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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Sortir les hauts salaires du code du travail </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Sortir-les-hauts-salaires-du-code-du-travail.html</link>
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		<dc:date>2016-08-31T12:14:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Hauts salaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans bien des m&#233;tiers les tr&#232;s hauts salaires s'envolent, et la comp&#233;tition internationale entretient cette pouss&#233;e. C'est m&#234;me selon Thomas Piketty une des sources majeures de la croissance des in&#233;galit&#233;s. Il n'est donc pas facile de contr&#244;ler cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est &#233;trangement une question simple qu'on ne pose pas : pourquoi en France les hauts salaires rel&#232;vent-ils du code du travail, construit au d&#233;part pour prot&#233;ger les ouvriers et employ&#233;s, puis &#233;largi aux cadres ? Une protection inutile, au fond injuste pour les autres salari&#233;s, et lourde pour les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc ne pas sortir les tr&#232;s hauts salaires du code du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Hauts-salaires-+.html" rel="tag"&gt;Hauts salaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans bien des m&#233;tiers les tr&#232;s hauts salaires s'envolent, et la comp&#233;tition internationale entretient cette pouss&#233;e. C'est m&#234;me selon Thomas Piketty une des sources majeures de la croissance des in&#233;galit&#233;s. Il n'est donc pas facile de contr&#244;ler cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est &#233;trangement une question simple qu'on ne pose pas : pourquoi en France les hauts salaires rel&#232;vent-ils du code du travail, construit au d&#233;part pour prot&#233;ger les ouvriers et employ&#233;s, puis &#233;largi aux cadres ? Une protection inutile, au fond injuste pour les autres salari&#233;s, et lourde pour les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc ne pas sortir les tr&#232;s hauts salaires du code du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le code du travail est comme on sait un r&#233;gime extr&#234;mement complexe donc l'objectif affich&#233; est la protection des salari&#233;s contre des employeurs per&#231;us comme beaucoup plus puissants qu'eux. Mon propos n'est pas d'&#233;voquer ce sujet en g&#233;n&#233;ral mais de poser une question simple : pourquoi ce r&#233;gime s'applique-t-il &#224; tous les salari&#233;s, m&#234;me lorsque leur r&#233;mun&#233;ration est extr&#234;mement &#233;lev&#233;e ? Ce ne sont &#233;videmment alors pas des prol&#233;taires, mais des gens capables justement d'imposer ces r&#233;mun&#233;rations consid&#233;rables &#224; leur employeur. Pr&#233;cisons : j'appelle r&#233;mun&#233;ration tr&#232;s &#233;lev&#233;e celle qui permet de faire fortune, de gagner assez pour se mettre autant que possible &#224; l'abri du besoin. Pour prendre un chiffre &#224; affiner, disons que cela peut commencer par exemple &#224; 500 000 &#8364; annuels. D'autres diront plus : peu importe &#224; ce stade, regardons le raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assujettissement au code du travail leur donne des droits consid&#233;rables, notamment en termes de licenciement, de droits sociaux, de retraite etc. Mais on peut se demander si les int&#233;ress&#233;s en ont vraiment besoin. Il est m&#234;me tr&#232;s choquant de voir des salari&#233;s invoquer une protection qui a &#233;t&#233; con&#231;ue pour des personnes autrement moins privil&#233;gi&#233;es et influentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement ces droits sont des charges lourdes pour les entreprises. Ce qui veut dire qu'ils constituent un obstacle important, un handicap au niveau international pour la localisation en France des activit&#233;s dans lesquelles ces revenus sont nombreux et cruciaux pour la comp&#233;tition : si&#232;ges de multinationales, grands