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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>La finance et le don </title>
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		<dc:date>2015-10-14T12:35:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Don</dc:subject>
		<dc:subject>Finance et don</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Non, pourra-t-on penser en premier r&#233;flexe : l'une calcule, l'autre non ; l'une cherche toujours &#224; maximiser le r&#233;sultat qu'elle re&#231;oit, l'autre n'attend en principe rien en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais oui bien s&#251;r, si on se place au niveau du fonctionnement social, qui suppose simultan&#233;ment le calcul financier et le don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'entreprise qui ne soit en un sens une communaut&#233;, et pas de communaut&#233; sans don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela vaut aussi pour la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Finance-et-don-+.html" rel="tag"&gt;Finance et don&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vie en soci&#233;t&#233; et le don&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut distinguer pour simplifier trois grandes mani&#232;res de faire circuler l'argent : l'&#233;change marchand, la coercition, et le don. Un &#233;change marchand incorpore un calcul : je transf&#232;re quelque chose que je poss&#232;de pour recevoir autre chose en &#233;change, qui dans mon estimation a pour moi une valeur &#233;gale ou sup&#233;rieure &#224; ce que je c&#232;de, valeur mesur&#233;e en termes mon&#233;taires et par l&#224; relevant de la finance. La coercition ensuite, dans nos soci&#233;t&#233;s, est un monopole d'Etat ; une contrepartie est suppos&#233;e s'effectuer sous forme de prestations, mais sans qu'il y ait lien direct ni logique entre eux. Le don enfin suppose un transfert libre, sans attente de retour stipul&#233; &#224; l'avance, contractuel ; ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas d'attente d'un certain retour, mais il n'est pas exigible. C'est la principale forme de circulation priv&#233;e non-marchande de l'argent. Le point central est que la soci&#233;t&#233;, et donc l'&#233;conomie qui n'en est qu'un aspect, supposent simultan&#233;ment ces trois modes de circulation de l'argent, et ils sont chacun indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le don et le lien social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le don est un ciment essentiel du lien social ; c'est lui qui cr&#233;e la relation dans la soci&#233;t&#233; puisque le lien qu'il &#233;tablit persiste dans le temps et n'est pas annul&#233; par un paiement, comme dans une op&#233;ration commerciale. Car la soci&#233;t&#233; est compos&#233;e d'hommes qui sont ou entrent en relations en cr&#233;ant entre eux des liens, ce qui demande certains actes, principalement les &#233;changes de dons. Ce lien cr&#233;&#233; par le don se construit notamment sur le fait qu'il &#8216;faut' en principe rendre, sachant que cette obligation reste morale, et se trouve ni&#233;e comme obligation formelle, sinon ce ne serait pas un don. L'id&#233;e de don n'est donc pas exclusive de l'id&#233;e de contrepartie : ce qui le caract&#233;rise est l'absence d'engagement formel ou juridique sur celle-ci. Il y a d'ailleurs toute une gamme de dons en fonction de cette contrepartie attendue, qui vont du pourboire au m&#233;c&#233;nat ou la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective utilitariste, qui fa&#231;onne notre pens&#233;e collective actuelle, on tend &#224; dire au contraire que le vrai don devrait &#234;tre parfaitement d&#233;sint&#233;ress&#233; et on ajoute que c'est en r&#233;alit&#233; impossible. Mais m&#234;me celui qui tient un tel discours accorde en g&#233;n&#233;ral une place majeure &#224; sa famille, et lui donne gratuitement une bonne partie de son temps et de son argent. La famille est en effet de loin le premier et le plus important point d'application du don. Ce qui y est donn&#233;, des