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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Mai 1945 : 80 ans d&#233;j&#224;. 80 ans d'illusions ?</title>
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		<dc:date>2025-05-04T16:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>1945</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir impr&#233;visible</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On va c&#233;l&#233;brer avec solennit&#233; les 80 ans de 1945. Et pourtant 1945 est bien loin. Le monde de l'&#233;poque est extraordinairement loin du n&#244;tre, apr&#232;s 80 ans de mutations radicales dans tous les domaines. On est pass&#233; d'un monde d&#233;truit et apparemment simple &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation, &#224; la r&#233;volution des m&#339;urs de 1968 et &#224; la redistribution des cartes entre puissances ; d'un monde occidental &#224; un monde multipolaire, d'un monde en blanc et noir &#224; un monde &#233;clat&#233;, relativiste et inquiet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il y continuit&#233; sur cette p&#233;riode, c'est dans cette prolif&#233;ration d'id&#233;ologies et d'illusions multiples qui a &#233;t&#233; sa marque constante, des d&#233;lires soixante-huitards aux illusions de la soci&#233;t&#233; d'abondance, du n&#233;olib&#233;ralisme au wokisme, etc. ; pour finir avec les proph&#233;ties cr&#233;pusculaires des tenants de la catastrophe &#233;cologique. Toutes productions occidentales d'ailleurs, alors m&#234;me que peu &#224; peu le monde devient moins occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui suivra demain sera donc tr&#232;s diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Monde-multipolaire-.html" rel="directory"&gt;Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-1945-+.html" rel="tag"&gt;1945&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Avenir-imprevisible-+.html" rel="tag"&gt;Avenir impr&#233;visible&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/grave-2721910_1920.jpg?1787417299' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela fait 80 ans qu'on nous ressasse la Seconde guerre mondiale. L'anniversaire de mai 1945 n'y &#233;chappera sans doute pas. Pourtant, cette &#233;poque appara&#238;t extraordinairement loin de nous, sous tous les angles envisageables. Seule la volont&#233; r&#233;currente de la gauche de brandir le th&#232;me de l'antifascisme, qui l'arrange bien, donne une ombre de consistance &#224; ce souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car tant d'eau est pass&#233;e sous les ponts depuis. D&#233;j&#224;, entre un monde sous le coup d'un guerre g&#233;n&#233;rale atroce et d&#233;vastatrice, et un monde qui a eu tout le temps de se reconstruire et d'&#233;voluer. Mais surtout parce que trois mutations d'importance historique sont intervenues dans l'intervalle, nullement pr&#233;visibles en 1945. L'explosion de la soci&#233;t&#233; de consommation, d'abord occidentale, puis g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; de nombreux pays. La mutation culturelle radicale des ann&#233;es 60 et celle des m&#339;urs, poursuivies ensuite. Et enfin, apr&#232;s le tournant de la d&#233;colonisation, la redistribution de la richesse et du pouvoir sur la plan&#232;te ; notamment au profit de l'Asie, d'o&#249; la spectaculaire mont&#233;e de la Chine au rang de superpuissance, l'Inde tentant de la suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons cela de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un monde binaire &#224; un monde &#233;clat&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'international, que vaut le souvenir de Yalta ? Le Royaume Uni n'est plus une grande puissance, l'URSS a disparu. L'affrontement id&#233;ologique Est-Ouest qui &#233;mergeait alors, communisme contre capitalisme, s'est &#233;vanoui. Certes, d'aucuns ressuscitent le spectre d'un choc des d&#233;mocraties contre les r&#233;gimes autoritaires ; mais c'est bien simpliste. La r&#233;alit&#233; actuelle est celle d'un monde