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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Vivons-nous aux d&#233;pens du futur ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Vivons-nous-aux-depens-du-futur.html</link>
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		<dc:date>2013-10-05T16:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;veloppement durable</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; est-elle fondamentalement pr&#233;datrice ? Plus pr&#233;cis&#233;ment, vit-elle aux d&#233;pens des g&#233;n&#233;rations futures ? Plusieurs aspects de l'&#233;cologie comme de la finance nous le confirment. L'endettement de masse, surtout public, reportant le poids de pures consommations sur les g&#233;n&#233;rations qui suivent en est un cas &#233;vident. Comme dans son domaine la pollution - quand elle est cumulative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire que nos soci&#233;t&#233;s, incapables de prendre leurs responsabilit&#233;s et de prendre des d&#233;cisions difficiles, reportent le poids de leurs conflits comme de leurs facilit&#233;s sur des g&#233;n&#233;rations qui par construction n'ont pas voix au chapitre dans le d&#233;bat politique. Une d&#233;rive qui date de 40 ans. Ce sont donc 40 ans d'habitudes et de mauvais principes &#224; renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout cela en m&#234;me temps sans s'illusionner sur la possibilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; sans risques : elle n'existe pas. Il nous faut donc combiner plus de morale, avec plus de courage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Avenir-+.html" rel="tag"&gt;Avenir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vivons-nous aux d&#233;pens du futur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La finance et l'&#233;cologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vivons-nous aux d&#233;pens des g&#233;n&#233;rations futures ? Et si oui, par quels m&#233;canismes ? A notre &#233;poque deux grands domaines sont d'embl&#233;e &#224; convoquer : l'&#233;cologie et la finance. L'une regarde quelle plan&#232;te nous laisserons aux g&#233;n&#233;rations futures, l'autre quels engagements nous prenons &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit l'&#233;cologie ? Que nous consommons des ressources rares et que nous accumulons des probl&#232;mes l&#233;gu&#233;s &#224; ceux qui nous suivent. Dans un cas nous avons consomm&#233; aux d&#233;pens du futur, dans le deuxi&#232;me nous avons d&#233;t&#233;rior&#233; le cadre de vie et d'action de ceux qui y vivront. Et souvent on aura cumul&#233; les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; finance, le point central &#224; regarder c'est l'endettement. Quel est le probl&#232;me avec la dette ? C'est que des engagements sont cr&#233;&#233;s aujourd'hui, qui lient le futur : par exemple, un futur retrait&#233; compte sur une &#233;pargne qui a &#233;t&#233; plac&#233;e &#224; cr&#233;dit. Si elle n'est pas rembours&#233;e, ce &#224; quoi il a droit n'est pas honor&#233;. Mais du coup cela oblige quelqu'un d'autre. Mais si l'argent avait &#233;t&#233; investi en actions (ou en immobilier), notre homme pourrait &#234;tre d&#233;&#231;u dans ses espoirs, mais rien ne lui serait &#224; proprement parler d&#251;. L'avenir n'&#233;tait pas li&#233;. Par ailleurs que finance cette dette ? Si ce sont des investissements qui g&#233;n&#232;rent de quoi rembourser, il n'y a a priori pas de probl&#232;me. Si c'est de la consommation, on n'a rien cr&#233;&#233; et on a report&#233; la charge et le risque correspondants sur les g&#233;n&#233;rations futures, y compris cette lourde nuisance qu'est un engagement financier excessif. Nous retrouvons donc les deux points &#233;voqu&#233;s avec l'&#233;cologie : consommation anticip&#233;e et nuisance future. Dans les deux cas notre responsabilit&#233; est engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit pour l'assumer il nous faudrait conna&#238;tre l'impact futur de ce que nous faisons. Mais cela fait surgir un autre probl&#232;me : il y a des cas o&#249; nous connaissons l'impact de ce que nous faisons, mais dans beaucoup d'autres il est difficile &#224; &#233;valuer. Nous agissons dans un contexte d'incertitude, nous prenons des risques. La question du risque est donc une dimension majeure de la r&#233;flexion sur ce que nous l&#233;guons aux g&#233;n&#233;rations