244;le jou&#233; par des r&#232;gles prudentielles (B&#226;le I &#233;tait alors en vigueur) encourageant l'arbitrage r&#233;glementaire en faveur de l'opacit&#233; : d&#232;s qu'on sortait un actif du bilan, on &#233;conomisait du capital et on &#233;chappait largement &#224; la supervision. On laissait ainsi un no man's land &#233;norme prolif&#233;rer, et on pinaillait sur les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A quoi sert la finance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cela remet-il en cause la finance comme telle, et notamment celle de march&#233; ? Non. Sur ce point, rappelons en effet quelques faits simples. La finance traite du rapport entre risque et rendements et donc arbitre entre les investissements possibles, parmi dans les diff&#233;rents projets en lice. Il ne s'agit pas seulement d'amener l'argent l&#224; o&#249; l'esp&#233;rance de gain est la plus grande, car ces diff&#233;rents projets pr&#233;sentent des risques et des chances tr&#232;s diff&#233;rents, sur lesquels les opinions varient. Il s'agit de choisir et de financer ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. Il n'est pas question de n'assumer aucun risque, car c'est la certitude de l'immobilisme et donc un risque plus important encore. Mais pas non plus de jouer &#224; la roulette. Et le choix varie selon le type d'argent que chacun est charg&#233; de g&#233;rer. Face aux nombreux projets en concurrence, l'arbitrage se fait par le march&#233; financier : le plus attirant recueille le plus de fonds, ou les paye moins cher. Cela revient au fond &#224; un vote sur la qualit&#233; relative des projets ; avec cette diff&#233;rence qu'il y a une r&#233;compense (ou une punition) pour chaque choix puisque ce qui est investi (ou pr&#234;t&#233;) se trouvera en fin de course r&#233;tribu&#233;, ou perdu. R&#233;compense qui est mesur&#233;e autant que faire se peut au fil de l'eau par le march&#233; encore, puisque les titres repr&#233;sentatifs de l'op&#233;ration ou du pr&#234;t sont en permanence achet&#233;s et vendus, int&#233;grant en permanence la vari&#233;t&#233; des opinions et informations : lorsqu'une action monte ou baisse, le cours de bourse est une appr&#233;ciation port&#233;e sur l'&#233;volution dans la dur&#233;e du m&#234;me couple risque/rendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes ce n'est pas la seule m&#233;thode de financement possible. Alternativement, la m&#234;me op&#233;ration de pr&#234;t ou de placement peut ou a pu &#234;tre faite par une banque ou un investisseur fortun&#233; intervenant en direct. Mais dans ce cas il n'y a pas de march&#233; secondaire : le financier garde l'op&#233;ration dans ses livres jusqu'&#224; son terme. Il est bien vu aujourd'hui de vanter cette m&#233;thode. Mais il faut bien en voir les limites : outre que l'absence de cotation ne donne pas d'indication ext&#233;rieure et notamment l'opinion de tierces personnes sur la cr&#233;ance consid&#233;r&#233;e, il est in&#233;vitable que de telles entit&#233;s (les banques notamment) soient des soci&#233;t&#233;s &#224; risque potentiel &#233;lev&#233; : elles doivent donc &#234;tre g&#233;r&#233;es avec beaucoup de soin et sont &#233;troitement r&#233;gul&#233;es. Elles ne sauraient assumer le gros des financements n&#233;cessaires et notamment ceux en fonds propres, les plus al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parfait, loin de l&#224;, et il faut travailler &#224; mieux faire fonctionner ces m&#233;canismes. Mais quoiqu'il en soit, l'activit&#233; financi&#232;re est une activit&#233; indispensable au fonctionnement d'une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e un tant soit peu &#233;volu&#233;e. Le Compendium le dit d'ailleurs clairement (N&#176; 368 sqq.). La seule alternative est une &#233;conomie dirig&#233;e (o&#249; la d&#233;cision d'investissement est prise par un processus administratif ou politique) : comme on sait elles n'ont fait la preuve ni de leur efficacit&#233;, ni de leur moralit&#233;. Cette activit&#233; est donc en soi bonne ou neutre. Mais cela n'emp&#234;che &#233;videmment pas qu'elle puisse &#234;tre immorale cas par cas, ou de fa&#231;on plus syst&#233;mique, selon le comportement des agents, individuel ou collectif. Avec la logique id&#233;ale de la fonction ainsi d&#233;crite, nous avons m&#234;me un instrument de mesure de ce qui peut et doit &#234;tre attendu des agents qui y op&#232;rent. Cette question de la moralit&#233; se pose alors &#224; plusieurs niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les niveaux de la moralit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'un, le plus imm&#233;diat, est d'ordre d&#233;ontologique et vise le comportement des acteurs (en l'esp&#232;ce des financiers) : la r&#233;cente crise du subprime nous le conforme encore si besoin est. L'autre touche au processus de march&#233; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premier niveau de responsabilit&#233; : le comportement personnel et la &#8216;technique'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prendrai ici des exemples concrets v&#233;cus, tels qu'ils se posent dans la pratique professionnelle. Dans la banque d'investissement et de march&#233;, sans aller plus loin, l'exemple du subprime, outre la dimension technique de la chose, montre l'importance que peuvent avoir des d&#233;faillances d'ordre moral : d&#233;faut de conseil et de vigilance, exc&#232;s d'avidit&#233;, absence de responsabilisation sur ce qu'on