parents aux enfants, y est ind&#233;niablement gratuit. Or c'est une institution majeure de la soci&#233;t&#233; puisqu'on y fait et &#233;duque ses futurs membres. Le r&#244;le central du don dans la soci&#233;t&#233; est ici particuli&#232;rement manifeste. Il est &#224; noter en outre qu'un tel don &#233;chappe dans une large mesure au choix : dans la famille on ne choisit pas ses partenaires ; seul le conjoint est choisi, mais le lien conjugal &#233;chappe ensuite &#224; la logique contractuelle, commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le don, l'&#233;valuation et le calcul&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre en compte la perspective qu'offre le don et son r&#244;le social conduit donc &#224; modifier nos appr&#233;ciations. Par exemple, on dit que le travail des femmes au foyer est gratuit : dans une logique marchande, cela veut dire qu'elles se font rouler ; mais si le don est valoris&#233; par son r&#244;le dans la cr&#233;ation du lien social, l'enjeu est diff&#233;rent (m&#234;me si la question d'une contrepartie subsiste). Et m&#234;me, si on analyse le don comme transaction commerciale, on le trouvera souvent hypocrite puisqu'il nie l'existence d'une contrepartie que souvent on attend. Mais on l'a vu, il s'agit d'affirmer l'ind&#233;termination de la r&#233;ciprocit&#233;, ce qui implique de laisser l'autre libre sans automaticit&#233; du retour. Le lien social est ouvert et doit le rester pour subsister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une diff&#233;rence majeure est que la transaction commerciale comme telle n'implique pas de lien durable, m&#234;me si elle est compatible avec. M&#234;me s'il dure (cas d'une dette) le rapport commercial ne repose pas sur un lien ant&#233;rieur, et il est possible de le r&#233;voquer en remboursant. Il minimise donc le lien. C'est ainsi que les femmes sont d&#233;sormais souvent pay&#233;es pour faire ce qu'elles faisaient avant pour leur famille ; elles se sentent dit-on &#8216;lib&#233;r&#233;es', mais si elles sont lib&#233;r&#233;es, c'est du lien social : on remplace le lien social par un rapport entre des choses mesurables. En revanche dans un &#233;change social, non commercial, les relations entre personnes pr&#233;dominent. Soyons lucide : ce n'est pas toujours de la bonne fa&#231;on, ce peut &#234;tre injuste ou odieux. Mais c'est souvent bon, et en tout cas la soci&#233;t&#233; en a un besoin absolu pour se constituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gratuit&#233; et le don dans la vie &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a surtout &#233;voqu&#233; jusqu'ici le lien social cr&#233;&#233; par le don dans la sph&#232;re personnelle, et notamment familiales. Mais le r&#244;le du don ne s'y limite pas. Le don a aussi sa place au centre de la vie &#233;conomique au sens classique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Syst&#232;me public, march&#233; et don&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne parle pas ici de l'intervention du syst&#232;me public, de l'Etat. Il se situe au-del&#224; du domaine commercial ; et il se pr&#233;tend d&#233;sint&#233;ress&#233; comme le sugg&#232;re le terme de service public. Mais il est tr&#232;s diff&#233;rent du don, ne serait-ce que du fait de l'usage massif que l'Etat fait de la contrainte, par la fiscalit&#233;. En outre la logique des prestations publiques implique aussi une forme de calcul : on classifie les gens et on leur attribue certaines prestations car on vise une &#233;galit&#233; de traitement pour une situation donn&#233;e. En outre le fonctionnement bureaucratique vise plus encore que le march&#233; &#224; la d&#233;personnalisation des rapports, avec un risque important d'irresponsabilit&#233;. Par exemple les services sociaux transforment des rapports humains personnalis&#233;s en relations formalis&#233;es, qui sont des prestations d&#233;finies quoique non marchandes. En fait Etat et march&#233; impliquent tous deux un certain aplatissement du lien social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;dominance