futures - avec deux menaces oppos&#233;es : l'irresponsabilit&#233; et la paralysie. Toutes deux sont nuisibles aux g&#233;n&#233;rations futures. Voyons cela de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pillage de l'avenir : endettement et pollution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le scandale de l'endettement incontr&#244;l&#233;, notamment public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons d'abord l'exemple le plus criant et le moins discutable de report sur l'avenir d'une charge largement sans contrepartie : l'endettement. La d&#233;tention d'une cr&#233;ance donne au pr&#234;teur une s&#233;curit&#233;, puisqu'elle lui conf&#232;re un droit juridique sur les sommes vis&#233;es, exigible devant les tribunaux ; mais elle est trompeuse si l'endettement n'est pas tenable. Elle implique en outre une mise &#224; distance entre les deux parties : une cr&#233;ance n'a rien d'une association. Les actions sont de nature radicalement diff&#233;rente. Si une soci&#233;t&#233; finance des actifs (financiers ou mat&#233;riels) par des fonds propres (des actions), et que son investissement tourne mal, elle perd de l'argent et &#233;ventuellement son capital. Mais l&#224; s'arr&#234;te l'effet direct. Si elle a emprunt&#233;, elle doit rembourser. Pour le d&#233;biteur la dette pr&#233;sente donc des risques importants : comme il est tenu juridiquement de la rembourser, cela peut le conduire &#224; la faillite. M&#234;me en l'absence de faillite, il doit payer au minimum des int&#233;r&#234;ts, sans r&#233;mission possible. Alors que le capital (financement en fonds propres) n'a jamais &#224; &#234;tre rembours&#233; et que sa r&#233;mun&#233;ration (dividendes) n'&#233;tant pas obligatoire peut &#234;tre diff&#233;r&#233;e en cas de difficult&#233;s. Le seul financement possible de l'al&#233;a est en fonds propres : un argent dont la perte peut &#234;tre envisag&#233;e, et dont on assume seul la responsabilit&#233; . Par nature la dette tend donc &#224; ob&#233;rer l'avenir. L'oublier est d&#233;vastateur. Et donc la moralit&#233;, c'est d'abord les fonds propres ! Le financement responsable du futur, c'est les fonds propres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'endettement pr&#233;sente aussi ses effets de s&#233;duction du c&#244;t&#233; de l'emprunteur : c'est l'illusion du report des &#233;ch&#233;ances actuelles, des choix &#224; faire ; l'illusion aussi de pouvoir se d&#233;velopper bien au-del&#224; de ses possibilit&#233;s r&#233;elles ; et peut-&#234;tre en derni&#232;re analyse, d'&#233;chapper &#224; notre condition. On voit cela &#224; l'&#339;uvre aussi chez les d&#233;cideurs politiques, avec la croissance d&#233;lirante de l'endettement public dans les d&#233;mocraties vieillissantes d'Europe occidentale, comme auparavant dans les pays du Tiers Monde. L'endettement (les effets de levier), certes utile &#224; doses raisonnable, est vite une drogue dangereuse, d'autant plus dangereuse qu'il s'accompagne en g&#233;n&#233;ral d'un sentiment de s&#233;curit&#233; illusoire ou perverse. Et d'autant plus qu'il fournit par sa facilit&#233; imm&#233;diate un rem&#232;de &#224; la peur ou aux conflits dans la soci&#233;t&#233;, par fuite en avant. S'endetter c'est trop souvent ne pas faire face &#224; un probl&#232;me et le reporter sur l'avenir ; on l'a vu pendant la crise. Et c'est &#233;videmment pire dans le cas d'un endettement qui finance de la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, hors projets &#233;conomiques bien individualis&#233;s et rentables, un Etat ne devrait s'endetter que dans des cas exceptionnels et pour un temps limit&#233;. Si un Etat d&#233;cide, comme l'ont fait les pays d&#233;velopp&#233;s depuis 40 ans, de laisser filer son d&#233;ficit budg&#233;taire et de le financer par la dette, il rencontrera vite un plafond car on ne peut pas s'endetter ind&#233;finiment. A partir de ce moment-l&#224;, il sera d'autant plus contraint &#224; l'&#233;quilibre budg&#233;taire qu'il devra assumer une gestion rigide de sa dette, sous l'&#339;il attentif des march&#233;s. Cet Etat aura alors perdu sa marge de man&#339;uvre. En d'autres termes, la facilit&#233; de la dette publique ne marche qu'un temps : c'est le feu de paille d'une g&#233;n&#233;ration. Mais elle p&#232;se lourdement sur celles qui suivent (y compris si on la r&#233;pudie car on frappe alors les cr&#233;anciers). La g&#233;n&#233;ration qui