produit, vend ou conseille etc. Des produits comportant des cr&#233;dits malsains, octroy&#233;s dans des conditions contestables, ont &#233;t&#233; incorpor&#233;s dans des instruments de march&#233; trop complexes et peu lisibles, not&#233;s par des agences de rating de fa&#231;on l&#233;g&#232;re ou parfois irresponsable, puis vendus &#224; des investisseurs eux-m&#234;mes aveugl&#233;s par l'app&#226;t du gain. Au-del&#224; de toute la technologie sophistiqu&#233;e, et m&#234;me si les acheteurs &#233;taient eux aussi des professionnels suppos&#233;s comp&#233;tents, n'a-t-on pas aussi p&#233;ch&#233;, moralement, contre des exigences au fond &#233;l&#233;mentaires de juste prix et de conseil ? Notons ici un point essentiel : le lien &#233;troit entre comp&#233;tence technique et moralit&#233;. Qui ne comprend pas la technique consid&#233;r&#233;e a du mal &#224; discerner ce qui est bien ou mal. Qui ne respecte pas des r&#232;gles morales ne peut &#234;tre sur la dur&#233;e un bon professionnel. En facteur commun bien s&#251;r &#224; toutes ces remarques, un ressort malsain : un app&#226;t immod&#233;r&#233; du gain. Encore faut-il &#234;tre lucide : il n'est pas le monopole des financiers. C'est un risque inh&#233;rent &#224; tout acteur op&#233;rant dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e et mon&#233;taris&#233;e. Mais dans la finance le risque est plus grand du fait de la position centrale du syst&#232;me. Et surtout dans le cas des march&#233;s financiers, car les mouvements &#233;conomiques y prennent un caract&#232;re particuli&#232;rement abstrait, tout en portant sur des masses d'argent &#233;normes, propices &#224; des profits consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me niveau de responsabilit&#233; : les pr&#233;f&#233;rences collectives et le Bien commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre niveau, moins souvent mis en avant, porte sur le r&#233;sultat du processus de march&#233; lui-m&#234;me : trop souvent, en milieu chr&#233;tien ou plus largement parmi les personnes &#224; souci &#233;thique, on raisonne comme si les march&#233;s n'avaient qu'une fonction technique ind&#233;pendante des priorit&#233;s et hi&#233;rarchies des acteurs. Curieusement, ce faisant on reprend l'id&#233;e re&#231;ue, l'enseignement des manuels d'&#233;conomie politique. Il appara&#238;t au contraire que la confrontation des pr&#233;f&#233;rences que constitue le march&#233; donnera un r&#233;sultat diff&#233;rent si ces pr&#233;f&#233;rences sont diff&#233;rentes. En d'autres termes, des march&#233;s anim&#233;s par des acteurs recherchant un certain bien ou au minimum s'imposant des contraintes diff&#233;rentes de celles que nous connaissons, ou se donnant d'autres objectifs sans pour autant s'opposer aux lois &#233;conomiques quand il y en a, donneront des r&#233;sultats diff&#233;rents de celui de march&#233;s anim&#233;s par des acteurs ne recherchant que leur profit au sens mat&#233;riel imm&#233;diat. Et ce n'est pas une simple diff&#233;rence de court terme et de long terme, de respect des r&#232;gles ou de tricherie : c'est une affaire de priorit&#233;s personnelles et collectives. Vrai pour tout agent &#233;conomique, cette affirmation l'est a fortiori pour des financiers dont la t&#226;che est la confrontation de l'ensemble des projets &#233;conomiques en vue de leur financement, ce qui est un r&#244;le de vraie plaque tournante de l'&#233;conomie. C'est notamment pour cela que la question des fonds dits &#233;thiques et plus particuli&#232;rement le fait que les investisseurs financiers ultimes se pr&#233;occupent de r&#232;gles et r&#233;f&#233;rences autres que le r&#233;sultat imm&#233;diat est un enjeu tr&#232;s important. D'autant que sur ce plan en un sens nous sommes presque tous des financiers, car nous d&#233;tenons quasiment tous de l'&#233;pargne et son orientation envoie un message fort au syst&#232;me &#233;conomique. M&#234;me si la responsabilit&#233; des professionnels de la finance est premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#244;le de la finance, reflet de nos valeurs dominantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est que, en d&#233;finitive, la finance n'est pas une excroissance par rapport au reste de l'&#233;conomie de march&#233; et notamment pas dans une direction moins morale. Certes la recherche du profit, donc potentiellement le culte exclusif de l'argent est le crit&#232;re central d'allocation des ressources. Mais c'est au c&#339;ur m&#234;me de l'&#233;conomie lib&#233;rale. Certes les fluctuations sont fortes. Mais c'est logique pour des collectifs humains soumis aux ph&#233;nom&#232;nes de foules et de mode dans une &#233;conomie en pleine mutation, qui prend en charge l'int&#233;gration progressive de syst&#232;mes &#233;conomiques extr&#234;mement dissemblables. Certes les mesures correctives de type social-d&#233;mocrate sont battues en br&#232;che. Mais outre qu'on peut disputer de leur pertinence, elles correspondaient &#224; un &#233;tat du monde sp&#233;cifique et d&#233;pass&#233; par le processus de rapprochement des &#233;conomies appel&#233; mondialisation. Certes il est choquant de voir des profits d&#233;mesur&#233;s pour une activit&#233; non li&#233;e visiblement &#224; la production mat&#233;rielle. Mais cela a toujours &#233;t&#233; vrai du commerce ; c'est pour cela que les marxistes le consid&#233;raient non productif : or on a vu ce que donnait une &#233;conomie qui ne reconnaissait pas le r&#244;le du