avocats, finance, mais aussi chirurgie, sport etc. et bien s&#251;r tous les patrons et autres mandataires sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition que je soumets ici est simple : on sort du droit du travail et du salariat la totalit&#233; des personnes dont les revenus concern&#233;s d&#233;passent 0,5 M&#8364;. Leur relation &#224; l'employeur d&#233;pendra alors du code civil et &#233;ventuellement du code du commerce. C'est-&#224;-dire d'un pur contrat au sens vrai du terme, fond&#233; sur l'&#233;galit&#233; juridique des parties et leur droit &#224; contracter librement. Pas de cotisation ni de droit sociaux, sauf l'assurance maladie qui resterait obligatoire toutes choses &#233;gales par ailleurs (par solidarit&#233;, et au RSI). Pas de participation aux &#233;lections syndicales. Les retraites se font alors par capitalisation, &#224; l'initiative de l'int&#233;ress&#233;. Etc. D&#232;s que le seuil est pr&#233;vu contractuellement comme devant &#234;tre atteint par un salari&#233;, ou l'a &#233;t&#233; de fait (du fait de bonus), son r&#233;gime salarial tombe d'office.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; on gagne &#224; la fois en logique, en &#233;quit&#233;, et en attractivit&#233; internationale. Au programme pour 2017 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-161210-sortir-les-hauts-salaires-du-code-du-travail-2032958.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lesechos.fr/idees-debats...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bonus et salaires dans la finance : o&#249; est la justice ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Bonus-et-salaires-dans-la-finance-ou-est-la-justice.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Bonus-et-salaires-dans-la-finance-ou-est-la-justice.html</guid>
		<dc:date>2013-03-20T14:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>
		<dc:subject>Hauts salaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'Europe vient de d&#233;cider de frapper un suppos&#233; grand coup contre les r&#233;mun&#233;rations excessives dans la finance : un ratio de 1 pour 1 entre la partie fixe du salaire et la partie variable (les fameux bonus). Les m&#233;dia applaudissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieuse victoire, qui ne plafonne pas les r&#233;mun&#233;rations contrairement &#224; ce qui est dit, mais pousse les banques &#224; augmenter les salaires fixes si elles veulent continuer &#224; payer grassement leurs traders. Alors qu'il faudrait faire &#224; peu pr&#232;s le contraire : rendre la partie variable encore plus variable, pour qu'elle soit solidaire des r&#233;sultats de l'activit&#233; sur la longue dur&#233;e, y compris des risques et pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste donc dans l'amateurisme, alors que la question des bonus et des r&#233;mun&#233;rations en g&#233;n&#233;ral m&#233;rite un vrai examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques id&#233;es pour &#233;clairer ce d&#233;bat&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Hauts-salaires-+.html" rel="tag"&gt;Hauts salaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Europe vient de d&#233;cider de frapper un suppos&#233; grand coup contre les r&#233;mun&#233;rations excessives dans la finance : un ratio de 1 pour 1 entre la partie fixe du salaire et la partie variable (les fameux bonus). Les m&#233;dia applaudissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieuse victoire, qui ne plafonne pas les r&#233;mun&#233;rations contrairement &#224; ce qui est dit, mais pousse les banques &#224; augmenter les salaires fixes si elles veulent continuer &#224; payer grassement leurs traders. On reste donc dans l'amateurisme, alors que la question m&#233;rite un vrai examen.