s'est endett&#233;e en a profit&#233;, mais la facilit&#233; ne vaut que pour elle. Apr&#232;s une phase initiale de d&#233;penses, g&#233;n&#233;ralement de consommation, un Etat qui s'endette l&#232;gue aux g&#233;n&#233;rations futures un fardeau inutile et dangereux, ali&#233;nant du m&#234;me coup non seulement sa capacit&#233; de d&#233;cision politique, mais aussi sa capacit&#233; d'endettement, pourtant vitale en cas de vrai coup dur. C'est donc profond&#233;ment immoral. Et contraire &#224; la responsabilit&#233; politique, puisque ceux qui votent les dettes ne sont pas ceux qui paieront. De ce point de vue, l'accumulation de dette, g&#233;n&#233;rale dans les pays d&#233;velopp&#233;s depuis 1980 environ, jette une lumi&#232;re sinistre sur la fragilit&#233; de leurs &#233;quilibres sociopolitiques. Incapables de d&#233;cider, on fait payer ceux qui n'ont pas voix au chapitre parce qu'ils ne votent pas. La seule solution v&#233;ritable est d'organiser la disparition quasi-totale de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Endettement et pollution m&#234;me combat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons maintenant l'analogie entre l'endettement et la pollution : avec la pollution aussi, une consommation imm&#233;diate, sans effort pour en faire traiter les cons&#233;quences, se traduit par un co&#251;t pour les g&#233;n&#233;rations futures. L'effet est donc tr&#232;s proche de celui de l'endettement. Le fait est bien connu, je n'insisterai pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit il y a des diff&#233;rences sensibles entre les diverses situations que cela peut recouvrir. Rien ne justifie une consommation pr&#233;sente financ&#233;e &#224; cr&#233;dit et dont le poids est report&#233; sur le futur. Rien ne justifie le gaspillage. Rien ne justifie le d&#233;s&#233;quilibre croissant des &#233;quilibres naturels, lorsque le fait est av&#233;r&#233;. En revanche l'utilisation pr&#233;sente de ressources mini&#232;res pourtant non renouvelables n'est pas intrins&#232;quement immorale : pour vivre il faut bien utiliser les ressources qui sont l&#224; sous la main, m&#234;me non renouvelables, sinon on aboutirait &#224; cette absurdit&#233; de ne jamais les utiliser &#224; aucune &#233;poque. Mais bien s&#251;r nous avons le devoir &#224; la fois de ne pas les gaspiller, et d'investir pour trouver, &#224; terme, des ressources alternatives, id&#233;alement renouvelables, pour les remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre et comme on le voit imm&#233;diatement une diff&#233;rence appr&#233;ciable entre l'&#233;cologie et l'endettement est la n&#233;cessit&#233; d'une mesure scientifique de l'impact de ce que nous faisons, pas facile dans le cas de la pollution, et compliqu&#233;e par l'ignorance o&#249; nous sommes par construction de ce que seront les technologies du futur. Mais bien entendu cette incertitude ne fait pas dispara&#238;tre la responsabilit&#233; morale : elle n'en rend que plus difficile la mise en &#339;uvre. De m&#234;me d'ailleurs pour la question pratique que tout cela pose : comment passer d'une mode de vie bas&#233; sur le pillage irresponsable, par pollution et par endettement, &#224; une mode de vie soutenable ? Mais que la r&#233;ponse soit complexe ne fait pas dispara&#238;tre l'objectif. Et il va plus loin qu'on ne le pense : car si on parle de responsabilit&#233; morale, au minimum d'&#233;viter de faire le mal, on &#233;voque une discipline sur soi-m&#234;me, altruiste : ne pas ob&#233;rer par principe les g&#233;n&#233;rations qui suivent. Mais alors il n'y a plus de place pour le relativisme moral. L'imp&#233;ratif vaut pour tout le monde. Et l&#224; aussi il y a du chemin &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La logique du risque, ou la n&#233;cessit&#233; de combiner prudence et foi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me cas possible de pr&#233;dation du futur par le pr&#233;sent est celui des risques pris. C'est d'ailleurs celui que soulignent le plus volontiers les pr&#233;dications alarmistes. Par construction la question est plus complexe que dans le cas pr&#233;c&#233;dent, et les conclusions moins directes. Car si le risque est in&#233;vitable, la paralysie est pire. Et l&#224; aussi on touche &#224; la fois &#224; la finance et &#224; l'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le risque est in&#233;vitable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central