des rapports impersonnels, &#233;tatiques ou du march&#233;, tend alors &#224; rel&#233;guer la sph&#232;re du don dans un domaine totalement priv&#233;, qu'on suppose comme on l'a vu devoir &#234;tre pur de tout int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le don dans le syst&#232;me &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;alit&#233; est beaucoup moins d&#233;coup&#233;e que cela. En r&#233;alit&#233;, l'homme agit dans le cadre d'une soci&#233;t&#233; et a pour cela un besoin vital du lien social. La relation commerciale comme l'intervention &#233;tatique sont des abstractions ; elles isolent une dimension de la r&#233;alit&#233; mais laissent subsister le besoin du lien. Sans lien, il ne reste que l'individu, qui est alors solitaire plus que libre, vuln&#233;rable et st&#233;rile. Mais si on a un besoin vital de lien social, on a besoin du don, et cela reste vrai m&#234;me dans les activit&#233;s mat&#233;rielles, celles dont traite l'&#233;conomie. La logique du don a donc sa place &#224; l'int&#233;rieur de l'activit&#233; &#233;conomique normale, car lui seul cr&#233;e de la socialit&#233;. Concr&#232;tement par exemple, une entreprise p&#233;ricliterait si les employ&#233;s ne lui donnaient pas plus que ce que pr&#233;voit litt&#233;ralement leur contrat de travail, notamment dans leur relation d'entraide. Si chacun calcule chacun de ses efforts, aucune action commune efficace n'est possible. En particulier si une entreprise doit faire des profits et &#234;tre rentable, c'est parce que la condition de sa survie comme de son utilit&#233; sociale est qu'elle consomme moins qu'elle ne produit. Mais ce n'est l&#224; que le r&#233;sultat final qu'elle doit obtenir (le profit). Pour y arriver, il faut qu'elle soit aussi vivante et active que possible en tant que communaut&#233; d'hommes ordonn&#233;s &#224; un but ; ce qui suppose la solidarit&#233; de ses membres, et donc une forme de don mutuel. Naturellement le dosage varie. La composante de don est, en principe, beaucoup plus importante dans le cadre de formules explicitement solidaires : associations, organismes mutualistes, entreprises combinant la recherche d'une forme de profit avec la poursuite d'objectifs humains et sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais inversement il est parfaitement utopique d'envisager une activit&#233; &#233;conomique bas&#233;e sur le seul don. Ceux qui vont dans ce sens critiquent en fait la concentration de la pens&#233;e &#233;conomique sur le seul calcul quantitatif. Car disent-ils cela modifie la prestation r&#233;elle et d&#233;grade la qualit&#233; de ce qui est vendu : c'est la diff&#233;rence entre le plat industriel et celui pr&#233;par&#233; par une maman. M&#234;me le boulanger d'Adam Smith fera un pain diff&#233;rent, nous dit-on, si c'est au moins en partie par altruisme. Mais une telle critique n'a de vraie port&#233;e que face &#224; l'id&#233;e d'une exclusivit&#233; du mod&#232;le de l'&#233;change commercial, bas&#233; sur le seul int&#233;r&#234;t, ne tenant pas compte de la communaut&#233; et des liens humains - lesquels, on l'a vu, supposent des dons au sens large. Or inversement, s'agissant de relations entre personnes non unies par des liens de communaut&#233;, et en particulier des liens &#233;troits, la mobilisation de ressources que permettent la r&#233;mun&#233;ration et l'&#233;change commercial est consid&#233;rablement sup&#233;rieure &#224; celle du don et accro&#238;t massivement la gamme des choix r&#233;els. Avec le r&#244;le de l'Etat (ou celui d'organes collectifs comme les Eglises), elle para&#238;t m&#234;me la seule possible avec une ampleur suffisante entre des personnes qui ne se connaissent pas et n'ont pas de lien r&#233;el ; et elle seule peut se faire sur large &#233;chelle, car pr&#233;cis&#233;ment on sort alors de la relation. En outre, on l'a dit, le don n'est pas par nature meilleur et toujours souhaitable. Il d&#233;pend du lien social, qui n'est ni quantifi&#233; ni pr&#233;visible, et est aussi plus