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je distingue pour cela trois niveaux d'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier degr&#233; d'analyse : le march&#233;, ses profits et ses acteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A un premier niveau d'analyse, le fait que les activit&#233;s de march&#233; financiers permettent des r&#233;mun&#233;rations tr&#232;s &#233;lev&#233;es n'est pas en soi aberrant. Rappelons d'abord que ce niveau de r&#233;mun&#233;rations ne r&#233;sulte pas n&#233;cessairement de dysfonctionnements du march&#233; : on peut en effet concevoir un syst&#232;me financier suffisamment r&#233;gul&#233; pour que l'allocation de ressources qu'il op&#232;re soit acceptable, sans risques disproportionn&#233;s, mais dont les op&#233;rateurs gagnent &#224; l'occasion des sommes &#233;normes. Car ce peut &#234;tre l'activit&#233; elle-m&#234;me qui le permet, ou l'innovation, ne serait-ce que du fait des masses en cause. Certes un gain disproportionn&#233; est contestable dans sa source m&#234;me, parce que disproportionn&#233;. Mais il n'est pas toujours &#233;vident qu'il y ait toujours exc&#232;s de gain. L'activit&#233; de march&#233; financier est une activit&#233; qui peut &#234;tre &#224; risque &#233;lev&#233;e, ce qui implique une certaine r&#233;mun&#233;ration, utile dans le cas id&#233;al : assurer le m&#233;canisme de formation des prix dans les meilleures conditions possibles, animer le march&#233; en lui donnant en permanence la liquidit&#233; dont il a besoin ; et par l&#224; donner la base de r&#233;f&#233;rence &#224; une meilleure allocation des ressources et permettre la mise en rapport des projets (&#233;metteurs de titres) et des capitaux (investisseurs). Bien entendu le fonctionnement r&#233;el du march&#233; n'est pas id&#233;al sur ce plan comme on le reverra ci-apr&#232;s. Mais celui qui par exemple prend intelligemment position en jouant des irr&#233;gularit&#233;s que le march&#233; pr&#233;sente et en corrigeant par l&#224; ces irr&#233;gularit&#233;s ( ce qu'on appelle arbitrage) fait un profit qui compte tenu de la taille de ce march&#233; est &#233;norme, mais peut &#234;tre utile : sans cela le march&#233; serait plus sporadique, moins liquide et moins arbitr&#233;, donc moins fiable. De m&#234;me pour celui qui sait discerner les investissements sains et porteurs d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;mun&#233;ration des traders ne doit donc pas obnubiler : derri&#232;re elle il faut s'int&#233;resser d'abord &#224; celle de l'activit&#233; elle-m&#234;me, aux gains du secteur en g&#233;n&#233;ral. Et si le gain du secteur appara&#238;t cas par cas justifi&#233; ou acceptable, il est difficile d'en priver les op&#233;rateurs qui mat&#233;riellement le produisent (en utilisant les ressources de leur firme certes, mais sans eux les op&#233;rations ne se feraient pas). D'o&#249; des r&#233;mun&#233;rations qui peuvent &#234;tre consid&#233;rables. Au premier abord, ce n'est pas toujours anormal en soi &#8211; m&#234;me si c'est loin de justifier toutes les r&#233;mun&#233;rations constat&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me degr&#233; d'analyse : les exigences de justice&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si maintenant on introduit une dimension d'exigence collective, la question de personnes ayant des r&#233;mun&#233;rations extr&#234;mement &#233;lev&#233;es et jug&#233;es disproportionn&#233;es pose un autre probl&#232;me. Mais d'abord que veut dire : disproportionn&#233; ? On en reste trop souvent ici &#224; des consid&#233;rations &#233;galitaires sommaires : le fait que des patrons ou de simples traders soient r&#233;mun&#233;r&#233;s des millions ou dizaines de millions d'euros, ou que des indemnit&#233;s de d&#233;parts se chiffrent en dizaines et parfois centaines de millions etc. heurte beaucoup de chr&#233;tiens, et d'autres. Ceci dit l'argument purement &#233;galitariste est moins &#233;vident qu'il ne para&#238;t. M&#234;me d'un point de vue chr&#233;tien, on ne trouve rien dans l'enseignement de l'Eglise qui aille dans le sens d'une limite en soi, d'un &#233;galitarisme de principe. Ce qui est gagn&#233; par les uns n'est d'abord pas n&#233;cessairement pris aux autres comme dans le partage d'un g&#226;teau. Surtout, l'accent