est qu'en r&#233;alit&#233; la vie est faite de risques assum&#233;s. Si on voulait toujours ma&#238;triser tous les risques, non seulement on arriverait vite &#224; une impossibilit&#233;, mais on prendrait en pratique des risques plus &#233;lev&#233;s. Un agent &#233;conomique ne peut pas tenir compte de toutes les cons&#233;quences ext&#233;rieures de ce qu'il fait (ce qu'on appelle les externalit&#233;s). On conna&#238;t la solution politiquement correcte : le d&#233;bat d&#233;mocratique et l'action directe. Mais il faut &#234;tre lucide : l'objectivit&#233; ou m&#234;me la rationalit&#233; de ce d&#233;bat sont contestables. Il se heurte plus encore que l'action individuelle &#224; la difficult&#233; de toute analyse de risque : non exhaustivit&#233; des donn&#233;es, impossibilit&#233; mat&#233;rielle de tout approfondir, impossibilit&#233; de tout pr&#233;voir. Il faut y ajouter les limites de ses processus de d&#233;cision hasardeux, et de l'absence d'un sujet conscient et responsable comme peut l'&#234;tre une personne. Il y a donc contradiction entre le d&#233;veloppement ou m&#234;me la simple vie &#233;conomique, impuls&#233;s par les personnes ou des collectivit&#233;s agissant selon leurs perceptions, et la recherche d'une s&#233;curit&#233; maximale. Le d&#233;veloppement &#233;conomique ne peut que nous &#233;loigner de la possibilit&#233; de rendre le futur plus s&#251;r. Or notre &#233;poque voudrait &#224; la fois augmenter la marge d'action de chacun (ce qu'elle appelle sa libert&#233;, comprise comme un arbitraire personnel), et ma&#238;triser ce processus en recherchant plus de s&#233;curit&#233;. Elle est donc en pleine contradiction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci dit, m&#234;me si on ne peut pas faire dispara&#238;tre le risque, mais seulement en r&#233;duire l'&#233;ventail, on peut et doit le faire. Mais pour am&#233;liorer la rationalit&#233; de notre action et sa responsabilit&#233;, il ne suffit pas d'analyses plus pr&#233;cises et plus fiables : il faut aussi que les actions de chacun aillent dans autant que possible dans le bon sens, et qu'on &#233;vite les comportements manifestement nocifs. Donc qu'on se donne des rep&#232;res et m&#233;thodes raisonnables et &#233;quitables de jugement, individuels ou collectifs, en d&#233;veloppant les valeurs qui doivent guider les personnes et les communaut&#233;s, et en d&#233;veloppant leur sens des responsabilit&#233;s. Car c'est sur cette base de rep&#232;res communs que le d&#233;bat peut devenir f&#233;cond. A nouveau, le relativisme qui domine notre culture, combin&#233; avec le parti-pris prom&#233;th&#233;en de nos m&#234;mes soci&#233;t&#233;s est donc en contradiction frontale avec la recherche de s&#233;curit&#233;. Dun c&#244;t&#233;, on refuse ce qui peut aider &#224; orienter l'action de chacun en fonction de valeurs objectives, et donc on augmente les risques. Mais de l'autre, on n'admet pas que toute action humaine a ses limites, et que le risque z&#233;ro n'existe pas. On tol&#232;re moins les risques, alors qu'on les multiplie. On retrouve le probl&#232;me de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La responsabilit&#233; face &#224; la catastrophe possible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point ultime de la r&#233;flexion sur les risques, c'est la catastrophe. Un auteur est c&#233;l&#232;bre pour avoir pos&#233; cette question : Hans Jonas . Pour lui, dans les &#233;poques ant&#233;rieures les effets &#224; long terme n'importaient pas. Avec le progr&#232;s ind&#233;fini la question a chang&#233; radicalement Et surtout nous savons maintenant que l'humanit&#233; peut dispara&#238;tre. Il faut donc dit-il ajouter un nouveau pr&#233;cepte : agis de fa&#231;on &#224; ce que tu fais soit compatible avec la permanence d'une vie humaine sur Terre, ou au moins ne lui nuise pas. C'est un vrai pr&#233;cepte moral, mais dit-il, il n'est pas simple &#224; d&#233;montrer, car il suppose que ce qui n'existe pas encore a des droits sur ce qui existe. La communaut&#233; est l&#224; pour pr&#233;parer l'avenir, mais cet avenir n'est pas repr&#233;sent&#233; en son sein - en dehors de la religion. Ce point para&#238;t indiscutable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci dit, la disparition future possible de l'humanit&#233; n'est pas la m&#234;me chose qu'un mal qui menace chacun personnellement. Il faut