commerce. En d&#233;finitive, tout march&#233; est un lieu d'&#233;change, o&#249; les valeurs d&#233;coulent directement de la confrontation des appr&#233;ciations personnelles. Il est alors clair que l'absence de morale collective explicite, qui caract&#233;rise nos soci&#233;t&#233;s, aboutit &#224; faire r&#233;gner la loi des volont&#233;s particuli&#232;res, arbitr&#233;es par le march&#233; exprim&#233; en termes mon&#233;taires ; et sur le plan des capitaux, par le march&#233; financier. En d'autres termes, c'est la logique lib&#233;rale, au sens philosophique, de nos soci&#233;t&#233;s, qui met la finance telle qu'elle existe au centre de leur vie collective. Il y a donc bien quelque chose de malsain ; mais ce n'est pas principalement dans l'outil financier en soi, c'est dans le r&#244;le qu'il joue in&#233;vitablement dans une soci&#233;t&#233; qui n'a pas de crit&#232;re de choix, parce qu'elle ne reconna&#238;t pas de norme morale, et qui se fait arbitrer par le profit imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me central que pose notre syst&#232;me &#233;conomique, n'est donc pas seulement le fonctionnement m&#234;me des circuits de l'argent, mais le syst&#232;me de valeur collectif. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la canalisation des march&#233;s, &#224; leur r&#233;gulation intelligente, bien au contraire ; et ils en ont le plus grand besoin. Mais cela ne fait que rationaliser l'existant. Or la question est plus profonde ; elle est morale et m&#234;me spirituelle. Si la Doctrine sociale de l'Eglise diff&#232;re du lib&#233;ralisme ambiant, ainsi d'ailleurs que des conceptions socialistes ou sociale-d&#233;mocrates, c'est sur ce plan : en fait c'est toute la conception de l'homme et de la soci&#233;t&#233; qui est diff&#233;rente. De m&#234;me qu'on a les politiciens qu'on m&#233;rite (ou dont on s'accommode) on a la finance qui r&#233;sulte de nos valeurs collectives r&#233;elles, ou celle qui prosp&#232;re en leur absence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; initialement dans Libert&#233; politique)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Finance, mondialisation, et &#171; guerre &#233;conomique &#187; </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Finance-mondialisation-et-guerre-economique.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Finance-mondialisation-et-guerre-economique.html</guid>
		<dc:date>2010-02-27T14:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>
		<dc:subject>Banque</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Guerre, concurrence et comp&#233;tition &lt;br class='autobr' /&gt;
Question pr&#233;alable : peut-on parler de guerres dans les relations &#233;conomiques ? J'ai quelque r&#233;ticence sur le terme, que je voudrais expliciter. Le mot guerre a pour simplifier deux sens. D'un c&#244;t&#233; la guerre totale, clausewitzienne, celle qui est concentr&#233;e sur l'annihilation des forces de l'adversaire ; c'est par d&#233;finition un jeu &#224; somme n&#233;gative. Elle est presque toujours n&#233;gative et par l&#224; condamnable D'un autre c&#244;t&#233;, la guerre au sens de l'Europe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guerre, concurrence et comp&#233;tition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question pr&#233;alable : peut-on parler de guerres dans les relations &#233;conomiques ? J'ai quelque r&#233;ticence sur le terme, que je voudrais expliciter. Le mot guerre a pour simplifier deux sens. D'un c&#244;t&#233; la guerre totale, clausewitzienne, celle qui est concentr&#233;e sur l'annihilation des forces de l'adversaire ; c'est par d&#233;finition un jeu &#224; somme n&#233;gative. Elle est presque toujours n&#233;gative et par l&#224; condamnable D'un autre c&#244;t&#233;, la guerre au sens de l'Europe classique, moyen de r&#233;soudre des tensions par l'usage de la force, de fa&#231;on proportionn&#233;e, tout autre moyen ayant &#233;chou&#233;. Malgr&#233; les destructions qu'elle produit, la guerre ainsi comprise peut dans certains cas &#234;tre l&#233;gitime, ainsi dans le cas de la juste guerre au sens catholique, visant &#224; redresser ou &#233;viter des torts qu'on ne peut traiter autrement. Mais quoiqu'il en soit, l'&#233;tat normal souhaitable de relation entre deux entit&#233;s politiques est la paix, qui implique l'absence de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique (qu'on la regarde du point de vue des firmes ou de celui des Etats) la situation est notablement diff&#233;rente. La seule relation conflictuelle pouvant d&#233;boucher sur une destruction est la concurrence ; or elle appara&#238;t dans toute &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e au sens large (celle qu'a connue l'humanit&#233; la plupart du temps) d&#232;s qu'il y a plusieurs fournisseurs possibles et pas de monopole ou de relation oblig&#233;e avec l'un d'eux. Contrairement &#224; la guerre, c'est donc un &#233;tat a priori normal et plut&#244;t satisfaisant, puisqu'il repose sur une possibilit&#233; de choix et le d&#233;gagement de la meilleure offre. Il peut comprendre un &#233;l&#233;ment de violence, dans la mesure o&#249; un concurrent est quelqu'un qui peut vous d&#233;rober votre subsistance, ou bien un obstacle. Mais d'une part vous ne visez pas directement &#224; le d&#233;truire, lui ou ses ressources (m&#234;me si vos actions peuvent y conduire) ; en principe il a la possibilit&#233; de s'adapter ou de trouver des march&#233;s ailleurs. D'autre