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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Eloge du march&#233;, et ses limites</title>
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		<dc:date>2015-12-30T13:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>March&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le grand m&#233;chant march&#233; comme a dit quelqu'un, est souvent caricatur&#233; comme un monstre impersonnel, imposant sa volont&#233; &#224; chacun de nous. En r&#233;alit&#233; sous sa forme pure c'est le moyen d'assurer de la fa&#231;on la meilleure et la plus juste le processus d'&#233;change entre personnes libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r le march&#233; peut &#234;tre adult&#233;r&#233;. Et donc il doit &#234;tre socialement organis&#233;. Et comme il est l'expression des rapports sociaux, la qualit&#233; du r&#233;sultat qu'il fournira d&#233;pendra de la qualit&#233; des priorit&#233;s des acteurs, ainsi que leurs moyens de participer. Donc des valeurs collectives et de l'organisation de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le march&#233; n'est pas un ouvre-bo&#238;te universel. Il ne compense pas les insuffisances sociales Son r&#244;le est limit&#233; &#224; l'&#233;change, &#224; la recherche du prix, et &#224; la synth&#232;se d'informations innombrables. C'est d&#233;j&#224; beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Marche-+.html" rel="tag"&gt;March&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le juste r&#244;le du march&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La caract&#233;ristique du march&#233; ouvert est d'op&#233;rer une confrontation g&#233;n&#233;rale entre ce qu'on appelle l'offre et la demande, c'est-&#224;-dire des dispositions &#224; acheter ou &#224; vendre un produit donn&#233;, un service ou un titre de propri&#233;t&#233;, &#224; un certain prix et selon certaines quantit&#233;s. Ses deux caract&#233;ristiques sont donc la libert&#233; de choix des participants, et la confrontation g&#233;n&#233;rale de leurs ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il y a cette confrontation de tous les ordres, l'analyse montre qu'il s'&#233;tablit un prix d'&#233;quilibre et des quantit&#233;s &#233;chang&#233;es optimaux, c'est-&#224;-dire tels que tout d&#233;placement de ce prix vers le haut ou le bas aboutirait &#224; une r&#233;duction des quantit&#233;s &#233;chang&#233;s et &#224; une moindre satisfaction d'ensemble des participants, la demande ou l'offre &#224; ce prix d&#233;plac&#233; &#233;tant en partie insatisfaite. Le march&#233; ouvert, s'il est convenablement r&#233;alis&#233;, permet donc, en &#233;conomie libre, de tirer de l'&#233;change &#233;conomique le meilleur r&#233;sultat possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet aussi de satisfaire &#224; la justice. Si je vends plus cher que ce que mon acheteur aurait pu payer ailleurs, ce dernier est en un sens l&#233;s&#233; car il aurait pu trouver mieux de son point de vue, tout en satisfaisant son vendeur. Si c'est moi qui vend moins cher que ce que j'aurais pu vendre ailleurs, c'est moi qui suis l&#233;s&#233;. En allant sur le march&#233; et en acceptant le prix qui satisfait le plus de personne, nous donnons le plus qu'il est possible &#224; chacun, sans l&#233;ser personne car pour donner plus &#224; quelqu'un il aurait fallu donner encore moins &#224; d'autres et satisfaire moins de demandes. On appelle cela valeur d'&#233;change car la valeur &#233;conomique n'est pas une donn&#233;e abstraite ou ext&#233;rieure : elle r&#233;sulte de l'interaction sociale des besoins humains. Lorsque cette interaction a atteint son degr&#233; maximal possible, elle donne la meilleure valeur que chacun peut esp&#233;rer recevoir sans l&#233;ser quelqu'un d'autre plus que proportionnellement. C'est donc ce que vaut collectivement le bien, dans la soci&#233;t&#233; en question Ce qu'un march&#233; large et ouvert assure, c'est donc bien