donc qu'un imp&#233;ratif &#233;thique pousse &#224; agir : admettre la valeur unique infinie de l'&#233;mergence historique de l'homme, l'id&#233;e que le progr&#232;s technologique, qui ne vise qu'une am&#233;lioration relative de l'existant n'a aucun droit &#224; mettre en jeu la survie de l'esp&#232;ce, ni l'humanit&#233; &#224; son suicide collectif. Et comme il y a une incertitude sur ce danger m&#234;me, ce qui affaiblit sa puissance de conviction, il faut poser dit-il un autre principe : l'on doit pr&#234;ter plus attention aux proph&#233;ties de malheur qu'&#224; celles de salut, car elles nous mettent sous les yeux le risque possible. En r&#233;sum&#233;, pour exercer notre responsabilit&#233; entre un futur incertain, il faut selon lui une heuristique de la crainte, qu'il est urgent de r&#233;apprendre et de mettre au centre de la moralit&#233;. Jean-Pierre Dupuy s'est pos&#233; &#224; sa suite cette question, qu'il r&#233;sout en posant l'imp&#233;ratif de consid&#233;rer par hygi&#232;ne la catastrophe comme quasi-certaine. Car dit-il si on n'a pas l'&#339;il riv&#233; sur la catastrophe, on risque de la consid&#233;rer improbable, et de ne rien faire avant qu'elle ne se produise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons l'&#233;tranget&#233; de ces d&#233;marches. L'id&#233;e de prendre conscience de notre responsabilit&#233; envers les g&#233;n&#233;rations futures est &#233;videmment bonne. Mais d'ici &#224; tout bloquer pour cause d'une risque ind&#233;fini de catastrophe, il y a un pas. Sur le plan pratique d'abord, il y a tellement de catastrophes possibles qu'il faudrait choisir celles qu'on retiendra comme acquises d'avance : la disparition de l'humanit&#233; par sous-natalit&#233; ? Ou un surpeuplement catastrophique, par natalit&#233; excessive ? Un d&#233;sastre naissant de la surconsommation d'&#233;nergie ? Ou le sous-d&#233;veloppement r&#233;sultant d'un &#233;cologisme malthusien, qui emp&#234;che de d&#233;velopper de nouvelles &#233;nergies ? Etc. Il nous faut donc aller au-del&#224; et repartir de l'incertitude, qui ne peut &#234;tre que rester immense. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, quel est le sens d'un imp&#233;ratif de faire &#234;tre des &#234;tres qui auront un imp&#233;ratif de faire des &#234;tres et ainsi de suite, s'il n'y a pas renvoi &#224; une notion de valeur en soi de ces &#234;tres ? Et comment fonder la valeur en soi d'&#234;tres limit&#233;s et mortels s'il n'y a pas de valeur en soi, et plus encore une perspective infinie et notamment un Dieu ? Qui le comprend peut par l&#224; m&#234;me &#233;chapper au danger que font courir nos auteurs : une obsession de la responsabilit&#233; telle qu'elle conduit &#224; &#233;viter tout risque, et bloquer toute &#233;volution future, cr&#233;ant en fait par l&#224; plus de risque qu'on n'en &#233;vite. C'est l'effet paralysant d'une certaine &#233;cologie : appliqu&#233;e autrefois, elle aurait emp&#234;ch&#233; toute &#233;volution depuis l'&#226;ge de pierre. Au contraire il faut accepter la double nature de notre condition : assez limit&#233;e pour que nous ne ma&#238;trisions pas les donn&#233;es de nos d&#233;cisions et notre destin&#233;e ; assez ouverte pour que nous acceptions les risques de cette condition. Mais si nous ne contr&#244;lons pas pleinement la soci&#233;t&#233; et son destin, et qu'il reste toujours une part importante de risque non r&#233;gul&#233;, nous devons pourtant avancer avec d&#233;termination. Ce qui suppose cette vertu centrale qu'est la confiance, qui n'est pas pensable sans sa cousine la foi. L&#224; encore, des valeurs communes sont essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le chr&#233;tien conna&#238;t en outre la vertu de prudence, l'une des quatre grandes vertus classiques avec la force, la temp&#233;rance et la justice. C'est ce que nous appellerions aujourd'hui conduite avis&#233;e et raisonnable (pas la pr&#233;caution m&#233;ticuleuse que le mot sugg&#232;re maintenant). Elle implique que, face aux risques, on les &#233;value au mieux, pour d&#233;terminer quel est le meilleur comportement possible &#224; leur &#233;gard, sans ob&#233;rer le futur, et donc sans dette au sens large. Mais sans que cela d&#233;bouche sur la s&#233;curit&#233; absolue. Non que la s&#233;curit&#233; ne soit pas bonne. Mais la prendre comme seule r&#232;gle est en soi risqu&#233;, donc coupable. Il ne faut en outre pas oublier