part, le jeu n'est en g&#233;n&#233;ral pas &#224; somme nulle : m&#234;me si l'un des comp&#233;titeurs gagne sur toute la ligne et que l'autre dispara&#238;t, il n'y a pas perte du point de vue &#233;conomique global en cela que la somme des prestations reste assur&#233;e : ce qu'il faisait, le gagnant le fait au moins aussi bien (dans la mesure du moins o&#249; il n'y a pas cr&#233;ation d'un monopole qui abuse de sa position). Certes lorsque la concurrence aboutit &#224; &#233;liminer une entreprise, une certaine violence a &#233;t&#233; exerc&#233;e ; des personnes qui travaillaient ensemble se trouvent alors dispers&#233;es et conduites &#224; trouver du travail ailleurs. Mais sauf si cela se produit de fa&#231;on particuli&#232;rement inhumaine, l'inconv&#233;nient est temporaire et on peut soutenir que &#171; normalement &#187; il y a en d&#233;finitive meilleur fonctionnement de l'&#233;conomie apr&#232;s. Du moins tant qu'on en reste au niveau des consid&#233;rations &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc une telle diff&#233;rence entre cette situation et celle d'un pays ? C'est parce que les pays sont des entit&#233;s souveraines, disposant en droit du monopole de la violence. Entre eux il n'y a pas de moyen ultime de r&#232;glement des diff&#233;rends : si la n&#233;gociation ou l'arbitrage ne suffisent pas, la guerre est possible. Pourquoi ce monopole de la force ? Parce que le r&#244;le d'une entit&#233; politique est d'assurer un ordre, fond&#233; sur le respect de normes, qui (au del&#224; de leur moralit&#233;) ne sont accept&#233;es par les membres de cette entit&#233; politique que parce que ces membres constituent une communaut&#233;, avec ces &#233;l&#233;ments d'amiti&#233; (philia) qui la caract&#233;risent. En revanche l'entreprise n'est pas une communaut&#233; naturelle, au m&#234;me sens qu'un pays. C'est en cela une r&#233;alit&#233; d'ordre inf&#233;rieur. On pourrait objecter que Jean-Paul II reconna&#238;t &#224; l'entreprise une certaine nature de &#8216;communaut&#233;'. Mais le rapport entre ses membres est par nature volontaire, et n'a pas de droit intrins&#232;que ni m&#234;me de vocation &#224; la permanence, contrairement &#224; une communaut&#233; politique. On peut d'ailleurs y entrer ou en sortir assez librement, sans qu'il y ait en g&#233;n&#233;ral jugement moral &#224; porter sur cela. Les liens qui unissent ses membres sont plus naturellement contractuels qu'au sein d'une communaut&#233; politique, pour laquelle le contrat social est un mythe - alors qu'une entreprise en derni&#232;re analyse doit bien son origine &#224; des contrats. Cela ne veut pas dire pour autant que le lien &#233;conomique soit de pur antagonisme, ou qu'il se r&#233;duise &#224; une instrumentalisation mutuelle des partenaires : un lien commercial peut &#234;tre un lien r&#233;el, humain, ainsi celui qu'on tisse avec un client ou un fournisseur ancien, avec cr&#233;ation d'une vraie confiance et de vrais liens personnels. Mais ce n'est &#233;videment pas du m&#234;me ordre qu'une relations d'appartenance commune &#224; une communaut&#233; v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en d&#233;duit que le terme de guerre &#233;conomique ne peut &#234;tre qu'une image, sauf &#224; prouver que la brutalit&#233; des m&#233;thodes utilis&#233;es est telle qu'il s'agit d'une destruction volontaire et directe de biens sans effet positif. Mais c'est &#224; tout prendre rare. Le terme ne devient v&#233;ritablement appropri&#233; que si les effets de la comp&#233;tition sont tels qu'ils remettent en question de fa&#231;on profonde les conditions de vie d'une communaut&#233; v&#233;ritable, et cela de fa&#231;on consciente et voulue. Si on en reste au niveau des acteurs &#233;conomiques, des entreprises prises individuellement, il ne me para&#238;t pas que nous soyons de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale dans cette situation, m&#234;me si des drames personnels ou locaux se produisent &#233;videmment, et souvent ; et si bien entendu ceci n'implique pas que tous les coups soient permis, ni que tous les effets de la comp&#233;tition soient bienvenus. En revanche la question se pose lorsqu'on prend en compte l'ensemble des effets d'une situation &#233;conomique donn&#233;e et son &#233;volution dans le temps. L&#224; le jeu d&#233;brid&#233; d'une comp&#233;tition &#233;conomique sans frein ni orientation, et plus largement d'une activit&#233; &#233;conomique sans r&#233;f&#233;rence sup&#233;rieure, peut avoir des effets de grande ampleur. La violence que cela peut repr&#233;senter rend alors compr&#233;hensible l'usage du terme de guerre, m&#234;me si ceux qui en sont les principaux acteurs ne pensent pas en ces termes. Et ceci est &#224; son tour un signe : ces acteurs n'ont donc pas les crit&#232;res qui leur permettraient de situer ce qu'ils font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les trois niveaux et la responsabilit&#233; des acteurs &#233;conomiques et financiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;largir cette remarque en ins&#233;rant l'activit&#233; &#233;conomique dans le contexte plus large de la soci&#233;t&#233; humaine. A mon sens il y a trois niveaux hi&#233;rarchis&#233;s &#224; consid&#233;rer : l'&#233;conomique, qui est le plus bas et le plus mat&#233;riel ; le politique, qui a en charge une certaine dimension de bien commun, celui des communaut&#233;s humaines naturelles ; et le spirituel, au moins sous sa forme naturelle, la morale : c'est bien entendu le plus haut. Chacun peut influer sur les autres. En particulier, un arbitrage au niveau &#233;conomique peut parfois &#234;tre tel qu'il produit des effets dans le champ politique, voire au niveau spirituel, et leur accumulation peut aboutir &#224; changer le sort de communaut&#233;s humaines enti&#232;res. C'est concr&#232;tement ce qui se produit actuellement avec le processus intense de concentration et d'&#233;mergence de nouveaux acteurs que comporte la mondialisation. Il y a &#224; ce niveau un r&#244;le possible des acteurs &#233;conomiques et donc une responsabilit&#233; qui d&#233;passe le champ de l'&#233;conomie et les consid&#233;rations sur le sort des entreprises ou de leurs personnels et clients. Il n'en reste pas moins que dans la plupart des cas leur responsabilit&#233; s'exerce sur un niveau de r&#233;alit&#233; certes indispensable, mais inf&#233;rieur. Car ce n'est pas leur r&#244;le de donner un sens, mais d'ordonner l'activit&#233; mat&#233;rielle en fonction de ce qui a socialement ou personnellement un sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel peut &#234;tre ici le r&#244;le des financiers ? Il est &#224; la fois relatif et tr&#232;s important. En fait il y a deux niveaux &#224; consid&#233;rer : l'un, celui des acteurs, l'autre, celui de l'effet d'ensemble. D'un c&#244;t&#233;, s'ils fournissent les moyens des &#233;volutions et de leur acc&#233;l&#233;ration, les organismes financiers pris individuellement n'en mesurent ni ma&#238;trisent la logique ultime, contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue. Menant leur activit&#233; selon des crit&#232;res de pure rentabilit&#233;, ils sont du point de vue de la soci&#233;t&#233; des outils, des acc&#233;l&#233;rateurs, des passeurs, des instruments, plus que directement des facteurs majeurs et conscients d'orientation de la soci&#233;t&#233; nationale ou internationale. Certes le r&#244;le de la finance est central si on la d&#233;finit fondamentalement comme la d&#233;termination de l'arbitrage entre risque et rendement : il ne s'agit pas purement d'amener l'argent l&#224; o&#249; l'esp&#233;rance de gain est la plus grande, mais, face &#224; la diversit&#233; des projets en pr&#233;sence, de financer ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat pour un certain risque que l'investisseur accepte d'assumer. Ce &#224; quoi s'ajoute dans un deuxi&#232;me temps d'en d&#233;terminer en permanence la valeur &#233;conomique : lorsqu'une action monte ou baisse, le cours de bourse est au fond une appr&#233;ciation port&#233;e sur l'&#233;volution dans la dur&#233;e du m&#234;me couple risque/rendement. Cela reste vrai depuis l'&#233;poque des financements de caravelles jusqu'&#224; aujourd'hui, ainsi dans toute augmentation de capital en bourse ou placement de produits d&#233;riv&#233;s complexes. Mais ce r&#244;le de centre nerveux de la finance n'en fait pas pour autant un cerveau conscient, qui choisirait consciemment pour la soci&#233;t&#233; un destin parmi ceux possibles. En effet, pour l'essentiel les op&#233;rations financi&#232;res suivent la logique des valorisations, et celle-ci d&#233;pend essentiellement de trois facteurs : la faisabilit&#233; technique et le savoir-faire des entreprises (y compris de pays diff&#233;rents) ; les priorit&#233;s de la soci&#233;t&#233; humaine concern&#233;e, qui se traduisent dans la demande finale et qui d&#233;pendent elles-m&#234;mes des valeurs collectives de cette soci&#233;t&#233; ; les r&#232;gles du jeu et possibilit&#233;s juridiques qui d&#233;pendent de l'ordonnancement public. En d'autres termes les facteurs les plus importants au niveau de la soci&#233;t&#233;, sur la dur&#233;e, outre les donn&#233;es techniques, sont bien de l'ordre du politique d'une part, des valeurs collectives de l'autre. Ce sont ces facteurs qui en derni&#232;re analyse d&#233;terminent les donn&#233;es sur lesquelles se base le financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hi&#233;rarchie des valeurs est donc essentielle ; or elle rel&#232;ve en derni&#232;re analyse de la morale et au-dessus d'elle de la spiritualit&#233;. Mais l'importance du politique est aussi &#224; souligner : l'activit&#233; &#233;conomique et notamment celle des entreprises suppose absolument une dimension politique forte et efficace, &#224; commencer tout simplement par la s&#233;curit&#233; des transactions (juridique bien s&#251;r, mais aussi politique : comment op&#233;rer dans un pays en crise, en dehors de quelques cas particuliers ?) ; plus bien s&#251;r les lois et r&#232;glements encadrant son activit&#233;. Mais au-del&#224; m&#234;me, les d&#233;terminants essentiels de la vie d'une soci&#233;t&#233; se d&#233;cident &#224; un niveau soit politique soit pouvant relever du politique. On constate d'ailleurs que si la mondialisation a consid&#233;rablement r&#233;duit les pr&#233;tentions des Etats par rapport au r&#234;ve autarcique d'apr&#232;s guerre, leur intervention s'est par ailleurs accrue, notamment dans la redistribution de revenus, la fixation de normes, voire le bon fonctionnement des march&#233;s (la crise en cours le confirme : sans les banques centrales le syst&#232;me bancaire mondial &#233;tait mort).