est mis sur la responsabilit&#233;, notamment envers les autres, et sur la justice, qui conduit &#224; r&#233;tribuer chacun selon son apport, moyennant niveau minimum digne pour tous. Celui qui est riche est critiqu&#233; non parce qu'il est riche (sauf s'il a vol&#233; son argent), mais pour ce qu'il fait : soit qu'il oublie ses devoirs envers les pauvres (qui sont consid&#233;rables), soit qu'il fasse un dieu de son argent, l'un et l'autre &#233;tant souvent li&#233;s. Outre l'origine de l'argent, c'est l'usage des biens qui compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, qu'il n'y ait pas &#233;galitarisme ne signifie pas qu'il soit justifi&#233; de pratiquer n'importe quelle r&#233;mun&#233;ration ou d'accepter n'importe quel gain. Car intervient ici la justice. La doctrine distingue la justice commutative et la justice distributive. La premi&#232;re concerne les &#233;changes : elle implique que les deux &#233;l&#233;ments &#233;chang&#233;s soient de m&#234;me valeur ; sinon il y a vol. Appliqu&#233; &#224; une r&#233;mun&#233;ration, cela signifie qu'elle doit correspondre &#224; la prestation r&#233;alis&#233;e. Il ne suffit pas qu'il y ait un contrat sign&#233; par des parties libres ; la valeur du service doit r&#233;ellement correspondre &#224; ce qui est pay&#233;. La justice distributive vient ensuite, par consid&#233;ration de la place de chacun dans la soci&#233;t&#233;, qui doit recevoir ce qui lui est &#8216;d&#251;' &#224; ce titre, variable selon la soci&#233;t&#233; et la position ou l'apport de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La justice commutative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons d'abord la justice commutative. Je ne parle pas ici de la r&#233;mun&#233;ration des patrons, sur laquelle il y aurait beaucoup &#224; dire : qu'ils gagnent beaucoup n'est pas n&#233;cessairement injustifi&#233;, mais cela n'a de sens que si leur prestation est exceptionnelle. Mais c'est rare. Et la pratique est d&#233;courageante. Les exemples, fran&#231;ais, am&#233;ricains, ou autres, montrent une faible corr&#233;lation entre bien des r&#233;mun&#233;rations de dirigeants, souvent princi&#232;res, et la bonne marche de l'entreprise. Cette situation est choquante. Les propri&#233;taires ne font pas leur travail. Il faut donc les encourager &#224; le faire, &#233;ventuellement avec &#233;nergie. Et si la situation ne s'am&#233;liore pas, une intervention publique s'impose. Non par &#233;galitarisme. Mais pour r&#233;tablir la justice, comme viennent de le faire les Suisses, par r&#233;f&#233;rendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s diff&#233;rent est le cas des r&#233;mun&#233;rations &#233;lev&#233;es des traders. On pourrait les rapprocher des cas de sp&#233;cialistes, et bien s&#251;r des chanteurs, acteurs ou sportifs. Selon la justice commutative la question est : apportent-ils une &#8216;valeur' correspondante &#224; leurs &#233;moluments ? On peut le pr&#233;tendre, si on ne le mesure qu'en argent. De m&#234;me qu'un chanteur c&#233;l&#232;bre attire du monde, lequel paye ses places ou ses enregistrements, un trader efficace fait gagner de l'argent (sous r&#233;serve de la validit&#233; de l'activit&#233; elle-m&#234;me). Est-ce &#224; dire que tout cela est moralement juste ? Pas s&#251;r. Car il reste &#224; porter un jugement sur la transaction elle-m&#234;me. Certes la personne a fait gagner beaucoup d'argent. Mais est-il moral qu'une telle prestation soit r&#233;tribu&#233;e si haut ? Comme on le voit alors, le probl&#232;me est alors en amont, dans le syst&#232;me de valeurs de la soci&#233;t&#233;, dans les transactions qu'elle permet ou encourage. Si dans une soci&#233;t&#233; chacun paye pour s'arracher les borborygmes d'un chanteur vulgaire, il gagnera beaucoup d'argent. Mais pourquoi paye-t-on tant ces bruits abrutissants ? Avant de faire des lois sur les &#233;moluments des chanteurs, il faut donc se poser la question des valeurs collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me chose pour les