les autres vertus, la temp&#233;rance (utilisation mod&#233;r&#233;e et &#233;quilibr&#233;e des choses, bien indiqu&#233;e en mati&#232;re &#233;cologique), la justice (cela va de soi) et la force, c'est-&#224;-dire le courage. Non pour prendre des risques inutiles, mais pour avancer r&#233;solument. Et pour cela la foi est essentielle. Sans foi on s'abrutit dans le pr&#233;sent, ou on se paralyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voir mes livres &#034;L'&#233;conomie et le christianisme&#034; et &#034;Finance : un regard chr&#233;tien&#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mati&#232;res premi&#232;res, finance et d&#233;veloppement durable </title>
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		<dc:date>2013-07-23T13:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Mati&#232;res premi&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement durable</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quand les cours des mati&#232;res premi&#232;res flambent la r&#233;action est imm&#233;diate. On s'indigne de ces fluctuations dangereuses et irresponsables. On d&#233;nonce une sp&#233;culation qui alimente les &#233;meutes de la faim. On pointe du doigt la finance corruptrice ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet est effectivement grave. Mais il m&#233;rite mieux que des impr&#233;cations. En r&#233;alit&#233; m&#234;me il y a deux sujets : la gestion &#224; long terme des ressources rares, et l'organisation des march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res ainsi que des d&#233;riv&#233;s correspondants. Tous deux sont essentiels mais c'est le second que j'aborderai ici. En fait ces march&#233;s sont indispensables. Mais c'est justement pour cela qu'ils m&#233;riteraient une r&#233;forme de grande ampleur, et au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Developpement-durable-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement durable&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tous les m&#233;dias le disent. La hausse des prix des mati&#232;res premi&#232;res peut &#234;tre dramatique. Les prix fluctuent alors de mani&#232;re aberrante. Les &#233;meutes de la faim, attis&#233;es par la sp&#233;culation, se d&#233;veloppent. L'intervention muscl&#233;e du politique se fait attendre. Que fait le G20 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; l'accoutum&#233;e le vrai et le faux se m&#234;lent, transformant un dossier extraordinairement complexe en un feuilleton facile - qui attend son Zorro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'inqui&#233;tude est fond&#233;e, et la demande politique aussi. Encore faut-il voir de quoi on parle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De vrais march&#233;s pour les mati&#232;res premi&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les mati&#232;res premi&#232;res, m&#234;me renouvelables comme les produits agricoles, ne sont pas in&#233;puisables. Notre &#233;poque a pris conscience d'un imp&#233;ratif vital : le d&#233;veloppement durable. Les mati&#232;res premi&#232;res &#233;tant des ressources rares, &#224; g&#233;rer au mieux, leur prix ne peut que monter sur la longue dur&#233;e. Le p&#233;trole vient le rappeler &#224; intervalle r&#233;gulier, mais il n'est pas le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse des prix sur la dur&#233;e s'av&#232;re alors une incitation indispensable au d&#233;veloppement de la production et &#224; une meilleure gestion de la ressource ; elle seule rend rentables des techniques co&#251;teuses mais indispensables. Elle peut &#234;tre accentu&#233;e par des r&#232;gles publiques ou une fiscalit&#233; sp&#233;cifique visant &#224; limiter la consommation ou &#224; favoriser les investissements et la recherche technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, la gestion sur la dur&#233;e longue est une chose, l'ajustement de l'offre et de la demande une autre. Celle-ci suppose un march&#233;. La volatilit&#233; des prix sur le march&#233; est-elle excessive ? Oui &#8230; mais elle a toujours exist&#233; : historiquement, elle est mise en &#233;vidence au moins depuis le XIe si&#232;cle. L'ajustement de l'offre et de la demande n'est pas facile quand mauvaises r&#233;coltes, intemp&#233;ries, sinistres ou &#233;v&#233;nements politiques interviennent sans cesse. Rappelons-nous simplement les chocs p&#233;troliers, les d&#233;bats hom&#233;riques