risqu&#233;. Il suppose non seulement des liens, mais qu'ils soient bien orient&#233;s. Ce n'est pas toujours le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus : l'&#233;ducation au commerce et au calcul financier est un &#233;l&#233;ment indispensable au d&#233;veloppement satisfaisant de la vie des personnes. On l'observe dans le cas de populations d&#233;sh&#233;rit&#233;es : le don d'argent ou de nourriture est indispensable en cas d'urgence ; mais l'apprentissage de la possibilit&#233; de fabriquer des produits et de les vendre, c'est-&#224;-dire de les voir reconnus avec une certaine valeur mon&#233;taire, est une &#233;tape indispensable pour sortir d'un rapport d'assistance perp&#233;tuelle qui n'est pas sain. Plus g&#233;n&#233;ralement, le don refl&#232;te et nourrit la relation entre les personnes, mais ne permet pas de mesurer notre rapport aux choses comme le fait l'&#233;change ; d'o&#249; ce paradoxe apparent qu'il ne refl&#232;te pas non plus toutes les dimensions de notre relation aux autres, car seul l'&#233;change fait appara&#238;tre une mesure possible de cette relation, par le moyen de la monnaie. Le don n'apporte pas non plus n&#233;cessairement &#224; ce lui qui re&#231;oit ce qu'il d&#233;sire, ne mesure pas la raret&#233; des choses, et ne valorise pas mon travail ou celui de l'autre dans sa relation &#224; son r&#233;sultat. Il ne peut donc r&#233;gir la circulation g&#233;n&#233;rale des biens, non seulement en termes d'efficacit&#233;, mais en termes moraux. En particulier, il ne saurait suffire &#224; l'exercice de la vertu essentielle de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il est conforme &#224; la r&#233;alit&#233; et donc indispensable de prendre en compte l'environnement humain et social de l'acte &#233;conomique, et donc le r&#244;le qu'y joue le don ; et notamment le fait qu'une prestation change de sens selon son insertion humaine et relationnelle. Le sens du don est d'&#234;tre une forme essentielle de respiration sociale parce que la transaction commerciale ne couvre qu'une partie des besoins humains. En d'autres termes, le raisonnement lui-m&#234;me montre la limite du calcul int&#233;ress&#233;. Ces consid&#233;rations nous conduiraient d&#232;s lors plut&#244;t &#224; tenter de combiner les deux dimensions du don et du calcul.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel r&#244;le pour la finance ? La finance et le don&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la finance alors ? Son r&#244;le est d'affecter de l'argent qui n'est pas consomm&#233; et qui est donc &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, notamment des investissements - occasionnellement une consommation anticip&#233;e. Elle arbitre alors entre les investissements possibles, c'est-&#224;-dire les projets en lice. Il s'agit de choisir ceux qui pr&#233;sentent le &#8216;meilleur' r&#233;sultat : ce terme peut inclure de multiples crit&#232;res, mais notamment un retour sous forme mon&#233;taire, pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. Les choix varient selon les priorit&#233;s de chacun, le type d'argent qu'on est charg&#233; de g&#233;rer, les engagements qu'on a pris, etc. Le march&#233; financier est un outil, aidant ou souvent permettant seul ce choix, par la possibilit&#233; qu'il offre de confrontation syst&#233;matique des projets en concurrence, et d'arbitrage entre les diff&#233;rentes options.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit le r&#244;le essentiel que jouent ici les priorit&#233;s des participants. Il n'y a pas une finance identique pour tous. Des exigences d'ordre &#233;thique peuvent notamment conduire &#224; prendre en consid&#233;ration la logique du tissu humain dans lequel s'ins&#232;re l'op&#233;ration vis&#233;e (communaut&#233;s et institutions). Car si l'argent comme tel est fongible, la perspective de l'investisseur ne l'est pas, compte tenu des responsabilit&#233;s qui sont les siennes ou qu'il assume, notamment envers la communaut&#233; qui est &#224; l'origine de cette richesse et dans laquelle il