ce qu'on appelle classiquement la justice commutative, celle qui assure l'&#233;galit&#233; des &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement on appelle aussi march&#233; toute confrontation des initiatives &#233;conomiques, m&#234;me lorsqu'elle elle prend des formes bien plus diffuses, ou plus dissym&#233;triques. D'o&#249; le terme d'&#233;conomie de march&#233; pour d&#233;signer une &#233;conomie fond&#233;e sur la confrontation des libres initiatives des personnes. Mais dans ce sens &#233;largi, si une certaine confrontation des diverses offres et demandes s'&#233;tablit, elle est moins parfaite que dans le march&#233; large et ouvert, qui constitue la r&#233;f&#233;rence normative pour une tel &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du bon usage du march&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un avantage majeur du march&#233; est donc le r&#244;le donn&#233; &#224; l'initiative, autonomie et responsabilit&#233; de chacun, l'information qu'il donne sur l'agr&#233;gation des d&#233;cisions ou pr&#233;f&#233;rences, et l'arbitrage quotidien qu'il permet entre les demandes et les offres de tous. Il est donc central et irrempla&#231;able comme instrument de confrontation des d&#233;cisions individuelles dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e. L'existence du march&#233; comme tel est donc un &#233;l&#233;ment du bien commun. D&#232;s lors aussi les acteurs du march&#233; sont responsables de son bon fonctionnement et de son int&#233;grit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il a lui aussi ses limites : il faut donc &#234;tre conscient de ce qu'il ne peut pas traiter. Tout ne doit pas aller au march&#233;, m&#234;me en &#233;conomie pure. Tout march&#233; n'est pas optimal. Tout r&#233;sultat du march&#233; n'est pas sacr&#233;. D&#233;j&#224; le march&#233; n'est tr&#232;s souvent pas en &#233;tat de se constituer lui-m&#234;me et a besoin pour cela d'une volont&#233; collective, professionnelle, communautaire ou publique. En outre, bien des prestations reposent bien mieux et bien plus efficacement sur d'autres ressorts, l'exemple le plus &#233;vident &#233;tant la famille &#8211; de m&#234;me les institutions politiques essentielles (d&#233;fense, justice etc.). Le march&#233; ne peut pas tout faire, pas m&#234;me se suffire &#224; soi-m&#234;me : il faut au minimum que l'information qui est n&#233;cessaire pour qu'il fonctionne soit r&#233;ellement disponible, ainsi que le temps et la comp&#233;tence pour l'exploiter. Dans bien des cas ce n'est pas vrai, et il est plus efficace de mettre en place des r&#232;gles, soit pour encadrer le march&#233; (par exemple en imposant un certain niveau d'information, ou des modalit&#233;s de transaction), soit pour lui substituer des r&#232;gles ou contr&#244;les. C'est pour cela par exemple qu'on demande que les restaurants affichent leur carte et respectent les prix, et qu'on fait des contr&#244;les sanitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus le march&#233; n'est pas par lui-m&#234;me cr&#233;ateur de coh&#233;sion sociale et de confiance (ou pas assez), pas m&#234;me de celle dont il a besoin pour bien fonctionner. Il a donc besoin d'autres r&#233;alit&#233;s pour exister, notamment politiques et morales, et d'un souci de recherche du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en outre un outil, anim&#233; par des hommes ayant une certaine culture et certaines valeurs. Le r&#233;sultat de son jeu va donc d&#233;pendre de celles-ci, et notamment bien s&#251;r des valeurs morales et des priorit&#233;s des participants. Ce point est capital, notamment dans le domaine financier. Contrairement &#224; ce que disent la plupart des manuels d'&#233;conomie, c'est le syst&#232;me de valeurs qui anime les personnes qui est le point important, &#224; c&#244;t&#233; de l'organisation du march&#233;. L'influence principale qui doit s'exercer sur le march&#233; ne doit d&#232;s lors pas provenir de l'Etat mais de la