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu cela n'exon&#232;re pas les acteurs de la finance de leur responsabilit&#233; dans telle ou telle d&#233;cision : juger selon les normes de l'&#233;poque n'est pas une excuse si ces normes sont immorales. C'est a fortiori vrai lorsque la conduite d'op&#233;rations de grande ampleur affecte le sort de dizaines de milliers de personnes, ce qui implique qu'on puisse porter sur elles un jugement moral. Sur un autre plan, il est ind&#233;niable que la culture pr&#233;valant dans un centre financier ou dans les milieux d'affaires peut diff&#233;rer de celles pr&#233;valant par ailleurs et avoir une influence sur la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Et cette activit&#233; peut donc influencer aussi le champ spirituel, notamment si elle fournit des &#233;l&#233;ments de mod&#232;le culturel au sens large. Le cas se produit tout particuli&#232;rement dans des soci&#233;t&#233;s comme les n&#244;tres qui ont pos&#233; en principe la priorit&#233; &#224; la richesse mat&#233;rielle, et l'absence de valeurs morales ou esth&#233;tiques communes autres que des r&#232;gles du jeu, baptis&#233;es droits de l'homme. Dans un tel cas la puissance de la finance p&#232;se de fa&#231;on disproportionn&#233;e sur la culture collective. De ce fait les financiers eux-m&#234;mes prennent leurs d&#233;cisions, individuelles ou collectives, dans un contexte o&#249; les r&#233;f&#233;rences autres que mat&#233;rielles n'ont normalement pas droit de cit&#233; (hormis bien s&#251;r les &#233;l&#233;ments de tabou &#8216;politiquement correct' qui mettent ici ou l&#224; des interdits plus ou moins irrationnels). Sur ce plan, la diff&#233;rence est grande par rapport aux soci&#233;t&#233;s chr&#233;tiennes du pass&#233; o&#249; la r&#233;f&#233;rence &#224; la moralit&#233;, l'&#233;quit&#233;, l'honn&#234;tet&#233; dans la conduite des affaires ne pouvaient &#234;tre balay&#233;es d'un d&#233;bat, quelle que soit par ailleurs la sinc&#233;rit&#233; des acteurs en pr&#233;sence sur ces points. On peut d'ailleurs trouver la trace de ceci en amont, dans n'importe quel manuel d'&#233;conomie politique, qui tous posent le syst&#232;me de valeurs, inclus dans les pr&#233;f&#233;rences des acteurs &#233;conomiques, comme une donn&#233;e ext&#233;rieure, alors m&#234;me qu'on ne peut comprendre une soci&#233;t&#233; et donc une &#233;conomie sans le respect d'un minimum de r&#232;gles de conduite morale et sans des priorit&#233;s qui seules les animent. Concr&#232;tement en outre, le d&#233;ploiement devant la soci&#233;t&#233; des profits du syst&#232;me financier y propage la soif du lucre comme moyen de prestige et de pouvoir ; et une pr&#233;occupation exclusive du profit imm&#233;diat r&#233;pand une immoralit&#233; ordinaire, doubl&#233;e d'une obsession par le seul court terme. Mais m&#234;me dans ces cas il faut bien voir qu'il n'y a pas une soci&#233;t&#233; raisonnablement vertueuse qui fait face &#224; une m&#233;chante finance qui la pervertirait du dehors : en allant au bout de sa rationalit&#233; la finance met en fait en &#339;uvre les pr&#233;misses pos&#233;es par la soci&#233;t&#233;, m&#234;me si celle-ci se dit ensuite toute surprise d'en voir les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu ceci conduit &#224; souligner l'&#233;tranget&#233; de la hi&#233;rarchie des normes qui caract&#233;rise notre soci&#233;t&#233; : l'&#233;conomique qui devrait &#234;tre &#224; la base de la pyramide en est la t&#234;te, alors que le spirituel qui devrait occuper cette position, se trouve rel&#233;gu&#233; au niveau des donn&#233;es priv&#233;es ; il y a donc comme un sablier invers&#233;, ou une pyramide plac&#233;e sur sa pointe. Mais n'est-ce pas la r&#233;sultante de ce trait essentiel de la modernit&#233;, qu'est sa volont&#233; de neutralit&#233; sur les fins et hi&#233;rarchies de valeurs ultimes, qui aboutit en d&#233;finitive &#224; privil&#233;gier les donn&#233;es mat&#233;rielles, qui sont alors les plus objectives, les seules &#224; subsister comme point de r&#233;f&#233;rence commun ? Soif d&#233;mentielle du lucre des uns, maintien obstin&#233; et stupide des avantages acquis des autres, passion h&#233;doniste de tous subsistent alors seuls comme r&#233;f&#233;rences dans le jeu social. Mais cela ne r&#233;sulte pas d'une sorte de mal&#233;diction qui p&#232;serait sur l'activit&#233; &#233;conomique : cela veut dire qu'elle n'est pas &#224; sa place, parce que le reste ne joue pas son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Banque et finance dans la comp&#233;tition &#233;conomique mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques comme entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on en d&#233;duire dans la pratique de nos soci&#233;t&#233;s ainsi constitu&#233;es, et notamment en regard de note probl&#233;matique de &#8216;guerre', ou de concurrence ? Concr&#232;tement, les banques au sens large sont &#224; consid&#233;rer sous deux aspects : comme entreprises parmi d'autres, ou comme acteurs centraux dans le processus &#233;conomique. Comme entreprises, un exemple nous est fourni par ce qui vient arriver &#224; ABN-AMRO. C'&#233;tait la plus grande et le plus connue des banques n&#233;erlandaises, avec une pr&#233;sence internationale forte. Elle vient de faire l'objet d'une OPA hostile et va &#234;tre d&#233;coup&#233;e et distribu&#233;e entre trois banques, Royal Bank of Scotland, Santander l'espagnole, et Fortis sa compatriote. Qu'en dire ? D'un c&#244;t&#233;, on peut juger ce processus violemment darwinien : les acheteurs ont propos&#233; aux actionnaires d'ABN-AMRO un prix qui &#233;tait sensiblement plus &#233;lev&#233; que sa cotation en Bourse, et les actionnaires ont d&#232;s lors