s'inscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, l'id&#233;e d'un march&#233; mondial du capital, a du sens, &#224; l'&#233;vidence, car cela permet (au moins en th&#233;orie) de maximiser les opportunit&#233;s. L'argent &#233;tant fongible (si la monnaie est convertible) est utilisable partout sauf obstacle juridique, et il y a un bien possible dans le fait qu'il puisse &#234;tre propos&#233; partout sur la plan&#232;te. Mais la possibilit&#233; effective de faire cela n'est ni un d&#251; ni une n&#233;cessit&#233;. Car en m&#234;me temps cet argent est le fruit d'un certain travail et ses d&#233;tenteurs s'ins&#232;rent dans une communaut&#233; donn&#233;e ; il peut &#234;tre injuste qu'il se place ailleurs. Seul un jugement cas par cas donnera la r&#233;ponse &#224; la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance r&#233;elle para&#238;t a priori bien &#233;loign&#233;e des consid&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes et notamment du r&#244;le du don. On conna&#238;t les critiques faites &#224; la finance dans l'&#233;conomie actuelle, avec ce qu'on appelle financiarisation : influence excessive, mauvais crit&#232;res de choix, mauvais signaux envoy&#233;s &#224; l'&#233;conomie et l'orientant dans la mauvaise direction, r&#233;tr&#233;cissement de l'horizon sur le tr&#232;s court terme etc. En bref elle ne viserait qu'&#224; maximiser le profit mon&#233;taire calcul&#233; &#224; court terme, plus pr&#233;cis&#233;ment la rentabilit&#233; du capital compris comme facteur de production autonome, isol&#233; de son contexte de d&#233;ploiement humain. Il y a ind&#233;niablement une tendance puissante des financiers &#224; r&#233;duire les r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et les crit&#232;res de d&#233;cisions au seul facteur financier compris de fa&#231;on &#233;troite et univoque. M&#234;me si la n&#233;cessit&#233; de ce calcul est indiscutable. Ceci dit, tout cela n'est que la traduction mon&#233;taire des priorit&#233;s de ceux qui participent au march&#233; et de ce qu'ils pensent de la situation. Il est l&#233;gitime de d&#233;noncer l'id&#233;e que des propri&#233;taires soient d&#233;gag&#233;s de toute consid&#233;ration autre que financi&#232;re au sens &#233;troit. Mais le fait est qu'en soi rien ne les y oblige, et notamment pas l'usage d'outils financiers. On ne voit pas pourquoi de tels calculs et les pratiques correspondantes devraient automatiquement d&#233;boucher sur une activit&#233; d&#233;coupl&#233;e de l'&#233;conomie r&#233;elle, limit&#233;e &#224; des horizons &#224; court terme, et oublieuse des consid&#233;rations &#233;thiques ou sociales. De la m&#234;me mani&#232;re rien n'oblige &#224; ne voir dans ses concitoyens que des gens &#224; exploiter par tous les moyens. On peut par exemple g&#233;rer activement un parc immobilier, mesurer la rentabilit&#233; de travaux &#224; mener, rechercher des financements, fixer les loyers selon le march&#233; etc., tous actes &#224; forte dimension financi&#232;re ; et en m&#234;me temps prendre en compte la situation des personnes log&#233;es, les besoins sociaux ou urbanistiques etc., et ne pas &#234;tre obnubil&#233; par ce qui se passe sur le march&#233; &#224; tout instant. Aucun march&#233; n'a jamais oblig&#233; quelqu'un &#224; se limiter aux seules consid&#233;rations d'argent. En d'autres termes, il y a souvent confusion dans la critique entre la finance, comprise comme technique, et l'obsession de l'argent et sa pr&#233;dominance, dans un syst&#232;me sans contrepoids moral ou spirituel. Ceci r&#233;sulte non pas ce des outils que sont le calcul financier d'une c&#244;t&#233;, les march&#233;s de l'autre ; mais du syst&#232;me de valeurs dominant ainsi que de l'insuffisance des dispositifs permettant de proposer un autre type de relation, sur la base d'autres priorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transactions instantan&#233;es et relations &#224; long terme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me famille de critiques porte sur la logique m&#234;me