des ann&#233;es 70 sur le cours du cuivre ou consid&#233;rons le cas actuel de la C&#244;te d'Ivoire avec le cacao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il supprimer ces march&#233;s ? Non, ou plut&#244;t cette id&#233;e est litt&#233;ralement absurde. Les mati&#232;res premi&#232;res sont produites partout sur la plan&#232;te, consomm&#233;es partout, et sont particuli&#232;rement transportables et fongibles. Chacun, chaque pays peut donc vouloir les vendre ou les acheter, en recherchant les meilleures opportunit&#233;s. Bien s&#251;r il y a des cas o&#249; soit la production soit l'importation peuvent l&#233;gitimement &#234;tre restreints par des d&#233;cisions publiques ; mais au niveau d'ensemble, les producteurs comme les consommateurs ont besoin d'une perspective la plus large possible sur les opportunit&#233;s offertes, et au moins que cette possibilit&#233; leur soit ouverte. Donc d'un acc&#232;s &#224; des &#233;changes au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la gestion de ces ressources suppose aussi cette possibilit&#233;. On ne d&#233;veloppe des ressources que pour pouvoir les faire fructifier, et donc si on dispose d'un march&#233;. Les alternatives sont soit un repli g&#233;n&#233;ralis&#233; de chaque pays sur lui-m&#234;me, qui est en fait un &#233;norme gaspillage de ressources, soit une utopie &#233;tatiste mondiale - qui est non seulement irr&#233;aliste, mais kafka&#239;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il se r&#233;signer aux march&#233;s actuels et &#224; leurs imperfections ? Non, &#224; nouveau. Il y a march&#233; et march&#233;, des march&#233;s opaques ou manipul&#233;s, et des march&#233;s lisibles, transparents et r&#233;gul&#233;s. Au minimum la question est d'abord celle des mati&#232;res premi&#232;res elles-m&#234;mes : combien en produit-on ? o&#249; ? avec quelles pr&#233;visions ? Quelle est la demande etc. ? Difficile et technique, le sujet est consid&#233;rablement compliqu&#233; par une dimension politique extr&#234;mement pr&#233;gnante. C'est cette question de la transparence des march&#233;s et de l'acc&#232;s de tous &#224; l'information et aux transactions qui est prioritaire, acc&#232;s qui, sur les march&#233;s physiques n'est que la p&#226;le ombre de celui exig&#233; sur les march&#233;s financiers. Il en est de m&#234;me de la surveillance et de la lutte contre les manipulations. Ensuite dans un deuxi&#232;me temps il faut appliquer les m&#234;mes r&#232;gles aux march&#233;s d&#233;riv&#233;s, m&#234;me s'ils sont un peu moins opaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes on a besoin, au niveau international, d'une r&#233;gulation d'ensemble pour avoir autant que possible des march&#233;s dignes de ce nom : transparents, inform&#233;s, accessibles, non manipul&#233;s, capables de r&#233;aliser l'&#233;quilibre de l'offre et de la demande telle qu'on peut la conna&#238;tre au mieux &#224; chaque instant tout en int&#233;grant ce qu'on peut savoir de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et la finance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais, dira-t-on, tout cela n'est-il pas perverti par l'irruption de la finance ? Les horribles financiers ! D&#233;noncer leurs errements est bien pratique. Les accuser d'acc&#233;l&#233;rer les fluctuations l'est tout autant, voire de les cr&#233;er. Ces fameux d&#233;riv&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res ! Ces hedge funds manipulateurs ! A en croire certains, il suffit de les r&#233;guler, et voil&#224; ramen&#233; l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait pourtant une lourde erreur. La cause principale des irr&#233;gularit&#233;s du march&#233; n'&#233;tant pas l&#224;, on fuirait devant une de nos responsabilit&#233;s historiques les plus urgentes : la gestion collective, transparente, sur longue dur&#233;e, des mati&#232;res premi&#232;res elles-m&#234;mes, et la r&#233;forme de leurs march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit la question subsiste. L'irruption de la finance notamment sur les march&#233;s de d&#233;riv&#233;s doit &#234;tre surveill&#233;e de pr&#232;s, et trait&#233;e. De m&#234;mel'intervention de sp&#233;culateurs. Qu'ils amplifient les mouvements, au moins dans une s&#233;rie de cas, c'est probable. Observons quand m&#234;me qu'un march&#233; particuli&#232;rement volatile comme celui du riz n'est quasiment pas