approuv&#233; la vente et apport&#233; leurs titres. Comment est-ce possible ? En d&#233;finitive c'est parce que, aux yeux des parties prenantes, ce que les trois acqu&#233;reurs pouvaient faire avec les actifs d'ABN-AMRO &#171; vaut plus &#187; que ne le pouvait la banque ABN-AMRO si elle restait unie, au vu de sa performance pass&#233;e ou de la nature de ces actifs ; c'est-&#224;-dire peut produire plus, tel que mesur&#233; financi&#232;rement - mais en &#233;conomie &#224; la fin tout se chiffre en argent. Certains en sont choqu&#233;s. Mais au fait, en quoi une entit&#233; comme ABN- AMRO aurait-elle un droit &#224; l'&#233;ternit&#233; ? D'un c&#244;t&#233; elle ne se distinguait pas par sa nature de ceux qui l'on achet&#233;e. D'un autre c&#244;t&#233;, m&#234;me en consid&#233;rant l'entreprise comme communaut&#233; imparfaite et transitoire, qu'y avait-il dans un tel conglom&#233;rat qui cr&#233;ait un vrai rapport de communaut&#233;, entre notamment ses filiales &#233;trang&#232;res, italienne, am&#233;ricaine et br&#233;silienne pour ne citer que les plus importantes ? Nous tendons personnellement &#224; penser qu'il s'agit ici d'un registre neutre, celui o&#249; saint Thomas situait la plupart des op&#233;rations commerciales : le fait d'op&#233;rer un arbitrage dans l'utilisation de ressources mat&#233;rielles est en soi ni bon, ni mauvais, ceci &#233;videmment sans pr&#233;juger de la mani&#232;re dont l'op&#233;ration est ex&#233;cut&#233;e ou des intentions qui animent les uns ou les autres. Mais m&#234;me sous ce dernier angle, on ne peut par exemple pas consid&#233;rer &#224; priori que le fait de licencier des gens est immoral : cela peut &#234;tre justifi&#233; sauf &#224; consid&#233;rer qu'il y a un droit ind&#233;fini &#224; chacun de garder le premier emploi qu'il trouve, m&#234;me s'il devient inutile. En bref &#224; nouveau il n'y a pas de droit &#224; la subsistance perp&#233;tuelle pour des structures &#233;conomiques ; le jugement &#224; porter sur leur redimensionnement ou disparition d&#233;pend de ce qui vient apr&#232;s d'une part, de la mani&#232;re dont la transition est op&#233;r&#233;e d'autre part. Naturellement le point de vue de la communaut&#233; politique n&#233;erlandaise peut &#234;tre diff&#233;rent. Mais il faut alors appr&#233;cier les cons&#233;quences pour elle du d&#233;membrement, et le co&#251;t d'un sauvetage en l'&#233;tat : doit-on sauvegarder tous les conglom&#233;rats du pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci nous conduit &#224; souligner le deuxi&#232;me aspect du r&#244;le des banques au sens large, qui est celui des &#171; banques d'affaires &#187; qu'on appelle d&#233;sormais &#171; banques d'investissement &#187;. M&#234;me si dans beaucoup de pays elles sont int&#233;gr&#233;es dans une structure plus large de &#171; banque universelle &#187;, leur r&#244;le est tr&#232;s diff&#233;rent de la banque classique, &#171; banque de r&#233;seau &#187;. En tant que sp&#233;cialistes et animatrices du march&#233; financier, elles jouent un r&#244;le essentiel dans le fonctionnement m&#234;me de ce march&#233;, et donc dans son r&#244;le permanent d'&#233;valuation des valeurs et de r&#233;allocation des ressources. Encore une fois ici aussi c'est une fonction en soi neutre, car il s'agit d'une forme d'optimalisation de l'usage des ressources mat&#233;rielles ; une partie de l'arbitrage dans l'utilisation des ressources qui est la fonction de la finance. En soi ceci est utile, m&#234;me si cela peut prendre des formes contestables. Mais en m&#234;me temps bien s&#251;r elles ont un r&#244;le particuli&#232;rement structurant car elles agissent sur des entreprises, lesquelles constituent au sens pr&#233;c&#233;dent (limit&#233;) des communaut&#233;s temporaires. Ce qui implique une signification et une responsabilit&#233; particuli&#232;re de ces activit&#233;s. Soit sous l'angle des acteurs eux-m&#234;mes (les banques d'investissement), dont les dirigeants et cadres sont responsables moralement de leurs actes dans l'optique catholique et doivent tenir compte dans leur action de ce qui repr&#233;sente un bien ou mal r&#233;el, fonction des effets de l'op&#233;ration envisag&#233;e et de la mani&#232;re dont elle est men&#233;e. Soit sous l'angle du bien commun, qui incombe &#224; l'Etat, et qui est impact&#233; si les op&#233;rations en question prennent une ampleur particuli&#232;re pour la communaut&#233; politique concern&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les acteurs dominants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;volutions dans la finance peuvent avoir des effets majeurs sur la structure m&#234;me de l'&#233;conomie mondiale. On l'a dit, on note ici l'&#233;mergence d'acteurs mondiaux dont l'influence est de plus en plus importante. Ceci ne concerne pas tant la banque de d&#233;tails (particuliers et PME) que la banque de gros, et notamment la banque d'investissement et de march&#233;. A &#233;merg&#233; sur ce plan un petit groupe d'acteurs essentiellement am&#233;ricains (Goldman Sachs, Merrill Lynch, Morgan Stanley, Citi, JP Morgan etc.), ou de culture am&#233;ricaine (UBS, Deutsche Bank) suivis d'acteurs un peu moins centraux mais importants ici ou l&#224; (dont les fran&#231;ais BNPP, Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale, Calyon etc.). Ce fait est d'autant plus important que, au niveau mondial, le march&#233; financier a aujourd'hui un r&#244;le central, accentu&#233; par l'absence d'autre mode de r&#233;gulation