du march&#233;, constitu&#233; de transactions anonymes et fugitives, ne cr&#233;ant dit-on pas de lien durable entre les parties concern&#233;es et au contraire amoindrissant le r&#244;le des relations de longue dur&#233;e du fait que la transaction permet aux parties prenantes &#224; une relation financi&#232;re de se d&#233;gager &#224; tout moment. D'o&#249; &#224; nouveau la financiarisation des entreprises. Cela ferait en outre dispara&#238;tre la souplesse qu'offrent des relations longues gr&#226;ce &#224; la confiance qu'elles &#233;tablissent. Dans une telle optique, la relation, comprise sur la dur&#233;e et comportant une forme de fid&#233;lit&#233;, &#233;tablit un lien avec quelqu'un, qui ne se limite pas &#224; son objet &#233;conomique &#233;troit ; elle est cr&#233;atrice d'externalit&#233;s. Sa relativisation au profit de la transaction, comprise comme instantan&#233;e et impersonnelle, ne serait d&#232;s lors pas bonne pour la prise de risque &#224; long terme et pour l'innovation, et tendrait &#224; d&#233;grader les rapports au sein de la soci&#233;t&#233;. Vue ainsi, elle agirait &#224; l'exact oppos&#233; du don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour le coup une vraie question. On ne peut pas tout baser sur des contrats &#233;ph&#233;m&#232;res. De m&#234;me qu'il est meilleur et plus efficace de voir l'entreprise comme une communaut&#233; solidaire, il est en g&#233;n&#233;ral bon d'avoir autant que possible des relations de longue dur&#233;e, cultivant la confiance r&#233;ciproque et fond&#233;es sur des valeurs communes, et il est souhaitable d'orienter le fonctionnement du syst&#232;me en ce sens. Mais en m&#234;me temps cela ne peut pas impliquer la g&#233;n&#233;ralisation de relations sur la longue dur&#233;e. Ni les entreprises, ni les relations commerciales, ni les rapports d'argent n'ont vocation &#224; la p&#233;rennit&#233; ; ce ne sont ni des familles, ni des patries. Et la fid&#233;lit&#233; ne s'impose pas toujours moralement : elle suppose un lien de communaut&#233; qui n'a pas toujours lieu d'exister. Par ailleurs la transaction n'exclut pas la relation. On peut avoir des relations de longue dur&#233;e sur la base d'une s&#233;rie de transactions ; le march&#233; a en un sens toujours &#233;t&#233; l'un des liens sociaux essentiels. Le retour souhaitable &#224; des relations plus fid&#232;les et plus responsables n'implique donc pas la disparition du march&#233;, ou sa rel&#233;gation dans un r&#244;le mineur, mais un usage diff&#233;rent. Ce n'est pas en emp&#234;chant les gens de vendre qu'on cr&#233;e des relations loyales d&#233;passant le pur calcul, mais en cultivant l'id&#233;e juste que ces relations longues sont bonnes quand elles sont possibles, et c'est fr&#233;quemment le cas, et en les construisant au mieux. En outre bien s&#251;r des mesures r&#233;glementaires peuvent aider. Et l&#224; encore les probl&#232;mes soulev&#233;s rel&#232;vent plus de la logique d'ensemble de la soci&#233;t&#233; que de la seule technique financi&#232;re. La question des relations &#224; long terme se pose d'ailleurs bien au-del&#224; de la finance et varie selon les cultures : capitalisme rh&#233;nan, allemand ou japonais, ou capitalisme anglo-saxon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette optique, le don retrouve sa place : que ce soit dans le cadre de relation long terme, qu'il contribue &#224; fonder et maintenir, ou m&#234;me dans celui de la transaction, qui redevient plus humaine et plus socialisante si elle comporte cette dimension de relation, laquelle ne se constitue pas vraiment sans une forme de don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La finance solidaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci n'est pas concevable sans une orientation appropri&#233;e des agents &#233;conomiques et donc des entreprises, au sens large du terme. A cette fin, on peut vouloir agir sur leur gouvernance, &#224; travers la structure de propri&#233;t&#233;, pour modifier les mix de priorit&#233;s. Ceci peut conduire aussi au