multipolaire, intens&#233;ment interconnect&#233; et domin&#233; par des rapports de force multiples, qui ne saurait &#234;tre r&#233;gi par une discussion en direct entre 2 ou 3 superpuissances. Monde o&#249; la culture europ&#233;enne au sens large, avec ses d&#233;riv&#233;s am&#233;ricain et russe, domine de moins en moins. Et donc, si on peut avoir parfois l'impression d'un retour aux puissances du XIXe si&#232;cle, elles ne sont plus culturellement homog&#232;nes, ce qui change profond&#233;ment la probl&#233;matique de leurs rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan militaire, si le nucl&#233;aire garde sa force, c'est de fa&#231;on bien plus partag&#233;e qu'en 1945, o&#249; c'&#233;tait un monopole am&#233;ricain. Corr&#233;lativement, la d&#233;faite de l'Allemagne et du Japon est le dernier exemple d'une capitulation sans conditions. Depuis, tous les essais pour viser une victoire totale ont &#233;chou&#233; &#8211; sauf d&#233;fensivement. Et il est bien plus difficile militairement de faire la loi chez les autres. Ce qui renforce la multipolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos pays, l&#224; encore le paysage n'a pas grand-chose &#224; voir avec celui de 1945. La ruine de l'Europe a fait place d'abord &#224; une extraordinaire prosp&#233;rit&#233; populaire, maintenant quelque peu remise en cause. Et on a eu le ph&#233;nom&#232;ne &#233;trange de la construction europ&#233;enne, improbable en 1945, en acc&#233;l&#233;ration &#224; partir de 1958 : constamment au milieu du gu&#233;, elle reste prise entre sa logique f&#233;d&#233;rale sous-jacente mais jamais avou&#233;e, et la r&#233;alit&#233; nationale et d&#233;mocratique. Mais en 1945, les pays europ&#233;ens &#233;taient encore les grandes puissances d'avant, ruin&#233;es certes et domin&#233;es, mais encore debout, au moins apparemment. Elles savaient qui elles &#233;taient, ou croyaient le savoir. L'Europe, elle, n'en sait rien, hors programme id&#233;ologique. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'un monde de certitudes oppos&#233;es &#224; la mac&#233;doine des id&#233;ologies&lt;br class='autobr' /&gt;
La sc&#232;ne id&#233;ologique enfin a radicalement chang&#233; : on est pass&#233; d'une emprise marxiste ici ou l&#224;, consolid&#233;e par des partis staliniens puissants et oppos&#233;e &#224; un monde occidental en r&#233;sistance, &#224; un postmodernisme erratique et anarchique, puis &#224; l'id&#233;ologie woke et ses avatars. Ces nouvelles variantes sont moins consistantes intellectuellement, mais tout aussi capables d'un terrorisme intellectuel envahissant. La r&#233;surgence du n&#233;olib&#233;ralisme n'&#233;tait pas plus pr&#233;visible, ni la mont&#233;e r&#233;cente du populisme sous ses formes diverses - qui n'a rien de commun avec le fascisme d'avant-guerre. On y ajoutera l'effondrement historique de la religion chr&#233;tienne ; et l'&#233;mergence de l'&#233;cologisme, alors inconnu. Ou du f&#233;minisme sous toutes ses formes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Corr&#233;lativement, on est pass&#233; d'une exaltation de la politique familiale &#224; la dislocation de la famille et des m&#339;urs, et &#224; l'effondrement de la natalit&#233;. Et se diffuse, au moins dans les pays occidentaux, un pessimisme sourd, une crainte profonde de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Na&#239;vet&#233;s et simplifications&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; frais nouveaux qu'il faut tenter de penser le monde actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, ce qui domine dans notre souvenir de 1945 est l'impression que le monde d'alors se caract&#233;risait par des id&#233;es simples et claires. Et, de fa&#231;on paradoxale apr&#232;s un tel d&#233;sastre, par une certain optimisme - contrairement &#224; l'&#233;poque actuelle, o&#249; r&#232;gnent plut&#244;t flou et sinistrose. Bien entendu, on peut &#224; raison contester cette vision de r&#233;troviseur, n&#233;cessairement r&#233;ductrice. Mais cela refl&#232;te une certaine r&#233;alit&#233;. D&#232;s