traders. Si leur activit&#233; est nocive, r&#233;gulons-la. Si ce qu'ils font est utile au vu du r&#244;le collectif l&#233;gitime des march&#233;s, les plus talentueux gagneront beaucoup d'argent, et &#224; premi&#232;re vue ce ne sera pas aberrant. Mais encore faut-il que la r&#233;mun&#233;ration comporte une juste participation aux risques de l'activit&#233; - sinon &#224; nouveau elle est injuste. De ce point de vue la situation pr&#233;valant avant 2008, o&#249; les risques &#233;taient pour la banque (et le cas &#233;ch&#233;ant la collectivit&#233;) et les profits pour les personnes (traders ou dirigeants) &#233;tait aberrante. Au-del&#224; d'un certain niveau, les personnes r&#233;alisant des gains appr&#233;ciables sur des activit&#233;s risqu&#233;es doivent &#234;tre responsables sur la longue dur&#233;e, &lt;i&gt;et sur tous leurs biens.&lt;/i&gt; On a introduit des mesures en ce sens, mais elles restent timides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La justice distributive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me question &#224; se poser ensuite est celle de la justice distributive. Elle vise les effets collectifs de telles r&#233;mun&#233;rations, leur insertion dans le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Je ne parle pas ici de la r&#233;partition g&#233;n&#233;rale des revenus dans la soci&#233;t&#233; (qui peut conduire &#224; une redistribution fiscale) car elle est ind&#233;pendante de la source du revenu. En revanche, m&#234;me justifi&#233;es en termes de justice commutative, des r&#233;mun&#233;rations tr&#232;s &#233;lev&#233;es peuvent par leur attrait donner aux activit&#233;s concern&#233;es un r&#244;le ou un prestige social anormaux, qui conduit &#224; distordre le syst&#232;me de valeurs collectif de la soci&#233;t&#233;. Pour toutes ces raisons, on voit mal la soci&#233;t&#233; se d&#233;sint&#233;resser par principe de toutes les r&#233;mun&#233;rations qui apparaissent manifestement disproportionn&#233;es en regard de l'apport de l'activit&#233; concern&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233;. Dans de tels cas, la justice distributive tendra &#224; s'interroger sur ces r&#233;mun&#233;rations (et cela, bien au-del&#224; de la finance). En fonction de quoi, &#224; nouveau, une intervention publique peut s'av&#233;rer n&#233;cessaire, si l'enjeu est important et si la soci&#233;t&#233; ne parvient pas &#224; se r&#233;guler sans une telle intervention. Naturellement elle suppose une analyse pr&#233;cise du cas consid&#233;r&#233; et de ses effets et signification ; et elle ne saurait s'arr&#234;ter au trader : &#224; nouveau il faut d'abord analyser l'activit&#233; elle-m&#234;me, car c'est elle qui pose la question principale. Encore faut-il en outre que le rem&#232;de ne soit pas pire que le mal : il vaut mieux, en g&#233;n&#233;ral, ne pas intervenir que le faire de fa&#231;on contreproductive (et les interventions publiques le sont tr&#232;s souvent). Enfin, il faut autant que possible qu'une telle action intervienne au niveau international (sinon l'activit&#233; se d&#233;localise aussit&#244;t).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lumi&#232;re de ces analyses toutefois, la mesure europ&#233;enne de rapport maximal 1 pour 1 entre le fixe et le variable est une sottise. Outre qu'elle reste compatible avec des r&#233;mun&#233;rations &#233;lev&#233;es, elle conduit d'une part &#224; augmenter fortement la partie fixe, ce qui est dangereux pour la banque et source d'irresponsabilit&#233; accrue pour le trader, sans que cela diminue l'attrait des op&#233;rations risqu&#233;es, qui seront encore plus juteuses pour la banque, tandis que le trader restera incit&#233; &#224; les poursuivre. Et d'autre part elle met les pays qui appliquent ces mesures et leurs banques en grave d&#233;savantage par rapport aux autres (am&#233;ricains ou asiatiques). Il e&#251;t &#233;t&#233; bien plus intelligent d'obliger &#224; une possibilit&#233; de r&#233;cup&#233;ration des pertes sur les gains sur longue