culture morale personnelle et collective. On le voit avec le trafic routier : ce qui fait qu'on n'&#233;crase pas les gens est une forme de morale plus que la police. La loi marche bien quand les principes sont accept&#233;s par la population ; donc quand la culture est d&#233;j&#224; l&#224;. Pourquoi alors dans nos soci&#233;t&#233;s sous-estimons-nous le r&#244;le de la culture morale ? Parce que c'est une voie longue et apparemment plus difficile que de faire des lois &#8211; et surtout contraire &#224; l'id&#233;ologie dominante actuellement. En outre, le r&#233;sultat de la voie l&#233;gale est que quand les gens ont respect&#233; les lois ils se consid&#232;rent quitte : or cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des exemples les plus souvent &#233;voqu&#233;s de limites du march&#233; est ce qu'on appelle les externalit&#233;s : des effets dont en l'absence de dispositions correctives le co&#251;t n'est pas support&#233; par celui qui le cause ; exemple : la pollution. C'est vrai plus largement de la responsabilit&#233; envers les g&#233;n&#233;rations futures, puisqu'elles ne participent pas au march&#233;. Cela vaut en g&#233;n&#233;ral pour tout ce qu'on appelle les biens communs, qui ne sont pas propri&#233;t&#233; de quelqu'un en particulier, mais qui sont accessibles &#224; tous : le risque est alors que chacun prenne ce qu'il peut avant l'&#233;puisement de la ressource par les autres. Ainsi avec les oc&#233;ans aujourd'hui. Ceci dit l'Etat peut souffrir aussi de d&#233;fauts comparables. Les politiciens qui d&#233;cident ne souffrent que rarement des externalit&#233;s ; les g&#233;n&#233;rations futures ne votent pas ; et s'il y a un monopole public les usagers des communs ne sont plus responsabilis&#233;s du tout. Il en est de m&#234;me des inefficacit&#233;s du march&#233; qui comme le dilemme du prisonnier r&#233;sultent d'un manque d'information dudit march&#233;, c'est-&#224;-dire d'une mauvaise organisation des interactions : l&#224; encore l'intervention publique, si elle s'av&#232;re n&#233;cessaire, doit se situer dans l'organisation de ces interactions, pas par substitution d'une gestion publique directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On souligne en outre que le march&#233; est loin d'&#234;tre &#233;gal entre les acteurs. Les grandes entreprises notamment p&#232;sent plus lourd et ont une capacit&#233; bien plus grande de se prot&#233;ger contre les effets n&#233;gatifs de leur activit&#233;. La soci&#233;t&#233; anonyme a &#233;t&#233; un grand progr&#232;s pratique, mais elle a aussi cr&#233;&#233; une forme de hasard moral : actionnaires et management voient leur responsabilit&#233; limit&#233;e et sont de fait prot&#233;g&#233;s par la loi ; ils prennent des risques qu'ils ne prendraient pas sinon. Mais il est &#224; noter dans ce cas que c'est largement le fait de mauvaises lois. La solution est alors de r&#233;introduire la responsabilit&#233; l&#224; o&#249; c'est possible, et la loi y joue un r&#244;le important. Mais &#224; nouveau, pas d'y introduire l'Etat en direct, sauf exceptions, car outre sa faible comp&#233;tence, on conna&#238;t ses complicit&#233;s avec les grandes entreprises, notamment celles qu'il est suppos&#233; &#8216;contr&#244;ler' et qui dans la pratique deviennent des f&#233;odalit&#233;s au sein de l'appareil d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Echanges humains et march&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, une dimension essentielle des march&#233;s, avant m&#234;me l'efficacit&#233;, est la possibilit&#233; du choix, l'exercice de la libert&#233; humaine. Certes il ne nourrit pas par soi une forme d'altruisme, certainement pas au m&#234;me degr&#233; que la famille par exemple. Mais si on reconna&#238;t le r&#244;le central de l'entrepreneur cr&#233;atif, de la libert&#233; et responsabilit&#233; personnelle dans l'&#233;conomie, et plus g&#233;n&#233;ralement dans la r&#233;alisation de soi, on reconna&#238;t le besoin