d&#233;veloppement d'entreprises &#224; priorit&#233;s diff&#233;rentes : elles peuvent &#234;tre coop&#233;ratives ou mutualistes, mais aussi commerciales, sans parler des associations. C'est une piste importante qui suppose des personnes d&#233;termin&#233;es en ce sens, ayant r&#233;uni l'argent voulu. Et que les facteurs qui ont d&#233;termin&#233; le projet subsistent ensuite sans disruption ou trahison. Mais rien ne l'emp&#234;che, comme on le voit constamment ; et c'est une forme possible de l'influence des minorit&#233;s agissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut s'appliquer notamment &#224; de la finance solidaire, suppos&#233;e &#234;tre une autre finance, reposant en partie appr&#233;ciable sur le don et la solidarit&#233;. En fait le terme recouvre des r&#233;alit&#233;s assez diff&#233;rentes. Dans bien des cas il s'agit d'investissements relativement classiques (avec une certaine dose d'investissement socialement responsable) mais dont le produit est en partie vers&#233; &#224; des &#339;uvres ou causes diverses. En soi c'est une bonne chose mais pour l'appr&#233;cier il faut distinguer les deux &#233;l&#233;ments : la logique d'investissement et celle du don. Personnellement il me para&#238;t plus clair de les s&#233;parer d&#232;s le d&#233;part : on investit au mieux d'abord, et on donne ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a par ailleurs des investissements dans des entreprises qui pour une raison ou une autre manifestent, dans leurs objectifs et gestion m&#234;me, une certaine forme de solidarit&#233; (mutualiste type coop&#233;ratives &#8216;Mondragon', solidaire au sens par exemple des Focolari etc., avec partage &#233;gal des profits entre l'entreprise, les membres, et des causes g&#233;n&#233;rales). Par exemple elles embaucheront des personnes en recherche d'aide ; elles soutiendront plus leurs fournisseurs ou les choisiront dans cette optique solidaire (mais comme on l'a vu avec Fagor, filiale de Mondragon, elles peuvent &#234;tre amen&#233;es &#224; des d&#233;cisions drastiques tout comme les entreprises commerciales)). Dans ce cas l'investissement et l'&#233;l&#233;ment de don sont plus clairement indissociables. C'est en soi louable si on adh&#232;re pleinement aux objectifs de l'entreprise en question et qu'on est convaincu par la mise en &#339;uvre. L&#224; aussi il ne para&#238;t pas r&#233;aliste de voir le gros de l'activit&#233; &#233;conomique basculer dans ces voies, dont le succ&#232;s reste &#224; ce stade limit&#233;. Cela ne dispense donc pas de la r&#233;flexion sur une meilleure orientation de l'activit&#233; &#233;conomique classique, finance comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas il appara&#238;t que la question ne se pose pas en termes de changement radical de syst&#232;me ; il s'agit d'abord d'une correction de la vision : ce qu'il faut faire &#233;voluer est le mode de perception de la soci&#233;t&#233;. La r&#233;alit&#233; &#233;conomique elle-m&#234;me, et en premier lieu l'&#233;change commercial, supposent d'une part un important secteur &#233;conomique, fond&#233; sur le don, et notamment associatif ; c'est en soi une excellente chose qu'il faut non seulement encourager mais int&#233;grer &#224; sa juste place dans la vision de la r&#233;alit&#233;. D'autre part il faut reconna&#238;tre aussi la dimension de don dans l'activit&#233; marchande elle-m&#234;me. Comme nous l'avons not&#233; cela vaut alors aussi pour l'analyse ou le calcul financiers : on l'a vu, le chiffrage mon&#233;taire, le profit par exemple, n'est qu'une mesure finale, partielle, mais indispensable et vitale, dans une panoplie de crit&#232;res &#224; la fois plus large et intervenant plus en amont dans la d&#233;cision, et dans laquelle la complexit&#233; et la richesse des relations humaines, nourries par le don, doivent jouer un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Version modifi&#233;e d'un article du Rapport moral sur l'argent 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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