dur&#233;e d'une part, et d'autre part de d&#233;cider qu'&#224; partir d'un certain niveau &#233;lev&#233; les traders (et les patrons) devenaient totalement responsables des r&#233;sultats de la firme dans la dur&#233;e, sur la totalit&#233; de leurs actifs : c'&#233;tait la r&#232;gle autrefois pour les partners des firmes de Wall Street. Et surtout de s'int&#233;resser de plus pr&#232;s &#224; la r&#233;forme des march&#233;s et des activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me degr&#233; d'analyse : profits du secteur et pr&#233;dation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste en effet &#224; savoir si, au-del&#224; des r&#233;mun&#233;rations, les profits m&#234;me du secteur sont collectivement justifi&#233;s, c'est-&#224;-dire si le fonctionnement des march&#233;s est satisfaisant ou au moins acceptable. C'est sans doute un point essentiel. Car si les profits sont &#233;lev&#233;s et justifi&#233;s, on voit mal comment emp&#234;cher les r&#233;mun&#233;rations de ceux qui les ont produits de l'&#234;tre aussi. Outre Jean Peyrelevade, le point est &#233;voqu&#233; par Peter Boone et Simon Johnson.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Adair Turner et autres The Future of Finance : The LSE Report London (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le fait est que les graphiques de comparaison entre les profits du secteur financier et ceux des autres entreprises montrent d'&#233;tranges distorsions : leur relation est stable de 1929 &#224; 1987 ; il y a eu ensuite croissance d&#233;mesur&#233;e du financier par rapport au reste, du moins jusqu'&#224; la crise de 2007-2008. Et les chiffres portant sur les r&#233;mun&#233;rations de professionnels montrent la m&#234;me tendance &#224; la surr&#233;mun&#233;ration de la finance par rapport aux autres secteurs, sur les m&#234;mes p&#233;riodes. Expliquer cela par une croissance spectaculaire de la productivit&#233; relative du secteur financier n'est pas cr&#233;dible. Le lien avec la d&#233;r&#233;gulation financi&#232;re est en revanche direct, hypoth&#232;se corrobor&#233;e par le fait qu'on note le m&#234;me d&#233;calage dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant 1929. Il y aurait donc eu cr&#233;ation artificielle d'une richesse apparente mais qui ne repr&#233;sente pas une valeur ajout&#233;e r&#233;elle. On pourrait alors parler de pr&#233;dation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En supposant que l'analyse soit confirm&#233;e, reste &#224; expliquer comment cela peut se produire. On peut grouper les facteurs explicatifs en deux cat&#233;gories. Il y a d'abord tout ce qui peut se relier &#224; l'organisation des march&#233;s et de l'activit&#233;. On soup&#231;onne alors l'utilisation de positions dominantes ou privil&#233;gi&#233;es. Pour y rem&#233;dier, la r&#233;f&#233;rence qui s'impose est la mise en place d'un march&#233; ouvert et comp&#233;titif. Un facteur aggravant peut &#234;tre l'innovation financi&#232;re, souvent li&#233;e &#224; des promesses de meilleure gestion du risque : compte tenu des sp&#233;cificit&#233;s du secteur, il n'est pas &#233;vident que toute innovation en mati&#232;re financi&#232;re soit source de progr&#232;s (m&#234;me si elle l'est souvent aussi), notamment si le client paye cher une complexit&#233; inutile pour lui, ou, pire, incompr&#233;hensible. Et naturellement les initi&#233;s comp&#233;tents en tirent a priori plus de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me grand facteur explicatif est la prise de risque. Elle a sans doute jou&#233; un r&#244;le majeur dans la crise. Ce peut &#234;tre d'abord par le biais des mod&#232;les, selon des strat&#233;gies conscientes ou non de jeu sur les probabilit&#233;s, permettant d'empocher de consid&#233;rables profits pendant la p&#233;riode o&#249; des moyennes statistiques prises comme normales (par extrapolation du pass&#233;) sont respect&#233;es. Cela vaut en un sens pour tous les mod&#232;les, qui tendent &#224; faire l'impasse sur le cas le moins favorable. Dans