d'un processus de d&#233;couverte qui soit en m&#234;me temps social, par expression de ses besoins et interaction avec les autres, ce qui est le r&#244;le du march&#233;. Ceci dit les march&#233;s sont un outil social et non un m&#233;canisme magique de d&#233;couverte de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique optimale. L'image id&#233;alis&#233;e que donnent du march&#233; les manuels d'&#233;conomie est souvent trompeuse. En r&#233;alit&#233;, l'information n'est pas objective et constante, mais suggestive, dispers&#233;e et changeante ; la capacit&#233; de pr&#233;diction qu'on leur attribue est rarement fiable ; et en pratique la comp&#233;tition entrepreneuriale l'emporte sur la concurrence parfaite. C'est comme processus d'interaction que les march&#233;s sont essentiels, et comme toute interaction sociale elle est fluctuante et d'une efficacit&#233; variable, pas parfaitement pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais inversement on donne trop souvent en faveur des march&#233;s des arguments de pure efficacit&#233;. Or ils ont aussi &#224; voir avec la moralit&#233;. Les march&#233;s marchent mieux si les participants ont des vertus, qui sont, outre la prudence : l'honn&#234;tet&#233;, le courage, la fiabilit&#233;, l'&#233;quit&#233; car la pr&#233;sence de ces vertus chez les participants y est une aide consid&#233;rable. Un march&#233; d'&#233;go&#239;stes et de vicieux purs est sans doute impossible : on ne peut pas contr&#244;ler tout le monde ; on ne peut pas se baser sur les seuls contrats et ils seraient tr&#232;s difficiles &#224; &#233;crire ; il serait donc alors tr&#232;s co&#251;teux et risqu&#233; de s'engager dans une coop&#233;ration. Et comment se fier &#224; celui qui v&#233;rifierait la mise en &#339;uvre de ces contrats ? L'absence de confiance est tr&#232;s co&#251;teuse. Pour ces m&#234;mes raisons et par s&#233;lection sur la dur&#233;e, le jeu du march&#233; tend, au moins dans des conditions favorables, &#224; r&#233;compenser ceux qui sont honn&#234;tes, &#233;quitables et m&#234;me capables de compassion. Pourtant beaucoup ont une image moralement n&#233;gative du march&#233; comme tel. Dans la plupart des cas, c'est parce qu'ils confondent le m&#233;canisme du march&#233; avec les priorit&#233;s de ses membres, qui sont essentiellement p&#233;cuniaires et &#224; court terme, notamment dans nos soci&#233;t&#233;s. D'autres voient plus subtilement la relation d'&#233;change comme agonistique, incapable de cr&#233;er du liant. Mais c'est r&#233;duire le march&#233; &#224; la pure op&#233;ration mat&#233;rielle qui s'y r&#233;alise. Or dans la r&#233;alit&#233; il est aussi rencontre organis&#233;e entre des personnes qui sont libres de leurs transactions, et donc de ce qu'elles en font, et font un march&#233; parce qu'elles y trouvent un int&#233;r&#234;t ou un sens ; ce n'est donc pas un jeu &#224; somme nulle ou n&#233;gative comme un combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive donc, le march&#233; a besoin de r&#232;gles pour bien fonctionner ; il n'est pas bas&#233; sur la seule comp&#233;tition ; il suppose une coop&#233;ration et notamment une organisation, donc une gestion commune, et des sanctions. Il est notamment important de poser le principe de la responsabilit&#233; juridique, qui oblige &#224; internaliser les co&#251;ts, sous la menace de la justice. Et cela rel&#232;ve largement d'une organisation publique. M&#234;me si celle-ci pr&#233;sente ses propres inconv&#233;nients dans une telle action : car elle peut inhiber la prise de risque ; les co&#251;ts de transaction n'y sont pas nuls ; le lien avec la responsabilit&#233; peut dispara&#238;tre dans les m&#233;andres de la justice ; les r&#232;gles ne sont pas toujours claires et les r&#233;glementations sont elles aussi al&#233;atoires et co&#251;teuses. Il n'y a donc pas de solution magique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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