lors, les multiples mutations que nous avons &#233;voqu&#233;es peuvent appara&#238;tre comme des n&#233;gations de ce monde de 1945. Apr&#232;s la simplification brutale de la guerre, le monde d'alors reposait sur un grand nombre d'illusions. Et parmi ces illusions se trouvait justement cette id&#233;e qu'on pouvait repartir &#224; z&#233;ro, remettre les choses en place par quelques r&#233;f&#233;rences simples, une vision du bien et du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; regarder de plus pr&#232;s, dans une large mesure, c'est aussi ce qui caract&#233;risera toutes les exp&#233;rimentations qui ont suivi. Le point ultime de la na&#239;vet&#233; n'a-t-il pas &#233;t&#233; atteint dans les ann&#233;es 1991, avec le th&#232;me de la &#8216;fin de l'histoire', presque comique avec le recul ? Mais non moins na&#239;fs en leur genre &#233;taient les d&#233;lires soixante-huitards (il est interdit d'interdire, le sexe comme lib&#233;ration etc.). Ou le r&#234;ve du pilotage de l'&#233;conomie, keyn&#233;sien puis n&#233;olib&#233;ral. Ou celui de la mondialisation heureuse, &#233;conomique et culturelle. Tout cela pour d&#233;boucher sur le monde actuel, bien plus complexe et divers que ce que tout un chacun pouvait imaginer, non seulement en 1945, mais &#224; tout moment en cours de route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que la p&#233;riode r&#233;cente qui pourrait se caract&#233;riser par un peu plus de lucidit&#233; ; mais h&#233;las, dans un contexte de relative d&#233;sillusion. Evolution qu'on pourrait corr&#233;ler avec la tendance &#224; la d&#233;soccidentalisation de ce monde, encore partielle, mais d&#233;sormais manifeste. L'usine &#224; id&#233;ologies qu'a &#233;t&#233; le monde &#8216;occidental' para&#238;t fatigu&#233;e, moins prolifique et plus caverneuse ; les derni&#232;res productions en date, l'&#233;cologisme catastrophique et le wokisme &#233;tant quelque peu cr&#233;pusculaires. D'autres prendront-elles le relais ? Ce n'est pas visible pour le moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Impr&#233;visibilit&#233; de l'histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; est sans doute la principale le&#231;on : on le savait depuis longtemps, il est impossible de pr&#233;voir l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s humaines. Et plus encore lorsque des bouleversements majeurs sont &#224; l'&#339;uvre, voulus ou subis. Cette relative &#233;vidence, du moins pour qui garde un minimum de sang-froid, a &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement ni&#233;e lorsque le prurit id&#233;ologique offrait ses solutions superficiellement s&#233;duisantes. Or, en aggravant la complexit&#233; et par l&#224; l'ind&#233;termination des soci&#233;t&#233;s, elles ont eu pour principal effet de remettre justement en cause ce qui est &#224; leur source m&#234;me, cette foi na&#239;ve dans des solutions ma&#238;trisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de d&#233;rapage n'est pas nouveau : il rappelle la floraison des h&#233;r&#233;sies ou r&#233;voltes mill&#233;naristes qui ont ponctu&#233; notre Moyen Age &#224; son apog&#233;e, culminant avec le cher Joachim de Flore et son annonce du r&#232;gne de l'Esprit. Mais &#224; l'&#233;poque, avec tous ses d&#233;fauts, l'Eglise m&#233;di&#233;vale tenait plus ou moins la barre. Rien de tel aujourd'hui. Tant qu'&#224; poursuivre la comparaison, il nous reste &#224; esp&#233;rer que nous ne conna&#238;trons pas les affres du XIVe si&#232;cle, entre peste noire, famine et guerre de Cent ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, rien n'est &#233;crit ; la vie continue. Et en tout cas, nous savons que ce qui nous suivra sera tr&#232;s diff&#233;rent d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine. &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/produit/politique-magazine-n-246/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/produi...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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