la pratique en effet la queue de la courbe de Gauss, jug&#233;e improbable, se produit souvent un jour, car un march&#233; ne respecte pas une distribution de ce type. Mais il peut &#234;tre rationnel pour les personnes concern&#233;es, et collectivement mauvais, de n&#233;gliger cette hypoth&#232;se, s'ils gagnent assez pendant la p&#233;riode favorable. Ce peut &#234;tre ensuite par le biais du cr&#233;dit. Jean Peyrelevade rel&#232;ve notamment, parmi les dysfonctionnements, la pr&#233;dation par effet de levier excessif, qui est une forme de mauvaise r&#233;partition des risques et r&#233;mun&#233;rations. Soit que le risque pris par les banques (qui pr&#234;tent &#224; l'entit&#233; consid&#233;r&#233;e, permettant ainsi l'effet de levier) est excessif et/ou sous-r&#233;mun&#233;r&#233; ; soit que la soci&#233;t&#233; dans son ensemble finisse par porter le risque, notamment les contribuables. Cela ne condamne pas en soi l'existence d'un levier et plus g&#233;n&#233;ralement tout financement &#224; cr&#233;dit : tant que les fonds propres de l'emprunteur sont sup&#233;rieurs aux risques (mesur&#233;s avec une vraie marge de s&#233;curit&#233;), un financement partiel par endettement est justifi&#233;. Mais cela montre que dans certaines circonstances la perception erron&#233;e du risque aboutit &#224; ce que certains disposent d'un cr&#233;dit trop abondant ou trop bon march&#233;, qui gonfle les profits imm&#233;diats et les r&#233;mun&#233;rations personnelles, et accro&#238;t le risque d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me livrerai pas &#224; une analyse &#233;conomique de ces accusations et de leur importance. Pour mon propos ce qui importe est que de tels cas existent et qu'ils puissent &#234;tre significatifs. Que faire alors ? Comme toujours il y a deux niveaux, celui de la r&#233;gulation et celui de la conduite personnelle. Pour le premier, il est clair que des r&#233;mun&#233;rations ou gains &#233;lev&#233;s sur la dur&#233;e sont un signal qui doit conduire &#224; se demander s'il y a r&#233;ellement service rendu exceptionnel, ou, plus probablement, dysfonctionnement du march&#233;. Et si la r&#233;ponse est celle-ci, &#224; intervenir s'ils le peuvent : des r&#232;gles publiques ou professionnelles peuvent en tout ou partie offrir des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse, notamment l'organisation du march&#233; (cotation sur plateformes visibles, r&#232;gles de transaction, transparence des informations, compensation etc.), ainsi que la surveillance de la concurrence et le rel&#232;vement des exigences prudentielles, comme vient de le faire B&#226;le III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la conduite personnelle ensuite, d'un point de vue moral on ne peut pas consid&#233;rer une r&#233;mun&#233;ration justifi&#233;e du seul fait qu'elle est possible et l&#233;gale. Il est essentiel de v&#233;rifier en conscience qu'elle n'est pas fond&#233;e sur une injustice &#224; l'&#233;gard de quelqu'un d'autre. Ce qui vise notamment une possible surfacturation du service, l'exploitation d'une situation qui l&#232;se quelqu'un d'autre, sans parler de promesses trompeuses. Ce n'est pas le cas si on profite d'un diff&#233;rentiel de prix objectif. Mais ce l'est si on exploite la na&#239;vet&#233; d'un pr&#234;teur, ou son incomp&#233;tence. Ou si on utilise des techniques aboutissant &#224; dissimuler abusivement ce qu'on fait par rapport au march&#233;. Ou &#224; exploiter une position dominante. Etc. Dans ces cas la morale s'y oppose, et la r&#233;glementation aussi, du moins si elle y arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Version adapt&#233;e d'un passage d'un livre &#224; para&#238;tre bient&#244;t : &lt;/i&gt; Finance : un regard chr&#233;tien)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans Adair Turner et autres The Future of Finance : The LSE Report London School of Economics and Political Science 2010 ; p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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