financiaris&#233;. Observons &#233;galement que pour l'heure les travaux scientifiques, peu complaisants pour les financiers, peinent &#224; &#233;tablir cette amplification. D'autres &#233;l&#233;ments montrent m&#234;me que sans les financiers, beaucoup de besoins de couverture exprim&#233;s par des acteurs industriels ou agricoles ne seraient pas satisfaits, faute de contreparties. Ici comme ailleurs la finance est consubstantielle au d&#233;veloppement &#233;conomique, et l'un des enjeux de la r&#233;gulation est qu'elle intervienne &#224; bon escient. C'est particuli&#232;rement vrai en ce qui concerne les d&#233;riv&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res : c'est peut-&#234;tre l'int&#233;r&#234;t de l'attention qui leur est d&#233;sormais port&#233;e que de souligner l'importance, ici aussi, des rouages financiers. Bien r&#233;gul&#233;s, pas sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de r&#233;gulation ne fait donc pas de doute : d'ailleurs, m&#234;me si elle n'est que marginale, toute r&#233;duction de la volatilit&#233;, de l'opacit&#233;, et donc de l'incertitude, est un objectif indiscutable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pistes pour la r&#233;forme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quels axes suivre alors ? Deux sont prioritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier concerne le march&#233; physique. Malgr&#233; la puissance des moyens &#224; notre disposition, l'information de base reste trop souvent lacunaire. La hausse des prix du bl&#233; n'aurait sans doute pas eu lieu il y a trois ans dans les m&#234;mes proportions si, face aux inqui&#233;tudes n&#233;es des incendies russes, on avait eu une connaissance suffisante des pr&#233;visions de production des autres zones g&#233;ographiques et de l'&#233;tat des stocks. Le sujet est toutefois loin d'&#234;tre simple : beaucoup d'informations ont un caract&#232;re strat&#233;gique pour les op&#233;rateurs&#8230;et pour les Etats. Conna&#238;tre le niveau de l'offre et de la demande agricoles en Chine est d&#233;cisif pour l'appr&#233;ciation des &#233;quilibres mondiaux ; on en est loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second axe de r&#233;gulation concerne les d&#233;riv&#233;s. Les r&#233;gulateurs des march&#233;s doivent d&#233;velopper une connaissance de ces march&#233;s qui, sauf aux Etats-Unis, ont longtemps &#233;t&#233; &#224; la p&#233;riph&#233;rie de leur champ d'action, sinon franchement n&#233;glig&#233;s. En pratique d'ailleurs, la surveillance de ces march&#233;s n'a &#233;t&#233; en g&#233;n&#233;rale op&#233;r&#233;e qu'au travers de la surveillance des &#233;tablissements financiers, plac&#233;s eux dans un cadre strict alors qu'ils n'en sont pas les principaux acteurs. C'est donc en donnant aux r&#233;gulateurs les moyens d'une meilleure connaissance de ces march&#233;s, de leurs intervenants et des interactions qui s'y produisent avec les march&#233;s physiques, que des initiatives de r&#233;gulation ad&#233;quates pourront &#234;tre prises (compensation, organisation du march&#233;, etc.). Le cas &#233;ch&#233;ant en limitant l'intervention de certaines cat&#233;gories d'acteurs reconnus d&#233;stabilisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un et l'autre conduisent &#224; progressivement &#233;laborer cette autorit&#233; &#224; niveau mondial qu'&#233;voque Beno&#238;t XVI dans &lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;. Qui n'est pas un super-Etat utopique ; mais un nom d'ensemble pour la prise en charge commune de besoins concrets, &#224; traduire pragmatiquement dans chacun des champs o&#249; le besoin appara&#238;t crucial. Or la question des mati&#232;res premi&#232;res nous concerne tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les impr&#233;cations sont en revanche peu utiles face &#224; des r&#233;alit&#233;s aussi complexes et r&#233;sistantes, mettant en jeu des int&#233;r&#234;ts politiques et &#233;conomiques &#233;normes. La mobilisation doit &#234;tre mondiale, initi&#233;e par une volont&#233; politique puissante. Cela risque d'&#234;tre plus dur encore que le r&#233;chauffement climatique &#8230;Ce n'est pas une raison pour ne pas s'y mettre, et vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Version enrichie d'une tribune parue sur Le Cercle-les Echos.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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