puisqu'il n'y a pas d'autorit&#233; politique &#224; ce niveau, encore moins d'autorit&#233; morale. Or le fait pour un pays de disposer d'acteurs significatifs dans ces domaines, et/ou d'une place financi&#232;re, est un enjeu important. Et il n'y a qu'une poign&#233;e de telles places : New York, Londres, suivis par quelques places plus secondaires, comme Francfort, Tokyo ou Paris. Au niveau des pays &#233;mergents, la mont&#233;e de la Chine est ici aussi spectaculaire. Si elle reste encore &#224; ce stade au deuxi&#232;me ou troisi&#232;me rang, elle compte des g&#233;ants en termes de capitalisation boursi&#232;re (m&#234;me si on peut douter de la solidit&#233; de leurs chiffres). La pr&#233;pond&#233;rance ainsi manifeste des entit&#233;s d'origine ou de culture am&#233;ricaine est &#224; noter : m&#234;me si elles se veulent mondiales, et le deviennent d'ailleurs dans leur activit&#233; &#233;tal&#233;es sur les trois zones Am&#233;rique, Europe et Asie orientale, et si elles tendent &#224; moins d&#233;pendre de la partie am&#233;ricaine au sens g&#233;ographique, leur culture et leurs r&#233;f&#233;rences sont et resteront &#224; vue humaine massivement am&#233;ricaines. Ceci est un point tr&#232;s important pour la structuration de l'&#233;conomie de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut sur la question des valeurs morales et spirituelles, on voit ici confirmation de l'importance centrale de l'insertion nationale et culturelle des entit&#233;s financi&#232;res. La supr&#233;matie am&#233;ricaine ici &#233;vidente n'a d'&#233;quivalent que dans le domaine militaire (et quelques autres champs notamment en informatique). Ceci dit, comme la puissance militaire, elle rencontre toutefois aussi ses limites. Outre que les firmes recherchent leur int&#233;r&#234;t propre et pas n&#233;cessairement celui des Etats-Unis comme pays, elles restent par leur m&#233;tier m&#234;me tr&#232;s sensibles &#224; l'environnement et notamment au march&#233;. Si leur puissance et plus g&#233;n&#233;ralement celle du march&#233; financier est telle qu'elle exclut pour un pays toute forme d'immunit&#233; &#224; son &#233;gard, du type de ce qu'on connaissait apr&#232;s guerre, elle ne laisse pas totalement d&#233;munis les gouvernements, &#224; condition qu'ils apprennent &#224; jouer avec la situation. Ceci dit il est ind&#233;niable que la puissance de ces acteurs, et celle du march&#233; qu'ils animent, domin&#233;e par une &#171; culture &#187; bien sp&#233;cifique, orient&#233;e vers le court terme, tr&#232;s r&#233;active, plut&#244;t brutale, mais extr&#234;mement souple et adaptable, et par l&#224; construite pour arbitrer efficacement dans son champ, induit une certaine orientation de l'&#233;conomie et par l&#224; de la soci&#233;t&#233;, une certaine d&#233;termination de la mondialisation, d'autant que celle-ci est par ailleurs sans centre ni r&#233;gulation nette. Cela peut conduire &#224; pr&#233;cipiter certaines &#233;volutions. Mais l&#224; encore cela ne cr&#233;e pas cette mondialisation elle-m&#234;me, ni ses dominantes de valeurs ou de pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il alors se rebeller et couper les ponts ? Je ne pense pas que cela soit dans les cartes. L'avantage mat&#233;riel conf&#233;r&#233; &#224; ceux qui entrent dans le jeu de la mondialisation est tel qu'on voit mal comment s'en isoler totalement. En revanche ma conviction est que le jeu d'un march&#233; d&#233;pend d'abord de la culture qui anime ses participants, en un mot de leurs valeurs au sens large. Si une population est totalement impr&#233;gn&#233;e de valeurs mat&#233;rialistes, elle n'a pas de prise contre la forme de finance que nous avons d&#233;crite, car celle-ci est bien plus adapt&#233;e qu'elle &#224; la r&#233;alit&#233; : face &#224; de telles forces, objectivement adapt&#233;es &#224; leur r&#244;le, les poujadismes et corporatismes divers sont d&#233;risoires. En d'autres termes, rien ne sert de nier la r&#233;alit&#233; ou m&#234;me d'ne abandonner le contr&#244;le par principe. C'est en affirmant d'autre mani&#232;res de juger et de hi&#233;rarchiser qu'on peut faire &#233;voluer les choses en profondeur (en revenant au troisi&#232;me niveau expos&#233; ci-dessus, spirituel, le plus important) tout en accompagnant cette &#233;volution id&#233;ale au niveau politique et &#233;conomique par une action r&#233;solue tenant compte des enjeux de l'&#233;poque et de ses leviers, et parmi eux, la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un jeu lucide et complexe, prudentiel au sens traditionnel du terme, qu'il faut jouer, consistant &#224; la fois &#224; agir quand il faut dans le champ financier (ce qui veut notamment dire que, pour un pays important, abandonner l'ambition d'&#234;tre un centre financier majeur, c'est se rel&#233;guer au second rang) et &#224; accr&#233;diter des mod&#232;les diff&#233;rents, s'ils sont suffisamment ancr&#233;s dans la population. &lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouvera alors le principe premier : pas de changement r&#233;el sans conversion. Mais &#224; d&#233;faut, ou dans cette attente, on ne peut que jouer de la fa&#231;on la plus intelligente possible, dans le respect des principes essentiels, tels les premiers chr&#233;tiens pris dans la logique de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; initialement dans Catholica)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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